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1
p. 13-32
Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres [...]
Mots clefs :
Caen, Statue, Sa Majesté, Prince, Gloire, Cérémonie, Instruments, Église, Université, Devises, Ornements, Magistrats, Opéra, Louanges, Figures, Inscriptions, Repas, Illuminations, Madrigal, Distique, Épigramme, Inscription antique
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texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
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Résumé : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 septembre, la ville de Caen a célébré la naissance du roi par l'érigement d'une statue en son honneur sur la grande place de la ville. La cérémonie, marquée par des démonstrations de joie et de loyauté, a débuté à l'aube avec des trompettes, tambours, hautbois, carillons et canons. Les rues étaient nettoyées et les boutiques fermées, et la population s'est rassemblée à l'église des Cordeliers. L'Université avait décoré le frontispice avec une pyramide ornée de devises, trophées et portraits du roi, ainsi que le chœur et la nef avec des tapisseries. Les abbayes voisines, magistrats et religieux ont également participé à la célébration. Une procession solennelle a précédé la messe du Saint-Esprit, suivie d'un panégyrique du roi en latin par le recteur Malouin. L'intendant Morangis, à l'origine de l'idée, a traité les invités avec magnificence. Après un concert et un repas, une procession s'est rendue à l'église des Jacobins où le père Fejacq a prononcé un éloge du roi. Le peuple, charmé par la musique et l'éloquence, a chanté le Te Deum avant de se rendre à la place royale pour allumer un feu de joie. La statue, œuvre d'un sculpteur local, mesure huit pieds de haut sur un piédestal de douze pieds, et est entourée de figures et d'inscriptions en latin et français. Des cris de 'Vive le roi' ont retenti, et des épigrammes et inscriptions latines ont été gravées sur des tables de marbre noir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 138-187
Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Début :
Les Habitans de la Ville de Richelieu, avoient trop d'impatience [...]
Mots clefs :
Duchesse de Richelieu, Armes, Obélisques, Théâtre, Devises, Honneur, Fleurs, Église, Triomphe, Artifice, Piédestal, Médailles, Illuminations, Coeur, Comtesse, Compagnie, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Les Habitans de la Ville
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
La ville de Richelieu se préparait avec enthousiasme à l'arrivée de leur nouvelle duchesse. À l'annonce de son arrivée à Tours, la noblesse et une partie de la population l'accueillirent à Hfte-Bouchard et l'escortèrent jusqu'à Richelieu. La ville avait été soigneusement préparée : la porte de Paris était bordée de mousquetaires, et les autorités locales, y compris le sénéchal et les échevins, étaient présentes. Un arc de triomphe orné de tableaux symbolisant l'honneur et la fécondité avait été érigé sur la première place. Des tableaux marquaient les dates de la conception et de la naissance de Mademoiselle de Richelieu, accompagnés de devises latines et de vers. L'obélisque central était orné de divers symboles : un soleil représentant le monarque, un dauphin céleste symbolisant la postérité royale, et des médailles illustrant les devises royales. Pour la duchesse, un alcyon symbolisait la sécurité, et un phénix représentait l'espoir d'un héritier mâle. L'aurore symbolisait l'avenir prometteur de Mademoiselle de Richelieu. Des bas-reliefs représentaient Bacchus et une nymphe, signifiant la franchise et l'allégresse publique. À son arrivée, la duchesse fut accueillie par des salves d'escopetterie et une harangue du sénéchal. Elle fut accompagnée par la Comtesse d'Acigné et des pensionnaires de la Compagnie de Notre-Dame lui offrirent des couronnes de fleurs. Elle traversa la ville sous un dais, saluée par les dames locales et des enfants costumés représentant divers symboles patriotiques. La procession se conclut à l'église, où le clergé l'attendait. Le lendemain, le Duc et la Duchesse visitèrent les Religieuses de la Compagnie de Notre-Dame et assistèrent à une représentation théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 145-151
Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
Début :
MONSIEUR, Le Roy d'Espagne informé de la generosité avec laquelle vous avez [...]
Mots clefs :
Évêque, Espagne, Illuminations, Académie royale des inscriptions et médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
Copie de la Lettre de Mr de
Pontchartrain au sújet du
present du Portrait du Roy
d'Espagne.
MONSIEUR,
Le Roy d'Espagne informé
de la generosité avec
laquelle vous avez refusé le
present de douze mille piaftrès
d'une part, & vingtcinq
mille d'autre que la
Reine son Epouse vous avoit
envoyées à Vigo en
reconnoissance du service
important que vous luy
avez rendu ôca son Royaume
en ramenant la flotte
de la nouvelle Espagne,
s'est creu obligé de vous
donner une marque éclatante
de la reconnoissance
qu'elle conferve de ce fervice,
& a prié le Roy de
souffrir qu'il vous fit un
present de son Portrait enrichi
de diamants d'une
grande valeur. Elle l'amesme
envoyé en France,dans
la confianceque Sa Majesté
ne luy refuferoit pas
cette grâce. Je l'ay presenté
a Sa MMaa)jceRstéé, & Elle m'a
fait l'honneur deme dire
devous renvoyer, & de
vous écrire de sa part, que
non feulement Elle a agrée
que vous le prissiez) mais
mesme qu'Elle vous l'ordonnoit)
&c.
LaFamille de Rousselet
Chasteau
-
Renaud est des
plus anciennes du Royaume.
Il y a plusieurs siecles
que le nom de Rousselec
est marqué entre les noms
dont laNoblesseestoit Militaire.
Jean &Geoffroy de
, Rousselet Chevaliers) furent
du nombre de ces cele
bres Assaillansqui fc fignalerent
au combat des
Trente en Bretagne l'an
1350. On trouve dans les
aétcs desannées 1381.1390.
& 1401. Gervais de Roufseles
Escuyer
,
Albert de
Rousselet seigneur de la
Cardive, de Lilli,des Abbâtis.
LeMarquis de Chasteau
Regnand, fut nomme
au baptcfme parAlbert de
Gondy son oncle, Comte
de Retz. Il fut envoyé auprés
de Marie de Gondy (a
tante Comtesse de Pancalier
qui le donna au Duc
Charles Emmanuel de Savoye.
Ce Prince le fie élever)
le pourveut ensuite de
la Charge de Gentilhomme
de sa Chambre,
& cela en consideration
de ce qu'ilestoit iffii de
noble & ancienne Maison,
& à cause des services
qu'il avoit rendus pendant
qu'ilavoic eslé nourri auprès
de luy. Lorsqu'il fut
de retour en France il fut
fait Chevalier de l'Ordre
du Roy, Gentilhomme or:
dinaire de sa Chambre, Ca.
vpitainc de cinquante hommes
d'armes de les Ordonnances,
Conseillerau Conseild'Estac
& Privé, &
Gouverneur des villes &
Chafteaux de Machecoul
& de Belleisle.
Le Roy qui ne laisse pasfer
aucunecccafion de témoigner
au D.cdeNoailles
i'citinie & la bonté qu'il
a pour luy, luy a fait l'honneur
de tenir sur les fonts
le Comte d'Ayen son fils. Ilachoisi Madame pour
le tenir avec luy, l'a nommé
Louis
,
& a félicité
Mr le Cardinal de Noailles
sur la nainance decet
héritier de sa Maison. Ce
baptesme aesté celebré le
18. Avril 1713. par l'Evesque
de Mets premier Aumosnier.
Le Mardy 25. Avrill'Académie
Royalle des Inscriptions&
Medailles reprit
ses exercices.
Mrde Fanieres commença
la seance par un discours
sur l'usage du feu&
des illuminations dans les
Festes sactees.
Pontchartrain au sújet du
present du Portrait du Roy
d'Espagne.
MONSIEUR,
Le Roy d'Espagne informé
de la generosité avec
laquelle vous avez refusé le
present de douze mille piaftrès
d'une part, & vingtcinq
mille d'autre que la
Reine son Epouse vous avoit
envoyées à Vigo en
reconnoissance du service
important que vous luy
avez rendu ôca son Royaume
en ramenant la flotte
de la nouvelle Espagne,
s'est creu obligé de vous
donner une marque éclatante
de la reconnoissance
qu'elle conferve de ce fervice,
& a prié le Roy de
souffrir qu'il vous fit un
present de son Portrait enrichi
de diamants d'une
grande valeur. Elle l'amesme
envoyé en France,dans
la confianceque Sa Majesté
ne luy refuferoit pas
cette grâce. Je l'ay presenté
a Sa MMaa)jceRstéé, & Elle m'a
fait l'honneur deme dire
devous renvoyer, & de
vous écrire de sa part, que
non feulement Elle a agrée
que vous le prissiez) mais
mesme qu'Elle vous l'ordonnoit)
&c.
LaFamille de Rousselet
Chasteau
-
Renaud est des
plus anciennes du Royaume.
Il y a plusieurs siecles
que le nom de Rousselec
est marqué entre les noms
dont laNoblesseestoit Militaire.
Jean &Geoffroy de
, Rousselet Chevaliers) furent
du nombre de ces cele
bres Assaillansqui fc fignalerent
au combat des
Trente en Bretagne l'an
1350. On trouve dans les
aétcs desannées 1381.1390.
& 1401. Gervais de Roufseles
Escuyer
,
Albert de
Rousselet seigneur de la
Cardive, de Lilli,des Abbâtis.
LeMarquis de Chasteau
Regnand, fut nomme
au baptcfme parAlbert de
Gondy son oncle, Comte
de Retz. Il fut envoyé auprés
de Marie de Gondy (a
tante Comtesse de Pancalier
qui le donna au Duc
Charles Emmanuel de Savoye.
Ce Prince le fie élever)
le pourveut ensuite de
la Charge de Gentilhomme
de sa Chambre,
& cela en consideration
de ce qu'ilestoit iffii de
noble & ancienne Maison,
& à cause des services
qu'il avoit rendus pendant
qu'ilavoic eslé nourri auprès
de luy. Lorsqu'il fut
de retour en France il fut
fait Chevalier de l'Ordre
du Roy, Gentilhomme or:
dinaire de sa Chambre, Ca.
vpitainc de cinquante hommes
d'armes de les Ordonnances,
Conseillerau Conseild'Estac
& Privé, &
Gouverneur des villes &
Chafteaux de Machecoul
& de Belleisle.
Le Roy qui ne laisse pasfer
aucunecccafion de témoigner
au D.cdeNoailles
i'citinie & la bonté qu'il
a pour luy, luy a fait l'honneur
de tenir sur les fonts
le Comte d'Ayen son fils. Ilachoisi Madame pour
le tenir avec luy, l'a nommé
Louis
,
& a félicité
Mr le Cardinal de Noailles
sur la nainance decet
héritier de sa Maison. Ce
baptesme aesté celebré le
18. Avril 1713. par l'Evesque
de Mets premier Aumosnier.
Le Mardy 25. Avrill'Académie
Royalle des Inscriptions&
Medailles reprit
ses exercices.
Mrde Fanieres commença
la seance par un discours
sur l'usage du feu&
des illuminations dans les
Festes sactees.
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Résumé : Copie de la Lettre de Mr de Pontchartrain au sujet du present du Portrait du Roy d'Espagne.
La lettre de Monsieur de Pontchartrain relate un présent offert par le roi d'Espagne à une personne non nommée, en reconnaissance de son service en ramenant la flotte de la Nouvelle Espagne. Après avoir refusé des présents financiers de la reine d'Espagne, cette personne a accepté un portrait enrichi de diamants. Le roi de France a ordonné à cette personne de recevoir le présent. Le texte évoque également la famille Rousselet-Chasteau, soulignant ses origines anciennes et son implication militaire, notamment lors du combat des Trente en Bretagne en 1350. Le Marquis de Chasteau-Renault a été élevé par le Duc Charles Emmanuel de Savoie et a occupé diverses charges honorifiques en France, y compris celle de Chevalier de l'Ordre du Roy et de Gouverneur des villes de Machecoul et de Belleisle. Le roi de France a témoigné de son affection pour la famille Noailles en tenant sur les fonts baptismaux le Comte d'Ayen, fils du Cardinal de Noailles, le 18 avril 1713. L'Académie Royale des Inscriptions et Médailles a repris ses exercices le 25 avril, avec un discours de Monsieur de Fanieres sur l'usage du feu et des illuminations dans les fêtes sacrées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 586-591
DANNEMARC.
Début :
Le Roi a envoyé ordre à son Ministre à la Haye de suspendre toutes négociations avec [...]
Mots clefs :
Dauphin, Ambassadeur, Illuminations, Devises, Soleil, Fête, Comte de Plélo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARC.
DANNEM AR C.
LERoia envoyé ordre à fon Miniftre à fà
Haye de fufpendre toutes négociations avec
les Députés des Etats Generaux , au fujet du commerce
que fes Sujets font de fon aveu dans les Indes
Orientales , & de déclarer à L. H. P. qu'elles
n'avoient droit par aucun Traité de reclamer
contre ce commerce , que tous les Sujets des
Puiffances de l'Europe peuvent faire felon le droit
des gens , s'il n'y a des ftipulations particulieres
qui les en excluent .
Les Fêtes publiques que le Comte de Plelo ,
Ambaffadeur Extraordinaire de France , a donné
à Copenhague pour la Naiffance du DAUPHIN ,
ont duré quatre jours. L'ouverture s'en fit le 12 .
Février , par un Difcours de l'Abbé Goffet , fon
Aumônier, fur cet heureux Evenement, lequel fut
fort
MARS. 1730. 587.
>
fort applaudi; on chanta enfuite une Meffe Solemnelle
& le Te Deum , au bruit des Trompettes
des Timballes & d'une nombreuſe Simphonie ;
$. Exc. donna ce premier jour un magnifique·
Repas à toutes les perfonnes de diftinction , qui
avoient affifté à cette Ceremonie,
+
:
Le 13. plus de 200. perfonnes invitées à fouper
, fe rendirent à fon Hôtel fur les 7. heures
du foir. Il y eut Jeu jufqu'à 9. heures , enfuite
on fe mit à table après avoir tiré les places au
fort , pour éviter toute diftinction fur les rangs
& fur la difference des Tables. Il y en avoit une
de 90. Couverts , deux de 40. & trois autres
moindres , toutes fervies avec la même abondance
, la même délicateffe & la même attention.
Les principales Familles Françoifes , tant Catholiques
que Réformez , furent invitées à une Table
que tenoit l'Abbé Goffet , qui étoit de so.
Couverts , laquelle fut fervie en même-temps
que celle des Seigneurs qui étoient de cette magnifique
Fête les Santez des Souverains , cellede
Monfeigneur le Dauphin & des Familles Roya
les de France & de Dannemarc , furent celebrées
de bout , au bruit des Trompettes , des Timbales
& d'une Simphonie qui ne ceffa point pendant
tout le fouper, Le Fruit de toutes les Tables étoit
de la façon de M. Siegel , Officier de S. M. Dan.
Il fit par fa beautê le fujet & l'admiration de
toute l'Affemblée. On y voyoit differentes figures
ayant rapport au fujet de la Fête. Dans quelques
unes , le Portrait du Roi & de la Reine de France
au naturel ; en d'autres , Monfeigneur le Dauphin
dans le berceau , avec pufieurs Deviſes affortiffantes
à fon heureuſe Naiffance ; une des
principales Pieces repréſentoit les douze anciens
Gouvernemens de France , avec les Armes de
chaque Province. Après le Soupé , dont tout le
monne
88 MERCURE DE FRANCE.
monde parut fort content , M. l'Ambaffadeur
Quvrit le Bal avec Madame la Grande-Chanceliere
, & on continua à danſer juſqu'à 5. heures
& demie du matin , que tout le monde ſe retira.
Le 14. S. Ex. fit diftribuer des aumônes confiderables
, tant en vivres qu'en argent , à près de
200. Pauvres . On donna à chacun trois livres de
pain , deux livres de viande & 30. fols en argent.
Cette diftribution ſe fit fans avoir égard à la difference
de Religion.
Le 15. fur les fept heures du foir , l'Hôtel de
S. Ex. fut illuminé , tant en dehors qu'en dedans,
cette Illumination qui étoit d'un goût parfait &
admirable , dura toute la nuit. Elle repréfentoit à
l'entrée un fuperbe Palais , dont l'Architecture ,
les Ornemens & les Devifes toutes fpirituelles &
fort ingenieufes , faifoient allufion à la Naiffance.
de M. le Dauphin. A 7. heures & demie, M.l'Ambaffadeur
& Madame l'Ambaffadrice , fortirent
en Caroffe avec plufieurs perfonnes de qualité ,
pour voir l'Illumination. Lorfque L. Ex . furent
rentrées , M. l'Ambaffadeur ouvrit le Bal , qui
dura jufqu'à 9. heures.. On fervit alors le fouper
fur quatre Tables , où toutes les Dames fe placerent.
& où elles furent fervies par les Cavaliers.
Le même foir , M. de la Porte , Medecin François
, à la fuite de M. l'Ambaffadeur , avoit une
Table dans fon Appartement , où plufieurs per
fonnes de fa Profeſſion furent invitées avec quelques
Familles Françoifes qui n'avoient pû profiter
le premier jour des politeffes & des bontez de¹
M. l'Ambaffadeur à leur égard. Après le Repas
on ouvrit la porte aux Mafques : il en entra près
de 700. qui remplirent trois grandes Pieces , où ils
danferent. Il y eut toute la nuit un Buffet plein
de Rafraîchiffemens pour eux , & dans une autre
Chambre une Table toujours fervie avec toutes
Lortes
MARS. 1730. 589
fortes de Liqueurs froides & chaudes pour les
perfonnes invitées.
Au refte l'Illumination qui a réuſſi à merveille,
& qui fut encore favorifée de la plus belle nuit
qu'on pût fouhaiter , n'étoit point dans le gout
de celles de France ; les grands vents qui regnent
ici prefque continuellement , fur tout dans cette
faifon , ne permettoient pas qu'on mît les Lampions
à découvert ; c'étoit donc un grand Edifice
de Charpente , formée en Avant- Corps devant
l'Hôtel de l'Ambaffadeur , & couvrant la largeur
des cinq Croifees du milieu depuis le haut juſqu'en
bas; les intervalles des Pieces de Charpente, lefquelles
étoient très-vaftes,étoient recouverts , auffi-bien
que tout l'Edifice en general , de grands Tableaux .
de papier huilé , fur lefquels il y avoit differentes
Peintures. Les trois autres Croifées de chaque côté
étoient auffi pareillement ornées de Peinture
& l'Illumination étoit derriere , c'eſt - à- dire à
l'Avant-Corps , entre la Maifon & la Charpente
& aux Croifées , dans les embrafures interieures
des fenêtres ; le tout repréſentoit un Palais enchanté
avec beaucoup d'ornemens d'Architecture
& autres embelliffemens , parmi lefquels le Soleil
& les Dauphins dominoient fur tout. Le tour
étoit couronné en haut par un Soliel levant extrémement
brillant , avec cette Infcription ; Tote
furgit Lux aurea mundo.
Avant l'execution2, on craignoit pour le fuccès
de ce Spectacle , mais on fut agréablement furpris
de voir que rien n'étoit plus joli , ni plus
gracieux. L'Avant-Corps tout en feu & les oppoitions
fombres & de clartez ménagées dans le
refte du Bâtiment , faifoient une varieté char
mante. Outre cela ill yyavoit encore aux deux coins
de la Maifon , deux Pavillons , ou plutôt deux
Grottes illuminées , & dans chacune un Dau-
"
phin
590 MERCURE DE FRANCE:
phin , des nafeaux duquel jailliffoient des Fontaines
de vin de la hauteur de 14. pieds , ce qui fe
marioit fort agréablement avec le refte du Spectacle
; l'Illumination & les Fontaines continuerent
ainfi jufqu'au jour.
Les couches de la Comteffe de Plelo , la maladie
du Roi de Dannemarck , celle du Comte de Plelo,
la mort du jeune Prince Charles , fils de S. M. D.
ont été caufe que cette Fête a été donnée fi tard.
Devifes placées en differens endroits
de l'Illumination.
Le Soleil éclairant le Globe François : Ques
afpicit fovet.
Le Soleil en haut de l'Illumination : Toto furgit
Lux aurea mundo.
Le Soleil Levant. Acceſſu ſingula gaudenti
Le même. Non occultè crefcet .
Le même. Spes, largus , donare novas.
Le même. Spes totius orbis.
L'Etoile du matin . Diem prafignat ab ortu.
Les Etoiles , comme Lucifer , Venus , &c. qui
précedent le Lever du Soleil , & qui cedent aux
premiers Rayons de cet Aftre , par allufion à
Mefdames de France & à Monfeigneur le Dauphin.
Pracedunt at cadant.
Des Lys éclairez par le Soleil. Hinc vita , Colorque.
Le même Emblême. Hoc afpirante perennants
Le même Foventur ab alto.
Le même. Sole novo recreata nitent .
Des Lys fous le Soleil avec leurs rejettons. Alit
& auget.
Un Lys fous le Soleil avec un rejetton. Nec
Phabo gratior ullus.
Le même. Nullo fe tantum tellus jactavit
alumno.
Le
MARS.
173.00
Le même. Crefcit nova gloria terra..
590
Un Dauphin fur les Ondes. Non nifi gratus
adeft .
Cupidon fur le dos d'un Dauphin , tenant d'une
main fes Nageoires , & de l'autre un Lys en
forme de Sceptre. Sie Mare , fic Terras,
Un Dauphin avec l'Amour fur fon dos. Amor
eminet undis.
Le Dauphin , Conftellation celefte , au milieu
d'un Ciel ferain . Perpetuos nec parturit imbresa
Le même. Data lumina reddo.
Une Perle dans fa Coquille. Ex mora splen
didior.
Une mere Perle avec plufieurs Perles au dedans
Quantum è prole decus.
L'Alcyon faifant fon nid fur la Mer calme
Miratur natura filens.
Un Aigle portant fon Aiglon vers le Soleil
pour l'éprouver. Latatur genuiffe parem.
L'Arc-en- Ciel , figne de réconciliation. Diff
giant metus.
Une branche d'Olivier , dont il fort un rejet
ton. Nec fallit termes Oliva.
La Fortune fur le Globe François, Hic amica
fedes.
Le Dauphin ,
Conftellation celefte, & un Dau
phin fur les Ondes. Orbi dant figna quietis.
Il faut remarquer qu'il y a plusieurs de ces
Devifes , dont le corps eft le même ou approchant
, mais les Païfages & les autres accompa
gnemens étoient tous variez.
LERoia envoyé ordre à fon Miniftre à fà
Haye de fufpendre toutes négociations avec
les Députés des Etats Generaux , au fujet du commerce
que fes Sujets font de fon aveu dans les Indes
Orientales , & de déclarer à L. H. P. qu'elles
n'avoient droit par aucun Traité de reclamer
contre ce commerce , que tous les Sujets des
Puiffances de l'Europe peuvent faire felon le droit
des gens , s'il n'y a des ftipulations particulieres
qui les en excluent .
Les Fêtes publiques que le Comte de Plelo ,
Ambaffadeur Extraordinaire de France , a donné
à Copenhague pour la Naiffance du DAUPHIN ,
ont duré quatre jours. L'ouverture s'en fit le 12 .
Février , par un Difcours de l'Abbé Goffet , fon
Aumônier, fur cet heureux Evenement, lequel fut
fort
MARS. 1730. 587.
>
fort applaudi; on chanta enfuite une Meffe Solemnelle
& le Te Deum , au bruit des Trompettes
des Timballes & d'une nombreuſe Simphonie ;
$. Exc. donna ce premier jour un magnifique·
Repas à toutes les perfonnes de diftinction , qui
avoient affifté à cette Ceremonie,
+
:
Le 13. plus de 200. perfonnes invitées à fouper
, fe rendirent à fon Hôtel fur les 7. heures
du foir. Il y eut Jeu jufqu'à 9. heures , enfuite
on fe mit à table après avoir tiré les places au
fort , pour éviter toute diftinction fur les rangs
& fur la difference des Tables. Il y en avoit une
de 90. Couverts , deux de 40. & trois autres
moindres , toutes fervies avec la même abondance
, la même délicateffe & la même attention.
Les principales Familles Françoifes , tant Catholiques
que Réformez , furent invitées à une Table
que tenoit l'Abbé Goffet , qui étoit de so.
Couverts , laquelle fut fervie en même-temps
que celle des Seigneurs qui étoient de cette magnifique
Fête les Santez des Souverains , cellede
Monfeigneur le Dauphin & des Familles Roya
les de France & de Dannemarc , furent celebrées
de bout , au bruit des Trompettes , des Timbales
& d'une Simphonie qui ne ceffa point pendant
tout le fouper, Le Fruit de toutes les Tables étoit
de la façon de M. Siegel , Officier de S. M. Dan.
Il fit par fa beautê le fujet & l'admiration de
toute l'Affemblée. On y voyoit differentes figures
ayant rapport au fujet de la Fête. Dans quelques
unes , le Portrait du Roi & de la Reine de France
au naturel ; en d'autres , Monfeigneur le Dauphin
dans le berceau , avec pufieurs Deviſes affortiffantes
à fon heureuſe Naiffance ; une des
principales Pieces repréſentoit les douze anciens
Gouvernemens de France , avec les Armes de
chaque Province. Après le Soupé , dont tout le
monne
88 MERCURE DE FRANCE.
monde parut fort content , M. l'Ambaffadeur
Quvrit le Bal avec Madame la Grande-Chanceliere
, & on continua à danſer juſqu'à 5. heures
& demie du matin , que tout le monde ſe retira.
Le 14. S. Ex. fit diftribuer des aumônes confiderables
, tant en vivres qu'en argent , à près de
200. Pauvres . On donna à chacun trois livres de
pain , deux livres de viande & 30. fols en argent.
Cette diftribution ſe fit fans avoir égard à la difference
de Religion.
Le 15. fur les fept heures du foir , l'Hôtel de
S. Ex. fut illuminé , tant en dehors qu'en dedans,
cette Illumination qui étoit d'un goût parfait &
admirable , dura toute la nuit. Elle repréfentoit à
l'entrée un fuperbe Palais , dont l'Architecture ,
les Ornemens & les Devifes toutes fpirituelles &
fort ingenieufes , faifoient allufion à la Naiffance.
de M. le Dauphin. A 7. heures & demie, M.l'Ambaffadeur
& Madame l'Ambaffadrice , fortirent
en Caroffe avec plufieurs perfonnes de qualité ,
pour voir l'Illumination. Lorfque L. Ex . furent
rentrées , M. l'Ambaffadeur ouvrit le Bal , qui
dura jufqu'à 9. heures.. On fervit alors le fouper
fur quatre Tables , où toutes les Dames fe placerent.
& où elles furent fervies par les Cavaliers.
Le même foir , M. de la Porte , Medecin François
, à la fuite de M. l'Ambaffadeur , avoit une
Table dans fon Appartement , où plufieurs per
fonnes de fa Profeſſion furent invitées avec quelques
Familles Françoifes qui n'avoient pû profiter
le premier jour des politeffes & des bontez de¹
M. l'Ambaffadeur à leur égard. Après le Repas
on ouvrit la porte aux Mafques : il en entra près
de 700. qui remplirent trois grandes Pieces , où ils
danferent. Il y eut toute la nuit un Buffet plein
de Rafraîchiffemens pour eux , & dans une autre
Chambre une Table toujours fervie avec toutes
Lortes
MARS. 1730. 589
fortes de Liqueurs froides & chaudes pour les
perfonnes invitées.
Au refte l'Illumination qui a réuſſi à merveille,
& qui fut encore favorifée de la plus belle nuit
qu'on pût fouhaiter , n'étoit point dans le gout
de celles de France ; les grands vents qui regnent
ici prefque continuellement , fur tout dans cette
faifon , ne permettoient pas qu'on mît les Lampions
à découvert ; c'étoit donc un grand Edifice
de Charpente , formée en Avant- Corps devant
l'Hôtel de l'Ambaffadeur , & couvrant la largeur
des cinq Croifees du milieu depuis le haut juſqu'en
bas; les intervalles des Pieces de Charpente, lefquelles
étoient très-vaftes,étoient recouverts , auffi-bien
que tout l'Edifice en general , de grands Tableaux .
de papier huilé , fur lefquels il y avoit differentes
Peintures. Les trois autres Croifées de chaque côté
étoient auffi pareillement ornées de Peinture
& l'Illumination étoit derriere , c'eſt - à- dire à
l'Avant-Corps , entre la Maifon & la Charpente
& aux Croifées , dans les embrafures interieures
des fenêtres ; le tout repréſentoit un Palais enchanté
avec beaucoup d'ornemens d'Architecture
& autres embelliffemens , parmi lefquels le Soleil
& les Dauphins dominoient fur tout. Le tour
étoit couronné en haut par un Soliel levant extrémement
brillant , avec cette Infcription ; Tote
furgit Lux aurea mundo.
Avant l'execution2, on craignoit pour le fuccès
de ce Spectacle , mais on fut agréablement furpris
de voir que rien n'étoit plus joli , ni plus
gracieux. L'Avant-Corps tout en feu & les oppoitions
fombres & de clartez ménagées dans le
refte du Bâtiment , faifoient une varieté char
mante. Outre cela ill yyavoit encore aux deux coins
de la Maifon , deux Pavillons , ou plutôt deux
Grottes illuminées , & dans chacune un Dau-
"
phin
590 MERCURE DE FRANCE:
phin , des nafeaux duquel jailliffoient des Fontaines
de vin de la hauteur de 14. pieds , ce qui fe
marioit fort agréablement avec le refte du Spectacle
; l'Illumination & les Fontaines continuerent
ainfi jufqu'au jour.
Les couches de la Comteffe de Plelo , la maladie
du Roi de Dannemarck , celle du Comte de Plelo,
la mort du jeune Prince Charles , fils de S. M. D.
ont été caufe que cette Fête a été donnée fi tard.
Devifes placées en differens endroits
de l'Illumination.
Le Soleil éclairant le Globe François : Ques
afpicit fovet.
Le Soleil en haut de l'Illumination : Toto furgit
Lux aurea mundo.
Le Soleil Levant. Acceſſu ſingula gaudenti
Le même. Non occultè crefcet .
Le même. Spes, largus , donare novas.
Le même. Spes totius orbis.
L'Etoile du matin . Diem prafignat ab ortu.
Les Etoiles , comme Lucifer , Venus , &c. qui
précedent le Lever du Soleil , & qui cedent aux
premiers Rayons de cet Aftre , par allufion à
Mefdames de France & à Monfeigneur le Dauphin.
Pracedunt at cadant.
Des Lys éclairez par le Soleil. Hinc vita , Colorque.
Le même Emblême. Hoc afpirante perennants
Le même Foventur ab alto.
Le même. Sole novo recreata nitent .
Des Lys fous le Soleil avec leurs rejettons. Alit
& auget.
Un Lys fous le Soleil avec un rejetton. Nec
Phabo gratior ullus.
Le même. Nullo fe tantum tellus jactavit
alumno.
Le
MARS.
173.00
Le même. Crefcit nova gloria terra..
590
Un Dauphin fur les Ondes. Non nifi gratus
adeft .
Cupidon fur le dos d'un Dauphin , tenant d'une
main fes Nageoires , & de l'autre un Lys en
forme de Sceptre. Sie Mare , fic Terras,
Un Dauphin avec l'Amour fur fon dos. Amor
eminet undis.
Le Dauphin , Conftellation celefte , au milieu
d'un Ciel ferain . Perpetuos nec parturit imbresa
Le même. Data lumina reddo.
Une Perle dans fa Coquille. Ex mora splen
didior.
Une mere Perle avec plufieurs Perles au dedans
Quantum è prole decus.
L'Alcyon faifant fon nid fur la Mer calme
Miratur natura filens.
Un Aigle portant fon Aiglon vers le Soleil
pour l'éprouver. Latatur genuiffe parem.
L'Arc-en- Ciel , figne de réconciliation. Diff
giant metus.
Une branche d'Olivier , dont il fort un rejet
ton. Nec fallit termes Oliva.
La Fortune fur le Globe François, Hic amica
fedes.
Le Dauphin ,
Conftellation celefte, & un Dau
phin fur les Ondes. Orbi dant figna quietis.
Il faut remarquer qu'il y a plusieurs de ces
Devifes , dont le corps eft le même ou approchant
, mais les Païfages & les autres accompa
gnemens étoient tous variez.
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Résumé : DANNEMARC.
Le texte décrit deux événements distincts. Premièrement, le roi de Dannemarc a ordonné à son ministre de suspendre toutes négociations avec les députés des États Généraux concernant le commerce des sujets du roi dans les Indes Orientales. Il a également stipulé que les puissances européennes peuvent commercer selon le droit des gens, sauf en cas de stipulations particulières. Deuxièmement, le comte de Ploërmel, ambassadeur extraordinaire de France à Copenhague, a organisé des fêtes publiques pour célébrer la naissance du dauphin de France. Ces festivités ont duré quatre jours, débutant le 12 février. Le premier jour, un discours de l'abbé Goffet a été suivi d'une messe solennelle et du Te Deum, accompagné de musique. Un repas somptueux a été offert à des personnes de distinction. Le 13 février, plus de 200 invités ont participé à un souper où les places étaient tirées au sort pour éviter toute distinction de rang. Les familles françaises, tant catholiques que réformées, étaient présentes. Les santés des souverains et du dauphin ont été célébrées. Après le souper, un bal a été ouvert par l'ambassadeur et a duré jusqu'à cinq heures et demie du matin. Le 14 février, l'ambassadeur a distribué des aumônes à près de 200 pauvres, sans distinction de religion. Le 15 février, l'hôtel de l'ambassadeur a été illuminé toute la nuit, représentant un palais enchanté avec des devises spirituelles. Un bal a été ouvert par l'ambassadeur et son épouse, suivi d'un souper servi par des cavaliers. Un médecin français a également organisé un repas pour des personnes de sa profession et des familles françaises. Des masques ont dansé toute la nuit, et des rafraîchissements étaient disponibles. L'illumination, bien que différente des fêtes françaises en raison des vents, a été un succès et a duré jusqu'au matin. Les couches de la comtesse de Ploërmel, la maladie du roi de Danemark, celle du comte de Ploërmel, et la mort du jeune prince Charles ont retardé la célébration. Diverses devises étaient placées dans l'illumination, faisant référence au soleil, aux lys, aux dauphins, et à des symboles de réconciliation et de prospérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1007-1011
REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
Début :
Le Marquis de Champigny, Gouverneur des Isles du vent de l'Amerique, fit d'abord [...]
Mots clefs :
Martinique, Dauphin, Gouverneur, Illuminations, Roi
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texteReconnaissance textuelle : REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
REJOUISSANCES faites à la
Martinique,furlaNaiffance duDauphin .
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ifle, le
25. Fanvier 1730 .
E Marquis de Champigny , Gouverneur des
Lifles du Vent de l'Amerique , fit d'abord
éclater fa joye par une décharge generale de tous
les Canons de l'Ifle. Et le lendemain 4. Décembre
, il fit chanter le Te Deum , dans l'Eglife Paroiffiale
du Fort Royal de S. Pierre , où il affifta
avec M. d'Orgeville , Intendant de la Martinique ,
les Officiers Majors , le Confeil en Corps & les
Ju1008
MERCURE DE FRANCÊ
Jurifdictions , &c. Delà on alla dans la grande
Place allumer en ceremonie un Feu de joye qui"
y étoit préparé ; les Milices s'y trouverent & firent
trois décharges , pendant qu'on tira du Fort
& du Vaiffeau du Roi , plus de 400. coups de
Canon. M. le Gouverneur fit répandre de l'argent
au Peuple , dont la foule étoit fort grande dans
cette Place , & fur les fept heures du foir il fit tirer
au Fort un Feu d'artifice. Enfuite il donna
fomptueufement à fouper aux perfonnes les plus
confiderables du Pays , qui avoient déja dîné chez
lui , & il fit donner à manger à toutes les Trounes
Françoifes & Suiffes , fur des tables dreffées
rès autour du Château , au milieu defquelles ,
étoient plufieurs Fontaines de Vin qui coulerent'
pendant tout le temps du Repas , lequel fut fuivi
d'un Bal qui dura jufqu'au jour. L'Illumination
de l'Hôtel du Gouverneur dura auffi jufqu'au jour
& fut très-brillante.
My eut le même foir à l'Intendance une Illumination
magnifique , un nombre infini de Lampions
, difpofez avec art , faifoient un effet merveilleux
, on y diftribua à tous les paffans toutes
fortes de Rafraîchiffemens en abondance. Cependant
M. l'Intendant fe préparoit à donner le jous
fuivant une nouvelle Fête pour marquer l'ardeur
de fon zele , mais il fut obligé de s'embarquer
fur le Vaiffeau du Roy pour aller avec M. le
Gouverneur à la Guadeloupe , & il a remis cette
Fête à fon retour.
Toutes les Communautez Religieufes ont fignar
lé leur zele par des Te Deum , chantez folemnellement
, par des Illuminations , &c. Les Jefuites fe
font particulierement diftinguez , n'ayant rien
obmis pour rendre leur Fête des plus folemnelles,
à quoi la fituation de leur Maifon n'a pas peu
contribué. Au Nord du Bourg de S. Pierre eft
une
MAY. 1730. 1009
I
une longue Avenue , bordée de trois rangées d'arbres,
qui conduit à Paglife & au grand.Portail,qui
fait la principale entrée de cette Maifon , compofée
de trois aîles , & fait face à la Mer , dont elle
n'eft éloignée que d'environ 300. pas ; à cent pas
de la Maifon eft une Riviere , & au -delà une
belle Campagne , où fut dreffé le Feu d'artifice .
Dès les cinq heures du foir du 21. Janvier ,
trois déchargés de 21. coups de Canon chacune,
annoncerent le Te Deum , qui fut chanté dans
leur Eglife par de belles voix , accompagnées de
Hautbois ,Violons , Flutes Aliemandes , Baffes de
Violes , & autres Inftrumens. A fept heures , toute
l'Avenue fut illuminée par de grands Flambeaux
de Bois de Chandelle , de 9 a 10. pieds de
hauteur , placez dans les intervales des Arbres, qui
jettoient une grande flamme , & rendoient une
clarté prefque égale à celle du jour. Ce Bois de
chandelle eft refineux & eft le plus beau du Pays,
on en fait des Flambeaux qui ne s'éteignent point,
& qui éclairent extraordinairement.
L'entrée de la Cour préfentoit un fort beau
morceau d'Architecture , c'étoit un Portique foutenu
par des Colomnes de Marbre feint , dont
l'Entablement portoit de grands Vafes à fleurs &
autres ornemens. On y voyoit fur tout les Armes
de France & celles du Dauphiné , foutenues
par des Statues repréfentant la Force & la Juftice :
Aux deux côrez du Portrait , on voyoit deux Niches
de Rocaille , dans lefquelles étoient deux
Dauphins, qui jettoient une grande quantité d'eau
formant une Nape , qui couloit parmi des Coquillages,
& fe répandoit dans deux Baffins de
Marbre élevez fur des piedeftaux auffi de
Marbre.
"
Un autre grand Baffin, placé dans la cour, contenoit
dans fon milieu un Rocher escarpé , aux
quatre
1010 MERCURE DE FRANCE
quatre coins duquel on voyoit des Groupes . de
petits Dauphins qui jettoient de l'eau, & fervoien
Comme de Piedeital à un autre grand Dauphin ,
lequei pouffoit un Jet d'eau de 25. pieds de hau
_teur , & en même temps des flammes par le
moyen de differens tuyaux , ce qui faifoit un
effet très-éclatant.
Toute la façade & les deux aîles de cette grande
Maiſon étoient cependant tout en feu par Pabondance
& la varieté de l'Iumination , ce qui
formoit un afpect magnifique , fur tout du côté
de la Mer , où une infinité de Chaloupes & de
Canots , remplis d'une multitude de Spectateurs,
contribuerent beaucoup à la beauté de la Fête.
A peine l'Illumination fut-elle achevée, qu'il partit
de la Maiſon un Dragon enflammé , qui porta
le feu à l'Artifice , fitué , comme on l'a dit , audelà
de la Riviere , & éloigné de 400. pas. L'Edifice
qui le contenoit avoit plus de 60. pieds de
hauteur , fur 35. de largeur , & formoit comme
un grand Arc de Triomphe compofé dans toutes
les regles de la meilleure Architecture. Au milieu
de la Frife on voyoit ces mots en Lettres de feu ,
Vive le Roy , qu'on pouvoit lire diftinctement de
très- loin. Sur la Corniche regnoit une belle Baluftrade
, aux deux bouts de laquelle étoient les
Statues de la Paix & de l'Abondance avec leurs
attributs. On voyoit ailleurs celles de la France
& de la Religion , & plufieurs autres Figures &
Ornemens fimboliques , convenables à ce grand
Lujet.
Au bas de la Figure de la Renommée étoient
ces mots : NASCENTE DELPHINO , &
au bas de quatre autres Figures : GALLIA FELIX,
RELIGIO TUTA ABUNDANTIA
CERTA , PAX FIRMA , fans parler de quantité
d'Emblèmes & de Devifes ingénieufes placées
dans
MAY. 1730. ΙΟΙΙ
dans les endroits convenables , & qui furent très
applaudies.
L'Artifice réuffit parfaitement ; on admira fur
tout un grand Soleil fixe qui furprit tout le monpar
l'éclat de fa lumiere & par fa durée. Tout
le fpectacle finit par une décharge de quantité de
de
Boetes.
Il ne faut pas oublier
que cette Fête fi brillante,
& dont le fuccès a été fi heureux
, eft dûe au zele
& à la fagaci é du R. P. Le Brun , Superieur
General
des Miffions
de l'Amérique
, qui dans un
Pays denué de la plupart
des chofes
neceffaires
,
a trouvé
le moyen
de faire tout ce que le plus
habile Artifte auroit pû executer
dans la meilleure
Ville de l'Europe.
par
Les Dominicains fe font auffi beaucoup fignalés
dans cette occafion. Le R, P. Mane , Supérieur
Géneral de leurs Miffions dans les Illes , a donné
une Fête des plus brillantes , qui commença par
le Te Deum , chanté en Mufique , & fut continuée
le bruit d'une nombreuſe Artillerie , par
un Feu d'Artifice des mieux entendus , & heu →
reufement executé , par une Illumination magnifique
, & enfin par un grand repas donné à M.
le Commandant & aux perfonnes les plus qualifiées
, fans parler des aumônes & des liberali,
tés confiderables en faveur des Pauvres &c.
Martinique,furlaNaiffance duDauphin .
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ifle, le
25. Fanvier 1730 .
E Marquis de Champigny , Gouverneur des
Lifles du Vent de l'Amerique , fit d'abord
éclater fa joye par une décharge generale de tous
les Canons de l'Ifle. Et le lendemain 4. Décembre
, il fit chanter le Te Deum , dans l'Eglife Paroiffiale
du Fort Royal de S. Pierre , où il affifta
avec M. d'Orgeville , Intendant de la Martinique ,
les Officiers Majors , le Confeil en Corps & les
Ju1008
MERCURE DE FRANCÊ
Jurifdictions , &c. Delà on alla dans la grande
Place allumer en ceremonie un Feu de joye qui"
y étoit préparé ; les Milices s'y trouverent & firent
trois décharges , pendant qu'on tira du Fort
& du Vaiffeau du Roi , plus de 400. coups de
Canon. M. le Gouverneur fit répandre de l'argent
au Peuple , dont la foule étoit fort grande dans
cette Place , & fur les fept heures du foir il fit tirer
au Fort un Feu d'artifice. Enfuite il donna
fomptueufement à fouper aux perfonnes les plus
confiderables du Pays , qui avoient déja dîné chez
lui , & il fit donner à manger à toutes les Trounes
Françoifes & Suiffes , fur des tables dreffées
rès autour du Château , au milieu defquelles ,
étoient plufieurs Fontaines de Vin qui coulerent'
pendant tout le temps du Repas , lequel fut fuivi
d'un Bal qui dura jufqu'au jour. L'Illumination
de l'Hôtel du Gouverneur dura auffi jufqu'au jour
& fut très-brillante.
My eut le même foir à l'Intendance une Illumination
magnifique , un nombre infini de Lampions
, difpofez avec art , faifoient un effet merveilleux
, on y diftribua à tous les paffans toutes
fortes de Rafraîchiffemens en abondance. Cependant
M. l'Intendant fe préparoit à donner le jous
fuivant une nouvelle Fête pour marquer l'ardeur
de fon zele , mais il fut obligé de s'embarquer
fur le Vaiffeau du Roy pour aller avec M. le
Gouverneur à la Guadeloupe , & il a remis cette
Fête à fon retour.
Toutes les Communautez Religieufes ont fignar
lé leur zele par des Te Deum , chantez folemnellement
, par des Illuminations , &c. Les Jefuites fe
font particulierement diftinguez , n'ayant rien
obmis pour rendre leur Fête des plus folemnelles,
à quoi la fituation de leur Maifon n'a pas peu
contribué. Au Nord du Bourg de S. Pierre eft
une
MAY. 1730. 1009
I
une longue Avenue , bordée de trois rangées d'arbres,
qui conduit à Paglife & au grand.Portail,qui
fait la principale entrée de cette Maifon , compofée
de trois aîles , & fait face à la Mer , dont elle
n'eft éloignée que d'environ 300. pas ; à cent pas
de la Maifon eft une Riviere , & au -delà une
belle Campagne , où fut dreffé le Feu d'artifice .
Dès les cinq heures du foir du 21. Janvier ,
trois déchargés de 21. coups de Canon chacune,
annoncerent le Te Deum , qui fut chanté dans
leur Eglife par de belles voix , accompagnées de
Hautbois ,Violons , Flutes Aliemandes , Baffes de
Violes , & autres Inftrumens. A fept heures , toute
l'Avenue fut illuminée par de grands Flambeaux
de Bois de Chandelle , de 9 a 10. pieds de
hauteur , placez dans les intervales des Arbres, qui
jettoient une grande flamme , & rendoient une
clarté prefque égale à celle du jour. Ce Bois de
chandelle eft refineux & eft le plus beau du Pays,
on en fait des Flambeaux qui ne s'éteignent point,
& qui éclairent extraordinairement.
L'entrée de la Cour préfentoit un fort beau
morceau d'Architecture , c'étoit un Portique foutenu
par des Colomnes de Marbre feint , dont
l'Entablement portoit de grands Vafes à fleurs &
autres ornemens. On y voyoit fur tout les Armes
de France & celles du Dauphiné , foutenues
par des Statues repréfentant la Force & la Juftice :
Aux deux côrez du Portrait , on voyoit deux Niches
de Rocaille , dans lefquelles étoient deux
Dauphins, qui jettoient une grande quantité d'eau
formant une Nape , qui couloit parmi des Coquillages,
& fe répandoit dans deux Baffins de
Marbre élevez fur des piedeftaux auffi de
Marbre.
"
Un autre grand Baffin, placé dans la cour, contenoit
dans fon milieu un Rocher escarpé , aux
quatre
1010 MERCURE DE FRANCE
quatre coins duquel on voyoit des Groupes . de
petits Dauphins qui jettoient de l'eau, & fervoien
Comme de Piedeital à un autre grand Dauphin ,
lequei pouffoit un Jet d'eau de 25. pieds de hau
_teur , & en même temps des flammes par le
moyen de differens tuyaux , ce qui faifoit un
effet très-éclatant.
Toute la façade & les deux aîles de cette grande
Maiſon étoient cependant tout en feu par Pabondance
& la varieté de l'Iumination , ce qui
formoit un afpect magnifique , fur tout du côté
de la Mer , où une infinité de Chaloupes & de
Canots , remplis d'une multitude de Spectateurs,
contribuerent beaucoup à la beauté de la Fête.
A peine l'Illumination fut-elle achevée, qu'il partit
de la Maiſon un Dragon enflammé , qui porta
le feu à l'Artifice , fitué , comme on l'a dit , audelà
de la Riviere , & éloigné de 400. pas. L'Edifice
qui le contenoit avoit plus de 60. pieds de
hauteur , fur 35. de largeur , & formoit comme
un grand Arc de Triomphe compofé dans toutes
les regles de la meilleure Architecture. Au milieu
de la Frife on voyoit ces mots en Lettres de feu ,
Vive le Roy , qu'on pouvoit lire diftinctement de
très- loin. Sur la Corniche regnoit une belle Baluftrade
, aux deux bouts de laquelle étoient les
Statues de la Paix & de l'Abondance avec leurs
attributs. On voyoit ailleurs celles de la France
& de la Religion , & plufieurs autres Figures &
Ornemens fimboliques , convenables à ce grand
Lujet.
Au bas de la Figure de la Renommée étoient
ces mots : NASCENTE DELPHINO , &
au bas de quatre autres Figures : GALLIA FELIX,
RELIGIO TUTA ABUNDANTIA
CERTA , PAX FIRMA , fans parler de quantité
d'Emblèmes & de Devifes ingénieufes placées
dans
MAY. 1730. ΙΟΙΙ
dans les endroits convenables , & qui furent très
applaudies.
L'Artifice réuffit parfaitement ; on admira fur
tout un grand Soleil fixe qui furprit tout le monpar
l'éclat de fa lumiere & par fa durée. Tout
le fpectacle finit par une décharge de quantité de
de
Boetes.
Il ne faut pas oublier
que cette Fête fi brillante,
& dont le fuccès a été fi heureux
, eft dûe au zele
& à la fagaci é du R. P. Le Brun , Superieur
General
des Miffions
de l'Amérique
, qui dans un
Pays denué de la plupart
des chofes
neceffaires
,
a trouvé
le moyen
de faire tout ce que le plus
habile Artifte auroit pû executer
dans la meilleure
Ville de l'Europe.
par
Les Dominicains fe font auffi beaucoup fignalés
dans cette occafion. Le R, P. Mane , Supérieur
Géneral de leurs Miffions dans les Illes , a donné
une Fête des plus brillantes , qui commença par
le Te Deum , chanté en Mufique , & fut continuée
le bruit d'une nombreuſe Artillerie , par
un Feu d'Artifice des mieux entendus , & heu →
reufement executé , par une Illumination magnifique
, & enfin par un grand repas donné à M.
le Commandant & aux perfonnes les plus qualifiées
, fans parler des aumônes & des liberali,
tés confiderables en faveur des Pauvres &c.
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Résumé : REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
Le 25 janvier 1730, la Martinique célébra la naissance du Dauphin par des réjouissances officielles. Le Marquis de Champigny, Gouverneur des îles du Vent de l'Amérique, manifesta sa joie par une décharge générale de canons. Le 4 décembre, un Te Deum fut chanté dans l'église paroissiale du Fort Royal de Saint-Pierre, en présence des officiers majeurs, du conseil, des juridictions et du peuple. Cette célébration inclut un feu de joie sur la grande place, accompagné de décharges de milices et de canons. Le gouverneur distribua de l'argent, organisa un feu d'artifice et offrit un somptueux souper aux personnalités importantes, suivi d'un bal et d'une illumination de l'hôtel du gouverneur. L'Intendant d'Orgeville avait également préparé une fête, mais dut partir pour la Guadeloupe avec le gouverneur. Les communautés religieuses, notamment les Jésuites, marquèrent l'événement par des Te Deum solennels et des illuminations. Les Jésuites organisèrent une fête somptueuse avec des illuminations, des feux d'artifice et un repas pour les notables. Les Dominicains, dirigés par le Père Mane, célébrèrent également l'événement avec un Te Deum, des feux d'artifice, une illumination et un repas pour les personnalités qualifiées, ainsi que des aumônes pour les pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2100-2107
Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Début :
Le 30 Août le Prevôt des Marchands, ayant eu avis sur les sept heures du [...]
Mots clefs :
Illuminations, Naissance du duc d'Anjou, Paris, Lumières, Prévôt des marchands, Échevins, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Illuminations ordonnées par les Prevôt des
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
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Résumé : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Le 30 août 1730, le Prévôt des Marchands de Paris fut informé à sept heures du matin que la Reine était en travail. Il se rendit à l'Hôtel de Ville, rejoint par les membres du Bureau. À deux heures, un page du Duc de Gêvres annonça la naissance du Duc d'Anjou à 9 heures 7 minutes. Le Corps de Ville offrit une tabatière d'or au page. À 11 heures, le Chevalier de Saint-André apporta une lettre de cachet du Roi annonçant la naissance, et le Corps de Ville offrit un bijou à cet officier. Le Bureau se rendit ensuite au Parlement et, à son retour vers midi, des canons furent tirés et le tocsin sonné jusqu'à minuit. Le lendemain, entre 7 et 8 heures, une nouvelle décharge de canons eut lieu, accompagnée d'un feu d'artifice et de fontaines de vin sur la Place de Grève. L'Hôtel de Ville fut illuminé avec des falots et des lustres. Le 31 août, une seconde illumination eut lieu à l'Hôtel de Ville, avec des lustres et des falots disposés sur les corniches et les colonnes. Le 2 septembre, un grand feu d'artifice fut tiré sur la Place de Grève, avec des fontaines de vin aux quatre coins. À l'arrivée du Roi à Notre-Dame, des salves de canons furent tirées. Le Corps de Ville, de retour du Te Deum, reçut le Gouverneur et fit tirer des fusées volantes. Un feu d'artifice fut allumé dans la cour de l'Hôtel de Ville. Les façades des maisons des membres du Corps de Ville furent également illuminées avec des falots, des lustres et des girandoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2110-2113
Illuminations dans toutes les rües de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le jour qu'on tira le Feu d'artifice de l'Hôtel-de-Ville, toutes les maisons furent [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Habitants, Inscriptions, Devises, Metz, Te Deum, Fête, La Reine, Illuminations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illuminations dans toutes les rües de Paris, [titre d'après la table]
Le jour qu'on tira le Feu d'artifice de
l'Hôtel - de-Ville , toutes les maiſons furent
illuminées. Chaque Quai , chaque Place publique,
offrit cette nuit là un Spectacle qu'on
ne voyoit qu'avec furprife , & qu'on ne
quittoit qu'avec regret . Après avoir parcouru
une partie de Paris , on croyoit avoir
épuifé fon admiration , & on trouvoit en
arrivant dans une autre partie , un nouveau
fujet d'admirer. L'ardeur du zéle chés plufieurs
habitans de cette Ville , paroiffoit
avoir
SEPTEMBRE. 1744 211
avoir eû prefque les mêmes reffources que
l'opulence . Dans plus d'un endroit , on étoit
étonné , en confiderant l'élégance & le goût
d'une Illumination , d'apprendre qu'elle
avoit été ordonnée par un particulier , connu
de fes feuls voifins . Par tout on remarquoit
des objets, qui , s'ils n'étoient pas tous
également frappans par la magnificence , du
moins étoient tous également intéreffans
par ce qu'ils avoient de flateur pour le Roi.
Les habitans qui avoient été obligés de fe
tenir dans les bornes de la fimplicité , s'étoient
efforcés de montrer qu'ils ne cédoient
aux autres que par la dépenfe , & non par
les fentimens , & ce qui n'étoit peut-être
pas encore arrivé , la plupart des Boutiques
des moindres Artifans étoient ornées d'Inf
criptions , qui loiioient d'autant mieux S.
M. qu'elles étoient moins recherchées : ces
mots , Vive Louis le Bien- Aimé , tracés prefque
par tout en caracteres de feu , annonçoient
que la Nation déféroit à notre Monarque
un Titre , qui eft au- deffus de tous
les autres , & qui les renferme tous . Pendant
toute la nuit , les rues furent remplies ,
non-feulement de peuple , qui faifoit retentir
l'air de fes cris d'allegreffe , mais encore
de perfonnes de tous les Ordres , attirées par
le plaifir de partager la joie publique. On
entendoit de toutes parts , les unes expliquer
, à celles qui n'entendoient pas le Latim
,
2112 MERCURE DE FRANCE.
tin , les Inſcriptions & les Devifes , compofées
en cette Langue ; les autres applaudir à
la jufteffe de ces Infcriptions & de ces Devifes
, les répéter plufieurs fois , les faire redire
à leurs enfans . Ce qu'on lifoit , il fembloit
qu'on l'appercevoit gravé dans tous
les coeurs. Jamais il n'y eut une plus grande
agitation dans Paris , & jamais il n'y régna
plus d'ordre , malgré la multitude prodigieufe
de caroffes qui furent en mouvement
jufqu'à trois heures du matin . Cette
Fête , à jamais mémorable par fon objet ,
par fes circonftances & par fon éclat , doit
l'ètre encore plus par l'avantage fingulier
qu'elle a eû de n'être troublée par aucun
accident ni par aucune querelle . On auroit
dit que la joie ne laiffoit place à nul autre
fentiment ; que tous les Parifiens ne compofoient
qu'une feule Famille , unie par les
liens de la tendreffe ,autant que par ceux du
Sang , & qu'ils étoient des Freres , occupés
de l'unique foin de fe réjouir de ce que leur
Pere leur étoit rendu .
Les Etrangers , qui ont été témoins de
tous les tranfports aufquels les habitans de
cette Capitale fe font livrés , ont dû , en
voyant les marques de l'affection des François
pour le Roi , trouver la France bien redoutable
à fes ennemis .
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Ste Vierge , la Reine ſe rendit à l'Eglife
du
SEPTEMBRE . 1744. 2113
du Monaftere des Carmélites de Metz , &
S. M. y communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier.
Depuis 15 jours , les Eglifes de cette Ville
retentiffent des actions de graces que l'on
rend à Dieu pour la guérifon du Roi , les
differens Corps des Officiers de S. M. &
ceux des habitans de la Ville , s'étant également
empreffés de remercier la Bonté Di
vine d'avoir confervé le Roi pour le bonheur
de la France , & pour celui des
perfonnes
, qui font particulierement attachées
au fervice de S. M.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France ont entendu les Te
Deum , qui ont été chantés à cette occafion .
Le 13 après midi , la Reine , accompa
gr ée de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames & fuivie de toute la Cour
> >
affifta à celui que le Prince de Campo
Florido
, Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne
auprès
du Roi , fit chanter
dans l'Eglife
de l'Abbaye
de S. Arnoul
de Metz , qui étoit éclaipar
un grand
nombre
de lumieres
.
rée
Le foir , le même Ambaffadeur fit illuminer
, avec autant de magnificence que le
Lieu pouvoit le permettre , la maifon qu'il
occupe en cette Ville , & la rue qui y conduit
, & après un feu d'artifice on fervit un
fouper très-fplendide pour toutes les perfonnes
de la Cour , que le Prince de Campo
Florido avoit invitées à cette Fête .
l'Hôtel - de-Ville , toutes les maiſons furent
illuminées. Chaque Quai , chaque Place publique,
offrit cette nuit là un Spectacle qu'on
ne voyoit qu'avec furprife , & qu'on ne
quittoit qu'avec regret . Après avoir parcouru
une partie de Paris , on croyoit avoir
épuifé fon admiration , & on trouvoit en
arrivant dans une autre partie , un nouveau
fujet d'admirer. L'ardeur du zéle chés plufieurs
habitans de cette Ville , paroiffoit
avoir
SEPTEMBRE. 1744 211
avoir eû prefque les mêmes reffources que
l'opulence . Dans plus d'un endroit , on étoit
étonné , en confiderant l'élégance & le goût
d'une Illumination , d'apprendre qu'elle
avoit été ordonnée par un particulier , connu
de fes feuls voifins . Par tout on remarquoit
des objets, qui , s'ils n'étoient pas tous
également frappans par la magnificence , du
moins étoient tous également intéreffans
par ce qu'ils avoient de flateur pour le Roi.
Les habitans qui avoient été obligés de fe
tenir dans les bornes de la fimplicité , s'étoient
efforcés de montrer qu'ils ne cédoient
aux autres que par la dépenfe , & non par
les fentimens , & ce qui n'étoit peut-être
pas encore arrivé , la plupart des Boutiques
des moindres Artifans étoient ornées d'Inf
criptions , qui loiioient d'autant mieux S.
M. qu'elles étoient moins recherchées : ces
mots , Vive Louis le Bien- Aimé , tracés prefque
par tout en caracteres de feu , annonçoient
que la Nation déféroit à notre Monarque
un Titre , qui eft au- deffus de tous
les autres , & qui les renferme tous . Pendant
toute la nuit , les rues furent remplies ,
non-feulement de peuple , qui faifoit retentir
l'air de fes cris d'allegreffe , mais encore
de perfonnes de tous les Ordres , attirées par
le plaifir de partager la joie publique. On
entendoit de toutes parts , les unes expliquer
, à celles qui n'entendoient pas le Latim
,
2112 MERCURE DE FRANCE.
tin , les Inſcriptions & les Devifes , compofées
en cette Langue ; les autres applaudir à
la jufteffe de ces Infcriptions & de ces Devifes
, les répéter plufieurs fois , les faire redire
à leurs enfans . Ce qu'on lifoit , il fembloit
qu'on l'appercevoit gravé dans tous
les coeurs. Jamais il n'y eut une plus grande
agitation dans Paris , & jamais il n'y régna
plus d'ordre , malgré la multitude prodigieufe
de caroffes qui furent en mouvement
jufqu'à trois heures du matin . Cette
Fête , à jamais mémorable par fon objet ,
par fes circonftances & par fon éclat , doit
l'ètre encore plus par l'avantage fingulier
qu'elle a eû de n'être troublée par aucun
accident ni par aucune querelle . On auroit
dit que la joie ne laiffoit place à nul autre
fentiment ; que tous les Parifiens ne compofoient
qu'une feule Famille , unie par les
liens de la tendreffe ,autant que par ceux du
Sang , & qu'ils étoient des Freres , occupés
de l'unique foin de fe réjouir de ce que leur
Pere leur étoit rendu .
Les Etrangers , qui ont été témoins de
tous les tranfports aufquels les habitans de
cette Capitale fe font livrés , ont dû , en
voyant les marques de l'affection des François
pour le Roi , trouver la France bien redoutable
à fes ennemis .
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Ste Vierge , la Reine ſe rendit à l'Eglife
du
SEPTEMBRE . 1744. 2113
du Monaftere des Carmélites de Metz , &
S. M. y communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier.
Depuis 15 jours , les Eglifes de cette Ville
retentiffent des actions de graces que l'on
rend à Dieu pour la guérifon du Roi , les
differens Corps des Officiers de S. M. &
ceux des habitans de la Ville , s'étant également
empreffés de remercier la Bonté Di
vine d'avoir confervé le Roi pour le bonheur
de la France , & pour celui des
perfonnes
, qui font particulierement attachées
au fervice de S. M.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France ont entendu les Te
Deum , qui ont été chantés à cette occafion .
Le 13 après midi , la Reine , accompa
gr ée de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames & fuivie de toute la Cour
> >
affifta à celui que le Prince de Campo
Florido
, Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne
auprès
du Roi , fit chanter
dans l'Eglife
de l'Abbaye
de S. Arnoul
de Metz , qui étoit éclaipar
un grand
nombre
de lumieres
.
rée
Le foir , le même Ambaffadeur fit illuminer
, avec autant de magnificence que le
Lieu pouvoit le permettre , la maifon qu'il
occupe en cette Ville , & la rue qui y conduit
, & après un feu d'artifice on fervit un
fouper très-fplendide pour toutes les perfonnes
de la Cour , que le Prince de Campo
Florido avoit invitées à cette Fête .
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8
p. 2312
Celle des Artistes du Louvre, [titre d'après la table]
Début :
Tous les Artistes, logés aux Galeries du Louvre se sont distingués par de très-belles [...]
Mots clefs :
Louvre, Illuminations, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Celle des Artistes du Louvre, [titre d'après la table]
Tous les Artiſtes , logés aux Galeries du
Louvre ſe ſont diftingués par de très-belles
illuminations , & entre autres M. de la Roshe
, Arquebuſier du Roi. Il y avoit un Soleil
fortant des nuages , & pour Deviſe ,
Surgetfplendidior; il ſe levera plus brillant.
Louvre ſe ſont diftingués par de très-belles
illuminations , & entre autres M. de la Roshe
, Arquebuſier du Roi. Il y avoit un Soleil
fortant des nuages , & pour Deviſe ,
Surgetfplendidior; il ſe levera plus brillant.
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9
p. 108-110
Le Roi va à N. D. [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain, le Roi accompagné de Monseigneur le Dauphin, se rendit à l'Eglise [...]
Mots clefs :
Roi, Église, Sa Majesté, Archevêque de Paris, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, Messe, Illuminations, Clôture des boutiques, Antoine-René de Voyer de Paulmy d'Argenson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi va à N. D. [titre d'après la table]
Le lendemain , le Roi accompagné de
Monſeigneur le Dauphin , ſe rendit à l'Egliſe
Metropolitaine ; Sa Majesté fut reçue
&complimentée à la Porte de l'Egliſe par
l'Archevêque de Paris , à la tête des Chanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur , elle y entendit la Meſſe , qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Doyen du
Chapitre ; la Reine & Meſdames de France
s'étoient rendues à l'Egliſe Métropolitaine
en même tems que le Roi ; elles y entendirent
NOVEMBRE . 1744. 109
dirent la même Meſſe , après laquelle l'Archevêque
de Paris donna la bénédiction ,
& le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obſervées à ſon
entrée dans l'Eglife. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maiſon de Sa
Majeſté , qui avoient accompagné le Roi
la veille , précéderent & ſuivirent le caroſſe
de Sa Majeſté ; on avoit poſé ſur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres , fur
leſquels étoientdes Symphoniſtes.
,
Les illuminations continuerent ce jour
là & ont continué pendant le ſéjour du
Roi ; une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées , auſſibien
que la clôture des Boutiques , mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
fuppléé aux précautions du Magiftrat
c'eſt ce qu'il remarque judicieuſement dans
le Préambule de ſon Ordonnance. » Quoi-
» qu'il foit perfuadé , dit-il , qu'il n'eſt pas
>> beſoin d'exciter le zéle des Habitans ,
>> cependant comme il eſt néceſſaire de leur
>> preſcrire les régles qu'ils doivent obſer-
>>ver , & qu'il convient en conformité des
» ordres du Parlement , de fixer le tems de
>>la clôture des Boutiques ,& les jours des
» illuminations , &c . »
Ce même jour 14 Novembre, M.d'Argen-
I. Vol. F
110 MERCURE DE FRANCE.
ſon, Avocat du Roi au Châtelet, préſenta d
Sa Majesté le ſcrutin de l'élection du Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744 .
On ſçait que M. d'Argenſon eſt fils du
Miniſtre des Affaires Etrangeres , & Neveu
du Miniſtre de la Guerre ; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de fon nom ;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
ſi nous diſons que ce jeune Magiftrat
entredans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir , ce
qui ſeul eſtungrand éloge.
Nous ferons ſans doute plaiſir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adreſſa au Roi. Les François y retrouveront
les ſentimens de tendreſſe & d'attachement
pour Sa Majesté , qui ſont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en état de l'exprimer avec une éloquence
aufli aisée& auſſi naturelle. C'eſt ce que
la lecture de la Harangue va prouver mieux
quenos réfléxions.
Monſeigneur le Dauphin , ſe rendit à l'Egliſe
Metropolitaine ; Sa Majesté fut reçue
&complimentée à la Porte de l'Egliſe par
l'Archevêque de Paris , à la tête des Chanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur , elle y entendit la Meſſe , qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Doyen du
Chapitre ; la Reine & Meſdames de France
s'étoient rendues à l'Egliſe Métropolitaine
en même tems que le Roi ; elles y entendirent
NOVEMBRE . 1744. 109
dirent la même Meſſe , après laquelle l'Archevêque
de Paris donna la bénédiction ,
& le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obſervées à ſon
entrée dans l'Eglife. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maiſon de Sa
Majeſté , qui avoient accompagné le Roi
la veille , précéderent & ſuivirent le caroſſe
de Sa Majeſté ; on avoit poſé ſur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres , fur
leſquels étoientdes Symphoniſtes.
,
Les illuminations continuerent ce jour
là & ont continué pendant le ſéjour du
Roi ; une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées , auſſibien
que la clôture des Boutiques , mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
fuppléé aux précautions du Magiftrat
c'eſt ce qu'il remarque judicieuſement dans
le Préambule de ſon Ordonnance. » Quoi-
» qu'il foit perfuadé , dit-il , qu'il n'eſt pas
>> beſoin d'exciter le zéle des Habitans ,
>> cependant comme il eſt néceſſaire de leur
>> preſcrire les régles qu'ils doivent obſer-
>>ver , & qu'il convient en conformité des
» ordres du Parlement , de fixer le tems de
>>la clôture des Boutiques ,& les jours des
» illuminations , &c . »
Ce même jour 14 Novembre, M.d'Argen-
I. Vol. F
110 MERCURE DE FRANCE.
ſon, Avocat du Roi au Châtelet, préſenta d
Sa Majesté le ſcrutin de l'élection du Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744 .
On ſçait que M. d'Argenſon eſt fils du
Miniſtre des Affaires Etrangeres , & Neveu
du Miniſtre de la Guerre ; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de fon nom ;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
ſi nous diſons que ce jeune Magiftrat
entredans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir , ce
qui ſeul eſtungrand éloge.
Nous ferons ſans doute plaiſir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adreſſa au Roi. Les François y retrouveront
les ſentimens de tendreſſe & d'attachement
pour Sa Majesté , qui ſont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en état de l'exprimer avec une éloquence
aufli aisée& auſſi naturelle. C'eſt ce que
la lecture de la Harangue va prouver mieux
quenos réfléxions.
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10
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
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texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
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p. 134-136
Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Début :
Le soir, le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin & Mesdames firent l'honneur [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Visite, Chambre, Dames, Palais royal, Illuminations, Duchesse d'Orléans
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texteReconnaissance textuelle : Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Le foir , le Roi , la Reine, MonſeigneurT
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
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12
p. 144
« NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...] »
Début :
NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...]
Mots clefs :
Illuminations, Paris, Dessins
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texteReconnaissance textuelle : « NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...] »
N
Ous avons promis de rendre compte
au Public de quelques-unes des
illuminations qui ont été faites à Paris pendant
le ſéjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déja dit au ſujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons .
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons , mais nous déerirons
celles dont il nous a été plus facile
de recouvrer les deſſeins. Nous commencerons
par celles des Peres Jéſuites de la
Maiſon Profeffe .
Ous avons promis de rendre compte
au Public de quelques-unes des
illuminations qui ont été faites à Paris pendant
le ſéjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déja dit au ſujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons .
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons , mais nous déerirons
celles dont il nous a été plus facile
de recouvrer les deſſeins. Nous commencerons
par celles des Peres Jéſuites de la
Maiſon Profeffe .
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13
p. 196
ESPAGNE.
Début :
On a appris de Madrid du 24 du mois dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouissances [...]
Mots clefs :
Madrid, Illuminations, Marchandises
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE
On a appris de Madrid du 24 du mois
dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouiſſances
en cette Ville pendant trois jours
confécutifs , à l'occaſion de la priſe de Fribourg.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé
au Roi que l'Armateur Jean Fernanddel
Villar avoit conduit au Port de Marin la Balandre
Angloiſe la Sainte Catherine de 60
tonneaux , qui alloit de Faro à Londres ,
& dont il s'eſt emparé à40 lieues de Muros.
La charge de ce Bâtiment confiftoit en
Vin , en Oranges , en Sucre & en pluſieurs
auties marchandiſes .
On a appris de Madrid du 24 du mois
dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouiſſances
en cette Ville pendant trois jours
confécutifs , à l'occaſion de la priſe de Fribourg.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé
au Roi que l'Armateur Jean Fernanddel
Villar avoit conduit au Port de Marin la Balandre
Angloiſe la Sainte Catherine de 60
tonneaux , qui alloit de Faro à Londres ,
& dont il s'eſt emparé à40 lieues de Muros.
La charge de ce Bâtiment confiftoit en
Vin , en Oranges , en Sucre & en pluſieurs
auties marchandiſes .
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14
p. 114-128
DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
Début :
Messieurs les Prévôt des Marchands & Echevins firent élever sur le Pont de pierre [...]
Mots clefs :
Lyon, Illuminations, Naissance du duc de Bourgogne, Transparent, Lampions, Fleurs de lys, Mots, Étoiles, Feu, Place, Milieu, Façade, Cartouche, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION des illuminations faites
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
115
surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
119
JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
115
surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
119
JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
Fermer
15
p. 207-209
A Caen, ce 17 septembre, 1756.
Début :
Monsieur, le silence que les nouvelles publiques gardent sur un événement qui a fixé, [...]
Mots clefs :
Caen, Duc d'Harcourt, Duc de Montmorenci, Fête, Régiment, Illuminations, Pièce en vers, Banquet, Feux d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Caen, ce 17 septembre, 1756.
A Caen , ce 17 septembre , 1756.
Monfieur , le filence que les nouvelles publiques
gardent fur un événement qui a fixé , qui a ›
mérité l'attention de tous les Militaires que le Camp du Havre raffembloit fous les ordres de
Monfieur le Duc d'Harcourt , me détermine à vous
le détailler.
J'entends parler d'une Fête que Monfieur le Duc de Montmorenci
a donnée à ce Général , &
à Madame la Comteffe de Lillebonne fa belle-fille ;
Fête digne à la fois , & de qui la donnoit , & de
qui l'a reçue.
M. de Montmorenci l'a imaginée , l'a dirigée
lui-même l'objet fait l'éloge de fon difcerne
ment , l'exécution fait celui de fon goût.
20S MERCURE DE FRANCE.
Donner des preuves d'attachement à M. le Duo
d'Harcourt , c'eft acquitter près de lui les dettes.
de la Nation ; Poffeffeur du droit héréditaire d'ètre
aimé, ce Général s'eft acquis celui de fe faire
adorer.
Cambiner , faire exécuter foi- même en vingtquatre
heures , la fête la plus brillante , lui donner
l'air le plus galant fous l'appareil le plus militaire
, c'eft un chef-d'oeuvre de goût qui n'appartient
qu'à M. de Montmorency. Paffons au
détail.
Lorfque le Général & les Dames arriverent à
la Brigade de Touraine , on y trouva en bataille
devant les faiſceaux , deux cens hommes de ce
Régiment , troupe connue depuis long - temps
fous le nom de Pruffiens de M. de Montmorency ,
qui lui-même l'a inftruite à faire avec grace &
précifion le maniement des armes & les évolutions
ordinaires au refte de l'Infanterie. Il l'a fit
manoeuvrer & tout le monde convint qu'on ne
pouvoit , ni mieux commandet , nt mieux obéir.
L'arrivée des Dames aux tentes du jeune Duc ,
fut annoncée par toute l'artillerie des Forts & des
Lignes.
Il avoit fait élever devant la premiere un Fort ,
dont le front préfentoit un ouvrage à couronne ,
flanqué de deux baftions , avec des places d'armes
retranchées dans le chemin couvert. Du flanc
droit partoient des lignes défendues par des redans
& redoutes , le tout paliffadé & garni d'une
artillerie dont le volume étoit proportionné à la
capacité des ouvrages. Ces lignes entouroient
plufieurs autres tentes également grandes & magnifiques.
L'intervalle des tentes & lignes étoit
occupé par un parterre en gazon découpé , dont
les compartimens étoient pleins des chiffres de
NOVEMBRE . 1756. 209
Montmorency , Harcourt & la Feuillade. Les Ar
moiries des trois Maifons paroiffoient fur les
remparts en cartouches tranfparens . Tous les ouvrages
, les compartimens & chiffres , ou ornemens
du parterre , étoient deffinés par un nombre
infini de lampions.
L'effet de cette illumination dans une nuit
tranquille & obfcure , a furpris même les plus
difficiles en ce genre.
Avant de commencer le jeu , M. de Montmorency
préfenta à Madame de Lillebonne une piece
de vers fous le titre d'ordre : M. Defluile ' , Capitaine
au Régiment de Touraine , en eft l'Auteur,
& je les ai joints à nra Lettre.
Après le jeu , on paffa dans les tentes voisines
où étoient dreffées plufieurs tables fur lesquelles
l'abondance & la délicateffe des mets fe difputoient
l'avantage. Tous les Chefs des Corps
avoient été invités particuliérement à ce fouper,
où furent priés tous les Officiers que ela curiofité
avoient amenés à ce fpectacle. Pendant le repas
une fymphonie de haut-bois , baffons & corps - dechaffe
fe fit entendre : les fantés furent bues au
bruit de toute l'artillerie.
Lorfqu'on eat quitté la table , on tira un feu
d'artifice qui fut allumé par Madame de Lillebonne
. Le bal fut ouvert enfuite par elle & M. de
Montmorency, & fut terminé à fix heures du matin
, par le retour de cette Dame à Harfleur. Il
convenoit que le départ des graces mît fin à leur
fête.
J'ai l'honneur d'être , &c .
LA NEUFVILLE.
Monfieur , le filence que les nouvelles publiques
gardent fur un événement qui a fixé , qui a ›
mérité l'attention de tous les Militaires que le Camp du Havre raffembloit fous les ordres de
Monfieur le Duc d'Harcourt , me détermine à vous
le détailler.
J'entends parler d'une Fête que Monfieur le Duc de Montmorenci
a donnée à ce Général , &
à Madame la Comteffe de Lillebonne fa belle-fille ;
Fête digne à la fois , & de qui la donnoit , & de
qui l'a reçue.
M. de Montmorenci l'a imaginée , l'a dirigée
lui-même l'objet fait l'éloge de fon difcerne
ment , l'exécution fait celui de fon goût.
20S MERCURE DE FRANCE.
Donner des preuves d'attachement à M. le Duo
d'Harcourt , c'eft acquitter près de lui les dettes.
de la Nation ; Poffeffeur du droit héréditaire d'ètre
aimé, ce Général s'eft acquis celui de fe faire
adorer.
Cambiner , faire exécuter foi- même en vingtquatre
heures , la fête la plus brillante , lui donner
l'air le plus galant fous l'appareil le plus militaire
, c'eft un chef-d'oeuvre de goût qui n'appartient
qu'à M. de Montmorency. Paffons au
détail.
Lorfque le Général & les Dames arriverent à
la Brigade de Touraine , on y trouva en bataille
devant les faiſceaux , deux cens hommes de ce
Régiment , troupe connue depuis long - temps
fous le nom de Pruffiens de M. de Montmorency ,
qui lui-même l'a inftruite à faire avec grace &
précifion le maniement des armes & les évolutions
ordinaires au refte de l'Infanterie. Il l'a fit
manoeuvrer & tout le monde convint qu'on ne
pouvoit , ni mieux commandet , nt mieux obéir.
L'arrivée des Dames aux tentes du jeune Duc ,
fut annoncée par toute l'artillerie des Forts & des
Lignes.
Il avoit fait élever devant la premiere un Fort ,
dont le front préfentoit un ouvrage à couronne ,
flanqué de deux baftions , avec des places d'armes
retranchées dans le chemin couvert. Du flanc
droit partoient des lignes défendues par des redans
& redoutes , le tout paliffadé & garni d'une
artillerie dont le volume étoit proportionné à la
capacité des ouvrages. Ces lignes entouroient
plufieurs autres tentes également grandes & magnifiques.
L'intervalle des tentes & lignes étoit
occupé par un parterre en gazon découpé , dont
les compartimens étoient pleins des chiffres de
NOVEMBRE . 1756. 209
Montmorency , Harcourt & la Feuillade. Les Ar
moiries des trois Maifons paroiffoient fur les
remparts en cartouches tranfparens . Tous les ouvrages
, les compartimens & chiffres , ou ornemens
du parterre , étoient deffinés par un nombre
infini de lampions.
L'effet de cette illumination dans une nuit
tranquille & obfcure , a furpris même les plus
difficiles en ce genre.
Avant de commencer le jeu , M. de Montmorency
préfenta à Madame de Lillebonne une piece
de vers fous le titre d'ordre : M. Defluile ' , Capitaine
au Régiment de Touraine , en eft l'Auteur,
& je les ai joints à nra Lettre.
Après le jeu , on paffa dans les tentes voisines
où étoient dreffées plufieurs tables fur lesquelles
l'abondance & la délicateffe des mets fe difputoient
l'avantage. Tous les Chefs des Corps
avoient été invités particuliérement à ce fouper,
où furent priés tous les Officiers que ela curiofité
avoient amenés à ce fpectacle. Pendant le repas
une fymphonie de haut-bois , baffons & corps - dechaffe
fe fit entendre : les fantés furent bues au
bruit de toute l'artillerie.
Lorfqu'on eat quitté la table , on tira un feu
d'artifice qui fut allumé par Madame de Lillebonne
. Le bal fut ouvert enfuite par elle & M. de
Montmorency, & fut terminé à fix heures du matin
, par le retour de cette Dame à Harfleur. Il
convenoit que le départ des graces mît fin à leur
fête.
J'ai l'honneur d'être , &c .
LA NEUFVILLE.
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Résumé : A Caen, ce 17 septembre, 1756.
Le 17 septembre 1756, à Caen, une fête militaire organisée par le Duc de Montmorency en l'honneur du Duc d'Harcourt et de Madame la Comtesse de Lillebonne a attiré l'attention des officiers du camp du Havre. La fête, réputée pour son élégance et son organisation impeccable, a commencé par des manœuvres militaires de 200 hommes du Régiment de Touraine, dirigés par Montmorency. L'arrivée des dames a été annoncée par l'artillerie des forts et des lignes. Des fortifications ornées des armoiries des maisons de Montmorency, Harcourt et La Feuillade ont été construites et illuminées de manière spectaculaire. Montmorency a présenté une pièce de vers à Madame de Lillebonne avant un jeu. Un souper abondant et délicat, accompagné de musique, a suivi. Un feu d'artifice tiré par Madame de Lillebonne a précédé un bal qui s'est terminé à six heures du matin par le retour de Madame de Lillebonne à Harfleur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
Fermer
Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 105-113
SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
Début :
CETTE question, que nous allons discuter, a été proposée à la Société à [...]
Mots clefs :
Ministres du Sanctuaire, Églises paroissiales, Illuminations, Fêtes profanes, Lustres, Lampadaires, Cierges, Arcade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
ARTS AGRÉABLES.
SUITE des Obfervations d'une Société
d'Amateurs .
QUEL genre de décoration & quelle maniere
d'illuminer conviennent dans une
Eglife ?
CETTE ETTE question , que nous allons
difcuter a été propofée à la Société à
l'occafion de la folemnité de Noël.
,
Depuis plufieurs années , le zéle des
Miniftres du Sanctuaire , fecondé apparemment
par celui des Particuliers
qui adminiftrent les revenus de quelques
Eglifes Paroiffiales , a tellement
étendu la pompe des illuminations intérieures
, qu'elles font devenues , avec
les Orgues , l'objet de l'attention du
Public , dans la nuit de Noël.
Cette nuit , fi folemnelle pour les
Chrétiens , & dont beaucoup de Fidéles
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
,
paffent une partie dans les Temples ,
demande en effet une plus grande quantité
de lumières que ce qu'on en allume
pour la feule majeſté du culte.
Une forte de néceffité fe joint à la
convenance de l'éclat en cette occafion.
Il eft affez fimple que lorfqu'on a voulu
tourner cette néceffité en décoration
on fe foit fervi d'abord de quelques
Luftres de criftal. Ces premiers moyens
faciles à trouver ont dû paroître fans
conféquence pour une fplendeur momentanée
; d'autant que les commencemens
font toujours modeftes & fans
prétentions. On n'a peut-être pas fait attention
qu'en les multipliant progreffivement
dans les lieux faints
loignoit d'autant du genre propre à les
décorer. Nous ne prétendons par-là ,
ni cenfurer ni rendre fufpectes les intentions
de ceux qui auroient pu fe
laiffer aller à un excès de zéle , & dont
nous ne refpectons pas moins les motifs
& l'objet. On nous interroge fur
des convenances ; nous fommes obligés,
pour répondre , de confidérer , de chercher
les rapports ; nous déclarons ingénuement
que nous n'en trouvons aucun
, entre l'auftère idée de nos faints
Myftères , entre celle d'une Maifon de
on s'éJANVIER.
1763. 107
prieres , tels que font nos Temples , &
de vaftes Edifices transformés en falles
de fêtés profanes.
Lorfque nous croyons que , fans banir
la magnificence & l'éclat qui doivent
régner dans le Tabernacle du
Très-Haut , tout parlera à nos fens de
fon augufte Majefté ; notre vue , au
contraire diftraite & agitée par le
reflet petillant de tant de lumiéres
dans ces cristaux , emporte naturellement
notre efprit fort loin du feul
objet qui devroit le fixer. On ne devroit
pas être étonné , qu'à cet afpect
, le vulgaire ne tombât dans les
mêmes irrévérences & ne fe portât aux
mêmes excès qu'il fe permet quelquefois
dans les lieux auxquels on rend ſi femblable
celui qui ne doit jamais infpirer
qu'une profonde vénération .
Si l'on veut bien le remarquer , on
s'apperçoit de plus , que par cette quantité
de luftres brillans exhauffés en
plufieurs rangs , dans le milieu d'une
Eglife , le principal Autel eft pour ainfi
dire éteint & refte dans une obfcurité
de comparaifon , qui fait que les Miniftres
célébrans n'y font apperçus que
comme des ombres mobiles . Rien n'eft
donc plus contraire aux principes qui ,
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
en général , préfcrivent de rendre toujours
dominant & dans la plus grande
évidence , l'objet auquel doivent fe rapporter
tous les autres. Dans l'application
de ces principes à notre fujet ; qui ne
fentira pas que cet Autel , qu'on laiffe
ainfi dans les ténébres , eft cependant
le point d'où devroit émaner toute la
clarté répandue dans le refte du vaiffeau
comme d'un foyer dont les autres lumiéres
paruffent n'être que des productions
? Si l'on convient de la jufteffe de
cette idée >
fi le rapport avec l'efprit
de la chofe en eft fenfible , on doit
donc convenir que l'ufage dont nous
venons de parler & la maniere dont
on éclaire aujourd'hui quelques Eglifes ,
font des abus , peut-être à plufieurs
égards , mais principalement contre les
loix du goût raifonné , ce qu'il nous appartient
feulement de confidérer.
Pour réformer cet abus , il faudroit ,
dira-t-on , indiquer d'autres moyens que
ceux que l'on critique , puifqu'il eft
vrai que nous convenons de la néceffité
d'éclairer & de la bienféance à éclairer
pompeufement.
Tant de célébres Artiftes , dont les
talens & le génie font fpécialement dirigés
à l'ordonnance des décorations en
JANVIER. 1763. 109
tout genre , fourniront bien mieux que
nous ces fortes de . moyens. Nous tracerons
feulement & fans aucune prétention
, ce que nous avons entrevû d'abord
de poffibilité pour faire rapporter
l'éxécution à ces mêmes principes.
>
Si , par exemple , au lieu des Luftres
de criſtal enhauffés dans les milieux
en de çà des pilaftres , on plaçoit fous
chacune des arcades , qui féparent la
nef de fes bas-côtés , un très - beau Lampadaire
de quelque riche métal ou de
matiere qui le repréfentât , & que ce
Lampadaire portât plufieurs Godets de
lampes à divers étages , lefquels par la
force ou par le nombre des méches formaffent
des efpéces de Pots-à-feu ; ce
genre de meuble confacré , fi l'on peut
dire , dans tous les temps & dans tous
les Rits , ne feroit- il pas beaucoup plus
analogue dans nos Temples , que les
meubles mondains , dont nous reconnoiffons
l'ufage fi inconféquent? Si l'on
appliquoit fur les pilaftres, des girandoles
, foit de métal , foit de quelque
matiere bronzée ou dorée ; que ces girandoles
, pofées dans une moindre élévation
que ne font les luftres , por
taffent tant de branches que l'on voudroit
, pour éclairer les Fidéles dans
110 MERCURE DE FRANCE.
,
leurs lectures plutôt que les voûtes de
l'Eglife , où la grande lumière étant inutile
, ne peut avoir qu'un vain faſte
pour objet ! penfe -t- on que cette diftribution
formât un effet moins auguſte
aux yeux , & n'eût pas davantage le
prétexte légitime d'une pieufe commo.
dité pour les affiftans ? Rien n'intercepteroit
plus la vue du principal objet ,
qui eft l'Autel ; mais au contraire ces
girandoles ou buiffons de lumières ,
par leur pofition fubordonnée aux pointes
des cierges de l'Autel , y conduiroient
les yeux par degrés inférieurs , &
ne difputeroient point d'effet. On propoferoit
encore de charger ( dans cette
occafion feulement ou de femblables )
le principal Autel des plus hauts & des
plus forts cierges par gradins , entre lefquels
on pourroit en mêler d'inférieurs ,
de telle forte que la maffe de cette lumière
fût prédominante fur toute autre.
Pour étendre davantage cette maffe
on garniroit de lumières dans toutes
leurs hauteurs , les deux pilaftres joignant
& renfermant l'Autel , jufqu'à
l'impofte de l'arcade , fous lequel il fe
trouveroit placé. A la clef de cette même
arcade on chercheroit le moyen d'appliquer
un très -fort groupe de lumières ,
و
JANVIER. 1763 . III
lefquelles on tâcheroit de continuer , en
dégradant jufqu'à l'impofte , qu'elles reviendroient
joindre. Ce que nous venons
de propofer ne pouvant avoir lieu
que dans les Eglifes dont l'architecture
favoriferoit cette difpofition , on trouvera
facilement dans les autres les
moyens d'y adapter d'autres diftribu-.
tions relatives à nos principes.
Il eſt encore à obferver que felon ces
mêmes principes , dans les Eglifes où il
fe trouveroit au- delà du choeur des
Chapelles ou autres lieux en perfpective
, ils doivent être frappés d'une
grande lumière , qui en faffe appercevoir
l'éclat ; mais que cette lumière , ou
plutôt fes cauſes , ne doivent point être
perceptibles du point milieu du vaiffeau
; en forte que ce foit l'éclat répandu
fur ces lieux qui forme le point de
yue , & non les bougies , cierges ou
autres lumières , dont l'effet feuldoit être
fénfible, mais non pas
les corps
corps lumineux.
La raifon de ceci eft naturellement déduit
de l'axiome inconteftable , répété
dans toutes nos obfervations fur les
Eglifes à l'égard de la prédominance
indifpenfable de l'Autel , axiome qui
n'en eft pas moins certain , quoique
chaque jour on s'en écarte de plus en
•
112 MERCURE DE FRANCE .
plus , & en faveur duquel nous ne cefferons
d'exciter le goût du Public , juſqu'à
ce que ceux qui devroient le maintenir
ceffent de le violer. Nous avons
déja fait voir l'abſurdité qu'il y auroit à
ne faire qu'un paffage à la vue de l'Autel
augufte , où fe célebre le plus faint
des Sacrifices (a). Ainfi les lumiéres apparentes
étant en cette occafion ce qui
marque davantage il s'enfuit que le
Maître-Autel , & ce qui l'environne
doivent être le plus chargés de ces lumières
, & qu'on ne doit en voir aucune
par-delà , afin que ce point termine le
fpectacle de la pompe.
que
,
Nous croyons convenable de nous
expliquer fur certaines Eglifes , telles
celles des Couvents & autres con- .
fidérées , comme Chapelles ou oratoires
domeftiques . Leur peu d'étendue , la
nature , pour ainfi dire , de leur conftitution
, & celle de leur deſtination , les
difpenfent fans doute des régles que
nous venons , non pas d'établir , n'en
ayant nul droit , mais feulement de développer
& de rappeller aux efprits conféquens
, à l'égard des Eglifes Cathé-
(a ) Voyez les obfervations des Amateurs dans
les années 1760 & 1761 de l'Obfervateur Litséraire.
I
JANVIER. 1763 . 113
drales ou Paroiffiales , qui feules doivent
être regardées comme Temples
publics.
SUITE des Obfervations d'une Société
d'Amateurs .
QUEL genre de décoration & quelle maniere
d'illuminer conviennent dans une
Eglife ?
CETTE ETTE question , que nous allons
difcuter a été propofée à la Société à
l'occafion de la folemnité de Noël.
,
Depuis plufieurs années , le zéle des
Miniftres du Sanctuaire , fecondé apparemment
par celui des Particuliers
qui adminiftrent les revenus de quelques
Eglifes Paroiffiales , a tellement
étendu la pompe des illuminations intérieures
, qu'elles font devenues , avec
les Orgues , l'objet de l'attention du
Public , dans la nuit de Noël.
Cette nuit , fi folemnelle pour les
Chrétiens , & dont beaucoup de Fidéles
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
,
paffent une partie dans les Temples ,
demande en effet une plus grande quantité
de lumières que ce qu'on en allume
pour la feule majeſté du culte.
Une forte de néceffité fe joint à la
convenance de l'éclat en cette occafion.
Il eft affez fimple que lorfqu'on a voulu
tourner cette néceffité en décoration
on fe foit fervi d'abord de quelques
Luftres de criftal. Ces premiers moyens
faciles à trouver ont dû paroître fans
conféquence pour une fplendeur momentanée
; d'autant que les commencemens
font toujours modeftes & fans
prétentions. On n'a peut-être pas fait attention
qu'en les multipliant progreffivement
dans les lieux faints
loignoit d'autant du genre propre à les
décorer. Nous ne prétendons par-là ,
ni cenfurer ni rendre fufpectes les intentions
de ceux qui auroient pu fe
laiffer aller à un excès de zéle , & dont
nous ne refpectons pas moins les motifs
& l'objet. On nous interroge fur
des convenances ; nous fommes obligés,
pour répondre , de confidérer , de chercher
les rapports ; nous déclarons ingénuement
que nous n'en trouvons aucun
, entre l'auftère idée de nos faints
Myftères , entre celle d'une Maifon de
on s'éJANVIER.
1763. 107
prieres , tels que font nos Temples , &
de vaftes Edifices transformés en falles
de fêtés profanes.
Lorfque nous croyons que , fans banir
la magnificence & l'éclat qui doivent
régner dans le Tabernacle du
Très-Haut , tout parlera à nos fens de
fon augufte Majefté ; notre vue , au
contraire diftraite & agitée par le
reflet petillant de tant de lumiéres
dans ces cristaux , emporte naturellement
notre efprit fort loin du feul
objet qui devroit le fixer. On ne devroit
pas être étonné , qu'à cet afpect
, le vulgaire ne tombât dans les
mêmes irrévérences & ne fe portât aux
mêmes excès qu'il fe permet quelquefois
dans les lieux auxquels on rend ſi femblable
celui qui ne doit jamais infpirer
qu'une profonde vénération .
Si l'on veut bien le remarquer , on
s'apperçoit de plus , que par cette quantité
de luftres brillans exhauffés en
plufieurs rangs , dans le milieu d'une
Eglife , le principal Autel eft pour ainfi
dire éteint & refte dans une obfcurité
de comparaifon , qui fait que les Miniftres
célébrans n'y font apperçus que
comme des ombres mobiles . Rien n'eft
donc plus contraire aux principes qui ,
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
en général , préfcrivent de rendre toujours
dominant & dans la plus grande
évidence , l'objet auquel doivent fe rapporter
tous les autres. Dans l'application
de ces principes à notre fujet ; qui ne
fentira pas que cet Autel , qu'on laiffe
ainfi dans les ténébres , eft cependant
le point d'où devroit émaner toute la
clarté répandue dans le refte du vaiffeau
comme d'un foyer dont les autres lumiéres
paruffent n'être que des productions
? Si l'on convient de la jufteffe de
cette idée >
fi le rapport avec l'efprit
de la chofe en eft fenfible , on doit
donc convenir que l'ufage dont nous
venons de parler & la maniere dont
on éclaire aujourd'hui quelques Eglifes ,
font des abus , peut-être à plufieurs
égards , mais principalement contre les
loix du goût raifonné , ce qu'il nous appartient
feulement de confidérer.
Pour réformer cet abus , il faudroit ,
dira-t-on , indiquer d'autres moyens que
ceux que l'on critique , puifqu'il eft
vrai que nous convenons de la néceffité
d'éclairer & de la bienféance à éclairer
pompeufement.
Tant de célébres Artiftes , dont les
talens & le génie font fpécialement dirigés
à l'ordonnance des décorations en
JANVIER. 1763. 109
tout genre , fourniront bien mieux que
nous ces fortes de . moyens. Nous tracerons
feulement & fans aucune prétention
, ce que nous avons entrevû d'abord
de poffibilité pour faire rapporter
l'éxécution à ces mêmes principes.
>
Si , par exemple , au lieu des Luftres
de criſtal enhauffés dans les milieux
en de çà des pilaftres , on plaçoit fous
chacune des arcades , qui féparent la
nef de fes bas-côtés , un très - beau Lampadaire
de quelque riche métal ou de
matiere qui le repréfentât , & que ce
Lampadaire portât plufieurs Godets de
lampes à divers étages , lefquels par la
force ou par le nombre des méches formaffent
des efpéces de Pots-à-feu ; ce
genre de meuble confacré , fi l'on peut
dire , dans tous les temps & dans tous
les Rits , ne feroit- il pas beaucoup plus
analogue dans nos Temples , que les
meubles mondains , dont nous reconnoiffons
l'ufage fi inconféquent? Si l'on
appliquoit fur les pilaftres, des girandoles
, foit de métal , foit de quelque
matiere bronzée ou dorée ; que ces girandoles
, pofées dans une moindre élévation
que ne font les luftres , por
taffent tant de branches que l'on voudroit
, pour éclairer les Fidéles dans
110 MERCURE DE FRANCE.
,
leurs lectures plutôt que les voûtes de
l'Eglife , où la grande lumière étant inutile
, ne peut avoir qu'un vain faſte
pour objet ! penfe -t- on que cette diftribution
formât un effet moins auguſte
aux yeux , & n'eût pas davantage le
prétexte légitime d'une pieufe commo.
dité pour les affiftans ? Rien n'intercepteroit
plus la vue du principal objet ,
qui eft l'Autel ; mais au contraire ces
girandoles ou buiffons de lumières ,
par leur pofition fubordonnée aux pointes
des cierges de l'Autel , y conduiroient
les yeux par degrés inférieurs , &
ne difputeroient point d'effet. On propoferoit
encore de charger ( dans cette
occafion feulement ou de femblables )
le principal Autel des plus hauts & des
plus forts cierges par gradins , entre lefquels
on pourroit en mêler d'inférieurs ,
de telle forte que la maffe de cette lumière
fût prédominante fur toute autre.
Pour étendre davantage cette maffe
on garniroit de lumières dans toutes
leurs hauteurs , les deux pilaftres joignant
& renfermant l'Autel , jufqu'à
l'impofte de l'arcade , fous lequel il fe
trouveroit placé. A la clef de cette même
arcade on chercheroit le moyen d'appliquer
un très -fort groupe de lumières ,
و
JANVIER. 1763 . III
lefquelles on tâcheroit de continuer , en
dégradant jufqu'à l'impofte , qu'elles reviendroient
joindre. Ce que nous venons
de propofer ne pouvant avoir lieu
que dans les Eglifes dont l'architecture
favoriferoit cette difpofition , on trouvera
facilement dans les autres les
moyens d'y adapter d'autres diftribu-.
tions relatives à nos principes.
Il eſt encore à obferver que felon ces
mêmes principes , dans les Eglifes où il
fe trouveroit au- delà du choeur des
Chapelles ou autres lieux en perfpective
, ils doivent être frappés d'une
grande lumière , qui en faffe appercevoir
l'éclat ; mais que cette lumière , ou
plutôt fes cauſes , ne doivent point être
perceptibles du point milieu du vaiffeau
; en forte que ce foit l'éclat répandu
fur ces lieux qui forme le point de
yue , & non les bougies , cierges ou
autres lumières , dont l'effet feuldoit être
fénfible, mais non pas
les corps
corps lumineux.
La raifon de ceci eft naturellement déduit
de l'axiome inconteftable , répété
dans toutes nos obfervations fur les
Eglifes à l'égard de la prédominance
indifpenfable de l'Autel , axiome qui
n'en eft pas moins certain , quoique
chaque jour on s'en écarte de plus en
•
112 MERCURE DE FRANCE .
plus , & en faveur duquel nous ne cefferons
d'exciter le goût du Public , juſqu'à
ce que ceux qui devroient le maintenir
ceffent de le violer. Nous avons
déja fait voir l'abſurdité qu'il y auroit à
ne faire qu'un paffage à la vue de l'Autel
augufte , où fe célebre le plus faint
des Sacrifices (a). Ainfi les lumiéres apparentes
étant en cette occafion ce qui
marque davantage il s'enfuit que le
Maître-Autel , & ce qui l'environne
doivent être le plus chargés de ces lumières
, & qu'on ne doit en voir aucune
par-delà , afin que ce point termine le
fpectacle de la pompe.
que
,
Nous croyons convenable de nous
expliquer fur certaines Eglifes , telles
celles des Couvents & autres con- .
fidérées , comme Chapelles ou oratoires
domeftiques . Leur peu d'étendue , la
nature , pour ainfi dire , de leur conftitution
, & celle de leur deſtination , les
difpenfent fans doute des régles que
nous venons , non pas d'établir , n'en
ayant nul droit , mais feulement de développer
& de rappeller aux efprits conféquens
, à l'égard des Eglifes Cathé-
(a ) Voyez les obfervations des Amateurs dans
les années 1760 & 1761 de l'Obfervateur Litséraire.
I
JANVIER. 1763 . 113
drales ou Paroiffiales , qui feules doivent
être regardées comme Temples
publics.
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Résumé : SUITE des Observations d'une Société d'Amateurs. QUEL genre de décoration & quelle maniere d'illuminer conviennent dans une Eglise ?
Le texte traite de la décoration et de l'illumination appropriées dans une église, en particulier lors de la nuit de Noël. Depuis plusieurs années, les ministres du sanctuaire et les administrateurs des revenus des églises paroissiales ont intensifié les illuminations intérieures, rendant les lustres et les orgues des éléments notables pour le public. La nuit de Noël, étant solennelle pour les chrétiens, nécessite une plus grande quantité de lumières que celles allumées pour la majesté du culte. Cependant, cette nécessité a conduit à une surabondance de lustres en cristal, faciles à obtenir mais inappropriés pour la décoration des lieux saints. Ces lustres, multipliés progressivement, éloignent de l'idée austère des mystères saints et transforment les églises en salles de fêtes profanes. L'éclat des lumières distrait l'esprit et peut entraîner des irrévérences. De plus, la quantité de lustres brillants dans le milieu de l'église éclaire l'autel principal de manière insuffisante, le rendant presque invisible. Cela contredit les principes qui exigent que l'autel soit dominant et évident. Pour réformer cet abus, le texte propose de remplacer les lustres par des lampadaires et des girandoles placés sous les arcades et sur les piliers, afin de diriger la vue vers l'autel. L'autel principal devrait être le point central de la lumière, avec des cierges de différentes hauteurs. Les chapelles et autres lieux en perspective doivent également être éclairés de manière à ce que leur éclat soit visible sans que les sources de lumière soient perceptibles depuis le milieu de la nef. Le texte conclut en rappelant que les petites églises, comme celles des couvents ou des oratoires domestiques, sont dispensées de ces règles, car elles ne sont pas des temples publics.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 194-195
De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Début :
Le 22 de ce mois, la publication de la Paix se fit ici en François [...]
Mots clefs :
Paix, Cérémonies, Réjouissances, Illuminations, distribution, Troupes, Habitants, Magistrats, Marquis, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
De STRASBOURG , le 29 Juin 1763.
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
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Résumé : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, la paix fut proclamée à Strasbourg en français et en allemand, accompagnée de cérémonies publiques. Les réjouissances débutèrent le 26 juin avec un Te Deum à la cathédrale en présence du Marquis de Vibray, du clergé et de la magistrature. La façade de l'Hôtel-de-Ville fut illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de pain et de viandes furent offertes au peuple. Les illuminations des hôtels de la ville, notamment celle de la cathédrale, attirèrent l'attention. Pour maintenir l'ordre, le Marquis de Vibray ordonna aux troupes de rester sous les armes et interdit aux soldats de se mêler aux habitants. Des vivres et du vin furent distribués aux militaires. La ville remit six mille livres aux curés et ministres des deux religions pour les pauvres. Le lendemain, le Marquis de Vibray offrit une comédie et un bal gratuits. Le surlendemain, le seigneur de Lucé organisa un feu d'artifice et distribua du vin. Pendant ces trois jours, les autorités s'invitèrent mutuellement à des repas somptueux avec des personnes de distinction.
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19
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
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