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1
p. 2078-2080
ITALIE.
Début :
ON a appris de Rome du 18 du mois dernier, que le grand nombre de Bâtimens de transports, [...]
Mots clefs :
Comte de Braun, Espagnols, Napolitains, Roi des deux Siciles, Velletri, Prince de Lobkowitz, Régiment, Troupes, Camp, Reine de Hongrie
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Na appris de Rome du 18 du mois dernier ,
que le grand nombre de Bâtimens de tranfport,
que les Anglois avoient pris foin de raflembler
a Fiumicino , & les mouvemens de plufieurs Régimens,
que le Prince de Lobckowitz avoit envoyés
du côté de la Mer , avoient donné lieu de croire que
ce Général penfoit à faire un embarquement , &
que l'on étoit prefque perfuadé qu'il le propofot
de tenter une defcente fur la Côte du Royaume de
Naples , lorsqu'il a fait éclater le véritable deſſein
que cachoit la feinte .
La nuit du 10 au 11 du mois dernier , un Corps
de l'armée de la Reine de Hongrie , commandé par
le Comte de Braun , & composé de fix Bataillons ,
de deux Régimens de Cavalerie , de quatre Régimens
de Huffards , & de mille Efclavons , lequel
faifoit partie des troupes que le Prince de Lobcxovvitz
avoit détachées de cette armée , & qui paroiffoient
deftinées à s'embarquer , changea fubitement
de route , & ayant fait une marche forcée , il attàqua
à la pointe du jour la gauche du camp du Roi
des deux Siciles .
Le quartier , où la Brigade d'Irlande étoit avec
deux Régimens de Dragons , fut furpris , & cette
Brigade fut extrêmement maltraitée . Le Comte de
Braun pénétra jufques dans la Ville de Velletri , qui
n'étoit
SEPTEMBRE. 1744. 2079
n'étoit défenduë que par un petit nombre de troupes
, parce que S. M. Sic . avoit donné toute fon attention
à la garde de la Montagne de la Fayola.
Pendant que le Détachement du Comte de Braun
pilloit Velletri , & y brûloit les maifons dans lefquelles
plufieurs des principaux Officiers Espagnols
& Napolitains étoient logés , le Prince de Lobcкovvitz
de fon côté attaqua la Montagne par differens
endroits.
Le Comte de Gages , à la tête de quelques Brigades
de l'armée Espagnole , foutint toutes ces attaques
, & repouffa par tout les Allemands . La Brigade
de la Reine & le Régiment des Albanois fe
font diftingués particulierement en cette occafion.
Le Roi des deux Siciles , étant allé au fecours da
Comte de Gages , & ayant chargé les Allemands
avec le Régiment des Gardes Efpagnoles , la préfence
de S. M. Sic. anima rellement les Efpagnols
& les Napolitains , que non feulement ils rendirent
inutiles tous les efforts que le Corps commandé par
le Prince de Lobсkowitz fit pour les déloger de in
Montagne , mais encore qu'ils obligerent ce Géné
Jal à la retraite .
Le Corps , qui étoit entré dans Velletri , & qui
étoit fous les ordres du Comte de Braun , ne fut
pas plus heureux , & il en fut chaffé par le Duc de
Caftro Pignano , qui fecondé de Don Placide de
Sangro , Lieutenant Général , & de Don Guillaume
Lecy , Maréchal de Camp , tomba fur ce Corps.
avec tant de vivacité , qu'à peine les Allemands
eurent le tems de fe reconnoître.
Le Duc d'Atrifco , qui commandoit un Corps de
Cavalerie Espagnole , le joignit au Duc de Caftro
Pignano , pour les pourfuivre , & toutes les troupes
de la Reine de Hongrie , tant celles , qui avoient
G iiij fur2080
MERCURE DE FRANCE.
furpris la gauche du camp , que celles à la tête de
quelles le Prince de Lobckowitz avoit voulu force
Ja droite , furent pouflées fans relâche jufques audelà
de leur camp
Les Efpagnols & les Napolitains ont fait prifonniers
8co Soldats & beaucoup d'Officiers, du nombre
defquels eft le Général Novati, & quoique quelques
unes des troupes combinées ayent beaucoup
fouffert , leur perte n'eft pas fi confidérable que celle
des Allemands , qui ont eû environ 3000 hommes
tués ou bleffés . On compte le Général d'Olonne
parmi les premiers , & le Comte de Braun parmi
les feconds .
Du côté des Espagnols & des Napolitains , le
Comte de Beaufort , Lieutenant Général , eft mort
de fes bleffures , & le Comte Mariani , qui étoit
malade de la goute à Velletri , a été fait prifonnier.
Il y a eû plufieurs Officiers de bleffés , particulierement
dans le Régiment des Gardes Walonnes , qui
a combattu avec une valeur digne de fa réputation,
& qui a fait un grand nombre de prifonniers.
La prudence , avec laquelle le Roi des deux Sici
les a donné les ordres , à contribué , autant que les
exemples d'intrépidité qu'il a donnés à fes troupes ,
à faire tourner au défavantage des Allemands une
entreprife , à laquelle les mesures prifes par le Prince
de Lobckowitz fembloient promettre un meilleur
fuccès , & dans laquelle ce Général avoit été
fort aidé par l'exactitude de fes efpions.
L'ardeur & l'animofité que cette affaire a inſpirées
à l'armée de S. M. Sic . & la diminution qu'elle
a caufée dans celle de la Reine de Hongrie , ont
fait préfumer que les Allemands ne fe trouveroient
pas long- tems en sûreté dans leur camp.
Na appris de Rome du 18 du mois dernier ,
que le grand nombre de Bâtimens de tranfport,
que les Anglois avoient pris foin de raflembler
a Fiumicino , & les mouvemens de plufieurs Régimens,
que le Prince de Lobckowitz avoit envoyés
du côté de la Mer , avoient donné lieu de croire que
ce Général penfoit à faire un embarquement , &
que l'on étoit prefque perfuadé qu'il le propofot
de tenter une defcente fur la Côte du Royaume de
Naples , lorsqu'il a fait éclater le véritable deſſein
que cachoit la feinte .
La nuit du 10 au 11 du mois dernier , un Corps
de l'armée de la Reine de Hongrie , commandé par
le Comte de Braun , & composé de fix Bataillons ,
de deux Régimens de Cavalerie , de quatre Régimens
de Huffards , & de mille Efclavons , lequel
faifoit partie des troupes que le Prince de Lobcxovvitz
avoit détachées de cette armée , & qui paroiffoient
deftinées à s'embarquer , changea fubitement
de route , & ayant fait une marche forcée , il attàqua
à la pointe du jour la gauche du camp du Roi
des deux Siciles .
Le quartier , où la Brigade d'Irlande étoit avec
deux Régimens de Dragons , fut furpris , & cette
Brigade fut extrêmement maltraitée . Le Comte de
Braun pénétra jufques dans la Ville de Velletri , qui
n'étoit
SEPTEMBRE. 1744. 2079
n'étoit défenduë que par un petit nombre de troupes
, parce que S. M. Sic . avoit donné toute fon attention
à la garde de la Montagne de la Fayola.
Pendant que le Détachement du Comte de Braun
pilloit Velletri , & y brûloit les maifons dans lefquelles
plufieurs des principaux Officiers Espagnols
& Napolitains étoient logés , le Prince de Lobcкovvitz
de fon côté attaqua la Montagne par differens
endroits.
Le Comte de Gages , à la tête de quelques Brigades
de l'armée Espagnole , foutint toutes ces attaques
, & repouffa par tout les Allemands . La Brigade
de la Reine & le Régiment des Albanois fe
font diftingués particulierement en cette occafion.
Le Roi des deux Siciles , étant allé au fecours da
Comte de Gages , & ayant chargé les Allemands
avec le Régiment des Gardes Efpagnoles , la préfence
de S. M. Sic. anima rellement les Efpagnols
& les Napolitains , que non feulement ils rendirent
inutiles tous les efforts que le Corps commandé par
le Prince de Lobсkowitz fit pour les déloger de in
Montagne , mais encore qu'ils obligerent ce Géné
Jal à la retraite .
Le Corps , qui étoit entré dans Velletri , & qui
étoit fous les ordres du Comte de Braun , ne fut
pas plus heureux , & il en fut chaffé par le Duc de
Caftro Pignano , qui fecondé de Don Placide de
Sangro , Lieutenant Général , & de Don Guillaume
Lecy , Maréchal de Camp , tomba fur ce Corps.
avec tant de vivacité , qu'à peine les Allemands
eurent le tems de fe reconnoître.
Le Duc d'Atrifco , qui commandoit un Corps de
Cavalerie Espagnole , le joignit au Duc de Caftro
Pignano , pour les pourfuivre , & toutes les troupes
de la Reine de Hongrie , tant celles , qui avoient
G iiij fur2080
MERCURE DE FRANCE.
furpris la gauche du camp , que celles à la tête de
quelles le Prince de Lobckowitz avoit voulu force
Ja droite , furent pouflées fans relâche jufques audelà
de leur camp
Les Efpagnols & les Napolitains ont fait prifonniers
8co Soldats & beaucoup d'Officiers, du nombre
defquels eft le Général Novati, & quoique quelques
unes des troupes combinées ayent beaucoup
fouffert , leur perte n'eft pas fi confidérable que celle
des Allemands , qui ont eû environ 3000 hommes
tués ou bleffés . On compte le Général d'Olonne
parmi les premiers , & le Comte de Braun parmi
les feconds .
Du côté des Espagnols & des Napolitains , le
Comte de Beaufort , Lieutenant Général , eft mort
de fes bleffures , & le Comte Mariani , qui étoit
malade de la goute à Velletri , a été fait prifonnier.
Il y a eû plufieurs Officiers de bleffés , particulierement
dans le Régiment des Gardes Walonnes , qui
a combattu avec une valeur digne de fa réputation,
& qui a fait un grand nombre de prifonniers.
La prudence , avec laquelle le Roi des deux Sici
les a donné les ordres , à contribué , autant que les
exemples d'intrépidité qu'il a donnés à fes troupes ,
à faire tourner au défavantage des Allemands une
entreprife , à laquelle les mesures prifes par le Prince
de Lobckowitz fembloient promettre un meilleur
fuccès , & dans laquelle ce Général avoit été
fort aidé par l'exactitude de fes efpions.
L'ardeur & l'animofité que cette affaire a inſpirées
à l'armée de S. M. Sic . & la diminution qu'elle
a caufée dans celle de la Reine de Hongrie , ont
fait préfumer que les Allemands ne fe trouveroient
pas long- tems en sûreté dans leur camp.
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2
p. 192-196
ITALIE.
Début :
LES avis reçus de Rome du 8 du mois dernier portent que le Prince de Lobckowitz [...]
Mots clefs :
Prince de Lobkowitz, Roi des deux Siciles, Viterbe, Tibre, Naples, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Es avis reçus de Rome du 8 du mois
dernier portent que le Prince de Lobckowitz
s'étant déterminé à décamper de
Nemi , il fit le 30 Octobre dernier divers
mouvemens pour cacher fon deffein , & que
feignant de vouloir engager au combat l'armée
du Roi des deux Siciles , il détacha un
corps de Huffards , qui attaqua un pofte
avancé des Eſpagnols. Les Huſſards furent
repoufiés & 5. M. Sic. apprit le lendemain
que le Prince de Lobckowitz avoit
abandonné fon camp avec precipitation &
qu'il s'étoit replić à Monte Roffo. La plus
grande partie de la Cavalerie du Roi des
deux Siciles étoit au fourage , lorſque ce
Prince fut informé de la retraite des troupes
de la Reine de Hongrie. Ce contre- tems
ayant empeché le Comte de Gages de les
pourſuivre aufli - tôt qu'il l'auroit défiré
elles
DECEMBRE. 1744. 193
elles paſſerent le Tibre avant que les Efpagnols
& les Napolitains puſſent les joindre
, & elles eurent même le tems de rompre
les Ponts qu'elles avoient ſur ce Fleuve.
-Dans le tems qu'elle achevoient de les
détruire , l'avant garde des Eſpagnols compoſée
de Dragons & de Miquelets arriva fur
le bord du Tibre ; le feu fut très vif de
part & d'autre , & il y eut quelques Officiers
& pluſieurs Soldats de tués & de
bleffés dans les deux armées .
Le 3 du mois dernier le Prince de Lobckowitz
campa à Acqua Traverſa & il marcha
le 4 du côté de Viterbe . L'armée combinée
d'Eſpagne & de Naples commença le
même jour à jetter ſur le Tibre deux Ponts,
qui furent achevés le 5 , elle paſſa ce Fleuve
& le 7 elle ſe trouva entierement rafſemblée
dans les environs d'Acqua Traverſa.
;
Le Roi des deux Siciles qui arriva le 2
à Villa Patrici , y fut complimenté par plufieurs
Cardinaux & par tous les Seigneurs
Feudataires du Royaume de Naples , & il
envoya au Pape le Prince de Santo Buono ,
pour témoigner à Sa Sainteté le defir qu'il
avoit de la voir. Le Cardinal Secretaire
d'Etat alla de la part du Pape affurer S.
M, Sic. qu'elle étoit attenduë de Sa Sain-
I
1
194MERCURE
DE FRANCE
,
teté avec beaucoup d'impatience. Le lendemain la Garde Suiffe & les caroffes
du Pape ſe rendirent à Villa Patrici
pour y prendre le Roi des deux Siciles mais ce Prince voulut entrer à cheval dans
cette Ville. Il étoit accompagné du Duc de
Modene & d'ungrand nombre de Seigneurs
Romains & Napolitains , & eſcorté de fes
Gardes du Corps , & quoiqu'il gardât l'incognito
ſous le nom du Comte de Pouzoles
, il fut falué par une décharge generale
de l'Artillerie du Château faint Ange. S.
M. Sic. s'entretint pendant une heure avec
le Pape & étant remontée à cheval , elle
alla à l'Egliſe des Saints Apôtres où elle trouva le Chevalier de ſaint Georges. Eile
dina enſuite au Palais du Vatican & l'après.
midi elle retourna joindre ſon armée.
Selon les lettres reçuës de Rome , l'armée. de la Reine de Hongrie étoit arrivée à Viterbe
, & celle du Roi des deux Siciles à
Ronciglione. On à appris depuis que le Prince de Lobckowitz qui étoit décampé d'Acqua.
Traverſa le 4 du mois dernier , pour ſe rendre du côté de Viterbe , ayant été in- formé le 6 que les troupes Eſpagnoles qui compoſent lesigarniſons des Places de l'Etat
d'Egli Prefidii s'étoient raffemblées pour lui
DECEMBRE
1744 195
fermer le paſſage des Montagnes , ce General
n'avoit pas jugé à propos d'entreprendre
de les y forcer , & qu'il avoit préféré
d'allonger ſon chemin en marchant par
ſa droite.
Apeine fut-il arrivé à Borghetto qu'il y
reçût avis que l'armée Eſpagnole le ſuivoit
&que le 5 elle avoit paſſé le Tibre. Sur
cette nouvelle il fit occuper Monte - Roſſo
par 1500 hommes , pour arrêter quelquetems
cette armée & pour empêcher qu'elle
ne l'inquiétât dans ſa retraite. Il ſe rendit
le 8 à Viterbe , & après avoir rappellé les
1500 hommes qu'il avoit laiſſés à Monte-
Roffo , il continua le lendemain ſa marche
vers Perouſe. Le to il arriva dans les environs
de cette derniere Ville ou il a demeuré
pendant quatre jours. En décampant
de Perouſe il s'eſt replić vers Orviette.
Les troupes du Roi d'Eſpagne camperent
le 9 à Monte Roffo , le 10 à Ronciglione ,
le 11à Viterbe. Elles allerent le 14 occuper
près de Perouſe le camp que celles de
la Reine de Hongrie avoient abandonné ,
& elles s'avancerent le 15 à Utricoli. Elles
ont enlevé un convoi de chariots chargés
d'avoine ,& les équipages du Colonel Commandant
du Régiment de Vaſquez.
On a appris du Royaume de Naples que
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
leRoi des deux Siciles s'étant rendu à Gactte
, leurs Majeftés Siciliennes étoient retournèes
à Naples , où elles étoient arrivées le
7 du mois dernier , & où elles avoient été
reçûës avec les plus grandes démonftrations
de joye des habitans.
Es avis reçus de Rome du 8 du mois
dernier portent que le Prince de Lobckowitz
s'étant déterminé à décamper de
Nemi , il fit le 30 Octobre dernier divers
mouvemens pour cacher fon deffein , & que
feignant de vouloir engager au combat l'armée
du Roi des deux Siciles , il détacha un
corps de Huffards , qui attaqua un pofte
avancé des Eſpagnols. Les Huſſards furent
repoufiés & 5. M. Sic. apprit le lendemain
que le Prince de Lobckowitz avoit
abandonné fon camp avec precipitation &
qu'il s'étoit replić à Monte Roffo. La plus
grande partie de la Cavalerie du Roi des
deux Siciles étoit au fourage , lorſque ce
Prince fut informé de la retraite des troupes
de la Reine de Hongrie. Ce contre- tems
ayant empeché le Comte de Gages de les
pourſuivre aufli - tôt qu'il l'auroit défiré
elles
DECEMBRE. 1744. 193
elles paſſerent le Tibre avant que les Efpagnols
& les Napolitains puſſent les joindre
, & elles eurent même le tems de rompre
les Ponts qu'elles avoient ſur ce Fleuve.
-Dans le tems qu'elle achevoient de les
détruire , l'avant garde des Eſpagnols compoſée
de Dragons & de Miquelets arriva fur
le bord du Tibre ; le feu fut très vif de
part & d'autre , & il y eut quelques Officiers
& pluſieurs Soldats de tués & de
bleffés dans les deux armées .
Le 3 du mois dernier le Prince de Lobckowitz
campa à Acqua Traverſa & il marcha
le 4 du côté de Viterbe . L'armée combinée
d'Eſpagne & de Naples commença le
même jour à jetter ſur le Tibre deux Ponts,
qui furent achevés le 5 , elle paſſa ce Fleuve
& le 7 elle ſe trouva entierement rafſemblée
dans les environs d'Acqua Traverſa.
;
Le Roi des deux Siciles qui arriva le 2
à Villa Patrici , y fut complimenté par plufieurs
Cardinaux & par tous les Seigneurs
Feudataires du Royaume de Naples , & il
envoya au Pape le Prince de Santo Buono ,
pour témoigner à Sa Sainteté le defir qu'il
avoit de la voir. Le Cardinal Secretaire
d'Etat alla de la part du Pape affurer S.
M, Sic. qu'elle étoit attenduë de Sa Sain-
I
1
194MERCURE
DE FRANCE
,
teté avec beaucoup d'impatience. Le lendemain la Garde Suiffe & les caroffes
du Pape ſe rendirent à Villa Patrici
pour y prendre le Roi des deux Siciles mais ce Prince voulut entrer à cheval dans
cette Ville. Il étoit accompagné du Duc de
Modene & d'ungrand nombre de Seigneurs
Romains & Napolitains , & eſcorté de fes
Gardes du Corps , & quoiqu'il gardât l'incognito
ſous le nom du Comte de Pouzoles
, il fut falué par une décharge generale
de l'Artillerie du Château faint Ange. S.
M. Sic. s'entretint pendant une heure avec
le Pape & étant remontée à cheval , elle
alla à l'Egliſe des Saints Apôtres où elle trouva le Chevalier de ſaint Georges. Eile
dina enſuite au Palais du Vatican & l'après.
midi elle retourna joindre ſon armée.
Selon les lettres reçuës de Rome , l'armée. de la Reine de Hongrie étoit arrivée à Viterbe
, & celle du Roi des deux Siciles à
Ronciglione. On à appris depuis que le Prince de Lobckowitz qui étoit décampé d'Acqua.
Traverſa le 4 du mois dernier , pour ſe rendre du côté de Viterbe , ayant été in- formé le 6 que les troupes Eſpagnoles qui compoſent lesigarniſons des Places de l'Etat
d'Egli Prefidii s'étoient raffemblées pour lui
DECEMBRE
1744 195
fermer le paſſage des Montagnes , ce General
n'avoit pas jugé à propos d'entreprendre
de les y forcer , & qu'il avoit préféré
d'allonger ſon chemin en marchant par
ſa droite.
Apeine fut-il arrivé à Borghetto qu'il y
reçût avis que l'armée Eſpagnole le ſuivoit
&que le 5 elle avoit paſſé le Tibre. Sur
cette nouvelle il fit occuper Monte - Roſſo
par 1500 hommes , pour arrêter quelquetems
cette armée & pour empêcher qu'elle
ne l'inquiétât dans ſa retraite. Il ſe rendit
le 8 à Viterbe , & après avoir rappellé les
1500 hommes qu'il avoit laiſſés à Monte-
Roffo , il continua le lendemain ſa marche
vers Perouſe. Le to il arriva dans les environs
de cette derniere Ville ou il a demeuré
pendant quatre jours. En décampant
de Perouſe il s'eſt replić vers Orviette.
Les troupes du Roi d'Eſpagne camperent
le 9 à Monte Roffo , le 10 à Ronciglione ,
le 11à Viterbe. Elles allerent le 14 occuper
près de Perouſe le camp que celles de
la Reine de Hongrie avoient abandonné ,
& elles s'avancerent le 15 à Utricoli. Elles
ont enlevé un convoi de chariots chargés
d'avoine ,& les équipages du Colonel Commandant
du Régiment de Vaſquez.
On a appris du Royaume de Naples que
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
leRoi des deux Siciles s'étant rendu à Gactte
, leurs Majeftés Siciliennes étoient retournèes
à Naples , où elles étoient arrivées le
7 du mois dernier , & où elles avoient été
reçûës avec les plus grandes démonftrations
de joye des habitans.
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3
p. 225-236
RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
Début :
Le Conseil ayant nommé MM. les Baillis de Fleury & [...]
Mots clefs :
Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte, Roi des deux Siciles, Baillis, Bailli de Fleury, Bailli de Combreux, Navires, Sa Majesté, Bal, Roi, Secrétaire d'ambassade, Compliment, Palais, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
RELATΙΟΝ
De l'Ambaffade extraordinaire de la Religion
de Malie auprès du Roi de deur Siciles ,
faite en 1755 , à l'occaſion du rétabliſſement
du Commerce avec ces deux Royaumes.
LE Confeil'ayant nommé MM. les Baillis de
Fleury & de Combreux Ambaffadeurs extraordinaires
auprès du Roi des deux Siciles , pour aller
conjointement avec M. le Bailli Dueñas affurer
Sa Majefté des fentimens de la Religion , M. le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Bailli de Fleury , Capitaine Général des Efcadres
de l'Ordre , fit voile le 11 d'Août , avec quatre
galeres , & deux vaiffeaux. Lorsqu'il fut
hors du Port , il envoya confirmer à M. le Bailli
de Combreux , Commandant des deux Navires ,
tout ce dont il étoit convenu avec lui , que chaque
efcadre navigueroit felon la nature de fes bâtimens
, fans s'alfujettir à être toujours unies ,
parce que n'ayant d'autre objet que de fe rendre
promptement à Baye , où MM. les Ambaffadeurs
avoient bien des arrangemens préliminaires
à prendre , avant d'aller à Naples , celui
qui arriveroit le premier , mettroit la main à
P'oeuvre pour accélérer toutes chofes .
Le 16,M. le Bailli de Fleury ayant appris , avant
de mouiller à Baye , que le Roi chaffoit à l'Ifle
Procita, fit revirer , pavoifer , & mettre fon Efcadre
en front de Bandiere . En approchant de l'iſle
les galeres firent trois falves royales de moufqueterie
, & d'artillerie , après lefquelles M. le
Général envoya donner part à Sa Majesté , qu'auffi
-tôt qu'il avoit fçu qu'elle devoit retourner
à Naples , il avoit fait route fur cette ifle , pour
avoir l'honneur de l'escorter ; & de lui faire
fa cour comme Général , en attendant qu'il pût
la lui faire comme Ambaffadeur de l'Ordre.
>
M. le Bailli de Reggio fit dire que le Roi
en feroit fort aife , & qu'il ne falloit plus le
faluer que de la voix . M. le Bailli de Fleury defcendit
à terre avec MM. les Capitaines , &
M. le Provéditeur qu'il préfenta à Sa Majesté. II
eut auffi l'honneur de lui dire qu'ayant fçu qu'Elle
devoit paffer la mer , il avoit cru devoir le mettre
à portée de recevoir les ordres. Le Roi l'en remercia
d'un air extrêmement affable , & s'embarqua
tout de fuite. Les galeres l'accompagnerent
AVRIL. 1756. 227
jufqu'à fon débarquement en faifant les mêmes.
manoeuvres que fes galiotes . Sa Majeſté envoya
le foir quatre faifans à M. le Bailli de Fleury , &
lui fit offrir la Darfe , ou le Môle de Naples pour
les galeres. Son Excellence répondit qu'elle étoit
extrêmement fenfible aux bontés du Roi , mais
que le mauvais air de la Darfe lui feroit préférer
le Môle.
Le 18 , M. le Général fut s'établir dans la maifon
de M. le Prince d'Ardore , qu'il avoit empruntée
pour tout le tems de l'Ambaffade.
Le 20 , les vaiffeaux arriverent à Baye , & en
partirent deux jours après avec les galeres pour Naples.
En découvrant le Palais du Roi , les deux
Efcadres fe pavoiferent , & firent trois falves royale
de moufqueterie , & d'artillerie .
Le 24 , MM. les Baillis de Fleury , & de Combreux
eurent l'honneur d'être préſentés au Roi , &
à la Reine comme Officiers Généraux , avec MM .
les Chevaliers des deux Efcadres. Ils furent voir en
Corps le même jour les trois Miniftres d'Etat , &
tous les Chefs de Cour.
Le 27 , l'Introducteur intima à MM les Ambaffadeurs
que Sa Majefté avoit fixé leur Entrée
au 6 de Septembre. Leurs Excellences firent part
auffi - tôt de leur arrivée à tous les Miniftres Etran
gers , ainfi qu'on en étoit convenu. Elles informerent
auffi tous les Grands- Croix , & Chevaliers
de Malte du jour de l'Entrée .
Le 6 de Septembre , au lever du foleil , on pavoifa
les Efcadres. A huit heures du matin MM.
les Ambaffadeurs , & tous les Grands-Croix , &
Chevaliers fe rendirent fur la Capitane . Une heure
après le Majordom de femaine , & l'Introducteur
s'étant fait annoncer , leurs Excellences furent les
recevoir à la moitié de l'eſcalier du Môle , accom-
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
pagnées de MM . les Chevaliers qui fe rangerent
à droite , & à gauche. Les Gentilshommes , Pages
, & livrées de MM. les Ambaſſadeurs , bordoient
la haie depuis ledit efcalier jufqu'au carrofe
du Roi. Le Majordome , & l'Introducteur
prirent la droite de MM. les Ambaffadeurs , &
tous cinq furent dans cet Ordre s'affeoir dans la
pouppe de la Capitane , où perfonne n'entroit. Le
Corps de garde , un Caravanifte à la tête , préfenta
les Armes , & battit aux champs . On baifa la
tente , & on falua des trompettes , & de la voix .
Après une diftribution de rafraîchiffemens , &
un entretien qui fut très- bref, MM . les Chevaliers
monterent dans les carroffes des Miniftres, & Confeillers
d'Etat , dans ceux des Chefs de Cour , &
enfin dans ceux de la principale Nobleſſe . Tout le
cortege compofoit environ cent cinquante carroffes.
MM. les Ambaffadeurs partirent de la Capitane
avec le Majordome & l'Introducteur dans
l'ordre ci- deffus , & monterent dans le carroffe du
Roi. M. le Bailli Duenas , comme plus ancien ,
prit la droite dans le fond , M. le Bailli de Fleury
fa gauche , M. le Bailli de Combreux la droite
fur le devant , le Majordome à fa gauche , & l'Introducteur
fur un ftrapontin à la portiere droite.
Les deux Efcadres firent au départ du Correge
trois falves royales de moufqueterie & d'artil
lerie.
Douze coureurs de MM. les Ambaffadeurs ga-
Jonnés d'or ou d'argent fur toutes les coutures , &
trente-fix Valets de pied habillés de grande livrée
précédoient le carroffe du Roi. Six Pages de leurs
Excellences , galonnés très - richement , étoient à
droite , & à gauche des deux portieres . Quatre Vafets
de pied du Roi marchoient à côté deux.
Les trois carroffes de parade de MM. les AmAVRIL.
1756. 229
baffadenrs , attelés de fix chevaux chacun , magnifiquement
harnachés, fuivoient immédiatement celui
du Roi avec un Palefrenier qui marchoit à côté
des chevaux , habillé de grande livrée.
Le carroffe de l'Ambaffadeur plus ancien étoit vacant
, & marquoit le carroffe dureſpect .
MM. les Grands-Croix fuivoient dans les carroffes
des deux autres Ambaffadeurs , après lefquels
marchoient ceux des Miniftres , Confeillers d'Etat
, &c .
Le Secretaire d'Ambaffade étoit immédiatement
après le dernier carroffe des Chevaliers , &
les fix Gentilshommes de MM . les Ambaffadeurs ,
habillés très -richement , terminoient la fonction
dans trois autres carroffes.
On fit dans cet Ordre-là un grand tour par les
principales rue de la Ville. Tous les Corps de garde
devant lefquels paffoient MM. les Ambaffadeurs
portoient le fufil fur l'épaule , & rappelloient.
A 10 heures trois quarts ils arriverent au Palais.
Le carroffe feul du Roi & celui de refpect entrerent
dans la cour. MM . les Grands-Croix, & Chevaliers
defcendirent de carroffe à la parte de la Cour,
& vinrent précéder MM. les Ambaffadeurs. Les
Hallebardiers borderent la haie ſur l'eſcalier dans
les galeries, & dans leur falle . Le Commandant de
certe Compagnie fe trouva au bas de l'efcalier.Les
Gardes du Corps étoient le fufil fur l'épaule dans
leur falle , à la porte de laquelle le Capitaine reçut
MM les Ambaffadeurs. Les Sentinelles donnerent
le coup de talon . Auffi-tôt que leurs Excellences
furent arrivées dans la chambre , qui précédoit
la falle, du Trône , l'Introducteur fut en
donner part au Roi , qui vint fe placer debout
fous fon Dais avec les grands Officiers . MM. les
Ambaffadeurs , le Majordome , & l'Introducteur
230 MERCURE DE FRANCE.
feuls furent admis. Ils s'approcherent du Trône
en faifant trois profondes révérences , à chacune
defquelles le Roi levoit fon chapeau. M.
le Bailli Duenas , comme plus ancien , porta la
parole le premier , & remit les Letres de créance
, ainfi que Sa Majefté l'avoit décidé . M. le
Bailli de Fleury fit enfuite le compliment cijoint
:
» SIRE ,
>> La Religion , & le grand Maître ne défirent
rien plus ardemment que de plaire à Vo-
» tre Majefté . Leurs voeux & les miens , SIRE ,
» feroient remplis , fi je pouvois contribuer à ma-
>> nifefter à Votre Majefté toute l'étendue de ces
fentimens , & lui rendre les fervices de nos
» Efcadres agréables . n
M. le Bailli de Combreux confirma en peu
de mots les mêmes fentimens.
Sa Majefté répondit dans les termes les plus
obligeans. MM. les Ambaffadeurs fe rangerent
enfuite à la droite du Roi , pour laiffer défiler
MM. les Grands- Croix & Chevaliers , qui eurent
l'honneur de lui baifer la main.
Pendant l'Audience , MM. les Grinds- Croix
refterent à la porte de la falle , & MM. les
Chevaliers dans la chambre qui précédoit.
Au baiſe - main MM. les Grands-Croix pafferent
les premiers , enfuite le Corps des Galeres
avec moitié des Chevaliers Napolitains mêlés
, & enfin le Corps des Vaiffeaux avec l'autre
moitié des Chevaliers Napolitains .
Le baife -main fimi , MM. les Ambaffadeurs
fe retirerent dans l'ordre ci - deffus , & furent accompagnés
par le Capitaine des Gardes jufqu'à
AVRIL. 1756. 231
la porte , où il avoit été les recevoir Le même
cérémonial s'obferva chez la Reine ; dès
que M. le Bailli Duenas eût parlé , M. le Bailli
de Fleury prononça le difcours faivant :
MADAME ,
» Jamais l'Ordre de Malte n'a conçu des fentimens
plus vifs , que ceux que lui ont inf-
» piré les bontés de Votre Majefté Elles me
font efperer , MADAME , que vous voudrez
>> bien , en lui accordant votre protection , ajou
» ter encore à une grace auffi précieuſe , celle
» d'être perfuadée du défir qu'il a de la mé-
» riter.
M. le Bailli de Combreux fit enfuite fon
compliment. Sa Majefté répondit par des expreffions
très-obligeantes.
Après le baile - main , qui fe paffa comme chez
le Roi , MM . les Ambafladeurs furent à l'Audience
des Infants & Infantes qu'on avoit réunis
, & leur témoignerent en peu de mots les
fentimens de la Religion , leur Gouverneur &
Gouvernante répondirent pour leurs A. R. d'une
maniere extrêmement flatteufe . On y obferva
le même cérémonial qui s'étoit pratiqué chez
le Roi.
MM. les Ambaffadeurs fe retirerent enfuite
fur la Capitane dans l'ordre qu'ils en étoient
venus ; & après que le Majordome & l'Introducteur
fe furent repofés , ils les accompagnerent
jufqu'à la moitié de l'efcalier , où on les
avoit été recevoir. Peu de tems après leurs Excellences
furent voir Mezzo Infiocchi , le Miniftres
des Affaires Etrangeres , qui leur donna à
dîner avec les principales perfonnes de la Cour ,
231 MERCURE DE FRANCE.
·
& tous les Miniftres Etrangers. Après dîner ;
MM. les Ambaſſadeurs allerent voir dans le même
équipage les deux autres Miniftres d'Etat ,
& les deux Cardinaux.
Le foir on repréſenta l'Opéra au Théâtre de S.
Charles , qu'on avoit tout illuminé en flambeaux
de cire blanche. Il joua auffi quelques jours de
plus en faveur de l'Ambaflade.
Le 7 , M. le Bailli Duenas donna un dîner
femblable à celui du Miniftre des Affaires Errangeres.
"
Le 8 , M. le Bailli de Fleury demanda au Roi
la permiffion de donner une fête au Môle , &
de faire ôter les canons qui embarraffoient ; Sa
Majefté eut la bonté de le lui accorder. Dans
le même jour l'Artillerie fut tranſportée . Le projet
de la fête étoit de former trois grandes galeries
foutenues par des colonnes , de faire danfer
dans celle du milieu , & jouer dans les deux
autres. Quatre amphithéâtres , placés aux deux
extrêmités de la galerie dominante auroient
fervi pour la Mufique du Concert & du Bal.
L'Ambigu devoit être fervi dans la batterie qui est
après le Corps de Gardes. Les Galeres & les Vaiffeaux
illuminés auroient encadré la fête , & des
pyramides de lumieres , placées à droite & à gauche
dans toute la longeur du Môle , en devoient
faire l'avenue. En huit jours toute la charpente
fut élevée ; mais le mauvais tems qui furvint ,
obligea d'abandonner la place & de chercher
une maison.
>
Le jour de Notre- Dame de Pié -de-grotte ,
les Galeres & les Vaiffeaux furent mouiller auprès
de l'Eglife , où toute la Famille Royale devoit
venir en grand Gala.
Dès que le Roi parut , les deux Efcadres fe
AVRIL. 1756. 233
pavoiferent , & firent une falve royale de moufqueterie
& d'artillerie , qu'elles répéterent à
la Bénédiction , & lorfque Sa Majesté fortit de
l'Eglife .
Le 9 , M. le Général donna un dîner de 90
couverts à tous les Miniftres & Confeillers d'Etat
, Ambaffadeurs , Grands Officiers de la Cour ,
& autres perfonnes de confidération de la Ville
dans une falle qu'on avoit parée de tous les
ornemens qui pouvoient caractériſer l'objet de
la fête.
M. le Commandant des Vaiffeaux donna un
femblable repas. MM. les Capitaines des Galeres
firent éclater auffi leur magnificence par des
feftins & des bals également agréables & bien
fervis.
Le 13 , MM. les Baillis de Fleury & de Combreux
eurent l'honneur d'aller faire leur Cour
au Roi à Caferte , avec plufieurs Chevaliers des
deux Efcadres.
Le 14 , M. le Bailli Reggio envoya cent For
çats fur les Galeres , dont le Roi faifoit préfent
à la Religion .
Le 17 , M. le Bailli de Fleury donna un Bal
paré à toute la Cour & au Militaire ; Madame
la Ducheffe de Caftropignano en , fit les honneurs.
Il avoit emprunté un des plus grands Palais
de la Ville , des plus commodes & des
mieux fitués pour une femblable fête . On avoit
tendu tout l'appartement , qui étoit composé de
fix falles & deux grandes galeries , de damas
cramoifi , galonné d'or fur tous les lais , terminée
par une pente feftonnée , garnie de franges
d'or qui contournoit toutes les corniches.
La premiere falle après l'antichambre étoit
remplie de tables de jeu .
234 MERCURE DE FRANCE.
La Galerie d'après fervoit au Concert , on
l'on avoit raffemblé les meilleurs inftrumens &
les voix les plus célebres de Naples.
La troifieme , la quatrieme & la cinquieme
falle étoient confacrées encore au jeu .
1
La feconde Galerie fervoit pour le Bal ; on
l'avoit tendue en blanc bordé de moëre jaune
& verte galonnée d'or , terminée par une
pente blanche , feftonnée & garnie de franges
d'or. Deux Orchestres compofés de quarante inftrumens
, élevés en Amphithéâtres aux deux extrêmités
de la falle , jouoient enfemble ou alternativement
: le Maître à danfer des Infants
régloit les contredanfes .
>
La feptieme falle étoit diftinguée par le portrait
du Grand Maître , placé fous un dais galonné
d'or ; on jouoit dans cette falle comme
dans les quatre ci - deffus. Un cabinet de
toilette terminoit l'appartement qui étoit
éclairé autant qu'il pouvoit l'être . Toute la façade
de la maifon , & l'intérieur de la cour
étoient illuminés en flambeaux de cire blanche
& en pots à feu.
>
Un détachement de cinquante Suiffes avec un
Officier & deux Garçons Majors furent chargés
de garder la maifon , & de régler la place
des carroffes. Il y avoit un Sergent de Garde
dans chaque chambre. Les Buffets pour les rafraîchiffemens
, & l'Ambigu étoient diftribués
dans quatre chambres , qui avoient iffu dans le
milieu de l'appartement.
A huit heures du foir le Concert commença .
Deux heures après M. l'Ambaffadeur de France
ouvrit le Bal avec Madame la Princeffe d'Ardore
, fille de Madame la Ducheffe de Caftropignagno.
AVRIL. 1756. 235
Le Concert, le Bal , & environ foixante tables
de jeu occupoient alternativement toute l'Affemblée
. Cinquante Pages & foixante Valets de
chambre , empruntés felon l'ufage , diftribuerent
continuellement toutes fortes de glaces & d'affiettes
d'offices.
A une heure & demie on fervit cent vingtdeux
petites tables d'environ huit à dix couverts
chacune , en viandes froides , poiffons , & vins
étrangers. Cette façon d'ambigu neuve & bien
exécutée , fut extrêmement applaudie . On compta
plus de neuf cens perfonnes fervies à la fois.
Trois cens vingt Dames , & quatorze ou quinze
cens Cavaliers étoient priés .
Après l'ambigu , on recommença le Bal , &
la diftribution des glaces jufqu'à fix heures du
matin que la fête finit à la fatisfaction commune,
& fans le moindre accident.
Le jour de S. Ferdinand les Galeres furent
mouiller à Portici , & faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie .
Le foir les deux Efcadres firent une même
falve après la Ville.
Le 20 , M. le Marquis de Janucci remit de la
part du Roi trois Croix de Diamans à MM.
les Ambaffadeurs , en y joignant les témoignages
les plus diftingués de la fatisfaction qu'avoit
Sa Majefté de leurs fervices.
Le 23 , MM . les Baillis de Fleury & de Combreux
préfenterent à Leurs Majeftés les Chevaliers
des deux Efcadres pour prendre congé . Leurs
Excellences le prirent elles -mêmes enfuite privativement
dans le Cabinet du Roi , en renouvellant
au Roi & à la Reine les fentimens de
la Religion , & les leurs propres. M. le Bailli de
Fleury porta la parole le premier , ainsi que le
236 MERCURE DE FRANCE.
Roi l'avoit décidé. MM. les Baillis Duenas &
de Combreux firent enfuite leur compliment.
Leurs Majeftés répondirent par les affurances les
plus fatteufes de leur protection & de leur bienveillance
, louant beaucoup la conduite noble
de MM. les Chevaliers , & furtout le bon gouvernement
de S. A. E.
Le 27 , MM. les Ambaffadeurs s'étant embarqués
, les deux Efcadres faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie ,
& firent voile enfuite pour leur deſtination .
De l'Ambaffade extraordinaire de la Religion
de Malie auprès du Roi de deur Siciles ,
faite en 1755 , à l'occaſion du rétabliſſement
du Commerce avec ces deux Royaumes.
LE Confeil'ayant nommé MM. les Baillis de
Fleury & de Combreux Ambaffadeurs extraordinaires
auprès du Roi des deux Siciles , pour aller
conjointement avec M. le Bailli Dueñas affurer
Sa Majefté des fentimens de la Religion , M. le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Bailli de Fleury , Capitaine Général des Efcadres
de l'Ordre , fit voile le 11 d'Août , avec quatre
galeres , & deux vaiffeaux. Lorsqu'il fut
hors du Port , il envoya confirmer à M. le Bailli
de Combreux , Commandant des deux Navires ,
tout ce dont il étoit convenu avec lui , que chaque
efcadre navigueroit felon la nature de fes bâtimens
, fans s'alfujettir à être toujours unies ,
parce que n'ayant d'autre objet que de fe rendre
promptement à Baye , où MM. les Ambaffadeurs
avoient bien des arrangemens préliminaires
à prendre , avant d'aller à Naples , celui
qui arriveroit le premier , mettroit la main à
P'oeuvre pour accélérer toutes chofes .
Le 16,M. le Bailli de Fleury ayant appris , avant
de mouiller à Baye , que le Roi chaffoit à l'Ifle
Procita, fit revirer , pavoifer , & mettre fon Efcadre
en front de Bandiere . En approchant de l'iſle
les galeres firent trois falves royales de moufqueterie
, & d'artillerie , après lefquelles M. le
Général envoya donner part à Sa Majesté , qu'auffi
-tôt qu'il avoit fçu qu'elle devoit retourner
à Naples , il avoit fait route fur cette ifle , pour
avoir l'honneur de l'escorter ; & de lui faire
fa cour comme Général , en attendant qu'il pût
la lui faire comme Ambaffadeur de l'Ordre.
>
M. le Bailli de Reggio fit dire que le Roi
en feroit fort aife , & qu'il ne falloit plus le
faluer que de la voix . M. le Bailli de Fleury defcendit
à terre avec MM. les Capitaines , &
M. le Provéditeur qu'il préfenta à Sa Majesté. II
eut auffi l'honneur de lui dire qu'ayant fçu qu'Elle
devoit paffer la mer , il avoit cru devoir le mettre
à portée de recevoir les ordres. Le Roi l'en remercia
d'un air extrêmement affable , & s'embarqua
tout de fuite. Les galeres l'accompagnerent
AVRIL. 1756. 227
jufqu'à fon débarquement en faifant les mêmes.
manoeuvres que fes galiotes . Sa Majeſté envoya
le foir quatre faifans à M. le Bailli de Fleury , &
lui fit offrir la Darfe , ou le Môle de Naples pour
les galeres. Son Excellence répondit qu'elle étoit
extrêmement fenfible aux bontés du Roi , mais
que le mauvais air de la Darfe lui feroit préférer
le Môle.
Le 18 , M. le Général fut s'établir dans la maifon
de M. le Prince d'Ardore , qu'il avoit empruntée
pour tout le tems de l'Ambaffade.
Le 20 , les vaiffeaux arriverent à Baye , & en
partirent deux jours après avec les galeres pour Naples.
En découvrant le Palais du Roi , les deux
Efcadres fe pavoiferent , & firent trois falves royale
de moufqueterie , & d'artillerie .
Le 24 , MM. les Baillis de Fleury , & de Combreux
eurent l'honneur d'être préſentés au Roi , &
à la Reine comme Officiers Généraux , avec MM .
les Chevaliers des deux Efcadres. Ils furent voir en
Corps le même jour les trois Miniftres d'Etat , &
tous les Chefs de Cour.
Le 27 , l'Introducteur intima à MM les Ambaffadeurs
que Sa Majefté avoit fixé leur Entrée
au 6 de Septembre. Leurs Excellences firent part
auffi - tôt de leur arrivée à tous les Miniftres Etran
gers , ainfi qu'on en étoit convenu. Elles informerent
auffi tous les Grands- Croix , & Chevaliers
de Malte du jour de l'Entrée .
Le 6 de Septembre , au lever du foleil , on pavoifa
les Efcadres. A huit heures du matin MM.
les Ambaffadeurs , & tous les Grands-Croix , &
Chevaliers fe rendirent fur la Capitane . Une heure
après le Majordom de femaine , & l'Introducteur
s'étant fait annoncer , leurs Excellences furent les
recevoir à la moitié de l'eſcalier du Môle , accom-
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
pagnées de MM . les Chevaliers qui fe rangerent
à droite , & à gauche. Les Gentilshommes , Pages
, & livrées de MM. les Ambaſſadeurs , bordoient
la haie depuis ledit efcalier jufqu'au carrofe
du Roi. Le Majordome , & l'Introducteur
prirent la droite de MM. les Ambaffadeurs , &
tous cinq furent dans cet Ordre s'affeoir dans la
pouppe de la Capitane , où perfonne n'entroit. Le
Corps de garde , un Caravanifte à la tête , préfenta
les Armes , & battit aux champs . On baifa la
tente , & on falua des trompettes , & de la voix .
Après une diftribution de rafraîchiffemens , &
un entretien qui fut très- bref, MM . les Chevaliers
monterent dans les carroffes des Miniftres, & Confeillers
d'Etat , dans ceux des Chefs de Cour , &
enfin dans ceux de la principale Nobleſſe . Tout le
cortege compofoit environ cent cinquante carroffes.
MM. les Ambaffadeurs partirent de la Capitane
avec le Majordome & l'Introducteur dans
l'ordre ci- deffus , & monterent dans le carroffe du
Roi. M. le Bailli Duenas , comme plus ancien ,
prit la droite dans le fond , M. le Bailli de Fleury
fa gauche , M. le Bailli de Combreux la droite
fur le devant , le Majordome à fa gauche , & l'Introducteur
fur un ftrapontin à la portiere droite.
Les deux Efcadres firent au départ du Correge
trois falves royales de moufqueterie & d'artil
lerie.
Douze coureurs de MM. les Ambaffadeurs ga-
Jonnés d'or ou d'argent fur toutes les coutures , &
trente-fix Valets de pied habillés de grande livrée
précédoient le carroffe du Roi. Six Pages de leurs
Excellences , galonnés très - richement , étoient à
droite , & à gauche des deux portieres . Quatre Vafets
de pied du Roi marchoient à côté deux.
Les trois carroffes de parade de MM. les AmAVRIL.
1756. 229
baffadenrs , attelés de fix chevaux chacun , magnifiquement
harnachés, fuivoient immédiatement celui
du Roi avec un Palefrenier qui marchoit à côté
des chevaux , habillé de grande livrée.
Le carroffe de l'Ambaffadeur plus ancien étoit vacant
, & marquoit le carroffe dureſpect .
MM. les Grands-Croix fuivoient dans les carroffes
des deux autres Ambaffadeurs , après lefquels
marchoient ceux des Miniftres , Confeillers d'Etat
, &c .
Le Secretaire d'Ambaffade étoit immédiatement
après le dernier carroffe des Chevaliers , &
les fix Gentilshommes de MM . les Ambaffadeurs ,
habillés très -richement , terminoient la fonction
dans trois autres carroffes.
On fit dans cet Ordre-là un grand tour par les
principales rue de la Ville. Tous les Corps de garde
devant lefquels paffoient MM. les Ambaffadeurs
portoient le fufil fur l'épaule , & rappelloient.
A 10 heures trois quarts ils arriverent au Palais.
Le carroffe feul du Roi & celui de refpect entrerent
dans la cour. MM . les Grands-Croix, & Chevaliers
defcendirent de carroffe à la parte de la Cour,
& vinrent précéder MM. les Ambaffadeurs. Les
Hallebardiers borderent la haie ſur l'eſcalier dans
les galeries, & dans leur falle . Le Commandant de
certe Compagnie fe trouva au bas de l'efcalier.Les
Gardes du Corps étoient le fufil fur l'épaule dans
leur falle , à la porte de laquelle le Capitaine reçut
MM les Ambaffadeurs. Les Sentinelles donnerent
le coup de talon . Auffi-tôt que leurs Excellences
furent arrivées dans la chambre , qui précédoit
la falle, du Trône , l'Introducteur fut en
donner part au Roi , qui vint fe placer debout
fous fon Dais avec les grands Officiers . MM. les
Ambaffadeurs , le Majordome , & l'Introducteur
230 MERCURE DE FRANCE.
feuls furent admis. Ils s'approcherent du Trône
en faifant trois profondes révérences , à chacune
defquelles le Roi levoit fon chapeau. M.
le Bailli Duenas , comme plus ancien , porta la
parole le premier , & remit les Letres de créance
, ainfi que Sa Majefté l'avoit décidé . M. le
Bailli de Fleury fit enfuite le compliment cijoint
:
» SIRE ,
>> La Religion , & le grand Maître ne défirent
rien plus ardemment que de plaire à Vo-
» tre Majefté . Leurs voeux & les miens , SIRE ,
» feroient remplis , fi je pouvois contribuer à ma-
>> nifefter à Votre Majefté toute l'étendue de ces
fentimens , & lui rendre les fervices de nos
» Efcadres agréables . n
M. le Bailli de Combreux confirma en peu
de mots les mêmes fentimens.
Sa Majefté répondit dans les termes les plus
obligeans. MM. les Ambaffadeurs fe rangerent
enfuite à la droite du Roi , pour laiffer défiler
MM. les Grands- Croix & Chevaliers , qui eurent
l'honneur de lui baifer la main.
Pendant l'Audience , MM. les Grinds- Croix
refterent à la porte de la falle , & MM. les
Chevaliers dans la chambre qui précédoit.
Au baiſe - main MM. les Grands-Croix pafferent
les premiers , enfuite le Corps des Galeres
avec moitié des Chevaliers Napolitains mêlés
, & enfin le Corps des Vaiffeaux avec l'autre
moitié des Chevaliers Napolitains .
Le baife -main fimi , MM. les Ambaffadeurs
fe retirerent dans l'ordre ci - deffus , & furent accompagnés
par le Capitaine des Gardes jufqu'à
AVRIL. 1756. 231
la porte , où il avoit été les recevoir Le même
cérémonial s'obferva chez la Reine ; dès
que M. le Bailli Duenas eût parlé , M. le Bailli
de Fleury prononça le difcours faivant :
MADAME ,
» Jamais l'Ordre de Malte n'a conçu des fentimens
plus vifs , que ceux que lui ont inf-
» piré les bontés de Votre Majefté Elles me
font efperer , MADAME , que vous voudrez
>> bien , en lui accordant votre protection , ajou
» ter encore à une grace auffi précieuſe , celle
» d'être perfuadée du défir qu'il a de la mé-
» riter.
M. le Bailli de Combreux fit enfuite fon
compliment. Sa Majefté répondit par des expreffions
très-obligeantes.
Après le baile - main , qui fe paffa comme chez
le Roi , MM . les Ambafladeurs furent à l'Audience
des Infants & Infantes qu'on avoit réunis
, & leur témoignerent en peu de mots les
fentimens de la Religion , leur Gouverneur &
Gouvernante répondirent pour leurs A. R. d'une
maniere extrêmement flatteufe . On y obferva
le même cérémonial qui s'étoit pratiqué chez
le Roi.
MM. les Ambaffadeurs fe retirerent enfuite
fur la Capitane dans l'ordre qu'ils en étoient
venus ; & après que le Majordome & l'Introducteur
fe furent repofés , ils les accompagnerent
jufqu'à la moitié de l'efcalier , où on les
avoit été recevoir. Peu de tems après leurs Excellences
furent voir Mezzo Infiocchi , le Miniftres
des Affaires Etrangeres , qui leur donna à
dîner avec les principales perfonnes de la Cour ,
231 MERCURE DE FRANCE.
·
& tous les Miniftres Etrangers. Après dîner ;
MM. les Ambaſſadeurs allerent voir dans le même
équipage les deux autres Miniftres d'Etat ,
& les deux Cardinaux.
Le foir on repréſenta l'Opéra au Théâtre de S.
Charles , qu'on avoit tout illuminé en flambeaux
de cire blanche. Il joua auffi quelques jours de
plus en faveur de l'Ambaflade.
Le 7 , M. le Bailli Duenas donna un dîner
femblable à celui du Miniftre des Affaires Errangeres.
"
Le 8 , M. le Bailli de Fleury demanda au Roi
la permiffion de donner une fête au Môle , &
de faire ôter les canons qui embarraffoient ; Sa
Majefté eut la bonté de le lui accorder. Dans
le même jour l'Artillerie fut tranſportée . Le projet
de la fête étoit de former trois grandes galeries
foutenues par des colonnes , de faire danfer
dans celle du milieu , & jouer dans les deux
autres. Quatre amphithéâtres , placés aux deux
extrêmités de la galerie dominante auroient
fervi pour la Mufique du Concert & du Bal.
L'Ambigu devoit être fervi dans la batterie qui est
après le Corps de Gardes. Les Galeres & les Vaiffeaux
illuminés auroient encadré la fête , & des
pyramides de lumieres , placées à droite & à gauche
dans toute la longeur du Môle , en devoient
faire l'avenue. En huit jours toute la charpente
fut élevée ; mais le mauvais tems qui furvint ,
obligea d'abandonner la place & de chercher
une maison.
>
Le jour de Notre- Dame de Pié -de-grotte ,
les Galeres & les Vaiffeaux furent mouiller auprès
de l'Eglife , où toute la Famille Royale devoit
venir en grand Gala.
Dès que le Roi parut , les deux Efcadres fe
AVRIL. 1756. 233
pavoiferent , & firent une falve royale de moufqueterie
& d'artillerie , qu'elles répéterent à
la Bénédiction , & lorfque Sa Majesté fortit de
l'Eglife .
Le 9 , M. le Général donna un dîner de 90
couverts à tous les Miniftres & Confeillers d'Etat
, Ambaffadeurs , Grands Officiers de la Cour ,
& autres perfonnes de confidération de la Ville
dans une falle qu'on avoit parée de tous les
ornemens qui pouvoient caractériſer l'objet de
la fête.
M. le Commandant des Vaiffeaux donna un
femblable repas. MM. les Capitaines des Galeres
firent éclater auffi leur magnificence par des
feftins & des bals également agréables & bien
fervis.
Le 13 , MM. les Baillis de Fleury & de Combreux
eurent l'honneur d'aller faire leur Cour
au Roi à Caferte , avec plufieurs Chevaliers des
deux Efcadres.
Le 14 , M. le Bailli Reggio envoya cent For
çats fur les Galeres , dont le Roi faifoit préfent
à la Religion .
Le 17 , M. le Bailli de Fleury donna un Bal
paré à toute la Cour & au Militaire ; Madame
la Ducheffe de Caftropignano en , fit les honneurs.
Il avoit emprunté un des plus grands Palais
de la Ville , des plus commodes & des
mieux fitués pour une femblable fête . On avoit
tendu tout l'appartement , qui étoit composé de
fix falles & deux grandes galeries , de damas
cramoifi , galonné d'or fur tous les lais , terminée
par une pente feftonnée , garnie de franges
d'or qui contournoit toutes les corniches.
La premiere falle après l'antichambre étoit
remplie de tables de jeu .
234 MERCURE DE FRANCE.
La Galerie d'après fervoit au Concert , on
l'on avoit raffemblé les meilleurs inftrumens &
les voix les plus célebres de Naples.
La troifieme , la quatrieme & la cinquieme
falle étoient confacrées encore au jeu .
1
La feconde Galerie fervoit pour le Bal ; on
l'avoit tendue en blanc bordé de moëre jaune
& verte galonnée d'or , terminée par une
pente blanche , feftonnée & garnie de franges
d'or. Deux Orchestres compofés de quarante inftrumens
, élevés en Amphithéâtres aux deux extrêmités
de la falle , jouoient enfemble ou alternativement
: le Maître à danfer des Infants
régloit les contredanfes .
>
La feptieme falle étoit diftinguée par le portrait
du Grand Maître , placé fous un dais galonné
d'or ; on jouoit dans cette falle comme
dans les quatre ci - deffus. Un cabinet de
toilette terminoit l'appartement qui étoit
éclairé autant qu'il pouvoit l'être . Toute la façade
de la maifon , & l'intérieur de la cour
étoient illuminés en flambeaux de cire blanche
& en pots à feu.
>
Un détachement de cinquante Suiffes avec un
Officier & deux Garçons Majors furent chargés
de garder la maifon , & de régler la place
des carroffes. Il y avoit un Sergent de Garde
dans chaque chambre. Les Buffets pour les rafraîchiffemens
, & l'Ambigu étoient diftribués
dans quatre chambres , qui avoient iffu dans le
milieu de l'appartement.
A huit heures du foir le Concert commença .
Deux heures après M. l'Ambaffadeur de France
ouvrit le Bal avec Madame la Princeffe d'Ardore
, fille de Madame la Ducheffe de Caftropignagno.
AVRIL. 1756. 235
Le Concert, le Bal , & environ foixante tables
de jeu occupoient alternativement toute l'Affemblée
. Cinquante Pages & foixante Valets de
chambre , empruntés felon l'ufage , diftribuerent
continuellement toutes fortes de glaces & d'affiettes
d'offices.
A une heure & demie on fervit cent vingtdeux
petites tables d'environ huit à dix couverts
chacune , en viandes froides , poiffons , & vins
étrangers. Cette façon d'ambigu neuve & bien
exécutée , fut extrêmement applaudie . On compta
plus de neuf cens perfonnes fervies à la fois.
Trois cens vingt Dames , & quatorze ou quinze
cens Cavaliers étoient priés .
Après l'ambigu , on recommença le Bal , &
la diftribution des glaces jufqu'à fix heures du
matin que la fête finit à la fatisfaction commune,
& fans le moindre accident.
Le jour de S. Ferdinand les Galeres furent
mouiller à Portici , & faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie .
Le foir les deux Efcadres firent une même
falve après la Ville.
Le 20 , M. le Marquis de Janucci remit de la
part du Roi trois Croix de Diamans à MM.
les Ambaffadeurs , en y joignant les témoignages
les plus diftingués de la fatisfaction qu'avoit
Sa Majefté de leurs fervices.
Le 23 , MM . les Baillis de Fleury & de Combreux
préfenterent à Leurs Majeftés les Chevaliers
des deux Efcadres pour prendre congé . Leurs
Excellences le prirent elles -mêmes enfuite privativement
dans le Cabinet du Roi , en renouvellant
au Roi & à la Reine les fentimens de
la Religion , & les leurs propres. M. le Bailli de
Fleury porta la parole le premier , ainsi que le
236 MERCURE DE FRANCE.
Roi l'avoit décidé. MM. les Baillis Duenas &
de Combreux firent enfuite leur compliment.
Leurs Majeftés répondirent par les affurances les
plus fatteufes de leur protection & de leur bienveillance
, louant beaucoup la conduite noble
de MM. les Chevaliers , & furtout le bon gouvernement
de S. A. E.
Le 27 , MM. les Ambaffadeurs s'étant embarqués
, les deux Efcadres faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie ,
& firent voile enfuite pour leur deſtination .
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Résumé : RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
En 1755, le Conseil de l'Ordre de Malte désigna les Baillis de Fleury et de Combreux comme ambassadeurs extraordinaires auprès du Roi des Deux-Siciles pour rétablir le commerce entre les deux royaumes. Accompagnés du Bailli Dueñas, ils quittèrent Malte le 11 août avec quatre galères et deux vaisseaux. Le Bailli de Fleury, capitaine général des escadres, confirma les arrangements avec le Bailli de Combreux, chacun naviguant selon la nature de ses bâtiments pour se rendre rapidement à Baye. Le 16 août, apprenant que le Roi se trouvait à l'île Procida, le Bailli de Fleury se dirigea vers cette île, pavoisant et saluant le Roi avec des salves royales. Il fut reçu par le Roi, qui l'invita à l'escorter jusqu'à Naples. Le 18 août, le Bailli de Fleury s'installa dans la maison du Prince d'Ardore. Le 20 août, les vaisseaux arrivèrent à Baye et partirent deux jours plus tard pour Naples. Le 24 août, les Baillis de Fleury et de Combreux furent présentés au Roi et à la Reine, ainsi qu'aux ministres d'État et aux chefs de cour. Le 27 août, leur entrée officielle fut fixée au 6 septembre. Ce jour-là, après des salves royales et des saluts, les ambassadeurs furent reçus par le Majordome et l'Introducteur, puis conduits au palais royal dans un cortège de cent cinquante carrosses. Lors de l'audience, les Baillis remirent leurs lettres de créance et exprimèrent les sentiments de la Religion de Malte. Le Roi répondit de manière obligeante. Les ambassadeurs furent ensuite reçus par la Reine et les Infants, suivant un cérémonial similaire. Les jours suivants, des fêtes et des représentations d'opéra furent organisées en l'honneur des ambassadeurs. Le 13 septembre, les Baillis de Fleury et de Combreux rendirent visite au Roi à Caserte. Le 14 septembre, le Roi fit présent de cent forçats à la Religion. Le 17 septembre, le Bailli de Fleury organisa un bal à la cour. La fête somptueuse organisée dans une résidence, probablement celle d'un dignitaire ou d'un ambassadeur, fut marquée par une décoration luxueuse avec des galeries et des salles ornées de dorures, de franges et de tissus précieux. La soirée débuta par un concert à huit heures, suivi d'un bal ouvert par l'ambassadeur de France et la princesse d'Ardore. Environ soixante tables de jeu étaient disponibles, et des rafraîchissements et des glaces étaient servis dans quatre chambres. À une heure et demie, un dîner fut servi à cent vingt-deux petites tables, satisfaisant plus de neuf cents personnes. Environ trois cents vingt dames et quatorze à quinze cents cavaliers étaient invités. La fête se poursuivit avec le bal et la distribution de glaces jusqu'à six heures du matin. Le jour suivant, des galères saluèrent le roi à Portici, et le soir, deux escadres firent une salve après la ville. Le 20 avril, le marquis de Janucci remit des croix de diamants aux ambassadeurs au nom du roi. Le 23 avril, les baillis de Fleury et de Combreux présentèrent les chevaliers des escadres pour prendre congé, renouvelant leurs sentiments de respect et de loyauté. Le 27 avril, les ambassadeurs s'embarquèrent, et les escadres saluèrent le roi avant de partir pour leur destination.
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4
p. 203
DE ROME, le 19 Février.
Début :
Le Cardinal Orsini, Ministre Plénipotentiaire du Roi des deux Siciles [...]
Mots clefs :
Cardinal, Ministre plénipotentiaire, Royaume de Naples, Investiture, Roi des deux Siciles, Roi Ferdinand, Bulle pontificale
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texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 19 Février.
DE ROME , le 19 Février..
Le Cardinal Orfini , Miniftre Plénipotentiaire
da Roi des deux Siciles reçut le 4 de ce mois , au
nom de ce Prince , l'inveftiture du Royaume de:
Naples.
le:
La Bulle d'inveſtiture accordée au Roi des deux
Siciles , eft entièrement femblable a celle que
Pape Clément XI , donna a l'Empereur Charless
VI. Elle porte donation du Royaume de Naples ,,
non feulement au Roi Fer hinand , mais encore:
à fes defcendans tant ma es que formelles. Il n'a
poina été queltion de la caule ultra Pharum.
Le Cardinal Orfini , Miniftre Plénipotentiaire
da Roi des deux Siciles reçut le 4 de ce mois , au
nom de ce Prince , l'inveftiture du Royaume de:
Naples.
le:
La Bulle d'inveſtiture accordée au Roi des deux
Siciles , eft entièrement femblable a celle que
Pape Clément XI , donna a l'Empereur Charless
VI. Elle porte donation du Royaume de Naples ,,
non feulement au Roi Fer hinand , mais encore:
à fes defcendans tant ma es que formelles. Il n'a
poina été queltion de la caule ultra Pharum.
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Résumé : DE ROME, le 19 Février.
Le 4 février, le cardinal Orfini a reçu l'investiture du royaume de Naples pour le roi des Deux-Siciles. La bulle, similaire à celle de Clément XI pour Charles VI, accorde le royaume à Ferdinand et à ses descendants, sans mention de la cause ultra Pharum.
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5
p. 191
De Rome, le 26 Septembre.
Début :
On écrit de Naples que le sieur Bignon, chargé de porter au Roi [...]
Mots clefs :
Naples, Roi des deux Siciles, Ordre, Cordon, Vaisseau
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texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 26 Septembre.
De
Rome , le 26
Septembre .
On écrit de
Naples que le fieur
Bignon ,
chargé
de porter au Roi des Deux - Siciles le Cordon de
l'Ordre du Saint- Elprit , y eft arrivé , le 12 , à
bord du
Vaiſſeau de guerre
Efpagnol le Ferme,
Rome , le 26
Septembre .
On écrit de
Naples que le fieur
Bignon ,
chargé
de porter au Roi des Deux - Siciles le Cordon de
l'Ordre du Saint- Elprit , y eft arrivé , le 12 , à
bord du
Vaiſſeau de guerre
Efpagnol le Ferme,
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