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Liste
1051
p. 119-137
Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
J'ay des griefs contre vous, Monsieur, qu'il faut vous expliquer [...]
Mots clefs :
Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Auteurs, Hommes, Poète, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
J'ay des griefs contre vous,
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
Fermer
1052
p. 163-173
Portrait de Madame de ***
Début :
Vous me demandez, Monsieur, le Portrait de Madame de .... [...]
Mots clefs :
Madame, Femmes, Beauté, Portrait, Taille, Amis, Beau, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Madame de ***
Portrait de Madame de * * *
Vous me demandez, Monsieur,
le Portrait de Madame de. songez vous bien à
quoy vous m'engagez? il est
bien plus aisé de sentir ses
perfections que de les peindre.
J'aurois bien envie de vous
dire seulement qu'il n'y a rien
de si beau dans la nature que
Madame de. mais vous
nemetiendriez pas quitte pour
cela, vous voudriez que j'entrasse
dans le détail de ses qualitez
& ce détail est infini.
J'imagine bien encore un
moyen pour me tirer d'affaire,
ce seroit de vous con seiller de
venir voir Madame de Il
s'en formeroit dans vôtre coeur
un portrait plus parfait que
celuy que je pourrois vous tracer
,
mais à vous dire vray ,
ce parti est un peu dangereux
& je suis trop de vos amis pour
vous engager à le prendre,
jecroy qu'il vaut mieux pour
vous que je vous envoye
1 le portrait que vous me demandez
, puisque vous avez
étéassez prudent pour me
) charger de cette commission
) en vérité je vous plaindrois
fort si vous vous estiezadressé
àun meilleur peintre, vous
payeriez cher vôtre curiosité;
mais vous avez bien pris vos
mesures
,
cependant tenez
vous bien sur vos gardes. Il
n'a jamais paru dans l'Univers
) deux plus beaux yeux que
5 ceux de Madame de on y
voit un feu brillant adouci
par une longueur proportionnée
qui touche &qui surprend.
Sa bouche façonnée d'une maniere
merveilleuse
,
donne le
plus agreable spectacle du
monde,&on ne luy pardonneroir
jamais de l'ouvrir, si
pour dédommager de ce qu'
onperd..clIe ne montroitdes
dents blanches comme de
l'yvoire qui semblent rangées
par l'artmême. Tous ses traits
figurent admirablement bien
les uns avec lesautres, & contribuent
à faire de son visage
un modele de beautéréguliere;
mais je ne craindrois pas Madame
de. si elle n'étoit que
belle, sa beauté ne luy fers
presque derien pour plaire;
un je ne sçayquoy charmant
quine doit rien aux traits,luy
gagiie seurement les coeurs.
Que seroit ce si je vous peignois
sa gorge? c'ell: une
espece de glacis du plus beau
blanc quivient descendreimperceptiblement
pour f rmer
sa taille ; & quelle taille ! une
taille pleinede majesté qui n'a
riencependant quieffarouche :
les grâces corrigent ce qu'il y
auroit de trop fier. Sa démarche
est pleinede dignité, & a
quelque chose de grand qui
la distingue des autrcs femmes.
Necroyez pas pourtant que
tant de beauté en orguëllisse
Madame de. elle a dans
les manieres cette simplicité
qu'on doit avoir quand on se
sent au dt ssus des autres; aussi tout le monde luy rend
justice, & releve avec plaisir
sesavantages ; son sexe même
est charmé de la trouver si
belle. Qui croiroit que la vanité
fit de si grands sacrifices?
il esttemps que je vous parle
de l'esprit de Madame de
- jamais vous n'en avez connu
de plus délicat
,
il est fleury
autant qu'il faut pour n'être
point
pointisec,& cependant pour
estrejuste; lajufteflcd&r.efpriD
est VQiuob delafcchfiioflfc.
Ah ! que n'avez vousvû Madame
de dans unedeses
converfationsir©ù;jdcpotiiliée
desa dignité,elle parle sans
connainte,& n'obéir qu'à
son imagination
,
elle le peur:
cette sageimagination ne ié^,
gare jamais.* Quelle facilité !
quellegrace dans ses discours!
bien différente d'Elvire qu'on
voitcontinuellement faire des
efforts pour avoir de l'esprit,
&quimalheureusement pour
ceux quiFecourcoc
, en fait
toûjoursdevains ;. Madame
Idcz^b.1ni:nltw£incr.qúo parce .Cab"it!ecpêchdr
d'en montrer .Je vous diray
encore qu'elle a beaucoup lû
mais hcuèeuftmenrclle n'apas
demeiwirc,Lquel bien pour
nous qu'elle nepuisse rien emprunter
? car sans doute elle
auroit; quelquefois lamodestièdele^
faire &certainement
onyperdroit;on n'estjamais
exposé avec elleàcet ennuy
presque seur quivients'emparer
des conservations un
peu longues:Et le moyen que
l'esprit ne foie- pas taâjours
animé avec Madame de sa
maniéré de penfer est tantôt
serieuse,tantôt gaye ,quelquefoisnégligée
; dans tous
ces états elle est toujours inimitable
& nouvelle. Ce qui
-, me surprend c'est comment
toutle monde a yant tant de
lieu d'estre content de Madame
de. peut être aussi content
de soy : voyez un peu son
;
adresse, elle prend à fcs amis
des pensées informes, elle les
met dansun beau jour,elle
jy en ajoûte quelquefois de
beaucoup plus belles qu'elle
regarde comme dépendantes
des autres;enfinelleveutestre
redevable à ses amis de tout
cequ'elle dit de bon. N'eston
pas d'ordinaire plus jaloux de
ses tresors ? quel fonds ne stut.
il pas avoir pour enrichir ainsî
les autres de son propre bien;
avec des manieres si aimables
pour le monde Madame de
aime pourtant la retraite; les
plaisirs de la Campagne la touchent,
elleypasse une partie
considerable de l'annéesans
aucre compagnie que celle de
ses femmes
:
là elle s'amuse à
cueillir des fleurs, à voir le progrés
de ses fruits, d'autres fois
elle fait retentir les échos du
son de sa voix qu'elle a fort
agreable ,souvent elle passe
sontempsàfiler:enfinellea
toutes les occupations des Bergeres
; que dis je, la plus douce
luy manque; elle n'aime pas;
quel dommage & quel crime n'est-cepas que de posseder
tant de charmes
avec un coeur
oisif? voila le seul dcffaut que
je connoisse à Madame de
il y auroit bien de l'honneur
à l'en corriger.
Vous me demandez, Monsieur,
le Portrait de Madame de. songez vous bien à
quoy vous m'engagez? il est
bien plus aisé de sentir ses
perfections que de les peindre.
J'aurois bien envie de vous
dire seulement qu'il n'y a rien
de si beau dans la nature que
Madame de. mais vous
nemetiendriez pas quitte pour
cela, vous voudriez que j'entrasse
dans le détail de ses qualitez
& ce détail est infini.
J'imagine bien encore un
moyen pour me tirer d'affaire,
ce seroit de vous con seiller de
venir voir Madame de Il
s'en formeroit dans vôtre coeur
un portrait plus parfait que
celuy que je pourrois vous tracer
,
mais à vous dire vray ,
ce parti est un peu dangereux
& je suis trop de vos amis pour
vous engager à le prendre,
jecroy qu'il vaut mieux pour
vous que je vous envoye
1 le portrait que vous me demandez
, puisque vous avez
étéassez prudent pour me
) charger de cette commission
) en vérité je vous plaindrois
fort si vous vous estiezadressé
àun meilleur peintre, vous
payeriez cher vôtre curiosité;
mais vous avez bien pris vos
mesures
,
cependant tenez
vous bien sur vos gardes. Il
n'a jamais paru dans l'Univers
) deux plus beaux yeux que
5 ceux de Madame de on y
voit un feu brillant adouci
par une longueur proportionnée
qui touche &qui surprend.
Sa bouche façonnée d'une maniere
merveilleuse
,
donne le
plus agreable spectacle du
monde,&on ne luy pardonneroir
jamais de l'ouvrir, si
pour dédommager de ce qu'
onperd..clIe ne montroitdes
dents blanches comme de
l'yvoire qui semblent rangées
par l'artmême. Tous ses traits
figurent admirablement bien
les uns avec lesautres, & contribuent
à faire de son visage
un modele de beautéréguliere;
mais je ne craindrois pas Madame
de. si elle n'étoit que
belle, sa beauté ne luy fers
presque derien pour plaire;
un je ne sçayquoy charmant
quine doit rien aux traits,luy
gagiie seurement les coeurs.
Que seroit ce si je vous peignois
sa gorge? c'ell: une
espece de glacis du plus beau
blanc quivient descendreimperceptiblement
pour f rmer
sa taille ; & quelle taille ! une
taille pleinede majesté qui n'a
riencependant quieffarouche :
les grâces corrigent ce qu'il y
auroit de trop fier. Sa démarche
est pleinede dignité, & a
quelque chose de grand qui
la distingue des autrcs femmes.
Necroyez pas pourtant que
tant de beauté en orguëllisse
Madame de. elle a dans
les manieres cette simplicité
qu'on doit avoir quand on se
sent au dt ssus des autres; aussi tout le monde luy rend
justice, & releve avec plaisir
sesavantages ; son sexe même
est charmé de la trouver si
belle. Qui croiroit que la vanité
fit de si grands sacrifices?
il esttemps que je vous parle
de l'esprit de Madame de
- jamais vous n'en avez connu
de plus délicat
,
il est fleury
autant qu'il faut pour n'être
point
pointisec,& cependant pour
estrejuste; lajufteflcd&r.efpriD
est VQiuob delafcchfiioflfc.
Ah ! que n'avez vousvû Madame
de dans unedeses
converfationsir©ù;jdcpotiiliée
desa dignité,elle parle sans
connainte,& n'obéir qu'à
son imagination
,
elle le peur:
cette sageimagination ne ié^,
gare jamais.* Quelle facilité !
quellegrace dans ses discours!
bien différente d'Elvire qu'on
voitcontinuellement faire des
efforts pour avoir de l'esprit,
&quimalheureusement pour
ceux quiFecourcoc
, en fait
toûjoursdevains ;. Madame
Idcz^b.1ni:nltw£incr.qúo parce .Cab"it!ecpêchdr
d'en montrer .Je vous diray
encore qu'elle a beaucoup lû
mais hcuèeuftmenrclle n'apas
demeiwirc,Lquel bien pour
nous qu'elle nepuisse rien emprunter
? car sans doute elle
auroit; quelquefois lamodestièdele^
faire &certainement
onyperdroit;on n'estjamais
exposé avec elleàcet ennuy
presque seur quivients'emparer
des conservations un
peu longues:Et le moyen que
l'esprit ne foie- pas taâjours
animé avec Madame de sa
maniéré de penfer est tantôt
serieuse,tantôt gaye ,quelquefoisnégligée
; dans tous
ces états elle est toujours inimitable
& nouvelle. Ce qui
-, me surprend c'est comment
toutle monde a yant tant de
lieu d'estre content de Madame
de. peut être aussi content
de soy : voyez un peu son
;
adresse, elle prend à fcs amis
des pensées informes, elle les
met dansun beau jour,elle
jy en ajoûte quelquefois de
beaucoup plus belles qu'elle
regarde comme dépendantes
des autres;enfinelleveutestre
redevable à ses amis de tout
cequ'elle dit de bon. N'eston
pas d'ordinaire plus jaloux de
ses tresors ? quel fonds ne stut.
il pas avoir pour enrichir ainsî
les autres de son propre bien;
avec des manieres si aimables
pour le monde Madame de
aime pourtant la retraite; les
plaisirs de la Campagne la touchent,
elleypasse une partie
considerable de l'annéesans
aucre compagnie que celle de
ses femmes
:
là elle s'amuse à
cueillir des fleurs, à voir le progrés
de ses fruits, d'autres fois
elle fait retentir les échos du
son de sa voix qu'elle a fort
agreable ,souvent elle passe
sontempsàfiler:enfinellea
toutes les occupations des Bergeres
; que dis je, la plus douce
luy manque; elle n'aime pas;
quel dommage & quel crime n'est-cepas que de posseder
tant de charmes
avec un coeur
oisif? voila le seul dcffaut que
je connoisse à Madame de
il y auroit bien de l'honneur
à l'en corriger.
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1053
p. 144-145
AUTRE LIVRE.
Début :
Le R. P. Raphaël Bluteau, Theatin de la Divine Providence [...]
Mots clefs :
Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LIVRE.
AUTRE LIVRE.
Le R. P. Raphaël Bluteau ,
Theatin de la Divine Providence
à Lisbonne , né enFrance
, où il a fait Profeffion de
Religion , eſt Auteur d'un
Dictionnaire Portugais & Latin
, en huit tomes in folio. Ce
Dictionnaire eſt un Livre uni
verſel , où l'on trouve uneéru
dition preſque ſans exemples.
Toutes les matieres qui fervent
à le remplir y font trai
tées à fonds , avec toutes les
citations des Anciens & des
Modernes ,
יל
:
GALANT. 145
Modernes , qui ont rapport
aux choſes dont il eſt queſtion
dans l'ordre alphabetique. Ce
Livre qui eſt d'un travail immenſe
, eſt un chef d'oeuvre
de ſcience , de recherches &
d'étude.
Le R. P. Raphaël Bluteau ,
Theatin de la Divine Providence
à Lisbonne , né enFrance
, où il a fait Profeffion de
Religion , eſt Auteur d'un
Dictionnaire Portugais & Latin
, en huit tomes in folio. Ce
Dictionnaire eſt un Livre uni
verſel , où l'on trouve uneéru
dition preſque ſans exemples.
Toutes les matieres qui fervent
à le remplir y font trai
tées à fonds , avec toutes les
citations des Anciens & des
Modernes ,
יל
:
GALANT. 145
Modernes , qui ont rapport
aux choſes dont il eſt queſtion
dans l'ordre alphabetique. Ce
Livre qui eſt d'un travail immenſe
, eſt un chef d'oeuvre
de ſcience , de recherches &
d'étude.
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1054
p. 148-154
Chapitre où il est parlé discretement & en peu de mots de l'Opera, de la Foire & de la Comedie. [titre d'après la table]
Début :
Les Spectacles qui avoient été fermez pendant trente quatre jours [...]
Mots clefs :
Public, Opéra, Académie royale de musique, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre où il est parlé discretement & en peu de mots de l'Opera, de la Foire & de la Comedie. [titre d'après la table]
Les Spectacles qui avoient
été fermez pendant trente
quatre jours , enconfideration
de la maladie & de la mort du
Roy, furent enfin rouverts le
premier de ce mois .
L'Academie Royale de Muſique
regala d'abord le Public
de l'Europe Galante , qui fur
reçûë comme le meritoit un
Opera dont le ſuccés ne fut
jamais douteux.
Proſerpine qui eſt un Opera
GALANT. 149
magnifique& trés intereſſant ,
fut remis quelques jours aprés
fur le même Theatre , où on
le repreſente maintenant alternativement
, avec l'Europe
Galante, enattendantTheonoé,
Opera nouveau , dont on dit
beaucoup debien.
Le mêmejour les Danfeurs
de corde , les Marionnettes ,
& les Animaux ſauvages rouvrirent
leurs Loges , avec des
fuccez bien differents. Dominique
attira tous les ſpectateurs
chez lui , & les autres
joüerent ſouvent pour leur
plaiſir. )
Niij
150 MERCURE
La Comediede fon côténe
demeura pas les bras croifez ,
au contraire elle fit un vacarme
enragé dans Paris .
Quand tous ſes Membres
qui avoient été diſperſez pendant
l'eſpace de 34. jours ,
vinrent à ſe réünir , on prit
cet aſſemblage pour la confuſion
deBabel : quelques uns
demanderentà entrer dans cette
Tour, d'autres à y reſter ,&
pas un à en fortir. Ceux que
l'orage menaça crierent merci;
mais leCiel ſourd àleurs voix,
ſe ferma l'oreille à leurs cris.-
Enfin ,
GALANT. ISI
* Vous diray-je les noms de ces
grands Perſonnages, :
De ces fameux profcrits ,
Que nous avons tant de
fois vûs l'oüie pâle , & l'oreil
le plate , maudire le partere
entre leurs dents. Non , Mefſieurs,
n'infultons pas aux malheureux
, regardons les plutôt
comme des victimes infortunées
de l'inconſtance du fort :
& admirons la generofité de
M. de la Thoriliere , qui fut
juſqu'aux pieds duRegent, lui
faire une humble , tendre &
inutile priere pour eux. Quel-
Cinna .
1
:
N iiij
152 MERCURE
1
ques jours auparavant qu'il fit
cette démarche , le Public cut
bien une autre allarme : le
bruit courut que M.Beaubou
s'étoit caffé la tête , & qu'il
étoit en grand danger. Cette
nouvelle effraya avee juſtice
tout ce qu'il y a de gens intereffez
à la conſervation d'un fi
grand Acteur . Tout le monde
l'eſt ſans doute ,& l'allarme
étoit bien fondée. Cepen
dant on affûre que ce ne fera
rien , & on dit qu'il en ſera
quitte pour une balafre , qui
ne le rendra pas plus beau.
Le douze de ce mois les Co
GALANT I
mediens repreſenterent laTragedie
d'Heraclius , où Mademoiſelle
Duclos & Mademois
ſelle Deſmarts reçûrent à leur
ordinaire mille applaudiffements.
M. de Ponteüil &
M. Quinaut s'y ſurpafferent
eux mêmes. Cette Tragedie
fut ſuivie de la premiere repreſentation
de la Comedic
du Cadet de Gascogne , que
Mademoiselle des Broſtes &
MeQuinaut le jeune foutinrentautant
qu'ils purent;mais
elletomba malgré eux , avant
que d'être achevée,&trop tard
encore au gré du Public , qui
154 MERCURE
s'indigna avec raiſon , de toutes
les pauvretez dont il la
trouva remplie.
été fermez pendant trente
quatre jours , enconfideration
de la maladie & de la mort du
Roy, furent enfin rouverts le
premier de ce mois .
L'Academie Royale de Muſique
regala d'abord le Public
de l'Europe Galante , qui fur
reçûë comme le meritoit un
Opera dont le ſuccés ne fut
jamais douteux.
Proſerpine qui eſt un Opera
GALANT. 149
magnifique& trés intereſſant ,
fut remis quelques jours aprés
fur le même Theatre , où on
le repreſente maintenant alternativement
, avec l'Europe
Galante, enattendantTheonoé,
Opera nouveau , dont on dit
beaucoup debien.
Le mêmejour les Danfeurs
de corde , les Marionnettes ,
& les Animaux ſauvages rouvrirent
leurs Loges , avec des
fuccez bien differents. Dominique
attira tous les ſpectateurs
chez lui , & les autres
joüerent ſouvent pour leur
plaiſir. )
Niij
150 MERCURE
La Comediede fon côténe
demeura pas les bras croifez ,
au contraire elle fit un vacarme
enragé dans Paris .
Quand tous ſes Membres
qui avoient été diſperſez pendant
l'eſpace de 34. jours ,
vinrent à ſe réünir , on prit
cet aſſemblage pour la confuſion
deBabel : quelques uns
demanderentà entrer dans cette
Tour, d'autres à y reſter ,&
pas un à en fortir. Ceux que
l'orage menaça crierent merci;
mais leCiel ſourd àleurs voix,
ſe ferma l'oreille à leurs cris.-
Enfin ,
GALANT. ISI
* Vous diray-je les noms de ces
grands Perſonnages, :
De ces fameux profcrits ,
Que nous avons tant de
fois vûs l'oüie pâle , & l'oreil
le plate , maudire le partere
entre leurs dents. Non , Mefſieurs,
n'infultons pas aux malheureux
, regardons les plutôt
comme des victimes infortunées
de l'inconſtance du fort :
& admirons la generofité de
M. de la Thoriliere , qui fut
juſqu'aux pieds duRegent, lui
faire une humble , tendre &
inutile priere pour eux. Quel-
Cinna .
1
:
N iiij
152 MERCURE
1
ques jours auparavant qu'il fit
cette démarche , le Public cut
bien une autre allarme : le
bruit courut que M.Beaubou
s'étoit caffé la tête , & qu'il
étoit en grand danger. Cette
nouvelle effraya avee juſtice
tout ce qu'il y a de gens intereffez
à la conſervation d'un fi
grand Acteur . Tout le monde
l'eſt ſans doute ,& l'allarme
étoit bien fondée. Cepen
dant on affûre que ce ne fera
rien , & on dit qu'il en ſera
quitte pour une balafre , qui
ne le rendra pas plus beau.
Le douze de ce mois les Co
GALANT I
mediens repreſenterent laTragedie
d'Heraclius , où Mademoiſelle
Duclos & Mademois
ſelle Deſmarts reçûrent à leur
ordinaire mille applaudiffements.
M. de Ponteüil &
M. Quinaut s'y ſurpafferent
eux mêmes. Cette Tragedie
fut ſuivie de la premiere repreſentation
de la Comedic
du Cadet de Gascogne , que
Mademoiselle des Broſtes &
MeQuinaut le jeune foutinrentautant
qu'ils purent;mais
elletomba malgré eux , avant
que d'être achevée,&trop tard
encore au gré du Public , qui
154 MERCURE
s'indigna avec raiſon , de toutes
les pauvretez dont il la
trouva remplie.
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1055
p. 170-171
De Constantinople. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Constantinople portent que dans l'incendie [...]
Mots clefs :
Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Constantinople. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de Conſtantinople
portent que dans
l'incendie qui yeſt arrivée le
mois de Juillet dernier , neuf
GALANT. 171
grandes Moſquées , & quatre
petites ont été brûlées , treize
Ecoles , & huit grands Carawanfarais
, édifices publics deſtinez
à loger les étrangers ,
trois grands bains publics , &
trois bâtimens avec pluſieurs
fontaines publiques
fours publics,deux mil fix cens
treize
maiſons de Turcs, & fept mil
cent cinquante ſept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont auffi
péri dans cette incendie.
portent que dans
l'incendie qui yeſt arrivée le
mois de Juillet dernier , neuf
GALANT. 171
grandes Moſquées , & quatre
petites ont été brûlées , treize
Ecoles , & huit grands Carawanfarais
, édifices publics deſtinez
à loger les étrangers ,
trois grands bains publics , &
trois bâtimens avec pluſieurs
fontaines publiques
fours publics,deux mil fix cens
treize
maiſons de Turcs, & fept mil
cent cinquante ſept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont auffi
péri dans cette incendie.
Fermer
1056
p. 25-64
Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois les Jesuites du College de Loüis le [...]
Mots clefs :
Roi, Orateur, Oraison funèbre, Collège des Jésuites, Soleil, Prince, Religion, Paix, Guerre, Corps, Succès, Vertus, Mort, Gloire, Ennemis, Père, Public, Deuil, Éloge, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Le 12. de ce mois les Jefuites
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
Fermer
1057
p. 101
« Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...] »
Début :
Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...] »
Je prie l'Auteur de cette
Epigramme de fe fouvenir du
moins par reconnoiffance , de
payer dorénavant le port des
paquets qu'il me fera l'honneur
de m'envoyer , & je demande
la même grace à ceux
dont la negligence m'oblige à
fupprimer les Ouvrages.
Epigramme de fe fouvenir du
moins par reconnoiffance , de
payer dorénavant le port des
paquets qu'il me fera l'honneur
de m'envoyer , & je demande
la même grace à ceux
dont la negligence m'oblige à
fupprimer les Ouvrages.
Fermer
1058
p. 130-146
Extrait d'un Poëme Latin sur la mort de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Début :
Il a paru au commencement de Novembre un Poëme intitulé / Subita ex alto Vox reddita Caelo est ; [...]
Mots clefs :
Héros, Poème, Vertus, Voix, Prince, Poète, Religion, Nature, Régence, Louis XIV, Mort de Louis XIV, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Poëme Latin sur la mort de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Il a paru au commenceGALANT
. 131
•
ment de Novembre un Poëme
intitulé : Ludovicus moriens
qui a efté generalement applaudi.
Ce Poëme , quoyque
tres court par fa qualité , renferme
toutes les regles du Poëme
Epique , & un abregé de
l'hiftoire du Roy. Le fujet en
eft grand , & bien choifi : Le
titre l'annonce. C'est le Roy
mourant ; mais un Roy, un
Heros invincible , que l'amour
de la Religion qu'il a toûjours
protegée , fait en mourant
triompher de la mort même.
L'unité d'action fi recommandée
& fi peu pratiquée ,
132 MERCURE
fe trouve exactement gardée
dans ce Poëme . La fable qui
en eft l'ame , eft un tableau
naturel de la verité Le noeud ,
le dénouement , les épisodes
naiffent les uns des autres. Les
moeurs femblent peintes d'aprés
nature , & les fentimens
font pleins d'élévation . La
verfification n'en eft pas moins
pure que magnifique, la vivacité
, le feu poëtique y regne
depuis le commencement juf
qu'à la fin , & l'art , quoyque
caché , ne le cede point à la
nature , ni la nature à l'art ; la
facilité & la clarté , qui pres
GALANT 133
fentent enfemble comme dans
un point une infinité de chofes
merveilleufes , font un vrai
plaifir .
Le Poëte , qui paroît par
tout animé de l'efprit de fon
Heros , ne le perd de vûë , que
lorfque ce même Heros , accompagné
de toutes les vertus ,
& couronné par les mains de
la victoire , eft aprés une cour
te priere enlevé au Ciel qui
s'ouvre pour reprendre un
Monarque qu'il avoit accordé
aprés 23. ans aux voeux ardens
de la France .
Les Portraits de Monfei134
MERGURE
1
gneur & de Madame la Ducheffe
de Berri font peints en
moins de cinq vers , avec les
plus vives couleurs.
Les malheurs qui ont affligé
la France , fur tout dans la
derniere guerre , ne paroiffent
dans le nocud que pour relever
davantage la gloire du Monarque
& celle de la Monarchic.
Si la France & la Religion y
femblent comme mourantes
avec le Roy , ce n'eft que pour
revivre & refleurir avec plus
d'éclat fous le nouveau Regne
& la Regence. C'est là où
GALANT. 135
commence le dénouement , &
où le Poëte reprenant de nouvelles
forces,reprefente toutes
les vertus qui font le bonheur
parfait d'un Empire , affifes
fur le Throfne de Louis XV.
Monfeigneur le Duc d'Orleans
foûtient ce Throfne , &
y place les Vertus .
On voit entr'autres , briller
la Prudence , la Force , la Foy,
la Fidelité , la Pieté , la Juſtice ,
qui peſe tout , la balance en
main ; & c'eft la Paix qui en
eft comme le lien inféparable.
Alors le Poëte hors de luymême
, & ſaiſi tout à coup du
136 MERCURE
nouveau Heros, prend fon vol
rapide vers les Cieux , où une
voix fe fait entendre à la Fran
ce & à la Religion ; mais une
voix éternelle , permanente
& gravée en caracteres ineffaçables
fur le diamant le plus
folide. Cette voix prédit le
bonheur de la Monarchie fous
la Regence de Son Alteffe
Royale.
C'est ce Prince qui né pour
la Patrie & pour les Sceptres ,
& qui étant au - deffus des mor .
tels par la fuperiorité
d'un génie
univerfel , & par les autres
rares qualitez , apprendra
au
jeune
GALANT. 137
}
jeune LOUIS le veritable art
de
regner.
Ceft ce Prince feul , qui
par la vigilance infatigable ré .
tablira la France dans fon ancienne
fplendeur.
+
C'eft ce Prince , qui ramenant
les beaux jours de l'Empercur
Titus , & qui faifant
voir en réalité cet âge d'or ,
que les Anciens ont tant vante
, & qu'ils n'ont peut- eftre
jamais vu qu'en idée , confolera
les François fous fon augufte
Regence .
Le Parlement de Paris n'eft
3 pas oublié , & doit bien toft
Novembre
1715. M
138 MERCURE
recevoir les benignes influences
de cet Aftre lumineux &
favorable.
En cet endroit le Poëte reprefente
Monfeigneur le Duc
d'Orleans prenant les rênes de
l'Empire dans des temps durs
& difficiles , & effuyant les
larmes de la France."
Que les ennemis de l'augufte
nom de Bourbon trèm
blent & fe gardent d'irriter
par leur imprudence un Heros
dont ils doivent redouter la
foudre.
C'eft ce Heros , c'eft luymême
qui a porté deux fois
GALANT. 139
fes armes victorieufes juſques
dans le coeur de la Catalogne,
& qui bravant les perils & la
mort , reduifit Lerida en poudre.
Tel eft ce Heros , & il s'étoit
déja montré tel dés fa premiere
jeuneffe , dans les Sieges,
dans les Batailles , contre le
Prince d'Orange , où il avoit
moiffonné des lauriers dignes
de fa valeur &de fes autres vertus
militaires ; c'eft toûjours la
voix qui parle.
Je ne donne qu'une legere
idée de l'original latin, pour
éviter la prolixité , & j'y ren-
Mij
140 MERGURE
voye le lecteur , qui cependant
ne fera peut- eftre pas fâché de
voir le dénouement de cette
Piece .
Le voicy.
Subita ex alto Vox reddita Calo
eft ;
Vox æterna
æterna , manens , folidoque
adamante notata :
Implevit LODOIX pulchrum
virtutibus avum ,
Debetur fuperis. LODOICI è
Sanguine Princeps ,
Illuftrem Proavum factis ac nomine
reddens ,
Ibit in imperium magnum ,foliaque
fedebunt
GALANT . 141
Affidua Regis comites ,Prudentia,
Virtus
,
Incorrupta Fides , Pietas , &
fingulalibra
Fuftitia expendens , juncta fibi
Pace forores.
Scilicet hunc natus Patriæ , fceptrifque
PHILIPPUS
,
Ingentique animo coelum complexus
, orbem ,
Urgebit rapido laudum ad faftigia
greffu
Veraque regnandi præcepta docebit
Alumnum ...
Ille unus Gallis vigilando reſtituet
rem ;
Ille dies Titi
referens , atque
142 MERCURE
aurea condens
Secula , gaudebit populum relevarejacentem
,
Felicem populum tanto fub Principe
natum ;
Ille Senatores in priftina jura remißos
Confilio admittens ,facilis dignabitur
Aula :
Etjam difficiles Regni moderatur
habenas ,
Abftergitque tuos , chariffima Gallia
, fletus.
Borbonii paveant , quotquot funt
nominis hoftes ,
Nec magnum exacuant infano
Marte PHILIPPUM.
GALANT. 143
Hic vir , hic eft , quem bis Catalania
fenfit apertis
Limitibus , quem tela inter , direptaque
figna ,
Eraque continuas paffim jaculantia
mortes ,
Horruit ad muros , acfenfullerda
tonantem
.
Qualis in Auriacum primis praluferat
armis ,
Mercatus dignas proprio, difcrimine
lauros.
Hac ubi dictà , Dei Verbum , irrevocabile
Verbum ,
atris induta
Hora refert
colori.
is
sound
bus .
bus
Hora
Ingenti LODOICO. Altum ca144
MERCURE
put ardua Virtus
Indeffa comes , pectus Conftantia
fulcit.
Relligio complexa manus morientis
,
ora ,
Procumbitfuper, & lacrymis af
pergit amaris.
Auratas fursùm extendens Victoria
pennas
,
A tergo merita pracingit tempora
lauro.
Intereà Delphinus adeft , juxtaque
PHILIPPUS ,
Borbonidaque alii , genus alio à
Sanguine Regum,
Flentes. At LODOIXoculos ad
Lydera tollens ,
ComGALANT
145
Commendanfque Deo Patriam ,
parvumque Nepotem :
Accipio mandatum , inquit , nos
pofcit Olympus.
Vixi ; nec vixiffe piget,fi Gallica
Semper
Sceptra gerat , dilecta comes , fidiffima
cuftos ,
Relligio , purifque Fides rutilantia
flammis
Lilia facundet. Noftrorum bec
meta laborum
Sic tu , fic radios totum diffunde
perorbem
Alma Fides !fic nunc animis illabere
noftris !
Sic tandem liceat fperatum attin-
Novembre 1715 .. N
146 MERCURE
gere portum ,
Optatamque diu poft nubila cernere
lucem:
Terra vale ,feror in coelum , fedefque
beatas
Afpicio. Cælum in partes hîc
fcinditur ambas
Illuftremque animam plaudentibus
excipit aftris.
. 131
•
ment de Novembre un Poëme
intitulé : Ludovicus moriens
qui a efté generalement applaudi.
Ce Poëme , quoyque
tres court par fa qualité , renferme
toutes les regles du Poëme
Epique , & un abregé de
l'hiftoire du Roy. Le fujet en
eft grand , & bien choifi : Le
titre l'annonce. C'est le Roy
mourant ; mais un Roy, un
Heros invincible , que l'amour
de la Religion qu'il a toûjours
protegée , fait en mourant
triompher de la mort même.
L'unité d'action fi recommandée
& fi peu pratiquée ,
132 MERCURE
fe trouve exactement gardée
dans ce Poëme . La fable qui
en eft l'ame , eft un tableau
naturel de la verité Le noeud ,
le dénouement , les épisodes
naiffent les uns des autres. Les
moeurs femblent peintes d'aprés
nature , & les fentimens
font pleins d'élévation . La
verfification n'en eft pas moins
pure que magnifique, la vivacité
, le feu poëtique y regne
depuis le commencement juf
qu'à la fin , & l'art , quoyque
caché , ne le cede point à la
nature , ni la nature à l'art ; la
facilité & la clarté , qui pres
GALANT 133
fentent enfemble comme dans
un point une infinité de chofes
merveilleufes , font un vrai
plaifir .
Le Poëte , qui paroît par
tout animé de l'efprit de fon
Heros , ne le perd de vûë , que
lorfque ce même Heros , accompagné
de toutes les vertus ,
& couronné par les mains de
la victoire , eft aprés une cour
te priere enlevé au Ciel qui
s'ouvre pour reprendre un
Monarque qu'il avoit accordé
aprés 23. ans aux voeux ardens
de la France .
Les Portraits de Monfei134
MERGURE
1
gneur & de Madame la Ducheffe
de Berri font peints en
moins de cinq vers , avec les
plus vives couleurs.
Les malheurs qui ont affligé
la France , fur tout dans la
derniere guerre , ne paroiffent
dans le nocud que pour relever
davantage la gloire du Monarque
& celle de la Monarchic.
Si la France & la Religion y
femblent comme mourantes
avec le Roy , ce n'eft que pour
revivre & refleurir avec plus
d'éclat fous le nouveau Regne
& la Regence. C'est là où
GALANT. 135
commence le dénouement , &
où le Poëte reprenant de nouvelles
forces,reprefente toutes
les vertus qui font le bonheur
parfait d'un Empire , affifes
fur le Throfne de Louis XV.
Monfeigneur le Duc d'Orleans
foûtient ce Throfne , &
y place les Vertus .
On voit entr'autres , briller
la Prudence , la Force , la Foy,
la Fidelité , la Pieté , la Juſtice ,
qui peſe tout , la balance en
main ; & c'eft la Paix qui en
eft comme le lien inféparable.
Alors le Poëte hors de luymême
, & ſaiſi tout à coup du
136 MERCURE
nouveau Heros, prend fon vol
rapide vers les Cieux , où une
voix fe fait entendre à la Fran
ce & à la Religion ; mais une
voix éternelle , permanente
& gravée en caracteres ineffaçables
fur le diamant le plus
folide. Cette voix prédit le
bonheur de la Monarchie fous
la Regence de Son Alteffe
Royale.
C'est ce Prince qui né pour
la Patrie & pour les Sceptres ,
& qui étant au - deffus des mor .
tels par la fuperiorité
d'un génie
univerfel , & par les autres
rares qualitez , apprendra
au
jeune
GALANT. 137
}
jeune LOUIS le veritable art
de
regner.
Ceft ce Prince feul , qui
par la vigilance infatigable ré .
tablira la France dans fon ancienne
fplendeur.
+
C'eft ce Prince , qui ramenant
les beaux jours de l'Empercur
Titus , & qui faifant
voir en réalité cet âge d'or ,
que les Anciens ont tant vante
, & qu'ils n'ont peut- eftre
jamais vu qu'en idée , confolera
les François fous fon augufte
Regence .
Le Parlement de Paris n'eft
3 pas oublié , & doit bien toft
Novembre
1715. M
138 MERCURE
recevoir les benignes influences
de cet Aftre lumineux &
favorable.
En cet endroit le Poëte reprefente
Monfeigneur le Duc
d'Orleans prenant les rênes de
l'Empire dans des temps durs
& difficiles , & effuyant les
larmes de la France."
Que les ennemis de l'augufte
nom de Bourbon trèm
blent & fe gardent d'irriter
par leur imprudence un Heros
dont ils doivent redouter la
foudre.
C'eft ce Heros , c'eft luymême
qui a porté deux fois
GALANT. 139
fes armes victorieufes juſques
dans le coeur de la Catalogne,
& qui bravant les perils & la
mort , reduifit Lerida en poudre.
Tel eft ce Heros , & il s'étoit
déja montré tel dés fa premiere
jeuneffe , dans les Sieges,
dans les Batailles , contre le
Prince d'Orange , où il avoit
moiffonné des lauriers dignes
de fa valeur &de fes autres vertus
militaires ; c'eft toûjours la
voix qui parle.
Je ne donne qu'une legere
idée de l'original latin, pour
éviter la prolixité , & j'y ren-
Mij
140 MERGURE
voye le lecteur , qui cependant
ne fera peut- eftre pas fâché de
voir le dénouement de cette
Piece .
Le voicy.
Subita ex alto Vox reddita Calo
eft ;
Vox æterna
æterna , manens , folidoque
adamante notata :
Implevit LODOIX pulchrum
virtutibus avum ,
Debetur fuperis. LODOICI è
Sanguine Princeps ,
Illuftrem Proavum factis ac nomine
reddens ,
Ibit in imperium magnum ,foliaque
fedebunt
GALANT . 141
Affidua Regis comites ,Prudentia,
Virtus
,
Incorrupta Fides , Pietas , &
fingulalibra
Fuftitia expendens , juncta fibi
Pace forores.
Scilicet hunc natus Patriæ , fceptrifque
PHILIPPUS
,
Ingentique animo coelum complexus
, orbem ,
Urgebit rapido laudum ad faftigia
greffu
Veraque regnandi præcepta docebit
Alumnum ...
Ille unus Gallis vigilando reſtituet
rem ;
Ille dies Titi
referens , atque
142 MERCURE
aurea condens
Secula , gaudebit populum relevarejacentem
,
Felicem populum tanto fub Principe
natum ;
Ille Senatores in priftina jura remißos
Confilio admittens ,facilis dignabitur
Aula :
Etjam difficiles Regni moderatur
habenas ,
Abftergitque tuos , chariffima Gallia
, fletus.
Borbonii paveant , quotquot funt
nominis hoftes ,
Nec magnum exacuant infano
Marte PHILIPPUM.
GALANT. 143
Hic vir , hic eft , quem bis Catalania
fenfit apertis
Limitibus , quem tela inter , direptaque
figna ,
Eraque continuas paffim jaculantia
mortes ,
Horruit ad muros , acfenfullerda
tonantem
.
Qualis in Auriacum primis praluferat
armis ,
Mercatus dignas proprio, difcrimine
lauros.
Hac ubi dictà , Dei Verbum , irrevocabile
Verbum ,
atris induta
Hora refert
colori.
is
sound
bus .
bus
Hora
Ingenti LODOICO. Altum ca144
MERCURE
put ardua Virtus
Indeffa comes , pectus Conftantia
fulcit.
Relligio complexa manus morientis
,
ora ,
Procumbitfuper, & lacrymis af
pergit amaris.
Auratas fursùm extendens Victoria
pennas
,
A tergo merita pracingit tempora
lauro.
Intereà Delphinus adeft , juxtaque
PHILIPPUS ,
Borbonidaque alii , genus alio à
Sanguine Regum,
Flentes. At LODOIXoculos ad
Lydera tollens ,
ComGALANT
145
Commendanfque Deo Patriam ,
parvumque Nepotem :
Accipio mandatum , inquit , nos
pofcit Olympus.
Vixi ; nec vixiffe piget,fi Gallica
Semper
Sceptra gerat , dilecta comes , fidiffima
cuftos ,
Relligio , purifque Fides rutilantia
flammis
Lilia facundet. Noftrorum bec
meta laborum
Sic tu , fic radios totum diffunde
perorbem
Alma Fides !fic nunc animis illabere
noftris !
Sic tandem liceat fperatum attin-
Novembre 1715 .. N
146 MERCURE
gere portum ,
Optatamque diu poft nubila cernere
lucem:
Terra vale ,feror in coelum , fedefque
beatas
Afpicio. Cælum in partes hîc
fcinditur ambas
Illuftremque animam plaudentibus
excipit aftris.
Fermer
1059
p. 209-297
Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
Début :
La Tragedie de Marius qu'on represente encore avec / Le 15. de ce mois on joua pour la première fois la Tragedie [...]
Mots clefs :
Roi, Père, Scène, Fils, Seigneur, Marius, Sylla, Princesse, Romains, Péril, Sénat, Mort, Force, Demande, Pouvoir, Fuite , Devoir, Honte, Douleur, Vengeance, Tragédie, Théâtre, Mains, Yeux, Horreur, Crime, Extrait, Auteur, Protection, Conseils, Ennemi, Assassin, Malheur, Protection, Patrie, Vertu, Tribun, Sang, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
La Tragedie de Marius
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
Fermer
1060
p. 297-301
AVERTISSEMENT.
Début :
Je recommande encore l'affranchissement des ports de lettres, & [...]
Mots clefs :
Public, Journal, Circonstances, Louis XIV, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Je recommande encore
l'affranchiffement des ports de
lettres , & j'ay mes raifons
pour ne ceffer de le faire . J'avertis
en même temps mes
Lecteurs , que je ne donne
point de chanfons fans la note,
non plus que de Livres fans
mon paraphe , composé com .
me je l'ay déja dit d'une L. &
198 MERCURE
de deux doublesF. enlaffees enfemble
& fermées par un D.
d'une façon inimitable. Si
l'on trouve quelqu'un de mes
exemplaires qui n'ait point
ces deux conditions , on m'obligera
infiniment de me le
renvoyer. Je fuis encore obligé
en confcience , d'avertir le
Public , que je lui ay donné
les premiers jours du prefent
mois , le Journal Historique
de toutes les circonftances fingulieres
qui ont precedé la
mort du Roy Louis XIV.
de l'avenement de Louis XV.
à la Couronne de France , avec
GALANT . 299
>
une Lifte exacte & étenduë de
l'établiffement des Confeils ,
des noms , qualitez , demeurés
& départements des Préfi .
dents , & des Confeillers defdits
Confeils. J'ay ajoûté à
cela,l'avis le plus rare & le plus
précieux dont on puiffe faire
part au Public. Je lui ay an
noncé M. de Villards , Auteur
de la plus merveilleufe découverte
du monde , comme un
homme à qui feront infiniment
redevables tous cen
ne fe piquent pas d'une orgueilleufe
incredulité . Mon
témoignage fondé ſur mon
300 MERCURE
experience ne fuffit pas pour
établir l'excellence de fon cau
merveilleufe ; mais plufieurs,
perfonnes dignes de foy ,en pu
blieroient les prodiges , fi les,
circonftances de leurs maladies
ne les condamnoient pas au
filence . D'ailleurs M. de Villards
ne fouhaite rien tant que
de fatisfaire les curieux , en
leur démontrant les vertus de
fon cau , qui eft certainement
un remede univerfel , dont les
qualitez ont efté amplement
déduites dans le Journal dont
je viens de parler. Ce Livre.
fe vend chez D. Joller , &.
GALANT. 301
J. Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du côté du Marché
neuf, au Livre Royal.
Je recommande encore
l'affranchiffement des ports de
lettres , & j'ay mes raifons
pour ne ceffer de le faire . J'avertis
en même temps mes
Lecteurs , que je ne donne
point de chanfons fans la note,
non plus que de Livres fans
mon paraphe , composé com .
me je l'ay déja dit d'une L. &
198 MERCURE
de deux doublesF. enlaffees enfemble
& fermées par un D.
d'une façon inimitable. Si
l'on trouve quelqu'un de mes
exemplaires qui n'ait point
ces deux conditions , on m'obligera
infiniment de me le
renvoyer. Je fuis encore obligé
en confcience , d'avertir le
Public , que je lui ay donné
les premiers jours du prefent
mois , le Journal Historique
de toutes les circonftances fingulieres
qui ont precedé la
mort du Roy Louis XIV.
de l'avenement de Louis XV.
à la Couronne de France , avec
GALANT . 299
>
une Lifte exacte & étenduë de
l'établiffement des Confeils ,
des noms , qualitez , demeurés
& départements des Préfi .
dents , & des Confeillers defdits
Confeils. J'ay ajoûté à
cela,l'avis le plus rare & le plus
précieux dont on puiffe faire
part au Public. Je lui ay an
noncé M. de Villards , Auteur
de la plus merveilleufe découverte
du monde , comme un
homme à qui feront infiniment
redevables tous cen
ne fe piquent pas d'une orgueilleufe
incredulité . Mon
témoignage fondé ſur mon
300 MERCURE
experience ne fuffit pas pour
établir l'excellence de fon cau
merveilleufe ; mais plufieurs,
perfonnes dignes de foy ,en pu
blieroient les prodiges , fi les,
circonftances de leurs maladies
ne les condamnoient pas au
filence . D'ailleurs M. de Villards
ne fouhaite rien tant que
de fatisfaire les curieux , en
leur démontrant les vertus de
fon cau , qui eft certainement
un remede univerfel , dont les
qualitez ont efté amplement
déduites dans le Journal dont
je viens de parler. Ce Livre.
fe vend chez D. Joller , &.
GALANT. 301
J. Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du côté du Marché
neuf, au Livre Royal.
Fermer
1061
p. 36-42
HARANGUE faite à S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, par M. de Montempuys, Recteur de l'Université, le Mardy 26. Novembre 1715.
Début :
Il est juste, & c'est bien la moindre chose, que les meilleures / L'Université honorée par nos Roys vos ayeux du titre de Fille [...]
Mots clefs :
Université, Rois, Régent, Régent du Royaume, Duc d'Orléans
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texteReconnaissance textuelle : HARANGUE faite à S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, par M. de Montempuys, Recteur de l'Université, le Mardy 26. Novembre 1715.
Il eſt juſte, & c'eſt bien la
moindre choſe , que les meilleures
pieces paſſent les premieres
, c'eſt une amorce pour
les Lecteurs , &une preference
dont ils ſçavent gré à l'Auteur.
Le nom, le merite & l'érudition
de M. de Montem-
1
GALANT. 37
puys , Recteur de l'Univerſité ,
répondent de l'équité de mon
choix. Voicy fon difcours ??
4
HARANGUE
faite à S. A.R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , par M. de
Montempuys , Recteur de
l'Univerſité , le Mardy 26.
Novembre 171
1
MONSEIGNEUR ,
L'Univerſité honorée par nos
Roys vos ayeux du titre de Fille
aînée asouhaité avec empreſſe
38 MERCURE
ment deſepreſenterdevantV. A.
R. attentive qu'elle a toûjours
eftéàcelles de vos grandes qualitez
qui ont le plus de rapport à
fes occupations paisibles , elle admire
depuis longtemps en V. A.
R.labeauté, l'étenduë d'eſprit,
laſcience ,le goust,&la connoisfancedes
beaux arts.
Maintenant , elle voit l'ufage
de ces rares talents dans laforme
de gouvernement que vous
venez d'établirdans leRoyaume.
Tout a concouru , Monseigneur,
àvous en afßûrer la Regence ,
lesdroitsde vostre naiſſance augufle
jugement unanime des te
GALANT. 3 ,
Grands des Magistrats , les
voeux de tout le peuple , dans un
tel accord , dont àpeiney a-t-il
un seul exemple , chacun reconnoift
une providence particuliere
qui dans le temps que Dieu
nous affligeoit par les pertes confiderables
que nous avons faites ,
vous preparoit , Monseigneur ,
pourune reffource fûre aux regrets
aux peines d'un bon peuplequi
parsafidelité&ſon attachement
àfes Rois a toujours morité
d'avoirde bons maistres.
Déja l'on reffent les effets de
vôtre Regence universelle ,elle
pourvoit àtout beſoin ; active,
40 MERCURE
elle prendfurelle les travaux les
plus grands ; clairvoyante , elle
diftingue le bien & le mab, Va
vrai &leſéduisant ; reglée,elle
conferue les droits de chaque états
puiſſante , elle contient tout dans
le devoir& dans le respect,dou
ce , elle vous laiſſe d'un accésfabienfaisante
cile, , ellene fefait
fentirque par le bien qu'ellefait
la distribution des graces estlafeule
referve qu'ellese faſſeſurtous les
drais. 201
Puiſſions nous avoirpartaux
bontiz de V. 4. R. j'ose te dire
de la Compagnie au nom de laquelle
j'ay l'honneur de parler
nous
i
GALANT. 41
nous pouvons y prétendre par
l'ancienneté & la nobleffe de
Notre établiſſement ,parla pureté
de nos maximes qui nesont que
les loix du Royaume ,par l'utilité
de nosfonctions ,par la fimplicité
de nos moeurs , nul interest ne nous
amenera devant vous , Monfeigneur,
fi ce n'est celuydu bien public
, nulle ambition ,ſice n'est
celle d'eftre agreables à V. A. R.
&de l'aſſeurer de nos reſpects les
plus profonds , nulle inquiétude ,
ſi ce n'eſtſur voſtre ſanté. Permettez-
nous , Monseigneur , de
vous demander pour premiere
grace de la ménager cette precieuse
Decembre 1715. D
42 MERCURE
fanté,que vosfoinsfoientpartagés
entre vostre Royale Perfonne&
l'Etat. De vostre confervation ,
Monseigneur , dépendce que nou's
Jouhaitons leplus , l'éducation du
Roy dans les principes de nosLibertez
, qui ne sont que les droits
les plusfacrezde la Couronne&
de l'Episcopat , l'affermiſſement
& la durée d'un gouvernement
tout parfait ,le rétabliſſement des
Lettres dans lear Splendeur
dans leur liberté.
moindre choſe , que les meilleures
pieces paſſent les premieres
, c'eſt une amorce pour
les Lecteurs , &une preference
dont ils ſçavent gré à l'Auteur.
Le nom, le merite & l'érudition
de M. de Montem-
1
GALANT. 37
puys , Recteur de l'Univerſité ,
répondent de l'équité de mon
choix. Voicy fon difcours ??
4
HARANGUE
faite à S. A.R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , par M. de
Montempuys , Recteur de
l'Univerſité , le Mardy 26.
Novembre 171
1
MONSEIGNEUR ,
L'Univerſité honorée par nos
Roys vos ayeux du titre de Fille
aînée asouhaité avec empreſſe
38 MERCURE
ment deſepreſenterdevantV. A.
R. attentive qu'elle a toûjours
eftéàcelles de vos grandes qualitez
qui ont le plus de rapport à
fes occupations paisibles , elle admire
depuis longtemps en V. A.
R.labeauté, l'étenduë d'eſprit,
laſcience ,le goust,&la connoisfancedes
beaux arts.
Maintenant , elle voit l'ufage
de ces rares talents dans laforme
de gouvernement que vous
venez d'établirdans leRoyaume.
Tout a concouru , Monseigneur,
àvous en afßûrer la Regence ,
lesdroitsde vostre naiſſance augufle
jugement unanime des te
GALANT. 3 ,
Grands des Magistrats , les
voeux de tout le peuple , dans un
tel accord , dont àpeiney a-t-il
un seul exemple , chacun reconnoift
une providence particuliere
qui dans le temps que Dieu
nous affligeoit par les pertes confiderables
que nous avons faites ,
vous preparoit , Monseigneur ,
pourune reffource fûre aux regrets
aux peines d'un bon peuplequi
parsafidelité&ſon attachement
àfes Rois a toujours morité
d'avoirde bons maistres.
Déja l'on reffent les effets de
vôtre Regence universelle ,elle
pourvoit àtout beſoin ; active,
40 MERCURE
elle prendfurelle les travaux les
plus grands ; clairvoyante , elle
diftingue le bien & le mab, Va
vrai &leſéduisant ; reglée,elle
conferue les droits de chaque états
puiſſante , elle contient tout dans
le devoir& dans le respect,dou
ce , elle vous laiſſe d'un accésfabienfaisante
cile, , ellene fefait
fentirque par le bien qu'ellefait
la distribution des graces estlafeule
referve qu'ellese faſſeſurtous les
drais. 201
Puiſſions nous avoirpartaux
bontiz de V. 4. R. j'ose te dire
de la Compagnie au nom de laquelle
j'ay l'honneur de parler
nous
i
GALANT. 41
nous pouvons y prétendre par
l'ancienneté & la nobleffe de
Notre établiſſement ,parla pureté
de nos maximes qui nesont que
les loix du Royaume ,par l'utilité
de nosfonctions ,par la fimplicité
de nos moeurs , nul interest ne nous
amenera devant vous , Monfeigneur,
fi ce n'est celuydu bien public
, nulle ambition ,ſice n'est
celle d'eftre agreables à V. A. R.
&de l'aſſeurer de nos reſpects les
plus profonds , nulle inquiétude ,
ſi ce n'eſtſur voſtre ſanté. Permettez-
nous , Monseigneur , de
vous demander pour premiere
grace de la ménager cette precieuse
Decembre 1715. D
42 MERCURE
fanté,que vosfoinsfoientpartagés
entre vostre Royale Perfonne&
l'Etat. De vostre confervation ,
Monseigneur , dépendce que nou's
Jouhaitons leplus , l'éducation du
Roy dans les principes de nosLibertez
, qui ne sont que les droits
les plusfacrezde la Couronne&
de l'Episcopat , l'affermiſſement
& la durée d'un gouvernement
tout parfait ,le rétabliſſement des
Lettres dans lear Splendeur
dans leur liberté.
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1062
p. 235-240
Lettre de consolation à Mademoiselle D***. sur la mort de son Oncle.
Début :
Fuyez tout le monde, Mademoiselle, enfermez-vous, cherchez la solitude [...]
Mots clefs :
Douleur, Oncle, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de consolation à Mademoiselle D***. sur la mort de son Oncle.
Lettre de conſolation à Mademoiselle
D ***. fur la
mort de ſon Oncle.
Fuyez tout le monde , Mademoiselle
, enfermez-vous , cherchezla
folitude , que voſtre douleur
éclate , ou qu'elle foitfecrete,
que vos regrets, vosfoupirs ,
νοςpleurs VOUSfoienntt ,, và
Vij
236 MERCURE
le
nous-mêmes , des gages certains
de la tendreſſe que vous aviez
pour un Oncle tel que celuy que
vous venezde perdre ; tout , hors
deſeſpoir , vous est permis ,
vôtre douleur estjuste. Maisfongez
en même temps que tant de
lumieresque vousavez acquiſes ,
au-deſſus des personnes de vostre
age & de vostrefexe , nous répondent
de vostre fermeté ,&ne
rendez pas , à force de pleurer ,
vôtre, efprit complice de la foibleße
des autres.
Jesçay,&je dois cette justice
aux manes de cefage Oncle, dont
la memoire vous eftfi chere , que
i
GALANT. 2.37
la mort vient de vous enlever
un parfait amy pluſtoſt qu'un parent
, que l'estime l'amitié de
ceux qui le connoifſforent , étoient
inféparables de l'avantage qu'ils
avoient de le connoître , &que
c'est enfin pour vous
irreparable; mais
> uneperte
Juſqu'à quand voudrez-vous ,
ſans nous daigner entendre ,
Qu'on approuve les pleurs que
l'on vous voit répandre ?
Que la tendreße & la reconnoiſſance
foient les vertus qui
vous entretiennent du ſouvenir
de cette perte ; mais que vosyeux,
qui font les deux plus beaux
238 MERCURE
yeux du monde , ne s'enorguëillıffentpoint
de la vanitéde verſer
des torrens de larmes , dont une
ombre ne peut leursçavoir aucun
gré. Vôtre destinée les confacre ces
yeux à un autre usage , &tous
ceuxqui les voyent, vous demanderoient
, s'ils ofoient lefaire, un
compte rigoureux de leurs opiniatres
larmes. Pour moy , quelque
choſeque je vous diſe , pourmoderer
vostre affliction , ne m'en
croyez pas ? apprenez au contraire
queje mefaFaiiss un plaifir
malin
de vous voir pleurer , &que ces
pleurs mesemblent ne s'échaper de
vosyeux , que pour me vanger
GALANT. 239
du defordre où ils ontfſouvent mis
lesmiens ... Mais dans mon malheur,
je me trouve encor heureux
de m'appercevoir déja que ceſecret
que j'oſe confier à votre douleur,
devient le premier degré de vôtre
confolation. Ne m'épargnez pas ,
Mademoiselle,&confolez- vous
•entierement , même aux dépens
* de tout mon repos.
t
La fortune juſte à vostre
égard , en vous comblant defes
faveurs , va s'unir à l'amour ,
pour vous faire le fort le plus
beureux ,&lafelicité de l'Epoux
qu'elle vous deſtine. Cetrait
n'étoit pas dans ce que vous m'a240
MERCURE
८
vez un jour conté de vostrehorofcope
; mais il est dans mon idée ,
& il faut plus d'un bien àla
fois ,pour confoler une perſonne
telle que vous , d'une perte comme
celle que vous pleurez. Jesuis ,
c.
D ***. fur la
mort de ſon Oncle.
Fuyez tout le monde , Mademoiselle
, enfermez-vous , cherchezla
folitude , que voſtre douleur
éclate , ou qu'elle foitfecrete,
que vos regrets, vosfoupirs ,
νοςpleurs VOUSfoienntt ,, và
Vij
236 MERCURE
le
nous-mêmes , des gages certains
de la tendreſſe que vous aviez
pour un Oncle tel que celuy que
vous venezde perdre ; tout , hors
deſeſpoir , vous est permis ,
vôtre douleur estjuste. Maisfongez
en même temps que tant de
lumieresque vousavez acquiſes ,
au-deſſus des personnes de vostre
age & de vostrefexe , nous répondent
de vostre fermeté ,&ne
rendez pas , à force de pleurer ,
vôtre, efprit complice de la foibleße
des autres.
Jesçay,&je dois cette justice
aux manes de cefage Oncle, dont
la memoire vous eftfi chere , que
i
GALANT. 2.37
la mort vient de vous enlever
un parfait amy pluſtoſt qu'un parent
, que l'estime l'amitié de
ceux qui le connoifſforent , étoient
inféparables de l'avantage qu'ils
avoient de le connoître , &que
c'est enfin pour vous
irreparable; mais
> uneperte
Juſqu'à quand voudrez-vous ,
ſans nous daigner entendre ,
Qu'on approuve les pleurs que
l'on vous voit répandre ?
Que la tendreße & la reconnoiſſance
foient les vertus qui
vous entretiennent du ſouvenir
de cette perte ; mais que vosyeux,
qui font les deux plus beaux
238 MERCURE
yeux du monde , ne s'enorguëillıffentpoint
de la vanitéde verſer
des torrens de larmes , dont une
ombre ne peut leursçavoir aucun
gré. Vôtre destinée les confacre ces
yeux à un autre usage , &tous
ceuxqui les voyent, vous demanderoient
, s'ils ofoient lefaire, un
compte rigoureux de leurs opiniatres
larmes. Pour moy , quelque
choſeque je vous diſe , pourmoderer
vostre affliction , ne m'en
croyez pas ? apprenez au contraire
queje mefaFaiiss un plaifir
malin
de vous voir pleurer , &que ces
pleurs mesemblent ne s'échaper de
vosyeux , que pour me vanger
GALANT. 239
du defordre où ils ontfſouvent mis
lesmiens ... Mais dans mon malheur,
je me trouve encor heureux
de m'appercevoir déja que ceſecret
que j'oſe confier à votre douleur,
devient le premier degré de vôtre
confolation. Ne m'épargnez pas ,
Mademoiselle,&confolez- vous
•entierement , même aux dépens
* de tout mon repos.
t
La fortune juſte à vostre
égard , en vous comblant defes
faveurs , va s'unir à l'amour ,
pour vous faire le fort le plus
beureux ,&lafelicité de l'Epoux
qu'elle vous deſtine. Cetrait
n'étoit pas dans ce que vous m'a240
MERCURE
८
vez un jour conté de vostrehorofcope
; mais il est dans mon idée ,
& il faut plus d'un bien àla
fois ,pour confoler une perſonne
telle que vous , d'une perte comme
celle que vous pleurez. Jesuis ,
c.
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1063
p. 241-247
Il ne faut pas disputer des goûts.
Début :
C'est un vieux Proverbe qui a esté de tout temps bien [...]
Mots clefs :
Goût, Mauvais goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Il ne faut pas disputer des goûts.
Il ne faut pas difputer des
goûts.
C'eſt un vieux Proverbe
qui a eſté de tout temps bien
attaqué , & bien deffendu ;
mais quelque raiſon qu'on
puiſſe alleguer contre ce que
je vais dire, mon intention eſt
de deffendre ce qu'on appelle
le mauvais gouft.
Si la femme d'un illuſtre Senateur
Romain élevée dans le
ſein de la moleſſe , & nourrie
dans tout le luxe de Rome ,
bravant mille affreux perils
pour traverſer les Mers avec un
miferableGladiateur qu'elle ai-
Decembre 1715. X
242 MERCURE
me , ne facrifie ainſi ton repos,
ſes plaiſirs ,& la ſanté qu'à fon
goût , quel reproche a-t-on à
luy faire?
Qu'a t- on à dire aux femmes
de Joconde& d'Altolphe
depreferer ,l'une un fale Palfrenier
,& l'autre un Nain hideux
à leurs aimablesEpoux ?
Madame de ** eft elle
blamable d'employer tous les
jours trois heures de ſa vie
pour contempler avec amour
un vil EſclaveMahometanqui
mépriſe ſes charmes&fes foûpirs
? pourquoy vouloir qu'il y
ait de la dépravation de goût
GALANT . 243
dans ces amours ? je ſoûtiens
pour les Darmes, que leur goût
justific jusqu'à leurs extravagances
: cecy git en preuves ,
il y en a cent mille que je ne
ſcay pas; mais j'en ay une nouvelle
, finguliere , & convainquante
dans deux des plus aimables
& des plus ſpirituelles
perfonnes de Paris.
Emilie & Faustine fontjeunes
, charmantes , riches , de
bonne maiſon , & ont beaucoup
d'efprit. Une éducation
parfaite eſt jointe à ces avantages
, & quelque part qu'on
les voye , tous les fuffrages pa-
X1j
244 MERCURE
roiſſent dûs à leur merito; mais
dans un moment la Iverité de
ce tableau , auquel je n'ay rien
ajoûté , va diſparoître ,&tout
cequ'il y a de gens qui préten
dent avoir le bon gauft , va me
traiter d'impoſteur , lorſque
j'auray declaré qu'Emilie aime
Arlequin à la fureut , & que
Faustine adore Pierrot. Gela
eſt pourtant vray ,& nul foû
pirant de bonne foy,quel qu'il
foit , ne ſera bien receu chez
ces deux aimables perſonnes ,
s'il ne leur promet de leur faire
faire au moins une partie de
fouper avec leurs Amants ;
GALANT 245
mais cela nôte pas la moindre
nuance des belles qualitez qu'-
elles ont. Voicy mon raifonnement
.
A
Le goût que je deffends eſt
un effet d'une imagination qui
ſe peint & quelquefois même
ſe caracteriſe une choſe ſans
précaution Cette peintures'at .
tacheinfenfiblement aux idées
& fait bien tot aprés ſur l'efprit
, ce que fait de l'huile répandue
fur une piece d'étoffe ;
elle l'affiege , s'en empare , &
le coeur ſe trouve en même
temps envelopé dans l'eſprir.
L'objet de nôtre goût occupe
X iij
246 MERCURE
avec
alors un fi grand terrain dans
noſtre ame , qu'on ne s'aviſe
pas même de fonger à l'en arracher.
Mais à quoy aboutiroit
encore ce ſoin ridicule à
ſe faire à ſoy même
millepeines, des raifongemens
infupportables , & à s'accabler
de reflexions ennuyeuſes. La
liberté n'approuve point ces
combats , & les paffions ne
ſouffrent point qu'on leur difpute
l'empire que le goût kur
accorde. Ainfi Emilie & Faul,
tine ont raiſon d'aimer à la
rage ce coupled'Amants,&de
ſe flatter peut être du plaifir
GALANT. 247
d'aller un jour les ſurprendre ,
juſques dans leurPalais, fi l'Amour
, qui ne va jamais fans
allarmes , ne leur fait pas apprehender
d'y trouver des
cruels.
goûts.
C'eſt un vieux Proverbe
qui a eſté de tout temps bien
attaqué , & bien deffendu ;
mais quelque raiſon qu'on
puiſſe alleguer contre ce que
je vais dire, mon intention eſt
de deffendre ce qu'on appelle
le mauvais gouft.
Si la femme d'un illuſtre Senateur
Romain élevée dans le
ſein de la moleſſe , & nourrie
dans tout le luxe de Rome ,
bravant mille affreux perils
pour traverſer les Mers avec un
miferableGladiateur qu'elle ai-
Decembre 1715. X
242 MERCURE
me , ne facrifie ainſi ton repos,
ſes plaiſirs ,& la ſanté qu'à fon
goût , quel reproche a-t-on à
luy faire?
Qu'a t- on à dire aux femmes
de Joconde& d'Altolphe
depreferer ,l'une un fale Palfrenier
,& l'autre un Nain hideux
à leurs aimablesEpoux ?
Madame de ** eft elle
blamable d'employer tous les
jours trois heures de ſa vie
pour contempler avec amour
un vil EſclaveMahometanqui
mépriſe ſes charmes&fes foûpirs
? pourquoy vouloir qu'il y
ait de la dépravation de goût
GALANT . 243
dans ces amours ? je ſoûtiens
pour les Darmes, que leur goût
justific jusqu'à leurs extravagances
: cecy git en preuves ,
il y en a cent mille que je ne
ſcay pas; mais j'en ay une nouvelle
, finguliere , & convainquante
dans deux des plus aimables
& des plus ſpirituelles
perfonnes de Paris.
Emilie & Faustine fontjeunes
, charmantes , riches , de
bonne maiſon , & ont beaucoup
d'efprit. Une éducation
parfaite eſt jointe à ces avantages
, & quelque part qu'on
les voye , tous les fuffrages pa-
X1j
244 MERCURE
roiſſent dûs à leur merito; mais
dans un moment la Iverité de
ce tableau , auquel je n'ay rien
ajoûté , va diſparoître ,&tout
cequ'il y a de gens qui préten
dent avoir le bon gauft , va me
traiter d'impoſteur , lorſque
j'auray declaré qu'Emilie aime
Arlequin à la fureut , & que
Faustine adore Pierrot. Gela
eſt pourtant vray ,& nul foû
pirant de bonne foy,quel qu'il
foit , ne ſera bien receu chez
ces deux aimables perſonnes ,
s'il ne leur promet de leur faire
faire au moins une partie de
fouper avec leurs Amants ;
GALANT 245
mais cela nôte pas la moindre
nuance des belles qualitez qu'-
elles ont. Voicy mon raifonnement
.
A
Le goût que je deffends eſt
un effet d'une imagination qui
ſe peint & quelquefois même
ſe caracteriſe une choſe ſans
précaution Cette peintures'at .
tacheinfenfiblement aux idées
& fait bien tot aprés ſur l'efprit
, ce que fait de l'huile répandue
fur une piece d'étoffe ;
elle l'affiege , s'en empare , &
le coeur ſe trouve en même
temps envelopé dans l'eſprir.
L'objet de nôtre goût occupe
X iij
246 MERCURE
avec
alors un fi grand terrain dans
noſtre ame , qu'on ne s'aviſe
pas même de fonger à l'en arracher.
Mais à quoy aboutiroit
encore ce ſoin ridicule à
ſe faire à ſoy même
millepeines, des raifongemens
infupportables , & à s'accabler
de reflexions ennuyeuſes. La
liberté n'approuve point ces
combats , & les paffions ne
ſouffrent point qu'on leur difpute
l'empire que le goût kur
accorde. Ainfi Emilie & Faul,
tine ont raiſon d'aimer à la
rage ce coupled'Amants,&de
ſe flatter peut être du plaifir
GALANT. 247
d'aller un jour les ſurprendre ,
juſques dans leurPalais, fi l'Amour
, qui ne va jamais fans
allarmes , ne leur fait pas apprehender
d'y trouver des
cruels.
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1064
p. 3-39
CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
Début :
Il y a environ six semaines que je vois au coin [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Homère, M. de la Motte, Jugement, Ouvrages, Traduction, Livre, Chevaux, Traduction, Critique, Examen, Auteur, Esprit, Génie, Lettres, Pacificateur, Homme, Langues, Admiration, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
CRITIQUE
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
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1065
p. 288-290
Dissertation courte & sçavante sur le langage des Logogrifes. [titre d'après la table]
Début :
J'ay maintenant, Messieurs, quelque chose de bien plus interessant [...]
Mots clefs :
Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : Dissertation courte & sçavante sur le langage des Logogrifes. [titre d'après la table]
J'ay maintenant,Meſſieurs,
quelque choſe de bien plus intereſſant
à vous conter , que
tout
GALANT. 289
tout ce que vous avez lû juſqu'à
preſent ,j'ay des Logogrifes
à vous propoſer. Quelbarbare
mot pour le peuple &
pour la Province ! des Logogri.
fes ! ouy, vous dis-je , des Logogrifes
,&il n'eſt pas aujourd'huy
permis à d'honnêtes
gens , comme vous , d'ignorer
que c'eſt une nouvelle façon
d'écrire , familiere à la Cour ,
qui devient àla mode àlaVille,
& qui eſt d'autant plus refpec.
table, que c'eſt une eſpece d'imitation
des anciens caracteres
hieroglyphiquesdesEgyptiens.
Pour moyje neſçaurois regar-
Decembre 1715 . Bb
290 MERCURE
derun Logogrife entre deux yeux,
ſans m'imaginer voir à l'inſtant un
Taliſman, unObeliſque , une Pyramide
, ou même un Crocodile,
quelque choſe de bien plus intereſſant
à vous conter , que
tout
GALANT. 289
tout ce que vous avez lû juſqu'à
preſent ,j'ay des Logogrifes
à vous propoſer. Quelbarbare
mot pour le peuple &
pour la Province ! des Logogri.
fes ! ouy, vous dis-je , des Logogrifes
,&il n'eſt pas aujourd'huy
permis à d'honnêtes
gens , comme vous , d'ignorer
que c'eſt une nouvelle façon
d'écrire , familiere à la Cour ,
qui devient àla mode àlaVille,
& qui eſt d'autant plus refpec.
table, que c'eſt une eſpece d'imitation
des anciens caracteres
hieroglyphiquesdesEgyptiens.
Pour moyje neſçaurois regar-
Decembre 1715 . Bb
290 MERCURE
derun Logogrife entre deux yeux,
ſans m'imaginer voir à l'inſtant un
Taliſman, unObeliſque , une Pyramide
, ou même un Crocodile,
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1066
p. 290-302
Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Début :
Item. Il me reste la plus plaisante Histoire du monde à vous donner [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Père, Peuple, Trictrac, Histoire, Cheval, Reine, Bois
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texteReconnaissance textuelle : Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Item. Ilme reſte la plus plaiſanteHiſtoire
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
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290 MERCURE
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I
&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
nds
'eſt
de
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2
apun
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1a-
IS,
ne
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290 MERCURE
dert
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celu
le [
LA
QU
A
cez
νου
fiv
le
I
&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
Fermer
1067
p. 304-305
Nouvelles des Spectacles. [titre d'après la table]
Début :
Il me reste un mot à vous dire des spectacles. L'Auteur de l'extrait [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles des Spectacles. [titre d'après la table]
Il me reſte un mot àvous dire
des ſpectacles . L'Auteur de l'extrait
hiſtorique dela Tragedie de
Marius n'auroit pas manquéd'en
donner la critique ce mois-ci, ſi la
chute malheureuſe & precipitée
de cette piece ne l'avoit pas
trompé , comme elle a trompé
tout le monde.
A l'Académie Royale deMuGALANT.
305
fique on a repreſenté le... dece
mois l'Opera de Theonoé , dont
la premiere repreſentation a foulevé
d'abord bien des gens, &excité
une grande rumeur ; la critique
en a montré les deffauts , les
Auteurs les ont corrigé le mieux
qu'ils ont pû , & la piece a repris.
Pour les habits , les decorations,
&tout le ſpectacle en general , on
ne peut imaginer rien de plus magnifique
,& c'eſt à l'attention de
Meſſieurs les Syndics que le Public
eſt redevable de l'éclat &du
bon ordre qu'il admire aujourd'hui
à l'Opera .
des ſpectacles . L'Auteur de l'extrait
hiſtorique dela Tragedie de
Marius n'auroit pas manquéd'en
donner la critique ce mois-ci, ſi la
chute malheureuſe & precipitée
de cette piece ne l'avoit pas
trompé , comme elle a trompé
tout le monde.
A l'Académie Royale deMuGALANT.
305
fique on a repreſenté le... dece
mois l'Opera de Theonoé , dont
la premiere repreſentation a foulevé
d'abord bien des gens, &excité
une grande rumeur ; la critique
en a montré les deffauts , les
Auteurs les ont corrigé le mieux
qu'ils ont pû , & la piece a repris.
Pour les habits , les decorations,
&tout le ſpectacle en general , on
ne peut imaginer rien de plus magnifique
,& c'eſt à l'attention de
Meſſieurs les Syndics que le Public
eſt redevable de l'éclat &du
bon ordre qu'il admire aujourd'hui
à l'Opera .
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1068
p. 40-41
Critiques contre la prose de M. de la Motte. Vol. 1. pag. 322.
Début :
Je prie M. de la Motte à present Juge du beau langage, de vouloir [...]
Mots clefs :
M. de la Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Critiques contre la prose de M. de la Motte. Vol. 1. pag. 322.
Critiques contre laprofedeM.de la
Motte. Vol. 1. pag. 322.
JeprieM. de la Morteàpresent
Juge du beau langage , devouloir
bien m'éclaircirſur quelquesphra-
Ses que voicy.
1. Epit. dedic.Fustifier mon audace.
M. de la Motte ne devoit-il
pas dire , hardieſſe , il paroîtplus
respectueux , ilsemble qu'ilferoit
auffi-bien.
0
17
2°. C'est un usage immemorial.
Cela est-ilFrançois pourdire, d'un
tems immemorial.
3. On s'attendà trouver. Nediroit-
on pas mieux , on s'attend de
trouver ; on dit,il s'attendàcela ,
mais dit-on également , ils'attend
àfairecela.
4. Dit-on bien , un objet important
41
tant de la vanité, est-ce qu'un objet
devanité, ou un objet vain , peut
eftre important.
Motte. Vol. 1. pag. 322.
JeprieM. de la Morteàpresent
Juge du beau langage , devouloir
bien m'éclaircirſur quelquesphra-
Ses que voicy.
1. Epit. dedic.Fustifier mon audace.
M. de la Motte ne devoit-il
pas dire , hardieſſe , il paroîtplus
respectueux , ilsemble qu'ilferoit
auffi-bien.
0
17
2°. C'est un usage immemorial.
Cela est-ilFrançois pourdire, d'un
tems immemorial.
3. On s'attendà trouver. Nediroit-
on pas mieux , on s'attend de
trouver ; on dit,il s'attendàcela ,
mais dit-on également , ils'attend
àfairecela.
4. Dit-on bien , un objet important
41
tant de la vanité, est-ce qu'un objet
devanité, ou un objet vain , peut
eftre important.
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1069
p. 41-44
Critique des Vers de M. de la Motte. Vol. 2. page 313.
Début :
Iliade Françoise, livre 8. combat entre Sarpedon, fils de Jupiter, [...]
Mots clefs :
Vers, Sarpédon, Achille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Critique des Vers de M. de la Motte. Vol. 2. page 313.
Critique des Vers de M. de la
Motte. Vol. 2. page 313.
Iliade Françoiſe , livre 8. combat
entre Sarpedon, fils deJupiter,
&Patrocle , amy d'Achile.
La Victoire autour d'eux , vole
d'une aîle agile ,
Du fils de Jupiter, paſſe à l'ami
d'Achile,
Et presqu'en même instant , plus
prompte que l'éclair,
Vade l'ami d'Achile aufils deFupiter.
Sarpedon plie enfin de fon peril
extrême ,
Jupiter dans les Cieux tremble &
fremit luy même :
Decembre 1715 . D
42
Quoy, mon fils , de la mort tufubirois
les Loix?
Sur ceux que j'ay fait naistre at'elle
encer des droits ?
Songez , luy dit Junon , que le
Ciel vous contemple ;
Ne donnezpointauxDieux cedan
?
gereux exemple;
Laiſſez , laißez mourir ceux qui
font nezmortels ;
Le tombeau leur est dû , comme à
nous les Autels.
Ma douleur , répond-il,
Sez vous le dire ;
doit af-
Monfils n'est point sauvé,puisque
mon coeurfoupire.
Esclave du deftin , j'ensubis la
rigueur.
Ildit : Sarpedon tombe , & Patrocle
eftvainqueur.
Ecoutons le Critique... Il y a là
de la contradiction , mauvaiſe
43
traduction,idées contraires à celles
des ancienstems , en un mot
des fautes fans nombre. Vol. 2.
page 313.
Iliade Françoife , livre 9. Les
Troyens aſſemblent un Confeil
aprèsune Bataille perduë .
Les Troyens allarmez affemblent
un Confeil;
Que vont-ils devenir au retourdu
Soleil;
L'audace des plus fiers paroît decouragée
;
Achile s'estfait voir ; leurfortune
est changée.
Enfin Polidamas , le plus ſage
d'entr'eux ,
Luy,pour qui l'avenir n'a rien de
tenebreux ,
A qui dans ies Confeils aucun ne le
Dij
44
dispute,
Qui concerte un projet, commeHector
l'execute ,
Auffi prudent alors , qu'ille parut
toûjours ,
AuxTroyens confternez adreſſe ce
discours.
EcoutonsM. Fourmont. M.de
laMotte
nefent-ilpas: 1 .Quece
Vers, qui concerteun projet comme
Hectorl'execute, estun Vers badin?
2. Qu'il ôte en même temsàPolidamas
la valeur , &à Hector la
prudence.
Motte. Vol. 2. page 313.
Iliade Françoiſe , livre 8. combat
entre Sarpedon, fils deJupiter,
&Patrocle , amy d'Achile.
La Victoire autour d'eux , vole
d'une aîle agile ,
Du fils de Jupiter, paſſe à l'ami
d'Achile,
Et presqu'en même instant , plus
prompte que l'éclair,
Vade l'ami d'Achile aufils deFupiter.
Sarpedon plie enfin de fon peril
extrême ,
Jupiter dans les Cieux tremble &
fremit luy même :
Decembre 1715 . D
42
Quoy, mon fils , de la mort tufubirois
les Loix?
Sur ceux que j'ay fait naistre at'elle
encer des droits ?
Songez , luy dit Junon , que le
Ciel vous contemple ;
Ne donnezpointauxDieux cedan
?
gereux exemple;
Laiſſez , laißez mourir ceux qui
font nezmortels ;
Le tombeau leur est dû , comme à
nous les Autels.
Ma douleur , répond-il,
Sez vous le dire ;
doit af-
Monfils n'est point sauvé,puisque
mon coeurfoupire.
Esclave du deftin , j'ensubis la
rigueur.
Ildit : Sarpedon tombe , & Patrocle
eftvainqueur.
Ecoutons le Critique... Il y a là
de la contradiction , mauvaiſe
43
traduction,idées contraires à celles
des ancienstems , en un mot
des fautes fans nombre. Vol. 2.
page 313.
Iliade Françoife , livre 9. Les
Troyens aſſemblent un Confeil
aprèsune Bataille perduë .
Les Troyens allarmez affemblent
un Confeil;
Que vont-ils devenir au retourdu
Soleil;
L'audace des plus fiers paroît decouragée
;
Achile s'estfait voir ; leurfortune
est changée.
Enfin Polidamas , le plus ſage
d'entr'eux ,
Luy,pour qui l'avenir n'a rien de
tenebreux ,
A qui dans ies Confeils aucun ne le
Dij
44
dispute,
Qui concerte un projet, commeHector
l'execute ,
Auffi prudent alors , qu'ille parut
toûjours ,
AuxTroyens confternez adreſſe ce
discours.
EcoutonsM. Fourmont. M.de
laMotte
nefent-ilpas: 1 .Quece
Vers, qui concerteun projet comme
Hectorl'execute, estun Vers badin?
2. Qu'il ôte en même temsàPolidamas
la valeur , &à Hector la
prudence.
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1070
p. 44-48
« On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Début :
On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...]
Mots clefs :
M. Fourmont, Madame Dacier, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Onne doutera nullement aprés
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
Fermer
1071
p. 83-92
A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
Début :
Vous aimez, Monsieur, les choses curieuses & extraordinaires, en voicy [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Jambe, Homme, Queue, Médecins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
ARoüen ce 18.Janvier 1716.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
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1072
p. 141-159
Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Début :
Celle que M. l'Abbé de la Fargue a prononcée [...]
Mots clefs :
Roi, Dieu, Vertus, Mort, Gloire, Paix, Coeur, Prince, Bonté, Abbé de la Fargue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Celle que M. l'Abbé
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
Fermer
1073
p. 159-168
Extraits de Livres nouveaux. [titre d'après la table]
Début :
Il paroist depuis quelques jours un certain Livre intitulé Sphere [...]
Mots clefs :
Histoire, Prononciation, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits de Livres nouveaux. [titre d'après la table]
Il paroiſt depuis quelques
jours un certainLivre intitulé
SphereHistorique : ce titre m'a
furpris d'abord,&en ſurprendra
biend'autres ,qui auront
peine à croire , qu'on puiffe
tirer aucunes Hiſtoires veritables
des Signes &desConſtellations
,ce qui m'a obligé de
le lire avec attention , l'Auteur
, quel qu'il ſoit , m'a paru
fort ſçavant dans l'Histoire
ancienne , profond dans les
réflexions , exact dans l'ordre,
&dans la méthode qu'il ob160
MERCURE
ſerve avec ſoin.
Peu d'Ecrivains ont expliqué
juſqu'à preſent les plus
beaux endroits de la Mytholo .
gie à la lettre , & dévclopé
les Enigmes des Poëtes fi à
fond : iléclaircitmême les plus
grandes difficultez de laChronologie
, en diftinguant les
perſonnes de même nom ; &
les divers noms de chaque perſonne
pour accorder les perſonnes
avec les temps & les
lieux.
Il donne auſſi un abregé
de l'Histoire des Dieux qui ont
donné commencement à l'Idolatrie
,
1
GALANT. 161
dolatrie,plus clairement & plus
ouvertement que Voffius; car
il nomme ces faux Dicux par
les noms propres , & par les
qualitez qu'ils avoient fur la
terre : &c'eſt là proprement la
clef de l'Histoire ancienne , &
l'origine de la Chronologic.
Son ſtile eſt ſimple & naturel
, & par conſequent ne ſeroit
pas ennuyeux , s'il ne
tomboit affez frequemment
dans des redites qu'il a peuteſtre
crû ne pouvoir éviter en
faveur de ceux qui ne font pas
verſez dans cette matiere , fon
Orthographe eſt à la moderne
Janvier 1716 .
162 MERCURE
il eſt fort fcrupuleux dans la
diſtinction des é par le moyen
des accens , pour rectifier la
prononciation des Etrangers ;
mais ily a quelques noms pro.
pres qu'il écrit d'une maniere
extraordinaire ,tels que font
Ené,Orphé, Perfé , Theſé, Eol,
Achil , Mercur , Hercul , &c.
diſant , que les noms d'hommes
ne doivent pas avoir d'é femimin
à la fin du mot :felon laRegle
de la Grammaire reçue de toutes
les Nations. Omne viro foli ,
c. Il écrit auffi Circée , Dircée
, Caffiopée , Hebée , par
deux é , comme étant des
GALANT. 163
noms
noms de femmes qu'on ne
peut diftinguer des
d'hommes , que par un é feminin
final; ſuivant la Regle
univerſellement requë. Eflo
femineum recipit quod femina ,
tantum.
Mais ildonne un avertiflementau
Lecteur de cette diverſité
d'écrire ; où il invite
les Sçavans à établir ce principe
important à toutes les Langues
vivantes ou mortes , par
lequel on puiſſe faire la differencedu
Maſculin & du Feminin;
puiſque nous avons un é
particulier , qui ne fert qu'à
O ij
164 MERCURE
cela , & que l'on appelle pour
ce ſujet éfeminin,éfinal : il eſt
de la derniere importance de
ne point confondre les ſexes
grammaticalement , non plus
que les nombres .
Dans cet avertiſſement , il
prie les Sçavans de faire attention,
ſur la difference qu'ily a
entre l'uſage de la parole , &
l'uſage de l'écriture : le premier
, dit-il , eſt libre , ſans
regles ,&ſujetà changement ;
le ſecond , au contraire , eſt
fixe , immuable , & fondé fur
les principes inviolables de la
Grammaire univerſelle , qu'il
GALANT. 165
4
dit eſtre des propofitions d'éternelle
verité. Propofitiones
aterna veritatis.
Ce qu'il tâche de prouver
parune comparaiſon fort fimple
& qui ne laiſſe pas d'eſtre
ingenieuſe&perfuafive :
Il dit qu'uunnee LLaanngguueevivante
eſt ſemblable à un cadran
d'Horloge , où il y a deux
choſes à remarquer , ſçavoir
l'éguille qui eſt toûjours en
mouvement & tourne ſans
ceffe ,comme une Langue vivante
, qui change de mots ,
change de prononciation ,
changede conſtruction , & de
166 MERCURE
modes. Les chiffres du cadran
quireprefentent par des lettres
capitales les heures , font fixes ,
& immuables , comme étant
fondez ſur les principes invio.
lables & non corrompus de la
Grammaire univerſelle ,& ils
reprefentent l'uſage de l'écriture
, ou orthographe.
Que l'on parle , & que l'on
prononce comme on voudra ,
l'écriture s'accommodera à
tout , ſuivant les principes des
lettres bien affermis & bien
reftituez chacune a leur effet
propre&naturel.
Ainſi l'uſage de parler
étant bien diftingué d'avec
GALANT. 167
au
l'uſage de l'écriture ; il foutient
que l'Orthographe conforme
à la prononciation , ne
changera jamais , non plus que
les chiffres du cadran. Vous
pourrez voir le reſte expliqué
bien au long dans l'Onginal ,
commencement de la Sphe.
reHiſtorique ,&dans les principes
de la noſtre en 1669. &
1670. Le corps du Livre eſt
agreable par ſes Hiſtoires curieuſes
; par les maximes de
morale , & par les anciens
principes d'Aftronomie ,prefqueperdus
& inufitez dans les
derniers fiecles .
CeLivre eſt dedié à S. A. R.
168 MERCURE
Monſeigneur leDuc d'Orleans
Regent du Royaume ,
jours un certainLivre intitulé
SphereHistorique : ce titre m'a
furpris d'abord,&en ſurprendra
biend'autres ,qui auront
peine à croire , qu'on puiffe
tirer aucunes Hiſtoires veritables
des Signes &desConſtellations
,ce qui m'a obligé de
le lire avec attention , l'Auteur
, quel qu'il ſoit , m'a paru
fort ſçavant dans l'Histoire
ancienne , profond dans les
réflexions , exact dans l'ordre,
&dans la méthode qu'il ob160
MERCURE
ſerve avec ſoin.
Peu d'Ecrivains ont expliqué
juſqu'à preſent les plus
beaux endroits de la Mytholo .
gie à la lettre , & dévclopé
les Enigmes des Poëtes fi à
fond : iléclaircitmême les plus
grandes difficultez de laChronologie
, en diftinguant les
perſonnes de même nom ; &
les divers noms de chaque perſonne
pour accorder les perſonnes
avec les temps & les
lieux.
Il donne auſſi un abregé
de l'Histoire des Dieux qui ont
donné commencement à l'Idolatrie
,
1
GALANT. 161
dolatrie,plus clairement & plus
ouvertement que Voffius; car
il nomme ces faux Dicux par
les noms propres , & par les
qualitez qu'ils avoient fur la
terre : &c'eſt là proprement la
clef de l'Histoire ancienne , &
l'origine de la Chronologic.
Son ſtile eſt ſimple & naturel
, & par conſequent ne ſeroit
pas ennuyeux , s'il ne
tomboit affez frequemment
dans des redites qu'il a peuteſtre
crû ne pouvoir éviter en
faveur de ceux qui ne font pas
verſez dans cette matiere , fon
Orthographe eſt à la moderne
Janvier 1716 .
162 MERCURE
il eſt fort fcrupuleux dans la
diſtinction des é par le moyen
des accens , pour rectifier la
prononciation des Etrangers ;
mais ily a quelques noms pro.
pres qu'il écrit d'une maniere
extraordinaire ,tels que font
Ené,Orphé, Perfé , Theſé, Eol,
Achil , Mercur , Hercul , &c.
diſant , que les noms d'hommes
ne doivent pas avoir d'é femimin
à la fin du mot :felon laRegle
de la Grammaire reçue de toutes
les Nations. Omne viro foli ,
c. Il écrit auffi Circée , Dircée
, Caffiopée , Hebée , par
deux é , comme étant des
GALANT. 163
noms
noms de femmes qu'on ne
peut diftinguer des
d'hommes , que par un é feminin
final; ſuivant la Regle
univerſellement requë. Eflo
femineum recipit quod femina ,
tantum.
Mais ildonne un avertiflementau
Lecteur de cette diverſité
d'écrire ; où il invite
les Sçavans à établir ce principe
important à toutes les Langues
vivantes ou mortes , par
lequel on puiſſe faire la differencedu
Maſculin & du Feminin;
puiſque nous avons un é
particulier , qui ne fert qu'à
O ij
164 MERCURE
cela , & que l'on appelle pour
ce ſujet éfeminin,éfinal : il eſt
de la derniere importance de
ne point confondre les ſexes
grammaticalement , non plus
que les nombres .
Dans cet avertiſſement , il
prie les Sçavans de faire attention,
ſur la difference qu'ily a
entre l'uſage de la parole , &
l'uſage de l'écriture : le premier
, dit-il , eſt libre , ſans
regles ,&ſujetà changement ;
le ſecond , au contraire , eſt
fixe , immuable , & fondé fur
les principes inviolables de la
Grammaire univerſelle , qu'il
GALANT. 165
4
dit eſtre des propofitions d'éternelle
verité. Propofitiones
aterna veritatis.
Ce qu'il tâche de prouver
parune comparaiſon fort fimple
& qui ne laiſſe pas d'eſtre
ingenieuſe&perfuafive :
Il dit qu'uunnee LLaanngguueevivante
eſt ſemblable à un cadran
d'Horloge , où il y a deux
choſes à remarquer , ſçavoir
l'éguille qui eſt toûjours en
mouvement & tourne ſans
ceffe ,comme une Langue vivante
, qui change de mots ,
change de prononciation ,
changede conſtruction , & de
166 MERCURE
modes. Les chiffres du cadran
quireprefentent par des lettres
capitales les heures , font fixes ,
& immuables , comme étant
fondez ſur les principes invio.
lables & non corrompus de la
Grammaire univerſelle ,& ils
reprefentent l'uſage de l'écriture
, ou orthographe.
Que l'on parle , & que l'on
prononce comme on voudra ,
l'écriture s'accommodera à
tout , ſuivant les principes des
lettres bien affermis & bien
reftituez chacune a leur effet
propre&naturel.
Ainſi l'uſage de parler
étant bien diftingué d'avec
GALANT. 167
au
l'uſage de l'écriture ; il foutient
que l'Orthographe conforme
à la prononciation , ne
changera jamais , non plus que
les chiffres du cadran. Vous
pourrez voir le reſte expliqué
bien au long dans l'Onginal ,
commencement de la Sphe.
reHiſtorique ,&dans les principes
de la noſtre en 1669. &
1670. Le corps du Livre eſt
agreable par ſes Hiſtoires curieuſes
; par les maximes de
morale , & par les anciens
principes d'Aftronomie ,prefqueperdus
& inufitez dans les
derniers fiecles .
CeLivre eſt dedié à S. A. R.
168 MERCURE
Monſeigneur leDuc d'Orleans
Regent du Royaume ,
Fermer
1074
p. 168-172
« aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...] »
Début :
aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...]
Mots clefs :
Cardinal, Évêques, Cardinal de Richelieu, Cardinal de Mazarin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...] »
auffibien
que cet autre de M.
l'Abbé Richard , qui a pour
titre : Parallele du Cardinal
de Richelieu , & du Cardinal
Mazarin , contenant les anecdotes
de leurs vies & de leurs
minifteres ; &c'eſt le premier
Ouvrage qui ait eſté dedié au
Regent , depuis que ce Prince
remplit fi dignement cette
place.
La lecture de l'avis au Lecteur
, nous apprend que le
même Auteur luy avoit déja
dedié le parallele du Cardinal
Ximenés
GALANT. 169
Ximenés & du Cardinal de
Richelieu , qui a eſté univerſellement
eſtimé dans toutel'Europeoù
il a eſté pluſieurs fois
imprimé , même traduit enEfpagnol
, il eſt à ſouhaiter que
l'Abbé Richard puiſſe trouver
letemps d'executer les grands
deſſeins qu'il a de faire dans le
même goût & avec le même
ſtile les paralleles de deux derniers
Archevêques de Paris ,
des deux derniers Evêques
de Meaux , des deux derniers
Evêques d'Orleans , des deux
derniers Evêques d'Evreux , &
des deux derniers Confeſſeurs
Janvier 1716 . P
170 MERCURE
du Roy , dont il a deja faitune
bonne partie ; on voit dans
celui-cy la difference du gouvernement
de Richelieu tous
Louis XIII . dans le miniſteré
de Mazarin ſous Louis XIV.
& en peu de mots il y fait
admirer les heureux commencemens
d'une Regence fous
Louis XV. il y rapporte hif
toriquement ce qui s'eſt paſſé
fous ces deux grands Cardinaux
, touchant le jugement
de la perſonne & de la doctrine
des Evêques , & la Cenfure
de l'Egliſe de France à
Poccafion de la Conftitution
GALANT. 171
d'Alexandre VII. fur le Janſeniſme
,& enfuite il tombe
fur ce qui vient de ſe paffer
depuis deux ans en France ,
pour la Conftitution Unigenitus
du Pape Clement XI . de
forte que dans ce volume in
12. on trouve des chofes trescurieuſes
ſur les affaires du
temps.Ce Livre ſe vend àParis
au Palais , chez Cavelier &
Brunet ; dans la rue S. Jacques
chez Etienne ; fur le Pont S.
Michel chez Bouillerot , &
chezCailleau ſur leQuay des
Auguftins.
10. Le même Auteur eft déja
Pij
172 MERCURE
:
connu dans la Republique des
Lettres , par pluſieurs ouvrages
d'Histoire & d'Erudition :
c'eſt luy qui avoit donné la
Vie du fameux Frere Joſeph
Capucin.
que cet autre de M.
l'Abbé Richard , qui a pour
titre : Parallele du Cardinal
de Richelieu , & du Cardinal
Mazarin , contenant les anecdotes
de leurs vies & de leurs
minifteres ; &c'eſt le premier
Ouvrage qui ait eſté dedié au
Regent , depuis que ce Prince
remplit fi dignement cette
place.
La lecture de l'avis au Lecteur
, nous apprend que le
même Auteur luy avoit déja
dedié le parallele du Cardinal
Ximenés
GALANT. 169
Ximenés & du Cardinal de
Richelieu , qui a eſté univerſellement
eſtimé dans toutel'Europeoù
il a eſté pluſieurs fois
imprimé , même traduit enEfpagnol
, il eſt à ſouhaiter que
l'Abbé Richard puiſſe trouver
letemps d'executer les grands
deſſeins qu'il a de faire dans le
même goût & avec le même
ſtile les paralleles de deux derniers
Archevêques de Paris ,
des deux derniers Evêques
de Meaux , des deux derniers
Evêques d'Orleans , des deux
derniers Evêques d'Evreux , &
des deux derniers Confeſſeurs
Janvier 1716 . P
170 MERCURE
du Roy , dont il a deja faitune
bonne partie ; on voit dans
celui-cy la difference du gouvernement
de Richelieu tous
Louis XIII . dans le miniſteré
de Mazarin ſous Louis XIV.
& en peu de mots il y fait
admirer les heureux commencemens
d'une Regence fous
Louis XV. il y rapporte hif
toriquement ce qui s'eſt paſſé
fous ces deux grands Cardinaux
, touchant le jugement
de la perſonne & de la doctrine
des Evêques , & la Cenfure
de l'Egliſe de France à
Poccafion de la Conftitution
GALANT. 171
d'Alexandre VII. fur le Janſeniſme
,& enfuite il tombe
fur ce qui vient de ſe paffer
depuis deux ans en France ,
pour la Conftitution Unigenitus
du Pape Clement XI . de
forte que dans ce volume in
12. on trouve des chofes trescurieuſes
ſur les affaires du
temps.Ce Livre ſe vend àParis
au Palais , chez Cavelier &
Brunet ; dans la rue S. Jacques
chez Etienne ; fur le Pont S.
Michel chez Bouillerot , &
chezCailleau ſur leQuay des
Auguftins.
10. Le même Auteur eft déja
Pij
172 MERCURE
:
connu dans la Republique des
Lettres , par pluſieurs ouvrages
d'Histoire & d'Erudition :
c'eſt luy qui avoit donné la
Vie du fameux Frere Joſeph
Capucin.
Fermer
1075
p. 172-182
EXTRAIT FRANCOIS d'un Poëme Latin intitulé, Annus-In cunis, l'Année au berceau, dedié & presenté par M. l'Abbé Jamoays le premier jour de l'an à Monseigneur le Duc d'Orleans Regent du Royaume.
Début :
Comme le Soleil & la Lune ne font l'année par leur mouvement [...]
Mots clefs :
Poème, Amour, Auteur, Duc d'Orléans, Peuples, Enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT FRANCOIS d'un Poëme Latin intitulé, Annus-In cunis, l'Année au berceau, dedié & presenté par M. l'Abbé Jamoays le premier jour de l'an à Monseigneur le Duc d'Orleans Regent du Royaume.
EXTRAIT FRANCOIS
d'un Poëme Latin intitulé,
Annus-In cunis, l'Année au
berceau , dedié & preſenté
parM. l'AbbéJamoays lepremier
jour de l'an à Monfeigneur
leDuc d'Orleans Regent
du Royaume.
Comme le Soleil & la LuGALANT.
173
ne font l'année par leurmouvement,
le Poete fait du nouvel
An un petit Dieu.
Le Ciel change de face,
s'ouvre tout à coup, & le nouvel
An deſcend dans un berceau
au Palais Royal .
Ce divin enfant , ce fils ai .
mable de l'Aſtre du jour , &
de l'Aſtre qui préſide à la nuit,
témoigne ſon empreſſement
pour ſaluer un Prince , qui eft
l'auteur du ſalut des François.
Il eſt porté par l'amour des
peuples , & par ces heures précieuſes
, que S. A. R. veut
bien facrifier au rétabliſſement
Piij
174 MERCURE
i
&au bonheur de la France.
L'amour grave ſur le berceau
avec des traits de flammes
les plus ardentes les vertus
, les qualités ſupericures&
lesbelles actions du Prince.
On voit d'abord un en
fant fur le Trône * que
Monſeigneur le Duc d'Orleans
ſoutient de la main.
La crainte & la fraude ſont
bannies du Troſne. Thémis
ſeule y préſide : la Pieté , la Fidelité
, la Foy & la Religion
tiennent la balance :la Liberté
en garde l'entrée.
* Loüis XV.
GALANT. 175
Les lis, les roſes &les fleurs
lesplus agréables naiſſent ſous
les pas deS.A.
Laclemence , les graces , la
candeur , la force & la faveur
avec un viſage prévenant, l'accompagnent
par tout.
J
L'honneur le plus bel enfant
des Dieux ,& qui eſt luymême
le pere des beautez ,
marche à la teſte ſuivi de la
renommée , de la gloire & des
loüanges.
On voit gravé ſur le berceau
en caracteres brillans d'or
ce jour cet heureux jour ,
auquel le Regent accompa-
Piiij
176 MERCURE
gné de la Famille Royale &
des Grands , entre au Parle
ment aux applaudiffemens de
ce Corps illuftre & des Parifiens.
Le Parlement admire l'air
majestueux du Prince,& tous
les traits d'éloquence , qui partent
de ſa bouche. Aftrée revient
inceſſamment du Ciel ,
pour luy mettre en main les
reſnes d'un puiſſant Empire ,
qu'il tenoit déja par la naiſſance
, &par ſon merite connu
depuis fi long-temps.
La Renommée vole avec
rapidité de ville en ville , pour
GALANT. 877
annoncer unenouvelle,que les
François dans leur douleur
attendoient avec impatience ,
&cli
Il faudroit traduire toute
Thiſtoire de ce Poëme , pour
endonner uneplus juſte idée;
mais l'Auteur pourroit ne me
ſçavoir aucun gré de ma traduction
qui ne ſerviroit peuteſtre
qu'à affoiblir les beautez
de l'Original qu'on trouvera
àParis , chez le Sieur Simon
Langlois,dans la rue S. Eſtienne
des Grez , à l'Enſeigne du
Bon Pasteur. 159
M. l'Abbé Jamoays , qui
178 MERCURE
۱
en eftl'Auteur , a fait le pres
mier Poeme ſur la mort du
Roy fur le nouveau Regne
&la Regence ,& a cû l'honneur
de le preſenter au jeune
Roy , & à Monſeigneur le
Duc d'Orleans. J'en ay parlé
au mois de Decembre dernier ;
il eſt intitulé;Ludovicus moriens,
Louismourant,
C'eſt encore icy le premier
Poeme, qui ait paru fur S. A.
R. depuis qu'elle tient les rênes
de l'Empire,le même Auteur
acû auffi Phonneur de le luy
preſenter &à Monfeigneur le
Ducde Chartres. L'un& l'au-
1
GALANT. 172
1
tre ont été également goûtez
de la Cour , & applaudis du
publicquoique dans un genre
different.
La premier eſt un enfantde
douleur , né parmi les larmes ,
&les ſoupirs.
Le ſecond eſt un enfant de
l'Amour ; mais d'un amour
pur , fincere & ardent des
peuples , & d'une tendreſſe
refpectueuſe du Pocte pour
S. A. R.
Celui làeſt dans le grand ;
la douceur , & la délicateſſe
font le caractere dominant de
celui- cy : les plaiſirs , la joye ,
180 MERCURE
Ies ris , les jeux innocens , ont
preſidéà fa naiſſance.
Ledeffein en eſt nouveau&
tres ingenieux, depuis le commencement
juſqu'à la fin la
nature y joue avec l'art , &
l'art avec la nature.
* L'Hiſtoire , la Fable , la
Theologie desAnciens,les ont
répanduesde toutes parts dans
cet Ouvrage , & par de continuelles
allégories on voit
renaître la France ſous le nouveau
Regne & la Regenee.
LeCiel , qui change tout à
coup de face , le nouvel an ,
fon berceau , les heures de S.
GALANT. 181
A. R. l'amour des peuples, font
autant de Symboles , à la ſuite
deſquels le Pocte fait paroître
une grande varieté d'images
peintes avec nobleſſe. Il s'elevepourtant
detemps en temps
fur tout dans l'épiſode des Sieges
,,des Batailles , & des Victoires
de S. A. R. &c.
e
Comme un Poeme Latin
perd dans un Extrait, ou Traduction
, cette vivacité, ce feu,
quien font l'ame , & ces couleurs
naturelles , qui le font
briller avec éclat , j'ay jugé à
propos de ne donner qu'une
idée de l'Ouvrage , & de ren182
MERCURE
voyer les Curieux à l'Ouvrage
Latin.
d'un Poëme Latin intitulé,
Annus-In cunis, l'Année au
berceau , dedié & preſenté
parM. l'AbbéJamoays lepremier
jour de l'an à Monfeigneur
leDuc d'Orleans Regent
du Royaume.
Comme le Soleil & la LuGALANT.
173
ne font l'année par leurmouvement,
le Poete fait du nouvel
An un petit Dieu.
Le Ciel change de face,
s'ouvre tout à coup, & le nouvel
An deſcend dans un berceau
au Palais Royal .
Ce divin enfant , ce fils ai .
mable de l'Aſtre du jour , &
de l'Aſtre qui préſide à la nuit,
témoigne ſon empreſſement
pour ſaluer un Prince , qui eft
l'auteur du ſalut des François.
Il eſt porté par l'amour des
peuples , & par ces heures précieuſes
, que S. A. R. veut
bien facrifier au rétabliſſement
Piij
174 MERCURE
i
&au bonheur de la France.
L'amour grave ſur le berceau
avec des traits de flammes
les plus ardentes les vertus
, les qualités ſupericures&
lesbelles actions du Prince.
On voit d'abord un en
fant fur le Trône * que
Monſeigneur le Duc d'Orleans
ſoutient de la main.
La crainte & la fraude ſont
bannies du Troſne. Thémis
ſeule y préſide : la Pieté , la Fidelité
, la Foy & la Religion
tiennent la balance :la Liberté
en garde l'entrée.
* Loüis XV.
GALANT. 175
Les lis, les roſes &les fleurs
lesplus agréables naiſſent ſous
les pas deS.A.
Laclemence , les graces , la
candeur , la force & la faveur
avec un viſage prévenant, l'accompagnent
par tout.
J
L'honneur le plus bel enfant
des Dieux ,& qui eſt luymême
le pere des beautez ,
marche à la teſte ſuivi de la
renommée , de la gloire & des
loüanges.
On voit gravé ſur le berceau
en caracteres brillans d'or
ce jour cet heureux jour ,
auquel le Regent accompa-
Piiij
176 MERCURE
gné de la Famille Royale &
des Grands , entre au Parle
ment aux applaudiffemens de
ce Corps illuftre & des Parifiens.
Le Parlement admire l'air
majestueux du Prince,& tous
les traits d'éloquence , qui partent
de ſa bouche. Aftrée revient
inceſſamment du Ciel ,
pour luy mettre en main les
reſnes d'un puiſſant Empire ,
qu'il tenoit déja par la naiſſance
, &par ſon merite connu
depuis fi long-temps.
La Renommée vole avec
rapidité de ville en ville , pour
GALANT. 877
annoncer unenouvelle,que les
François dans leur douleur
attendoient avec impatience ,
&cli
Il faudroit traduire toute
Thiſtoire de ce Poëme , pour
endonner uneplus juſte idée;
mais l'Auteur pourroit ne me
ſçavoir aucun gré de ma traduction
qui ne ſerviroit peuteſtre
qu'à affoiblir les beautez
de l'Original qu'on trouvera
àParis , chez le Sieur Simon
Langlois,dans la rue S. Eſtienne
des Grez , à l'Enſeigne du
Bon Pasteur. 159
M. l'Abbé Jamoays , qui
178 MERCURE
۱
en eftl'Auteur , a fait le pres
mier Poeme ſur la mort du
Roy fur le nouveau Regne
&la Regence ,& a cû l'honneur
de le preſenter au jeune
Roy , & à Monſeigneur le
Duc d'Orleans. J'en ay parlé
au mois de Decembre dernier ;
il eſt intitulé;Ludovicus moriens,
Louismourant,
C'eſt encore icy le premier
Poeme, qui ait paru fur S. A.
R. depuis qu'elle tient les rênes
de l'Empire,le même Auteur
acû auffi Phonneur de le luy
preſenter &à Monfeigneur le
Ducde Chartres. L'un& l'au-
1
GALANT. 172
1
tre ont été également goûtez
de la Cour , & applaudis du
publicquoique dans un genre
different.
La premier eſt un enfantde
douleur , né parmi les larmes ,
&les ſoupirs.
Le ſecond eſt un enfant de
l'Amour ; mais d'un amour
pur , fincere & ardent des
peuples , & d'une tendreſſe
refpectueuſe du Pocte pour
S. A. R.
Celui làeſt dans le grand ;
la douceur , & la délicateſſe
font le caractere dominant de
celui- cy : les plaiſirs , la joye ,
180 MERCURE
Ies ris , les jeux innocens , ont
preſidéà fa naiſſance.
Ledeffein en eſt nouveau&
tres ingenieux, depuis le commencement
juſqu'à la fin la
nature y joue avec l'art , &
l'art avec la nature.
* L'Hiſtoire , la Fable , la
Theologie desAnciens,les ont
répanduesde toutes parts dans
cet Ouvrage , & par de continuelles
allégories on voit
renaître la France ſous le nouveau
Regne & la Regenee.
LeCiel , qui change tout à
coup de face , le nouvel an ,
fon berceau , les heures de S.
GALANT. 181
A. R. l'amour des peuples, font
autant de Symboles , à la ſuite
deſquels le Pocte fait paroître
une grande varieté d'images
peintes avec nobleſſe. Il s'elevepourtant
detemps en temps
fur tout dans l'épiſode des Sieges
,,des Batailles , & des Victoires
de S. A. R. &c.
e
Comme un Poeme Latin
perd dans un Extrait, ou Traduction
, cette vivacité, ce feu,
quien font l'ame , & ces couleurs
naturelles , qui le font
briller avec éclat , j'ay jugé à
propos de ne donner qu'une
idée de l'Ouvrage , & de ren182
MERCURE
voyer les Curieux à l'Ouvrage
Latin.
Fermer
1076
p. 182-188
« J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...] »
Début :
J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...]
Mots clefs :
Livre, Roi, Journal historique, Curiosités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...] »
J'ay encore un nouveau
petit Livre à vous preſenter ,
c'eſt une Differtation fur la
nouvelle découverte de l'hydropiſine
du conduit lachrimal,
fur les cauſes qui la produifent,
& fur les avantages que
l'on retirera de cette nouvelle
découverte , avec la maniere
de donner à boire par l'oeil ,
& un projet pour s'inſtruire
àfonds des maladies des yeux ,
preſentée à Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences
de Paris le 16. NovembrederGALANT
183
nier ,& iue dans inAffemblée
de la même Académie le 29;
du même mois. Ce Livre eft
de la compofitionde M.Anel,
Docteur en Chirurgie , &
Chirurgien Penſionnaire de
Madame Royale , mere du
Roy de Sicile , biſaycule du
Roy Tres Chrêtien , dediée à
S. A. R. Monſeigneur leDuc
d'Orleans , Regent du Royaume
: il ſe vend à Paris chez le
fieurJean-Baptiste del Eſpine,
rue S. Jacques , à l'Image faint
PaulFOC
On trouvera auffi chez le
ſieur Saugrain l'aifné , Libraire
184 MERCURE
fur le Quay des Auguſtins ,
prés la rue Pavée , à la Fleur de
Lys , un Livre nouveau intitulé
: Les Curiofitez de Paris ,
de Verſailles , de Marly , de
Vincennes galde S. Cloud , &
des environs , avec les adreſſes
neceſſaires pour trouver facilement
tout ce que ces beaux
lieux renferment d'agréable &
d'utile. Cet Ouvrage eſt enrichi
d'un grand nombre de figures
, & dedié au Roy Loüis
XV. par L. R. Le prix eft de
3. livres relié en veau On trou
vera chez le même Marchand
l'Hiſtoite de Zcloïde & d'A
manzarifdine ,
GALANT. 185
+
manzarifdine , Conte Arabe.
Ce Livre eſt ſorti avec ſuccés
de la plume d'un jeune homme
qui a beaucoup d'eſprit ,
& qui écrit bien ; c'eſt le jugement
de tous ceux qui ont
lû ſes Ouvrages.
Je vous parlerois maintenant
des miens ,& cela ſeroit
bien juſte , ſi je n'apprchen
dois de ſoulever encore une
fois les honnêtes gens qui ſe
ſont plaints que je parlois trop
ſouvent de moy ; mais d'un
autre coſté l'affaire eſt ſi im.
portante , que je ne ſçaurois
avoir la docilité de me foûmer-
Janvier 1716 .
186 MERCURE
tre à leurs déciſions ; je vous
diray donc encore , quoyqu'il
en ſoit ,que je ſuis l'Auteur
duJournal Hiſtorique de tous
les Evenements qui ont precedé
la mort du Roy , & de
tous ceux qui l'ont ſuivi fix
femaines aprés ; mais je ne
vous le repète que parce que
je ſuis eſtonné que le Public
n'ait receu qu'à demi tout au
plus , la façon dont je luy ay
annoncé M. de Villars ; fon
Eau merveilleuſe eſt d'une fi
grande refſſource contre toutes
les maladies du monde ,
quej'ay crû queperſonnen'heGALANT
. 187
د
fireroit à avoir recours à luy ,
&àmoy pour enavoir;le Lecteur
ſage & diferet fera de ce
troiſième avis l'uſagequ'il luy
plaira , il ne m'appartient pas
de luy donner des conſeils
mais la place que j'occupe me
preſcrit de luy propoſer tout
ce qui luy peut eſtre utile. S'il
aime ſa ſanté , & la conſerver
juſqu'à l'extrême vieilleſſe ,il
doit ſe munir de ce Livre qui
fe vend chez les Sieurs Jollet
& Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du coſté du Marche
Neuf , au Livre Royal ; il
y apprendra toutes les pro
Qij
188 MERCURE
prietez d'une Eau, que la quantité
des merveilles qu'elle opere
, peut incontestablement
faire paffer pour une Medecine
univerſelle.
petit Livre à vous preſenter ,
c'eſt une Differtation fur la
nouvelle découverte de l'hydropiſine
du conduit lachrimal,
fur les cauſes qui la produifent,
& fur les avantages que
l'on retirera de cette nouvelle
découverte , avec la maniere
de donner à boire par l'oeil ,
& un projet pour s'inſtruire
àfonds des maladies des yeux ,
preſentée à Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences
de Paris le 16. NovembrederGALANT
183
nier ,& iue dans inAffemblée
de la même Académie le 29;
du même mois. Ce Livre eft
de la compofitionde M.Anel,
Docteur en Chirurgie , &
Chirurgien Penſionnaire de
Madame Royale , mere du
Roy de Sicile , biſaycule du
Roy Tres Chrêtien , dediée à
S. A. R. Monſeigneur leDuc
d'Orleans , Regent du Royaume
: il ſe vend à Paris chez le
fieurJean-Baptiste del Eſpine,
rue S. Jacques , à l'Image faint
PaulFOC
On trouvera auffi chez le
ſieur Saugrain l'aifné , Libraire
184 MERCURE
fur le Quay des Auguſtins ,
prés la rue Pavée , à la Fleur de
Lys , un Livre nouveau intitulé
: Les Curiofitez de Paris ,
de Verſailles , de Marly , de
Vincennes galde S. Cloud , &
des environs , avec les adreſſes
neceſſaires pour trouver facilement
tout ce que ces beaux
lieux renferment d'agréable &
d'utile. Cet Ouvrage eſt enrichi
d'un grand nombre de figures
, & dedié au Roy Loüis
XV. par L. R. Le prix eft de
3. livres relié en veau On trou
vera chez le même Marchand
l'Hiſtoite de Zcloïde & d'A
manzarifdine ,
GALANT. 185
+
manzarifdine , Conte Arabe.
Ce Livre eſt ſorti avec ſuccés
de la plume d'un jeune homme
qui a beaucoup d'eſprit ,
& qui écrit bien ; c'eſt le jugement
de tous ceux qui ont
lû ſes Ouvrages.
Je vous parlerois maintenant
des miens ,& cela ſeroit
bien juſte , ſi je n'apprchen
dois de ſoulever encore une
fois les honnêtes gens qui ſe
ſont plaints que je parlois trop
ſouvent de moy ; mais d'un
autre coſté l'affaire eſt ſi im.
portante , que je ne ſçaurois
avoir la docilité de me foûmer-
Janvier 1716 .
186 MERCURE
tre à leurs déciſions ; je vous
diray donc encore , quoyqu'il
en ſoit ,que je ſuis l'Auteur
duJournal Hiſtorique de tous
les Evenements qui ont precedé
la mort du Roy , & de
tous ceux qui l'ont ſuivi fix
femaines aprés ; mais je ne
vous le repète que parce que
je ſuis eſtonné que le Public
n'ait receu qu'à demi tout au
plus , la façon dont je luy ay
annoncé M. de Villars ; fon
Eau merveilleuſe eſt d'une fi
grande refſſource contre toutes
les maladies du monde ,
quej'ay crû queperſonnen'heGALANT
. 187
د
fireroit à avoir recours à luy ,
&àmoy pour enavoir;le Lecteur
ſage & diferet fera de ce
troiſième avis l'uſagequ'il luy
plaira , il ne m'appartient pas
de luy donner des conſeils
mais la place que j'occupe me
preſcrit de luy propoſer tout
ce qui luy peut eſtre utile. S'il
aime ſa ſanté , & la conſerver
juſqu'à l'extrême vieilleſſe ,il
doit ſe munir de ce Livre qui
fe vend chez les Sieurs Jollet
& Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du coſté du Marche
Neuf , au Livre Royal ; il
y apprendra toutes les pro
Qij
188 MERCURE
prietez d'une Eau, que la quantité
des merveilles qu'elle opere
, peut incontestablement
faire paffer pour une Medecine
univerſelle.
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1077
p. 188-201
Discours sur le Bal de l'Opera, suivi d'une Avanture de Bal. [titre d'après la table]
Début :
Le spectacle de Paris, le plus suivi à present & le plus agréable [...]
Mots clefs :
Paris, Fortune, Homme, Bal, Amant, Dames, Église, Maîtresse, Bal de l'Opéra, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur le Bal de l'Opera, suivi d'une Avanture de Bal. [titre d'après la table]
Le ſpectacle de Paris, leplus
ſuivi à preſent & le plus agréa
ble en même temps , eft celui
dont les Directeurs de l'Opera
regalent le public tous les
Lundy , les Mereredy ,& les
Samedy de chaque ſemaine.
C'eſt un Bal établi avec tant
d'ordre , de lumieres , & de
propreté , qu'il eſt devenu le
divertiſſementde Paris le plus
GALANT. 189
à la mode. Chaque Maſquey
eft receu moyennant le prix
&fomme d'un écu. C'eſt à ce
titre qu'il acquiert le plaiſir
(quel qu'il foit )de danſer , ou
de s'entretenir à la faveur de
fon maſque , avec les plus diftinguées
& les plus jolies femmes
de France. S'il eſt entreprennant
, & qu'il ait de l'efprit
, il y peut faire fortune.
Pour moy , je vous avoue que
j'ay d'abord regardé ce Bal
comme une pepiniere d'avantures
, mais il y fait fi clair ,
qu'onn'y peut attrapertoutau
plus ,que quelques lambeaux
1,0 MERCURE
de converfation. Le jargon
de ce païs là tout déteſtable
qu'il eſt , eſt la plus amuſante
choſedu monde ,& il ſemble
qu'il a été donné à tous , par
un don particulier ( & l'efprit
àpart)la faculté de parler également
bien cette langue.Au
reſte cet établiſſement a été
inventé fort à propos , dans
une Ville comme Paris ,où il
faut abſolument des plaiſirs.
Cependant il y arrive tous les
jours une choſe dont le ridicule
eſt extrême ,& qui revolte
lesEtrangers , comme toutce
qu'il ya de François raiſonnaGALANT
. 191
bles. Enunmot on dit , & je
penſe comme ceux qui le
difent , qu'il eſttout à fait impertinent
de voir dans une
affemblée auffi brillante par le
nombre & les graces des Dames
qui s'y trouvent tous les
jours ,un tas de jeunes étourdisquidanſent
entr'cux , toute
les danſes qu'il leur plaît , pendant
que la pluſpart du temps
les Dames font debout , occupées
à les regarder faire leurs
exercices . Si ce Bal donne matiere
à quelquejolic avanture,
comme je l'efpere , je nemanqueraypas
d'en fairemonpro192
MERCURE
fit ,& d'en amuſer le public.
Je n'y ay vû , juſqu'à preſent
que de legeres ébauches de
galanterie; en voicy unc.
Le 25. de ce mois à minuit
, une grande , brillante ,
&belle Maſque entra dans le
Balde l'Opera , accompagnée
d'une perſonne preſque auffibien
miſe qu'elle. Ces deux
beaurez fendirent la fouledes
Maſques avecune fierté digne
de leur rang La fermeté de
leur démarche & la nobleſfe
de leur contenance leur attirerent
des civilitez , des hommages
, qui penſerent leur
faire
GALANT. 193
i
faire tourner la cervelle. Un
bien ,
jeune homme de condition
remarqua leur embarras , &
leur trouva en même temps ,
une ſi prodigieuſe quantité
degraces , qu'il les prit ſous ſa
protection. Ses ſoins & d'autres
objets écarterent la foule
desprétendans. Il fit enfin fi
leur trouva une
place dans un coin del'Orqueftre
du fond du Theatre. Ce
fut là qu'aux pieds de fa grande
Reine , il étala de fon mieux
tous les ſentimens de ſon
coeur. Il luy dit entre autres
choſes , qu'il ne voyoit rien
Janvier 1716.
,qu'il
R
194 MERCURE
د
de fibeau que l'énorme groffeur
de fon poitrail , qu'elle
avoit un embonpoint dont il
eſtoit enchanté ,& qu'il s'eſti- enchante
meroit trop favoriſé de l'amour
& de la fortune , s'il
pouvoit parvenir un jour à la
gloire de ſe voir l'heureux
nourriſſon d'une ſi belle Nourriffe.
Il ajoûta à ces douceurs
quantité d'autres belles choſes
que la memoire de Mercure
( qui ne manque jamais de ſe
trouver partout où ily a quelque
apparence d'avantures , )
n'a pas eu le courage de retenir
. Il eſt neanmoins bien vrai
GALANT. 195
qu'il ſuivit la converſation de
ces Maſques , & qu'il entendit
avant de les quitter , qu'ils ſe
fer , qu
donnoient un rendez - vous
pour le lendemain àmidy dans
l'Egliſe des Cordeliers , où les
Acteurs ne manquerent pas de
ſe trouver comme ils ſe l'étoient
promis . Leurs regards
& quelques fignaux reciproques
affûrerent leur reconnoifſance.
Ils ſe joignirent à la
porte de l'Eglife ,ils ſe parlerent
, & ſe ſeparerent aprés
eſtre convenus de ſe revoir l'apreſdinée
dans la maiſon même
de la belle Avanturiere.
Rij
196 MERCURE
Vers le ſoir le Cavalier fut
faire la viſite à laquelle il s'étoit
engagé le matin. Il heurta
à la porte qu'une ſervante alla
luy ouvrir pour le conduire
dans un Appartement magnifique
, où ſa Dame le receut
avec toute la joye & toute la
politeſſe imaginables. Sa viſite
finie , il ne fongea plus qu'à
chercher dans Paris quelqu'un
qui voulut recevoir la confidence
de ſa bonne fortune. Il
exagera fon bonheur , il éleva
ſa belle au- deſſus de toutes les
belles du monde , & ne ſe promit
en un mot rien moins
GALANT. 197
qu'unheureux& ſplendidehymen
avec une ſi aimable & fi
riche perſonne. Mais ſon indifcretion
luy coûra cher ; il
parla trop , il retourna mal-àpropos
au logis de la Dame de
ſes penſées , enfin il fit tantd'éloges
de ſa prétenduë felicité ,
qu'au bout de trois jours , il ne
luy reſta pour tout fruit de ſes
pas , que la honte de ſes ſoins .
Un particulier de ſa connoiffance
qui demeuroit dans le
vorfinage de ſa Maiſtreſſe ,devint
le dernier confident de
cette intrigue. Il congratula
cet Amant ſur le merite de fa
Riij
198 MERCURE
conqueſte ; mais un moment
aprés il luy dit qu'il voyoit
bienqu'il ignoroit à qui ilavoit
affaire , qu'il eſtoit bien ailede
luyapprendre que ſaMaiſtreſſe
eſtoit en liaiſon étroite avec
des gens qui ne luy convenoient
point , & que le lendemain
, s'il eſtoit curieux , il la
luy feroit voir dans un état qui
le dégoûteroit à jamais d'elle.
Le jeune homme accepta la
propoſition d'un air de confiance
qui annonçoit ſon incredulité
, & conſentit enfin à
ſe trouver à cinq heures du
matin chez celuy qui luy parGALANT
199
loit avec tantd'afleurance d'une
choſe qu'il ne pouvoit ſe
perfuader. L'heure du rendezvous
arrivée , il alla au logis de
fon amy , il le ſomma de luy
tenir parole , ce que l'autre fit
àl'inſtant. Ilmena l'Amant de
fa charmante voiſine juſqu'au
coin de l'Egliſe de S. Cômedu
côté de la ruë de la Harpe , il
fe mit avec luy en ſentinelle
fous une porte ,& aucoup de
fix heures , il luy recommenda
d'ouvrir ſi bien les yeux qu'il
ne luy pût rien échaper de ce
qu'il alloit voir . En effer , le
jeunehomme regardatant qu'
R iiij
200 MERCURE
il pût , & vit à la fin avecun
étonnement extrême ſon heroïne
arriver chargée de tout
l'équipage de ces honneſtes
Marchandes qui eſtabliſſent
tous les matins leurs boutiques
au coin des ruës,&reconnut
enfin , à la faveur de la lumiere
, que ſa chere Maiſtreſſe
ettoit une des plus graffes TripieresdeParis
.Al'inſtant,con.
fus de fon Avanture , il embraſſa
ſon indifcret amy , &
prit la fuite avec luy.
Le Lecteur n'avoüera-t- il
pas maintenant que ces deux
Amants alloient faire bien du
GALANT. 201
chemin enſemble , ſous l'étendart
de l'amour , fi ce jeune
étourdy n'avoit pas temerairement
confié ce ſecret important
à un homme trop inſtruit
des affaires de ſa Mantreffe.
ſuivi à preſent & le plus agréa
ble en même temps , eft celui
dont les Directeurs de l'Opera
regalent le public tous les
Lundy , les Mereredy ,& les
Samedy de chaque ſemaine.
C'eſt un Bal établi avec tant
d'ordre , de lumieres , & de
propreté , qu'il eſt devenu le
divertiſſementde Paris le plus
GALANT. 189
à la mode. Chaque Maſquey
eft receu moyennant le prix
&fomme d'un écu. C'eſt à ce
titre qu'il acquiert le plaiſir
(quel qu'il foit )de danſer , ou
de s'entretenir à la faveur de
fon maſque , avec les plus diftinguées
& les plus jolies femmes
de France. S'il eſt entreprennant
, & qu'il ait de l'efprit
, il y peut faire fortune.
Pour moy , je vous avoue que
j'ay d'abord regardé ce Bal
comme une pepiniere d'avantures
, mais il y fait fi clair ,
qu'onn'y peut attrapertoutau
plus ,que quelques lambeaux
1,0 MERCURE
de converfation. Le jargon
de ce païs là tout déteſtable
qu'il eſt , eſt la plus amuſante
choſedu monde ,& il ſemble
qu'il a été donné à tous , par
un don particulier ( & l'efprit
àpart)la faculté de parler également
bien cette langue.Au
reſte cet établiſſement a été
inventé fort à propos , dans
une Ville comme Paris ,où il
faut abſolument des plaiſirs.
Cependant il y arrive tous les
jours une choſe dont le ridicule
eſt extrême ,& qui revolte
lesEtrangers , comme toutce
qu'il ya de François raiſonnaGALANT
. 191
bles. Enunmot on dit , & je
penſe comme ceux qui le
difent , qu'il eſttout à fait impertinent
de voir dans une
affemblée auffi brillante par le
nombre & les graces des Dames
qui s'y trouvent tous les
jours ,un tas de jeunes étourdisquidanſent
entr'cux , toute
les danſes qu'il leur plaît , pendant
que la pluſpart du temps
les Dames font debout , occupées
à les regarder faire leurs
exercices . Si ce Bal donne matiere
à quelquejolic avanture,
comme je l'efpere , je nemanqueraypas
d'en fairemonpro192
MERCURE
fit ,& d'en amuſer le public.
Je n'y ay vû , juſqu'à preſent
que de legeres ébauches de
galanterie; en voicy unc.
Le 25. de ce mois à minuit
, une grande , brillante ,
&belle Maſque entra dans le
Balde l'Opera , accompagnée
d'une perſonne preſque auffibien
miſe qu'elle. Ces deux
beaurez fendirent la fouledes
Maſques avecune fierté digne
de leur rang La fermeté de
leur démarche & la nobleſfe
de leur contenance leur attirerent
des civilitez , des hommages
, qui penſerent leur
faire
GALANT. 193
i
faire tourner la cervelle. Un
bien ,
jeune homme de condition
remarqua leur embarras , &
leur trouva en même temps ,
une ſi prodigieuſe quantité
degraces , qu'il les prit ſous ſa
protection. Ses ſoins & d'autres
objets écarterent la foule
desprétendans. Il fit enfin fi
leur trouva une
place dans un coin del'Orqueftre
du fond du Theatre. Ce
fut là qu'aux pieds de fa grande
Reine , il étala de fon mieux
tous les ſentimens de ſon
coeur. Il luy dit entre autres
choſes , qu'il ne voyoit rien
Janvier 1716.
,qu'il
R
194 MERCURE
د
de fibeau que l'énorme groffeur
de fon poitrail , qu'elle
avoit un embonpoint dont il
eſtoit enchanté ,& qu'il s'eſti- enchante
meroit trop favoriſé de l'amour
& de la fortune , s'il
pouvoit parvenir un jour à la
gloire de ſe voir l'heureux
nourriſſon d'une ſi belle Nourriffe.
Il ajoûta à ces douceurs
quantité d'autres belles choſes
que la memoire de Mercure
( qui ne manque jamais de ſe
trouver partout où ily a quelque
apparence d'avantures , )
n'a pas eu le courage de retenir
. Il eſt neanmoins bien vrai
GALANT. 195
qu'il ſuivit la converſation de
ces Maſques , & qu'il entendit
avant de les quitter , qu'ils ſe
fer , qu
donnoient un rendez - vous
pour le lendemain àmidy dans
l'Egliſe des Cordeliers , où les
Acteurs ne manquerent pas de
ſe trouver comme ils ſe l'étoient
promis . Leurs regards
& quelques fignaux reciproques
affûrerent leur reconnoifſance.
Ils ſe joignirent à la
porte de l'Eglife ,ils ſe parlerent
, & ſe ſeparerent aprés
eſtre convenus de ſe revoir l'apreſdinée
dans la maiſon même
de la belle Avanturiere.
Rij
196 MERCURE
Vers le ſoir le Cavalier fut
faire la viſite à laquelle il s'étoit
engagé le matin. Il heurta
à la porte qu'une ſervante alla
luy ouvrir pour le conduire
dans un Appartement magnifique
, où ſa Dame le receut
avec toute la joye & toute la
politeſſe imaginables. Sa viſite
finie , il ne fongea plus qu'à
chercher dans Paris quelqu'un
qui voulut recevoir la confidence
de ſa bonne fortune. Il
exagera fon bonheur , il éleva
ſa belle au- deſſus de toutes les
belles du monde , & ne ſe promit
en un mot rien moins
GALANT. 197
qu'unheureux& ſplendidehymen
avec une ſi aimable & fi
riche perſonne. Mais ſon indifcretion
luy coûra cher ; il
parla trop , il retourna mal-àpropos
au logis de la Dame de
ſes penſées , enfin il fit tantd'éloges
de ſa prétenduë felicité ,
qu'au bout de trois jours , il ne
luy reſta pour tout fruit de ſes
pas , que la honte de ſes ſoins .
Un particulier de ſa connoiffance
qui demeuroit dans le
vorfinage de ſa Maiſtreſſe ,devint
le dernier confident de
cette intrigue. Il congratula
cet Amant ſur le merite de fa
Riij
198 MERCURE
conqueſte ; mais un moment
aprés il luy dit qu'il voyoit
bienqu'il ignoroit à qui ilavoit
affaire , qu'il eſtoit bien ailede
luyapprendre que ſaMaiſtreſſe
eſtoit en liaiſon étroite avec
des gens qui ne luy convenoient
point , & que le lendemain
, s'il eſtoit curieux , il la
luy feroit voir dans un état qui
le dégoûteroit à jamais d'elle.
Le jeune homme accepta la
propoſition d'un air de confiance
qui annonçoit ſon incredulité
, & conſentit enfin à
ſe trouver à cinq heures du
matin chez celuy qui luy parGALANT
199
loit avec tantd'afleurance d'une
choſe qu'il ne pouvoit ſe
perfuader. L'heure du rendezvous
arrivée , il alla au logis de
fon amy , il le ſomma de luy
tenir parole , ce que l'autre fit
àl'inſtant. Ilmena l'Amant de
fa charmante voiſine juſqu'au
coin de l'Egliſe de S. Cômedu
côté de la ruë de la Harpe , il
fe mit avec luy en ſentinelle
fous une porte ,& aucoup de
fix heures , il luy recommenda
d'ouvrir ſi bien les yeux qu'il
ne luy pût rien échaper de ce
qu'il alloit voir . En effer , le
jeunehomme regardatant qu'
R iiij
200 MERCURE
il pût , & vit à la fin avecun
étonnement extrême ſon heroïne
arriver chargée de tout
l'équipage de ces honneſtes
Marchandes qui eſtabliſſent
tous les matins leurs boutiques
au coin des ruës,&reconnut
enfin , à la faveur de la lumiere
, que ſa chere Maiſtreſſe
ettoit une des plus graffes TripieresdeParis
.Al'inſtant,con.
fus de fon Avanture , il embraſſa
ſon indifcret amy , &
prit la fuite avec luy.
Le Lecteur n'avoüera-t- il
pas maintenant que ces deux
Amants alloient faire bien du
GALANT. 201
chemin enſemble , ſous l'étendart
de l'amour , fi ce jeune
étourdy n'avoit pas temerairement
confié ce ſecret important
à un homme trop inſtruit
des affaires de ſa Mantreffe.
Fermer
1078
p. 202-218
Description modeste de la magnificence du Bal de M. l'Ambassadeur de Portugal. . [titre d'après la table]
Début :
Le Lecteur doit s'attendre icy à la vûë du plus brillant tableau [...]
Mots clefs :
Bal, Palais, Appartement, Ambassadeur, Portugal, Meubles, Étoffe, Diamants, Ambassadeur de Portugal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description modeste de la magnificence du Bal de M. l'Ambassadeur de Portugal. . [titre d'après la table]
Le Lecteur doit s'attendre
icy à la vûë du plus brillant tableau
qu'on puifle offrir à ſes
yeux , fi le Peintre a l'art de
s'exprimer d'une façon qui réponde
aux idées que le public
a de la magnificence de cer
Ambaſſadeur. L'Entrée qu'il
fit en cetteVillele 18. du mois
d'Aouſt dernier parut ſi ſuperGALANT.
103
be , ſi ſplendide & fi riche ,
queperſonne àParis ne ſe ſouvientd'enavoir
vue une pareille.
La quantité de medailles
d'or & d'argent qui furent
alors jettées au peuple ,acheverent
dedonner de fa perſonne
la haute opinion que tout
lemonde en a. Attentif à fuivre
les temps pour ſe conferver
des fuffrages univerſels
dont nul particulier , quelque
diſtingué qu'il foit , ne peut
luy difputer l'avantage , il n'a
pas plutôt vû arriver le carnaval
, qu'il a établi que tous les
Mercredis ilyauroit une Af204
MERCURE
ſemblée dans ſa maiſon où
l'on recevroit d'une maniere
convenable à ſa dignité & à
ſes intentions , tout ce qu'il y
a d'honnêtes gens àla Cour &
à la Ville qui voudroient lui
faire leplaifir d'aller chez luy.
Cette Affemblée ſe tient régulierement
le Mercredy dans
pluſieurs falles de fon Hôtel ,
oùil y a concert , bal , jeux ,
& collations ſuperbes ; mais
ces fêtes reglées n'ont eſté que
le preludede celle qu'il a donnée
le 28. de ce mois.
Pour en tracer une idée ap
prochante de la verité , il eſt à
GALANT . 205
propos d'entrer dans un leger
détail de la ſituation de fa
maiſon .
L'Hôtel de Portugal connue
avant que M. le Comte
de Ribeira l'occupât , ſous le
nom de Bretonvilliers , eſt un
des plus beaux Palais de cette
Ville, je dis Palais , quoyque ce
terme ne foit pas en ufage en
France , pour diftinguer cette
maiſon d'une infinité d'autres
qui font fort belles , & qui
n'approchent point de la beauté
de celle cy.
CePalais eſt ſitué à la pointe
de l'Iſle de Nôtre-Dame
206 MERCURE
dans * l'exposition la plus char.
mante du monde. Son étenduë eft
capable de loger commodément un
des plus grands Seigneurs avec
unefuite nombreuse. Tout ce que
la vûë peut expoſer de plus fatisfaisanty
est offert avec abondance.
La rich ſſe des meubles
desdorures,ſculptures, marbres ,
bronzes ,glaces , c. y brille de
tous côtez. Les pieces les plus curieuſesſont
les tremaux de lafalle
baſſe quifont remplis d'excellen
tes copies que le celebre Mignard
afaitesfur les originaux de Ra
* Cet article eſt tiré des curiofitez
de Paris .
!
GALANT. 207
phaël d'Urbin : enfuite la galerie
du premier appartement qui eft
peinte entierement par Bourdon.
La chambre de cet appartement
eft enrichie de quatre merveilleux
Tableaux du fameux Pouffin qui
reprefentent l'enlevement des Sabines
par lesRomains , le Triomphe
de Venus ſur les eaux ,
Paffagede laMer rouge , & le
Veau d'or adoré dans le Defert.
Onyvoit encore un excellentTableau
de Michel Ange , c'estNôtre-
Seigneur porté dans le Tombeau
, & enfin dans une antichambre
l'admirable & inestima
ble Defcente de Croix ,peintepar
le
208 MERCURE
Danield Voltere. CeTableaueft
estimé leplus excellent que l'on ait
en France de cet habile Italien .
On ne peut ſe diſpenſerd'ajouter
à ces beautez la richeſſe
des tapifferies & des autres
meubles dont M. le Comte de
Ribeira a orné ce Palais. Le
dais ſous lequel eſt le Portrait
duRoyde Portugal eft comme
les chaiſes&lesportieresd'une
broderie de la Chine enrichie
d'or ,& admirable par la bizarerie
de ſon deſſein , & par la
fineſſe de ſes couleurs .
Dans un cabinet on remarque
parmi les Portraits de la
Famille
GALANT. 209
Famille du Roy de Portugal ,
celui de la belle Princeſſe quia
été le ſujet de la fête qu'adonnée
cet Ambaffadeur. Outre
une infinité de meubles de
differents damas galonnez d'or
qui ſont diftribuez dans les
bas appartements de ee Palais ,
en montant , on entre à droit
dans un appartement de quatre
grandes pieces dont la premiere
eſt tenduë d'une tapiſſerie
de haute lice qui repreſente
l'Histoire de Joſeph Dans la
ſeconde il y aundais de velours
cramorfi à fonds & franges d'or
pareilaux chaiſes : cette cham--
Janvier 1716 .
S
210 MERCURE
breeſt ornée d'un original de
Raphaël qui a pour ſujet les
travaux d'Hercule. Dans la
troifiéme on eſt ébloüi de la
magnificence d'un fuperbe lit
de parade qui,auſſi bien que le
reſte de l'emmeublement , eſt
d'une étoffe à fonds d'or garnie
d'unefrangede même.Decette
chambre on voit à travers une
porte de glaces , un cabinet
dont les murailles font garnies
d'un nombre infini de belles.
Porcelaines du Japon , & de
bijoux les plus rares & les plus
eftimez , & on y diftingue aiſfément
la beauté d'une toilette
GALANT. 211
L
qui eſt un chef- d'oeuvre d'Orfevrerie
; mais revenons , s'il
vous plaît , au bal qui a donné
lieu à cet abregé des richeſſes
de ce Palais.
La terraffe qui regne fur
la porte del'Hoſtel de Portugal
fut éclairée à onze heures
du foir d'un grand nombre de
gros flambeaux de cire blanche;
alors les Trompettes, les
Timbales , les Hautbois , &
pluſieurs Joueurs de differens
inſtruments y monterent , &
animez de la bonne chere &
des liqueurs dont ils avoient
amplement humecté leurs en-
Sij
212 MERCURE
trailles , ils entonnerent des
chants d'allegreffe ,& annoncerent
à toute la ville la magnificence
de cette fefte.
A onze heures &demi , les
Maſques commencerent à entrer
,ils furent reçus d'abord
dans une grande galerie éclai
rée de pluſieurs luftres , &d'un
grand nombre de plaques
d'Angleterre , qui portoient
chacune deux groſſes bougies.
Avantd'arriver à cette galerie,
on eſtoit obligé de s'arreſter
dans le paffage , pour y admirer
l'éclat & la propreté des
fruits & des confitures ſeches
GALANT. 2.13
arrangez ſur des corbeilles &
des plats de la Chine dreff z .
en forme d'Amphitheatre , au
deſlous eſtoit une abondance
prodigieuſe de viandes exquiſes
,&vis à-vis ungrandbuffet
de la largeur de cette falle,
eſtoient pluſieurs Officiers
chargez du ſoin de donner
fans ceffe aux Maſques , tous
les raffraichiſſements qu'ils.
pourroient demander , & de
remplacer à chaque inſtant les
plats vuides par de nouveaux
fervices . Aux deux extremitez
de la galerie , qui eſt d'une
étenduë capable de contenir
214 MERCURE
mille perſonnes ,on avoit dref.
ſé deux Amphitheatres pour
la ſimphonie : Ce fut là que
d'abord tous les Maſquesarriverent
; mais cette galerie ſe
trouva fi pleine en moins d'une
heure , que chacun chercha
contre l'affluence du monde ,
un azile dans les differents appartements
de ce Palais, qui ſe
trouverent tous vers les trois
heures du matin auffi remplis
de Maſques , que la galerie.
Toutes les premieres Dames
& les plus grands Seigneurs
du Royaume voulu.
rent prendre leur partdes plaiGALANT.
215
firs de cette feſte, où unegrofſe
banque de Pharaon attira
pluſieurs Maſques , & dont
Ics Banquiers en furentquittes
pour la perte de la meilleure
partie de leur étalage.
Le principal ornement man--
queroit à la deſcription de ce
Bal , ſi je ne diſois rien de la
grace admirable avec laquelle
Madame l'Ambaſladrice a fait
les honneurs de cette feſte..
CetteDame eſt jeune , belle ,
& fibien faite , que perſonne
n'a la taille mieux priſe& plus
noble qu'elle. C'eſt un malheur
pour elle au Bal ; car fa
216 MERCURE
7
riche taule la démaſque partout.
Elle parut dans le ſien
fous differens habillemens ;
d'abord en Amazone Portugaiſe
ſous un habit d'écarlatte
brodé d'argent , avec une jupe
d'étoffe d'argent couverte
de diſtance en diſtance de lez
d'une autre étoffe brune & or.
Les glands de ſa cravate
étoient de diamants& de perles
d'une façon toute nouvelle.
Son chapeau avoit unbordé
de gros diamants ſurmonté
par un plumet blanc , avec
une agraffe de diamants à la
place du bouton.
Elle
GALANT. 217
Elle reparut enſuite enDomino
bleu garni de Rezeaux
d'argent: fous cet habillement
plus commode , elle donna
plus aifément à l'Affemblée
le plaifir de la voir danſer , ce
qu'elle fait avec toute la propreté
&toute la grace imaginable.
Enfin elle reſta dans le Bal
auſſi bien que M. le Comte
de Ribeira , juſqu'à huit heures
du matin , &tout le monde
depuis le premier juſqu'au
د
dernier Maſque en fortit
charmé des graces de Madame
l'Ambaſſadrice , & de la
Janvier 1716.
T
218 MERCURE
politeffe & de la magnificence
de M. l'Ambaſſadeur.
icy à la vûë du plus brillant tableau
qu'on puifle offrir à ſes
yeux , fi le Peintre a l'art de
s'exprimer d'une façon qui réponde
aux idées que le public
a de la magnificence de cer
Ambaſſadeur. L'Entrée qu'il
fit en cetteVillele 18. du mois
d'Aouſt dernier parut ſi ſuperGALANT.
103
be , ſi ſplendide & fi riche ,
queperſonne àParis ne ſe ſouvientd'enavoir
vue une pareille.
La quantité de medailles
d'or & d'argent qui furent
alors jettées au peuple ,acheverent
dedonner de fa perſonne
la haute opinion que tout
lemonde en a. Attentif à fuivre
les temps pour ſe conferver
des fuffrages univerſels
dont nul particulier , quelque
diſtingué qu'il foit , ne peut
luy difputer l'avantage , il n'a
pas plutôt vû arriver le carnaval
, qu'il a établi que tous les
Mercredis ilyauroit une Af204
MERCURE
ſemblée dans ſa maiſon où
l'on recevroit d'une maniere
convenable à ſa dignité & à
ſes intentions , tout ce qu'il y
a d'honnêtes gens àla Cour &
à la Ville qui voudroient lui
faire leplaifir d'aller chez luy.
Cette Affemblée ſe tient régulierement
le Mercredy dans
pluſieurs falles de fon Hôtel ,
oùil y a concert , bal , jeux ,
& collations ſuperbes ; mais
ces fêtes reglées n'ont eſté que
le preludede celle qu'il a donnée
le 28. de ce mois.
Pour en tracer une idée ap
prochante de la verité , il eſt à
GALANT . 205
propos d'entrer dans un leger
détail de la ſituation de fa
maiſon .
L'Hôtel de Portugal connue
avant que M. le Comte
de Ribeira l'occupât , ſous le
nom de Bretonvilliers , eſt un
des plus beaux Palais de cette
Ville, je dis Palais , quoyque ce
terme ne foit pas en ufage en
France , pour diftinguer cette
maiſon d'une infinité d'autres
qui font fort belles , & qui
n'approchent point de la beauté
de celle cy.
CePalais eſt ſitué à la pointe
de l'Iſle de Nôtre-Dame
206 MERCURE
dans * l'exposition la plus char.
mante du monde. Son étenduë eft
capable de loger commodément un
des plus grands Seigneurs avec
unefuite nombreuse. Tout ce que
la vûë peut expoſer de plus fatisfaisanty
est offert avec abondance.
La rich ſſe des meubles
desdorures,ſculptures, marbres ,
bronzes ,glaces , c. y brille de
tous côtez. Les pieces les plus curieuſesſont
les tremaux de lafalle
baſſe quifont remplis d'excellen
tes copies que le celebre Mignard
afaitesfur les originaux de Ra
* Cet article eſt tiré des curiofitez
de Paris .
!
GALANT. 207
phaël d'Urbin : enfuite la galerie
du premier appartement qui eft
peinte entierement par Bourdon.
La chambre de cet appartement
eft enrichie de quatre merveilleux
Tableaux du fameux Pouffin qui
reprefentent l'enlevement des Sabines
par lesRomains , le Triomphe
de Venus ſur les eaux ,
Paffagede laMer rouge , & le
Veau d'or adoré dans le Defert.
Onyvoit encore un excellentTableau
de Michel Ange , c'estNôtre-
Seigneur porté dans le Tombeau
, & enfin dans une antichambre
l'admirable & inestima
ble Defcente de Croix ,peintepar
le
208 MERCURE
Danield Voltere. CeTableaueft
estimé leplus excellent que l'on ait
en France de cet habile Italien .
On ne peut ſe diſpenſerd'ajouter
à ces beautez la richeſſe
des tapifferies & des autres
meubles dont M. le Comte de
Ribeira a orné ce Palais. Le
dais ſous lequel eſt le Portrait
duRoyde Portugal eft comme
les chaiſes&lesportieresd'une
broderie de la Chine enrichie
d'or ,& admirable par la bizarerie
de ſon deſſein , & par la
fineſſe de ſes couleurs .
Dans un cabinet on remarque
parmi les Portraits de la
Famille
GALANT. 209
Famille du Roy de Portugal ,
celui de la belle Princeſſe quia
été le ſujet de la fête qu'adonnée
cet Ambaffadeur. Outre
une infinité de meubles de
differents damas galonnez d'or
qui ſont diftribuez dans les
bas appartements de ee Palais ,
en montant , on entre à droit
dans un appartement de quatre
grandes pieces dont la premiere
eſt tenduë d'une tapiſſerie
de haute lice qui repreſente
l'Histoire de Joſeph Dans la
ſeconde il y aundais de velours
cramorfi à fonds & franges d'or
pareilaux chaiſes : cette cham--
Janvier 1716 .
S
210 MERCURE
breeſt ornée d'un original de
Raphaël qui a pour ſujet les
travaux d'Hercule. Dans la
troifiéme on eſt ébloüi de la
magnificence d'un fuperbe lit
de parade qui,auſſi bien que le
reſte de l'emmeublement , eſt
d'une étoffe à fonds d'or garnie
d'unefrangede même.Decette
chambre on voit à travers une
porte de glaces , un cabinet
dont les murailles font garnies
d'un nombre infini de belles.
Porcelaines du Japon , & de
bijoux les plus rares & les plus
eftimez , & on y diftingue aiſfément
la beauté d'une toilette
GALANT. 211
L
qui eſt un chef- d'oeuvre d'Orfevrerie
; mais revenons , s'il
vous plaît , au bal qui a donné
lieu à cet abregé des richeſſes
de ce Palais.
La terraffe qui regne fur
la porte del'Hoſtel de Portugal
fut éclairée à onze heures
du foir d'un grand nombre de
gros flambeaux de cire blanche;
alors les Trompettes, les
Timbales , les Hautbois , &
pluſieurs Joueurs de differens
inſtruments y monterent , &
animez de la bonne chere &
des liqueurs dont ils avoient
amplement humecté leurs en-
Sij
212 MERCURE
trailles , ils entonnerent des
chants d'allegreffe ,& annoncerent
à toute la ville la magnificence
de cette fefte.
A onze heures &demi , les
Maſques commencerent à entrer
,ils furent reçus d'abord
dans une grande galerie éclai
rée de pluſieurs luftres , &d'un
grand nombre de plaques
d'Angleterre , qui portoient
chacune deux groſſes bougies.
Avantd'arriver à cette galerie,
on eſtoit obligé de s'arreſter
dans le paffage , pour y admirer
l'éclat & la propreté des
fruits & des confitures ſeches
GALANT. 2.13
arrangez ſur des corbeilles &
des plats de la Chine dreff z .
en forme d'Amphitheatre , au
deſlous eſtoit une abondance
prodigieuſe de viandes exquiſes
,&vis à-vis ungrandbuffet
de la largeur de cette falle,
eſtoient pluſieurs Officiers
chargez du ſoin de donner
fans ceffe aux Maſques , tous
les raffraichiſſements qu'ils.
pourroient demander , & de
remplacer à chaque inſtant les
plats vuides par de nouveaux
fervices . Aux deux extremitez
de la galerie , qui eſt d'une
étenduë capable de contenir
214 MERCURE
mille perſonnes ,on avoit dref.
ſé deux Amphitheatres pour
la ſimphonie : Ce fut là que
d'abord tous les Maſquesarriverent
; mais cette galerie ſe
trouva fi pleine en moins d'une
heure , que chacun chercha
contre l'affluence du monde ,
un azile dans les differents appartements
de ce Palais, qui ſe
trouverent tous vers les trois
heures du matin auffi remplis
de Maſques , que la galerie.
Toutes les premieres Dames
& les plus grands Seigneurs
du Royaume voulu.
rent prendre leur partdes plaiGALANT.
215
firs de cette feſte, où unegrofſe
banque de Pharaon attira
pluſieurs Maſques , & dont
Ics Banquiers en furentquittes
pour la perte de la meilleure
partie de leur étalage.
Le principal ornement man--
queroit à la deſcription de ce
Bal , ſi je ne diſois rien de la
grace admirable avec laquelle
Madame l'Ambaſladrice a fait
les honneurs de cette feſte..
CetteDame eſt jeune , belle ,
& fibien faite , que perſonne
n'a la taille mieux priſe& plus
noble qu'elle. C'eſt un malheur
pour elle au Bal ; car fa
216 MERCURE
7
riche taule la démaſque partout.
Elle parut dans le ſien
fous differens habillemens ;
d'abord en Amazone Portugaiſe
ſous un habit d'écarlatte
brodé d'argent , avec une jupe
d'étoffe d'argent couverte
de diſtance en diſtance de lez
d'une autre étoffe brune & or.
Les glands de ſa cravate
étoient de diamants& de perles
d'une façon toute nouvelle.
Son chapeau avoit unbordé
de gros diamants ſurmonté
par un plumet blanc , avec
une agraffe de diamants à la
place du bouton.
Elle
GALANT. 217
Elle reparut enſuite enDomino
bleu garni de Rezeaux
d'argent: fous cet habillement
plus commode , elle donna
plus aifément à l'Affemblée
le plaifir de la voir danſer , ce
qu'elle fait avec toute la propreté
&toute la grace imaginable.
Enfin elle reſta dans le Bal
auſſi bien que M. le Comte
de Ribeira , juſqu'à huit heures
du matin , &tout le monde
depuis le premier juſqu'au
د
dernier Maſque en fortit
charmé des graces de Madame
l'Ambaſſadrice , & de la
Janvier 1716.
T
218 MERCURE
politeffe & de la magnificence
de M. l'Ambaſſadeur.
Fermer
1079
p. 218-223
Nouvelles de la Comedie. [titre d'après la table]
Début :
Au commencement de ce mois, les Comediens ont remis sur [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédie, Succès, Prince, Molière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Comedie. [titre d'après la table]
d'en parler.
Au commencement de ce
GALANT. 219
mois , les Comediens ont remis
fur leur Theatre , leBourgeois
Gentilhomme , Comedie
de Moliere. Cette piece a
elté repreſentée avec un ſuccés
tres mediocre,& les Spetateurs
ont trouvé fort mauvais
, que M. Quinaut qui a
de l'eſprit , ait voulu en avoir
plus que Moliere , & qu'il luy
ait plûde changer les divertiſſements
que cetilluſtreAuteur
avoit mis à propos dans ſa
Comedie, pour leur en ſubſtituer
de ſon invention. Item
M. Quinaut eft Muficien :
mais la muſiquedeMMddeeLully
Tij
220 MERCURE
luy déplaiſt ; il en a compoſétant
qu'il a pû , de ſa petite
façon , & en a farcy le Bourgeois
Gentilhomme ; ce qui a
raiſonnablement dégoûté le
public de cette Comedie.
Cet article me jette dans la
neceflité d'anticiper ſur le
mois de Février , pour vous
apprendre encore une nouvellede
ce païs. Vous ſçaurez
donc que le premier jour de
Février , les Comediens ont .
donné la premiere repréſentation
dela Tragedie de Semiramis
, qu'ils annonçoient depuis
pluſieurs mois , comme
GALANT 221
quelque choſe de bon : mais
il n'a fallu qu'une repréſentation
,pour détromper tout
le monde:& Semiramis a pafſe
ſur la ſcene , pour une extravagante
, qui n'avoit ni
fens , nirime , ni raifon. Son
Hiſtoire a été reçue comme
une miferable Fable , mal inventée
, & plus mal contée.
Les noms des principaux Acteurs
de cette Tragedie , ont
donné lieu à vingt ſobriquets.
Le Prince. Menon , le Prince
Arius , ont dit des choſes tresrares.
Le Prince Aretas a efté
furnommé le Prince Aretin ,
Tiij
222 MERCURE
&la Princefle Nicotris la Prin
ceffe Logogrif , & autrement
encore. Vous me direz que je
vous conte- là de pauvres cho
fes , eft ce ma faute ? Et ne
fuis -je pas obligé devous faire
un recit fidele du ſuccés des
nouvelles pieces ?C'eſt pourtant
biendommage , & l'Auteur
d'Habis , qui a certaine
ment autant de merite &d'efprit
qu'aucune perſonne de
fon ſexe, chargée des Lauriers
dontle ſuccés glorieux de ſa
premiere Tragedie,avoit cou
ronné fon front , devoit bien
ſe garder d'expoſer ſi vilaine
GALANT. 223
ment la déplorable Semiramis
: mais conſokz vous ,
Meffieurs , tous les ſpectacles
dela Foire qui fontmaintenant
ouverts , vont vanger
lepublicdes catastrophes de
la Comedic. Au reſte je ne
doute pas qu'on ne revoye
inceffamiment Semiramis à la
Foire.
Au commencement de ce
GALANT. 219
mois , les Comediens ont remis
fur leur Theatre , leBourgeois
Gentilhomme , Comedie
de Moliere. Cette piece a
elté repreſentée avec un ſuccés
tres mediocre,& les Spetateurs
ont trouvé fort mauvais
, que M. Quinaut qui a
de l'eſprit , ait voulu en avoir
plus que Moliere , & qu'il luy
ait plûde changer les divertiſſements
que cetilluſtreAuteur
avoit mis à propos dans ſa
Comedie, pour leur en ſubſtituer
de ſon invention. Item
M. Quinaut eft Muficien :
mais la muſiquedeMMddeeLully
Tij
220 MERCURE
luy déplaiſt ; il en a compoſétant
qu'il a pû , de ſa petite
façon , & en a farcy le Bourgeois
Gentilhomme ; ce qui a
raiſonnablement dégoûté le
public de cette Comedie.
Cet article me jette dans la
neceflité d'anticiper ſur le
mois de Février , pour vous
apprendre encore une nouvellede
ce païs. Vous ſçaurez
donc que le premier jour de
Février , les Comediens ont .
donné la premiere repréſentation
dela Tragedie de Semiramis
, qu'ils annonçoient depuis
pluſieurs mois , comme
GALANT 221
quelque choſe de bon : mais
il n'a fallu qu'une repréſentation
,pour détromper tout
le monde:& Semiramis a pafſe
ſur la ſcene , pour une extravagante
, qui n'avoit ni
fens , nirime , ni raifon. Son
Hiſtoire a été reçue comme
une miferable Fable , mal inventée
, & plus mal contée.
Les noms des principaux Acteurs
de cette Tragedie , ont
donné lieu à vingt ſobriquets.
Le Prince. Menon , le Prince
Arius , ont dit des choſes tresrares.
Le Prince Aretas a efté
furnommé le Prince Aretin ,
Tiij
222 MERCURE
&la Princefle Nicotris la Prin
ceffe Logogrif , & autrement
encore. Vous me direz que je
vous conte- là de pauvres cho
fes , eft ce ma faute ? Et ne
fuis -je pas obligé devous faire
un recit fidele du ſuccés des
nouvelles pieces ?C'eſt pourtant
biendommage , & l'Auteur
d'Habis , qui a certaine
ment autant de merite &d'efprit
qu'aucune perſonne de
fon ſexe, chargée des Lauriers
dontle ſuccés glorieux de ſa
premiere Tragedie,avoit cou
ronné fon front , devoit bien
ſe garder d'expoſer ſi vilaine
GALANT. 223
ment la déplorable Semiramis
: mais conſokz vous ,
Meffieurs , tous les ſpectacles
dela Foire qui fontmaintenant
ouverts , vont vanger
lepublicdes catastrophes de
la Comedic. Au reſte je ne
doute pas qu'on ne revoye
inceffamiment Semiramis à la
Foire.
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1080
p. 3-19
De Perpignan. Memoire accompagné de quelques Remarques historiques.
Début :
Le vingt Decembre dernier il se fit un Service trés-solemnel [...]
Mots clefs :
Roi, Bourgeois nobles, Nobles, Perpignan, Consuls, Gentilhommes, Service, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Perpignan. Memoire accompagné de quelques Remarques historiques.
De Perpignan.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
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1081
p. 61-79
Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Début :
Il y a dans les nouvelles qui viennent de Goa beaucoup de [...]
Mots clefs :
Roi, Ports, Roi de Portugal, Vaisseaux, Guerre, Port, Europe, Portugais, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
Fermer
1082
p. 96-148
RELATION de la Ceremonie faite dans l'Eglise de la Sainte Trinité d'Angers, pour la consecration de neuf Religieuses de l'Abbaye du Ronceray, le Dimanche 8. Decembre 1715.
Début :
L'Abbaïe du Ronceray, aliàs de Nôtre-Dame de la [...]
Mots clefs :
Abbaye, Choeur, Église, Vierges, Voeux, Autel, Cérémonie, Angers, Religieuses, Dame, Abbaye du Ronceray, Abbesse, Chapelle, Consécration, Chanoine, Sainte Trinité, Diacre, Royaume, Dieu, Filles, Voix, Archidiacre, Genoux, Paroles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie faite dans l'Eglise de la Sainte Trinité d'Angers, pour la consecration de neuf Religieuses de l'Abbaye du Ronceray, le Dimanche 8. Decembre 1715.
RELATIO N
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
Fermer
1083
p. 281-283
Discours sur la Comedie, [titre d'après la table]
Début :
Disons maintenant, s'il vous plaist, quelque chose des autres [...]
Mots clefs :
Racine, Gloire, M. Dancourt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Comedie, [titre d'après la table]
Ditons maintenant, sil
vousplain, quelque chose des
autres fpcâacles. Les Comediens
Italiens ( je ne ÍClJY par
quelle fatalité pour leurs ému.
ks ) attirent tout le monde
chez eux, les François ont perdu
leur étalage cet hyver.
Pendant le cours de ce mois,
ilsont remis sur leur Theatre
avec peu de (uccés,TInconnu
& le Malade imaginaire,*,maisils
vont inccflammcnt prendre
leur revanche, & Mardytroisiéme
jour du mois de Marsprochain
,ils doivent donner
la premicre reprefentatioiv
-
&Ath(dies Tragédie de i'ilIuC
trc M. Racine. Je me trouve
enccc endroie de mon recic
obligé en conscience de faire
une humble amande honorable
a M D-ancourt, & de me
rcrr¡¡¿ter de toures lesveritezdefobligeàntcs
que j'ay dites
des Festes du Coursy du Vert
Galant,&de tant d'autres mau.
vasses pieces dont il a la gloire
d'estre Auteur. Quel triomphe
, M-eflieurs, pour M Dancourt
! YAthalie de Racine va
briller sur la Scenc
,
rcvcuë
îU^meméc,embellie &
corrigée par M. Dancourc/
l'erprit deM.Dancourt va ranimer
les Vers de ce grand homme.
Racine enfin va forcir du
tombeau rouecouvert dc gloire,
ou piûtoft faMufe va ne rcparoistre
à nos yeux,que pour
partager ses nouveaux Lau- -
riersavec M. Dancouft !!!
vousplain, quelque chose des
autres fpcâacles. Les Comediens
Italiens ( je ne ÍClJY par
quelle fatalité pour leurs ému.
ks ) attirent tout le monde
chez eux, les François ont perdu
leur étalage cet hyver.
Pendant le cours de ce mois,
ilsont remis sur leur Theatre
avec peu de (uccés,TInconnu
& le Malade imaginaire,*,maisils
vont inccflammcnt prendre
leur revanche, & Mardytroisiéme
jour du mois de Marsprochain
,ils doivent donner
la premicre reprefentatioiv
-
&Ath(dies Tragédie de i'ilIuC
trc M. Racine. Je me trouve
enccc endroie de mon recic
obligé en conscience de faire
une humble amande honorable
a M D-ancourt, & de me
rcrr¡¡¿ter de toures lesveritezdefobligeàntcs
que j'ay dites
des Festes du Coursy du Vert
Galant,&de tant d'autres mau.
vasses pieces dont il a la gloire
d'estre Auteur. Quel triomphe
, M-eflieurs, pour M Dancourt
! YAthalie de Racine va
briller sur la Scenc
,
rcvcuë
îU^meméc,embellie &
corrigée par M. Dancourc/
l'erprit deM.Dancourt va ranimer
les Vers de ce grand homme.
Racine enfin va forcir du
tombeau rouecouvert dc gloire,
ou piûtoft faMufe va ne rcparoistre
à nos yeux,que pour
partager ses nouveaux Lau- -
riersavec M. Dancouft !!!
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1084
p. 75-80
Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Début :
La nuit du seiziéme du mois de Decembre, un vent [...]
Mots clefs :
Vent, Equipage, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Nouvelle Relation de Barcelone,,
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
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1085
p. 179-187
Petit Discours sur la Comedie, accompagné du Compliment que M. de Ponteüil fit à Madame la Duchesse de Berry, le jour qu'elle fut à la Comedie pour la premiere fois, [titre d'après la table]
Début :
Le six le Marquis de Louvois alla chez Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Duchesse de Berry, Représentation, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Petit Discours sur la Comedie, accompagné du Compliment que M. de Ponteüil fit à Madame la Duchesse de Berry, le jour qu'elle fut à la Comedie pour la premiere fois, [titre d'après la table]
-;LeiLc le Marquis deLou
vois alla chez Madame la Duchesse
de Berry Il estoit accompagné
du Marquis de
Cpurtenvatipc son pere ,
du
Duc de Noailles
)
du Duc de
Guiche, du Duc de Villeroy,
de TAbbe d'Estrées Archevêquede
Cambray
,
&duMare-?
chal d'Estrées, pour luy presenter
à signer son Contrat de
Mariage aVec Mlle de Noaille's;
cette Princesse le signa, &
le même jour elle alla à l'Opel
ra, le lendemain à la Comédie
pour la premiere fois, où le
gros a.èur, qui est le fcul de r y , < qui,sije ne me trompe, il cft
avec connoissance de cause ¡
fait tnenrion honorable dans
la fameuse Histoire de Cil Blas,
fie. àMadame la Duchesse de
Berry, leComplimentfuivann
MADAME,
;
Vne ju[lecraintçde ne pa4
remplirvofireattente.,paroîtra
peut-efire d'unemaniéré tropsensible
dans la representation que
vous honore%aujourd'huy. Cet
honneurreïure diminuerA cette
crainteyune attention refpcBueufe
prendrasaplace ; & eteft, Madame,
de cette attention, plus que
denosJoiblestalens, que nous oserons
attendre le glorieux avantége
de pouvoir contribueravos
Amufimenrs. Le Tbeatre annobli
pour l'auguste prejencede Madame
,
protégé (y* Joûtenu de fin
autorité,va briller Jeunëclotanquel
ilne s'atendoitptltl; lesgénies
heuftuxqui osent entres-dans
tà cdrriere oit les Corneilles
,
Ifs
Ratifie& les Àioliere ont encore
laisséquelques lauriers acueillir,
mont trouver dans le défit de votés
IAWt desfwcestpIih nese connoijjentpas,&
témulation en*
fanteradesOuvrages dignesd'ê*
tre offerts à la premiere Princt/ft
del'iHuJire fang qui regne sur
nous. Nous partagerons ,-,M".
dame, cette émulation £r ce Jtjir
de vous plaire;cm ces deux mouvements
t
bien loin de nous divifer
s
formeront entre nous cette
union si necessaire pour remplir
nos devoirs, gr quepeut être "Ôm
intérêt commun riavoit pas
eu la force de faire naître; que
notre Zclt,Madàmr, nous tienne
heu démérite:fûtes nous arriver
aune ptrfrélion où nous ne sçaurionsatteindresans
vos bonté;
formt vous-même un fpeciacle
parfaitdont vous jouirez^ longtempsy
& dont le Public &la
pojlcritêvousferont redevables.
- Ce Compliment fut généralement
applaudi de tout le
monde.
Quelques jours après on re,.
presenta Athalie, où M. Beaubourg
joüa sonRolleduGrand
Prêtre, tres bien, &bien fort.
M. Dancourt fit Je Rolle du
Prophete Mathan. Cest un
Rolle de scelerat qu'il joua,
comme il joüe celui de D. Juan
du Festin de Pierre. MademoifelleDesmarcs
fit le Rolled'Athalie,
Mademoiselle Duclos
celuy de jozabet. La conjoncture
de cette representation setrouva
heureuse pour ces Actrices
& pour la Pièce;& quoique
le Publicsemb.arraflc aussi
peu des demêlez,que del'union
des Comediens,je n'en fuis pas
moins
moins obligé de luy apprendre
pourquoy Athalie & Jozabet
reciterent leurs Rollcs
avec tant d'art & de feu, que
leur déclamation ravit tous
leurs Spcétateurs. D'amies inseparables
qu'elles estoient
avant qu'il futquestion d'Athalie
,
elles fc font depuis
( vous n'aurez pas de peine à
deviner pourquoy )jurées une
si forte inimitié, que c'est aux
motifs de leur haine que le Pu.
blic a la principale obligation
du succés de cette Tragédie,
dont en effetles deux premières
Actrices font dans tout le
corps de la Piece deux ennemies
irreconciliablcs. Mademoiselle
Mimi Dancourci y
joüale Rolle deZacharie avec
toutc la noblesse & toute la
grâce imaginable. Pour Joas
dont le Rçlle fut represente
par le fils de Laurent, Con-_
cierge de la Comedie, il fut ad."
miré & applaudi de tout le
monde; & à proportion de
ion âge, il surpassa de beaucoup
tous les autres Acteurs
de la Tragedie. Si cet enfant
continuë dans cette carriere,
il y a lieu d'esperer qu'un jour
il effacera tous ses camarades.
L'unique chose qui manqua à
la representation de cette tra,
gedie, c'est que M. Ponteüil y
sur souhaité de tous les spectateurs.
vois alla chez Madame la Duchesse
de Berry Il estoit accompagné
du Marquis de
Cpurtenvatipc son pere ,
du
Duc de Noailles
)
du Duc de
Guiche, du Duc de Villeroy,
de TAbbe d'Estrées Archevêquede
Cambray
,
&duMare-?
chal d'Estrées, pour luy presenter
à signer son Contrat de
Mariage aVec Mlle de Noaille's;
cette Princesse le signa, &
le même jour elle alla à l'Opel
ra, le lendemain à la Comédie
pour la premiere fois, où le
gros a.èur, qui est le fcul de r y , < qui,sije ne me trompe, il cft
avec connoissance de cause ¡
fait tnenrion honorable dans
la fameuse Histoire de Cil Blas,
fie. àMadame la Duchesse de
Berry, leComplimentfuivann
MADAME,
;
Vne ju[lecraintçde ne pa4
remplirvofireattente.,paroîtra
peut-efire d'unemaniéré tropsensible
dans la representation que
vous honore%aujourd'huy. Cet
honneurreïure diminuerA cette
crainteyune attention refpcBueufe
prendrasaplace ; & eteft, Madame,
de cette attention, plus que
denosJoiblestalens, que nous oserons
attendre le glorieux avantége
de pouvoir contribueravos
Amufimenrs. Le Tbeatre annobli
pour l'auguste prejencede Madame
,
protégé (y* Joûtenu de fin
autorité,va briller Jeunëclotanquel
ilne s'atendoitptltl; lesgénies
heuftuxqui osent entres-dans
tà cdrriere oit les Corneilles
,
Ifs
Ratifie& les Àioliere ont encore
laisséquelques lauriers acueillir,
mont trouver dans le défit de votés
IAWt desfwcestpIih nese connoijjentpas,&
témulation en*
fanteradesOuvrages dignesd'ê*
tre offerts à la premiere Princt/ft
del'iHuJire fang qui regne sur
nous. Nous partagerons ,-,M".
dame, cette émulation £r ce Jtjir
de vous plaire;cm ces deux mouvements
t
bien loin de nous divifer
s
formeront entre nous cette
union si necessaire pour remplir
nos devoirs, gr quepeut être "Ôm
intérêt commun riavoit pas
eu la force de faire naître; que
notre Zclt,Madàmr, nous tienne
heu démérite:fûtes nous arriver
aune ptrfrélion où nous ne sçaurionsatteindresans
vos bonté;
formt vous-même un fpeciacle
parfaitdont vous jouirez^ longtempsy
& dont le Public &la
pojlcritêvousferont redevables.
- Ce Compliment fut généralement
applaudi de tout le
monde.
Quelques jours après on re,.
presenta Athalie, où M. Beaubourg
joüa sonRolleduGrand
Prêtre, tres bien, &bien fort.
M. Dancourt fit Je Rolle du
Prophete Mathan. Cest un
Rolle de scelerat qu'il joua,
comme il joüe celui de D. Juan
du Festin de Pierre. MademoifelleDesmarcs
fit le Rolled'Athalie,
Mademoiselle Duclos
celuy de jozabet. La conjoncture
de cette representation setrouva
heureuse pour ces Actrices
& pour la Pièce;& quoique
le Publicsemb.arraflc aussi
peu des demêlez,que del'union
des Comediens,je n'en fuis pas
moins
moins obligé de luy apprendre
pourquoy Athalie & Jozabet
reciterent leurs Rollcs
avec tant d'art & de feu, que
leur déclamation ravit tous
leurs Spcétateurs. D'amies inseparables
qu'elles estoient
avant qu'il futquestion d'Athalie
,
elles fc font depuis
( vous n'aurez pas de peine à
deviner pourquoy )jurées une
si forte inimitié, que c'est aux
motifs de leur haine que le Pu.
blic a la principale obligation
du succés de cette Tragédie,
dont en effetles deux premières
Actrices font dans tout le
corps de la Piece deux ennemies
irreconciliablcs. Mademoiselle
Mimi Dancourci y
joüale Rolle deZacharie avec
toutc la noblesse & toute la
grâce imaginable. Pour Joas
dont le Rçlle fut represente
par le fils de Laurent, Con-_
cierge de la Comedie, il fut ad."
miré & applaudi de tout le
monde; & à proportion de
ion âge, il surpassa de beaucoup
tous les autres Acteurs
de la Tragedie. Si cet enfant
continuë dans cette carriere,
il y a lieu d'esperer qu'un jour
il effacera tous ses camarades.
L'unique chose qui manqua à
la representation de cette tra,
gedie, c'est que M. Ponteüil y
sur souhaité de tous les spectateurs.
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1086
p. 1-75
DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
Début :
Madame Dacier vient de donner au Public la traduction Françoise [...]
Mots clefs :
Poème épique, Prose, Poète, Courage, Homère, Personnages, Sentiments, Moeurs, Définitions, Aristote, Racine, Iliade, Odyssée, Morale, Doctrine, Tragédie, Vengeance, Cadavre, Allégorie, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
DISSERTATION
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
Fermer
1087
p. 81-126
LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
Début :
Les Amours Pastorales de Daphnis & Chloé dont on donne [...]
Mots clefs :
Daphnis, Chloé, Amour, Nymphes, Beauté, Bergère, Mariage, Coeur, Charmes, Amants, Enfants, Troupeau, Dieux, Ville, Vendanges, Caverne, Espérance, Secours, Vieillard, Argent, Pastorale, Chèvres, Curiosité, Fontaine, Merveilles, Fleurs, Confidences, Enseignes, Maison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
LES AMOURS PASTORALES •
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
Fermer
1088
p. 173-177
Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
On pouroit presque comparer un Mercure à un habit d'Arlequin ; [...]
Mots clefs :
Arlequin, Lyre, Récit, Muses, Plaisirs, Satyre
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texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Npouroit prefque comparer
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
Fermer
1089
p. 177-209
LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
Début :
De deux Dissertations ou Lettres sur un Livre nouveau intulé, / Jusques ici, Monsieur, on n'avoit employé d'autres [...]
Mots clefs :
Érudition, Muses, Satyre, Parnasse, Écrivains, Déesse, Poète, Style, Peintre, Voyageur, Raison, Triomphe, Ironie, Savants, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
DE
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
Fermer
1090
p. 210-214
EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
Début :
J'aurois bien souhaité que la Lettre précedente eut été moins / Beau Damoisel, ne dédaignez ce titre, [...]
Mots clefs :
Damoiselle, Chapitre, Cocuage, Leçon, Discours, Loyauté, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
J'aurois bien fonhaité qu
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
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1091
p. 224-230
Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
Dans le tems que j'étois le plus intrigué pour découvrir des nouvelles [...]
Mots clefs :
Pitié , Embarras, Pièces littéraires, Public, Gazettes, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Dans le tems que j'étois le
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
Fermer
1092
p. 244-251
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Il y a déja du tems que Semramnis, Tragédie de Monsieur [...]
Mots clefs :
Spectacles, Tragédie, Représentation, Public, Louanges, Défauts, Corneille, Opéra, Musique, Comédie, Comédiens italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
2
MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
2
MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
Fermer
1093
p. 256-264
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
Début :
Monsieur, Nous sommes partis de Rome en même tems ; vous êtes à [...]
Mots clefs :
Maladies, Chirurgie, Découvertes, Nouvelles méthodes, Guérison, Maladies des yeux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
LETTRE
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
Fermer
1093
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
1094
s. p.
DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Début :
Aprés un Avant-propos jugé aussi necessaire, j'ose me / Je laisse à Madame Dacier le soin de soûtenir, comme [...]
Mots clefs :
Poète, Pièces en vers et en prose, Apollon, Muses, Parnasse, Illusion, Abbé de Pons, Variété, Danse, Orateur, Rime, Cadence, Versification, Auteurs, Arrangement, Sensible, Imagination, Théorie, Racine, Ronsard, Despréaux, Didactique, Bizarrerie, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Aprés un Avant-propos jugé auffi
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
Fermer
1095
p. 45-49
LETTRE DE M*** A M***
Début :
J'avois résisté, Monsieur, jusques ici à toutes vos Coquéteries ; mais [...]
Mots clefs :
Coquetterie, Amour propre, Beauté, Imprudence , Silence, Décadence, Intempérance, Apollon, Badinage, Délicatesse, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M*** A M***
LETTRE
DE M ***
A M ***
Jjufq
A v 015 réſiſté , Monfieur ,
jufques ici à toutes vos Coqué
teries ; mais il faut avoüer fa foi
bleffe ; ' je n'ai jamais pû tenir con
tre le paté de Perdrix , dont vous
m'annoncez l'agréable arrivée par
votre Lettre. J'ai fenti avec plaifir
que mon appétit , & mon efto .
mach étoient en moi plus forts , que
l'amour propre ; tranfporté d'une
reconnoiffance gloutonne , qui m'a
tenu lieu d'entoufiafme ; je me
fuis écrié :
Vous dont le teint fleury respecté des
années
›
Fit toujours les fouhaits des beautés
furannées ,
46 LE NOUVEAU
Convive aimable Abbé .......
Qui veut,quelque cher qu'ilt'en coute
It toujours répandre du vin
Et toujours te donner la goute ,
Qui jamais ainfi n'aura fin :
Quand arriva l'Epitre votre ,
F'étois gizant fur le grabat ,
Et le Rhume qui tout abat ,
Tenoit Palaprat dans un autre ,
Gizant , comme moi , tout à plat,
Avonez que fans imprudence ,
Rimeurs en état fi piteux ,
Ne doivent rompre le filence ;
Car d'un corps foible , & langonren
L'efprit reffent la désadence,
Et le chagrin de la fouffrance ,
Eteint le brillant de ces feux
Qu'allument la fanté , les plaifirs
& les jeux,
་
Dans le fein de l'Intemperance :
Et puis Meffieurs les beaux efprits ,
Qui veut vous faire une réponse
Pus d'une fois fur fes Ecrits ;
Doit paffer la pierre de Ponce ,
Ainfi point ne ferai ſurpris ,
Que ces contretemps , ces obftacles
Ayent fait ceffer les Oracles ,
Que Bacchus rendoit an pourpris
MERCURE. 47
Du Temple ou fe faifoient miracles ,
Autant qu'à Temple de Paris .
N'allez pas croire au moins
Meffieurs , que j'aye voulu vous
faire une réponse en forme , ni méditée
, pour achever de me guéric
d'une fluxion horrible que j'ai eu
depuis un mois. Car , comme a tres
bien dit Mr Arroüet , Maudit eft
de Dieu , & bien malade , qui toujours
verfifie ; fi faut - il bien pour
tant , que je réponde deux mots à
ce favory d'Apollon.
Qui fous l'ombre d'une fleurette ,
Nous a tiré tout doucement ,
En badinant , une aiguillette,
Mais le tout avec agréement.
Pour vous , fucceffeur de Villon ,
Dont la Mufe toujours aimable ,
Fait de Sully, ce beau Vallon
Que nous a tant vanté la Fable:
Seachez que fi dans nos repas ,
Par quelque gentil Vaudeville
Nous avons reprimé les fats
Qui Jans nous innondoient la Ville į
famais notre malignité
-48 LE NOUVEAU
Ne fentit l'aigreur de la bile ;
Et jamais toute la gayeté
De noire Troupe encline à rire ,
Ne paffa jufqu'à l'aprété ,
De la plus legere fatire ;
Suivez ces utiles leçons
Et toujours occupè de plaire ;
Cueille au Jardin de Cythere ,
Des fleurs pour orner vos chansons
C'est là qu'Amour avec fa mere ,
Tient Ecole de fentiment !
Et répand certain enjoüement
Sur nos vers , & cette moleffe :
Ou ni les briliants , ni les traits
Ni toute la délicateße
De l'efprit , n'atteindra jamais ;
Et dont votre Muſo badine ,
De jours en jours plus libertine ,
Nous fait fentir tous les attraits,
En voilà trop pour un malade , &
même alfez pour un convalescent .
Quand à noftre Pere Prieur ,
Qui fans avertir fouvent pince
Fufqu'à fon bumble ferviteur ,
MERCURE . 49
Il ne veut plus être Rimeur ;
Et s'eft mis à faire le Prince
De fa table , qui n'eft pas mince,
A de joyeux compotateurs.
Il fait lui - même les honneurs
Mieux , qu'aucun Seigneur de
Province.
Il ne me refte qu'à prendre congé
de vous , Meffieurs , & à vous don
ner falut & benediction.
Dans votre fejour enchanté
Buvez frais , faites chere lie
Dieu vous donne prospérité ,
Son Paradis en l'autre vie
Dans celle- cy ,joie , & Santé ,
Goutez - bien votre oifiveté ,
Et bornez aux plaifirs , votre
Philofophie.
DE M ***
A M ***
Jjufq
A v 015 réſiſté , Monfieur ,
jufques ici à toutes vos Coqué
teries ; mais il faut avoüer fa foi
bleffe ; ' je n'ai jamais pû tenir con
tre le paté de Perdrix , dont vous
m'annoncez l'agréable arrivée par
votre Lettre. J'ai fenti avec plaifir
que mon appétit , & mon efto .
mach étoient en moi plus forts , que
l'amour propre ; tranfporté d'une
reconnoiffance gloutonne , qui m'a
tenu lieu d'entoufiafme ; je me
fuis écrié :
Vous dont le teint fleury respecté des
années
›
Fit toujours les fouhaits des beautés
furannées ,
46 LE NOUVEAU
Convive aimable Abbé .......
Qui veut,quelque cher qu'ilt'en coute
It toujours répandre du vin
Et toujours te donner la goute ,
Qui jamais ainfi n'aura fin :
Quand arriva l'Epitre votre ,
F'étois gizant fur le grabat ,
Et le Rhume qui tout abat ,
Tenoit Palaprat dans un autre ,
Gizant , comme moi , tout à plat,
Avonez que fans imprudence ,
Rimeurs en état fi piteux ,
Ne doivent rompre le filence ;
Car d'un corps foible , & langonren
L'efprit reffent la désadence,
Et le chagrin de la fouffrance ,
Eteint le brillant de ces feux
Qu'allument la fanté , les plaifirs
& les jeux,
་
Dans le fein de l'Intemperance :
Et puis Meffieurs les beaux efprits ,
Qui veut vous faire une réponse
Pus d'une fois fur fes Ecrits ;
Doit paffer la pierre de Ponce ,
Ainfi point ne ferai ſurpris ,
Que ces contretemps , ces obftacles
Ayent fait ceffer les Oracles ,
Que Bacchus rendoit an pourpris
MERCURE. 47
Du Temple ou fe faifoient miracles ,
Autant qu'à Temple de Paris .
N'allez pas croire au moins
Meffieurs , que j'aye voulu vous
faire une réponse en forme , ni méditée
, pour achever de me guéric
d'une fluxion horrible que j'ai eu
depuis un mois. Car , comme a tres
bien dit Mr Arroüet , Maudit eft
de Dieu , & bien malade , qui toujours
verfifie ; fi faut - il bien pour
tant , que je réponde deux mots à
ce favory d'Apollon.
Qui fous l'ombre d'une fleurette ,
Nous a tiré tout doucement ,
En badinant , une aiguillette,
Mais le tout avec agréement.
Pour vous , fucceffeur de Villon ,
Dont la Mufe toujours aimable ,
Fait de Sully, ce beau Vallon
Que nous a tant vanté la Fable:
Seachez que fi dans nos repas ,
Par quelque gentil Vaudeville
Nous avons reprimé les fats
Qui Jans nous innondoient la Ville į
famais notre malignité
-48 LE NOUVEAU
Ne fentit l'aigreur de la bile ;
Et jamais toute la gayeté
De noire Troupe encline à rire ,
Ne paffa jufqu'à l'aprété ,
De la plus legere fatire ;
Suivez ces utiles leçons
Et toujours occupè de plaire ;
Cueille au Jardin de Cythere ,
Des fleurs pour orner vos chansons
C'est là qu'Amour avec fa mere ,
Tient Ecole de fentiment !
Et répand certain enjoüement
Sur nos vers , & cette moleffe :
Ou ni les briliants , ni les traits
Ni toute la délicateße
De l'efprit , n'atteindra jamais ;
Et dont votre Muſo badine ,
De jours en jours plus libertine ,
Nous fait fentir tous les attraits,
En voilà trop pour un malade , &
même alfez pour un convalescent .
Quand à noftre Pere Prieur ,
Qui fans avertir fouvent pince
Fufqu'à fon bumble ferviteur ,
MERCURE . 49
Il ne veut plus être Rimeur ;
Et s'eft mis à faire le Prince
De fa table , qui n'eft pas mince,
A de joyeux compotateurs.
Il fait lui - même les honneurs
Mieux , qu'aucun Seigneur de
Province.
Il ne me refte qu'à prendre congé
de vous , Meffieurs , & à vous don
ner falut & benediction.
Dans votre fejour enchanté
Buvez frais , faites chere lie
Dieu vous donne prospérité ,
Son Paradis en l'autre vie
Dans celle- cy ,joie , & Santé ,
Goutez - bien votre oifiveté ,
Et bornez aux plaifirs , votre
Philofophie.
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1096
p. 63-65
Harangue faite au Roy par M. de Breslai Ambassadeur des Sauvages Algonkim. [titre d'après la table]
Début :
Il manquoit M à vostre relation de l'expedition des François / NOSTRE PERE, Nous avons appris avec bien de la douleur, la mort [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Français, Outagamis, Missionnaires, Alliance, Décès, Robe noire, Fidélité, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par M. de Breslai Ambassadeur des Sauvages Algonkim. [titre d'après la table]
L manquoit M à votre relation
de l'expedition des François contre
les Outagamis , la harangue que
M. de Breflay Miffionnaire des Sauvages
Algonkins , Ambaffadeur de
leur part en France , fit dernierement
à S. M. au Palais des Thuilleries ; la
voila telle qu'il l'a prononcée.
Il eft bon à ce que je croi , de
vous faire remarquer auparavant que
Fij
64
LE NOUVEAU
Les Sauvages tutejent en parlant .
qu'ils appellent non -feulement le
Royde France leur Pere , mais encore
tous les François. Qu'ils appellent.
la Mer le grand Lac. Que les Miſſionaires
feculiers font appellez Robes
noires . Que le pays des morts , c'eft.
l'autre monde. Que les coliers de porcelaine
, tels qu'ils font d'ufage chez
font d'ordinaire les fymboles.
d'une alliance entre les perfon- .
nes , avec lesquelles ils traitent . La.
victoire remportée par les François ,
ce font les Outagamis , dit Renards,
que l'on a battu l'année pallée , vers
Oüeft de l'Amerique Septentriona,
le . Voici , M. la Hatangak faite au
Roi Louis XV, en 1717
NOSTRE PERE ,
N
Ous avons appris avec biende
la douleur , la mort da
Grand Chefdes François , nofiic
Grand Pere & ton Bifayeul. Nous
aurions fort fouhaité de paffer le
Grand Lac pour l'aller pleurer ;
MERCURE. 65.
mais notre Pere la Robe Noire
"
ne l'a pasjugéà propos. Nous l'a~
vons chargé d'une robe de caftor,
pour couvrir fon corps , & d'un
oreiller pour mettre fousfa tefte
afin qu'il repofe tranquillement
dans le pays des morts ; & aauuſſi
dun colier de porcelaine , pour
nous réjouir avec toi de ce que
nous le voyons renaitre en ta per--
fonne , pour tefeliciter de la premiere
victoire que tu viens de
remporter contre les Outagamis ,
appellez Renards. Nous avons
donnez de nouvelles preuves de
fidelité&d'attachement à ta per-
Lonne&aux François, tes fujets,
nos freres , &pour enfin te de-.
mander à toi qui eft prefentement
·noftre Grand Chef, la continua
tion des mêmes bonsez que ofre
GrandPere avoitpour nous.
de l'expedition des François contre
les Outagamis , la harangue que
M. de Breflay Miffionnaire des Sauvages
Algonkins , Ambaffadeur de
leur part en France , fit dernierement
à S. M. au Palais des Thuilleries ; la
voila telle qu'il l'a prononcée.
Il eft bon à ce que je croi , de
vous faire remarquer auparavant que
Fij
64
LE NOUVEAU
Les Sauvages tutejent en parlant .
qu'ils appellent non -feulement le
Royde France leur Pere , mais encore
tous les François. Qu'ils appellent.
la Mer le grand Lac. Que les Miſſionaires
feculiers font appellez Robes
noires . Que le pays des morts , c'eft.
l'autre monde. Que les coliers de porcelaine
, tels qu'ils font d'ufage chez
font d'ordinaire les fymboles.
d'une alliance entre les perfon- .
nes , avec lesquelles ils traitent . La.
victoire remportée par les François ,
ce font les Outagamis , dit Renards,
que l'on a battu l'année pallée , vers
Oüeft de l'Amerique Septentriona,
le . Voici , M. la Hatangak faite au
Roi Louis XV, en 1717
NOSTRE PERE ,
N
Ous avons appris avec biende
la douleur , la mort da
Grand Chefdes François , nofiic
Grand Pere & ton Bifayeul. Nous
aurions fort fouhaité de paffer le
Grand Lac pour l'aller pleurer ;
MERCURE. 65.
mais notre Pere la Robe Noire
"
ne l'a pasjugéà propos. Nous l'a~
vons chargé d'une robe de caftor,
pour couvrir fon corps , & d'un
oreiller pour mettre fousfa tefte
afin qu'il repofe tranquillement
dans le pays des morts ; & aauuſſi
dun colier de porcelaine , pour
nous réjouir avec toi de ce que
nous le voyons renaitre en ta per--
fonne , pour tefeliciter de la premiere
victoire que tu viens de
remporter contre les Outagamis ,
appellez Renards. Nous avons
donnez de nouvelles preuves de
fidelité&d'attachement à ta per-
Lonne&aux François, tes fujets,
nos freres , &pour enfin te de-.
mander à toi qui eft prefentement
·noftre Grand Chef, la continua
tion des mêmes bonsez que ofre
GrandPere avoitpour nous.
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1097
p. 66-78
Extrait de l'Iliade travestie. [titre d'après la table]
Début :
M. de Marivaux plein d'une burlesque audace, vient de nous [...]
Mots clefs :
Audace, Poète, Iliade, Burlesque, Épître, Duc de Noailles, Virgile travesti, Comique, Lecteur, Achille, Agamemnon, Héros, Homère, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Iliade travestie. [titre d'après la table]
.de Marivauxplein d'uneburlefque
audace , vient de nous donner
envers,l'Homere trauesti.Qui auroitcrû
qu'aprés M. Scaron, il dut s'élever
de nos jours un autre Poëtë alfez
boufon , pour tenter de faire de ·
nouvelles découvertes dans ce Pays
comique ? Ce jeune Auteur fe declare
cependant aujourd'hui fon rival dans
ce genre d'écrire ; & fans trop s'embaraffer
du prejugé favorable, où l'on
eſt pour le Chantre du Typhon ; il a
crû qu'il ne luy eeffttooiitt pas défendu
d'eflayer de faire rire encore une fois,
on peut aflurer qu'il y a parfaitement
réuffi .
d'en ex-
Il a choisi dans ce deffein la fameuſe
Iliade , pour l'oppoſer à l'Æneide de
M. Scaron ; mais avant que
traire quelques morceaux , ne feroitil
pas convenable que je file ici un
petit avant-propos fur ce que l'on
doit entendre par les termes de Burlefque
& de Macaronique , que l'on
confond fouvent l'un avec l'autre.
Burlesque est un mot allez moderne
, puifque Sarafin le vante d'en
avoir.ufe le premier ; il prefente l'i .
MERCURE.
67.1
dée de plaifant , gaillard , tirant fur
le ridicule ; il nous eft venu a'Italie ,
Pays aflez abondant en Farccurs &
en Poëtes burlesques . Bernica a efté
- le premier qui a écrit dans ce ftile
enfuite Lalli , Caporali &c . Vers lemilieu
de l'autre Siecle cette Poëfie
batarde eftoit fi fort à la mode qu'en
1649 , il parut un livre avec ce titre,
la Paffion de Noftre Seigneur en vers
burlesques ; mais la trop grande licence
des Poëtes ayant indifpofé les
efprits , on la bannit bien - toft de la
Cour & de la Ville ; elle fut obligé
de fe refugier dans les Provinces ; &
bien - toft aprés de fe taire entierement
; elle trouva enfin fon tombeau ,
dans le Virgile travesti , qui fera
peut - eftre le feul monument qui
nous reftera dans ce genre ; à moins
que noftre nouvel Auteur ne merite
les mêmes honneurs en la refufcitant .
M. Defpreaux a lancé de terribles
traits contre cette forte de Pocke
témoins ces vers fi bien frapez.
En dépit du bon fens le burlesque effronté
,
Trompa les yeux d'abord: Plutpar fa
Fiiij
68 LE NOUTEAU
nouveauté ;
Mais dece ftile enfin la Cour defabu-.
fee,
Dedaigna de ces vers l'extravagance..
aifée ;
Distingua le naïf, dn plat & du ..
boufon;
Et laifa la Province admirer le Typhon,
Que ce style jamais ne fouille võtre
ouvrage
Imitons de Marot l'elegant badinage-
Et laißons le burlesque aux Plaifants
du pont- Neuf.
Il y aencore une autre efpece de
Poëfie burlefque Macaronique , faite
de mots forgez du Latin & de la langue
maternelle. Par exemple ces vers
fi connus , citez par Rabelais dans le
Chapitre 13 du L. 4.
Hic eft de patria natusde gente beliftza,
Quifolet antiquo bribas portare bifacso
Ou bien ces deux autres tirez d'un
Poëme Macaronique de bello Hugonotice
, où parlant des cruautez que
MERCURE தே
les Huguenots exerçoient fur les
Moines , on ajoûte :
De que illisfaciunt auciffos atque
bodinos ,
Nunquam vifafuit canailla bri.
gandior ifta..
Ce fut Theophile Folengi , Moine
Benedictin de Mantonë , qui mit les
vers Macaroniques en crédit parfon
Hiftoire de Merlin. Cocaye au
commencement du feiziéme fécle ›
il mourut en 15 44. On fçait
que Macarone , chez les Italiens
fignifioit un homme groffier & ruf
tique ce qui vient des Macarons
d'Italie , qui font de petits Gateaux
faits de farine non blutée , d'oeufs
& de fromage , mets exquis pour
les Paifans ; ce que fignifie propre.
ment le mot de Macoroni prononcé
avec tant d'appétit , par l'Harlequin
da Theatre Italien. Ceci bien entendu.
Il eft têms préfentement de ré-.
prendre l'Iliade Traveftie.
70 LE NOUVEAU
1
L'Auteur débute par une Epître
à Monfeigneur le Duc de Noailles :
Elle eft fur le ton qui convient à un
Auteur auffi enjoüé ; en voilà la
la preuve,
GRAND Due , à vos pareils ,
quand on offre un ouvrage ,
» La coutume eft de les louer ;
Celui que j'ofe vous vouer
" M'obligeroit à ce langage ,
» Et cependant , Grand Duc , je ne
vons lonerai
ן כ
pas.
" Mettre les vertus en un tas
»Vous jetter le tas à la jête,
» Vous celebrer comme une Fête
Rien ne me feroit plus dife ;
» Mais tout bien vù , tout bien
pefé ,
plus je vois qu'il eft ordinaire
» De louer en pareille affaire ;
plus l'ufage en afait une necefité ,
• Moins icy vous ferés Fêté.
On trouve plufieurs traits de cette
efpéce dans le reste de l'Epitre Dé.
dicatoire. Aprés quoi fuit une Préface
dans laquelle l'Auteur prétend
MER CURE. 71
démontrer que fon Iliade Travestie
n'eft point mafquée dans le gout du
Virgile travefti de M. Scaron ; il
convient bien qu'il a travaillé dans
le même genre ; mais avec cette différence
, qu'il a choifi une autre efpéce
de comique , pour le prouver
-il donne une comparaifon digne d'un
Auteur Burleſque en s'exprimant
ainfi .
Fe uous dirois fans façon qu'un Epagneul
& qu'un Bichon font tous deux
du genre des chiens , & cependant
d'une differene espece ; mais fans lo
Jecours de ces deux chiens ; vous écom -
prenes fans doute ce que je veux dire .
Non content de cet exemple fenfible
, il montre enfuite par la raifon
, en quoy fon comique eft different
de celui de fon Predeceffeur ; felon
lui le Burleſque ou le Pfaifant de
M. Scaron eft plus dépendant de la
boufonerie des termes , que de la
pentée ; c'eſt la façon dont il exprime
fa penfée , qui divertit plus que
fa penfée même ; les termes font
vraiment burlesques ; mais fes recits
depouillez de cette expreffion
72 LE NOUVEAU
[
poliffone qu'il polledoit au fouverain
degré , lui donnent lieu de douter
qu'ils paruffent divertiflants par
>>eux -mêmes .
Voyons à préfent la methode dif.
ferente que notre Auteur a fuivie ;
j'ai tâché , dit- il , de divertir par
unecombinaifon depensées ,quifut
comique & facetienfe , & qui fans
le fecours des termes , eût unfond
plaifant, &fit une image réjouif
fante .
Cette forte de comique , quand on
Fattrape , eft bien plus fenfible à
J'efprit , qu'un mot boufon , l'efprit
eftant ples occupé par ce burlefque,,
que par celui qui eft dans les termes.
C'est au Lecteurà decider, s'il l'a
emporté à cet égard fur M. Scaron .
Quoi qu'il en foit , on ne peut lui
refufer la louange d'avoir mis fes perfonages
en action , il eft vrai qu'il
- la doit , cette action , en partie à
Homere , chez qui les Heros parlent
prefque toûjours & non le Poëte ;
-au lieu que dans Virgile , c'eft le
Poëte ordinairement , & non les
perfonages
MERCURE. 73
perfonages ; c'eft ce qui a engagé M.
Scaron , en fuivant de trop prés fon
original , de tomber neceflairement
dans le recit.
On croit découvrir de plus , dans
M. de Marivaux , certains traits de
morale , tirez heureuſement de la
plaifanterie , c'eft ce que M. Scaron
n'a pas çû employer .
Il feroit à fouhaiter qu'ils fusfent
plus frequens dans notre Auteur , fon
ouvrage en feroit encore plus efti .
mé.
J'en rapporterai ici quelques fragmens
, fur lefquels le Lecteur pourra
porter jugement . Junon allarmée dans
le deuxième livre , de la refolution
où elle voit l'armée Grecque , de ſe
rembarquer.
A Pallas elle couras viste ,
Et cette pucelle hypocrite ,
A qui tout mâle deplait tant,
Alors fe decraffoit pourtant ;
Et admirant fa toilette ,
Baiffoit , hauffoit fa gorgerette
D'une maniere que l'on pût ,
Février 171 > G
LE NOUVEAU
74
Sans penfer quelle le voulut ,
De fa gorge entrevoir les char
mes
›
Etpuis que l'on rendit les armes ,
C'est ainsi que la vanité .
Fait olftacle à la chafteté ;
Et que lafille la plus lage
Cherche pourtant un tendre
hommage ,
Et dit aprés quand on luy rend
Mais voyez
donc l'impertinent
!
Peut - on rien de plus plaifant &
en même tems une réflexion mieux
pife de fon fujet que le commencement
du quatriéme Livre.
Dans la Salle du Firmament
Les Dieux eftoient en ce moment,
Et là le ventre à table ronde
Parloient des affaires du monde.
Hbé , la bouteille à la main ,
Difoit ; qui vem, un doigt de vin?
Le vin , quand on boit chopine ,
Ragaillardit l'humeur divine
MERCURE
-75
On vint a parler d'Ilion ;
L'un en s'effuyant le menton ,
Dit , avant de vuider fon verre,
Que je plains cette pauvre Terre !
Moyje voudrois que la cité ,
Difoit l'autre , fut vigne ou Pré.
De ces difcours la difference
Fait voir, que malgré leur puiſſance,
Ils ont pour tout droit plus que nous,
D'eftre deplus durables fons .
Dans le premier livre, Achille s'emportant
violemment contre Agamemnon
, en vient aux expreffions les
plus dures.
Et là deffus quelques murmures
,
Firent maistre encore des inju
res .
>
Sansfaçon , alors les Heros
Se lachoient de fort vilains
mots .
Nos grands Seigneurs ont un
langage
Gij
76 LE NOUVEAU
Nettoyé de tout brusque outrage
,
Mais fi leur langage eft plus .
pur,
Leur coeur eft plus fourbe , &
moins fûr,
Et tout bien comptéje prefere
Les Ruftiques Heros d'Homere.
L'endroit de la ceinture de Venus
eft trop remarquable, pour eftre mis
dans cet Extrait.
Lecteur, vous demandezpeutêtre
1
Ce que ce tiffupouvoit être
Mais la Motte , Auteur delicat,
Nous enfait unfort joliplat ,
Il le definit un fymbole :
Moi, je l'euffe appelle la cole ,
Quifaitque le coeurd'un amant,
MERCURE. 77.
A l'amour s'attache aisément
C'est pour ce tissu fifripon
Que l'on faitpleurer fans oi
gnon,
C'est par lui qu'une femme adroite
,
Difant, oftez - vous, vous arrefte,
De lui , nous viennent ces
mots-là .
Fy , donc , Monfieur , laiſſez
cela •
fort
Je finirai cet extrait par l'évocation
de l'ombre d' Homere qui m'a paru
comique.
Il feint qu'elle fe prefente à lui.
Afon apparition, notre Auteur lui
parle ainfi ,
Illuſtre Trepaff .
Fe defirefavoir de vous;
Si mon ftile boufon vous a mis en cour
TOUX
Gj
78 LE NOUVEAU
Certaine troupe icy ... Bonbon ! reprit
Homere ,
C'est une gente vifionnaire
Quim'a pris en affection,
Ne fçais-tu pas qu'un chacun a fafo.
lie ?
Celle de ces. Meffieurs, eft l'admiration ;
Ecrire un pot pourri d'imagination ,
Fut autrefois mafrenefie ;
La tienne eft de nous railler tous ;
Va ton train , les rieurs font les moins.
fous.
L'Homere travefti fe vend chez
Pierre Prault , à l'entrée du Quay
de Gefvres , au Paradis.
audace , vient de nous donner
envers,l'Homere trauesti.Qui auroitcrû
qu'aprés M. Scaron, il dut s'élever
de nos jours un autre Poëtë alfez
boufon , pour tenter de faire de ·
nouvelles découvertes dans ce Pays
comique ? Ce jeune Auteur fe declare
cependant aujourd'hui fon rival dans
ce genre d'écrire ; & fans trop s'embaraffer
du prejugé favorable, où l'on
eſt pour le Chantre du Typhon ; il a
crû qu'il ne luy eeffttooiitt pas défendu
d'eflayer de faire rire encore une fois,
on peut aflurer qu'il y a parfaitement
réuffi .
d'en ex-
Il a choisi dans ce deffein la fameuſe
Iliade , pour l'oppoſer à l'Æneide de
M. Scaron ; mais avant que
traire quelques morceaux , ne feroitil
pas convenable que je file ici un
petit avant-propos fur ce que l'on
doit entendre par les termes de Burlefque
& de Macaronique , que l'on
confond fouvent l'un avec l'autre.
Burlesque est un mot allez moderne
, puifque Sarafin le vante d'en
avoir.ufe le premier ; il prefente l'i .
MERCURE.
67.1
dée de plaifant , gaillard , tirant fur
le ridicule ; il nous eft venu a'Italie ,
Pays aflez abondant en Farccurs &
en Poëtes burlesques . Bernica a efté
- le premier qui a écrit dans ce ftile
enfuite Lalli , Caporali &c . Vers lemilieu
de l'autre Siecle cette Poëfie
batarde eftoit fi fort à la mode qu'en
1649 , il parut un livre avec ce titre,
la Paffion de Noftre Seigneur en vers
burlesques ; mais la trop grande licence
des Poëtes ayant indifpofé les
efprits , on la bannit bien - toft de la
Cour & de la Ville ; elle fut obligé
de fe refugier dans les Provinces ; &
bien - toft aprés de fe taire entierement
; elle trouva enfin fon tombeau ,
dans le Virgile travesti , qui fera
peut - eftre le feul monument qui
nous reftera dans ce genre ; à moins
que noftre nouvel Auteur ne merite
les mêmes honneurs en la refufcitant .
M. Defpreaux a lancé de terribles
traits contre cette forte de Pocke
témoins ces vers fi bien frapez.
En dépit du bon fens le burlesque effronté
,
Trompa les yeux d'abord: Plutpar fa
Fiiij
68 LE NOUTEAU
nouveauté ;
Mais dece ftile enfin la Cour defabu-.
fee,
Dedaigna de ces vers l'extravagance..
aifée ;
Distingua le naïf, dn plat & du ..
boufon;
Et laifa la Province admirer le Typhon,
Que ce style jamais ne fouille võtre
ouvrage
Imitons de Marot l'elegant badinage-
Et laißons le burlesque aux Plaifants
du pont- Neuf.
Il y aencore une autre efpece de
Poëfie burlefque Macaronique , faite
de mots forgez du Latin & de la langue
maternelle. Par exemple ces vers
fi connus , citez par Rabelais dans le
Chapitre 13 du L. 4.
Hic eft de patria natusde gente beliftza,
Quifolet antiquo bribas portare bifacso
Ou bien ces deux autres tirez d'un
Poëme Macaronique de bello Hugonotice
, où parlant des cruautez que
MERCURE தே
les Huguenots exerçoient fur les
Moines , on ajoûte :
De que illisfaciunt auciffos atque
bodinos ,
Nunquam vifafuit canailla bri.
gandior ifta..
Ce fut Theophile Folengi , Moine
Benedictin de Mantonë , qui mit les
vers Macaroniques en crédit parfon
Hiftoire de Merlin. Cocaye au
commencement du feiziéme fécle ›
il mourut en 15 44. On fçait
que Macarone , chez les Italiens
fignifioit un homme groffier & ruf
tique ce qui vient des Macarons
d'Italie , qui font de petits Gateaux
faits de farine non blutée , d'oeufs
& de fromage , mets exquis pour
les Paifans ; ce que fignifie propre.
ment le mot de Macoroni prononcé
avec tant d'appétit , par l'Harlequin
da Theatre Italien. Ceci bien entendu.
Il eft têms préfentement de ré-.
prendre l'Iliade Traveftie.
70 LE NOUVEAU
1
L'Auteur débute par une Epître
à Monfeigneur le Duc de Noailles :
Elle eft fur le ton qui convient à un
Auteur auffi enjoüé ; en voilà la
la preuve,
GRAND Due , à vos pareils ,
quand on offre un ouvrage ,
» La coutume eft de les louer ;
Celui que j'ofe vous vouer
" M'obligeroit à ce langage ,
» Et cependant , Grand Duc , je ne
vons lonerai
ן כ
pas.
" Mettre les vertus en un tas
»Vous jetter le tas à la jête,
» Vous celebrer comme une Fête
Rien ne me feroit plus dife ;
» Mais tout bien vù , tout bien
pefé ,
plus je vois qu'il eft ordinaire
» De louer en pareille affaire ;
plus l'ufage en afait une necefité ,
• Moins icy vous ferés Fêté.
On trouve plufieurs traits de cette
efpéce dans le reste de l'Epitre Dé.
dicatoire. Aprés quoi fuit une Préface
dans laquelle l'Auteur prétend
MER CURE. 71
démontrer que fon Iliade Travestie
n'eft point mafquée dans le gout du
Virgile travefti de M. Scaron ; il
convient bien qu'il a travaillé dans
le même genre ; mais avec cette différence
, qu'il a choifi une autre efpéce
de comique , pour le prouver
-il donne une comparaifon digne d'un
Auteur Burleſque en s'exprimant
ainfi .
Fe uous dirois fans façon qu'un Epagneul
& qu'un Bichon font tous deux
du genre des chiens , & cependant
d'une differene espece ; mais fans lo
Jecours de ces deux chiens ; vous écom -
prenes fans doute ce que je veux dire .
Non content de cet exemple fenfible
, il montre enfuite par la raifon
, en quoy fon comique eft different
de celui de fon Predeceffeur ; felon
lui le Burleſque ou le Pfaifant de
M. Scaron eft plus dépendant de la
boufonerie des termes , que de la
pentée ; c'eſt la façon dont il exprime
fa penfée , qui divertit plus que
fa penfée même ; les termes font
vraiment burlesques ; mais fes recits
depouillez de cette expreffion
72 LE NOUVEAU
[
poliffone qu'il polledoit au fouverain
degré , lui donnent lieu de douter
qu'ils paruffent divertiflants par
>>eux -mêmes .
Voyons à préfent la methode dif.
ferente que notre Auteur a fuivie ;
j'ai tâché , dit- il , de divertir par
unecombinaifon depensées ,quifut
comique & facetienfe , & qui fans
le fecours des termes , eût unfond
plaifant, &fit une image réjouif
fante .
Cette forte de comique , quand on
Fattrape , eft bien plus fenfible à
J'efprit , qu'un mot boufon , l'efprit
eftant ples occupé par ce burlefque,,
que par celui qui eft dans les termes.
C'est au Lecteurà decider, s'il l'a
emporté à cet égard fur M. Scaron .
Quoi qu'il en foit , on ne peut lui
refufer la louange d'avoir mis fes perfonages
en action , il eft vrai qu'il
- la doit , cette action , en partie à
Homere , chez qui les Heros parlent
prefque toûjours & non le Poëte ;
-au lieu que dans Virgile , c'eft le
Poëte ordinairement , & non les
perfonages
MERCURE. 73
perfonages ; c'eft ce qui a engagé M.
Scaron , en fuivant de trop prés fon
original , de tomber neceflairement
dans le recit.
On croit découvrir de plus , dans
M. de Marivaux , certains traits de
morale , tirez heureuſement de la
plaifanterie , c'eft ce que M. Scaron
n'a pas çû employer .
Il feroit à fouhaiter qu'ils fusfent
plus frequens dans notre Auteur , fon
ouvrage en feroit encore plus efti .
mé.
J'en rapporterai ici quelques fragmens
, fur lefquels le Lecteur pourra
porter jugement . Junon allarmée dans
le deuxième livre , de la refolution
où elle voit l'armée Grecque , de ſe
rembarquer.
A Pallas elle couras viste ,
Et cette pucelle hypocrite ,
A qui tout mâle deplait tant,
Alors fe decraffoit pourtant ;
Et admirant fa toilette ,
Baiffoit , hauffoit fa gorgerette
D'une maniere que l'on pût ,
Février 171 > G
LE NOUVEAU
74
Sans penfer quelle le voulut ,
De fa gorge entrevoir les char
mes
›
Etpuis que l'on rendit les armes ,
C'est ainsi que la vanité .
Fait olftacle à la chafteté ;
Et que lafille la plus lage
Cherche pourtant un tendre
hommage ,
Et dit aprés quand on luy rend
Mais voyez
donc l'impertinent
!
Peut - on rien de plus plaifant &
en même tems une réflexion mieux
pife de fon fujet que le commencement
du quatriéme Livre.
Dans la Salle du Firmament
Les Dieux eftoient en ce moment,
Et là le ventre à table ronde
Parloient des affaires du monde.
Hbé , la bouteille à la main ,
Difoit ; qui vem, un doigt de vin?
Le vin , quand on boit chopine ,
Ragaillardit l'humeur divine
MERCURE
-75
On vint a parler d'Ilion ;
L'un en s'effuyant le menton ,
Dit , avant de vuider fon verre,
Que je plains cette pauvre Terre !
Moyje voudrois que la cité ,
Difoit l'autre , fut vigne ou Pré.
De ces difcours la difference
Fait voir, que malgré leur puiſſance,
Ils ont pour tout droit plus que nous,
D'eftre deplus durables fons .
Dans le premier livre, Achille s'emportant
violemment contre Agamemnon
, en vient aux expreffions les
plus dures.
Et là deffus quelques murmures
,
Firent maistre encore des inju
res .
>
Sansfaçon , alors les Heros
Se lachoient de fort vilains
mots .
Nos grands Seigneurs ont un
langage
Gij
76 LE NOUVEAU
Nettoyé de tout brusque outrage
,
Mais fi leur langage eft plus .
pur,
Leur coeur eft plus fourbe , &
moins fûr,
Et tout bien comptéje prefere
Les Ruftiques Heros d'Homere.
L'endroit de la ceinture de Venus
eft trop remarquable, pour eftre mis
dans cet Extrait.
Lecteur, vous demandezpeutêtre
1
Ce que ce tiffupouvoit être
Mais la Motte , Auteur delicat,
Nous enfait unfort joliplat ,
Il le definit un fymbole :
Moi, je l'euffe appelle la cole ,
Quifaitque le coeurd'un amant,
MERCURE. 77.
A l'amour s'attache aisément
C'est pour ce tissu fifripon
Que l'on faitpleurer fans oi
gnon,
C'est par lui qu'une femme adroite
,
Difant, oftez - vous, vous arrefte,
De lui , nous viennent ces
mots-là .
Fy , donc , Monfieur , laiſſez
cela •
fort
Je finirai cet extrait par l'évocation
de l'ombre d' Homere qui m'a paru
comique.
Il feint qu'elle fe prefente à lui.
Afon apparition, notre Auteur lui
parle ainfi ,
Illuſtre Trepaff .
Fe defirefavoir de vous;
Si mon ftile boufon vous a mis en cour
TOUX
Gj
78 LE NOUVEAU
Certaine troupe icy ... Bonbon ! reprit
Homere ,
C'est une gente vifionnaire
Quim'a pris en affection,
Ne fçais-tu pas qu'un chacun a fafo.
lie ?
Celle de ces. Meffieurs, eft l'admiration ;
Ecrire un pot pourri d'imagination ,
Fut autrefois mafrenefie ;
La tienne eft de nous railler tous ;
Va ton train , les rieurs font les moins.
fous.
L'Homere travefti fe vend chez
Pierre Prault , à l'entrée du Quay
de Gefvres , au Paradis.
Fermer
1098
p. 112-118
A Paris ce 23 Février 1717.
Début :
Je satisfais volontiers, M. à la demande que vous avez bien [...]
Mots clefs :
Incendie, Feu, Marchand, Combustibles, Négligence, Secours, Sauvetage, Marchandises, Pompes à incendie, Danger, Maisons, Dommages, Reconstruction, Citoyens, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris ce 23 Février 1717.
A Paris ce 23 Février 1717 .
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
E fatisfais volontiers , M, à la demande
que vous avez bien voulu
me faire , que je vous informafle de
ce que j'ai vû , & de ce que je pou
rois apprendre de l'incendie arrivée
au quartier où je demeure : Je ne
vous l'envoye cependant que fur la
promeffe , que vous m'avez faite
d'ajoûterez , ou de retrancher ce que
vous jugerez à propos .
Le 16 de ce mois , le feu prit entre
deux & trois heures du matin.
dans une maison qui faifoit le coin
au midy des rues faint Martin & de
faint Merry , chez le fieur Ferand Epicier.
Comme le principal commerce de
ce Marchand eftoit la cire ; fa maifon
eftoit par confequent remplie de
poix -railines , mêches, & autres matieres
combustibles,
MERCURE. 113
Ce feu , qui par la negligence de
fes garçons , prit à une des chambres
du fecond étage , où ils s'endormirent
en travaillant,ne fut pas long
tems ,fans fe communiquer dans toutes
les parties du bâtiment , dont le
corps n'étoit que de bois ; il devint
des plus violents & des plus dangereux
, qu'on eut vû dépuis long- tems
à Paris ; puifque pendant plus de 4
heures , il poulla en l'air des charbons
& flammêches , dont le vent
qui eftoit au Sud- Ouest , en porta fur
des maifons à plus de cinq cent pas
de là ; il enflamma vis-à- vis , à travers
la rue neuve faint Mery , plufieurs
chaffis & croifées de la maifon
où demeure un Notaire ; enfin ce
quartier fe trouva dans un peril évident
pendant plus de fix heures, on en
fut delivré par les fecours qu'on y
apporta ; ce qui fut executé fous les
ordres , & en la prefence de Melfieurs,
les Prevost des Marchands & Eche.
vins , de Meffieurs les Lieutenant
Civil , & Procureur du Roy du
Châtelet.
Kiij
114 LE NOUVEAU
Les premiers fecours & les plus éfficaces
que l'on pût donner dans ces
premiers moments , furent de fauver
les marchandifes qui étoient dans la
boutique , & quelques effets du premier
étage , ce que l'on ne pût executer
fans beaucoup de difficulté , tant
à cauſe de la cire fonduë qui tomboit
à travers les planchers du fecond, que
parce que le feu gagna l'unique efcalier
qui eftoit dans cette maiſon ; ce
qui réduifit ceux qui fe trouverent
pour lors au premier étage , dans la
neceffité de defcendre par les fenêtres
, à la faveur des échelles qu'on y
pofa . Comme cette maiſon fe trouvoit
alors trop embrazée, pour l'em+
pêcher de brûler;que le feu commençoit
à gagner les maiſons voisines , le
principal objet devoit eftre d'en arrêter
le cours ,c'eft à quoi les uns s'occuperent
, en y portant de l'eau avec les
premiers feaux de la Ville qui fe
trouverent à la main , pendant que
les autres firent des baftards - d'eau,
pour que les pompes dont on efperoit
le plus , n'attendiffent point aprés
MERCURE .
105
l'eau , quand elles feroient placées ;
c'eft à quoy fervirent utilement plufieures
faignées que l'on fit à des
tuyaux qui paffent fous le pavé de ce
quartier.
Auffi-toft que les pompes furent
arrivées , le Sieur du Perier , & fes
gens ne furent pas long - tems à les
diftribuer & à les mettre en état
dans les endroits neceffaires ; Elles
commencerent àjouer à fix heures ,
& cotinuerent avec tant de fuccés,
qu'en moins de quatre heures , elles
firent celler le danger qui menaçoit
toute ce quartier , elles furent
fervies par les trente - deux hạm.
mes qui font deftinez à cet ufage :
Elles eftoient au nombre de huit , il
n'en falloit pas moins , à cauſe que
de tems en tems il s'en trouvoit
d'interrompuës pour n'être
point allez menagées , & pendant
qu'on les rétablifoit elles
eftoient remplacées par d'autres . Je
ne pourrois, fansfaire tort au Sieur
du Perier , taire ici les mouve-
9 :
" LE NOUVEAU
116
mens qu'il le donna dans cette occafion
; ils furent , tels que fes gens ,
& les autres ouvriers qui travailloient
à ce feu , n'en
n'en pouvants
faire
ceffer le danger,fans fe mettre en peril
de leur vie ; il y expofa plufieurs
fois la fienne pour les exciter par fon
exemple .
,
Sur les dix heures du matin , le plus
important travail eftant achevé , qui
avoit confifté à couper , & éteindre
le feu qui gagnoit a droite & à gauche
les maifons voifines; Il s'agilfoit
pour lors d'en étouffer un autre ,
qui menaçoit les caves de cette
maifon remplies d'un grand nombre
de tonneaux de cires & de
quelques autres marchandifes . Ces
caves avoient quelques illuës qu'on
n'avoit pû boucher , principalement
un petit efcalier dérobé , qui eftoit
au fond de la boutique ; il eftoit
tombé fur un endroit de la vout
deux poutres debout , qui auroient
pû la crever ; cette voute eftoit de
plus chargée des debris de l'incendie ;
comme le tout compofoit
enMERCU
RE.
117
&
core un feu épouventable , il fur
attaqué avec toutes les pompes, principalement
par les endroits de cette
cave que l'on crût ouverts
par un nombre infini de feaux
d'eau,dans les endroits où on les
pou
voit jetter. Ce qui fut continué juſqu'à
ce qu'on eut noyé & étouffé ce
feu ; on conçût pour lors l'efperance
de fauver pour plus de 30 mille livres
de marchandiſes , que l'on retrouva
deux jours aprés que l'on eut
achevé de dégager l'entrée defdites
caves,dans lefquelles il ne fut pas aifé
d'entrer pour les en tirer , à caufe de
la fumée de & l'eau dont elleseftoient
remplies..
Le dommage de ce feu confifte en
la aifon de l'Epicier , qui eft brû….
lée jufqu'au rez de chauffée de la Ruë ,
fes marchandifes qui eftoient dans
les chambres , la plupart de fes meubles,
quelques papiers & argent comtant
; à l'égard des petites maifons
attenantes , lefquelles font au nombe
de trois , dont deux dans la rue
faint Martin , & une, ruë, neuve S.
1 LE NOUVEAU
Mery;on aura de la peine à fe difpenfer
de rebâtir celle qui eft la plus proche
de la maiſon brûlée, du côté de la
rue S.Martin, dans laquelle demeuroit
un Boulanger , dont le comble eft
abbatu , & le murfeft un peu panché.
La curiofité amenoit à cet affreux
ſpectacle , des gens oififs , qui venoient
jouir , pour ainfi dire , de la
terreur & du peril des Citoyens fecourables,
les Archers faifilloient de
tems à autre ces badauds faineants, &
on les forçoit incivilement à jouer
un rôle utile dans cette tragedie.
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1099
p. 175-178
Analise du Discours prononcé en Latin par le R. P. Poirée, Professeur d'Eloquence, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 de ce mois le R. P. Poirée Professeur d'Eloquence, au College [...]
Mots clefs :
Professeur, Discours, Éloquence, Latin, Soleil, Passion, Moeurs, Amusements, Duchesses, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Analise du Discours prononcé en Latin par le R. P. Poirée, Professeur d'Eloquence, [titre d'après la table]
Le 24 de ce mois le R. P. Poirée
Profefleur d'Eloquence , au College
de Louis le Grand " prononça un
Difcours Latin , dans lequel il traita
la queftion .
S'il eft permis de s'appuyer des
moeurs dont le germe ſe montre dans
le premier âge des Princes , pour au
gurer leur grandeur future .
176 LE NOUVEAU
L'Orateur commença fonDiſcours
par cette grande Image . Le Soleil
dans les Cieux , les Roys fur la Terre
, offrent un grand fpectacle. Ce
fut là pour ainfi dire fon Texte. Il
divifa fon difcours en deux Parties .
Dans la premiére , l'Orateur fit voir
que dés la plus tendre enfance , la nature
produifoit des fignes favorab'es
ou finiftres du futur caractere des
Princes , que dans le choix de leurs
amuſements même, on pouvoit preffentir
leurs affections dominantes .
Il alla plus loin : il prétendit que
le caractere de l'âme étoit pour l'ordinaire
imprimé dans le vifage , que
les paffions & les moeurs fe montroient
dans les yeux de l'homme .
Enfin il fit fentir combien ces paroles
naïves que la nature hazarde dans
un âge où elle n'eft fufpecte d'aucune
diffimulation , combien dis - je
ces paroles doivent entrer en confideration
dans le Jugement qu'on
ofe porter des jeunes Souverains.
Cela étoit foutenu du fpectacle interzellant
des inclinations naillantes de.
MERCURE. 177
Sa Majefté , de fes amulements favo
ris , de plufieurs difcours où fon ame
fe montre fans déguiſement , qui
furent prefentéz comme autant d'oracles
qui préfageoient un Regne
illuftre .
Dans la feconde partie , l'Orateur
établit que tant d'augures favorables
qui avoient fondés nos efperances
dans fa prémiére partie , ne fuffifoient
pas encore pour établir une
ferme confiance ; & que les dons
de la nature devoient être cultivés
dans les enfans par une heureuſe
éducation : Il examina l'éducation
à, differents égards ; Par la nature
des preceptes , & des Leçons qu'on
prefente au Prince ; par les exemples
dont on foûtient ces Leçons ,
& par le caractere des perfonnes
aufquelles le Prince eft confié.
Cela donna lieu à l'Orateur de
faire de magnifiques éloges de Mgr.
le Duc du Maine , de M. le Maréchal
de Villeroy , de Mde la Ducheffe
de Vantadour , de M. de
Fleury , ancien Evêque de Frejus,
#78 LE NOUVEAU
Le mois prochain nous donne
rons un extrait plus étendu de cet
éloquent Difcours , qui receut les applaudiffements
d'une affemblée Illuftre
, compofée des Cardinaux de
Rohan , de Polignac & de Biffy ,
de plus de trente Evêques , de grand
nombre de Magiftrats & autres per
fonnes diftinguées de tous les ordres.
Profefleur d'Eloquence , au College
de Louis le Grand " prononça un
Difcours Latin , dans lequel il traita
la queftion .
S'il eft permis de s'appuyer des
moeurs dont le germe ſe montre dans
le premier âge des Princes , pour au
gurer leur grandeur future .
176 LE NOUVEAU
L'Orateur commença fonDiſcours
par cette grande Image . Le Soleil
dans les Cieux , les Roys fur la Terre
, offrent un grand fpectacle. Ce
fut là pour ainfi dire fon Texte. Il
divifa fon difcours en deux Parties .
Dans la premiére , l'Orateur fit voir
que dés la plus tendre enfance , la nature
produifoit des fignes favorab'es
ou finiftres du futur caractere des
Princes , que dans le choix de leurs
amuſements même, on pouvoit preffentir
leurs affections dominantes .
Il alla plus loin : il prétendit que
le caractere de l'âme étoit pour l'ordinaire
imprimé dans le vifage , que
les paffions & les moeurs fe montroient
dans les yeux de l'homme .
Enfin il fit fentir combien ces paroles
naïves que la nature hazarde dans
un âge où elle n'eft fufpecte d'aucune
diffimulation , combien dis - je
ces paroles doivent entrer en confideration
dans le Jugement qu'on
ofe porter des jeunes Souverains.
Cela étoit foutenu du fpectacle interzellant
des inclinations naillantes de.
MERCURE. 177
Sa Majefté , de fes amulements favo
ris , de plufieurs difcours où fon ame
fe montre fans déguiſement , qui
furent prefentéz comme autant d'oracles
qui préfageoient un Regne
illuftre .
Dans la feconde partie , l'Orateur
établit que tant d'augures favorables
qui avoient fondés nos efperances
dans fa prémiére partie , ne fuffifoient
pas encore pour établir une
ferme confiance ; & que les dons
de la nature devoient être cultivés
dans les enfans par une heureuſe
éducation : Il examina l'éducation
à, differents égards ; Par la nature
des preceptes , & des Leçons qu'on
prefente au Prince ; par les exemples
dont on foûtient ces Leçons ,
& par le caractere des perfonnes
aufquelles le Prince eft confié.
Cela donna lieu à l'Orateur de
faire de magnifiques éloges de Mgr.
le Duc du Maine , de M. le Maréchal
de Villeroy , de Mde la Ducheffe
de Vantadour , de M. de
Fleury , ancien Evêque de Frejus,
#78 LE NOUVEAU
Le mois prochain nous donne
rons un extrait plus étendu de cet
éloquent Difcours , qui receut les applaudiffements
d'une affemblée Illuftre
, compofée des Cardinaux de
Rohan , de Polignac & de Biffy ,
de plus de trente Evêques , de grand
nombre de Magiftrats & autres per
fonnes diftinguées de tous les ordres.
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1100
p. 178-179
LIVRES Nouvellement imprimez à Paris.
Début :
Tibiades, nouveau genre de Piéces pour la Flute & le Haut-Bois, [...]
Mots clefs :
Flûte, Haut-bois, Nouvelles pièces, Réflexions politiques, Musique
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES Nouvellement imprimez à Paris.
LIVRES
Nouvellement
imprimez
T
à Paris .
Ibiades nouveau genre de
de Piéces pour la Flute & le
Haut- Bois , de la compofition du
fieur Chauvon Huiffier de la Chambre
de S. A. R. Monſeigneur le
Regent , chez Foucault , rue faint
Honoré , à l'Aigle d'or , in quarto
Reflexions politiques & morales ,
MER CURE. 179
-
par M. l'Abbé Pegere , dédiées à M.
le Duc de Noailles , chez Billiot
rue de la Harpe , à la Ville de Paris ,
on en donnera l'Extrait le mois
fuivant.
Le fieur Marais ordinaire de la
Mufique de la Chambre du Roy ,
ayant compofé un nouveau Livre
de Pieces , a une & à trois Violes
avertit le Public , qu'il efpére l'expofer
en vente à la fin du mois de
Mars prochain , on en parlera pour
lors plus au long.
Nouvellement
imprimez
T
à Paris .
Ibiades nouveau genre de
de Piéces pour la Flute & le
Haut- Bois , de la compofition du
fieur Chauvon Huiffier de la Chambre
de S. A. R. Monſeigneur le
Regent , chez Foucault , rue faint
Honoré , à l'Aigle d'or , in quarto
Reflexions politiques & morales ,
MER CURE. 179
-
par M. l'Abbé Pegere , dédiées à M.
le Duc de Noailles , chez Billiot
rue de la Harpe , à la Ville de Paris ,
on en donnera l'Extrait le mois
fuivant.
Le fieur Marais ordinaire de la
Mufique de la Chambre du Roy ,
ayant compofé un nouveau Livre
de Pieces , a une & à trois Violes
avertit le Public , qu'il efpére l'expofer
en vente à la fin du mois de
Mars prochain , on en parlera pour
lors plus au long.
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