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12851
p. 240
De Barcelonne le 10 Octobre.
Début :
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3 [...]
Mots clefs :
Barcelone, Naissance du duc de Bourgogne, François de Puyabry
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texteReconnaissance textuelle : De Barcelonne le 10 Octobre.
De Barcelonne le 10 Octobre.
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise
à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3
heures du matin, la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, il se rendit à la pointe du jour
chez M. le Marquis de Lamina pour lui communi-
quer cette agréable nouvelle: ee Commandant
en témoigna une joye iufinie, & en sit part à tous
les Officiers de la Garnison. Ce Consul apprit en-
suite à tous les Négocians & aux autres François
résidens à Barcelonne cet évenement. Ils se ren-
dirent tous chez lui avec empressement pour le
complimenter à cette occasion, & cette heureuse
naissance fut célebrée avec toute sorte d'allégresse.
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise
à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3
heures du matin, la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, il se rendit à la pointe du jour
chez M. le Marquis de Lamina pour lui communi-
quer cette agréable nouvelle: ee Commandant
en témoigna une joye iufinie, & en sit part à tous
les Officiers de la Garnison. Ce Consul apprit en-
suite à tous les Négocians & aux autres François
résidens à Barcelonne cet évenement. Ils se ren-
dirent tous chez lui avec empressement pour le
complimenter à cette occasion, & cette heureuse
naissance fut célebrée avec toute sorte d'allégresse.
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Résumé : De Barcelonne le 10 Octobre.
Le 10 octobre, M. de Puyabry, Consul de France à Barcelone, a annoncé la naissance du Duc de Bourgogne le 19 septembre. La nouvelle a été partagée avec M. le Marquis de Lamina et les officiers, puis avec les négociants français. Tous ont exprimé leur joie et célébré l'événement.
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12852
p. 240
De Lisbonne le 26 Octobre.
Début :
La Nation Françoise a fait chanter une grande Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Naissance du duc de Bourgogne, Nation française
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texteReconnaissance textuelle : De Lisbonne le 26 Octobre.
De Lisbonne le 26 Octobre.
La Nation Françoise a fait chanter une grande
Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de
Saint Louis, & tous les François établis ici ont
fait illuminer leurs maisons à l'occasion de la nais-
saoce de Monseigneur le Duc de Bourgogne. M.
du Verney Consul de France, donna le même jout
à diner à Messicurs les Sécrétaires d'Etat, aux Mi-
nistres éttangers, & à plusieurs des principaux Sei-
gneure de cette Cour; il fit illuminet sa maison, &
il donna un bal qui ne finit qu'avec la nuit; il fut
précédé de rafraschissemens, & interrompu par
un souper pour 80 personnes.
La Nation Françoise a fait chanter une grande
Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de
Saint Louis, & tous les François établis ici ont
fait illuminer leurs maisons à l'occasion de la nais-
saoce de Monseigneur le Duc de Bourgogne. M.
du Verney Consul de France, donna le même jout
à diner à Messicurs les Sécrétaires d'Etat, aux Mi-
nistres éttangers, & à plusieurs des principaux Sei-
gneure de cette Cour; il fit illuminet sa maison, &
il donna un bal qui ne finit qu'avec la nuit; il fut
précédé de rafraschissemens, & interrompu par
un souper pour 80 personnes.
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Résumé : De Lisbonne le 26 Octobre.
Le 26 octobre à Lisbonne, la Nation Française a célébré la naissance du Duc de Bourgogne par une messe et un Te Deum à l'église de Saint Louis. Les Français résidant à Lisbonne ont illuminé leurs maisons. Monsieur du Verney, Consul de France, a organisé un dîner avec des dignitaires et un bal suivi de rafraîchissements et d'un souper pour 80 personnes.
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12853
p. 240-241
De Malaga le 9 Novembre.
Début :
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga, a donné deux fêtes pour célebrer la naissance [...]
Mots clefs :
Málaga, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Malaga le 9 Novembre.
De Malaga le 9 Novembre.
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga,
a donné deux fêtes pour célebrer la naissance
de
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga,
a donné deux fêtes pour célebrer la naissance
de
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12854
p. 241
De Civitta Vechia le 15. Novembre.
Début :
M. Vedau, Consul de France, a donné ici des démonstrations publiques de sa joie à l'occasion [...]
Mots clefs :
Civitavecchia, Naissance du duc de Bourgogne, M. Vedau
12855
p. 242
De Nice le 24. Novembre.
Début :
M. Julien, Consul de France à Nice, exécuta le 22. de ce mois, la Fête qu'il s'étoit proposé [...]
Mots clefs :
Nice, Naissance du duc de Bourgogne, M. Julien, Consuls
12856
p. 243
De Cagliary le 29. Novembre.
Début :
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de [...]
Mots clefs :
Cagliari, Naissance du duc de Bourgogne, M. Le Grand, Fêtes, Ville, Consul de France
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texteReconnaissance textuelle : De Cagliary le 29. Novembre.
De Cagliary le 29. Novembre.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
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Résumé : De Cagliary le 29. Novembre.
Le 29 novembre à Cagliari, le Grand Consul de France a organisé des festivités pour célébrer la naissance du Duc de Bourgogne. Ces célébrations comprenaient des Quarante-heures et des indulgences accordées par l'Archevêque de la ville. L'église de Saint-Louis a été choisie pour l'événement, avec un grand-autel illuminé en pyramide et surmonté d'une statue de Saint-Louis sous un dais orné des armoiries du Roi, du Dauphin et du Duc de Bourgogne. Les festivités ont débuté par une salve d'artillerie et l'arboration du pavillon sur la façade de l'église. La Grande-Messe et le Te Deum ont été chantés par les meilleurs musiciens du royaume, et un discours a été prononcé par le Père Simon, jésuite. La clôture des Quarante-heures a eu lieu le troisième jour par une procession du Saint-Sacrement, à laquelle le Consul a assisté avec les consuls étrangers et les Français résidant dans la ville. Le premier jour, le Consul a invité cinquante personnes distinguées à dîner et a organisé un feu d'artifice. Sa maison a été illuminée par des flambeaux de cire vierge pendant les trois jours.
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12857
p. 244
De Senigaglia le 2. Décembre.
Début :
Mr le Comte de Beliandi Consul de France a fait chanter ici une Grande Messe & un Te [...]
Mots clefs :
Senigallia, Naissance du duc de Bourgogne, Comte de Beliandi
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texteReconnaissance textuelle : De Senigaglia le 2. Décembre.
De Senigaglia le 2. Décembre.
Mr le Comte de Beliandi Consul de France
a fait chanter ici une Grande Messe & un Te
Deum, en actions de graces de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Il
avoit fait choixdes meilleurs Musiciens de la
Chapelle de Loretto: il y eut pendant la cérémo-
nie une double décharge des mortiets.
Mr le Comte de Beliandi Consul de France
a fait chanter ici une Grande Messe & un Te
Deum, en actions de graces de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Il
avoit fait choixdes meilleurs Musiciens de la
Chapelle de Loretto: il y eut pendant la cérémo-
nie une double décharge des mortiets.
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12858
p. 244
D'Alicant le 8. Décembre.
Début :
La Nation françoise, établie dans cette Ville, a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes [...]
Mots clefs :
Alicante, Naissance du duc de Bourgogne, Nation française, Valence
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texteReconnaissance textuelle : D'Alicant le 8. Décembre.
D'Alicant le 8. Décembre.
La Nation françoise, établie dans cette Ville,
a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes
pour la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Elles ont duré pendant trois jours
qui se sont passés avec toute la décence possible,
il n'y a aucun Ftançois qui n'ait donné de res-
pectueux témoignages de sa joie, de son zéle
& de ses vooux pour la prospérité du Roi & de
la Famille Royale.
La Nation Francoise, établie à Valence
pareillement fait sa fête le 29. du mois passé avec
beaucoup d'éclat.
La Nation françoise, établie dans cette Ville,
a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes
pour la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Elles ont duré pendant trois jours
qui se sont passés avec toute la décence possible,
il n'y a aucun Ftançois qui n'ait donné de res-
pectueux témoignages de sa joie, de son zéle
& de ses vooux pour la prospérité du Roi & de
la Famille Royale.
La Nation Francoise, établie à Valence
pareillement fait sa fête le 29. du mois passé avec
beaucoup d'éclat.
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Résumé : D'Alicant le 8. Décembre.
Le 8 décembre à Alicante, la Nation française a célébré la naissance du Duc de Bourgogne. Les festivités ont commencé le 14 novembre et duré trois jours. La communauté française a exprimé sa joie et ses vœux pour la prospérité du Roi et de la Famille Royale. À Valence, une fête a eu lieu le 29 novembre.
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12859
p. 244-245
De Carthagene le 15. Décembre.
Début :
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Carthagène, Naissance du duc de Bourgogne, Nation, Église, Ville, Pays, Événement
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texteReconnaissance textuelle : De Carthagene le 15. Décembre.
De Carthagene le 15. Décembre.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
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Résumé : De Carthagene le 15. Décembre.
Les festivités en l'honneur de la naissance du Duc de Bourgogne commencèrent le 16 novembre à Carthagène avec un Te Deum interprété par les meilleurs musiciens du pays, suivi de feux d'artifice. Le gouverneur, les notables et les principaux habitants se rassemblèrent ensuite chez M. Marconiet, consul de la nation française, où ils furent accueillis avec de nombreux rafraîchissements. Le jour suivant, un service religieux avec musique et un sermon sur l'heureux événement eut lieu dans la même église. Le 28 novembre, la nation organisa un grand feu d'artifice. Les députés et négociants français établis à Murcie célébrèrent également cet événement de manière similaire.
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12860
p. 245
[D]'Ancône le 16 Décembre.
Début :
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de [...]
Mots clefs :
Ancône, Naissance du duc de Bourgogne, Marquis de Benincasa, Consul de France
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texteReconnaissance textuelle : [D]'Ancône le 16 Décembre.
[D]'Ancône le 16 Décembre.
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France
a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de
graces de l'heureuse Naissance de Monseigneur le
Duc do Bourgogne: M. l'Evêque, le Chapitre,
le Gouverneur, les Magistrats & la Noblesse
y ont issisté en Corps: pendant cette cérémonie
les Bâtimeis qui se sont trouves dans ce Port
n'ont pas cessé de tirer.
M. le Consul sit distribuer ce même jour, à
sa porte, du pain & de l'argent à environ deun
mille Pauvres. Ensuite lI sit exécuter une Cantate
& le soir la Maiion fut illuminée,
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France
a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de
graces de l'heureuse Naissance de Monseigneur le
Duc do Bourgogne: M. l'Evêque, le Chapitre,
le Gouverneur, les Magistrats & la Noblesse
y ont issisté en Corps: pendant cette cérémonie
les Bâtimeis qui se sont trouves dans ce Port
n'ont pas cessé de tirer.
M. le Consul sit distribuer ce même jour, à
sa porte, du pain & de l'argent à environ deun
mille Pauvres. Ensuite lI sit exécuter une Cantate
& le soir la Maiion fut illuminée,
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Résumé : [D]'Ancône le 16 Décembre.
Le 13 décembre à Ancône, le Marquis de Benincasa, Consul de France, a célébré la naissance du Duc de Bourgogne avec un Te Deum. L'évêque, le chapitre, le gouverneur, les magistrats et la noblesse étaient présents. Des salves ont été tirées depuis les bateaux du port. Le consul a distribué du pain et de l'argent à mille pauvres et sa maison a été illuminée. Une cantate a également été exécutée.
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12861
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier : le second volume du Mercure de France [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneut le Chancelier
lier : le second volume du Mercure de France
du présent mois. A Paris, le 26 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneut le Chancelier
lier : le second volume du Mercure de France
du présent mois. A Paris, le 26 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
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12862
s. p.
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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12863
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN, Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré, [...]
Mots clefs :
Mercure, Poste, Adresse
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN,
Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré,
à l'Hotel de la Roche-sur-Ton, pour remettre à
M. l'Abbé Raynal.
Nous prions tres-instamment ceux qui nous adresso-
d1O.6 ront des Paquets par la Poste, d'en affranchir le port,
pour nous épargner le déplaisir de les rebuter, & a cux
5
celui de ne pas voir paroitre leurs Quvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
Fes.
qui souhaiteront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main, & plus promptoment, n'auront quà
écrire a l'adresse ci-dessus indi quée.
On l'envoye aussi par la Poste, aux persennes de Pro-
vince qui le desirent, les frais de la poste ne sont pas
consid erables.
On avertit aussi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez oux a Paris chaque mois, n'ont qu'a faire scavoir
leurs intentions, leur nom & leur, demeure audii sieur
Merien, Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très -exactement, moyennant 21 livres par an, qu'il-
payeront, scavoir, 10 liv. 10s. en recevant le secon-
volume de Juin, & 10 l. 10 s. en recevant le second
colume de Décembre. On les supplie instamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soient faits
dans leurs tems.
On prie aussi les personnes de Province, à qui en
onvoye le Mercure par la Poste, d' etre exactes a faira
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque semes-
tre, sans cela on seroit hors d'état de soutenir los
avances considérables qu'exige l'impression de ces
ouvrage.
On adresse la meme priere aux Libraires de Province.
Les personnes qui voudront d'autres Mertures que
cux du mois courant, les trouveront chez. la veuve
Pissot, Quai de Conti.
PRIX XXX. SOIS.
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN,
Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré,
à l'Hotel de la Roche-sur-Ton, pour remettre à
M. l'Abbé Raynal.
Nous prions tres-instamment ceux qui nous adresso-
d1O.6 ront des Paquets par la Poste, d'en affranchir le port,
pour nous épargner le déplaisir de les rebuter, & a cux
5
celui de ne pas voir paroitre leurs Quvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
Fes.
qui souhaiteront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main, & plus promptoment, n'auront quà
écrire a l'adresse ci-dessus indi quée.
On l'envoye aussi par la Poste, aux persennes de Pro-
vince qui le desirent, les frais de la poste ne sont pas
consid erables.
On avertit aussi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez oux a Paris chaque mois, n'ont qu'a faire scavoir
leurs intentions, leur nom & leur, demeure audii sieur
Merien, Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très -exactement, moyennant 21 livres par an, qu'il-
payeront, scavoir, 10 liv. 10s. en recevant le secon-
volume de Juin, & 10 l. 10 s. en recevant le second
colume de Décembre. On les supplie instamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soient faits
dans leurs tems.
On prie aussi les personnes de Province, à qui en
onvoye le Mercure par la Poste, d' etre exactes a faira
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque semes-
tre, sans cela on seroit hors d'état de soutenir los
avances considérables qu'exige l'impression de ces
ouvrage.
On adresse la meme priere aux Libraires de Province.
Les personnes qui voudront d'autres Mertures que
cux du mois courant, les trouveront chez. la veuve
Pissot, Quai de Conti.
PRIX XXX. SOIS.
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Résumé : AVIS.
Le document concerne la distribution du Mercure de France. Les correspondances doivent être adressées à M. Merien, commis au Mercure, rue de l'Échelle Saint-Honoré, à l'Hôtel de la Roche-sur-Ton. Les expéditeurs de paquets par la poste doivent affranchir le port pour éviter le rejet des envois. Les libraires des provinces ou des pays étrangers peuvent obtenir le Mercure en écrivant à l'adresse mentionnée. Le Mercure peut aussi être envoyé par la poste aux personnes de province moyennant des frais modiques. Pour une livraison mensuelle à Paris, l'abonnement annuel coûte 21 livres, payables en deux versements de 10 livres 10 sous en juin et décembre. Les frais de port doivent être réglés au Bureau du Mercure à la fin de chaque semestre, y compris pour les libraires de province. Les numéros antérieurs du Mercure sont disponibles chez la veuve Pissot, Quai de Conti, au prix de 30 sous.
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12864
p. 3-9
HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Début :
Vous qui faites, gloire [...]
Mots clefs :
Iphis, Jour, Anaxarète, Amour, Dieu, Belle, Gloire, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
HISTOIRE
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
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Vous qui faites, gloire De fuir les
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Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
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Du
S
M.-
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dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
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Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
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dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
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Résumé : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Le texte raconte l'histoire d'Anaxarete et d'Iphis, tirée des Métamorphoses d'Ovide. Iphis, épris d'Anaxarete, voit sa passion grandir malgré le mépris de celle-ci. Anaxarete repousse les avances d'Iphis et se moque de ses sentiments. Désespéré, Iphis choisit de se suicider pour échapper à sa douleur. Avant de mourir, il souhaite qu'Anaxarete subisse le même sort. Les dieux, témoins de la scène, transforment Anaxarete en roche en punition de son cœur impitoyable. Le récit se termine par une mise en garde contre l'offense faite à l'amour et la vengeance divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12865
p. 10-64
HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
Début :
AVERTISSEMENT. Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit qui a / Qui de vous veut bon vers ouir [...]
Mots clefs :
Aucassin, Nicolette, Romance, Dieu, Père, Ami, Douce amie, Belle, Terre, Fils, Beau, Cheval, Roi, Conte, Sire, Chanter, Pays, Homme, Château, Vers, Amour, Doux, Chambre, Forêt, Mal, Fille, Yeux, Garins de Beaucaire, Mots, Vicomte
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
HISTOIRE
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
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16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
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FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
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Résumé : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
L'œuvre 'Histoire, ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette' est un manuscrit ancien, destiné à être récité et chanté dans les cours royales sous le règne de Saint Louis. Le récit alterne entre prose et vers, ces derniers étant mis en musique et chantés en chœur. Le traducteur a modernisé le langage tout en conservant la simplicité et la naïveté du dialogue original. L'histoire commence avec le Comte Garins de Beaucaire et son fils Aucassin. Le Comte Bongars de Valens attaque Garins, ravageant ses terres. Garins, âgé et faible, a pour seul héritier Aucassin, épris de Nicolette, une esclave élevée par le vicomte de la ville. Aucassin refuse de devenir chevalier tant qu'il ne peut épouser Nicolette. Ses parents tentent de le dissuader, mais Aucassin reste inflexible. Garins, désespéré, demande au vicomte de chasser Nicolette, qui est alors enfermée. Nicolette exprime son amour pour Aucassin. Ce dernier, désespéré par sa disparition, accuse le vicomte de l'avoir enlevée. Le vicomte refuse de la rendre, arguant qu'elle est une esclave. Aucassin se retire pour pleurer. Pendant ce temps, le comte Bongars attaque le château. Garins exhorte Aucassin à défendre le château, qui accepte à condition de voir Nicolette à son retour. Armé, Aucassin se dirige vers la bataille, absorbé par ses pensées pour Nicolette. Capturé par ses ennemis, Aucassin se libère en tuant plusieurs adversaires et capture le vicomte Bongars. Il réclame la permission de voir Nicolette, mais son père refuse. Nicolette, enfermée, pense à Aucassin et craint pour sa vie. Nicolette s'évade de sa prison et rejoint Aucassin. Ils sont interrompus par des soldats, mais Nicolette se cache et retourne au château, blessée, elle se réfugie dans la forêt. Elle demande à des pasteurs d'informer Aucassin qu'une biche miraculeuse peut le guérir. Intrigué, Aucassin part à sa recherche et rencontre Nicolette. Ils discutent des dangers potentiels s'ils sont découverts par le père d'Aucassin. Après diverses aventures, Aucassin et Nicolette arrivent au port du Château de Torelore. Ils rejoignent ensuite l'armée dirigée par la reine. Capturés par une escadre de Sarrazins, ils sont séparés. Aucassin reprend la gouvernance de ses terres après la mort de ses parents. Nicolette, emmenée à Carthage, est reconnue comme la fille du roi et refuse de se marier avec un prince païen. Déguisée en jongleur, elle rejoint Aucassin en Provence. Ils se retrouvent et se marient.
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12866
p. 65-66
VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Début :
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes, [...]
Mots clefs :
Dieux, Argouge, Rétablissement de la santé, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
VERS
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
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Résumé : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Le poème célèbre la guérison de M. le Lieutenant Civil, surnommé Argouge. La déesse Thémis observe Paris en détresse et les cours en désarroi. Les dieux, les vertus, les muses et les grâces prient pour la vie d'Argouge, reconnu comme révéré, éclairé et aimable. Thémis affirme que sa justice doit apaiser les dieux infernaux. Le nom d'Argouge unit les cœurs et suscite un cri unanime. Atropos, déesse du destin, s'apprête à couper le fil de sa vie, mais un dieu envoyé par Hygie désarme la furie et brise le ciseau fatal. Les dieux applaudissent et célèbrent la survie d'Argouge. Pallas déclare que la mort a respecté son œuvre et que le ciel rend Argouge à la vie. Les Parques sont invitées à tisser une nouvelle destinée pour lui. Argouge est loué pour ses talents et ses vertus, comparé aux grands hommes de la Grèce et de Rome, et reconnu comme un juge intègre et sévère, capable de plaider même en condamnant.
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12867
p. 67-78
LETTRE A l'Auteur du Mercure.
Début :
Le hazard m'a fait tomber, Monsieur, sur cette question proposée dans le dernier [...]
Mots clefs :
Phèdre, Passion, Oenone, Hippolyte, Jean Racine, Thésée, Intérêt, Remords, Crimes, Crime, Scène, Femme, Auteur, Question, Personnage
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure.
LETTRE
A l'Auteur du Mercure.
Le hazard m'a fait tomber, Monsieut, sur
cette question proposée dans le dernier
Mercure de Décembre de l'année 1750.
Quel est le Personnage intéressant dans la
Tragédie de Phedre, & quel est le genre
d'interêt qu'il inspire ? La question est sin-
guliere, en ce qu'elle paroît blesser l'opi-
nion reçue, que la pitié est le genre d'inté-
rêt dominant dans cette Tragédie, & le
Personnage de Phédre l'objet de cet inté-
rêt. En effet, si vous aviez pensé que cette
opinion fût fondée, vous ne l'auriea pas
mise en question: mais si votre sentiment
differe de celui du Public à cet égard,
comment avez. vous pu souffrir le silence
qu'il a gardé jusqu'ici? Auriez-vous craint
de l'offenser en lui faifant voir qu'il s'est)
trompé? Mais le devoir d'un Journaliste
n est-il pas de chercher à éclairer ses Con-
temporains, & de tâcher à détruire les
préjugés littéraires, qui s'opposent aux
progres des Sciences & des Arts.
Après ce petit reproche que je crois
fondé, & que je me slatte que vous vou-
68 MERCURE DEFRANCE.
drez bien ptendre en bonne part, je passe
à l'examen de la question. Je dis, à l'exa-
men, car je ne prétends point la décidet:
je ne veux que mettre le Public à portée
de juger en connoissance de cause.
Phédre brûle d'un amour incestueux
qu'elle déclare à l'objet de sa passion. Le
vertueux Hipolyte recule d'horreur. Phé-
dre saisit son épée, & veut s'en percer: on
l'en empêche. Envain après cette démar-
che Oenone l'exhorte-t- elle à vaincre
une passion criminelle, envain lur rapelle-
t-elle tout ce que l'honneur, la gloite &
la vertu exigent d'elle:
De l'austere pudeur les bornes sont pastées,
répond Phedre,
Et l'espoir s'est glissé daus mon cour.
Livrée à toute sa passion sans pudeur &
sans remords, mere dénaturée, elle char-
ge Oenone de tenter Hipolyte par la ces-
sion du Thrône d'Athenes, le patrimoine
de son fils.
Le retour imprevu de Thésée fait crain-
dre à Phédre qu'Hypolite n'instruise son
pere de tous les crimes de sa coupable
Epouse. Oenone propose de prévenit cet-
te accusation par une autre; elle fait voit
tous les moyens dont on peut se servir
pour rendre vraisemblable celle qu'elle
nes u
..
FEVRIER. 1752.
69
médite. Phédre y donne son consen-
tement.
Fais ce que tu vondras, je m'abandonne à toi.
Il se passe un temps fort considérable en-
tre le projet de certe accusation & l'action.
Oenone vient accuser Hypolite à son pe-
re. Il n'est pas possible de penser que ces
deux femmes coupables ne se soient en-
tretenues de ce grand intérêt pendant cet
intervale, & que le consentement de Phé-
dre ne soit entier. L'Abbé Pelegrin a fort
adroitement sauvé ce défaut, qui est tout
à la charge de Phédre, dans son Opera
d'Hypolite & Aricie. Il fait surprendre
Phédre par Thésée, lorsqu'elle tient en-
core à la main l'épée d'Hypolite, elle ne
peut soutenit la vue de son Epoux, & se
retire. Oenone accuse sur se champ Hy-
polite, & Thésée dans le premier mou-
vement condamne son fils.
Je viens à l'examen de la Tragédie de
Racine. Phédre efftayée du danger que
court Hypolite, est ramenée par sa passion
incestueuse aux pieds de son Epoux pour
lui demander la grace de ce jeune Prince.
Elle apprend qu il aime Aricie; alors n'é-
coutant que les transports de sa passion
outragée, elle forme ses projets de ven-
geance les plus odieux.
.
res OO
70 MERCURE DE FRANCE.
Et je me chargerois du soin de le défendre.
Il fout perdre Aticie, il faut de mon Epoux
Cont re un sang odieux réveiller le courroux.
Le remords qui suit cet emportement
n est point occasionné par un retour vers
la vertu. En voici la preuve:
Moi jalouse, & Thésée est celui que j'implore
Hélas ! Du crime affreux dont la honte me suit
Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit.
Je ne ferai point de commentaire sur ces
deux vers. Le sentiment qu'ils renferment
n est que trop bien expliqué.
Si les prétendus remords de Phédre dans
cette Scene sont sinceres, pourquoi ne va-
t-elle point découvrir à Thésée l'innocen-
ce d'Hypolite? Il en est encore temps. Il
y o tout un autre Acte qu'elle peut em-
ployer à la justification de ce jeune Prin-
ce, qui paroit encore dans le cinquième
Acte, & que Thésée même apperçoît
parlant à Aricie.
Phedre ensin après la mort d'Hypolite
apparemment deséspérée d'avoir perdu son
Amant, prend du poison, & vient dé-
çouvrir ses crimes à son mari. Je crois
qu en examinant sans prévention la con-
FEVRLER. 1752. 71
duite de Phédre sur cet exposé, on ne
peut pas s'empêcher de la trouver la plus
criminelle de toutes les femmes.
Voyons maintenant de quels moyens
s est servi l'Auteur pour excuser les crimes
de Phédre, & pour en faire, comme il
le dit lui-même dans sa Préface, une
femme ni tout à fait criminelle, ni tout-
à-fait innocente. Examinons enfin si ces
moyens sont suffisans.
Le premier, & celui sur lequel il me
paroît que les Partisans du caractere de
Phédre appuyent davantage, est la ven-
geance supposée de Vénus. C'est une fem-
me, disent- ils, poursuivie par une Divi-
nité cruelle, c est Vénus toute entière à
sa proie attachée. Mais t' est une absurdité
à M. Racine de s'être servi de ce moyen.
Je conviens qu'il est indispensable à un
Poëte-Dramatique de peindre les mœeurs
des peuples & des temps dont il emprunte
son sujet, & je suis bien éloigné de con-
damnet les reproches que l'on peut faire
à ce séduisant Auteur sur ce défaur. Mais
c'en est un beaucoup plus inexcusable de
nous donner des opinions absurdes pour
des vérités incontestables, & de prétendre
établit l'intérêt, que l'on doit pren-
dre à un Personnage tragique, sur l'er-
reur la plus monstrueuse qui soit entrée
L.
RVOO
72 MERCURE DEFRANCE.
dans la tênte des hommes de l'Antiquité.
Ce sujet pouvoit entre bon pour les Athé-
niens, imbus de l'idée que leurs Dieux
avoient toutes les foiblesses des hommes.
Mais je suis toujours lurpris que les Spec-
tateurs de la Phédre Françoise n'éclatent
pas de rite, lorsqu'ils entendent Phédre
sexcuser de l'impossibilité de vaincre sa
passion sur la puissance de Vénus occupée
à la poursuivre. Je suppose une femme
étrangere transplantée au milieu de Paris,
& imbue encore de toutes les opinions
du Paganisme, seroit- elle excusable à nos
yeux, si elle commettoit des crimes sur
le principe qu'une Puissance invincible
l'y force ? Et ne la verroit-on pas suppli-
cier sans autre pitié que celle que la uim-
ple humanité inspire même pour les plus
grands criminels?
Le second moyen, dont s'est servi M.
Racine pour tâcher de rendre sa Phédre
excusable, c'est de mettre dans la bouche
d'Oenone tous les conseils qui tendent
aux actions criminelles que commet cet-
te Princesse. Mais n'est on pas également
criminel, quand on adhere aux crimes
qui nous sont suggérés, que quand on
en conçoit soi-même le projet ? La con-
noissance du bien & du mal, & la liberté
de choisir peut-elle laisser aucun doute sur
6e
FEVRIER. 1752.
7
te principe ? D'ailleurs, Oenone ne
rétout à lui donner de mauvais conseils,
que lorsque les bons ont été inutiles.
Qu'on lise toute la premiere Scene du
troisiéme Acte.
Enfin on prétend excuser Phédre par
ses remords; mais les remords qui pręcé-
dent le crime, ne sont que le rendre
plus atroce, puisqu'ils ne laissent pas dou-
ter que le criminel ne connoisse toute l'é-
tendue de son crime. Il n'en est pas de
même de ceux qui le suivent, ils prou-
vent un repentir sincere, & supposent
que dans la même circonstance on ne le
commettroit plus, & que quand on l'a
commis, on n en lentoit pas toute l'atro-
cité. Dans le Personnage de Phédre les
remords précedent toujours, & ne sui-
vent que rarement l'action. Ceux qu'elle
ressent dans la Scene sixième du quatrié-
me Acte ne peuvent point être regardés
(& je l'ai déja remarqué) comme pro-
duits par un retour de vertu, mais comme
une suite de sa passion pour Hypolite, &
l'effet de la crainte qu'elle a que le vœu
de Thésée ne soit exaucé. Ce n'est point
la femme repentante qui s'exprime, mais
l'Amante effraiée.
Phédre est criminelle, & persiste dans
ses crimes, rien ne peut l'excuser: voilà
mines
74 MERCUREDE FRANCE.
ce que je crois avoir démontré. Phédre
ne peut donc pas inspirer la pitié. L'Auteur
n'a donc point atteint à son but, lorsqu'il
a voulu nous interesser pour elle. Je crois
qu'il auroit dû se proposer de la rendre
odieuse, & de jetter l'intérêt sur Hypo-
lite, qui vertueux & condamné, est vé-
ritablement digne de pitié. En ptenant
ce parti, il rendoit son cinquième Acte
très-interessant, & remplissoit l'objet mo-
ral du Poëme dramatique, où l'on doit
se proposer de faire hair le crime, & de
faire aimer la vertu.
Il me reste à chercher les raisons de
l'intérêt qu'un nombre de Spectateurs,
& même le plus grand nombre, prend au
Personnage de Phédre, & quel genre
d'intérêt il y prend. Il en est de générales
& de particulières, de prises dans la ma-
niere dont l'Auteur a traité son sujet, &
d'autres dont ilme faut chercher la cause
que dans nos mœeurs.
Celles dont le mérite est tout à M.
Racine, sont 1°. l'art avec lequel il a pré-
senté son caractere. Phédre, dans la pre-
miere Scene est une femme parfaitement
vertueuse. Elle brûle d'un amour invo-
lontaire; mais la vertu en triomphe. Elle est
résolue de mourir, & d'ensevelit avec elle
son funeste secret, elle veut le cacher mê-
FEVRIER. 1752.
75
me à sa plus chere Confidente. Oenone
lui fait violence pour en être dépositaire.
Phédre lui dit, pour se défendre de le lui
révéler.
Quand tu sçauras mon crime & le sort qui m'ac-
cable
Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus
coupable.
Lorsqu'enfin vaincue par les larmes d'Oe-
none, elle lui fait l'aveu de sa passion,
elle termine cette confidence par ces vers
si touchans:
J'ai pris la vie en haine & ma flâme en horreur.
Je voulois en mourant prendre soin de ma gloirc.
. .
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats,
Je t'ai tout avové, je ne m'en repens pas
Pourvû que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rapellet
Un reste de chaleur qui cherche à s'exhaler.
Dans cette admirable Scene d'exposition,
tout ce que l'art a de ressort est employé
pour rendre Phédre interessante; & l'in-
térêt est si vif qu'il ne peut être détruit
de long-temps. Sans cette illusion, com-
ment pourroit-on supporter cette maxi-
me d'Oenone dans la Scene suivante?
Dij
nes
76 MERCUREDEFRANCE.
Votre slâme devient une slâme ordinaire
Thésée en expirant vient de rompre les noends
Qui faisoient tout le crime & l'horreur de vos
feux.
Hypolite pour vous devient moins redoutable,
Et vons pouvez l'aimer sans vous trouver con-
pable.
Je voudrois sçavoir où M. Racine a
pris qu'une femme peut aimer légitime-
ment le fils de son mari, & chez quel peu-
ple il a trouvé que l'inceste ne subsistat
plus dans le cas dont il est question.
Et ce conseil.
Détrompez son erreur, fléchissez son courage,
Ensin le consentement que donne Phé-
dre par ce vers.
Eh bien !A tes conseils je me laisse entraîner.
2°. L'habileté avec laquelle M. Racine
a filé les Scenes où paroit Phédre, dont
chacune prise en particulier est un chef-
d'œeuvre; & fait une si vive impres-
sion sur le Spectateur qu'elle le dis-
traite du plan général de l'Ouvrage, &
l'empêche de refléchir sur l'atrocité de la
conduite de Phédre.
3. La delicatesse de l'expression, la
beauté des images, & la pompe de la
FEVRIER. 1752.
versification, en un mot l'art des détails,
où triomphe M. Racine, qu'il a porté plus
loin peut-être dans le rôle de Phédre que
par-tout ailleurs, & qui nous force de
l'admirer comme Poëte presque à chaque
couplet de ce rôle.
4. Le sacrifice que M. Racine a fait
des autres rôles de sa Piece à celui de
Phédre qu'il semble avoit entouré d'om-
bres pour le faire paroître plus lumineux.
Voilà, je crois, tout le mérite qui appar-
tient à M. Racine dans la Tragédie que
je viens d'examiner. D'autres causes pri-
ses de nos moeurs, comme je l'ai annoncé
ont contribué & contribuent encore au
succès de cet Ouvrage. Je vais tâches
de les développer.
Lorsque la Phédre parut, le luxe &
le faste avoient déja corrompu les moeurs
des femmes qui composoient la plus bril-
lante Cour qu'il y cût alors en Europe.
Les femmes de Paris, imitatrices constan-
tes de celles de la Cour, commençoient
à secouer le joug de la pudeur. Un grand
nombre, au remord près, trouvoient
dans la passion de Phédre l'histoire de
leur cour, & dans l'impossibilité de vain-
cre cette passion, une excuse de leut con-
duite. Pouvoient- elles se défendre d'y
prendre intérêt ? Pouvoient-elles même
D iij
Miues O
79 MERCURE DE FRANCE.
avouer qu'elles nen prenoient point.
Bientôt les hommes entraînés par le Sexe,
dans un Pays où il donne le ton, se ran-
gerent du parti de la Phedre. Une autre
raison dépendante de celle-ci y contri-
bua. Le rôle de Phédre a toujours été
joué par des Actrices, dont le talent, &
quelquefois la figure faisoient & font
l'enchantement de leur temps. Habiles à
remuer les passions, & sçavantes à les
faire naître, elles ont trouvé dans ce
rôle des situations qu'elles se sont ren-
dues personnelles, & dans lesquelles el-
les peuvent développer tous les secrets
de leur art. Qu on se donne la peine de
le remarquer. Ce n est point Phedrę que
l'on voit dans la Tragédie de ce nom
c'est l'Actrice; mais une Actrice qui vous
enchante. Ce n'est point une Reine qui
se reproche sa passion, & que la présence
d'un objet adoré force malgré elle à en
faire l'aveu; mais une femme emportée
que l'amour dévore, & qui brûle d'un
feu qu'elle a l'art de communiquer.
A l'Auteur du Mercure.
Le hazard m'a fait tomber, Monsieut, sur
cette question proposée dans le dernier
Mercure de Décembre de l'année 1750.
Quel est le Personnage intéressant dans la
Tragédie de Phedre, & quel est le genre
d'interêt qu'il inspire ? La question est sin-
guliere, en ce qu'elle paroît blesser l'opi-
nion reçue, que la pitié est le genre d'inté-
rêt dominant dans cette Tragédie, & le
Personnage de Phédre l'objet de cet inté-
rêt. En effet, si vous aviez pensé que cette
opinion fût fondée, vous ne l'auriea pas
mise en question: mais si votre sentiment
differe de celui du Public à cet égard,
comment avez. vous pu souffrir le silence
qu'il a gardé jusqu'ici? Auriez-vous craint
de l'offenser en lui faifant voir qu'il s'est)
trompé? Mais le devoir d'un Journaliste
n est-il pas de chercher à éclairer ses Con-
temporains, & de tâcher à détruire les
préjugés littéraires, qui s'opposent aux
progres des Sciences & des Arts.
Après ce petit reproche que je crois
fondé, & que je me slatte que vous vou-
68 MERCURE DEFRANCE.
drez bien ptendre en bonne part, je passe
à l'examen de la question. Je dis, à l'exa-
men, car je ne prétends point la décidet:
je ne veux que mettre le Public à portée
de juger en connoissance de cause.
Phédre brûle d'un amour incestueux
qu'elle déclare à l'objet de sa passion. Le
vertueux Hipolyte recule d'horreur. Phé-
dre saisit son épée, & veut s'en percer: on
l'en empêche. Envain après cette démar-
che Oenone l'exhorte-t- elle à vaincre
une passion criminelle, envain lur rapelle-
t-elle tout ce que l'honneur, la gloite &
la vertu exigent d'elle:
De l'austere pudeur les bornes sont pastées,
répond Phedre,
Et l'espoir s'est glissé daus mon cour.
Livrée à toute sa passion sans pudeur &
sans remords, mere dénaturée, elle char-
ge Oenone de tenter Hipolyte par la ces-
sion du Thrône d'Athenes, le patrimoine
de son fils.
Le retour imprevu de Thésée fait crain-
dre à Phédre qu'Hypolite n'instruise son
pere de tous les crimes de sa coupable
Epouse. Oenone propose de prévenit cet-
te accusation par une autre; elle fait voit
tous les moyens dont on peut se servir
pour rendre vraisemblable celle qu'elle
nes u
..
FEVRIER. 1752.
69
médite. Phédre y donne son consen-
tement.
Fais ce que tu vondras, je m'abandonne à toi.
Il se passe un temps fort considérable en-
tre le projet de certe accusation & l'action.
Oenone vient accuser Hypolite à son pe-
re. Il n'est pas possible de penser que ces
deux femmes coupables ne se soient en-
tretenues de ce grand intérêt pendant cet
intervale, & que le consentement de Phé-
dre ne soit entier. L'Abbé Pelegrin a fort
adroitement sauvé ce défaut, qui est tout
à la charge de Phédre, dans son Opera
d'Hypolite & Aricie. Il fait surprendre
Phédre par Thésée, lorsqu'elle tient en-
core à la main l'épée d'Hypolite, elle ne
peut soutenit la vue de son Epoux, & se
retire. Oenone accuse sur se champ Hy-
polite, & Thésée dans le premier mou-
vement condamne son fils.
Je viens à l'examen de la Tragédie de
Racine. Phédre efftayée du danger que
court Hypolite, est ramenée par sa passion
incestueuse aux pieds de son Epoux pour
lui demander la grace de ce jeune Prince.
Elle apprend qu il aime Aricie; alors n'é-
coutant que les transports de sa passion
outragée, elle forme ses projets de ven-
geance les plus odieux.
.
res OO
70 MERCURE DE FRANCE.
Et je me chargerois du soin de le défendre.
Il fout perdre Aticie, il faut de mon Epoux
Cont re un sang odieux réveiller le courroux.
Le remords qui suit cet emportement
n est point occasionné par un retour vers
la vertu. En voici la preuve:
Moi jalouse, & Thésée est celui que j'implore
Hélas ! Du crime affreux dont la honte me suit
Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit.
Je ne ferai point de commentaire sur ces
deux vers. Le sentiment qu'ils renferment
n est que trop bien expliqué.
Si les prétendus remords de Phédre dans
cette Scene sont sinceres, pourquoi ne va-
t-elle point découvrir à Thésée l'innocen-
ce d'Hypolite? Il en est encore temps. Il
y o tout un autre Acte qu'elle peut em-
ployer à la justification de ce jeune Prin-
ce, qui paroit encore dans le cinquième
Acte, & que Thésée même apperçoît
parlant à Aricie.
Phedre ensin après la mort d'Hypolite
apparemment deséspérée d'avoir perdu son
Amant, prend du poison, & vient dé-
çouvrir ses crimes à son mari. Je crois
qu en examinant sans prévention la con-
FEVRLER. 1752. 71
duite de Phédre sur cet exposé, on ne
peut pas s'empêcher de la trouver la plus
criminelle de toutes les femmes.
Voyons maintenant de quels moyens
s est servi l'Auteur pour excuser les crimes
de Phédre, & pour en faire, comme il
le dit lui-même dans sa Préface, une
femme ni tout à fait criminelle, ni tout-
à-fait innocente. Examinons enfin si ces
moyens sont suffisans.
Le premier, & celui sur lequel il me
paroît que les Partisans du caractere de
Phédre appuyent davantage, est la ven-
geance supposée de Vénus. C'est une fem-
me, disent- ils, poursuivie par une Divi-
nité cruelle, c est Vénus toute entière à
sa proie attachée. Mais t' est une absurdité
à M. Racine de s'être servi de ce moyen.
Je conviens qu'il est indispensable à un
Poëte-Dramatique de peindre les mœeurs
des peuples & des temps dont il emprunte
son sujet, & je suis bien éloigné de con-
damnet les reproches que l'on peut faire
à ce séduisant Auteur sur ce défaur. Mais
c'en est un beaucoup plus inexcusable de
nous donner des opinions absurdes pour
des vérités incontestables, & de prétendre
établit l'intérêt, que l'on doit pren-
dre à un Personnage tragique, sur l'er-
reur la plus monstrueuse qui soit entrée
L.
RVOO
72 MERCURE DEFRANCE.
dans la tênte des hommes de l'Antiquité.
Ce sujet pouvoit entre bon pour les Athé-
niens, imbus de l'idée que leurs Dieux
avoient toutes les foiblesses des hommes.
Mais je suis toujours lurpris que les Spec-
tateurs de la Phédre Françoise n'éclatent
pas de rite, lorsqu'ils entendent Phédre
sexcuser de l'impossibilité de vaincre sa
passion sur la puissance de Vénus occupée
à la poursuivre. Je suppose une femme
étrangere transplantée au milieu de Paris,
& imbue encore de toutes les opinions
du Paganisme, seroit- elle excusable à nos
yeux, si elle commettoit des crimes sur
le principe qu'une Puissance invincible
l'y force ? Et ne la verroit-on pas suppli-
cier sans autre pitié que celle que la uim-
ple humanité inspire même pour les plus
grands criminels?
Le second moyen, dont s'est servi M.
Racine pour tâcher de rendre sa Phédre
excusable, c'est de mettre dans la bouche
d'Oenone tous les conseils qui tendent
aux actions criminelles que commet cet-
te Princesse. Mais n'est on pas également
criminel, quand on adhere aux crimes
qui nous sont suggérés, que quand on
en conçoit soi-même le projet ? La con-
noissance du bien & du mal, & la liberté
de choisir peut-elle laisser aucun doute sur
6e
FEVRIER. 1752.
7
te principe ? D'ailleurs, Oenone ne
rétout à lui donner de mauvais conseils,
que lorsque les bons ont été inutiles.
Qu'on lise toute la premiere Scene du
troisiéme Acte.
Enfin on prétend excuser Phédre par
ses remords; mais les remords qui pręcé-
dent le crime, ne sont que le rendre
plus atroce, puisqu'ils ne laissent pas dou-
ter que le criminel ne connoisse toute l'é-
tendue de son crime. Il n'en est pas de
même de ceux qui le suivent, ils prou-
vent un repentir sincere, & supposent
que dans la même circonstance on ne le
commettroit plus, & que quand on l'a
commis, on n en lentoit pas toute l'atro-
cité. Dans le Personnage de Phédre les
remords précedent toujours, & ne sui-
vent que rarement l'action. Ceux qu'elle
ressent dans la Scene sixième du quatrié-
me Acte ne peuvent point être regardés
(& je l'ai déja remarqué) comme pro-
duits par un retour de vertu, mais comme
une suite de sa passion pour Hypolite, &
l'effet de la crainte qu'elle a que le vœu
de Thésée ne soit exaucé. Ce n'est point
la femme repentante qui s'exprime, mais
l'Amante effraiée.
Phédre est criminelle, & persiste dans
ses crimes, rien ne peut l'excuser: voilà
mines
74 MERCUREDE FRANCE.
ce que je crois avoir démontré. Phédre
ne peut donc pas inspirer la pitié. L'Auteur
n'a donc point atteint à son but, lorsqu'il
a voulu nous interesser pour elle. Je crois
qu'il auroit dû se proposer de la rendre
odieuse, & de jetter l'intérêt sur Hypo-
lite, qui vertueux & condamné, est vé-
ritablement digne de pitié. En ptenant
ce parti, il rendoit son cinquième Acte
très-interessant, & remplissoit l'objet mo-
ral du Poëme dramatique, où l'on doit
se proposer de faire hair le crime, & de
faire aimer la vertu.
Il me reste à chercher les raisons de
l'intérêt qu'un nombre de Spectateurs,
& même le plus grand nombre, prend au
Personnage de Phédre, & quel genre
d'intérêt il y prend. Il en est de générales
& de particulières, de prises dans la ma-
niere dont l'Auteur a traité son sujet, &
d'autres dont ilme faut chercher la cause
que dans nos mœeurs.
Celles dont le mérite est tout à M.
Racine, sont 1°. l'art avec lequel il a pré-
senté son caractere. Phédre, dans la pre-
miere Scene est une femme parfaitement
vertueuse. Elle brûle d'un amour invo-
lontaire; mais la vertu en triomphe. Elle est
résolue de mourir, & d'ensevelit avec elle
son funeste secret, elle veut le cacher mê-
FEVRIER. 1752.
75
me à sa plus chere Confidente. Oenone
lui fait violence pour en être dépositaire.
Phédre lui dit, pour se défendre de le lui
révéler.
Quand tu sçauras mon crime & le sort qui m'ac-
cable
Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus
coupable.
Lorsqu'enfin vaincue par les larmes d'Oe-
none, elle lui fait l'aveu de sa passion,
elle termine cette confidence par ces vers
si touchans:
J'ai pris la vie en haine & ma flâme en horreur.
Je voulois en mourant prendre soin de ma gloirc.
. .
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats,
Je t'ai tout avové, je ne m'en repens pas
Pourvû que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rapellet
Un reste de chaleur qui cherche à s'exhaler.
Dans cette admirable Scene d'exposition,
tout ce que l'art a de ressort est employé
pour rendre Phédre interessante; & l'in-
térêt est si vif qu'il ne peut être détruit
de long-temps. Sans cette illusion, com-
ment pourroit-on supporter cette maxi-
me d'Oenone dans la Scene suivante?
Dij
nes
76 MERCUREDEFRANCE.
Votre slâme devient une slâme ordinaire
Thésée en expirant vient de rompre les noends
Qui faisoient tout le crime & l'horreur de vos
feux.
Hypolite pour vous devient moins redoutable,
Et vons pouvez l'aimer sans vous trouver con-
pable.
Je voudrois sçavoir où M. Racine a
pris qu'une femme peut aimer légitime-
ment le fils de son mari, & chez quel peu-
ple il a trouvé que l'inceste ne subsistat
plus dans le cas dont il est question.
Et ce conseil.
Détrompez son erreur, fléchissez son courage,
Ensin le consentement que donne Phé-
dre par ce vers.
Eh bien !A tes conseils je me laisse entraîner.
2°. L'habileté avec laquelle M. Racine
a filé les Scenes où paroit Phédre, dont
chacune prise en particulier est un chef-
d'œeuvre; & fait une si vive impres-
sion sur le Spectateur qu'elle le dis-
traite du plan général de l'Ouvrage, &
l'empêche de refléchir sur l'atrocité de la
conduite de Phédre.
3. La delicatesse de l'expression, la
beauté des images, & la pompe de la
FEVRIER. 1752.
versification, en un mot l'art des détails,
où triomphe M. Racine, qu'il a porté plus
loin peut-être dans le rôle de Phédre que
par-tout ailleurs, & qui nous force de
l'admirer comme Poëte presque à chaque
couplet de ce rôle.
4. Le sacrifice que M. Racine a fait
des autres rôles de sa Piece à celui de
Phédre qu'il semble avoit entouré d'om-
bres pour le faire paroître plus lumineux.
Voilà, je crois, tout le mérite qui appar-
tient à M. Racine dans la Tragédie que
je viens d'examiner. D'autres causes pri-
ses de nos moeurs, comme je l'ai annoncé
ont contribué & contribuent encore au
succès de cet Ouvrage. Je vais tâches
de les développer.
Lorsque la Phédre parut, le luxe &
le faste avoient déja corrompu les moeurs
des femmes qui composoient la plus bril-
lante Cour qu'il y cût alors en Europe.
Les femmes de Paris, imitatrices constan-
tes de celles de la Cour, commençoient
à secouer le joug de la pudeur. Un grand
nombre, au remord près, trouvoient
dans la passion de Phédre l'histoire de
leur cour, & dans l'impossibilité de vain-
cre cette passion, une excuse de leut con-
duite. Pouvoient- elles se défendre d'y
prendre intérêt ? Pouvoient-elles même
D iij
Miues O
79 MERCURE DE FRANCE.
avouer qu'elles nen prenoient point.
Bientôt les hommes entraînés par le Sexe,
dans un Pays où il donne le ton, se ran-
gerent du parti de la Phedre. Une autre
raison dépendante de celle-ci y contri-
bua. Le rôle de Phédre a toujours été
joué par des Actrices, dont le talent, &
quelquefois la figure faisoient & font
l'enchantement de leur temps. Habiles à
remuer les passions, & sçavantes à les
faire naître, elles ont trouvé dans ce
rôle des situations qu'elles se sont ren-
dues personnelles, & dans lesquelles el-
les peuvent développer tous les secrets
de leur art. Qu on se donne la peine de
le remarquer. Ce n est point Phedrę que
l'on voit dans la Tragédie de ce nom
c'est l'Actrice; mais une Actrice qui vous
enchante. Ce n'est point une Reine qui
se reproche sa passion, & que la présence
d'un objet adoré force malgré elle à en
faire l'aveu; mais une femme emportée
que l'amour dévore, & qui brûle d'un
feu qu'elle a l'art de communiquer.
Fermer
Résumé : LETTRE A l'Auteur du Mercure.
La lettre examine la tragédie *Phèdre* de Racine et la perception du personnage principal, Phèdre. L'auteur rejette l'idée que la pitié soit l'émotion dominante envers Phèdre. Il analyse les actions de Phèdre, consumée par un amour incestueux pour Hippolyte, et sa manipulation pour éliminer Aricie. Le retour de Thésée complique la situation, poussant Phèdre à accuser Hippolyte avec l'aide d'Oenone. Les remords de Phèdre sont jugés insincères, motivés par la peur de la révélation de ses crimes plutôt qu'un véritable repentir. Après la mort d'Hippolyte, Phèdre se suicide en avouant ses crimes à Thésée. L'auteur critique Racine pour avoir excusé les crimes de Phèdre en invoquant la vengeance de Vénus, une explication jugée absurde. Il suggère que Racine aurait dû se concentrer sur Hippolyte, le personnage vertueux et condamné, pour susciter la pitié. L'intérêt des spectateurs pour Phèdre est attribué à l'art de Racine dans la présentation du caractère de Phèdre, la construction des scènes et la beauté des images, qui distraient des actions atroces de Phèdre. Le succès de la pièce est également lié aux mœurs de l'époque, où le luxe et le faste avaient corrompu les femmes de la cour et de Paris, qui voyaient en Phèdre une réflexion de leurs propres passions. Les actrices interprétant Phèdre contribuaient également au succès de la pièce par leur talent et leur capacité à émouvoir le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12868
p. 79-83
JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
Début :
Voici le tems où la cérémonie, [...]
Mots clefs :
Janus, Voix, Coeur, Esprit, M. de Vacon, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
JANUS,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
gitized by
81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
gitized by
81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
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Résumé : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
L'allégorie 'JANUS', dédiée à M. de Vaumale, Commissaire des Guerres, est écrite par l'Abbé Clément, Chanoine de Saint-Louis du Louvre. Elle met en scène une figure allégorique utilisant des discours trompeurs et des apparences séduisantes pour dissimuler sa véritable nature hypocrite. Cette figure, comparée au dieu Janus, possède deux visages : l'un gracieux et l'autre moqueur. Elle est entourée de flatteurs et de courtisans qui, bien qu'ils semblent loyaux, ne tiennent pas leurs promesses. L'allégorie met en garde contre cette duplicité, soulignant que malgré la prévalence de l'hypocrisie, la sincérité et la bonté existent encore. L'auteur cite des exemples de personnes sincères et vertueuses, notamment les familles C... et Vaumale, qui pratiquent la franchise et la sincérité. Ces individus ont été influencés par un pasteur illustre, M. de Vacon, évêque d'Apt, décédé en décembre 1751. Sa perte est profondément regrettée par ceux qui l'ont connu. Le texte critique également les ingrats qui attaquent la mémoire de ce prélat après sa mort, soulignant que ses vertus et son zèle avaient un impact positif sur la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12869
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Fermer
Résumé : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Le 28 juillet 1751, le Chevalier Basquiat de la Houze prononça un discours à l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, présentant le 'Parnasse Français' de Titon du Tillet, un ouvrage célébrant la France et ses poètes. Il loua la modestie, l'amour patriotique et le jugement de Titon du Tillet, ainsi que ses contributions à diverses académies européennes. Le discours souligna également l'importance de l'histoire espagnole, mentionnant les guerres entre Rome et Carthage, les migrations des peuples du Nord et des Africains, et la lutte contre les Maures. L'Académie possède des manuscrits arabes révélant des aspects méconnus de l'histoire espagnole. Le Chevalier admira l'entreprise de l'Académie pour la préservation et la diffusion de la gloire de l'Espagne. Il insista sur les bénéfices de l'étude de l'histoire pour comprendre les passions humaines et inspirer le goût du voyage. Il évoqua les contributions à la restauration du théâtre espagnol et à l'amélioration du goût littéraire, ainsi que la mémoire de grands personnages comme Philippe V, roi d'Espagne. Philippe V, après avoir abdiqué à 37 ans, reprit le pouvoir après la mort de son fils Louis I, marquant son règne par des conquêtes et des alliances stratégiques. Le texte souligna la nécessité de collaborations entre historiens pour éviter les erreurs et perfectionner les connaissances historiques, citant des historiens espagnols comme Garibay, Zurita, Morales, Mariana, Solis et Ferreras. Il insista sur l'importance de l'Antiquité pour comprendre les relations politiques modernes, illustrée par l'alliance entre la France et l'Espagne. Cette alliance fut renforcée par Philippe V et maintenue par Louis XV et Ferdinand VI. L'orateur, contraint de quitter l'Académie par ordre supérieur, exprima son admiration et son regret. Il se préparait à partir pour Naples, où il servirait un prince espagnol, ami du monarque protecteur de l'Académie. Il assura qu'il garderait toujours l'Académie dans son cœur et son esprit, espérant laisser une marque durable parmi ses membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12870
p. 94-100
Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Début :
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à cette Académie Royale un objet qui fût [...]
Mots clefs :
Titon du Tillet, Mérite, Académie royale d'histoire d'Espagne, Louanges, Gloire, Histoire, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Traduction de la Réponse que M. de Montiano,
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
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rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
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mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
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si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
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Résumé : Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a répondu à un discours précédent en exprimant la reconnaissance de l'Académie envers M. Titon Dutillet, dont les œuvres sont déjà largement reconnues en Europe. Montiano souligne la difficulté de rendre justice à un auteur aussi illustre, le comparant à des figures antiques qui ont immortalisé le mérite de leurs compatriotes à leurs propres frais. L'Académie considère Dutillet comme un coadjuteur de l'histoire et célèbre particulièrement son œuvre 'Le Parnasse Français', qui témoigne de la floraison des lettres sous le règne de Louis XIV. La reconnaissance s'étend également à Philippe V et Ferdinand VI, rois d'Espagne, pour leur soutien aux lettres et aux arts. Montiano conclut en exprimant la gratitude de l'Académie envers Dutillet et les monarques espagnols, soulignant la sincérité de leur reconnaissance. Dans une lettre séparée, l'Académie exprime son estime pour Dutillet et souhaite lui prouver cette estime de manière concrète. L'auteur de la lettre, bien qu'il reçoive des louanges, se trouve dans une situation délicate : remercier pourrait sembler présomptueux, tandis que rester silencieux pourrait être perçu comme impoli. Il préfère donc laisser au destinataire le soin de juger des motifs qui le poussent à éviter ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12871
p. 101-103
A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
Début :
L'Emulation & la gloire [...]
Mots clefs :
Linotte, Fauvette, Succès
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
A MADAME DE ***
LA LINOTE ET LA FAUVETTE.
FABLE.
L'Emulation & la gloire
Echauffent les talens, encouragent les arts:
Du public inttaitable on soutient les regards
Dans l'espoir d'être inscrit au Temple de Mémoire;
Le Nautonier hardi, pour vivre dans l'Histoire,
D'un Element perfide affronte les hazards
Et les palmes de la victoire
Font des Bourbons & des Césars.
Quelque vaine que soit cette folle chimere,
On l'aime, on s'en faisit avec avidité:
C'est une ombre, une erreur: mais cette erreur est
chere
Et ce grand rien souvent produit à la lumiere
Des œuvres qu'on consacre à l'immortalité.
Peut être nous devons à Mélite applaudie
Du Prince de la Tragédie
Les succès éclatans, les écrits immortels:
Et peut-être N** sans l'heureuse victoire
Qui couronna d'abord sa jeunesse de gloite
Ne fût pas devenu digne de nos Autels.
O vous dont l'esprit adorable
E iij
102 MERCUREDE FRANCEI
De ma muse enhardie assure le succès:
Vous qui d'une main favorable
Couronnez de soibles essais,
Recevez avec cette fable
Le tribut que mon cour doit à tant de bienfaita
Une Linote avoit sa cage
Auprès d'un parterre de fleurs:
C'étoit le plus joli langage,
C'étoit les sons les plus flatteurs
C'étoit enfin la Reine du bocage,
Da moins par la douceur de son charmant ramage
Elle regnoit sut tous les cœurs.
Les oiseaus d'alentour venoient lui rendre hom-
mage
On n'entendoit que des concerts
En son honneur dans tout le voisinage.
Une Fauvette errant sous le prochain ombrage
Admiroit ses charmes divers;
Un mouvement secret l'inspire & l'encourage,
Elle ose aussi pour elle essayer quelques airs.
Ce coup lui réussit: on la flatte, on la vante :
Même la Linote charmante
Daigna répéter sa chansou.
Voilà la pauvrette imprudente
Déja prête à hausser le ton,
Le prix qu'elle a reçu l'enchante;
Ille se croit dans son ardeur naissante
103
FEVRIER. 1752.
Le Phénix du sacré vallon.
Fauvette modérez le zele qui vous tente,
Et rete nez cette leçon
Que la sagesse vous présente.
Un succès flatteur quelquefois
N'est pas un Conseiller trop sage.
esperez enchantet tous les bois,
Déja vous
N'en étant qu'à l'apprentissage;
Laissez se formet votre voix,
Peut-être quelque jour vous plairez davantage.
LA LINOTE ET LA FAUVETTE.
FABLE.
L'Emulation & la gloire
Echauffent les talens, encouragent les arts:
Du public inttaitable on soutient les regards
Dans l'espoir d'être inscrit au Temple de Mémoire;
Le Nautonier hardi, pour vivre dans l'Histoire,
D'un Element perfide affronte les hazards
Et les palmes de la victoire
Font des Bourbons & des Césars.
Quelque vaine que soit cette folle chimere,
On l'aime, on s'en faisit avec avidité:
C'est une ombre, une erreur: mais cette erreur est
chere
Et ce grand rien souvent produit à la lumiere
Des œuvres qu'on consacre à l'immortalité.
Peut être nous devons à Mélite applaudie
Du Prince de la Tragédie
Les succès éclatans, les écrits immortels:
Et peut-être N** sans l'heureuse victoire
Qui couronna d'abord sa jeunesse de gloite
Ne fût pas devenu digne de nos Autels.
O vous dont l'esprit adorable
E iij
102 MERCUREDE FRANCEI
De ma muse enhardie assure le succès:
Vous qui d'une main favorable
Couronnez de soibles essais,
Recevez avec cette fable
Le tribut que mon cour doit à tant de bienfaita
Une Linote avoit sa cage
Auprès d'un parterre de fleurs:
C'étoit le plus joli langage,
C'étoit les sons les plus flatteurs
C'étoit enfin la Reine du bocage,
Da moins par la douceur de son charmant ramage
Elle regnoit sut tous les cœurs.
Les oiseaus d'alentour venoient lui rendre hom-
mage
On n'entendoit que des concerts
En son honneur dans tout le voisinage.
Une Fauvette errant sous le prochain ombrage
Admiroit ses charmes divers;
Un mouvement secret l'inspire & l'encourage,
Elle ose aussi pour elle essayer quelques airs.
Ce coup lui réussit: on la flatte, on la vante :
Même la Linote charmante
Daigna répéter sa chansou.
Voilà la pauvrette imprudente
Déja prête à hausser le ton,
Le prix qu'elle a reçu l'enchante;
Ille se croit dans son ardeur naissante
103
FEVRIER. 1752.
Le Phénix du sacré vallon.
Fauvette modérez le zele qui vous tente,
Et rete nez cette leçon
Que la sagesse vous présente.
Un succès flatteur quelquefois
N'est pas un Conseiller trop sage.
esperez enchantet tous les bois,
Déja vous
N'en étant qu'à l'apprentissage;
Laissez se formet votre voix,
Peut-être quelque jour vous plairez davantage.
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Résumé : A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
La fable 'La Linote et la Fauvette' traite du thème de l'émulation et de la quête de gloire, qui stimulent les talents et encouragent les arts. Les individus cherchent à se distinguer pour entrer dans l'histoire, affrontant des dangers pour obtenir des récompenses prestigieuses. Cette quête peut sembler vaine, mais elle inspire souvent des œuvres immortelles, comme les succès de Mélite ou les victoires de N**. L'histoire met en scène une linotte, célèbre pour son chant doux et flatteur, régnant sur les cœurs des oiseaux environnants. Une fauvette, admirant les talents de la linotte, tente de chanter à son tour et rencontre un succès initial. Encouragée par les éloges, elle s'apprête à pousser davantage sa voix. Cependant, une voix sage l'avertit de modérer son zèle, mettant en garde contre les dangers de l'excès de confiance après un premier succès. Elle recommande à la fauvette de laisser sa voix se former avant de chercher à surpasser la linotte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12872
p. 103
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du premier volume de Janvier, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du premier volume deLOGOGRIPHE. (2553075) Janvier, est le compliment. Celui du premier [...]
Mots clefs :
Compliment, Courage, Potage, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mots de l'Enigme & des Logogriphes du premier volume de Janvier, [titre d'après la table]
Le mot de l'Enigme du premier volume
de Janvier, est le compliment. Celui du premier
Logogriphe, est courage; dans lequel
on trouve cage, roue, orage, rage, cure.
Cure, auge & or. Celui du second Logo-
griphe, est Potage; dans lequel on trouve,
or, rot, pet, got, Page, pot, age, atre
Goa, potage, paté, Po fleuve, rage, Ogrè
&c. Celui du troisième est Mercure, dans
lequel on trouve, rue, mur, verre, mere,
Mer, recrue, crême, crème, rève, cure,
meure & Eve.
de Janvier, est le compliment. Celui du premier
Logogriphe, est courage; dans lequel
on trouve cage, roue, orage, rage, cure.
Cure, auge & or. Celui du second Logo-
griphe, est Potage; dans lequel on trouve,
or, rot, pet, got, Page, pot, age, atre
Goa, potage, paté, Po fleuve, rage, Ogrè
&c. Celui du troisième est Mercure, dans
lequel on trouve, rue, mur, verre, mere,
Mer, recrue, crême, crème, rève, cure,
meure & Eve.
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12873
p. 104
ENIGME.
Début :
J'altere la délicatesse [...]
Mots clefs :
Barbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Altere la délicateſſe
D'un lieu dont je fais l'ornement ;
Je viens toujours très doucement ,
Er Yon me chaſſe avec viteſſe.
On feroit fort fâché de ne me point avoir,
On me traite avec violence.
Dans l'endroit où j'ai pris nai ance
On ne peut pas ſe réſoudre à me voir.
Quard je parois , on veut paroître ſage ,
Sans pour cela qu'on le ſoit davantage .
J'embellis , j'enlaidis , on m'aime , l'on me hait
Et l'on me fait lorſque l'on me défait.
Des gens de piété profonde
Pour me garder quittent le monde.
Tout le reſte du genre humain
Me traite tour à tour d'une façon levere.
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
Aujourd'hui l'on me chaſſe , & je reviens demain
ParMademoiselle le Mercier,
Altere la délicateſſe
D'un lieu dont je fais l'ornement ;
Je viens toujours très doucement ,
Er Yon me chaſſe avec viteſſe.
On feroit fort fâché de ne me point avoir,
On me traite avec violence.
Dans l'endroit où j'ai pris nai ance
On ne peut pas ſe réſoudre à me voir.
Quard je parois , on veut paroître ſage ,
Sans pour cela qu'on le ſoit davantage .
J'embellis , j'enlaidis , on m'aime , l'on me hait
Et l'on me fait lorſque l'on me défait.
Des gens de piété profonde
Pour me garder quittent le monde.
Tout le reſte du genre humain
Me traite tour à tour d'une façon levere.
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
Aujourd'hui l'on me chaſſe , & je reviens demain
ParMademoiselle le Mercier,
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12875
p. 105-106
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis un Etre d'importance [...]
Mots clefs :
Tarentule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP
HE .
JE fuis un Etre d'importance
Qu'où j'habite , on fuit avec ſoin ;
Ennemí de l'air de la France ,
Comme la femme forte , on ne me voit qu'au
loin.
A mes côtés les Parques veillent :
Je conduis l'homme chez les morts
Si du ſommeil dont je t'endors ,
Des airs bruians ne le reveillent.
Ami Lecteur , fur ces trois traits
Tu perces déja le miſtere :
Mais fi tu veux te fatisfaire ,
En me décompofant , tu me verras de près.
Je marche ſur dix pieds fertiles
Qui t'offrent d'abord quatre villes:
Une dans les vieux tems où , fils du Saint Amour
Le plus grand Patriarche a vû naître le jour.
Une , changeante en fa fortune,
Que bâtit un fils de Neptune
Dont le nom lui reſta toujours :
Une autre où , preſquede nos jours ,
D'un Concile fameux a brillé la puiſſance :
Une autre affez connue en France.
Je t'offre encore un bon oiſeau :
E
106 MERCURE DEFRANCE .
Une Déeſſe d'impoſture :
Lebeau rival de la nature :
Un Aftre qui paroît de tems en tems nouveau
Un matais dans Argos : un antique exercice :
Un Roi , connu par ſa fureur
Dont le ſeul nom remplit d'horreur :
Un autre le pere d'Ulyſſe :
Un chemin où le pied nous gliſſe :
I
Ce qui ſert à marquer les grands événemens :
Une ſaiſon de l'an , un infecte , un faint tems ,
Qui fait enrager bien des filles ;
Trente jours de tourment ne ſont point des véti
les :
Un promontoire , un Mont , un nombre , un animal
,
Un autre moins ruſé , dont un Auteur pour rire
A dit que fon nom ſeul comprend une ſatire :
Ce qui fait ſur la mer ou du bien ou du mal ;
Une maiſon d'Armée , une parente en mille ,
Une Nymphe changée en ille :
Ce qui fait le marchand : ce qui fait le Seigneur
Un lieu qui n'est pas en honneur :
A bâtir une choſe utile :
Le fiége enfin de la raiſon.
Mais , cher Lecteur , je te chagrinea
Je ſuis ... te dirai je mon nom ?
Je ſuis quelque choſe,Devine.
Par M. D. L.
HE .
JE fuis un Etre d'importance
Qu'où j'habite , on fuit avec ſoin ;
Ennemí de l'air de la France ,
Comme la femme forte , on ne me voit qu'au
loin.
A mes côtés les Parques veillent :
Je conduis l'homme chez les morts
Si du ſommeil dont je t'endors ,
Des airs bruians ne le reveillent.
Ami Lecteur , fur ces trois traits
Tu perces déja le miſtere :
Mais fi tu veux te fatisfaire ,
En me décompofant , tu me verras de près.
Je marche ſur dix pieds fertiles
Qui t'offrent d'abord quatre villes:
Une dans les vieux tems où , fils du Saint Amour
Le plus grand Patriarche a vû naître le jour.
Une , changeante en fa fortune,
Que bâtit un fils de Neptune
Dont le nom lui reſta toujours :
Une autre où , preſquede nos jours ,
D'un Concile fameux a brillé la puiſſance :
Une autre affez connue en France.
Je t'offre encore un bon oiſeau :
E
106 MERCURE DEFRANCE .
Une Déeſſe d'impoſture :
Lebeau rival de la nature :
Un Aftre qui paroît de tems en tems nouveau
Un matais dans Argos : un antique exercice :
Un Roi , connu par ſa fureur
Dont le ſeul nom remplit d'horreur :
Un autre le pere d'Ulyſſe :
Un chemin où le pied nous gliſſe :
I
Ce qui ſert à marquer les grands événemens :
Une ſaiſon de l'an , un infecte , un faint tems ,
Qui fait enrager bien des filles ;
Trente jours de tourment ne ſont point des véti
les :
Un promontoire , un Mont , un nombre , un animal
,
Un autre moins ruſé , dont un Auteur pour rire
A dit que fon nom ſeul comprend une ſatire :
Ce qui fait ſur la mer ou du bien ou du mal ;
Une maiſon d'Armée , une parente en mille ,
Une Nymphe changée en ille :
Ce qui fait le marchand : ce qui fait le Seigneur
Un lieu qui n'est pas en honneur :
A bâtir une choſe utile :
Le fiége enfin de la raiſon.
Mais , cher Lecteur , je te chagrinea
Je ſuis ... te dirai je mon nom ?
Je ſuis quelque choſe,Devine.
Par M. D. L.
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12876
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je fus jadis, Lecteur, très-florissante à Rome, [...]
Mots clefs :
République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
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12877
p. 109-110
AUTRE.
Début :
Je fuis le jour, Lecteur, j'aime l'obscurité, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
Efuis le jour , Lecteur , j'aime l'obſcurité ,
Je ne ſuis preſque rien , ou du moins peu de
choſe ,
Cependant ton eſprit , lorſque l'on me propoſe ,
Ne me connoît à fond qu'avec difficulté.
Je ſuis comme un filet , quand on me dévelope ,
Qu'on me tourne , ou retourne , ou bien qu'on
me ſyncope ,
Sitôt que je ſuis reconnu ,
;
De mille fens divers on me trouve pourvû.
Dix pieds comparent ma ſtructure ;
Ils offrent à tes yeux la trifte couverture ,
Qu'on fera ſur la biere étendre à ton trépas ,
Ou ce qu'on fait porter pour les Rois ou Prélats.
Ce qu'on voit dans les corps de toute la Nature ,
L'oiſeau qui fait donner ſon nom à des chevaux ;
Ce que toute liqueur laiſſe dans les tonneaux ;
Un instrument de fer utile à la cuiſine ;
Un péché dangereux ; le plus cher des métaux .
Lecteur , tu dois trouver la fçavante machine ,
Qui ſert dans l'univers à meſurer le tems ,
Et fait entendre à tous les heures , les momens ;
Ce qu'un Prince ou Héros , de laurier trop avide
Gagne plus par exploits , que par vertu ſolide ;
10 MERCUREDE FRANCE.
Un grain qui , quoique bon , differe du froment ;
Du ſexe feminin le plus bel agrément ;
Grande riviere d'Italie .
Ce réduit dans lequel on voit la Comédie ;
Ce que ſur le Théatre un Acteur pour charmer ,
Se pique tous les jours de ſçavoir déclamer ;
L'inſtrument d'Apollon , plus un petit Prophéte ;
L'ancien nom que portoient la Ville & Port
d'Alger;
La Maitreſſe de Jupiter ,
Dont Junon fut jaloufe & long-tems inquiéte ;
Enfin ce fameux point ſur lequel on peut voir
Afon aiſe , Lecteur , la ſphere ſe mouvoir.
Parlemême.
Efuis le jour , Lecteur , j'aime l'obſcurité ,
Je ne ſuis preſque rien , ou du moins peu de
choſe ,
Cependant ton eſprit , lorſque l'on me propoſe ,
Ne me connoît à fond qu'avec difficulté.
Je ſuis comme un filet , quand on me dévelope ,
Qu'on me tourne , ou retourne , ou bien qu'on
me ſyncope ,
Sitôt que je ſuis reconnu ,
;
De mille fens divers on me trouve pourvû.
Dix pieds comparent ma ſtructure ;
Ils offrent à tes yeux la trifte couverture ,
Qu'on fera ſur la biere étendre à ton trépas ,
Ou ce qu'on fait porter pour les Rois ou Prélats.
Ce qu'on voit dans les corps de toute la Nature ,
L'oiſeau qui fait donner ſon nom à des chevaux ;
Ce que toute liqueur laiſſe dans les tonneaux ;
Un instrument de fer utile à la cuiſine ;
Un péché dangereux ; le plus cher des métaux .
Lecteur , tu dois trouver la fçavante machine ,
Qui ſert dans l'univers à meſurer le tems ,
Et fait entendre à tous les heures , les momens ;
Ce qu'un Prince ou Héros , de laurier trop avide
Gagne plus par exploits , que par vertu ſolide ;
10 MERCUREDE FRANCE.
Un grain qui , quoique bon , differe du froment ;
Du ſexe feminin le plus bel agrément ;
Grande riviere d'Italie .
Ce réduit dans lequel on voit la Comédie ;
Ce que ſur le Théatre un Acteur pour charmer ,
Se pique tous les jours de ſçavoir déclamer ;
L'inſtrument d'Apollon , plus un petit Prophéte ;
L'ancien nom que portoient la Ville & Port
d'Alger;
La Maitreſſe de Jupiter ,
Dont Junon fut jaloufe & long-tems inquiéte ;
Enfin ce fameux point ſur lequel on peut voir
Afon aiſe , Lecteur , la ſphere ſe mouvoir.
Parlemême.
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12878
p. 111-112
« JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
Début :
JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...]
Mots clefs :
Charles-Marie de La Condamine, Voyage, Académiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
JOURNAL du voyage fait par ordre du
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
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Résumé : « JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
Le 'Journal du voyage fait par ordre du Roi à l'Équateur' de M. de la Condamine, publié à Paris en 1751, relate les expéditions de M. de la Condamine, ainsi que de Messieurs Godin et Bouguer. Ces voyages ont captivé l'intérêt des milieux savants et populaires. L'ouvrage aborde divers domaines tels que la géographie, la physique, l'astronomie, les mœurs, les arts, le commerce, ainsi que des aspects militaires et politiques. Il souligne le courage et la persévérance des trois académiciens face aux obstacles rencontrés. Le style de M. de la Condamine est qualifié de vivant et ingénieux, rendant les sujets arides accessibles. Le texte évoque également l'histoire des pyramides érigées à Quito pour commémorer leurs travaux et marquer les points de base de leurs opérations, un récit jugé curieux et bien narré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12879
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Fermer
Résumé : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Le texte présente la vie de M. de Rossillon de Bernex, évêque et prince de Genève, décédé en 1734. L'ouvrage, publié en 1751 par Michel Lambert à Paris, est rédigé par M. Boudet, chanoine régulier de Saint-Antoine, et met en lumière les vertus, actions miraculeuses et initiatives spirituelles de Bernex. Ce dernier était décrit comme ayant une taille élancée, une physionomie noble et un tempérament robuste. Malgré une nature impulsive, il cultivait l'humilité et la modestie. Son désir d'ordre et de zèle le poussait à surmonter les obstacles avec constance et intrépidité. Bernex était connu pour son esprit élevé et solide, capable de grandes entreprises malgré les difficultés. Sa foi en Dieu le rendait constant et intrépide face aux menaces ou pressions humaines. Il était également conciliant et doué pour la théologie et le droit canonique, et ses discours témoignaient de son éloquence et de son érudition. Bernex était apprécié pour ses qualités de cœur, notamment sa fidélité en amitié et sa tendresse envers ses proches. Il traitait ses domestiques avec bienveillance et montrait une grande bonté envers les ecclésiastiques. Toujours prêt à aider, il offrait des secours prompts et efficaces à ceux qui faisaient appel à lui. Il ne recherchait les richesses que pour les partager avec les malheureux, se privant souvent du nécessaire pour les aider. Sa reconnaissance envers ceux qui l'avaient aidé dépassait les simples bienfaits. Ses manières étaient douces et polies, et sa conversation, bien que sérieuse, était enrichie par des lectures édifiantes. La principale gloire de Bernex réside dans ses vertus chrétiennes, pratiquées toute sa vie. Influencé par les leçons et les exemples de sa mère et de son aïeule, il se forma dans la retraite aux fonctions du ministère sacré, appelé par Dieu après une série de prodiges. En tant que Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint Antoine, il partagea son temps entre l'étude des saintes lettres et la prière, acquérant ainsi une science et une vertu adaptées à gouverner un diocèse vaste et difficile. Il s'inspira des conduites de ses prédécesseurs, notamment de Saint François de Sales et de Jean d'Arenthon d'Alex, et fut reconnu pour son zèle universel et sa justice chrétienne. Chaque trait de sa vie est édifiant et justifie l'idée d'un grand prélat modèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12880
p. 120-124
« AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Début :
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...]
Mots clefs :
Nomen, Bonheur, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
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122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
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122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
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124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
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Résumé : « AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Le 24 novembre 1751, le Père Jean-Baptiste Geoffroy prononce un discours de félicitations au Collège de Louis-le-Grand de la Société de Jésus à Paris pour célébrer la naissance du Duc de Bourgogne. Cet événement est présenté comme un complément au bonheur de la famille royale et de la nation. Le discours est salué pour son élégance stylistique, ses pensées profondes, ses sentiments tendres et ses images vivantes et gracieuses. Le texte met en lumière la famille royale, soulignant son antique noblesse et sa continuité dynastique. Malgré les tempêtes et les adversités, cette famille a toujours prospéré, restant intacte et florissante. Sa gloire est illustrée par ses victoires, ses triomphes et son influence religieuse. L'autorité de la famille royale est décrite comme immense, avec des rois et des nations reconnaissant sa suprématie. Les titres et les vertus de cette famille sont respectés et admirés à travers le monde.
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12881
p. 124-127
« DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...] »
Début :
DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Gloire, Arts, Peuple, Créer, Adopter, Discours, Laurent Angliviel de La Beaumelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...] »
DISCOURS prononcé à l'ouverture des
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
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125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
127
ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
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125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
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ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
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Résumé : « DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres [...] »
Le discours de M. de la Beaumelle, enseignant les Belles-Lettres françaises au Danemark, explore la question de savoir si un empire gagne davantage en respectabilité par les arts qu'il crée ou par ceux qu'il adopte. Il souligne que la grandeur d'un État repose sur l'accord et l'harmonie entre le prince et le peuple. L'auteur distingue deux types de gloire : celle d'un peuple créateur d'arts et celle d'un peuple adoptant des arts. La création des arts est souvent le résultat du hasard et du génie, tandis que l'adoption des arts nécessite une raison éclairée et du bon sens. La création des arts rend un peuple célèbre, mais leur adoption le rend florissant. Les arts adoptés sont perfectionnés et apportent une gloire partagée par toute la nation. La gloire de l'adoption des arts est collective et s'intègre à l'utilité publique, offrant des avantages tant intérieurs qu'extérieurs.
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12882
p. 127-135
« SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
Début :
SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...]
Mots clefs :
Poète, Auteur, Langue, Poème, Sculpteur, Marbre, Préceptes, Talent, Fleurs, Manière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
SCULPTURA, carmen, authore Ludo-
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
jitized by Goo
FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
vico Doissin. S. J.
Il est à souhaiter qu'il y ait toujours
dans la république des Lettres une succes-
sion d'hommes zelés & laborieux, qui
prouvent par leurs écrits l'estime qu'ils
sont de la Langue des anciens Romaino
& qui fassent renaître parmi pous ces
Fiiii
128 MERCUREDEFRANCE.
beaux jours du siécle passè trop tônt éclipsés,
où lon voyoit les Rapin & les Commite
disputer à Virgile & Horace la gloire de
parler cette langue aussi-bien qu'eux.
Nous annonçons un Poëme sur la Sculp-
ture, qui peut trouver place parmi ceux
qui nous restent de ces grands Poëtes.
L'Auteur paroît avoir voulu le diviser en
deux parties. Dans la premiere il prescrit
au jeune Sculpteur, qu'il se propose d'ins-
truire, les régles qu'il faut suivre, & les
défauts qu'il doit eviter; mais il ôte aux
préceptes ce qu'ils ont naturellement de
sec & d'austere, & sçait les embellit des
agrémens du style, & de toutes les gra-
ces de la Poësie. Nous citerons un mor-
ceau qui sera comme la preuve de cet élo-
ge. C'est celui où le Poëte après avoit ex-
horté à l'imitation de la nature, conclut
de ce principe général la nécessiré de re-
présenter avec force les passions sut le
marbre & sut l'airain: il s'adresse au
Sculpteur.
Hinc ad, ò occultos motus, internaque mentis
Præelia pinge mihi vultuque oculoque loquaci.
Turbatam ostendat frontem timor, ira minacem,
Dejectam luctus, blandam spes, alma serenam
Lœetitia, & marmor, quanquam sine voce, lo-
quatur.
zed by Goo
129
FEVRIER. 1752.
Foemineum exhibeat Dido decepta furorem,
Alcione luctum, rabiem Medea, dolorem
Andromache, surias Pentheus, Cassandra pa-
votem.
Si l'Auteur s'en étoit tenu aux préceptes,
quelque talent qu'il ait pour orner les ob-
jets, la Poëfie ne lui auroit jamais prêté
assez d'images, & les fleurs n'auroient pu
faire disparoître les épines. Il a corrigé
habilement les unes par les autres, & a
sçu mêler les exemples aux préceptes.
Myron entendroit avec plaifir l'éloge que
l'on fait ici de cette vache si vantée dans
l'antiquité, & qu'Ovide & Properce
n'ont pas cru indigne de leur pinceau.
L'Auteur a fait voir qu'on peut préfenter
les mêmes choses sous différentes faces,
& que chaque Peintre a sa maniere: voici
la fienne.
Ecquid opus docti vaccam laudare Myronis
Arte laboratam? pendent palearia mento,
Grande caput, patulæ nares, fronsaspera, canda
Mobilis, hirsutum pectus: spirare putares.
Si videat taurus, solitos meditetur amores;
Mugitum tollat vitulus; delusus arator
Ad stabulum impellat, premat inscius ubera pas-
tor.
Ce Poûme ayant été recité, comme la
Vigstires vodOO
130 MERCUREDEFRANCE.
note le témolgne, quelques semaines
aptès la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgoone, devoit naturellement con-
tauir un éloge du Prinee naissant. C'est
sur tout au lever du soleil que les biseaux
font entendre leut ramage, & jamais le
rossignol ne forme des sons plus agréables
qu'à la naissance de cet astre beillant. Le
Poëte qui voudroit faire à l'auguste enfant
un berceau digne de lui, regtette de n'a-
voir pas consacré ses premieres années à
l'Art dont il est le panegyriste, & de n'a-
voir pas mamé le ciseau dès son enfanee,
comine il a manié la plume; mais un pa-
reil veru, s'il cur on son effet, nous eût
sans doute privé d'un très-beau Poëme. Il
n'est pas ordinaire de voir des gens join-
dre le talent heureux de faire d'excellens
vers, à celui de faire de belles statues. Les
meiileurs Sculpteurs seroient, je crois,
d'assez mauvais Poëtes. On n'est pas éleve
de Pallas & d'Apollon ront à la fois: Il est
rare qu'une seule tête puisse porter den
touronnes. Nous avons tour lien de croit
qu on sera satisfait de ce morceau, & de
ce que le Poëte dit des dtaperies, de la
coupe du marbre, des figures colossales,
des attitudes, des proportions, des grou-
pes, &c. mais je cro tois ne pas remplitl'ob-
jet que je me suis proposé, de faire con-
ed by Goc
FEVRIER.
1752. 131
noître le talent de l'Auteur, si je ne rap-
portois ces beaux vers, où le Poëte après
avoir décrit d'une maniere courte & pré-
cise les préparatifs nécessaires pour jettet
en fonte une staiue, sinit ainsi cę morceau,
un des plus beaux de tout le Poëme.
Intereà rigidum vasta fornace metallum
Excoquitus, crassosque eructat ad athera sumoti
Dum loquot, impatiens vinclis & carcere solvi,
Quà data porta, ruic; non sic fracto objice tor-
rens
Praecipitat: ssuit aes rivis, sormamque typoru
Accipit impressam; crescunt humetique maaus-
que,
Autea luxuriant graciles per colla copilli,
Turget inane caput, digitorum nascitur ordo,
Crura tument, surgit cervix, protuberat alrus,
Natus homo est. Media spirat redivivus in uthe
Henricus, &c.
Les bas-reliefs sur le marbre & sur les
métaux ser vent comme de seconde divi-
sion à cette premiere pariie. Ees paysages
l'équilibre, l'unité, les ombres & les
jours, en forment la plan, & y sont
traités de maniere à satisfaire tour Lea-
teur, pour qui la langue latine n est pas
une langue barbare, & qui n a pas encore
entierement fait divorce avec los Muses,
Fu
lized by Goog
312 MERCUREDEFRANCE.
Si vous voulez, dit l'Auteur, représentet
les richesses de Cerès, de Bacchus, de
Pomone, n offrez rien à mes yeux que de
gracieux & de doux; que les fleurs naissent
sous votre ciseau délicat, comme ils nais-
lent dans les jardins, & que tout dans vos
portraiis respire la campagne. Ffaites couler
les ruisseaux, couvrez les arbres de fruits,
les prairies de verdure, les collines de
pampre & de raisin.
Nativas si ruris opes & munera fingis
Nescio quid laetum sculptis infunde tabellis:
Cand ida sub docto nascantur lilia scalpro,
Pallentes violæ, tenera lanugine poma:
Marmoreo imprimis redivivus ab aequore Titan
Vestiat excelsos nascenti lumine colles:
Hîc levi fugiat per florea prata susurto
Rivulus & læves interstrepat unda capillos.
Illic maturas robustus messor aristas
Colligat in fascem; molles aut vinitor uvas
Exportet calathis, rubicundi munus Iacchi.
Non procul hinc pastor lentè resupinus in umbra
Agrestes inflet calamos; dum gramina campis
Tondet ovile pecus, viridique exultat in herba.
Pone lupum in sylvis, tenetos in montibus aguos,
In pratis tauros, mutos in flumine pisces
Errantes passim per inhopista saxa capellas.
Et damas, imbelle genus, cervosque fugaces,
Capressi natira placet sic ruris imago.
133
FEVRIER. 1752.
L'Auteur passe ensuite à la seconde par-
tie, dans laquelle il développe les quali-
tés nécessaires à un Sculpteur. De nouvelles
images viennent embellit son Poëme, les
richesses se multiplient, les fleurs naissent
sous ses pas; les Muses lui ouvrent leurs
trésors; on sent qu'Apollon le guide &
l'inspire toujours. La premiere qualité
c'est le génie. Il n'est point le fruit de l'é-
tude & de l'application; les réflexions le
développent, l'art le fortifie, mais il ne
le donne pas. C'est un feu qu'on entre-
tient; mais ce feu est un présent de la na-
ture, & on le reçoit en naissant. L'Auteur
en conclut qu'à moins qu'on ne sente en
soi ce germe heureux qui enfante les mi-
racles, on ne doit pas entrer dans le sanc-
tuaire auguste de la Sculpture; & que si
Pallas ne conduit elle meme la main, &
ne guide Partiste, l'ouvrage est sans for-
ce, & manque d'agrément.
Cette premiere qualité est pour l'inven-
tion; les trois autres regardent l'exécu-
tion. Le Poëte exige de son Sculpteur une
connoissance profonde du costume, de
l'anatomie & de la fable; du costume
pour donner à chaque figure l'habillement
qui lui convient: de l'anatomie, pour re-
présenter sur le marbre les muscles, les
veines & les artéres: de la fable, pour ne
IERCURE DEFRANCE.
éttibuer, comme il le dit en très
x vers, un bouclier à Venus, des
s à Apollon, un thirse à Mercure, un
à Neptune, & un foudte à l'Amour.
On ne sera pas fâché de voir comme il
seint les différentes councumes de chaque
peuple.
Solemnes etiam populorum calleat usus
Sculptor, & in variis quae sint discrimina cultis
Gentibus: hîc longam, veteri peo more pares
tum
Induitur vestem populus, quam sutilis ambit
Baltheus & lato subnectit sibula clavo:
Pes nudus, caput abrasum; sed longa capillos
Absentes reparat prolixo vellere barba.
Illic aureolos mos est crispare capillos
Et barbam tondere gravem, circum dare plantis,
Vincula, pileolum capiti gestare decorum.
Hic galeâ miles, cristâque birsutus equins,
Ate caput, rigido defendit acinace corpus;
Illic nec gale à tegitur, nec cingitur ense;
At gravidam en humeris pharetram suspendit &
arcuin,
It jaculo bellum exercet, seribusque sagittis,
Le Poëte finit par une fable simple &
naturelle, où il rapporte l'origine de la
Sculpture: il est inurile de la citer ici. Ou
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FEVRIER. 1752.
P3
peut la lire dans l'Ouvrage même qu'on
trouvera chez Thikout.
La dedicace qu'a fait le Poëte de son
Ouvtage à Monseigneur le Duuphin,
n est pas indigne de 1 Auguste Prince à qui
elle est adressee. Elle n est que de vingt-
huit vers; mais le Poëte avertit lui même
que c'est comme un prélude d'un plus
grand Ouvtage qu'il exécutera un jour en
l'honneur de son illustre protecteur.
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Résumé : « SCULPTURA, carmen, authore Ludovico Doissin. S. J. Il est à souhaiter [...] »
Le poème 'Sculptura' de Ludovico Doissin, jésuite, exprime le souhait de voir les écrivains perpétuer la langue des anciens Romains et revivre les grands moments littéraires du passé. Le poème est structuré en deux parties. La première partie offre des conseils poétiques et gracieux à un jeune sculpteur, l'encourageant à représenter les passions humaines sur le marbre et l'airain. Doissin y mêle préceptes et exemples, comme l'éloge de la vache de Myron. Ce poème a été récité après la naissance du Duc de Bourgogne et inclut un éloge du prince naissant. La seconde partie décrit une scène pastorale idyllique avec des rivières, des prairies fleuries, des agriculteurs et des bergers. Elle aborde les qualités nécessaires à un sculpteur, débutant par le génie, un don naturel que l'étude peut développer. Le poète souligne l'importance de Pallas (Minerve) pour guider l'artiste. Parmi les autres qualités requises, on trouve la connaissance du costume, de l'anatomie et de la mythologie pour représenter correctement les figures et leurs attributs. Le texte mentionne également les variations culturelles dans les vêtements et les accessoires. Le poème évoque brièvement une fable sur l'origine de la sculpture sans la détailler et note la dédicace de l'ouvrage au Duc de Bourgogne, présentée comme un prélude à une œuvre plus grande en son honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12883
p. 135-143
« TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...] »
Début :
TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...]
Mots clefs :
Raisonnement, Auteur, Ordre, Exemples, Vérité, Force, Traité, Vérités, Raisonnements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...] »
TRAITÉ sur la maniere de lire les
Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.
A Paris chez la venve de Ph. N. Luttin &
J. H. Butard, rue Saint Jacques, à la Vé-
zité.
Rien n'importe plus dans la république
des Lettres, que d'avoit des Auteurs en-
cellens & des Lecteurs intelligens. Ceun-
ci profitent des travaux des premiers, &
scavent les apprécier; & ceux-là sont ra-
vis de voir qu'ils n'ont pas travaillé en
vain, & qu'on sçait gouter les vérités
qu'ils ont exposées ou démontrées. Que
doit- on penser d'un livre qui forme des
Lecteurs parfaiis, & qui trade aux Auteurs
même, une route certaine qu'ils peuvent
fuivre sans s'égarer? Le Traité que nous
annonçons est tout à la fois l'Axt de lire &
l'Art de composer.
jitized by Go-
ERCUREDE FRANCE.
ateur pose pour principe que tout
nous lisons est exposition ou raisornue-
L'est de ce principe simple & vrai
que sott la méthode que nous examinons.
Si tout ce que noùs lisons est exposition
ou raisonnement, il faut donc pour sça-
voit lire, connoître parfaitement tout ce
qui concerne les faits & les raisonne-
mens; & pour avoir cette connoillance
parfaite, il faut être en état de concevoir,
de réduire, de développet les faits & les
raisonnemens, ensin il faut pouvoir en jo-
ger. Tel est le plan génétal qui enibrasse
toute la méthode de lire.
Dans le premier volume imprimé en
1747, on traite des trois opérations;
concevoit, réduire & développer; & l'on
dut faire alors l'analyse de tout ce que
l'Auteur a renfermé dans ces trois opéra-
tions, comme les moyens de concevoit,
de réduire & de déveloper, &c. Les trois
ordres, l'ordre général, l'ordre des par-
ties principales, l'ordte des pensées &
l'exercice de toutes les opérations sur les
exemples les plus beaux & les plus inter-
ressans.
Le second volume contient les princi-
pes de juger de ce que nous lisons. Pour
bien juger, il faus la science & la liberté,
Digites veOO
FEVRIER. 1752. 137
c'est- à dire, une connoissance exacte de ce qui
fait l'objet de la decision, & un esprii libre
de toute passion qui pourroit nuire au juge-
ment. Vn bon ouvrage, en général, est ce-
lui ou l'idée générale est distribuée en parties
principales, & ou celles-ci soni exposées par
l'ordre des pensées qui convienneni le micux.
Ce n'est là, comme l'on voit, qu'une no-
tion générale; & il faut faire attention
que Iordre dont on parle, est souvent
caché, ainsi que l'Auteur s'en est expli-
qué dans le premier volume page 425.
lorsqu'il distingue deux especes de destribu-
tions, l'une visible, l'autre cachée.
Cetre idée d'un bon ouvrage ainsi éta-
blie, l'on discerne ce qu'il faut dévelop-
per dans les faits & dans les raisonnemens.
A l'égard des faits, on peut les réduire à
quatre fortes, les expositions Oratoires
Poëtiques, Historiques & Dogmatiques;
l'Auteur reprend chaque espece d'expo-
sition, & il entremèle partout les prin-
cipes & les exemples sur lesquels il fait l'ap-
plication. L'exposition oratoire doit eire
soutenus des circonstances dont l'Orateur peut
tirer ses raisonnemens. Tout ce qui ne fouruit
point à ses preuves soit pour les former, soit
pour les éclaircir, doit être retranche. Que
les jeunes Avocats méditent bien ce pré-
cepte; c'est en le pratiquant qu'ils écmair-
a
138 MERCUREDEFRANCE.
cissent leurs causes, & qu'ils s'attachent
à la briéveté si goutée pat ie Juge, si sou-
vent recommandée pat les loix. L'exposi-
tion Dogmatique est celle cu l'on developpe
la nature des choses, leurs effets, leurs pro-
priétés, leurs qualitès; de la naissem les con-
templations, les reflexions, les questions,
les raisonnemens, les décisions, &c. Ces
quatre sortes d'exposuions sont renfermées
oans la premiere section.
La seconde traite du developpiment du
raisonnemeni & de sa nature. Nous avons
bien des logiques, & elles ont toutes leur
mérite; mais le Lecteur verra par lui mê-
me que jusqu'à présent on ne lui en a point
prése itée qui fût si propre pour la litteratu-
re, si conforme à la nature de l'esprithumain
& si facile, par consequent, à pratiquer.
Le taisonnement est uns vérité tirée d'unt
autre vérité ..... Ilya daus teut raison-
nement une proposition qui demonire & unt
proposition qui est demontrée. Vous etes mon
pere, & je ne vous aimerois pas! C'est
un raisonnement; pourquoiI Parce que de
la premiere praposition, vous êtes mon pere
il s'ensuit que je dois vous auner. C'est comne
si je m'exprimois plus simplement & aves
moius de vivacité, vous êtes mon pere, donc
je dois vous aimer.
L'Auteur passe à ce qu'il faut déve-
itized by Goo
139
FEVRIER. 1752.
lopper dans un raisonnement, & après
être entré dans un détail satisfaisant, il
examine de combien de manieres on déve-
lope un raisonnement. La découverte que
l'Auteur a faite sur cet objet, a du coûter
beaucoup de méditations, & sert infini-
ment dans la composition & la réduction;
cependant quand la vérité, que l'on dé-
couvre, est mise au jour, rien ne paroit
plus aisé. Le raisonnement ne peut se deve-
lopper que de trois manieros. La premiere ma-
niere, est de soutenir la proposition qu'on
a avancée par une seconde proposition, cette
seconde par une troisième, jusqu'à ce que
la derniere soit si évidenie, que l'esprit
n'ait plus rien à desirer ..... La seconde
maniere consiste à poser une vérité ou éviden-
te par elle même, ou deja établis; & d'en
tirer ensuite toutes les verites qui en sorient ne-
cessairement. ... Enfin la troisiemo maniere
de développer un raisonnement, est de
partager une proposition ginérale en proposi-
tions particuliores, parce qu'elles y sont natu-
rellement renfermées. Ces trois manieres
peuvent s'employer alternativement, si
ie sujet à traiter l'éxige: l'Auteur rend
cette menthode sensible par les exemples lea
plus attachans.
Il semble que ces notions fortifiées
d'exemples susfirorent, l'Auteurn en de-
140 MERCUREDEFRANCE.
meure pas là; il discute s'il est toujours né-
cessaire de développer le raisonnement;
il distingue deux manieres de raisonner,
l'une naturelle, l'autre artificielle; il exa-
mine en quelles occasions l'on se sert de
celle ci & de celle-li; il propose des
exemples de toutes deux; il traite séparé-
ment de la force du railonnement, &
comment on juge s'il est bon.
A mesure que la matiere croit, l'Auteur
encourage son Lecteur, & il lui fait voir
dans la troisième section comment on dis-
pose les propositions du raisonnement
pourquoi il faut mettre de la di versité dans
la disposition, quels ornemens convien-
nent au taisonnement. Il semble d'aord
que le raisonnement, se soutienne assez sans
ornemeni, il semble meme que son plus bel
ornement soit de n'en aevoir point. L'ordre
la clarié, la force qui regnent dans tout
raisonnement qui est bon, frappent suffisam-
meut l'esprit; y a t'il que que chose de plus
à désirer? Et quel pourroit donc être l'orne-
ment qui conviendroit au raisonnement? mais
un raisonnnement qui auroit de l'ordre, de la
clarté & de la force, ne peut- il pas n'etre pas as-
sez étendu? Nepeut. il pas n'être pointassez. ani-
me? s'il n'est pas assez. etendu, malgrè l'or-
dre, la clarte & la force, il sera sec; s'il
n'est pas assez anime, il sera froid;, ainsi
141
FEVRIER. 1752.
quii on suppose avec l'ordre, la clartè, la
force, qu'on suppose la juste étendue & le
seu dans le raisonnement; ce sera non seule-
ment un raisonnement bon, mais encore un
raisonnement orne, & voila les deux ornemens
qui conviennen: au raisonnement.... Le détail
dans lequel l'Auteur entre, est ravissant; il
parle de la juste étenduë & du feu avec
une clarté qui présente lesobjets sans peine,
& qui les fait concevoit avec plaisir.
Mais faui-il toujours raisonner avec feu,
avec cette chaleur, qui nait de la situa tion
de l'ame? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord distinguer deva sortes de véritès;
les vérites speculatives, & les vérités prati-
ques. En genéral, quand il ne s'agit que de
considerer une véritè sans exiger au delà de
la spéculation, les raisonnemens que l'on
forme pour la faire gouter, soni tranquilles,
& n ont bespin, pour etre approuvés & rè-
çus, que de la clarié & de la force ordinaire à
tout lon raisonnement... Faut-il au contraire
demontrer unevéritè pratique, une véritè quide-
mande qu'on agisse, que l'on exécute, que l'on se
genne, que l'on com batte contre ses propres in-
glinations? Alors le raisonnement ne pout
avoir trop de feu. Quiconque veut persuader,
se penètre lui même de ce qu' il dit; il échauf-
fe ses paroles par la demonstration de ses senti-
mens .... Il faut voir dans le livre même
142 MERCURE DE FRANCE.
les autres distinctions sensées sur les diffe-
rens dégrés de chaleur dans le raisonne-
ment, avec les exemples dont elles sont
accompagnées.
Après avoir examinè tout ce qui regardi
les faits & les raisennemens, il reste à
traiter separémnt de la qualitè des pen-
sées qui entrent dans les unes & dans lu
autres, & de la maniere de s'énencer qu'en
appelle style, c'est ce qui a heve de nom
mettre en état de juger. Ainsi les obser-
vations sur la qualite des pensées & du
style four le sujet de la quatrième & de la
cinquième section, il ne nous est pas possi-
ble, sans passer les bornes, de suivre lAu-
teur dans ces deux objets: le détail est
immense, & la matiere y est approfondie.
Le sixième volume contient l'exercice de
l'opération de juger. L'opération se fait
en grand. C'est un disçours d'éloquence à
examiner, c est, une Tragedie analysée
avant que de porter son jugement, &c.
L'idée que l'Auteur donne de l'éloquen-
ce, est frappante, c'est à la page 5. L'elo-
guence est une dialectique étendue, comme la
dialectique est une éloquence resserée. Cela
tappelle le traits de Zenons qui désignoit
la Réthorique en ouvrant la main, & la
Logique en la fermant. Le livre que
nous annonçons ne sçauroit entre trop tot
Digitinzed bedOOg
FEVRIER. 1752. 143
lu ni trop. souvent. Le Sçavant y trouvera
à prositer; au moins conviendra-t'il que
s'il l'avoit cùm, il auroit fait des progrès
prlus rapides & avec moins de peine. A
d'égard de tous les antres, c'est pour eux
un livre nécessaire: qu'il seroit à souhaiter
que les Professeurs des classes supérieures,
comme la Seconde & laRéthorique, voulus-
sentménager chaque jour, une demie-heure,
pour développer à leurs écoliers les princi-
pes d'un livre si méthodique & si refléchi.
Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.
A Paris chez la venve de Ph. N. Luttin &
J. H. Butard, rue Saint Jacques, à la Vé-
zité.
Rien n'importe plus dans la république
des Lettres, que d'avoit des Auteurs en-
cellens & des Lecteurs intelligens. Ceun-
ci profitent des travaux des premiers, &
scavent les apprécier; & ceux-là sont ra-
vis de voir qu'ils n'ont pas travaillé en
vain, & qu'on sçait gouter les vérités
qu'ils ont exposées ou démontrées. Que
doit- on penser d'un livre qui forme des
Lecteurs parfaiis, & qui trade aux Auteurs
même, une route certaine qu'ils peuvent
fuivre sans s'égarer? Le Traité que nous
annonçons est tout à la fois l'Axt de lire &
l'Art de composer.
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ERCUREDE FRANCE.
ateur pose pour principe que tout
nous lisons est exposition ou raisornue-
L'est de ce principe simple & vrai
que sott la méthode que nous examinons.
Si tout ce que noùs lisons est exposition
ou raisonnement, il faut donc pour sça-
voit lire, connoître parfaitement tout ce
qui concerne les faits & les raisonne-
mens; & pour avoir cette connoillance
parfaite, il faut être en état de concevoir,
de réduire, de développet les faits & les
raisonnemens, ensin il faut pouvoir en jo-
ger. Tel est le plan génétal qui enibrasse
toute la méthode de lire.
Dans le premier volume imprimé en
1747, on traite des trois opérations;
concevoit, réduire & développer; & l'on
dut faire alors l'analyse de tout ce que
l'Auteur a renfermé dans ces trois opéra-
tions, comme les moyens de concevoit,
de réduire & de déveloper, &c. Les trois
ordres, l'ordre général, l'ordre des par-
ties principales, l'ordte des pensées &
l'exercice de toutes les opérations sur les
exemples les plus beaux & les plus inter-
ressans.
Le second volume contient les princi-
pes de juger de ce que nous lisons. Pour
bien juger, il faus la science & la liberté,
Digites veOO
FEVRIER. 1752. 137
c'est- à dire, une connoissance exacte de ce qui
fait l'objet de la decision, & un esprii libre
de toute passion qui pourroit nuire au juge-
ment. Vn bon ouvrage, en général, est ce-
lui ou l'idée générale est distribuée en parties
principales, & ou celles-ci soni exposées par
l'ordre des pensées qui convienneni le micux.
Ce n'est là, comme l'on voit, qu'une no-
tion générale; & il faut faire attention
que Iordre dont on parle, est souvent
caché, ainsi que l'Auteur s'en est expli-
qué dans le premier volume page 425.
lorsqu'il distingue deux especes de destribu-
tions, l'une visible, l'autre cachée.
Cetre idée d'un bon ouvrage ainsi éta-
blie, l'on discerne ce qu'il faut dévelop-
per dans les faits & dans les raisonnemens.
A l'égard des faits, on peut les réduire à
quatre fortes, les expositions Oratoires
Poëtiques, Historiques & Dogmatiques;
l'Auteur reprend chaque espece d'expo-
sition, & il entremèle partout les prin-
cipes & les exemples sur lesquels il fait l'ap-
plication. L'exposition oratoire doit eire
soutenus des circonstances dont l'Orateur peut
tirer ses raisonnemens. Tout ce qui ne fouruit
point à ses preuves soit pour les former, soit
pour les éclaircir, doit être retranche. Que
les jeunes Avocats méditent bien ce pré-
cepte; c'est en le pratiquant qu'ils écmair-
a
138 MERCUREDEFRANCE.
cissent leurs causes, & qu'ils s'attachent
à la briéveté si goutée pat ie Juge, si sou-
vent recommandée pat les loix. L'exposi-
tion Dogmatique est celle cu l'on developpe
la nature des choses, leurs effets, leurs pro-
priétés, leurs qualitès; de la naissem les con-
templations, les reflexions, les questions,
les raisonnemens, les décisions, &c. Ces
quatre sortes d'exposuions sont renfermées
oans la premiere section.
La seconde traite du developpiment du
raisonnemeni & de sa nature. Nous avons
bien des logiques, & elles ont toutes leur
mérite; mais le Lecteur verra par lui mê-
me que jusqu'à présent on ne lui en a point
prése itée qui fût si propre pour la litteratu-
re, si conforme à la nature de l'esprithumain
& si facile, par consequent, à pratiquer.
Le taisonnement est uns vérité tirée d'unt
autre vérité ..... Ilya daus teut raison-
nement une proposition qui demonire & unt
proposition qui est demontrée. Vous etes mon
pere, & je ne vous aimerois pas! C'est
un raisonnement; pourquoiI Parce que de
la premiere praposition, vous êtes mon pere
il s'ensuit que je dois vous auner. C'est comne
si je m'exprimois plus simplement & aves
moius de vivacité, vous êtes mon pere, donc
je dois vous aimer.
L'Auteur passe à ce qu'il faut déve-
itized by Goo
139
FEVRIER. 1752.
lopper dans un raisonnement, & après
être entré dans un détail satisfaisant, il
examine de combien de manieres on déve-
lope un raisonnement. La découverte que
l'Auteur a faite sur cet objet, a du coûter
beaucoup de méditations, & sert infini-
ment dans la composition & la réduction;
cependant quand la vérité, que l'on dé-
couvre, est mise au jour, rien ne paroit
plus aisé. Le raisonnement ne peut se deve-
lopper que de trois manieros. La premiere ma-
niere, est de soutenir la proposition qu'on
a avancée par une seconde proposition, cette
seconde par une troisième, jusqu'à ce que
la derniere soit si évidenie, que l'esprit
n'ait plus rien à desirer ..... La seconde
maniere consiste à poser une vérité ou éviden-
te par elle même, ou deja établis; & d'en
tirer ensuite toutes les verites qui en sorient ne-
cessairement. ... Enfin la troisiemo maniere
de développer un raisonnement, est de
partager une proposition ginérale en proposi-
tions particuliores, parce qu'elles y sont natu-
rellement renfermées. Ces trois manieres
peuvent s'employer alternativement, si
ie sujet à traiter l'éxige: l'Auteur rend
cette menthode sensible par les exemples lea
plus attachans.
Il semble que ces notions fortifiées
d'exemples susfirorent, l'Auteurn en de-
140 MERCUREDEFRANCE.
meure pas là; il discute s'il est toujours né-
cessaire de développer le raisonnement;
il distingue deux manieres de raisonner,
l'une naturelle, l'autre artificielle; il exa-
mine en quelles occasions l'on se sert de
celle ci & de celle-li; il propose des
exemples de toutes deux; il traite séparé-
ment de la force du railonnement, &
comment on juge s'il est bon.
A mesure que la matiere croit, l'Auteur
encourage son Lecteur, & il lui fait voir
dans la troisième section comment on dis-
pose les propositions du raisonnement
pourquoi il faut mettre de la di versité dans
la disposition, quels ornemens convien-
nent au taisonnement. Il semble d'aord
que le raisonnement, se soutienne assez sans
ornemeni, il semble meme que son plus bel
ornement soit de n'en aevoir point. L'ordre
la clarié, la force qui regnent dans tout
raisonnement qui est bon, frappent suffisam-
meut l'esprit; y a t'il que que chose de plus
à désirer? Et quel pourroit donc être l'orne-
ment qui conviendroit au raisonnement? mais
un raisonnnement qui auroit de l'ordre, de la
clarté & de la force, ne peut- il pas n'etre pas as-
sez étendu? Nepeut. il pas n'être pointassez. ani-
me? s'il n'est pas assez. etendu, malgrè l'or-
dre, la clarte & la force, il sera sec; s'il
n'est pas assez anime, il sera froid;, ainsi
141
FEVRIER. 1752.
quii on suppose avec l'ordre, la clartè, la
force, qu'on suppose la juste étendue & le
seu dans le raisonnement; ce sera non seule-
ment un raisonnement bon, mais encore un
raisonnement orne, & voila les deux ornemens
qui conviennen: au raisonnement.... Le détail
dans lequel l'Auteur entre, est ravissant; il
parle de la juste étenduë & du feu avec
une clarté qui présente lesobjets sans peine,
& qui les fait concevoit avec plaisir.
Mais faui-il toujours raisonner avec feu,
avec cette chaleur, qui nait de la situa tion
de l'ame? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord distinguer deva sortes de véritès;
les vérites speculatives, & les vérités prati-
ques. En genéral, quand il ne s'agit que de
considerer une véritè sans exiger au delà de
la spéculation, les raisonnemens que l'on
forme pour la faire gouter, soni tranquilles,
& n ont bespin, pour etre approuvés & rè-
çus, que de la clarié & de la force ordinaire à
tout lon raisonnement... Faut-il au contraire
demontrer unevéritè pratique, une véritè quide-
mande qu'on agisse, que l'on exécute, que l'on se
genne, que l'on com batte contre ses propres in-
glinations? Alors le raisonnement ne pout
avoir trop de feu. Quiconque veut persuader,
se penètre lui même de ce qu' il dit; il échauf-
fe ses paroles par la demonstration de ses senti-
mens .... Il faut voir dans le livre même
142 MERCURE DE FRANCE.
les autres distinctions sensées sur les diffe-
rens dégrés de chaleur dans le raisonne-
ment, avec les exemples dont elles sont
accompagnées.
Après avoir examinè tout ce qui regardi
les faits & les raisennemens, il reste à
traiter separémnt de la qualitè des pen-
sées qui entrent dans les unes & dans lu
autres, & de la maniere de s'énencer qu'en
appelle style, c'est ce qui a heve de nom
mettre en état de juger. Ainsi les obser-
vations sur la qualite des pensées & du
style four le sujet de la quatrième & de la
cinquième section, il ne nous est pas possi-
ble, sans passer les bornes, de suivre lAu-
teur dans ces deux objets: le détail est
immense, & la matiere y est approfondie.
Le sixième volume contient l'exercice de
l'opération de juger. L'opération se fait
en grand. C'est un disçours d'éloquence à
examiner, c est, une Tragedie analysée
avant que de porter son jugement, &c.
L'idée que l'Auteur donne de l'éloquen-
ce, est frappante, c'est à la page 5. L'elo-
guence est une dialectique étendue, comme la
dialectique est une éloquence resserée. Cela
tappelle le traits de Zenons qui désignoit
la Réthorique en ouvrant la main, & la
Logique en la fermant. Le livre que
nous annonçons ne sçauroit entre trop tot
Digitinzed bedOOg
FEVRIER. 1752. 143
lu ni trop. souvent. Le Sçavant y trouvera
à prositer; au moins conviendra-t'il que
s'il l'avoit cùm, il auroit fait des progrès
prlus rapides & avec moins de peine. A
d'égard de tous les antres, c'est pour eux
un livre nécessaire: qu'il seroit à souhaiter
que les Professeurs des classes supérieures,
comme la Seconde & laRéthorique, voulus-
sentménager chaque jour, une demie-heure,
pour développer à leurs écoliers les princi-
pes d'un livre si méthodique & si refléchi.
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Résumé : « TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12. [...] »
Le traité 'Traité sur la manière de lire les Auteurs avec utilité' se compose de deux volumes destinés à former des lecteurs compétents et à guider les auteurs. Il repose sur le principe que la lecture implique soit une exposition, soit un raisonnement. Le premier volume, publié en 1747, explore les opérations de conception, de réduction et de développement des faits et des raisonnements, illustrées par des exemples. Le second volume traite des principes pour juger de ce que l'on lit, nécessitant une connaissance précise et une liberté d'esprit. Un bon ouvrage est caractérisé par une idée générale bien structurée et un ordre logique des pensées. L'auteur distingue deux types de distributions : visibles et cachées, et classe les expositions en quatre types : oratoires, poétiques, historiques et dogmatiques. Le traité examine également le développement du raisonnement, critiquant les logiques existantes et proposant une méthode adaptée à la littérature et à l'esprit humain. Un raisonnement est défini comme une vérité tirée d'une autre vérité, impliquant une proposition démonstrative et une proposition démontrée. L'auteur explore trois manières de développer un raisonnement : par accumulation de propositions, par déduction à partir d'une vérité évidente, et par division d'une proposition générale en propositions particulières. Il distingue les raisonnements naturels et artificiels et discute de leur force et des critères pour juger de leur qualité. Le texte met en avant l'importance de l'ordre, de la clarté, de la force, de l'étendue et de l'animation dans un raisonnement efficace. Il distingue également les vérités spéculatives des vérités pratiques. Le sixième volume se concentre sur l'exercice du jugement à travers l'analyse de discours ou de tragédies, définissant l'éloquence comme une dialectique étendue et la dialectique comme une éloquence resserrée. L'ouvrage est recommandé pour son utilité aux savants et aux enseignants des classes supérieures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12884
p. 143-147
« DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
Début :
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...]
Mots clefs :
Discours, Traités, Sujet, Pères, Prédicateurs, Curés, Campagne, Chaîne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
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Résumé : « DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
Le 'Dictionnaire Apostolique' est un ouvrage conçu pour les curés des villes et des campagnes ainsi que pour ceux aspirant à la prêtrise. L'auteur, le Père Hyacinthe, envisage une série de huit volumes, avec la possibilité d'un neuvième volume ultérieur. Les cinq premiers volumes aborderont environ cinquante sujets de morale chrétienne, choisis pour leur pertinence dans la régulation des mœurs et la promotion de la vertu. Les sixième et septième volumes traiteront des mystères de Jésus-Christ et des fêtes de la Sainte Vierge. Le huitième volume inclura des discours sur les Apôtres, les martyrs, les évêques, les confesseurs, les vierges, ainsi que des extraits pour des discours de vœux et de professions religieuses. Chaque volume comprendra 8 à 9 traités, précédés d'observations sur le sujet traité. Les matières seront organisées alphabétiquement, et chaque traité inclura des réflexions théologiques et morales, des textes bibliques, et des citations des Saints Pères. Chaque volume contiendra entre 24 et 27 discours sur des sujets similaires, répartis sur différents jours. L'objectif principal de cet ouvrage est d'aider les curés et ecclésiastiques, particulièrement ceux des zones rurales, à préparer des instructions pour leurs paroissiens sans nécessiter une grande créativité personnelle. Les discours sont conçus pour être accessibles même aux moins instruits, permettant aux pasteurs de remplir efficacement leur mission. L'auteur insiste sur l'importance de l'étude et du discernement pour devenir un bon prédicateur, tout en offrant des modèles à suivre. Les passages des Saints Pères sont organisés chronologiquement pour faciliter l'apprentissage et la résolution des sujets controversés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12885
p. 148-153
« DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
Début :
DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...]
Mots clefs :
Deux sexes, Femmes, Sexe, Esprit, Mathématiques, Étude, Secours, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
DISCOURS sur la facilité & l'utilité
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
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Résumé : « DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
Le 12 décembre 1751, M. Digard prononce un discours à Paris où il défend la facilité et l'utilité des mathématiques. Il réfute les objections courantes contre cette discipline, notamment l'idée que les mathématiques seraient inutiles pour les femmes, qu'il attribue à des préjugés. Digard soutient que les femmes possèdent des aptitudes égales à celles des hommes pour les sciences et que les en priver est injuste. Il plaide pour une éducation partagée entre les sexes afin de maintenir l'égalité et l'estime mutuelle, affirmant que l'éducation des femmes en mathématiques est essentielle pour le progrès scientifique et le bonheur des deux sexes. Le texte mentionne également la comédie de Molière 'Les Femmes savantes'. Cette œuvre critique les pédants des deux sexes ainsi que les femmes ignorantes impressionnées par des termes savants sans en comprendre la valeur. Molière choisit ce titre pour attirer le public, bien que les personnages féminins principaux, Philaminte et Bélise, ne soient pas véritablement savants. La pièce dénonce l'affectation et la fatuité des pédants. Le succès de la pièce dépendait de l'intérêt du public, ce qui a conduit Molière à faire des concessions. Le texte aborde la question de savoir si Molière voulait ridiculiser les femmes instruites. Il compare cette situation à celle de Socrate, moqué par Aristophane mais resté un grand homme. Il invite à réfléchir sur cette question avant de porter un jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12886
p. 153-154
« QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Début :
QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Jean-Jacques Rousseau, Attaquer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
QUANTUM litteris debeat virtus..
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
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Résumé : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Le texte discute du discours de Jean-Jacques Rousseau, couronné par l'Académie de Dijon, qui a suscité diverses réactions. Ce discours a été critiqué par un Grand-Prince, M. Gautier de la Société Royale de Nantes et M. Borde, dont le discours a été présenté à l'Académie de Lyon. Malgré ces critiques, le discours de Rousseau a suscité un grand intérêt à Paris et a reçu de nombreux éloges. Le Roi a également abordé le même sujet au nom de l'Université. En raison de la crainte de prolonger la discussion, le texte ne fournit pas d'extrait de l'ouvrage, bien qu'il soit recommandé pour ceux qui aiment les lettres et est noté pour son style latin fort et véhément.
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12887
p. 154-155
« QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...] »
Début :
QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...]
Mots clefs :
Collège du Cardinal-Lemoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...] »
QUO potissimum in instituendis pueris
sublevari possit magistrorum labor. Oratio
habita pro scholarum instauratione in Col-
legio Cardinalitio, à. Christiano le Roy
Eloquentiæ Professore, die Lunæ undeci-
mâ mensis Octobris, anno 1751. Parisiis
apud Thibout, Regis, nec non Academiae
Parisiensis typographum. In platea Came-
racensi. 1751.
Personne n'étoit micux en état de trai-
ter cette importante question que l'Auteur
FEVRIER.
1752. 155
de ce discours, qui fait depuis quelques
années d'heureux efforts pour redonner au
Collège du Cardinal le Moine, l'éclat
qu'il a eu aut refois. Quoique nous n'aions
pas l'honneur de conoître M. le Roi, nous
ne craindrons pas de dire sur la foi de la
voix publique, que c'est un des hommes du
Royaume qui montrent plus de zéle &
de capacité pour l'instruction des jeunes
gens. Quand est-ce qu'on fera dans le
monde le cas qu'il convient d'un talent si
nécessaire & si rare?
sublevari possit magistrorum labor. Oratio
habita pro scholarum instauratione in Col-
legio Cardinalitio, à. Christiano le Roy
Eloquentiæ Professore, die Lunæ undeci-
mâ mensis Octobris, anno 1751. Parisiis
apud Thibout, Regis, nec non Academiae
Parisiensis typographum. In platea Came-
racensi. 1751.
Personne n'étoit micux en état de trai-
ter cette importante question que l'Auteur
FEVRIER.
1752. 155
de ce discours, qui fait depuis quelques
années d'heureux efforts pour redonner au
Collège du Cardinal le Moine, l'éclat
qu'il a eu aut refois. Quoique nous n'aions
pas l'honneur de conoître M. le Roi, nous
ne craindrons pas de dire sur la foi de la
voix publique, que c'est un des hommes du
Royaume qui montrent plus de zéle &
de capacité pour l'instruction des jeunes
gens. Quand est-ce qu'on fera dans le
monde le cas qu'il convient d'un talent si
nécessaire & si rare?
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Résumé : « QUO potissimum in instituendis pueris sublevari possit magistrorum labor. Oratio [...] »
Le 11 octobre 1751, Christian Le Roy, professeur d'éloquence, a prononcé un discours lors de la réouverture du Collège du Cardinal Lemoine à Paris. Il y met en avant les efforts de l'auteur Févier pour restaurer la réputation du collège. Les auteurs admirent son zèle et ses compétences exceptionnelles en éducation, soulignant la rareté de tels talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12888
p. 155-156
« CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Début :
CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...]
Mots clefs :
Ville, Église, Paris, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
CELEBRATIONS des mariages de
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
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Résumé : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Le 9 novembre 1751, la Ville et l'Église Collégiale et Paroissiale de Saint Merry à Paris célèbrent la naissance du Duc de Bourgogne. M. Artaud, Docteur de Sorbonne et chef-curé, prononce une exhortation reconnue pour son éloquence et sa véhémence. Le livre est publié à Paris chez Hérissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12889
p. 156
« LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...] »
Début :
LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...]
Mots clefs :
Amadis de Gaule, Esplandian
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...] »
LES hauts faits d'Esplandian. Suite
d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez
Jean François Jolly, & se vend à Paeris
chez la veuve Pissot, à la descente duPont-
Neuf. Deux volumes in- 8°.
On vient de faire pour Esplandian ce
qu'on fit l'an dernier pour Amadis; on le
fait agit plus de suite, raifonner plus
sensément, & parlet plus poliment qu'il
ne faisoit. On a retranché de cet ouvrage
ancien, diffus & célebre, tout ce qui
ctoit long, plat, de mauvais gout, & on
lui a prêté ce qu'il pouvoit tirer d'agré-
ment de la politesse & du style de notre
slécle. Tous ces changemens sont le fruit
de l'amusement d'une personne du sexe,
fort connue par ses talens, son esprit & ses
connoissances.
d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez
Jean François Jolly, & se vend à Paeris
chez la veuve Pissot, à la descente duPont-
Neuf. Deux volumes in- 8°.
On vient de faire pour Esplandian ce
qu'on fit l'an dernier pour Amadis; on le
fait agit plus de suite, raifonner plus
sensément, & parlet plus poliment qu'il
ne faisoit. On a retranché de cet ouvrage
ancien, diffus & célebre, tout ce qui
ctoit long, plat, de mauvais gout, & on
lui a prêté ce qu'il pouvoit tirer d'agré-
ment de la politesse & du style de notre
slécle. Tous ces changemens sont le fruit
de l'amusement d'une personne du sexe,
fort connue par ses talens, son esprit & ses
connoissances.
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Résumé : « LES hauts faits d'Esplandian. Suite d'Amadis des Gaules. A Amsterdam, chez [...] »
Le texte décrit une édition révisée des 'Hauts faits d'Esplandian', suite du roman 'Amadis des Gaules'. Publiée à Amsterdam et Paris, cette version supprime les passages inutiles et améliore le style. Les modifications, attribuées à une femme talentueuse, enrichissent le texte avec une langue plus polie et contemporaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12890
p. 156-157
« ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
Début :
ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...]
Mots clefs :
Ducs de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
ALMANACH historique des Ducs
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
Fermer
12891
p. 157-158
« L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...] »
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Corse, Prix, Peuples, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...] »
L'Académie des Belles Lettres de Cor-
se distribuera le 25. Août 1752, fête de
Saint Louis, deux prix consistans chacun
en une médaille d'or de la valeur de
500 livres monnoye de France.
Le premier, pour lequel tout le mon-
de pourra concourir, à la réserve des Aca-
démiciens, sera adjugé à celui qui dé-
montreta avec plus de netteté: Quelle
pouvoit être la politique des Goths, en dè-
truisant les Aris, & les Sciences, puisque
ces menmes peuples ont laisse des modeles qui
justifient qu'ils s'y sont appliques.
Le discours écrit en prose italienne
latine ou françoise, d'un quart d'heure
de lecture au moins, ou d'une demie heu-
re au plus, ne sera reçu que jusqu'au pre-
mier Juin exclusivement.e
Les discours seront adressés franc de
port au Secretaire perpétuel de l'Acade-
mie des Belles-Lettres de Corse à Bastia,
ou à Paris à M. de Chevrier, tue des
vieux Augustins, qui les fera passer ca-
chetés au même Secretaire.
Le second prix fondé pour les Corses
sera accordé à celui d'entr'eux qui prou-
Hues hO
158 MERCUREDE FRANCE.
Vera plus solidement que les Loix ne pes-
veni etre durables qu autant qu'elles soni ap-
Propriées au naturel, & au temperament des
peuples pour lesquel: elles doivent eire faites.
se distribuera le 25. Août 1752, fête de
Saint Louis, deux prix consistans chacun
en une médaille d'or de la valeur de
500 livres monnoye de France.
Le premier, pour lequel tout le mon-
de pourra concourir, à la réserve des Aca-
démiciens, sera adjugé à celui qui dé-
montreta avec plus de netteté: Quelle
pouvoit être la politique des Goths, en dè-
truisant les Aris, & les Sciences, puisque
ces menmes peuples ont laisse des modeles qui
justifient qu'ils s'y sont appliques.
Le discours écrit en prose italienne
latine ou françoise, d'un quart d'heure
de lecture au moins, ou d'une demie heu-
re au plus, ne sera reçu que jusqu'au pre-
mier Juin exclusivement.e
Les discours seront adressés franc de
port au Secretaire perpétuel de l'Acade-
mie des Belles-Lettres de Corse à Bastia,
ou à Paris à M. de Chevrier, tue des
vieux Augustins, qui les fera passer ca-
chetés au même Secretaire.
Le second prix fondé pour les Corses
sera accordé à celui d'entr'eux qui prou-
Hues hO
158 MERCUREDE FRANCE.
Vera plus solidement que les Loix ne pes-
veni etre durables qu autant qu'elles soni ap-
Propriées au naturel, & au temperament des
peuples pour lesquel: elles doivent eire faites.
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Résumé : « L'Académie des Belles-Lettres de Corse distribuera le 25 Août 1752, fête de [...] »
L'Académie des Belles Lettres de Corse a annoncé la distribution de deux prix lors de la fête de Saint Louis le 25 août 1752. Chaque prix comprend une médaille d'or valorisée à 500 livres françaises. Le premier prix est ouvert à tous, sauf aux académiciens, et récompense le meilleur discours expliquant la politique des Goths envers les arts et les sciences. Les discours, en prose italienne, latine ou française, doivent durer entre un quart d'heure et une demi-heure et être soumis avant le 1er juin. Les candidatures peuvent être envoyées au secrétaire perpétuel de l'Académie à Bastia ou à M. de Chevrier à Paris. Le second prix est réservé aux Corses et distingue celui qui démontre le mieux que les lois doivent être adaptées à la nature et au tempérament des peuples auxquels elles s'appliquent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12892
p. 158
« GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...] »
Début :
GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...]
Mots clefs :
Géographie, Sphère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...] »
GEOGRAPHIE MODERNE, précédée
d'un petit traité de la Sphere & du
Globe, ornée de traits d'Histoire natu-
relle & politique, & terminée pat une
Géographie Ecclésiastique où l'on trou-
vera tous les Archevêchés & Evêchés de
l'Eglise Catholique, & les principaux des
Eglises Schismatiques, avec une table des
longitudes & latitudes des principales Vil-
les du monde, & une autte des noms
des lieux contenus dans cette Géogra-
phie: par M. l'Abbé Nicole de la Croix.
Nouvelle Edition revue, corrigée & con-
sidérablement augmentée. A Paris, chez
Jean Thomas Herissant, rue Saint Jac-
ques, 1752. 2 vol. in- 12.
Le titre de cet Ouvrage est si éten-
du qu'il peut presque tenir licu d'un
extrait. Nous avons consulté cette Géogra-
phie sur un assez grand nombre d'articles,
& nous avons trouvé dans tous, les éclair-
cissemens que nous y cherchions. Ces
épteuves nous authorisent à dire que ce
Livre est un des meilleurs qui ayent été
faits en ce genre.
d'un petit traité de la Sphere & du
Globe, ornée de traits d'Histoire natu-
relle & politique, & terminée pat une
Géographie Ecclésiastique où l'on trou-
vera tous les Archevêchés & Evêchés de
l'Eglise Catholique, & les principaux des
Eglises Schismatiques, avec une table des
longitudes & latitudes des principales Vil-
les du monde, & une autte des noms
des lieux contenus dans cette Géogra-
phie: par M. l'Abbé Nicole de la Croix.
Nouvelle Edition revue, corrigée & con-
sidérablement augmentée. A Paris, chez
Jean Thomas Herissant, rue Saint Jac-
ques, 1752. 2 vol. in- 12.
Le titre de cet Ouvrage est si éten-
du qu'il peut presque tenir licu d'un
extrait. Nous avons consulté cette Géogra-
phie sur un assez grand nombre d'articles,
& nous avons trouvé dans tous, les éclair-
cissemens que nous y cherchions. Ces
épteuves nous authorisent à dire que ce
Livre est un des meilleurs qui ayent été
faits en ce genre.
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Résumé : « GEOGRAPHIE MODERNE, précédée d'un petit traité de la Sphere & du [...] »
L'ouvrage 'Géographie Moderne', rédigé par l'Abbé Nicole de la Croix et publié en 1752 à Paris, comprend deux volumes couvrant des aspects géographiques, historiques et ecclésiastiques. Il traite de la sphère, du globe, de l'histoire naturelle et politique, et détaille les archevêchés et évêchés catholiques ainsi que les églises schismatiques. Il inclut des tables de longitudes et latitudes des principales villes et une liste des lieux mentionnés. Cet ouvrage est reconnu pour ses éclaircissements précis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12893
p. 159
« EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
Début :
EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...]
Mots clefs :
Électricité, Benjamin Franklin, Découverte, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
EXPERIENCES & observations sur
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique
par M. Benjamin Frantlin, & com-
muniquées dans plusieurs Letrres à M. P.
Collinson de laSociété Royale de Londres
traduites de l'Anglois. 4 Paris, chez Du-
raud, rue Saint Jacques 1752., un vo-
lume in 12.
Ce nouvel Ouvrage sur l'Electricité a
comme deux Parties: la premiere qui est
du Traducteur, est une Histoire exacte
détaillée & bien écrite de cette décou-
verte: la seconde, est un recueil d'Obser-
vations, ausquelles il ne paroît pas possi-
ble de refuser sa croyance, quoiqu'elles
soient singulieres, & qu'elles vien-
nent de loin.
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Résumé : « EXPERIENCES & observations sur l'Electricité faites à Philadelphie en Amérique [...] »
L'ouvrage 'Expériences & observations sur l'Électricité faites à Philadelphie en Amérique' de Benjamin Franklin, traduit en 1752, comprend deux parties. La première relate l'histoire des découvertes électriques. La seconde rassemble des observations authentiques et variées sur ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12894
p. 159-160
« LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...] »
Début :
LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...]
Mots clefs :
Introduction, Françoise de Graffigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...] »
LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle
Edition, augmentée de plusieurs
Lettres, & d'une Introduction à l'His-
toite. A Paris, chez Durhesne rue Saint
Jacques 1752 2 vol. in 12.
L'Introduction Historique qui est à la
tente du premier volume, roule sur l'His-
toire, les Arts, les Mœeurs, la Religion
des Péruviens. Quoique le morceau qui-
est tout neuf ne soitopas de trente pages,
il est suffisant, parce que Madame de
ted byGo
60 MERCUREDEFRANCE.
Graffigny peint d'un trait tous ces grands
objets. Dans le corps de l'Ouvrage on
trouvera quelques Lettres nouvelles &
beaucoup d'additions & de changemens
aux anciennes: ce sont des Observations
sur nos moeurs faites avec beaucoup de
sagacité, & rendues avec un agrément
infini. Le second volume est terminé par
Cenie, Ouvrage Dramatique qui a réuni
les suffrages des gens de goût & des gens
vertueux. La nouvelle Edition que nous
annonçons, assurera à Madame de Graffi-
gny la réputation très-brillante & très-
étendue dont elle jouit.
Edition, augmentée de plusieurs
Lettres, & d'une Introduction à l'His-
toite. A Paris, chez Durhesne rue Saint
Jacques 1752 2 vol. in 12.
L'Introduction Historique qui est à la
tente du premier volume, roule sur l'His-
toire, les Arts, les Mœeurs, la Religion
des Péruviens. Quoique le morceau qui-
est tout neuf ne soitopas de trente pages,
il est suffisant, parce que Madame de
ted byGo
60 MERCUREDEFRANCE.
Graffigny peint d'un trait tous ces grands
objets. Dans le corps de l'Ouvrage on
trouvera quelques Lettres nouvelles &
beaucoup d'additions & de changemens
aux anciennes: ce sont des Observations
sur nos moeurs faites avec beaucoup de
sagacité, & rendues avec un agrément
infini. Le second volume est terminé par
Cenie, Ouvrage Dramatique qui a réuni
les suffrages des gens de goût & des gens
vertueux. La nouvelle Edition que nous
annonçons, assurera à Madame de Graffi-
gny la réputation très-brillante & très-
étendue dont elle jouit.
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Résumé : « LETTRES d'une Peruvienne. Nouvelle Edition, augmentée de plusieurs Lettres, [...] »
Le texte décrit une édition augmentée des 'Lettres d'une Péruvienne' de Madame de Graffigny, publiée à Paris en 1752. Cette édition, composée de deux volumes, inclut une introduction historique de trente pages sur l'histoire, les arts, les mœurs et la religion des Péruviens. Elle contient également de nouvelles lettres ainsi que des ajouts et des modifications aux lettres précédentes. Les observations sur les mœurs européennes y sont présentées avec sagacité et agrément. Le second volume se conclut par 'Cénie', une pièce dramatique ayant reçu un bon accueil critique. Cette nouvelle édition est destinée à renforcer la réputation déjà brillante et étendue de Madame de Graffigny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12895
p. 160-162
« DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
Début :
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...]
Mots clefs :
Discours, Style épigrammatique, Style figuré, Exorde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
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Résumé : « DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
Jacques Duparc, membre de la Société de Jésus, a prononcé un discours à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne le 1er octobre 1751. Ce discours est apprécié pour sa logique, son ordre et son absence de style épigrammatique. Duparc évoque l'habitude ancienne de graver des inscriptions pour commémorer des événements heureux, souvent liés à des victoires sanglantes. Il souligne que la naissance du duc de Bourgogne est une source de joie authentique pour tout le royaume de France, et non seulement pour la cour ou la famille royale. Cette joie est fondée sur des arguments solides plutôt que sur des témoignages superficiels. La France, traditionnellement anxieuse lors de l'attente d'un héritier royal, se réjouit de cette naissance favorable, qui promet un héritier bien éduqué et dévoué à l'intérêt général du royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12896
p. 162-163
« LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...] »
Début :
LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...]
Mots clefs :
Feux d'artifice, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...] »
LES Curieux reçurent avec empressement,
il y a quelques années, un essai
sur les Feux d'Artifice de M. Perinet
Dorval. Cet essai est devenu un Traité
complet dans une nouvelle Edition: elle
a été faite à Berne, & se trouve à Paris,
chez Jombert, Libraire, rue Dauphine.
On ne peut rien ajoûter à la clarté, à l'or-
dre, à la précision qui regnent dans Cetie
production. Ce n est pas seulement le
163
FEVRIER. 1752.
meilleur Ouvrage qu'on ait sur cette ma-
tiere; c'est encore le seul sur lequel on
puisse compter. Quoique les gravures en
soient fort belles & en grand nombre,
c'est le moindre des avantages quon y
trouvera.
il y a quelques années, un essai
sur les Feux d'Artifice de M. Perinet
Dorval. Cet essai est devenu un Traité
complet dans une nouvelle Edition: elle
a été faite à Berne, & se trouve à Paris,
chez Jombert, Libraire, rue Dauphine.
On ne peut rien ajoûter à la clarté, à l'or-
dre, à la précision qui regnent dans Cetie
production. Ce n est pas seulement le
163
FEVRIER. 1752.
meilleur Ouvrage qu'on ait sur cette ma-
tiere; c'est encore le seul sur lequel on
puisse compter. Quoique les gravures en
soient fort belles & en grand nombre,
c'est le moindre des avantages quon y
trouvera.
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Résumé : « LES Curieux reçurent avec empressement, il y a quelques années, un essai [...] »
L'ouvrage 'Essai sur les Feux d'Artifice' de M. Perinet Dorval, initialement acclamé, a été réédité à Berne et est disponible à Paris chez Jombert. Ce traité se distingue par sa clarté, son ordre et sa précision. Il est reconnu comme le seul ouvrage fiable sur les feux d'artifice, malgré ses nombreuses illustrations de qualité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12897
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
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Résumé : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
L'ouvrage 'Histoire des Révolutions de l'Empire des Arabes' de l'Abbé de Marigny, publié en deux volumes, explore les révolutions dans l'Empire moghol et en Perse. Aurengzeb, prince notable de ces empires, décédé en 1707, est caractérisé par un visage sec et décharné ainsi que des yeux perçants. Il excellait dans l'art de la dissimulation et affichait une apparence de régularité morale, d'abstinence des plaisirs et de modestie extrême. Cependant, son ambition le conduisit à commettre des crimes pour accéder au trône. Il employait la ruse, la trahison et le poison pour éliminer ses rivaux et était jaloux des mérites des autres. Aurengzeb se montrait cruel envers ses propres enfants et manquait de véritables principes de vertu, utilisant souvent la religion comme prétexte pour persécuter ses adversaires. Il maintenait l'ordre par la crainte et était détesté tant par ses sujets que par ses enfants. Un exemple de sa ruse est illustré par son stratagème pour découvrir les richesses cachées parmi les habits des faquirs. Connaissant les pratiques des moines, il confisqua leurs vieux habits sous prétexte de leur offrir des habits neufs afin de récupérer les aumônes cachées dans leurs vêtements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12898
p. 168-173
« LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
Début :
LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...]
Mots clefs :
Mort, Noyés, Signes de la mort, Sujets, Antoine Louis, Putréfaction, Jacques-Jean Bruhier d'Ablaincourt, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
LETTRES sur la certitude des signes de la
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
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Résumé : « LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
En 1752, M. Louis, conseiller et commissaire de l'Académie Royale de Chirurgie, publie 'Lettres sur la certitude des signes de la mort'. Cet ouvrage explore la distinction entre la vie et la mort, soulignant l'horreur d'être enterré vivant. M. Louis critique les travaux de M. Winslow et M. Bruhier, qui considèrent la putréfaction comme le seul signe certain de la mort. Il affirme qu'il existe des signes indépendants de la putréfaction. L'auteur examine les autorités ayant soutenu l'incertitude des signes de la mort et conteste leurs arguments, tout en reconnaissant certaines erreurs passées, comme celles de Vesale. M. Louis propose des critères pour déterminer la mort, tels que la rigidité des membres et l'examen des yeux, plutôt que le pouls ou la respiration. Il met en garde contre les dangers de l'inhumation prématurée et distingue la putréfaction chez les vivants de celle chez les morts. Il critique les pratiques d'inhumation dans les églises et approuve les règlements de M. Bruhier visant à prévenir les enterrements précipités. Le livre inclut également des mémoires sur les causes de la mort des noyés et les secours à leur apporter, insistant sur l'importance de suivre un ordre précis pour sauver des vies. L'ouvrage se conclut par la traduction de la thèse de M. Winslow.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12899
p. 173-175
« ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...] »
Début :
ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...]
Mots clefs :
Théorie, Résistance des fluides, Académie royale des sciences, Lettres, Argenson, René Louis de Voyer de Paulmy d'Argenson, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...] »
ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance
174 MERCUREDEFRANCE.
des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie
Royale des Sciences de Paris, de celle de Prusse
& de la Société Royale de Londres. Chez David,
l'aîné, tue Saint Jacques, à la Plume d'or.
A la tête de cet ouvrage est une introduction
assez étendue, dont l'Extrat a été la dans l'As-
semblée publique de l'Académie Royale des
Sciences, du 13 Novembre dernier, & reçu très-
favorablement du public. Cet Extrait a été inseré
dans le Mercure de Janvier, premier volume,
& nous dispense d'entrer daus un gtand détail sut
cet ouvrage, dont il n'appartient d'ailleurs de
juger qu'i un petit nombre de Géométres. Mais
nous ne pouvons nous empêcher d'apptendie à
nos Lecteurs, que l'ouvrage est dédie à M. le
Marquis d'Argenson, Ministre d'Etat, ci-devant
Secretaite d'Etat au Département des Adaites
Etrangeres, si estimé & si chéri de tous ceux qui
l'approchent, par son amour pour les Lettres,
par le succès avec lequel il les cultive en vtai Phi-
lo ophe, par la maniere dont il traite les Sçavans,
& part la douceur de son caractère & de ses mœuts.
Voici l'Epître:
Monseigneur le Marquis d'Argenson,
Miuistre a' Etat.
Monscigneur, les Sçavans & les Ecrivans cé-
lebres qui vous approchent en si gtand nombre
applaudiront à l'hommage que je vous rends. Le
respect qu'ils vous temoignent est d'autant plus
sincère, que l'attachement en est le principe: &
d'autant plus juste, que vous ne pensez pas à l'e-
xger. Vous devez, Monseigneur, un sentiment
si flatteur & si vrai, à cette familiarité sans or-
gueil avec laquelle vous accueillez les talens, &
gitized by Goo
FEVRIER.
1752.
175
qui seule peut rendre la société des Grands & des
gens de Lettres également digne des uns & des
autres. Votre commerce, utile & agréable par
une étendue de connoissances, qui vous assure le
suffrage de la partie la plus éclatrée de notre Na-
tion, est encore pour tous ceux qui vous en vir on-
nent une leçon continuelle de modestie, de can-
deur, d'amour du bien public, & de toutes les
vertus que notre slécle se contente d'estimer. Phi-
losophe enhin dans vos sentimens & dans votte
conduite, vous joignez à cette qualité trop rare
& qui en renferme tant d'autres, le mérite plus ra-
re encore de l'avoir sans ostentation. Puisse votre
exemple, Monseigneur, & celui de votre illustre
Maison, apprendre à la plupart de nos Mécenes,
trop multipliés aujourd'hut pour la gloire & le
bien des Lettres, que le vrai moyen d'honorer le
mérite en le protégeant, est de s'honorer soi-
même par la maniere dont on le distingue. Je suio
avec un profond respect, &c.
174 MERCUREDEFRANCE.
des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie
Royale des Sciences de Paris, de celle de Prusse
& de la Société Royale de Londres. Chez David,
l'aîné, tue Saint Jacques, à la Plume d'or.
A la tête de cet ouvrage est une introduction
assez étendue, dont l'Extrat a été la dans l'As-
semblée publique de l'Académie Royale des
Sciences, du 13 Novembre dernier, & reçu très-
favorablement du public. Cet Extrait a été inseré
dans le Mercure de Janvier, premier volume,
& nous dispense d'entrer daus un gtand détail sut
cet ouvrage, dont il n'appartient d'ailleurs de
juger qu'i un petit nombre de Géométres. Mais
nous ne pouvons nous empêcher d'apptendie à
nos Lecteurs, que l'ouvrage est dédie à M. le
Marquis d'Argenson, Ministre d'Etat, ci-devant
Secretaite d'Etat au Département des Adaites
Etrangeres, si estimé & si chéri de tous ceux qui
l'approchent, par son amour pour les Lettres,
par le succès avec lequel il les cultive en vtai Phi-
lo ophe, par la maniere dont il traite les Sçavans,
& part la douceur de son caractère & de ses mœuts.
Voici l'Epître:
Monseigneur le Marquis d'Argenson,
Miuistre a' Etat.
Monscigneur, les Sçavans & les Ecrivans cé-
lebres qui vous approchent en si gtand nombre
applaudiront à l'hommage que je vous rends. Le
respect qu'ils vous temoignent est d'autant plus
sincère, que l'attachement en est le principe: &
d'autant plus juste, que vous ne pensez pas à l'e-
xger. Vous devez, Monseigneur, un sentiment
si flatteur & si vrai, à cette familiarité sans or-
gueil avec laquelle vous accueillez les talens, &
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FEVRIER.
1752.
175
qui seule peut rendre la société des Grands & des
gens de Lettres également digne des uns & des
autres. Votre commerce, utile & agréable par
une étendue de connoissances, qui vous assure le
suffrage de la partie la plus éclatrée de notre Na-
tion, est encore pour tous ceux qui vous en vir on-
nent une leçon continuelle de modestie, de can-
deur, d'amour du bien public, & de toutes les
vertus que notre slécle se contente d'estimer. Phi-
losophe enhin dans vos sentimens & dans votte
conduite, vous joignez à cette qualité trop rare
& qui en renferme tant d'autres, le mérite plus ra-
re encore de l'avoir sans ostentation. Puisse votre
exemple, Monseigneur, & celui de votre illustre
Maison, apprendre à la plupart de nos Mécenes,
trop multipliés aujourd'hut pour la gloire & le
bien des Lettres, que le vrai moyen d'honorer le
mérite en le protégeant, est de s'honorer soi-
même par la maniere dont on le distingue. Je suio
avec un profond respect, &c.
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Résumé : « ESSAI d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides. Pat M. d'Alembert, de l'Académie [...] »
Le texte présente l'essai 'Essai d'une nouvelle Théorie de la résistance des fluides' rédigé par Pat M. d'Alembert, membre de plusieurs académies scientifiques. Publié chez David, l'aîné, rue Saint Jacques, à la Plume d'or, l'ouvrage comprend une introduction présentée à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences le 13 novembre précédent et publiée dans le Mercure de Janvier. L'ouvrage est dédié au Marquis d'Argenson, Ministre d'État et ancien Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, reconnu pour son soutien aux lettres et son respect envers les savants. La dédicace souligne les qualités du marquis, telles que ses connaissances étendues, sa modestie, sa candeur, son amour du bien public et ses vertus philosophiques, sans ostentation. L'auteur exprime l'espoir que l'exemple du marquis inspire les mécènes contemporains à honorer le mérite de manière authentique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12900
p. 175
« HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...] »
Début :
HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...]
Mots clefs :
Comtesse de Gondez, Anecdotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...] »
HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite
par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez
la veuve Pissot, Quai de Conti, 1751.
Nous faisissons avec plaifir l'occasion de cette
réimpression, pour donner la liste des ouvrages de
Mademoise de Lusian. La Comtesse de Gondez,
deux volumes; les Veillées de Thessalie, quatre
volumes; les Anecdotes de Philippe Auguste, six
volumes; les Anecdotes de la Cour de François I.
trois volumes; les Annales de la Cour de Henri
II. deux volumes; Marie, Reine d'Angleterre
un volume. Ces productions qui ont toutes réus-
si, & dont quelques-unes ont eu & mérité un
succès éclatant, se trouvent chez la veuve Pissot.
par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez
la veuve Pissot, Quai de Conti, 1751.
Nous faisissons avec plaifir l'occasion de cette
réimpression, pour donner la liste des ouvrages de
Mademoise de Lusian. La Comtesse de Gondez,
deux volumes; les Veillées de Thessalie, quatre
volumes; les Anecdotes de Philippe Auguste, six
volumes; les Anecdotes de la Cour de François I.
trois volumes; les Annales de la Cour de Henri
II. deux volumes; Marie, Reine d'Angleterre
un volume. Ces productions qui ont toutes réus-
si, & dont quelques-unes ont eu & mérité un
succès éclatant, se trouvent chez la veuve Pissot.
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Résumé : « HISTOIRE de la Comtesse de Gondez écrite par elle même. Nouvelle édition. A Paris, chez [...] »
En 1751, la veuve Pissot réédite 'Histoire de la Comtesse de Gondez' à Paris. Cette réédition inclut une liste des œuvres de Mademoiselle de Lusian : 'La Comtesse de Gondez' en deux volumes, 'Les Veillées de Thessalie' en quatre volumes, 'Les Anecdotes de Philippe Auguste' en six volumes, 'Les Anecdotes de la Cour de François I.' en trois volumes, 'Les Annales de la Cour de Henri II' en deux volumes, et 'Marie, Reine d'Angleterre' en un volume. Ces ouvrages ont connu un grand succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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