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1
p. 99-144
JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
Début :
Dés le moment qu'on eut appris le malheureux succez [...]
Mots clefs :
Madrid, Roi d'Espagne, Philippe V
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
if O U R NA L
veritabledetout ce qui
s'est pajjea Madrid
de plus remarquable
depuis le 20. Aoust
1710jusqu'au 3. De-
L:,,.,( de la mesme
aSnaAnéde.,jourauquel
C. 1.H-f1.- dans
cetteCapitale.
D
és le momentqu'on
"ur appris le malheureux
JUCCCZ qu'eurent le 18.
Aoust 1710. les armes du
Roy d'Espagne à la batail- -
le de Saragosse
,
dont la
nouvelle arriva à Madrid
le 20.Aoust,chacun fut saisi
d'unetristesse profonde,
ôc la consternation fut generale
dans toute la Ville,
sur tout lorsqu'on fçucjj
avec certitude que leurs
Majestez avec toute leur
Maison se preparoient as1
en sortir pour se retirer Mi
Valladolid
, ce qui s'exe":':
cuta le 9. de Septembre aujj
matin sur le rapport qu'on
eut que les Ennemis estoient
déja aux environ
deCuença. On n'a jamais
veu dans Madrid un plus
triste spectacle
; tous les
habitants fondoient en
larmes, en voyant le départ
precipité pour ne pas
dire la fuite de leurs Majestez.
Elles furent accompagnées
dans leur malheur
de tous les Conseils,
de tous les Grands,&de
tous les Nobles, sans que
rien put les retenir, ni la
crainte de perdre leurs
biens ni l'attachement à
leurs famillesnon pasmesme
l'amour.
Je dis cecy par rapport
a un jeune Amant
Espagnol qui sacrifia son
amour au zele qu'ilavoit
pour son Roy; c'estune
avanture qui méritébien u
qu'on la raconte ayeco
toutes lès circonstances.
Je vous la donneray sé-^
parement à la suitede ces
Journal, Elle y seraà sa,£
place, puisque le retour
de Philippe V. à Madrid
en fit le dénouement
,
commeson départenembrouilla
l'intrigue.
Ilyeut plusieursDames
qui suivirent la Reine
,
les
autres leurs Maris,& celles
qui ne purent suivre se
retirerent dans des Convents
: en forte qu'il ne
resta dans Madrid ni aux
environs que quelques
Ministres rebelles qui avoient
abandonné le parti
du Roy. Le Duc de Veraguas
,
President du Conseil
& des Ordres, & Conseillerd'Estat
, mourut le
mesme jour du départ de
Sa Majesté, de douleur de
n'avoirpulasuivre,àcause
de ses grandes infirmitez.
Le nouveau Duc,sonfils,
pour ne pas differer un
moment à donner au Roy
des preuves de sa fidelité,
partit aussi-tost, & suivit
Sa MajeHé sans avoir rendu
les derniers devoirs à
son pere.
Aprés le depart de leurs
Majestez
, & de tant de
personnes considerables
,
la Ville de Madrid demeura
semblable à un desert
,
& dans une tristesse incroyable.
Le 21. de Septembre le
General Stanhope Envoyé
extraordinaire d'Angleterre
auprès de l'Archiduc
vint à l'Hostel de Ville,
pour lui demander de sa
part l'obéïssance , & sur
rheure 4. Echevins furent
députés du Corps
,
pour l'aller rendre à l'Ar..
chiducqui estoit pour lors
à Alcala d'Henares.
Sur le soir du mesme
jour21. Septembre, on publia
icy le mesme Edit qui
avoit esté publié à Sarra-
, gosse le 21. Aoust, menaçant
de punir suivanttoute
la rigueur des Loix , «
ceux qui ne voudroient
pas le reconnoistre pour
leur Souverain.
Le mesme jour on publia
encore trois autres
Edits qui furent affichés
par toute laVille. Le premier
pour retenir chacun
dans ion devoir fous peine
de la vie. Le second portoit
commandement à
tous les soldats dePhilippe
V. qui seroient encore
dans Madrid ou dans les
Hospitaux
,
de se presenter
en personneouunau-
tre pour euxdans 24. heures
fous peine de la vie.
Le troisiémeestoit un ordre
de relascher tous les
prisonniers d'Estat
, en-à
-
joignantà tous les Geolliersd'y
satisfaire.
Aprés que tous ces ordres
eurent esté donnez,
le General Stanhopeprit
son logement dans une
maisonde plaisance située
hors de la Ville, & appelléela
Floride; & sonDétachement
se campa aux
environs de la Ville surle
bord du Mançanarés.
Il y eut pendant trois
nuits quelques illuminations
dont les habitants
esteignoient une partie
pendant qu'on allumoit
l'autre, & de toures les
cloches qui devoient sonner
on en sonna fort peu
parce que tous les Sacristainssurpris
de voir arriver
tant d'heretiques, mirent
tous leurs soins à preserver
du pillage ce qu'ils
avoient de plus précieux,
ôc la Connerie fut mesme
interrompuë en quelques
endroits parce que les Anglois
pillerent jusqu'aux
cordes des cloches quand
ils ne trouvoient rien de
meilleur à prendre.
Le 22. de Septembre le
General Sranhope envoya
au Couvent de Nostre-
Dame d'Atoche un Capiraine
avec 60. Cavaliers
pour en enlever tous les
Drapeaux & Etendars que
Philippe V. avoit offerts
depuis la guerre. On les
distribua aux Soldats de
chaque Nation sur laquelle
ils avoient esté pris, particulierement
à la bataille
dAlmanza. Il les porcerent
en triomphe partoutes
les ruës decette Ville
avec autant de fierté que
s'ils les eussent remportez
d'un combat, & non pas
détachées des murs d'un
Eglise. Ils les porterent
ainsijusqu'àleurcamp qui
estoit entre Madrid&Alcala.
Ensuite les vols devinrent
si frequents dans la
Ville qu'on n'a pas cesse
un seul moment d'estre
dans la crainte d'un pillage
general.
Ce mesme jour Dom
Antonio Sanguineto que
Philippe V.avoit fait Lieutenant
Général de Police
à Madrid par interim
Jonna , par ordre du General
Stanhope unMandement
-qUi portoit qu'on
<ut à recevoir fous peine
de la vie,toutes fortes de
Monnoves , tant dans la
Ville que hors d'icelle
foit quelles fussent du,
Royaume ou estrangeres,
suivant le prix courant
dont il donnaune explication
par rapport à celles
de Portugal. ir,
Le 26. toute l'A rmée
Ennemie vint camper aux
environs de Cavillejas, &
l'Archiduc prit son logement
dans la maison de
plaisance du Comte d'Aguilar
qui n'est qu'à une
lieuë de cette Ville. Ce
mesme jour on ordonna
des illuminations par toute
laVille pour le 28. jour
que l'Archiduc choisit
pour entendre la Messe à
Nostre-Dame d'Atocha,
après laquelle accompa- 1
gné de ses Gardes,estanc
entré
entré dans la Ville par la
ruë d'Atocha, il fut le long
d'icelle jusqu'à la porte
deGuadalaxara,puis ayant
repris par la grande ruë,
il forcir par la porte d'Alcala,
& se retira à la susdite
maison de campagne, fort
mal satisfait du peu d'empressement
qu'onavoit eu
d'accourir aux endroits
par où il passoit.
Le premier Octobre il
y eut feste au Palais pour
celebrer le jour auquel
l'Archiduc entroit dans sa
27eannée: mais peu de
persnnes ,
& fort peu
connues s'y trouverent
pour luy baiserles mains.
Il y eut aussi une Assemblée
d'Alcades ou Juges
dans laquelle Dom Francisco
Alvares Guerrero
présida. Les principaux
estoient Don Joséph Sotelo,
DonAdresPinto de
- Lara
,
Don Joseph Palacios
,
Don Augustin de
Cardenas, Don Louis de
la Sevilla
, & Don Pedro
Infante. Don Pedro Zamires
y fit la fonction de
Procureur du Roy. On y
nomma 40 Huissiers ou
Sergens. On ordonna ensuite
à toutes les Dames
qui s'estoient retirées dans
des Convents,de revenir
occu perleurs mai sons
faure de , quoy on y mettroit
Garnison.
Le 4. du mesme mois
onleva leCamp de Cavillejas,
& l'armée ennemie
s'avança jusqu'au Pardo.
Ce sur alors qu'on commença
d'exiler tous ceux
qui ne furent pas trouvez
agreables au gouvernement
present, & lesaccusations
qui furent portées
àceteffet devant les Juges
contre lesfidels serviteurs
duRoyPhilippe, & contre
les François,se trouverenten
si grande quantiré
qu'ils furent obligez
de n'y pas faire l'attention
qu'en attendoient les delateurs,
pour nepas voir
la Ville depourvûë d'honnestes
gens, quoyque la
plus grande partie se fût
déjaretirée& miseà couvert
dans des aziles saj',.'
crez.
Le6. dumefme mois le
<
Marquis de Palamares fut
eslu nouveau Lieutenant
General de la Ville
,
à la
place de Don Sanguineto
Yzaias, & prit possession
decette Charge.
Le 7. on ordonna à tous
les habitants de la Ville
fous peine de la vie de faire
une déclaration exacte
de tous les Chevaux qu'ils
avoient dans leurs maisons
, pour en former un
Regiment fous le nom de
Madrid,dont on fit Colonel
Don Bonifacio Maurique
de Lara ; mais l'o.
béïssance aveugle que l'on
eust pour cetordre rigoureux
ne hit nullement recompensée,
car le General
Stanhope s'empara detous
les Chevaux sans en faire
aucun paiement. On ordonna
aussi dans le mesme
temps de lever deux Regiments
d'Infanterie
, auxquels
on donna le nom de
Tolede& deGuadalaxara;
le premier eut pour Colonel
le Comte de la Puebla
de Portugal, & l'on nomma
pour le second Don
Antonio de Villaroël, tous.
deux Lieutenans Generaux.
Le 12. on envoya une
Lettre circulaire à toutes
les Dames de qualité, portant
ordre de se rendre en
quatre jours àTolede. Il
yeneutquelquesunes qui
obéïrent, mais la plufparc
resterent chez elles.
Le 14. on commença à
monter laGarde au Palais,
& le15. on ordonna à tous
les François de sortir de la
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie.
Le 19. Don Raimon Vilana
Piolasenvoya une
Lettre circu laire à tous les
Couvents & Superieurs
d'iceux, pour les avertir
qu'ilseussent à decouvrir
aux Juges qui feroient envoyez
, tous les biens qu'ils
tenoient cachez,& qui
appartenoient à ceux qui
avoient suivi & suivoient
actuellement le party de
PhilippeV.
Le 22. il y eut une Afsemblée
de Theologiens,
Jurisconsultes
,
& Docteurs
en Droit, pour deliberer
de se rendre maistre
de
de tout ce qui estoit retenu
caché dans les Maisons
Religieuses & Couvent.
Le resultat fut qu'il falloit
visiter partout ®istrer
jusqu'aux Tombeaux ôc
Sepultures des morts ,
à
propos de quoy DonFrancisco
Parga,Vicaire de la
Paroisse de San Gines
homme tres-attaché , au
parti du Roy Philippe,
ayant esté misau nombre
des proscrits
,
& estanc
mort sur les entrefaites,
le conseil ne laissa pas de
luy faire signifier son bannissement.
Un Espagnol qui
se trouva auprés du
Corps mort, dans le
moment que le porteur
de
*
la significationarrivoit
, luy demanda fierement
ce qu'il vouloit;
l'Argoafil dit qu'il venoit
signifîer le bannit
sementàDonFrancisco:
he par dios, dit l'Espagnol
relevant sa moustache,
vos venir tardè Ar*
goafil, D. Francisco esta
bien lexos; qui veutdire,
vousveneT^tardHmjfîer9
Don Francisco estdesja
bien loin.
Cemesme jour le nouveau
Gouverneur Don
Maurique donna un Arrest
qui declaroitentr'autres
choses que quiconque
de jour & de nuit, d'une
voix haute ou basse crieroit
Vive Philippe V. seroit
executé à mort sur le
champ.
A l'occasionde cetArrest
un Bourgeois paria
contre un autre qu il y
contreviendroit publiquement
; je parie que
nonditl'autre,& jeparie
un quadruple:non reprit
celuy-cy, je ne veux rien
parier,je gagnerayassez
en contentant mon zele;
aussi-tost il s'équipa à
peu prés en Colporteur
François, &C tenant pluheurs
imprimez fous son
bras, il marmotoit tout
bas: Arrestqui dessendà
toutespersonnes,etc. Se
quand il estoit parvenu
aux mots Vive Philippe
cinq, illes crioit de toute
sa force, en sortequ'on
n'entendoit crier que
VivePhilippe V. partout
où il passoit. Onsesaisit
de luy ; il réponditfroidement
,qu'avez vous à
me dire, je publie l'Arrest
du Gouverneur. Le
faux Colporteur reçut
force bourades , mais il
se sauva, ravi de s'estre
satisfait à si bon marché
Le 20, du mesme mois
Dom Francisco Quincozes
fit publier que tous les
gens de guerre prisonniers
ou autres qui auroient
servi dans les Troupes
de Philippe V. eussent
à se presenter dans 2,4,
heures fous peine de chastimenc
arbitraire
, & de
confiscations de leurs
biens dont l'accusateur
auroit la troisiéme partie.
Il delivra au/G les ordres
pour envoyer en exil un
grand nombre d'Ecclesiastiques
tant Seculiers que
Reguliers; & dés lesjours
suivants on bannit hors
de la Ville les PP. Blanto
& Atynila
,
Su perieurs de
l'Ordre de S. Dominique,
avec le Gardien de l'Eglise
de S. Bernard, & le Pere
Cardona de l'Ordre des
Agonisans.
Le 28. l'Armée Ennemie
changea de camp,&
vint à Villaverda
Le 29. le Confcil de Castille
s'assembla fous les
ordres du Marquisde Castillo,
Gouverneur par interim
;assisté de Don FernandoGarcia-
Bazan, de
Don Joseph Garfupcy
,
de
Don Francisco. Alvarez-
Guerrero, de Don Manuel
de Gamboa, nouveauPrefident
de laChambre
,de Don Joseph de la
Serna, en qualité de Procureur
du Roy, & de Don
Migueld'Espinosa,Secretaire
de la Chambre. On
nomma ensuite pour President
du Conseil des Finances
,Don Atanafio de
Estaripa,Evesque de Licopoli,
& pour Conseillers
Assesseurs,le Marquis de
Fuente Humosa, Don
Manuel de S. Martin &
Benavente, Dom Joseph
de Palavos,les Comtes de
Belmont & de Clavijo
Don Manuel Salcedo ôc
Morequecho, Don Sebastien
Valero- Montero
»
pour Procureur du Roy
& Don Juan Manuel de
Bargos, pour Secretaire.
On establit aussi une
Chambre de Justice & une
Chambre des Compres
3 &l'on créa pour Conseillers
dans la premiere
Don Simon llavez ,
, Don
Joseph deOmagna,Don
Miguel de Mata , Don
Juan de Soto-Maya, &
Don Francisco de Melgar;
ce dernier faisoit la fonction
de Procureur du Roy.
Les Conseillers de la
Chambre des Comtes furent
le Marquis de Cavillejas,
Don AndresdeAvila,
Don Diego de Burgos,
& Don Francisco de Sylveira,
DonPrudenico Gregorio
de la Fuente eut la
Charge de Procureur du
Rofy.
-- On forma de plus un
Conseil des Indesles Seigneurs
qui le composerent
furent Don Pedro
Gamarra & Arhaga, le
Comte de Paredes
,
Don
Zamon Portocarrero ,
Don Joseph de Hugarté
,
Dom Sancho de Castro
:J Don Joseph Escals, pour
Procureur du ROY;r& Don
Domingo Lopez- Calo,
pour Secretaire. Pour le
Conseil des Ordres, on ne
put achever de le former
entierement.
Pendant ce nouveau
gouvernement on a eu la
douleur de vo~ire
publiquement au milieu
des ruës de cette grande
Ville, des Ca lices des Patenes,
desCiboires& de
toutes sortes d'Ornements
& de Vases sacrez qui avoientesté
pillez dans nos
Eglises.
Le 2. de Novembre on
publiaunEdit portant désense
à toutes fortes de
personnes d'aller auCamp
fous peine de 200. coups
de foüet.
Le 5. la farine des Magasinspublics
ayant manque
,
aussi-bien que celle
qu'on avoit tirée des Couvenrs,
des Boulangeries,
& des maisons paniculicres
, la Ville commençaà
manquer de pain, de viande
,
de vin
,
& de toutes
fortes de poissons & de legumes
necessaires à la vie,
sans que l'on vit aucun
moyen d'y remedier
, ce
qui la reduisit à la derniere
extremité;nonobstant laquelleon
ne laissa pas d'obliger
les habitants fous
peine de trahison de porter
au Camp, pendant les
trois jours suivans, tous les
cochons, les poulets, les
legumes, & les autres choses
qui pourroient se trouver
dans la Ville.
Le 8 jour dudit mois
Don Francisco de Quincozes
fit publier trois Edirs.
Le premier que les
gens de guerre qui ne s'estoient
pas encore presentés,
eussent à le faire dans
24. heures fous peine de la
vie; & dcffcnfe à toutes
personnes de les tenir cachés,
fous les mesmes peines.
Le second portoit ordre
de luy remettre sans
délay tous les habits, les
munitions ,
poudre,balles,
& autres instrumens
de guerre , ou train d'artillerie
qui se trouveroient
dans laVille. Letroisiéme
réïteroit un autre donné
cy devant, deluy remettre
incessamment entre
les mains toutes les armes,
alfucsJ fusils ,&c.
Le 9 jour dédié à la
Sainte Vierge tous les
nouveauxConseils establis
par l'Archiduc
, reçurent
ordre de passer à Tolede.
Le II. ils se mirent tous
en marche avec l'armée
qui prit le mesme chemin
de Campozuelos.
Lemesme jour II. Novembre
,l'Archiduc estant àCompozuelos, signa de
sa main un Décret paraphé
de Don Zamon Vilana
,
& adressé au Lieutenant
General de Police à
Tolede ;
il contenoit en
substance
,
qu'ayant appris
que les. Ennemis par
leurs detestables artifices
faisoient passer pour rigoureux
le Décret par luy
rendu
rendu le 12. du mois précedent
, par lequelil estoit
enjoint & ordonné àtoutes
les femmes
, veuves,
& filles des Grands d'Er..
pagne,& de tous les Nobles
de la nation qui suivoient
le party de Philippe
V. de quitter Madrid pour
aller à Tolede
;
qu'il ordonnait,
pour marquer
fès égards pour les Dames.
de condition, que toutes
les susdites personnes qui
auroient obéi & executcr
le susdit Décret du 18. Octobre
,
peussent en toute
seureté retourner à Madrid
; sur quoy une Dame
Espagnole dit: las cortesias
tardadas intienengroeta con las
Damas: que lescourtoisies
tardives perdent leur grace
auprés des Dames.
Le n. du mesme mois
on vie paroistre aux environs
de laChapelle de
l'Ange Gardien, éloignée.
de cetteVille d'un quart
de lieuë,. un petit corps
de Troupes de Philippe
V. ce qui causa une si
grande joye que Don
Antonio Sanguineto qui
depuis le depart des Ennemis
avoit repris les fonctions
de Lieutenant General
de Police, craignant
qu'iln'en arrivât quelques
desordres, prit toutes les
précautions necessaires
dans une conjoncture si
epineuse
, ce qui luy a
merité l'approbation generale.
Enfin le 25. les deux
RegimentsdePignatelli,
& de S. Jacques, commandez
parDonFeliciano
de Bracamonte, Maréchal
de Camp, firent
leur entrée au Buen-Retiro
,
& le24. jour auquel
nostre Monarque avoic
esté proclame Roy, ils entrerent
dans Madrid par
la ruë d'A lcala, puis par
la grande ruë, passerent
par la porte de Guadalaxara,
& poursuivirent le
long de la rue Nostre-
Dame par où ilssortirent
d'Arocha, d'où ils se renidirent
à Vallejas.
Le mesme jour le Roy
confirma Don Antonio
Sanguineto dans sa Charge
de Lieutenant de Police
Le 3,, Décembre pour
de S.FrançoisXavier,Sa
M.Cfut àNostre Dame
d'Atocha sur les trois heures
aprèsmidy, ou après
avoir fait chanterle Te,
Deum, il monta àcheval
accompagnéde MrleDuc
de Vendosme des principaux
Officiers de son Armée
& de saMaison, de
tous les Nobles &Grands
duRoyaume&de ses Gardes
du Corps, il fit [ott
entréepublique
,
où le
concours du peuple fut
si grand & les marques
de joye qu'il donna si extraordinaires
,
qu'il n'est
pas facile d'en juger sainement
sans en avoir esté
le témoin oculaire.
Pendantque leRoyentroit
à Madrid, on apprit
que le 3. Décembre les
Ennemisavoiententièrement
évacuéToledele29.
Novembre5que cetteVille
qu'ils avoient choisie
pour faire leur Place d'Armes,
avoir elle abandonnée
avec tant de précipitation
, que ne pouvant
sauver les Magasinsqu'ils
avoient mis dans l'Alcaçar
& dans plusieurs maifons,
y avoient mis le feu,
& placé une meche qui
dévoie faire saurer soixante
barils de poudre, ce qui
auroit détruit ce Palais
magnifique. Mais que les
habitans y estant accourus
en diligence,avoient oste
la meche & esteint le feu ;
qu'ils furent si irritez contre
les Ennemis, qu'ils prirent
les armes & chargerent
leur arriéré garde,en
quoy ils furent secondez
par cinq cens Chevaux que
Dom Pedro Ronquillo faisait entrer par une Porte,
pendant que les Ennemis fuyaient par l'autre.
veritabledetout ce qui
s'est pajjea Madrid
de plus remarquable
depuis le 20. Aoust
1710jusqu'au 3. De-
L:,,.,( de la mesme
aSnaAnéde.,jourauquel
C. 1.H-f1.- dans
cetteCapitale.
D
és le momentqu'on
"ur appris le malheureux
JUCCCZ qu'eurent le 18.
Aoust 1710. les armes du
Roy d'Espagne à la batail- -
le de Saragosse
,
dont la
nouvelle arriva à Madrid
le 20.Aoust,chacun fut saisi
d'unetristesse profonde,
ôc la consternation fut generale
dans toute la Ville,
sur tout lorsqu'on fçucjj
avec certitude que leurs
Majestez avec toute leur
Maison se preparoient as1
en sortir pour se retirer Mi
Valladolid
, ce qui s'exe":':
cuta le 9. de Septembre aujj
matin sur le rapport qu'on
eut que les Ennemis estoient
déja aux environ
deCuença. On n'a jamais
veu dans Madrid un plus
triste spectacle
; tous les
habitants fondoient en
larmes, en voyant le départ
precipité pour ne pas
dire la fuite de leurs Majestez.
Elles furent accompagnées
dans leur malheur
de tous les Conseils,
de tous les Grands,&de
tous les Nobles, sans que
rien put les retenir, ni la
crainte de perdre leurs
biens ni l'attachement à
leurs famillesnon pasmesme
l'amour.
Je dis cecy par rapport
a un jeune Amant
Espagnol qui sacrifia son
amour au zele qu'ilavoit
pour son Roy; c'estune
avanture qui méritébien u
qu'on la raconte ayeco
toutes lès circonstances.
Je vous la donneray sé-^
parement à la suitede ces
Journal, Elle y seraà sa,£
place, puisque le retour
de Philippe V. à Madrid
en fit le dénouement
,
commeson départenembrouilla
l'intrigue.
Ilyeut plusieursDames
qui suivirent la Reine
,
les
autres leurs Maris,& celles
qui ne purent suivre se
retirerent dans des Convents
: en forte qu'il ne
resta dans Madrid ni aux
environs que quelques
Ministres rebelles qui avoient
abandonné le parti
du Roy. Le Duc de Veraguas
,
President du Conseil
& des Ordres, & Conseillerd'Estat
, mourut le
mesme jour du départ de
Sa Majesté, de douleur de
n'avoirpulasuivre,àcause
de ses grandes infirmitez.
Le nouveau Duc,sonfils,
pour ne pas differer un
moment à donner au Roy
des preuves de sa fidelité,
partit aussi-tost, & suivit
Sa MajeHé sans avoir rendu
les derniers devoirs à
son pere.
Aprés le depart de leurs
Majestez
, & de tant de
personnes considerables
,
la Ville de Madrid demeura
semblable à un desert
,
& dans une tristesse incroyable.
Le 21. de Septembre le
General Stanhope Envoyé
extraordinaire d'Angleterre
auprès de l'Archiduc
vint à l'Hostel de Ville,
pour lui demander de sa
part l'obéïssance , & sur
rheure 4. Echevins furent
députés du Corps
,
pour l'aller rendre à l'Ar..
chiducqui estoit pour lors
à Alcala d'Henares.
Sur le soir du mesme
jour21. Septembre, on publia
icy le mesme Edit qui
avoit esté publié à Sarra-
, gosse le 21. Aoust, menaçant
de punir suivanttoute
la rigueur des Loix , «
ceux qui ne voudroient
pas le reconnoistre pour
leur Souverain.
Le mesme jour on publia
encore trois autres
Edits qui furent affichés
par toute laVille. Le premier
pour retenir chacun
dans ion devoir fous peine
de la vie. Le second portoit
commandement à
tous les soldats dePhilippe
V. qui seroient encore
dans Madrid ou dans les
Hospitaux
,
de se presenter
en personneouunau-
tre pour euxdans 24. heures
fous peine de la vie.
Le troisiémeestoit un ordre
de relascher tous les
prisonniers d'Estat
, en-à
-
joignantà tous les Geolliersd'y
satisfaire.
Aprés que tous ces ordres
eurent esté donnez,
le General Stanhopeprit
son logement dans une
maisonde plaisance située
hors de la Ville, & appelléela
Floride; & sonDétachement
se campa aux
environs de la Ville surle
bord du Mançanarés.
Il y eut pendant trois
nuits quelques illuminations
dont les habitants
esteignoient une partie
pendant qu'on allumoit
l'autre, & de toures les
cloches qui devoient sonner
on en sonna fort peu
parce que tous les Sacristainssurpris
de voir arriver
tant d'heretiques, mirent
tous leurs soins à preserver
du pillage ce qu'ils
avoient de plus précieux,
ôc la Connerie fut mesme
interrompuë en quelques
endroits parce que les Anglois
pillerent jusqu'aux
cordes des cloches quand
ils ne trouvoient rien de
meilleur à prendre.
Le 22. de Septembre le
General Sranhope envoya
au Couvent de Nostre-
Dame d'Atoche un Capiraine
avec 60. Cavaliers
pour en enlever tous les
Drapeaux & Etendars que
Philippe V. avoit offerts
depuis la guerre. On les
distribua aux Soldats de
chaque Nation sur laquelle
ils avoient esté pris, particulierement
à la bataille
dAlmanza. Il les porcerent
en triomphe partoutes
les ruës decette Ville
avec autant de fierté que
s'ils les eussent remportez
d'un combat, & non pas
détachées des murs d'un
Eglise. Ils les porterent
ainsijusqu'àleurcamp qui
estoit entre Madrid&Alcala.
Ensuite les vols devinrent
si frequents dans la
Ville qu'on n'a pas cesse
un seul moment d'estre
dans la crainte d'un pillage
general.
Ce mesme jour Dom
Antonio Sanguineto que
Philippe V.avoit fait Lieutenant
Général de Police
à Madrid par interim
Jonna , par ordre du General
Stanhope unMandement
-qUi portoit qu'on
<ut à recevoir fous peine
de la vie,toutes fortes de
Monnoves , tant dans la
Ville que hors d'icelle
foit quelles fussent du,
Royaume ou estrangeres,
suivant le prix courant
dont il donnaune explication
par rapport à celles
de Portugal. ir,
Le 26. toute l'A rmée
Ennemie vint camper aux
environs de Cavillejas, &
l'Archiduc prit son logement
dans la maison de
plaisance du Comte d'Aguilar
qui n'est qu'à une
lieuë de cette Ville. Ce
mesme jour on ordonna
des illuminations par toute
laVille pour le 28. jour
que l'Archiduc choisit
pour entendre la Messe à
Nostre-Dame d'Atocha,
après laquelle accompa- 1
gné de ses Gardes,estanc
entré
entré dans la Ville par la
ruë d'Atocha, il fut le long
d'icelle jusqu'à la porte
deGuadalaxara,puis ayant
repris par la grande ruë,
il forcir par la porte d'Alcala,
& se retira à la susdite
maison de campagne, fort
mal satisfait du peu d'empressement
qu'onavoit eu
d'accourir aux endroits
par où il passoit.
Le premier Octobre il
y eut feste au Palais pour
celebrer le jour auquel
l'Archiduc entroit dans sa
27eannée: mais peu de
persnnes ,
& fort peu
connues s'y trouverent
pour luy baiserles mains.
Il y eut aussi une Assemblée
d'Alcades ou Juges
dans laquelle Dom Francisco
Alvares Guerrero
présida. Les principaux
estoient Don Joséph Sotelo,
DonAdresPinto de
- Lara
,
Don Joseph Palacios
,
Don Augustin de
Cardenas, Don Louis de
la Sevilla
, & Don Pedro
Infante. Don Pedro Zamires
y fit la fonction de
Procureur du Roy. On y
nomma 40 Huissiers ou
Sergens. On ordonna ensuite
à toutes les Dames
qui s'estoient retirées dans
des Convents,de revenir
occu perleurs mai sons
faure de , quoy on y mettroit
Garnison.
Le 4. du mesme mois
onleva leCamp de Cavillejas,
& l'armée ennemie
s'avança jusqu'au Pardo.
Ce sur alors qu'on commença
d'exiler tous ceux
qui ne furent pas trouvez
agreables au gouvernement
present, & lesaccusations
qui furent portées
àceteffet devant les Juges
contre lesfidels serviteurs
duRoyPhilippe, & contre
les François,se trouverenten
si grande quantiré
qu'ils furent obligez
de n'y pas faire l'attention
qu'en attendoient les delateurs,
pour nepas voir
la Ville depourvûë d'honnestes
gens, quoyque la
plus grande partie se fût
déjaretirée& miseà couvert
dans des aziles saj',.'
crez.
Le6. dumefme mois le
<
Marquis de Palamares fut
eslu nouveau Lieutenant
General de la Ville
,
à la
place de Don Sanguineto
Yzaias, & prit possession
decette Charge.
Le 7. on ordonna à tous
les habitants de la Ville
fous peine de la vie de faire
une déclaration exacte
de tous les Chevaux qu'ils
avoient dans leurs maisons
, pour en former un
Regiment fous le nom de
Madrid,dont on fit Colonel
Don Bonifacio Maurique
de Lara ; mais l'o.
béïssance aveugle que l'on
eust pour cetordre rigoureux
ne hit nullement recompensée,
car le General
Stanhope s'empara detous
les Chevaux sans en faire
aucun paiement. On ordonna
aussi dans le mesme
temps de lever deux Regiments
d'Infanterie
, auxquels
on donna le nom de
Tolede& deGuadalaxara;
le premier eut pour Colonel
le Comte de la Puebla
de Portugal, & l'on nomma
pour le second Don
Antonio de Villaroël, tous.
deux Lieutenans Generaux.
Le 12. on envoya une
Lettre circulaire à toutes
les Dames de qualité, portant
ordre de se rendre en
quatre jours àTolede. Il
yeneutquelquesunes qui
obéïrent, mais la plufparc
resterent chez elles.
Le 14. on commença à
monter laGarde au Palais,
& le15. on ordonna à tous
les François de sortir de la
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie.
Le 19. Don Raimon Vilana
Piolasenvoya une
Lettre circu laire à tous les
Couvents & Superieurs
d'iceux, pour les avertir
qu'ilseussent à decouvrir
aux Juges qui feroient envoyez
, tous les biens qu'ils
tenoient cachez,& qui
appartenoient à ceux qui
avoient suivi & suivoient
actuellement le party de
PhilippeV.
Le 22. il y eut une Afsemblée
de Theologiens,
Jurisconsultes
,
& Docteurs
en Droit, pour deliberer
de se rendre maistre
de
de tout ce qui estoit retenu
caché dans les Maisons
Religieuses & Couvent.
Le resultat fut qu'il falloit
visiter partout ®istrer
jusqu'aux Tombeaux ôc
Sepultures des morts ,
à
propos de quoy DonFrancisco
Parga,Vicaire de la
Paroisse de San Gines
homme tres-attaché , au
parti du Roy Philippe,
ayant esté misau nombre
des proscrits
,
& estanc
mort sur les entrefaites,
le conseil ne laissa pas de
luy faire signifier son bannissement.
Un Espagnol qui
se trouva auprés du
Corps mort, dans le
moment que le porteur
de
*
la significationarrivoit
, luy demanda fierement
ce qu'il vouloit;
l'Argoafil dit qu'il venoit
signifîer le bannit
sementàDonFrancisco:
he par dios, dit l'Espagnol
relevant sa moustache,
vos venir tardè Ar*
goafil, D. Francisco esta
bien lexos; qui veutdire,
vousveneT^tardHmjfîer9
Don Francisco estdesja
bien loin.
Cemesme jour le nouveau
Gouverneur Don
Maurique donna un Arrest
qui declaroitentr'autres
choses que quiconque
de jour & de nuit, d'une
voix haute ou basse crieroit
Vive Philippe V. seroit
executé à mort sur le
champ.
A l'occasionde cetArrest
un Bourgeois paria
contre un autre qu il y
contreviendroit publiquement
; je parie que
nonditl'autre,& jeparie
un quadruple:non reprit
celuy-cy, je ne veux rien
parier,je gagnerayassez
en contentant mon zele;
aussi-tost il s'équipa à
peu prés en Colporteur
François, &C tenant pluheurs
imprimez fous son
bras, il marmotoit tout
bas: Arrestqui dessendà
toutespersonnes,etc. Se
quand il estoit parvenu
aux mots Vive Philippe
cinq, illes crioit de toute
sa force, en sortequ'on
n'entendoit crier que
VivePhilippe V. partout
où il passoit. Onsesaisit
de luy ; il réponditfroidement
,qu'avez vous à
me dire, je publie l'Arrest
du Gouverneur. Le
faux Colporteur reçut
force bourades , mais il
se sauva, ravi de s'estre
satisfait à si bon marché
Le 20, du mesme mois
Dom Francisco Quincozes
fit publier que tous les
gens de guerre prisonniers
ou autres qui auroient
servi dans les Troupes
de Philippe V. eussent
à se presenter dans 2,4,
heures fous peine de chastimenc
arbitraire
, & de
confiscations de leurs
biens dont l'accusateur
auroit la troisiéme partie.
Il delivra au/G les ordres
pour envoyer en exil un
grand nombre d'Ecclesiastiques
tant Seculiers que
Reguliers; & dés lesjours
suivants on bannit hors
de la Ville les PP. Blanto
& Atynila
,
Su perieurs de
l'Ordre de S. Dominique,
avec le Gardien de l'Eglise
de S. Bernard, & le Pere
Cardona de l'Ordre des
Agonisans.
Le 28. l'Armée Ennemie
changea de camp,&
vint à Villaverda
Le 29. le Confcil de Castille
s'assembla fous les
ordres du Marquisde Castillo,
Gouverneur par interim
;assisté de Don FernandoGarcia-
Bazan, de
Don Joseph Garfupcy
,
de
Don Francisco. Alvarez-
Guerrero, de Don Manuel
de Gamboa, nouveauPrefident
de laChambre
,de Don Joseph de la
Serna, en qualité de Procureur
du Roy, & de Don
Migueld'Espinosa,Secretaire
de la Chambre. On
nomma ensuite pour President
du Conseil des Finances
,Don Atanafio de
Estaripa,Evesque de Licopoli,
& pour Conseillers
Assesseurs,le Marquis de
Fuente Humosa, Don
Manuel de S. Martin &
Benavente, Dom Joseph
de Palavos,les Comtes de
Belmont & de Clavijo
Don Manuel Salcedo ôc
Morequecho, Don Sebastien
Valero- Montero
»
pour Procureur du Roy
& Don Juan Manuel de
Bargos, pour Secretaire.
On establit aussi une
Chambre de Justice & une
Chambre des Compres
3 &l'on créa pour Conseillers
dans la premiere
Don Simon llavez ,
, Don
Joseph deOmagna,Don
Miguel de Mata , Don
Juan de Soto-Maya, &
Don Francisco de Melgar;
ce dernier faisoit la fonction
de Procureur du Roy.
Les Conseillers de la
Chambre des Comtes furent
le Marquis de Cavillejas,
Don AndresdeAvila,
Don Diego de Burgos,
& Don Francisco de Sylveira,
DonPrudenico Gregorio
de la Fuente eut la
Charge de Procureur du
Rofy.
-- On forma de plus un
Conseil des Indesles Seigneurs
qui le composerent
furent Don Pedro
Gamarra & Arhaga, le
Comte de Paredes
,
Don
Zamon Portocarrero ,
Don Joseph de Hugarté
,
Dom Sancho de Castro
:J Don Joseph Escals, pour
Procureur du ROY;r& Don
Domingo Lopez- Calo,
pour Secretaire. Pour le
Conseil des Ordres, on ne
put achever de le former
entierement.
Pendant ce nouveau
gouvernement on a eu la
douleur de vo~ire
publiquement au milieu
des ruës de cette grande
Ville, des Ca lices des Patenes,
desCiboires& de
toutes sortes d'Ornements
& de Vases sacrez qui avoientesté
pillez dans nos
Eglises.
Le 2. de Novembre on
publiaunEdit portant désense
à toutes fortes de
personnes d'aller auCamp
fous peine de 200. coups
de foüet.
Le 5. la farine des Magasinspublics
ayant manque
,
aussi-bien que celle
qu'on avoit tirée des Couvenrs,
des Boulangeries,
& des maisons paniculicres
, la Ville commençaà
manquer de pain, de viande
,
de vin
,
& de toutes
fortes de poissons & de legumes
necessaires à la vie,
sans que l'on vit aucun
moyen d'y remedier
, ce
qui la reduisit à la derniere
extremité;nonobstant laquelleon
ne laissa pas d'obliger
les habitants fous
peine de trahison de porter
au Camp, pendant les
trois jours suivans, tous les
cochons, les poulets, les
legumes, & les autres choses
qui pourroient se trouver
dans la Ville.
Le 8 jour dudit mois
Don Francisco de Quincozes
fit publier trois Edirs.
Le premier que les
gens de guerre qui ne s'estoient
pas encore presentés,
eussent à le faire dans
24. heures fous peine de la
vie; & dcffcnfe à toutes
personnes de les tenir cachés,
fous les mesmes peines.
Le second portoit ordre
de luy remettre sans
délay tous les habits, les
munitions ,
poudre,balles,
& autres instrumens
de guerre , ou train d'artillerie
qui se trouveroient
dans laVille. Letroisiéme
réïteroit un autre donné
cy devant, deluy remettre
incessamment entre
les mains toutes les armes,
alfucsJ fusils ,&c.
Le 9 jour dédié à la
Sainte Vierge tous les
nouveauxConseils establis
par l'Archiduc
, reçurent
ordre de passer à Tolede.
Le II. ils se mirent tous
en marche avec l'armée
qui prit le mesme chemin
de Campozuelos.
Lemesme jour II. Novembre
,l'Archiduc estant àCompozuelos, signa de
sa main un Décret paraphé
de Don Zamon Vilana
,
& adressé au Lieutenant
General de Police à
Tolede ;
il contenoit en
substance
,
qu'ayant appris
que les. Ennemis par
leurs detestables artifices
faisoient passer pour rigoureux
le Décret par luy
rendu
rendu le 12. du mois précedent
, par lequelil estoit
enjoint & ordonné àtoutes
les femmes
, veuves,
& filles des Grands d'Er..
pagne,& de tous les Nobles
de la nation qui suivoient
le party de Philippe
V. de quitter Madrid pour
aller à Tolede
;
qu'il ordonnait,
pour marquer
fès égards pour les Dames.
de condition, que toutes
les susdites personnes qui
auroient obéi & executcr
le susdit Décret du 18. Octobre
,
peussent en toute
seureté retourner à Madrid
; sur quoy une Dame
Espagnole dit: las cortesias
tardadas intienengroeta con las
Damas: que lescourtoisies
tardives perdent leur grace
auprés des Dames.
Le n. du mesme mois
on vie paroistre aux environs
de laChapelle de
l'Ange Gardien, éloignée.
de cetteVille d'un quart
de lieuë,. un petit corps
de Troupes de Philippe
V. ce qui causa une si
grande joye que Don
Antonio Sanguineto qui
depuis le depart des Ennemis
avoit repris les fonctions
de Lieutenant General
de Police, craignant
qu'iln'en arrivât quelques
desordres, prit toutes les
précautions necessaires
dans une conjoncture si
epineuse
, ce qui luy a
merité l'approbation generale.
Enfin le 25. les deux
RegimentsdePignatelli,
& de S. Jacques, commandez
parDonFeliciano
de Bracamonte, Maréchal
de Camp, firent
leur entrée au Buen-Retiro
,
& le24. jour auquel
nostre Monarque avoic
esté proclame Roy, ils entrerent
dans Madrid par
la ruë d'A lcala, puis par
la grande ruë, passerent
par la porte de Guadalaxara,
& poursuivirent le
long de la rue Nostre-
Dame par où ilssortirent
d'Arocha, d'où ils se renidirent
à Vallejas.
Le mesme jour le Roy
confirma Don Antonio
Sanguineto dans sa Charge
de Lieutenant de Police
Le 3,, Décembre pour
de S.FrançoisXavier,Sa
M.Cfut àNostre Dame
d'Atocha sur les trois heures
aprèsmidy, ou après
avoir fait chanterle Te,
Deum, il monta àcheval
accompagnéde MrleDuc
de Vendosme des principaux
Officiers de son Armée
& de saMaison, de
tous les Nobles &Grands
duRoyaume&de ses Gardes
du Corps, il fit [ott
entréepublique
,
où le
concours du peuple fut
si grand & les marques
de joye qu'il donna si extraordinaires
,
qu'il n'est
pas facile d'en juger sainement
sans en avoir esté
le témoin oculaire.
Pendantque leRoyentroit
à Madrid, on apprit
que le 3. Décembre les
Ennemisavoiententièrement
évacuéToledele29.
Novembre5que cetteVille
qu'ils avoient choisie
pour faire leur Place d'Armes,
avoir elle abandonnée
avec tant de précipitation
, que ne pouvant
sauver les Magasinsqu'ils
avoient mis dans l'Alcaçar
& dans plusieurs maifons,
y avoient mis le feu,
& placé une meche qui
dévoie faire saurer soixante
barils de poudre, ce qui
auroit détruit ce Palais
magnifique. Mais que les
habitans y estant accourus
en diligence,avoient oste
la meche & esteint le feu ;
qu'ils furent si irritez contre
les Ennemis, qu'ils prirent
les armes & chargerent
leur arriéré garde,en
quoy ils furent secondez
par cinq cens Chevaux que
Dom Pedro Ronquillo faisait entrer par une Porte,
pendant que les Ennemis fuyaient par l'autre.
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Résumé : JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
Entre le 20 août et le 3 décembre 1710, Madrid connut des événements marquants suite à la défaite des armées espagnoles à la bataille de Saragosse. La nouvelle de cette défaite, arrivée le 20 août, plongea la ville dans la tristesse et la consternation. Le roi Philippe V et sa cour quittèrent Madrid le 9 septembre pour Valladolid, craignant l'avancée des ennemis. Cette fuite fut accompagnée par les conseillers, les grands et les nobles, ainsi que par certaines dames suivant la reine, tandis que d'autres se retiraient dans des couvents. Le duc de Veraguas et son fils moururent le jour même du départ du roi. Après le départ des autorités, Madrid devint déserte et plongée dans une tristesse incroyable. Le général Stanhope, envoyé extraordinaire d'Angleterre, arriva le 21 septembre et demanda l'obéissance à l'archiduc. Des édits furent publiés, menaçant de punir ceux qui ne reconnaîtraient pas l'archiduc comme souverain et ordonnant la présentation des soldats de Philippe V. Des illuminations et des vols fréquents ajoutèrent à l'agitation. Le 22 septembre, Stanhope envoya des troupes pour enlever les drapeaux offerts par Philippe V. Des mesures rigoureuses furent prises, y compris l'exil des personnes non agréables au nouveau gouvernement et la confiscation des biens. Le 26 septembre, l'armée ennemie campa aux environs de Madrid, et l'archiduc prit ses quartiers dans une maison de plaisance. Des fêtes et des assemblées furent organisées, mais avec peu de participation. Le 4 octobre, le camp de Cavillejas fut levé, et l'armée ennemie avança jusqu'au Pardo. Des régiments furent levés, et des ordres rigoureux furent donnés, comme la déclaration des chevaux et l'exil des Français. Des théologiens et jurisconsultes délibérèrent sur la confiscation des biens cachés dans les maisons religieuses. Des arrestations et des bannissements furent effectués, et des gouverneurs furent nommés pour maintenir l'ordre. Un Conseil des Indes fut formé avec des membres tels que Don Pedro Gamarra et le Comte de Paredes. Pendant cette période, des objets sacrés furent pillés dans les églises. Le 2 novembre, un édit interdit aux personnes d'aller au camp sous peine de 200 coups de fouet. Le 5 novembre, la ville manqua de nourriture et de biens essentiels, et les habitants furent contraints de fournir des provisions aux troupes. Le 8 novembre, Don Francisco de Quincozes publia trois édits concernant la mobilisation des troupes et la remise des armes et munitions. Le 9 novembre, les nouveaux conseils établis par l'Archiduc reçurent l'ordre de se rendre à Tolède. Le 11 novembre, l'Archiduc signa un décret permettant aux femmes et filles des Grands d'Espagne de revenir à Madrid. Le même jour, des troupes de Philippe V apparurent près de Madrid, causant une grande joie. Le 25 novembre, les régiments de Pignatelli et de Saint-Jacques entrèrent à Madrid. Le 3 décembre, le roi fut proclamé et entra publiquement dans la ville, accompagné de nobles et de troupes. Pendant son entrée, il fut appris que les ennemis avaient évacué Tolède le 29 novembre, abandonnant des magasins et mettant le feu à des bâtiments. Les habitants de Tolède éteignirent le feu et attaquèrent les ennemis en retraite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 3-32
Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Début :
Je vous fais part, mon cher ami, d'une avanture [...]
Mots clefs :
Aventure tragi-comique, Tolède, Philippe V, Retraite incendiaire, Castillan, Don Quichotte, Château, Siège, Combat, Chevalerie, Claire, Mariage, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
jlvanture tragi-comique,extraite
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
Fermer
Résumé : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Le texte raconte une aventure tragi-comique inspirée d'une lettre espagnole écrite à l'époque où Philippe V s'empara de Madrid. L'histoire se déroule dans un village situé à sept ou huit lieues de Tolède. Lors de la retraite incendiaire des ennemis, un vieux Castillan de quatre-vingt-deux ans, comparé à Don Quixotte, refuse de fuir. Il se prépare à défendre son château, une ancienne masure avec une tour bâtie du temps des Maures, où il a rassemblé ses biens et une jeune Espagnole de quinze ans, Claire, dont il est amoureux et qu'il retient contre sa volonté en attendant un mariage arrangé par ses parents. Le vieil homme s'arme et se prépare à affronter les ennemis, malgré les moqueries de Claire. Alors qu'il se tient prêt, des soldats escaladent la tour. Claire, qui a reçu une lettre secrète, se moque de lui. Soudain, un autre chevalier entre par une fenêtre et maîtrise le vieux Castillan. Ce chevalier propose un combat singulier pour obtenir Claire et le trésor du vieil homme. Claire et ses parents révèlent que le trésor a été acquis par des vexations et que son cœur n'appartient pas au vieil homme. Le combat commence, mais le vieil homme trébuche et est sauvé par la générosité de son adversaire. Blessé, il est finalement vaincu. Claire accepte de pardonner la vie du vieil homme à condition qu'il soit nourri jusqu'à sa mort. Un contrat de mariage est signé, mettant fin à l'aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 135-144
Mort de la Reine d'Espagne.
Début :
Marie-Loüise-Gabrielle de Savoye, épouse de Philippe V. du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Philippe V, Maison de Savoie, Roi de Chypre, Duc de Savoie, Royaume, Prince Amédée, Venise, Sicile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reine d'Espagne.
Mort de la Reine d'Efpagne.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
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Résumé : Mort de la Reine d'Espagne.
Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, épouse de Philippe V d'Espagne, est décédée le 14 février 1714. Née le 17 septembre 1688, elle était la fille de Victor-Amédée II, duc de Savoie, et d'Anne d'Orléans. Elle s'est mariée par procuration à Turin le 11 septembre 1701 et a eu trois enfants : Louis-Philippe d'Espagne, né le 25 août 1707, Philippe d'Espagne, né le 7 juin 1712, et Ferdinand d'Espagne, né le 23 septembre 1713. La Maison de Savoie est une famille ancienne et illustre, descendant de Berthold, premier comte de Savoie et de Maurienne. Berthold s'est établi à la cour de Rodolphe, roi de Bourgogne et de Provence, et a été récompensé par Rodolphe en obtenant la Savoie et la Maurienne en l'an 1000. Victor-Amédée II, duc de Savoie, est le trente-troisième comte de Savoie et le quinzième duc depuis Amédée VIII. La Maison de Savoie possède également des droits sur le royaume de Chypre, acquis par le mariage de Louis de Savoie avec Anne de Chypre. Ces droits ont été confirmés par Catherine-Michelle d'Autriche, fille de Philippe II d'Espagne, et reconnus par le traité d'Utrecht. Victor-Amédée II a été couronné roi de Sicile à Palerme le 24 décembre 1713. La Maison de Savoie a produit de grands hommes dans diverses conditions et s'est divisée en plusieurs branches, dont descend le prince Eugène de Savoie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 179-182
LISTE Des personnes nommées pour le Gouvernement de l'Etat, par le Roi Catholique avant son abdication, & de celles que Sa Majesté a honorées de l'Ordre de la Toison.
Début :
Cabinet. L'Archevêque de Tolede. Le Grand Inquisiteur. Le President [...]
Mots clefs :
Espagne, Grimaldo, Philippe V
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE Des personnes nommées pour le Gouvernement de l'Etat, par le Roi Catholique avant son abdication, & de celles que Sa Majesté a honorées de l'Ordre de la Toison.
LEST E
&es personnes nommées pwr le Gouverne-'
ment de l'Etat t par le Roi Catholique
avant son abdication & de celles que
Sa Majesté a honorées de l'Ordre de 1*
Toison*
Cabinet.
T ' 'Archevêque de Tolede.
Jt^j Le Grand Inquisiteur. . , .
Le President de Castille-
Le M » de Valero. V_ ,
Le M ir.de Lede. $ Grands ^fPW
Le Comte de Sant. lsievan , Plenipoten
tiaire à Cambray.
Don Miguel Franciíco Guerra.
President du Coríseil des Ordres.
Le Comte de Sant.Istevan, Plenipoteni
, tiaire à Cambray .
tïo' MERCURE DÉ FRANCE:
President dit Cónseil des Indes.
Le Marquis dtf Valero.'
President du Conseil de la Guerre.
íff Marquis d'Aitona, Grand d'Espagne*
Secrctairies d'Etat.
Celle dite del Dejpatbo de Estade , dit
Marquis de Grimaldo, à Don Juan.
Celle d'Éstat de Mr; le Marquis de Gri
maldo, à Don Juán Bâutiíta Orendain
íôn Commis'.
Celle des Indes & de la Marine , à Don
Antonio Sopéna, Commis dud. Minií
tre.
Éa Compagnie des fïallebardiers.'
Aw Prince MaíTerah , Grand d'Espagne, r
Chevaliers de la Toison.'
LeDucPriego deMedina.Celi .->
Le Duc del Arco.
Le Marquis de Santa Cruz.
Le ComtedeSant-Istevande
Gormas. j
Le Marquis de Grimaldoi .
Le Marquis d« Valouze.
Lé Duc de la Mirandole. T Grands
Le Duc de Medina Sidânia. $ d? Espagne.
Le Marquis Scotti.
Doa
G.ands
d'E/pagni
f 1 1 Jt 1724. ï8r.
Pon Antonio Arduino, Sicilien.
M. l'Abbé de Grimaldo, Grand Chance
lier de l'Ordre, exerçant pour son Ne
veu.
Gouverneur de C Infant D»n Philippe.
Le Marquis del Surco.
Soui-GoMverneur de ? Infant Don Philippe
M. de Conok, Exempt des Gardes.
Le Rojr Philippe rçste au Palais de St.
lldephqnsc , avec la .Reine. Sa Majesté
s'est reservé cent m.ille pistoles de pen_-
iìçn , à prendre iur tes .revenus de la Fer
me du Tabac, & sun million de piastres,
pour achever çe qui reste d'ouvrages à
faire à St. Ildefoníe. Elle a aussi assigné à
.chacun des Infants & Infante, vingt.cinq
mille.pistoles de pension. Leurs Majestez
Catholiques ne gardent pour leur service
qu'environ soixante personnes des deux
sexes , dont les principales font .:
Le Marquis de Grimaldo, comme Sur-
Intendant.
Le Marquis de Valouse , comme Chef
des Ecuries.
Le Revérend Pere Bermudez , Cpr>-
feffeur du Roy.
Don Domingo Guerra , Confesseur de
la Reine. Le
lù MERCURE DE FRANCE. «
Le Docteur Servi ., qui étoit Premieí
Medecin de la Reine.
M. le Gendre , Premier Chirurgien^
M. Ricçeur , -Premier Apoticaire.
M. Lacombe , Valet de Chambre.
M. Valois , Hem.
M. Vauvel , Tapissier.
„- ;M. Benoît , Chef de la Bouçhe.
Dams,
Madame la Princesse de Robecq»^£
Madame la Comtesse de Solre , pour fai^
te compagnie à la Reine.
Madame la Marquise de Las Nieves..
La Nourrice de la 'Reine.
Quatre Femmes de Chambre.
Le Roi d'Espagne a paru fort sensible k
l'empressement avec lequel les .Grands
^Officiers , & plusieurs Seigneurs lui
. avoient demandé la grace de rester auprès
de lui ; mais , malgré leurs instances , Sa
Majesté n'a retenu auprès de fa personne
. que ceux dont on vient de lire la liste.
Le Roi a voulu en même temps procurer
quelque soulagement à ses Peuples , en
ordonnant la diminution de quelques-
Mmes des impositions qu'on le voií fur eux,
&es personnes nommées pwr le Gouverne-'
ment de l'Etat t par le Roi Catholique
avant son abdication & de celles que
Sa Majesté a honorées de l'Ordre de 1*
Toison*
Cabinet.
T ' 'Archevêque de Tolede.
Jt^j Le Grand Inquisiteur. . , .
Le President de Castille-
Le M » de Valero. V_ ,
Le M ir.de Lede. $ Grands ^fPW
Le Comte de Sant. lsievan , Plenipoten
tiaire à Cambray.
Don Miguel Franciíco Guerra.
President du Coríseil des Ordres.
Le Comte de Sant.Istevan, Plenipoteni
, tiaire à Cambray .
tïo' MERCURE DÉ FRANCE:
President dit Cónseil des Indes.
Le Marquis dtf Valero.'
President du Conseil de la Guerre.
íff Marquis d'Aitona, Grand d'Espagne*
Secrctairies d'Etat.
Celle dite del Dejpatbo de Estade , dit
Marquis de Grimaldo, à Don Juan.
Celle d'Éstat de Mr; le Marquis de Gri
maldo, à Don Juán Bâutiíta Orendain
íôn Commis'.
Celle des Indes & de la Marine , à Don
Antonio Sopéna, Commis dud. Minií
tre.
Éa Compagnie des fïallebardiers.'
Aw Prince MaíTerah , Grand d'Espagne, r
Chevaliers de la Toison.'
LeDucPriego deMedina.Celi .->
Le Duc del Arco.
Le Marquis de Santa Cruz.
Le ComtedeSant-Istevande
Gormas. j
Le Marquis de Grimaldoi .
Le Marquis d« Valouze.
Lé Duc de la Mirandole. T Grands
Le Duc de Medina Sidânia. $ d? Espagne.
Le Marquis Scotti.
Doa
G.ands
d'E/pagni
f 1 1 Jt 1724. ï8r.
Pon Antonio Arduino, Sicilien.
M. l'Abbé de Grimaldo, Grand Chance
lier de l'Ordre, exerçant pour son Ne
veu.
Gouverneur de C Infant D»n Philippe.
Le Marquis del Surco.
Soui-GoMverneur de ? Infant Don Philippe
M. de Conok, Exempt des Gardes.
Le Rojr Philippe rçste au Palais de St.
lldephqnsc , avec la .Reine. Sa Majesté
s'est reservé cent m.ille pistoles de pen_-
iìçn , à prendre iur tes .revenus de la Fer
me du Tabac, & sun million de piastres,
pour achever çe qui reste d'ouvrages à
faire à St. Ildefoníe. Elle a aussi assigné à
.chacun des Infants & Infante, vingt.cinq
mille.pistoles de pension. Leurs Majestez
Catholiques ne gardent pour leur service
qu'environ soixante personnes des deux
sexes , dont les principales font .:
Le Marquis de Grimaldo, comme Sur-
Intendant.
Le Marquis de Valouse , comme Chef
des Ecuries.
Le Revérend Pere Bermudez , Cpr>-
feffeur du Roy.
Don Domingo Guerra , Confesseur de
la Reine. Le
lù MERCURE DE FRANCE. «
Le Docteur Servi ., qui étoit Premieí
Medecin de la Reine.
M. le Gendre , Premier Chirurgien^
M. Ricçeur , -Premier Apoticaire.
M. Lacombe , Valet de Chambre.
M. Valois , Hem.
M. Vauvel , Tapissier.
„- ;M. Benoît , Chef de la Bouçhe.
Dams,
Madame la Princesse de Robecq»^£
Madame la Comtesse de Solre , pour fai^
te compagnie à la Reine.
Madame la Marquise de Las Nieves..
La Nourrice de la 'Reine.
Quatre Femmes de Chambre.
Le Roi d'Espagne a paru fort sensible k
l'empressement avec lequel les .Grands
^Officiers , & plusieurs Seigneurs lui
. avoient demandé la grace de rester auprès
de lui ; mais , malgré leurs instances , Sa
Majesté n'a retenu auprès de fa personne
. que ceux dont on vient de lire la liste.
Le Roi a voulu en même temps procurer
quelque soulagement à ses Peuples , en
ordonnant la diminution de quelques-
Mmes des impositions qu'on le voií fur eux,
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Résumé : LISTE Des personnes nommées pour le Gouvernement de l'Etat, par le Roi Catholique avant son abdication, & de celles que Sa Majesté a honorées de l'Ordre de la Toison.
Le texte énumère des personnalités nommées par le gouvernement de l'État et le Roi Catholique avant son abdication, ainsi que celles décorées de l'Ordre de la Toison d'Or. Ces personnes incluent des dignitaires religieux et civils tels que l'Archevêque de Tolède, le Grand Inquisiteur, le Président de Castille, et divers marquis, comtes et ducs. Le Roi Philippe réside au Palais de Saint-Ildefonse avec la Reine. Il s'est attribué une pension de cent mille pistoles et un million de piastres pour terminer les travaux du palais. Il a également alloué une pension de vingt-cinq mille pistoles à chacun des Infants et Infantes. Le Roi et la Reine conservent environ soixante personnes à leur service, incluant des surintendants, chefs des écuries, confesseurs, médecins et femmes de chambre. Le Roi a refusé les demandes de nombreux Grands Officiers et seigneurs de rester à son service, ne retenant que ceux mentionnés dans la liste. Il a aussi ordonné la réduction de certaines impositions pour soulager ses sujets.
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5
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
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