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1
p. 1146-1151
LETTRE de Me N. Gasparini, General de l'Ordre de S. Antoine, à tous les Superieurs et Commandeurs de son Ordre en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne, sur la Mort du dernier Evêque de Genêve.
Début :
MON REVEREND PERE, La mort vient d'enlever à l'Eglise un [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Ordre de Saint Augustin, Prélat, Genève, Mort, Diocèse, Évêque de Genève
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Me N. Gasparini, General de l'Ordre de S. Antoine, à tous les Superieurs et Commandeurs de son Ordre en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne, sur la Mort du dernier Evêque de Genêve.
N apprend de Chambery , que
Mre Michel- Gabriel de Roussillon
de Bernex , Evêque et Prince de Genêve ,
Suffragant de l'Archevêché de Vienne ,
auparavant Chanoine Régulier de Saint
Augustin , de l'Ordre de saint Antoine
, mourut dans son Diocèse en odeur
de sainteté le 23. Avril dernier . Le Public
verra peut- être avec plaisir quelques
circonstances de la Vie et de la
Mort de ce pieux Prélat , contenues dans
a Lettre qu'on va lire .
J. Vol.
Bij LET
1146 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de MeN. Gasparini , General
de l'Ordre de S. Antoine , à tous les
Superieurs et Commandeurs de son Ordre
en France , en Italie , en Espagne et en
Allemagne , sur la Mort du dernier
Evêque de Genève.
MONON REVEREND PERE
La mort vient d'enlever à l'Eglise un
saint et illustre Prélat , et à nous un cher
et respectable Confrere , que nous regardons
, à juste titre , comme un des
plus grands ornemens que notre Ordre
ait jamais cû. Vous comprencz , sans doute
, que je veux vous parler de Mre Michel
Gabriel de Roussillon de Bernex ,
Evêque et Prince de Genêve. Il est decedé
dans son Diocèse à Annessi , le jour du
Vendredy- Saint 23. du mois d'Avril ,
entre midi et une heure , dans la 77 .
année de son âge.
Issu d'une des plus anciennes et des
plus illustres Maisons de Savoye , il méprisa
dans un âge encore tendre toutes
les grandeurs auxquelles il pouvoit naturellement
aspirer dans le siècle, et chercha
dans notre Ordre un azile pour s'y
consacrer entierement au service du Sei-
I. Vol gneur
JUI N. 1734 1147
gneur. Il y prit l'habit le 17. Novembre
de l'année 1672. et fic Profession le 21 .
du même mois de l'année suivante ; il
s'y est rendu recommandable par sa pieté
, par l'austere régularité de ses murs
et par son amour pour les Sciences ; les
progrès qu'il y fit et sa profonde érudi
tion , engagerent les Supérieurs à le charger
d'enseigner la Théologie à Toulouse,
employ dont il s'acquitta avec autant
d'applaudissement que de succès .
Après le décès de M. Antoine Pain
la Jasse , un de nos Prédécesseurs , il
fut choisi pour faire la Harangue au Chapitre
Géneral qui s'assembla au mois de
Mars 1688 pour l'Election de son Successeur.
On admira alors et on admi
rera toujours dans cette Piece la force
de son éloquence et cette genereuse liberté
qu'inspire la verité et l'amour du
bien public. Dans ce Chapitre , où il exerça
les pénibles fonctions de Secretaire
et dans le suivant , il fut unanimement
élu Superieur de la Maison de notre Ordre
à Toulouse. Il la gouverna six ans en
cette qualité avec cette sagesse , cette
prudence qui regloit toutes ses démarches
; il y fit construire ce superbe Edifice
, qui fait un des plus beaux ornemens
de cette Ville , sans interrompre
I. Vol. E j
pour
1148 , MERCURE DE FRANCE
pour cela ses travaux pour l'Eglise dans
le ministere de la Chaire et la direction
des ames , ni les études qu'il chérissoit
singulierement et qu'il fit fleurir dans sa
Communauté. Ces fameuses Thèses de
Droit Civil et Canonique qu'il fit soutenir
avec tant d'éclat et de succès devant
le Chapitre General de l'année 1691 .
montrent qu'il ne se bornoit pas
à un
seul genre de science et qu'il ne négligeoit
aucune de celles qui pouvoient
rendre ses Confreres utiles à l'Eglise.
La réputation de ce grand homme ne
pouvoit être long- temps renfermée dans
notre Ordre. Elle éclata dans la Cour
du Roy de Sardaigne Victor Amedée, de
glorieuse memoire ; ce grand Prince , juste
estimateur du mérite , et dont le vaste
génie s'est fait admirer dans toute l'Europe
, nomma le Réverend Pere de Bernex
à l'Evêché de Genêve , pour lequel
il fut sacré le 6. Octobre de l'année 1697.
dès lors cet illustre Prélat se proposa pour
modele le grand S. François de Sales , son
Prédecesseur. L'on peut assurer avec justice
qu'il en a été le parfair imitateur par
sa dévotion tendre et affectueuse , par
son amour empressé pour les Pauvres ,
par son zele ardent pour la réunion des
Héretiques , par le bon ordre qu'il main-
1. Vol. tint
JUIN, 1734. 1149
tint dans son Clergé , par ses travaux
et ses fatigues immenses dans les visites
de son Diocèse , par sa modestie dans
ses habits , la frugalité de sa table , sa
simplicité vrayement Apostolique , dans
ses meubles et dans son train , par sa
profonde humilité , enfin par toutes ces
vertus épiscopales dignes des Pasteurs des
premiers siecles ; aussi n'entreprenoit- il
rien sans avoir prié long- temps au Tom
beau de ce grand Saint , qu'il regardoit
toujours comme l'Evêque de Genêve , et
dont il disoit n'être que le Vicaire.
Son élevation ne lui fit point perdre
T'attachement sincere qu'il avoit pour
notre Ordre , il en a souvent donné des
témoignages publics , et vous n'ignorez
pas avec quelle affection , quelle joye ,
quelle effusion de coeur , quels tendres
sentimens il recevoit ceux d'entre nous
qui l'alloient visiter , il les appelloit tou
jours ses meilleurs amis , ses chers Confreres
, et il observoit religieusement de
celebrer , suivaut nos Statuts, le S. Sacrifice
pour ceux dont on lui apprenoit
la mort.
Mes occupations ne me permettent
pas d'entrer aujourd'ui dans un plus
grand détail , je me propose pour l'édi-
Sication des fidelles , pour l'honneur de
fo Febr
Ev tour
1150 MERCURE DE FRANCE
tout l'Ordre Canonique et , du nôtre en
particulier , de donner au Public l'histoire
d'une vie si sainte. J'invite tous
ceux de mes Confreres qui ont eû le
bonheur d'être ses Disciples et d'admirer
de près ses éminentes vertus , de
m'envoyer pour cet effet des Memoires
détaillez et dans la plus grande exactitude.
Je me contenterai de vous dire ,
pour le présent , qu'il a enfin terminé
sa course et ses travaux apostoliques par
une mort prétieuse. Vita discessit, non solum
juvenibus , sed et universa genti , memoriam
mortis sua ad exemplum virtutis et
fortitudinis derelinquens . C'est ce que dit
l'Ecriture du vénerable Eléasar.
Quoique je ne doute point que le
Seigneur n'ait déja couronné les vertus
de ce saint Prélat , nous devons pourtant
nous empresser de joindre nos suffrages
à tous ceux de son Diocèse ; c'est
pourquoi je vous donne avis qu'après.
en avoir conferé avec les RR. PP . Grand-
Prieur et Définiteurs et de leur Conseil ,
mon intention est que vous ordonniez
incessamment dans votre Maison pour
le repos de son ame , les mêmes suffrages
et prieres qui sont prescrites par nos
Statuts pour les Abbez Generaux de notre
Ordre , et c'est ce que je vais faire
C
1. Vol.
exccute
1 TIST JUIN. 1734.
exécuter dans cette Abbaye avec le plus
de pompe et de solemnité qu'il me sera
possible . Je suis avec une parfaite estime
, &c.
A S. Antoine en Dauphiné , le 5. May
1734.
P.S. J'apprens dans ce moment que ce
saint Prélat est universellement pleuré
et regretté de son Clergé et de son Peuple
, qu'on a été oblige, pour satisfaire
la dévotion publique , de le laisser exposé
pendant cinq jours et de lui mettre
trois fois de nouveaux habits; la confiance
qu'on a en ses vertus , ayant porté le
Peuple à se partager les premiers.On m'ajoute
même qu'il s'est déja operé plusieurs
Miracles par son intercession , mais
nous ne prétendons point, en vous instruisant,
prévenir le Jugement de l't glise . Il
a été enterré , ainsi qu'il l'avoit ordonné
, dans l'Eglise du premier Monastere
de la Visitation de la Ville d'Annessi
où le Corps de S. François de Sales est
exposé à la véneration publique.
Mre Michel- Gabriel de Roussillon
de Bernex , Evêque et Prince de Genêve ,
Suffragant de l'Archevêché de Vienne ,
auparavant Chanoine Régulier de Saint
Augustin , de l'Ordre de saint Antoine
, mourut dans son Diocèse en odeur
de sainteté le 23. Avril dernier . Le Public
verra peut- être avec plaisir quelques
circonstances de la Vie et de la
Mort de ce pieux Prélat , contenues dans
a Lettre qu'on va lire .
J. Vol.
Bij LET
1146 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de MeN. Gasparini , General
de l'Ordre de S. Antoine , à tous les
Superieurs et Commandeurs de son Ordre
en France , en Italie , en Espagne et en
Allemagne , sur la Mort du dernier
Evêque de Genève.
MONON REVEREND PERE
La mort vient d'enlever à l'Eglise un
saint et illustre Prélat , et à nous un cher
et respectable Confrere , que nous regardons
, à juste titre , comme un des
plus grands ornemens que notre Ordre
ait jamais cû. Vous comprencz , sans doute
, que je veux vous parler de Mre Michel
Gabriel de Roussillon de Bernex ,
Evêque et Prince de Genêve. Il est decedé
dans son Diocèse à Annessi , le jour du
Vendredy- Saint 23. du mois d'Avril ,
entre midi et une heure , dans la 77 .
année de son âge.
Issu d'une des plus anciennes et des
plus illustres Maisons de Savoye , il méprisa
dans un âge encore tendre toutes
les grandeurs auxquelles il pouvoit naturellement
aspirer dans le siècle, et chercha
dans notre Ordre un azile pour s'y
consacrer entierement au service du Sei-
I. Vol gneur
JUI N. 1734 1147
gneur. Il y prit l'habit le 17. Novembre
de l'année 1672. et fic Profession le 21 .
du même mois de l'année suivante ; il
s'y est rendu recommandable par sa pieté
, par l'austere régularité de ses murs
et par son amour pour les Sciences ; les
progrès qu'il y fit et sa profonde érudi
tion , engagerent les Supérieurs à le charger
d'enseigner la Théologie à Toulouse,
employ dont il s'acquitta avec autant
d'applaudissement que de succès .
Après le décès de M. Antoine Pain
la Jasse , un de nos Prédécesseurs , il
fut choisi pour faire la Harangue au Chapitre
Géneral qui s'assembla au mois de
Mars 1688 pour l'Election de son Successeur.
On admira alors et on admi
rera toujours dans cette Piece la force
de son éloquence et cette genereuse liberté
qu'inspire la verité et l'amour du
bien public. Dans ce Chapitre , où il exerça
les pénibles fonctions de Secretaire
et dans le suivant , il fut unanimement
élu Superieur de la Maison de notre Ordre
à Toulouse. Il la gouverna six ans en
cette qualité avec cette sagesse , cette
prudence qui regloit toutes ses démarches
; il y fit construire ce superbe Edifice
, qui fait un des plus beaux ornemens
de cette Ville , sans interrompre
I. Vol. E j
pour
1148 , MERCURE DE FRANCE
pour cela ses travaux pour l'Eglise dans
le ministere de la Chaire et la direction
des ames , ni les études qu'il chérissoit
singulierement et qu'il fit fleurir dans sa
Communauté. Ces fameuses Thèses de
Droit Civil et Canonique qu'il fit soutenir
avec tant d'éclat et de succès devant
le Chapitre General de l'année 1691 .
montrent qu'il ne se bornoit pas
à un
seul genre de science et qu'il ne négligeoit
aucune de celles qui pouvoient
rendre ses Confreres utiles à l'Eglise.
La réputation de ce grand homme ne
pouvoit être long- temps renfermée dans
notre Ordre. Elle éclata dans la Cour
du Roy de Sardaigne Victor Amedée, de
glorieuse memoire ; ce grand Prince , juste
estimateur du mérite , et dont le vaste
génie s'est fait admirer dans toute l'Europe
, nomma le Réverend Pere de Bernex
à l'Evêché de Genêve , pour lequel
il fut sacré le 6. Octobre de l'année 1697.
dès lors cet illustre Prélat se proposa pour
modele le grand S. François de Sales , son
Prédecesseur. L'on peut assurer avec justice
qu'il en a été le parfair imitateur par
sa dévotion tendre et affectueuse , par
son amour empressé pour les Pauvres ,
par son zele ardent pour la réunion des
Héretiques , par le bon ordre qu'il main-
1. Vol. tint
JUIN, 1734. 1149
tint dans son Clergé , par ses travaux
et ses fatigues immenses dans les visites
de son Diocèse , par sa modestie dans
ses habits , la frugalité de sa table , sa
simplicité vrayement Apostolique , dans
ses meubles et dans son train , par sa
profonde humilité , enfin par toutes ces
vertus épiscopales dignes des Pasteurs des
premiers siecles ; aussi n'entreprenoit- il
rien sans avoir prié long- temps au Tom
beau de ce grand Saint , qu'il regardoit
toujours comme l'Evêque de Genêve , et
dont il disoit n'être que le Vicaire.
Son élevation ne lui fit point perdre
T'attachement sincere qu'il avoit pour
notre Ordre , il en a souvent donné des
témoignages publics , et vous n'ignorez
pas avec quelle affection , quelle joye ,
quelle effusion de coeur , quels tendres
sentimens il recevoit ceux d'entre nous
qui l'alloient visiter , il les appelloit tou
jours ses meilleurs amis , ses chers Confreres
, et il observoit religieusement de
celebrer , suivaut nos Statuts, le S. Sacrifice
pour ceux dont on lui apprenoit
la mort.
Mes occupations ne me permettent
pas d'entrer aujourd'ui dans un plus
grand détail , je me propose pour l'édi-
Sication des fidelles , pour l'honneur de
fo Febr
Ev tour
1150 MERCURE DE FRANCE
tout l'Ordre Canonique et , du nôtre en
particulier , de donner au Public l'histoire
d'une vie si sainte. J'invite tous
ceux de mes Confreres qui ont eû le
bonheur d'être ses Disciples et d'admirer
de près ses éminentes vertus , de
m'envoyer pour cet effet des Memoires
détaillez et dans la plus grande exactitude.
Je me contenterai de vous dire ,
pour le présent , qu'il a enfin terminé
sa course et ses travaux apostoliques par
une mort prétieuse. Vita discessit, non solum
juvenibus , sed et universa genti , memoriam
mortis sua ad exemplum virtutis et
fortitudinis derelinquens . C'est ce que dit
l'Ecriture du vénerable Eléasar.
Quoique je ne doute point que le
Seigneur n'ait déja couronné les vertus
de ce saint Prélat , nous devons pourtant
nous empresser de joindre nos suffrages
à tous ceux de son Diocèse ; c'est
pourquoi je vous donne avis qu'après.
en avoir conferé avec les RR. PP . Grand-
Prieur et Définiteurs et de leur Conseil ,
mon intention est que vous ordonniez
incessamment dans votre Maison pour
le repos de son ame , les mêmes suffrages
et prieres qui sont prescrites par nos
Statuts pour les Abbez Generaux de notre
Ordre , et c'est ce que je vais faire
C
1. Vol.
exccute
1 TIST JUIN. 1734.
exécuter dans cette Abbaye avec le plus
de pompe et de solemnité qu'il me sera
possible . Je suis avec une parfaite estime
, &c.
A S. Antoine en Dauphiné , le 5. May
1734.
P.S. J'apprens dans ce moment que ce
saint Prélat est universellement pleuré
et regretté de son Clergé et de son Peuple
, qu'on a été oblige, pour satisfaire
la dévotion publique , de le laisser exposé
pendant cinq jours et de lui mettre
trois fois de nouveaux habits; la confiance
qu'on a en ses vertus , ayant porté le
Peuple à se partager les premiers.On m'ajoute
même qu'il s'est déja operé plusieurs
Miracles par son intercession , mais
nous ne prétendons point, en vous instruisant,
prévenir le Jugement de l't glise . Il
a été enterré , ainsi qu'il l'avoit ordonné
, dans l'Eglise du premier Monastere
de la Visitation de la Ville d'Annessi
où le Corps de S. François de Sales est
exposé à la véneration publique.
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Résumé : LETTRE de Me N. Gasparini, General de l'Ordre de S. Antoine, à tous les Superieurs et Commandeurs de son Ordre en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne, sur la Mort du dernier Evêque de Genêve.
Le texte relate la mort de Monseigneur Michel-Gabriel de Roussillon de Bernex, Évêque et Prince de Genève, survenue le 23 avril 1734 à Annessi. Né dans une famille savoyarde illustre, il entra dans l'Ordre de Saint-Antoine en 1672 et se distingua par sa piété, sa régularité et son érudition. Il enseigna la théologie à Toulouse et y construisit un édifice notable. En 1697, il fut nommé Évêque de Genève par le roi de Sardaigne Victor-Amédée. Il s'inspira de Saint-François de Sales, son prédécesseur, et se distingua par sa dévotion, son amour pour les pauvres et son zèle apostolique. Il maintint un attachement sincère à son ordre et fut universellement pleuré à sa mort. Des miracles furent rapportés par son intercession. Il fut inhumé dans l'église du premier monastère de la Visitation à Annessi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
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