Résultats : 21566 texte(s)
Accéder à la liste des langues.
Détail
Liste
5251
p. 184
BOUTS-RIMEZ à remplir.
Début :
Cloche. sapin. vilain. poche. broche. lapin. Martin. accroche. sanglant. talent. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUTS-RIMEZ à remplir.
184 MERCURE
BOUTSRIMEZ
remplirterya ahov
Cloche.
fapin.
Vilain
pocho
broche.
lapin.
Martin,
accroche
fanglant
talent.
divine.
malheureux
amoureux
coquine.
Voila
BOUTSRIMEZ
remplirterya ahov
Cloche.
fapin.
Vilain
pocho
broche.
lapin.
Martin,
accroche
fanglant
talent.
divine.
malheureux
amoureux
coquine.
Voila
Fermer
5252
p. 185
« Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...] »
Début :
Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...]
Mots clefs :
Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...] »
Voila de la befogne que je
vous ay tailléc , Meffieurs ; en
attendant que vous ſongiez à
remplir voſtre tâche , je
eſſayer de remplir la mienne.
Jevous fisdans ledernierMercure
un détail affez ſuccint des
gens de confideration morts
&mariez le mois paffé. Tel
avoit eſté le bon plaifir de
mon Genealogiſte. Mais ,
comme vous ſçavez , & c'eſt
- le proverbe qui le dit , que
- d'une mauvaiſe paye on tire
ce que l'on peut ; j'en ay enfin
arraché à bon compte , les
-articles que vous allez lire.
vous ay tailléc , Meffieurs ; en
attendant que vous ſongiez à
remplir voſtre tâche , je
eſſayer de remplir la mienne.
Jevous fisdans ledernierMercure
un détail affez ſuccint des
gens de confideration morts
&mariez le mois paffé. Tel
avoit eſté le bon plaifir de
mon Genealogiſte. Mais ,
comme vous ſçavez , & c'eſt
- le proverbe qui le dit , que
- d'une mauvaiſe paye on tire
ce que l'on peut ; j'en ay enfin
arraché à bon compte , les
-articles que vous allez lire.
Fermer
5253
p. 186-197
Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Marguerite Janvier du Maineblanc, veuve de Jean Pepin, Maistres [...]
Mots clefs :
Dame, Fils, Enfants, Chevalier, Femme, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
186 MERCURE
Dame Marguerite Janvier
duMaineblanc , veuve de Jean
Pepin, Maiſtres des Comptes,
mourut le 30. Janvier 1715.
âgée de 80. ans , laiffant entr'-
autres enfans Madame de
Chamouſtf, emme de Mr de
Chamoutt,ci -devant Enſeigne
des Gendarmes de la Reine:
Elle étoit foeur de feu Meſfire
Pierre Janvier , Seigneur du
Maineblanc , Vicomte du
Boisherpin , mort fans enfans
de Claude- Marie d'Elbeuf ,
de la Maiſon de Lorraine ; &
ils estoient tous deux enfans
de PierreJanvier , Seigneur du
GALANC. 187
4
Maineblanc , Vicomte du
Boisherpin , Conſeiller au
Parlementde Paris ,& de Miz
chelle de la Barre...ong
Dame Marie- Anne d'Acigné
, veuve de Meffire Jean
Leonard d'Acigné , Comte de
Grandbois &de la Rochejagu,
Chevalier de l'Ordre du Roy,
mourut le 2. Avril , âgée de
80. ans,ayant eu pour fille afnée
Anne-Marguerite d'Acigné
, ſeconde femme d'Armand
Jean du Pleſſis , Duc
de Richelieu , Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
& morte le 19. Aoust 1698 .
Qij
188 MERCURE
lainfant entr'autres enfans Mr
le Duc de Fronſac : feuë Madame
la Comteffe d'Acigné
avoit épousé ſon oncle ; & la
Maiſon d'Acigné dont elle
fortoit , eſt une des plus illuftres
& des plus anciennes de
Bretagne;tous les Auteurs qui
en ont parlé ont prétendu
qu'elle eſtoit une branche de
celledes anciens Seigneurs de
Vitré , puînez des anciens
Comtes de Rennes & Ducs de
Bretagne , avant l'an 992. &
elle s'eſt alliée aux premieres
Maiſons de cette Province
commeMontfort, Maletroit,
GALANO. 189
1
Maure , Coërquen , Roftret
nan , Coëtment , Montejan,
du Chaſtel , & à celles de
Coffe, de Laval Sezay de
Buelin&c. At nolioM
Meffire Michel Larcher ,
Seigneur de Baye, Préſident en
la Chambre des Comptes de
Paris , & ci-devant Conſeiller
au grand Confeil , puis Maître
des Requeſtes , mourut le 9.
Avril;laiſſant pluſieurs enfans
de Dame Gabrielle Rioult de
Doüilly ſa premiere femme ,
fille de Pierre Rioult , Fermier
General& Secretaire duRoy,
& foeur, du ſieur de Curzay.
190 MERCURE
a
Feu.M. le Préſident Larcher
eſtoit fils de Pierre Larcher ,
Préfident des Comptes , petitfils
de Michel Larcher , auffi
Préſidentdes Comptes, arriere
petit fils de Pierre Larcher
Maiſtredes Comptes en1587.
lequel eſtoit fils de Michel
Larcher , Conſeiller au Parlement
en 1546. & petit fils de
Benoît Larcher , Conſeiller en
laCour des Aydes de Paris dés
l'an 1 508. La famille de Larcher
, l'une des plus anciennes
de Paris , s'eft alliée à celles de
Gilbert Villaroy , Courtin ,
Batillon , Allegrin le Picart ,
GALANT. 191
Texier de Hautefcüille, Foullé
, Lotin de Charny , Mangot
, le Clerc d'Aunay ,
Gourgues,&c.
de
Meffire ClaudeGalland , receu
Maistre des Comptes en
16.81 . mourut le 11. Avril. Il
eſtoit fils deClaude Galland ,
Auditeur desComptes.
Dame Françoiſe de Bran
cas , Epouſe d'Alfonſe Hen
ryCharlesde Lorraine , Prince
d'Harcourt , mourut le treize
Avril , laiſſant pour fils Anne
Marie Joſeph de Lorraine
Prince d'Harcourt , marié
avecMaric Loüife Chreſtienne
:
,
192 MERCURE
1,
de Caſtille , fille de feu M. de
Montjeu ,Conſeiller auParlement
de Metz. Feuë Madame
la Princeffe d'Harcourt eſtoic
foeur de Marie de Brancas
femme de Loüis de Brancas
Duc de Villars , pere de M. le
Duc de Brancas Villars qui a
épousé en 1709. Mademoiſelle
Fremin de Moras , fillede
M.de Moras , Préſident à
Mortier au Parlement de
Metz , & elles eſtoient toutes
deux filles deCharles de Brancas
,Marquis de Maubet , dit
leComte de Brancas , Cheva-1
lier d'Honneur de la Reine
Amere
GALAN 193
'
1
J
mere du Roy , & de Suſanne
Garnier La Maiſon de Brancas
, l'une des plus illuftres du
Royaume , eſt originaire du
Royaume de Naples , & je
vous en ay parlé amplement
lorſque M. l'Abbé de Brancas,
frere deM. le Marquis deBrancas
, Lieutenant General des
Armées du Roy , Chevalier de
la Toiſon d'or , & ci devant
Ambaſſadeur enEſpagne , qui
en eſt le chef , fut nommé à
l'Evêché de Lisieux.
Meffire Jean René Bafan ,
Marquis de Flamanville , Scigneur
de Baubigny , de faint
May 1715 . R
194 MERCURE
Paul de Creſſanville , & Licutenant
General des Armées
du Roy ,mourut le 14. Avril,
laiſſant un fils uniquede Dame
Marie Anne le Camus qu'il
avoit épousé en 1690. fille de
Meffire Nicolas le Camus, Scigneur
de laGrange deBligny,
Premier Préſident de la Cour
des Aydes de Paris , dont je
vous appris la mort dans mon
dernier Journal. Il eſtoit fils
d'Hervieu Bafan , Marquis de
Flamanville, Bailly de Coſtentin
, & d'Agnés Molé. Il avoit
pour freres Meffire Jean Bafan
de Flamanville , Evêque dePer
GALANT. اور
lal
pignan ; Edoüard Nicolas Bafande
Flamanville , Chevalier
deMalthe; & feu CharlesMathieu
Bafan , dit le Comte de
Flamanville , Capitaine Sous-
Lieutenant des Chevaux-Legers
de Berry, tué à la bataille
de la Marſaille l'an 1693. laif
fant pluſieurs enfans de Dame
Elifabeth Bonnedu Noyer ſa
d femme.LaMaiſon de Baſan eft
unedes plus anciennes du païs
deCaux où elle ſubſiſteencore
en pluſieurs branches ; elle
poffede depuis prés de 300.
ans la Terre de Flamanville,
& elle s'eft alliée aux Maiſons
1
Rij
„„ MERCURE
de Renty , d'Argouges , &c.
Dame Susanne Loyſeau ,
femme de Henry Selvois, Aur
diteur des Comptes , mourut
le 14. Avril , laiſſant pluſieurs
enfans mariez. 7
Dame Marguerite deMonchy
, Abbeſſe de l'Abbaye de
N. D. au Bois à Paris , Ordre
de Citeaux , mourut le 21 .
Avril âgée de 83. ans ; elle
eftoit Abbeſſe depuis 28. ans ,
& Religieuſe depuis 52. ans.
Elle estoit fille du Marquis, de
Montcauzel & de Madame de
Mailly. La Maiſon de Monchy
dont elle fortoit eſt une
A
Y
GALANT. 197 .
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie où eſt fituée
la Terre de Monchy , &
la Genealogie en eſt amplement
rapportée par le ſieur de
la Morliere en ſes antiquitez
d'Amiens , & par feu M. du
Fourny en fon hiſtoire des
Grands Officiers de la Cou - S
ronne au chapitre des Marechaux
de France.
Dame Marguerite Janvier
duMaineblanc , veuve de Jean
Pepin, Maiſtres des Comptes,
mourut le 30. Janvier 1715.
âgée de 80. ans , laiffant entr'-
autres enfans Madame de
Chamouſtf, emme de Mr de
Chamoutt,ci -devant Enſeigne
des Gendarmes de la Reine:
Elle étoit foeur de feu Meſfire
Pierre Janvier , Seigneur du
Maineblanc , Vicomte du
Boisherpin , mort fans enfans
de Claude- Marie d'Elbeuf ,
de la Maiſon de Lorraine ; &
ils estoient tous deux enfans
de PierreJanvier , Seigneur du
GALANC. 187
4
Maineblanc , Vicomte du
Boisherpin , Conſeiller au
Parlementde Paris ,& de Miz
chelle de la Barre...ong
Dame Marie- Anne d'Acigné
, veuve de Meffire Jean
Leonard d'Acigné , Comte de
Grandbois &de la Rochejagu,
Chevalier de l'Ordre du Roy,
mourut le 2. Avril , âgée de
80. ans,ayant eu pour fille afnée
Anne-Marguerite d'Acigné
, ſeconde femme d'Armand
Jean du Pleſſis , Duc
de Richelieu , Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
& morte le 19. Aoust 1698 .
Qij
188 MERCURE
lainfant entr'autres enfans Mr
le Duc de Fronſac : feuë Madame
la Comteffe d'Acigné
avoit épousé ſon oncle ; & la
Maiſon d'Acigné dont elle
fortoit , eſt une des plus illuftres
& des plus anciennes de
Bretagne;tous les Auteurs qui
en ont parlé ont prétendu
qu'elle eſtoit une branche de
celledes anciens Seigneurs de
Vitré , puînez des anciens
Comtes de Rennes & Ducs de
Bretagne , avant l'an 992. &
elle s'eſt alliée aux premieres
Maiſons de cette Province
commeMontfort, Maletroit,
GALANO. 189
1
Maure , Coërquen , Roftret
nan , Coëtment , Montejan,
du Chaſtel , & à celles de
Coffe, de Laval Sezay de
Buelin&c. At nolioM
Meffire Michel Larcher ,
Seigneur de Baye, Préſident en
la Chambre des Comptes de
Paris , & ci-devant Conſeiller
au grand Confeil , puis Maître
des Requeſtes , mourut le 9.
Avril;laiſſant pluſieurs enfans
de Dame Gabrielle Rioult de
Doüilly ſa premiere femme ,
fille de Pierre Rioult , Fermier
General& Secretaire duRoy,
& foeur, du ſieur de Curzay.
190 MERCURE
a
Feu.M. le Préſident Larcher
eſtoit fils de Pierre Larcher ,
Préfident des Comptes , petitfils
de Michel Larcher , auffi
Préſidentdes Comptes, arriere
petit fils de Pierre Larcher
Maiſtredes Comptes en1587.
lequel eſtoit fils de Michel
Larcher , Conſeiller au Parlement
en 1546. & petit fils de
Benoît Larcher , Conſeiller en
laCour des Aydes de Paris dés
l'an 1 508. La famille de Larcher
, l'une des plus anciennes
de Paris , s'eft alliée à celles de
Gilbert Villaroy , Courtin ,
Batillon , Allegrin le Picart ,
GALANT. 191
Texier de Hautefcüille, Foullé
, Lotin de Charny , Mangot
, le Clerc d'Aunay ,
Gourgues,&c.
de
Meffire ClaudeGalland , receu
Maistre des Comptes en
16.81 . mourut le 11. Avril. Il
eſtoit fils deClaude Galland ,
Auditeur desComptes.
Dame Françoiſe de Bran
cas , Epouſe d'Alfonſe Hen
ryCharlesde Lorraine , Prince
d'Harcourt , mourut le treize
Avril , laiſſant pour fils Anne
Marie Joſeph de Lorraine
Prince d'Harcourt , marié
avecMaric Loüife Chreſtienne
:
,
192 MERCURE
1,
de Caſtille , fille de feu M. de
Montjeu ,Conſeiller auParlement
de Metz. Feuë Madame
la Princeffe d'Harcourt eſtoic
foeur de Marie de Brancas
femme de Loüis de Brancas
Duc de Villars , pere de M. le
Duc de Brancas Villars qui a
épousé en 1709. Mademoiſelle
Fremin de Moras , fillede
M.de Moras , Préſident à
Mortier au Parlement de
Metz , & elles eſtoient toutes
deux filles deCharles de Brancas
,Marquis de Maubet , dit
leComte de Brancas , Cheva-1
lier d'Honneur de la Reine
Amere
GALAN 193
'
1
J
mere du Roy , & de Suſanne
Garnier La Maiſon de Brancas
, l'une des plus illuftres du
Royaume , eſt originaire du
Royaume de Naples , & je
vous en ay parlé amplement
lorſque M. l'Abbé de Brancas,
frere deM. le Marquis deBrancas
, Lieutenant General des
Armées du Roy , Chevalier de
la Toiſon d'or , & ci devant
Ambaſſadeur enEſpagne , qui
en eſt le chef , fut nommé à
l'Evêché de Lisieux.
Meffire Jean René Bafan ,
Marquis de Flamanville , Scigneur
de Baubigny , de faint
May 1715 . R
194 MERCURE
Paul de Creſſanville , & Licutenant
General des Armées
du Roy ,mourut le 14. Avril,
laiſſant un fils uniquede Dame
Marie Anne le Camus qu'il
avoit épousé en 1690. fille de
Meffire Nicolas le Camus, Scigneur
de laGrange deBligny,
Premier Préſident de la Cour
des Aydes de Paris , dont je
vous appris la mort dans mon
dernier Journal. Il eſtoit fils
d'Hervieu Bafan , Marquis de
Flamanville, Bailly de Coſtentin
, & d'Agnés Molé. Il avoit
pour freres Meffire Jean Bafan
de Flamanville , Evêque dePer
GALANT. اور
lal
pignan ; Edoüard Nicolas Bafande
Flamanville , Chevalier
deMalthe; & feu CharlesMathieu
Bafan , dit le Comte de
Flamanville , Capitaine Sous-
Lieutenant des Chevaux-Legers
de Berry, tué à la bataille
de la Marſaille l'an 1693. laif
fant pluſieurs enfans de Dame
Elifabeth Bonnedu Noyer ſa
d femme.LaMaiſon de Baſan eft
unedes plus anciennes du païs
deCaux où elle ſubſiſteencore
en pluſieurs branches ; elle
poffede depuis prés de 300.
ans la Terre de Flamanville,
& elle s'eft alliée aux Maiſons
1
Rij
„„ MERCURE
de Renty , d'Argouges , &c.
Dame Susanne Loyſeau ,
femme de Henry Selvois, Aur
diteur des Comptes , mourut
le 14. Avril , laiſſant pluſieurs
enfans mariez. 7
Dame Marguerite deMonchy
, Abbeſſe de l'Abbaye de
N. D. au Bois à Paris , Ordre
de Citeaux , mourut le 21 .
Avril âgée de 83. ans ; elle
eftoit Abbeſſe depuis 28. ans ,
& Religieuſe depuis 52. ans.
Elle estoit fille du Marquis, de
Montcauzel & de Madame de
Mailly. La Maiſon de Monchy
dont elle fortoit eſt une
A
Y
GALANT. 197 .
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie où eſt fituée
la Terre de Monchy , &
la Genealogie en eſt amplement
rapportée par le ſieur de
la Morliere en ſes antiquitez
d'Amiens , & par feu M. du
Fourny en fon hiſtoire des
Grands Officiers de la Cou - S
ronne au chapitre des Marechaux
de France.
Fermer
5254
p. 197-198
« Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...] »
Début :
Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...] »
Il ſeroit inoüy devous faire
fauter , ſans vous en avertir ,
des Morts aux Mariages; & il
me ſeroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaiſon
pour vous apprendre impoli198
MERCURE
ment , que
fauter , ſans vous en avertir ,
des Morts aux Mariages; & il
me ſeroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaiſon
pour vous apprendre impoli198
MERCURE
ment , que
Fermer
5255
p. 198-218
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
M. le Marquis de Castelmoron, petit fils des Marêchaux de [...]
Mots clefs :
Roi, Marquis, Fils, Mariage, Seigneur, Fille, Seigneur, Régiment, Duc, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
M. leMarquis deCaſtelmoron
, petite fils des Marêchaux
deBiron &dela Force , ci de
vant Colonel duRegimentde
Belſunce& à preſentCapitaine
des Gensdarmes Bourguinons,
épouſa la nuit du derniet
d'Avril au premier de
May , Mademoiselle de Fontanicux
; l'Evêque de Marseil
le , frere aîné du Marquis de
Caſtelmoron , fit dans la Par
roiſſe de ſaintRochla ceremo
nie du mariage en prefenceda
leurs plus proches parens qui
faifoient une afſfemblée nomGALANT
breuſe de Ducs , de Derchefs
fes & de perſonnes desti
qualifiées du Royaume. Le
Roy , Monseigneur le Dauphin
, & tous les Princes &
Princeſſes de laMaifonRoyale,
peu de jours auparavant
avoient fait l'honneur aux
Mariez de ſigner leur contrap
de Mariage. Le Marquis de
Caſtelmoron , quoyque jeune,
a donné des preuves de fal
valeur en quantité d'occaſions
où il s'eſt trouvé. On le vic
fur tout au Fauxbourg d'Arrasen
1712: arrefter prefquc
foul l'effort des Ennemis , il y
Riiij
200 MERCURE
fut pris l'épée à la main, il portoit
alors le nom de Chevalier
de Belſunce. Il eſt le dernier
des fils de Meffire Armand
Marquis de Belſunce & de
Caftelmoron , Baron de Gavaudun
& de Born , Seigneur
de Vieilleville , &c. Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & du
Condomois ; & de Dame
Anne Nompar de Caumont
de Lauſun , ſoeur du Duc de
Lauſun. La derniere Marêchale
Ducheſſe de la Force
eſtoit foeur du Marquis de
Belſunce ; il a cû pluſieurs
GALANT. 201
1
enfans : l'aîné connu ſous le
nom deMarquis de Caſtelmoron,
fut fait Colonel du Regiment
de Nivernois ,enſuite
Capitaine des Gensdarmes de
Monſeigneur le Duc deBourgogne
, Brigadier des Armées
du Roy ,& Chevalier de S.
Loüis , enfin Commandant
la Gendarmerie de France ,
sen appaiſant une émeute de
nos Troupes , ſelon le devoir
de la Charge , il reçût une
bleſſure dont il mourut le
le 28. Juillet 1712. Il avoit
eſté marié avec l'heritiere du
Marquis de Bournazel , Gou20.
MERCURE
verneur de Roüergue ,morte
avant luy& fans enfans. Le
ſecondeſtEvêque de Marſeille
dont la vigilence & le zele
pour le bien & le bon ordre
de fon Diocefe , & dont la
pureté de la Doctrine & des
moeurs ont eſté plus d'une
fois loüez dans les deux Brefs
que Nottre S. Pere le Pape
Clement XI. luy a adreffez
aprés luy vient l'Abbeſſe du
Ronceray d'Angers ,dont la
regularité & la pieté font le
plus bel ornement de cette
illuſtre Abbaye; le troifiéme,
Capitaine de Fregate , tresGALANT,
203
1
eſtimé & aimé dans le corps
de la Marine , mourut le 28 .
Octobre de l'an 1712. trois
mois aprés ſon aîné ; enfin le
quatriéme eſt celuy dont je
vous apprens le mariage.
Sans entrer dans le détail
de la Genealogie de la Maiton
de Belſunce , ce qui feroic
trop long , je me contenteray
de dire qu'il en eft peu de
plus ancienne , de mieux alliée,
& de plus illuſtrée dans la
Baffe Navarre dont elle eft
originaire. Ily a prés de fix
cens ans que les Seigneurs do
cetteMaiſon portent le titre
104 MERCURE
de Vicomte auquel il n'y en
avoit point de fuperieur en
Navarre ; ils ont eſté honorez
des premieres Charges de ce
Royaume , y ayant eu des Premiers
& des Grands Ecuyers,
& pluſieurs grands Chambellans
des Rois de Navarre :un
Seigneur de cette Maiſon a
efté revêtu de la dignité de
Ricombe,quirépondoità celle
de Conneftable de France ;
le Gouvernement du Pays de
Soule a eſté plus de cent ans
de ſuite dans cette Maiſon
qui a poffedé auffi ceux de
Maulcon & de Dax. La MaiJAUSARM
L
GALANT. 205
ſonde Belſunce a eu des alliances
avec celles de Foix & de
Navarre; celles de Grammond
de Luxe , de Gontaud Biron
S. Geniez , de Caumont de
Lauſun , luy donnent de la
parenté avec preſque tout ce
qu'il y a de Grand en France.
Les Armes de cette Maiſon
ont eſté de tous les tems celles
de Bearn ſans aucune brifure
ou distinction , juſques à ce
qu'un Vicomte de Belſunce
ayant delivré Bayonne & fa
Patrie , d'un monftre qui défoloit
tout le Pays , le Roy de
Navarre ordonna que la Mai-
1
206 MERCURE
fonde BBeellſluunnccee,,eennmemoire
d'une figlorieuſe action,ajoutât
aux Vaches de Bearn un
Dragon à trois teſtes , dont
Tune ſeroit coupée , ce qui a
toûjours eſté obfervé depuis.
m. Mademoiselle de Fontanieux
eft fille de M. de Fontanieux
,ci- devant TreſorierGe
neral dela Marine , enfuite Intendant
de Marine , & à prefent
Intendantdes Meubles &
Argenterie de la Couronne ;
&de Dame N. Dodun , fille de
M. Dodun , Conſeiller au Parlement
de Paris . M. de Fontanicux
n'a qu'un fils , aîné de
GALANT. 207
&
1
la nouvelle mariée ; il eſt Avocat
du Roy au Chaſtelet où il
ſe diftingue par ſon application&
la capacité audeſſus de
fon âge , n'ayant encore que
vingt ans...
Meſſire Aymard Loüis de
Sailly , Sire & Marquis de Sailly,
Lieutenant Generaldes Armées
du Roy&Commandeur
de l'Ordre Militaire de ſaint
Louis , veuf de Dame Char .
lote de Crequi , dont je vous
appris la mortdansmonJournal
du mois de Février, a épouſé
en ſecondes nôces le 11. de
ce mois Damoiselle Françoiſe
208 MERCURE
3
Adelaide de Sainte Hermine,
fille de Meffire Henry Louis
de Sainte Hermine , Seigneur
de la Leigne& du Rozcau ,Ca-s
pitaine d'un des Vaiſſeaux du
Roy ,& de Dame Maric-Marguerite
Genevieve Morel de
Putanges,&petite fille d'He
liedeSainteHermine, Seigneur
de la Leigne & du Rozeau ,&
deMagdelaine le Valois ,fille
de Benjamin le Valois , Se
gneur de Villette ,& de Loüife
d'Aubigné , tante de Dame
Françoiſed'Aubigné Dame de
Maintenon. La Maiſon de
SainteHermine eſtablie enAngoumois
GALANT 209
goumois & en Poitou , eſt dif
tinguée par l'ancienneté de fa
Nobleffe , & par fes alliances
avec les Maiſons de Luzignan,
de Polignac Efcoyeux , &c.
M. le Marquis de Sailly eſt né
le 27. Decembre 1655. du
mariage de Charles , Sire &
Marquis deSailly , avec Dame
Marie Claude de Monchy de
Carcron , &il a eſté elevé Page
de la grande Ecurie du Roy.
La Maiſon de Sailly , dont il
defcend , prend fon nom de
la Terre deSailly en Aroüaiſe
en Picardie qu'elle poſſede de
tems immemorial ,& elles'eſt
May1715. S
210 MERCURE
alliée aux Maiſons d'Eſtourmel
,de Longueval , de Bour
nelThiembrune, de Mouchy,
daCrequi , &c.х бол тол
Meffire Michel de Goüy ,
Seigneur d'Arcy , Meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie
, a épousé le 15. Avril
Damoiſelle FrançoiſeMelanie
de Salomonde la Lande , fille
de deSalomonde la
Lande & de Dame de Biodos
de Galicja, Sous Gouvernante
des enfans de France: le nom
deGoüy eft connu en Picardie
depuis l'an 1480. quc Loüis
de Goüy, que les memoires
GALANT. 214
domestiques font fortir des
anciens Seigneurs deGoüy en
Artois, pafla au ſervice du
Roy Loüis X I. aprés la mort
de Charles , dernier Duc de
Bourgogne.
Meffire Loüis - Claude de
Roffignac , Comte d'Apremont
, fils de feu Meffire François
-Roch-Maric de Roffignac
, Comte d'Apremont ,
& de Dame Maric Anne da
Morogues du Sauvage, a épouſé
le 13. Aouſt Anne Loüife
leCoigneux , fille de feuCharles
le Coigneux , Seigneur de
Bezonville , Conſeiller au
Sij
212 MERCURE
Chalteletde Paris , & de Marie-
Loüife de Courtenay, Dame
de Changy , petite fille de
Jacques leCoigneux, Seigneur
de Bezonville, Conſeiller au
Parlement de Roüen , arriere
petite fille d'Edoüard le Coigneux
, Conſeiller au Parle-
*ment de Paris en 162 3. fils de
Jacques leCoigneux, Seigneur
de Sandricourt, Confeiller au
*Parlement de Paris , & potit
fils deGilles leCoigneux,mort
le 18. Juin 568. enterré
dans l'Egliſe de S. Germain
l'Auxerrois, prés l'oeuvre, avec
Genevieve le Gendre ſa fem-
3
GALANT. 213
me. La famille des le Coigneuxa
donné deux Préſidens
à Mortiers au Parlement de
Paris , & pluſieurs Maiſtres des
Requeſtes ; & elle s'eſt alliée
aux familles de Monthelon de
Longuëil , de Bourdin , de Biraut,
deThumery, de Hurault-
Vibraye , & aux Maiſons de
Chaumont , d'Alogny - Roachefort
,& de Montaut Na
vailles ; M.le Comte d'Apre
mont a eſté Page de la petite
Ecurie du Roy ; & la Maiſon
de Roffignac dont il fort , eſt
également diftinguée par fon
ancienneté & par ſes alliances ;
*14 MERCURE
elle eſt diviſée en plufieurs
branches,établies enPerigord,
Limoſin, Saintonge, Angou
mois &Nivernois.
Philippes - Emmanuel de
Cruffol , Marquis de S. Sulpi
ec,aépouséle s.decomois
Damoiſelle Louiſe Antoinette
d'Eſteing. L'Epoux eft fils
d'Emmanuelde Crufſol ,Marquis
de S. Sulpice ,&deCharlote
de Biron , petit-fils de
Jacques de Crufſol , Marquis
de S. Sulpice , & de Loüife
d'Amboiſe , ſoeur de feu M. le
Comte d'Aubijoux , &d'Eli
fabeth d'Amboise , Marquiſe
GALANT
deThoiras. Il eſt arriere petitfils
d'Emmanuel de Cruffol ,
Duc d'Uzés , Premier Pair de
France , & de N. Ebrard da
S. Sulpice. Le nouveau marié ,
quoique tout jeune , cût le Regiment
de M. le Marquis de
S. Sulpice ſonaîné , qui fut tué
àKeiſervert , où il donna pendant
le ſiege des marques d'une
fi grande valeur , que la
Roydonna le Regiment à celui-
ci qui estoit Chevalier de
Malthe,& fi jeune , qu'il fallut
qu'il fervit un an dans les
Mouſqueraires , avant de com
mander ce Regiment ; on le
216 MERCURE
- vit auffi à la bataille de Ras
milly ſoutenir à la tête de forma
Regiment le choc des Enneab
mis avec beaucoup d'intrepi-sl
dité. Je ne m'étendray pas fur
ſa naiſſance , il ſuffit de dire
qu'il eſt de la Maiſon d'Uzés ,
lapremiered'entre les Gentils
hommes du Royaume , honos I
rée de la dignité de Duc n
Pair. A l'égard de la Maiſon
d'Eftcing toute la France ſçait b
que c'eſt une des plus ancien -M
nes; & les meilleures Maiſons !
du Royaume tiennent àhonneur
de luy appartenir ; elle eft
la ſeule qui a le privilege de
4
porter
GALANT 217
porfer Hes Armes de France
avec les livrées , depuis qu'un
de la Maiſon d'Eſteing ſauva
la vie au Roy de France à la
bataille de Bovines ; cette Maiſon
eſt originaire de Roüergue.
La nouvelle mariée eft
fille de M. le Comte d'Eſteing,
Lieutenant General des Ar
mées du Roy , &de Marie de
Nettancourt , d'Hauſſonville
de Vaubecourt , foeur de feu
MaleComte de Vaubecourt ,
Lieutenant General , de M.
l'Evêque de Montauban , de
Madame la Marquiſe de Thuify
, & de feue Madame la
May 1715.
(
T
1
218 MERCURE
Comteffe de Laubeſpin. La
nouvelle mariée eſt encore niece
de M. l'Evêquede S. Flour,
&petite niece de M. l'Archevêquede
Narbonne. Leur contrat
de mariage fut ſigné le
25. Avril par le Roy , toute la
Famille Royale , & tous les
Princes & Princeſſes du Sang.
, petite fils des Marêchaux
deBiron &dela Force , ci de
vant Colonel duRegimentde
Belſunce& à preſentCapitaine
des Gensdarmes Bourguinons,
épouſa la nuit du derniet
d'Avril au premier de
May , Mademoiselle de Fontanicux
; l'Evêque de Marseil
le , frere aîné du Marquis de
Caſtelmoron , fit dans la Par
roiſſe de ſaintRochla ceremo
nie du mariage en prefenceda
leurs plus proches parens qui
faifoient une afſfemblée nomGALANT
breuſe de Ducs , de Derchefs
fes & de perſonnes desti
qualifiées du Royaume. Le
Roy , Monseigneur le Dauphin
, & tous les Princes &
Princeſſes de laMaifonRoyale,
peu de jours auparavant
avoient fait l'honneur aux
Mariez de ſigner leur contrap
de Mariage. Le Marquis de
Caſtelmoron , quoyque jeune,
a donné des preuves de fal
valeur en quantité d'occaſions
où il s'eſt trouvé. On le vic
fur tout au Fauxbourg d'Arrasen
1712: arrefter prefquc
foul l'effort des Ennemis , il y
Riiij
200 MERCURE
fut pris l'épée à la main, il portoit
alors le nom de Chevalier
de Belſunce. Il eſt le dernier
des fils de Meffire Armand
Marquis de Belſunce & de
Caftelmoron , Baron de Gavaudun
& de Born , Seigneur
de Vieilleville , &c. Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & du
Condomois ; & de Dame
Anne Nompar de Caumont
de Lauſun , ſoeur du Duc de
Lauſun. La derniere Marêchale
Ducheſſe de la Force
eſtoit foeur du Marquis de
Belſunce ; il a cû pluſieurs
GALANT. 201
1
enfans : l'aîné connu ſous le
nom deMarquis de Caſtelmoron,
fut fait Colonel du Regiment
de Nivernois ,enſuite
Capitaine des Gensdarmes de
Monſeigneur le Duc deBourgogne
, Brigadier des Armées
du Roy ,& Chevalier de S.
Loüis , enfin Commandant
la Gendarmerie de France ,
sen appaiſant une émeute de
nos Troupes , ſelon le devoir
de la Charge , il reçût une
bleſſure dont il mourut le
le 28. Juillet 1712. Il avoit
eſté marié avec l'heritiere du
Marquis de Bournazel , Gou20.
MERCURE
verneur de Roüergue ,morte
avant luy& fans enfans. Le
ſecondeſtEvêque de Marſeille
dont la vigilence & le zele
pour le bien & le bon ordre
de fon Diocefe , & dont la
pureté de la Doctrine & des
moeurs ont eſté plus d'une
fois loüez dans les deux Brefs
que Nottre S. Pere le Pape
Clement XI. luy a adreffez
aprés luy vient l'Abbeſſe du
Ronceray d'Angers ,dont la
regularité & la pieté font le
plus bel ornement de cette
illuſtre Abbaye; le troifiéme,
Capitaine de Fregate , tresGALANT,
203
1
eſtimé & aimé dans le corps
de la Marine , mourut le 28 .
Octobre de l'an 1712. trois
mois aprés ſon aîné ; enfin le
quatriéme eſt celuy dont je
vous apprens le mariage.
Sans entrer dans le détail
de la Genealogie de la Maiton
de Belſunce , ce qui feroic
trop long , je me contenteray
de dire qu'il en eft peu de
plus ancienne , de mieux alliée,
& de plus illuſtrée dans la
Baffe Navarre dont elle eft
originaire. Ily a prés de fix
cens ans que les Seigneurs do
cetteMaiſon portent le titre
104 MERCURE
de Vicomte auquel il n'y en
avoit point de fuperieur en
Navarre ; ils ont eſté honorez
des premieres Charges de ce
Royaume , y ayant eu des Premiers
& des Grands Ecuyers,
& pluſieurs grands Chambellans
des Rois de Navarre :un
Seigneur de cette Maiſon a
efté revêtu de la dignité de
Ricombe,quirépondoità celle
de Conneftable de France ;
le Gouvernement du Pays de
Soule a eſté plus de cent ans
de ſuite dans cette Maiſon
qui a poffedé auffi ceux de
Maulcon & de Dax. La MaiJAUSARM
L
GALANT. 205
ſonde Belſunce a eu des alliances
avec celles de Foix & de
Navarre; celles de Grammond
de Luxe , de Gontaud Biron
S. Geniez , de Caumont de
Lauſun , luy donnent de la
parenté avec preſque tout ce
qu'il y a de Grand en France.
Les Armes de cette Maiſon
ont eſté de tous les tems celles
de Bearn ſans aucune brifure
ou distinction , juſques à ce
qu'un Vicomte de Belſunce
ayant delivré Bayonne & fa
Patrie , d'un monftre qui défoloit
tout le Pays , le Roy de
Navarre ordonna que la Mai-
1
206 MERCURE
fonde BBeellſluunnccee,,eennmemoire
d'une figlorieuſe action,ajoutât
aux Vaches de Bearn un
Dragon à trois teſtes , dont
Tune ſeroit coupée , ce qui a
toûjours eſté obfervé depuis.
m. Mademoiselle de Fontanieux
eft fille de M. de Fontanieux
,ci- devant TreſorierGe
neral dela Marine , enfuite Intendant
de Marine , & à prefent
Intendantdes Meubles &
Argenterie de la Couronne ;
&de Dame N. Dodun , fille de
M. Dodun , Conſeiller au Parlement
de Paris . M. de Fontanicux
n'a qu'un fils , aîné de
GALANT. 207
&
1
la nouvelle mariée ; il eſt Avocat
du Roy au Chaſtelet où il
ſe diftingue par ſon application&
la capacité audeſſus de
fon âge , n'ayant encore que
vingt ans...
Meſſire Aymard Loüis de
Sailly , Sire & Marquis de Sailly,
Lieutenant Generaldes Armées
du Roy&Commandeur
de l'Ordre Militaire de ſaint
Louis , veuf de Dame Char .
lote de Crequi , dont je vous
appris la mortdansmonJournal
du mois de Février, a épouſé
en ſecondes nôces le 11. de
ce mois Damoiselle Françoiſe
208 MERCURE
3
Adelaide de Sainte Hermine,
fille de Meffire Henry Louis
de Sainte Hermine , Seigneur
de la Leigne& du Rozcau ,Ca-s
pitaine d'un des Vaiſſeaux du
Roy ,& de Dame Maric-Marguerite
Genevieve Morel de
Putanges,&petite fille d'He
liedeSainteHermine, Seigneur
de la Leigne & du Rozeau ,&
deMagdelaine le Valois ,fille
de Benjamin le Valois , Se
gneur de Villette ,& de Loüife
d'Aubigné , tante de Dame
Françoiſed'Aubigné Dame de
Maintenon. La Maiſon de
SainteHermine eſtablie enAngoumois
GALANT 209
goumois & en Poitou , eſt dif
tinguée par l'ancienneté de fa
Nobleffe , & par fes alliances
avec les Maiſons de Luzignan,
de Polignac Efcoyeux , &c.
M. le Marquis de Sailly eſt né
le 27. Decembre 1655. du
mariage de Charles , Sire &
Marquis deSailly , avec Dame
Marie Claude de Monchy de
Carcron , &il a eſté elevé Page
de la grande Ecurie du Roy.
La Maiſon de Sailly , dont il
defcend , prend fon nom de
la Terre deSailly en Aroüaiſe
en Picardie qu'elle poſſede de
tems immemorial ,& elles'eſt
May1715. S
210 MERCURE
alliée aux Maiſons d'Eſtourmel
,de Longueval , de Bour
nelThiembrune, de Mouchy,
daCrequi , &c.х бол тол
Meffire Michel de Goüy ,
Seigneur d'Arcy , Meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie
, a épousé le 15. Avril
Damoiſelle FrançoiſeMelanie
de Salomonde la Lande , fille
de deSalomonde la
Lande & de Dame de Biodos
de Galicja, Sous Gouvernante
des enfans de France: le nom
deGoüy eft connu en Picardie
depuis l'an 1480. quc Loüis
de Goüy, que les memoires
GALANT. 214
domestiques font fortir des
anciens Seigneurs deGoüy en
Artois, pafla au ſervice du
Roy Loüis X I. aprés la mort
de Charles , dernier Duc de
Bourgogne.
Meffire Loüis - Claude de
Roffignac , Comte d'Apremont
, fils de feu Meffire François
-Roch-Maric de Roffignac
, Comte d'Apremont ,
& de Dame Maric Anne da
Morogues du Sauvage, a épouſé
le 13. Aouſt Anne Loüife
leCoigneux , fille de feuCharles
le Coigneux , Seigneur de
Bezonville , Conſeiller au
Sij
212 MERCURE
Chalteletde Paris , & de Marie-
Loüife de Courtenay, Dame
de Changy , petite fille de
Jacques leCoigneux, Seigneur
de Bezonville, Conſeiller au
Parlement de Roüen , arriere
petite fille d'Edoüard le Coigneux
, Conſeiller au Parle-
*ment de Paris en 162 3. fils de
Jacques leCoigneux, Seigneur
de Sandricourt, Confeiller au
*Parlement de Paris , & potit
fils deGilles leCoigneux,mort
le 18. Juin 568. enterré
dans l'Egliſe de S. Germain
l'Auxerrois, prés l'oeuvre, avec
Genevieve le Gendre ſa fem-
3
GALANT. 213
me. La famille des le Coigneuxa
donné deux Préſidens
à Mortiers au Parlement de
Paris , & pluſieurs Maiſtres des
Requeſtes ; & elle s'eſt alliée
aux familles de Monthelon de
Longuëil , de Bourdin , de Biraut,
deThumery, de Hurault-
Vibraye , & aux Maiſons de
Chaumont , d'Alogny - Roachefort
,& de Montaut Na
vailles ; M.le Comte d'Apre
mont a eſté Page de la petite
Ecurie du Roy ; & la Maiſon
de Roffignac dont il fort , eſt
également diftinguée par fon
ancienneté & par ſes alliances ;
*14 MERCURE
elle eſt diviſée en plufieurs
branches,établies enPerigord,
Limoſin, Saintonge, Angou
mois &Nivernois.
Philippes - Emmanuel de
Cruffol , Marquis de S. Sulpi
ec,aépouséle s.decomois
Damoiſelle Louiſe Antoinette
d'Eſteing. L'Epoux eft fils
d'Emmanuelde Crufſol ,Marquis
de S. Sulpice ,&deCharlote
de Biron , petit-fils de
Jacques de Crufſol , Marquis
de S. Sulpice , & de Loüife
d'Amboiſe , ſoeur de feu M. le
Comte d'Aubijoux , &d'Eli
fabeth d'Amboise , Marquiſe
GALANT
deThoiras. Il eſt arriere petitfils
d'Emmanuel de Cruffol ,
Duc d'Uzés , Premier Pair de
France , & de N. Ebrard da
S. Sulpice. Le nouveau marié ,
quoique tout jeune , cût le Regiment
de M. le Marquis de
S. Sulpice ſonaîné , qui fut tué
àKeiſervert , où il donna pendant
le ſiege des marques d'une
fi grande valeur , que la
Roydonna le Regiment à celui-
ci qui estoit Chevalier de
Malthe,& fi jeune , qu'il fallut
qu'il fervit un an dans les
Mouſqueraires , avant de com
mander ce Regiment ; on le
216 MERCURE
- vit auffi à la bataille de Ras
milly ſoutenir à la tête de forma
Regiment le choc des Enneab
mis avec beaucoup d'intrepi-sl
dité. Je ne m'étendray pas fur
ſa naiſſance , il ſuffit de dire
qu'il eſt de la Maiſon d'Uzés ,
lapremiered'entre les Gentils
hommes du Royaume , honos I
rée de la dignité de Duc n
Pair. A l'égard de la Maiſon
d'Eftcing toute la France ſçait b
que c'eſt une des plus ancien -M
nes; & les meilleures Maiſons !
du Royaume tiennent àhonneur
de luy appartenir ; elle eft
la ſeule qui a le privilege de
4
porter
GALANT 217
porfer Hes Armes de France
avec les livrées , depuis qu'un
de la Maiſon d'Eſteing ſauva
la vie au Roy de France à la
bataille de Bovines ; cette Maiſon
eſt originaire de Roüergue.
La nouvelle mariée eft
fille de M. le Comte d'Eſteing,
Lieutenant General des Ar
mées du Roy , &de Marie de
Nettancourt , d'Hauſſonville
de Vaubecourt , foeur de feu
MaleComte de Vaubecourt ,
Lieutenant General , de M.
l'Evêque de Montauban , de
Madame la Marquiſe de Thuify
, & de feue Madame la
May 1715.
(
T
1
218 MERCURE
Comteffe de Laubeſpin. La
nouvelle mariée eſt encore niece
de M. l'Evêquede S. Flour,
&petite niece de M. l'Archevêquede
Narbonne. Leur contrat
de mariage fut ſigné le
25. Avril par le Roy , toute la
Famille Royale , & tous les
Princes & Princeſſes du Sang.
Fermer
5256
p. 218-222
Préambule dont la lecture est necessaire pour l'intelligence du Chapitre qui le suit. [titre d'après la table]
Début :
Vous auriez maintenant, Messieurs, tout le loisir de vous ennuyer [...]
Mots clefs :
Morale, Allégorie, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préambule dont la lecture est necessaire pour l'intelligence du Chapitre qui le suit. [titre d'après la table]
Vous auriez maintenant ,
Meffieurs,tout le loiſir de vous
ennuyer du reſte de ce Volume,
fijene me mettois fortement
dans la tête de prevenir
cet inconvenient. Je pourrois
premierementvous donnerun
Tôme de nouvelles , car j'en
GALANT. 219
ay mon tiroir plein ; mais je
ſçay que le nombre de ceux
quines'en foucient guere , eft
plus grand des deux tiers , que
le nombre de ceux qui les aiment
,& je m'en rapporte à
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous amuſer d'un
tas de balivernes mêlées,de
bon &de mauvais ; mais en dépit
de ceux quime les ont envoyées
, elles ne merirent en
verité pas devous être offertes.
J'aime mieux chercher à vous
embaraffer par quelque nouvel
effort de monimagination.
Les Enigmes & les Bouts ri
Tij
220 MERCURE
mez ſont des bagatelles qui ne
vous occupent que mediocre.
ment ; une Hiſtoire allegorique
, choſe nouvelle pour
moy ,& peut- être indifferente
pour vous , quelque idée qu'-
elle puiſſe vous donner de ſon
Auteur , me paroît cependant
plus dignede vous être preſentée,
que tous lesMemoires que
je poſſede. Celle dont il eſt ici
queſtion , a beſoin de la Preface
que voicy.
On a mis , ou plutôt j'ay
mis , comme il vous plaira
ſous des noms ſuppoſez , &
tres étrangers à notre égard ,
GALANT. 221
des noms qui nous font tresfamiliers
. La Perſe eſt la Scene
de mes Acteurs ; ils auroient
cité auffi à leur aiſe ſur les
bords de la Seine. Mon ſtile
eft tantôt Oriental , & tantôt
François ; les avantures que je
conte ſont Arabes , Perfanes ,
& Parifiennes ; & mes courtes
reflexions ſont ſouvent à leur
place , & quelquefois hors
d'oeuvre . Tout cela eft comme
j'ay l'honneur de vous le dire ,
parce que cela a dû être ainfi.
La morale en eſt bonne , & le
fond de l'Hiſtoire eft chargé
de morale. Au reſte je vous
Tij
1
222 MERCURE
donne un merleblanc, fi vous
en devinez l'allegorie
Meffieurs,tout le loiſir de vous
ennuyer du reſte de ce Volume,
fijene me mettois fortement
dans la tête de prevenir
cet inconvenient. Je pourrois
premierementvous donnerun
Tôme de nouvelles , car j'en
GALANT. 219
ay mon tiroir plein ; mais je
ſçay que le nombre de ceux
quines'en foucient guere , eft
plus grand des deux tiers , que
le nombre de ceux qui les aiment
,& je m'en rapporte à
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous amuſer d'un
tas de balivernes mêlées,de
bon &de mauvais ; mais en dépit
de ceux quime les ont envoyées
, elles ne merirent en
verité pas devous être offertes.
J'aime mieux chercher à vous
embaraffer par quelque nouvel
effort de monimagination.
Les Enigmes & les Bouts ri
Tij
220 MERCURE
mez ſont des bagatelles qui ne
vous occupent que mediocre.
ment ; une Hiſtoire allegorique
, choſe nouvelle pour
moy ,& peut- être indifferente
pour vous , quelque idée qu'-
elle puiſſe vous donner de ſon
Auteur , me paroît cependant
plus dignede vous être preſentée,
que tous lesMemoires que
je poſſede. Celle dont il eſt ici
queſtion , a beſoin de la Preface
que voicy.
On a mis , ou plutôt j'ay
mis , comme il vous plaira
ſous des noms ſuppoſez , &
tres étrangers à notre égard ,
GALANT. 221
des noms qui nous font tresfamiliers
. La Perſe eſt la Scene
de mes Acteurs ; ils auroient
cité auffi à leur aiſe ſur les
bords de la Seine. Mon ſtile
eft tantôt Oriental , & tantôt
François ; les avantures que je
conte ſont Arabes , Perfanes ,
& Parifiennes ; & mes courtes
reflexions ſont ſouvent à leur
place , & quelquefois hors
d'oeuvre . Tout cela eft comme
j'ay l'honneur de vous le dire ,
parce que cela a dû être ainfi.
La morale en eſt bonne , & le
fond de l'Hiſtoire eft chargé
de morale. Au reſte je vous
Tij
1
222 MERCURE
donne un merleblanc, fi vous
en devinez l'allegorie
Fermer
5257
p. 222-274
HISTOIRE ALLEGORIQUE.
Début :
Fenaket, fils de Timur Melie, Citoyen de Chamakée, Capitale de [...]
Mots clefs :
Yeux, Esclaves, Compagnes, Monde, Bateau, Femmes, Fortune, Ami, Mort, Parents, Vie, Étrangers, Jardin, Ingrats, Doute, Hommes, Amour, Hymen, Dessein, Cabinet, Ennemis, Réflexions, Beauté, Maison, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ALLEGORIQUE.
HISTOIRE ALLEGORIQUE.
Fenaket , fils de TimurMelic
, Citoyen de Chamakée ,
Capitale de la Province de
Chirvan enPerſe,ayantatteint
l'âgede vingt ans ,réſolut d'a
bandonner ſa Patrie à l'inſçû
de ſes parents ,&de voyager
dans tous les Royaumes de
l'Orient.
Dans ce deſſein,dont l'execution
ne luy parut pas diffi
cile ,il jetta les yeux fur le jeuGALANT.
223
1
ne Hulacou , Perſan comme
luy, ami& voiſin de ſa famille,
& le choiſir pour le compagnon
de fa fortune. Hulacou,
luy dit-il un jour , que faiſons
nous icy, à quoy employons
nous les plus belles années de
noſtre vie; l'établiſſement que
nos parents nous deſtinent
quelque tranquille qu'il puiffe
eſtre , fuffit il pour contenter
noſtre ambition. Le monde
que nous ne connoillons pas ,
&que nous devons connoître,
n'a t'il rien de meilleur à nous
offrir qu'une vic obfcure &
inutile. Secoüons , mon cher
Tij
224 MERCURE
Hulacou , un joug qui nous
importune , prenons de l'or
& de l'argent dans nos maifons
, & rendons nous enfin
autant que nous le pourrons
les maiſtres de noſtre ſort. Le
Grand Cha , feul Royo des
Rois , Poffefleur du Throſne
&de la Couronne , a maintenant
une armée ſemblable à
une Mer agitée. Allons luy offrirnos
ſervices & nous diſtinguer
par des actions de courage
à ſes yeux qui donnent la
lumiere au monde. Je confens
debon coeur à ce que vous me
propofez, mon cher Fenaket,
A
GALANT. 1225
tuy dit Hulacou , mais quelles
meſuresprendrons nous, pour
nous derober à nos parents ;
je me chargede ce foin, reprit
Fenaket , & pourvû que demain
aprés la derniere Priere,
vous vous trouviez au bord
del'eau , cachéderriere les ruines
de ce Tombeau dont la
riviere lave le pied , je m'y
rendray avec deux chevaux fi
-legers à la courſe , que nous
ferons en lieude fureté, avant
qu'on nous croye fortis de la
Province de Chirvan. Ils fe
promirent alors de ſe trouver
le lendemain au rendez-vous ,
226 MERCURE
ce qu'ils executerent comme
ils l'avoient concerté la veille.
Dés qu'ils furent à cheval ,
quelle route tiendrons- nous ,
dit Hulacou , aucune , réponditFenaket
, laufons nous feulement
guider par la fortune,
&repolons nous au premier
Caravenſaraï, où nos chevaux
s'arreſterons . Ils marcherent
toute la nuit , & le lendemain
au lever du Soleil ils décou
vrirent une maiſon environ
née de quelques arbres au miheu
d'une plaine ; ils refolurent
auffi- toſt d'aller s'y rafraîchir ;
mais dés qu'ils furent plus prés
GALANT. 227
de cette maiſon , ils reconnurent
qu'elle eſtoit entourée de
tous les coſtez d'un foffé plein
d'eau, profond , & que fes
bords eſcarpez ſembloient
rendre inacceffible. Nos
Voyageurs étonnez de cette
difficulté, firent le tour du
follé pour eſſayer de trouver
un gué , mais leur peine fur
inutile, & ils ne virent qu'un
petitbateau couvert d'étoffes
de foye d'or & d'argent , attaché
à un arbre , qui eftoic fur
l'autre bord.
Je vais courir tous les rifques
de cette avanture, ditFe*
28 MERCURE
naket , & je veux arriver à
quelque prix que ce foit jufqu'au
bateau que je détacheray
&que je vous ameneray
enfuite mon cher Hulacou.
Gardez mon cheval , je vais
me deshabiller & me jetter à
la nâge dans ce foſſe. Hulacou
fit ce qu'il pût pour le détourner
d'un deſſein ſi temeraire
; mais voyant que fes remontrances
ne ſervoient de
rien , il prit la bride de ſon cheval
& luy abandonna l'honneur
de cette entrepriſe. Fenaket
à la nâge arrive à l'autre
bord, détache le bateau , &
1
GALANTC. 229
vient rejoindre ſon amy. Ils
s'embarquent,Hulacou prend
les chevaux par les renes , &
Fenaker & fon amy paſſent
dans l'Ifle. Ils y curent à peine
fait deux cent pas à pied, qu'ils
ſe virent auprés d'une fontaine
de marbre , ſituée au milieu
de quatre cabinets dont l'are
&la nature faisoient un ſeur
aſyle contre les ardeurs du Soleil.
Ils ſe baiſſoient déja pour
boire àlongs traits de l'cau de
cette fontaine qui leur parut
merveilleuſe , lorſqu'ils entendirent
une femmequi , élevant
le ton de ſa voix , dit à uneau
230 MERCURE
tre, en foupirant.
J'aimerois mieux boire de l'eau
De cette Source empoisonnée
Et me creufer icy moy même mon
tombeau ,
Que confentir jamais à ce triſte
Hymenée.
Quelque foifqui nous preffe
dit alors Fenaket ,à ſon amy,
attendons , mon cher Hulacou
,qu'unecau moins dangereuſe
en modere l'ardeur
L'avis nous eſt venu fort à
propos , allons en remercier
noſtre bienfaictrice. A quoy
voulez -- Vous vous expofer
encore , luy dit Hulacou ,
GALANT. 238
1
cette maiſon n'eſt pas un Caravanfaraï
, vous ſçavez que
c'eſt un crime irremiſſible en
ce Pays cy que de parler à
des femmes , & le moindredes
malheurs qui puiſſe nous arri
ver,ſi nous ſommes affez temeraires
pour nous découvrir ,
eſt de paffer pour des voleurs.
Amy , reprit Fenaket,jecomprends
aisément tout ce que
vous pouvez me dire là deſſus ,
mais l'hofpitalité eſt de toute
les Nations ; & loin de me
diſpoſer à fuir de ces lieux ,
commevous me le confeillez ,
jepenſe que nous y pouvons
232 MERCURE
être utiles à cette femme infortunée
qui gemit & s'effraye
ainſi que nous venons de l'entendre
, de l'hymen cruel auquel
on la deſtine. Appro
chons du Cabinet où elle eft
&offrons luy tous les ſecours
qui dépendront de nous. On
acquiert un droit ſur les gens
lorſqu'on n'a que de bons offices
à leur offrir. Il n'attendit
pas la réponſe d'Hulacou
pour ſe preſenter à la porte du
Cabinet qu'il pouſſa fi brufquement,
que cesdeux femmes
épouvantées de la vûë de deux
hommes, dans un lieu où elles
n'en
1
GALANT. 233
n'en avoient jamais vûs d'autre
que celuy qui les tenoit enfermées
dans ce defert , firent
un grand cri. Dequoy vous
effrayez vous,leur dit Fenaketa
je n'aurois jamais ofé troubler
voſtre entretien , file diſcours
que je viens d'entendre ne
m'avoit pas appris que vous
gemiſſez dans cette folitude ,
&ce n'eſt point à ma temerité ;
mais peur- eftre au bonheur
que nous avons cû mont
camarade & moy ,
égarer dans cette campagne ,
que vous devez l'offre que je
vous fais de tous les ſecours
May 1715 .
,
de nous
V
236 MERCURE
quenous pourrons vous donner.
Temoraires , leur ditda
plus âgéede cesdeux femmes,
qui n'avoit pas vingt ans, fuïez
de cet épouventable lieu , ſçachez
nous gré de l'inquiétude
quevousnous caufez pour vos
jours,&n'attendez pas qu'une
main barbare vienne confondre
dans votre fang , & dans
le nôtre , l'imprudence de l'of
fre quevous nous faites. Nous
ne ſommes point en étatd'accepter
de fi inutiles fecours,&
leTyran quinous enchaîneeft
aufli redoutable luy ſeul qu'e
une Armée en bataille. Il va
GALANT 237
venir , il vient,& s'il vous voir,
vous êtes à jamais perdus.
Vous nous faites , reprirent
les deux amis àchacune de ſfes
femmes , dont la beautéqui les
ébloüiffoit,les rendoit infenfiblement
eſclaves de leurs
charmes , une peinture terrių
ble de la prefence d'un homapretence
me. La frayeur qui ſaiſit vos
fens groffit à vos yeux l'image
d'un peril chimerique ; mais
l'éclat de vostraits fait en nous
un effet contraire ,& nous
| donne au-delà de nos fenti
niens , tout le courage que la
peur vous ête. Jeunes Etran
S
Vij
236 MERCURE
gers, leur dit de l'air le plus
touchantdu monde, celle qui
n'avoir pas encore parléy me
vous facrifiez pas envain pour
deux infortunées que le fort a
condamnées à des maux éternels.
Quand vous immoleriez
à nôtre vengeance le Tyran
qui nous perfecute ,nous n'en
ferions peut être encore que
plus miferables ,& vingtfemmes
impiroyables qui font
dans ce Palais , plus defefperées
des foins qu'il nous a renqui
nous are
dus , que de ſa perte , nous au
roient mis en pieces & vous
aufli , avant que nous puffions
JGADANO. 28
fonger ànous fauver. C'en eft
fait , je l'apperçois , & vous de
voyez vous même , avec ces
furies qu'il traîne àſa ſuite.En
effet elle eût à peineachevé ces
derniers mots , qu'il parut à la
tête de cetteTroupe ennemic.
Que vois -je ,dit- il , d'un ton
formidable , écumant de colere
, deux traîtres avec mes
deux infideles favorites ! qu'ils
meurent? allez Miniſtres de ma
vengeance , c'eſt à vous que
j'ordonne de leur arracher lo
coeur. A ces mots l'air retentit
de cris , mais ces deux geno
reux Etrangers qui voyent leur
238. MERCURE
mort certaine , & celle des
deux belles Eſclaves qui leur
ont ravila liberté , s'ils attendent
cette foule d'ennemis ,
vont au- devant des coups
qui les menacent. Ils attaquent
en furieux le Tyran qui veut
les immoler à fon courroux
, ils le joignent au milieudeces
femmes cruelles qui
s'oppoſent à leur paffage , ils
le frappent ,& accablez par le
nombre ,& couverts de bleffures
, ils tombent avec luy.
Al'instant celle deces femmes
qui paroift commander ce bataillon
d'Eumenides , fufpend
GALANT. 239
par ſes ordres abtolus la fu
reur de ſes compagnes , elle fe
jerte aux pieds du Tyran qu'
elle voit preſt deperdre lejour,
&luy dit en gemiffint , ouvrez
du moins encore une fois les
yeux,Seigneur ,voyez vos en
nemis noyez dans leur fang,&
regardez les ſous le fer dont
mamain eſt armée, expirerſous
le poids de ma vengeance. Ne
rougis tu pas , luy dit-il , ingrate
, de ta lenteur , frappe ,
frappe ,& hâte- toy de m'im
moler ces deux funeftes victi
mes : qu'on m'amene mes
deux infideles,&que leur ame
140 MERCURE
i
defcende aux Enfers avec l
mienne. Cependant elle jette
les yeux fur ces malheureux
étrangers dont la jeuneſſe &
labeauté l'ébloüffent juſques
dans les bras de la mort. Dans
fon coeur en un moment la
pitié fuccede à la fureur , &
l'amour à la pitié. Qu'allons
nous faire , dit-elle auffi-toſt à
ſes compagnes , en ſe levant ,
qu'allonsnous faire mes cheres
amies. Le barbare que nous
voulons vanger , eft-il digne
du ſacrifice qu'il exige de nous?
c'eſt luy bien plûtonque nous
devons punir des maux qu'il
hous
GALANT. 24 P
S
nous a faits , & de la rigueur
de noſtre esclavage. Sauvons
ces deux jeunes hommes s'il en
eſt tems encore , & affuronsnous
de leur reconnoiffance ,
par les foins que nous prend
drons de leurs vies. Elle eût à
peine achevé ces mots que tou
te l'aſſemblée applaudit à ce
conſeil par un grand cri de
joye. Le Tiran qui l'entendit ,
fit de vains efforts pour s'en
vanger ; mais ſon ame qu'il
rendit en vomiſſant mille imprécations
,mit à l'inſtant fest
ennemis à couvert de fon reffentiment
.
May 1715. X
S
442 MERCURE
Zuraca (c'eſt le nomdecette
genereuſe femme) envoya aufgenere
fitoft chercher tous les remedes
qu'elle crût les plus promts
pour rendre lavie à ces deux
étrangers ; en même temps
elle ordonna à fix de ſes compagnes
de prendre & d'enfermer
dans un lieu für les deux
belles eſclaves qui avoient été
furpriſes avec eux.
Le ſecours arrivé , elle pric
ſoin de leurs playes , arreſta
leur fang,&les guerit en trois
jours ( La longueur du temps que
l'Autheur de cette Histoire prend
pour lagueriſon de leurs bleffures
GALANT 243
qui estoient presque toutes mortelles
, prouve bien qu'il nn''aapas
affecté de conter des merveilles
fabuleuſes. ) Ce terme expiré,
Zuraca leur propofa des amu
ſemens, des plaiſirs & même
des hymens, dans ce magnifi
que Palais dont elle estoit devenuë
laDame,par leurvaleur,
par la mort du Tyran , & par
la foumiffion de fes compa
gnes. Mais cettepropoſition,
dont vray ſemblablement un
is grand nombre de Lecteurs fe
roit ſon profit , ne fut point
du tour de leur goût , ils capi
tulerent , ils donnerent des ef
1
e
C
Xij
4. MERCURE
perances frivoles , ils s'affligerent
, ils chercherent la folitude,
ils demandérent du tems
& enfin leurs armes , & kur
ash1
Dreſtoit d'une extrême
importance pour eux de ne
pas declarer le ſecret de leurs
coeurs, auffi de nom de leurs
Maiſtreſſes , qu'ils ignoroient
encore,n'échappa- til jamais
de leurs bouches. Cependant
ils n'en penſoient pas moins ,
&l'excés de leur amour &de
leur inquietudepreſentoitfans
ceſſe àHour idée les charmes
qu'ils adoroient , perfecutez,
GALANT. 245
S
morts, ou mourants pour eux.
Ils avoient demeflé dans l'uni
que entretien qu'ils avoient eû
avec ces divins objets de leur
tendreſſe qu'ils commençoient
à s'attendrir eux - mêmes , un
moment avant ce fatal & ori
ginal combat , dont le ſuccés
n'avoit qu'imparfaitement répondu
à la violence de leur
amour. Enfin las de ſe voir le
joüet des chimeriques prétentions
de leur liberatrice , ils
voulurent s'en expliquer nettement
avec elle. Ils la virent
un beau jour deſcendre dans
un vallon fuperbe, & dont
X iij
146 MERCURE
1
voicy la deſcription , autand
qu'il peut m'en ſouvenirzezag
De l'édifice qui estoit à
l'Occident fur le ſommetd'un
Côteau magnifique , on tra
verſoit un jardin où la nature
feule avoit aſſemblé tous les
chefs- d'oeuvres de l'art ; de ce
jardin on arrivoit ſur une pee
louze dont la pente étoitdou
co,& dont les bords étoient.
revêtus avec ſymmetrie , d'un
nombre infini d'orangers , de
myrtes ,°renadiers d'une
beauté admirable;de cettepe-
Jouzojon defcendoit infenfiblement
dans ce vallon dont
GALANT. 247
a
}
le Nord & le Midy eſtoient
parez des plus brillantes colli
nes du monde , & d'où l'on
decouvroitàl'Orientune plai
ne à pestede veuë ,coupée par
mille canaux , & embellie de
tout ce que la terre peut produire
de plus utile & de plus
agreable. Les eaux du fofle
dont cette Ifle eſtoit environnée
, couloient lentement à
travers cetteplaine. Les échos,
les Oyſeaux , les Zephirs, tout
enunmot y faiſoit merveille.
Ce fut enfin comme je
vous difois fort bien tontoà
l'heure ,dans cemême vallon
Xiiij
248 MERCURE
que Fenaket &fon amy atteignirent
fous une grande allée
dePalmiers ,latendre&défodée
Zuracabaron 2000
Pour quel mortel heureux
belle Zuraca , luy dit l'aimable
Fenaker , coulent les precienfes
larmes queje vous voy
repandre ? pour des ingrats ,
lâche , luy répondit- elle , d'un
ton plein de colere&d'amour,
pour des ingrats qui ne doivent
qu'aux foibles mouvements
d'une prompte tendreffe , &
qu'à mes foins indifcrets , &
mal recompenfez , le jour qui
les éclaire. Montrez-nous diviGALANC.
249
7
neZuraca,roprit Hulacou les
perfides qui vous outragent ,
rendez-nous nos armes &
vous nous verrez à l'inſtant
armez pour vous vanger. Ce
feroitdonc contre mon pro-
-pre ſein , barbares , que vous
vles employtiez cesarmes cruelles,&
non contre mes ennemis
, à moins que vous de
vouluffiez vous-mêmes , vous
adacifiernaema vengeance ;
mais j'ay dans mes mains de
cheres victimes dont la tête
merépondra de voſtre ingrajtitude
; & jiimmolenay mà
ma fureur les ingrats qui me
250 MERCURE
mépriſent & les malheureu
fes quim'offenſent.Je ſçay que
leur cooeur n'a point de partà
voſtre crime , mais leurs char
mes funeſtes les rendentà mes
yeux mille fois plus coupables
encore que vous ne me
parutes aimables. Qui vous
inſpire , cruelle , luy dit Fenaker,
cesmouvements jaloux &
qui rendez vous reſponſable
de l'injustice dont vous nous
accuſez ? Vous -même , repritelle
, d'un air encore plus
animé,&les Eſclaves avec qui
l'on vousa furpris : tout confirme
mes foupçons , &je ſens
GALANT as
juſqu'au fond de mon caur ,
voſtre froideur pour moy , &
voftre ardeur pour elles.Dé
trompez vous , belle Zuraca ,
luy dit Fenaket. Expliquez
vous plus clairement,&dines
nous enfin lequel de nous deux
vous honorez plus particulierement
devos bontez ? je ne
vous excepte, répondit-elle ,
ny l'un ny l'autre , des deſleins
que j'ay formez fur vous.
Vouseſtes tous deux dans mes
fers ,& fi vous ne ſubiſfez le
jougde mon amour , craignez
dumoins celuy de ma haine ?
Il vous fied bien encore da
252 MERCURE
me propofer des conditions,la
liberté du choix feroit la ſeule
que vous pourriez m'offror , fi
j'étois voſtre Eſclave & de
-quel droit les hommes preten
dent- ils avoir autant de Mai
treffes qu'il leur plaît en prendre
, pendant qu'ils nous font
impericuſement languir dans
l'oiſiveté affreuſe où nous re
duit leur inconſtance ? Abulla,
le lâche Abulla qui vientd'expirer
fous vos coups , a vecu
trois ans avec moy ſous les loix
d'un faint&legitime hymen :
pendant ces trois années la
fortune l'a comblé des biens
GALANT
2
1
a
immenfes dont la mort me
send la maîtreffe; mais àquel
ufagegrandDieu les a t-il ema
ployez , dés qu'il a commencé
àvouloir en joüir à fa honte
& à lamienne. Il a remplirfat
matlon de toutes les Eſclaves
que vous y avez veuës, il les a
toures aimées &cenfin il m'a
traité commearettespil alloit
même époufer , le barbare
dontla memoire me fera éter
nellement odicuſe z ces deux
rivales infortunées qui font
maintenant en ma puiſſance ,
lorſque le Ciel m'a vangé par
vosi mains alde l'excés des
254 MERCURE
affronts qu'il m'a faits. Co
féjour délicieux eft le chef
d'oeuvre de ſa volupté , & ce
n'étoit que pour faire perir les
malheureuſes qui déteſtoient
fon amour , qu'il avoit creufé
cette fource empoisonnée
oùvous vous eſtes arreftez en
eritrant on ces lieux. Je leveux
punir deformais même aprés
fon trepas , des outrages que
j'en ay reçû pendant la vie ;&
ufurper les mêmes droits que
luy,poup autorifer damême li
cence. Faites vos reflexions fur
ceque vous venez d'entendre.
Je vous donne le reſte de ce
GALANT. 25
jour pour vous déterminer ,
mais ce terme expiré ſi je no
reçois de vous tous les tributs
qu'exige mon reſſentiment ,
craignez de recevoir demoy
le preſent le plus funeſte que
puiſſe faire à des ingrats unc
femme en courroux.
Cette belle & autentique
declaration faite , l'obligeante
Zuraca les ſalua d'un air de
Souveraine ,& les laiſſa dédaigneuſement
fur le tendre gazon
où ils l'avoient trouvée.
Que la fortune ſerit cruellement
denos projets , amy ,
dit Hulacou à Fenaket , nous
256 MERCURE
fottons de nôtre patrie pour
aller nous attacher au ſervice
du plus grand Roy du monde,
notre imagination couron
déja nos têtes de l'efpoir de
nos lauriers ,& nous formons
à peine le deſſein d'entrer dans
la carriere de la gloire , que
nous nous trouvons les victi
mes de l'amour , & un mo
ment aprés en avoir ſenti les
premieres atteintes , une bonne
action nous precipite dans
un abîme de honte dont nous
ne pouvons nous arracher
qu'aux dépens de notre vie.
D'où viennent amy , reprit Fenaket,
GALANT. 257
د
naket , ces lâches reflexions ?
laiſſons , te dis-je , à la fortune
le ſoin de nôtre fort , rendons
luy ce qu'elle nous prête , &
donnons luy tout ce qu'elle
exige de nous. M'en dût- il
couter mille feintes indignes,je
ne ſortiray de cette Iſle qu'avec
les deux belles Eſclaves qui s'y
font , par hazard , les premieres
offertes à nôtre vûë. Je promettray
tout àZuraca , jeluy
tiendray même parole pour la
mieux tromper ; je ſeduiray ſes
vigilantes Compagnes , j'en.
dormiray ſes eſpions , & je
mettray enfin en liberté l'ob-
May 1715.
Y
1
258 MERCURE
de
jet de ton amour& la beauté
que j'adore. Imite ſeulement
mon exemple , & je te réponds
duſuccésdenos affaires . Cette
converſation , où il fur dit de
part & d'autre une infinité
choſes qui ne font pas
venues à ma connoiffance ,
les conduifit infenfiblement ,
juſqu'aux environs du bateau
qui leur avoit fervià ſe jetter
imprudement dans l'fle , dorit
malheureuſement l'emportée
Zuraca nes'étoit pas fouvenuë,
je ne doute pas que,fi elley eûtfongé,
ellene l'eût brulé, commeCa-
Lypso bruta les Vaisseaux de
GALANT 259
e
Telemaque. Mais c'eſt dans les
affaires les plus importantes &
les plus preſſées,qu'on manque
ſouvent le plus deprecaution.
En effet ils découvrirent du
rivage, unnuage de pouffiere,
àtravers lequel , à mesure que
ceux qui le cauſoient, s'approchoient
d'eux , ils reconnurent
deux de leurs amis , que leur
zele ( allarmez de leur fuite )
avoit porté à les chercher ,
pendant que leurs parents prenoient
le même ſoin d'un
autre côté. Ils détachent
auſſitoſt le bateau , ils s'y embarquent
, & arrivent à l'autre
YYijid
1260 MUERCURE
bord en même temps qu'eux.
Ils s'ombraffent , ils s'affeyent
fur l'herbe à l'ombre des ſaules
qui bordoient ce rivagel ,
&ſe content reciproquement
leurs inquietudes & leursavantures.
Eh bien , ne perdons
pasde temps ,mes chers amis ,
leurdirentlesnouveaux venus,
entrons dans l'Ifle , puiſque
vous nous en preſſez avectant
d'inſtance , & que vous nous
aſſeurez qu'elle n'eft gardée
que par des femmes , dont on
peut facilement ſe rendre les
maîtres , partageons nos ar.
mes , & allons avec confiance
GALANT. 261
E
1
S
1
es
nous emparer de la richefſſe
&des beautez de ce merveilleux
ſéjour. Ils ſe jettent à
l'envi dans le bateau,& paffent
sen un inſtant de l'autre coſté,
ils s'enfoncent dans l'iffe par
la même chemin qu'avoient
tenu Fenaket & Hulacou ,
lorſqu'ilsy estoient entrez fix
jours auparavant. L'appareil
d'un bûcher tout dreſſe , eft
le premier objet qui s'offre à
leurs yeux , ils en approchent
avec frayeur , &y trouvent le
corps du malheureux Aballa
4
deſtiné à eſtre devoré par les
flames,au même endroit, où il
262 MERCURE
avoir perdu la vie. Zulfalis
& Salem ( c'est ainfi que fe
nommoient ces obligeans
amis ) reconnoiffent dans les
traits d'Abulla que la mort
n'avoit pas encore effacez
des traits qui ne leur estoient
pas inconnus. Voilà , fans
doute , dit Zulfalis , aprés
quelques moments de triſtes
reflexions , ce même Abulla
qui époufama fooeur ily a plufieurs
années , dans la Capitale
decet Empire , & de qui nous
n'avons receu aucunes nouvelles
depuis fon mariage. Sa
Veuve veut apparemment luy
GALANT 265 .
rendre icy avec quelque cercmonie,
les derniers honneurs.
Tous ces preparatifs font
tropornez pourpouvoir reſter
long- temps dans cette état ,
fans qu'on vienne y mettre
Cachez-vous dans cebof
quet voiſin , dit Hulacou ,
Zuraca va fans doute arriver
bientoſt icy , & vous verrez
aifement ſans eſtre veus , fi
vous reconnoîtrez vôtre ſæoeur.
Nous allons cependant faire
quelques tours dans les allées
de ce jardinà la veuë des fenê
tres de fonPalais. Noftre pro.
264 MERCURE
fence batera ton retour icy
& nous l'attirerons juſques
ſous vos yeux. En effet Zuras
cane les cût pas plutoſtapperçûs
, qu'elle deſcendit dans
le jardin ſuivie de toures fes
compagnes , dont elle ſe dé
tacha pour apprendre d'eux
leur derniere reſolution. colle
QueleCiel conſerve à ja
mais voſtre beauté éclatante
divine Zuraca , luy dirent-ilst
enſemble , que vos jours foient .
innombrables , & que rien ne
trouble deſormais la felicité
dont vous meritez de joüirle
relle de voſtre vic : vous voyez17
CALANT. 265
al
S
àvos pieds vos eſclaves que
l'amour ſeul ſoumet à voſtre
empire : noſtre deſtin eſt en
vos mains & nulle autre que
vous ne peut nous rendreheureux.
Aimables étrangers ,
leur dit-elle , fi voſtre bonheur
dépend de moy , vous
allez bientôt n'avoir plus de
reproches à faire à la fortune ,
&le ſeul amour arbitre de nos
intereſts va bientôt vuider nos
demêlez. Allons cependant
rendre au lâche Abulla , des
honneurs qu'il ne merite pas ,
&& ne vous inquierez plus de
May 1715. Z
266 MERCURE
1
En ſe diſant ainſimille choſes
tendres , ils s'approcherent
du bûcher que toutes les habitantes
de l'Ile environnoient
déja , lorſqu'ils y arriverent
; elles avoient chacune
*un flambeau allumé à la main,
Zuraca en prie un auffi , &
aprés avoir fait trois tours
avec fes compagnes autour
•du bûcher , en chantant des
hymnes établies par l'uſage , à
la loüange , & pour le repos
des morts , elle y mit le feu ,
elle y jetta enfuite fon flambeau
coutes les autres en fi-
د
rreenntt autant.Unmomentaprés
CALANT. 267
لا
e
0
ل
quatrebelles filles apporterent
un grand vafe plein d'eau , où
elles ſe laverent les mains.
Cette ablution finie , elles fortirent
toutes du jardin , à l'exception
deZuraca qui eût apparemment
alors des affaires
de grande importance à communiquer
à ſes nouveaux
Amants ; mais elle n'avoit pas
fait encore vingt pas avec eux ,
que Zulfalis & Salem parurent
à ſes yeux . Où font , luy dit
Zulfalis , le poignard à la main ,
avec des geftes furieux & concertez
avec ſon amy , où ſont
les meurtriers d'Abulla ? C'eſt
Zij
268 MERCURE
toy , femme perfide , qui as
trempé tes mains dans le ſang
de ton Epoux. Reconnois enfin
dans ton propre frere , le
vangeur de ton mary. Arrêtez
Zulfalis , luy dit Salem, qui
avoit déja découvert mille graces
dans tout ce qu'il avoit vû
faire à Zuraca & qui trouvoit
par un caprice nouveau , des
principes d'amour ,dans l'embarras
extrême où la jettoit
cette avanture. Arrêtez , &
loinde former d'horribles projets
de vengeance , comme
vous faites ,rendez plûtôt grace
à la fortune du preſent qu'-
GALANT 269
1
elle nous fair. Elle vous rend
une foeur qui vous eft chere ,
malgré vos emportemens , &
nous rend deux amis que nous
croyions perdus. Zulfalis feignit
encore pendant quelques
moments d'être inſenſible à
cette remontrance ; mais les
careffes de ſes amis , la crainte ,
la tendreffe&les larmes de ſa
foeur étoufferent dans ſes em
braffemens , juſqu'aux moindres
apparences de fon reffentiment.
Ils allerent s'affeoir
dans un cabinet de verdure
qui n'eſtoit pas loin du lieu où
cette entrevenë s'étoit faite,
Zij
270 MERCURE
Chacun yconta fon hiſtoire ,
deffendit & ſes interers au
gré de ſes defirs : enfin aprés
bien des conteſtations , voici
les articles de leur ajustement.
1. Zuraca rendra les deux
belles Eſclaves qu'elle tient en
fermées depuis le jour de la
mort de fon mary.
1132. Elles ſeront en
qui il appartiendra.
4100
propre à
3. Elle Zuraca époufera Sa
lem , parce qu'il veut bien l'é
poufer.
4. Zulfalis choiſira celles de
toutes les belles filles ou fem
mes qui font dans cetre MaiGALANT
271
1
fon , pour l'hymen , ou autrement.
2
s. Les contractants n'abandonneront
pas le ſéjour deli.
cieux où ils font , & où ils ſe
trouvent fort à leur aiſe , à
moins que l'autorité du Prince
, ou quelque grand malheur
ne les en chaſſe .
a
Enfin les articles de ces engagemens
ne ſubſiſteront qu'-
autant qu'il plaira auſdits contractans
de les faire fubfitter.
Les deux belles Eſclaves furent
auffitôt remiſes dans les
mains de leurs Amants , & à
P'inſtant l'acte fut écrit & fi-
1
(
Zimj
272 MERCURE
gné par les parties. Les quatre
Heros decette hiſtoirey ajoûterent
cependant les articles
ſuivants.
1. Nousſuppoſons entre nous
quatre
La bonne intelligence&lafincerite:
Nous les établiſſons àperpetuité,
Et jurons de n'en rien rabattre.
2. Si le cas écheoit qu'entre
L'une change d'amant l'autre
de maîtreffe ,
Pourvû que ce ne foit qu'un ef
Say de tendreffe
Pour rendre nos plasfirs plus pin
7
GALANT. 273
SS
tsu guants plus doux,
Nouspaffons cet article&nous
3. Nous banniſſons la jalousie
Comme une paffion defous.
Que des triſtes rivaux & des
fades époux,
Cette extravagante manie
Poffede les cerveaux jaloux.
4. Quelque nouvelle ardeur
qui nous tente ou nous brûle,
Satisfaiſons tous nos defirs
Et ne nous donnonspas le travers
ridicule
De nous effrayer d'un fcrupule
Qui pourroit troubler nos plaifirs.
274 MERCURE
Ces conventions faites , ils
ſe rendirent au Palais , où elles
furent executées dans la forme
qu'on vient de lire. Les incredules
ne trouveront ſans doute
nulle apparence de raiſon ny
de ſtabilitédans des conditions
fi bizarres ; elle ſubſiſtent cependant
encore aujourd'huy,
même avec éclat , dans une
des plus belles Provinces du
Royaume dont je parle...
Fenaket , fils de TimurMelic
, Citoyen de Chamakée ,
Capitale de la Province de
Chirvan enPerſe,ayantatteint
l'âgede vingt ans ,réſolut d'a
bandonner ſa Patrie à l'inſçû
de ſes parents ,&de voyager
dans tous les Royaumes de
l'Orient.
Dans ce deſſein,dont l'execution
ne luy parut pas diffi
cile ,il jetta les yeux fur le jeuGALANT.
223
1
ne Hulacou , Perſan comme
luy, ami& voiſin de ſa famille,
& le choiſir pour le compagnon
de fa fortune. Hulacou,
luy dit-il un jour , que faiſons
nous icy, à quoy employons
nous les plus belles années de
noſtre vie; l'établiſſement que
nos parents nous deſtinent
quelque tranquille qu'il puiffe
eſtre , fuffit il pour contenter
noſtre ambition. Le monde
que nous ne connoillons pas ,
&que nous devons connoître,
n'a t'il rien de meilleur à nous
offrir qu'une vic obfcure &
inutile. Secoüons , mon cher
Tij
224 MERCURE
Hulacou , un joug qui nous
importune , prenons de l'or
& de l'argent dans nos maifons
, & rendons nous enfin
autant que nous le pourrons
les maiſtres de noſtre ſort. Le
Grand Cha , feul Royo des
Rois , Poffefleur du Throſne
&de la Couronne , a maintenant
une armée ſemblable à
une Mer agitée. Allons luy offrirnos
ſervices & nous diſtinguer
par des actions de courage
à ſes yeux qui donnent la
lumiere au monde. Je confens
debon coeur à ce que vous me
propofez, mon cher Fenaket,
A
GALANT. 1225
tuy dit Hulacou , mais quelles
meſuresprendrons nous, pour
nous derober à nos parents ;
je me chargede ce foin, reprit
Fenaket , & pourvû que demain
aprés la derniere Priere,
vous vous trouviez au bord
del'eau , cachéderriere les ruines
de ce Tombeau dont la
riviere lave le pied , je m'y
rendray avec deux chevaux fi
-legers à la courſe , que nous
ferons en lieude fureté, avant
qu'on nous croye fortis de la
Province de Chirvan. Ils fe
promirent alors de ſe trouver
le lendemain au rendez-vous ,
226 MERCURE
ce qu'ils executerent comme
ils l'avoient concerté la veille.
Dés qu'ils furent à cheval ,
quelle route tiendrons- nous ,
dit Hulacou , aucune , réponditFenaket
, laufons nous feulement
guider par la fortune,
&repolons nous au premier
Caravenſaraï, où nos chevaux
s'arreſterons . Ils marcherent
toute la nuit , & le lendemain
au lever du Soleil ils décou
vrirent une maiſon environ
née de quelques arbres au miheu
d'une plaine ; ils refolurent
auffi- toſt d'aller s'y rafraîchir ;
mais dés qu'ils furent plus prés
GALANT. 227
de cette maiſon , ils reconnurent
qu'elle eſtoit entourée de
tous les coſtez d'un foffé plein
d'eau, profond , & que fes
bords eſcarpez ſembloient
rendre inacceffible. Nos
Voyageurs étonnez de cette
difficulté, firent le tour du
follé pour eſſayer de trouver
un gué , mais leur peine fur
inutile, & ils ne virent qu'un
petitbateau couvert d'étoffes
de foye d'or & d'argent , attaché
à un arbre , qui eftoic fur
l'autre bord.
Je vais courir tous les rifques
de cette avanture, ditFe*
28 MERCURE
naket , & je veux arriver à
quelque prix que ce foit jufqu'au
bateau que je détacheray
&que je vous ameneray
enfuite mon cher Hulacou.
Gardez mon cheval , je vais
me deshabiller & me jetter à
la nâge dans ce foſſe. Hulacou
fit ce qu'il pût pour le détourner
d'un deſſein ſi temeraire
; mais voyant que fes remontrances
ne ſervoient de
rien , il prit la bride de ſon cheval
& luy abandonna l'honneur
de cette entrepriſe. Fenaket
à la nâge arrive à l'autre
bord, détache le bateau , &
1
GALANTC. 229
vient rejoindre ſon amy. Ils
s'embarquent,Hulacou prend
les chevaux par les renes , &
Fenaker & fon amy paſſent
dans l'Ifle. Ils y curent à peine
fait deux cent pas à pied, qu'ils
ſe virent auprés d'une fontaine
de marbre , ſituée au milieu
de quatre cabinets dont l'are
&la nature faisoient un ſeur
aſyle contre les ardeurs du Soleil.
Ils ſe baiſſoient déja pour
boire àlongs traits de l'cau de
cette fontaine qui leur parut
merveilleuſe , lorſqu'ils entendirent
une femmequi , élevant
le ton de ſa voix , dit à uneau
230 MERCURE
tre, en foupirant.
J'aimerois mieux boire de l'eau
De cette Source empoisonnée
Et me creufer icy moy même mon
tombeau ,
Que confentir jamais à ce triſte
Hymenée.
Quelque foifqui nous preffe
dit alors Fenaket ,à ſon amy,
attendons , mon cher Hulacou
,qu'unecau moins dangereuſe
en modere l'ardeur
L'avis nous eſt venu fort à
propos , allons en remercier
noſtre bienfaictrice. A quoy
voulez -- Vous vous expofer
encore , luy dit Hulacou ,
GALANT. 238
1
cette maiſon n'eſt pas un Caravanfaraï
, vous ſçavez que
c'eſt un crime irremiſſible en
ce Pays cy que de parler à
des femmes , & le moindredes
malheurs qui puiſſe nous arri
ver,ſi nous ſommes affez temeraires
pour nous découvrir ,
eſt de paffer pour des voleurs.
Amy , reprit Fenaket,jecomprends
aisément tout ce que
vous pouvez me dire là deſſus ,
mais l'hofpitalité eſt de toute
les Nations ; & loin de me
diſpoſer à fuir de ces lieux ,
commevous me le confeillez ,
jepenſe que nous y pouvons
232 MERCURE
être utiles à cette femme infortunée
qui gemit & s'effraye
ainſi que nous venons de l'entendre
, de l'hymen cruel auquel
on la deſtine. Appro
chons du Cabinet où elle eft
&offrons luy tous les ſecours
qui dépendront de nous. On
acquiert un droit ſur les gens
lorſqu'on n'a que de bons offices
à leur offrir. Il n'attendit
pas la réponſe d'Hulacou
pour ſe preſenter à la porte du
Cabinet qu'il pouſſa fi brufquement,
que cesdeux femmes
épouvantées de la vûë de deux
hommes, dans un lieu où elles
n'en
1
GALANT. 233
n'en avoient jamais vûs d'autre
que celuy qui les tenoit enfermées
dans ce defert , firent
un grand cri. Dequoy vous
effrayez vous,leur dit Fenaketa
je n'aurois jamais ofé troubler
voſtre entretien , file diſcours
que je viens d'entendre ne
m'avoit pas appris que vous
gemiſſez dans cette folitude ,
&ce n'eſt point à ma temerité ;
mais peur- eftre au bonheur
que nous avons cû mont
camarade & moy ,
égarer dans cette campagne ,
que vous devez l'offre que je
vous fais de tous les ſecours
May 1715 .
,
de nous
V
236 MERCURE
quenous pourrons vous donner.
Temoraires , leur ditda
plus âgéede cesdeux femmes,
qui n'avoit pas vingt ans, fuïez
de cet épouventable lieu , ſçachez
nous gré de l'inquiétude
quevousnous caufez pour vos
jours,&n'attendez pas qu'une
main barbare vienne confondre
dans votre fang , & dans
le nôtre , l'imprudence de l'of
fre quevous nous faites. Nous
ne ſommes point en étatd'accepter
de fi inutiles fecours,&
leTyran quinous enchaîneeft
aufli redoutable luy ſeul qu'e
une Armée en bataille. Il va
GALANT 237
venir , il vient,& s'il vous voir,
vous êtes à jamais perdus.
Vous nous faites , reprirent
les deux amis àchacune de ſfes
femmes , dont la beautéqui les
ébloüiffoit,les rendoit infenfiblement
eſclaves de leurs
charmes , une peinture terrių
ble de la prefence d'un homapretence
me. La frayeur qui ſaiſit vos
fens groffit à vos yeux l'image
d'un peril chimerique ; mais
l'éclat de vostraits fait en nous
un effet contraire ,& nous
| donne au-delà de nos fenti
niens , tout le courage que la
peur vous ête. Jeunes Etran
S
Vij
236 MERCURE
gers, leur dit de l'air le plus
touchantdu monde, celle qui
n'avoir pas encore parléy me
vous facrifiez pas envain pour
deux infortunées que le fort a
condamnées à des maux éternels.
Quand vous immoleriez
à nôtre vengeance le Tyran
qui nous perfecute ,nous n'en
ferions peut être encore que
plus miferables ,& vingtfemmes
impiroyables qui font
dans ce Palais , plus defefperées
des foins qu'il nous a renqui
nous are
dus , que de ſa perte , nous au
roient mis en pieces & vous
aufli , avant que nous puffions
JGADANO. 28
fonger ànous fauver. C'en eft
fait , je l'apperçois , & vous de
voyez vous même , avec ces
furies qu'il traîne àſa ſuite.En
effet elle eût à peineachevé ces
derniers mots , qu'il parut à la
tête de cetteTroupe ennemic.
Que vois -je ,dit- il , d'un ton
formidable , écumant de colere
, deux traîtres avec mes
deux infideles favorites ! qu'ils
meurent? allez Miniſtres de ma
vengeance , c'eſt à vous que
j'ordonne de leur arracher lo
coeur. A ces mots l'air retentit
de cris , mais ces deux geno
reux Etrangers qui voyent leur
238. MERCURE
mort certaine , & celle des
deux belles Eſclaves qui leur
ont ravila liberté , s'ils attendent
cette foule d'ennemis ,
vont au- devant des coups
qui les menacent. Ils attaquent
en furieux le Tyran qui veut
les immoler à fon courroux
, ils le joignent au milieudeces
femmes cruelles qui
s'oppoſent à leur paffage , ils
le frappent ,& accablez par le
nombre ,& couverts de bleffures
, ils tombent avec luy.
Al'instant celle deces femmes
qui paroift commander ce bataillon
d'Eumenides , fufpend
GALANT. 239
par ſes ordres abtolus la fu
reur de ſes compagnes , elle fe
jerte aux pieds du Tyran qu'
elle voit preſt deperdre lejour,
&luy dit en gemiffint , ouvrez
du moins encore une fois les
yeux,Seigneur ,voyez vos en
nemis noyez dans leur fang,&
regardez les ſous le fer dont
mamain eſt armée, expirerſous
le poids de ma vengeance. Ne
rougis tu pas , luy dit-il , ingrate
, de ta lenteur , frappe ,
frappe ,& hâte- toy de m'im
moler ces deux funeftes victi
mes : qu'on m'amene mes
deux infideles,&que leur ame
140 MERCURE
i
defcende aux Enfers avec l
mienne. Cependant elle jette
les yeux fur ces malheureux
étrangers dont la jeuneſſe &
labeauté l'ébloüffent juſques
dans les bras de la mort. Dans
fon coeur en un moment la
pitié fuccede à la fureur , &
l'amour à la pitié. Qu'allons
nous faire , dit-elle auffi-toſt à
ſes compagnes , en ſe levant ,
qu'allonsnous faire mes cheres
amies. Le barbare que nous
voulons vanger , eft-il digne
du ſacrifice qu'il exige de nous?
c'eſt luy bien plûtonque nous
devons punir des maux qu'il
hous
GALANT. 24 P
S
nous a faits , & de la rigueur
de noſtre esclavage. Sauvons
ces deux jeunes hommes s'il en
eſt tems encore , & affuronsnous
de leur reconnoiffance ,
par les foins que nous prend
drons de leurs vies. Elle eût à
peine achevé ces mots que tou
te l'aſſemblée applaudit à ce
conſeil par un grand cri de
joye. Le Tiran qui l'entendit ,
fit de vains efforts pour s'en
vanger ; mais ſon ame qu'il
rendit en vomiſſant mille imprécations
,mit à l'inſtant fest
ennemis à couvert de fon reffentiment
.
May 1715. X
S
442 MERCURE
Zuraca (c'eſt le nomdecette
genereuſe femme) envoya aufgenere
fitoft chercher tous les remedes
qu'elle crût les plus promts
pour rendre lavie à ces deux
étrangers ; en même temps
elle ordonna à fix de ſes compagnes
de prendre & d'enfermer
dans un lieu für les deux
belles eſclaves qui avoient été
furpriſes avec eux.
Le ſecours arrivé , elle pric
ſoin de leurs playes , arreſta
leur fang,&les guerit en trois
jours ( La longueur du temps que
l'Autheur de cette Histoire prend
pour lagueriſon de leurs bleffures
GALANT 243
qui estoient presque toutes mortelles
, prouve bien qu'il nn''aapas
affecté de conter des merveilles
fabuleuſes. ) Ce terme expiré,
Zuraca leur propofa des amu
ſemens, des plaiſirs & même
des hymens, dans ce magnifi
que Palais dont elle estoit devenuë
laDame,par leurvaleur,
par la mort du Tyran , & par
la foumiffion de fes compa
gnes. Mais cettepropoſition,
dont vray ſemblablement un
is grand nombre de Lecteurs fe
roit ſon profit , ne fut point
du tour de leur goût , ils capi
tulerent , ils donnerent des ef
1
e
C
Xij
4. MERCURE
perances frivoles , ils s'affligerent
, ils chercherent la folitude,
ils demandérent du tems
& enfin leurs armes , & kur
ash1
Dreſtoit d'une extrême
importance pour eux de ne
pas declarer le ſecret de leurs
coeurs, auffi de nom de leurs
Maiſtreſſes , qu'ils ignoroient
encore,n'échappa- til jamais
de leurs bouches. Cependant
ils n'en penſoient pas moins ,
&l'excés de leur amour &de
leur inquietudepreſentoitfans
ceſſe àHour idée les charmes
qu'ils adoroient , perfecutez,
GALANT. 245
S
morts, ou mourants pour eux.
Ils avoient demeflé dans l'uni
que entretien qu'ils avoient eû
avec ces divins objets de leur
tendreſſe qu'ils commençoient
à s'attendrir eux - mêmes , un
moment avant ce fatal & ori
ginal combat , dont le ſuccés
n'avoit qu'imparfaitement répondu
à la violence de leur
amour. Enfin las de ſe voir le
joüet des chimeriques prétentions
de leur liberatrice , ils
voulurent s'en expliquer nettement
avec elle. Ils la virent
un beau jour deſcendre dans
un vallon fuperbe, & dont
X iij
146 MERCURE
1
voicy la deſcription , autand
qu'il peut m'en ſouvenirzezag
De l'édifice qui estoit à
l'Occident fur le ſommetd'un
Côteau magnifique , on tra
verſoit un jardin où la nature
feule avoit aſſemblé tous les
chefs- d'oeuvres de l'art ; de ce
jardin on arrivoit ſur une pee
louze dont la pente étoitdou
co,& dont les bords étoient.
revêtus avec ſymmetrie , d'un
nombre infini d'orangers , de
myrtes ,°renadiers d'une
beauté admirable;de cettepe-
Jouzojon defcendoit infenfiblement
dans ce vallon dont
GALANT. 247
a
}
le Nord & le Midy eſtoient
parez des plus brillantes colli
nes du monde , & d'où l'on
decouvroitàl'Orientune plai
ne à pestede veuë ,coupée par
mille canaux , & embellie de
tout ce que la terre peut produire
de plus utile & de plus
agreable. Les eaux du fofle
dont cette Ifle eſtoit environnée
, couloient lentement à
travers cetteplaine. Les échos,
les Oyſeaux , les Zephirs, tout
enunmot y faiſoit merveille.
Ce fut enfin comme je
vous difois fort bien tontoà
l'heure ,dans cemême vallon
Xiiij
248 MERCURE
que Fenaket &fon amy atteignirent
fous une grande allée
dePalmiers ,latendre&défodée
Zuracabaron 2000
Pour quel mortel heureux
belle Zuraca , luy dit l'aimable
Fenaker , coulent les precienfes
larmes queje vous voy
repandre ? pour des ingrats ,
lâche , luy répondit- elle , d'un
ton plein de colere&d'amour,
pour des ingrats qui ne doivent
qu'aux foibles mouvements
d'une prompte tendreffe , &
qu'à mes foins indifcrets , &
mal recompenfez , le jour qui
les éclaire. Montrez-nous diviGALANC.
249
7
neZuraca,roprit Hulacou les
perfides qui vous outragent ,
rendez-nous nos armes &
vous nous verrez à l'inſtant
armez pour vous vanger. Ce
feroitdonc contre mon pro-
-pre ſein , barbares , que vous
vles employtiez cesarmes cruelles,&
non contre mes ennemis
, à moins que vous de
vouluffiez vous-mêmes , vous
adacifiernaema vengeance ;
mais j'ay dans mes mains de
cheres victimes dont la tête
merépondra de voſtre ingrajtitude
; & jiimmolenay mà
ma fureur les ingrats qui me
250 MERCURE
mépriſent & les malheureu
fes quim'offenſent.Je ſçay que
leur cooeur n'a point de partà
voſtre crime , mais leurs char
mes funeſtes les rendentà mes
yeux mille fois plus coupables
encore que vous ne me
parutes aimables. Qui vous
inſpire , cruelle , luy dit Fenaker,
cesmouvements jaloux &
qui rendez vous reſponſable
de l'injustice dont vous nous
accuſez ? Vous -même , repritelle
, d'un air encore plus
animé,&les Eſclaves avec qui
l'on vousa furpris : tout confirme
mes foupçons , &je ſens
GALANT as
juſqu'au fond de mon caur ,
voſtre froideur pour moy , &
voftre ardeur pour elles.Dé
trompez vous , belle Zuraca ,
luy dit Fenaket. Expliquez
vous plus clairement,&dines
nous enfin lequel de nous deux
vous honorez plus particulierement
devos bontez ? je ne
vous excepte, répondit-elle ,
ny l'un ny l'autre , des deſleins
que j'ay formez fur vous.
Vouseſtes tous deux dans mes
fers ,& fi vous ne ſubiſfez le
jougde mon amour , craignez
dumoins celuy de ma haine ?
Il vous fied bien encore da
252 MERCURE
me propofer des conditions,la
liberté du choix feroit la ſeule
que vous pourriez m'offror , fi
j'étois voſtre Eſclave & de
-quel droit les hommes preten
dent- ils avoir autant de Mai
treffes qu'il leur plaît en prendre
, pendant qu'ils nous font
impericuſement languir dans
l'oiſiveté affreuſe où nous re
duit leur inconſtance ? Abulla,
le lâche Abulla qui vientd'expirer
fous vos coups , a vecu
trois ans avec moy ſous les loix
d'un faint&legitime hymen :
pendant ces trois années la
fortune l'a comblé des biens
GALANT
2
1
a
immenfes dont la mort me
send la maîtreffe; mais àquel
ufagegrandDieu les a t-il ema
ployez , dés qu'il a commencé
àvouloir en joüir à fa honte
& à lamienne. Il a remplirfat
matlon de toutes les Eſclaves
que vous y avez veuës, il les a
toures aimées &cenfin il m'a
traité commearettespil alloit
même époufer , le barbare
dontla memoire me fera éter
nellement odicuſe z ces deux
rivales infortunées qui font
maintenant en ma puiſſance ,
lorſque le Ciel m'a vangé par
vosi mains alde l'excés des
254 MERCURE
affronts qu'il m'a faits. Co
féjour délicieux eft le chef
d'oeuvre de ſa volupté , & ce
n'étoit que pour faire perir les
malheureuſes qui déteſtoient
fon amour , qu'il avoit creufé
cette fource empoisonnée
oùvous vous eſtes arreftez en
eritrant on ces lieux. Je leveux
punir deformais même aprés
fon trepas , des outrages que
j'en ay reçû pendant la vie ;&
ufurper les mêmes droits que
luy,poup autorifer damême li
cence. Faites vos reflexions fur
ceque vous venez d'entendre.
Je vous donne le reſte de ce
GALANT. 25
jour pour vous déterminer ,
mais ce terme expiré ſi je no
reçois de vous tous les tributs
qu'exige mon reſſentiment ,
craignez de recevoir demoy
le preſent le plus funeſte que
puiſſe faire à des ingrats unc
femme en courroux.
Cette belle & autentique
declaration faite , l'obligeante
Zuraca les ſalua d'un air de
Souveraine ,& les laiſſa dédaigneuſement
fur le tendre gazon
où ils l'avoient trouvée.
Que la fortune ſerit cruellement
denos projets , amy ,
dit Hulacou à Fenaket , nous
256 MERCURE
fottons de nôtre patrie pour
aller nous attacher au ſervice
du plus grand Roy du monde,
notre imagination couron
déja nos têtes de l'efpoir de
nos lauriers ,& nous formons
à peine le deſſein d'entrer dans
la carriere de la gloire , que
nous nous trouvons les victi
mes de l'amour , & un mo
ment aprés en avoir ſenti les
premieres atteintes , une bonne
action nous precipite dans
un abîme de honte dont nous
ne pouvons nous arracher
qu'aux dépens de notre vie.
D'où viennent amy , reprit Fenaket,
GALANT. 257
د
naket , ces lâches reflexions ?
laiſſons , te dis-je , à la fortune
le ſoin de nôtre fort , rendons
luy ce qu'elle nous prête , &
donnons luy tout ce qu'elle
exige de nous. M'en dût- il
couter mille feintes indignes,je
ne ſortiray de cette Iſle qu'avec
les deux belles Eſclaves qui s'y
font , par hazard , les premieres
offertes à nôtre vûë. Je promettray
tout àZuraca , jeluy
tiendray même parole pour la
mieux tromper ; je ſeduiray ſes
vigilantes Compagnes , j'en.
dormiray ſes eſpions , & je
mettray enfin en liberté l'ob-
May 1715.
Y
1
258 MERCURE
de
jet de ton amour& la beauté
que j'adore. Imite ſeulement
mon exemple , & je te réponds
duſuccésdenos affaires . Cette
converſation , où il fur dit de
part & d'autre une infinité
choſes qui ne font pas
venues à ma connoiffance ,
les conduifit infenfiblement ,
juſqu'aux environs du bateau
qui leur avoit fervià ſe jetter
imprudement dans l'fle , dorit
malheureuſement l'emportée
Zuraca nes'étoit pas fouvenuë,
je ne doute pas que,fi elley eûtfongé,
ellene l'eût brulé, commeCa-
Lypso bruta les Vaisseaux de
GALANT 259
e
Telemaque. Mais c'eſt dans les
affaires les plus importantes &
les plus preſſées,qu'on manque
ſouvent le plus deprecaution.
En effet ils découvrirent du
rivage, unnuage de pouffiere,
àtravers lequel , à mesure que
ceux qui le cauſoient, s'approchoient
d'eux , ils reconnurent
deux de leurs amis , que leur
zele ( allarmez de leur fuite )
avoit porté à les chercher ,
pendant que leurs parents prenoient
le même ſoin d'un
autre côté. Ils détachent
auſſitoſt le bateau , ils s'y embarquent
, & arrivent à l'autre
YYijid
1260 MUERCURE
bord en même temps qu'eux.
Ils s'ombraffent , ils s'affeyent
fur l'herbe à l'ombre des ſaules
qui bordoient ce rivagel ,
&ſe content reciproquement
leurs inquietudes & leursavantures.
Eh bien , ne perdons
pasde temps ,mes chers amis ,
leurdirentlesnouveaux venus,
entrons dans l'Ifle , puiſque
vous nous en preſſez avectant
d'inſtance , & que vous nous
aſſeurez qu'elle n'eft gardée
que par des femmes , dont on
peut facilement ſe rendre les
maîtres , partageons nos ar.
mes , & allons avec confiance
GALANT. 261
E
1
S
1
es
nous emparer de la richefſſe
&des beautez de ce merveilleux
ſéjour. Ils ſe jettent à
l'envi dans le bateau,& paffent
sen un inſtant de l'autre coſté,
ils s'enfoncent dans l'iffe par
la même chemin qu'avoient
tenu Fenaket & Hulacou ,
lorſqu'ilsy estoient entrez fix
jours auparavant. L'appareil
d'un bûcher tout dreſſe , eft
le premier objet qui s'offre à
leurs yeux , ils en approchent
avec frayeur , &y trouvent le
corps du malheureux Aballa
4
deſtiné à eſtre devoré par les
flames,au même endroit, où il
262 MERCURE
avoir perdu la vie. Zulfalis
& Salem ( c'est ainfi que fe
nommoient ces obligeans
amis ) reconnoiffent dans les
traits d'Abulla que la mort
n'avoit pas encore effacez
des traits qui ne leur estoient
pas inconnus. Voilà , fans
doute , dit Zulfalis , aprés
quelques moments de triſtes
reflexions , ce même Abulla
qui époufama fooeur ily a plufieurs
années , dans la Capitale
decet Empire , & de qui nous
n'avons receu aucunes nouvelles
depuis fon mariage. Sa
Veuve veut apparemment luy
GALANT 265 .
rendre icy avec quelque cercmonie,
les derniers honneurs.
Tous ces preparatifs font
tropornez pourpouvoir reſter
long- temps dans cette état ,
fans qu'on vienne y mettre
Cachez-vous dans cebof
quet voiſin , dit Hulacou ,
Zuraca va fans doute arriver
bientoſt icy , & vous verrez
aifement ſans eſtre veus , fi
vous reconnoîtrez vôtre ſæoeur.
Nous allons cependant faire
quelques tours dans les allées
de ce jardinà la veuë des fenê
tres de fonPalais. Noftre pro.
264 MERCURE
fence batera ton retour icy
& nous l'attirerons juſques
ſous vos yeux. En effet Zuras
cane les cût pas plutoſtapperçûs
, qu'elle deſcendit dans
le jardin ſuivie de toures fes
compagnes , dont elle ſe dé
tacha pour apprendre d'eux
leur derniere reſolution. colle
QueleCiel conſerve à ja
mais voſtre beauté éclatante
divine Zuraca , luy dirent-ilst
enſemble , que vos jours foient .
innombrables , & que rien ne
trouble deſormais la felicité
dont vous meritez de joüirle
relle de voſtre vic : vous voyez17
CALANT. 265
al
S
àvos pieds vos eſclaves que
l'amour ſeul ſoumet à voſtre
empire : noſtre deſtin eſt en
vos mains & nulle autre que
vous ne peut nous rendreheureux.
Aimables étrangers ,
leur dit-elle , fi voſtre bonheur
dépend de moy , vous
allez bientôt n'avoir plus de
reproches à faire à la fortune ,
&le ſeul amour arbitre de nos
intereſts va bientôt vuider nos
demêlez. Allons cependant
rendre au lâche Abulla , des
honneurs qu'il ne merite pas ,
&& ne vous inquierez plus de
May 1715. Z
266 MERCURE
1
En ſe diſant ainſimille choſes
tendres , ils s'approcherent
du bûcher que toutes les habitantes
de l'Ile environnoient
déja , lorſqu'ils y arriverent
; elles avoient chacune
*un flambeau allumé à la main,
Zuraca en prie un auffi , &
aprés avoir fait trois tours
avec fes compagnes autour
•du bûcher , en chantant des
hymnes établies par l'uſage , à
la loüange , & pour le repos
des morts , elle y mit le feu ,
elle y jetta enfuite fon flambeau
coutes les autres en fi-
د
rreenntt autant.Unmomentaprés
CALANT. 267
لا
e
0
ل
quatrebelles filles apporterent
un grand vafe plein d'eau , où
elles ſe laverent les mains.
Cette ablution finie , elles fortirent
toutes du jardin , à l'exception
deZuraca qui eût apparemment
alors des affaires
de grande importance à communiquer
à ſes nouveaux
Amants ; mais elle n'avoit pas
fait encore vingt pas avec eux ,
que Zulfalis & Salem parurent
à ſes yeux . Où font , luy dit
Zulfalis , le poignard à la main ,
avec des geftes furieux & concertez
avec ſon amy , où ſont
les meurtriers d'Abulla ? C'eſt
Zij
268 MERCURE
toy , femme perfide , qui as
trempé tes mains dans le ſang
de ton Epoux. Reconnois enfin
dans ton propre frere , le
vangeur de ton mary. Arrêtez
Zulfalis , luy dit Salem, qui
avoit déja découvert mille graces
dans tout ce qu'il avoit vû
faire à Zuraca & qui trouvoit
par un caprice nouveau , des
principes d'amour ,dans l'embarras
extrême où la jettoit
cette avanture. Arrêtez , &
loinde former d'horribles projets
de vengeance , comme
vous faites ,rendez plûtôt grace
à la fortune du preſent qu'-
GALANT 269
1
elle nous fair. Elle vous rend
une foeur qui vous eft chere ,
malgré vos emportemens , &
nous rend deux amis que nous
croyions perdus. Zulfalis feignit
encore pendant quelques
moments d'être inſenſible à
cette remontrance ; mais les
careffes de ſes amis , la crainte ,
la tendreffe&les larmes de ſa
foeur étoufferent dans ſes em
braffemens , juſqu'aux moindres
apparences de fon reffentiment.
Ils allerent s'affeoir
dans un cabinet de verdure
qui n'eſtoit pas loin du lieu où
cette entrevenë s'étoit faite,
Zij
270 MERCURE
Chacun yconta fon hiſtoire ,
deffendit & ſes interers au
gré de ſes defirs : enfin aprés
bien des conteſtations , voici
les articles de leur ajustement.
1. Zuraca rendra les deux
belles Eſclaves qu'elle tient en
fermées depuis le jour de la
mort de fon mary.
1132. Elles ſeront en
qui il appartiendra.
4100
propre à
3. Elle Zuraca époufera Sa
lem , parce qu'il veut bien l'é
poufer.
4. Zulfalis choiſira celles de
toutes les belles filles ou fem
mes qui font dans cetre MaiGALANT
271
1
fon , pour l'hymen , ou autrement.
2
s. Les contractants n'abandonneront
pas le ſéjour deli.
cieux où ils font , & où ils ſe
trouvent fort à leur aiſe , à
moins que l'autorité du Prince
, ou quelque grand malheur
ne les en chaſſe .
a
Enfin les articles de ces engagemens
ne ſubſiſteront qu'-
autant qu'il plaira auſdits contractans
de les faire fubfitter.
Les deux belles Eſclaves furent
auffitôt remiſes dans les
mains de leurs Amants , & à
P'inſtant l'acte fut écrit & fi-
1
(
Zimj
272 MERCURE
gné par les parties. Les quatre
Heros decette hiſtoirey ajoûterent
cependant les articles
ſuivants.
1. Nousſuppoſons entre nous
quatre
La bonne intelligence&lafincerite:
Nous les établiſſons àperpetuité,
Et jurons de n'en rien rabattre.
2. Si le cas écheoit qu'entre
L'une change d'amant l'autre
de maîtreffe ,
Pourvû que ce ne foit qu'un ef
Say de tendreffe
Pour rendre nos plasfirs plus pin
7
GALANT. 273
SS
tsu guants plus doux,
Nouspaffons cet article&nous
3. Nous banniſſons la jalousie
Comme une paffion defous.
Que des triſtes rivaux & des
fades époux,
Cette extravagante manie
Poffede les cerveaux jaloux.
4. Quelque nouvelle ardeur
qui nous tente ou nous brûle,
Satisfaiſons tous nos defirs
Et ne nous donnonspas le travers
ridicule
De nous effrayer d'un fcrupule
Qui pourroit troubler nos plaifirs.
274 MERCURE
Ces conventions faites , ils
ſe rendirent au Palais , où elles
furent executées dans la forme
qu'on vient de lire. Les incredules
ne trouveront ſans doute
nulle apparence de raiſon ny
de ſtabilitédans des conditions
fi bizarres ; elle ſubſiſtent cependant
encore aujourd'huy,
même avec éclat , dans une
des plus belles Provinces du
Royaume dont je parle...
Fermer
5258
p. 274-275
« Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...] »
Début :
Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...]
Mots clefs :
Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...] »
Ceux qui n'aiment point à
faire des reflexions inutiles , ne
s'aviſeront point de chercher
des reſſemblancesdans les perſonnages
de cette hiſtoire ; au
1
GALANT. 275
contraire ils me ſçauront gré
du foin que je prends de les
faire pafferàproposàquelque
choſe qui puiffe les amufer
d'unefaçon cent fois plus agréabie
, quene pourroient l'être
tous les creux raiſonnemens
du monde. Ma Chanſon d'abord
vient à mon deſſein.
faire des reflexions inutiles , ne
s'aviſeront point de chercher
des reſſemblancesdans les perſonnages
de cette hiſtoire ; au
1
GALANT. 275
contraire ils me ſçauront gré
du foin que je prends de les
faire pafferàproposàquelque
choſe qui puiffe les amufer
d'unefaçon cent fois plus agréabie
, quene pourroient l'être
tous les creux raiſonnemens
du monde. Ma Chanſon d'abord
vient à mon deſſein.
Fermer
5259
p. 275-276
CHANSON.
Début :
Habitans de ces bois, chantez, chantez sans craindre [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Habitans de ces bois, chantez,
chantezfans craindre
Quej'envie aujourd'huy vosplai.
firs les plus doux,
L'Amour vous rendheureux , je
1
276 MERCURE
n'ensuis point jaloux
Petits oyfcaux, j'aurois tort de
whome plaindre ling
Puisque je suis auffi content
vous.
Habitans de ces bois, chantez,
chantezfans craindre
Quej'envie aujourd'huy vosplai.
firs les plus doux,
L'Amour vous rendheureux , je
1
276 MERCURE
n'ensuis point jaloux
Petits oyfcaux, j'aurois tort de
whome plaindre ling
Puisque je suis auffi content
vous.
Fermer
5260
p. 276-280
Discours où l'Auteur rit du bout des dents. / Epigramme contre l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais voicy bien d'autres affaires qui me tombent sur le [...]
Mots clefs :
Épigramme, Auteur, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur rit du bout des dents. / Epigramme contre l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais voicy biend'autresaffaires
qui me tombent fur le
corps,unfaifeur de Comedies,
que vous eſtes dans l'uſage de
fifler cent fois plus que moy
(& ce n'est pas peu dire ) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame , dont je ne
vous fais part , que parce que
je vous ay promis de vous
donner juſqu'aux pieces qui
ne feront pas à ma loüange.
GALANT. 277
Ce Monfieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
en paſſant que je le mordray.
Au reſte j'avoue qu'il n'a pas
tort de me pincer , je lui ay
déja donné ſi ſouvent ſur les
doigts , que je ne blâme pas
fon reſſentiment. Maisje commençois
à m'aſſoupir ſur ſon
compte , je me fatiguois mê
me déja de mon attention à
mettre équitablement ſes out
vrages en paralelle , avec ce
que je lis de plus mauvais ,
lorſque cette Epigramme eft
venuë juſqu'à moy. Je ſuis
bien aiſe qu'il ſcache que je
78 MERCURE
barboüille du papier aumoins
auffi-bien que lui ,& puiſqu'il
veut la guerre , que je lui declare
guerre & demie. Je ne
lui diray pasde groffesinjures,
commecelles qu'ilme dit , je
n'attaquerai ni ſa plate figure,
ni fes moeurs , je ne ferai pas ,
pour lut détailler ſes petites veritez
, de miferable alluſion fur
fon nom , ni fur ſon emploi ;
mais je lui ferai plus de vingt
fois , le parolli de l'Epigramme
que voicy.
Le Feure cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Etde Mercure de ... malheur,
1
CALANT. 279
Eft devenu Mercure Autheur.
Jay dans fon Epigramme
ſubſtitué un mot à la place
d'un autre , parce que la perſonne
qu'il deſigne mal-à-propos&
contre la verité,n'y avoir
nullement affaire , j'eſtois le
maiſtre , & je croy que pere
ſonne n'endoute , de fuppri
mer l'Epigramme entiero.
Auſfil'aurois-je fait , ſi je m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il medonne ;mais j'ayvoulu
la rendre publique exprés ,
pour m'acquerir le droit de
ne le plus épargner. Je feray
doreſnavant , fi je peux , de
30 MERCURE
cet article, l'article le plusba
din & le plus réjoüiſſant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à preſent , fi quelques
nouvelles ombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
les aider à paffer le tenebreux
rivage.
qui me tombent fur le
corps,unfaifeur de Comedies,
que vous eſtes dans l'uſage de
fifler cent fois plus que moy
(& ce n'est pas peu dire ) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame , dont je ne
vous fais part , que parce que
je vous ay promis de vous
donner juſqu'aux pieces qui
ne feront pas à ma loüange.
GALANT. 277
Ce Monfieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
en paſſant que je le mordray.
Au reſte j'avoue qu'il n'a pas
tort de me pincer , je lui ay
déja donné ſi ſouvent ſur les
doigts , que je ne blâme pas
fon reſſentiment. Maisje commençois
à m'aſſoupir ſur ſon
compte , je me fatiguois mê
me déja de mon attention à
mettre équitablement ſes out
vrages en paralelle , avec ce
que je lis de plus mauvais ,
lorſque cette Epigramme eft
venuë juſqu'à moy. Je ſuis
bien aiſe qu'il ſcache que je
78 MERCURE
barboüille du papier aumoins
auffi-bien que lui ,& puiſqu'il
veut la guerre , que je lui declare
guerre & demie. Je ne
lui diray pasde groffesinjures,
commecelles qu'ilme dit , je
n'attaquerai ni ſa plate figure,
ni fes moeurs , je ne ferai pas ,
pour lut détailler ſes petites veritez
, de miferable alluſion fur
fon nom , ni fur ſon emploi ;
mais je lui ferai plus de vingt
fois , le parolli de l'Epigramme
que voicy.
Le Feure cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Etde Mercure de ... malheur,
1
CALANT. 279
Eft devenu Mercure Autheur.
Jay dans fon Epigramme
ſubſtitué un mot à la place
d'un autre , parce que la perſonne
qu'il deſigne mal-à-propos&
contre la verité,n'y avoir
nullement affaire , j'eſtois le
maiſtre , & je croy que pere
ſonne n'endoute , de fuppri
mer l'Epigramme entiero.
Auſfil'aurois-je fait , ſi je m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il medonne ;mais j'ayvoulu
la rendre publique exprés ,
pour m'acquerir le droit de
ne le plus épargner. Je feray
doreſnavant , fi je peux , de
30 MERCURE
cet article, l'article le plusba
din & le plus réjoüiſſant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à preſent , fi quelques
nouvelles ombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
les aider à paffer le tenebreux
rivage.
Fermer
5261
p. 280
« Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...] »
Début :
Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...] »
à paffer le tenebreux
rivage. Je quitte donc , quoy
qu'à regret , l'Auteur demon
Epigramme , pour fignifier à
la poſterité , que e
rivage. Je quitte donc , quoy
qu'à regret , l'Auteur demon
Epigramme , pour fignifier à
la poſterité , que e
Fermer
5262
p. 280-293
Second Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Armand Jean Duplessis Duc de Richelieu, Pair [...]
Mots clefs :
Seigneur, Femme, Roi, Marquis, Chevalier, Dame, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Second Article des Morts. [titre d'après la table]
Meſſire Armand Jean Dupleſſis
Ducde Richelieu , Pair
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , cy-devant
General des Galeres de France,
& Chevalier d'honneur de
Madame
GALANT 281
Madame la Dauphine , mourut
le 10.de cemois enſa 84.
année. Il avoit épousé en premieres
nôces , Dame Anne
Pouffart , premiere Dame
d'honneur de la Reine , puis
deMadame la Dauphine. En
ſecondes , Dame Anne d'Acigné
, & en troiſiémes , Dame
Marguerite-Thereſe Roüillé,
yeuve de Meffire Jean- François
Marquis de Noailles ,
Lieutenant General au Gouvernement
d'Auvergne , &
n'a cu des enfans que de fa
ſeconde femme , qui font
Meffire François Armand
May1715. Aa
282 MERCURE
Louis Dupleſfis Duc de Fron
facà preſentDucde Richelieu,
qui a époufé DamenAnne
Catherinede Noailles , fille de
Meffire Jean François Marquis
deNoailles ,&de Dame Marguerite
Thereſe. Roüille fa
belle mere ,& Dame N. Dupreffis
, mariée le 24. Avril
1714. àMeffireN. duChaftelet
, Marquis de Clefmont.
M. le Duc de Richelieu avoit
quitté le nom &les armes de
Vignerot ,qui estoient ceux
de la maifon , pour prendre
les noms & les armes de la
Maiſon Dupleſſis Richelieu ,
CADAN 283
en execution du Testament
donJean Armando Dupleffis
Cardinal Ducde Richelieu
&de Fronfac, Pait& Premier
Miniſtre de France , fongrand
oncle, qui le fit fon heritier à
cette condition. Il eſtoit fils
deFrançoisde Vignerot Che
valier Seigneur du Pint de
Courlay , Gouverneur des
Villes , &Citadelles du Havre
de Grace, & Pays de Caux,
Chevalier des Ordres du Roy
en 1633. &de Françoiſe de
Coërmadeu , & petit- fils de
Rene de Vignerot Seigneur
du Pint de Courlay & de
Aa ij
284 MERCURE
Françoiſe Dupleſſis de Riche
lieu foeur du Cardinal Duc de
Richelieu , cy deſſus nommé.
La Maiſonde Vignerot connuë
en Poitou depuis un temps
affez confiderable , ſe pretend
originaire d'Angleterre , d'où
elle paffa en France ſous les
Regnes des Rois Charles VI
&Charles VII. La Genealo
gie en eſtrapportée dansl'Hif
toire des grands Officiers de
laCouronne , par M. du Fourny,
auChapitre des Generaux
des Galeres . Les armes de
Vignerot font d'ormà trois
hures de Sanglier de fable
GALANT. 285
pofé 2.& 1. & celles Dupleſſis
Richelieu font d'argent à 3 .
chevrons de gucule.oriona
Meffire Jean - François
d'Eſtrades , Abbé de Moiſſac ,
&de S. Melaine de Rennes
cy devant Ambaſſadeur à
Veniſe , & en Savoye , mourut
le de ce mois âgé de 73 .
ans. Il eſtoir fils deGeoffroy ,
d'Eſtrades ,Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du
Roy,Gouverneur deDunkerque
, Maire perpetuel de la
Ville de Bordeaux , Viceroy
de l'Amerique , & Gouverneur
deM. le DucdeChartres
286 MERCURE
-
mort en 1686. & de Marie
du Pin de l'Allié. La Maiſon
d'Eſtrades dont il fortoit et
originaire de la Ville d'Agen.
Meffire Thomas Bailly,qui
avoit eſté reçû Maiſtre des
Comptes en 1659. mourut
fans poſterité lepremier de ce
mois, des Dames Anne leMai
rat,&N.Petit d'Eſtiny ſes deux
femmes: il eſtoit frere puîné
deCharles Bailly , Seigneur du
Sejour & de S. Mars , Maître
des Comptes, peredeCharles-
Guillaume Bailly , à preſent
Préſident au Grand Confeil;
&il étoit fils deCharles Bailly,
GALANT. 287
Seigneur du Sejour & de S.
Mars, Maistre des Comptes ,
& Conſeiller d'Etat , & de
Françoiſe Mareſcot , petit fils
de Charles Bailly , Seigneur
du Sejour , Préfident des
Comptes ; & arriere petit fils
de Guillaume Bailly, Seigneur
de la Motte du Sejour, Conſeiller
du Roy en ſes Conſeils,
&d'honneur au Parlement de
Paris , au Grand Confeil &
autres Cours Souveraines de
France , Préſident en la Cham
bre des Comptes de Paris
Chancelier de Monſeigneur
le Duc d'Alençon; puis aprés
288 MERCURE
la mort de Magdelaine Harel
ſa femme, Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Bourgücil
enAnjou , mort au mois
d'Avril 1582. & enterré dans
l'Eglife de cette Abbaye. La
famille de Bailly , l'une des
premieres de Paris , s'eſt alliéc
à celles de de Meſmes ,
Loyſel, de Bautru , de Vaffan,
de Bitault , de Bullion , & à la
Maiſon de Longueval. e
da
Meffire BenoistBidal,Baron
d'Asfeld,Maréchal des Camps
& Armées du Roy , mourut
le 29. du mois paſſé , âgé
de 57. ans , ne laiſſant qu'une
fille
GALANT. 289
fille de fon mariage , avec Anne
Pucelle , fille de feu Pierre
Pucelle , Premier Préſident au
Parlement de Grenoble , &
d'Anne Roujault , & petite
niece de feu M. le Maréchal
de Catinar. Mr d'Asfeld qui
vient de mourir , eſtoit frere
de François Bidal , dit le Che
valier d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy,
& fils de Pierre Bidal , Baron
d'Asfeld , Reſident pour
Roy en baſſe Allemagne , &
de Catherine Baſtonneau.
Ic
Dame Marie-Anne de S.
Lerry de Bellegarde, veuve de
May 1715. Bb
2
290 MERCURE
Meffire Jean Antoine de Pardaillan
de Gondrin , Marquis
de Monteſpan , puis Duc de
Bellegarde par elle , Mantre
de la Garde robe du Roy ,
mourut le tri de ce mois , en
fa 94. année : elle eftoir fille
deCæfar Auguſte de S. Lary ,
Marquis de Termes , grand
Ecuyer de France , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy, Maréchal de ſes
Camps & Armées , Chevalier
de ſes Ordres , & de CatherineChabot
de Mirebeau . M.
le Marquis de Monteſpan fon •
mary eſtoitgrand oncle deM.
GALANT. 291
1
Le Duc d'Antin. Voyez la
Genealogie de la Maiſon de S.
Larry, originaire deGascogne
dans l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne par M.
du Fourny , au Chapitre des
Maréchaux , & des grands
Ecuyers de France. Pour celle
de Pardaillan que l'on croit
fortie de celle de Pardaillan au
Comté d'Armagnac , elle s'eſt
de tout temps alliée aux premieres
Maiſons du Royaume.
Meffire Claude Boſc, Seigneur
d'Ivry ſur Seine, Confeiller
d'Etat , & ancien Prevoſt
des Marchands , mourut
Bb ij
292 MERCURE
lers. de ce mois en ſa 74.
année , laiſſant de fon ma
riage avec Marie Catherine
Jacques Jean Baptiste Boſc
Procureur General de la Cour
des Aydes , marie à N.
de Gendre , foeur puinée de
Marguerite le Gendre, femme
d'AntoineCroſat, pere& me
re de Dame Marie- AnneCrofat,
femme de Loüsdela Tour
deBoüillon, Comte d'Evreux,
Colonel de la Cavaleric legere
de France. M. Boſc qui vient
de mourir eſtoit ifrere de
Claude &Marguerite Boſc
femme de feu Alexandre BonGALANT.
293
temps , premier Valet- de-
Chambre du Roy , pere de
M Bontemps, auffi à preſent
premier Valer -de- Chambre
du Roy , & il eſtoit fils de
Claude Boſc , premier Commis
du Trefor Royal , mort
en 1678. & de Marie Brof
fier.
Ducde Richelieu , Pair
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , cy-devant
General des Galeres de France,
& Chevalier d'honneur de
Madame
GALANT 281
Madame la Dauphine , mourut
le 10.de cemois enſa 84.
année. Il avoit épousé en premieres
nôces , Dame Anne
Pouffart , premiere Dame
d'honneur de la Reine , puis
deMadame la Dauphine. En
ſecondes , Dame Anne d'Acigné
, & en troiſiémes , Dame
Marguerite-Thereſe Roüillé,
yeuve de Meffire Jean- François
Marquis de Noailles ,
Lieutenant General au Gouvernement
d'Auvergne , &
n'a cu des enfans que de fa
ſeconde femme , qui font
Meffire François Armand
May1715. Aa
282 MERCURE
Louis Dupleſfis Duc de Fron
facà preſentDucde Richelieu,
qui a époufé DamenAnne
Catherinede Noailles , fille de
Meffire Jean François Marquis
deNoailles ,&de Dame Marguerite
Thereſe. Roüille fa
belle mere ,& Dame N. Dupreffis
, mariée le 24. Avril
1714. àMeffireN. duChaftelet
, Marquis de Clefmont.
M. le Duc de Richelieu avoit
quitté le nom &les armes de
Vignerot ,qui estoient ceux
de la maifon , pour prendre
les noms & les armes de la
Maiſon Dupleſſis Richelieu ,
CADAN 283
en execution du Testament
donJean Armando Dupleffis
Cardinal Ducde Richelieu
&de Fronfac, Pait& Premier
Miniſtre de France , fongrand
oncle, qui le fit fon heritier à
cette condition. Il eſtoit fils
deFrançoisde Vignerot Che
valier Seigneur du Pint de
Courlay , Gouverneur des
Villes , &Citadelles du Havre
de Grace, & Pays de Caux,
Chevalier des Ordres du Roy
en 1633. &de Françoiſe de
Coërmadeu , & petit- fils de
Rene de Vignerot Seigneur
du Pint de Courlay & de
Aa ij
284 MERCURE
Françoiſe Dupleſſis de Riche
lieu foeur du Cardinal Duc de
Richelieu , cy deſſus nommé.
La Maiſonde Vignerot connuë
en Poitou depuis un temps
affez confiderable , ſe pretend
originaire d'Angleterre , d'où
elle paffa en France ſous les
Regnes des Rois Charles VI
&Charles VII. La Genealo
gie en eſtrapportée dansl'Hif
toire des grands Officiers de
laCouronne , par M. du Fourny,
auChapitre des Generaux
des Galeres . Les armes de
Vignerot font d'ormà trois
hures de Sanglier de fable
GALANT. 285
pofé 2.& 1. & celles Dupleſſis
Richelieu font d'argent à 3 .
chevrons de gucule.oriona
Meffire Jean - François
d'Eſtrades , Abbé de Moiſſac ,
&de S. Melaine de Rennes
cy devant Ambaſſadeur à
Veniſe , & en Savoye , mourut
le de ce mois âgé de 73 .
ans. Il eſtoir fils deGeoffroy ,
d'Eſtrades ,Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du
Roy,Gouverneur deDunkerque
, Maire perpetuel de la
Ville de Bordeaux , Viceroy
de l'Amerique , & Gouverneur
deM. le DucdeChartres
286 MERCURE
-
mort en 1686. & de Marie
du Pin de l'Allié. La Maiſon
d'Eſtrades dont il fortoit et
originaire de la Ville d'Agen.
Meffire Thomas Bailly,qui
avoit eſté reçû Maiſtre des
Comptes en 1659. mourut
fans poſterité lepremier de ce
mois, des Dames Anne leMai
rat,&N.Petit d'Eſtiny ſes deux
femmes: il eſtoit frere puîné
deCharles Bailly , Seigneur du
Sejour & de S. Mars , Maître
des Comptes, peredeCharles-
Guillaume Bailly , à preſent
Préſident au Grand Confeil;
&il étoit fils deCharles Bailly,
GALANT. 287
Seigneur du Sejour & de S.
Mars, Maistre des Comptes ,
& Conſeiller d'Etat , & de
Françoiſe Mareſcot , petit fils
de Charles Bailly , Seigneur
du Sejour , Préfident des
Comptes ; & arriere petit fils
de Guillaume Bailly, Seigneur
de la Motte du Sejour, Conſeiller
du Roy en ſes Conſeils,
&d'honneur au Parlement de
Paris , au Grand Confeil &
autres Cours Souveraines de
France , Préſident en la Cham
bre des Comptes de Paris
Chancelier de Monſeigneur
le Duc d'Alençon; puis aprés
288 MERCURE
la mort de Magdelaine Harel
ſa femme, Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Bourgücil
enAnjou , mort au mois
d'Avril 1582. & enterré dans
l'Eglife de cette Abbaye. La
famille de Bailly , l'une des
premieres de Paris , s'eſt alliéc
à celles de de Meſmes ,
Loyſel, de Bautru , de Vaffan,
de Bitault , de Bullion , & à la
Maiſon de Longueval. e
da
Meffire BenoistBidal,Baron
d'Asfeld,Maréchal des Camps
& Armées du Roy , mourut
le 29. du mois paſſé , âgé
de 57. ans , ne laiſſant qu'une
fille
GALANT. 289
fille de fon mariage , avec Anne
Pucelle , fille de feu Pierre
Pucelle , Premier Préſident au
Parlement de Grenoble , &
d'Anne Roujault , & petite
niece de feu M. le Maréchal
de Catinar. Mr d'Asfeld qui
vient de mourir , eſtoit frere
de François Bidal , dit le Che
valier d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy,
& fils de Pierre Bidal , Baron
d'Asfeld , Reſident pour
Roy en baſſe Allemagne , &
de Catherine Baſtonneau.
Ic
Dame Marie-Anne de S.
Lerry de Bellegarde, veuve de
May 1715. Bb
2
290 MERCURE
Meffire Jean Antoine de Pardaillan
de Gondrin , Marquis
de Monteſpan , puis Duc de
Bellegarde par elle , Mantre
de la Garde robe du Roy ,
mourut le tri de ce mois , en
fa 94. année : elle eftoir fille
deCæfar Auguſte de S. Lary ,
Marquis de Termes , grand
Ecuyer de France , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy, Maréchal de ſes
Camps & Armées , Chevalier
de ſes Ordres , & de CatherineChabot
de Mirebeau . M.
le Marquis de Monteſpan fon •
mary eſtoitgrand oncle deM.
GALANT. 291
1
Le Duc d'Antin. Voyez la
Genealogie de la Maiſon de S.
Larry, originaire deGascogne
dans l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne par M.
du Fourny , au Chapitre des
Maréchaux , & des grands
Ecuyers de France. Pour celle
de Pardaillan que l'on croit
fortie de celle de Pardaillan au
Comté d'Armagnac , elle s'eſt
de tout temps alliée aux premieres
Maiſons du Royaume.
Meffire Claude Boſc, Seigneur
d'Ivry ſur Seine, Confeiller
d'Etat , & ancien Prevoſt
des Marchands , mourut
Bb ij
292 MERCURE
lers. de ce mois en ſa 74.
année , laiſſant de fon ma
riage avec Marie Catherine
Jacques Jean Baptiste Boſc
Procureur General de la Cour
des Aydes , marie à N.
de Gendre , foeur puinée de
Marguerite le Gendre, femme
d'AntoineCroſat, pere& me
re de Dame Marie- AnneCrofat,
femme de Loüsdela Tour
deBoüillon, Comte d'Evreux,
Colonel de la Cavaleric legere
de France. M. Boſc qui vient
de mourir eſtoit ifrere de
Claude &Marguerite Boſc
femme de feu Alexandre BonGALANT.
293
temps , premier Valet- de-
Chambre du Roy , pere de
M Bontemps, auffi à preſent
premier Valer -de- Chambre
du Roy , & il eſtoit fils de
Claude Boſc , premier Commis
du Trefor Royal , mort
en 1678. & de Marie Brof
fier.
Fermer
5263
p. 293-298
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné la Charge de Conseiller d'Etat, vacante [...]
Mots clefs :
Dame, Marquis, Roi, Abbaye, Duc de Berry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Le Roy a donné laCharge
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
Fermer
5264
p. 298-300
Chapitre des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Mais je croy en bonne foy que je ne vous ay pas encore [...]
Mots clefs :
Diamant monté, Billes de billard, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre des Enigmes. [titre d'après la table]
Mais je eroy enbonne foy
queje ne vous ay pas encore
donné d'Enigmes. Cet article
de moins feroit un fors
joli Mercure !& j'aurois bon
ne grace à me preſenter dorefnavant
devant vous , fija
paffois un ſeul mois , fans vous
propoſer des Enigmes . Dieu
m'en preferve, Meffieurs ,j'en
ſçay trop la conſequence ,&
envoicy , grace à la memoire
d'un obligeant ſolitaire qui a
entenduaveedouleur les plaintes
que je vous ay faites le
GALANT
د و و
moisdernier ſur la diſette où
je me trouve quelquefois de
ces fortes d'ouvrages,jel'invite
même, luy,& les autres à m'en
forger , & à m'en envoyer ,
lorſqu'ils n'auront rien de
mieux à faire.
Le mot des Enigmes du
•mois dernier eſtoit le Diamant
monté , & les Billes de Billard.
Les noms de ceux qui les ont
deviné font : Ma chere Habeau
, Hermite , les yeux de
chat , le Complaifant de la
Place Royale , l'Avanturier
Buſcon , le coeur de roche , la
tendre Tourterelle , l'incom
300 MERCURE
parable Grancourt de la rue
Montorgüeil , l'aimable Tre
forier , & fa chere épouse ,
laTreſoriere de la ruë neuve
S. Honoré , Amadis de Gau
le , M. du Ruban vert , l'ai
mable Mademoiselle de Tremolieres
& fon petit couſin
Simon.
queje ne vous ay pas encore
donné d'Enigmes. Cet article
de moins feroit un fors
joli Mercure !& j'aurois bon
ne grace à me preſenter dorefnavant
devant vous , fija
paffois un ſeul mois , fans vous
propoſer des Enigmes . Dieu
m'en preferve, Meffieurs ,j'en
ſçay trop la conſequence ,&
envoicy , grace à la memoire
d'un obligeant ſolitaire qui a
entenduaveedouleur les plaintes
que je vous ay faites le
GALANT
د و و
moisdernier ſur la diſette où
je me trouve quelquefois de
ces fortes d'ouvrages,jel'invite
même, luy,& les autres à m'en
forger , & à m'en envoyer ,
lorſqu'ils n'auront rien de
mieux à faire.
Le mot des Enigmes du
•mois dernier eſtoit le Diamant
monté , & les Billes de Billard.
Les noms de ceux qui les ont
deviné font : Ma chere Habeau
, Hermite , les yeux de
chat , le Complaifant de la
Place Royale , l'Avanturier
Buſcon , le coeur de roche , la
tendre Tourterelle , l'incom
300 MERCURE
parable Grancourt de la rue
Montorgüeil , l'aimable Tre
forier , & fa chere épouse ,
laTreſoriere de la ruë neuve
S. Honoré , Amadis de Gau
le , M. du Ruban vert , l'ai
mable Mademoiselle de Tremolieres
& fon petit couſin
Simon.
Fermer
5265
p. 300-302
ENIGME.
Début :
Sortant du lieu de ma naissance, [...]
Mots clefs :
Diamant brut
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Sortant du lieu de ma naif-
Sance ,
L'on me voit privé de beauté:
Mais qui connoît mon excellence
GALANT 30%
Excuse ma brutalité
८ Forne les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma vawhiteary
Les Princeſſes les mieux ornées
Parmoy relevent leur grandeur.
Mon luftre naît dans mapouffiere
On me fait porter bien desfaces,
Accompagnéde la lumiere ,
Par tout je ſçais remplir mes
places
د Fe Jereçois même plus d'éclat
Quandon m'exposesur la rouë,
302 MERCURE
Je refifte quandon me bat,
Mafermetéfait qu'on me lovë.
J'aimefur tout la netteté,
Ilmefaut de la politeffe ,
Jeſuis par tout decredité ,
Si l'on me voitde la tendreffe.
Sortant du lieu de ma naif-
Sance ,
L'on me voit privé de beauté:
Mais qui connoît mon excellence
GALANT 30%
Excuse ma brutalité
८ Forne les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma vawhiteary
Les Princeſſes les mieux ornées
Parmoy relevent leur grandeur.
Mon luftre naît dans mapouffiere
On me fait porter bien desfaces,
Accompagnéde la lumiere ,
Par tout je ſçais remplir mes
places
د Fe Jereçois même plus d'éclat
Quandon m'exposesur la rouë,
302 MERCURE
Je refifte quandon me bat,
Mafermetéfait qu'on me lovë.
J'aimefur tout la netteté,
Ilmefaut de la politeffe ,
Jeſuis par tout decredité ,
Si l'on me voitde la tendreffe.
Fermer
5266
p. 302-304
AUTRE.
Début :
Nous allons trois communement, [...]
Mots clefs :
Trois dés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Nous allons trois communement
,
Environnez d'un plus grand
nombre ,
Nous nous poſonsfolidement ,
Sortant d'un endroit affezfombre.
と
GALANT. 1303
Nous sommes ſouvent bien.
battus ,
Nous caufons des gains& des
pertes,
Nous rendons des gens bien confus,
Quand nos loix deviennent ouvertes.
On voit en nous plus d'une
face ,
Une ſeule regle de tout ,
Quelquefois on faitla grimace ,
Nôtre demarche étant au bout.
Soixante & trois font notre
escorte,
304 MERCURE
Dix-huit au plus peuvent paroître
,
Vingt & un chacun de nous
porte ,
C'est dire affz pour nous connoistre.
Nous allons trois communement
,
Environnez d'un plus grand
nombre ,
Nous nous poſonsfolidement ,
Sortant d'un endroit affezfombre.
と
GALANT. 1303
Nous sommes ſouvent bien.
battus ,
Nous caufons des gains& des
pertes,
Nous rendons des gens bien confus,
Quand nos loix deviennent ouvertes.
On voit en nous plus d'une
face ,
Une ſeule regle de tout ,
Quelquefois on faitla grimace ,
Nôtre demarche étant au bout.
Soixante & trois font notre
escorte,
304 MERCURE
Dix-huit au plus peuvent paroître
,
Vingt & un chacun de nous
porte ,
C'est dire affz pour nous connoistre.
Fermer
5267
p. 304-308
Rondeau Enigmatique.
Début :
Je m'ennuye de ne pas faire plus d'effort pour vous amuser, / En noirs cachots, & hideuse clôture, [...]
Mots clefs :
Huître à l'écaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rondeau Enigmatique.
Jem'ennuye de ne pas faire
plus d'effort pour vous amufer
, que mes Predeceffeurs en
ont fait , je veux me furpaffer
moy-même ,& les ſurpaffer
generoſité ; en un mot vous
donner ce mois- ci trois Enigmes
au lieu de deux , pourvû
que vous ne me faffiez pasune
dette de cette grace ; celle-ci
eft
GALANT. 305
eſt tres-difficile,c'eſt unSphinx,
& il faut ,Dieu me pardonne ,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureſte je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occaſion à l'acquiſition
que j'en ay faite.
Demain matin , Monfieur
mon cher ami , je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrofera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de ſe trouver chez moy ,
fur ce que je leur ay promis
voſtre compagnie.
Mais il me prend je ne ſçais
May 1715. Cc
306 MERCURE
quelle fantaifie , de ne vous
donner cepetit regal qu'à con.
ditionqu'en arrivant chez moi
fur les neuf heures,vous commencerez
par expliquer l'Enigmeque
je vous envoye. Sans
cela , moncher , point de dé
jeuner. Vous avez de l'eſprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots ,&hideufe
clôture ,
Vite amenezpar normande voiture
Sont àParis prifonniers innocens :
هللا
GALANT. 307
Si que pourets dans la Geole
gißans
Attendent , las ! leur derniere
avanture.
Dignes Canforts de leur déconfiture
,
Vieux Montagnards de traiſtreſſe
nature
Jadévouez,font auſſi croupiſſans
En noirs cachots.
Les bons Caprifs , Ami , fi
d'avanture ,
Ton defir eft voir mettre à
ود
la tor-
Viens : &soudain tu les verras
iffans
De leur prifon , aux Accoints
Ceij
308 MERCURE
1 gaudiſſans
Faire allegreffe , &prendre fepalture
En noirs cachots.
plus d'effort pour vous amufer
, que mes Predeceffeurs en
ont fait , je veux me furpaffer
moy-même ,& les ſurpaffer
generoſité ; en un mot vous
donner ce mois- ci trois Enigmes
au lieu de deux , pourvû
que vous ne me faffiez pasune
dette de cette grace ; celle-ci
eft
GALANT. 305
eſt tres-difficile,c'eſt unSphinx,
& il faut ,Dieu me pardonne ,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureſte je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occaſion à l'acquiſition
que j'en ay faite.
Demain matin , Monfieur
mon cher ami , je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrofera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de ſe trouver chez moy ,
fur ce que je leur ay promis
voſtre compagnie.
Mais il me prend je ne ſçais
May 1715. Cc
306 MERCURE
quelle fantaifie , de ne vous
donner cepetit regal qu'à con.
ditionqu'en arrivant chez moi
fur les neuf heures,vous commencerez
par expliquer l'Enigmeque
je vous envoye. Sans
cela , moncher , point de dé
jeuner. Vous avez de l'eſprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots ,&hideufe
clôture ,
Vite amenezpar normande voiture
Sont àParis prifonniers innocens :
هللا
GALANT. 307
Si que pourets dans la Geole
gißans
Attendent , las ! leur derniere
avanture.
Dignes Canforts de leur déconfiture
,
Vieux Montagnards de traiſtreſſe
nature
Jadévouez,font auſſi croupiſſans
En noirs cachots.
Les bons Caprifs , Ami , fi
d'avanture ,
Ton defir eft voir mettre à
ود
la tor-
Viens : &soudain tu les verras
iffans
De leur prifon , aux Accoints
Ceij
308 MERCURE
1 gaudiſſans
Faire allegreffe , &prendre fepalture
En noirs cachots.
Fermer
5268
p. 308-310
Trait Comique. [titre d'après la table]
Début :
Avant de finir, j'ay encore une petite histoire à vous conter [...]
Mots clefs :
Comédie, Coquette, M. Dufresny, Mademoiselle Dangeville, Mademoiselle Desmares
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trait Comique. [titre d'après la table]
Avant de finir , j'ay encore
une petite hiſtoire à vous con-
Un Lundy 27. de ce mois ,
à cinq heures aprés midy , le
monde affemblé , plus qu'à
l'ordinaire , dans la Salle de la
Comedie de cette Ville , les
luſtres allumez & mouchez ,
felon la bonne & loüable coûtume
de celuy qui les allume
& les mouche , furent enfin
levez. La Tragedie de Britan-
00
GALANC. 8309
nicus qui y fut repreſentée ,
alla ſon train juſqu'àla fin du
quatriéme Acte , qu'elle fut
interrompuë par un dépit de
Britannicus , que le parterre
pria de parler plus haut , &
qui ordonna au parterre de
parlerplusbas. LaTragedie cependant
achevée,on joüa pour
la premiere fois la Comedie
du Lor Supposé, ou de la Coquette
deVillage. Cette Comedie
en Vers & en trois Actes ,
de la compoſition de M.
Dufresny, eft pleine d'eſprit.
Le caractere d'une vraye Coquette
, & celuy d'un Manan
310 MERCURE
.
qui fait fortune, y font admi
rablement peints. M. Ponteül
y fait au delà de tout cequ'on
peut attendre d'un excellent
Acteur comme luy ; Mademoiselle
Deſmarts y joüe à
merveille , & Mademoiselle
Dangeville la ſeconde pafaitement.
Le merite de cettePiece
&celuy des principaux Acteurs,
en font efperer ungrand
fuccés.
une petite hiſtoire à vous con-
Un Lundy 27. de ce mois ,
à cinq heures aprés midy , le
monde affemblé , plus qu'à
l'ordinaire , dans la Salle de la
Comedie de cette Ville , les
luſtres allumez & mouchez ,
felon la bonne & loüable coûtume
de celuy qui les allume
& les mouche , furent enfin
levez. La Tragedie de Britan-
00
GALANC. 8309
nicus qui y fut repreſentée ,
alla ſon train juſqu'àla fin du
quatriéme Acte , qu'elle fut
interrompuë par un dépit de
Britannicus , que le parterre
pria de parler plus haut , &
qui ordonna au parterre de
parlerplusbas. LaTragedie cependant
achevée,on joüa pour
la premiere fois la Comedie
du Lor Supposé, ou de la Coquette
deVillage. Cette Comedie
en Vers & en trois Actes ,
de la compoſition de M.
Dufresny, eft pleine d'eſprit.
Le caractere d'une vraye Coquette
, & celuy d'un Manan
310 MERCURE
.
qui fait fortune, y font admi
rablement peints. M. Ponteül
y fait au delà de tout cequ'on
peut attendre d'un excellent
Acteur comme luy ; Mademoiselle
Deſmarts y joüe à
merveille , & Mademoiselle
Dangeville la ſeconde pafaitement.
Le merite de cettePiece
&celuy des principaux Acteurs,
en font efperer ungrand
fuccés.
Fermer
5269
p. 310-311
Avis. [titre d'après la table]
Début :
Je me souviens maintenant, parce que j'ay promis à un de [...]
Mots clefs :
Amitié, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis. [titre d'après la table]
Je me ſouviens maintenant,
parceque j'ay promis à un de
mes amis de me ſouvenir de
vous dire que , Madame de
G..... l'une des plus illuftres
1
GALANT. 311
de l'Academie dont j'ay par.
lé, vient de donner un ouvrage
au Public qui merite
d'eltre annoncé ; il eſt intitulé
Amarante , ou le Triomphe de
l'amitié , & ſe vend ſur le
Quay des Auguſtins , chez
Claude Jombert : cette Dame
qui eft tres - aimable a une
fort belle voix , & compofe
les paroles & les Airs desCantates
dont elle regale quelquefois
cette Academie.
parceque j'ay promis à un de
mes amis de me ſouvenir de
vous dire que , Madame de
G..... l'une des plus illuftres
1
GALANT. 311
de l'Academie dont j'ay par.
lé, vient de donner un ouvrage
au Public qui merite
d'eltre annoncé ; il eſt intitulé
Amarante , ou le Triomphe de
l'amitié , & ſe vend ſur le
Quay des Auguſtins , chez
Claude Jombert : cette Dame
qui eft tres - aimable a une
fort belle voix , & compofe
les paroles & les Airs desCantates
dont elle regale quelquefois
cette Academie.
Fermer
5270
p. 311-313
Avis tres-utile.
Début :
Le Sieur Porcheron, a un secret merveilleux contres les Rhumatismes [...]
Mots clefs :
Rhumatismes, Pommade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis tres-utile.
Avis tres utile .
1
Le Sieur Porcheron , a un
312 MERCURE
ſcratiques.
fecret merveilleux contre lesRhumatismes
inveterez , gouteux ,
douleurs de nerfs
Cefecret confifte en une Pommade
composée de ſimples, approuvée de
Meſſieurs les Doyen &Docteurs
delaFacultédeMedecine àParis,
qui ont queri cux mêmes par le
feul liniment , & frottement de
cette Pommade plusieurs malades
de Rhumatismes inveterez &
gouteux ,qui ne cedoient point
aux remedes ordinaires : elle guerit
auſſi les enquilofes dans les
boëtes des genoux. Les pots font
cachetez defon cachet , il donnera
la maniere de s'en servir. Cette
Pommade
GALANT. 313
Pommade nese corrompt jamais ;
&peut se tranſporter dans toute
fortede Pays. Elle a la vertu
de faire tranſpirer doucement
l'humeur en dehors,fans aucune
cicatrice. Lesplus petits potsfont
de 50. fols & les grands de s.
liures. Cette Pommade guerit
auffi parfaitement toutes les
playes &tous les ulceres.
Il demeure ruëdu petit Lyon
quartierS. Sauveur, au coin de
la rue des deux Portes oùson
Tableau eft expofé.
1
Le Sieur Porcheron , a un
312 MERCURE
ſcratiques.
fecret merveilleux contre lesRhumatismes
inveterez , gouteux ,
douleurs de nerfs
Cefecret confifte en une Pommade
composée de ſimples, approuvée de
Meſſieurs les Doyen &Docteurs
delaFacultédeMedecine àParis,
qui ont queri cux mêmes par le
feul liniment , & frottement de
cette Pommade plusieurs malades
de Rhumatismes inveterez &
gouteux ,qui ne cedoient point
aux remedes ordinaires : elle guerit
auſſi les enquilofes dans les
boëtes des genoux. Les pots font
cachetez defon cachet , il donnera
la maniere de s'en servir. Cette
Pommade
GALANT. 313
Pommade nese corrompt jamais ;
&peut se tranſporter dans toute
fortede Pays. Elle a la vertu
de faire tranſpirer doucement
l'humeur en dehors,fans aucune
cicatrice. Lesplus petits potsfont
de 50. fols & les grands de s.
liures. Cette Pommade guerit
auffi parfaitement toutes les
playes &tous les ulceres.
Il demeure ruëdu petit Lyon
quartierS. Sauveur, au coin de
la rue des deux Portes oùson
Tableau eft expofé.
Fermer
5271
p. 314-316
AVERTISSEMENT.
Début :
A beau prêcher à qui n'a coeur de bien faire, payez à present [...]
Mots clefs :
Journal de Verdun, Ambassadeur de Perse, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Abeau précher à qui n'a coeur
de bien faire , payez à preſent
mes ports de Lettres , ou ne les
payez pas , ma foy je ne m'en
foucie guerre , je les receuray
toutes comme j'ay fait jusqu'a
prefent,franches ou non ; quand
ce neseroit quepour avoir le plaifir
de répondre à tout , je n'en
laiſferayjamais à laPofte.
Item. Souvenez- vous , s'il
vous plaist , Messieurs , que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perfe
qu'il m'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires ,
د
GALANT. 31
12
dont je vous prie de me débaraffor
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une facon
nouvelle : & de me determiner
à vous donner inceſſamment
toute bienséance gardée à fon
égard le recit de quelqu'une de
Ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Histoire ,paffez- moy ces traits de
ma belle humeur , en faveur de la
rareté des incidents. Vous en au
rez le détail au premier jour , fi
( comme je l'espere ) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvenient
à me laiſſer la liberté de
le faire imprimer.
Ddij
316 MERCURE
Au reste le Fournalde Verdun
qui a pillé le mien d'un bout
l'autre , &qui l'a défiguré par le
barboüillage du pillage qu'il en a
nedoit fait,ne pas vous êterl'envie
d'en lire l'original.
Abeau précher à qui n'a coeur
de bien faire , payez à preſent
mes ports de Lettres , ou ne les
payez pas , ma foy je ne m'en
foucie guerre , je les receuray
toutes comme j'ay fait jusqu'a
prefent,franches ou non ; quand
ce neseroit quepour avoir le plaifir
de répondre à tout , je n'en
laiſferayjamais à laPofte.
Item. Souvenez- vous , s'il
vous plaist , Messieurs , que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perfe
qu'il m'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires ,
د
GALANT. 31
12
dont je vous prie de me débaraffor
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une facon
nouvelle : & de me determiner
à vous donner inceſſamment
toute bienséance gardée à fon
égard le recit de quelqu'une de
Ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Histoire ,paffez- moy ces traits de
ma belle humeur , en faveur de la
rareté des incidents. Vous en au
rez le détail au premier jour , fi
( comme je l'espere ) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvenient
à me laiſſer la liberté de
le faire imprimer.
Ddij
316 MERCURE
Au reste le Fournalde Verdun
qui a pillé le mien d'un bout
l'autre , &qui l'a défiguré par le
barboüillage du pillage qu'il en a
nedoit fait,ne pas vous êterl'envie
d'en lire l'original.
Fermer
5272
p. 316
APOSTILLE.
Début :
Je viens d'apprendre que M. de la Berchere de la Rochepot, [...]
Mots clefs :
Homère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre queM.
de la Bercherede la Rochepot,
s'eſt fait apporter parGancau,
Libraire , tous les Exemplaires
de 1 Homere vangé. Il y aapparence
, que le fdits Exemplaires
feront fupprimez , ou que l'on
fera mettre des cartons fur
tous les endroits injuricux.
Je viens d'apprendre queM.
de la Bercherede la Rochepot,
s'eſt fait apporter parGancau,
Libraire , tous les Exemplaires
de 1 Homere vangé. Il y aapparence
, que le fdits Exemplaires
feront fupprimez , ou que l'on
fera mettre des cartons fur
tous les endroits injuricux.
Fermer
5273
s. p.
TABLE.
Début :
Decret de l'Empereur pour l'établissement d'une Banque, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Ecret de l'Empereur pour l'é
tabliſſement d'une Banque ,
où les Etrangers comme ses
propres Sujets auront toutes
leurs feuretez pour les fonds
qu'ilsy mettront.
Prélude nouveau.
54
Denonciationfaite àM. leChancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revestu de l'autorité du
Sceau ,paroift dans le monde
Dd iij
TABLE.
fous le titre d'Homere vangé.
8
Raiſons politiques de l'Auteur
pour donner & pour abreger
les Nouvelles. 98
Situation des affaires de Mayorque..
100%
Nouvelles deMadrid.105
Lettrede M. de la Baume , qui
fait auprés deMonseigneurle
Grand Prieur de France à
Malihe,la fonction de Secre
taire defes Commandements.
M.PNG
Nouvelles de Versailles ,ouplû-
16t ,Journal historique de ce
TABLE.
8
qui s'est passé à la Cour ce
mois - cy &l'autre.
Discoursde M. lePremierPréfident
de la Cour des Aides à
la rentrée du Parlement,ſuivi
de deux pieces de 149
Vers Latins à la loüange de fon
Ayeul&àlafienne.
Histoire curieuse de la nouvelle
154
découverte d'une Académie
3 nouvelle. 157
Vers d'une Dame de merite de
- cetteAcadémie , àl'Académie.
166
Autres Vers d'une autreDame de
ladice Académie , au Roy..
i I
TABLE
Envoy d'un Ruban jaune &
dun Ruban verd , c. 171
Sylvains,Airde Couperin.ParodiedeM.
D. 173
Sonnet auRoy fur la Paix. 181
Bours- rimez à remplir. 184
PremierArticledes Morts. 186
Mariages. 197
Préambule dont la lecture est neceffaire
pour l'intelligence du
Chapitre qui leſuit. 218
Hiftoire allegorique.. 222
Chanson 275
Difcours où l'Auteur rit du bout
des dents. 276
Epigramme contre l'Auteur. 278
SecondArticle des Morts. 280
TABLE.
DonsduRoy. 294
Chapitre des Enigmes. 298
Billet doux accompagné d'un
Enigme , envoyé àl'Auteur.
305
Trait Comique. 308
Avis.
310
Avis tres-utile. 311
Avertissement. 3'4
Apostille. 316
Ecret de l'Empereur pour l'é
tabliſſement d'une Banque ,
où les Etrangers comme ses
propres Sujets auront toutes
leurs feuretez pour les fonds
qu'ilsy mettront.
Prélude nouveau.
54
Denonciationfaite àM. leChancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revestu de l'autorité du
Sceau ,paroift dans le monde
Dd iij
TABLE.
fous le titre d'Homere vangé.
8
Raiſons politiques de l'Auteur
pour donner & pour abreger
les Nouvelles. 98
Situation des affaires de Mayorque..
100%
Nouvelles deMadrid.105
Lettrede M. de la Baume , qui
fait auprés deMonseigneurle
Grand Prieur de France à
Malihe,la fonction de Secre
taire defes Commandements.
M.PNG
Nouvelles de Versailles ,ouplû-
16t ,Journal historique de ce
TABLE.
8
qui s'est passé à la Cour ce
mois - cy &l'autre.
Discoursde M. lePremierPréfident
de la Cour des Aides à
la rentrée du Parlement,ſuivi
de deux pieces de 149
Vers Latins à la loüange de fon
Ayeul&àlafienne.
Histoire curieuse de la nouvelle
154
découverte d'une Académie
3 nouvelle. 157
Vers d'une Dame de merite de
- cetteAcadémie , àl'Académie.
166
Autres Vers d'une autreDame de
ladice Académie , au Roy..
i I
TABLE
Envoy d'un Ruban jaune &
dun Ruban verd , c. 171
Sylvains,Airde Couperin.ParodiedeM.
D. 173
Sonnet auRoy fur la Paix. 181
Bours- rimez à remplir. 184
PremierArticledes Morts. 186
Mariages. 197
Préambule dont la lecture est neceffaire
pour l'intelligence du
Chapitre qui leſuit. 218
Hiftoire allegorique.. 222
Chanson 275
Difcours où l'Auteur rit du bout
des dents. 276
Epigramme contre l'Auteur. 278
SecondArticle des Morts. 280
TABLE.
DonsduRoy. 294
Chapitre des Enigmes. 298
Billet doux accompagné d'un
Enigme , envoyé àl'Auteur.
305
Trait Comique. 308
Avis.
310
Avis tres-utile. 311
Avertissement. 3'4
Apostille. 316
Fermer
5274
s. p.
« L'Air doit regarder la page 275 [...] »
Début :
L'Air doit regarder la page 275 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Air doit regarder la page 275 [...] »
L'Air doit regarder la page 275
Fermer
5275
p. 3-9
Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
Début :
MADAME, Soyez chimere, ou soyez effectivement un objet choisi dans [...]
Mots clefs :
Mercure, Lecteurs, Madame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
Fermer
5276
p. 9-14
Imprudence de Britannicus reparée par l'Empereur Geta. [titre d'après la table]
Début :
J'ai eu l'honneur de vous dire le mois passé, en vous [...]
Mots clefs :
Britannicus, Parterre, Auteur, Acteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imprudence de Britannicus reparée par l'Empereur Geta. [titre d'après la table]
J'ay cu l'honneur de vous
dire le mois paſſé, en vous annonçant
la Coquette de Village
, de M. du Freſny , qui eſt
une des plus jolies Comedies
qu'on puiffe voir , qu'un Lundi
27. du même mois , laTragedie
de Britannicus avoit eſté
10 MERCURE
interrompuë par un dépit de
Britannicus , que le Parterre
avoit eu l'audace de prier de
parler plus haut , & que ledit
Britannicus inflexible auxprieres
du Partere , luy avoit ordonnéde
parler plus bas .Cette
repartie ne fut ſuivie fur le
champque d'une legere huée ,
dont l'Auteur apparemment
ſe felicita , comme il luy plut ;
mais quatre jours aprés , (& cc
fut unVendredy31.dud.mois, )
ce même Acteur , qui , ( cette
avanture à part , ) a certainement
du merite , prit le mafque
de Geta , ſe flattant fans
sap
GALANT. "
doute de n'être qu'un mediocre
objet de la rancune du
public. Il s'avança avec confiance
ſur la Scene , pour debiter
ſon rôlle , il en entama
même quelques Vers qu'on ne
voulut pas entendre : on l'avoit
malheureuſement reconnu
, malgré ſon déguiſement ,
&cette reconnoiffance infortunée
fut ſi bruſque que tout le Parterre
s'en moucha , touſſa ,
cracha avec une telle impetuoſité
, & un ſi grand fracas
qu'on eut dit que quelque influence
maligne venoit d'enrhumer
de gaycté de coeur ,&
12 MERCURE
à outrance tous les Specta.
teurs de la Comedie. Mais
Geta pendant un moment de
filence, &de reflexion qu'il eut
à propos le loiſir de faire , ſe
doutant que la ſaillie de Britannicus
pouvoit contribuer
au mauvais accüeil qu'on luy
faiſoit , entreprit pour la fatisfaction
du public , la reparation
de la ſottiſe de Britannicus;&
s'avançant ſur le Theatre
d'un air tres-humilié , il fit
au Parterre , à peu prés , le
Compliment qui fuit.
MESSIEURS ,
Je vous demande tres-hum
GALANT. 13
blement pardon du malheur que
jayeu d'oublier le dernier jour ,
le reſpectque je vous dois. Vous
estes dans l'usage , Meffieurs , de
pardonnerſouventdepareilles impudences
àbien d'autres ; ferai-je
leſeul malheureux pourqui vous
n'aurez pas la même indulgence.
Je vous affeure que je ne me reconcilierai
jamais avec moi-même
, que vous ne m'ayez accordé
le pardon que je vous demande ,
&je vous promets , fi je l'obtiens
,de ne m'en rendre jamais
indigne.
Nous lui fîmes grace auffi
toſt avec une generofité qui
14 MERCURE
n'eût jamais d'exemple ; fon
humilité profondenous attendrit
, nous battîmes des mains
comme des Forcenez , enfin
nous luy laiſſames joüer ſon
rôle , dont nous fûmes trescontents
,& nous nous ſeparâmes
quittes&bons amis.
dire le mois paſſé, en vous annonçant
la Coquette de Village
, de M. du Freſny , qui eſt
une des plus jolies Comedies
qu'on puiffe voir , qu'un Lundi
27. du même mois , laTragedie
de Britannicus avoit eſté
10 MERCURE
interrompuë par un dépit de
Britannicus , que le Parterre
avoit eu l'audace de prier de
parler plus haut , & que ledit
Britannicus inflexible auxprieres
du Partere , luy avoit ordonnéde
parler plus bas .Cette
repartie ne fut ſuivie fur le
champque d'une legere huée ,
dont l'Auteur apparemment
ſe felicita , comme il luy plut ;
mais quatre jours aprés , (& cc
fut unVendredy31.dud.mois, )
ce même Acteur , qui , ( cette
avanture à part , ) a certainement
du merite , prit le mafque
de Geta , ſe flattant fans
sap
GALANT. "
doute de n'être qu'un mediocre
objet de la rancune du
public. Il s'avança avec confiance
ſur la Scene , pour debiter
ſon rôlle , il en entama
même quelques Vers qu'on ne
voulut pas entendre : on l'avoit
malheureuſement reconnu
, malgré ſon déguiſement ,
&cette reconnoiffance infortunée
fut ſi bruſque que tout le Parterre
s'en moucha , touſſa ,
cracha avec une telle impetuoſité
, & un ſi grand fracas
qu'on eut dit que quelque influence
maligne venoit d'enrhumer
de gaycté de coeur ,&
12 MERCURE
à outrance tous les Specta.
teurs de la Comedie. Mais
Geta pendant un moment de
filence, &de reflexion qu'il eut
à propos le loiſir de faire , ſe
doutant que la ſaillie de Britannicus
pouvoit contribuer
au mauvais accüeil qu'on luy
faiſoit , entreprit pour la fatisfaction
du public , la reparation
de la ſottiſe de Britannicus;&
s'avançant ſur le Theatre
d'un air tres-humilié , il fit
au Parterre , à peu prés , le
Compliment qui fuit.
MESSIEURS ,
Je vous demande tres-hum
GALANT. 13
blement pardon du malheur que
jayeu d'oublier le dernier jour ,
le reſpectque je vous dois. Vous
estes dans l'usage , Meffieurs , de
pardonnerſouventdepareilles impudences
àbien d'autres ; ferai-je
leſeul malheureux pourqui vous
n'aurez pas la même indulgence.
Je vous affeure que je ne me reconcilierai
jamais avec moi-même
, que vous ne m'ayez accordé
le pardon que je vous demande ,
&je vous promets , fi je l'obtiens
,de ne m'en rendre jamais
indigne.
Nous lui fîmes grace auffi
toſt avec une generofité qui
14 MERCURE
n'eût jamais d'exemple ; fon
humilité profondenous attendrit
, nous battîmes des mains
comme des Forcenez , enfin
nous luy laiſſames joüer ſon
rôle , dont nous fûmes trescontents
,& nous nous ſeparâmes
quittes&bons amis.
Fermer
5277
p. 14-16
« Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...] »
Début :
Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...]
Mots clefs :
Nouvelle galante, Digressions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...] »
Ne trouvez vous pas , Madame
, cette petite nouvelle
affez galante, &ne ſeriez - vous
pas bien aiſe d'en lire une demie
douzaine de cette eſpece ,
dans ceMercureque j'ai l'honneur
de vous dedier, ſans vous
connoître. Mais j'oublie de
vous dire en paſſant que cette
GALANT.
{
façon de dedicace n'eſt pas
ſans exemple. Une des plus illuftres
, des plus auguſtes , &
des plus éclairées Princeſſes du
monde vient d'en delavoüer
une ſemblable , avec cette dif.
ference néanmoins , qu'elle
ne connoiſſoit nullement ,&
ne daignera jamais connoître
celui qui lui dedioit fon Ouvrage
; au lieu que c'eſt moy
franchement qui ne connois
pasl'obligeanteperſonne àqui
je dedie le mien. Mais pour
ne pas vous faire perdre par
mes digreſſions , la fuire dece
que je vous diſois, ſouffrez que
je reprenne montexte.
16 MERCURE
1
Il eſt donc queſtion de vous
amener agréablement des nouvelles
auffi intereſſantes que
celles que vous venez de lire.
C'eſt auſſi mon deſſein , Madame;
mais le monde en exige
d'abord de moy de plus grandes&
de plus generales ; commençons
ſi vous m'en croyez,
par contenter les plus preſſez,
ou pluſtoſt laiſſez moy la liberté
de leur donner un chapitre
d'obligation , que vous eſtes
la Maiſtreſſe de ſauter , &
cherchez dans la table la date
des articles que je vous pro
mets.
, cette petite nouvelle
affez galante, &ne ſeriez - vous
pas bien aiſe d'en lire une demie
douzaine de cette eſpece ,
dans ceMercureque j'ai l'honneur
de vous dedier, ſans vous
connoître. Mais j'oublie de
vous dire en paſſant que cette
GALANT.
{
façon de dedicace n'eſt pas
ſans exemple. Une des plus illuftres
, des plus auguſtes , &
des plus éclairées Princeſſes du
monde vient d'en delavoüer
une ſemblable , avec cette dif.
ference néanmoins , qu'elle
ne connoiſſoit nullement ,&
ne daignera jamais connoître
celui qui lui dedioit fon Ouvrage
; au lieu que c'eſt moy
franchement qui ne connois
pasl'obligeanteperſonne àqui
je dedie le mien. Mais pour
ne pas vous faire perdre par
mes digreſſions , la fuire dece
que je vous diſois, ſouffrez que
je reprenne montexte.
16 MERCURE
1
Il eſt donc queſtion de vous
amener agréablement des nouvelles
auffi intereſſantes que
celles que vous venez de lire.
C'eſt auſſi mon deſſein , Madame;
mais le monde en exige
d'abord de moy de plus grandes&
de plus generales ; commençons
ſi vous m'en croyez,
par contenter les plus preſſez,
ou pluſtoſt laiſſez moy la liberté
de leur donner un chapitre
d'obligation , que vous eſtes
la Maiſtreſſe de ſauter , &
cherchez dans la table la date
des articles que je vous pro
mets.
Fermer
5278
p. 17-36
MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
Début :
Que l'Arrhe de Legitimation ne se payera que pour une [...]
Mots clefs :
Arrhes, Juifs, Emplois, Banque, Tribunaux, Conseillers, Officiers, Grands officiers, Sa Majesté, Cour, Royaumes, Militaires, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
MATRICULE
Des Airhes de Legitimation
que devront payer Tous
Chacun de ceux qui voudront
conferver leurs Prééminences,
Charges , Fonctions , Salaires
, Penſions & Aides
qui
د
016
voudront ſe qualifier pour
en obtenir à l'avenir, ou pour
recevoir de nouvelles Graces :
comme auſſi ceux qui voudront
joüirdes Franchiſes&Avantages
de la Banque , ſelon la
Claſſe dont ils feront ; Surquoi
ilfaut obferver.
Que l'Arrhe de Legitima-
Juin 1715. B
18 MERCURE
tion ne ſe payera que pour une
Claſſe par ceux qui , à cauſe
de leurs differentes Qualitez ,
pourroient appartenir à pluſieurs
, mais que le Payement
ſe fera ſur le pied de la plus
haute.
Et que ceux du Clergé qui
voudront conſerver leurs Dignitez
Seculieres , & joüir des
Franchiſes & avantages de la
Banque , ou ſe qualifier pour
y avoir part à l'avenir , feront
admis à payer l'Arche de Legitimation
, & à fe faire infcrire
fut le Regiſtre.
GALANT. 19
:
LesClaffesfont lesſuivantes.
1. Dans la premiere ſont
compris les Princes qui ont des
Emplois Civils ou Militaires
de la Cour , & les Conſeillers
Intimes effectifs , chacun defquels
payera annuellement
ſous le Titre d'Arrhe de Legitimation.
200
2. La ſeconde Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui avec ce Titre
jouiffent de quelques autres
Emplois , Salaires ou Penſions,
ils payeront annuellement.150
Bij
20 MERCURE
3. La troiſiéme Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui n'ont ni Emplois
, ni Penſions. Ils payeront
annuellement. 100
4. La quatriémeClaffeconcerne
les Conſeillers Intimes
de l'Autriche Antericure &
Poſterieure ; les Chambellans
de Sa Majesté Imperiale qui
ont des Gages ou des Penſions;
Tous les Seigneurs & Perfonnes
deQualité qui ont des Emplois
à la Cour , ou qui font
Membres des Tribunaux &
Jurisdiccions de la Cour ; comme
auſſi les Chefs des JurifdicGALANT.
21
tionsde Sa Majesté Imperiale ;
les Grands Officiers du Païs ,
& les Gouverneurs , deſquels
un chacun payera pour Arrhe
deLegitimation. 150
s. Dans la cinquiémeClaſſe
feront les autres Chambellans
de Sa Majeſté Imperiale , qui
n'ont ni Gages ni Penſions ;
Tous les Seigneurs& Perfonnes
de Qualité qui ont ſéance
en qualité de Conſeillers, dans
les Dicaſteres , Tribunaux &
Judicatures de nos Royaumes
& Principautez . Ils payeront
annuellement. 100
Toutes fois , les Affeſſeurs
L
:
22 MERCURE
Jurifconfultes , pour les Fiefs
du Païs , de la Chambre , &
de la Cour , entant que tels ,
feront exempts de l'Arthe de
Legitimation .
6. Dans la fixiéme ſeront
compris lesGens de qualité qui
font Conſeillers de Sa Majeſté
Imperiale , &qui n'ont féance
en aucune Cour de Juſtice ,
commeauſſi ceux qui ont des
Charges dans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
&qui ne font incorporez dans
aucun College , comme ſont
les Capitaines des Cercles &
autres ſemblables. Ils paycront
par an. 75
GALANT. 23
7. La ſeptiéme Claſſe ſera
pour les Gens de Qualité , qui
n'ont aucuneCharge juſques à
preſentdans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
mais qui aſpirent à y parvenir .
Ceux- là devront , en confequence
du Diplome Imperial,
ſe faire infcrire ſix mois auparavant
ſur le Livre de la Ban
que. Et s'ils pretendent à une
Charge de la premiere ou ſecondeClaſſe
, ils payeront 100
Si- non , ils payeront ſeulement.
SO
8. Dans la huitiéme Clafſe
ſeront compris lesConſeils
24 MERCURE
de la Cour , Civils , Militaires
, & de la Chambre ; comme
auſſi les ſur Grands Commiſſaires
de Guerre , Nobles
ou non; & dans les Provinces
tous les Grands Officiers du
Païs qui ſont du Corps de la
Nobleffe; Tous les Chefs du
dit Corps , diverſes Judicatures&
autres Officiers. Ils payeront
annuellement. 1.00
9. Dans la neuviéme Claſſe
feront les AuditeursGeneraux,
&les Grands Commiſſaires de
Guerre , qui payeront par an.
75
10. Dans la dixieme Claſſe
feront
GALANT. 25
,
feront les Conſeillers de Sa
Majesté Imperiale , Civils
Militaires , & de la Chambre
qui apartiennent au Gouvernement
du Païs , à la Regence
, ou aux Tribunaux ; Les
Capitaines des Arſenaux ici à
Vienne , nobles ou non ; les
Aſſeſſeurs du Maréchal de la
Cour ; ceux qui poſſédent d'autres
bonnes charges à la Cour,
& qui ne font pas nobles , &
les Medecins de Sa Majesté Impériale&
de la Cour ; Ils payeront
par an. so
11. Dans l'onziéme Claſſe
viennent les Nobles , qui ſans
Juin 1715. C
26 MERCURE
avoir le caractére de Confeillers
de Sa Majesté Impériale ,
poſſédent des Emplois dans ſes
Royaumes & Etats , les Lieutenants
Colonels de Bateaux ,
les Valets deChambre del'Empereur
, & les fous Commiffaires
de Guerre . Ils payeront
par an . 30
12. Dans la douziéme Clafſe
ſeront comptez les ConſeillersTitulaires
de l'Empereur ,
les Secretaires dans les Arfcnaux
, les Architectes Militaires
, & ceux qui afpirent aux
Emplois compris dans les 8,9 ,
& 10. Claſſe. Ils payeront par
an. 20
GALANT. 27
१
13. La treiziéme Claſſe
comprend les plus confiderables
Emplois ſubalternes de la
Cour , Maîtres des Fourages
de la Cour , Controlleurs de
la Cour , Quartier- Maîtres de
la Coury Maîtres des Fourages
de la Cour Controlleurs
de la Cour & ſemblables.
Comme auffi les Secretaires
qui font dans les Bureaux &
Tribunaux de la Cour , les
Toneurs de Livres & autres
Officiers , & les Cancelliſtes
inclufivement , juſqu'aux Expediteurs?
Les Officiers de la
Claſſe juſqu'aux Maîtres des
Cij
28 MMEERRCURE
Forêts incluſivement. Les Officiers
dela Chambre dans les
Provinces qui ont leur propre
Office&Bureau , & les Maitres
des Haras de l'Empereur ,
& finalement auſſi tous les
Chrêtiens qui fourpulent les
Proviſions de la Cour. Ils
payeront annuellement.so .
14. Dans la quatorziéme
Claſſe viennent les Fiſcaux &
::
Procureurs de la Chambre ,
les Syndicsde la Ville , les Juges
Royaux , les Bourgemaltres
des Villes Principales,item
les Primats ,les Avocats reçus
dans les Tribunauxde laCour,
}
GALANT. 29
&dans les principales Inſtances
des Provinces , les Medecins
dans les Provinces qui ont
Gagesde nôtreTreforerie; les
Muficiens de l'Empereur qui
ont les plus gros Gages , les
Banquiers,& principaux Marchands
qui Negocient avec la
Cour. Ils payeront annuellement.
30
15. Dans la quinziémeClaf- .
ſe ſeront mis , les Sécretaires
établis dans les bas Tribunaux
Civils& Militaires ; les Adminiſtrateurs
de l'Arsenal & leurs
ſemblables , comme auſſi les
autres Avocats , Agents de
Cij
30 MERCURE
Cour , Procureurs de Provinces
, & Solliciteurs jurés . Les
Commis de la Doüane de l'Empereur
, les Commis du Sel &
autres ſemblables , qui payeront
annuellement . 15
16. Dans la ſeiziémeClaſſe,
feront comptez tous les Officiers
desChancelleries qui fervent
dans les Tribunaux &
•Judicatures de la Cour juſques
au Cancelliſte incluſivement ;
Tous les Officiers de la Chambre
, qui ne ſont point compris
dans les plus hautes Clafſes
; les Adminiſtrateurs du
Bureau des Bateaux , les EcriGALANT.
31
:
vains dans les Judicatures , &
les Muficiensqui ont les moindres
gages , comme auffi ceux
qui aſpirent aux Emplois des
Claſſes 11 , 12 , 13 , & 14. Ils
payeront par an.
10
17. Dans la dix- ſeptiéme
Claſſe ſeront mis tous ceux qui
ontde moindres Offices de Sa
Majesté Impériale , en ſes
Royaumes & Principautez , &
qui ne ſontpoint compris dans
lesprecedentes Claffes. Com.
me auffi tous ceux qui aſpireront
aux Emplois de la 15. &
16. Claſſe. Ils payeront par
an.
3
C iiij
32 MERCURE
Et parce qu'il n'a pas été
poſſible de ſpecifier dans cette
Matricule toutes les diférentes
qualitez , Conditions , Offices
& Titres qui ſe trouvent dans
les Royaumes & Provinces de
Sa Majesté Imperiale , on déclare
que ceux deſquels la condition
ou l'état ne ſont pas précilément
exprimés ci deſſus ,
devront demander à ſe faire
enregiſtrer dans la Claſſe qui
leur conviendra le mieux , en
payant l'Arthe de Legitimationquiy
eſt marqué , ous'en.
querir , mais dans le terme de
fix ſemaines , à compter du
GALANT. 33
jour de la publication , en
quellesClaſſes ils doivent être
placés : & tant que les Colléges
de la Banque ne feront pas
encore établis , ils pourront
l'aprendre du gouvernement
dans les Provinces. :
En outre , on doit être adverti
que l'Ordre de ces Claffes
, ni la fomme quelles portent
, ne concernent uniquement
que la Banque , & n'avancent
ni nereculent perſonne
dans le rang qui lui apartient.
34 MERCURE
LISTE DES JUIFS.
Pour concluſion voici ce
que les Juifs devront payer à la
Banque , moyennant quoi ils
pouront auſſi s'avantager ſelon
leur état des Benefices qu'elle
communique.
1. Tous les Juifs mariés qui
ſe tiennent ici , tous les Facteurs
, Provediteurs & Marchands
de la Cour , & ceux qui
trafiquent en change ou autres
ſemblables , étant tolerez ici
àVienne , payeront. 300
2. Dans cette ſeconde clafGALANT.
35
ſe ſeront mis les Juifs qui s'intereſſent
dans les Negoces &
proviſions de la Cour , & qui
ne refident pas àVienne. Ceux
làpayeront. 100
3. Les Juifs qui dans les
Provinces exercent divers Offices
des Juifs , qu'ils ont obtenus
de la Cour , de la Chambreou
du Païs , payeront annuellement
. 30
4. Les Juifs qui aſpirent à
de ſemblables Offices de Juifs,
ou qui veulent joüir d'autres
Benefices de la Banque , qui
leur font propres , payeront
annuellement. 6
36 MERCURE
Il ſera permis , au reſte , à
toute la Nation des Juifs , de
ſe faire enregiſtrer ſur le Livre
de la Banque , pour ſe rendre
capables de participer à ſes avantages,&
benefices ; moiennant
l'Arthe marquéedans l'une
ou l'autre de quatre claſſes
ci-deſſus marquées.
Des Airhes de Legitimation
que devront payer Tous
Chacun de ceux qui voudront
conferver leurs Prééminences,
Charges , Fonctions , Salaires
, Penſions & Aides
qui
د
016
voudront ſe qualifier pour
en obtenir à l'avenir, ou pour
recevoir de nouvelles Graces :
comme auſſi ceux qui voudront
joüirdes Franchiſes&Avantages
de la Banque , ſelon la
Claſſe dont ils feront ; Surquoi
ilfaut obferver.
Que l'Arrhe de Legitima-
Juin 1715. B
18 MERCURE
tion ne ſe payera que pour une
Claſſe par ceux qui , à cauſe
de leurs differentes Qualitez ,
pourroient appartenir à pluſieurs
, mais que le Payement
ſe fera ſur le pied de la plus
haute.
Et que ceux du Clergé qui
voudront conſerver leurs Dignitez
Seculieres , & joüir des
Franchiſes & avantages de la
Banque , ou ſe qualifier pour
y avoir part à l'avenir , feront
admis à payer l'Arche de Legitimation
, & à fe faire infcrire
fut le Regiſtre.
GALANT. 19
:
LesClaffesfont lesſuivantes.
1. Dans la premiere ſont
compris les Princes qui ont des
Emplois Civils ou Militaires
de la Cour , & les Conſeillers
Intimes effectifs , chacun defquels
payera annuellement
ſous le Titre d'Arrhe de Legitimation.
200
2. La ſeconde Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui avec ce Titre
jouiffent de quelques autres
Emplois , Salaires ou Penſions,
ils payeront annuellement.150
Bij
20 MERCURE
3. La troiſiéme Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui n'ont ni Emplois
, ni Penſions. Ils payeront
annuellement. 100
4. La quatriémeClaffeconcerne
les Conſeillers Intimes
de l'Autriche Antericure &
Poſterieure ; les Chambellans
de Sa Majesté Imperiale qui
ont des Gages ou des Penſions;
Tous les Seigneurs & Perfonnes
deQualité qui ont des Emplois
à la Cour , ou qui font
Membres des Tribunaux &
Jurisdiccions de la Cour ; comme
auſſi les Chefs des JurifdicGALANT.
21
tionsde Sa Majesté Imperiale ;
les Grands Officiers du Païs ,
& les Gouverneurs , deſquels
un chacun payera pour Arrhe
deLegitimation. 150
s. Dans la cinquiémeClaſſe
feront les autres Chambellans
de Sa Majeſté Imperiale , qui
n'ont ni Gages ni Penſions ;
Tous les Seigneurs& Perfonnes
de Qualité qui ont ſéance
en qualité de Conſeillers, dans
les Dicaſteres , Tribunaux &
Judicatures de nos Royaumes
& Principautez . Ils payeront
annuellement. 100
Toutes fois , les Affeſſeurs
L
:
22 MERCURE
Jurifconfultes , pour les Fiefs
du Païs , de la Chambre , &
de la Cour , entant que tels ,
feront exempts de l'Arthe de
Legitimation .
6. Dans la fixiéme ſeront
compris lesGens de qualité qui
font Conſeillers de Sa Majeſté
Imperiale , &qui n'ont féance
en aucune Cour de Juſtice ,
commeauſſi ceux qui ont des
Charges dans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
&qui ne font incorporez dans
aucun College , comme ſont
les Capitaines des Cercles &
autres ſemblables. Ils paycront
par an. 75
GALANT. 23
7. La ſeptiéme Claſſe ſera
pour les Gens de Qualité , qui
n'ont aucuneCharge juſques à
preſentdans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
mais qui aſpirent à y parvenir .
Ceux- là devront , en confequence
du Diplome Imperial,
ſe faire infcrire ſix mois auparavant
ſur le Livre de la Ban
que. Et s'ils pretendent à une
Charge de la premiere ou ſecondeClaſſe
, ils payeront 100
Si- non , ils payeront ſeulement.
SO
8. Dans la huitiéme Clafſe
ſeront compris lesConſeils
24 MERCURE
de la Cour , Civils , Militaires
, & de la Chambre ; comme
auſſi les ſur Grands Commiſſaires
de Guerre , Nobles
ou non; & dans les Provinces
tous les Grands Officiers du
Païs qui ſont du Corps de la
Nobleffe; Tous les Chefs du
dit Corps , diverſes Judicatures&
autres Officiers. Ils payeront
annuellement. 1.00
9. Dans la neuviéme Claſſe
feront les AuditeursGeneraux,
&les Grands Commiſſaires de
Guerre , qui payeront par an.
75
10. Dans la dixieme Claſſe
feront
GALANT. 25
,
feront les Conſeillers de Sa
Majesté Imperiale , Civils
Militaires , & de la Chambre
qui apartiennent au Gouvernement
du Païs , à la Regence
, ou aux Tribunaux ; Les
Capitaines des Arſenaux ici à
Vienne , nobles ou non ; les
Aſſeſſeurs du Maréchal de la
Cour ; ceux qui poſſédent d'autres
bonnes charges à la Cour,
& qui ne font pas nobles , &
les Medecins de Sa Majesté Impériale&
de la Cour ; Ils payeront
par an. so
11. Dans l'onziéme Claſſe
viennent les Nobles , qui ſans
Juin 1715. C
26 MERCURE
avoir le caractére de Confeillers
de Sa Majesté Impériale ,
poſſédent des Emplois dans ſes
Royaumes & Etats , les Lieutenants
Colonels de Bateaux ,
les Valets deChambre del'Empereur
, & les fous Commiffaires
de Guerre . Ils payeront
par an . 30
12. Dans la douziéme Clafſe
ſeront comptez les ConſeillersTitulaires
de l'Empereur ,
les Secretaires dans les Arfcnaux
, les Architectes Militaires
, & ceux qui afpirent aux
Emplois compris dans les 8,9 ,
& 10. Claſſe. Ils payeront par
an. 20
GALANT. 27
१
13. La treiziéme Claſſe
comprend les plus confiderables
Emplois ſubalternes de la
Cour , Maîtres des Fourages
de la Cour , Controlleurs de
la Cour , Quartier- Maîtres de
la Coury Maîtres des Fourages
de la Cour Controlleurs
de la Cour & ſemblables.
Comme auffi les Secretaires
qui font dans les Bureaux &
Tribunaux de la Cour , les
Toneurs de Livres & autres
Officiers , & les Cancelliſtes
inclufivement , juſqu'aux Expediteurs?
Les Officiers de la
Claſſe juſqu'aux Maîtres des
Cij
28 MMEERRCURE
Forêts incluſivement. Les Officiers
dela Chambre dans les
Provinces qui ont leur propre
Office&Bureau , & les Maitres
des Haras de l'Empereur ,
& finalement auſſi tous les
Chrêtiens qui fourpulent les
Proviſions de la Cour. Ils
payeront annuellement.so .
14. Dans la quatorziéme
Claſſe viennent les Fiſcaux &
::
Procureurs de la Chambre ,
les Syndicsde la Ville , les Juges
Royaux , les Bourgemaltres
des Villes Principales,item
les Primats ,les Avocats reçus
dans les Tribunauxde laCour,
}
GALANT. 29
&dans les principales Inſtances
des Provinces , les Medecins
dans les Provinces qui ont
Gagesde nôtreTreforerie; les
Muficiens de l'Empereur qui
ont les plus gros Gages , les
Banquiers,& principaux Marchands
qui Negocient avec la
Cour. Ils payeront annuellement.
30
15. Dans la quinziémeClaf- .
ſe ſeront mis , les Sécretaires
établis dans les bas Tribunaux
Civils& Militaires ; les Adminiſtrateurs
de l'Arsenal & leurs
ſemblables , comme auſſi les
autres Avocats , Agents de
Cij
30 MERCURE
Cour , Procureurs de Provinces
, & Solliciteurs jurés . Les
Commis de la Doüane de l'Empereur
, les Commis du Sel &
autres ſemblables , qui payeront
annuellement . 15
16. Dans la ſeiziémeClaſſe,
feront comptez tous les Officiers
desChancelleries qui fervent
dans les Tribunaux &
•Judicatures de la Cour juſques
au Cancelliſte incluſivement ;
Tous les Officiers de la Chambre
, qui ne ſont point compris
dans les plus hautes Clafſes
; les Adminiſtrateurs du
Bureau des Bateaux , les EcriGALANT.
31
:
vains dans les Judicatures , &
les Muficiensqui ont les moindres
gages , comme auffi ceux
qui aſpirent aux Emplois des
Claſſes 11 , 12 , 13 , & 14. Ils
payeront par an.
10
17. Dans la dix- ſeptiéme
Claſſe ſeront mis tous ceux qui
ontde moindres Offices de Sa
Majesté Impériale , en ſes
Royaumes & Principautez , &
qui ne ſontpoint compris dans
lesprecedentes Claffes. Com.
me auffi tous ceux qui aſpireront
aux Emplois de la 15. &
16. Claſſe. Ils payeront par
an.
3
C iiij
32 MERCURE
Et parce qu'il n'a pas été
poſſible de ſpecifier dans cette
Matricule toutes les diférentes
qualitez , Conditions , Offices
& Titres qui ſe trouvent dans
les Royaumes & Provinces de
Sa Majesté Imperiale , on déclare
que ceux deſquels la condition
ou l'état ne ſont pas précilément
exprimés ci deſſus ,
devront demander à ſe faire
enregiſtrer dans la Claſſe qui
leur conviendra le mieux , en
payant l'Arthe de Legitimationquiy
eſt marqué , ous'en.
querir , mais dans le terme de
fix ſemaines , à compter du
GALANT. 33
jour de la publication , en
quellesClaſſes ils doivent être
placés : & tant que les Colléges
de la Banque ne feront pas
encore établis , ils pourront
l'aprendre du gouvernement
dans les Provinces. :
En outre , on doit être adverti
que l'Ordre de ces Claffes
, ni la fomme quelles portent
, ne concernent uniquement
que la Banque , & n'avancent
ni nereculent perſonne
dans le rang qui lui apartient.
34 MERCURE
LISTE DES JUIFS.
Pour concluſion voici ce
que les Juifs devront payer à la
Banque , moyennant quoi ils
pouront auſſi s'avantager ſelon
leur état des Benefices qu'elle
communique.
1. Tous les Juifs mariés qui
ſe tiennent ici , tous les Facteurs
, Provediteurs & Marchands
de la Cour , & ceux qui
trafiquent en change ou autres
ſemblables , étant tolerez ici
àVienne , payeront. 300
2. Dans cette ſeconde clafGALANT.
35
ſe ſeront mis les Juifs qui s'intereſſent
dans les Negoces &
proviſions de la Cour , & qui
ne refident pas àVienne. Ceux
làpayeront. 100
3. Les Juifs qui dans les
Provinces exercent divers Offices
des Juifs , qu'ils ont obtenus
de la Cour , de la Chambreou
du Païs , payeront annuellement
. 30
4. Les Juifs qui aſpirent à
de ſemblables Offices de Juifs,
ou qui veulent joüir d'autres
Benefices de la Banque , qui
leur font propres , payeront
annuellement. 6
36 MERCURE
Il ſera permis , au reſte , à
toute la Nation des Juifs , de
ſe faire enregiſtrer ſur le Livre
de la Banque , pour ſe rendre
capables de participer à ſes avantages,&
benefices ; moiennant
l'Arthe marquéedans l'une
ou l'autre de quatre claſſes
ci-deſſus marquées.
Fermer
5278
MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
5279
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
5280
p. 62-64
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Londres du 30. May, portent que ceux [...]
Mots clefs :
Juges, Roi, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Les Lettres de Londres du
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
Fermer
5281
p. 64-66
De Varsovie. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Warsovie portent que le bruit y avoit [...]
Mots clefs :
Varsovie, Camp des Tartares, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Varsovie. [titre d'après la table]
Les Lettres de Warſovie
portent
A GALANT. 65
portent que le bruit y avoit
couru pendant quelques jours
qu'on attendoit à Choczin
vingt mille Spahis avec trente
mille Janniſſaires ; & que
le Camp des Tartares avoit
ordre de s'avancer du même
coſté avec 40. ou so. mille
hommes ; mais on doute de
cette nouvelle ; ce qu'il y a de
certain , eſt qu'unnouveauBacha
eſtoit arrivé àChoczin avec
fix mille hommes pour en faireachever
les fortifications , &
que pour cet effet les peuples
de Moldavie eſtoient obligez
de fournir fixmille paliſſades ,
Juin 1715 . F
:
1 66 MERCURE
une ſomme confiderable , &
une grande quantité de provifions.
portent
A GALANT. 65
portent que le bruit y avoit
couru pendant quelques jours
qu'on attendoit à Choczin
vingt mille Spahis avec trente
mille Janniſſaires ; & que
le Camp des Tartares avoit
ordre de s'avancer du même
coſté avec 40. ou so. mille
hommes ; mais on doute de
cette nouvelle ; ce qu'il y a de
certain , eſt qu'unnouveauBacha
eſtoit arrivé àChoczin avec
fix mille hommes pour en faireachever
les fortifications , &
que pour cet effet les peuples
de Moldavie eſtoient obligez
de fournir fixmille paliſſades ,
Juin 1715 . F
:
1 66 MERCURE
une ſomme confiderable , &
une grande quantité de provifions.
Fermer
5282
p. 66-67
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que le Roy de Dannemarck a [...]
Mots clefs :
Hambourg, Roi du Danemark, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg que
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
Fermer
5283
p. 68-69
De Vienne. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Vienne que les Lettres de Hongrie du 5. [...]
Mots clefs :
Vienne, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne. [titre d'après la table]
On mande de Vienne que
les Lettres de Hongrie du s..
du mois paſſe , portent qu'on
avoit fait un grand amas de
paliſlades auprés de Segedin ,
&qu'elles devoient eſtre employées
aux fortifications de
cette Place, vers laquelle pluſieurs
Regimens avoient ordre
de marcher , que les Turcs afſembloient
un corps de troupes
prés de Salenkeimen , &
un autre plus confiderable auprés
de Belgrade : le bruit avoit
couru que le premier eftoit de
quinze mille hommes , quoy
qu'il n'y en eût pas plus de dix
GALANT. 69
mille ; & depuis on a ſçû qu'ils
avoient tous deux reçû ordre
de marcher contre les Venitiens.
On a appris qu'en deux
rencontres ils avoient eu en
Dalmatie l'avantage ſur les
Turcs qui avoient eſté battus,
avec une perte affez confiderable.
L'Aga Ibrahim n'a pas
encore cu audiance du Prince
Eugene.
les Lettres de Hongrie du s..
du mois paſſe , portent qu'on
avoit fait un grand amas de
paliſlades auprés de Segedin ,
&qu'elles devoient eſtre employées
aux fortifications de
cette Place, vers laquelle pluſieurs
Regimens avoient ordre
de marcher , que les Turcs afſembloient
un corps de troupes
prés de Salenkeimen , &
un autre plus confiderable auprés
de Belgrade : le bruit avoit
couru que le premier eftoit de
quinze mille hommes , quoy
qu'il n'y en eût pas plus de dix
GALANT. 69
mille ; & depuis on a ſçû qu'ils
avoient tous deux reçû ordre
de marcher contre les Venitiens.
On a appris qu'en deux
rencontres ils avoient eu en
Dalmatie l'avantage ſur les
Turcs qui avoient eſté battus,
avec une perte affez confiderable.
L'Aga Ibrahim n'a pas
encore cu audiance du Prince
Eugene.
Fermer
5284
p. 69-71
De Venise. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Venise que les Senat aprés les avis venus de toutes [...]
Mots clefs :
République, Venise, Guerre, Traité de paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise. [titre d'après la table]
Onécrit de Veniſeque le Senat
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
Fermer
5285
p. 71-74
« On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...] »
Début :
On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes, Vaisseaux, Galères, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...] »
On apprend par les Lettres
de Dalmatic que les Troupes
72 MERCURE
Turques forties de leurs quartiers
, s'eſtoient cantonnées en
divers lieux de la Frontiere ,
attendant l'ordre de ſe mettre
en campagne , auſſi toſt que
les chevaux pourroient eſtre
mis au verd.
Un Vaiſſeau Anglois arrivé
de la Canée , a rapporté que
les Turcs y avoient fait tranfporter
, ainſi qu'àCandie , une
grande quantité de vivres &
d'agrêts , pour ſervir de Magafin
à leur Armée navale.
Trois Galeres , & deux Galhores
font parties cette ſemaine
GALANT. 73.
ne avec des Troupes deſtinées
pour la Dalmatie ,& une grande
quantité de provifions.
Selon les dernieres Lettres du
Levant , le Capitaine general
aprés la jonction de l'Eſcadre
commandéepar le Sieur Fabio
Buonvicini, s'étoit avancé avec
les Vaiſſeaux & les Galeres , à
Napoli de Malvoiſie, pour obſerver
la Flotte Ottomane. Il
n'y avoit aucun avis qu'elle fut
encore fortiedes Dardanelles ,
mais le Capitan Bacha avoit
ſeulement détaché quelques
Sultanes ou Vaiſſeaux de guerre
, pour aller lever des Mate-
Juin 1715 . G
1
74 MERCURE
lots dans l'Archipel , parce
qu'il ne s'en trouvoit pas affez
àConftantinople pour former
les équipages.
de Dalmatic que les Troupes
72 MERCURE
Turques forties de leurs quartiers
, s'eſtoient cantonnées en
divers lieux de la Frontiere ,
attendant l'ordre de ſe mettre
en campagne , auſſi toſt que
les chevaux pourroient eſtre
mis au verd.
Un Vaiſſeau Anglois arrivé
de la Canée , a rapporté que
les Turcs y avoient fait tranfporter
, ainſi qu'àCandie , une
grande quantité de vivres &
d'agrêts , pour ſervir de Magafin
à leur Armée navale.
Trois Galeres , & deux Galhores
font parties cette ſemaine
GALANT. 73.
ne avec des Troupes deſtinées
pour la Dalmatie ,& une grande
quantité de provifions.
Selon les dernieres Lettres du
Levant , le Capitaine general
aprés la jonction de l'Eſcadre
commandéepar le Sieur Fabio
Buonvicini, s'étoit avancé avec
les Vaiſſeaux & les Galeres , à
Napoli de Malvoiſie, pour obſerver
la Flotte Ottomane. Il
n'y avoit aucun avis qu'elle fut
encore fortiedes Dardanelles ,
mais le Capitan Bacha avoit
ſeulement détaché quelques
Sultanes ou Vaiſſeaux de guerre
, pour aller lever des Mate-
Juin 1715 . G
1
74 MERCURE
lots dans l'Archipel , parce
qu'il ne s'en trouvoit pas affez
àConftantinople pour former
les équipages.
Fermer
5286
p. 74-75
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Madrid du 20. du mois passé portent que [...]
Mots clefs :
Prince, Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
Les Lettres de Madrid du
20. du mois paflé portent que
1. Duc de Veraguas , le Prince
de Chelamarre , les Secretaires
d'Etat , des Finances , & de la
Guerre ,l'Evêque de Gironde,
& Don Miguel Durand , s'étoient
aſſemblez la veille pour
le Reglement des Rentes , &
que ces Affemblées ſe tiendroient
doreſnavant à Valde.
moro , à cauſe du voiſinage
d'Aranjuez.
▼
GALANT. 75
Ondit que le PrincePiodoit
partir inceſſamment pour aller
commander en Catalogne à la
place du Prince Serclas , que
fon grand âge & ſes indiſpoſitions
mettent hors d'eſtat de
ſervir davantage.
20. du mois paflé portent que
1. Duc de Veraguas , le Prince
de Chelamarre , les Secretaires
d'Etat , des Finances , & de la
Guerre ,l'Evêque de Gironde,
& Don Miguel Durand , s'étoient
aſſemblez la veille pour
le Reglement des Rentes , &
que ces Affemblées ſe tiendroient
doreſnavant à Valde.
moro , à cauſe du voiſinage
d'Aranjuez.
▼
GALANT. 75
Ondit que le PrincePiodoit
partir inceſſamment pour aller
commander en Catalogne à la
place du Prince Serclas , que
fon grand âge & ſes indiſpoſitions
mettent hors d'eſtat de
ſervir davantage.
Fermer
5287
p. 75-79
« Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Début :
Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Le Marquis de los Balbazés
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
Fermer
5288
p. 79
De Rome. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres Lettres de Rome portent que le Pere Daubenton [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome. [titre d'après la table]
Les dernieres Lettres de
Rome portent que le Pere
Daubenton àla follicitation de
fon General ,& du Pape, a accepté
la charge de Confeffeur
du Roy , & qu'il doit partir
inceſſamment pour l'Eſpagne.
Rome portent que le Pere
Daubenton àla follicitation de
fon General ,& du Pape, a accepté
la charge de Confeffeur
du Roy , & qu'il doit partir
inceſſamment pour l'Eſpagne.
Fermer
5289
p. 79-80
« Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Début :
Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...]
Mots clefs :
Madame, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Arrêtez vous ici , Madame
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
Fermer
5290
p. 81-89
La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
Début :
Aux yeux de l'ignorant vulgaire [...]
Mots clefs :
Vertu, Noblesse, Prince, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
La veritable Nobleße confifte
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
Fermer
5291
p. 89-90
« Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Début :
Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...]
Mots clefs :
Comédie, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Je ne m'informe pas avec
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
Fermer
5292
p. 90-106
Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Début :
Je vous rends grace, Monsieur, du succez de vôtre piece [...]
Mots clefs :
Baron, Pièce, Auteur, Scène, Critique, Défauts, Titre, Art, Contrat, Conduite, Coquette, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Je vous rends grace , Monfieur
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
Fermer
5293
p. 106-141
Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Début :
Allons, Madame, encouragez moy à ne pas vous ennuyer. Jusqu'à [...]
Mots clefs :
Monde, Porte, Jour, Mari, Maison, Chambre, Confidence, Plaisirs, Hommes, Femme, Honneur, Fortune, Olympe , Temps, Heureux, Coeur, Amour, Dame, Amants, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Allons , Madame , encouragez
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
Fermer
5294
p. 141-189
DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Début :
Ne me perdez pas de veuë, Madame, un de mes amis / IRIS. Hola, Mercure, hola je desesperois presque de ce [...]
Mots clefs :
Mercure, Dieux, Iris, Modernes, Poète, Poème, Aristote, Iliade, Diane, Jupiter, Vérité, Anciens, Junon, Mains, Esprit, Père, Règles, Divinité, Combat, Divin, Académicien, Saturne, Oreille, Achille, Héros, Homme, Invention , Homère, Poème épique, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Ne me perdez pas deveuë ,
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Fermer
5295
p. 189-192
Modeste repartie de l'Auteur à l'Epigramme que l'Auteur du Vert galant a eu la bonté de lui adresser le mois passé. [titre d'après la table]
Début :
Vous venez de faire une lecture singuliere, Madame, que je [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Madame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modeste repartie de l'Auteur à l'Epigramme que l'Auteur du Vert galant a eu la bonté de lui adresser le mois passé. [titre d'après la table]
Vous venez de fare une
lecture fi finguliere , Madame ,
190 MERCURE
que je ſuis fûr que vous eftes
ſur le point d'avoüer qu'il faut
que je vous aime , pour vous
conter de ſi jolies choſes. N'en
faites pas de myſtere , je vous
en conjure :&declarez , fi vous
le pouvez à tout le monde ,
que vous ne vous offenſez pas
de m'avoir pour ami. Dites
publiquement qu'on ne court
aucun riſque à m'honorer de
ce titre,& determinez , s'il eſt
poffible , tous mes Lecteurs à
m'aimer. J'excepte neanmoins
l'Auteur du Vert galant du
nombre de ceux dont l'indulgence
& l'eſtime me font ne
GALANT. 191
ceſſaires : Ce que j'ay l'honneur
de vous dire icy n'eſt pas
un effet du reſſentiment que
me fournit contre luy l'E.
pigramme qu'il a faite contre
moy , mais une preuve de la
bonne foy avec laquelle je
foumets à ſon égard mes
* idées à celle du public. Je croy
enmêmetemsqueperſonne ne
trouvera mauvais que je releve
ſon Epigramme , & que je
luy diſe en paſſant:
Damon. Quoy ? ta muſe babille
Contre Mercure,adreſſe ailleurs
tes coups ?
Ingrat, menage unDieu , qui , de
l'aveu de tous ,
192 MERCURE
4
Donnedupainàttaa famille.
Certe petite réponſe eſt
modeſte , il eſt vray ; vous
me direz ſans doute que je me
vange avec trop de retenue ,
j'en conviens encore : mais je
fuis bien aiſe de me montrer
leplus ſage. D'ailleurs les raifons
que j'ay de me menager
ſur ſon chapitre ,doivent ſubfifter
longtemps , ou il faut
qu'on medégagedema parole:
j'en ſuis tellement eſclave,
Madame , qu'un des plus
grands plaifirs qu'on puiffeme
faire , eſt de me faire ſouvenir
des endroits où j'y manque.
lecture fi finguliere , Madame ,
190 MERCURE
que je ſuis fûr que vous eftes
ſur le point d'avoüer qu'il faut
que je vous aime , pour vous
conter de ſi jolies choſes. N'en
faites pas de myſtere , je vous
en conjure :&declarez , fi vous
le pouvez à tout le monde ,
que vous ne vous offenſez pas
de m'avoir pour ami. Dites
publiquement qu'on ne court
aucun riſque à m'honorer de
ce titre,& determinez , s'il eſt
poffible , tous mes Lecteurs à
m'aimer. J'excepte neanmoins
l'Auteur du Vert galant du
nombre de ceux dont l'indulgence
& l'eſtime me font ne
GALANT. 191
ceſſaires : Ce que j'ay l'honneur
de vous dire icy n'eſt pas
un effet du reſſentiment que
me fournit contre luy l'E.
pigramme qu'il a faite contre
moy , mais une preuve de la
bonne foy avec laquelle je
foumets à ſon égard mes
* idées à celle du public. Je croy
enmêmetemsqueperſonne ne
trouvera mauvais que je releve
ſon Epigramme , & que je
luy diſe en paſſant:
Damon. Quoy ? ta muſe babille
Contre Mercure,adreſſe ailleurs
tes coups ?
Ingrat, menage unDieu , qui , de
l'aveu de tous ,
192 MERCURE
4
Donnedupainàttaa famille.
Certe petite réponſe eſt
modeſte , il eſt vray ; vous
me direz ſans doute que je me
vange avec trop de retenue ,
j'en conviens encore : mais je
fuis bien aiſe de me montrer
leplus ſage. D'ailleurs les raifons
que j'ay de me menager
ſur ſon chapitre ,doivent ſubfifter
longtemps , ou il faut
qu'on medégagedema parole:
j'en ſuis tellement eſclave,
Madame , qu'un des plus
grands plaifirs qu'on puiffeme
faire , eſt de me faire ſouvenir
des endroits où j'y manque.
Fermer
5296
p. 193-196
Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
Début :
En voicy la preuve. De fort honnestes gens me reprocherent [...]
Mots clefs :
Comédie, Anciens et Modernes, Fautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
En voicy la preuve.
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
Fermer
5297
p. 196
« Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Début :
Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...]
Mots clefs :
Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Vous pouvez ſi vous le jugez
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
Fermer
5298
p. 196-215
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Jean-Baptiste Roüillé, Comte de Meslay le Vidame, ancien [...]
Mots clefs :
Fils, Paris, Dame, Armées du roi, Parlement de Paris, Marquise , Veuve, Seigneur, Femme, Marquis, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Jean-Baptiste Roüil
4
GALANT. 197
1
lé , Comte de Meſlay le Vidame
, ancien Conſeiller au Parlement
de Paris , où il fut receu
le 28. Juillet 1679. mourut
en ſon Chaſteau de Meflay en
Beaucele... Mai , laiſſant un
fils unique fres-riche de fon
mariage avec fenë Dame Anne
1 Catherine de la Briffe morte
11 le 22 Février 1701. filled Armand
de la Be, Marquis de
| Ferrieres , Focureur General
au Parlement de Paris , & de
Marthe-Agnés Potier de Novion
ſa premiere femme. M.
de Meſlay eſtoit frere de feuë
Dame Marie- Anne Roüillé ,
Riij
198 MERCURE
femme de Meffire Charles-
Denis de Bullion , Marquis de
Gallardon , Prevoft de Paris ,
&Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté
de Laval, mourusle 29. Sep.
tembre 1714 lamant entre
autres enfans M. le Marquis de
Fervacques , Madame la Ducheſſe
d'Uzés , & Madame la
Princefle de Tatmond, deDa
meMarguerite ThereseRoüillé
, femme de Meflire Jean-
Baptifte François ,Marquis de
Noailles , puis de feu Meffire
Jan Armand du Pleflis deWignerot,
Duc de Richelieu,Pair
CALANT. 199
1
de France , Chevalier des Ordres
du Roy ,& mere de Madame
la Ducheffe de Fronfac
d'à preſent , & de Dame Elifabeth
Roüillé , femme de Meffire
Etienne JeanBouchu,Mar--
quis de Leſſart, Conſeiller d'EdeMadame
laComi
tat , mere
teffe de Teflé , Grande d'Eſpagne
, belle fille de M. leMarêchal
de Teffé. Il eſtoit fils de
feuMeſſire JeanRoüillé,Comte
deMeſlay le Vidame , Confeiller
d'Etat ordinaire mort
en 1698. & de Dame Marie
de Comans d'Aftrie ſa veuve.
Il eſt peu de familles à Paris
Riny
LYON
*1893 *
E
200 MERCURE
plus étenduës & auffi bien alliées
que celle de Roüillé le
fieur Roüillé de la Grandcour
là preſent vivant ſans Charge
&fansêtremarié en eſt lechef,
&il a pour cadets M. Roüillé
de Meſlay, fils de celui qui a
donné lieu à cet article, M.
Roüillédu Coudray ,Confeiller
d'Etat ordinaire , & ci- devant
Directeur general des Finances
, & M. Roüillé de Marbeuf,
Préſident augrand.Conſeil,
fils de feu M. Roüillé de
Marbeuf , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Portugal.
DameGabrielledeGaribal,
GALANT. 201
veuve de Meſſire Gabriël Niscolas
, Seigneur de la Reynie ,
du Trelaye&de Vicen Limoafin,
ancien Lieutenantgenetal
de Police à Paris , mort Doïen.
des Conſeillers d'Etat le 14.
Mai 17093 mourutle . Mai
&fut/enterrée auprés de fon
| -mari dans leCimetiere de ſaint
Joſeph dépendant de la Paroiffe
S. Eustache ,ſans aucune
ceremonic , comme elle l'avoit
ordonné. Elle a laiſſe entre autres
enfans Dame Gabrielle
Nicolasde la Reynic,mariée en
1700. avec Jean Loüis Habert
202 MERCURE
deMontmort, Maiſtredes Re
queſtes ordinaire de l'Hoſtel
du Roi , & Intendant des Galeres
à Marseille. Elle étoit fille
'de Jean de Garibal , Baron de
S. Sulpice, Maiſtre des Requê.
tes,& Préſident au grandConfeil
, &de Jeanne Berthier de
Montrave. La Famille de Garibal
étoit autrefois confiderable
dans Toulouſe , & elle eft
à preſent éteinte ; pour celle
deNicolas elle est originaire de
Limoges.
Meſſire Antoine de Montlezun,
Baron deBuſca, Lieute-
J
GALANT . 203
nant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Aiguemortes
, mourut le 27 .
May , aprés plus de 70. années
de ſervice : il eſtoit fils de François
de Montlezun , Baron de
Busca en Condomois & de
Liances en Boulonois , & de
Marie de Tuſtal: il avoit époufé
Marie Magdelaine Hamar
femme de chambre de S. A. R.
Madame,& fille de Jean Hamar
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur le Duc d'Orleans
& Marie Bourde premiere
Nourrice de Monfieur , &
204 MERCURE
premiereFemme deChambre
de Madame , & il en laiſſe entre
autres enfans M. l'Abbé
de Buſca Abbé de Longuilliers
: Meffieursde Bufca font
enpoſſeſſion depuis un temps
affez confiderable, deporter le
nom& les armes de laMaiſon
de Montlezun , l'une des plus
puiſſantes de la Guyenne , &
fortie ſelon le témoignage de
pluſieurs bons Auteurs, des
anciens Rois de Navarre. 10
M Jean Faure Baron de
Dampmart & de Brumieres ,
Conſeiller au Parlement de PaGALANT.
205
S
ris , où il avoit été reçû le 20.
Juin 1685. mourut le 1. Juin ; il
avoit épousé Françoiſe de la
Dehors d'une ancienne famille
de Paris, & il étoit fils de Loüis
Faure Baron de Dampmart &
de Brumieres auſſi Conſeiller
auParlement mort en 168 5.&
de Maric Heiffin,&petit fils de
Jean Faure Sicur deBrumieres,
chaufecire de laChancellerie
de France,& de Peronne Targer.
shahang
Dame Anne Voillaud ,Damede
Meaucede Barge&& des
Granges, Veuve deM. Jean206
MERCURE
Baptiste de Merigot , Cheval
lier des Ordres Royaux &Militaires
de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de Saint Lazare
mourut le 3. Meſſicurs
de Merigot établis dans la
Marche & dans le Bourbonnois
font d'une Nobleſſe diftingués.
All this toob
DameAnne Neyret de laRavoye
, femme de Meſſire Loüis
duPleſſis - Chaſtillon Marquis,
dudit lieu & de Nonant , Colonel
auRegiment deProvence
& Brigadier des Armées du
Roi , mourut le s. agée de21 .
GALANT. 207.
ans , laiſſant un fils unique :
elle a eſté generalement regret.
tée , & fur tout de Madame la
Marquiſe de Nonant ſa belle
mere quia donné hautement
degrandes éloges aux diſpoſitions
qu'elle avoit faites par fon
- Teſtament en faveur de fes
domeſtiques ;quoiqu'il n'y cut
que trois ans qu'ils étoient à
ſon ſervice. Elle estoit ſoeur de
Madamela Marquiſe de Lanmary
, femme du Marquis de
- ce nom , Grand Echançon de
France , & de Mademoiſelle
de la Ravoye mariée depuis
peu avec M'le Coigneux de
208 MERCURE
ai-
Belarbre Colonel d'un Regiment
de fon nom . La Mai
fon du Pleſſis Chaſtillonde laquelle
fort M' le Marquis du
Pleſſis Chaſtillon eſt originairedu
Mans, oùeſt ſituée la terre
de ce nom , & elle eſt du
nombre de celles qui ſans être
decoréed'aucunegrande charge
ne laiſſent pas par leur ancienneté
& leurs alliances d'ê .
tres miſes dans un rang confiderable.
Madame la Marquiſe de
Nonant ſa Mere eſt de la famille
de Fradet une des plus riches
&d spremieres delaVil-
2
Ic
GALANT. 209
1
コ
i
1
le de Bourgesen Berry , &par
le mariage que Jean Fradet ſon
pere Seigneur de S. Aouft Lieutenant
General de l'Artilleric
de France , cut l'honneur de
contracter avec Jeanne Maric
de S. Gelais , dite de Luzignan,
de l'ancienne Maiſonde S. Ge
lais en Poitou , elle a l'honneur
de même que Monfieur
fon fils d'être alliée à tout
Ice qu'il y a de grand &de plus
bbrriillllaanntt àlaCour.
Dame Deniſe Renée de la
Croix Veuve de Meffire Arnous
Marin , Seigneur de la
Chafteigneraye premier Prefi
Juin 1715. S
210 MERCURE
dent au Parlement de Provence
mort le 20. Avril 1699 .
mourut le 15. clle étoir fille de
Pierre de la Croix , Secretaire
du Roy & Receveur General
desFinances à Paris & de Jeanne
Guyon. Feu M². Marin fon
fon mary , avoit épousé en
premieres nocesDame.
de Fourbin , fille de Meſſire
•
Henry de Maynier de Fourbin
Baron d'Oppede , Premier
PrefidentaauuPPaarrlleemmeennttde Provence
& de Dame Marie
Thereſe de Pontevez ; & il en
avoir eu entre autres enfans le
د
S'.Matinde laChafteigneraye,
•
GALANT. 211
L
à preſent ſous Brigadier de la
premiere Compagnie des
Mouſquetaires & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Loüis : il eſtoit fils de Denis
Marin St. de laChateigneraye
de Moulleron& d'Antigni , Intendant
des Finances & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort
en 1678. il étoit natifd'Auxonne
en Bourgogne , & le
premierde ſa famille.
Meffire François de NefmondEvêque
de Bayeux, Ab
bédeS Pierre deChezy ,Prieur
rut le
de la Voute & de Rully , moude
ce mois , il avoir
Sij
212 MERCURE
eſté nommé à cet Evêché dés
l'an 1661. & eſtoit frere de
feu Guillaume de Neſmond
Seigneur de S. Dizan Preſident
àMortier au Parlementde Paris
, mort ſans enfans de Marguerite
de Beauharnois , &de
Henry de Neſmond Seigneur
de S. Dizan Maiſtre des Requeſtes
mort auſſi ſans enfans
de Catherine Boucherat ſa
femme , fille de Loüis Boucherat
mort Chancelier de
France. Ils eſtoient tous trois
fils de François Theodore de
Neſmond Seigneur de S. Di
zan Preſident à Mortier au
GALANT . 213
Parlement de Paris , & d'Anlement
d
ne de Lamoignon , petits fils
d'AndrédeNefmondSeigneur
deS. Dizan premier Preſident
au Parlement de Bordeaux ,&
arriere petit fils de François
de Neſmond pourvû d'un
Office de Prefident à Mortier
au Parlement de Bordeaux le
27. Aouſt 1572. roceolhoo
Feu M. l'Evêque de Bayeux
étoit oncle à la mode de Bre
ragne ,de Dame Marie Loüife
Catherine de Neſmond veuve
depuis peu de Meffire Louis
François d'Harcourt Comte
deSezanne, LieutenantGene**
4 MERCURE
ral des Armées du Roy &
Chevalier de la Toiſon d'or
frere puiſné de Mole Maréchal
Ducd'Harcourt, fille d'André
deNeſmond , fi connu fous
le nom du Marquis de Nefmond
Lieutenant General des
Armées Navalles , & Com.
mandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
La Famille de Neſmond
eſt originairede la Ville d'An
gouleſme , où elle ſubſiſte encore
dans les Seigneurs des
Etangs , de la Paignerie , & de
Brie-Neſmond , & outre les
alliances qu'elle a faites à Paris
1
GALANT. 215
$
S$
avec les familles de Lamoi
gnon &deBoucherat , elle en
a priſes dans l'Angoumois
avec les Maiſons de Rochechouart
de Voluire , de Lambertre
, de Chaſtaigner , &
dans celles de Montalambert,
de Caumont , Dadou , de la
Chetardie , & de Beaumont
Gibaut , &c.
4
GALANT. 197
1
lé , Comte de Meſlay le Vidame
, ancien Conſeiller au Parlement
de Paris , où il fut receu
le 28. Juillet 1679. mourut
en ſon Chaſteau de Meflay en
Beaucele... Mai , laiſſant un
fils unique fres-riche de fon
mariage avec fenë Dame Anne
1 Catherine de la Briffe morte
11 le 22 Février 1701. filled Armand
de la Be, Marquis de
| Ferrieres , Focureur General
au Parlement de Paris , & de
Marthe-Agnés Potier de Novion
ſa premiere femme. M.
de Meſlay eſtoit frere de feuë
Dame Marie- Anne Roüillé ,
Riij
198 MERCURE
femme de Meffire Charles-
Denis de Bullion , Marquis de
Gallardon , Prevoft de Paris ,
&Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté
de Laval, mourusle 29. Sep.
tembre 1714 lamant entre
autres enfans M. le Marquis de
Fervacques , Madame la Ducheſſe
d'Uzés , & Madame la
Princefle de Tatmond, deDa
meMarguerite ThereseRoüillé
, femme de Meflire Jean-
Baptifte François ,Marquis de
Noailles , puis de feu Meffire
Jan Armand du Pleflis deWignerot,
Duc de Richelieu,Pair
CALANT. 199
1
de France , Chevalier des Ordres
du Roy ,& mere de Madame
la Ducheffe de Fronfac
d'à preſent , & de Dame Elifabeth
Roüillé , femme de Meffire
Etienne JeanBouchu,Mar--
quis de Leſſart, Conſeiller d'EdeMadame
laComi
tat , mere
teffe de Teflé , Grande d'Eſpagne
, belle fille de M. leMarêchal
de Teffé. Il eſtoit fils de
feuMeſſire JeanRoüillé,Comte
deMeſlay le Vidame , Confeiller
d'Etat ordinaire mort
en 1698. & de Dame Marie
de Comans d'Aftrie ſa veuve.
Il eſt peu de familles à Paris
Riny
LYON
*1893 *
E
200 MERCURE
plus étenduës & auffi bien alliées
que celle de Roüillé le
fieur Roüillé de la Grandcour
là preſent vivant ſans Charge
&fansêtremarié en eſt lechef,
&il a pour cadets M. Roüillé
de Meſlay, fils de celui qui a
donné lieu à cet article, M.
Roüillédu Coudray ,Confeiller
d'Etat ordinaire , & ci- devant
Directeur general des Finances
, & M. Roüillé de Marbeuf,
Préſident augrand.Conſeil,
fils de feu M. Roüillé de
Marbeuf , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Portugal.
DameGabrielledeGaribal,
GALANT. 201
veuve de Meſſire Gabriël Niscolas
, Seigneur de la Reynie ,
du Trelaye&de Vicen Limoafin,
ancien Lieutenantgenetal
de Police à Paris , mort Doïen.
des Conſeillers d'Etat le 14.
Mai 17093 mourutle . Mai
&fut/enterrée auprés de fon
| -mari dans leCimetiere de ſaint
Joſeph dépendant de la Paroiffe
S. Eustache ,ſans aucune
ceremonic , comme elle l'avoit
ordonné. Elle a laiſſe entre autres
enfans Dame Gabrielle
Nicolasde la Reynic,mariée en
1700. avec Jean Loüis Habert
202 MERCURE
deMontmort, Maiſtredes Re
queſtes ordinaire de l'Hoſtel
du Roi , & Intendant des Galeres
à Marseille. Elle étoit fille
'de Jean de Garibal , Baron de
S. Sulpice, Maiſtre des Requê.
tes,& Préſident au grandConfeil
, &de Jeanne Berthier de
Montrave. La Famille de Garibal
étoit autrefois confiderable
dans Toulouſe , & elle eft
à preſent éteinte ; pour celle
deNicolas elle est originaire de
Limoges.
Meſſire Antoine de Montlezun,
Baron deBuſca, Lieute-
J
GALANT . 203
nant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Aiguemortes
, mourut le 27 .
May , aprés plus de 70. années
de ſervice : il eſtoit fils de François
de Montlezun , Baron de
Busca en Condomois & de
Liances en Boulonois , & de
Marie de Tuſtal: il avoit époufé
Marie Magdelaine Hamar
femme de chambre de S. A. R.
Madame,& fille de Jean Hamar
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur le Duc d'Orleans
& Marie Bourde premiere
Nourrice de Monfieur , &
204 MERCURE
premiereFemme deChambre
de Madame , & il en laiſſe entre
autres enfans M. l'Abbé
de Buſca Abbé de Longuilliers
: Meffieursde Bufca font
enpoſſeſſion depuis un temps
affez confiderable, deporter le
nom& les armes de laMaiſon
de Montlezun , l'une des plus
puiſſantes de la Guyenne , &
fortie ſelon le témoignage de
pluſieurs bons Auteurs, des
anciens Rois de Navarre. 10
M Jean Faure Baron de
Dampmart & de Brumieres ,
Conſeiller au Parlement de PaGALANT.
205
S
ris , où il avoit été reçû le 20.
Juin 1685. mourut le 1. Juin ; il
avoit épousé Françoiſe de la
Dehors d'une ancienne famille
de Paris, & il étoit fils de Loüis
Faure Baron de Dampmart &
de Brumieres auſſi Conſeiller
auParlement mort en 168 5.&
de Maric Heiffin,&petit fils de
Jean Faure Sicur deBrumieres,
chaufecire de laChancellerie
de France,& de Peronne Targer.
shahang
Dame Anne Voillaud ,Damede
Meaucede Barge&& des
Granges, Veuve deM. Jean206
MERCURE
Baptiste de Merigot , Cheval
lier des Ordres Royaux &Militaires
de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de Saint Lazare
mourut le 3. Meſſicurs
de Merigot établis dans la
Marche & dans le Bourbonnois
font d'une Nobleſſe diftingués.
All this toob
DameAnne Neyret de laRavoye
, femme de Meſſire Loüis
duPleſſis - Chaſtillon Marquis,
dudit lieu & de Nonant , Colonel
auRegiment deProvence
& Brigadier des Armées du
Roi , mourut le s. agée de21 .
GALANT. 207.
ans , laiſſant un fils unique :
elle a eſté generalement regret.
tée , & fur tout de Madame la
Marquiſe de Nonant ſa belle
mere quia donné hautement
degrandes éloges aux diſpoſitions
qu'elle avoit faites par fon
- Teſtament en faveur de fes
domeſtiques ;quoiqu'il n'y cut
que trois ans qu'ils étoient à
ſon ſervice. Elle estoit ſoeur de
Madamela Marquiſe de Lanmary
, femme du Marquis de
- ce nom , Grand Echançon de
France , & de Mademoiſelle
de la Ravoye mariée depuis
peu avec M'le Coigneux de
208 MERCURE
ai-
Belarbre Colonel d'un Regiment
de fon nom . La Mai
fon du Pleſſis Chaſtillonde laquelle
fort M' le Marquis du
Pleſſis Chaſtillon eſt originairedu
Mans, oùeſt ſituée la terre
de ce nom , & elle eſt du
nombre de celles qui ſans être
decoréed'aucunegrande charge
ne laiſſent pas par leur ancienneté
& leurs alliances d'ê .
tres miſes dans un rang confiderable.
Madame la Marquiſe de
Nonant ſa Mere eſt de la famille
de Fradet une des plus riches
&d spremieres delaVil-
2
Ic
GALANT. 209
1
コ
i
1
le de Bourgesen Berry , &par
le mariage que Jean Fradet ſon
pere Seigneur de S. Aouft Lieutenant
General de l'Artilleric
de France , cut l'honneur de
contracter avec Jeanne Maric
de S. Gelais , dite de Luzignan,
de l'ancienne Maiſonde S. Ge
lais en Poitou , elle a l'honneur
de même que Monfieur
fon fils d'être alliée à tout
Ice qu'il y a de grand &de plus
bbrriillllaanntt àlaCour.
Dame Deniſe Renée de la
Croix Veuve de Meffire Arnous
Marin , Seigneur de la
Chafteigneraye premier Prefi
Juin 1715. S
210 MERCURE
dent au Parlement de Provence
mort le 20. Avril 1699 .
mourut le 15. clle étoir fille de
Pierre de la Croix , Secretaire
du Roy & Receveur General
desFinances à Paris & de Jeanne
Guyon. Feu M². Marin fon
fon mary , avoit épousé en
premieres nocesDame.
de Fourbin , fille de Meſſire
•
Henry de Maynier de Fourbin
Baron d'Oppede , Premier
PrefidentaauuPPaarrlleemmeennttde Provence
& de Dame Marie
Thereſe de Pontevez ; & il en
avoir eu entre autres enfans le
د
S'.Matinde laChafteigneraye,
•
GALANT. 211
L
à preſent ſous Brigadier de la
premiere Compagnie des
Mouſquetaires & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Loüis : il eſtoit fils de Denis
Marin St. de laChateigneraye
de Moulleron& d'Antigni , Intendant
des Finances & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort
en 1678. il étoit natifd'Auxonne
en Bourgogne , & le
premierde ſa famille.
Meffire François de NefmondEvêque
de Bayeux, Ab
bédeS Pierre deChezy ,Prieur
rut le
de la Voute & de Rully , moude
ce mois , il avoir
Sij
212 MERCURE
eſté nommé à cet Evêché dés
l'an 1661. & eſtoit frere de
feu Guillaume de Neſmond
Seigneur de S. Dizan Preſident
àMortier au Parlementde Paris
, mort ſans enfans de Marguerite
de Beauharnois , &de
Henry de Neſmond Seigneur
de S. Dizan Maiſtre des Requeſtes
mort auſſi ſans enfans
de Catherine Boucherat ſa
femme , fille de Loüis Boucherat
mort Chancelier de
France. Ils eſtoient tous trois
fils de François Theodore de
Neſmond Seigneur de S. Di
zan Preſident à Mortier au
GALANT . 213
Parlement de Paris , & d'Anlement
d
ne de Lamoignon , petits fils
d'AndrédeNefmondSeigneur
deS. Dizan premier Preſident
au Parlement de Bordeaux ,&
arriere petit fils de François
de Neſmond pourvû d'un
Office de Prefident à Mortier
au Parlement de Bordeaux le
27. Aouſt 1572. roceolhoo
Feu M. l'Evêque de Bayeux
étoit oncle à la mode de Bre
ragne ,de Dame Marie Loüife
Catherine de Neſmond veuve
depuis peu de Meffire Louis
François d'Harcourt Comte
deSezanne, LieutenantGene**
4 MERCURE
ral des Armées du Roy &
Chevalier de la Toiſon d'or
frere puiſné de Mole Maréchal
Ducd'Harcourt, fille d'André
deNeſmond , fi connu fous
le nom du Marquis de Nefmond
Lieutenant General des
Armées Navalles , & Com.
mandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
La Famille de Neſmond
eſt originairede la Ville d'An
gouleſme , où elle ſubſiſte encore
dans les Seigneurs des
Etangs , de la Paignerie , & de
Brie-Neſmond , & outre les
alliances qu'elle a faites à Paris
1
GALANT. 215
$
S$
avec les familles de Lamoi
gnon &deBoucherat , elle en
a priſes dans l'Angoumois
avec les Maiſons de Rochechouart
de Voluire , de Lambertre
, de Chaſtaigner , &
dans celles de Montalambert,
de Caumont , Dadou , de la
Chetardie , & de Beaumont
Gibaut , &c.
Fermer
5299
p. 215-217
« Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Début :
Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...]
Mots clefs :
Articles généalogiques, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Je vous avoue , Madame ,
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
Fermer
5300
p. 217-224
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis Alexandre de Crussol, Comte de Montsalez a épousé [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi, Chevalier, Dame, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Meffire Loüis Alexandrede
Cruflol , Comte de Montſalez
a époufé Damoiſelle N.
de Gouvernet , de la Maiſon
de la Tour de Dauphiné. L'époux
eft fils d'Emmanuel de
Cruffol , Marquis de Montſalez
& de Magdelaine de Fouquet
, fille de feu M. Fouquet ,
Sur Intendant des Finances ,&
de N..... Caſtille , petit- fils
d'Alexandre de Crufſol , & de
N.... Deſcars Merville , arriere
petit fils d'Emmanuël de
Cruſſol Duc d'Uzés , Premier
Juin 1715 . T
218 ) MERCURE
Pair de France , & de Claude
Hebrard de S. Sulpice, Jay
parlé de cette Maiſon le mois
paffé , au ſujet du mariage de
M. le Marquisde S. Sulpice. Il
y a déja cu neuf Ducs & Pairs
du nom de Cruffol . Les Ducs
d'Uzés ont l'avantage de marcher
les premiers dans toutes
les ceremonies aprés lesPrinces
du Sang. LaDemoiselle ett fille
Ide,Nubala Tour du Pin ,
Marquis deGouvernet enDauphine
, & de Senevions en
Quercy; & de N. la Roche-
Jart qui a l'honneur d'appartenit
à Madame de Maintenon .
T
GALANT. 219
(
La Maiſon de la Tour eſt une
des plus anciennes & des plus
illuftres duRoyaume. Le mariage
s'eft fait au Château de
Senevions , qui eſt un ancien
Marquiſat prés du Marquiſat
de Montſalez , Dioceſende
-Cahors gearevelano risub
M. le Marquis d'Heudicourt,
Meſtre de Camp d'un
Regiment deCavalerie ,&Bri-
⚫gadier des Armées du Roy, fils
de Michel Sublet , Marquis
d'Heudicourt,MeſtredeCamp
d'un Regiment deCavaleric ,
&grand Louvetier de France ,
&de Bonne de Pons ,de l'illuf-
Tij
220 MERCURE
le
tre Maiſon de Pons , a épousé
May ..... de Hautefort
, Damoiſelle de Surville,
fille de Meffire Loüis Charles
de Hautefort, Marquis deSurville
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & de Dame
Anne Loüife de Crevant d'Hu.
mieres , fille puînée de Loüis de
Crevant , Duc d'Humieres ,
Marechal & grand Maître de
l'Artillerie de France , Capitaine
des CentGentilshommes
de la Maiſon du Roy , Chevalier
de ſes Ordres , Lieutenant
general pour S. M. de la Province
de Flandres ; &de Dame
d
GALANT. 221
1
Loüiſe Antoinette de la Chatre.
La Maiſon de Hautefort
dont eſt la nouvelle mariée,eft
unç des plus anciennes du
Royaume. Elle prend ſonnom
de la Terre de Hautefort en
Perigord , & elle s'eſt de tour
tems alliée aux plus grandes
Maiſons , comme Comborn ,
la Tour d'Auvergne , Chabannes,
Bonneval, Eſcars , Aubuſſon,
du Bellay, Schomberg,
Choiſeul , Pompadour , Laval,
Crevant , S. Notaire , &c.
Pour la famille de Sublet dont
A
eſt Male Marquis d'Heudicourt
, elle eſt originaire de la
Tiij
MERCURE
Ville de Blois , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons dePons,de
Roncherolles, deLenoncourt,
de Beauverger Montgon ,&
aux familles deBochartCham
pigny , le Picart de Perigny ,
Horault de S. Dans leBret
deFlacourry& wo& sh mang
isMemné ob wirede Beryg
Chevalier Seigneur d'Effer
teaux, fils de Mare Philippes
de Bery , Chevalier Seigneur
d'Efforteaux , & Magdelaine
Ancelin, fille d'Eſtienne Anco
lin , & de Perrette da Four,
nourrice des Enfansde France,
avépousé lode abDemoiselle
GALANDO 2.2.3
1
-It froes Moret de Bournon
ville, fille de Louis Morer
Seigneur de Bournonville,cy
devant Colonel du Colonel
General des Dragrons de France,
& deCatherine Durer, petite
fille de Lotüis Moret , Seit
gneur de Bournonville , Fer
mier General , & de Magdelaine
Berbier du Metz , arriere
petite fille de Nicolas Moret
Secretaite du Roy , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de Sa Ma
jeſté, mort le 6. Aouſt 1646.
& niece de feuë Dame Anne
Thereſe Moret ,femme deMr
le Comte de Chaſtillon , cy
Tiiij
224 MERCURE
devant premier Gentil homme
de la Chambre de S. A. R. M.
Ic.Dus d'Orleansongge,amab
Le nouveau marié eft frere
de Marie Thereſe demBery
d'Efferteaux , femme de Me
Chopin, Chevalier duGuet de
In Ville de Paris , & la famille
dont il eſt forti , eſt originai
re de Picardie , où elle est cons
nuë depuis plus de 200. ans,
qu'elle y poſſede la Terred'El
ferteaux , & elle s'eſt alliée aux
Maiſons de Saveuſe deBroülly,
&c.
Cruflol , Comte de Montſalez
a époufé Damoiſelle N.
de Gouvernet , de la Maiſon
de la Tour de Dauphiné. L'époux
eft fils d'Emmanuel de
Cruffol , Marquis de Montſalez
& de Magdelaine de Fouquet
, fille de feu M. Fouquet ,
Sur Intendant des Finances ,&
de N..... Caſtille , petit- fils
d'Alexandre de Crufſol , & de
N.... Deſcars Merville , arriere
petit fils d'Emmanuël de
Cruſſol Duc d'Uzés , Premier
Juin 1715 . T
218 ) MERCURE
Pair de France , & de Claude
Hebrard de S. Sulpice, Jay
parlé de cette Maiſon le mois
paffé , au ſujet du mariage de
M. le Marquisde S. Sulpice. Il
y a déja cu neuf Ducs & Pairs
du nom de Cruffol . Les Ducs
d'Uzés ont l'avantage de marcher
les premiers dans toutes
les ceremonies aprés lesPrinces
du Sang. LaDemoiselle ett fille
Ide,Nubala Tour du Pin ,
Marquis deGouvernet enDauphine
, & de Senevions en
Quercy; & de N. la Roche-
Jart qui a l'honneur d'appartenit
à Madame de Maintenon .
T
GALANT. 219
(
La Maiſon de la Tour eſt une
des plus anciennes & des plus
illuftres duRoyaume. Le mariage
s'eft fait au Château de
Senevions , qui eſt un ancien
Marquiſat prés du Marquiſat
de Montſalez , Dioceſende
-Cahors gearevelano risub
M. le Marquis d'Heudicourt,
Meſtre de Camp d'un
Regiment deCavalerie ,&Bri-
⚫gadier des Armées du Roy, fils
de Michel Sublet , Marquis
d'Heudicourt,MeſtredeCamp
d'un Regiment deCavaleric ,
&grand Louvetier de France ,
&de Bonne de Pons ,de l'illuf-
Tij
220 MERCURE
le
tre Maiſon de Pons , a épousé
May ..... de Hautefort
, Damoiſelle de Surville,
fille de Meffire Loüis Charles
de Hautefort, Marquis deSurville
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & de Dame
Anne Loüife de Crevant d'Hu.
mieres , fille puînée de Loüis de
Crevant , Duc d'Humieres ,
Marechal & grand Maître de
l'Artillerie de France , Capitaine
des CentGentilshommes
de la Maiſon du Roy , Chevalier
de ſes Ordres , Lieutenant
general pour S. M. de la Province
de Flandres ; &de Dame
d
GALANT. 221
1
Loüiſe Antoinette de la Chatre.
La Maiſon de Hautefort
dont eſt la nouvelle mariée,eft
unç des plus anciennes du
Royaume. Elle prend ſonnom
de la Terre de Hautefort en
Perigord , & elle s'eſt de tour
tems alliée aux plus grandes
Maiſons , comme Comborn ,
la Tour d'Auvergne , Chabannes,
Bonneval, Eſcars , Aubuſſon,
du Bellay, Schomberg,
Choiſeul , Pompadour , Laval,
Crevant , S. Notaire , &c.
Pour la famille de Sublet dont
A
eſt Male Marquis d'Heudicourt
, elle eſt originaire de la
Tiij
MERCURE
Ville de Blois , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons dePons,de
Roncherolles, deLenoncourt,
de Beauverger Montgon ,&
aux familles deBochartCham
pigny , le Picart de Perigny ,
Horault de S. Dans leBret
deFlacourry& wo& sh mang
isMemné ob wirede Beryg
Chevalier Seigneur d'Effer
teaux, fils de Mare Philippes
de Bery , Chevalier Seigneur
d'Efforteaux , & Magdelaine
Ancelin, fille d'Eſtienne Anco
lin , & de Perrette da Four,
nourrice des Enfansde France,
avépousé lode abDemoiselle
GALANDO 2.2.3
1
-It froes Moret de Bournon
ville, fille de Louis Morer
Seigneur de Bournonville,cy
devant Colonel du Colonel
General des Dragrons de France,
& deCatherine Durer, petite
fille de Lotüis Moret , Seit
gneur de Bournonville , Fer
mier General , & de Magdelaine
Berbier du Metz , arriere
petite fille de Nicolas Moret
Secretaite du Roy , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de Sa Ma
jeſté, mort le 6. Aouſt 1646.
& niece de feuë Dame Anne
Thereſe Moret ,femme deMr
le Comte de Chaſtillon , cy
Tiiij
224 MERCURE
devant premier Gentil homme
de la Chambre de S. A. R. M.
Ic.Dus d'Orleansongge,amab
Le nouveau marié eft frere
de Marie Thereſe demBery
d'Efferteaux , femme de Me
Chopin, Chevalier duGuet de
In Ville de Paris , & la famille
dont il eſt forti , eſt originai
re de Picardie , où elle est cons
nuë depuis plus de 200. ans,
qu'elle y poſſede la Terred'El
ferteaux , & elle s'eſt alliée aux
Maiſons de Saveuſe deBroülly,
&c.
Fermer