Résultats : 11889 texte(s)
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Liste
3951
p. 106-107
De Berlin, le 15 May.
Début :
L'Etablissement de l'Académie que feu Mr le Baron de [...]
Mots clefs :
Académie, Décès, Monuments, Discours, Tsar, Sciences, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Berlin, le 15 May.
De Berlin , le 15 May.
L'Etabliſſement de l'Académie
que feu M Baron de Leibniz
a voulu ériger ici , fur le modéle
de celle de Paris , fera
apparemment
fans fuccez ,,
par
la mort
imprévûë de ce Grand Homme .
S. M. I. lui avoir donné une Penfion
annuelle de 2000 Florins.
Cet Hommefi diftingué dans tous
les genres de Littératures , a laiffé
plufieurs Monumens. Un Dialogue
, pour éclaircir certains endroits
de la Théodicée; un Difcours
au Prince Eugene , fur les Exercices
Militaires ; un autre au Czar ,
pour faire fleurir les Sciences & les
Arts en Mofcovie. Il travailloit à
la Langue Univerfelle , quand il
eft mort. Il étoit tout occupé d'Etimologies
& deNoms : Son HiDE
MAY.
107
•
ftoire de la Famille Royale d'Hanovre
fera beaucoup de bruit. On
prétend qu'il a démeflé des cho-
Les qui étoient fort obfcures dans
l'origine des Peuples
Il prouve qu'Attila a été un
grand Roy & un grand Sçavant ,
que le Xe Siécle n'a pas eré un
Tems d'ignorance , mais un Siécle
trés-éclairé , du moins en Allemagne.
Il a laiffé un petit Manufcrit
de la Méthode , par Mr Defcartes ..
Ce Manufcrit n'a jamais été imprimé
& il en contient une
bien différente de celle que Mr
Defcartes a fuivie dans fa Philofophie.
>
Il a donné trop aux Idées , &
trop peu à l'Experience ; on fait à
préfent tout le contraire , on donne
tout à l'expérience , & fort peu
aux Idées. On a raifon ; par cette
.voye , on a fort avancé la Philofophie.
L'Etabliſſement de l'Académie
que feu M Baron de Leibniz
a voulu ériger ici , fur le modéle
de celle de Paris , fera
apparemment
fans fuccez ,,
par
la mort
imprévûë de ce Grand Homme .
S. M. I. lui avoir donné une Penfion
annuelle de 2000 Florins.
Cet Hommefi diftingué dans tous
les genres de Littératures , a laiffé
plufieurs Monumens. Un Dialogue
, pour éclaircir certains endroits
de la Théodicée; un Difcours
au Prince Eugene , fur les Exercices
Militaires ; un autre au Czar ,
pour faire fleurir les Sciences & les
Arts en Mofcovie. Il travailloit à
la Langue Univerfelle , quand il
eft mort. Il étoit tout occupé d'Etimologies
& deNoms : Son HiDE
MAY.
107
•
ftoire de la Famille Royale d'Hanovre
fera beaucoup de bruit. On
prétend qu'il a démeflé des cho-
Les qui étoient fort obfcures dans
l'origine des Peuples
Il prouve qu'Attila a été un
grand Roy & un grand Sçavant ,
que le Xe Siécle n'a pas eré un
Tems d'ignorance , mais un Siécle
trés-éclairé , du moins en Allemagne.
Il a laiffé un petit Manufcrit
de la Méthode , par Mr Defcartes ..
Ce Manufcrit n'a jamais été imprimé
& il en contient une
bien différente de celle que Mr
Defcartes a fuivie dans fa Philofophie.
>
Il a donné trop aux Idées , &
trop peu à l'Experience ; on fait à
préfent tout le contraire , on donne
tout à l'expérience , & fort peu
aux Idées. On a raifon ; par cette
.voye , on a fort avancé la Philofophie.
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3952
p. 108-111
De Rome, le 4 May.
Début :
L'Ecrivain Syrien de la Biblioteque du Vatican, Envoyé par le Pape [...]
Mots clefs :
Pape, Livres, Histoire des martyrs, Théologie, Dispute, Histoire, Égypte, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 4 May.
De Rome , le 4 May.
L'Ecrivain
Syrien de la Biblioteque
du › Envoyé par
le Pape en Egipte & en Syrie, en eft
revenu avec 150 Msc choifis.
Ent'autres , on voit le pretieux
Livre d'Eufebe de Céfarée , tant
défiré , & recherché de toute l'Antiquité
, c'est- à- dire , fon Martyrologe
, ou l'Hiftoire des Martyrs . Il
eft en Syriaque , & d'une Antiquité
d'environ 1000 ans . On a eu
S. Ephrem fur tout le Vieux Teftament.
Deux Peres Anecdotes ,
S. Jacques Evêque de Sarug : Ses
Homélies font un Tome in-fol.
Syriaq . & S. Jacques de Nifibi ;
bien des Collections de Canons .
Parmi les Msc . Arabes , il y en
a de fort bens en fait d'Hiftoire ,
de Géographie , de Théologie Arabe
, de Médecine , de Morale , de
Mathématique . Le Livre d'Eufebe
fera le premier à paroître au jour :
Enfuite, les autres viendront peutêtre
[
"
DE MAY. 109
être , fur les rangs. Le Pape veut
renvoyer le même homme dans
deux ans d'ici , en Méfopotamamie
, où il y a apparence qu'ii
fera une meilleure & plus riche
récolte. On va donc bien - tôt imprimer
Eufebe , & un Ouvrage .
Anecdote d'Avicenne , qui eſt une
courte explication de ce qu'il a
écrit ailleurs plus au long. Je fouhaite
furtout qu'on imprime les
Livres Hiftoriques, comme une ancienneChronique
d'Egypte, une autre
d'Alep & de Damas , une Hiftoire
des Sarrazins , les Lettres
des Sévériens & leur Hiftoire ' ,
la Difpute d'un Neftorien ,
un Ortodoxe & c . J'ay appris aujourd'hui
la datte du Livre d'Eufebe.
Il est écrit , ou achevé l'année
de l'Ere d'Antioche 521. ( 475 de
J. C. ) au mois de Nifan , feria 4 .
Je ne me fouviens pas du quantiéme
du mois. Le Pape alla le Mardi
gras , avec bien des Cardinaux à
la Vaticane , voir ces Livres , qu'on
avoit placé fur une grande Table.
May 1717.
K
avec
110 LE MERCURE
y
avoit au milieu , un Crocodile
mort , un Cédre du Mont-Liban
, une Noix d'Egypte , une des
Pierres d'une Montagne près de
Damas , lefquelles ont toutes , un
poiffon empreint , de couleur noire
& en relief : Le Sirien en a apporté
quatre.
Don Alexandro Albani a û la
mortification de fignifier à Dona
Maria Bernardina fa mere , de fortir
de Rome , par ordre du S. Pere ,
qui l'a releguée à Caftel , jufqu'à
nouvelle ordre ; cette difgrace eft
attribuée à quelques Mémoriaux
qu'on jetta dans le caroffe de Sa
Sainteté , par lefquels on fe plaint
de cette Dame , entre autres chofes
, d'avoir pris fans payer , à un
Cabaretier de Rome , quelques
Jambons & autres bagatelles de
cette nature , quoique le S. Pere
fonbeau-frere, lui donne vingt - cinq
Ecus par mois .
Dimanche 2 , le Pape fit la Cérémonie
de l'Incoronation d'une
Madona Miraculenta , à San Pietro
1
DE MAY. III
་
in Montorio , en faveur des Francifcains
, qui ne font pas fort aifés.
L'Ecrivain
Syrien de la Biblioteque
du › Envoyé par
le Pape en Egipte & en Syrie, en eft
revenu avec 150 Msc choifis.
Ent'autres , on voit le pretieux
Livre d'Eufebe de Céfarée , tant
défiré , & recherché de toute l'Antiquité
, c'est- à- dire , fon Martyrologe
, ou l'Hiftoire des Martyrs . Il
eft en Syriaque , & d'une Antiquité
d'environ 1000 ans . On a eu
S. Ephrem fur tout le Vieux Teftament.
Deux Peres Anecdotes ,
S. Jacques Evêque de Sarug : Ses
Homélies font un Tome in-fol.
Syriaq . & S. Jacques de Nifibi ;
bien des Collections de Canons .
Parmi les Msc . Arabes , il y en
a de fort bens en fait d'Hiftoire ,
de Géographie , de Théologie Arabe
, de Médecine , de Morale , de
Mathématique . Le Livre d'Eufebe
fera le premier à paroître au jour :
Enfuite, les autres viendront peutêtre
[
"
DE MAY. 109
être , fur les rangs. Le Pape veut
renvoyer le même homme dans
deux ans d'ici , en Méfopotamamie
, où il y a apparence qu'ii
fera une meilleure & plus riche
récolte. On va donc bien - tôt imprimer
Eufebe , & un Ouvrage .
Anecdote d'Avicenne , qui eſt une
courte explication de ce qu'il a
écrit ailleurs plus au long. Je fouhaite
furtout qu'on imprime les
Livres Hiftoriques, comme une ancienneChronique
d'Egypte, une autre
d'Alep & de Damas , une Hiftoire
des Sarrazins , les Lettres
des Sévériens & leur Hiftoire ' ,
la Difpute d'un Neftorien ,
un Ortodoxe & c . J'ay appris aujourd'hui
la datte du Livre d'Eufebe.
Il est écrit , ou achevé l'année
de l'Ere d'Antioche 521. ( 475 de
J. C. ) au mois de Nifan , feria 4 .
Je ne me fouviens pas du quantiéme
du mois. Le Pape alla le Mardi
gras , avec bien des Cardinaux à
la Vaticane , voir ces Livres , qu'on
avoit placé fur une grande Table.
May 1717.
K
avec
110 LE MERCURE
y
avoit au milieu , un Crocodile
mort , un Cédre du Mont-Liban
, une Noix d'Egypte , une des
Pierres d'une Montagne près de
Damas , lefquelles ont toutes , un
poiffon empreint , de couleur noire
& en relief : Le Sirien en a apporté
quatre.
Don Alexandro Albani a û la
mortification de fignifier à Dona
Maria Bernardina fa mere , de fortir
de Rome , par ordre du S. Pere ,
qui l'a releguée à Caftel , jufqu'à
nouvelle ordre ; cette difgrace eft
attribuée à quelques Mémoriaux
qu'on jetta dans le caroffe de Sa
Sainteté , par lefquels on fe plaint
de cette Dame , entre autres chofes
, d'avoir pris fans payer , à un
Cabaretier de Rome , quelques
Jambons & autres bagatelles de
cette nature , quoique le S. Pere
fonbeau-frere, lui donne vingt - cinq
Ecus par mois .
Dimanche 2 , le Pape fit la Cérémonie
de l'Incoronation d'une
Madona Miraculenta , à San Pietro
1
DE MAY. III
་
in Montorio , en faveur des Francifcains
, qui ne font pas fort aifés.
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3953
p. 111-114
EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
Début :
Dans le cours de la Semaine Sainte, nous avons senti quatre [...]
Mots clefs :
Semaine Sainte, Tremblement de terre, Rocher, Vent, Tonnerre, Étoiles, Ciel, Lumière, Étincelles
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
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3954
p. 114-124
ARTICLE DES SPECTACLES.
Début :
Les Comédiens Italiens ayant voulu faire l'essai d'une Piéce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Arlequin, Applaudissements, Tragédie, Roi, Tyran, Action théâtrale, Veuve, Meurtre, Paysan, Crime, Plaintes, Reine, Exécution, Confidence, Vengeance, Terreur, Comédiens-Français, Rôles, Spectateurs, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES.
ATITICLE DES SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
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3955
p. 137-144
EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
Début :
Tout le monde sçait que la Lumiére se réfléchit, pour peu [...]
Mots clefs :
Physique, Lumière, Reflets, Réfraction, Rayons, Expérience, Réflexion, Atmosphère, Corps, Ombre, Obscurité, Distances, Observations, Direction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
EXTRAIT D'UN MORCEAU
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
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3956
p. 144-146
SUITE DES NOUVELLES Etrangeres. A Hambourg le 20 May 1717.
Début :
La Flotte Angloise de vingt-six Vaisseaux de Guerre & de trois [...]
Mots clefs :
Flotte anglaise, Vaisseaux de guerre, Copenhague, Mer, Comte, Ministres, Suède, Hollande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES NOUVELLES Etrangeres. A Hambourg le 20 May 1717.
SUITE DES NOUVELLES
Etrangeres.
A Hambourg le 20 May 1717.
A Flotte Angloife de vingtde
de
trois Frégattes , arriva le 24 d'Avril
à Copenhague . On en détacha
cinq Vaiffeaux pour croifer
fur Gottenbourg , où il y a plufieurs
Vaiffeaux Suedois. On mande
qu'aufitôt que la Flore Danoife
fera prête , les deux Flottes fe réuniront,
pour fe rendreMaîtreſſes de
la Mer Baltique ; afin de s'oppofer
aux courfes des Suédois , qui continuent
de faire des prifes confidérables.
Les Hollandois follicitez
par les Anglois, d'y joindre une
Eſcadre , ont en quelque maniere
refufé
"DE MAY. $
145
refufé , voulans ménager le Roy
de Suéde en faveur de leur Commerce.
On croft même qu'ils remettront
bien- tôr en liberté M.le
Baron de Cortz .
M. le Comte de la Mark eft
à Lubeck , où il a receu fes Paffeports
pour aller en Suéde , de la
part du Roy de France , à condition
cependant, que le Roy de Suéde
de fon côté , expédiera des Paffeports
femblables , afin
afin que les
Couriers paffent librement .
On apprend de Suéde par des
Lettres qui ne paffent pas aïfément,
que dans le moment qu'on fert
que les Miniftres Suédois avoient
été arrêtés en Angleterre & en Hollande
: Il avoit été proposé au Confeil
, le Roy préfent , que l'affaire
étoit frimportante , qu'elle méri
toit d'y être difcurée. L'ouverture
de la propofition faite, on alla aux
avis , & prefque tous les Miniftres
déclarerent , qu'il étoit de l'honneur
du Roy & de la Nation , qu'on
ufat du droit de reprefailles far les
May 1717. N
146 LE MERCURE
Miniftres Anglois & Hollandois ,
& qu'on les enfermât dans des
Châteaux . Mais, le Roy ayant tout
écouté , dit avec beaucoup de
grandeur , Meffieurs , Je ne reconnois
point de Droit audeffus du
Droit des Gens : Et le Droit de
reprefailles dont vous me parlez ,
eft fi fort audeffus , que mon avis
eft , qu'on traite les Miniftres d'Angleterre
& de Hollande , avec toute
l'honnêtété prefcrite par le Droit
des Gens ; qu'on leur laiſſe la liberté,
mais qu'on les éxamine de fort prés ;
qu'on les empêche de fortir de mon
Royaume , comme desfugitifs ; mais,
que fion les rappelle ; ils n'ont qu'à
prendre congé demoi dans les formes :
Alors,je fuivrai ce que l'Equité doit
infpirer aux véritables Souverains ,
& je marquerai à tout l'Univers
le respect que j'ai pour le Droit facré
& fupréme des Gens .
Etrangeres.
A Hambourg le 20 May 1717.
A Flotte Angloife de vingtde
de
trois Frégattes , arriva le 24 d'Avril
à Copenhague . On en détacha
cinq Vaiffeaux pour croifer
fur Gottenbourg , où il y a plufieurs
Vaiffeaux Suedois. On mande
qu'aufitôt que la Flore Danoife
fera prête , les deux Flottes fe réuniront,
pour fe rendreMaîtreſſes de
la Mer Baltique ; afin de s'oppofer
aux courfes des Suédois , qui continuent
de faire des prifes confidérables.
Les Hollandois follicitez
par les Anglois, d'y joindre une
Eſcadre , ont en quelque maniere
refufé
"DE MAY. $
145
refufé , voulans ménager le Roy
de Suéde en faveur de leur Commerce.
On croft même qu'ils remettront
bien- tôr en liberté M.le
Baron de Cortz .
M. le Comte de la Mark eft
à Lubeck , où il a receu fes Paffeports
pour aller en Suéde , de la
part du Roy de France , à condition
cependant, que le Roy de Suéde
de fon côté , expédiera des Paffeports
femblables , afin
afin que les
Couriers paffent librement .
On apprend de Suéde par des
Lettres qui ne paffent pas aïfément,
que dans le moment qu'on fert
que les Miniftres Suédois avoient
été arrêtés en Angleterre & en Hollande
: Il avoit été proposé au Confeil
, le Roy préfent , que l'affaire
étoit frimportante , qu'elle méri
toit d'y être difcurée. L'ouverture
de la propofition faite, on alla aux
avis , & prefque tous les Miniftres
déclarerent , qu'il étoit de l'honneur
du Roy & de la Nation , qu'on
ufat du droit de reprefailles far les
May 1717. N
146 LE MERCURE
Miniftres Anglois & Hollandois ,
& qu'on les enfermât dans des
Châteaux . Mais, le Roy ayant tout
écouté , dit avec beaucoup de
grandeur , Meffieurs , Je ne reconnois
point de Droit audeffus du
Droit des Gens : Et le Droit de
reprefailles dont vous me parlez ,
eft fi fort audeffus , que mon avis
eft , qu'on traite les Miniftres d'Angleterre
& de Hollande , avec toute
l'honnêtété prefcrite par le Droit
des Gens ; qu'on leur laiſſe la liberté,
mais qu'on les éxamine de fort prés ;
qu'on les empêche de fortir de mon
Royaume , comme desfugitifs ; mais,
que fion les rappelle ; ils n'ont qu'à
prendre congé demoi dans les formes :
Alors,je fuivrai ce que l'Equité doit
infpirer aux véritables Souverains ,
& je marquerai à tout l'Univers
le respect que j'ai pour le Droit facré
& fupréme des Gens .
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3957
p. 146
« Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Tabac à raper, [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Tabac à raper, [...]
Mots clefs :
Réponses, Énigmes, Plume, Tabac à râper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Tabac à raper, [...] »
Le mot de la premiere Enigme
du mois paffé, étoit le Tabac à raper,
& celui de la feconde , une Plume.
du mois paffé, étoit le Tabac à raper,
& celui de la feconde , une Plume.
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3958
p. 150-160
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 14, le Roi donna un Arrêt, pour empêcher la Noblesse [...]
Mots clefs :
Arrêt, Noblesse, Ducs, Droits, Requête, Maximes, Requêtes, Conseil, Dispute, Prince, Discours, Baron, Officiers, Contrat de mariage, Abbé, Décès, Procession, Duc d'Orléans, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DU JOURNAL
de - Paris.
L
E 14 , le Roi donna un Arrêt ,
pour empêcher la Nobleffe de
s'affembler ; par lequel il lui deffend
de figner la Requête projettée
contre les Ducs & Pairs . Nous le
rapportons ici tel qu'il a été publié.
Le Roi étant informé qu'à l'occafion
de quelques Mémoires , Publiés
l'année derniere , où plufieurs
perfonnes d'une Naiffance
diftinguée ont prétendu que les
Droits de la Nobleffe étoient intereffés
, il a été dreffé pour deffendre
ces Droits , une Requête , que
l'on veut faire figner à un grandno
da
Et
de
&
CO
Era
Et
qui
Nol
elle
don
nore
plus
tes
une
IST
vis
a fa
DE MAY. Ist
nombre de Gentils -hommes , tant
dans Paris que dans les Provinces :
Et comme la Nobleffe , quoiqu'un
des premiers Ordres du Royaume ,
& celui que Sa Majesté regarde
comme la principalle force de fon
Etat , ne peut , ni faire Corps , ni
figner des Requêtes en commun,
fans la permiffion expreffe du Roy ,
Et qu'ainfi une telle tentative ne
fçauroit être autorifée , fans bleffer
les premieres maximes de l'ordre ,
public , outre qu'elle feroit inutile
& prématurée dans une occafion
où il ne s'agit que de Mémoires
qui n'ont point été faits contre la
Nobleffe , Er à l'égard defquels
elle peut fe repofer fur l'affection
dont Sa Majesté l'a toujours ho-- .
norée , & qui eft pour elle un Titre.
plus affuré que toutes les Requêtes
qu'elle pourroit préfenter , fi
Elle étoit en état de le faire dans'
une forme réguliere . SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'Avis
de M. le Duc d'Orleans Regent,
a fait trés-expreffes inhibitions &
募
162 LE MERCURE
deffenfes à tous les Nobles de fon
Royaume , de quelque Naiffance ,
Rang & Dignité qu'ils foient , de
figner ladite prétendue Requête ,
à peine de défobéïſſance , juſqu'à
ce qu'autrement par Sa Majesté en
ait été ordonné, fuivant les formes
obfervées dans le Royaume , fans
néantmoins que le préfent Arreſt
puiffe nuire ni préjudicier aux
Droits , Priviléges & prérogatives
légitimes de la Nobleffe , auxquels
S. M. n'entend donner aucune
atteinte , Et qu'elle maintiendra
toujours , à l'exemple des
Rois les prédéceffeurs , fuivant les
régles de la Juftice & de l'ordre
public.
La difpute qui s'eft élevée entre
M. de S. Eugene Maistre d'Hoftel
ordinaire du Roy , & les Maiftres
d'Hoftel de quartier , a été remiſe
à la décifion de Msr le Duc. Le.
Premier prétend , qu'il eft de
fa Charge de fervir toutes les Têtes
Couronnées Etrangeres qui
viennent en France , & les autres
DE MAY... 155
lui conteftent ce droit.
Le 16. le Roy a affitté le jour de
la Pentecôte , à la Grand-Meffe ,
precedée par un Veni Creator ; elle
fut celebrée par fa Grande Chapelle
; M. l'Abbé de Joüilhac officiant
, comme premier des Chantres
du Roy. L'aprés midy S. M.
entendit la Prédication du Pere
Chanan , le premier des Religieux
de S. Antoine qui ait prêché à la
Cour ; fon Difcours fuivi & ferré a
été goûté , & fon Compliment a
été bien reçû. Aprés Vêpres, le Roy,
fe promena dans le Jardin des
Tuileries. ..
7.
On a eû des nouvelles du de
Bonn Electorat de Cologne , que
Mgr . le Comte de Charolois étoit
arrivé le 6. dans cette Ville , fort
fatigué. Ce Prince fut obligé à
Namur de prendre la Barque , au
deffaut des chevaux de pofte ,
pour defcendre la Meufe jufqu'à
Liege. Il coucha en chemin fur la
Paille , ne mangea que du Pain bis,
& ne but que de la Biere , ng
Kexce
de
que
compa
hom
tuit, d
prés la
ant de
percé
pee , o
dan re
ron d'A
154 LE MERCURE
trouvant rien de plus . Ayant gagné
Liege, M. de Billy qui l'accompagne,
emprunta deux chemiſes d'un
de fes Amis ; il en donna une au
Prince , & garda l'autre pour lui ;
ils en partirent le matin par une
mauvaiſe voiture, pour fe rendre à
Bonn , où l'Electeur de Cologne
le reçût à bras ouverts . Ms. le
Comte de Charolois demanda cependant
la permiffion à S. A. E.
de loger chez M. le Comte de S.
Maurice où il fe repofa ; toutes les
Lingeres de Bonn furent employées
à lui faire diligemment le linge
le plus neceffaire , & le 8. il fe remit
en route par les facilitez que
lui donna l'Electeur , pour fe rendre
en diligence à Munick.
mem
coups,
fuperieu
Le Baron de Schemetavu Allemand,
trés-riche heritier , âgé de 22
ans , fut tué la nuit du 16. au 17. il
avoit foupé dans un Cabaret du
Fauxbourg S. Germain, avec Mrs. le
Marquis de Gatinara , le Baron d'Alberg
& plufieurs Gentils - Hommes
Etrangers qui s'étoient retirez , à
que l'o
vers la
dansle
teache
Serantfa
i
fauva
grandep
du
front.
e deM
de
l'Emp
pée
anchan
garde, fa
DE MAY
ISS
་
l'exception du Baron d'Alberg &
de quelques domeftiques qui l'accompagnoient
: Il fut attaqué par
5 hommes à trois heures aprés mi
nuit, dans la Rue des Boucheries,
prés la Barriere des Sergents : S'étant
deffendu quelque tems ; il fut
percé mortellement d'un coup d'épée
, outre deux coftes coupées
d'un revers d'efpadon. M. le Baron
d'Alberg fut bleffé prefque dans
le même moment de deux autres
coups , dont l'un lui diviſa la lévre
fupérieure en deux ; de maniere
que l'on comptoits dents à travers
la playe , & l'autre fut porté
dans le bas ventre , il auroit même
été achevé , fans fon laquais , qui
s'étant faifi de l'épée de ce Baron ,
lui fauva la vie aux dépens d'une
grande playe qui pénétra dans l'os
du front. Le Valet de la Garderobe
de M. de Kinigfeg Ambaffadeur
de l'Empereur , qui avoit mis auffi
l'épée à la main , fut atteint d'un
tranchant d'Efpadon qui coupa fa
garde, fa poignée , & lui abatic
•
186 LE MERCURE
prefque le pouce , que le Chirur
gien a été obligé d'amputer. Aprés
-cette expedition , comme, les Attaquans
fe fauvoient , ils rencon
trerent le Marquis de Gathara qui
s'étoit feparé quelques inftans , avant
que ce malheur arrivât à les
Amis ; il en fut attaqué , mais
ayant eu le bonheur de pater & d'en
bleffer même quelques- uns , ils
l'abandonnerent
. Quelque perqui
fition que l'on ait pu faire jufqu'à
préfent , pour en découvrir les Af-
Taillans , on n'a pu y parvenir. On
a arrefté feulement un des laquais
du Baron Schemetavy
Le 17. au matin les derniers Of
ficiers de M. le Comte de Charo-.
lois font partis pour joindre ce Prince
à Vienne.
M. le Grand , quoi qu'incommodé
, a donné cependant un dîner
magnifique à 60 Perfonnes de la
Parenté de M. le Comte d'Armagnac
.
Le 19. M. l'Abbé de la Rochefoucault
Aîné de la famille , a reDE
MAY. 157
sur un Bref du Pape , avec permiffion
de jouir des Revenus de fes
Abbayes ; fous la condition qu'i a
propofée de prendre l'épée , & d'aller
fervir en Hongrie contre les Infidéles.
2 .
Le 20 au matin M. le Blanc
Maitre des Requeftes Honoraire ,
Confeiller au Confeil de Guerre
at l'honeur de faire figner par S. M.
le Contrat de Mariage de Mlle fa
fille avec M. le Marquisde Trefnel
, Enfeigne des Gendarmes.
Le 21 les Confeils fe font raffemblez,
ayant été en vacance, depuis
le Mardy d'avant la Pentecôte
jufqu'à cejour.
Le 22.il eft arrivé un Courier
en 7 jours de Roine , apportant la
difpenfe pour le Mariage de M. le
Marquis d'Harcour avec Madenoifelle
de Louvois.
• Le 23. M. l'Abbé de la Rochefoucault
partit en habit de Cavalier
pourla Hongrie.
Le 25. M. Talon le plus ancien
des Lieutenants aux Gardes , a ob158
LE MERCURE
tenu de droit la Compagnie de M.
de Montpezat Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Maréchal
de Camp & Gouverneur de
Sommieres , qui eft mort en Languedoc
le 15, de ce mois . M. Har-.
lin a été gratifié du Gouvernement
de Sommieres , qui vaut 8000 livres
de rentes; les appointemens en
font payez fur les Etats de Languedoc.
Le 27. Fête du Saint Sacrement,
la Proceffion de Saint Germain
l'Auxerrois , Paroiffe du Louvre ,
vint à la Chapelle des Tuileries .
Le Roy la reçût au milieu de la
Cour & l'accompagna avec une pié
té exemplaire jufqu'à la Chapelle;
on chanta unMotet, aprés lequel
S. M. reconduifit le S. Sacrement
jufqu'à la derniere Porte du Lou-
VEC.
Mgr le Duc d'Orleans fe rendit à
l'Eglife de S. Euftache fa Paroiffe ,
avec Madame la Ducheffe d'Orleans
, & Mer le Duc de Chartres;ils
affifterent à la Proceffion du S. SaDE
MAY. 159
crement & à la Grand- Meffe.
Mgr le Prince & Mde la Princeffe de
Conti accompagnerent la Proceffion
du S. Sacrement à S. Sulpice
Par des lettres du 15. de Munik,
on a été informé que Mer le Comte
de Charolois y étoit arrivé la veille
, à 9 heures du foir , en parfaite
fanté. L'Electeur de Baviere , fur
l'avis qu'il avoit reçû de l'Electeur
de Cologne , que ce Prince avoit
paffé par Bonn , dépêcha au
devant de lui un de fes Gentilshommes,
jufqu'à Donavert. Le lendemain
de fon arrivée , toute la
Cour qui étoit fort nombreuſe , ſe
trouva au lever de M. le Comte.
L'Electeur lui donna le grand Appartement
vis-à-vis celui qu'il occupe
, & l'y conduifit. Le quinze
S. A. E. le mena chez l'Electrice
, & lui fit offre d'argent
de chevaux , de vaiffelles , d'équipages
& de tout ce qui pouvoit lui
manquer. M. le Comte à écrit une
lettre en Allemand à M. le Marquis
de Gefvres , & une en Latin
a
O ij
160 LE MERCURE
•
à M. l'Abbé Mongin fon Precepteur.
L'Impératrice accoucha le 13. de
ce mois d'une Archi - Ducheffe .
Les Fermiers Generaux fortans ,
font ,
Meffieurs Brunet de Rancy , Caquet
, Chartraires , Daverly , de
Boulogne , d'Elpeche , Dupuy , Henault
de Cantorbe , le Riche, Ménon
, du Tronchet , Terriffe , Pellart
, Romanet .
Les quatre Rentrans , font ,
Meffieurs Le Normant , d'Azy ,
·Bartet de Bonneval , de Duchy.
La Penfion de feu M. Jouvenet
a été donnée à M. Boullogne qui
a auffi rempli la Place de Recteur
de l'Academie Royale de Peintuture.
J'ai donc été mal informé,
lorfque j'ai avancé à la p. 102. du
Mercure d'Avril que M. Coepel avoit
été gratifié de toutes les prérogatives
accordées à feu M. Jouvenet
; je devois dire feulement
qu'il avoit obtenu la penfion de
feu M. de la Foffe , il y a même
plus de 6 mois.
de - Paris.
L
E 14 , le Roi donna un Arrêt ,
pour empêcher la Nobleffe de
s'affembler ; par lequel il lui deffend
de figner la Requête projettée
contre les Ducs & Pairs . Nous le
rapportons ici tel qu'il a été publié.
Le Roi étant informé qu'à l'occafion
de quelques Mémoires , Publiés
l'année derniere , où plufieurs
perfonnes d'une Naiffance
diftinguée ont prétendu que les
Droits de la Nobleffe étoient intereffés
, il a été dreffé pour deffendre
ces Droits , une Requête , que
l'on veut faire figner à un grandno
da
Et
de
&
CO
Era
Et
qui
Nol
elle
don
nore
plus
tes
une
IST
vis
a fa
DE MAY. Ist
nombre de Gentils -hommes , tant
dans Paris que dans les Provinces :
Et comme la Nobleffe , quoiqu'un
des premiers Ordres du Royaume ,
& celui que Sa Majesté regarde
comme la principalle force de fon
Etat , ne peut , ni faire Corps , ni
figner des Requêtes en commun,
fans la permiffion expreffe du Roy ,
Et qu'ainfi une telle tentative ne
fçauroit être autorifée , fans bleffer
les premieres maximes de l'ordre ,
public , outre qu'elle feroit inutile
& prématurée dans une occafion
où il ne s'agit que de Mémoires
qui n'ont point été faits contre la
Nobleffe , Er à l'égard defquels
elle peut fe repofer fur l'affection
dont Sa Majesté l'a toujours ho-- .
norée , & qui eft pour elle un Titre.
plus affuré que toutes les Requêtes
qu'elle pourroit préfenter , fi
Elle étoit en état de le faire dans'
une forme réguliere . SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'Avis
de M. le Duc d'Orleans Regent,
a fait trés-expreffes inhibitions &
募
162 LE MERCURE
deffenfes à tous les Nobles de fon
Royaume , de quelque Naiffance ,
Rang & Dignité qu'ils foient , de
figner ladite prétendue Requête ,
à peine de défobéïſſance , juſqu'à
ce qu'autrement par Sa Majesté en
ait été ordonné, fuivant les formes
obfervées dans le Royaume , fans
néantmoins que le préfent Arreſt
puiffe nuire ni préjudicier aux
Droits , Priviléges & prérogatives
légitimes de la Nobleffe , auxquels
S. M. n'entend donner aucune
atteinte , Et qu'elle maintiendra
toujours , à l'exemple des
Rois les prédéceffeurs , fuivant les
régles de la Juftice & de l'ordre
public.
La difpute qui s'eft élevée entre
M. de S. Eugene Maistre d'Hoftel
ordinaire du Roy , & les Maiftres
d'Hoftel de quartier , a été remiſe
à la décifion de Msr le Duc. Le.
Premier prétend , qu'il eft de
fa Charge de fervir toutes les Têtes
Couronnées Etrangeres qui
viennent en France , & les autres
DE MAY... 155
lui conteftent ce droit.
Le 16. le Roy a affitté le jour de
la Pentecôte , à la Grand-Meffe ,
precedée par un Veni Creator ; elle
fut celebrée par fa Grande Chapelle
; M. l'Abbé de Joüilhac officiant
, comme premier des Chantres
du Roy. L'aprés midy S. M.
entendit la Prédication du Pere
Chanan , le premier des Religieux
de S. Antoine qui ait prêché à la
Cour ; fon Difcours fuivi & ferré a
été goûté , & fon Compliment a
été bien reçû. Aprés Vêpres, le Roy,
fe promena dans le Jardin des
Tuileries. ..
7.
On a eû des nouvelles du de
Bonn Electorat de Cologne , que
Mgr . le Comte de Charolois étoit
arrivé le 6. dans cette Ville , fort
fatigué. Ce Prince fut obligé à
Namur de prendre la Barque , au
deffaut des chevaux de pofte ,
pour defcendre la Meufe jufqu'à
Liege. Il coucha en chemin fur la
Paille , ne mangea que du Pain bis,
& ne but que de la Biere , ng
Kexce
de
que
compa
hom
tuit, d
prés la
ant de
percé
pee , o
dan re
ron d'A
154 LE MERCURE
trouvant rien de plus . Ayant gagné
Liege, M. de Billy qui l'accompagne,
emprunta deux chemiſes d'un
de fes Amis ; il en donna une au
Prince , & garda l'autre pour lui ;
ils en partirent le matin par une
mauvaiſe voiture, pour fe rendre à
Bonn , où l'Electeur de Cologne
le reçût à bras ouverts . Ms. le
Comte de Charolois demanda cependant
la permiffion à S. A. E.
de loger chez M. le Comte de S.
Maurice où il fe repofa ; toutes les
Lingeres de Bonn furent employées
à lui faire diligemment le linge
le plus neceffaire , & le 8. il fe remit
en route par les facilitez que
lui donna l'Electeur , pour fe rendre
en diligence à Munick.
mem
coups,
fuperieu
Le Baron de Schemetavu Allemand,
trés-riche heritier , âgé de 22
ans , fut tué la nuit du 16. au 17. il
avoit foupé dans un Cabaret du
Fauxbourg S. Germain, avec Mrs. le
Marquis de Gatinara , le Baron d'Alberg
& plufieurs Gentils - Hommes
Etrangers qui s'étoient retirez , à
que l'o
vers la
dansle
teache
Serantfa
i
fauva
grandep
du
front.
e deM
de
l'Emp
pée
anchan
garde, fa
DE MAY
ISS
་
l'exception du Baron d'Alberg &
de quelques domeftiques qui l'accompagnoient
: Il fut attaqué par
5 hommes à trois heures aprés mi
nuit, dans la Rue des Boucheries,
prés la Barriere des Sergents : S'étant
deffendu quelque tems ; il fut
percé mortellement d'un coup d'épée
, outre deux coftes coupées
d'un revers d'efpadon. M. le Baron
d'Alberg fut bleffé prefque dans
le même moment de deux autres
coups , dont l'un lui diviſa la lévre
fupérieure en deux ; de maniere
que l'on comptoits dents à travers
la playe , & l'autre fut porté
dans le bas ventre , il auroit même
été achevé , fans fon laquais , qui
s'étant faifi de l'épée de ce Baron ,
lui fauva la vie aux dépens d'une
grande playe qui pénétra dans l'os
du front. Le Valet de la Garderobe
de M. de Kinigfeg Ambaffadeur
de l'Empereur , qui avoit mis auffi
l'épée à la main , fut atteint d'un
tranchant d'Efpadon qui coupa fa
garde, fa poignée , & lui abatic
•
186 LE MERCURE
prefque le pouce , que le Chirur
gien a été obligé d'amputer. Aprés
-cette expedition , comme, les Attaquans
fe fauvoient , ils rencon
trerent le Marquis de Gathara qui
s'étoit feparé quelques inftans , avant
que ce malheur arrivât à les
Amis ; il en fut attaqué , mais
ayant eu le bonheur de pater & d'en
bleffer même quelques- uns , ils
l'abandonnerent
. Quelque perqui
fition que l'on ait pu faire jufqu'à
préfent , pour en découvrir les Af-
Taillans , on n'a pu y parvenir. On
a arrefté feulement un des laquais
du Baron Schemetavy
Le 17. au matin les derniers Of
ficiers de M. le Comte de Charo-.
lois font partis pour joindre ce Prince
à Vienne.
M. le Grand , quoi qu'incommodé
, a donné cependant un dîner
magnifique à 60 Perfonnes de la
Parenté de M. le Comte d'Armagnac
.
Le 19. M. l'Abbé de la Rochefoucault
Aîné de la famille , a reDE
MAY. 157
sur un Bref du Pape , avec permiffion
de jouir des Revenus de fes
Abbayes ; fous la condition qu'i a
propofée de prendre l'épée , & d'aller
fervir en Hongrie contre les Infidéles.
2 .
Le 20 au matin M. le Blanc
Maitre des Requeftes Honoraire ,
Confeiller au Confeil de Guerre
at l'honeur de faire figner par S. M.
le Contrat de Mariage de Mlle fa
fille avec M. le Marquisde Trefnel
, Enfeigne des Gendarmes.
Le 21 les Confeils fe font raffemblez,
ayant été en vacance, depuis
le Mardy d'avant la Pentecôte
jufqu'à cejour.
Le 22.il eft arrivé un Courier
en 7 jours de Roine , apportant la
difpenfe pour le Mariage de M. le
Marquis d'Harcour avec Madenoifelle
de Louvois.
• Le 23. M. l'Abbé de la Rochefoucault
partit en habit de Cavalier
pourla Hongrie.
Le 25. M. Talon le plus ancien
des Lieutenants aux Gardes , a ob158
LE MERCURE
tenu de droit la Compagnie de M.
de Montpezat Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Maréchal
de Camp & Gouverneur de
Sommieres , qui eft mort en Languedoc
le 15, de ce mois . M. Har-.
lin a été gratifié du Gouvernement
de Sommieres , qui vaut 8000 livres
de rentes; les appointemens en
font payez fur les Etats de Languedoc.
Le 27. Fête du Saint Sacrement,
la Proceffion de Saint Germain
l'Auxerrois , Paroiffe du Louvre ,
vint à la Chapelle des Tuileries .
Le Roy la reçût au milieu de la
Cour & l'accompagna avec une pié
té exemplaire jufqu'à la Chapelle;
on chanta unMotet, aprés lequel
S. M. reconduifit le S. Sacrement
jufqu'à la derniere Porte du Lou-
VEC.
Mgr le Duc d'Orleans fe rendit à
l'Eglife de S. Euftache fa Paroiffe ,
avec Madame la Ducheffe d'Orleans
, & Mer le Duc de Chartres;ils
affifterent à la Proceffion du S. SaDE
MAY. 159
crement & à la Grand- Meffe.
Mgr le Prince & Mde la Princeffe de
Conti accompagnerent la Proceffion
du S. Sacrement à S. Sulpice
Par des lettres du 15. de Munik,
on a été informé que Mer le Comte
de Charolois y étoit arrivé la veille
, à 9 heures du foir , en parfaite
fanté. L'Electeur de Baviere , fur
l'avis qu'il avoit reçû de l'Electeur
de Cologne , que ce Prince avoit
paffé par Bonn , dépêcha au
devant de lui un de fes Gentilshommes,
jufqu'à Donavert. Le lendemain
de fon arrivée , toute la
Cour qui étoit fort nombreuſe , ſe
trouva au lever de M. le Comte.
L'Electeur lui donna le grand Appartement
vis-à-vis celui qu'il occupe
, & l'y conduifit. Le quinze
S. A. E. le mena chez l'Electrice
, & lui fit offre d'argent
de chevaux , de vaiffelles , d'équipages
& de tout ce qui pouvoit lui
manquer. M. le Comte à écrit une
lettre en Allemand à M. le Marquis
de Gefvres , & une en Latin
a
O ij
160 LE MERCURE
•
à M. l'Abbé Mongin fon Precepteur.
L'Impératrice accoucha le 13. de
ce mois d'une Archi - Ducheffe .
Les Fermiers Generaux fortans ,
font ,
Meffieurs Brunet de Rancy , Caquet
, Chartraires , Daverly , de
Boulogne , d'Elpeche , Dupuy , Henault
de Cantorbe , le Riche, Ménon
, du Tronchet , Terriffe , Pellart
, Romanet .
Les quatre Rentrans , font ,
Meffieurs Le Normant , d'Azy ,
·Bartet de Bonneval , de Duchy.
La Penfion de feu M. Jouvenet
a été donnée à M. Boullogne qui
a auffi rempli la Place de Recteur
de l'Academie Royale de Peintuture.
J'ai donc été mal informé,
lorfque j'ai avancé à la p. 102. du
Mercure d'Avril que M. Coepel avoit
été gratifié de toutes les prérogatives
accordées à feu M. Jouvenet
; je devois dire feulement
qu'il avoit obtenu la penfion de
feu M. de la Foffe , il y a même
plus de 6 mois.
Fermer
3959
p. 161-165
MORTS.
Début :
Dame Jeanne du Bovéxe de Villemor, veuve de Messire Alexis [...]
Mots clefs :
Décès, Dame, Veuve, Messire, Fille d'honneur, Docteur en théologie, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Dame Jeanne du Bovéxe de Villemor
, veuve de Meffire Alexis
François Dauyet , Comte des Marefts
, Grand Fauconnier de France,
mourut le 24 Avril 1717. âgée de
>
68 ans , ayant eû entr'autres Enfans,
Dame Françoife Chreftienne
Dauvet mariée en 1704. à Guil-
Jaume Alexandre Marquis de
Vieuxpont , & François Dauvet
Comte des Marefts , à préfent
Grand Fauconnier de France , marié
depuis l'an 170г. avec Dame
Marie Robert , de laquelle il
a eû entr'autres, M. le Comte des
Marefts reçû depuis peu en furvivance
de M. fon Pere , dans la
Charge de Grand Fauconnier de
France.
Madame des Marefts avoit été
élevée Fille d'Honneur de Madame
Ducheffe d'Orleans , & ele
étoit fille de Robert de Bovéxe ,
Seigneur de Villemor en Poitou
O iij
62 LE
MERCURE
& de Marie d'Eſcoubleau , de la
Branche des Seigneurs du Coudray
Montpenfier. Pour la Genealogie
de Dauvet , voyez la nouvelle
Edition des Grands Officiers de la
Couronne par le Pere Anfelme, au
Chapitre des Grands Fauconniers ,
vol. infol. 1496.
Meffire Hiacinthe Ravechet
Preftre , Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , Maiſon & Société
de Sorbonne , & Syndic de
ladite Faculté , mourut le 24 Avril
1717. à S. Melaine de Rennes.
Meffire Pierre Charles Dappougny
, Seigneur de Jambeville & de :
Serincourt , Maiftré d'Hoftel Ordinaire
du Roy , mourut le 4. May.
Il étoit fils de feu Claude Dappougny,
Secretaire du Roy , & l'un
des Fermiers Generaux de fa Majefté
, & de Claude Bruchet.
Meffire Louis Gafpard Macharel
, Premier Maiftre d'Hoftel de
S. A.R.Merle Duc d'Orleans ,mourut
le 12 мay .
Meffire Lojiis Pafquier , Seigneur
DE MAY. 153
de Coulandes & de Chauffour ,
Lieutenant Particulier au Chaftelet
de Paris depuis 1690. aprés y
avoir été Avocat du Roy , mourut
le 13 May..
Dame Magdelaine de Jaucourt ;
femme de мeffire Armand de мormes
, Chevalier Seigneur de faint
Hilaire & de Garges , & Comman→
deur de l'Ordre de S. Louis, Lieurenant
General des Armées du Roy
& de l'Artilerie de France , & Confeiller
au Confeil de Guerre , mourut
le 13 May 1717. Elle fortoit d'une
Maifon également confidérable
par fon Ancienneté & par fes Alliances.
Meffire Antoine Michel de Sabine
, Baron de la Quiefe , Gentil-
Homme Ordinaire de la Maifon du
Roy , mourut le 1 ; мay.
Dame Jeanne de Montaut, veuve
de мeffire Nicolas de Croifmare ,
Prefident en la Cour des Aydes de
Normandie , mourut le is may
1717. La Famille de Croifmare eft
originaire de Normandie , & des
164 LE MERCURE
plus diftinguées par fon Ancieneté,
par fes Alliances , & par les
premieres
Charges de la Robe , dont
elle a été decorée depuis long- tems .
Metfire Louis le Preftre du Puy
Vauban Abbé de Brantofme & de
Belleville , Prieur de S. André de
Cuzaguais , mourut le ... de May
Il étoit frere de мeffire Antoine le
Preftre , Seigneur du Puy-Vauban ,
Lieutenant General des Armées du
Roy , Directeur des Fortifications
d'Artois, Gouverneur de Bethune ,
& Neveu à la mode de Bretagne,
de feu Mr. le Maréchal de Vauban .
Dame Scholaftique Geneviève
d'Anglure , femme de мeffire Louis
d'Ornaifon , Comte de Chamarande
, Lieutenant General des Armées
du Roy , mourut le .. de May
Elle étoit Fille de мeffire Nicolas
d'Anglure , Marquis de Bourlemont
, Lieutenant General des Armées
du Roy , & de Dame Anne
Thibault , & elle avoit eû entr'autres
enfans , M. le Marquis de
Bafancy , Colonel du Regiment de
DE MAY . 165
la Reyne , tué au Siége de Turin
en 1706. & quelques autres Enfans
tous morts fans alliance . La мạifon
d'Anglure eft originaire de
Champagne & l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de cer--
te Province .
MIS de la Foffe , Jouvenet , &
Boulogne l'aîné , tous trois Peintres
Ordinaires du Roy, moururent
ces jours paffez.
мeffire Pierre , Sire & Comte de
Lannion , Baron & Pair de Bretagne
, Vicomte de Rennes , marquis
d'Epinay & autres lieux , Lieutenant
General des Armées du Roy,
& Gouverneur des Ville & Chẫ▾
teau de S. Malo , Vannes & Au
ray , deceda le 27 May , âgé de
75 ans 3 mois.
Dame Elifabeth Bonnet veuve
du Marquis de Pons de Chavigny,
mourut le 7 de ce mois en fon Chateau
de Pons fur Seine , àgée de
76 ans.
Dame Jeanne du Bovéxe de Villemor
, veuve de Meffire Alexis
François Dauyet , Comte des Marefts
, Grand Fauconnier de France,
mourut le 24 Avril 1717. âgée de
>
68 ans , ayant eû entr'autres Enfans,
Dame Françoife Chreftienne
Dauvet mariée en 1704. à Guil-
Jaume Alexandre Marquis de
Vieuxpont , & François Dauvet
Comte des Marefts , à préfent
Grand Fauconnier de France , marié
depuis l'an 170г. avec Dame
Marie Robert , de laquelle il
a eû entr'autres, M. le Comte des
Marefts reçû depuis peu en furvivance
de M. fon Pere , dans la
Charge de Grand Fauconnier de
France.
Madame des Marefts avoit été
élevée Fille d'Honneur de Madame
Ducheffe d'Orleans , & ele
étoit fille de Robert de Bovéxe ,
Seigneur de Villemor en Poitou
O iij
62 LE
MERCURE
& de Marie d'Eſcoubleau , de la
Branche des Seigneurs du Coudray
Montpenfier. Pour la Genealogie
de Dauvet , voyez la nouvelle
Edition des Grands Officiers de la
Couronne par le Pere Anfelme, au
Chapitre des Grands Fauconniers ,
vol. infol. 1496.
Meffire Hiacinthe Ravechet
Preftre , Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , Maiſon & Société
de Sorbonne , & Syndic de
ladite Faculté , mourut le 24 Avril
1717. à S. Melaine de Rennes.
Meffire Pierre Charles Dappougny
, Seigneur de Jambeville & de :
Serincourt , Maiftré d'Hoftel Ordinaire
du Roy , mourut le 4. May.
Il étoit fils de feu Claude Dappougny,
Secretaire du Roy , & l'un
des Fermiers Generaux de fa Majefté
, & de Claude Bruchet.
Meffire Louis Gafpard Macharel
, Premier Maiftre d'Hoftel de
S. A.R.Merle Duc d'Orleans ,mourut
le 12 мay .
Meffire Lojiis Pafquier , Seigneur
DE MAY. 153
de Coulandes & de Chauffour ,
Lieutenant Particulier au Chaftelet
de Paris depuis 1690. aprés y
avoir été Avocat du Roy , mourut
le 13 May..
Dame Magdelaine de Jaucourt ;
femme de мeffire Armand de мormes
, Chevalier Seigneur de faint
Hilaire & de Garges , & Comman→
deur de l'Ordre de S. Louis, Lieurenant
General des Armées du Roy
& de l'Artilerie de France , & Confeiller
au Confeil de Guerre , mourut
le 13 May 1717. Elle fortoit d'une
Maifon également confidérable
par fon Ancienneté & par fes Alliances.
Meffire Antoine Michel de Sabine
, Baron de la Quiefe , Gentil-
Homme Ordinaire de la Maifon du
Roy , mourut le 1 ; мay.
Dame Jeanne de Montaut, veuve
de мeffire Nicolas de Croifmare ,
Prefident en la Cour des Aydes de
Normandie , mourut le is may
1717. La Famille de Croifmare eft
originaire de Normandie , & des
164 LE MERCURE
plus diftinguées par fon Ancieneté,
par fes Alliances , & par les
premieres
Charges de la Robe , dont
elle a été decorée depuis long- tems .
Metfire Louis le Preftre du Puy
Vauban Abbé de Brantofme & de
Belleville , Prieur de S. André de
Cuzaguais , mourut le ... de May
Il étoit frere de мeffire Antoine le
Preftre , Seigneur du Puy-Vauban ,
Lieutenant General des Armées du
Roy , Directeur des Fortifications
d'Artois, Gouverneur de Bethune ,
& Neveu à la mode de Bretagne,
de feu Mr. le Maréchal de Vauban .
Dame Scholaftique Geneviève
d'Anglure , femme de мeffire Louis
d'Ornaifon , Comte de Chamarande
, Lieutenant General des Armées
du Roy , mourut le .. de May
Elle étoit Fille de мeffire Nicolas
d'Anglure , Marquis de Bourlemont
, Lieutenant General des Armées
du Roy , & de Dame Anne
Thibault , & elle avoit eû entr'autres
enfans , M. le Marquis de
Bafancy , Colonel du Regiment de
DE MAY . 165
la Reyne , tué au Siége de Turin
en 1706. & quelques autres Enfans
tous morts fans alliance . La мạifon
d'Anglure eft originaire de
Champagne & l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de cer--
te Province .
MIS de la Foffe , Jouvenet , &
Boulogne l'aîné , tous trois Peintres
Ordinaires du Roy, moururent
ces jours paffez.
мeffire Pierre , Sire & Comte de
Lannion , Baron & Pair de Bretagne
, Vicomte de Rennes , marquis
d'Epinay & autres lieux , Lieutenant
General des Armées du Roy,
& Gouverneur des Ville & Chẫ▾
teau de S. Malo , Vannes & Au
ray , deceda le 27 May , âgé de
75 ans 3 mois.
Dame Elifabeth Bonnet veuve
du Marquis de Pons de Chavigny,
mourut le 7 de ce mois en fon Chateau
de Pons fur Seine , àgée de
76 ans.
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3960
p. 166-168
MARIAGES.
Début :
Mre Benoist Bidal, Marquis d'Asfeld, Lieutenant General des [...]
Mots clefs :
Marquis d'Asfeld, Mariages, Fille, Seigneur, Prince, Charles de Lorraine, Épouse, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Mre Benoist Bidal , Marquis d'As- -
feld , Lieutenant General des Armées
du Roi, Commandeur de l'Ordre
Militaire de S.Louis, Chevalier
de la Toifon d'Or , & Confeiller au
Confeil de Guerre , a époufé le 27
Avril Mile Joly de Fleury , Fille
de Mre Jofeph Omer Joly Seigneur
de Fleury , Avocat General au Parlement
de Paris, & Niéce de M. le
Procureur General. M. d'Asfeld eft
Fils de Me Pierre Bidal , Refident
pour le Roy dans les Cours du
Nord left Frere de feu Mr le Baron
d'Asfeld , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , fi connu par le
Siége de Bonn , qu'il foûtint fi
long-temps , & qu'il ne rendit qu'aprés
avoir fait périr grand nombre
des Ennemis , & de feu Mr. le Baron
d'Asfeld , auffi Maréchal de
Camp , mort depuis quelques années
, n'aïant laiffé qu'une fille de
fon Mariage avec Dame Anne PuDE
MAY.
167
selle , fille de Pierre Pucelle Premier
Prefident au Parlement de
Grenoble.
M. le Prince Charles de Lorraine
, Grand Ecuyer de France en
furvivance de Mr. le Comte d'Armagnac
fon Pere , a épousé le 12
May, Françoiſe Adelaide de Noailles
, fille de Mre Adrien Maurice
Duc de Noailles , Pair de France,
Chevalier de la Toifon d'Or, & c
& de Dame Françoife d'Aubigné.
Comme la Maiſon de Lorraine eft
du nombre des
Souveraines, & que
celle de Noailles eft
generalement
connue pour une des plus anciennes
& des plus illuftres du Royaume ,
je crois pouvoir me difpenfer d'entrer
ici dans aucun détail Genealogique
.
Mre Efprit Juvenal de Harville
des Urfins , Marquis de Trefnel ,
Enfeigne des Gendarmes de la
Garde du Roy , Fils de мre Efprit
Juvenal de Harville des Urfins ,
Marquis de Trefnel , Lieutenant
General des Armées du Roi , & de
768 LE MERCURE
feue Dame Marie Anne de Gomont;
a époufé le..de May Louife
Magdelaine le Blanc , fille unique
de Me Claude le Blanc , Maitre
des Requeſtes Honoraire , & Confeiller
au Confeil de Guerre , & de
Dame Magdelaine Petit de Paffy,
& petite fille de Mre Louis le Blanc
Maistre des Requeftes Ordinaire de
l'Hoftel du Roi , & de Dame Sufanne
Henriete Bazin de Befons
foeur de Mre Jacques Bafin de Befons
, à préfent Marefchal deFrance.
La Maiſon de Harville n'eft pas
moins confiderable par fon ancienneté
, que par les Alliances.qu'elle
a faites depuis un temps immémorial
avec les premieres Maifons du
Roïaume.
Je remets au meis prochain à
vous parler du Mariage de Mr, de
Bonneval avec Mlle de Biron .
Mre Benoist Bidal , Marquis d'As- -
feld , Lieutenant General des Armées
du Roi, Commandeur de l'Ordre
Militaire de S.Louis, Chevalier
de la Toifon d'Or , & Confeiller au
Confeil de Guerre , a époufé le 27
Avril Mile Joly de Fleury , Fille
de Mre Jofeph Omer Joly Seigneur
de Fleury , Avocat General au Parlement
de Paris, & Niéce de M. le
Procureur General. M. d'Asfeld eft
Fils de Me Pierre Bidal , Refident
pour le Roy dans les Cours du
Nord left Frere de feu Mr le Baron
d'Asfeld , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , fi connu par le
Siége de Bonn , qu'il foûtint fi
long-temps , & qu'il ne rendit qu'aprés
avoir fait périr grand nombre
des Ennemis , & de feu Mr. le Baron
d'Asfeld , auffi Maréchal de
Camp , mort depuis quelques années
, n'aïant laiffé qu'une fille de
fon Mariage avec Dame Anne PuDE
MAY.
167
selle , fille de Pierre Pucelle Premier
Prefident au Parlement de
Grenoble.
M. le Prince Charles de Lorraine
, Grand Ecuyer de France en
furvivance de Mr. le Comte d'Armagnac
fon Pere , a épousé le 12
May, Françoiſe Adelaide de Noailles
, fille de Mre Adrien Maurice
Duc de Noailles , Pair de France,
Chevalier de la Toifon d'Or, & c
& de Dame Françoife d'Aubigné.
Comme la Maiſon de Lorraine eft
du nombre des
Souveraines, & que
celle de Noailles eft
generalement
connue pour une des plus anciennes
& des plus illuftres du Royaume ,
je crois pouvoir me difpenfer d'entrer
ici dans aucun détail Genealogique
.
Mre Efprit Juvenal de Harville
des Urfins , Marquis de Trefnel ,
Enfeigne des Gendarmes de la
Garde du Roy , Fils de мre Efprit
Juvenal de Harville des Urfins ,
Marquis de Trefnel , Lieutenant
General des Armées du Roi , & de
768 LE MERCURE
feue Dame Marie Anne de Gomont;
a époufé le..de May Louife
Magdelaine le Blanc , fille unique
de Me Claude le Blanc , Maitre
des Requeſtes Honoraire , & Confeiller
au Confeil de Guerre , & de
Dame Magdelaine Petit de Paffy,
& petite fille de Mre Louis le Blanc
Maistre des Requeftes Ordinaire de
l'Hoftel du Roi , & de Dame Sufanne
Henriete Bazin de Befons
foeur de Mre Jacques Bafin de Befons
, à préfent Marefchal deFrance.
La Maiſon de Harville n'eft pas
moins confiderable par fon ancienneté
, que par les Alliances.qu'elle
a faites depuis un temps immémorial
avec les premieres Maifons du
Roïaume.
Je remets au meis prochain à
vous parler du Mariage de Mr, de
Bonneval avec Mlle de Biron .
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3961
p. 168-175
Prestation de Serment de M. le Marquis d'Argenteüil, entre les mains du Roy, pour la Charge de Lieutenant General au Gouvernement de Champagne. [titre d'après la table]
Début :
En vous apprenant dans mon Journal du mois d'Avril dernier, [...]
Mots clefs :
Marquis d'Argenteuil, Serment, Roi de France, Charge, Lieutenant, Maison de le Bacle, Alliances, Parents, Chef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prestation de Serment de M. le Marquis d'Argenteüil, entre les mains du Roy, pour la Charge de Lieutenant General au Gouvernement de Champagne. [titre d'après la table]
En vous apprenant dans mon
Journal du mois d'Avril dernier
que le 25. de ce mois , Mr. le
Marquis d'Argenteuil , Gouverneur
Particulier
DEMAY.
169
Particulier de la Ville de Troyes ,
avoit prété Serment entre les in...ns
du Roy , pour la Charge de Lieutenant
General de Sa Majefté , au
Gouvernement de Champagne ,
dont il avoit été pourvû , de même
que de celle de Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , dés
le quatre Septembre de l'année
1716 ; fur la démiffion de Mr le
Comte d'Effeville , Lieutenant Ge-
'neral des Armées du Roy , & Lieutenant
de fes Gardes du Corps : Je
n'aurois pas manqué de vous inftruire
de la Naiffance , s'il m'avoit
été permis de remettre plufieurs
articles confidérables , dont
on m'avoit déja fait part , lorfque
celui que vous allés lire , me fur
rendu.
La Maifon de lé Bacle , de laquelle
fort Mr le Marquis d'Argenteuil
, eft originaire de Touraine ;
& elle n'eft pas moins confidérable
par fon ancienneté , que , par fes
Alliances ; puifque par des Titres
inconteftables , elle pouve une
May 1717. P
170 LE MERCURE
filiation fuivie depuis prés de 400
, ans.
Mre Jean-Louis le Bacle Marquis
d'Argenteüil , à préfent Lieutenant
General au Gouvernement
de Champagne & Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , a
été élévé Page de la Chambre du
feu Roy , & il est marié depuis le
quinze Novembre 1712 , avec De
Louife-Anne-Victoire de Rogres ,
fortie d'une des plus anciennes
Maifons de Poitou , & qui a l'honneur
d'être Parente de Madame
la Princeffe de Conty premiere
Douairiere , fille unique de Louis-
Charles de Rogres Chevalier ,
Seigneur de Cheurinvillier
, de
Balin & de l'Anglée , & de Marie-
Anne le Charron , Dame de
Villemaréchal
& du Vieux Saint-
Ange , Niéce & pétite Niéce de
feüe Madame la Maréchale du
Pleffis Pralain , & de feüe Madame
la Comteffe de Coffe , Ayeiile
de Mr le Duc de Briffac d'aujourd'hui
, duquel Mariage font
DE MAY. 171
nés juſqu'ici un fils & une fille . Il
eit fils de feu Me François le Bacle
Comte d'Argenteuil , Lieutenant
Colonel de Cavalerie , & de Dame
Anne-Elizabeth le Tenneur ,
Dame de Foucheres & de Roffon ,
petit-fils de Louis le Bacle Comte
d'Epineüil , Baron d'Argenteuil &
d'Arcy , Seigneur de Pouy , & élevé
Page , puis Gentilhomme Ordinaire
de la Chambre du Roy Louis
XIII , & de De Catherine de Torcy ,
& arriere petit- fils de Patrice le
Bacle Baron d'Argenteuil , Mestre
de Camp d'un Régiment d'Infanterie
, lequel avoit pour pere François
le BacleBaron d'Argenteüil&de
Torcy , Confeiller du Roy en tous
fes Confeils , Gentilhomme Ordinaire
de fa Chambre , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie
pour le Service du Roy Henry
IV , & premier Chambellan de
Mgr Louis de Bourbon , Comte
de Soiffons ; depuis , Grand Maître
de France , & pour Mere Deniſe
de Heriot , Dame de Moulins ;
Pij
172
LE MERCURE
après la mort de laquelle , ledit
François le Bacle ſe remaria avec
Marie de Lenoncourt , Dame de
Chateauchinon
& de Beauregard ,
fortie d'une des plus illuftres Maifons
de Lorraine : Il étoit petitfils
d'Antoine dé Bacle , Seigneur
du Puybacle , Baron d'Argenteuil
& d'Arcy , & de Marguerite de la
Touche , fille de Renaud de la
Touche , Chevalier , Seigneur de
la Touche Limoufiniere , & de
Françoife de Rochechouard
, fille
de François de Pontville dit de
Rochechouard
, Vicomte de Rochechouard
, & de Renée d'Anjou
Mezieres. Cet Antoine le Bacle
étoit fils d'Hugues le Bacle , Seigneur
du Puybacle & de la Martiniere
, élevé Enfant d'Honneur
de la Reine Marie d'Anjou , femme
du Roy Charles VII , & depuis
Echançon de M. le Duc de
Normandie , frere du Roy Louis
XI. lequel avoit pour frere , François
le Bacle , Maître d'Hôtel Ordinaire
du Roy Charles VIII , &
DE MAY.
173
&
premier Maître d'Hôtel de Mer le
Dauphin , iffu au 4º dégré de Jean
le Bacle Ecuyer , Seigneur du Puybacle
, du Pin & de Saint Loud
en Touraine , vivant vers l'an 1325.
lequel mourut revétu de grands &
notables biens , ayant laiffé entr'auties
Effets , pour deux mille livres
de Vaiffeles d'or & d'argent ; fomme
alors tres confidérable
qui marque bien que dés ce temslà
, cette Maiſon étoit une des plus
riches de fa Province. Depuis ce
tems , ceux de ce nom ont toujours
fervi les Rois dans des Emplois
Militaires & confidérables , comme
en qualité de Lieutenans de
leurs Gardes du Corps , de Gouverneurs
de plufieures Villes &
Châteaux , Meftres de Camp d'In.
fanterie & de Cavalerie , & ils fe
trouvent qualifiez Chevaliers &
Hauts & Puiffants Seigneurs dans
des Titres , depuis prés de 200 ans.
Cette Maifon , outre l'avantage.
qu'elle a d'être alliée aux Maiſons
de Neufville Villeroy , de Souvré,
P iij
174 LEMERCURE
de Coligny , de Poitiers , de la
Rochefoucaud ,de Rouvroy Saint
Simon , de la Tremoille , elle a encore
celui d'avoir donné cinq Chanoineffes
d'Efpinal , dont une a été
élue Doïenne en 1710 , une Chanoineffe
de Remiremont & fept
Chevaliers de Malte , dont le premier
a été reçû dés le 12 Aouſt
1603 .
Outre M. le Marquis d'Argenteuil
qui en eft le Chef, il en refte
encore M. le Comte de Mou
lins Lieutenant Colonel de Dragons
, & Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , lequel a plufieurs
enfans de fon Mariage , avec
Dame Marie de Rogres de Champignelles
, Coufine Germaine de
Madame d'Argenteuil , & fille de
Louis de Rogres , Baron de Champignelles
, & de Marie Nicolle
Graffin , fortie d'une ancienne Famille
originaire de la Ville de Sens,
de laquelle étoit Pierre Graffin ,
Seigneur d'Ablon , reçû Confeiller
au Parlement de Paris dés l'an
DE MAY 375
1'543 , & qui fubfifte encore en la
perfonne de Pierre Graffin , Seigneur
de Chaffefant, deMormant en Brie,
Directeur General des Monnoyes
de France.
M. le Comte d'Argenteuil , Sei-"
gneur de Hommefou , & Mr de
Beauregard , Lieutenant Colonel
de Cavalerie , font auffi de la Maifon
de le Bacle , qui porte pour Armes
, deceules à trois Macles d'argent
, pofées deux & une. Mr le
Marquis d'Argenteuil les porte écarrelées
, au 1 & 4 de Roche
choüard au 2 & 3. d'Anjou , &
le tout de le Bacle.
Journal du mois d'Avril dernier
que le 25. de ce mois , Mr. le
Marquis d'Argenteuil , Gouverneur
Particulier
DEMAY.
169
Particulier de la Ville de Troyes ,
avoit prété Serment entre les in...ns
du Roy , pour la Charge de Lieutenant
General de Sa Majefté , au
Gouvernement de Champagne ,
dont il avoit été pourvû , de même
que de celle de Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , dés
le quatre Septembre de l'année
1716 ; fur la démiffion de Mr le
Comte d'Effeville , Lieutenant Ge-
'neral des Armées du Roy , & Lieutenant
de fes Gardes du Corps : Je
n'aurois pas manqué de vous inftruire
de la Naiffance , s'il m'avoit
été permis de remettre plufieurs
articles confidérables , dont
on m'avoit déja fait part , lorfque
celui que vous allés lire , me fur
rendu.
La Maifon de lé Bacle , de laquelle
fort Mr le Marquis d'Argenteuil
, eft originaire de Touraine ;
& elle n'eft pas moins confidérable
par fon ancienneté , que , par fes
Alliances ; puifque par des Titres
inconteftables , elle pouve une
May 1717. P
170 LE MERCURE
filiation fuivie depuis prés de 400
, ans.
Mre Jean-Louis le Bacle Marquis
d'Argenteüil , à préfent Lieutenant
General au Gouvernement
de Champagne & Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , a
été élévé Page de la Chambre du
feu Roy , & il est marié depuis le
quinze Novembre 1712 , avec De
Louife-Anne-Victoire de Rogres ,
fortie d'une des plus anciennes
Maifons de Poitou , & qui a l'honneur
d'être Parente de Madame
la Princeffe de Conty premiere
Douairiere , fille unique de Louis-
Charles de Rogres Chevalier ,
Seigneur de Cheurinvillier
, de
Balin & de l'Anglée , & de Marie-
Anne le Charron , Dame de
Villemaréchal
& du Vieux Saint-
Ange , Niéce & pétite Niéce de
feüe Madame la Maréchale du
Pleffis Pralain , & de feüe Madame
la Comteffe de Coffe , Ayeiile
de Mr le Duc de Briffac d'aujourd'hui
, duquel Mariage font
DE MAY. 171
nés juſqu'ici un fils & une fille . Il
eit fils de feu Me François le Bacle
Comte d'Argenteuil , Lieutenant
Colonel de Cavalerie , & de Dame
Anne-Elizabeth le Tenneur ,
Dame de Foucheres & de Roffon ,
petit-fils de Louis le Bacle Comte
d'Epineüil , Baron d'Argenteuil &
d'Arcy , Seigneur de Pouy , & élevé
Page , puis Gentilhomme Ordinaire
de la Chambre du Roy Louis
XIII , & de De Catherine de Torcy ,
& arriere petit- fils de Patrice le
Bacle Baron d'Argenteuil , Mestre
de Camp d'un Régiment d'Infanterie
, lequel avoit pour pere François
le BacleBaron d'Argenteüil&de
Torcy , Confeiller du Roy en tous
fes Confeils , Gentilhomme Ordinaire
de fa Chambre , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie
pour le Service du Roy Henry
IV , & premier Chambellan de
Mgr Louis de Bourbon , Comte
de Soiffons ; depuis , Grand Maître
de France , & pour Mere Deniſe
de Heriot , Dame de Moulins ;
Pij
172
LE MERCURE
après la mort de laquelle , ledit
François le Bacle ſe remaria avec
Marie de Lenoncourt , Dame de
Chateauchinon
& de Beauregard ,
fortie d'une des plus illuftres Maifons
de Lorraine : Il étoit petitfils
d'Antoine dé Bacle , Seigneur
du Puybacle , Baron d'Argenteuil
& d'Arcy , & de Marguerite de la
Touche , fille de Renaud de la
Touche , Chevalier , Seigneur de
la Touche Limoufiniere , & de
Françoife de Rochechouard
, fille
de François de Pontville dit de
Rochechouard
, Vicomte de Rochechouard
, & de Renée d'Anjou
Mezieres. Cet Antoine le Bacle
étoit fils d'Hugues le Bacle , Seigneur
du Puybacle & de la Martiniere
, élevé Enfant d'Honneur
de la Reine Marie d'Anjou , femme
du Roy Charles VII , & depuis
Echançon de M. le Duc de
Normandie , frere du Roy Louis
XI. lequel avoit pour frere , François
le Bacle , Maître d'Hôtel Ordinaire
du Roy Charles VIII , &
DE MAY.
173
&
premier Maître d'Hôtel de Mer le
Dauphin , iffu au 4º dégré de Jean
le Bacle Ecuyer , Seigneur du Puybacle
, du Pin & de Saint Loud
en Touraine , vivant vers l'an 1325.
lequel mourut revétu de grands &
notables biens , ayant laiffé entr'auties
Effets , pour deux mille livres
de Vaiffeles d'or & d'argent ; fomme
alors tres confidérable
qui marque bien que dés ce temslà
, cette Maiſon étoit une des plus
riches de fa Province. Depuis ce
tems , ceux de ce nom ont toujours
fervi les Rois dans des Emplois
Militaires & confidérables , comme
en qualité de Lieutenans de
leurs Gardes du Corps , de Gouverneurs
de plufieures Villes &
Châteaux , Meftres de Camp d'In.
fanterie & de Cavalerie , & ils fe
trouvent qualifiez Chevaliers &
Hauts & Puiffants Seigneurs dans
des Titres , depuis prés de 200 ans.
Cette Maifon , outre l'avantage.
qu'elle a d'être alliée aux Maiſons
de Neufville Villeroy , de Souvré,
P iij
174 LEMERCURE
de Coligny , de Poitiers , de la
Rochefoucaud ,de Rouvroy Saint
Simon , de la Tremoille , elle a encore
celui d'avoir donné cinq Chanoineffes
d'Efpinal , dont une a été
élue Doïenne en 1710 , une Chanoineffe
de Remiremont & fept
Chevaliers de Malte , dont le premier
a été reçû dés le 12 Aouſt
1603 .
Outre M. le Marquis d'Argenteuil
qui en eft le Chef, il en refte
encore M. le Comte de Mou
lins Lieutenant Colonel de Dragons
, & Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , lequel a plufieurs
enfans de fon Mariage , avec
Dame Marie de Rogres de Champignelles
, Coufine Germaine de
Madame d'Argenteuil , & fille de
Louis de Rogres , Baron de Champignelles
, & de Marie Nicolle
Graffin , fortie d'une ancienne Famille
originaire de la Ville de Sens,
de laquelle étoit Pierre Graffin ,
Seigneur d'Ablon , reçû Confeiller
au Parlement de Paris dés l'an
DE MAY 375
1'543 , & qui fubfifte encore en la
perfonne de Pierre Graffin , Seigneur
de Chaffefant, deMormant en Brie,
Directeur General des Monnoyes
de France.
M. le Comte d'Argenteuil , Sei-"
gneur de Hommefou , & Mr de
Beauregard , Lieutenant Colonel
de Cavalerie , font auffi de la Maifon
de le Bacle , qui porte pour Armes
, deceules à trois Macles d'argent
, pofées deux & une. Mr le
Marquis d'Argenteuil les porte écarrelées
, au 1 & 4 de Roche
choüard au 2 & 3. d'Anjou , &
le tout de le Bacle.
Fermer
3962
p. 175-176
Avis trés-utile. [titre d'après la table]
Début :
Quoique je me défie avec raison, de tous les Remédes à qui [...]
Mots clefs :
Remèdes, Maladies, Eau, Efficacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis trés-utile. [titre d'après la table]
Quoique je me défie avec raifon
, de tous les Remédes à qui
on attribue une Vertu univerfelle,
contre toutes fortes de Maladies ,
je ne puis cependant diffimuler
fur le témoignage de plufieures
perfonnes dignes de foi , que l'Eau
de Mr de Villars , quon furnomme
Divine , eft peut- être un des plus
beaux Sécrets de laMédecine. Elles
attesteront qu'elles en ont vu des
.
176 LE MERCURE
effers fi furprenans , qu'elles fe
croiroient comptables envers le
Public , fi elles ne rendoient pas
juftice à l'éfficacité de cette Eau ,
qui a la Vertu de rectifier le fang , ce
qui une fois trouvé , doit prolonger
confidérablement la Vie de l'Homme.
Les Expériences journaliéres
que Mr de Villars en fait avec
fuccés fur des Moribonds
feront pour les plus Incrédules une
efpéce de démonſtration.
, de tous les Remédes à qui
on attribue une Vertu univerfelle,
contre toutes fortes de Maladies ,
je ne puis cependant diffimuler
fur le témoignage de plufieures
perfonnes dignes de foi , que l'Eau
de Mr de Villars , quon furnomme
Divine , eft peut- être un des plus
beaux Sécrets de laMédecine. Elles
attesteront qu'elles en ont vu des
.
176 LE MERCURE
effers fi furprenans , qu'elles fe
croiroient comptables envers le
Public , fi elles ne rendoient pas
juftice à l'éfficacité de cette Eau ,
qui a la Vertu de rectifier le fang , ce
qui une fois trouvé , doit prolonger
confidérablement la Vie de l'Homme.
Les Expériences journaliéres
que Mr de Villars en fait avec
fuccés fur des Moribonds
feront pour les plus Incrédules une
efpéce de démonſtration.
Fermer
3963
p. 176-190
ARTICLE DES LIVRES.
Début :
Mr Richer vient d'enrichir le Public d'une Traduction en Vers, des [...]
Mots clefs :
Livres, Traductions, Poètes, Langue, Auteur, Virgile, Maisons souveraines d'Europe, Géographie, Flûtes traversières, Navigation, Marc Antoine, Écrivain, Anagramme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES LIVRES.
ARTICLE DES LIVRES.
R Richer vient d'enrichir
le Public d'une Traduction
en Vers , des Eglogues de Virgile .
Il m'a paru que , fi on peut faire
paffer dans nôtre Langue toutes
les Beautés de cePrince des Poëtes,
le nouvel Auteur y a reuffi. Il ne
s'eft pas cependant affervi trop
fcrupuleufement à fon Original ,
ayant bien fenti que rien n'éteigDE
MAY 177
noit plus le feu de l'imagination ,
que cette contrainte : Par-là,il s'eft
mis à fon aife dans les endroits
où fon Auteur le génoit trop. Il a
même hazardé d'ajouter du fien
dans quelques autres . Il a fupprimé
certains termes profcrits dans nôtrè
poëfie , comme les expreffions de
Bouc & de Vache. Il a même en
Poëte pudique , fubftitué dans plufieurs
Eglogues , des noms de
Bergeres à ceux des Bergers, pour
rectifier la paffion. Deplus , il a
ajouté aux dix Eglogues de Vir
gile , trois autres Idylles de fon invention
, qui fe font lire avec plai
fir , malgré la prévention où l'on
le fameux Poëte Manpour
toüan. Peut -on rien de plus délicat
que ce qu'il prêre à deux Ber
geres de fa premiere Eglogue dans
un entretien qu'elles ont enfemble
?
eſt
-Califte qui en eft une , invite
Sylvanire à fe repofer , & lui dit.
Repofons - nous maſoeur , & reſpetons
ces Plantes.
178 LEMERCURE
Ecoutons gazouiller tous ces peties
Oifeaux
Peut être rendons-nous les Nymphe's
mécontentes ,
En moiffonnant les fleurs qui con—
ronnent leurs Eaux.
SYLVANIRE
Helas il m'en souvient , pour une
même caufe
Dryope en arbre verd jadis ſe vit
changer ;
Si vous me puniſſés , que je devienne
Rofe ;
Déeffes , c'est la fleur quiplaît à mon
Berger,
CALISTE.
Et moi , que je devienne une belle
Anemone
Que careffentfouvent les amoureux
Zephirs.
Mon Berger au Printems en porte
une Couronne ,
Et je ferai toujours l'objet de fes
défirs
DEMAY.
-
Ces Eglogues font fuivies de
quelques Poëfies diverfes , dans
lefquelles on remarque , comme
dans les précédentes , une douceur
de Stile qui décéle dans M. Richers
des moeurs auffi douces qu'aimables
་
On vient de finir l'Impreffion
d'un Livre , qu'on affiche fous le
titre d'Introduction à l'Hiftoire des
Maifons Souveraines de l'Europe ,
pour apprendre & retenir aisément
leur Origine & leurs diverses Bran
ches ; leurs Prérogatives & leurs
Domaines; les Changemens arrivez
dans leur état , & le caractere des
Princes qui les ont illuftrées ; avec
le fecours d'un grand nombre de Tables
Genealogiques gravées & imprimées.
Si l'execution de cet Ouvrage
répond à fon titre , il doit ê
tre des plus utiles , & même des
plus neceffaires ; ne fut-ce que pour
être au fait des affaires courantes
de l'Europe ; on ne peut les entendre
fans bien connoître ce qui re
garde les Princes qui en font le fu
180 LE MERCURE
jet & qui y font intereffez . Les Tables
Généalogiques font voir d'un
coup d'oeil , l'ordre des Branches &
des filiations qu'il eft impoffible de
bien démêler fans leurs fecours . Ce
Livre fe vend à Paris chez Coûtelier
, Quai des Auguftins , & chez
Giffart , rue S. Jacques..
Ilferoit à fouhaiter que tous ceux
qui voyagent dans les Pays Etrangers
, s'y appliquaffent avec autant
de foin, que M. l'Abbé de Vayrac ,
pour,en apprendre la Langue , les .
Maurs , les Coûtumes , les Ufages,
& le Gouvernement ; afin de communiquer
à leurs Compatriotes ,
leurs obfervations ; c'est ce que va
faire cet Abbé à l'égard de l'Efpagne
, par un Livre de fa façon , qui
doit paroiftre inceffamment fous le
Titre d'Etat prefent , de l'Espagne,
où l'on voit une Geographie Hiftorique
du Pays , l'Etabl ffement de
la Monarchie , fes Revolutions , fa
Décadence , fon Rétabliffement &
Les Accroiffemens : les Prérogatives
de la Couronne , le Rang des
Princes
DE MAY.
Princes & des Grands : l'Inftitution
& les Fonctions des Officiers de
la Maifon du Roy , avec un Céréa.cnial
du Palais : la Forme du Gouvernement
Ecclefiaftique , Militaire
, Civil & Politique: Les Moeurs,
les Coutumes , & les Ufages des Efpagnols.
Le tout extrait des Loix
Fondamentales du Royaume , des
Réglemens , des Pragmatiques les
plus authentiques & des meilleurs
Auteurs. En quatre Volumes in 12.
enrichis de Cartes Geographiques.
de chaque Royaume & de chaque
Province , qui compofent la Monarchie
Espagnole.
M. Hotteterre le Romain vient
de donner un Livre dePieces , à deux
deffus pour les Flutes Traverfieres,
& autres Inftrumens, avec une Baffe
adjoûtée feparément , c'eft for
fixiéme Oeuvre ; il eft le premier
qui ait fait connoiftre ce genre de
piéces . Le prix eft de as fols. 35
Le St Dantes Capitaine de Vaiffeaux
, a dedié depuis pen à S. A.
R Mr. le Regent , une grande Car182
MERCURE
te , fort utile pour les Perfonnes
qui veulent s'inftruire facilement
de toutes les Parties qui regardent
la Navigation , le Commerce , & les
Changes Etrangers ; elle eft fur
tout remarquable par la Deſcription
qu'ily fait d'un Vaiffeau de nouvelle
conftruction. Cet ouvrage fe
vend dans la Rue faint Jacques à la
Rofe Blanche , vis-à- vis l'Eglife
des Jefuites .
M. de Selincour tnous a donné depuis
peu l'Apologie de la loüange
, fon utilité & les juftes bornes,
avec des médailles fur quelques
actions de Mgr le Duc d'Orleans
Regent de France. L'Auteur a emploié
la forme du Dialogue , comme
la plus propre à traiter fon fujet
. Ses Interlocuteurs font , Clitandre
& Philarque.
Comme l'Auteur a pour objet
principal , de louer ce grand Prince ;
ce feroit bien fa. faure s'il ne rempliffoit
dignement fon Sujet. La matiere
eft des plus abondantes. Il s'eft
cependant contenté d'en prendre
DE MAY.
183 .
la fleur & de la femer de differents
traits Hiftoriques , qui placez à propos
, relevent le merite de fon Ouvrage.
L'éloignement qu'il reconnoiſt
dans le Regent de la France ,
pour tout ce qui s'appelle Louange
, que ce Prince regarde comme
Les effets de la Flaterie, lui en a
fourni d'heureux , tel eft le fuivant..
Marc Antoine entrant en Triom ,
phe dans Athenes , le Tirfe en
main , la Couronne de Pampres fur ,
la tête , avec tous les ornemens
dont étoit revêtu Bachus , lorfqu'il
revint de la Conquête des Indes, fut
reçû des Atheniens comme s'il eût
été le fils de Jupiter; ils le prierent
d'époufer Minerve leur Déeffe Tutelaire
: Antoine accepta le Parti ,
mais il voulut mille Talents pour
la dot. Un d'entr'eux prenant la
Parole , lui dit , Seigneur , nous
n'avons pas oui dire que Jupiter
vôtre Pere en ait exigé autant de
vôtre mere Semelé; lorfqu'il l'époufa
: Le Nouveau Dieu , malgré la
remiontrance
, punit leur lâche adu-
Qij
184 LE MERCURE
lation,en exigeant cette fomme qui
montoit environ à deux millions
de nôtre monnoye.
Pourquoi , ajoute cet Ecrivain , ne
pas s'entenir à la verité ; quand un
Tableau n'est pas reffemblant , les
efforts de l'art font découvrir plus
aifément les défauts della Nature ;
mais, pour faire l'Eloge de Mgr le
Regent , les Ornemens étrangers
font auffi inutils que cette Draperie
dont un mal habile Sculpteur couvrir
autrefois fa Venus : Il ne faut
que reprefenter nôtre Heros tel
'il eft. Qu'on expofe fans flateries
les Journées de Steinkerque ,
de Turin , les Siéges de Mons , Nanaur
& Lerida , où la Vertu de ce
Prince s'eft fi fort diftinguée , &
l'on fera forcé de l'admirer fans
dégoût .
L'Auteur a décoré fon Livre de
differentes Médailles dont l'application
paroift heureufe : Entre plufieurs
autres , on en voit une fort remarquable.
Un côté repreſente le
Prince Regent élevé für un BouDE
MAY.
185
-
clier ; Mars Dieu des Armées , &
Cibelle Déeffe de la Terre , lui
offrent chacun une Couronne dont
l'exedre eft ainfi exprimé : Patri
Patria & exercituum. Au Pere de
la Patrie & des Armées.
Sur le revers, cette même reconnoiffance
fe trouve marquée par
une Anagrame en vers, tirée du
nom du Prince .
Philippes d'Orleans Regent de ce
Royaume.
ANAGRAME.
Aimons ce grand Heros , il eft
Pere du Peuple.
Je finirai cet Extrait par l'interrogation
que fait Clitandre à Philarque.
Le premier voyant une autre
Médaille , demande au fecond.
Que voulez -vous marquer par ce
Neptune fur les Flots .
PHILARQUE répond
Je prétens marquer les foins du
Prince Regent, à calmer les troubles
qui agitent le Vaiffeau de l'Eglife
; les paffions font aux termes
de l'Apôtre , les vents orageux qui
Qiij
186 LEMERCURE
excitent ces tempêtes d'autant plus
dangereufes , que les hommes ayant
pour Guide & pour Pilote que
l'orgueil & l'opiniâtreté , ils courent
rife à tout moment de faire
naufrage : * Afcendunt ufque ad
Celum,& defcendunt uſque ad abiffos
turbati funt & moti funt ficut ebrius
, &c. C'eft la Religion , difent-
ils , qui les conduit. Hélas !
dans leur aveuglement peuvent - ils
la connoiftre ? ils ne fe connoiſſent
pas eux-mêmes. Plus ils voguent ,
plus ils s'écartent , & plus ils trouvent
d'écueils où leur vanité échouë
& fe brife. En effet , la Religion
peut- elle nous induire en erreur par
elle -même , & nous plonger dans
l'abîme Peut -elle être caufe des
excès & des défordres où l'on fe
jette ? Non, elle n'en peut être que
le faux prétexte. On prend pour
zéle de Religion , ce qui n'eſt que
l'effet de l'entêtement de l'interêt ,
ou de l'amour propre . Ce n'eft
Ff. 106.
DE MA Y. 18%
point la caufe de Dieu qu'on défend
, c'ett fa propre querelle qu'
onfoûtient , & qu'on venge par les
voyes les plus contraires à la Religion
même. On fouleve tout l'U-
.nivers pour le mettre dans fon parti
, on entraîne à foy les efprits
flotans & incertains des Peuples.
On fonne le tocfin qui perce juf
qu'aux enfers. Le Démon de la difcorde
excite fes ferpens , ils parcourent
la terre , & s'emparent du
coeur des foibles humains , & y
diftilent le fiel & le poifon. De là
les guerres les plus fanglantes & les
inimitiez les plus irreconciliables,
On n'entend plus la voix de la nature
ni du devoir. Le Sujet fe révolte
contre fon Souverain , porte
fa main facrilege fur l'oing du Seigneur
; & par un motif de pieté &
de Religion , lui enfonce le poignard
dans le fein. Le pere facrifie
fon propre enfant. Le fils , dans fa
*
* Nos Hiftoires n'en fourniſſent
que trop d'exemples.
188 LE MERCURE
fureur, immole fon propre pere, les
freres s'égorgent impitoyablement.
Tout ne refpire que vengeance &
qu'horreur. Eft-ce là cette charité,
fans laquelle la foy eft vaine ? Eftlà
cette concorde & cet amour du
prochain que Dieu nous preferit,
comme la bafe & le fondement de
la Loy ; cependant fi l'on vouloit
s'expliquer ou s'entendre , en viendroit-
on à de fi cruelles extrémitez
? Ce font ces dangers & ces fuites
malheureufes que le Prince Regent
a prévues & qu'il veut écarter
, c'est dans cette idée que je l'ai
peint fous la figure de Neptune armé
de fon Trident , appaifant une
tempête. On lit autour , ces Vers
de Virgile. *
Motos praftat componere "flitus.
Des flots impétueux il calme la fureur.
CLITANDRE.
Qui croiroit qu'une partie de l'E-
* Eneid. 2.
DE MAI. 189
glife * eût été en feu pour la cucule
d'un Moine ? Qui s'imagineroit que
pendant prés d'un fiécle il y ait cû
des Excommunications fulminées ,
des guerres allumées & tant de
fang répandu pour la décifion d'une
queftion auffi frivole, qu'eft celle de
fçavoir, fi les Cordeliers ont l'ufufruit
, ou la proprieté du Pain qu'ils
mangent ? Hélas ! où est la fageffe
des Sages , & la prudence des Prudens
, s'écrie S. Paul ; * Que le
Ciel beniffe & feconde les pieux
deffeins du Prince Regent : Que
cet Ange Tutelaire puiffe,enchaîner
( pourme fervir des paroles de l'E
criture , ) l'efprit de divifion & de
fuperbe , nôtre ancien ennemi qut
necherche qu'à féduire ceux qui
marchent dans la fimplicité.
* Sous les Papes Nicolas IV. &
Jean XXII.
*Jean XXII. excommunia l'Empereur
Louis de Baviere , & mit fes
Etats en interdi&t. Cet Empereur
paffa en Italie, & dépoffeda le Pape .
Aux Corinth.
190 LE MERCURE
>
On trouve chez Pierre Ribou
un Livre Nouveau , fous le Titre
d'Anecdotes du Miniftere du Cardinal
de Richelieu & du Regne de
Louis XIII. Je me propofe d'en
extraire quelques endroits pour le
mois prochain.
Outre le Mercuré de May , l'Aureur
vient de donner feparément un
Extraordinaire,contenant un Abbregé
de l'Hiftoire du Czar , avec une
Relation de l'Etat préfent de la
Mofcovie & de ce qui s'eft paffé
de plus confiderable, depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dedié à S. M. Cz . le prix eft de
20 fols , & fe vend chez Pierre Ri¬
bon , Quai des Auguftins , à l'Ima
ge S. Louis, & Gregoire Dupuis
rue S. Jacques à la Fontaine d'Or.
R Richer vient d'enrichir
le Public d'une Traduction
en Vers , des Eglogues de Virgile .
Il m'a paru que , fi on peut faire
paffer dans nôtre Langue toutes
les Beautés de cePrince des Poëtes,
le nouvel Auteur y a reuffi. Il ne
s'eft pas cependant affervi trop
fcrupuleufement à fon Original ,
ayant bien fenti que rien n'éteigDE
MAY 177
noit plus le feu de l'imagination ,
que cette contrainte : Par-là,il s'eft
mis à fon aife dans les endroits
où fon Auteur le génoit trop. Il a
même hazardé d'ajouter du fien
dans quelques autres . Il a fupprimé
certains termes profcrits dans nôtrè
poëfie , comme les expreffions de
Bouc & de Vache. Il a même en
Poëte pudique , fubftitué dans plufieurs
Eglogues , des noms de
Bergeres à ceux des Bergers, pour
rectifier la paffion. Deplus , il a
ajouté aux dix Eglogues de Vir
gile , trois autres Idylles de fon invention
, qui fe font lire avec plai
fir , malgré la prévention où l'on
le fameux Poëte Manpour
toüan. Peut -on rien de plus délicat
que ce qu'il prêre à deux Ber
geres de fa premiere Eglogue dans
un entretien qu'elles ont enfemble
?
eſt
-Califte qui en eft une , invite
Sylvanire à fe repofer , & lui dit.
Repofons - nous maſoeur , & reſpetons
ces Plantes.
178 LEMERCURE
Ecoutons gazouiller tous ces peties
Oifeaux
Peut être rendons-nous les Nymphe's
mécontentes ,
En moiffonnant les fleurs qui con—
ronnent leurs Eaux.
SYLVANIRE
Helas il m'en souvient , pour une
même caufe
Dryope en arbre verd jadis ſe vit
changer ;
Si vous me puniſſés , que je devienne
Rofe ;
Déeffes , c'est la fleur quiplaît à mon
Berger,
CALISTE.
Et moi , que je devienne une belle
Anemone
Que careffentfouvent les amoureux
Zephirs.
Mon Berger au Printems en porte
une Couronne ,
Et je ferai toujours l'objet de fes
défirs
DEMAY.
-
Ces Eglogues font fuivies de
quelques Poëfies diverfes , dans
lefquelles on remarque , comme
dans les précédentes , une douceur
de Stile qui décéle dans M. Richers
des moeurs auffi douces qu'aimables
་
On vient de finir l'Impreffion
d'un Livre , qu'on affiche fous le
titre d'Introduction à l'Hiftoire des
Maifons Souveraines de l'Europe ,
pour apprendre & retenir aisément
leur Origine & leurs diverses Bran
ches ; leurs Prérogatives & leurs
Domaines; les Changemens arrivez
dans leur état , & le caractere des
Princes qui les ont illuftrées ; avec
le fecours d'un grand nombre de Tables
Genealogiques gravées & imprimées.
Si l'execution de cet Ouvrage
répond à fon titre , il doit ê
tre des plus utiles , & même des
plus neceffaires ; ne fut-ce que pour
être au fait des affaires courantes
de l'Europe ; on ne peut les entendre
fans bien connoître ce qui re
garde les Princes qui en font le fu
180 LE MERCURE
jet & qui y font intereffez . Les Tables
Généalogiques font voir d'un
coup d'oeil , l'ordre des Branches &
des filiations qu'il eft impoffible de
bien démêler fans leurs fecours . Ce
Livre fe vend à Paris chez Coûtelier
, Quai des Auguftins , & chez
Giffart , rue S. Jacques..
Ilferoit à fouhaiter que tous ceux
qui voyagent dans les Pays Etrangers
, s'y appliquaffent avec autant
de foin, que M. l'Abbé de Vayrac ,
pour,en apprendre la Langue , les .
Maurs , les Coûtumes , les Ufages,
& le Gouvernement ; afin de communiquer
à leurs Compatriotes ,
leurs obfervations ; c'est ce que va
faire cet Abbé à l'égard de l'Efpagne
, par un Livre de fa façon , qui
doit paroiftre inceffamment fous le
Titre d'Etat prefent , de l'Espagne,
où l'on voit une Geographie Hiftorique
du Pays , l'Etabl ffement de
la Monarchie , fes Revolutions , fa
Décadence , fon Rétabliffement &
Les Accroiffemens : les Prérogatives
de la Couronne , le Rang des
Princes
DE MAY.
Princes & des Grands : l'Inftitution
& les Fonctions des Officiers de
la Maifon du Roy , avec un Céréa.cnial
du Palais : la Forme du Gouvernement
Ecclefiaftique , Militaire
, Civil & Politique: Les Moeurs,
les Coutumes , & les Ufages des Efpagnols.
Le tout extrait des Loix
Fondamentales du Royaume , des
Réglemens , des Pragmatiques les
plus authentiques & des meilleurs
Auteurs. En quatre Volumes in 12.
enrichis de Cartes Geographiques.
de chaque Royaume & de chaque
Province , qui compofent la Monarchie
Espagnole.
M. Hotteterre le Romain vient
de donner un Livre dePieces , à deux
deffus pour les Flutes Traverfieres,
& autres Inftrumens, avec une Baffe
adjoûtée feparément , c'eft for
fixiéme Oeuvre ; il eft le premier
qui ait fait connoiftre ce genre de
piéces . Le prix eft de as fols. 35
Le St Dantes Capitaine de Vaiffeaux
, a dedié depuis pen à S. A.
R Mr. le Regent , une grande Car182
MERCURE
te , fort utile pour les Perfonnes
qui veulent s'inftruire facilement
de toutes les Parties qui regardent
la Navigation , le Commerce , & les
Changes Etrangers ; elle eft fur
tout remarquable par la Deſcription
qu'ily fait d'un Vaiffeau de nouvelle
conftruction. Cet ouvrage fe
vend dans la Rue faint Jacques à la
Rofe Blanche , vis-à- vis l'Eglife
des Jefuites .
M. de Selincour tnous a donné depuis
peu l'Apologie de la loüange
, fon utilité & les juftes bornes,
avec des médailles fur quelques
actions de Mgr le Duc d'Orleans
Regent de France. L'Auteur a emploié
la forme du Dialogue , comme
la plus propre à traiter fon fujet
. Ses Interlocuteurs font , Clitandre
& Philarque.
Comme l'Auteur a pour objet
principal , de louer ce grand Prince ;
ce feroit bien fa. faure s'il ne rempliffoit
dignement fon Sujet. La matiere
eft des plus abondantes. Il s'eft
cependant contenté d'en prendre
DE MAY.
183 .
la fleur & de la femer de differents
traits Hiftoriques , qui placez à propos
, relevent le merite de fon Ouvrage.
L'éloignement qu'il reconnoiſt
dans le Regent de la France ,
pour tout ce qui s'appelle Louange
, que ce Prince regarde comme
Les effets de la Flaterie, lui en a
fourni d'heureux , tel eft le fuivant..
Marc Antoine entrant en Triom ,
phe dans Athenes , le Tirfe en
main , la Couronne de Pampres fur ,
la tête , avec tous les ornemens
dont étoit revêtu Bachus , lorfqu'il
revint de la Conquête des Indes, fut
reçû des Atheniens comme s'il eût
été le fils de Jupiter; ils le prierent
d'époufer Minerve leur Déeffe Tutelaire
: Antoine accepta le Parti ,
mais il voulut mille Talents pour
la dot. Un d'entr'eux prenant la
Parole , lui dit , Seigneur , nous
n'avons pas oui dire que Jupiter
vôtre Pere en ait exigé autant de
vôtre mere Semelé; lorfqu'il l'époufa
: Le Nouveau Dieu , malgré la
remiontrance
, punit leur lâche adu-
Qij
184 LE MERCURE
lation,en exigeant cette fomme qui
montoit environ à deux millions
de nôtre monnoye.
Pourquoi , ajoute cet Ecrivain , ne
pas s'entenir à la verité ; quand un
Tableau n'est pas reffemblant , les
efforts de l'art font découvrir plus
aifément les défauts della Nature ;
mais, pour faire l'Eloge de Mgr le
Regent , les Ornemens étrangers
font auffi inutils que cette Draperie
dont un mal habile Sculpteur couvrir
autrefois fa Venus : Il ne faut
que reprefenter nôtre Heros tel
'il eft. Qu'on expofe fans flateries
les Journées de Steinkerque ,
de Turin , les Siéges de Mons , Nanaur
& Lerida , où la Vertu de ce
Prince s'eft fi fort diftinguée , &
l'on fera forcé de l'admirer fans
dégoût .
L'Auteur a décoré fon Livre de
differentes Médailles dont l'application
paroift heureufe : Entre plufieurs
autres , on en voit une fort remarquable.
Un côté repreſente le
Prince Regent élevé für un BouDE
MAY.
185
-
clier ; Mars Dieu des Armées , &
Cibelle Déeffe de la Terre , lui
offrent chacun une Couronne dont
l'exedre eft ainfi exprimé : Patri
Patria & exercituum. Au Pere de
la Patrie & des Armées.
Sur le revers, cette même reconnoiffance
fe trouve marquée par
une Anagrame en vers, tirée du
nom du Prince .
Philippes d'Orleans Regent de ce
Royaume.
ANAGRAME.
Aimons ce grand Heros , il eft
Pere du Peuple.
Je finirai cet Extrait par l'interrogation
que fait Clitandre à Philarque.
Le premier voyant une autre
Médaille , demande au fecond.
Que voulez -vous marquer par ce
Neptune fur les Flots .
PHILARQUE répond
Je prétens marquer les foins du
Prince Regent, à calmer les troubles
qui agitent le Vaiffeau de l'Eglife
; les paffions font aux termes
de l'Apôtre , les vents orageux qui
Qiij
186 LEMERCURE
excitent ces tempêtes d'autant plus
dangereufes , que les hommes ayant
pour Guide & pour Pilote que
l'orgueil & l'opiniâtreté , ils courent
rife à tout moment de faire
naufrage : * Afcendunt ufque ad
Celum,& defcendunt uſque ad abiffos
turbati funt & moti funt ficut ebrius
, &c. C'eft la Religion , difent-
ils , qui les conduit. Hélas !
dans leur aveuglement peuvent - ils
la connoiftre ? ils ne fe connoiſſent
pas eux-mêmes. Plus ils voguent ,
plus ils s'écartent , & plus ils trouvent
d'écueils où leur vanité échouë
& fe brife. En effet , la Religion
peut- elle nous induire en erreur par
elle -même , & nous plonger dans
l'abîme Peut -elle être caufe des
excès & des défordres où l'on fe
jette ? Non, elle n'en peut être que
le faux prétexte. On prend pour
zéle de Religion , ce qui n'eſt que
l'effet de l'entêtement de l'interêt ,
ou de l'amour propre . Ce n'eft
Ff. 106.
DE MA Y. 18%
point la caufe de Dieu qu'on défend
, c'ett fa propre querelle qu'
onfoûtient , & qu'on venge par les
voyes les plus contraires à la Religion
même. On fouleve tout l'U-
.nivers pour le mettre dans fon parti
, on entraîne à foy les efprits
flotans & incertains des Peuples.
On fonne le tocfin qui perce juf
qu'aux enfers. Le Démon de la difcorde
excite fes ferpens , ils parcourent
la terre , & s'emparent du
coeur des foibles humains , & y
diftilent le fiel & le poifon. De là
les guerres les plus fanglantes & les
inimitiez les plus irreconciliables,
On n'entend plus la voix de la nature
ni du devoir. Le Sujet fe révolte
contre fon Souverain , porte
fa main facrilege fur l'oing du Seigneur
; & par un motif de pieté &
de Religion , lui enfonce le poignard
dans le fein. Le pere facrifie
fon propre enfant. Le fils , dans fa
*
* Nos Hiftoires n'en fourniſſent
que trop d'exemples.
188 LE MERCURE
fureur, immole fon propre pere, les
freres s'égorgent impitoyablement.
Tout ne refpire que vengeance &
qu'horreur. Eft-ce là cette charité,
fans laquelle la foy eft vaine ? Eftlà
cette concorde & cet amour du
prochain que Dieu nous preferit,
comme la bafe & le fondement de
la Loy ; cependant fi l'on vouloit
s'expliquer ou s'entendre , en viendroit-
on à de fi cruelles extrémitez
? Ce font ces dangers & ces fuites
malheureufes que le Prince Regent
a prévues & qu'il veut écarter
, c'est dans cette idée que je l'ai
peint fous la figure de Neptune armé
de fon Trident , appaifant une
tempête. On lit autour , ces Vers
de Virgile. *
Motos praftat componere "flitus.
Des flots impétueux il calme la fureur.
CLITANDRE.
Qui croiroit qu'une partie de l'E-
* Eneid. 2.
DE MAI. 189
glife * eût été en feu pour la cucule
d'un Moine ? Qui s'imagineroit que
pendant prés d'un fiécle il y ait cû
des Excommunications fulminées ,
des guerres allumées & tant de
fang répandu pour la décifion d'une
queftion auffi frivole, qu'eft celle de
fçavoir, fi les Cordeliers ont l'ufufruit
, ou la proprieté du Pain qu'ils
mangent ? Hélas ! où est la fageffe
des Sages , & la prudence des Prudens
, s'écrie S. Paul ; * Que le
Ciel beniffe & feconde les pieux
deffeins du Prince Regent : Que
cet Ange Tutelaire puiffe,enchaîner
( pourme fervir des paroles de l'E
criture , ) l'efprit de divifion & de
fuperbe , nôtre ancien ennemi qut
necherche qu'à féduire ceux qui
marchent dans la fimplicité.
* Sous les Papes Nicolas IV. &
Jean XXII.
*Jean XXII. excommunia l'Empereur
Louis de Baviere , & mit fes
Etats en interdi&t. Cet Empereur
paffa en Italie, & dépoffeda le Pape .
Aux Corinth.
190 LE MERCURE
>
On trouve chez Pierre Ribou
un Livre Nouveau , fous le Titre
d'Anecdotes du Miniftere du Cardinal
de Richelieu & du Regne de
Louis XIII. Je me propofe d'en
extraire quelques endroits pour le
mois prochain.
Outre le Mercuré de May , l'Aureur
vient de donner feparément un
Extraordinaire,contenant un Abbregé
de l'Hiftoire du Czar , avec une
Relation de l'Etat préfent de la
Mofcovie & de ce qui s'eft paffé
de plus confiderable, depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dedié à S. M. Cz . le prix eft de
20 fols , & fe vend chez Pierre Ri¬
bon , Quai des Auguftins , à l'Ima
ge S. Louis, & Gregoire Dupuis
rue S. Jacques à la Fontaine d'Or.
Fermer
3964
p. 190
AVIS.
Début :
Le Mercure de Juin & les suivants, sont fixez à 20 sols, [...]
Mots clefs :
Mercure, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
Le Mercure de Juin & les fuivants
, font fixez à · 20fols , l'Auteur
ne pouvant plus les donner à 153
parce que les frais qu'il eft obligé
de faire , excedent de beaucoup le
produit.
Le Mercure de Juin & les fuivants
, font fixez à · 20fols , l'Auteur
ne pouvant plus les donner à 153
parce que les frais qu'il eft obligé
de faire , excedent de beaucoup le
produit.
Fermer
3965
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
'Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure de
May 1717. dans lequel je n'ai rien
trouvé qui en puiffe empêcher
l'Impreffion, Fair à Paris ce 31 Mai
1717.
S
TERRASSON
Fermer
3966
s. p.
TABLE.
Début :
Suite de l'Apologie des Sçavans page 3. Vers sur la belle Maison [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Uite de l'Apologie des Sçavans ,
page 3 .
Versfur la belle Maifon de Campagne
de Me de ...
par feu M.
Pavillonde
l'Academie Françoife.53
Febrifuge
de feu Mr l'Aifné
55.
Le vieux Chefne & le jeune Chefne,
par M. Richer , Fable.
56 .
Ode imitée de la Pancharis de Bcnnefons,
par le même. 59
Suite des Memoires de Mr. le C. de
Retz;
Journal de Paris.
60
91.
Incendie de Bourbonne les Bains. 99
Nouvelles Etrangeres. 103
Extrait d'une Lettre de Mr de
Mendion écrite de Malte le 8.
Avril 1717.
Article de: Spectacles .
111
114
124
La Simplicité Chrétienne , Ode par
feu Ms l'Abbé Maumenet
Epiftre à la Pareffe far Mademoifelle
du Lu 129
Extrait d'un morceau de Phifique
touchant les rayons de la lumière ,
par Mr de l'Ifle le jeune de l'Academie
des Sciences. 137
Suite des nouvelles Etrangeres 144
Enigmes .
147
Chanson .
149
Suite du Journal de Paris. 150
Morts.
1 61
Mariages.
176
Preftation de Serment de M. le
Marquis d'Argenteuil , entre les
mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant General au Gouvernement
de Champagne
.
Avis trés- utile.
Extraits de Livres
168
175
175
Uite de l'Apologie des Sçavans ,
page 3 .
Versfur la belle Maifon de Campagne
de Me de ...
par feu M.
Pavillonde
l'Academie Françoife.53
Febrifuge
de feu Mr l'Aifné
55.
Le vieux Chefne & le jeune Chefne,
par M. Richer , Fable.
56 .
Ode imitée de la Pancharis de Bcnnefons,
par le même. 59
Suite des Memoires de Mr. le C. de
Retz;
Journal de Paris.
60
91.
Incendie de Bourbonne les Bains. 99
Nouvelles Etrangeres. 103
Extrait d'une Lettre de Mr de
Mendion écrite de Malte le 8.
Avril 1717.
Article de: Spectacles .
111
114
124
La Simplicité Chrétienne , Ode par
feu Ms l'Abbé Maumenet
Epiftre à la Pareffe far Mademoifelle
du Lu 129
Extrait d'un morceau de Phifique
touchant les rayons de la lumière ,
par Mr de l'Ifle le jeune de l'Academie
des Sciences. 137
Suite des nouvelles Etrangeres 144
Enigmes .
147
Chanson .
149
Suite du Journal de Paris. 150
Morts.
1 61
Mariages.
176
Preftation de Serment de M. le
Marquis d'Argenteuil , entre les
mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant General au Gouvernement
de Champagne
.
Avis trés- utile.
Extraits de Livres
168
175
175
Fermer
3967
s. p.
« De l'Imprimerie de Jacques-François GROU, rue de la Huchette, [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Jacques-François GROU, rue de la Huchette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Jacques-François GROU, rue de la Huchette, [...] »
De l'Imprimerie de JACQUESFRANÇOIS
GROU , rue de
la Huchette,au Soleil d'Or.
GROU , rue de
la Huchette,au Soleil d'Or.
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3968
s. p.
ERRATA POUR LE MERCURE DE MAY.
Début :
Pag. Lig. Fautes. 93, 27, .... ou de Monsieur. 95, 22, Comte. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA POUR LE MERCURE DE MAY.
ZRJLA.TA.
Pour, LE MERCURE M MatT
Pag. Lig. Fautes. Corig. retroiecb,
9Jt J7 »osdeMonlieur
?9jsi ,£2,1 d,e Comte. Dac 98,1Rohan deSouiizc••• tcematin.
103, 19 1 -
bien plusieurs
1461 9 1
à1627 audeflïisaudtffouf••• safamille,saMai(on ••_
Pour, LE MERCURE M MatT
Pag. Lig. Fautes. Corig. retroiecb,
9Jt J7 »osdeMonlieur
?9jsi ,£2,1 d,e Comte. Dac 98,1Rohan deSouiizc••• tcematin.
103, 19 1 -
bien plusieurs
1461 9 1
à1627 audeflïisaudtffouf••• safamille,saMai(on ••_
Fermer
3969
s. p.
AVIS.
Début :
On vend chez Pierre Ribou, à l'Image de S. Loüis, Quay des [...]
Mots clefs :
Tsar, Ouvrage, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS,
On vend chezPIERRE R^bou3
à L'Image S. Loüis, Quay des Augustins,
& GREGOIRE DupÙis,
rue S. Jacques, à la fontaine d'Or,
un Abbregé Historique de la ,
Vie du CZAR, Petea. Alexievitz , avec une "-
Relation de l'Etat présentde Mofcovie,
& de ce qui s'est passé de
plus considerable depuis sonavivée
en France, jusqu'à ce jous.
jPÇéàiézàarSiAenMnaej
On vend chezPIERRE R^bou3
à L'Image S. Loüis, Quay des Augustins,
& GREGOIRE DupÙis,
rue S. Jacques, à la fontaine d'Or,
un Abbregé Historique de la ,
Vie du CZAR, Petea. Alexievitz , avec une "-
Relation de l'Etat présentde Mofcovie,
& de ce qui s'est passé de
plus considerable depuis sonavivée
en France, jusqu'à ce jous.
jPÇéàiézàarSiAenMnaej
Fermer
3970
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Les personnes accoûtumées à me voir entrer en matiere, par une Piéce [...]
Mots clefs :
Pièces littéraires, Récit historique, Dissertation, Mémoires, Cardinal de Retz, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS.
L ESpersonnes accoutumées «
me voir entrer en mâture,
parunePièce
1
Lnttraiu,uo,y,~
nontpeut-êtreàredirequejedébute
par
un
RécIt Hlftoï!que. J'<'-
viens uefînsde rai (:JÍ:'
jen'auroispas , ordinaire.Cednéc'heasngteprmasonap*la^nsa n
oJ"din,;!!re.Cen'eFpt!S a:£ ï;--:oi;¡s
)
manque de Dissertations nuerrejfaites:
Mais,commeil\nae décile,
que
p" placer dans le
mêmevolume Jeuxmorceauxdune
trop grande étendue, H*d ne
m'étoit pas permis de faire aucun
retranchement dans l'un
,
ni dans
l'autre, sans altération;,*t dor-
NélA préférence el14 curieux 6~ dCïmer
Extrait des Mémoires du
Cardinal de Retz, , que l'en a ûla
bonté de me communiquer. ¡efuis
-HOr., ,.Jj /Hlt>
celui-etnsimulera
A V A NT-FROPOS.
pasmoinsca:grrié.iabbllcermace-n,ittqquueelleesspré- -vj;c~ é- qu'ilfera déjireravec irnr,:
t!encc J >:>t:prefj}cnd'une-Hijtoire
*~rf•'/:vari-.'equecelledela derniere
J..;.:c, c.iLO(;,-V' deisSpLremEieresannées du GRAND.
ferc;:afvr.>:*i-ttr que les pofj<"-.
rrsd.un si telOuvrage le
A'jsr.tbtez-tet en inrniere : Ils
cr-t rede.,]i!csenversle Public
';
!-:,/ .",'.: 'C;! Tr/jor,pu court Toujours
,',' ,".; -\~ :àS UY/lî onil r;'(Ii
L ESpersonnes accoutumées «
me voir entrer en mâture,
parunePièce
1
Lnttraiu,uo,y,~
nontpeut-êtreàredirequejedébute
par
un
RécIt Hlftoï!que. J'<'-
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)
manque de Dissertations nuerrejfaites:
Mais,commeil\nae décile,
que
p" placer dans le
mêmevolume Jeuxmorceauxdune
trop grande étendue, H*d ne
m'étoit pas permis de faire aucun
retranchement dans l'un
,
ni dans
l'autre, sans altération;,*t dor-
NélA préférence el14 curieux 6~ dCïmer
Extrait des Mémoires du
Cardinal de Retz, , que l'en a ûla
bonté de me communiquer. ¡efuis
-HOr., ,.Jj /Hlt>
celui-etnsimulera
A V A NT-FROPOS.
pasmoinsca:grrié.iabbllcermace-n,ittqquueelleesspré- -vj;c~ é- qu'ilfera déjireravec irnr,:
t!encc J >:>t:prefj}cnd'une-Hijtoire
*~rf•'/:vari-.'equecelledela derniere
J..;.:c, c.iLO(;,-V' deisSpLremEieresannées du GRAND.
ferc;:afvr.>:*i-ttr que les pofj<"-.
rrsd.un si telOuvrage le
A'jsr.tbtez-tet en inrniere : Ils
cr-t rede.,]i!csenversle Public
';
!-:,/ .",'.: 'C;! Tr/jor,pu court Toujours
,',' ,".; -\~ :àS UY/lî onil r;'(Ii
Fermer
3971
p. 5-61
De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
Début :
Je vous ay promis, Monsieur, de vous envoyer pour troisiéme & dernier [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Gardes, Maréchal, Chevalier, Douleurs, Accident, Domestiques, Gentilhommes, Cardinal, Fièvre, Voyage, Garnison, Vaisseaux, Vatican, Prince, Chasse, Compagnies, Espagne, Combat, Galère, Officiers, Sa Majesté, Imprudence , Capitaine, Gouverneur espagnol, Vérité, Discrétion, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
De Lanéville en Lorraine
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
Fermer
3972
p. 74-81
JOURNAL HISTORIQUE de Paris.
Début :
Le 28. May, Madame vint prendre congé du Roy, & le lendemain [...]
Mots clefs :
Princesse, Comte, Ambassadeur, Prince, Portraits, Famille royale, Cour, Incendies, Accident, Lieutenant, Procession, Saint sacrement, Procession, Gardes, Régence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE de Paris.
JOURNAL HISTORIQUE
de Paris.
Le 28. May,M ADAME vint
prendre congédu Royale lendemain
elle partit pour S. Cloud
où , cette Princesse se propole de
faire un séjour de 4 mois.
Le même jour, M. le Comte
de Stairs Ambassadeur d'Angleserre
arriva ici.
Le 29, Mrle Prince de Cellatnàré
Amba-ilàdeur du Roy d'E(-
pagne, présenta a S. M. T. C.
mnëBoëte ,
dans laquelle on a
F°;tvé les Portraits de toutela Famille
Royale d'Espagne: Savoir,
ceux de PHILIPPES V. de
de la Reine régnante ,
du Princé
des Asturies
,
du Prince Philippes,
du Prince Ferdinand & de Don
Carlos Infants, tirésparOUATE.
Le 30. la Cour fut informée^
que la nuit du 20 May-, le feu
ayantplisàde Mr le Marquis
d'Avarey, Ambassadeur de
rrance à Soleure en Suiffe ; le Palais
sur embrasé en moins de trois
heures. La perteest d'anrant plus
considérable, qu'outre les Bâtimens
brulés; la Vaisselle d'argent,
lesMeubles, Effets& Papiersde
Mr l'Ambassadeur & de Mr de
la Martiniere y ont péris entièrement.
A peineont-ils puA se sauver
eux-mêmes en chemise, avecMde
rAmbauadrice. Cet Accident
ellarrivé par la faute d'un Confiturier,
qui ayant laissé dans son
Office, une Poêle pleine de char-*
bons ardents , sur laquelle il y
avoit des Confitures , la flamme
se communiqua aux Tapisseries,
- -- & causa ce funeste embrasement
Le 2.. Juin la Charge de Gentilà-
Homme ordinaire de feu Mr
Bourdelin,a été accordée à Mr
de Cazau Ecuyer de feu M8r le
Dauphin.
Mrd£.MonteflTon, ancien Lieu
tenant General des Armées di
Roy, &Lieutenant des Garde
du Corps, a û l'agrément de
Mgr le Duc Régent, de se de
mettre de sa Lieurenance, en sa
veur de M.son fils Colonel de Ca
valeriej toutefois en dédomagear
M1du Clos, qui commele ph:
ancien des Exempts, devoit mor
ter. Ivir de Cerizy premier Er
feigne, pasle à la Lieutenance,
le Eaton d'Exempt a étédonné a
fils de Mr le Comte de Sommer
premier Maître d'Hôtel de Mi
DAME Duchesse de Berry.
Le 3. jour del'Octave de
Fête de Dieu, la Procession
Saint Sulpice alla au Palais
Luxembourg, dont les dehc
& le dedans de la cour étoiet
ornez des plus belles & des plus
riches tapisseries du Roy. MADAME
,Duchesse de Berry ayant
été avertie que la Procession paroissoit
dans la ruë de Tournon
alla au devant du SAINT
SACREMENT,à la Porte du
Palais;ayant à ses côtés Mr l'Archevêque
de Tours ,Mr l'Abbé
deRouget, Mrl'Abbé de Partenay
,
Mr l'Abbé Danglade &
Mr l'Abbé du Tremblé sesAumôniers
, tous en Rocher. Elle
étoit suvie de tous ses Officiers
ëz Dames du Palais, chacun un
Cierge à la main: Sitôt que. la
Procession parut, on entendit les
Fanfares des Trompettes Timbales
, & Haut-bois qui croient sur
leBalcon, CettePrincesse. vit passer
toutes les Confréries, avec les
Valets de Pieds, dont il y en avoit
cinquante des siens,outre plusieurs
de ses Pages, chacun unCierge
[j à la main; enfoi* le Cle~e eompofédeprésJe 300 Ecolec-,,
41;ciiies en Chapes
1, ou enChasubes.
Le SAINT SACRE"
MENTétoit porté par Mrle Curé:
fous un des plus riches Dais, qu'
on ait encore vû dans Paris. Aprés
qu'on eut chanté les Antiennes:
qui étoient reponduës par les Fanfares
des Timbales & Trompettes
, on donna la Bénédiction, &
la Processionsortit dans le même
ordre qu'elleétoitentrée, à 1;
différence feulement, qu'il y avoi
zoo Soldats du Guet qui mar
choient, pour faire ranger le Peu
pie,& pour le retenir. Devant
SAINT SACREMENT mar
choient les Suiffes de cette Prir
cesse
,
Tambour battant & le Fisr
jouant. Entre le Dais & Madam
Duchesse de Berry, étoiet
ses Aumôniers en Rochec, & le
Chapelains en Habit long. Ma
dame donnoit la main d'un côte
à Mr le Marquis de Coëtanfao fo
Chevalier d'Honneur,& de l'au
tre , à Mr le Chevalier d'Haute
fort Mrle Comte de Rions so
Lieutenant des Gardes,marchoi
immédiatement devant elle, «.
Mr le Marquis de la Rochefoucault
son Capitaine des Gardes
la suivoit, demême queMdesles
Marquises dePons, deClermont,
d'Aidiés
,
de Beauvau les Dames
du Palais, avec Mr le Marquis
de Torcy, les Marguilliers,
&. le reste de sa Maison
,
qui etoit
très nombreuse&:trés-brillante.
Madame,Duchessede Berry fit
tout le chemin à pied, depuis le
Palais du Luxembourg ,a l'Eglise S. Sulpice sa Paroisse. On paa par la ruë Vaugirard, & par
laruë Cassetteoù l'onentendit:
un beau Motet, chanté par les
Religieuses duSaint Sacrement.
La Cérémonie finit dans l'Eg\iCe-
,1de Saint Sulpice par la Bénédiction
du Saint Sacrement que
cette
Princessereçût:Onadmita
le bel ordre qui fut obiservé
mLalegré la quantité du Peuple. » 6. quoique Mrle Maréchal
de Villeroy n'ait pu se trouver
au Conseil d'Etat, àcause d'une
atteinte de Goute au Poignet, i
n'acependant pas vouluse prive
de l'honneur d'assister au dîner du
Roy. Le même jour , llee sriteieuurr ddje)
Bourvalais fut mis en liberté.
Le 7. la Régence nomma si
Commissaires, pour examiner 1
forme de fairejuger l'Affaire de
Princes.
Mr pelletier de Sousy
, Iv
Amelot, Mr de Nointel , M
d'Argenson,Mr de la Bourdoi
ncahyoeis&is Mrde S. Contest, ont é
pour cet effet. Cederni
a ordre de recevoir tous les M
moires qu'on présentera
, & d'i
faire seulle Raport.
Le 8. Mgr le DucRégent
accordé une augmentation
Brevet de retenuë desoôoo 1
à M. de la Chesnaye
,
sur
Charges dela Cornette Blanch
& de GrandEcuyer Trencha
Le 10. Mde laPrincessed'H
cour présenta au RoyMde la M
quise: de Fla~:n;:Ù:i-n deFlamarm nnoouuvveeHlleensl
mariée.
, Le 10. MADAME vint de Saint
Cloud rendre visite au Roy sur
le midi, & s'en retourna le soir.
Le 12. le Roy après sesétudes
qu'il continuë de faire avec beaucoup
d'attention, entendit la
Messe, & tint sur les Fonds de Batéme
,
le fils de sa Nourrice,
avec Mde la Marquise de Villeroy.
Mr l'Abbé de Rochebonne Aumônier
du Roy, en fit les Cérémonies
,
Mr le Curé de Saint
Germain l'Auxerrois présent.
Le 12. lesFeüillans par Ordre
du Roy, ont chantés pour la première
fois, Vêpres dans sa Chapelle,
ce qu'ils continueront les
Dimanches & Fêtes. Ils sont allai
chargés de faire tous les jours la
Priere du soir, à l'imitation de
ce qui se pratiquoit à la Chapelle
de Versailles.
de Paris.
Le 28. May,M ADAME vint
prendre congédu Royale lendemain
elle partit pour S. Cloud
où , cette Princesse se propole de
faire un séjour de 4 mois.
Le même jour, M. le Comte
de Stairs Ambassadeur d'Angleserre
arriva ici.
Le 29, Mrle Prince de Cellatnàré
Amba-ilàdeur du Roy d'E(-
pagne, présenta a S. M. T. C.
mnëBoëte ,
dans laquelle on a
F°;tvé les Portraits de toutela Famille
Royale d'Espagne: Savoir,
ceux de PHILIPPES V. de
de la Reine régnante ,
du Princé
des Asturies
,
du Prince Philippes,
du Prince Ferdinand & de Don
Carlos Infants, tirésparOUATE.
Le 30. la Cour fut informée^
que la nuit du 20 May-, le feu
ayantplisàde Mr le Marquis
d'Avarey, Ambassadeur de
rrance à Soleure en Suiffe ; le Palais
sur embrasé en moins de trois
heures. La perteest d'anrant plus
considérable, qu'outre les Bâtimens
brulés; la Vaisselle d'argent,
lesMeubles, Effets& Papiersde
Mr l'Ambassadeur & de Mr de
la Martiniere y ont péris entièrement.
A peineont-ils puA se sauver
eux-mêmes en chemise, avecMde
rAmbauadrice. Cet Accident
ellarrivé par la faute d'un Confiturier,
qui ayant laissé dans son
Office, une Poêle pleine de char-*
bons ardents , sur laquelle il y
avoit des Confitures , la flamme
se communiqua aux Tapisseries,
- -- & causa ce funeste embrasement
Le 2.. Juin la Charge de Gentilà-
Homme ordinaire de feu Mr
Bourdelin,a été accordée à Mr
de Cazau Ecuyer de feu M8r le
Dauphin.
Mrd£.MonteflTon, ancien Lieu
tenant General des Armées di
Roy, &Lieutenant des Garde
du Corps, a û l'agrément de
Mgr le Duc Régent, de se de
mettre de sa Lieurenance, en sa
veur de M.son fils Colonel de Ca
valeriej toutefois en dédomagear
M1du Clos, qui commele ph:
ancien des Exempts, devoit mor
ter. Ivir de Cerizy premier Er
feigne, pasle à la Lieutenance,
le Eaton d'Exempt a étédonné a
fils de Mr le Comte de Sommer
premier Maître d'Hôtel de Mi
DAME Duchesse de Berry.
Le 3. jour del'Octave de
Fête de Dieu, la Procession
Saint Sulpice alla au Palais
Luxembourg, dont les dehc
& le dedans de la cour étoiet
ornez des plus belles & des plus
riches tapisseries du Roy. MADAME
,Duchesse de Berry ayant
été avertie que la Procession paroissoit
dans la ruë de Tournon
alla au devant du SAINT
SACREMENT,à la Porte du
Palais;ayant à ses côtés Mr l'Archevêque
de Tours ,Mr l'Abbé
deRouget, Mrl'Abbé de Partenay
,
Mr l'Abbé Danglade &
Mr l'Abbé du Tremblé sesAumôniers
, tous en Rocher. Elle
étoit suvie de tous ses Officiers
ëz Dames du Palais, chacun un
Cierge à la main: Sitôt que. la
Procession parut, on entendit les
Fanfares des Trompettes Timbales
, & Haut-bois qui croient sur
leBalcon, CettePrincesse. vit passer
toutes les Confréries, avec les
Valets de Pieds, dont il y en avoit
cinquante des siens,outre plusieurs
de ses Pages, chacun unCierge
[j à la main; enfoi* le Cle~e eompofédeprésJe 300 Ecolec-,,
41;ciiies en Chapes
1, ou enChasubes.
Le SAINT SACRE"
MENTétoit porté par Mrle Curé:
fous un des plus riches Dais, qu'
on ait encore vû dans Paris. Aprés
qu'on eut chanté les Antiennes:
qui étoient reponduës par les Fanfares
des Timbales & Trompettes
, on donna la Bénédiction, &
la Processionsortit dans le même
ordre qu'elleétoitentrée, à 1;
différence feulement, qu'il y avoi
zoo Soldats du Guet qui mar
choient, pour faire ranger le Peu
pie,& pour le retenir. Devant
SAINT SACREMENT mar
choient les Suiffes de cette Prir
cesse
,
Tambour battant & le Fisr
jouant. Entre le Dais & Madam
Duchesse de Berry, étoiet
ses Aumôniers en Rochec, & le
Chapelains en Habit long. Ma
dame donnoit la main d'un côte
à Mr le Marquis de Coëtanfao fo
Chevalier d'Honneur,& de l'au
tre , à Mr le Chevalier d'Haute
fort Mrle Comte de Rions so
Lieutenant des Gardes,marchoi
immédiatement devant elle, «.
Mr le Marquis de la Rochefoucault
son Capitaine des Gardes
la suivoit, demême queMdesles
Marquises dePons, deClermont,
d'Aidiés
,
de Beauvau les Dames
du Palais, avec Mr le Marquis
de Torcy, les Marguilliers,
&. le reste de sa Maison
,
qui etoit
très nombreuse&:trés-brillante.
Madame,Duchessede Berry fit
tout le chemin à pied, depuis le
Palais du Luxembourg ,a l'Eglise S. Sulpice sa Paroisse. On paa par la ruë Vaugirard, & par
laruë Cassetteoù l'onentendit:
un beau Motet, chanté par les
Religieuses duSaint Sacrement.
La Cérémonie finit dans l'Eg\iCe-
,1de Saint Sulpice par la Bénédiction
du Saint Sacrement que
cette
Princessereçût:Onadmita
le bel ordre qui fut obiservé
mLalegré la quantité du Peuple. » 6. quoique Mrle Maréchal
de Villeroy n'ait pu se trouver
au Conseil d'Etat, àcause d'une
atteinte de Goute au Poignet, i
n'acependant pas vouluse prive
de l'honneur d'assister au dîner du
Roy. Le même jour , llee sriteieuurr ddje)
Bourvalais fut mis en liberté.
Le 7. la Régence nomma si
Commissaires, pour examiner 1
forme de fairejuger l'Affaire de
Princes.
Mr pelletier de Sousy
, Iv
Amelot, Mr de Nointel , M
d'Argenson,Mr de la Bourdoi
ncahyoeis&is Mrde S. Contest, ont é
pour cet effet. Cederni
a ordre de recevoir tous les M
moires qu'on présentera
, & d'i
faire seulle Raport.
Le 8. Mgr le DucRégent
accordé une augmentation
Brevet de retenuë desoôoo 1
à M. de la Chesnaye
,
sur
Charges dela Cornette Blanch
& de GrandEcuyer Trencha
Le 10. Mde laPrincessed'H
cour présenta au RoyMde la M
quise: de Fla~:n;:Ù:i-n deFlamarm nnoouuvveeHlleensl
mariée.
, Le 10. MADAME vint de Saint
Cloud rendre visite au Roy sur
le midi, & s'en retourna le soir.
Le 12. le Roy après sesétudes
qu'il continuë de faire avec beaucoup
d'attention, entendit la
Messe, & tint sur les Fonds de Batéme
,
le fils de sa Nourrice,
avec Mde la Marquise de Villeroy.
Mr l'Abbé de Rochebonne Aumônier
du Roy, en fit les Cérémonies
,
Mr le Curé de Saint
Germain l'Auxerrois présent.
Le 12. lesFeüillans par Ordre
du Roy, ont chantés pour la première
fois, Vêpres dans sa Chapelle,
ce qu'ils continueront les
Dimanches & Fêtes. Ils sont allai
chargés de faire tous les jours la
Priere du soir, à l'imitation de
ce qui se pratiquoit à la Chapelle
de Versailles.
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3973
p. 81-84
PROVISIONS DONNÉES en Juin 1717.
Début :
Le premier du mois, le Brevet de Second Enseigne de la Premiere [...]
Mots clefs :
Mousquetaires, Brevet, Chevalier, Provisions, Charges, Gouverneur, Commissions, Cavalerie
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texteReconnaissance textuelle : PROVISIONS DONNÉES en Juin 1717.
PROVISIONS DONNE'ES
en Juin 1717.
Le premier du mois,le Brcvet
de Second Enseigne de'
la Premiere Compagnie des
Mousquetaires,a été accorde à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
par la démission de Mr de la
Roque.
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Mousqnetaires,pour Mr le Comte
de Treville,vacante par la démission
de Mr le Chevalier dit
Creuzel.
Idem. Les Provisons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever ,Pays & Sénéchaussées
des Launes, pour Mr le Marquis
de Poyanne,par la démission
de MrleMarquis de Gassion.
Idem. Les Provisions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres,
pour le Sieur d'Harling,
Capitaine dès Gardes du Corps
de MADAME, Colonel du Régiment
de Guienne Infamerie,& Brigadier
des Armées du Roy, par
ledcccs du sieur de Monpezac.
Idem. Les Provisions de Viguier
des Ville & Viguerie de
Sommieres, pourle même.
Idem. Une Commission qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Civallerie
,
à Mr du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Idem. Deux autres Commissions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde
- Major de la Seconde
Compagnie des Mousquetaires,
& pour le Sieur
-
de Laniziere,
Ayde-Majorde ladite Seconde
Compagnie.
ide,,- Les Provisions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes&Auray
, en faveur, de
Mr le Comte deLannion
, Baron
&Pair de Bretagne, Vicomte de
Rennes, Marquis de Pinay, Brigadier
des Armées du Roy, &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Chargeétant vacante
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion son père.
Juem. Les Provisions de la Char
r- de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo, pour.M:
le Marquis de Coetquen, par le
décés de Mrle Marquis de La
nion. |
Le 5e, une Commission.
donne rang de Mestre de C deCavallerie
, au Sieur Dusort
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Le 7e. les Provisionsen survis
vance, sur la nomination deM
le Duc d'Orléans, de la Chargé
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours, en faveur de
Mr de Monliart dont le pere cft
actuellement pourvu. -
Le 14. les Provisions de la*
Charge de Gouverneur de l'Isle
d'Oüessant, pour Mr Je Comtedela
Sauldraye de Nizon
,
sur la
nomination de MdUc de Rieux,
comme Dame & Marquise de
ladite Isle.
en Juin 1717.
Le premier du mois,le Brcvet
de Second Enseigne de'
la Premiere Compagnie des
Mousquetaires,a été accorde à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
par la démission de Mr de la
Roque.
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Mousqnetaires,pour Mr le Comte
de Treville,vacante par la démission
de Mr le Chevalier dit
Creuzel.
Idem. Les Provisons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever ,Pays & Sénéchaussées
des Launes, pour Mr le Marquis
de Poyanne,par la démission
de MrleMarquis de Gassion.
Idem. Les Provisions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres,
pour le Sieur d'Harling,
Capitaine dès Gardes du Corps
de MADAME, Colonel du Régiment
de Guienne Infamerie,& Brigadier
des Armées du Roy, par
ledcccs du sieur de Monpezac.
Idem. Les Provisions de Viguier
des Ville & Viguerie de
Sommieres, pourle même.
Idem. Une Commission qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Civallerie
,
à Mr du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Idem. Deux autres Commissions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde
- Major de la Seconde
Compagnie des Mousquetaires,
& pour le Sieur
-
de Laniziere,
Ayde-Majorde ladite Seconde
Compagnie.
ide,,- Les Provisions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes&Auray
, en faveur, de
Mr le Comte deLannion
, Baron
&Pair de Bretagne, Vicomte de
Rennes, Marquis de Pinay, Brigadier
des Armées du Roy, &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Chargeétant vacante
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion son père.
Juem. Les Provisions de la Char
r- de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo, pour.M:
le Marquis de Coetquen, par le
décés de Mrle Marquis de La
nion. |
Le 5e, une Commission.
donne rang de Mestre de C deCavallerie
, au Sieur Dusort
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Le 7e. les Provisionsen survis
vance, sur la nomination deM
le Duc d'Orléans, de la Chargé
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours, en faveur de
Mr de Monliart dont le pere cft
actuellement pourvu. -
Le 14. les Provisions de la*
Charge de Gouverneur de l'Isle
d'Oüessant, pour Mr Je Comtedela
Sauldraye de Nizon
,
sur la
nomination de MdUc de Rieux,
comme Dame & Marquise de
ladite Isle.
Fermer
3974
p. 85-92
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Les Turcs s'étans tenus tranquiles jusqu'au troisiéme de May, formerent [...]
Mots clefs :
Turcs, Escadre, Navigation, vaisseaux impériaux, Attaque, Feu, Canon, Chrétiens, Ottomans, Provisions, Armée hongroise, Artillerie, Prince, Camp, Audience, Investiture, Conseillers, Cérémonies, Envoyé , Impératrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
JOURNAL DE HONGRIE.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
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3975
p. 93-95
A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
Début :
M. Vous aurez sans doute apris, que le Capitan Bacha Janum [...]
Mots clefs :
Capitaine, Place, Vaisseau de guerre, Marchands, Navire, Corsaire, Servitude, Ennemi, Flotte ottomane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
M le 1r.Avril1717.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
Fermer
3976
p. 95-100
DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
Début :
Contre l'Empereur. Cavalerie. Janissaires ..... Tartares .... 30000 Valaches .... 3000 [...]
Mots clefs :
Compte, Soldats, Cavalerie, Infanterie, Troupes ottomanes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
DENOMBREMENT
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
Fermer
3977
p. 100-10[6]
NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
Début :
Le Roy d'Angleterre n'arriva icy que le Mercredy, sur les six heures du soir [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Cardinal, Prince, Présents, Procession, Ambassadeurs, Pape, Vatican, Chambre, Visites officielles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
NOUVELLES DE ROME:
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
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3978
p. 10[7]-150
REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
Début :
La Nouvelle Edition des Avantures de Telemaque, par feu M. de Fenelon / Il y a long-tems qu'on souhaitoit de voir dans toute leur [...]
Mots clefs :
Télémaque, Coeur, Plaisirs, Louanges, Aventures, Bonheur, Esprit, Ouvrages, Discours, Critique, Poésie, Amour, Réflexions, Idées, Homère, Beauté, Narrations, Imitation, Défauts, Curiosité, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
La Nouvelle Edition des Avantitres
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
Fermer
3979
p. 165
« Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit la Corde [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit la Corde [...]
Mots clefs :
Réponses, Énigmes, Corde d'un instrument, Papier
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit la Corde [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
mois passé,étoit la Corde d'un Inftrument,&
celui de la seconde,
[ le Papier..
mois passé,étoit la Corde d'un Inftrument,&
celui de la seconde,
[ le Papier..
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3980
p. 165-170
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le Portrait du Roy, que le Sieur Rigaud avoit commencé [...]
Mots clefs :
Portrait du roi, Peintre, Argentier, Gentilhommes, Charge, Arrêts, Parlement, Actes, Roi, Duc d'Orléans, Conseil, Diamant, Mousquetaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DU JOURNAL de Paris. LE Portrait du Roy, que le
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
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3981
p. 170-174
Reception de M. de Fleury ancien Evêque de Frejus, à l'Academie Françoise [titre d'après la table]
Début :
Le même jour, l'Academie Françoise fut assemblée au Louvre, pour [...]
Mots clefs :
Académie française, Louvre, Discours, Réception, Orateur, Éloge, Fables
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texteReconnaissance textuelle : Reception de M. de Fleury ancien Evêque de Frejus, à l'Academie Françoise [titre d'après la table]
Le même jour, l'Academie
Françoise fut assemblée auLouvre,
- pour
pour la Réception de Mrde Fleury,
ancien EvêquedeFrejus
,
Précepteur
de S. M. Le nouvel Académicien
ouvrit la Séance par
un Discours qui entraîna tous les
suffrages. Illoüa dignement, quoique
succinctement, feu Mr de
Callieressonsuccesseur:Il rendit au
Cardinal de Richelieu & au Chancelier
Seguier,l'hômage que le devoir
prescrit en pareil cas. Tout
cela n'occupoit qu'une très petite
partie du discours que l'Orateur
avoir principalement destiné à célébrer
les dernieres années du Regnede
LOUIS XIV. de glorieuse
Mémoire. Il peignit ce Grand
Rreouyf,elus ttant contre les plus rigouépreuves
du Ciel: Il renouvella
l'Histoire douloureuse de
tant de stéaux, dont son Courage
& sa Vertu sçurent triompher. Il
conduisit enfin, le Heros Chrétien
à l'épreuve, contre laquelle
les Verrus de pure ostentation s'évanoüissent.
Ille representa,tenant
ferme contre les horreurs de la
mort, surmontant les douleursles
plus vives, par la plus patiente
tranquilité.
L'Orateur passa de l'Eloge
Funébre de LOUIS XVI. loüanges aux consolantes de LOUIS
XV.Ildonna quelques Actions
-
- de ce Prince pour garands de la
douceur de son Regne. Ilfit voir
dans les sentimens de ce jeune
Monarque,le germe de toutes les
Vertus Royales, ausquelles - l'Education
doit donner l'accroissement.
S. A. S. Mgr le Duc du
Maine,Sur- Intendant à l'Education
de S. M. &. Mrle Maréchal
de Villeroy son Gouverneur, furent célébrés par l'Orateur, grand applaudissement au du Public qui voit avecconsolation ,
,
1'111f..
truction de S. M. confiée à de tels
jMinifties.
Mr de Valincourt Directeur
de la Compagnie,répondit à Mr
de Frejus par un Discours très-éloquent;
il exhortale nonvelAcadémicien
à faire sentir au Roy, com~
éien son amour pour les Sciences
•û les Arts, combien sa bienveillance
libérale pour ceux qui les
jculdvenc, contribuërontàlagloire
de son Règne, & au bonheur de
ses Sujets. Il fit honneur à nôtre.
Siècle des- Chefs-d'oeuyres qu'il
; a enfantés dans les différents genres,
foie d'Eloquence, soit de Poë-
: sie. Il fit généreusement passer en
revuele,tousles rravaux de ses Confreres
qu'il osa louer, comme ils le
méritent. Ilne prit aucun parti
marqué sur la dispute des Anciens
&.des Modernes, quoique l'exemple
lui en ût été donné dans les
Assembléesprécédentes. Il a rendit
justice aux uns & aux autres; sans
être sorti du caractère d'Homme
Public. Enfin, il a (acisfur à tout
ce qu'onavoit lieu d'attendre d'un --'
* aÙssi &£lbnLHomme
Après que Mr &: Valincourt ût
prononcé son Discours, il invita
- Mr de la Motte à réciter à l'Assemblée
quelques-unes des Fables
nouvelles dont il va faire hommage
à S.M, Pij
Il en récita huit ; le Public les
reçût toutes, avec un accueil
égal, & l'on attend impademment
que cet Ouvrage soit imprimé
Françoise fut assemblée auLouvre,
- pour
pour la Réception de Mrde Fleury,
ancien EvêquedeFrejus
,
Précepteur
de S. M. Le nouvel Académicien
ouvrit la Séance par
un Discours qui entraîna tous les
suffrages. Illoüa dignement, quoique
succinctement, feu Mr de
Callieressonsuccesseur:Il rendit au
Cardinal de Richelieu & au Chancelier
Seguier,l'hômage que le devoir
prescrit en pareil cas. Tout
cela n'occupoit qu'une très petite
partie du discours que l'Orateur
avoir principalement destiné à célébrer
les dernieres années du Regnede
LOUIS XIV. de glorieuse
Mémoire. Il peignit ce Grand
Rreouyf,elus ttant contre les plus rigouépreuves
du Ciel: Il renouvella
l'Histoire douloureuse de
tant de stéaux, dont son Courage
& sa Vertu sçurent triompher. Il
conduisit enfin, le Heros Chrétien
à l'épreuve, contre laquelle
les Verrus de pure ostentation s'évanoüissent.
Ille representa,tenant
ferme contre les horreurs de la
mort, surmontant les douleursles
plus vives, par la plus patiente
tranquilité.
L'Orateur passa de l'Eloge
Funébre de LOUIS XVI. loüanges aux consolantes de LOUIS
XV.Ildonna quelques Actions
-
- de ce Prince pour garands de la
douceur de son Regne. Ilfit voir
dans les sentimens de ce jeune
Monarque,le germe de toutes les
Vertus Royales, ausquelles - l'Education
doit donner l'accroissement.
S. A. S. Mgr le Duc du
Maine,Sur- Intendant à l'Education
de S. M. &. Mrle Maréchal
de Villeroy son Gouverneur, furent célébrés par l'Orateur, grand applaudissement au du Public qui voit avecconsolation ,
,
1'111f..
truction de S. M. confiée à de tels
jMinifties.
Mr de Valincourt Directeur
de la Compagnie,répondit à Mr
de Frejus par un Discours très-éloquent;
il exhortale nonvelAcadémicien
à faire sentir au Roy, com~
éien son amour pour les Sciences
•û les Arts, combien sa bienveillance
libérale pour ceux qui les
jculdvenc, contribuërontàlagloire
de son Règne, & au bonheur de
ses Sujets. Il fit honneur à nôtre.
Siècle des- Chefs-d'oeuyres qu'il
; a enfantés dans les différents genres,
foie d'Eloquence, soit de Poë-
: sie. Il fit généreusement passer en
revuele,tousles rravaux de ses Confreres
qu'il osa louer, comme ils le
méritent. Ilne prit aucun parti
marqué sur la dispute des Anciens
&.des Modernes, quoique l'exemple
lui en ût été donné dans les
Assembléesprécédentes. Il a rendit
justice aux uns & aux autres; sans
être sorti du caractère d'Homme
Public. Enfin, il a (acisfur à tout
ce qu'onavoit lieu d'attendre d'un --'
* aÙssi &£lbnLHomme
Après que Mr &: Valincourt ût
prononcé son Discours, il invita
- Mr de la Motte à réciter à l'Assemblée
quelques-unes des Fables
nouvelles dont il va faire hommage
à S.M, Pij
Il en récita huit ; le Public les
reçût toutes, avec un accueil
égal, & l'on attend impademment
que cet Ouvrage soit imprimé
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3982
p. 176-177
DONS DU ROY.
Début :
Monsieur l'Evêque de Cahors a obtenu l'agrément du Roy, [...]
Mots clefs :
Agréments, Abbaye, Ordre, Capitaine, Comte, Chevalier, Diocèse, Nominations, Roi
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texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DUROY.
MOnsieurl'Evêque de Cahors
a obtenul'agrément duRoy,
pour ceder à M. l'Abbe de la Luzerne
son neveu, l'Abbaye de la
Garde de Dieu, Ordre de Cireaux,
de 3. à 4000. livres de revenu.Cet
Abbé, dont l'Aîné est Colonel du
Regiment de Perigor, & le Cadet
Chevalier de Malte, est fils de
M. le Marquis de la Luzerne, cydevantSons-
Lieutenant de la premiere
Compaq ie des Mousquetaires,
& de N de la Chaize
Soeur de M. leComtede la Chaize
Capitaine des Gardes de la,
Porte, Neveu de M.l'Evèque de
Cahors, &de M. le Comre de la
Luzerne Chef d'Escadre. Cette
Famille est une des plus anciennes
de Normandie, du Nom de Bricqueville.
L'Abbaye de Candeil, Diocése
Î'Alby, Ordre de Cireaux, a été onnée à Don leGrand Religieux
Mu même Ordre.
-
,
Le Roy a nommé à l'Abbaye
>de Bucyhi, le Pere François Hum-
Ibert Vicaire General des Refori
mez,del'Ordre des Premontrez..
MOnsieurl'Evêque de Cahors
a obtenul'agrément duRoy,
pour ceder à M. l'Abbe de la Luzerne
son neveu, l'Abbaye de la
Garde de Dieu, Ordre de Cireaux,
de 3. à 4000. livres de revenu.Cet
Abbé, dont l'Aîné est Colonel du
Regiment de Perigor, & le Cadet
Chevalier de Malte, est fils de
M. le Marquis de la Luzerne, cydevantSons-
Lieutenant de la premiere
Compaq ie des Mousquetaires,
& de N de la Chaize
Soeur de M. leComtede la Chaize
Capitaine des Gardes de la,
Porte, Neveu de M.l'Evèque de
Cahors, &de M. le Comre de la
Luzerne Chef d'Escadre. Cette
Famille est une des plus anciennes
de Normandie, du Nom de Bricqueville.
L'Abbaye de Candeil, Diocése
Î'Alby, Ordre de Cireaux, a été onnée à Don leGrand Religieux
Mu même Ordre.
-
,
Le Roy a nommé à l'Abbaye
>de Bucyhi, le Pere François Hum-
Ibert Vicaire General des Refori
mez,del'Ordre des Premontrez..
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3983
p. 177-181
MORTS.
Début :
Mre André Nicolas de Jassaud, Président en la Chambre des Comptes [...]
Mots clefs :
Décès, Chambre, Mariages, Épouse, Veuve, Dame, Comte, Gouverneur, Maison Montaut, Chevalier, Généalogie, Seigneur, Capitaine, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MO RTS.
MreAndré Nicolsde Jassud,
Président en la Chambre det
Comptes de Paris, & avant, Conseiller
au Parlement, mourut le 4.
Juin 1717, ne laissant que deux
filles,de Dame Marie- Anne Coustard
sa femme, qu'il avoitépousé
au mois de Février 1702 , soeur de
MrCoustard Conseiller au Parlement
: Il étoit fils de Nicolas de
Jassaud Seigneur d'Arquinvillier,.
morr Doyen des Maistresdes Requestes
de l'HôtelduRoy en 1689,
âgé de 78. ans, & de Dame Marie
de Flandres.
Dame Françoise de Monraut de
Benac de Navailles,veuve de Mre
Charles deLorraine,Duc d'Elbeuf,
Pair de France, Gouverneur dé
Picardie, des Comtésd'Artois
& de Haynaut,& Gouverneur particulier
des Ville & Citadelle, de
Montreuil sur laMer,mort dés Pair-
1692, mourut le II. Juin,n'ayant
eude son mariage que feuë Madame
la Duchesse de Mantouë;elle
étoit belle-mere de Mr le Duc
d'Elbeuf d'aprésent , & fille de
Philippes de Montaut de Benac.
Duc deNavailles, Pair-& Maréchal
de -France, Chevalier des
ordres du Roy, Gouverneur de-la
Rochelle & du Païs d'Aunis,&de-
Sufanne de Baudeau l'une des Dames
de la Reine Anne d'Autriche;
& elle avoit eu pour soeurs les
MarquisesdeRothelin & de Pompadour
Lauvieres. LaMaisonde-
Monraut Benac est originaire de
Gascogne, où ellen'est pas moins
connue par son ancienneté quepar
les Alliances
, comme on le
peut voirpar-laGénéalogie qui
en est ra pportée dans i\ ~Jftoiie desGrands
Officiers de la Couronne,
par le Sieur du Fourny, au
Chapitre desMaréchaux de Fran-
3ce.vol. I. F. 810.
Mre Charles de Bourdon,Chevalier
Seigneur de Boue & de
Conaux
,
Major Ce la Ville de [Phalsbourg, mourut le30 May
r1717. Il sortoit d'une FamilleNoble
, originaire de Provence, &
dont la Généalogie est rapportée
dans le Nobiliaire de cette Provin-
-ce, par le sieur Robrer. Il avoit
été marié le 13. Avril 1704, avec
Elisabeth Blanchard,veuve d'Antoine
Petin, Seigneur de Phalsuvefer
en Alsace, mort le 14.
Octobre 1697,& fille de François
Blanchard Seigneur des Bordes,
Avocat au Parlement,quiadon--
né au Public les.Eloges desPrésidents
au Parlement, & des Maîtres
des Requestes ordinaires de
l'Hôtel du Roy,avec un catalogue
des Conseillers au Parlement,
mort leS Avril1686, & d'Elizabet
Coulon,morte le 10 Février
-
-T~r-^r
Madame Bourdon a eu de fore
premier mariage, Jean Petii-LSeigneur
de Phalsuveser,Capitaine
au Regiment deToulouse, mort
le 20 Avril 1713 d'une blessure
qu'il avoir receuë au Siége de
Landau, & une fille qui n'dl: pas
mariée ; elle est soeur de GuillaumeBlanchardAvocat
au Parlement,
receu le 9. Juillet 1674, &1
qui a donné au Public en lYnnéc
1715, une compilationChronologique
des Ordonnances des Roys
de France ,
depuis Hugues Gapet,
ila été marié le 10. May 1685,avec
Marie-AnnePezard,fille deChristophe-
Auguste Pesard, Seigneur
de Maray,Conseiller au Chastelet
de Paris,&d'ElizabethCurabelle;
il en a plusieurs enfans, enrr'-
autres Frarç. - Auguste Blanchard
Avocat, receu le 3.Aoust1713,
& Elizabeth Blanchard, mariée
le 4 Juin 1715 , avec Jean-Charles
D'ussy,Seigneur des Coustures,de
Presnay, de Basoches, & en partie
dela Neuville.
Mr le Prince de Monbazon,
-Duc & Pair de France,Brigadier
des Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Picardie, mourut
Je 261 Juin 1717. âgéde 35. ans.
La célébre Mde Guyon, mourut
ces jours passésàBlois, à r'Hô--
tel de Montmorency.
MreAndré Nicolsde Jassud,
Président en la Chambre det
Comptes de Paris, & avant, Conseiller
au Parlement, mourut le 4.
Juin 1717, ne laissant que deux
filles,de Dame Marie- Anne Coustard
sa femme, qu'il avoitépousé
au mois de Février 1702 , soeur de
MrCoustard Conseiller au Parlement
: Il étoit fils de Nicolas de
Jassaud Seigneur d'Arquinvillier,.
morr Doyen des Maistresdes Requestes
de l'HôtelduRoy en 1689,
âgé de 78. ans, & de Dame Marie
de Flandres.
Dame Françoise de Monraut de
Benac de Navailles,veuve de Mre
Charles deLorraine,Duc d'Elbeuf,
Pair de France, Gouverneur dé
Picardie, des Comtésd'Artois
& de Haynaut,& Gouverneur particulier
des Ville & Citadelle, de
Montreuil sur laMer,mort dés Pair-
1692, mourut le II. Juin,n'ayant
eude son mariage que feuë Madame
la Duchesse de Mantouë;elle
étoit belle-mere de Mr le Duc
d'Elbeuf d'aprésent , & fille de
Philippes de Montaut de Benac.
Duc deNavailles, Pair-& Maréchal
de -France, Chevalier des
ordres du Roy, Gouverneur de-la
Rochelle & du Païs d'Aunis,&de-
Sufanne de Baudeau l'une des Dames
de la Reine Anne d'Autriche;
& elle avoit eu pour soeurs les
MarquisesdeRothelin & de Pompadour
Lauvieres. LaMaisonde-
Monraut Benac est originaire de
Gascogne, où ellen'est pas moins
connue par son ancienneté quepar
les Alliances
, comme on le
peut voirpar-laGénéalogie qui
en est ra pportée dans i\ ~Jftoiie desGrands
Officiers de la Couronne,
par le Sieur du Fourny, au
Chapitre desMaréchaux de Fran-
3ce.vol. I. F. 810.
Mre Charles de Bourdon,Chevalier
Seigneur de Boue & de
Conaux
,
Major Ce la Ville de [Phalsbourg, mourut le30 May
r1717. Il sortoit d'une FamilleNoble
, originaire de Provence, &
dont la Généalogie est rapportée
dans le Nobiliaire de cette Provin-
-ce, par le sieur Robrer. Il avoit
été marié le 13. Avril 1704, avec
Elisabeth Blanchard,veuve d'Antoine
Petin, Seigneur de Phalsuvefer
en Alsace, mort le 14.
Octobre 1697,& fille de François
Blanchard Seigneur des Bordes,
Avocat au Parlement,quiadon--
né au Public les.Eloges desPrésidents
au Parlement, & des Maîtres
des Requestes ordinaires de
l'Hôtel du Roy,avec un catalogue
des Conseillers au Parlement,
mort leS Avril1686, & d'Elizabet
Coulon,morte le 10 Février
-
-T~r-^r
Madame Bourdon a eu de fore
premier mariage, Jean Petii-LSeigneur
de Phalsuveser,Capitaine
au Regiment deToulouse, mort
le 20 Avril 1713 d'une blessure
qu'il avoir receuë au Siége de
Landau, & une fille qui n'dl: pas
mariée ; elle est soeur de GuillaumeBlanchardAvocat
au Parlement,
receu le 9. Juillet 1674, &1
qui a donné au Public en lYnnéc
1715, une compilationChronologique
des Ordonnances des Roys
de France ,
depuis Hugues Gapet,
ila été marié le 10. May 1685,avec
Marie-AnnePezard,fille deChristophe-
Auguste Pesard, Seigneur
de Maray,Conseiller au Chastelet
de Paris,&d'ElizabethCurabelle;
il en a plusieurs enfans, enrr'-
autres Frarç. - Auguste Blanchard
Avocat, receu le 3.Aoust1713,
& Elizabeth Blanchard, mariée
le 4 Juin 1715 , avec Jean-Charles
D'ussy,Seigneur des Coustures,de
Presnay, de Basoches, & en partie
dela Neuville.
Mr le Prince de Monbazon,
-Duc & Pair de France,Brigadier
des Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Picardie, mourut
Je 261 Juin 1717. âgéde 35. ans.
La célébre Mde Guyon, mourut
ces jours passésàBlois, à r'Hô--
tel de Montmorency.
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3984
p. 181-182
MARIAGES.
Début :
Mr le Marquis d'Harcourt fils aîné de Mr le Maréchal [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Dame, Famille, Mariage, Secrétaire, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Mr le Marquis d'Harcourtfils
aîné de Mrle MaréchalDuc d'Harcourt,
a épousé la nuit du30 au 31
du passe, D'IL-.-.. le Tellier de
Barbesieux,fille de feu Mre Louis
François le Tellier, Marquis de
Barbesieux
, Ministre & Secretaire
, d'Etat, Commandeur, Chancelier
& Garde des Sceaux des Ordres
-du Roy, &de Dame Marie Therese
Dauphine d'Alegre sa deuxiéme
femme. La Maison d'Harcour
est si ancienne, si grande&
,siilltiftre
,
qu'il seroit inutile de
vous en donner ici, aucun détail
Généalogique. Pour la Famille de
leTellier, elle est sans contredit,
une des premieres de la Robe.
Mre de Grossolles Marquis de
Flamarens , a épousé le 3. Juin
Dlle de Beauveau
Niéce de Mr l'Archevêque de
Toulouse. La Maison de Grossoles
est originaire de Gascogne
, &
fort distinguée par son ancienneté
& par ses Alliances; pour celle de
Beauveau ,
elleest originaire de
la Province d'Anjou,& l'une des
plus anciennes de cette Province ,
comme on le peut voir dans la
Généalogie qui en a étédonnée
au Public, par le sieur de Sainte
Marche.
Mr de Laistre Secretaire du
Conseil,a épousé le6. de ce mois
Mlle de Bullion, fille du Conseiller
au Parlement de ce nom.
Mr le Marquis d'Harcourtfils
aîné de Mrle MaréchalDuc d'Harcourt,
a épousé la nuit du30 au 31
du passe, D'IL-.-.. le Tellier de
Barbesieux,fille de feu Mre Louis
François le Tellier, Marquis de
Barbesieux
, Ministre & Secretaire
, d'Etat, Commandeur, Chancelier
& Garde des Sceaux des Ordres
-du Roy, &de Dame Marie Therese
Dauphine d'Alegre sa deuxiéme
femme. La Maison d'Harcour
est si ancienne, si grande&
,siilltiftre
,
qu'il seroit inutile de
vous en donner ici, aucun détail
Généalogique. Pour la Famille de
leTellier, elle est sans contredit,
une des premieres de la Robe.
Mre de Grossolles Marquis de
Flamarens , a épousé le 3. Juin
Dlle de Beauveau
Niéce de Mr l'Archevêque de
Toulouse. La Maison de Grossoles
est originaire de Gascogne
, &
fort distinguée par son ancienneté
& par ses Alliances; pour celle de
Beauveau ,
elleest originaire de
la Province d'Anjou,& l'une des
plus anciennes de cette Province ,
comme on le peut voir dans la
Généalogie qui en a étédonnée
au Public, par le sieur de Sainte
Marche.
Mr de Laistre Secretaire du
Conseil,a épousé le6. de ce mois
Mlle de Bullion, fille du Conseiller
au Parlement de ce nom.
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3985
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
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3986
p. 206-211
ARTICLE DES LIVRES.
Début :
Les Anecdotes du ministere du Cardinal de Richelieu, & du [...]
Mots clefs :
Anecdotes, Cardinal Richelieu, Louis XIII, Régence, Reine mère, Libraire, Tsar, Comédie italienne, Télémaque, Maladie des yeux, Éloge funèbre, Public
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES LIVRES.
ARTICLE DES LIVRES.
Les Anecdotes du ministere du
Cardinal de Richelieu, & du Régne
de LOUIS XIII, avec quelques
particularités du commencement
de la
@
Régence d'Anne ]
d'Autriche, méritent bien que je
les annonce au Public, comme un
de ces Livres qui amusent & divertissent,
eninstruisantleLecteur
Il y a peu d'intrigues secretes. arrivées
à la Cour de France, pendant
le Ministere du Cardinal de
Richelieu, qui n'y soient dévélopées
& mises au jour. On y verra
queles moindres bagatelles produsent
souvent les plus grands
événemens : Si la Reine Mere,
dit le Traducteur de Vittorio Siri,
avoir suivi
, par exemple,le Roy àVersailles
,
le jour qui sur surnommé
la journée des Dupes, le
Cardinal de Richelieu étoit perdu
sans resource. Si le Duc de Buckingamn'avoir
point aime la plus
grande
';£.ande D me du Royaume; les
anglois se seroient emparés de
de Rhé, le Roy n'auroit
:ioine plis la Rochelle,& le Parti ~stant auroit encore subsisté
~ong temsenFrance:Sile Cardide
Richelieu n'avoir pas fait
liiûier les ressorts secrets, qui en-
2£açerent Marie de Medicisà (ê
verà Compiegne, la fortune
~e ce Ministre auroit toujours été
~hancelante
,
la Reine Mere au-
~oit regagné la confiance du Roy
~onfils, & procuré infailliblement
disgrace de cette Eminence.
On pouvroit ci er une infinité d'E-
~emples de cette nature; mais
détail que ces Anecdotes en
~ont ,
est si curieux, qu'il vaut
~ieux y renvoyerlesAmateurs des
~onsLivres. Cer ouvrage se vend
rf-hez Pierre Ribou
,
Quay des
Augustins,àl'Image Saint Louis.
iQDeijx Volumes In-douze, 5. liv.
PIERRE PRAULT Libraire, dçr
meurant sur le Quay de Gelvres,*<
fait afficher depuispeul'Histoiredu
vraiDémetrius,Czar deMoscovie,
par M. Née de la Rochelle; c'est
un morceau d'Histoire trés iott.
ressant, tant parlesintrigues que
par les evenemens singuliers dont
il est rempli;mais ce qui le rend
plus remarquable, c'est qu'il est
pour ainsi dire,l'époque de l'élévation
au Tiône, de la Famille regnante
aujourdhui dans la Grande
Russie; puisqu'aprés la mort
de ce Demetriussupposéounon,
& de deux autres du même nom, Michaël Foederovvitz
,
fils de
Feodor Nikitiz Romanos, Patriarche
de Moscovie,fut couronné
en Kn. C'est delà qu'est
descendu Peter Alexievvitz, qui
a honoré cette Capitale de sa
présence.
fdfc*
On vend chez le même
,
les
Lettres Historiques, à M. D. sut
la,Comédie Italienne, dans lesquelsilestparlédesonétablisselIbént,
du caractére des Acteurs
qui la composent, & des A''W'
tures qui y font arrivées
QtÁ"
,
On vend chez Jacques Etienne,
ruë S. Jacques, à la Petite Vertu,
les Avantures de Telemaque fils
d'Ulisse, par feu Mr deFenelon
Archevêque de Cambray. Edition
conformeauManuscrit original.
Les Ouvrages du sieur de
Vvoolhoufel touchant la Cataracte,
le Glaucome & autres
maladies desyeux,viennent d'être
imprimés à Franckfort sur Mayne;
-
& sevendent à Strasbourg, chez
le sieurDoulfliker; on y verra -
un Catalogue de la plus grande
-
partie des Auteurs,qui ont écrit fuf-
la même matiere, avec les nouvelles
Découvertes qu'ils ont faites.
Lesieur deVvoolhouse demeure
piéfentement auCollege de l'Avér
Maria, à côté de S. Etienne du
Mont, dansle Quarté de Sai~
Genevieve.
ffl
Aprés tant d'Eloges Funébre
qui ont été faits à la Gloire d~
LOUISle GRAND)il sembloi
difficile de rien voir de nouveau
dans ce genre. Cependant,foit qlle
le sujet ne puîné être épuisé
,
foit
que l'esprit de l'homme foit capable,
chaque jour, de quelque nouvelle
Production ; on vient de
donner au Public une nouvelle
Oraison Funèbre de ce Monarque.
Elle estdeMrl'Abbé de Lafargue,
qui l'a prononcée à l'Anniversaire
de LOUIS XIV, à l'Abbaye de
Chelles) en présence de MA D EMO
I S E-L LE; ensuite à l'Abbaye
du Fauxbourg Saint Antoine
de cette Ville: Elle doit faire
d'autant plus d'honneur à cet Orateur,
qu'il en avoir déja donné
une autre qu'on a regardée,comme
une desplus belles. Je ne puis
parler de sa seconde, avec plus
de justice
, qu'en disant avec
un desDocteurs qui l'ont approuvée;
qu'elle ne céde en rien à la
beautéde celles qu'on a données
au Public jusqu'à présent, & que
tout y plaîr également, soit la pour nouveauté des pensées
soit
pourla fécondité de l'Eloquence,.
soit pour la dcheLIè des exprefsions.
J'en ferois un Extrait,
si
les plus beaux Morceaux ne per- doient toûjoursde leur grâce, lors qu'ils sont détachez d'une
Pièce. Je renvove le Lecteur à
l'Ouvrage, l'assûrant qu'il aura
lieu d'en être très-content.
Cette Oraison Funèbre se vend
chez la veuve de Pierre Bienfait,
l'Image Saint Pierre, sur le
^uay des Augustins
, Se chez
Mongé, vis-à-vis le Collège
les Jesuites, dans la ruë Saint
Jacques.
Les Anecdotes du ministere du
Cardinal de Richelieu, & du Régne
de LOUIS XIII, avec quelques
particularités du commencement
de la
@
Régence d'Anne ]
d'Autriche, méritent bien que je
les annonce au Public, comme un
de ces Livres qui amusent & divertissent,
eninstruisantleLecteur
Il y a peu d'intrigues secretes. arrivées
à la Cour de France, pendant
le Ministere du Cardinal de
Richelieu, qui n'y soient dévélopées
& mises au jour. On y verra
queles moindres bagatelles produsent
souvent les plus grands
événemens : Si la Reine Mere,
dit le Traducteur de Vittorio Siri,
avoir suivi
, par exemple,le Roy àVersailles
,
le jour qui sur surnommé
la journée des Dupes, le
Cardinal de Richelieu étoit perdu
sans resource. Si le Duc de Buckingamn'avoir
point aime la plus
grande
';£.ande D me du Royaume; les
anglois se seroient emparés de
de Rhé, le Roy n'auroit
:ioine plis la Rochelle,& le Parti ~stant auroit encore subsisté
~ong temsenFrance:Sile Cardide
Richelieu n'avoir pas fait
liiûier les ressorts secrets, qui en-
2£açerent Marie de Medicisà (ê
verà Compiegne, la fortune
~e ce Ministre auroit toujours été
~hancelante
,
la Reine Mere au-
~oit regagné la confiance du Roy
~onfils, & procuré infailliblement
disgrace de cette Eminence.
On pouvroit ci er une infinité d'E-
~emples de cette nature; mais
détail que ces Anecdotes en
~ont ,
est si curieux, qu'il vaut
~ieux y renvoyerlesAmateurs des
~onsLivres. Cer ouvrage se vend
rf-hez Pierre Ribou
,
Quay des
Augustins,àl'Image Saint Louis.
iQDeijx Volumes In-douze, 5. liv.
PIERRE PRAULT Libraire, dçr
meurant sur le Quay de Gelvres,*<
fait afficher depuispeul'Histoiredu
vraiDémetrius,Czar deMoscovie,
par M. Née de la Rochelle; c'est
un morceau d'Histoire trés iott.
ressant, tant parlesintrigues que
par les evenemens singuliers dont
il est rempli;mais ce qui le rend
plus remarquable, c'est qu'il est
pour ainsi dire,l'époque de l'élévation
au Tiône, de la Famille regnante
aujourdhui dans la Grande
Russie; puisqu'aprés la mort
de ce Demetriussupposéounon,
& de deux autres du même nom, Michaël Foederovvitz
,
fils de
Feodor Nikitiz Romanos, Patriarche
de Moscovie,fut couronné
en Kn. C'est delà qu'est
descendu Peter Alexievvitz, qui
a honoré cette Capitale de sa
présence.
fdfc*
On vend chez le même
,
les
Lettres Historiques, à M. D. sut
la,Comédie Italienne, dans lesquelsilestparlédesonétablisselIbént,
du caractére des Acteurs
qui la composent, & des A''W'
tures qui y font arrivées
QtÁ"
,
On vend chez Jacques Etienne,
ruë S. Jacques, à la Petite Vertu,
les Avantures de Telemaque fils
d'Ulisse, par feu Mr deFenelon
Archevêque de Cambray. Edition
conformeauManuscrit original.
Les Ouvrages du sieur de
Vvoolhoufel touchant la Cataracte,
le Glaucome & autres
maladies desyeux,viennent d'être
imprimés à Franckfort sur Mayne;
-
& sevendent à Strasbourg, chez
le sieurDoulfliker; on y verra -
un Catalogue de la plus grande
-
partie des Auteurs,qui ont écrit fuf-
la même matiere, avec les nouvelles
Découvertes qu'ils ont faites.
Lesieur deVvoolhouse demeure
piéfentement auCollege de l'Avér
Maria, à côté de S. Etienne du
Mont, dansle Quarté de Sai~
Genevieve.
ffl
Aprés tant d'Eloges Funébre
qui ont été faits à la Gloire d~
LOUISle GRAND)il sembloi
difficile de rien voir de nouveau
dans ce genre. Cependant,foit qlle
le sujet ne puîné être épuisé
,
foit
que l'esprit de l'homme foit capable,
chaque jour, de quelque nouvelle
Production ; on vient de
donner au Public une nouvelle
Oraison Funèbre de ce Monarque.
Elle estdeMrl'Abbé de Lafargue,
qui l'a prononcée à l'Anniversaire
de LOUIS XIV, à l'Abbaye de
Chelles) en présence de MA D EMO
I S E-L LE; ensuite à l'Abbaye
du Fauxbourg Saint Antoine
de cette Ville: Elle doit faire
d'autant plus d'honneur à cet Orateur,
qu'il en avoir déja donné
une autre qu'on a regardée,comme
une desplus belles. Je ne puis
parler de sa seconde, avec plus
de justice
, qu'en disant avec
un desDocteurs qui l'ont approuvée;
qu'elle ne céde en rien à la
beautéde celles qu'on a données
au Public jusqu'à présent, & que
tout y plaîr également, soit la pour nouveauté des pensées
soit
pourla fécondité de l'Eloquence,.
soit pour la dcheLIè des exprefsions.
J'en ferois un Extrait,
si
les plus beaux Morceaux ne per- doient toûjoursde leur grâce, lors qu'ils sont détachez d'une
Pièce. Je renvove le Lecteur à
l'Ouvrage, l'assûrant qu'il aura
lieu d'en être très-content.
Cette Oraison Funèbre se vend
chez la veuve de Pierre Bienfait,
l'Image Saint Pierre, sur le
^uay des Augustins
, Se chez
Mongé, vis-à-vis le Collège
les Jesuites, dans la ruë Saint
Jacques.
Fermer
3987
p. 212
DE LONDRES le premier Juin.
Début :
Il vient d'arriver deux Bâtimens de Gottembourg : L'un d'eux a [...]
Mots clefs :
Bâtiments, Hollande, Suède
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES le premier Juin.
DE LONDRES
le premier Juin.. -
Il vient d'arriver deux Biiimens
de Gottembourg : L'un d'eux
a été chargé par ordre du Roy de
Suéde, de raporter la male du 19
Mars, dont un Capre Suédois se.
fiifit en prenant le Paquebodqui
venoit de Hollande. S. M. S. na
pas voulu qu'on ouvritrien. Une
grande Boëte remplie de Bijoux,
d'un prixtrèsconsiderable, setrouve
au même état qu'elleétoit en
partant deHollande, Les Cachets
sont en leur entier; mais ce qui
étonne tout le monde, c'est que
le Roy n'a pas permis qu'on ouvrit
la moindre ~re. Les PartiCiiw
dela Suéde surtout,exaltent fort
la bonté & les égards que S. M. S.
a pour nôtre Nation. Le Roy dfe"
SuèdeauneArmée de 4000 mille
- hommes effectifs & de grands
amas de vivres en Scanie.
le premier Juin.. -
Il vient d'arriver deux Biiimens
de Gottembourg : L'un d'eux
a été chargé par ordre du Roy de
Suéde, de raporter la male du 19
Mars, dont un Capre Suédois se.
fiifit en prenant le Paquebodqui
venoit de Hollande. S. M. S. na
pas voulu qu'on ouvritrien. Une
grande Boëte remplie de Bijoux,
d'un prixtrèsconsiderable, setrouve
au même état qu'elleétoit en
partant deHollande, Les Cachets
sont en leur entier; mais ce qui
étonne tout le monde, c'est que
le Roy n'a pas permis qu'on ouvrit
la moindre ~re. Les PartiCiiw
dela Suéde surtout,exaltent fort
la bonté & les égards que S. M. S.
a pour nôtre Nation. Le Roy dfe"
SuèdeauneArmée de 4000 mille
- hommes effectifs & de grands
amas de vivres en Scanie.
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3988
p. 213
DE VENISE.
Début :
Un Bâtiment arrivé de Corfou, a apporté la confirmation, que la [...]
Mots clefs :
Bâtiments, Vaisseaux, Provisions, Galères, Sultan
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texteReconnaissance textuelle : DE VENISE.
MEFEN1SE.
UnBâtimentarrivé de Corfou,
à apporté la confirmation,quela
Elote composée de 27Vmfleairx - deligne, de trois Brulots,de cinq
grosses Galiotes
, -
seaux de fit Vaisde
Provisions,
- & de tiore
Corvettes, sous les ordres du
sieur Flangini
,
avoir fait voile
, pour s'approcher ensuite des
Dardanelles, &tâcher d'attirer la
Flote Turque à une àdionrlés
quatre Galeres du Papeont joint
l'ArméelegereàCorfou.
On écrit de Peterbourg que l'on
y avoit appris de Tartarie , que
les Tartares Moscovites & Calmaques
avoient défait entierement
les Cabanes, Peuples qui ont été
jusqu'àprêsent, sous la Protection
du Sultan, & qu'ilsavoient été
contraints de se rendre chez ICI
Victorieux, avec leurs FamWes.aIJ
nombre deplus de 100000 hom-
UnBâtimentarrivé de Corfou,
à apporté la confirmation,quela
Elote composée de 27Vmfleairx - deligne, de trois Brulots,de cinq
grosses Galiotes
, -
seaux de fit Vaisde
Provisions,
- & de tiore
Corvettes, sous les ordres du
sieur Flangini
,
avoir fait voile
, pour s'approcher ensuite des
Dardanelles, &tâcher d'attirer la
Flote Turque à une àdionrlés
quatre Galeres du Papeont joint
l'ArméelegereàCorfou.
On écrit de Peterbourg que l'on
y avoit appris de Tartarie , que
les Tartares Moscovites & Calmaques
avoient défait entierement
les Cabanes, Peuples qui ont été
jusqu'àprêsent, sous la Protection
du Sultan, & qu'ilsavoient été
contraints de se rendre chez ICI
Victorieux, avec leurs FamWes.aIJ
nombre deplus de 100000 hom-
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3989
p. 214-215
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp, on l'a déjà envoyée [...]
Mots clefs :
Artillerie, Armée, Dragons, Régiment, Chevaux
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DUJOURNAL
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
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3990
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
~JAi lû parordredeMonseigneur
le Chancelier, le Mercure de
Juin1717; je crois que le Publie
l'apercevra que cer Ouvrage se
perfectione de plus en plus. Fait à
Paris, ce$0. Juin 1717.
-- TERRAS SON;
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3991
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-Propos. Troisiéme & derniere partie des Mémoires de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Ayc.nt-Propos.
Trctjteme & derniers par,
tie des Mémoires de M.le Cardinal
deRetz. VeArs à rMolleîideeMt.6. p2ar#fif.
Le Banquet. 64.
Epitre de M. Thiriotà M. D. 67.
L'Amourcaptifà S. A. S. MAdame
la PrinaJfe de Conti, par
M. le Grand. 7j.
JournalHistorique de Paris 74.
TABLE
jProvifions des Charg s aonnlct en
Juin 1717.&
humai de Hongrie.85
Lettre ccnte de Constantinople À ÏAuteurAh Mercure. 91.
jjcnombrement des Troupes Ottomanes
,
qui doiventserviren-
HONgrie, contre S. M. 1. &
contrelesyéntiens 95.
JirrivéeduChevalierde S. George
a Rome. 100.
Réflexions Cr.:tiques,sur les Avantures
de Telemaque yfils d'U^fty
108.
Bouquet pourlejour de la S. Jean,
par M. D. F. 1,0
Le Char de S. A. S. Madame la
Ptincejfc de Conti, au Cours
,
par Mr Fufelier. 151
Ode Anacréontique à Mlle de L.
papraMr -Mle. ClehCehvevaal,"iteerr de SS..JJory.
lipigrunmes. 157
Enigmes 16;
S-ilteduJoprnaldeParis 16S.
Acception de M deFleuryancien
Evoque de Foejus) a lAcadémie
Francoise l¡Q
T A BLE.
Ver: surla Fables ncitSes p.z.,. Af.
de Li1-74 deAf.deFre.fts.174
DOru du Roy. 1lr>>
MJo'ura.inays.1S1177.-
S.Jor-.teF.irt'w dn Jo',*rnA Ilfrr.
6.J.,-, 1 :..i.L.. ",.f f,", ,/1
Y;Cjt4( -~- , CH d: !h,R:Lit-vr?
¡ rt,Pï:-
rri.'e lemoisp-Jj^
>r le C;:.,.if. î8«.
./truLle d.s Vins. 106
J\Jot:t'c IIci de LocS, 2.1x
Vf Corf.^3 Srlid duy.de Hoirie. 11-1
Fin de la T.ble.
Ayc.nt-Propos.
Trctjteme & derniers par,
tie des Mémoires de M.le Cardinal
deRetz. VeArs à rMolleîideeMt.6. p2ar#fif.
Le Banquet. 64.
Epitre de M. Thiriotà M. D. 67.
L'Amourcaptifà S. A. S. MAdame
la PrinaJfe de Conti, par
M. le Grand. 7j.
JournalHistorique de Paris 74.
TABLE
jProvifions des Charg s aonnlct en
Juin 1717.&
humai de Hongrie.85
Lettre ccnte de Constantinople À ÏAuteurAh Mercure. 91.
jjcnombrement des Troupes Ottomanes
,
qui doiventserviren-
HONgrie, contre S. M. 1. &
contrelesyéntiens 95.
JirrivéeduChevalierde S. George
a Rome. 100.
Réflexions Cr.:tiques,sur les Avantures
de Telemaque yfils d'U^fty
108.
Bouquet pourlejour de la S. Jean,
par M. D. F. 1,0
Le Char de S. A. S. Madame la
Ptincejfc de Conti, au Cours
,
par Mr Fufelier. 151
Ode Anacréontique à Mlle de L.
papraMr -Mle. ClehCehvevaal,"iteerr de SS..JJory.
lipigrunmes. 157
Enigmes 16;
S-ilteduJoprnaldeParis 16S.
Acception de M deFleuryancien
Evoque de Foejus) a lAcadémie
Francoise l¡Q
T A BLE.
Ver: surla Fables ncitSes p.z.,. Af.
de Li1-74 deAf.deFre.fts.174
DOru du Roy. 1lr>>
MJo'ura.inays.1S1177.-
S.Jor-.teF.irt'w dn Jo',*rnA Ilfrr.
6.J.,-, 1 :..i.L.. ",.f f,", ,/1
Y;Cjt4( -~- , CH d: !h,R:Lit-vr?
¡ rt,Pï:-
rri.'e lemoisp-Jj^
>r le C;:.,.if. î8«.
./truLle d.s Vins. 106
J\Jot:t'c IIci de LocS, 2.1x
Vf Corf.^3 Srlid duy.de Hoirie. 11-1
Fin de la T.ble.
Fermer
3992
s. p.
« De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...]
3993
p. 1-12
CATALOGUE DES LIVRES NOUVEAUX, qui se vendent à Paris chez PIERRE RIBOU, Quai des Augustins, à la descente du Pont-Neuf, à l'Image S. Loüis.
Début :
Dictionnaire pratique du bon Menager de Campagne & de Ville, [...]
Mots clefs :
Livres, Dictionnaire, Traité, Histoire de France, Lois, Conseils, Traduction, Fables, Nouvelles, Oeuvres, Voyage, Comédies, Tragédies, Corneille, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE DES LIVRES NOUVEAUX, qui se vendent à Paris chez PIERRE RIBOU, Quai des Augustins, à la descente du Pont-Neuf, à l'Image S. Loüis.
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX,
quisevendentà Paris chezPIERRE
RIBOU ,
Quai des Augustins,à la
descente du Pont-Neuf
, à l'Image
S. Loüis.
DIctionairepratique du bon Ménager de
Campagne& de Ville, qui apprend generalement
la maniere de nourrir , élever &
gouverner, tant en santéque malades,
toutes fortes de Bestiaux,Chevaux &Volailles
; de sçavoir mçttre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire valoir
toutes sortes de Terres,Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins
, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes ; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient,auxJardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuiunc) les Confitures, la Pâtisserie
,
les
Liqueurs de toutes sortes; les Chasses differentes
,
la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne ; les mots Latins de tout
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plupart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
-
se plaisentàces fortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
r LoüisLiger, in 4.2.vol. 10.I. Abrégé Chronologique de l'Histoire de FraR"
ce, farle Sieur de Mozeray-, Historiographe
de France. Nouvelle édition,augmentée de
l'origine des François, & de leur établissement
dans les Gaules;del'état dela Religion
,
& de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoireimpriméeen 1685.en 3.vol.in folio.
In quarto 3. vol. lj.1.
Idem in 12. 10. vol. 25.1.
Numifmllta. JErea Imperatorum ,
.AU!fI{lArNm &
CisaruminColoniis, municipiis
,
& ar4ibas jure latio donatis, , ex omni modulopercussa,
J'luéfore Joanne Foy-VniUnntBcllovaco,'Doftor*
Medica) & Serenissimi Ducis Cenomanensium
AntiquarioParis. excusa, in fol. 2. vol, 36.1.
Vies des Saints
, par Ribadanetra,fol. 2.. vol,
15.I.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20.liv. -Les mêmes,in 4. 6. vol. 36.1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvragesau Tour: ouvrage • tres-curieux & tres-necessaire à ceux qui s'exercent
au Tour; Latin & François ,fol. rr.I.
OEuvres diverses du SieurD.avec un Recuëil
de Poësieschoisies de M. de B 2.Vol.
in 12. s.l.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les prérogatives
de ses Magistrats toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
- y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui reprefenrent
son ancien état & ses divers accrojfiêraensi
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re-
.¡¡ glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Métiers
, fol.2.vol. jo.1.
Les OEuvres deM.de laMotheleVayer,in12.
15. vol. 36.1.
Le Diable Boiteux) in12. 2. l.
Les conseils de la Sagesse
, contenant les Maximes
de Salomon les plus necessaires
l'homme pour se bien conduire soi-même, in11.1.vol.1714- 4.l.10.f.
Amusemens serieux& comiques, par M. du
Fresny. in 12. 1. l. 10. f.
Les OEuvres de Clement Marot deCahors
, Valet
de Chambre du Roi, revûës & augmentées de
nouveau, in 2. vol. 6. 1.
Histoire de l'admirable Dom Quichotte de la
Manche,in 12. 6. vol. avecfigures, nouvelle
Edition,continuée jusqu'à samort. fj.L
[la Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol,erîrichie de figures, in ix. 3.vol.
7.l. io-i. OEuvres mêlées de M. de Saint Evremond, nouvelle
Edition augmentée sur celle de Londres
,
in11.7. vol.. 15. l.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancourt,
avec des Remarques sur la Traduction, in12.
3.vol. 6.1.
Traduction desSatyres dePerse & de Juvenal
, PWR le R. P. Tarteron de la Compagnie de Ji- sts, nouvelle Edition, corrigée & augmen- tée,1714. 2.l.10.f.
Fables choisies
,
mises en Vers par M. de la
Fontaine,enrichies defigures,in l2.. 5. vol.
10. l.
Les mêmes en un Volume, J.I.
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne
, par Fernand Cortez, traduite
del'Espagnol,in 12. 2. vol. nouvelle
Edition,avec figures. 5.l.
Histoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol,in12.2.vol.
arecfigures. 4.l. 10. f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip.
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez
,
& de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
très- grand nombre de figures) in 12. 4.
vol. C11- l.
Instructions pour les Jardins fruitiers & potagers,
avec un Traité des Orangers, 5?des reflexions
sur l'Agriculture. Par M. de la ¡
Quintinie,Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle instrustion
pour la culture des Fleurs. Nouvelle
édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont :
se fervent les Jardiniers en parlant des Ar- -
bres, & d'une Table des matieres,1716.
in4.2.vol. 11.1.
Nouvelle deMiguel de Cervante, i.liv..4.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct nouvelle,
.a,u,g:mentéedenouvelles remarques du Ba- des Coutures
,
in 12. 2.vol. 5 J..
'"lrairé historique des Monnoyes de Francç^/ïr l'
M leBlanc,in 4. avec 100. figures,contenant :
les empreintes des dirFcrcntts Monnoyes,
(
lesempreintesdesdifferentssMonnoyes,
Traduction nouvelle de Rolandl'Amoureux, parM.leSage, 2. vol. in 12. ornez de figutes
,
Les OEuvres de Virgile en Latin Se en François
par M. de Martignac, 3. vol. in12. nouvelle
Edition, 6.l.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon
, farM. de la Fosse
,
seconde édition, augmentée
de deux Qdes
, l'une de Pindare & l'au- tred'Horace,in 12. 2. l. io. f.
Nouvelle GrammaireEspagnole,parMPerger,
il,.12. 2. l. 5. f.
Histoire universelle ou Traduction nouvelle.
de Justin, avec des Remarques, in 12,
2.vol. 5.l
Voyage d'Alep à Jerusalem
,
in 12.. 2. 1.
Novum Testamentum Gracum. 111 18. I. 1. 16. f.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte
,
in 12. 2. vol.
3.1.io. f.
Le Comte de Cardonne in 12. I. l. 16. f
Les Avantures galantes du Chevalier de Thenicourt
, par Madame D in 12. i.l. 16. f.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Dccifio^s
nouvelles, Se des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition,in12 1.1.1
La Vie de M. de Moliere, in 12 2. l
HistoiredelaVirginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jusqu'à
present, les productions naturelles du
Pays, la Religion,les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels
, par un Auteur natf é-,,
habitantdecepays-là,in 12. enrichie de figures
en taille-douce
, 2. 1. 5. f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Confitures
seches & liquides, les Liqueurs
,
les
*
Eaux,les Parfums, la Cuisine, à découper
les Viandes, & à faire laPâtisserie ; huiiitneEdition
, couiugceau^mentee des Parcs
nouvelles, & des nouveaux Ragoûts qu'on
d2serrets.sae.ur1jloeusrS.de5'ihvuici:.csAdfveeTc.adbe-lsem,ino-d1è1le..sip7oiuîr.ji 171SLesOEuvres
choisies defeu M.leNoble, 20.vol.
in 12.. fous presse. 40. 1.
Stile du Conseil
, parM.Gauret, in 4. ç.IIV.
Code de la Marine, in4. 4. 1.
Contes desFées, ou les Chevaliers Errans,
&le GenieFamilier, par M. D. in-ix.
I. l.15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen,in12 I. 1.10.f.
L'Ambiguë d'Auteüil
, ou veritez historiques,
composéesduJoueur, du Nouvelliste
,
du
Financier, duCritique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnagesde differens
caraâeres,mu. 1. l. 5 f,
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rempli
d'évenemens, & écrit dans le même lfci.ie
que Telemaque
, par M. ItS wiz. 2.l.
Le Voyageur Fidele,ou le Guide des Etrangers
dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës,des Fauxbourgs
,
Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville renferme;
les Adreiles pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tour ce qu'on fouhaire,
tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses:Avec une Relationen
forme de Voyage, des plus belles Maiions
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers., in 12.
2. l. 5.f., ies Voyages de M. Tuvetnitr, derniere Edition,
y revue, & corrigéede quantité de fautes, &
si augmentee de la Vie & mort del'Auteur ,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prune, avec 1 plusieurs planches nouvelles quin'ont point
S paru dans les précédentes éditions, le tout
dirigé par un ami de L'Auteur qui a fait plute
sieurs Voyages avec lui,in12. 6.vol. 18.l.
SAbregé de Geographie,&de tout ce qu'il y a
* de plus remarquable dans chacune des quatre
f
grandes parties de la Terre, particulierement
'- dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap- *prisée retenu facilementpar coeur, avec les
Il routes des postes de France& d'Espagne, dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes
, par M. Poncein,in 12, 1. 1. 5. f.
L'Eloge de la Folie, com posée en forme de
DéclamationparErxfme de Roterdam,avec
- quelques Notes de l'histoire&les belles fi-
> gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui representant
au naturel l'homme tout désiguré par
la sotise
,
lui apprend agréablement àrentrer
dans le bon sens
,
Traduction nouvelle;
rdr M.Guedeville,in12. 5. l.
qifioire des sept Sages,parM. de Larrey, in 12.
2. vol. 5. l.
Aecuëil de bons mots des anciens & des mo- dernes, nouvelle Edition augmentée, 2,1.
»
'THEATREDEMESS1EVRS
,L)ilieile
,
nouvelle Edition
,
augmentée & enriicnhieHde
fig.ures en taille douce, Jo.. « 3-Sr.is Racine, nouvelle Edition,2.vol.in12, 6..
Campistron,nouvelleEdition,augmentéed'un
Tragedie& d'uneComedie, &ornéede
gures , 4--+
DelaFosse,avec sesPoësies,2. vol. 5.. Crébillon, 3..$
Pradon,
De la Grange
,
augmenté d'Ino & Melicert
Tragedie, 2.. I.Io..-D
Moliere, 8. vol. nouvelle Editionaugment ; de sa Vie, avec de nouvelles Remarquer. 15-m
Dancourt,8. vol. nouvelle Edition, augmenta.;
de plusieurs Pieces qui n'avoient point cù
imprimées dans les Editionsprécédentes
avec figures & munque, 15.>1
Regnard,2. vol. JDe la Font i«
DeHautero, che 2. l.10..c
De Legrand, 2.1.10. c Palaprat, seconde Edition, augmentéede plus
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été ino,
primées,& d'un Recueil de Pieces en Versd
2..vol.. 5.
De BRoiviienred,2in.l.10. , De Champ-Mêté, 2.. DeMonfleury ,2.vol. 5..
De Roussèau
un vol. 2. l. 10. Il
De Mademoiselle Barbier, 2. 1. 10. st
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'oui
abregé de sa Vie
,
d'une Dissertation su
ses Ouvrages, de l'origine de l'Opéra,
de ses Opéra, in iz. 5. vol. ornez de figures
il. 1. 10. f.
theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Théâtre des anciens Auteurs,in
12.3.vol. rf<\-io. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse àuneEpître Satyrique contre ce spectacle,
parM.leBr.in12. 2. l.
Pietes nouvelles fV séparées.
MahometII. 1 4
ldomellée.
Atrée.
Elcâre.
Caton d'Utique.
Absalon.
CGyertuas..
LesTyndarydex, 1
Saiil.
Médée.
Herode. >r«4.*«.
I110&Melicertc. 1
Pol ydore. I
Lamortd'Ulyfîc» 1
Mustapha. 1 Jonathas.
1 Habis.
Agrippa,oule fauxTibermus.
j Marius.
Le Curieuxlmpeninent. 1
LesAgioteurs. j
L'AmourCharlatan. • LeNaufrage. >CDmedies.
Danaé. j
Turcaret. I CrispinRival.J
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses,
L'Amour vangé.
EsopeàlaVille. -
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les Fe-resJu Cours.
Le Verd Galant.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devincresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
LaCoquette de Village,
ou le Lot suposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs uotez desComedies frjtnçoifes
M. Gilliers, in 4. Telephe) Opéra, note, 7.1.10.
Medée,noté, S. li
MLes ePldaiséirsede. laPaix, noté, 8
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide. -
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Proscrpuie.
LesPlaisirs de laPaix.
Zephire&Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les PlaiÎlrs de l'Eté.
Arianne.
mort d'Alcide.
pplearnmd.nestre.
Divertissement du Bourgeois
Gentilhomme.
Oper*.
ZC quatrième Livre des Motets deM.Campra,
5.l.
ecuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A.S.Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Essais de Poësies diverses, par
M.dePalarat,in12. i.Io.f:
Et toutes les autres Pieces de Theatre tantanciennes
que nouvelles.
Tous lesOpera.
LeTheatre de l'Amour & de lafortune, par
Mad.Barbier, in11.i.vol. 4.1.
Euvres de M.Despreaux, avec des éclaircifle-»
mens hjftoriques donnez par lui mêmej -2,.
vol. in 4. 12.. 1. -Idem Grand papier , 1 8.1. Idem in n. 4. vol. 8.1.
La Connoissance parfaite des Chevaux,contenant
la manière de les gouverner nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conferver
en santédans les voyages; avec un détail
général de toutes leurs maladies, des si.
gnes'-& des causes d'où elles proviennent
- des moyens de les prévenir, &de les en gue- - rir par des- remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Haras,
bien plus étendué que celles qui ont paru
nege, tirée des meilleurs Auteurs qui er
écrit. Le tout enrichi de figures en Il
douce, in8. 3. 1.,
Lettre à M. de sur l'origine des an.
Rois ou Dieux d'Egypte; qui expliquec.
a donné lieu aux Fables des Dieux dcV1
LqauRité,ivbarolcehturreavine1s2.tie — ,in12
Nouveau Recuëil des plus beaux Secret-
Médecine pour la guérison de toutes fc,
de maladies, blessures & autres acci
qui surviennent au corps humain, & la
niere de préparer facilement dans les Fa
les. les remedes & les médicamens q,
font nccenaircs, avec unTraité des plus e:
lens pr éservatifs, contre la perte, fièvres
tilentielles
, pourpre, petites veroles, &
tes sortes de maladies contagieuses,doi
par une personne charitable, augme,
des véritables Secrets naturels deM. Ltm
qui regardent la-nature & l'art, avec d'aur-
Secrets fort curieux,& tirez de ce qui
de meilleurs Auteurs en ce genre, 2.
in 12.
Histoire de Gilblas de Santillanne
, par AV
SFage, i2. égditionu, 2. 1r0I.ein 12..sorn.éc- L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par
corneille. in 12. orné de figures, ;.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de
chelieu, & du Regne de Loüis XIII. 2
quelques particularitez, du Commerce:
laRegence d'Anne d'Autriche. 2.vol.in12.
»- FIN.
DES LIVRES NOUVEAUX,
quisevendentà Paris chezPIERRE
RIBOU ,
Quai des Augustins,à la
descente du Pont-Neuf
, à l'Image
S. Loüis.
DIctionairepratique du bon Ménager de
Campagne& de Ville, qui apprend generalement
la maniere de nourrir , élever &
gouverner, tant en santéque malades,
toutes fortes de Bestiaux,Chevaux &Volailles
; de sçavoir mçttre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire valoir
toutes sortes de Terres,Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins
, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes ; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient,auxJardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuiunc) les Confitures, la Pâtisserie
,
les
Liqueurs de toutes sortes; les Chasses differentes
,
la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne ; les mots Latins de tout
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plupart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
-
se plaisentàces fortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
r LoüisLiger, in 4.2.vol. 10.I. Abrégé Chronologique de l'Histoire de FraR"
ce, farle Sieur de Mozeray-, Historiographe
de France. Nouvelle édition,augmentée de
l'origine des François, & de leur établissement
dans les Gaules;del'état dela Religion
,
& de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoireimpriméeen 1685.en 3.vol.in folio.
In quarto 3. vol. lj.1.
Idem in 12. 10. vol. 25.1.
Numifmllta. JErea Imperatorum ,
.AU!fI{lArNm &
CisaruminColoniis, municipiis
,
& ar4ibas jure latio donatis, , ex omni modulopercussa,
J'luéfore Joanne Foy-VniUnntBcllovaco,'Doftor*
Medica) & Serenissimi Ducis Cenomanensium
AntiquarioParis. excusa, in fol. 2. vol, 36.1.
Vies des Saints
, par Ribadanetra,fol. 2.. vol,
15.I.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20.liv. -Les mêmes,in 4. 6. vol. 36.1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvragesau Tour: ouvrage • tres-curieux & tres-necessaire à ceux qui s'exercent
au Tour; Latin & François ,fol. rr.I.
OEuvres diverses du SieurD.avec un Recuëil
de Poësieschoisies de M. de B 2.Vol.
in 12. s.l.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les prérogatives
de ses Magistrats toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
- y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui reprefenrent
son ancien état & ses divers accrojfiêraensi
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re-
.¡¡ glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Métiers
, fol.2.vol. jo.1.
Les OEuvres deM.de laMotheleVayer,in12.
15. vol. 36.1.
Le Diable Boiteux) in12. 2. l.
Les conseils de la Sagesse
, contenant les Maximes
de Salomon les plus necessaires
l'homme pour se bien conduire soi-même, in11.1.vol.1714- 4.l.10.f.
Amusemens serieux& comiques, par M. du
Fresny. in 12. 1. l. 10. f.
Les OEuvres de Clement Marot deCahors
, Valet
de Chambre du Roi, revûës & augmentées de
nouveau, in 2. vol. 6. 1.
Histoire de l'admirable Dom Quichotte de la
Manche,in 12. 6. vol. avecfigures, nouvelle
Edition,continuée jusqu'à samort. fj.L
[la Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol,erîrichie de figures, in ix. 3.vol.
7.l. io-i. OEuvres mêlées de M. de Saint Evremond, nouvelle
Edition augmentée sur celle de Londres
,
in11.7. vol.. 15. l.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancourt,
avec des Remarques sur la Traduction, in12.
3.vol. 6.1.
Traduction desSatyres dePerse & de Juvenal
, PWR le R. P. Tarteron de la Compagnie de Ji- sts, nouvelle Edition, corrigée & augmen- tée,1714. 2.l.10.f.
Fables choisies
,
mises en Vers par M. de la
Fontaine,enrichies defigures,in l2.. 5. vol.
10. l.
Les mêmes en un Volume, J.I.
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne
, par Fernand Cortez, traduite
del'Espagnol,in 12. 2. vol. nouvelle
Edition,avec figures. 5.l.
Histoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol,in12.2.vol.
arecfigures. 4.l. 10. f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip.
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez
,
& de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
très- grand nombre de figures) in 12. 4.
vol. C11- l.
Instructions pour les Jardins fruitiers & potagers,
avec un Traité des Orangers, 5?des reflexions
sur l'Agriculture. Par M. de la ¡
Quintinie,Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle instrustion
pour la culture des Fleurs. Nouvelle
édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont :
se fervent les Jardiniers en parlant des Ar- -
bres, & d'une Table des matieres,1716.
in4.2.vol. 11.1.
Nouvelle deMiguel de Cervante, i.liv..4.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct nouvelle,
.a,u,g:mentéedenouvelles remarques du Ba- des Coutures
,
in 12. 2.vol. 5 J..
'"lrairé historique des Monnoyes de Francç^/ïr l'
M leBlanc,in 4. avec 100. figures,contenant :
les empreintes des dirFcrcntts Monnoyes,
(
lesempreintesdesdifferentssMonnoyes,
Traduction nouvelle de Rolandl'Amoureux, parM.leSage, 2. vol. in 12. ornez de figutes
,
Les OEuvres de Virgile en Latin Se en François
par M. de Martignac, 3. vol. in12. nouvelle
Edition, 6.l.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon
, farM. de la Fosse
,
seconde édition, augmentée
de deux Qdes
, l'une de Pindare & l'au- tred'Horace,in 12. 2. l. io. f.
Nouvelle GrammaireEspagnole,parMPerger,
il,.12. 2. l. 5. f.
Histoire universelle ou Traduction nouvelle.
de Justin, avec des Remarques, in 12,
2.vol. 5.l
Voyage d'Alep à Jerusalem
,
in 12.. 2. 1.
Novum Testamentum Gracum. 111 18. I. 1. 16. f.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte
,
in 12. 2. vol.
3.1.io. f.
Le Comte de Cardonne in 12. I. l. 16. f
Les Avantures galantes du Chevalier de Thenicourt
, par Madame D in 12. i.l. 16. f.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Dccifio^s
nouvelles, Se des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition,in12 1.1.1
La Vie de M. de Moliere, in 12 2. l
HistoiredelaVirginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jusqu'à
present, les productions naturelles du
Pays, la Religion,les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels
, par un Auteur natf é-,,
habitantdecepays-là,in 12. enrichie de figures
en taille-douce
, 2. 1. 5. f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Confitures
seches & liquides, les Liqueurs
,
les
*
Eaux,les Parfums, la Cuisine, à découper
les Viandes, & à faire laPâtisserie ; huiiitneEdition
, couiugceau^mentee des Parcs
nouvelles, & des nouveaux Ragoûts qu'on
d2serrets.sae.ur1jloeusrS.de5'ihvuici:.csAdfveeTc.adbe-lsem,ino-d1è1le..sip7oiuîr.ji 171SLesOEuvres
choisies defeu M.leNoble, 20.vol.
in 12.. fous presse. 40. 1.
Stile du Conseil
, parM.Gauret, in 4. ç.IIV.
Code de la Marine, in4. 4. 1.
Contes desFées, ou les Chevaliers Errans,
&le GenieFamilier, par M. D. in-ix.
I. l.15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen,in12 I. 1.10.f.
L'Ambiguë d'Auteüil
, ou veritez historiques,
composéesduJoueur, du Nouvelliste
,
du
Financier, duCritique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnagesde differens
caraâeres,mu. 1. l. 5 f,
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rempli
d'évenemens, & écrit dans le même lfci.ie
que Telemaque
, par M. ItS wiz. 2.l.
Le Voyageur Fidele,ou le Guide des Etrangers
dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës,des Fauxbourgs
,
Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville renferme;
les Adreiles pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tour ce qu'on fouhaire,
tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses:Avec une Relationen
forme de Voyage, des plus belles Maiions
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers., in 12.
2. l. 5.f., ies Voyages de M. Tuvetnitr, derniere Edition,
y revue, & corrigéede quantité de fautes, &
si augmentee de la Vie & mort del'Auteur ,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prune, avec 1 plusieurs planches nouvelles quin'ont point
S paru dans les précédentes éditions, le tout
dirigé par un ami de L'Auteur qui a fait plute
sieurs Voyages avec lui,in12. 6.vol. 18.l.
SAbregé de Geographie,&de tout ce qu'il y a
* de plus remarquable dans chacune des quatre
f
grandes parties de la Terre, particulierement
'- dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap- *prisée retenu facilementpar coeur, avec les
Il routes des postes de France& d'Espagne, dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes
, par M. Poncein,in 12, 1. 1. 5. f.
L'Eloge de la Folie, com posée en forme de
DéclamationparErxfme de Roterdam,avec
- quelques Notes de l'histoire&les belles fi-
> gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui representant
au naturel l'homme tout désiguré par
la sotise
,
lui apprend agréablement àrentrer
dans le bon sens
,
Traduction nouvelle;
rdr M.Guedeville,in12. 5. l.
qifioire des sept Sages,parM. de Larrey, in 12.
2. vol. 5. l.
Aecuëil de bons mots des anciens & des mo- dernes, nouvelle Edition augmentée, 2,1.
»
'THEATREDEMESS1EVRS
,L)ilieile
,
nouvelle Edition
,
augmentée & enriicnhieHde
fig.ures en taille douce, Jo.. « 3-Sr.is Racine, nouvelle Edition,2.vol.in12, 6..
Campistron,nouvelleEdition,augmentéed'un
Tragedie& d'uneComedie, &ornéede
gures , 4--+
DelaFosse,avec sesPoësies,2. vol. 5.. Crébillon, 3..$
Pradon,
De la Grange
,
augmenté d'Ino & Melicert
Tragedie, 2.. I.Io..-D
Moliere, 8. vol. nouvelle Editionaugment ; de sa Vie, avec de nouvelles Remarquer. 15-m
Dancourt,8. vol. nouvelle Edition, augmenta.;
de plusieurs Pieces qui n'avoient point cù
imprimées dans les Editionsprécédentes
avec figures & munque, 15.>1
Regnard,2. vol. JDe la Font i«
DeHautero, che 2. l.10..c
De Legrand, 2.1.10. c Palaprat, seconde Edition, augmentéede plus
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été ino,
primées,& d'un Recueil de Pieces en Versd
2..vol.. 5.
De BRoiviienred,2in.l.10. , De Champ-Mêté, 2.. DeMonfleury ,2.vol. 5..
De Roussèau
un vol. 2. l. 10. Il
De Mademoiselle Barbier, 2. 1. 10. st
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'oui
abregé de sa Vie
,
d'une Dissertation su
ses Ouvrages, de l'origine de l'Opéra,
de ses Opéra, in iz. 5. vol. ornez de figures
il. 1. 10. f.
theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Théâtre des anciens Auteurs,in
12.3.vol. rf<\-io. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse àuneEpître Satyrique contre ce spectacle,
parM.leBr.in12. 2. l.
Pietes nouvelles fV séparées.
MahometII. 1 4
ldomellée.
Atrée.
Elcâre.
Caton d'Utique.
Absalon.
CGyertuas..
LesTyndarydex, 1
Saiil.
Médée.
Herode. >r«4.*«.
I110&Melicertc. 1
Pol ydore. I
Lamortd'Ulyfîc» 1
Mustapha. 1 Jonathas.
1 Habis.
Agrippa,oule fauxTibermus.
j Marius.
Le Curieuxlmpeninent. 1
LesAgioteurs. j
L'AmourCharlatan. • LeNaufrage. >CDmedies.
Danaé. j
Turcaret. I CrispinRival.J
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses,
L'Amour vangé.
EsopeàlaVille. -
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les Fe-resJu Cours.
Le Verd Galant.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devincresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
LaCoquette de Village,
ou le Lot suposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs uotez desComedies frjtnçoifes
M. Gilliers, in 4. Telephe) Opéra, note, 7.1.10.
Medée,noté, S. li
MLes ePldaiséirsede. laPaix, noté, 8
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide. -
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Proscrpuie.
LesPlaisirs de laPaix.
Zephire&Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les PlaiÎlrs de l'Eté.
Arianne.
mort d'Alcide.
pplearnmd.nestre.
Divertissement du Bourgeois
Gentilhomme.
Oper*.
ZC quatrième Livre des Motets deM.Campra,
5.l.
ecuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A.S.Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Essais de Poësies diverses, par
M.dePalarat,in12. i.Io.f:
Et toutes les autres Pieces de Theatre tantanciennes
que nouvelles.
Tous lesOpera.
LeTheatre de l'Amour & de lafortune, par
Mad.Barbier, in11.i.vol. 4.1.
Euvres de M.Despreaux, avec des éclaircifle-»
mens hjftoriques donnez par lui mêmej -2,.
vol. in 4. 12.. 1. -Idem Grand papier , 1 8.1. Idem in n. 4. vol. 8.1.
La Connoissance parfaite des Chevaux,contenant
la manière de les gouverner nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conferver
en santédans les voyages; avec un détail
général de toutes leurs maladies, des si.
gnes'-& des causes d'où elles proviennent
- des moyens de les prévenir, &de les en gue- - rir par des- remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Haras,
bien plus étendué que celles qui ont paru
nege, tirée des meilleurs Auteurs qui er
écrit. Le tout enrichi de figures en Il
douce, in8. 3. 1.,
Lettre à M. de sur l'origine des an.
Rois ou Dieux d'Egypte; qui expliquec.
a donné lieu aux Fables des Dieux dcV1
LqauRité,ivbarolcehturreavine1s2.tie — ,in12
Nouveau Recuëil des plus beaux Secret-
Médecine pour la guérison de toutes fc,
de maladies, blessures & autres acci
qui surviennent au corps humain, & la
niere de préparer facilement dans les Fa
les. les remedes & les médicamens q,
font nccenaircs, avec unTraité des plus e:
lens pr éservatifs, contre la perte, fièvres
tilentielles
, pourpre, petites veroles, &
tes sortes de maladies contagieuses,doi
par une personne charitable, augme,
des véritables Secrets naturels deM. Ltm
qui regardent la-nature & l'art, avec d'aur-
Secrets fort curieux,& tirez de ce qui
de meilleurs Auteurs en ce genre, 2.
in 12.
Histoire de Gilblas de Santillanne
, par AV
SFage, i2. égditionu, 2. 1r0I.ein 12..sorn.éc- L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par
corneille. in 12. orné de figures, ;.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de
chelieu, & du Regne de Loüis XIII. 2
quelques particularitez, du Commerce:
laRegence d'Anne d'Autriche. 2.vol.in12.
»- FIN.
Fermer
3994
s. p.
ERRATA. POUR LE MERCURE DE JUIN.
Début :
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez. 159. 13. Charmes. Flames. 170. 10. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA. POUR LE MERCURE DE JUIN.
ERRATA.
ASTOR, LENOX POUR LE MERCURE DE JUIN.
TILDEN FOUR DAT
1005
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez .
159 , 13. . Charmes. F'anes.
370, 10. Gênes... Venife.
,
1725 ۲۰ LouisXVI. XIV.
201 , 3- l'académe Séance.
203 , 9 Art, tranſporté
1 103 , 19. 21. 20.
205 ,
22, 21 . و .
170 , 15 4. 2. Moufoptaires.
96. 4 Br. Hieris Balloriens
,
Il s'est gliff: une faute confidetable à la
page 201 ligne 16, elle eſt ainfi exprimé ..
M.de la Faye lui montra un modéle deMachine
qu'on a imaginee. Il faut la conger de cene
maniere, M.de la Faye lui monra un mo éle
deMachine qu'il a imaginée , ce qui forne.n
ſens bien different ; je devois cette reparation
publique en faveur de la verité.
ASTOR, LENOX POUR LE MERCURE DE JUIN.
TILDEN FOUR DAT
1005
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez .
159 , 13. . Charmes. F'anes.
370, 10. Gênes... Venife.
,
1725 ۲۰ LouisXVI. XIV.
201 , 3- l'académe Séance.
203 , 9 Art, tranſporté
1 103 , 19. 21. 20.
205 ,
22, 21 . و .
170 , 15 4. 2. Moufoptaires.
96. 4 Br. Hieris Balloriens
,
Il s'est gliff: une faute confidetable à la
page 201 ligne 16, elle eſt ainfi exprimé ..
M.de la Faye lui montra un modéle deMachine
qu'on a imaginee. Il faut la conger de cene
maniere, M.de la Faye lui monra un mo éle
deMachine qu'il a imaginée , ce qui forne.n
ſens bien different ; je devois cette reparation
publique en faveur de la verité.
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3995
s. p.
AVIS AU LECTEUR.
Début :
Deux de mes amis qui se devoüoient, l'un à la Chaire, [...]
Mots clefs :
Profession, Réflexions, Sollicitation, Savants, Acteurs
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AU LECTEUR.
AVIS AU LECTEUR.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
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3996
p. 5-36
REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
Début :
Je ne parle point ici de la composition d'un Discours, c'est un [...]
Mots clefs :
Voix, Art, Orateur, Déclamation, Acteurs, Actions, Auditeurs, Théâtre, Prononciation, Articulation, Discours, Comédiens, Manières, Talents, Démosthène, Exigence, Mémoire, Contenance, Gestes, Tons, Expression du visage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
REFLEXIONS
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
Fermer
3997
p. 51-65
JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
Début :
Sa Majesté Imperiale, aprés les succez de la Compagne passée, [...]
Mots clefs :
Comte, Armée, Prince, Camp, Régiment, Cavalerie, Vaisseaux, Ennemis, Guerre, Grenadiers, Artillerie, Danube, Commandement, Bataille, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
JOURNAL DE HONGRIE ,
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
Fermer
3998
p. 65-69
ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
Début :
Cuirassiers. Noms des Regimens. Carafta 1000. Newbourg 950. Hanover 1000. [...]
Mots clefs :
Régiments, Armée, Comptes, Dragons, Cuirassiers, Hussards, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
ETATDES TROUPES
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
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3999
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
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4000
p. 91-116
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 26 Juin, Madame de Vantadour accompagnée de Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Commissaires, Procès, Conseillers, Régent, Assemblées, Parlement, Délibération, Roi, Audience, Édits, Révocation, Déclaration, Ordre de succession, Cérémonies, Requêtes, Comtes, Duc, Grands officiers de la couronne, Nominations, Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
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