Résultats : 11889 texte(s)
Détail
Liste
3201
p. 358
AVERTISSEMENT.
Début :
Est-ce que pour me ruiner tout de bon, que vous vous tuez le corps [...]
Mots clefs :
Poste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT.
L'auteur exprime son mécontentement face à la réception de nombreux paquets inutiles. Il achète, lit et brûle ces envois malgré leur manque d'utilité. Désormais, il refusera de payer le port pour les colis non affranchis, qu'il laissera à la poste. Il demande aux expéditeurs de lui envoyer les paquets rapidement pour un usage approprié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3202
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude magnifique 3 Vers de Mademoiselle Deshoulieres aux Muses sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
Fermer
Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication comprenant divers genres littéraires. Elle inclut des poèmes, des histoires, des lettres, des récits de miracles, des descriptions, des discours, des chansons, des énigmes et des avis. Parmi les œuvres notables figurent des vers de Mademoiselle Deshoulières sur la paix, plusieurs histoires véridiques et des nouvelles provenant de diverses villes européennes telles que Vienne, Madrid, Barcelone, Rome, Venise, Londres et Paris. La table mentionne aussi un récit d'un miracle survenu à Icernie en octobre précédent, une lettre sur le bon goût, et une description détaillée d'une fête à Marseille en l'honneur de la Reine d'Espagne. D'autres éléments incluent une traduction sur le harem du Grand-Seigneur et divers écrits allant de discours à des avis destinés aux incrédules.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3203
s. p.
Avis pour placer la Figure.
Début :
L'air doit regarder la page 336. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 336.
Fermer
3204
p. 3-7
Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
Début :
N'est-ce pas une chose étonnante, Messieurs, qu'on [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal de Verdun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
EST - CE pas une
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
Fermer
Résumé : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
En décembre 1714, l'auteur exprime son irritation face aux critiques et objections fréquentes qui le poussent à rédiger des préfaces. Il mentionne diverses attaques personnelles et littéraires dont il est victime. Verdun, un critique, tente vainement de répondre aux attaques satiriques de l'auteur. Le 'Père des Captifs' prépare un recueil d'épigrammes contre lui, et l'auteur du 'Vert-Galant' prévoit de le ridiculiser sur scène. L'auteur admet que ses détracteurs pourraient le dénigrer, mais il affirme ignorer leurs œuvres et avoir lu leur journal par simple curiosité, partageant leur ennui à sa lecture. Il conclut en notant que ses lecteurs achètent souvent des œuvres sans en connaître la valeur et assistent à des comédies par habitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3205
p. 9-14
« Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Début :
Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal, Liberté, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Voila leurs étrennes.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Fermer
Résumé : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, l'auteur exprime ses préoccupations concernant les critiques potentielles de 'redoutables auteurs' qu'il aurait pu offenser involontairement. Il avoue avoir assisté à des représentations littéraires et théâtrales avec bienveillance et humanité, mais les réactions des auteurs l'ont amené à reconsidérer ses jugements. L'auteur apprécie particulièrement l'opéra 'Télémaque', louant ses paroles et sa musique, malgré certaines critiques. Il invite les lecteurs à le corriger s'ils estiment qu'il a tort et se déclare prêt à se soumettre à leurs avis. Enfin, il explique que, par obligation professionnelle, il doit adapter son style en fonction des sujets abordés, regrettant de ne pas pouvoir exprimer librement ses opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3206
p. 14-108
HISTOIRE.
Début :
Je vous donnai le mois passé, Messieurs, une description / Anna Favella & Julio Alexandro, des meilleures [...]
Mots clefs :
Sérail, Femme, Amour, Navire, Nuit, Maison, Seigneur, Maîtresse, Esclaves, Ami, Mer, Naples, Coeur, Marchand, Ville, Fortune, Constantinople, Malheurs, Traître, Femmes, Pierre, Diamants, Port, Beauté, Amant, Courage, Reconnaissance, Confiance, Tendresse, Horreur, Sultan, Épouse, Royaume de Naples, Amants, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
Je vous donnai le mois
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
Fermer
Résumé : HISTOIRE.
Anna Favella et Alessandro sont capturés par des corsaires algériens avant leur mariage et conduits à Alger. Mustapha, le chef des corsaires, sépare les deux captifs : Anna est confiée à son épouse Sbayna, tandis qu'Alessandro est réduit en esclavage. Mustapha et Sbayna développent des sentiments pour leurs captifs respectifs. Alessandro persuade Sbayna de l'aider à s'évader en échange de la promesse de l'épouser. Lors d'une tentative d'évasion, Mustapha est tué, mais Alessandro et Sbayna sont recapturés sur l'île de Saint-Pierre. Alessandro obtient sa liberté contre une rançon et découvre qu'Anna a été vendue à un Juif pour le harem du Grand Seigneur à Constantinople. Avec l'aide de Joia, la femme du Juif et chrétienne secrète, Alessandro parvient à communiquer avec Anna. Il tente de la sauver mais est emprisonné. Grâce à un incendie, ils s'évadent et retrouvent Anna sur un navire. Ils atteignent Naples, où Don Fernand décide d'épouser Joia. Les couples se marient et vivent heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3207
p. 108
« Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...]
Mots clefs :
Histoire, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Je croy , Meffieurs , qu'il
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
Fermer
3208
p. 108-109
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Decembre, dixième mois de l'année Romaine, & le dernier [...]
Mots clefs :
Décembre, Saturnales, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Decembre, dixième mois
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
Fermer
3209
p. 110-117
Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Début :
La machine represente le Temple de la Paix, dressé sur [...]
Mots clefs :
Inscription, Devise, Symbole, Temple de la Paix, Lille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Description du feu d'artifice
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
Fermer
Résumé : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Le texte relate un feu d'artifice organisé par les magistrats de Lille pour célébrer la paix générale. La pièce maîtresse est le Temple de la Paix, inspiré du temple de Janus, avec une structure carrée sur une base octogonale. Cette structure comporte huit pans ornés d'inscriptions et de symboles. Les quatre grands pans honorent Louis XIV et ses victoires. La première inscription évoque la fin des guerres et l'établissement de la paix avec des alliés. La deuxième mentionne douze années de guerres victorieuses, symbolisées par un éléphant portant une tour remplie de soldats. La troisième parle d'une alliance avec Charles VI, représenté par un aigle fixant le soleil. La quatrième célèbre la paix éternelle, symbolisée par un arc-en-ciel au-dessus de l'arche de Noé. Les quatre plus petits pans contiennent aussi des inscriptions. La première parle de la prise de Barcelone avec des renforts, illustrée par des géants ensevelis sous des montagnes. La deuxième traite de la confirmation des électeurs de Cologne et de Bavière, symbolisée par le soleil parmi les Gémeaux. La troisième célèbre les triomphes à travers les âges, représentés par une couronne de laurier. La quatrième mentionne la consolidation de la paix en Rhénanie et en Bade, symbolisée par une horloge. Les devises et inscriptions sont l'œuvre du Père de Lare, jésuite au Collège de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3210
p. 117
« Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Début :
Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...]
Mots clefs :
Devises, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Les matieres dont il eſt
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
Fermer
3211
p. 117-124
Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Catalogne portent qu'on [...]
Mots clefs :
Catalogne, Barcelone, Troupes de France, Troupes espagnoles, Bataillons, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
Fermer
Résumé : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Le texte décrit les préparatifs pour le siège de Majorque prévu pour la fin février ou le début mars. À Barcelone, quatre bataillons français sur huit ont quitté la ville le 13 février pour la France, et les quatre autres doivent suivre la semaine suivante, remplacés par des troupes espagnoles. Les autres régiments français en Espagne doivent également partir prochainement. Le texte détaille les régiments espagnols prenant le relais des troupes françaises devant Barcelone, incluant des unités d'infanterie et de cavalerie avec leurs noms et effectifs. Des troupes françaises restent présentes autour de Barcelone sous les ordres de M. d'Asfeld. Le commerce à Barcelone est rétabli, avec plus de cent navires de différentes nations dans le port. Les Barcelonais ont envoyé une députation au roi pour affirmer leur loyauté et offrir leur soutien pour soumettre les habitants de Majorque qui refusent les conditions proposées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3212
p. 124-131
Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Stralsund, que la Reine, épouse du Roy [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Stralsund, Roi de Suède, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
On écrit de Stralſund ,
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
Fermer
Résumé : Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements diplomatiques et militaires en Europe. La reine, épouse du roi Stanislas, a quitté Stralsund pour rejoindre son mari dans le Duché de Deux-Ponts. Le roi de Suède, après avoir campé près de Tergovist, capitale de la Valachie, a envoyé un émissaire pour s'excuser auprès de l'empereur de ne pas avoir demandé la permission de traverser ses États. L'empereur a accepté, permettant au roi de Suède de poursuivre son voyage. Le comte de Wiltseck a organisé la réception du roi de Suède depuis la Transylvanie jusqu'à Linz, où il est arrivé incognito. Le roi de Danemark et le tsar, préoccupés par le retour du roi de Suède, ont renforcé leurs défenses : le Danemark a augmenté ses troupes aux passages de la Trave, tandis que le tsar a construit des navires et envisagé de retirer ses troupes de Finlande. Par ailleurs, le fils du tsar a célébré le carnaval à Venise. Le 22 novembre, Stanhope, secrétaire d'État, et lord Cobham, envoyés de Grande-Bretagne, sont arrivés à Vienne, où Stanhope a eu une audience privée avec l'empereur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3213
p. 131-135
Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Le dix du mois passé la paix concluë avec les Estats [...]
Mots clefs :
Madrid, Palais, Reine, Finances, Espagne, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Le dix du mois paſſé la
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
Fermer
Résumé : Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Le 10 du mois précédent, la paix avec les États Généraux des Provinces-Unies a été publiée à Madrid. La maison de la Reine a quitté Madrid pour rejoindre Sa Majesté à la frontière de la Navarre. La Reine est arrivée à Marseille le 27 octobre, puis a traversé Aix, Arles et Montpellier, où elle est arrivée le 7 novembre. Elle a repris sa route vers Toulouse le 9 et y a été accueillie par le Duc de Roquelaure. Elle est arrivée à Toulouse le 19 et en est repartie le 21 pour Tarbes. La Reine douairière d'Espagne est partie de Bayonne le 18 pour rencontrer la nouvelle Reine. Le Roi d'Espagne se préparait à accueillir la Reine au Palais de Guadalajara. Le roi catholique a nommé plusieurs responsables pour diverses affaires, notamment l'Évêque de Gironde pour les finances et le Marquis de Grimaldo pour les dépêches étrangères. Le mariage de Don Alexandre Lanti, neveu de Madame la Princesse des Ursins, avec la fille du Comte de Pleigo a été célébré au Palais le 28 du mois précédent. La mariée a été nommée Dame d'honneur de la Reine avec un appointement de six mille piastres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3214
p. 135-136
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Toutes les Gazettes font mention dans l'article de Londres [...]
Mots clefs :
Charges, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Toutes les Gazettes font
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
Fermer
3215
p. 136-161
MANIFESTE.
Début :
Il n'en est pas de même d'un Manifeste / Jacques troisiéme par la grace de Dieu Roy de la [...]
Mots clefs :
Sujets, Dieu, Lois, Prince, Gouvernement, Droit, Succession, Angleterre, Gouvernement, Jacques III, Lois fondamentales, Roi, Grande-Bretagne, Injustice, Peuples, Intérêt, Pays, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE.
Il n'en eft
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
Fermer
Résumé : MANIFESTE.
Jacques III, se proclamant roi de Grande-Bretagne, de France et d'Irlande, condamne la révolution de 1688 qui a renversé la monarchie anglaise et instauré un gouvernement républicain illégitime. Il affirme que, conformément aux lois fondamentales, la couronne lui revient légitimement après le traitement injuste infligé à son père. Jacques III rappelle ses déclarations de 1701 et de 1712, où il protestait contre les traités qui ignoraient ses droits. En exil, il aspire à restaurer son trône pour protéger son peuple des périls d'un pouvoir arbitraire et étranger. Il critique l'Électeur de Brunswick, le jugeant trop éloigné et ignorant des lois et coutumes anglaises, et prévient des conflits futurs si la succession héréditaire n'est pas rétablie. Jacques III soutient que la paix et la prospérité durables pour les peuples britanniques ne peuvent être atteintes qu'en rétablissant la succession dans la ligne directe et en le reconnaissant comme héritier légitime. Il promet de gouverner selon les lois du pays, d'accorder une amnistie générale et de garantir la sécurité religieuse et les libertés des sujets. Après la proclamation d'un prince étranger comme roi à la mort de sa sœur, Jacques III décide de défendre ses droits, malgré les obstacles rencontrés, notamment en France. Il appelle les princes et potentats européens à soutenir sa cause pour maintenir l'équilibre européen et déclare solennellement qu'il ne renoncera jamais à ses droits légitimes. Le document est daté du 29 août 1714.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3216
p. 161-168
« Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Début :
Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...]
Mots clefs :
Roi, Cardinal, Archevêque, Marquis, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Des lettres de Londres
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
Fermer
Résumé : « Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
En décembre 1714, à Londres, des changements politiques notables ont lieu, avec des rumeurs de destitution de certains nommés par le nouveau roi, comme le Comte de Nottingham et son frère, accusés de soutenir le Prétendant. Un projet de taxe sur les fonds publics est publié, mais son approbation par le Parlement semble improbable en raison des risques pour le crédit national et les investissements étrangers. À Paris, un individu nommé Oncale est arrêté pour avoir recruté des partisans pour le Prétendant, et quatorze prisonniers sont condamnés à mort. À Venise, les préparatifs turcs suscitent des inquiétudes, poussant les Vénitiens et les Maltais à prendre des mesures de précaution. À Plaisance, le Duc et la Duchesse de Parme échappent de peu à la noyade, ce qui entraîne des prières et des réjouissances à leur retour à Parme. En France, l'Abbé de Villeroy devient Archevêque de Lyon et prête serment au roi, tout comme l'Abbé de Trudaine, nommé Évêque de Senlis. Le roi accorde une pension et des charges au Comte du Luc pour ses enfants. Le Comte de Croissy est nommé ambassadeur en Suède et le Marquis de Sommery en Bavière. L'Électeur de Cologne offre un banquet au Prince Royal de Saxe, tandis que les Princes de Soubize et d'Epinoy prennent séance au Parlement en tant que Ducs et Pairs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3217
p. 169-171
Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Je cherche à profiter de tout, Messieurs, pour vous amuser [...]
Mots clefs :
Muses, Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Je cherche à profiter de
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
Fermer
Résumé : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Le document est une introduction à une publication périodique de décembre 1714. L'auteur y annonce son intention de diffuser des nouvelles diverses, locales et étrangères, ainsi que des sujets littéraires et mondains. Bien que les lecteurs puissent déjà être informés par d'autres sources, l'auteur souhaite offrir des sujets intéressants. Il aborde également une controverse littéraire sur les sonnets. Certains jugent que les sonnets contemporains surpassent ceux de Voiture et Malleville, tandis que d'autres, nostalgiques des œuvres passées, estiment que les modernes ne les égalent pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3218
p. 221
« Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Début :
Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...]
Mots clefs :
Vers, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Pour vous , Meffieurs , qui
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
Fermer
3219
p. 224-225
« Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Début :
Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...]
Mots clefs :
Poésie, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Puiſque je fuis entrain de
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
Fermer
3220
p. 225-233
Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Début :
Cinq ou six representations m'ont mieux instruit de ce [...]
Mots clefs :
Réputation, Poème, Critique, Musique, André Cardinal Destouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Cinq ou fix reprefentations
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
Fermer
Résumé : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception publique de l'opéra 'Télémaque', soulignant que le poème a été particulièrement apprécié par le public, même avant sa première représentation. Des lectures positives devant des personnes de goût et une impression du texte publiée peu avant la première ont renforcé cette opinion favorable. Deux principales raisons expliquent les critiques négatives portées sur la musique de l'opéra. La première est la jalousie des musiciens envers M. Destouches, l'Inspecteur Général de l'Académie Royale de Musique. La seconde est l'influence des écoliers et écolières qui suivent les avis de leurs maîtres. Les musiciens, contrairement aux poètes, n'ont pas besoin de justifier leurs critiques par des arguments solides, se contentant souvent de déclarer qu'un opéra ne leur plaît pas, ce qui suffit à influencer l'opinion publique. Les critiques tendent à se concentrer sur des défauts mineurs, négligeant les qualités majeures de l'œuvre. Cependant, la cabale contre l'opéra semble se dissiper, permettant à la vérité de ressortir. L'auteur conclut en reconnaissant les mérites de M. Destouches, soulignant son talent, son sentiment et son goût, illustrés par ses œuvres précédentes telles que 'Issé', 'Amadis de Grèce' et 'Callirhoé'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3221
p. 233-235
« Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Début :
Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Aprés la Critique & les
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Fermer
Résumé : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
L'auteur demande aux lecteurs d'accorder une attention particulière au chapitre sur les morts. Il justifie l'absence de langage libre et critique par le respect dû aux défunts. Cette approche vise à mieux préparer les lecteurs aux éléments habituels du texte. L'intention pourrait appartenir au fondateur du Mercure Galant ou à l'auteur lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3222
p. 235-247
MORTS.
Début :
Alexandre Benoist Stanislas Sobieski, dit le Prince Alexandre de Pologne [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Roi de Pologne, Chevalier, Prince, Roi, Fille, Marquis, Seigneur, Dame, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et détails biographiques. Alexandre Sobieski, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, est décédé à Rome le 19 novembre sans être marié. Né le 6 septembre 1677, il était le fils de Jean Sobieski, qui a occupé divers postes prestigieux avant d'être élu Roi de Pologne le 21 mai 1674 et couronné le 2 février 1676. Jean Sobieski est décédé à Varsovie le 17 juin 1696 à l'âge de 72 ans. Il était marié à Marie-Casimire de la Grange d'Arquien. Alexandre Sobieski avait deux frères : Jacques-Louis Henry Sobieski, né en 1677, Chevalier de la Toison d'or, marié en 1691 à Hedwige-Élisabeth-Amélie de Bavière, et Constantin-Philippe Vladislas Sobieski, né le 1er mai 1680. Il avait également une sœur, Thérèse-Casimire Sobieski, née le 3 mars 1676, mariée en 1694 à Maximilien-Marie, Électeur Duc de Bavière. Le texte mentionne aussi le décès de Dame Marie-Anne Mitte de Chevrières de Saint-Chaumont, épouse de Charles-Emmanuel de la Vieuville, Comte de Vienne, décédée le 22 novembre 1714 à l'âge de 51 ans. Il fait référence à une rue nommée 'stre des Requef' et à Madame de Barillon, épouse du Maître des Requêtes portant ce nom. Trois personnes sont décrites comme étant 'enGALANT'. Enfin, le document présente Nicolas Doublet, Seigneur de Persan, Secrétaire du Roi et Fermier Général, fils de Nicolas Doublet, avocat au Parlement, originaire de Champagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3223
p. 247-248
« Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Début :
Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...]
Mots clefs :
Morts, Muse, Marier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Mais apréstoutes lesMorts
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
Fermer
Résumé : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
L'auteur d'une lettre s'adresse à des dames, demoiselles et messieurs concernant l'absence de mariages ce mois-ci. Il mentionne avoir reçu un poème nuptial, laissant penser qu'il pourrait s'agir d'une plaisanterie. Il assure qu'il lira ou jettera la pièce, indépendamment de leur décision de se marier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3224
p. 255-257
« Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Début :
Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...]
Mots clefs :
Savants, Honnêtes gens, Mercure, La Bruyère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Je me ſouviens à propos ,
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
Fermer
Résumé : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
L'auteur de 'Mercure' souhaite alléger le ton après une histoire sérieuse. Il vise à divertir les lecteurs honnêtes, non les savants arrogants. Il espère que son ouvrage procure autant de plaisir à lire qu'à écrire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3225
p. 257-264
Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Début :
Je vais, par exemple, vous conter, Messieurs, une Histoire vraye [...]
Mots clefs :
Histoire, Auberge, Jeune homme, Tante, Lettre, Neveu, Paris, Champ, Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Je vais ,
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
Fermer
Résumé : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
En décembre 1714, un jeune homme d'Arras arrive à Paris et séjourne dans une auberge du Faubourg Saint-Germain. Après avoir dîné et s'être couché, il meurt subitement. Un étranger trouve dans ses bagages une lettre adressée à la tante parisienne du jeune homme, écrite par un capitaine d'infanterie exprimant des sentiments tendres et fixant un rendez-vous. L'étranger se présente chez la tante en se faisant passer pour le neveu et lui remet la lettre. Il révèle ensuite la mort du jeune homme et les circonstances de celle-ci. Terrifiée, la tante s'évanouit. À son réveil, elle envoie un domestique vérifier les faits à l'auberge, confirmant ainsi le décès. La tante décède peu après, sous le choc de la nouvelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3226
p. 264-265
« Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Début :
Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...]
Mots clefs :
Histoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Faites vos reflexions ſur
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
Fermer
3227
p. 265-269
Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Début :
Deux femmes enceintes qui estoient en route, & qui faisoient [...]
Mots clefs :
Femmes, Mères, Sage-femme, Héritier, Procès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Deux femmes enceintes qui
eſtoient en route , & qui faiſoient
un même voyage par
le carroſſe de voiture , arriverent
ils y a quelques années
dans une Ville ou Village de
France , dont je ne ſçay pas
le nom ; là elles ſe trouverent
routes deux preſtes d'accoucher
. On envoya auflitoſt
chercher la Sage-femme du
lieu ,& dés qu'elle fut arrivée,
elles accoucherent. La Sagefemme
mit par malheur indifferemment
les deux enfans auprés
du feu , à coſté l'un de
Decembre 1714. Z
266 MERCURE
l'autre Cette befogne faite ,
elle eſt obligée , faute de domeſtiques
de deſcendre dans la
cuiſine du cabaret pour aller
chercher quelque choſe dont
elle abeſoin pour ces femmes
malades. A ſon retour elle
trouve undes enfants morts ,
& malheureuſement elle ne
Içait pas , ou elle a oublié laquelle
de ces deux femmes eſt
la mere de celuy qui reſte.
Auffitoft grande contention
entre les accouchées , ny l'une
ny l'autre ne veut eſtrela mere
dumort , elles ſe font apporter
tour à tour l'enfant vivant,
GALANT . 267
)
&à force de bons & de mauvais
raiſonnements , chacune
d'elles ſe perfuade qu'elle en
eſtla mere. Enfin au milieu de
leur embarras , elles conclüent
qu'elles n'ont pas de meilleur
moyen pour vuider leur querelle
, que celuy d'adopter
toutes deux le même enfant ,
elles le font baptiſer ſous leurs
noms ,& ſous le nom de leurs
marys , l'un deſquels meurt
quelques années aprés cette
adoption, &laiſſe en mourant
à ce fils bienheureux ce qu'il
peut luy laiſſer de ſon bien.
Peude temps aprés l'autre pere
Zij
268 MERCURE
1
1
!
meurt aufli,& fait ce même en.
fant fonheritier univerſel . Les
parents du dernier pere s'oppoſent
à l'execution du Teftament,
& diſent pour leurs raiſons
qu'un homme ne ſcauroit
avoir deux peres; que puifqu'il
a herité du bien de l'un ,
il n'a rien à pretendre au bieri
de l'autre ; mais lheritier qui
n'eſt pas fâché de cette duplicité
, dit au contraire , que
Monfieur un tel mort ily a
quelques années a pû luy laiſſer
fonbien ſous tel titre quiluy
a plû ; & que le dernier est fon
pere. Voilà où en eſt le procés :
DE
LYON
*1893
Etle
Leurs
urs .
GALANT. 269
je ne ſçay qu'elle en fera la
déciſion ; mais je croy que les
Loix n'ont pas prévû ces évenemens.
eſtoient en route , & qui faiſoient
un même voyage par
le carroſſe de voiture , arriverent
ils y a quelques années
dans une Ville ou Village de
France , dont je ne ſçay pas
le nom ; là elles ſe trouverent
routes deux preſtes d'accoucher
. On envoya auflitoſt
chercher la Sage-femme du
lieu ,& dés qu'elle fut arrivée,
elles accoucherent. La Sagefemme
mit par malheur indifferemment
les deux enfans auprés
du feu , à coſté l'un de
Decembre 1714. Z
266 MERCURE
l'autre Cette befogne faite ,
elle eſt obligée , faute de domeſtiques
de deſcendre dans la
cuiſine du cabaret pour aller
chercher quelque choſe dont
elle abeſoin pour ces femmes
malades. A ſon retour elle
trouve undes enfants morts ,
& malheureuſement elle ne
Içait pas , ou elle a oublié laquelle
de ces deux femmes eſt
la mere de celuy qui reſte.
Auffitoft grande contention
entre les accouchées , ny l'une
ny l'autre ne veut eſtrela mere
dumort , elles ſe font apporter
tour à tour l'enfant vivant,
GALANT . 267
)
&à force de bons & de mauvais
raiſonnements , chacune
d'elles ſe perfuade qu'elle en
eſtla mere. Enfin au milieu de
leur embarras , elles conclüent
qu'elles n'ont pas de meilleur
moyen pour vuider leur querelle
, que celuy d'adopter
toutes deux le même enfant ,
elles le font baptiſer ſous leurs
noms ,& ſous le nom de leurs
marys , l'un deſquels meurt
quelques années aprés cette
adoption, &laiſſe en mourant
à ce fils bienheureux ce qu'il
peut luy laiſſer de ſon bien.
Peude temps aprés l'autre pere
Zij
268 MERCURE
1
1
!
meurt aufli,& fait ce même en.
fant fonheritier univerſel . Les
parents du dernier pere s'oppoſent
à l'execution du Teftament,
& diſent pour leurs raiſons
qu'un homme ne ſcauroit
avoir deux peres; que puifqu'il
a herité du bien de l'un ,
il n'a rien à pretendre au bieri
de l'autre ; mais lheritier qui
n'eſt pas fâché de cette duplicité
, dit au contraire , que
Monfieur un tel mort ily a
quelques années a pû luy laiſſer
fonbien ſous tel titre quiluy
a plû ; & que le dernier est fon
pere. Voilà où en eſt le procés :
DE
LYON
*1893
Etle
Leurs
urs .
GALANT. 269
je ne ſçay qu'elle en fera la
déciſion ; mais je croy que les
Loix n'ont pas prévû ces évenemens.
Fermer
Résumé : Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Deux femmes enceintes accouchèrent simultanément en France. Une sage-femme, après les avoir aidées, découvrit qu'un des nouveau-nés était mort. Incapable de déterminer laquelle des mères était celle de l'enfant survivant, une dispute éclata. Les deux femmes décidèrent d'adopter conjointement l'enfant, baptisé avec les noms des deux mères et de leurs maris. Quelques années plus tard, les deux pères de l'enfant décédèrent, chacun léguant sa fortune à l'enfant. Les parents du second père contestèrent le testament, affirmant qu'une personne ne peut avoir deux pères. L'héritier, soutenu par les lois, maintint que chaque père avait le droit de lui léguer ses biens. Le procès est en cours, et l'issue reste incertaine, car les lois n'ont pas prévu de telles situations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3228
p. 274-276
« Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
Début :
Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...]
Mots clefs :
Armée, Poire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
Mais paiſque j'en fuis au
chapitre des Enigmes , avant
d'en propoſer de nouvelles
j'ay fur cet article quelque
choſe à dire pour majuftification.
GALANT. 275
Jefçay que la premiere du
mois paſſe eſtoit bonne , &
l'autre mauvaile ; mais cen'eſt
ma faute que par la complais
fance quej'ay cuë pour Mada
me deN ..qui l'a faite &qui
m'a preſſe malgré moy de
m'en dire l'auteur : je l'ay fair,
& je me garderois biendeparler
de cette avanture , fi , lorfque
jeluy ay dit aprés tout le
monde , qu'elle ne valoit rien,
elle ne s'eſtoit pas mocquée
de moy , & ne s'en mocquoit
pas encore. Aureſte ſon
Enigme reſſemble à une poire
comme à un moulin à vent.
۱
276 MERCURE
Le mot de la premiere eſt
l'Armée , les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont , la belle
& charmante Manon ,qui
mangeroit bien une orange ,
lesAmoursde l'illuſtre Mademoiſelle
** , l'Amant d'une
des quatre brunes de la terraſſe
de Luxembourg , de l'Eſclache
le jeune , la Maitreffe à
Follette,le folitaire Quémine,
& M. de Bonneval , & fon
Iris.
chapitre des Enigmes , avant
d'en propoſer de nouvelles
j'ay fur cet article quelque
choſe à dire pour majuftification.
GALANT. 275
Jefçay que la premiere du
mois paſſe eſtoit bonne , &
l'autre mauvaile ; mais cen'eſt
ma faute que par la complais
fance quej'ay cuë pour Mada
me deN ..qui l'a faite &qui
m'a preſſe malgré moy de
m'en dire l'auteur : je l'ay fair,
& je me garderois biendeparler
de cette avanture , fi , lorfque
jeluy ay dit aprés tout le
monde , qu'elle ne valoit rien,
elle ne s'eſtoit pas mocquée
de moy , & ne s'en mocquoit
pas encore. Aureſte ſon
Enigme reſſemble à une poire
comme à un moulin à vent.
۱
276 MERCURE
Le mot de la premiere eſt
l'Armée , les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont , la belle
& charmante Manon ,qui
mangeroit bien une orange ,
lesAmoursde l'illuſtre Mademoiſelle
** , l'Amant d'une
des quatre brunes de la terraſſe
de Luxembourg , de l'Eſclache
le jeune , la Maitreffe à
Follette,le folitaire Quémine,
& M. de Bonneval , & fon
Iris.
Fermer
Résumé : « Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
L'auteur discute de la publication d'énigmes dans un périodique, probablement le Mercure Galant. Il justifie un article précédent sur les énigmes en reconnaissant que la première énigme du mois était bonne, tandis que la seconde était mauvaise. Cette dernière a été publiée par complaisance envers Madame de N., qui a insisté pour révéler son auteur. L'auteur, malgré ses réserves, a accédé à sa demande sans offenser Madame de N. Il compare ensuite une énigme d'Aureste à une 'poire' ou à un 'moulin à vent', sans expliquer ces comparaisons. Enfin, il révèle que le mot de la première énigme est 'l'Armée' et liste les personnes ayant résolu cette énigme : Manon, les Amours de l'illustre Mademoiselle **, l'Amant d'une des quatre brunes de la terrasse de Luxembourg, Esclache le jeune, la Maîtresse à Follette, Quémine le solitaire, et M. de Bonneval avec son Iris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3229
p. 281
« Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Début :
Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...]
Mots clefs :
Physiciens, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Des Enigmes paffons aux
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
Fermer
3230
p. 281-284
Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Début :
Voicy ce qu'on me mande de Berne du 9. Novembre / Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Berne, Montagnes, Lucerne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Voicy ce qu'on me mande
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
Fermer
Résumé : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Le document décrit un événement survenu entre les frontières de Berne et du Valais, impliquant deux montagnes voisines : Cheville, appartenant aux Valaisans, et Anzeinde, sous juridiction bernoise. Entre ces montagnes coule une source d'où naissent deux rivières : la Lavançon, traversant Bex en pays bernois, et la Luzerne, traversant le Valais. Le 23 septembre, un bruit souterrain intense fut entendu sur la montagne de Cheville, augmentant le lendemain et continuant pendant 24 heures avec une violence comparable à des détonations de canons. Une fumée épaisse et une flamme claire émergèrent de la montagne, provoquant l'effondrement de son sommet, qui recouvrit du bétail, plusieurs maisons et obstrua la rivière de Luzerne. Des experts ont conjecturé que la montagne pourrait contenir des mines de soufre et de poix. Les secousses et le bruit se poursuivaient encore au 23 du mois passé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3231
p. 284-286
De Berne le 10. Novembre 1714.
Début :
Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Rocher, Montagne, Berne, Torrent, Poussière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Berne le 10. Novembre 1714.
De Berne le 10. Novembre
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
Fermer
Résumé : De Berne le 10. Novembre 1714.
Le 1er novembre 1714, un éboulement majeur s'est produit sur la montagne de Cheville, à la frontière entre Berne et le Valais. Cet événement a causé la chute de soufre, de bois et de poussière sur soixante journaux de pâturages valaisans, entraînant la mort de dix-huit personnes et blessant trois autres. Une femme a été partiellement ensevelie, tandis que deux autres ont eu leurs vêtements brûlés par la poussière enflammée. Le torrent de la Lizerne a été obstrué pendant trois jours avant de se libérer, emportant des arbres de sapin de deux toises d'épaisseur. Les montagnes de Bex ont subi peu de dommages, les rochers étant principalement tombés sur les terres valaisannes. Le 9 novembre, un bruit violent accompagné de fumée noire et rouge a été observé, et deux étangs se sont formés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3232
p. 286-305
Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je ne suis pas le maistre de satisfaire l'empressement que / [...]
Mots clefs :
Avocat, Homme, Esprit, Probité, Justice, Vertu, Vérité, Lumières, Ennemis, Confiance, Paix, Qualités, Honnête homme, Orateur, Éloquence, Qualités du coeur, Avocat, Avocat du roi au Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Je ne fuis pas le maiſtrede
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
Fermer
Résumé : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Le Mercure Galant de décembre 1714 mentionne deux discours récents. Le premier, prononcé par Monsieur Chauvelin au Parlement le 26 novembre précédent, n'est pas détaillé. Le second, tenu par Monsieur Hérault, Avocat du Roi au Châtelet, lors de la rentrée du Châtelet, souligne la supériorité des qualités du cœur sur celles de l'esprit pour un avocat. Hérault met en avant la nécessité de la probité, considérant l'éloquence comme un simple accessoire. Un avocat honnête et probe aide les magistrats à démêler la vérité et à rendre justice, tandis qu'un avocat habile mais sans probité peut être dangereux en utilisant son éloquence pour tromper. Le texte insiste sur le rôle crucial de l'avocat honnête dans la société, qui défend la justice. Il doit comprendre et parler le langage des passions humaines, car la raison seule ne suffit pas. L'avocat honnête sert la vérité et la justice, même contre le pouvoir souverain. Sa probité est essentielle pour les clients, les parties et l'État, qui combat des ennemis intérieurs plus dangereux que les menaces extérieures. L'avocat, par sa probité et sa compétence, attire la confiance et devient un refuge pour les innocents et les opprimés. Même après avoir quitté le barreau, il continue de servir la République en étant un modèle de vertu et de probité. Le texte souligne également l'importance de la probité des procureurs, qui ne peut être compensée par la science ou la vertu des juges. La probité est essentielle pour maintenir la dignité de l'avocat et constitue la plus grande qualité du procureur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3233
p. 312-313
« Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Début :
Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...]
Mots clefs :
Vers, Pays étrangers, Port de Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Pendant que nous ſommes
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
Fermer
Résumé : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
L'auteur recommande de visiter les ruines du port de Dunkerque lors d'un séjour aux Pays Étrangers. La démolition du port a été relatée par plusieurs publications comme les Gazettes Galantes, le Mercure et Verdun. Un habitant de Dunkerque a exprimé sa tristesse par des vers latins, jugés beaux par l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3234
p. 316-320
PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Début :
Le 18. de ce mois M. de l'Escorailles fut reçû dans l'Eglise / On est obligé d'aller à la Guerre contre les ennemis de [...]
Mots clefs :
Obligations, Chevaliers, Ecclésiastiques, Statuts, Notre-Dame du Mont-Carmel, Bulles des papes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Le 18. de ce mois M. de
l'Eſcorailles fut reçû dans l'Egliſe
de l'Abbaye de S. Germain
des Prez,Chevalier de S.
Lazare par M le Marquis de
Dangeau Grand Maistre de
cet Ordre , dont voicy les
Obligations & les Statuts.
GALANT. 317
:
PRINCIPALES
Obligations des Chevaliers ,
desEcclefiaftiques , &des Freres
Servans de l'Ordre Royal,
Hospitalier , e Militaire de
Noftre-DamedeMont-Carmel
, & de S. Lazare ,fui
vant les Bulles desPapes,
les Statuts de l'Ordre.
On est obligé d'aller à la
Guerre contre les ennemis de
la Foy , & de la Religion Catholique
, lorſqu'il eſt commandé
par le Roy ouleGrand
Maiſtre .
Ddüj
18 MERCURE
On doitgarder 1 Hofpitalité
envers les pauvres lépreux.
On doit dire tous les jours
le petit Office de Noſtre-Dame
à l'uſage de l'Ordre , ou
laCouronne de la Vierge.
Ondoit faire abſtinence de
viande tous les Mecredis de
chaque Semaine , & entendre
la Meſſe tous les Samedis.
On doit ſe confeffer , &
communier les Feſtes de la
Vierge , & particulierement
le jour de Noſtre-Dame de
Mont Carmel.
On ne peut le marier que
deux fois ,& l'on peut époufer
GALANT. 319
une des deux fois une veuve.
On est obligé de porter une
Croix d'or aux Emaux de
l'Ordre, attachée àunCordon
amarante ,& les Freres Servans
une Medaille aux mêmes
Emaux, attachée à une chaî
ne , & fans rubans.
Un des principaux Privileges
de l'Ordre eſt que les
les Chevaliers&Freres , quoique
matiez & non tonfurez ,
peuvent avoir , & tenir des
Penſions fur toute forte de
Benefices à l'exception des
Cures , juſqu'à mille Ducats
d'or dela Chambre Apofto,
Dd iiij
*
320 MERCURE
lique , évaluez environ à fix
mil livres monnoyedeFrance.
Ces Devoirs & Obligations
n'engagent point les Chevaliers
, les Eccleſiaſtiques , &
les Freres Servans ſur peine
de peché mortel , le Grand-
Maiſtre les en peut diſpenſer.
M. d'Eſcorailles eſt d'une
Maiſon des plus anciennes &
des mieux alliées de la Provin.
ce d'Auvergne , dont eſtoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Fontange.
l'Eſcorailles fut reçû dans l'Egliſe
de l'Abbaye de S. Germain
des Prez,Chevalier de S.
Lazare par M le Marquis de
Dangeau Grand Maistre de
cet Ordre , dont voicy les
Obligations & les Statuts.
GALANT. 317
:
PRINCIPALES
Obligations des Chevaliers ,
desEcclefiaftiques , &des Freres
Servans de l'Ordre Royal,
Hospitalier , e Militaire de
Noftre-DamedeMont-Carmel
, & de S. Lazare ,fui
vant les Bulles desPapes,
les Statuts de l'Ordre.
On est obligé d'aller à la
Guerre contre les ennemis de
la Foy , & de la Religion Catholique
, lorſqu'il eſt commandé
par le Roy ouleGrand
Maiſtre .
Ddüj
18 MERCURE
On doitgarder 1 Hofpitalité
envers les pauvres lépreux.
On doit dire tous les jours
le petit Office de Noſtre-Dame
à l'uſage de l'Ordre , ou
laCouronne de la Vierge.
Ondoit faire abſtinence de
viande tous les Mecredis de
chaque Semaine , & entendre
la Meſſe tous les Samedis.
On doit ſe confeffer , &
communier les Feſtes de la
Vierge , & particulierement
le jour de Noſtre-Dame de
Mont Carmel.
On ne peut le marier que
deux fois ,& l'on peut époufer
GALANT. 319
une des deux fois une veuve.
On est obligé de porter une
Croix d'or aux Emaux de
l'Ordre, attachée àunCordon
amarante ,& les Freres Servans
une Medaille aux mêmes
Emaux, attachée à une chaî
ne , & fans rubans.
Un des principaux Privileges
de l'Ordre eſt que les
les Chevaliers&Freres , quoique
matiez & non tonfurez ,
peuvent avoir , & tenir des
Penſions fur toute forte de
Benefices à l'exception des
Cures , juſqu'à mille Ducats
d'or dela Chambre Apofto,
Dd iiij
*
320 MERCURE
lique , évaluez environ à fix
mil livres monnoyedeFrance.
Ces Devoirs & Obligations
n'engagent point les Chevaliers
, les Eccleſiaſtiques , &
les Freres Servans ſur peine
de peché mortel , le Grand-
Maiſtre les en peut diſpenſer.
M. d'Eſcorailles eſt d'une
Maiſon des plus anciennes &
des mieux alliées de la Provin.
ce d'Auvergne , dont eſtoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Fontange.
Fermer
Résumé : PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Le 18 du mois, Monsieur de l'Escorailles a été accueilli dans l'Église de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés comme Chevalier de Saint-Lazare par le Marquis de Dangeau, Grand Maître de cet Ordre. Les obligations de l'Ordre Royal, Hospitalier et Militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare ont été exposées. Elles incluent la participation à la guerre contre les ennemis de la foi catholique sur ordre du roi ou du Grand Maître, l'accueil des pauvres lépreux, la récitation quotidienne du petit office de Notre-Dame ou de la Couronne de la Vierge, l'abstinence de viande les mercredis, l'assistance à la messe les samedis, et la confession ainsi que la communion lors des fêtes de la Vierge, notamment le jour de Notre-Dame du Mont-Carmel. Les chevaliers peuvent se marier jusqu'à deux fois, avec la possibilité d'épouser une veuve une seule fois. Ils doivent porter une croix d'or aux émaux de l'Ordre attachée à un cordon amarante, tandis que les frères servants portent une médaille similaire attachée à une chaîne sans rubans. Un privilège notable est la possibilité pour les chevaliers et frères, même mariés et non tonsurés, de recevoir des pensions sur divers bénéfices, sauf les cures, jusqu'à mille ducats d'or de la Chambre Apostolique, évalués à environ six mille livres monnaie de France. Ces devoirs n'engagent pas les membres sur peine de péché mortel, le Grand Maître pouvant les en dispenser. Monsieur de l'Escorailles appartient à une des maisons les plus anciennes et bien alliées de la province d'Auvergne, dont faisait partie feu Madame la Duchesse de Fontange.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3235
p. 320-331
MARIAGES.
Début :
J'aurais esté bien fâché de n'avoir point de Mariages ce / Messire Loüis-Vincent de Goesbriand, Marquis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Alliances, Seigneur, Marquis, Comte, Armées, Chevalier de l'ordre du roi, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
J'aurois eſté bien fâché de
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
Fermer
Résumé : MARIAGES.
Le texte décrit deux mariages notables au sein de la noblesse française. Le premier mariage unit Messire Louis-Vincent de Goëfbriand, Marquis de Goëfbriand, et Damoiselle Marie Rosalie de Chastillon, fille cadette de Mademoiselle de Chastillon. La famille de Chastillon est renommée pour son ancienneté et son prestige, comparable à celui de la maison de Montmorency. Le marié est le fils de Messire Louis Vincent, Chevalier des Ordres du Roy et Lieutenant Général des Armées, et de Dame Marie-Magdelaine Desmaretz, fille du Contrôleur Général des Finances de France. Le second mariage concerne François-Emmanuel de Cruffol, Comte de Lettrange et Baron de Privas, et Damoiselle Marguerite Colbert de Villacerf, sa cousine. La famille Colbert, originaire de Reims, est distinguée par ses grandes alliances et ses ministres. Le marié est cousin germain du Duc d'Uzés et fils de Loüis de Crufsol, Marquis de Florenfac et Maréchal des Camps et Armées du Roy. La Maison de Crufsol est l'une des plus anciennes et illustres du Royaume, reconnue pour ses alliances prestigieuses et ses possessions territoriales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3236
p. 331
« Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Début :
Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...]
Mots clefs :
Journal, Cardinal d'Estrées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Le nombre des Feſtes qui
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
Fermer
3237
p. 331-340
Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure dérogeroit au Titre de Galant qui luy est [...]
Mots clefs :
Journal, Jupiter, Mercure, Sculpteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Le Mercure dérogeroit au
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Fermer
Résumé : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur du 'Mercure Galant', une publication périodique, adresse ses vœux de santé et de prospérité au roi, à sa famille royale et à ses lecteurs. Il exprime son désir de poursuivre la publication du 'Mercure Galant' et encourage ses éventuels successeurs à prendre la relève. L'auteur souligne que la revue reçoit quotidiennement une abondance de contributions de qualité médiocre, ce qui garantit un approvisionnement constant en contenu. Il prodigue plusieurs conseils à ses successeurs. Tout d'abord, il leur recommande d'éviter de critiquer les pièces de théâtre ou les livres contemporains afin de prévenir les conflits avec les auteurs. Ensuite, il les met en garde contre l'excès de nouveauté ou d'impertinence, insistant sur le respect du public et la modération dans l'auto-promotion. L'auteur illustre ces conseils par une anecdote concernant la valeur perçue des statues de Mercure, Jupiter et Junon. Il explique que la statue de Mercure, bien que moins prestigieuse que celles de Jupiter et Junon, est plus appréciée en raison de son nom et de son titre. Cette comparaison sert à souligner l'importance du nom et du titre de la publication. Enfin, l'auteur sollicite l'avis de ses lecteurs sur la poursuite de la publication du journal, montrant ainsi son attachement à leur opinion et à leur satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3238
p. 340
AVIS.
Début :
Le Sieur Varin, dont j'ay déja parlé, a certainement des Secrets [...]
Mots clefs :
Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS .
Mercure.
Le Sieur Varin, dontj'ay déjaparlé,
a certainementdes Secrets
admirables contre laGoute, Paralifie
, Sciatiques Rhumatismes
goûteux , Migraine & autres
Maux : Il a auffi un Remede
Specifique pour guerir les Animaux
des Maladies contagieuses.
Il demeure ruë Tictonne , chez le
Sieur Lambert , Perruquier.
Mercure.
Le Sieur Varin, dontj'ay déjaparlé,
a certainementdes Secrets
admirables contre laGoute, Paralifie
, Sciatiques Rhumatismes
goûteux , Migraine & autres
Maux : Il a auffi un Remede
Specifique pour guerir les Animaux
des Maladies contagieuses.
Il demeure ruë Tictonne , chez le
Sieur Lambert , Perruquier.
Fermer
3239
p. 341-342
AUTRE.
Début :
Mademoiselle de Rezé ayant la Permission de M. le Lieutenant [...]
Mots clefs :
Boutons, Maux, Docteurs en médecine de la faculté de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Mademoiselle de Rezé ayant
ta Pern iffion deM. le Lieutenant
General de Poise, & l'Approbation
des Doct urs en Medecinede
la Faculté de Paris , donne unRemede
composéde fimples , qui querit&
preferve de laGoute d'une
manicre fortarfée &fans aucun
danger. Ledit Romede purgepar
les crachats er les urines tous les
fucs aigres ,falez & acerbes qui
font contre nature er qui coulans
fur les articulations les bleffent :
رد
Ilfortifie leurs fibres y les vétablis
dans leur état naturel : Il est
encore propre aux écroüelles, Rhu-
Ff iij
342 MERCURE
matismes & maladies provenant
d'obstruction . Elleguerit auf: avec
un Baume ſpecifique tous les maux
de Dents pour toûjours , quelques
gâtées qu'elles foient, les conſerve,
& affermit celles qui branlent ,guerit
les ulceres qui viennent dans le
nez, le gencives & ailleurs, diffipe
l'humeur scorbutique , &c . Elle a
des Boutons composez pourlesfluxions,
maux de teste, migraine,&
qui prefervent du mauvais air ;
Une poudre qui blanchit les dents :
Elleguerit avec uneEau ,lesDartres
vives & farineuses ,Boutons , Rougeurs,
Taches & Rouffeurs fans retour.
Lesdits Remedes se gardent
tant que l'on veut, & peuvent se
tranſporter par tout . Elle demeure à
Paris , ruë de la Comedie , chez un
Grenetier , Au
artement.
Mademoiselle de Rezé ayant
ta Pern iffion deM. le Lieutenant
General de Poise, & l'Approbation
des Doct urs en Medecinede
la Faculté de Paris , donne unRemede
composéde fimples , qui querit&
preferve de laGoute d'une
manicre fortarfée &fans aucun
danger. Ledit Romede purgepar
les crachats er les urines tous les
fucs aigres ,falez & acerbes qui
font contre nature er qui coulans
fur les articulations les bleffent :
رد
Ilfortifie leurs fibres y les vétablis
dans leur état naturel : Il est
encore propre aux écroüelles, Rhu-
Ff iij
342 MERCURE
matismes & maladies provenant
d'obstruction . Elleguerit auf: avec
un Baume ſpecifique tous les maux
de Dents pour toûjours , quelques
gâtées qu'elles foient, les conſerve,
& affermit celles qui branlent ,guerit
les ulceres qui viennent dans le
nez, le gencives & ailleurs, diffipe
l'humeur scorbutique , &c . Elle a
des Boutons composez pourlesfluxions,
maux de teste, migraine,&
qui prefervent du mauvais air ;
Une poudre qui blanchit les dents :
Elleguerit avec uneEau ,lesDartres
vives & farineuses ,Boutons , Rougeurs,
Taches & Rouffeurs fans retour.
Lesdits Remedes se gardent
tant que l'on veut, & peuvent se
tranſporter par tout . Elle demeure à
Paris , ruë de la Comedie , chez un
Grenetier , Au
artement.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Le document décrit un remède élaboré par Mademoiselle de Rezé, approuvé par le Lieutenant Général de Poise et les docteurs de la Faculté de Médecine de Paris. Ce remède, à base de plantes, traite efficacement la goutte en éliminant les substances nocives par les crachats et les urines, et en renforçant les articulations. Il est également efficace contre les écrouelles, les rhumatismes et les maladies dues à des obstructions. De plus, il guérit les maux de dents, stabilise les dents branlantes, soigne les ulcères dans le nez et les gencives, et combat l'humeur scorbutique. Mademoiselle de Rezé propose aussi des boutons pour les fluxions, maux de tête et migraines, ainsi qu'une poudre pour blanchir les dents. Elle offre une eau pour traiter les dartres, boutons, rougeurs, taches et rougissements. Ces remèdes sont conservables et transportables. Mademoiselle de Rezé réside à Paris, rue de la Comédie, chez un grenetier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3240
s. p.
TABLE.
Début :
Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. 3 Epigramme de Godart [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Hvitiéme Préface de l'Auteur
,&pourquoy. 3
Epigramme de Godart. 8
Hiſtoire tragique ,tendre, vraye,
peu vray-Semblable. Is
Discoursfur l'origine du mois.
108
Description du Feu d'artificefait
:
pour la réjoüifſſance de la Paix
generale par les Magiftrats
delellaaVViilllleeddeeLiſte.
Nouvelles de Catalogne.
HO
117
Nouvellesde Stralfund. 124
TABLE.
イ
Nouvellesde Madrid.
Nouvellesde Londres. 135
Manifeste. 136
Nouvelles de Paris. 169
Extrait hiſtorique d'une Differtation
de M. de Menagefur
les Sonnets pourla belle matineuse.
169
Sonnetde Petrarque. ۱ 175
Sonnet d'Annibal Caro. 178
Sonnet deRaïnerio. 181
Sonnet d'Olivier de Magny.
T 184
Sonnet deM. de Meziriac. 186
Sonnet de M. de Voiture. 189
Trois Sonnets de M. de Malle
ville.. 192
TABLE.
Sonnet de M.Tristan. 199
Sonnet d'un Inconnu. 201
Madrigal de M. de Rampalle.
204
Autre Sonnet de M. de Voiture.
206
Sonnet de M. Tristan. 209
Sonnet de M. l'AbbéTeftu. 211
Sonnet moderne de M. D. C.
214
Autre du même Auteur. 218
Rondeau de M. de Palapra à Son
Alteffe Sereniffime. Madame
laDucheße de Vandôme 222
Examen de l'Opera de Telem -
que. 225
Morts. 235
TABLE.
Epithalame accompagné d'un joli
prélude , & d'une tranfuion
fort touchante. 248
Hiſtoire originalequ'onlira peutestre.
257
Hiftoirefinguliere qu'on ne lira
peut estre pas. 265
Ode Anacreontique , Chanson.
269
Chapitre admirable des Enigmes .
272
Phenomene, tremblement de terre
, & chute de la Montagne
de Cheville dans le platpays
de Luzerne. 2.81
Extrait d'un Discours éloquent
que M. Herault, Avocat du
TABLE.
Roydu Chastelet , a prononcé
dans la Grande Chambre de
cetteCour le 22. Octobre dernier.
289
Autre extrait d'une Harangue
admirable prononcée à S AR.
Monseigneur le Duc de Lorraine
le .... de ce mois . 306
Vers Latinsfurla Démolition du
Port de Dunkerque , dont
l'Auteur donnera peut- eftre la
traduction en Vers François.
312
Principales Obligations des Chevaliers
, des Ecclefiastiques ,
des Freres Servants de
l'Ordre Royal , Hospitalier
TABLE.
Militaire deNotre-Dame
de Mont Carmel , & de S.
Lazare ,ſuivant les Bulles
des Papes , &les Statuts de
l'Ordre.
Mariages.
3'7
321
Lettre de l'Auteur au Public.
Avis.
331
340
AutreAvis. 341
Hvitiéme Préface de l'Auteur
,&pourquoy. 3
Epigramme de Godart. 8
Hiſtoire tragique ,tendre, vraye,
peu vray-Semblable. Is
Discoursfur l'origine du mois.
108
Description du Feu d'artificefait
:
pour la réjoüifſſance de la Paix
generale par les Magiftrats
delellaaVViilllleeddeeLiſte.
Nouvelles de Catalogne.
HO
117
Nouvellesde Stralfund. 124
TABLE.
イ
Nouvellesde Madrid.
Nouvellesde Londres. 135
Manifeste. 136
Nouvelles de Paris. 169
Extrait hiſtorique d'une Differtation
de M. de Menagefur
les Sonnets pourla belle matineuse.
169
Sonnetde Petrarque. ۱ 175
Sonnet d'Annibal Caro. 178
Sonnet deRaïnerio. 181
Sonnet d'Olivier de Magny.
T 184
Sonnet deM. de Meziriac. 186
Sonnet de M. de Voiture. 189
Trois Sonnets de M. de Malle
ville.. 192
TABLE.
Sonnet de M.Tristan. 199
Sonnet d'un Inconnu. 201
Madrigal de M. de Rampalle.
204
Autre Sonnet de M. de Voiture.
206
Sonnet de M. Tristan. 209
Sonnet de M. l'AbbéTeftu. 211
Sonnet moderne de M. D. C.
214
Autre du même Auteur. 218
Rondeau de M. de Palapra à Son
Alteffe Sereniffime. Madame
laDucheße de Vandôme 222
Examen de l'Opera de Telem -
que. 225
Morts. 235
TABLE.
Epithalame accompagné d'un joli
prélude , & d'une tranfuion
fort touchante. 248
Hiſtoire originalequ'onlira peutestre.
257
Hiftoirefinguliere qu'on ne lira
peut estre pas. 265
Ode Anacreontique , Chanson.
269
Chapitre admirable des Enigmes .
272
Phenomene, tremblement de terre
, & chute de la Montagne
de Cheville dans le platpays
de Luzerne. 2.81
Extrait d'un Discours éloquent
que M. Herault, Avocat du
TABLE.
Roydu Chastelet , a prononcé
dans la Grande Chambre de
cetteCour le 22. Octobre dernier.
289
Autre extrait d'une Harangue
admirable prononcée à S AR.
Monseigneur le Duc de Lorraine
le .... de ce mois . 306
Vers Latinsfurla Démolition du
Port de Dunkerque , dont
l'Auteur donnera peut- eftre la
traduction en Vers François.
312
Principales Obligations des Chevaliers
, des Ecclefiastiques ,
des Freres Servants de
l'Ordre Royal , Hospitalier
TABLE.
Militaire deNotre-Dame
de Mont Carmel , & de S.
Lazare ,ſuivant les Bulles
des Papes , &les Statuts de
l'Ordre.
Mariages.
3'7
321
Lettre de l'Auteur au Public.
Avis.
331
340
AutreAvis. 341
Fermer
Résumé : TABLE.
Le document présente la table des matières d'une œuvre littéraire ou périodique, incluant divers genres textuels tels que des préfaces, épigrammes, histoires, nouvelles, manifestes, extraits historiques, poèmes (sonnets, madrigaux, rondeaux), odes, chapitres sur les énigmes, phénomènes naturels, discours juridiques, vers latins, obligations des chevaliers et des ecclésiastiques, ainsi que des lettres et avis de l'auteur. Les sections notables comportent des descriptions de feux d'artifice, des nouvelles de différentes régions (Catalogne, Strasbourg, Madrid, Londres, Paris), des examens d'œuvres littéraires, des épithalames et des comptes rendus de phénomènes naturels comme un tremblement de terre. La table des matières se conclut par des informations sur les mariages et des communications directes de l'auteur au public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3241
s. p.
« Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 269. [...] »
Début :
Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 269. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 269. [...] »
Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 269.
Fermer
3242
p. 3-14
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Début :
Viginti talentis unam orationem vendidit Isocrates.* Isocrate reçut d'un [...]
Mots clefs :
Mécène, Hommes, Éloquence, Rhétorique, Grecs, Romains, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Igintitalentis unam
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
Fermer
Résumé : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Le texte examine la valeur accordée à l'éloquence et à la rhétorique dans l'Antiquité et la compare à l'époque contemporaine. Dans l'Antiquité, l'éloquence était extrêmement prisée. Par exemple, Isocrate reçut une somme importante pour une harangue, tandis qu'Aretin fut récompensé pour se taire, illustrant les différentes manières dont les orateurs étaient valorisés. Chez les Grecs et les Romains, l'éloquence permettait d'influencer des décisions majeures, telles que ravager des continents ou destituer des rois. Les orateurs célèbres étaient couronnés de lauriers et acclamés par le peuple. Les enfants des dignitaires étaient également distingués par leurs talents oratoires. De nos jours, bien que le goût pour les arts soit toujours présent, les succès littéraires ne sont plus récompensés de la même manière. Les auteurs modernes se plaignent souvent de l'indifférence et du mépris qu'ils rencontrent, ce qui les pousse à critiquer sévèrement la société. Cependant, chacun souhaite obtenir des mécènes avant de prouver sa valeur. L'auteur s'adresse au public, le priant de devenir son mécène et promettant de partager avec lui des œuvres littéraires variées. Il reconnaît ses erreurs passées et s'engage à améliorer ses publications futures. Enfin, il invite les écrivains à lui envoyer leurs œuvres pour les corriger et les publier correctement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3242
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
3243
p. 14-49
GRIMACE. CONTE.
Début :
J'avois resolu de vous donner à l'entrée de ce volume / Il y avoit une fois un Roy si beau, si beau, qu'il [...]
Mots clefs :
Grimace, Roi, Laideur, Amour, Princesse, Cabinet, Fées, Cour, Beauté, Palais, Esprit, Père, Fontaine, Yeux, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRIMACE. CONTE.
J'avois resolu de vous
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
Fermer
Résumé : GRIMACE. CONTE.
L'auteur avait initialement prévu de narrer une histoire anglaise, mais modifia son projet après avoir reçu un conte de fées bien rédigé et moralisateur. Ce conte relate l'histoire du roi Beau sans pair et de sa reine, tous deux extrêmement beaux. Deux fées, Bonne et Maligne, s'éprirent du roi. Bonne fut bien accueillie, tandis que Maligne, rejetée, promit de se venger. La reine mit au monde deux filles : Aimée, à qui Bonne offrit la beauté éternelle et Maligne une mauvaise humeur, et Grimace, à qui Maligne attribua la laideur et Bonne la douceur et le reflet. Aimée, malgré sa beauté, était orgueilleuse, alors que Grimace, bien que laide, était douce et spirituelle. Un jour, Grimace, désespérée par sa laideur, se retira dans un désert après avoir vu son reflet dans un miroir. Avec l'aide de la fée Bonne, elle s'échappa lors d'une fête et emporta des objets précieux. Dans le désert, elle créa une boîte magnifique. Maligne, jalouse, incita deux voleurs à dérober ses biens. Grimace trouva du réconfort dans la nature. Les voleurs connurent des sorts différents : l'un mourut, l'autre devint riche et offrit la boîte au roi. Le roi, charmé, tomba amoureux de la créatrice imaginaire de la boîte et la nomma 'Grimance'. Plus tard, le roi Saphirin découvrit Grimance près d'une fontaine et tomba amoureux d'elle malgré sa laideur. Ils se marièrent, et lors de la cérémonie, Grimance se transforma en une femme ravissante. Il fut révélé que la fée Bonne avait adouci la malédiction de Maligne, permettant à Grimance de retrouver sa beauté. Ainsi, Saphirin obtint une épouse belle et spirituelle. Le conte souligne que l'amour véritable et généreux trouve toujours sa récompense, et que l'esprit et la douceur sont essentiels pour un bonheur durable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3244
p. 49-50
« J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
Début :
J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...]
Mots clefs :
Transitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
J'ai assez de peine à deviner
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion
Fermer
Résumé : « J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
L'auteur exprime ses doutes sur la réception d'un conte de fées. Il espère qu'il a été bien accueilli mais se prépare à ne plus en envoyer. Il s'excuse pour ces digressions et souhaite aborder des sujets plus intéressants. Avant cela, il évoque l'origine du mois de janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3245
p. 50-54
Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
L'opinion la plus commune est que Numa Pompilius ajoûta [...]
Mots clefs :
Mois de janvier, Année, Janvier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Le texte traite de l'origine et des variations du début de l'année dans le calendrier romain. Traditionnellement, Numa Pompilius est crédité d'avoir ajouté les mois de janvier et février et d'avoir fixé le début de l'année en janvier. Cependant, Ovide soutient que l'année a toujours commencé en janvier et parfois se terminait en février. Le mois de janvier tire son nom de Janus, une divinité à deux visages représentant le passé et l'avenir. Le terme 'janvier' provient du latin 'januarius', lié à 'janua' signifiant 'porte', car janvier est le premier mois de l'année. Ce mois est également connu pour son froid intense, illustré par l'expression 'Janvier a trois bonnets'. En Occident, avant 1564, l'année débutait soit à Pâques, soit à Noël. En 1564, le roi Charles IX a décrété par édit que l'année commencerait le 1er janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3246
p. 54-73
Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant, Messieurs, aux autres articles de ce Journal. En [...]
Mots clefs :
Fête, Duchesse de Brissac, Princesse, Intermède, Abeille, Divertissements, Roi, Danse, Marquis de Caumont La Force, Comédie italienne, Nuits de Sceaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Messïeurs
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
Fermer
Résumé : Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs fêtes organisées par des personnalités de la haute société française. La première fête, organisée par Madame la Duchesse du Maine à Sceaux, comportait trois intermèdes. Le premier, 'Les Champs Élysées', montrait le Roi de la Fête consultant les ombres des grands poètes pour honorer la Duchesse. Le deuxième intermède, 'L'Amour blessé par l'Abeille', représentait l'Amour piqué par une abeille, symbolisant la protection de la Duchesse. Le troisième intermède présentait l'Amour et ses frères dans une pièce intitulée 'Les Fêtes nocturnes ou l'Épée enchantée'. Une autre fête, 'La Fête de l'Inconnu', fut organisée par une personne anonyme pour rappeler la simplicité des premières grandes nuits de Sceaux. Elle comprenait trois intermèdes : un mystère préparant la fête, Astrée et ses suivantes illustrant les plaisirs champêtres, et Cérès offrant les prémices des fruits et des moissons à la Princesse. Trois autres fêtes furent organisées en l'honneur d'une princesse. La première voyait Cérès offrir les prémices des fruits et des moissons à la princesse. La deuxième, organisée par M. de la Motte, concernait la recherche de la ceinture de Vénus perdue à Sceaux. La troisième fête, avant le départ de la princesse pour Versailles, représentait une veillée paysanne de Sceaux. Cette veillée mettait en scène Ragonde, une veuve riche, amoureuse de Colin, un jeune paysan préférant Colette, la fille de Ragonde. Avec l'aide de Colette et de Lucas, Ragonde tentait de séduire Colin en utilisant la peur et la sorcellerie. Colin, effrayé par des lutins et des démons, acceptait finalement d'épouser Ragonde. La fête se concluait par un double mariage entre Lucas et Colette, ainsi que Ragonde et Colin, célébré par des danses et des chansons, et se terminait par un charivari.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3247
p. 73-75
« La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
Début :
La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...]
Mots clefs :
Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
Laconfusion prodigieuse
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police
Fermer
Résumé : « La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
L'auteur relate une confusion de souvenirs et d'éléments littéraires variés, incluant aventures, histoires bouffonnes, discours, dissertations, récits de morts, bénéfices, énigmes, chansons, vers, lettres et nouvelles. Il se demande si ces éléments peuvent amuser le lecteur et invite ce dernier à en juger par lui-même. Le texte se conclut par le mot 'police'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3248
p. 75-85
Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Début :
La police exacte qui s'observe à Paris est sans contredit [...]
Mots clefs :
Police de Paris, Police, Chevalier, Magistrat, Paris, Prince de Transylvanie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
Fermer
Résumé : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Le texte relate l'enlèvement du Chevalier de P. à Paris, malgré la surveillance de la police. L'incident se produit alors que le Chevalier quitte la résidence du Prince de Transylvanie. Quatre individus déguisés l'enlèvent et le conduisent dans une cave. On lui annonce qu'il sera exécuté en raison de ses imprudences. Le Chevalier, affirmant ne pas avoir d'ennemis, demande à manger. Pendant la nuit, un homme armé d'une épée pénètre dans la cave. Après avoir réprimandé ses complices, il décide de libérer le Chevalier. Ce dernier est ensuite ramené à Paris, où on lui restitue ses effets personnels. Dès le lendemain, il raconte son aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3249
p. 85
« Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Début :
Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Si la lecture de cette avanturevous afflige, il ne
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
Fermer
3250
p. 85-92
Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Début :
Le trait est nouveau, il est ancien, il y a plus d'un [...]
Mots clefs :
Cocher, Maître, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
Fermer
Résumé : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Un cocher au service de M. Elvetius, un médecin hollandais réputé, décide de quitter son emploi pour devenir médecin. Il affirme avoir acquis des connaissances médicales en observant et aidant M. Elvetius. Ce dernier, intrigué, organise une mise en scène avec deux amis pour dissuader le cocher. Ils simulent des maladies et lui donnent un bassin contenant de la marmelade, prétendant qu'il s'agit d'un remède. Le cocher, dégoûté, comprend son erreur et renonce à son projet de devenir médecin, retournant à son poste de cocher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer