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11051
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Commis, Greffier, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Format, Volume, Poste, Table
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
duMercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourſeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les personnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront lesfrais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
par volum.c'est-à-dire 24 livres d'avance.
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudrontfaire ve
air le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neseront pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à an
noncer , d'en marquer le prix. :
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau duMercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent quatre-vingt-dix-neufvolumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , ſe trouve à la fin du
foixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
duMercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourſeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les personnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront lesfrais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
par volum.c'est-à-dire 24 livres d'avance.
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudrontfaire ve
air le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neseront pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à an
noncer , d'en marquer le prix. :
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau duMercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent quatre-vingt-dix-neufvolumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , ſe trouve à la fin du
foixante-douziéme.
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11052
p. 13-44
HISTOIRE d'HENRIETTE, Comtesse de B*** écrite par elle-même pour sa fille, traduite de l'Anglois, par Madame D***.
Début :
LE seul motif capable de me faire supporter une vie qui dès ma plus tendre [...]
Mots clefs :
Père, Vaisseau, Temps, Chambre, Capitaine, Baron, Monde, Passion
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE d'HENRIETTE, Comtesse de B*** écrite par elle-même pour sa fille, traduite de l'Anglois, par Madame D***.
HISTOIRE d'HENRIETTE , Comtesse
de B*** écrite par elle-même
pour ſa fille , traduite de l'Anglois ,
par Madame D ***.
LE ſeul motif capable de me faire
ſupporter une vie qui dès ma plus tendre
enfance n'a été qu'un tiſſu de malheurs
, fut le defir de vous voir parvenir
à un âge où vous puiſſiez vraiment
ſçavoir qui vous êtes. Je n'ai pu foutenir
l'idée de ne vous laiſſer avant de
mourir d'autres connoiffances de vousmême
, fi ce n'eſt que vous êtes fille
d'un Banian idolâtre. S'il plaît au Ciel
que ces papiers tombent entre vos mains,
je vous recommande de les conferver
avec le plus grand foin ; je vous conjure
auffi par reſpect pour le culte dans
lequel vous êtes née , qui rend ſacrés
14 MERCURE DE FRANCE .
les devoirs envers les Pères & Mères ,
de lire avec la plus fcrupuleuſe attention
ce que ces Mémoires contiennent ,
de méditer fur chaque article , de peſer
chaque précepte & de les graver fi bien
dans votre ſouvenir , que ſi quelqu'accident
vous faiſoit perdre ce manufcrit ,
vous fuffiez en état de le récrire. Je
vous ordonne ſeulement d'en garder un
fecret inviolable , à moins que la providence
, dont les decrets font impénétrables
, ne vous mît dans une fituation
où il vous feroit avantageux de le publier.
Sçachez donc , ma chère Zoa , que
vous êtes deſcendue par moi de deux
très- anciennes & très-illuſtres maiſons
établies dans le plus fameux Royaume
qu'il y ait ſur la Terre , non ſeulement
par la richeſſe de ſon ſol & la magnificence
de ſes Villes , mais encore par
le génie & les moeurs de ſes habitans.
Il eſt inutile que je vous nomme la
France , puiſque vous m'avez ſouvent
entendu dire que j'y avois reçu le jour.
Mon père étoit le plus jeune des fils
du Comte de B***. ma mère fille du
Baron de S***. S'il vous arrive de rencontrer
quelqu'un de ce payslà,vous entendrez
parler de la vertu&de la granNOVEMBRE.
1763. 15
deur de vos ancêtres . J'éviterois de
vous expoſer à un ſentiment d'orgueil
en vous apprenant l'éclat de votre origine
, ſi cet éclat même ne devoit pas
vous tenir en garde contre tout ce qui
feroit capable de la ternir.
Il eſt d'uſage enFrance parmi les gens
de Condition , de ne pas ſouffrir de
méſalliances : s'ils ſe trouvent hors d'état
d'établir convenablement leurs filles
, ils prennent le parti de les enfermerdans
des maiſons appellées Monaftères,
où elles ſont ſéqueſtrées du monde
pour toujours , & même ſouvent forcées
de ſe conſacrer à Dieu.
Le Baron de S***. chargé de beaucoup
d'enfans , ſe propoſoit de ſacrifier
ma mère à l'agrandiſſement de ſa
famille ; mais la paffion que mon père.
conçut pour elley mit obſtacle. Après
d'inutiles efforts pour obtenir le conſentement
de mon Ayeul , le jeune
B***. prit leparti d'épouſer ſon amante
en ſecret. Ce mariage caché l'eût été
longtemps ſans la réſolution qu'avoit
priſe le Baron de confiner ſa fille dans
un Monastère. La groſſeſſe de cette infortunée
, l'honneur de la famille , le
fien même exigeoient qu'elle déclarât
fon état. Le Comte indigné ne permit
16 MERCURE DE FRANCE.
jamais que mon père ſe préſentât devant
lui , refuſa même de contribuer à
ſa ſubſiſtance & à celle de la femme
qu'il avoit choiſie. En vain nombre de
perſonnes entreprirent de le calmer ,
en lui repréſentant que la fille du Baron
de S*** . étoit un parti fortable pour
le fils du Comte de B***. que la vertu ,
la beauté & toutes les qualités de ma
mère dédommageoient amplement du
manque de fortune ; il fut toujours inéxorable
, & ma naiſſance , ( car je ſuis
le premier & unique fruit de ce triſte
mariage ) ne put émouvoir ſa ſenſibilité.
Pendant treize ans entiers nous n'eumes
de ſecours mon père , ma mère &
moi , que ceux que le Baron put prendre
ſur la mince ſubſiſtance de ſes autres
enfans , & qui par conféquent ne
purent nous rendre la vie que fort
amère.
Nous languiſſions dans cette ſituation
déplorable,lorſque la mort du Gouver--
neur d'Iranadab arriva . C'eſt un établiſſement
que la France a dans les Indes.
Le Prince de Condé demanda cette
Place au Roi pour mon père. Le poſte
étoit peu brillart pour l'héritier de la
maiſon de B *** , mais devenoit une
reſſource honnête pour un fils diſgracié
NOVEMBRE. 1763. 14
de ſon père , & qui ne vivoit qu'aux
dépens de celui de ſa femme.
On imagina dans le monde qué cét
événement rameneroit le Comte de
B***, & que plutôt que de laiſſer expatrier
fon fils , il ſe détermineroit à lui
pardonner; mais conſtamment fourd au
cri de la nature , le Comte ſe refuſa
même à ce que mon père prit congé
de lui avant ſon départ.
notre
Le Baron auroit voulu pouvoir déterminer
ſon gendre & ma mère à
me laiſſer auprès de lui ; mais leur tendreſſe
fatale pour l'unique fruit de leur
union , ne leur permit pas d'y conſentir.
Tout étant préparé pour
voyage , à la commodité , à la magnificence
même duquel tous nos parens ,
à l'exception de l'inexorable Comte ,
voulurent bien contribuer. Nous nous
embarquâmes ſur une Frégate du Roi ,
amplement fournie de tout ce qui nous
étoit néceſſaire. Un vent favorable nous
donnoit l'eſpérance d'une heureuſe navigation
, & le changement que j'appercevois
dans la phyſionomie de ceux
à qui je devois le jour , m'annonçoit
leur fatisfaction . Celle de ſe voir indépendans
, quoique dans un état au-deffous
de leur naiſſance , leur donnoit un
18 MERCURE DE FRANCE.
air de gaîté qui me raviſſoit d'autant
plus qu'il étoit nouveau pour moi. Il
m'eſt permis , je crois , de dire que mon
père&ma mère formoient le plus beau
couple , & que la Nature ſembloit avoir
raſſemblé en moi par un heureux mêlange
tous les agrémens perſonnels de
l'un & de l'autre. Mais qui pourroit
aujourd'hui m'en croire ? dévorée de
chagrins amers dès ma jeuneſſe , j'ai
éprouvé avant le temps les effets de la
décrépitude que la vieilleſſe ſeule a
droit de produire , & vous n'avez ſans
doute remarqué dans ma figure aucune
trace de cette beauté funeſte , qui
ſembloit ne m'avoir été donnée que
pour cauſer tous les malheurs de ma
vie.
Au moment où nous nous flattions
que notre malheureuſe étoile ſe lafſoit
de nous perfécuter , elle ſe diſpoſoit à
nous porter les plus ſenſibles coups.
Unmatin que j'étois encore au lit , un .
bruit extraordinaire m'éveilla en ſurſaut,
& l'inſtant après j'entendis des coups
de fufil. Je m'élançois du lit pour courir
en apprendre la cauſe , quand ma
femme de chambre vint m'annoncer
que nous étions attaqués par un Pirate.
La terreur qui ſe peignoit dans ſa conSEPTEMBRE.
1763. 19
tenance me perfuada que nous étions
dans le plus grand danger. Habillée à
la hâte je courus auprès de ma mère
que je trouvai proſternée , implorant le
Ciel. Quelques gens du Vaiſſeau entrerentdans
ſa chambre. Où est mon époux,
s'écria- t- elle ? il combat , Madame , lui
repondit- on. Nous ne pouvons l'arracher
du tillac où tout ſemble être en
feu. Elle y couroit pour l'engager à ſe
ménager davantage; mais un bruit terrible
l'arrêta tout-à- coup.... Ils nous
ont abordés ! ils nous ont abordés , s'écriaun
Matelot : notre perte eſt certaine
, la mort , oul'eſclavage. Quelles expreffions
pourroient peindre la conſternation
& l'horreur où se trouva cette
mère ſi tendre ? Mais que devint-elle
à l'aſpect de mon père couvert de fang ,
&qu'on rapportoit à ſa chambre ? Ah
Madame ! dit- il en soupirant , rien ne
peut nous fauver ; le Ciel nous abandonne
; le vaiſſeau eſt pris ; nous fommes
tous eſclaves ! .... Bientôt notre
chambre fut remplie d'hommes d'un
aſpect fier & terrible. Le Capitaine que
j'apperçus au milieu d'eux , donna des
ordres dans une Langue que je n'entendois
pas . Nous jugeâmes bientôt
qu'ils étoient en notre faveur ; car la
,
20 MERCURE DE FRANCE.
plupart de ces miſérables dont l'air fe
roce étoit encore plus effrayant que la
figure , fortirent ſur le champ. Il n'en
reſta que trois ou quatre ; & l'un deux
qui étoit François ,nous fervit d'interprete.
Le Capitaine inſtruit de ce que
nous étions , eut l'humanité d'ordonner
que l'on panfat les bleſſures de mon
père & de permettre que nous gardaffions
la même chambre : mais tout
le reſte de nos gens , à l'exceptionde
deux de nos femmes , furent enchaî
nés au fondde cale.
Le Capitaine ayant enſuite fait emporter
tous les effets & marchandiſes de
notre vaiſſeau , retourna dans le fien ,&
ne nous laiſſa qu'un Patron & quelques
Matelots pour nous conduire à Madagascar.
Quel affreux revers ! Quelle différence
dans notre ſituation ! Prêts à recevoir
les hommages d'une Province entiere
, nous nous trouvions dépouillés
de tout& conduits en captivité! Mon père
paroiffoit enviſager fon malheur avec
courage ; mais ma mère étoit inconfolable.
Son coeur tendre & généreux
ne ſupportoit pas l'idée d'être la cauſe
de celui de fon époux. Une mélancolie
profonde , plus dangereuſe que les
NOVEMBRE. 1763. 21
bleſſures de men père , s'empara d'elle ;
&malgré tous les efforts de la paffion
la plus tendre pour la convaincre que
l'amour vertueux dédommage des ri
gueurs du fort , elle ſe reprochait ſans
ceſſe les infortunes de ſon épouſe,
Je ne pouvois éviter d'entendre leurs
triſtes entretiens ; mon coeur en étoit
ſi pénétré , que je paffois quelquefois
de l'abattement au murmure contre la
Providence qui paroiſſoit s'intéreſſer fi
peu à l'innocence & à la vertu.
Nous étions depuis huit jours prifonniers
des Pirates, quand nous fumes flattés
de l'eſpérance de fortir de l'eſclavage.
Le Vaiffean qui s'étoit emparé du
nôtre & qui voyageoit de compagnie
avec nous , avoit découvert un vaiſſeau
Anglois , qu'il crut affez richement
chargé pour devoir l'attaquer ; mais les
Pirates ayant usé une partie de leur poudre
dans leur combat contre nous , celui
qu'ils livrérent à l'Anglais ne put
être auſſi vif, Quelques-uns de nos hommes
, que dans la confufion ils avoient
laiſſés dans notre vaifleau , imaginant
devoir profiter de ce moment de
trouble pour recouvrer leur liberté ,
firent main-baſſe ſur les Pirates ; &
après un carnage horrible notre Capi
22 MERCURE DE FRANCE .
taine vint nous annoncer l'agréable
nouvelle qu'il étoit le ſeul Com maridant
de ſon vaiſſeau. Nous fimes alors
force de voiles dans l'eſpérance de nous
ſauver , tandis que le vaiſſeau Pirate
étoit engagé avec l'Anglois : mais malheureuſement
le nôtre étoit fi endommagé
que ceux qui étoient à la poup e
criérent qu'il ne ſe ſoutiendroit pas deux
heures à la voile.
Mon père alors , le Capitaine & l'equipage
furent d'avis de joindre le vaifſeau
Anglois & de l'aſſiſter avec ce qui
nous reſtoit d'hommes & de munitions :
on agit en conféquence. Les Anglois
ranimés par ce ſecours ineſpéré redoublérent
de valeur ; nos gens ſentant qu'il
falloit vaincre ou mourir , aborderent
l'ennemi l'épée àla main. LesAnglois de
leur côté ſauterent dans le vaiſſeau &
attaquerent les Pirates avec un courage
qui n'a pas d'exemple. Jamais combat
ne fut plus obſtiné ; mais enfin la victoire
demeura au parti le plusjuſte. Les
Pirates furent prèſque tous tués ou
bleſſés , & leur vaiſſeau tellement criblé
que les Anglois en ayant tranſporté
tous les effets dans le leur , l'abandon.
nerent, avec le peu d'hommes qui y reftoientà
la merci des flots. Le nôtre étoit
NOVEMBRE. 1763
également fi rempli d'eau , que nous
fumes obligés de le quitter pour paffer
dans celui des Anglois. Le Capitaine
parloit très bien François ,& étoit auffi
poli que brave. Il ne ſcut pas plutôt qui
nous étions & ce qui nous étoit arrivé
depuis que nous avions quitté la France,
qu'il nous traita avec les égards les
plus refpectueux ,& nous fit rendre tout
ce qui nous avoit été pris par les Pirates
en confidération des ſervices qu'il avoit
reçus de nous ; mais le Capitaine &
mon père ne voulurent rien accepter
que ce qui leur avoit appartenu , & demanderent
pour toute grace qu'on les
mît à terre à Iranadab. Le Capitaine
Anglois que déconcerta cette demande,
dit à mon père que le vaiſſeau qu'il
montoit appartenant à une Compagnie
de Marchands dont il n'étoit que le
Facteur ; & que les effets qu'il contenoit
étant d'une valeur conſidérable , il ne
pouvoit nous conduire dans le port d'us
ne Nation avec laquelle la fienne étoit
actuellement en guerre : mais qu'à notre
arrivée à Bombay où il devoit ſe
rendre , il repréſenteroit au Gouverneur
& aux Marchands les ſervices que nous
lui avions rendus , de façon à obtenir
d'eux un vaiſſeau pour nous conduire
où nous defirions aller,
24 MERCURE DE FRANCE.
,
Nous euffions paſſe notre temps afſez
agréablement ſur le vaiſſeau , fi l'indiſpoſition
de ma mère n'avoit pas augmenté
au point de nous faire défefpérer
de ſa vie. Mon père entièrement
guéri de ſes beſſures ne quittoit pas
le chevet de ſon lit; ma tendreſſe &
mon devoir m'y attachoient également.
Elle languit dans cet état environ fix
ſemaines ; & voyant approcher ſa fin
elle fit ſes adieux à mon père avec
plus de courage qu'on ne devoit attendre
d'un caractère naturellement
foible. Sa paffion pour lui ſembloit l'élever
au-deſſus des terreurs , affez ordinairement
inséparables de la prochaine
diffolution de notre être. Elle
ne doutoit pas que fa mort ne fût un
moyen de réconciliation avec le Comte
ſon père , & que ſon époux ne rentrât
dans tous les droirs que ſon amour
pour elle lui avoit fait perdre. Cette
idée lui faisoit quitter le monde avec
moins de regret & d'amertume. Elle
m'embraffa , me donna ſa bénédiction;
& ſe retournant encore vers mon père,
me recommanda tendrement. Ce furent
les dernières paroles qu'elle articula en
nous laiſſant en proie à la plus profonde
douleur. Mon père , qui ne voulut ja
mais
NOVEMBRE. 1763 . 25
mais confentir que la mer ſervît de fée
pultureau corps de fa malheureuſe épou
ſe , la fit embaûmer par le Chirurgien
du vaiſſeau , dans l'eſpérance , dès qu'il
feroit arrivé à ſon Gouvernement , d'en
faire les obſéques d'une façon convenable
à ſa naiſſance , à ſes vertus & à la
tendreſſe qu'il confervoit pour elle audelà
du trépas.
: Mais hélas ! que les projets des hommes
font vains quand le Ciel en a décidé
autrement. Non feulement cette
épouſe chérie , mais fon époux même
étoient deſtinés à n'avoir que la mer
pour tombeau. Nous étions à la vue de
Bombay, quand il s'éleva le plus furieux
orage que les Matelots euſſent jamais
vû fur cette mer. L'obſcurité vint ſe
joindre au danger , & augmenta nos
craintes. Les coups de vents furent fi
terribles , que les mâts & le gouvernail
ſe rompirent; l'eau entra dans le vaifſeau
avec une telle abondance , que
tout l'Equipage s'écria : Nous sommes
perdus ! plus d'espérance que la cha-
Loupe !... Elle fut dans l'inftant jettée
à l'eau : mon père & moi & autant de
Matelots qu'elle en pouvoit contenir y
entrâmes d'abord ; mais le péril preffant
y fit précipiter tant de monde ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle ne tarda pas à couler à fond,
Tout ce qu'elle portoit périt , à la ré
ſerve de trois perſonnes , un Contre-
Maître Anglois & un Valet-de-Chambre
François que nous avions amenés
de France , & moi. Ce dernier , qui
étoit excellent Nageur , eut la force de
me ſauver avec lui. Mon ſalut en cette
occafion étoit ſans doute un malheur
de plus pour moi ; mais il tenoit tant
du prodige , qu'en réfléchiſſant au ſoin .
que la Providence prit alors de mes
jours , on eût pu croire qu'il entroit
dans ſes décrets de les rendre auffi heus
reux qu'ils ont été infortunés.
J'étois évanouie quand nous attei
gnimes le rivage; mes deux libérateurs
me donnerent tous les ſecours qui dé
pendirent d'eux. Je repris bientôt mes
eſprits ; mais repréſentez - vous , ma
chere Zoa , toute l'horreur de ma fie
tuation , lorſque je fus en état de l'enviſager
! Dans le premier mouvement
de mon déſeſpoir , je ne penſai ni à
remercier le Ciel ni ceux qui au péril
de leur vie avoient ſauvée la mienne.
Je demandai mon père à grands cris ,
& mon père ne me fut pas rendu.
Les deux hommes ( car le Contre-
Maître parloit affez bien le françois pour
NOVEMBRE. 1763. 27
ſe faire entendre ) me dirent tout ce
qu'ils purent imaginer pour me confoler
; ils me flatterent qu'il n'étoit pas
impoffible que le Gouverneur ſe fût
ſauvé comme nous ; que vraiſemblablement
la Chaloupe ſe ſeroit briſée
contre un rocher ou auroit échoué à
la côte ; & qu'en ce cas on pourroit
après la tempête retrouver une partie
des effets qui nous appartenoient.
1
J'ignorois fi ce dernier événement
étoit poſſible ; mais j'étois ſûre que mon
père ne ſçavoit pas nager & qu'il ne
me reſtoit pas la plus légère eſpérance
de le revoir jamais. Une perte fi cruelle
fuffifoit pour me rendre inconfolable ,
quand même je me ferois retrouvée
dans ma patrie & maîtreſſe d'une grande
fortune : quelle impreffion ne dutelle
pas faire ſur une malheureuſe orpheline,
étrangère dans quelque pays où
le fort l'eût jettée alors , ne ſcachant
que la langue & les uſages du fien ,
fans appui , fans aſyle , ſans guide &
fans argent ! l'obſcurité de la nuit& le
fifflement des vents ajoutoient encore
à l'horreur de mes réfléxions & me faifoient
fouhaiter la fin de ma déplorable
vie. Le jour parut enfin : jamais
mes yeux n'avoient été frappés d'un
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
,
plus beau ſpectacle. La Mer furieuſe
peu d'heures auparavant étoit devenue
calme , la Terre d'une fraîcheur charmante.
Auprès de nous étoit un bois
dont les arbres chargés de fleurs & de
fruits de différentes eſpèces , charmoient
la vue & l'odorat. Ce ſpectacle , je l'a
vouerai , ſuſpendit un inſtant les tranf
ports de ma douleur ; mais en me retournant
vers la Mer qui renfermoit
dans ſon ſein tout ceque j'avois
eu de plus cher , je ſentis de nouveau
couler mes larmes. En vain mes Compagnons
chercherent à découvrir quel
ques veſtiges du naufrage. Le Contre-
Maître , qui pour la troifiéme fois alloit
aux Indes & qui connoiſſoit ces parages
, prétendit que le Vaiſſeau avoit dû
être entrainé par le courant dans le
Havre, & qu'il étoit poffible qu'une par
tiede nos richeſſes pourroit être ſauvée,
Mais quel foible adouciſſement aux
maux dont j'étois déchirée !
J'étois à jeun depuis vingt - quatre
heures , par conféquent très - affoiblie,
Mes compagnons eux - mêmes , trèspreſſés
par la faim , cueillirent des fruits,
me forcerent d'en goûter , & ſe promirent
qu'en côtoyant les bords de la
Mer nous pourrions rencontrer quelNOVEMBRE.
1763 . 29
que Ville. Cependant le Contre-Maître
parut incertain ſur le chemin qu'il
étoità proposde choiſir : il avoua même
n'être pas für que nous fuffions près de
Bombay. L'obſcurité de la nuit & la
violence de l'orage ne lui avoit , diſoitil
, pas permis de prendre aucunes directions
préciſes. Il falloit donc marcher
au hazard. Nous fimes pluſieurs milles-
fans découvrir aucunes traces d'hommes
: mais cette fatigue devint bientôt
au-deſſus de mes forces , au point
que mes compagnons ſe virent tour-àtour
obligés de me porter dans leurs
bras . Dès que la nuit parut , la crainte
des bêtes féroces dont ces lieux pouvoient
être habités , les détermina à
couper avec leurs épées des branches
d'arbres dont ils firent un grand feu .
Ils m'inviterent alors à tâcher de prendre
quelque repos pour me mettre en
étatde recommencer le lendemain notre
courſe , & convinrent de veiller alternativement
tant pour entretenir le
feu , que pour, en cas de beſoin, éveiller
les deux autres .
Gouchée au pied d'un arbre, où malgré
l'agitation de mes eſprits , je ne tardai
pas à m'endormir profondément,
Ja fatigue que j'avois efſuyée eût ſans
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
....
doute prolongé mon sommeil , fans un
événementdont je frémis encore . Je rêvois
qu'un animal féroce étoit prêt à
me dévorer ; je m'éveillai avec effroi
& crus que mon rêve devenoit une
réalité , lorſque je me fentis preſſée dans
les bras d'un homme. J'allois jetter des
cris perçans , lorſqu'on me dit : ne vous
allarmez - pas , belle Henriette ; vous
n'avez rien à craindre de moi ; je vous
le proteſte fur ce que j'ai de plus facré :
daignez m'entendre. Je vousai aimée ,
que dis-je ! adorée dès le premier moment
que je vous ai vue Le fon de
ces paroles me fit reconnoître Reyner
(c'étoit le nom du Valet-de-Chambre ,
de mon père . ) Je pouſſai un cri fi violent
qu'il éveilla le Contremaître. Cet
honnête homme accourut à moi , &
comprit la cauſe de ma frayeur. Monftre
! dit- il , efſt-ce au milieu des dangers
qui nous environnent , après être
échappés comme par miracle à la mort ,
eſt-ce le temps d'infulter auffi cruellement
une perfonne que vous ne devriez
approcher qu'avec reſpect ? Reyner
plein de fureur &de honte , ne répondit
à ce reproche que par des injures
& des menaces. Il n'en fallut pas
davantage pour exciter entr'eux un
3
NOVEMBRE. 1763. 31
combat. J'étois fi indignée&fi humiliée
de cet événement, que prèſque hors
de moi-même je me mis à fuir de toutes
mes forces vèrs une forêt que j'apperçus
, où excédée de fatigue &d'horreur
, je tombai au pied d'un arbre
touffu dont les branches pendoient jufqu'à
terre.
Mon eſprit étoit trop agité pour enviſager
d'autres malheurs que celui de
tomber entre les mains du perfide Reyner.
Mais bientôt une multitude d'objets
de terreur ſe peignirent à mon
imagination. Les bêtes ſauvages dont
l'honnête Anglois nous avoit parlé , me
faifoient friffonner au moindre bruit.
Pleine de cette inquiétude , je quittai
ma place pour jetter les yeux de tous
côtés , fans pouvoir découvrir ni maiſon
ni cabane , ni rien qui m'offrît l'apparence
d'un aſyle. Déſeſpérant alors
de conferver ma vie je commençai
à moins craindre la mort.
Les différentes mifères , les peines ,
les dangers que j'avois effuyés dans
un fi court eſpace de temps , ſe préſenterent
en foule à ma mémoire ; &
mon âme trop foible pour ſupporter
ces cruelles idées , perdit juſqu'à la faculté
de réfléchir. Je tombai dans une
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
forte de léthargie ; & j'ignore combien
de temps avoit duré cette eſpèce d'anéantiſſement
quand j'en fortis par une
nouvelle épouvante , peut-être la ſeule
choſe capable de me tirer alors de cet
état. C'étoit la voix du déteſtable Reyner.
Vous voilà enfin retrouvée , aimable
fugitive ? me dit- il , avec un sourire
mocqueur , vous vous êtes ſauvée de
moi ; mais vous ignoriez que rien ne
pouvoit vous cacher à votre Amant.
Je vous aurois poursuivie dans tous les
coinsdu monde. Ma paſſion eſt telle que
je m'expoſerois non ſeulement à toute
la vengeance des hommes , mais à
celle de Dieu même plutôt que d'y
renoncer .
Ce difcours me pénétra de tant d'horreurs
, que j'ai peine à concevoir comment
j'y pus ſurvivre. La violence des
mouvemens qui m'agitoient , ne me
laiſſa d'autre liberté d'expreffions que
celle d'un regard où il pût lire ma
haine & mon mépris. Ne me haïffez pas
pour un excès d'amour , reprit- il fur un
ton plus reſpectueux ; fi c'eſt un crime
de vous avoir aimée , n'en faccuſez que
vos charmes. Il voulut alors ſe ſaifir
de mes mains . Audacieux Efclave !
m'écriai-je , ofes-tu bien élever tes re
NOVEMBRE. 1763. 33
gards juſqu'à moi ? Je ſçai , dit- il , la
diſproportion de votre rang &du mien;
mais la fortune ne nous a-t-elle pas mis
de niveau ? Ne nous plonge-t- elle pas
tous deux dans la même indigence ? Ne
vange-t-elle pas enfin la Nature après
l'avoir humiliée tant de fois ? Dans le
fond ne fuis -je pas né votre égal ? Qu'estce
que les diftinctions inventées par
l'injuftice & foutenues par la force ? Les
Grands de la Terre font-ils d'une eſpéce
différente des petits ? Croyez - vous
qu'un homme d'un état obfcur ne doive
, ne puiſſe ni penſer ni ſentir comme
les Grands ? Le Peuple n'eſt plus
dans cette profonde ignorance qui le
plaçoit , qui le fixoit , pour ainſi dire ,
parmi les brutes : nous ſcavons aujourd'hui
écrire , lire , écouter & réfléchir.
Vous êtes belle , vous me plaiſez ; nous
voilà dans l'ordre naturel : pourquoi
donc cette fierté , cette hauteur fi déplacée
à préſent ? Efforçons-nous plutôt
de foulager notre miſére commune,
& livrons-nous aux plaiſirs que la Nature
ne refuſe à perſonne. Nous pouvons
, fi vous voulez , être auſſi heureux
que nos premiers pères dans le
jardin d'Eden . Je rendrai à mon aimable
Henriette tous les ſervices qui dé
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
pendront de moi , & mon zéle ira toujours
au-devant de ſes defirs. Quand
elle dormira je veillerai & ſerai ſon défenfeur
. Peut-être enfin que le hazard
nous conduira dans quelque lieu où
mon travail fournira plus agréablement
à votre ſubſiſtance. Chère Henriette !
ajouta -t- il avec chaleur , ayez pitié de
vous-même : craignez de m'irriter ; ne
me méprifez pas ; que ces beaux yeux
m'enviſagent avec moins d'horreur. De
quel ſecours feroient maintenant vos
titres ? de quel ſecours au contraire ma
tendreſſe ne vous ſera-t-elle pas ?
Tandis qu'il parloit ainfi , j'avois le
viſage tourné de façon qu'il ne voyoit
pas les larmes dont j'étois baignée .
J'invoquois intérieurement le Ciel; jamais
je ne lui fis d'auffi ferventes prieres .
Reyner garda un moment le filence &
le rompit bientôt pour me preffer de
lui répondre . Que puis - je dire , m'écriai-
je avec fierté , que tu ne ſaches
déja ? Je ne vois en toi qu'un ſcélerat
trop indigne de vivre , & je ne puis que
m'abhorrer moi-même d'avoir ſcu te
plaire. A ces mots je m'élançai de
ſes bras & tentai de prendre la fuite.
Il ne lui fut pas difficile de m'atteindre.
Je fis retentir de mes cris les échos de
NOVEMBRE. 1763 . 35
la forêt , & je me voyois prête a devenir
la proie de ce ſcélérat , quand toutà-
coup pluſieurs hommes arriverent à
l'endroit où nous étions. Indignés de la
violence à laquelle ils me voyoient
prête à fuccomber , l'un deuxd'un coup
de javelot étendit mon lâche raviſſeur
àmes pieds .
Je dois maintenant vous informer de
qui & par quel hazad je reçus ce ſecours
ineſperé. Vous ſcavez , ma chère
Zoa , que votre père a une belle Maifon
de Campagne à trois lieues de la
vaſte forêt de Chiama . C'étoit dans cette
même forêt que j'avois foutenu l'horrible
combat que je viens de vous raconter
, & c'étoient les gens du Banian
qui chaſſoient alors au ſanglier.
J'aurois peine à vous exprimer la furpriſe
que je caufai à ces Indiens. Mes
habits , quoique riches , trempés par
Peau de la Mer & féchés au vent & au
foleil , par conséquent de mille fauffes
couleurs , & déchirés ainſi que ma peau
par les bruyères à travers leſquelles j'avois
paſſé ; mes cheveux épars dans le
plus grand défordre ; mes yeux égarés ;
tout cet appareil joint au lieu où ils m'avoient
rencontrée , leur fit conclurre
qu'il m'étoit arrivé quelque avanture
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
extraordinaire. Ils m'entourérent & me
confidérerent de la tête aux pieds en
ſe parlant les uns aux autres ; mais quoique
je n'entendiffe pas leur langue , je
conjecturai par leur maintien que ce
qu'ils difoient n'étoit pas à mon défavantage.
Après m'avoir longtemps examinée
, deux d'entr'eux me tendirent la
main , & me conduifirent à travers la
forêt , en me foutenant , quand nous
étions dans de mauvais chemins , avec
la plus grande humanité.
Nous apperçumes enfin ce que peu
de temps auparavant j'avois défeſpéré
de jamais revoir , c'eſt - à - dire , une
maifon. Toute incertaine que j'étois
du traitement qui pouvoit m'y attendre
, je ne pus m'empêcher de fentir
la joie d'être hors d'un pays ſauvage ,
& de me retrouver avec des créatures
humaines. Mes conducteurs, en arrivant,
m'apporterent du linge très- blanc & fervirent
devant moi un plat de ris & quelques
oiſeaux bouillis , avec un pot d'argent
plein d'eau mêlée avec un peu d'Arak.
Je rendis grace à Dieu du changement
qui arrivoit dans mon état ; mais
il manquoit à mon bonheur la poſſibilité
d'entendre mes bienfaîteurs & de
les informer de ce qui me regardoit ;
NOVEMBRE. 1763. 37
détail qui pouvoit influer ſur la continuation
de leurs bons procédés à mon
égard. Après avoir emporté les reſtes de
ce qui m'avoit été ſervi , on me laiſſa
ſeule ; & je vis l'inſtant après entrer un
Indien d'une jolie figure , excepté la
couleur de ſa peau , ſuivi de quelquesuns
de ceux qui m'avoient trouvée dans
la forêt. Il me regarda comme eux avec
étonnement , & me traita avec la plus
grande politeffe. Aux témoignages de
reſpect qu'on lui rendoit , je m'apperçus
qu'il étoit le Maître de cette habitation ,
&je lui témoignai en François toute
ma reconnoiſſance ; mais j'eus le chagrin
d'appercevoir que je n'étois entendue
de perſonne. Mes démonstrations
lui firent cependant à-peu-près deviner
ce que je prétendois lui dire. Il fit figne
à ſes gens de ſe retirer ; & après
s'être affis auprès de moi , il me prit la
main & la baiſa avec tranſport. Cette
action , qui me rappella l'infame Reyner,
fit une telle impreſſion ſur moi , que je
m'écriai tout-à coup : O Dieu ! que
vais-je devenir ? Quoiqu'il n'entendît
pas les mots que je prononçois , la douleur
qui ſe peignit ſur mon vilage les
lui rendit , à ce qu'il m'a dit depuis ,
très- intelligibles. L'Indien en effet aban38
MERCURE DE FRANCE.
donna auffitôt ma main , me falua ref
pectueuſement avec l'air de me demander
pardon , & fortit de ma chambre.
Cette conduite dans laquelle je ſoupçonnai
malgré moi plus d'art que de
bonté , ne diffipa point mes inquiétudes .
Je venois trop récemment d'éprouver
que la paffion parvenue à un certain
degré , ne connoît plus de frein. Pouvois-
je ne pas craindre de me voir expoſée
aux mêmes dangers ? On ne me
laiſſa pas long-temps livrée à ces triſtes
réflexions. Deux femmes Indiennes entrerent
& me firent figne de les ſuivre.
Je fus conduite dans un très-bel appartement
, où je trouvai toutes les commodités
que j'aurois pû defirer
France même. Mais ce qui me plut
davantage , ce fut un verrouil que j'apperçus
à la porte ,&dont je ne différai
pas de faire uſage dès que je me trouvai
feule.
en
Malgré mes fatigues outrées , le trouble
de mon âme ne me permit de me
livrer au fommeil que vers le matin :
mais il devint fi fort , que je ne fus
éveillée que très- tard par une voix qui
ſembloit m'appeller. Je fortis de mon
lit; & après avoir paflé une robe , j'allai
ouvrir ma porte. C'étoit une des fem
NOVEMBRE. 1763 . 39
mes qui m'apportoit un habit très-riche
qu'elle m'aida à mettre , en me faiſant
entendre par fignes que le mien étoit
trop peu convenable pour moi. Je ne
fus pas plutôt habillée , qu'une autre
m'apporta du chocolat avec une eſpéce
de gâteau : tout cela me fut fervi avec
un reſpect qui auroit peut- être flatté
ma vanité , ſi j'avois pû m'en diffimuler
le motif ou ne le pas craindre.
Dès que j'eus déjeûné , elles me conduifirent
dans une Salle où étoit leur
Maître , & où il eſt inutile de vous dire
qu'il m'attendoit. Il ſe leva & vint me
recevoir avec beaucoup de politeffe ,
prit une de mes longues manches en
fouriant, & parut admirer à quel point
cet habit m'alloit bien. Il m'invita enfuite
à paffer dans ſes jardins , où la
beauté & la variété des fleurs me parurent
admirables. Il en cueillit quelques-
unes des plus curieuſes qu'il plaça
dans mes cheveux & fur mon fein ,
mais avec tous les égards qu'exigeoit
la modeſtie la plus ſcrupuleuſe ; & pendant
ce jour même & pluſieurs autres
il ne fit rien qui pût faire naître en moi
les moindres allarmes , quoiqu'il me fût
aiſé d'appercevoir les progrès de fa
paffion par le feu qui brilloit dans ſes
40 MERCURE DE FRANCE.
yeux. Sa main trembloit quand il étoit
dans le cas de m'en offrir l'appui & de
toucher la mienne ; & quoique les Peuples
de cette couleur ne rougiffent jamais
, je remarquois pourtant ſouvent
que ſon viſage devenoit d'une teinte
plus pâle , effet de la violence que lui
cauſoit une conduite auſſi modérée.
Après m'avoir fait voir dans ſes jardins
tout ce qu'il jugeoit digne de mes
obſervations , & m'avoir conduit dans
une grotte ornée de coquillages , autour
de laquelle ferpentoit un ruiffeau
qui fortoit d'une eſpèce de labyrinthe ,
il me ramena dans la ſalle où la rable
étoit ſervie ; & pendant le repas il
conſerva pour moi les mêmes attententions
& les mêmes égards. Apeine
étions-nous deſſervis , qu'un de ſes efclaves
entra précipitamment & lui dit
quelques mots qui parurent lui caufer
beaucoup de joie ; & voici ce que
c'étoit. Epris de la plus vive paffion
pour moi & affligé de ne pouvoir me
communiquer ſes idées , ni ſçavoir ce
que j'étois , ni ce qui avoit pû donner
lieu aux étranges événemens qu'on lui
avoit racontés , il avoit envoyé à la
Ville offrir une récompenſe confidérable
à qui ſçauroit aſſez les Langues Euro
NOVEMBRE. 1763 . 41
péennes pour pouvoir nous fervir d'interprète
; & la perſonne chargée de
cette commiſſion avoit été affez heureuſe
pour trouver un homme qui parloit
paffablement le Hollandois , l'Anglois
& le François .
Le Banian , après avoir caufé un
moment avec lui , le pria de me parler
dans toutes les langues qu'il poffédoit.
Dès qu'il connutque j'étois Francoiſe
, il me demanda par quel hazard
je me trouvois dans l'Inde ? Jamais aucun
fon ne flatta plus délicieuſement
mon oreille. Je lui appris tous mes
malheurs ; il les répéta au Banian , qui
touché de mon hiſtoire me fit aſſurer
qu'il me rendroit tous les ſervices qui
pourroient être en ſa puiſſance. Je demandai
dans quel pays j'étois ? & il ne
m'eut pas plutôt dit que c'étoit à Bombay
que je le fuppliai de me faire
conduire chez un Commercant Anglois
, pour le prier de me procurer les
moyens de retourner en Europe. Cette
propoſition ne fut pas plutôt expliquée
au Banian , qu'il ordonna à l'Interprète
de me dire que nous étions à une
très-grande diſtance de la Colonie ; mais
qu'ayant des relations d'affaires avec les
Commerçans d'Angleterre , & du cré-
,
42 MERCURE DE FRANCE.
dit chez cette Nation , il ſe chargeoit
avec plaifir de cette négociation. i
Cette réponſe étoit d'autant moins
fatisfaiſante pour moi , que j'aſpirois
après l'inſtant de me voir hors de la
puiſſance d'un homme dont les diſpoſitions
me donnoient beaucoup de dé
fiance. Je tentai mais inutilement d'engager
le Banian à vouloir bien s'é
pargner cette peine. Affez heureux ,
me dit- il, pour ſe trouver le premier
à portée de m'être utile , il devenoit
jaloux de finir ſon ouvrage. Je penſai
alors à gagner l'amitié de l'interprète&
à le charger d'une Lettre pour le Gouverneur
de Bombay , que le Capitaine
de notre vaiſſeau m'avoit dit être un
homme plein d'honneur; mais je craignis
de me confier trop légérement à
une créature du Banian , & peut-être
de m'expoſer à l'irriter trop contre moi.
Je crus donc n'avoir rien de mieux à
faire que de me mettre ſous la protection
du Ciel & de laiſſer agir cet Indien
qui non moins impatient que
moi, partitdès le lendemain pour la ville
&me laiſſa ſon interprète , afin que par
fon moyen je puſſe faire entendre mes
volontés à ſes gens qui avoient ordre
de m'obéir en tout.
,
NOVEMBRE. 1763. 43
Cetre abfence donna quelque relache
à mes inquiétudes ; je l'employai à
queſtionner l'interprète ſur le temps qu'il
avoit paffé en France , fur ce qui l'avoit
engagé à y aller, ſur le ſéjour qu'il
avoit fait dans l'Inde , ſur ſes facultés &
l'état de ſon commerce à Bombav. II
me dit qu'étant Matelot fur un vaiſſeau
marchand Hollandois . & le vaiſſeau
ayant été pris par un Anglois , il avoir
appris cette langue ; que depuis étant
venu ſouvent dans l'Inde il avoit encore
appris le Malayant ; qu'il devoit
le peu qu'il ſçavoit de la langue Françoiſe
à la com, laiſance d'un François
avec lequel il avoit fait un voyage de
long cours ; qu'enfin ſa demeure étoit
fixée à Bombay , où il avoit épousé
une Indienne dont il avoit pluſieurs enfans.
Je concevois à peine comment
un Européen s'étoit déterminé à prenpre
une femme de cette couleur , &
de plus payenne. Mais je ne fus pas
long-temps à m'appercevoir qu'il n'étoit
rien moins que délicat en matière
de Religion , & à m'applaudir de ne m'être
pas confiée à lui comme j'en avois
été tentée. Je lui demandai le nom &
le rang de celui ſous la protection duquel
j'étois tombée ? Ilm'en fit les plus
44 MERCURE DE FRANCE.
grands éloges & finit par me dire que
celle qu'il épouſeroit feroit la plus heureuſe
femme du monde. Je fis peu d'attention
à ce difcours & pour me donner
de l'occupation je me fis inſtruire
par lui de pluſieurs phrases de la langue
Malayene qui me parut fi facile , qu'en
peu de jours je me trouvai en état de
demander tout ce qui m'étoit néceſſaire.
Le reste áu Mercure prochain.
de B*** écrite par elle-même
pour ſa fille , traduite de l'Anglois ,
par Madame D ***.
LE ſeul motif capable de me faire
ſupporter une vie qui dès ma plus tendre
enfance n'a été qu'un tiſſu de malheurs
, fut le defir de vous voir parvenir
à un âge où vous puiſſiez vraiment
ſçavoir qui vous êtes. Je n'ai pu foutenir
l'idée de ne vous laiſſer avant de
mourir d'autres connoiffances de vousmême
, fi ce n'eſt que vous êtes fille
d'un Banian idolâtre. S'il plaît au Ciel
que ces papiers tombent entre vos mains,
je vous recommande de les conferver
avec le plus grand foin ; je vous conjure
auffi par reſpect pour le culte dans
lequel vous êtes née , qui rend ſacrés
14 MERCURE DE FRANCE .
les devoirs envers les Pères & Mères ,
de lire avec la plus fcrupuleuſe attention
ce que ces Mémoires contiennent ,
de méditer fur chaque article , de peſer
chaque précepte & de les graver fi bien
dans votre ſouvenir , que ſi quelqu'accident
vous faiſoit perdre ce manufcrit ,
vous fuffiez en état de le récrire. Je
vous ordonne ſeulement d'en garder un
fecret inviolable , à moins que la providence
, dont les decrets font impénétrables
, ne vous mît dans une fituation
où il vous feroit avantageux de le publier.
Sçachez donc , ma chère Zoa , que
vous êtes deſcendue par moi de deux
très- anciennes & très-illuſtres maiſons
établies dans le plus fameux Royaume
qu'il y ait ſur la Terre , non ſeulement
par la richeſſe de ſon ſol & la magnificence
de ſes Villes , mais encore par
le génie & les moeurs de ſes habitans.
Il eſt inutile que je vous nomme la
France , puiſque vous m'avez ſouvent
entendu dire que j'y avois reçu le jour.
Mon père étoit le plus jeune des fils
du Comte de B***. ma mère fille du
Baron de S***. S'il vous arrive de rencontrer
quelqu'un de ce payslà,vous entendrez
parler de la vertu&de la granNOVEMBRE.
1763. 15
deur de vos ancêtres . J'éviterois de
vous expoſer à un ſentiment d'orgueil
en vous apprenant l'éclat de votre origine
, ſi cet éclat même ne devoit pas
vous tenir en garde contre tout ce qui
feroit capable de la ternir.
Il eſt d'uſage enFrance parmi les gens
de Condition , de ne pas ſouffrir de
méſalliances : s'ils ſe trouvent hors d'état
d'établir convenablement leurs filles
, ils prennent le parti de les enfermerdans
des maiſons appellées Monaftères,
où elles ſont ſéqueſtrées du monde
pour toujours , & même ſouvent forcées
de ſe conſacrer à Dieu.
Le Baron de S***. chargé de beaucoup
d'enfans , ſe propoſoit de ſacrifier
ma mère à l'agrandiſſement de ſa
famille ; mais la paffion que mon père.
conçut pour elley mit obſtacle. Après
d'inutiles efforts pour obtenir le conſentement
de mon Ayeul , le jeune
B***. prit leparti d'épouſer ſon amante
en ſecret. Ce mariage caché l'eût été
longtemps ſans la réſolution qu'avoit
priſe le Baron de confiner ſa fille dans
un Monastère. La groſſeſſe de cette infortunée
, l'honneur de la famille , le
fien même exigeoient qu'elle déclarât
fon état. Le Comte indigné ne permit
16 MERCURE DE FRANCE.
jamais que mon père ſe préſentât devant
lui , refuſa même de contribuer à
ſa ſubſiſtance & à celle de la femme
qu'il avoit choiſie. En vain nombre de
perſonnes entreprirent de le calmer ,
en lui repréſentant que la fille du Baron
de S*** . étoit un parti fortable pour
le fils du Comte de B***. que la vertu ,
la beauté & toutes les qualités de ma
mère dédommageoient amplement du
manque de fortune ; il fut toujours inéxorable
, & ma naiſſance , ( car je ſuis
le premier & unique fruit de ce triſte
mariage ) ne put émouvoir ſa ſenſibilité.
Pendant treize ans entiers nous n'eumes
de ſecours mon père , ma mère &
moi , que ceux que le Baron put prendre
ſur la mince ſubſiſtance de ſes autres
enfans , & qui par conféquent ne
purent nous rendre la vie que fort
amère.
Nous languiſſions dans cette ſituation
déplorable,lorſque la mort du Gouver--
neur d'Iranadab arriva . C'eſt un établiſſement
que la France a dans les Indes.
Le Prince de Condé demanda cette
Place au Roi pour mon père. Le poſte
étoit peu brillart pour l'héritier de la
maiſon de B *** , mais devenoit une
reſſource honnête pour un fils diſgracié
NOVEMBRE. 1763. 14
de ſon père , & qui ne vivoit qu'aux
dépens de celui de ſa femme.
On imagina dans le monde qué cét
événement rameneroit le Comte de
B***, & que plutôt que de laiſſer expatrier
fon fils , il ſe détermineroit à lui
pardonner; mais conſtamment fourd au
cri de la nature , le Comte ſe refuſa
même à ce que mon père prit congé
de lui avant ſon départ.
notre
Le Baron auroit voulu pouvoir déterminer
ſon gendre & ma mère à
me laiſſer auprès de lui ; mais leur tendreſſe
fatale pour l'unique fruit de leur
union , ne leur permit pas d'y conſentir.
Tout étant préparé pour
voyage , à la commodité , à la magnificence
même duquel tous nos parens ,
à l'exception de l'inexorable Comte ,
voulurent bien contribuer. Nous nous
embarquâmes ſur une Frégate du Roi ,
amplement fournie de tout ce qui nous
étoit néceſſaire. Un vent favorable nous
donnoit l'eſpérance d'une heureuſe navigation
, & le changement que j'appercevois
dans la phyſionomie de ceux
à qui je devois le jour , m'annonçoit
leur fatisfaction . Celle de ſe voir indépendans
, quoique dans un état au-deffous
de leur naiſſance , leur donnoit un
18 MERCURE DE FRANCE.
air de gaîté qui me raviſſoit d'autant
plus qu'il étoit nouveau pour moi. Il
m'eſt permis , je crois , de dire que mon
père&ma mère formoient le plus beau
couple , & que la Nature ſembloit avoir
raſſemblé en moi par un heureux mêlange
tous les agrémens perſonnels de
l'un & de l'autre. Mais qui pourroit
aujourd'hui m'en croire ? dévorée de
chagrins amers dès ma jeuneſſe , j'ai
éprouvé avant le temps les effets de la
décrépitude que la vieilleſſe ſeule a
droit de produire , & vous n'avez ſans
doute remarqué dans ma figure aucune
trace de cette beauté funeſte , qui
ſembloit ne m'avoir été donnée que
pour cauſer tous les malheurs de ma
vie.
Au moment où nous nous flattions
que notre malheureuſe étoile ſe lafſoit
de nous perfécuter , elle ſe diſpoſoit à
nous porter les plus ſenſibles coups.
Unmatin que j'étois encore au lit , un .
bruit extraordinaire m'éveilla en ſurſaut,
& l'inſtant après j'entendis des coups
de fufil. Je m'élançois du lit pour courir
en apprendre la cauſe , quand ma
femme de chambre vint m'annoncer
que nous étions attaqués par un Pirate.
La terreur qui ſe peignoit dans ſa conSEPTEMBRE.
1763. 19
tenance me perfuada que nous étions
dans le plus grand danger. Habillée à
la hâte je courus auprès de ma mère
que je trouvai proſternée , implorant le
Ciel. Quelques gens du Vaiſſeau entrerentdans
ſa chambre. Où est mon époux,
s'écria- t- elle ? il combat , Madame , lui
repondit- on. Nous ne pouvons l'arracher
du tillac où tout ſemble être en
feu. Elle y couroit pour l'engager à ſe
ménager davantage; mais un bruit terrible
l'arrêta tout-à- coup.... Ils nous
ont abordés ! ils nous ont abordés , s'écriaun
Matelot : notre perte eſt certaine
, la mort , oul'eſclavage. Quelles expreffions
pourroient peindre la conſternation
& l'horreur où se trouva cette
mère ſi tendre ? Mais que devint-elle
à l'aſpect de mon père couvert de fang ,
&qu'on rapportoit à ſa chambre ? Ah
Madame ! dit- il en soupirant , rien ne
peut nous fauver ; le Ciel nous abandonne
; le vaiſſeau eſt pris ; nous fommes
tous eſclaves ! .... Bientôt notre
chambre fut remplie d'hommes d'un
aſpect fier & terrible. Le Capitaine que
j'apperçus au milieu d'eux , donna des
ordres dans une Langue que je n'entendois
pas . Nous jugeâmes bientôt
qu'ils étoient en notre faveur ; car la
,
20 MERCURE DE FRANCE.
plupart de ces miſérables dont l'air fe
roce étoit encore plus effrayant que la
figure , fortirent ſur le champ. Il n'en
reſta que trois ou quatre ; & l'un deux
qui étoit François ,nous fervit d'interprete.
Le Capitaine inſtruit de ce que
nous étions , eut l'humanité d'ordonner
que l'on panfat les bleſſures de mon
père & de permettre que nous gardaffions
la même chambre : mais tout
le reſte de nos gens , à l'exceptionde
deux de nos femmes , furent enchaî
nés au fondde cale.
Le Capitaine ayant enſuite fait emporter
tous les effets & marchandiſes de
notre vaiſſeau , retourna dans le fien ,&
ne nous laiſſa qu'un Patron & quelques
Matelots pour nous conduire à Madagascar.
Quel affreux revers ! Quelle différence
dans notre ſituation ! Prêts à recevoir
les hommages d'une Province entiere
, nous nous trouvions dépouillés
de tout& conduits en captivité! Mon père
paroiffoit enviſager fon malheur avec
courage ; mais ma mère étoit inconfolable.
Son coeur tendre & généreux
ne ſupportoit pas l'idée d'être la cauſe
de celui de fon époux. Une mélancolie
profonde , plus dangereuſe que les
NOVEMBRE. 1763. 21
bleſſures de men père , s'empara d'elle ;
&malgré tous les efforts de la paffion
la plus tendre pour la convaincre que
l'amour vertueux dédommage des ri
gueurs du fort , elle ſe reprochait ſans
ceſſe les infortunes de ſon épouſe,
Je ne pouvois éviter d'entendre leurs
triſtes entretiens ; mon coeur en étoit
ſi pénétré , que je paffois quelquefois
de l'abattement au murmure contre la
Providence qui paroiſſoit s'intéreſſer fi
peu à l'innocence & à la vertu.
Nous étions depuis huit jours prifonniers
des Pirates, quand nous fumes flattés
de l'eſpérance de fortir de l'eſclavage.
Le Vaiffean qui s'étoit emparé du
nôtre & qui voyageoit de compagnie
avec nous , avoit découvert un vaiſſeau
Anglois , qu'il crut affez richement
chargé pour devoir l'attaquer ; mais les
Pirates ayant usé une partie de leur poudre
dans leur combat contre nous , celui
qu'ils livrérent à l'Anglais ne put
être auſſi vif, Quelques-uns de nos hommes
, que dans la confufion ils avoient
laiſſés dans notre vaifleau , imaginant
devoir profiter de ce moment de
trouble pour recouvrer leur liberté ,
firent main-baſſe ſur les Pirates ; &
après un carnage horrible notre Capi
22 MERCURE DE FRANCE .
taine vint nous annoncer l'agréable
nouvelle qu'il étoit le ſeul Com maridant
de ſon vaiſſeau. Nous fimes alors
force de voiles dans l'eſpérance de nous
ſauver , tandis que le vaiſſeau Pirate
étoit engagé avec l'Anglois : mais malheureuſement
le nôtre étoit fi endommagé
que ceux qui étoient à la poup e
criérent qu'il ne ſe ſoutiendroit pas deux
heures à la voile.
Mon père alors , le Capitaine & l'equipage
furent d'avis de joindre le vaifſeau
Anglois & de l'aſſiſter avec ce qui
nous reſtoit d'hommes & de munitions :
on agit en conféquence. Les Anglois
ranimés par ce ſecours ineſpéré redoublérent
de valeur ; nos gens ſentant qu'il
falloit vaincre ou mourir , aborderent
l'ennemi l'épée àla main. LesAnglois de
leur côté ſauterent dans le vaiſſeau &
attaquerent les Pirates avec un courage
qui n'a pas d'exemple. Jamais combat
ne fut plus obſtiné ; mais enfin la victoire
demeura au parti le plusjuſte. Les
Pirates furent prèſque tous tués ou
bleſſés , & leur vaiſſeau tellement criblé
que les Anglois en ayant tranſporté
tous les effets dans le leur , l'abandon.
nerent, avec le peu d'hommes qui y reftoientà
la merci des flots. Le nôtre étoit
NOVEMBRE. 1763
également fi rempli d'eau , que nous
fumes obligés de le quitter pour paffer
dans celui des Anglois. Le Capitaine
parloit très bien François ,& étoit auffi
poli que brave. Il ne ſcut pas plutôt qui
nous étions & ce qui nous étoit arrivé
depuis que nous avions quitté la France,
qu'il nous traita avec les égards les
plus refpectueux ,& nous fit rendre tout
ce qui nous avoit été pris par les Pirates
en confidération des ſervices qu'il avoit
reçus de nous ; mais le Capitaine &
mon père ne voulurent rien accepter
que ce qui leur avoit appartenu , & demanderent
pour toute grace qu'on les
mît à terre à Iranadab. Le Capitaine
Anglois que déconcerta cette demande,
dit à mon père que le vaiſſeau qu'il
montoit appartenant à une Compagnie
de Marchands dont il n'étoit que le
Facteur ; & que les effets qu'il contenoit
étant d'une valeur conſidérable , il ne
pouvoit nous conduire dans le port d'us
ne Nation avec laquelle la fienne étoit
actuellement en guerre : mais qu'à notre
arrivée à Bombay où il devoit ſe
rendre , il repréſenteroit au Gouverneur
& aux Marchands les ſervices que nous
lui avions rendus , de façon à obtenir
d'eux un vaiſſeau pour nous conduire
où nous defirions aller,
24 MERCURE DE FRANCE.
,
Nous euffions paſſe notre temps afſez
agréablement ſur le vaiſſeau , fi l'indiſpoſition
de ma mère n'avoit pas augmenté
au point de nous faire défefpérer
de ſa vie. Mon père entièrement
guéri de ſes beſſures ne quittoit pas
le chevet de ſon lit; ma tendreſſe &
mon devoir m'y attachoient également.
Elle languit dans cet état environ fix
ſemaines ; & voyant approcher ſa fin
elle fit ſes adieux à mon père avec
plus de courage qu'on ne devoit attendre
d'un caractère naturellement
foible. Sa paffion pour lui ſembloit l'élever
au-deſſus des terreurs , affez ordinairement
inséparables de la prochaine
diffolution de notre être. Elle
ne doutoit pas que fa mort ne fût un
moyen de réconciliation avec le Comte
ſon père , & que ſon époux ne rentrât
dans tous les droirs que ſon amour
pour elle lui avoit fait perdre. Cette
idée lui faisoit quitter le monde avec
moins de regret & d'amertume. Elle
m'embraffa , me donna ſa bénédiction;
& ſe retournant encore vers mon père,
me recommanda tendrement. Ce furent
les dernières paroles qu'elle articula en
nous laiſſant en proie à la plus profonde
douleur. Mon père , qui ne voulut ja
mais
NOVEMBRE. 1763 . 25
mais confentir que la mer ſervît de fée
pultureau corps de fa malheureuſe épou
ſe , la fit embaûmer par le Chirurgien
du vaiſſeau , dans l'eſpérance , dès qu'il
feroit arrivé à ſon Gouvernement , d'en
faire les obſéques d'une façon convenable
à ſa naiſſance , à ſes vertus & à la
tendreſſe qu'il confervoit pour elle audelà
du trépas.
: Mais hélas ! que les projets des hommes
font vains quand le Ciel en a décidé
autrement. Non feulement cette
épouſe chérie , mais fon époux même
étoient deſtinés à n'avoir que la mer
pour tombeau. Nous étions à la vue de
Bombay, quand il s'éleva le plus furieux
orage que les Matelots euſſent jamais
vû fur cette mer. L'obſcurité vint ſe
joindre au danger , & augmenta nos
craintes. Les coups de vents furent fi
terribles , que les mâts & le gouvernail
ſe rompirent; l'eau entra dans le vaifſeau
avec une telle abondance , que
tout l'Equipage s'écria : Nous sommes
perdus ! plus d'espérance que la cha-
Loupe !... Elle fut dans l'inftant jettée
à l'eau : mon père & moi & autant de
Matelots qu'elle en pouvoit contenir y
entrâmes d'abord ; mais le péril preffant
y fit précipiter tant de monde ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle ne tarda pas à couler à fond,
Tout ce qu'elle portoit périt , à la ré
ſerve de trois perſonnes , un Contre-
Maître Anglois & un Valet-de-Chambre
François que nous avions amenés
de France , & moi. Ce dernier , qui
étoit excellent Nageur , eut la force de
me ſauver avec lui. Mon ſalut en cette
occafion étoit ſans doute un malheur
de plus pour moi ; mais il tenoit tant
du prodige , qu'en réfléchiſſant au ſoin .
que la Providence prit alors de mes
jours , on eût pu croire qu'il entroit
dans ſes décrets de les rendre auffi heus
reux qu'ils ont été infortunés.
J'étois évanouie quand nous attei
gnimes le rivage; mes deux libérateurs
me donnerent tous les ſecours qui dé
pendirent d'eux. Je repris bientôt mes
eſprits ; mais repréſentez - vous , ma
chere Zoa , toute l'horreur de ma fie
tuation , lorſque je fus en état de l'enviſager
! Dans le premier mouvement
de mon déſeſpoir , je ne penſai ni à
remercier le Ciel ni ceux qui au péril
de leur vie avoient ſauvée la mienne.
Je demandai mon père à grands cris ,
& mon père ne me fut pas rendu.
Les deux hommes ( car le Contre-
Maître parloit affez bien le françois pour
NOVEMBRE. 1763. 27
ſe faire entendre ) me dirent tout ce
qu'ils purent imaginer pour me confoler
; ils me flatterent qu'il n'étoit pas
impoffible que le Gouverneur ſe fût
ſauvé comme nous ; que vraiſemblablement
la Chaloupe ſe ſeroit briſée
contre un rocher ou auroit échoué à
la côte ; & qu'en ce cas on pourroit
après la tempête retrouver une partie
des effets qui nous appartenoient.
1
J'ignorois fi ce dernier événement
étoit poſſible ; mais j'étois ſûre que mon
père ne ſçavoit pas nager & qu'il ne
me reſtoit pas la plus légère eſpérance
de le revoir jamais. Une perte fi cruelle
fuffifoit pour me rendre inconfolable ,
quand même je me ferois retrouvée
dans ma patrie & maîtreſſe d'une grande
fortune : quelle impreffion ne dutelle
pas faire ſur une malheureuſe orpheline,
étrangère dans quelque pays où
le fort l'eût jettée alors , ne ſcachant
que la langue & les uſages du fien ,
fans appui , fans aſyle , ſans guide &
fans argent ! l'obſcurité de la nuit& le
fifflement des vents ajoutoient encore
à l'horreur de mes réfléxions & me faifoient
fouhaiter la fin de ma déplorable
vie. Le jour parut enfin : jamais
mes yeux n'avoient été frappés d'un
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
,
plus beau ſpectacle. La Mer furieuſe
peu d'heures auparavant étoit devenue
calme , la Terre d'une fraîcheur charmante.
Auprès de nous étoit un bois
dont les arbres chargés de fleurs & de
fruits de différentes eſpèces , charmoient
la vue & l'odorat. Ce ſpectacle , je l'a
vouerai , ſuſpendit un inſtant les tranf
ports de ma douleur ; mais en me retournant
vers la Mer qui renfermoit
dans ſon ſein tout ceque j'avois
eu de plus cher , je ſentis de nouveau
couler mes larmes. En vain mes Compagnons
chercherent à découvrir quel
ques veſtiges du naufrage. Le Contre-
Maître , qui pour la troifiéme fois alloit
aux Indes & qui connoiſſoit ces parages
, prétendit que le Vaiſſeau avoit dû
être entrainé par le courant dans le
Havre, & qu'il étoit poffible qu'une par
tiede nos richeſſes pourroit être ſauvée,
Mais quel foible adouciſſement aux
maux dont j'étois déchirée !
J'étois à jeun depuis vingt - quatre
heures , par conféquent très - affoiblie,
Mes compagnons eux - mêmes , trèspreſſés
par la faim , cueillirent des fruits,
me forcerent d'en goûter , & ſe promirent
qu'en côtoyant les bords de la
Mer nous pourrions rencontrer quelNOVEMBRE.
1763 . 29
que Ville. Cependant le Contre-Maître
parut incertain ſur le chemin qu'il
étoità proposde choiſir : il avoua même
n'être pas für que nous fuffions près de
Bombay. L'obſcurité de la nuit & la
violence de l'orage ne lui avoit , diſoitil
, pas permis de prendre aucunes directions
préciſes. Il falloit donc marcher
au hazard. Nous fimes pluſieurs milles-
fans découvrir aucunes traces d'hommes
: mais cette fatigue devint bientôt
au-deſſus de mes forces , au point
que mes compagnons ſe virent tour-àtour
obligés de me porter dans leurs
bras . Dès que la nuit parut , la crainte
des bêtes féroces dont ces lieux pouvoient
être habités , les détermina à
couper avec leurs épées des branches
d'arbres dont ils firent un grand feu .
Ils m'inviterent alors à tâcher de prendre
quelque repos pour me mettre en
étatde recommencer le lendemain notre
courſe , & convinrent de veiller alternativement
tant pour entretenir le
feu , que pour, en cas de beſoin, éveiller
les deux autres .
Gouchée au pied d'un arbre, où malgré
l'agitation de mes eſprits , je ne tardai
pas à m'endormir profondément,
Ja fatigue que j'avois efſuyée eût ſans
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
....
doute prolongé mon sommeil , fans un
événementdont je frémis encore . Je rêvois
qu'un animal féroce étoit prêt à
me dévorer ; je m'éveillai avec effroi
& crus que mon rêve devenoit une
réalité , lorſque je me fentis preſſée dans
les bras d'un homme. J'allois jetter des
cris perçans , lorſqu'on me dit : ne vous
allarmez - pas , belle Henriette ; vous
n'avez rien à craindre de moi ; je vous
le proteſte fur ce que j'ai de plus facré :
daignez m'entendre. Je vousai aimée ,
que dis-je ! adorée dès le premier moment
que je vous ai vue Le fon de
ces paroles me fit reconnoître Reyner
(c'étoit le nom du Valet-de-Chambre ,
de mon père . ) Je pouſſai un cri fi violent
qu'il éveilla le Contremaître. Cet
honnête homme accourut à moi , &
comprit la cauſe de ma frayeur. Monftre
! dit- il , efſt-ce au milieu des dangers
qui nous environnent , après être
échappés comme par miracle à la mort ,
eſt-ce le temps d'infulter auffi cruellement
une perfonne que vous ne devriez
approcher qu'avec reſpect ? Reyner
plein de fureur &de honte , ne répondit
à ce reproche que par des injures
& des menaces. Il n'en fallut pas
davantage pour exciter entr'eux un
3
NOVEMBRE. 1763. 31
combat. J'étois fi indignée&fi humiliée
de cet événement, que prèſque hors
de moi-même je me mis à fuir de toutes
mes forces vèrs une forêt que j'apperçus
, où excédée de fatigue &d'horreur
, je tombai au pied d'un arbre
touffu dont les branches pendoient jufqu'à
terre.
Mon eſprit étoit trop agité pour enviſager
d'autres malheurs que celui de
tomber entre les mains du perfide Reyner.
Mais bientôt une multitude d'objets
de terreur ſe peignirent à mon
imagination. Les bêtes ſauvages dont
l'honnête Anglois nous avoit parlé , me
faifoient friffonner au moindre bruit.
Pleine de cette inquiétude , je quittai
ma place pour jetter les yeux de tous
côtés , fans pouvoir découvrir ni maiſon
ni cabane , ni rien qui m'offrît l'apparence
d'un aſyle. Déſeſpérant alors
de conferver ma vie je commençai
à moins craindre la mort.
Les différentes mifères , les peines ,
les dangers que j'avois effuyés dans
un fi court eſpace de temps , ſe préſenterent
en foule à ma mémoire ; &
mon âme trop foible pour ſupporter
ces cruelles idées , perdit juſqu'à la faculté
de réfléchir. Je tombai dans une
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
forte de léthargie ; & j'ignore combien
de temps avoit duré cette eſpèce d'anéantiſſement
quand j'en fortis par une
nouvelle épouvante , peut-être la ſeule
choſe capable de me tirer alors de cet
état. C'étoit la voix du déteſtable Reyner.
Vous voilà enfin retrouvée , aimable
fugitive ? me dit- il , avec un sourire
mocqueur , vous vous êtes ſauvée de
moi ; mais vous ignoriez que rien ne
pouvoit vous cacher à votre Amant.
Je vous aurois poursuivie dans tous les
coinsdu monde. Ma paſſion eſt telle que
je m'expoſerois non ſeulement à toute
la vengeance des hommes , mais à
celle de Dieu même plutôt que d'y
renoncer .
Ce difcours me pénétra de tant d'horreurs
, que j'ai peine à concevoir comment
j'y pus ſurvivre. La violence des
mouvemens qui m'agitoient , ne me
laiſſa d'autre liberté d'expreffions que
celle d'un regard où il pût lire ma
haine & mon mépris. Ne me haïffez pas
pour un excès d'amour , reprit- il fur un
ton plus reſpectueux ; fi c'eſt un crime
de vous avoir aimée , n'en faccuſez que
vos charmes. Il voulut alors ſe ſaifir
de mes mains . Audacieux Efclave !
m'écriai-je , ofes-tu bien élever tes re
NOVEMBRE. 1763. 33
gards juſqu'à moi ? Je ſçai , dit- il , la
diſproportion de votre rang &du mien;
mais la fortune ne nous a-t-elle pas mis
de niveau ? Ne nous plonge-t- elle pas
tous deux dans la même indigence ? Ne
vange-t-elle pas enfin la Nature après
l'avoir humiliée tant de fois ? Dans le
fond ne fuis -je pas né votre égal ? Qu'estce
que les diftinctions inventées par
l'injuftice & foutenues par la force ? Les
Grands de la Terre font-ils d'une eſpéce
différente des petits ? Croyez - vous
qu'un homme d'un état obfcur ne doive
, ne puiſſe ni penſer ni ſentir comme
les Grands ? Le Peuple n'eſt plus
dans cette profonde ignorance qui le
plaçoit , qui le fixoit , pour ainſi dire ,
parmi les brutes : nous ſcavons aujourd'hui
écrire , lire , écouter & réfléchir.
Vous êtes belle , vous me plaiſez ; nous
voilà dans l'ordre naturel : pourquoi
donc cette fierté , cette hauteur fi déplacée
à préſent ? Efforçons-nous plutôt
de foulager notre miſére commune,
& livrons-nous aux plaiſirs que la Nature
ne refuſe à perſonne. Nous pouvons
, fi vous voulez , être auſſi heureux
que nos premiers pères dans le
jardin d'Eden . Je rendrai à mon aimable
Henriette tous les ſervices qui dé
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
pendront de moi , & mon zéle ira toujours
au-devant de ſes defirs. Quand
elle dormira je veillerai & ſerai ſon défenfeur
. Peut-être enfin que le hazard
nous conduira dans quelque lieu où
mon travail fournira plus agréablement
à votre ſubſiſtance. Chère Henriette !
ajouta -t- il avec chaleur , ayez pitié de
vous-même : craignez de m'irriter ; ne
me méprifez pas ; que ces beaux yeux
m'enviſagent avec moins d'horreur. De
quel ſecours feroient maintenant vos
titres ? de quel ſecours au contraire ma
tendreſſe ne vous ſera-t-elle pas ?
Tandis qu'il parloit ainfi , j'avois le
viſage tourné de façon qu'il ne voyoit
pas les larmes dont j'étois baignée .
J'invoquois intérieurement le Ciel; jamais
je ne lui fis d'auffi ferventes prieres .
Reyner garda un moment le filence &
le rompit bientôt pour me preffer de
lui répondre . Que puis - je dire , m'écriai-
je avec fierté , que tu ne ſaches
déja ? Je ne vois en toi qu'un ſcélerat
trop indigne de vivre , & je ne puis que
m'abhorrer moi-même d'avoir ſcu te
plaire. A ces mots je m'élançai de
ſes bras & tentai de prendre la fuite.
Il ne lui fut pas difficile de m'atteindre.
Je fis retentir de mes cris les échos de
NOVEMBRE. 1763 . 35
la forêt , & je me voyois prête a devenir
la proie de ce ſcélérat , quand toutà-
coup pluſieurs hommes arriverent à
l'endroit où nous étions. Indignés de la
violence à laquelle ils me voyoient
prête à fuccomber , l'un deuxd'un coup
de javelot étendit mon lâche raviſſeur
àmes pieds .
Je dois maintenant vous informer de
qui & par quel hazad je reçus ce ſecours
ineſperé. Vous ſcavez , ma chère
Zoa , que votre père a une belle Maifon
de Campagne à trois lieues de la
vaſte forêt de Chiama . C'étoit dans cette
même forêt que j'avois foutenu l'horrible
combat que je viens de vous raconter
, & c'étoient les gens du Banian
qui chaſſoient alors au ſanglier.
J'aurois peine à vous exprimer la furpriſe
que je caufai à ces Indiens. Mes
habits , quoique riches , trempés par
Peau de la Mer & féchés au vent & au
foleil , par conséquent de mille fauffes
couleurs , & déchirés ainſi que ma peau
par les bruyères à travers leſquelles j'avois
paſſé ; mes cheveux épars dans le
plus grand défordre ; mes yeux égarés ;
tout cet appareil joint au lieu où ils m'avoient
rencontrée , leur fit conclurre
qu'il m'étoit arrivé quelque avanture
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
extraordinaire. Ils m'entourérent & me
confidérerent de la tête aux pieds en
ſe parlant les uns aux autres ; mais quoique
je n'entendiffe pas leur langue , je
conjecturai par leur maintien que ce
qu'ils difoient n'étoit pas à mon défavantage.
Après m'avoir longtemps examinée
, deux d'entr'eux me tendirent la
main , & me conduifirent à travers la
forêt , en me foutenant , quand nous
étions dans de mauvais chemins , avec
la plus grande humanité.
Nous apperçumes enfin ce que peu
de temps auparavant j'avois défeſpéré
de jamais revoir , c'eſt - à - dire , une
maifon. Toute incertaine que j'étois
du traitement qui pouvoit m'y attendre
, je ne pus m'empêcher de fentir
la joie d'être hors d'un pays ſauvage ,
& de me retrouver avec des créatures
humaines. Mes conducteurs, en arrivant,
m'apporterent du linge très- blanc & fervirent
devant moi un plat de ris & quelques
oiſeaux bouillis , avec un pot d'argent
plein d'eau mêlée avec un peu d'Arak.
Je rendis grace à Dieu du changement
qui arrivoit dans mon état ; mais
il manquoit à mon bonheur la poſſibilité
d'entendre mes bienfaîteurs & de
les informer de ce qui me regardoit ;
NOVEMBRE. 1763. 37
détail qui pouvoit influer ſur la continuation
de leurs bons procédés à mon
égard. Après avoir emporté les reſtes de
ce qui m'avoit été ſervi , on me laiſſa
ſeule ; & je vis l'inſtant après entrer un
Indien d'une jolie figure , excepté la
couleur de ſa peau , ſuivi de quelquesuns
de ceux qui m'avoient trouvée dans
la forêt. Il me regarda comme eux avec
étonnement , & me traita avec la plus
grande politeffe. Aux témoignages de
reſpect qu'on lui rendoit , je m'apperçus
qu'il étoit le Maître de cette habitation ,
&je lui témoignai en François toute
ma reconnoiſſance ; mais j'eus le chagrin
d'appercevoir que je n'étois entendue
de perſonne. Mes démonstrations
lui firent cependant à-peu-près deviner
ce que je prétendois lui dire. Il fit figne
à ſes gens de ſe retirer ; & après
s'être affis auprès de moi , il me prit la
main & la baiſa avec tranſport. Cette
action , qui me rappella l'infame Reyner,
fit une telle impreſſion ſur moi , que je
m'écriai tout-à coup : O Dieu ! que
vais-je devenir ? Quoiqu'il n'entendît
pas les mots que je prononçois , la douleur
qui ſe peignit ſur mon vilage les
lui rendit , à ce qu'il m'a dit depuis ,
très- intelligibles. L'Indien en effet aban38
MERCURE DE FRANCE.
donna auffitôt ma main , me falua ref
pectueuſement avec l'air de me demander
pardon , & fortit de ma chambre.
Cette conduite dans laquelle je ſoupçonnai
malgré moi plus d'art que de
bonté , ne diffipa point mes inquiétudes .
Je venois trop récemment d'éprouver
que la paffion parvenue à un certain
degré , ne connoît plus de frein. Pouvois-
je ne pas craindre de me voir expoſée
aux mêmes dangers ? On ne me
laiſſa pas long-temps livrée à ces triſtes
réflexions. Deux femmes Indiennes entrerent
& me firent figne de les ſuivre.
Je fus conduite dans un très-bel appartement
, où je trouvai toutes les commodités
que j'aurois pû defirer
France même. Mais ce qui me plut
davantage , ce fut un verrouil que j'apperçus
à la porte ,&dont je ne différai
pas de faire uſage dès que je me trouvai
feule.
en
Malgré mes fatigues outrées , le trouble
de mon âme ne me permit de me
livrer au fommeil que vers le matin :
mais il devint fi fort , que je ne fus
éveillée que très- tard par une voix qui
ſembloit m'appeller. Je fortis de mon
lit; & après avoir paflé une robe , j'allai
ouvrir ma porte. C'étoit une des fem
NOVEMBRE. 1763 . 39
mes qui m'apportoit un habit très-riche
qu'elle m'aida à mettre , en me faiſant
entendre par fignes que le mien étoit
trop peu convenable pour moi. Je ne
fus pas plutôt habillée , qu'une autre
m'apporta du chocolat avec une eſpéce
de gâteau : tout cela me fut fervi avec
un reſpect qui auroit peut- être flatté
ma vanité , ſi j'avois pû m'en diffimuler
le motif ou ne le pas craindre.
Dès que j'eus déjeûné , elles me conduifirent
dans une Salle où étoit leur
Maître , & où il eſt inutile de vous dire
qu'il m'attendoit. Il ſe leva & vint me
recevoir avec beaucoup de politeffe ,
prit une de mes longues manches en
fouriant, & parut admirer à quel point
cet habit m'alloit bien. Il m'invita enfuite
à paffer dans ſes jardins , où la
beauté & la variété des fleurs me parurent
admirables. Il en cueillit quelques-
unes des plus curieuſes qu'il plaça
dans mes cheveux & fur mon fein ,
mais avec tous les égards qu'exigeoit
la modeſtie la plus ſcrupuleuſe ; & pendant
ce jour même & pluſieurs autres
il ne fit rien qui pût faire naître en moi
les moindres allarmes , quoiqu'il me fût
aiſé d'appercevoir les progrès de fa
paffion par le feu qui brilloit dans ſes
40 MERCURE DE FRANCE.
yeux. Sa main trembloit quand il étoit
dans le cas de m'en offrir l'appui & de
toucher la mienne ; & quoique les Peuples
de cette couleur ne rougiffent jamais
, je remarquois pourtant ſouvent
que ſon viſage devenoit d'une teinte
plus pâle , effet de la violence que lui
cauſoit une conduite auſſi modérée.
Après m'avoir fait voir dans ſes jardins
tout ce qu'il jugeoit digne de mes
obſervations , & m'avoir conduit dans
une grotte ornée de coquillages , autour
de laquelle ferpentoit un ruiffeau
qui fortoit d'une eſpèce de labyrinthe ,
il me ramena dans la ſalle où la rable
étoit ſervie ; & pendant le repas il
conſerva pour moi les mêmes attententions
& les mêmes égards. Apeine
étions-nous deſſervis , qu'un de ſes efclaves
entra précipitamment & lui dit
quelques mots qui parurent lui caufer
beaucoup de joie ; & voici ce que
c'étoit. Epris de la plus vive paffion
pour moi & affligé de ne pouvoir me
communiquer ſes idées , ni ſçavoir ce
que j'étois , ni ce qui avoit pû donner
lieu aux étranges événemens qu'on lui
avoit racontés , il avoit envoyé à la
Ville offrir une récompenſe confidérable
à qui ſçauroit aſſez les Langues Euro
NOVEMBRE. 1763 . 41
péennes pour pouvoir nous fervir d'interprète
; & la perſonne chargée de
cette commiſſion avoit été affez heureuſe
pour trouver un homme qui parloit
paffablement le Hollandois , l'Anglois
& le François .
Le Banian , après avoir caufé un
moment avec lui , le pria de me parler
dans toutes les langues qu'il poffédoit.
Dès qu'il connutque j'étois Francoiſe
, il me demanda par quel hazard
je me trouvois dans l'Inde ? Jamais aucun
fon ne flatta plus délicieuſement
mon oreille. Je lui appris tous mes
malheurs ; il les répéta au Banian , qui
touché de mon hiſtoire me fit aſſurer
qu'il me rendroit tous les ſervices qui
pourroient être en ſa puiſſance. Je demandai
dans quel pays j'étois ? & il ne
m'eut pas plutôt dit que c'étoit à Bombay
que je le fuppliai de me faire
conduire chez un Commercant Anglois
, pour le prier de me procurer les
moyens de retourner en Europe. Cette
propoſition ne fut pas plutôt expliquée
au Banian , qu'il ordonna à l'Interprète
de me dire que nous étions à une
très-grande diſtance de la Colonie ; mais
qu'ayant des relations d'affaires avec les
Commerçans d'Angleterre , & du cré-
,
42 MERCURE DE FRANCE.
dit chez cette Nation , il ſe chargeoit
avec plaifir de cette négociation. i
Cette réponſe étoit d'autant moins
fatisfaiſante pour moi , que j'aſpirois
après l'inſtant de me voir hors de la
puiſſance d'un homme dont les diſpoſitions
me donnoient beaucoup de dé
fiance. Je tentai mais inutilement d'engager
le Banian à vouloir bien s'é
pargner cette peine. Affez heureux ,
me dit- il, pour ſe trouver le premier
à portée de m'être utile , il devenoit
jaloux de finir ſon ouvrage. Je penſai
alors à gagner l'amitié de l'interprète&
à le charger d'une Lettre pour le Gouverneur
de Bombay , que le Capitaine
de notre vaiſſeau m'avoit dit être un
homme plein d'honneur; mais je craignis
de me confier trop légérement à
une créature du Banian , & peut-être
de m'expoſer à l'irriter trop contre moi.
Je crus donc n'avoir rien de mieux à
faire que de me mettre ſous la protection
du Ciel & de laiſſer agir cet Indien
qui non moins impatient que
moi, partitdès le lendemain pour la ville
&me laiſſa ſon interprète , afin que par
fon moyen je puſſe faire entendre mes
volontés à ſes gens qui avoient ordre
de m'obéir en tout.
,
NOVEMBRE. 1763. 43
Cetre abfence donna quelque relache
à mes inquiétudes ; je l'employai à
queſtionner l'interprète ſur le temps qu'il
avoit paffé en France , fur ce qui l'avoit
engagé à y aller, ſur le ſéjour qu'il
avoit fait dans l'Inde , ſur ſes facultés &
l'état de ſon commerce à Bombav. II
me dit qu'étant Matelot fur un vaiſſeau
marchand Hollandois . & le vaiſſeau
ayant été pris par un Anglois , il avoir
appris cette langue ; que depuis étant
venu ſouvent dans l'Inde il avoit encore
appris le Malayant ; qu'il devoit
le peu qu'il ſçavoit de la langue Françoiſe
à la com, laiſance d'un François
avec lequel il avoit fait un voyage de
long cours ; qu'enfin ſa demeure étoit
fixée à Bombay , où il avoit épousé
une Indienne dont il avoit pluſieurs enfans.
Je concevois à peine comment
un Européen s'étoit déterminé à prenpre
une femme de cette couleur , &
de plus payenne. Mais je ne fus pas
long-temps à m'appercevoir qu'il n'étoit
rien moins que délicat en matière
de Religion , & à m'applaudir de ne m'être
pas confiée à lui comme j'en avois
été tentée. Je lui demandai le nom &
le rang de celui ſous la protection duquel
j'étois tombée ? Ilm'en fit les plus
44 MERCURE DE FRANCE.
grands éloges & finit par me dire que
celle qu'il épouſeroit feroit la plus heureuſe
femme du monde. Je fis peu d'attention
à ce difcours & pour me donner
de l'occupation je me fis inſtruire
par lui de pluſieurs phrases de la langue
Malayene qui me parut fi facile , qu'en
peu de jours je me trouvai en état de
demander tout ce qui m'étoit néceſſaire.
Le reste áu Mercure prochain.
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11053
p. 47-54
CINQUIÉME & dernier Caractère du vrai Philosophe. Généreux & désintéressé.
Début :
La générosité est une vertu bien rare parmi les hommes ; quand il s'agit de [...]
Mots clefs :
Vertu, Hommes, Ami, Philosophe, Bonheur, Religion, Actions
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIÉME & dernier Caractère du vrai Philosophe. Généreux & désintéressé.
CINQUIÈME & dernier Caractère
du vrai Philofophe.
A
Généreux & désintéressé.
Lagénérosité eft une vertu bien rare
parmi les hommes ; quand il s'agit de
facrifier leurs paſſions , leur amour-propre
, ou leur intérêt , on ſçait combien
il leur en coûre.
48 MERCURE DE FRANCE .
Tel eſt ſouvent le ſort des plus juſtes des Rois ;
Tant qu'ils font ſur la Terre , on reſpecte leurs
Loix ;
On porte juſqu'aux Cieux leur juſtice ſuprême ,
Adorés de leurs Peuples , ils ſont des Dieux euxmêmes.
Mais après leur trépas que ſont- ils à vos yeux ?
Vous éteignez l'encens que vous bruliez pour
eux ,
Etcomme à l'intérêt l'âme humaine eſt liée ,
La vertu qui n'eſt plus eſt bientôt oubliée.
Edipe de Voltaire,
Qu'est - ce que la générosité?
C'eſt un penchant heureux qui nous
porte à obliger nos ſemblables , en
nous ſervant du pouvoir & des talens
que donnent , ou les prérogatives de la
naiſſance, ou un rang fublime & diftingué.
Vertu rare parmi les Grands , quelque
facilité qu'ils ayent à faire des heureux
: il en eſt peu qui ne foient arrêtés
par l'orgueil de leur état & qui ne craignent
de compromettre leur dignité ,
en follicitant par eux-mêmes , ou par
ceux qui les repréſentent , des graces
que la moindre démarche leur feroit
obtenir ; prétexte injuſte & d'autant
plus mépriſable , que la conſidération
&
NOVEMBRE. 1763. 49
& le reſpect attachés à leur nom font
des droits imperſcriptibles & toujours
capables de les raffurer. $
La générofité dans un Particulier
exige plus de peine & de travaux. Plus
à portée de la misère publique , ou
moins préoccupé du faſte des grandeurs
& de la frivolité des plaifirs , le
tableau touchant & expreffif de l'humanité
fixe davantage ſon attention ,
&rend ſon coeur plus ſenſible.
Grands de la Terre ! Le plus noble
uſage que vous puiffiez faire de votre
grandeur , c'eſt d'être bienfaiſans. Que
l'homme privé , ce Philoſophe généreux
& compatiſſant , ce Sage par excellence
, devienne aujourd'hui votre
modéle. Pour ſecourir ſes ſemblables ,
que d'obstacles à vaincre du côté des
paffions des hommes ! que de dégoûts
à effuyer de la part de ceux qu'ils follicitent
en faveur des malheureux !
Hommes durs& inſenſibles , ouvrez les
yeux fur la conduite du Sage , & devenez
par l'imitation de ſes vertus , vertueux
vous - mêmes & dignes de nos
vrais hommages .
Ici , c'eſt un ami qui rétablit la fortune
de ſon ami , en partageant la fienne
avec lui. c'eſt un homme bleffé Là,2.
C
30 MERCURE DE FRANCE.
dans ſon honneur , flétri dans ſa réputation
, qui , non ſeulement pardonne
fincèrement à ſes ennemis , mais cherche
encore tous les moyens de leur
être utile ; c'eſt un bienfaiteur oublié
qui répand de nouveaux bienfaits fur
des ingrats ; c'eſt un vainqueur qui facrifiant
ſa vangeance à ſa vertu , uſe de
clémence envers un ennemi cruel toujours
acharné à le perdre. Titus pardonne
à Cinna , César à Brutus . Qu'il
eſt glorieux pour ces grands hommes
d'avoir forcé leurs ennemis à les aimer
& à les admirer ! C'eſt un créancier
qui remet ſa dette à un débiteur infolvable
, accablé fous le poids de l'indigence
; c'eſt en un mot , (& voici le
comble de l'héroïſme de la vertu ) c'eſt
un Chrétien qui répand ſon ſang pour
fa Religion. Tels font mes héros en générofité.
Ce vrai Philoſophe , dont j'ai éſſayé
de tracer les différens caractères , exiſte
encore de nos jours . Ce fiécle, tout corrompu
qu'on le prétend, nous offre encore
des Sectateurs aimables de cette
vraie Philofophie.
Ici , c'eſt un Citoyen généreux plein
d'amour & de reſpect pour ſon Roi ,
de zéle pour la patrie , qui facrifie ſes
HONOVEMBRE. 1763.5
intérêts les plus chers , les liens les plus
tendres , ſa vie même pour le ſalut de
fon Prince & le bien de l'Etat. La gloi-
-re eſt moins le motifde ſes généreuſes
réſolutions , de ſes actions éclatantes ,
-que l'amour de fon devoir. S'il cueille
des launiers aux champs de Mars , il les
arrofeode, ſes pleurs ; il ſçait apprécier
le fang des hommes, il le ménage ; il
ne peut enviſager ſans frémir ce qu'un
ſeul triomphe coûte à l'humanité: ſa
modeſtie éclate au milieu de ſes plus
brillans ſuccès. Tel eſt le caractère du
-héros Philofophe.
-onLa , ceſt und Miniſtre zélé pour la
Religion , qui la défend avec chaleur ,
& la ſoutient avec courage. Paſteur tendre
&vigilant , il s'attendrit ſur les égaremens
de ſon troupeau ; il raméne avec
douceur , reprend ſans aigreur , corrige
en père. Que de converfions font
les fruits de ſes ſoins ! Faire le bien ,
voilà ſa récompenſe ; y réuffir , eſt le
but de ſes voeux.
C'eſt un Magiſtrat digne de nos éloges
& de notre vénération. La juſtice
& l'équité ſont ſes guides. Tous les
hommes lui font égaux. Le rang & la
faveur ne peuvent rien fur lui. L'innocent
trouve en lui un protecteur , la
Cij
32 MERCURE DE FRANCE.
-veuve un défenſeur , l'orphelin unpère,
C'eſt un père ami de ſes enfans , qui
ſçait allier dans leur éducation une
ſage fermeté à une douceuro raiſonnable.
Il fait aimer la vertu , parce qu'il
ſçait la rendre aimable & qu'il la pratique,
lui-même. Qu'il eſt facile à des
enfans de devenir vertueux , lorſqu'ils
ont pour modèle, un maître fi intérefſant
, un père digne d'être aimé !
C'eſt enfin un Epoux tendre & fidéle
qui fe croit moins le maître que l'appui
d'une épouſe vertueuſe. Sourd aux
préjugés du Siécle , il remplit ſes devoirs.
La Religion , l'honneur , la probité,
ſont les feuls oracles de fon coeur.
Il fçait que ce ſéxe aimable , que cette
moitié ſi précieuſe du genre humain ,
mérite les égards , les complaiſances
& toutes les attentions qu'on ne peut
lui refuſer à moins d'être féroce. Convaincu
de l'obligation où il eſt de constribuer
au bonheur de celle qu'il a
attachée à ſon fort ; il rend hommage
à ſes charmes , partage également ſes
peines & fes plaiſirs , la confole dans
ſes infirmités ; il l'aime enfin comme
un autre lui-même , & fait fon bonheur
de celui qu'il procure.nmvi
Vertueux Eugène mon fidéle
NOVEMBRE. 1763.53
ami ! n'eſtice point là votre portrait ?
Epoux auffi tendre qu'ami ſincère &
généreux! aurai-je du moins réuſſi àrendre
à vos vertus un hommage fi juftement
mérité ? Florife , cette épouſe
vertueufe que vous aimez , fi digrie de
fixer votre coeur & vos ſentimens :
quels modéles précieux & reſpectables
pour un fiécle où l'intérêt ſeul régle
les engagemens les plus ſérieux , où
l'on s'épouſe ſans s'aimer , ſouvent ſans
ſe connoître .... Quelles ſuites funeſtes
entraîne néceffairement après foi une
union fi inconſidérée !
Terminons le portrait de la vraie
Philofophie par ces vers de l'un de
nos meilleurs Auteurs comiques.
...... La Philoſophie eſt ſobre en ſes diſcours ,
Et croit que les meilleurs font toujours les plus
courts ;
Que de la vérité l'on atteint l'excellence
Par la réfléxion & le profond filence.
Le but d'un' Philoſophe eſt de ſi bien agir ,
Que de ſes actions il n'ait point à rougir ;
Il ne tend qu'à pouvoir ſe maîtriſer ſoi-même :
C'eſt-là qu'il met ſa gloire & ſon bonheur ſu-
2
4
f
prême.
Sans vouloir impoſer par ſes opinions ,
:
Il neparle jamais que par les actions.
Cij
54, MERCURE DE FRANCE.
Loin qu'en Syſtemes vains fon eſprit'sialem-
: bique i :
Etre vrai , juſte & bon , c'eſt ſon ſyſtème unique.
Humble dans le bonheur , grand dans l'adverfité,
Dans la ſeule vertu trouvant la volupté,
Faiſant d'un doux loiſir ſes plus chères délices ,
Plaignant les vicieux & déteſtant les vices :
Voilà le Philoſophe , &s'il n'est ainfi fait
Il ufurpe un beau titre & n'en a pas l'effet.
!
DESTOUCHES.
DAGUESDE CLAIRFONTAINES.
du vrai Philofophe.
A
Généreux & désintéressé.
Lagénérosité eft une vertu bien rare
parmi les hommes ; quand il s'agit de
facrifier leurs paſſions , leur amour-propre
, ou leur intérêt , on ſçait combien
il leur en coûre.
48 MERCURE DE FRANCE .
Tel eſt ſouvent le ſort des plus juſtes des Rois ;
Tant qu'ils font ſur la Terre , on reſpecte leurs
Loix ;
On porte juſqu'aux Cieux leur juſtice ſuprême ,
Adorés de leurs Peuples , ils ſont des Dieux euxmêmes.
Mais après leur trépas que ſont- ils à vos yeux ?
Vous éteignez l'encens que vous bruliez pour
eux ,
Etcomme à l'intérêt l'âme humaine eſt liée ,
La vertu qui n'eſt plus eſt bientôt oubliée.
Edipe de Voltaire,
Qu'est - ce que la générosité?
C'eſt un penchant heureux qui nous
porte à obliger nos ſemblables , en
nous ſervant du pouvoir & des talens
que donnent , ou les prérogatives de la
naiſſance, ou un rang fublime & diftingué.
Vertu rare parmi les Grands , quelque
facilité qu'ils ayent à faire des heureux
: il en eſt peu qui ne foient arrêtés
par l'orgueil de leur état & qui ne craignent
de compromettre leur dignité ,
en follicitant par eux-mêmes , ou par
ceux qui les repréſentent , des graces
que la moindre démarche leur feroit
obtenir ; prétexte injuſte & d'autant
plus mépriſable , que la conſidération
&
NOVEMBRE. 1763. 49
& le reſpect attachés à leur nom font
des droits imperſcriptibles & toujours
capables de les raffurer. $
La générofité dans un Particulier
exige plus de peine & de travaux. Plus
à portée de la misère publique , ou
moins préoccupé du faſte des grandeurs
& de la frivolité des plaifirs , le
tableau touchant & expreffif de l'humanité
fixe davantage ſon attention ,
&rend ſon coeur plus ſenſible.
Grands de la Terre ! Le plus noble
uſage que vous puiffiez faire de votre
grandeur , c'eſt d'être bienfaiſans. Que
l'homme privé , ce Philoſophe généreux
& compatiſſant , ce Sage par excellence
, devienne aujourd'hui votre
modéle. Pour ſecourir ſes ſemblables ,
que d'obstacles à vaincre du côté des
paffions des hommes ! que de dégoûts
à effuyer de la part de ceux qu'ils follicitent
en faveur des malheureux !
Hommes durs& inſenſibles , ouvrez les
yeux fur la conduite du Sage , & devenez
par l'imitation de ſes vertus , vertueux
vous - mêmes & dignes de nos
vrais hommages .
Ici , c'eſt un ami qui rétablit la fortune
de ſon ami , en partageant la fienne
avec lui. c'eſt un homme bleffé Là,2.
C
30 MERCURE DE FRANCE.
dans ſon honneur , flétri dans ſa réputation
, qui , non ſeulement pardonne
fincèrement à ſes ennemis , mais cherche
encore tous les moyens de leur
être utile ; c'eſt un bienfaiteur oublié
qui répand de nouveaux bienfaits fur
des ingrats ; c'eſt un vainqueur qui facrifiant
ſa vangeance à ſa vertu , uſe de
clémence envers un ennemi cruel toujours
acharné à le perdre. Titus pardonne
à Cinna , César à Brutus . Qu'il
eſt glorieux pour ces grands hommes
d'avoir forcé leurs ennemis à les aimer
& à les admirer ! C'eſt un créancier
qui remet ſa dette à un débiteur infolvable
, accablé fous le poids de l'indigence
; c'eſt en un mot , (& voici le
comble de l'héroïſme de la vertu ) c'eſt
un Chrétien qui répand ſon ſang pour
fa Religion. Tels font mes héros en générofité.
Ce vrai Philoſophe , dont j'ai éſſayé
de tracer les différens caractères , exiſte
encore de nos jours . Ce fiécle, tout corrompu
qu'on le prétend, nous offre encore
des Sectateurs aimables de cette
vraie Philofophie.
Ici , c'eſt un Citoyen généreux plein
d'amour & de reſpect pour ſon Roi ,
de zéle pour la patrie , qui facrifie ſes
HONOVEMBRE. 1763.5
intérêts les plus chers , les liens les plus
tendres , ſa vie même pour le ſalut de
fon Prince & le bien de l'Etat. La gloi-
-re eſt moins le motifde ſes généreuſes
réſolutions , de ſes actions éclatantes ,
-que l'amour de fon devoir. S'il cueille
des launiers aux champs de Mars , il les
arrofeode, ſes pleurs ; il ſçait apprécier
le fang des hommes, il le ménage ; il
ne peut enviſager ſans frémir ce qu'un
ſeul triomphe coûte à l'humanité: ſa
modeſtie éclate au milieu de ſes plus
brillans ſuccès. Tel eſt le caractère du
-héros Philofophe.
-onLa , ceſt und Miniſtre zélé pour la
Religion , qui la défend avec chaleur ,
& la ſoutient avec courage. Paſteur tendre
&vigilant , il s'attendrit ſur les égaremens
de ſon troupeau ; il raméne avec
douceur , reprend ſans aigreur , corrige
en père. Que de converfions font
les fruits de ſes ſoins ! Faire le bien ,
voilà ſa récompenſe ; y réuffir , eſt le
but de ſes voeux.
C'eſt un Magiſtrat digne de nos éloges
& de notre vénération. La juſtice
& l'équité ſont ſes guides. Tous les
hommes lui font égaux. Le rang & la
faveur ne peuvent rien fur lui. L'innocent
trouve en lui un protecteur , la
Cij
32 MERCURE DE FRANCE.
-veuve un défenſeur , l'orphelin unpère,
C'eſt un père ami de ſes enfans , qui
ſçait allier dans leur éducation une
ſage fermeté à une douceuro raiſonnable.
Il fait aimer la vertu , parce qu'il
ſçait la rendre aimable & qu'il la pratique,
lui-même. Qu'il eſt facile à des
enfans de devenir vertueux , lorſqu'ils
ont pour modèle, un maître fi intérefſant
, un père digne d'être aimé !
C'eſt enfin un Epoux tendre & fidéle
qui fe croit moins le maître que l'appui
d'une épouſe vertueuſe. Sourd aux
préjugés du Siécle , il remplit ſes devoirs.
La Religion , l'honneur , la probité,
ſont les feuls oracles de fon coeur.
Il fçait que ce ſéxe aimable , que cette
moitié ſi précieuſe du genre humain ,
mérite les égards , les complaiſances
& toutes les attentions qu'on ne peut
lui refuſer à moins d'être féroce. Convaincu
de l'obligation où il eſt de constribuer
au bonheur de celle qu'il a
attachée à ſon fort ; il rend hommage
à ſes charmes , partage également ſes
peines & fes plaiſirs , la confole dans
ſes infirmités ; il l'aime enfin comme
un autre lui-même , & fait fon bonheur
de celui qu'il procure.nmvi
Vertueux Eugène mon fidéle
NOVEMBRE. 1763.53
ami ! n'eſtice point là votre portrait ?
Epoux auffi tendre qu'ami ſincère &
généreux! aurai-je du moins réuſſi àrendre
à vos vertus un hommage fi juftement
mérité ? Florife , cette épouſe
vertueufe que vous aimez , fi digrie de
fixer votre coeur & vos ſentimens :
quels modéles précieux & reſpectables
pour un fiécle où l'intérêt ſeul régle
les engagemens les plus ſérieux , où
l'on s'épouſe ſans s'aimer , ſouvent ſans
ſe connoître .... Quelles ſuites funeſtes
entraîne néceffairement après foi une
union fi inconſidérée !
Terminons le portrait de la vraie
Philofophie par ces vers de l'un de
nos meilleurs Auteurs comiques.
...... La Philoſophie eſt ſobre en ſes diſcours ,
Et croit que les meilleurs font toujours les plus
courts ;
Que de la vérité l'on atteint l'excellence
Par la réfléxion & le profond filence.
Le but d'un' Philoſophe eſt de ſi bien agir ,
Que de ſes actions il n'ait point à rougir ;
Il ne tend qu'à pouvoir ſe maîtriſer ſoi-même :
C'eſt-là qu'il met ſa gloire & ſon bonheur ſu-
2
4
f
prême.
Sans vouloir impoſer par ſes opinions ,
:
Il neparle jamais que par les actions.
Cij
54, MERCURE DE FRANCE.
Loin qu'en Syſtemes vains fon eſprit'sialem-
: bique i :
Etre vrai , juſte & bon , c'eſt ſon ſyſtème unique.
Humble dans le bonheur , grand dans l'adverfité,
Dans la ſeule vertu trouvant la volupté,
Faiſant d'un doux loiſir ſes plus chères délices ,
Plaignant les vicieux & déteſtant les vices :
Voilà le Philoſophe , &s'il n'est ainfi fait
Il ufurpe un beau titre & n'en a pas l'effet.
!
DESTOUCHES.
DAGUESDE CLAIRFONTAINES.
Fermer
11054
p. 59-77
LE SONGE DE SCIPION. Traduit par M. D....
Début :
LORSQUE je fus en Afrique à la suite du Consul Manilius, pour joindre la [...]
Mots clefs :
Terre, Corps, Principe, Ciel, Soleil, Monde, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE DE SCIPION. Traduit par M. D....
LE SONGE DE SCIPION.
Traduit par M. D....
LORORSSQQUUEE je fus en Afrique à la fuite
du Conful Manilius , pour joindre la
quatriéme légion dont j'étois Tribun
je n'eus rien de plus preffé à mon arrivée
que d'aller rendre vifite au Roi
Maffiniſſa , Prince très - attaché à notre
famille par les grandes obligations qu'il
lui avoit. Ce vénérable vieillard ne me
vit pas plutôt , qu'il vint m'embraffer
en verſant des larmes de joie. Puislevant
les yeux au Ciel : Soleil , dit-il , je
te rends grace de même qu'à toutes
les autres Divinités qui habitent laCé
lefte Région , de ce qu'avant que de
fortir de cette vie j'ai le bonheur de
voir dans mes Etats , & fous ce toît
P. C. Scipion , dont le nom ſeul me
fait tréſſaillir de joie , & me rend la vie
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
oui ! ce nom , ajouta-t-il , ſera éternellement
gravé dans mon coeur , ainſi que
la mémoire de cet homme excellent ,
de cet invincible guerrier qui yous l'a
tranſinis Je le queſtionnai alors ſur les
affaires de fon Royaume. Il me demanda
à ſon tour des nouvelles de notre
République . Cet entretien nous mena
juſqu'a l'heure du ſouper. Le repas fut
digne de celui qui le donnoit , & nous
renouames à table la converſation qui
fut pouffée fort avant dans la nuit.Maffumiffa
étoit intariffaule fur le compte..
de ſon ami Scipion : il me rapportoit
toutes ſes actions & toutes ſes paroles
dans le plus grand détail.
Mais enfin il fallut ſe coucher. La
veille& la fatigue du chemin , contribuerent
à m'endormir plus profondément
que de coûtume. Pendant mon
fommeil j'eus un ſonge qui fut occaſionné
vraiſemblablement par les difcours
que m'avoit tenus le Roi , & àpeu
près femblable à ceux d'Ennius
(qui parloit toujours d'Homère.) Je crus
voir Scipion l'Africain : il m'apparut
ſous une forme qui m'eſt beaucoup
plus connue par ſes images que
par le ſouvenir qui me reſte de lui. Je
friffonnai en le reconnoiffant ; il s'en
ง
NOVEMBRE. 1763 .
61
apperçut , & me dit: raffurez - vous ,
vous n'avez rien à craindre , écoutez
ce que je vais vous apprendre , & gravez-
le dans votre mémoire. Voyez-vous ,
continua-t-il , cette ville inquiette que
j'ai miſe autrefois ſous la domination
de Romains ? ( C'étoit Carthage qu'il
me montroit d'un lieu fort élevé , tout
brillant de lumière , & parfemé d'étoiles.
) Elle tâche aujourd'hui de ſecouer
lejoug ,& de renouveller les anciennes
guerres. Vous allez porter les armes
contr'elle en qualité prèſque de fimple
foldat : dans moins de deux ans vous
en ferez le fiége comme Conful , vous
la détruirez & vous mériterez par-là
un furnom dont vous ne jouiffiez encore
qu'à titre d'héritage. Quand vous
aurez renversé les murs de Carthage ,
&que vous en aurez triomphé
vous fera Cenſeur. Vous parcourrez enfuite
l'Egypte , la Syrie, Afie, la Grése,
en qualité de Légat , quoiqu'abfent
vous ferez élu Conful pour la ſeconde
fois. Alors vous marcherez contre Numance
, vous la détruirez ; & vous terminerez
ainſi une guerre très - importante.
Mais en deſcendant du Char de
Triomphe qui vous aura mené au Capitole
, vous trouverez la République
,
on
62. MERCURE DE FRANCE.
<
agitée par l'eſprit factieux d'un de mes
petits-fils. Vous montrerez dans cette
occafion votre courage , votre ſageſſe
& les refſources de votre génie. Après
cette époque je ne vois plus rien dans
votre deſtinée que d'une manière confufe
& à travers un nuage. Tout ce
que je puis vous en dire , c'eſt que
lorſque vous aurez vû ſept fois huit
révolutions du Soleil , ces deux nombres
( qui font regardés l'un & l'autre
comme pleins pour diverſes raifons )
formeront une ſomme qui influera fur
votre fort. Alors toute la République
aura les yeux fixés fur vous , votre nom
fera dans la bouche de tous les Citoyens
, en vous fera fondé l'efpoir du
Sénat , de tous les gens de bien , du
peuple & de nos alliés ; & ce ſera de
vous ſeul que la patrie attendra fon
falut. Enfin vous ferez créé Dictateur ,
& comme tel chargé du ſoin de réformer
la République. Mais je vois
alors une main ſacrilége levée contre
vos jours.... Puiffiez vous échapper au
attentats de vos proches ! .....
:
En cet endroit Scipion; fut interrompu
par un cri que fit Lælius , &
par les gémiſſemens du reſte de l'afſemblée.
Je vous prie , leur dit - il en
NOVEMBRE. 1763. 63
fouriant avec douceur , de ne pas m'é-,
veiller , de garder le filence , & de
me laiſſer continuer mon rêve. Après
quoi le fantôme reprit ainſi ſon difcours.)
Afin que la vue du danger que vous
aurez à courir en défendant la République
,ne vous arrête point , ſcachez
qu'il y a dans le Ciel un lieu deſtiné
pour ceux qui ſauvent leur patrie , ou
qui la défendentdans ſes périls , ou enfin
qui méritent de quelque manière
que ce ſoit d'être mis au nombre de
fes bienfaiteurs. Là une éternelle félicité
leur eft préparée : car rien de tour
ce qui ſe fait ſur la Terre n'eſt plus
agréable à cet Etre principe de toutes
choſes & qui gouverne le Monde ,
que ce qui ſe rapporte au bien de
ces Sociétés compoſées de diverſes multitudes
d'hommes liés entr'eux par des
Loix , & qu'on nomme Villes, Ceux
qui les dirigent , & ceux qui les maintiennent
, retournent après leur vie dans
ces lieux d'où ils font partis,
Aces mors , quoique troublé , moins
par la crainte de la mort , que par l'horreur
d'avoir à redouter ceux avec qui
qui je ſuis uni par le fang , je demandai
fi mon père & ceux que nous
regardions comme morts vivoient en
64 MERCURE DE FRANCE.
3
core ? Oui certainement , répondit mon
Ayeul : c'eſt à préſent qu'on peut dire
qu'ils vivent , à préſent qu'ils font
délivrés des liens de leurs corps où ils
étoient retenus comme en prifon ; au
lieu que ce qu'on appelle vie parmi
vous , n'est qu'une vraie mort. Mais
voyez votre père qui vient à vous.
Dès que je l'apperçus , un torrent de
larmes coula de mes yeux. Auffitôt il
m'embraſſe , me baiſe , & me défend
de pleurer. Lorſque j'eus eſſuyé mes
pleurs , & que je fus en état de parler
, je lui adreſſai ces paroles : O Père
auſſi cher que reſpectable ! Puiſque
c'eſt dans ces lieux qu'on jouit vraîment
de la vie ; que fais-je ſur la terre ? pourquoi
ne m'eſt - il pas permis de venir
dès aujourd'hui vivre parmi vous ?
Mon enfant , me dit- il , le temps n'en
eſt pas encore venu ; ces lieux ne vous
feront ouverts que lorſqu'il plaira au
Dieu dont cet Univers eſt le temple,
de briſer les chaines qui attachent votre
âme à votre corps. Les hommes ont
été créés pour veiller ſur le globe qu'on
nomme terre , & que vous pouvez appercevoir
au milieu de ce Temple ;
c'eſt pour cela qu'ils ont étés animés
d'une portion de la flamme dont brilNOVEMBRE.
1763. 65
lentles flambeaux éternels , ces globes
celeſtes que vous nommez aſtres ou
étoiles , & qui vivifiés par des eſprits
émanés de la Divinité , décrivent leurs
cercles avec une rapidité inconcevable .
Ainſi , mon cher Scipion , le refpe&
que vous devez à l'Etre ſuprême ,
vous oblige , comme tous vos femblables
, à laiſſer ſubſiſter la liaiſon établie
entre votre âme & votre corps ;
& vous ne devez point quitter le féjour
de la Terre ſans l'ordre exprès de
celui qui vous y a placé , ſi vous ne
voulez mériter le reproche d'avoir refufé
de remplir la tâche que Dieu luimême
vous a impoſée. Vivez donc ,
mon fils , vivez comme votre ayeul
Scipion a vêcu , comme j'ai vêcu moimême
; imitez notre justice & notre
piété. Souvenez-vous que la piété entre
les parens eſt une grande vertu , &
qu'il n'eſt point d'éloge au-deſſus de
celui qui a la patrie pour objet. Voilà
par où vous pourrez mériter d'avoir
place un jour dans les Cieux , & de
jouir de la compagnie des perſonnes
qui dégagées maintenant de leurs corps
habitent ce ſéjour ....
Placé dans cet endroit , je parcourois
des yeux ce vaſte Univers. Tout ce que
66 MERCURE DE FRANCE,
je voyois autour de moi m'étonnoit ;
je découvrois des étoiles qu'on ne sçauroit
appercevoir d'ici-bas. Les Aftres
me paroiſſoient d'une grandeur fort audeſſus
de celle qu'on leur fuppofe. Le
moindre de tous eſt celui qui eſt le
plus éloigné du Ciel, le plus voiſin de
la Terre , celui qui brille d'une lumière
empruntée ; mais il n'en eſt aucun qui
ne ſoit plus grand que notre globe.
Quant à ce globe lui-même , je le vis
alors ſi petit , que je ne pus m'empêcher
de regarder en pitié notre Empire
qui ne remplit , pour aimfi dire , qu'un
point de ſa furface. Comme je m'occupois
à le conſidérer , l'Africain me
dit : Hé quoi ! aurez - vous donc towjours
les yeux baiffés vers la Terre
Que ne portez-vous plutôt ces regards
fur les grands objets qui vous environnent.
Apprenez comme toutes les par
ties de ce monde font liées entr'elles .
Les différens êtres que l'Univers renferme
font tous attachés à quelqu'une
des neuf ſphères qui le compoſent. La
première , celle qui enveloppe toutes les
autres n'eſt autre choſe que la ſubſtance
même de la Divinité qui porte dans
ſon ſein tout ce qui exifte. Cette ſphère
entraîne avec elle dans des révolu-
ト
NOVEMBRE. 1763. 67
tions éternelles cette multitude d'étoiles
dont elle eſt peuplée. Après elle on en
compte ſept autres. A l'une de ces ſphères
eſt fixé ce globe que les habitans
de la Terre nomment Saturne. Immédiatement
au-deſſous eſt placé Jupiter,
cet Aftre dont la lumière eſt ſi favorable
aux hommes. Après lui vient
Mars, qui par fon aſpect affreux & fa
couleur de ſang , épouvante la Terre..
Enfuite le Soleil , cette ame qui tempére
& qui vivifie tout ce qui eſt dans
l'Univers : cet Aftre qu'on peut regarder
comme le Roi de tous ceux qui
brillent dans le Ciel , qui dirige leur
course ,& dont la grandeur est telle
qu'il remplit l'Univers entier de l'éclat
de ſa lumière , marche au milieu de tous
les Corps célestes , tel qu'un Prince entouré
de ſa cour. Il méne à ſa ſuite
Mercure & Vénus comme deux Satellites.
La huitiéme fphère emporte avec
elle en tournant la Lune refplendiſſante
des rayons du Soleil. Tout ce qui
eſt au-deſſus eſt éternel ; mais au-deſſous
il n'y a rien qui ne foit mortel & fragile
, excepté l'âme que l'homme tient
de la bonté des Dieux. Enfin la Terre
qui eſt la neuviéme & la dernière ſphère
, placée au centre qui eſt l'endroit le
plus bas , y demeure immobile ; &
68 MERCURE DE T
FRANCE.
c'eſt ſur elle que gravitent tous les autres
corps.
-J'admirois avec tranſport toutes ces
merveilles . Revenu enfin à moi-même :
d'où peuvent venir , dis- je à l'Africain ,
ces fons qui frappent mon oreille
avec tant de force , & qui forment
in concert ſi agréable ? Cette
douce harmonie , me répondit-il ,
eſt un effet des divers mouvemens'
des ſphères ſéparées les unes des autres
par des intervalles inégaux qui ont été
diſtribués ſuivant les plus exactes proportions.
De cette diſtribution réſulte
un mêlange admirable de tons graves
&aigus , & ces divins accords qui vous
charment. Il n'eſt pas poſſible que de
fi grands mouvemens s'exécutent dans
le filence ; & felon la théorie des fons
ceux qui font produits dans les deux
extrémités doivent être les uns aigus ,
& les autres graves. C'eſt le Ciel étoilé
qui à cauſe de la rapidité de ſon cours
rend les fons aigus ; les graves font ceux
que fait entendre l'orbite de la Lune ,
parce que c'eſt celui de tous qui ſe
meut avec plus de lenteur. La terre ,
comme je l'ai déja dit , clouée au centre
du monde , s'y tient dans le plus
parfait repos. Quoique les ſphères qui
tournent foient au nombre de huit
NOVEMBRE. 1763.1 69
leurs révolutions ne donnent que ſept
tons différens déterminés chacun par
la grandeur de l'intervalle qui ſe trouve
entre deux ſphères. Or les interval
les ne ſont qu'au nombre de ſept. C'eſt
dans ce nombre que conſiſte la perfection
de toutes chofes, Des hommes
ſçayans qui ont imité cette harmonie
ſe ſont ouverts par leurs chants une
entrée dans ces lieux où il y a des places
réſervées pour tous ceux qui font
un bon uſage des talens qu'ils ont reçus
de la Nature. Les hommes ne jouif
ſent point ſur la terre de ces concerts
Célestes , parce que leurs oreilles y font
trop accoutumées pour en recevoir les
impreffions.D'ailleurs le ſens de l'ouie eft
le plus émouffé dans l'homme ; ainſi les
habitans de ces pays où font les Ca
taractes du Nil , ſont privés de ce ſens
par un effet du bruit affreux que fait
cette riviere en ſe précipitant du haut
de certaines montagnes très - élevées.
Ajoutez encore que des fons auffi forts
que ceux qui font produits par la ma
chine du monde tournant avec une vi
refferau deſſus de toute expreffion pafſent
la portée de vos oreilles , de même
que les yeux ne peuvent recevoir l'ac
tion des rayons directs du Soleil ; ce
T
1
70 MERCURE DE FRANCE.
qui fait que lavue en eſt obfcurcie lorf
qu'on veut le regarder en face.
4
シリ
J'étois de plus en plus ſurpris ; mais
tout en admirant ces grandes choſes je
laiffois échapper de temps en temps
quelques regards vers la Terre. L'Afri
cain s'en apperçur & me dit : je vois
bien que vous ne ſcauriez vous empêcher
de regarder le lieu de votre demeure;
ſa petiteſſe du moins doit vous
apprendre à le mépriſer , & à n'eſtimer
que les choſes célestes. Venez , querie
vous montre ce que c'eſt la gloire , &
s'il est raisonnable de tant ſe tourmen
ter pour faire du bruit dans le monde.
Cette Terre qui vous paroît ſi petite,&
qui l'eſt en effet , n'eſt cependant habi
tée qu'en quelques points de ſa furface,
ſemés comme des taches de loin
en loin dans des eſpaces entierement
déſerts. Ces vaſtes ſolitudes empêchent
les hommes qu'elles ſéparent de com
muniquer entr'eux , & font par conféquent
des barrières que la renommée në
ſçauroit franchir. Ce n'eſt pas tout , la
fituation refpe&ive des lieux habités eft
encore un obſtacle fréquent à leur communication
réciproque. Par exemple,
vous fentez bien qu'il n'y a aucune
gloire à eſpérer pour vous dans ces pay's
NOVEMBRE. 1763 71
que vous appercevez à l'extrémité de
de cette ligne oblique par rapport à
Rome , ni dans ceux qui ſont ſi loin
à l'oppoſite , ni dans ceux qui ſont ſous
vos pieds. Faites attention de plus que
de cinq bandes ou zônes qui embrafſent
la Terre & la partagent , il y en a
deux toujours couvertes de glaces ; ce
ſont celles qui occupent les extrémités
du globe , & font appuyées ſur l'axe du
monde ; que celle du milieu est brûlée
par les rayons du Soleil. Deux font
habitables ; mais l'une de ces deux, celle
qui eſt au midi , placée ſous votre hémifphére
ne peut rien avoir de commun
avec vous . Quant à celle du Nord
dans laquelle ſe trouve la République
Romaine , vous pouvez remarquer qu'il
n'y en a qu'une très-petite portion dans
votre continent ; car la terre ferme que
vous découvrez d'ici rétrécie ſous les
poles, un peu plus large vers l'équateur ,
n'eſt que comme une petite Iſle toute
coupée par cette mer qu'on appelle chez
vous mer Atlantique, grande mer,océan ;
& qui avec tous ces grands noms n'eſt
que ce que vous voyez.
Maintenant, pour nous renfermer dans
l'étendue des pays habités & connus ;
penſez-vous que votre nom ou celui de
72 MERCURE DE FRANCE.
qui que ce ſoit parmi vos compatriotes,
puiſſe voler pardeſſus ce Caucafe, ou
traverſer ce Gange ? Qui jamais entendra
parler de vous dans les autres extrémités
ſoit de l'Orient , ſoit de l'Occident,
duMidi ou du Septentrion ? Or,
après tous ces retranchemens
voyez entre quelles bornes l'orgueil des
humains ſe trouve reſſerré ,& le champ
qui reſte à leur gloire pour s'étendre !
,
vous
Il en eſt des limites du temps comme
de celles des lieux. Quand même
nous ſuppoſerions les races futures auſſi
attentives qu'elles le ſont peu , à fe
tranſmettre nos louanges les unes aux
autres ; les inondations , les incendies
que la ſuite des fiécles doit amener
néceſſairement , permettent - ils à un
homme d'eſpérer , je ne dis pas un
nom immortel , mais un nom qu'on
puiſſe appeller durable ? de plus , pourquoi
nous mettre en peine que la Poſtérité
s'entretienne de nous , fi les géné
rations qui nous ont précédé , comparables
par le nombre ,& certainement
ſupérieures par les vertus à celles qui
éxiftent& qui éxiſteront dans la fuite ,
ne nous ont pas connus , &furtout,
fi perſonne ne peut ſe flatter d'obtenir
parmi ceux qui font à portée de le
connoître
)
NOVEMBRE. 1763 . 73
connoître , une réputation qui ſe ſoutienne
ſeulement l'eſpace d'une année ;
il eſt vrai que l'année dontje parle eſt
un peu plus longue que l'année vulgaire.
Ce n'eſt pas fimplement le temps qu'il
faut au Soleil pour faire une de ſes révolutions.
Mais celui dans lequel tous
les aftres en corps décrivent un cercle
entier , & reviennent au même point du
ciel d'où ils font partis. C'eſt-là la véritable
année , & je n'oſe vous dire le
nombre de fiécles qu'elle comprend.
Lorſque le grand Romulus fut enlevé
de la terre , le Soleil s'obfcurcit tout-àcoup
& parut s'éteindre quand cet aftre
revenu au même endroit y perdra une
ſeconde fois ſa lumiére , alors tous les
fignes & les autres étoiles ayant achevé
leur tour , on pourra compter une année
depuis cer événement mémorable;"
or ,, ſcachez qu'il ne s'en eſt pas encore
écoulé la vingtiéme partie. Si vous prétendez
donc à la poffeffion de ces biens
inéffabies qui fontaccordés ici avec profuſion
à tous ceux qui ſe ſont diftingués
durant leur vie , je vous loue , mais quel
cas devez-vous faire d'une gloire qui
dure à peine une petite portion d'année?
O combien les diſcours des hommes
D
74 MERCURE DE FRANCE,
paroiffent vains , &les biens de la Terre
faux & trompeurs à ceux qui ſcavent
lever les yeux en haut , & les fixer fur
ces demeures ſaintes où l'on jouit d'un
bonheur fans fin ! mais pour le mériter
ce bonheur , il faut , mon fils , il faut
vous laiffer entraîner par les charmes
de la vertu , & marcher à ſa ſuite dans
la carrière du vrai honneur. Qu'importe
après cela ce qu'on peut dire de vous ?
Qu'importe qu'on en parle , comme
on en parlera fans doute. Pourriezvous
mettre en balance avec les biens
dont il s'agit , une fumée qu'un fi petit
eſpace contient , qui ſe diffipe à me
fure que les générations changent ,&
ſe perd inſenſiblement dans la nuit du
filence?
Lorſque l'Africain eut achevé de
parler , je lui adreſſai ces paroles : puifque
l'entrée du Ciel eſt ouverte à ceux
qui onr fervi leur patrie , je vais redoubler
les éfforts que j'ai toujours faits
depuis mon enfance pour marcher fur
les traces de mon père & furles vôtres ,
& pour ne point dèshonorer les noms
que je porte , je vais travailler de tour
mon pouvoir à mériter une ſi grande
récompenfe.
Qui , me dit-il , éfforcez - vous de
NOVEMBRE. 1763 . 75
bien faire , c'eſt là votre destination ;
& pour mieux vous affermir dans ce
defſein , ſouvenez - vous toujours que
vous n'êtes point mortel , mais feulement
votre corps. Car l'effence de
l'homme n'eſt pas dans cette figure qui
frappe les fens ; c'eſt l'âme qui les conftitue
, l'âme que l'on peut comparer en
quelque façon à la Divinité , puiſque
comme Dieu elle vit , elle fent, ſe rappelle
le paffé , prévoit l'avenir , qu'elle
gouverne& fait mouvoir le temps auquel
elle eſt unie , comme Dieu régle les
mouvemens de cet Univers. Eternelle ,
comme Dieu , néanmoins attachée à un
corps mortel , elle reſſemble encore
ence point à la Divinité qui régit ce
Monde en partie mortel & deſtructible.
Je dis éternelle parce que ce qui
eſt toujours mû doit toujours exifter
; or il n'y a que ce qui reçoit le
mouvement d'ailleurs qui puiffe le perdre&
ceffer de vivre , comme il arrive
lorſque ce qui lui donnoit l'impulfion
ceſſe d'agir. Mais un Etre qui a le
principe du mouvement dans lui-même
ne peutjamais diſcontinuer de ſe mouvoir
, parce que ne pouvant ſe ſéparer
de ſoi , ce principe lui eſt toujours préſent
; au contraire c'eſt lui qui com .
,
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
munique le mouvement à d'autres
Etres. Ce principe ne peut avoir de
commencement , parce que qui dit
principe dit ce qui eſt l'origine de
tout , & ne doit la ſienne àrien autre ;
c'eſt-là l'idée du principe , & elle ne
peut convenir à rien de ce qui eſt
engendré. Il ne peut non plus avoir
de fin , par la raiſon qu'il n'a point
eu de commencement. En effet ſi ce
principe étoit une fois anéanti , il ne
pourroit plus ſe reproduire ; & comme
,
eſt la ſource de tout , il n'y auroit
rien qui pût lui redonner l'éxiſtence
& la fource de l'Etre ſeroit pour toujours
plongée dans le néant. Ainfi , le
principe du mouvement eſt ce qui ſe
meut foi-même ; le Ciel & la Nature
entiere tomberoient fans acquérir par
cette chûte le moindre degré de mouvement
qui leur fût propre ; c'eſt à ce
ſeul principe qu'il feroit dû en entier ;
& ce principe ne peut avoir commencé
, ni ne peut finir. Que s'il eſt
néceſſairement éternel , comment pourroit-
on refuſer le même attribut à
l'âme , puiſque c'eſt par la propriété
de ſe mouvoir, que nous la diftinguons
de tous les Etres inanimés & que
c'eſt dans cette force innée que con
NOVEMBRE. 1763 . 77
fiſte ſa Nature ? Tenez donc pour certain
qu'elle a toujours été , & qu'elle
ne peut jamais ceſſer d'être. Il eſt par
conféquent digne de cette âme de
s'attacher à la pratique des plus hautes
vertus , je veux direde celles qui font
utiles à la Patrie , parce que ce ſont
celles qui l'aident le plus à prendre ſon
éſſor vers ſes régions célestes deſtinées
à lui ſervirde demeure ,& elle y parviendra
d'autant plutôt , qu'elle aura
été plus dégagée de la matière , plus
éxercée à fortir , pour ainſi dire , de
fon corps durant ſa vie mortelle , pour
s'élever à la contemplation des choſes
qui font hors de la portée des ſens.
Au contraire les eſprits de ceux qui
ſe livrent avec ardeur aux appas des
voluptés corporelles , qui , miniſtres
aveugles de leurs paffions brutales ,
violent pour les ſatisfaire , les droits des
Dieux & des hommes , ces eſprits au
fortir de leurs corps ſont condamnés à
tourner autour de la Terre ; & ils ne
feront admis dans ces lieux qu'après
avoir été tourmentés durant une longue
fuite de fiécles. Ayant dit cela ,
Scipion difparut , & je m'éveillai.
Traduit par M. D....
LORORSSQQUUEE je fus en Afrique à la fuite
du Conful Manilius , pour joindre la
quatriéme légion dont j'étois Tribun
je n'eus rien de plus preffé à mon arrivée
que d'aller rendre vifite au Roi
Maffiniſſa , Prince très - attaché à notre
famille par les grandes obligations qu'il
lui avoit. Ce vénérable vieillard ne me
vit pas plutôt , qu'il vint m'embraffer
en verſant des larmes de joie. Puislevant
les yeux au Ciel : Soleil , dit-il , je
te rends grace de même qu'à toutes
les autres Divinités qui habitent laCé
lefte Région , de ce qu'avant que de
fortir de cette vie j'ai le bonheur de
voir dans mes Etats , & fous ce toît
P. C. Scipion , dont le nom ſeul me
fait tréſſaillir de joie , & me rend la vie
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
oui ! ce nom , ajouta-t-il , ſera éternellement
gravé dans mon coeur , ainſi que
la mémoire de cet homme excellent ,
de cet invincible guerrier qui yous l'a
tranſinis Je le queſtionnai alors ſur les
affaires de fon Royaume. Il me demanda
à ſon tour des nouvelles de notre
République . Cet entretien nous mena
juſqu'a l'heure du ſouper. Le repas fut
digne de celui qui le donnoit , & nous
renouames à table la converſation qui
fut pouffée fort avant dans la nuit.Maffumiffa
étoit intariffaule fur le compte..
de ſon ami Scipion : il me rapportoit
toutes ſes actions & toutes ſes paroles
dans le plus grand détail.
Mais enfin il fallut ſe coucher. La
veille& la fatigue du chemin , contribuerent
à m'endormir plus profondément
que de coûtume. Pendant mon
fommeil j'eus un ſonge qui fut occaſionné
vraiſemblablement par les difcours
que m'avoit tenus le Roi , & àpeu
près femblable à ceux d'Ennius
(qui parloit toujours d'Homère.) Je crus
voir Scipion l'Africain : il m'apparut
ſous une forme qui m'eſt beaucoup
plus connue par ſes images que
par le ſouvenir qui me reſte de lui. Je
friffonnai en le reconnoiffant ; il s'en
ง
NOVEMBRE. 1763 .
61
apperçut , & me dit: raffurez - vous ,
vous n'avez rien à craindre , écoutez
ce que je vais vous apprendre , & gravez-
le dans votre mémoire. Voyez-vous ,
continua-t-il , cette ville inquiette que
j'ai miſe autrefois ſous la domination
de Romains ? ( C'étoit Carthage qu'il
me montroit d'un lieu fort élevé , tout
brillant de lumière , & parfemé d'étoiles.
) Elle tâche aujourd'hui de ſecouer
lejoug ,& de renouveller les anciennes
guerres. Vous allez porter les armes
contr'elle en qualité prèſque de fimple
foldat : dans moins de deux ans vous
en ferez le fiége comme Conful , vous
la détruirez & vous mériterez par-là
un furnom dont vous ne jouiffiez encore
qu'à titre d'héritage. Quand vous
aurez renversé les murs de Carthage ,
&que vous en aurez triomphé
vous fera Cenſeur. Vous parcourrez enfuite
l'Egypte , la Syrie, Afie, la Grése,
en qualité de Légat , quoiqu'abfent
vous ferez élu Conful pour la ſeconde
fois. Alors vous marcherez contre Numance
, vous la détruirez ; & vous terminerez
ainſi une guerre très - importante.
Mais en deſcendant du Char de
Triomphe qui vous aura mené au Capitole
, vous trouverez la République
,
on
62. MERCURE DE FRANCE.
<
agitée par l'eſprit factieux d'un de mes
petits-fils. Vous montrerez dans cette
occafion votre courage , votre ſageſſe
& les refſources de votre génie. Après
cette époque je ne vois plus rien dans
votre deſtinée que d'une manière confufe
& à travers un nuage. Tout ce
que je puis vous en dire , c'eſt que
lorſque vous aurez vû ſept fois huit
révolutions du Soleil , ces deux nombres
( qui font regardés l'un & l'autre
comme pleins pour diverſes raifons )
formeront une ſomme qui influera fur
votre fort. Alors toute la République
aura les yeux fixés fur vous , votre nom
fera dans la bouche de tous les Citoyens
, en vous fera fondé l'efpoir du
Sénat , de tous les gens de bien , du
peuple & de nos alliés ; & ce ſera de
vous ſeul que la patrie attendra fon
falut. Enfin vous ferez créé Dictateur ,
& comme tel chargé du ſoin de réformer
la République. Mais je vois
alors une main ſacrilége levée contre
vos jours.... Puiffiez vous échapper au
attentats de vos proches ! .....
:
En cet endroit Scipion; fut interrompu
par un cri que fit Lælius , &
par les gémiſſemens du reſte de l'afſemblée.
Je vous prie , leur dit - il en
NOVEMBRE. 1763. 63
fouriant avec douceur , de ne pas m'é-,
veiller , de garder le filence , & de
me laiſſer continuer mon rêve. Après
quoi le fantôme reprit ainſi ſon difcours.)
Afin que la vue du danger que vous
aurez à courir en défendant la République
,ne vous arrête point , ſcachez
qu'il y a dans le Ciel un lieu deſtiné
pour ceux qui ſauvent leur patrie , ou
qui la défendentdans ſes périls , ou enfin
qui méritent de quelque manière
que ce ſoit d'être mis au nombre de
fes bienfaiteurs. Là une éternelle félicité
leur eft préparée : car rien de tour
ce qui ſe fait ſur la Terre n'eſt plus
agréable à cet Etre principe de toutes
choſes & qui gouverne le Monde ,
que ce qui ſe rapporte au bien de
ces Sociétés compoſées de diverſes multitudes
d'hommes liés entr'eux par des
Loix , & qu'on nomme Villes, Ceux
qui les dirigent , & ceux qui les maintiennent
, retournent après leur vie dans
ces lieux d'où ils font partis,
Aces mors , quoique troublé , moins
par la crainte de la mort , que par l'horreur
d'avoir à redouter ceux avec qui
qui je ſuis uni par le fang , je demandai
fi mon père & ceux que nous
regardions comme morts vivoient en
64 MERCURE DE FRANCE.
3
core ? Oui certainement , répondit mon
Ayeul : c'eſt à préſent qu'on peut dire
qu'ils vivent , à préſent qu'ils font
délivrés des liens de leurs corps où ils
étoient retenus comme en prifon ; au
lieu que ce qu'on appelle vie parmi
vous , n'est qu'une vraie mort. Mais
voyez votre père qui vient à vous.
Dès que je l'apperçus , un torrent de
larmes coula de mes yeux. Auffitôt il
m'embraſſe , me baiſe , & me défend
de pleurer. Lorſque j'eus eſſuyé mes
pleurs , & que je fus en état de parler
, je lui adreſſai ces paroles : O Père
auſſi cher que reſpectable ! Puiſque
c'eſt dans ces lieux qu'on jouit vraîment
de la vie ; que fais-je ſur la terre ? pourquoi
ne m'eſt - il pas permis de venir
dès aujourd'hui vivre parmi vous ?
Mon enfant , me dit- il , le temps n'en
eſt pas encore venu ; ces lieux ne vous
feront ouverts que lorſqu'il plaira au
Dieu dont cet Univers eſt le temple,
de briſer les chaines qui attachent votre
âme à votre corps. Les hommes ont
été créés pour veiller ſur le globe qu'on
nomme terre , & que vous pouvez appercevoir
au milieu de ce Temple ;
c'eſt pour cela qu'ils ont étés animés
d'une portion de la flamme dont brilNOVEMBRE.
1763. 65
lentles flambeaux éternels , ces globes
celeſtes que vous nommez aſtres ou
étoiles , & qui vivifiés par des eſprits
émanés de la Divinité , décrivent leurs
cercles avec une rapidité inconcevable .
Ainſi , mon cher Scipion , le refpe&
que vous devez à l'Etre ſuprême ,
vous oblige , comme tous vos femblables
, à laiſſer ſubſiſter la liaiſon établie
entre votre âme & votre corps ;
& vous ne devez point quitter le féjour
de la Terre ſans l'ordre exprès de
celui qui vous y a placé , ſi vous ne
voulez mériter le reproche d'avoir refufé
de remplir la tâche que Dieu luimême
vous a impoſée. Vivez donc ,
mon fils , vivez comme votre ayeul
Scipion a vêcu , comme j'ai vêcu moimême
; imitez notre justice & notre
piété. Souvenez-vous que la piété entre
les parens eſt une grande vertu , &
qu'il n'eſt point d'éloge au-deſſus de
celui qui a la patrie pour objet. Voilà
par où vous pourrez mériter d'avoir
place un jour dans les Cieux , & de
jouir de la compagnie des perſonnes
qui dégagées maintenant de leurs corps
habitent ce ſéjour ....
Placé dans cet endroit , je parcourois
des yeux ce vaſte Univers. Tout ce que
66 MERCURE DE FRANCE,
je voyois autour de moi m'étonnoit ;
je découvrois des étoiles qu'on ne sçauroit
appercevoir d'ici-bas. Les Aftres
me paroiſſoient d'une grandeur fort audeſſus
de celle qu'on leur fuppofe. Le
moindre de tous eſt celui qui eſt le
plus éloigné du Ciel, le plus voiſin de
la Terre , celui qui brille d'une lumière
empruntée ; mais il n'en eſt aucun qui
ne ſoit plus grand que notre globe.
Quant à ce globe lui-même , je le vis
alors ſi petit , que je ne pus m'empêcher
de regarder en pitié notre Empire
qui ne remplit , pour aimfi dire , qu'un
point de ſa furface. Comme je m'occupois
à le conſidérer , l'Africain me
dit : Hé quoi ! aurez - vous donc towjours
les yeux baiffés vers la Terre
Que ne portez-vous plutôt ces regards
fur les grands objets qui vous environnent.
Apprenez comme toutes les par
ties de ce monde font liées entr'elles .
Les différens êtres que l'Univers renferme
font tous attachés à quelqu'une
des neuf ſphères qui le compoſent. La
première , celle qui enveloppe toutes les
autres n'eſt autre choſe que la ſubſtance
même de la Divinité qui porte dans
ſon ſein tout ce qui exifte. Cette ſphère
entraîne avec elle dans des révolu-
ト
NOVEMBRE. 1763. 67
tions éternelles cette multitude d'étoiles
dont elle eſt peuplée. Après elle on en
compte ſept autres. A l'une de ces ſphères
eſt fixé ce globe que les habitans
de la Terre nomment Saturne. Immédiatement
au-deſſous eſt placé Jupiter,
cet Aftre dont la lumière eſt ſi favorable
aux hommes. Après lui vient
Mars, qui par fon aſpect affreux & fa
couleur de ſang , épouvante la Terre..
Enfuite le Soleil , cette ame qui tempére
& qui vivifie tout ce qui eſt dans
l'Univers : cet Aftre qu'on peut regarder
comme le Roi de tous ceux qui
brillent dans le Ciel , qui dirige leur
course ,& dont la grandeur est telle
qu'il remplit l'Univers entier de l'éclat
de ſa lumière , marche au milieu de tous
les Corps célestes , tel qu'un Prince entouré
de ſa cour. Il méne à ſa ſuite
Mercure & Vénus comme deux Satellites.
La huitiéme fphère emporte avec
elle en tournant la Lune refplendiſſante
des rayons du Soleil. Tout ce qui
eſt au-deſſus eſt éternel ; mais au-deſſous
il n'y a rien qui ne foit mortel & fragile
, excepté l'âme que l'homme tient
de la bonté des Dieux. Enfin la Terre
qui eſt la neuviéme & la dernière ſphère
, placée au centre qui eſt l'endroit le
plus bas , y demeure immobile ; &
68 MERCURE DE T
FRANCE.
c'eſt ſur elle que gravitent tous les autres
corps.
-J'admirois avec tranſport toutes ces
merveilles . Revenu enfin à moi-même :
d'où peuvent venir , dis- je à l'Africain ,
ces fons qui frappent mon oreille
avec tant de force , & qui forment
in concert ſi agréable ? Cette
douce harmonie , me répondit-il ,
eſt un effet des divers mouvemens'
des ſphères ſéparées les unes des autres
par des intervalles inégaux qui ont été
diſtribués ſuivant les plus exactes proportions.
De cette diſtribution réſulte
un mêlange admirable de tons graves
&aigus , & ces divins accords qui vous
charment. Il n'eſt pas poſſible que de
fi grands mouvemens s'exécutent dans
le filence ; & felon la théorie des fons
ceux qui font produits dans les deux
extrémités doivent être les uns aigus ,
& les autres graves. C'eſt le Ciel étoilé
qui à cauſe de la rapidité de ſon cours
rend les fons aigus ; les graves font ceux
que fait entendre l'orbite de la Lune ,
parce que c'eſt celui de tous qui ſe
meut avec plus de lenteur. La terre ,
comme je l'ai déja dit , clouée au centre
du monde , s'y tient dans le plus
parfait repos. Quoique les ſphères qui
tournent foient au nombre de huit
NOVEMBRE. 1763.1 69
leurs révolutions ne donnent que ſept
tons différens déterminés chacun par
la grandeur de l'intervalle qui ſe trouve
entre deux ſphères. Or les interval
les ne ſont qu'au nombre de ſept. C'eſt
dans ce nombre que conſiſte la perfection
de toutes chofes, Des hommes
ſçayans qui ont imité cette harmonie
ſe ſont ouverts par leurs chants une
entrée dans ces lieux où il y a des places
réſervées pour tous ceux qui font
un bon uſage des talens qu'ils ont reçus
de la Nature. Les hommes ne jouif
ſent point ſur la terre de ces concerts
Célestes , parce que leurs oreilles y font
trop accoutumées pour en recevoir les
impreffions.D'ailleurs le ſens de l'ouie eft
le plus émouffé dans l'homme ; ainſi les
habitans de ces pays où font les Ca
taractes du Nil , ſont privés de ce ſens
par un effet du bruit affreux que fait
cette riviere en ſe précipitant du haut
de certaines montagnes très - élevées.
Ajoutez encore que des fons auffi forts
que ceux qui font produits par la ma
chine du monde tournant avec une vi
refferau deſſus de toute expreffion pafſent
la portée de vos oreilles , de même
que les yeux ne peuvent recevoir l'ac
tion des rayons directs du Soleil ; ce
T
1
70 MERCURE DE FRANCE.
qui fait que lavue en eſt obfcurcie lorf
qu'on veut le regarder en face.
4
シリ
J'étois de plus en plus ſurpris ; mais
tout en admirant ces grandes choſes je
laiffois échapper de temps en temps
quelques regards vers la Terre. L'Afri
cain s'en apperçur & me dit : je vois
bien que vous ne ſcauriez vous empêcher
de regarder le lieu de votre demeure;
ſa petiteſſe du moins doit vous
apprendre à le mépriſer , & à n'eſtimer
que les choſes célestes. Venez , querie
vous montre ce que c'eſt la gloire , &
s'il est raisonnable de tant ſe tourmen
ter pour faire du bruit dans le monde.
Cette Terre qui vous paroît ſi petite,&
qui l'eſt en effet , n'eſt cependant habi
tée qu'en quelques points de ſa furface,
ſemés comme des taches de loin
en loin dans des eſpaces entierement
déſerts. Ces vaſtes ſolitudes empêchent
les hommes qu'elles ſéparent de com
muniquer entr'eux , & font par conféquent
des barrières que la renommée në
ſçauroit franchir. Ce n'eſt pas tout , la
fituation refpe&ive des lieux habités eft
encore un obſtacle fréquent à leur communication
réciproque. Par exemple,
vous fentez bien qu'il n'y a aucune
gloire à eſpérer pour vous dans ces pay's
NOVEMBRE. 1763 71
que vous appercevez à l'extrémité de
de cette ligne oblique par rapport à
Rome , ni dans ceux qui ſont ſi loin
à l'oppoſite , ni dans ceux qui ſont ſous
vos pieds. Faites attention de plus que
de cinq bandes ou zônes qui embrafſent
la Terre & la partagent , il y en a
deux toujours couvertes de glaces ; ce
ſont celles qui occupent les extrémités
du globe , & font appuyées ſur l'axe du
monde ; que celle du milieu est brûlée
par les rayons du Soleil. Deux font
habitables ; mais l'une de ces deux, celle
qui eſt au midi , placée ſous votre hémifphére
ne peut rien avoir de commun
avec vous . Quant à celle du Nord
dans laquelle ſe trouve la République
Romaine , vous pouvez remarquer qu'il
n'y en a qu'une très-petite portion dans
votre continent ; car la terre ferme que
vous découvrez d'ici rétrécie ſous les
poles, un peu plus large vers l'équateur ,
n'eſt que comme une petite Iſle toute
coupée par cette mer qu'on appelle chez
vous mer Atlantique, grande mer,océan ;
& qui avec tous ces grands noms n'eſt
que ce que vous voyez.
Maintenant, pour nous renfermer dans
l'étendue des pays habités & connus ;
penſez-vous que votre nom ou celui de
72 MERCURE DE FRANCE.
qui que ce ſoit parmi vos compatriotes,
puiſſe voler pardeſſus ce Caucafe, ou
traverſer ce Gange ? Qui jamais entendra
parler de vous dans les autres extrémités
ſoit de l'Orient , ſoit de l'Occident,
duMidi ou du Septentrion ? Or,
après tous ces retranchemens
voyez entre quelles bornes l'orgueil des
humains ſe trouve reſſerré ,& le champ
qui reſte à leur gloire pour s'étendre !
,
vous
Il en eſt des limites du temps comme
de celles des lieux. Quand même
nous ſuppoſerions les races futures auſſi
attentives qu'elles le ſont peu , à fe
tranſmettre nos louanges les unes aux
autres ; les inondations , les incendies
que la ſuite des fiécles doit amener
néceſſairement , permettent - ils à un
homme d'eſpérer , je ne dis pas un
nom immortel , mais un nom qu'on
puiſſe appeller durable ? de plus , pourquoi
nous mettre en peine que la Poſtérité
s'entretienne de nous , fi les géné
rations qui nous ont précédé , comparables
par le nombre ,& certainement
ſupérieures par les vertus à celles qui
éxiftent& qui éxiſteront dans la fuite ,
ne nous ont pas connus , &furtout,
fi perſonne ne peut ſe flatter d'obtenir
parmi ceux qui font à portée de le
connoître
)
NOVEMBRE. 1763 . 73
connoître , une réputation qui ſe ſoutienne
ſeulement l'eſpace d'une année ;
il eſt vrai que l'année dontje parle eſt
un peu plus longue que l'année vulgaire.
Ce n'eſt pas fimplement le temps qu'il
faut au Soleil pour faire une de ſes révolutions.
Mais celui dans lequel tous
les aftres en corps décrivent un cercle
entier , & reviennent au même point du
ciel d'où ils font partis. C'eſt-là la véritable
année , & je n'oſe vous dire le
nombre de fiécles qu'elle comprend.
Lorſque le grand Romulus fut enlevé
de la terre , le Soleil s'obfcurcit tout-àcoup
& parut s'éteindre quand cet aftre
revenu au même endroit y perdra une
ſeconde fois ſa lumiére , alors tous les
fignes & les autres étoiles ayant achevé
leur tour , on pourra compter une année
depuis cer événement mémorable;"
or ,, ſcachez qu'il ne s'en eſt pas encore
écoulé la vingtiéme partie. Si vous prétendez
donc à la poffeffion de ces biens
inéffabies qui fontaccordés ici avec profuſion
à tous ceux qui ſe ſont diftingués
durant leur vie , je vous loue , mais quel
cas devez-vous faire d'une gloire qui
dure à peine une petite portion d'année?
O combien les diſcours des hommes
D
74 MERCURE DE FRANCE,
paroiffent vains , &les biens de la Terre
faux & trompeurs à ceux qui ſcavent
lever les yeux en haut , & les fixer fur
ces demeures ſaintes où l'on jouit d'un
bonheur fans fin ! mais pour le mériter
ce bonheur , il faut , mon fils , il faut
vous laiffer entraîner par les charmes
de la vertu , & marcher à ſa ſuite dans
la carrière du vrai honneur. Qu'importe
après cela ce qu'on peut dire de vous ?
Qu'importe qu'on en parle , comme
on en parlera fans doute. Pourriezvous
mettre en balance avec les biens
dont il s'agit , une fumée qu'un fi petit
eſpace contient , qui ſe diffipe à me
fure que les générations changent ,&
ſe perd inſenſiblement dans la nuit du
filence?
Lorſque l'Africain eut achevé de
parler , je lui adreſſai ces paroles : puifque
l'entrée du Ciel eſt ouverte à ceux
qui onr fervi leur patrie , je vais redoubler
les éfforts que j'ai toujours faits
depuis mon enfance pour marcher fur
les traces de mon père & furles vôtres ,
& pour ne point dèshonorer les noms
que je porte , je vais travailler de tour
mon pouvoir à mériter une ſi grande
récompenfe.
Qui , me dit-il , éfforcez - vous de
NOVEMBRE. 1763 . 75
bien faire , c'eſt là votre destination ;
& pour mieux vous affermir dans ce
defſein , ſouvenez - vous toujours que
vous n'êtes point mortel , mais feulement
votre corps. Car l'effence de
l'homme n'eſt pas dans cette figure qui
frappe les fens ; c'eſt l'âme qui les conftitue
, l'âme que l'on peut comparer en
quelque façon à la Divinité , puiſque
comme Dieu elle vit , elle fent, ſe rappelle
le paffé , prévoit l'avenir , qu'elle
gouverne& fait mouvoir le temps auquel
elle eſt unie , comme Dieu régle les
mouvemens de cet Univers. Eternelle ,
comme Dieu , néanmoins attachée à un
corps mortel , elle reſſemble encore
ence point à la Divinité qui régit ce
Monde en partie mortel & deſtructible.
Je dis éternelle parce que ce qui
eſt toujours mû doit toujours exifter
; or il n'y a que ce qui reçoit le
mouvement d'ailleurs qui puiffe le perdre&
ceffer de vivre , comme il arrive
lorſque ce qui lui donnoit l'impulfion
ceſſe d'agir. Mais un Etre qui a le
principe du mouvement dans lui-même
ne peutjamais diſcontinuer de ſe mouvoir
, parce que ne pouvant ſe ſéparer
de ſoi , ce principe lui eſt toujours préſent
; au contraire c'eſt lui qui com .
,
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
munique le mouvement à d'autres
Etres. Ce principe ne peut avoir de
commencement , parce que qui dit
principe dit ce qui eſt l'origine de
tout , & ne doit la ſienne àrien autre ;
c'eſt-là l'idée du principe , & elle ne
peut convenir à rien de ce qui eſt
engendré. Il ne peut non plus avoir
de fin , par la raiſon qu'il n'a point
eu de commencement. En effet ſi ce
principe étoit une fois anéanti , il ne
pourroit plus ſe reproduire ; & comme
,
eſt la ſource de tout , il n'y auroit
rien qui pût lui redonner l'éxiſtence
& la fource de l'Etre ſeroit pour toujours
plongée dans le néant. Ainfi , le
principe du mouvement eſt ce qui ſe
meut foi-même ; le Ciel & la Nature
entiere tomberoient fans acquérir par
cette chûte le moindre degré de mouvement
qui leur fût propre ; c'eſt à ce
ſeul principe qu'il feroit dû en entier ;
& ce principe ne peut avoir commencé
, ni ne peut finir. Que s'il eſt
néceſſairement éternel , comment pourroit-
on refuſer le même attribut à
l'âme , puiſque c'eſt par la propriété
de ſe mouvoir, que nous la diftinguons
de tous les Etres inanimés & que
c'eſt dans cette force innée que con
NOVEMBRE. 1763 . 77
fiſte ſa Nature ? Tenez donc pour certain
qu'elle a toujours été , & qu'elle
ne peut jamais ceſſer d'être. Il eſt par
conféquent digne de cette âme de
s'attacher à la pratique des plus hautes
vertus , je veux direde celles qui font
utiles à la Patrie , parce que ce ſont
celles qui l'aident le plus à prendre ſon
éſſor vers ſes régions célestes deſtinées
à lui ſervirde demeure ,& elle y parviendra
d'autant plutôt , qu'elle aura
été plus dégagée de la matière , plus
éxercée à fortir , pour ainſi dire , de
fon corps durant ſa vie mortelle , pour
s'élever à la contemplation des choſes
qui font hors de la portée des ſens.
Au contraire les eſprits de ceux qui
ſe livrent avec ardeur aux appas des
voluptés corporelles , qui , miniſtres
aveugles de leurs paffions brutales ,
violent pour les ſatisfaire , les droits des
Dieux & des hommes , ces eſprits au
fortir de leurs corps ſont condamnés à
tourner autour de la Terre ; & ils ne
feront admis dans ces lieux qu'après
avoir été tourmentés durant une longue
fuite de fiécles. Ayant dit cela ,
Scipion difparut , & je m'éveillai.
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11055
p. 80
« Le mot de la première Énigme du second Volume d'Octobre, est la Taupe. [...] »
Début :
Le mot de la première Énigme du second Volume d'Octobre, est la Taupe. [...]
Mots clefs :
Taupe, Lunettes, Cabriolet, Coiffure, Marotte
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la première Énigme du second Volume d'Octobre, est la Taupe. [...] »
Le mot de la première Enigme du
,
ſecond Volume d'Octobre, est la Taupe.
Celui de la ſeconde , eſt les Lunettes.
Celui du premier Logogryphe , eſt Cabriolet
, coëffure que portent les Dames
dans leur deshabillé , dans lequel on
trouve carte , lac , col , cal , corail , tri ,
laire , abricot , litre , ciel , ire acre ,
lit , cire , clio , table , cartel , cor , bare ,
Tiber , roc , lire , ja , la, la , ré , Tobie ,
Clotaire , Lotaire , Cité , Boile, cable ,
libre , Loir , caile , rat , ortie , or , oie,
air élément , air du visage , &c. Abel ,
Aire , Albi , Clerac , Cléri , Orbec ,
Corbie , Corbeil , Creil , Lire , Albret ,
Troye , Oria , atri , bari , ail , jo ,
rat , arc & bal. Celui du ſecond , eſt
Marote , dans lequel on trouve rame ,
mer , rat , mare , mort , rot , marot,
rome , orme , re , mater.
,
ſecond Volume d'Octobre, est la Taupe.
Celui de la ſeconde , eſt les Lunettes.
Celui du premier Logogryphe , eſt Cabriolet
, coëffure que portent les Dames
dans leur deshabillé , dans lequel on
trouve carte , lac , col , cal , corail , tri ,
laire , abricot , litre , ciel , ire acre ,
lit , cire , clio , table , cartel , cor , bare ,
Tiber , roc , lire , ja , la, la , ré , Tobie ,
Clotaire , Lotaire , Cité , Boile, cable ,
libre , Loir , caile , rat , ortie , or , oie,
air élément , air du visage , &c. Abel ,
Aire , Albi , Clerac , Cléri , Orbec ,
Corbie , Corbeil , Creil , Lire , Albret ,
Troye , Oria , atri , bari , ail , jo ,
rat , arc & bal. Celui du ſecond , eſt
Marote , dans lequel on trouve rame ,
mer , rat , mare , mort , rot , marot,
rome , orme , re , mater.
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11056
p. 86-108
SUITE du troisiéme Livre de la PHARSALE, par M. MARMONTEL.
Début :
D'IMMENSES forêts tombent de toutes parts, & les cimes des montagnes [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Ennemi, Combat, Armes, Bois, Dieux, Romains, Coups
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du troisiéme Livre de la PHARSALE, par M. MARMONTEL.
SUITE du troisième Livre de la PHAR
SALE , par M. MARMONTEL.
D'IMMENSES forêts tombent de toutes
parts , & les cimes des montagnes
font dépouillées de leurs chênes antiques
; car il falloit que le milieu du
rempart n'étant comblé que de légers
faifceaux couverts d'une couche de terre
, les deux bords fuſſent contenus par
des pieux & des poutres ſolidement
unies , de peur que ce terrain mal affermi
ne s'écroulât ſous le poids des
tours.
Non loin de la ville étoit un bois
facré& dès long-temps inviolable , dont
les branches entrelafſées , écartant les
rayons du jour , enfermoient ſous leur
épaiſſe voute un air ténébreux & de
froides ombres. Ce lieu n'étoit point
habité par le Dieu tutélaire des campagnes
. ni par les Silvains & les Nymphes
des bois. Mais il déroboit à la
NOVEMBRE. 1763 . 87
lumière un culte barbare & d'affreux
facrifices . * Les Autels , les arbres y dégoutoient
de ſang humain; & fi l'on
peut ajouter foi à la crédule Antiquité ,
les oiſeaux n'ofoient s'arrêter ſur les
rameaux de ce bois ténébreux , ni les
bêtes féroces y chercher un repaire ;
la foudre * * évitoit d'y tomber , & les
vents craignoient d'en agiter les branches.
Mais fans leurs fifflemens lugubres
la forêt porte fon horreur avec
elle. De ces noirs rochers découle une
onde impure ; les triſtes fimulacres des
Dieux qu'on y adore font informes &
mutilés ; leur attitude ſeule & la couleur
livide de ces buſtes rongés parle tems imprime
une ſombre épouvante. l'Homme
ne tremble pas ainſi devant des Dieux
qui lui ſont peints ſous des traits auxquels
il eſt accoutumé, Plus l'objet de
fon culte lui eſt inconnu , plus cette obf
curité le lui rend formidable .
*Et les voeux criminels qui s'offrent en ces
lieux ,
Offenſent la Nature en révérant les Dieux.
(Breb. )
G ** La foudre accoûtumée à punir les forfaits,
Craint ce lieu ſi coupable , & n'y tombe jamais
(Breb. )
88 MERCURE DE FRANCE.
Les antres de la forêt rendoient , diſoit
on , de longs mugiſſemens ; les arbres
déracinés & couchés par terre fe relevoient
d'eux- mêmes , ils offroient fans
ſe conſumer l'image d'un vaſte incendie
; & des dragons , rampans à longs
replis , embraffoient les tiges de ces
vieux chênes .
Les peuples y portoient leurs offrandes ,
mais fans en approcher jamais. Leurs
Dieux les en avoient chaſſés pour y habiter
ſeuls en filence. Les Prêtres euxmêmes
ſoit le jour , ſoit la nuit , n'y pénétrent
qu'en pâliſſant , ils tremblent
ſaiſis d'une profonde horreur , en approchant
de leurs Idoles . *
Ce futd'abord cette forêt que Céfar
ordonna d'abattre : elle étoit voiſine de
fon camp , & comme la guerre l'avoit
épargnée , elle reſtoit ſeule , épaiffe &
touffue au milieu des monts d'alentour
que le fer avoit dépouillés.
A cet ordre les plus courageux tremblerent.
La Majeſté du lieu les avoit
* Les voiſins de ce bois ſi ſauvage , ſi ſombre ,
Laiſſent à ſes démons ſon horreur & fon ombre ;
Et le Druide craint , en abordant ces lieux ,
D'y voir ce qu'il adore , & d'y trouver ſes
Dieux.
:
(Breb.)
NOVEMBRE. 1763. 89
remplis d'un ſaint reſpect ; & s'ils frappoient
ces arbres facrés , illeur fembloit
déja voir les haches vengereſſes retourner
fur eux-mêmes .
*
Dès que César voit frémir les cohortes
dont la terreur enchaînoit les mains , il
ofe le premier ſe ſaiſir de la hache ; il la
léve , frappe & l'enfonce dans un chêne
quitouchoit aux Cieux . Alors leur montrant
le fer plongé dans ce bois qu'ils
avoient craint de violer , " ſi quelqu'un
» de vous , dit-il , ſe faifoit un crime d'a-
>> battre la forêt , m'en voilà chargé :
>> c'eſt ſur moi qu'il retombe ;
obéiſſent à l'inftant , non que l'exemple
les raſſure ; mais la crainte de Céfarl'emporte
fur celle des Dieux. ** Auffi-tot
les ormeaux , les hêtres , les chênes , les
cyprès que raſſembloit cette forêt terrible
virent pour la premiere fois tomber leur
longue chevelure & leur têtes dépouillées
firent paſſage à la clarté du jour. Toute la
forêt s'ébranle à la fois , chancelle &
tombe fur elle-même ; mais en tombant
tous
* Et ſeul je prends ſur moi tout le courroux des
Dieux. ( Breb . )
** Les Dieux parlent encore à ces coeurs agités ,
Mais quand Jule) commande , ils font mal
écoutés. ( Breb. )
90 MERCURE DE FRANCE.
elle ſe ſoutient & fon épaiffeur réfiſte
fa chute.
A la vue d'un tel ſacrilége , tous les
peuples de la Gaule gémirent , mais
Marseille s'en applaudit. Qui peut fe
perfuader en effet que lesDieux ſe laiffent
impunément braver ; & cependant
combien la fortune n'a-t-elle pas ſauvé
de coupables ! Il ſemble qu'il n'y ait que
les malheureuxque le tonnerre ofe punir.
Quand les bois furent abattus , on tira
des campagnes voifines des chariots
pour les enlever; le Laboureur conſterné
vit detéler fes taureaux& obligéd'abandonner
fon champ; il pleura la perte de
l'année.
Cefar trop impatient pour ſe confumer
dans les langueurs d'un fiége , en laifle
le foin à ſes Lieutenans ; il tourne ſes
pas du côté de l'Espagne , où ſes légions
l'ont devancée , & ordonne à la guerre
de le fuivre vers cette extrémité du
monde .
Cependant les travaux du fiége s'avancent.
Le rempart ſe léve & on y établit
deux tours de la même hauteur que les
murs de la Citadelle. Ces tours ne font
point attachées à la terre ; mais elles
roulent fur des éffieux dont le mobile
eſt en elles - mêmes. Les affiégés , du
NOVEMBRE. 1763 . 91
haut de leur fort , voyant ces maſſes
s'ébranler en attribuerent la cauſe à
quelque violente ſecouſſe qu'avoient
donné à la Terre les vents enfermés
dans ſon ſein ; & ils s'étonnerent que
leurs murailles n'en fuffent pas ébranlées,
mais tout-à-coup du haut de ces tours
mouvantes tombe fur eux une grêle de
dards. De leur côté , volent fur les
Romains des traits plus terribles encore ;
car ce n'eſt point à force de bras que
que leurs javelots ſont lancés : décochés
parle reffortde labaliſte , ils partent avec
la rapidité de la foudre , & au lieu de
s'arrêter dans la plaie , ils s'ouvrent une
large voie à travers l'armure & les os
fracaffés , laiſſent la mort & volentaudela
, avec la force de la donner encore ,
Cette machine formidable lance des
pierres d'un poids énorme , & qui pa
reilles à des rochers déracinés par le
temps &détachés par un orage , briſent
tout ce qu'elles rencontrent. C'eſt peu
d'écrafer les corps ſous leur chute , elles
en diſperſent au loin tous les membres
avec le fang.
Mais à mesure que les affiégeans s'ap
prochoient des murs , à couvert fous
le toît d'airain qu'ils s'étoient fait de leurs
boucliers ; les traits qui de loin pou
92 MERCURE DE FRANCE.
voient les atteindre paſſoient ſur leurs
têtes , & il n'étoit pas facile aux ennemis
de changer la direction de la machine
qui les lançoit. Mais la peſanteur des
rochers fuffit pour accabler tout ce qui
s'approche , & ils ſe contentent de les
rouler du haut des murs à force de bras.
Tant que les boucliers des Romains font
unis & qu'ils ſe ſoutiennent l'un l'autre
ils repouſſent les traits qui les frappent ,
comme un toît repouſſe la grêle qui fans
le briſer le fait retentir. Mais ſi-tôt que la
force du Soldat épuiſée céde à l'ardeur
des affiégés & laiffe rompre cette eſpéce
devoute , chaque bouclier feul est trop
foible pour foutenir tous les coups qu'il
reçoit. Alors on fait avancer par un
chemingliſſant une couverture folide &
mouvante , à l'abri de laquelle on ſe
prépare à battre les murs & à les ruiner.
Bien-tôt le Belier , dont le balancement
redouble fes forces , frappe & tente de
détacher ces longues couches de pierres
qu'un dur ciment tient enchaînées &
que leur poids même affermit. Mais
le toît qui protége les Romains , chargé
d'un déluge de feu , ébranlé par les
maſſes qu'on y fait tomber , & par les
poutres qui du haut des murs travaillent
fans ceſſe à l'abattre , ce toît tout-à-coup
NOVEMBRE. 1763 . 93
s'embrâfe & s'écroule & accablé
,
d'un travail inutile les Soldats regagnent
leur camp.
Les aſſiégés qui n'avoient d'abord
eſpéré que de défendre leurs murailles ,
oſent riſquer une attaque au dehors. Une
jeuneſſe intrépide fort à la faveur de la
nuit. Elle n'a pour armes ni la lance
ni l'arc. Ses mains ne portent que la
flâme , cachée à l'ombre des boucliers .
Dans un inſtant l'incendie ſe déclare :
un vent impétueux le répand ſur tous
les travaux de César, Le chêne vert a
beau réſiſter; les progrès du feu n'en
ſont pas moins rapides : par - tout où
les flambeaux s'attachent , le feu s'élance
fur ſa proie ; &des tourbillons de flâme
ſemelentdans l'air àd'immenfes volumes
de fumée. Non-ſeulement les bois entaffés
, mais les rochers eux-mêmes ſont
embrafés& réduits en poudre. Tout le
rempart s'écroule en même- temps , &
dans ſes débris diſperſés la maſſe en paroît
agrandie.
)
Les Romains , ſans reſſource du côté
de la terre , tentent la fortune fur mer.
Déjà Brutus * fur le Vaiſſeau Prétorien,
ſemblableà une fortereſſe, avoit abordé
* Decius Brutus ,
94 MERCURE DE FRANCE.
aux ifles Stechades , accompagné
d'une flotte que le Rhône avoit vu
conſtruire ** , & qu'il avoit portée à
ſon embouchure. On y joint des Navires
faits à la hâte , non de bois peints
& décorés , mais de chênes groffièrement
taillés , tels qu'ils deſcendoient des
montagnes , du reſte fortement unis , &
formant une aire folide & commode
pour le combat.
Marſeille , de fon côté , s'eſt réfolue à
courir , avec toutes ſes forces , le hafard
d'un combat fur mer. Les Vieillards
eux-mêmes ont pris les armes & viennent
ſe ranger parmi les jeunes citoyens,
Non-feulement les Vaiſſeaux en état de
fervir , mais ceux qui dans le Port tomboient
en ruine , & quon a réparés ,
font chargés d'armes & de combattans.
Le Soleil naiſſant répandoit fur la face
des mers ſes rayons brifés par les ondes,
Le Ciel étoit fans nuage , les vents en
filence laiffoient régner dans l'air le
calme & la férénité , & la mer ſembloit
applanir ſes flots pour offrir à la guerre
un théâtre immobile, Alors chaque navire
quitte fa place , & d'un mouvement
égal s'avancent des deux côtés , ceux
* Les Iſles d'Hières,
** A Arles.
NOVEMBRE. 1763. 95
de Marseille & ceux des Romains . D'abord
la rame les ébranle , & bien-tôt à
coups redoublés , elle les ſoulève& les
fait mouvoir,
La flotte des Romains étoit rangée
en forme de croiffant. Les Vaiſſeaux les
plus forts terminoient l'enceinte ;les plus
foibles occupoient le centre. Au milieu
de la flotte , & au deſſus d'elle , s'élevoit
comme une tour la poupe du vaiſſeau
de Brutus. Six rangs de rameurs lui
faifoient tracer un fillon vaſte au ſein
de l'onde , & fes rames les plus élevées
s'étendoient au loin ſur la mer.
Dès que les flottes ne ſont plus ſépa
rées que par l'eſpace qu'un vaiſſeau peut
parcourir d'un feul coup d'aviron , mille
voix rempliſſent les airs , & l'on n'entend
plus à travers ces clameurs ni le bruit
des rames ni le ſon des trompettes. La
mer tout-à-coup blanchit d'écume ; on
voit les rameurs balayer les flots & renverſés
ſur les bancs , ſe frapper le ſein
du levier qu'ils ramenent. Les proues
ſe heurtent à grand bruit; les vaiſſeaux
ſe repouſſent l'un l'autre ; mille traits
lancés ſe croifent dans l'air ; bien- tôt la
mer en eſt ſemée. Déjà les deux flottes
ſe déployent , & les vaiſſeaux diviſés
ſe donnent un champ libre pour le
96 MERCURE DE FRANCE.
combat. Alors , comme dans l'océan ,
fi le flux& le vent font oppofés, la mer
avance & le flot recule , de même les
vaiſſeaux ennemis fillonnent l'onde en
ſens contraire ; la maſſe d'eau que l'un
chaſſe eſt à l'inſtant repouſſée par l'autre,
& balancée entre deux rames , elle y
demeure comme en fufpens . Mais les
vaiſſeaux de Marſeille étoient plus propres
à l'attaque , plus légers à la fuite ,
plus faciles à ramener par de rapides
évolutions , enfin plus dociles à la main
du Pilote. Ceux des Romains au contraire
, par leur peſanteur & leur ſtabilité
, avoient pour eux l'avantage d'un
combat de pied-ferme , & tel que fur
la Terre on eût pû le donner.
Brutus dit donc à ſon Pilote : » Pour-
» quoi laiſſer les deux flottes ſe difperfer
>> ainſi ſur les mers ? eſt- ce d'adreſſe que
>> tu veux combattre ? Ramaffe nos forces
» & que nos vaiſſeaux préſentent le
>> flanc à la proue ennemie. » Le Pilote
obéit , & le combat change. Dès-lors
chaque vaiſſeau , qui de ſa proue heurte
le flanc des vaiſſeaux de Brutus , y refte
attaché , vaincu par le choc , & retenu
captif par le fer qu'il enfonce. D'autres
font arrêtés par des griffes d'airain ou
liés par de longues chaînes. Les rames
fe
NOVEMBRE. 1763 . 97
:
ſe tiennent enlacées , & les deux flottes
couvrant la mer forment un champ de
bataille immobile. Ce n'eſt plus le javelot,
ce n'eſt plus la fléche qu'on lance
: on ſe joint , on croiſe les armes ,
on combat l'épée à la main. Chacun
du haut de fon bord ſe panche au devant
du fer ennemi ; la plupart tombent
fur le bord qu'ils defendent. Les
eaux ſont couvertes d'une écume de
fang ; la mer profonde en eſt rougie ; &
les cadavres ſuſpendus entre les flancs
des vaiſſeaux oppofés rendent impuiffants
les efforts que fait l'un des deux
pour attirer l'autre. Parmi les combattans
, les uns , qui reſpirent encore en
tombant , boivent leur fang avec l'onde
amère ; d'autres luttant contre une mort
lente font tout-à- coup enſevelis avec
leur vaiſſeau qui s'en trouvre & s'abîme.
Les traits qui volent en vain ne tombentpas
de même ; & s'ils ont manqué
leur premiere victime , ils en trouvent
mille à frapper ſur les eaux. L'une de
nos galeres environnée de celles de
Marſeille , avoit déployé fes forces fur
ſes deux bords & les défendoit en même
temps avec une égale intrépidité. Ce
fut là que le brave Tagus combattant
du haut de la poupe & voulant enlever
E
98 MERCURE DE FRANCE .
le pavillon de l'un des vaiſſeaux ennemis
reçut deux fléches oppoſées qui ſe croiferent
en lui perçant le coeur. D'abord
ſon ſang héſite , incertain par quelle
plaie il va s'écouler ; mais repouffant à
la fois les deux fléches , il s'ouvre à
grands flots l'un & l'autre paſſage , &
ſemble en diviſant l'âme de ce guerrier ,
payer un double tribut à la mort.
Dans ce combat , s'étoit engagé le
malheureux Télon , celui des Phocéens
qui maîtriſoit le mieux un Navire dans
la tempête. Jamais Pilote n'a mieux
prévu les variations de l'Air ; toujours
fes voiles étoient diſpoſées pour le vent
qui devoit ſe lever.
Il avoit brifé du fer de ſa proue le
flanc du Vaiſſeau qu'il attaquoit. Mais
un javelot lui perça le ſein , & fa main
défaillante détourna ſon Vaiſſeau .
Giarée qui voit tomber Telon vale
remplacer & faute ſur ſa poupe. Le trait
mortel le frappe au moment qu'il s'élance
l'attache & le tient ſuſpendu au Navire
même qu'il alloit quitter.
Ily avoit parmi ceux de Marſeille deux
Jumeaux , la gloire de leur mère. Les
mêmes flancs les avoient conçus pour des
deſtins bien différens. * La cruelle mort
La Nature avoit mis en l'un & l'autre frère
NOVEMBRE. 1763 . 99
diftingua ces frères que leurs parens confondoient
tous les jours ; hélas ! cette
douce erreur est détruite. L'un deux a
péri , & celui qui leur reſte, éternel objet
de leurs larmes , nourrit ſans ceffe leur
douleur en leur offrant l'image de celui
qui n'eſt plus . Ce malheureux Jeune-
Homme voyant les rames de fon
Vaifſeau entrelaſſées avec celui d'un
Vaiſſeau Romain , oſa porter la main fur
le bord ennemi ; un fer peſant & meurtrier
tombe ſur ſa main & la coupe ;
mais fans lâcher priſe , elle ſe roidit ,
attachée au bois qu'elle ferre. Le malheur
ne fit qu'irriter le courage de ce Jeune-
Homme ; de l'intrépide main qui lui
reſte il veut reprendre celle qu'il a perdu ;
mais un nouveau coup lui détache le
bras & la main dont il combattoit. Alors
fans boucliers, ſans armes , il ne va point
ſe cacher au fond du Vaiſſeau , mais de
fon corps expofé aux coups il fait un
bouclier à fon Frère. Percé de fléches
il ſe tient debout , & après le coup
Des rapports qui trompoient juſqu'aux yeux de
mère.
Mais la mort les diftingue & ſa prompte fureur
Diſſipe avant le temps cette agréable erreur.
( Breb . )
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui fuffit à ſa mort, il en reçoit mille qui
tous feroient mortels & qu'il épargne à
ſes amis. Enfin comme il ſent que fon
âme va s'échaper par tant de plaies , il
la ramaffe & la retient dans ce corps
foible & défaillant ; il emploie tout le
ſang qui lui reſte à tendre un moment
les reffortsde ſes membres;& confumant
dans un dernier effort tout ce qu'il a de
vie & de force , il ſe précipite ſur le
bord ennemi , pour nuire au moins par
le poids de ſa chûte. *
Ce Vaiſſeau comblé de cadavres ,
regorgeant de ſang , briſé par les coups
redoublés des proües , s'entrouvre enfin
de toutes parts. L'eau perce à travers ſes
courbes fracaffées , & dès qu'il eſt plein
juſqu'aux bords il s'engloutit , & dans
fon tourbillon il enveloppe les flots qui
l'entourent. L'onde recule l'abîme
s'ouvre , la Mer retombe & le remplit. **
Dans ce jour le fort des combats étala
fur la Mer ſes prodiges.
*
و
Et ménageant ſa force & le ſang qui lui reſte
Il rend même fa mort aux ennemis funeſte.
( Breb . )
** Et la vague qui ſemble avec lui s'abîmer
S'enfonce en tournoyant juſqu'au ſein de la
mer.
NOVEMBRE. 1763. 101
Le fer recourbé que les Romains
jettoient ſur une Galère ennemie atteignit
un Guerrier nommé Licidas , & il l'entraînoit
dans les flots . Ses compagnons
veulent le retenir ; les jambes qu'ils faififfent
leur reſtent ; le haut du corps en
eſt détaché. Son fang ne s'écoule pas en
foiole ruiſſeau comme par une plaie ,
mais il jaillit à la fois par tous ſes canaux ;
& le mouvement de l'âme qui circule
de veine en veine eſt tout-à- coup interrompue.
Jamais la ſource de la vie n'eut
pour s'épancher une voie auſſi vaſte. La
moitié du corps qui n'avoit que des
membres épuisés de ſang & d'eſprits ,
fut à l'inſtant la proie de la mort ; mais
celle où le poumon reſpire , où le coeur
fomente & répand la chaleur, lutta longtemps
avant que de fubir le fort de l'autre
moitié de lui-même. *
Tandis qu'une troupe obſtinée à la
défenſe de ſon vaiſſeau ſe preſſe en
foule fur le bord qu'on attaque , & laiffe
vuide de défenſeurs , le flanc qui n'a
point d'ennemis , le navire panché du
* Son âme tient encore à ſa chaîne briſée ,
Se refuſe à la parque , & par de longs combats
Fait vivre ſa douleur & languir ſon trépas.
( Breb )
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
,
& côté qu'elle appeſantit ſe renverſe
couvre d'une voute profonde & la Mer
& les combattans. Leurs bras ne peuvent
ſe deployer , & ils périffent comme
enfermés dans une étroite priſon.
Alors on ne voit par - tout que l'affreuſe
image d'une mort ſanglante. Là , tandis
qu'un jeune-homme ſe ſauve à la nage
deux vaiſſeaux qui vont ſe heurter le
percent du bec de leurs proues , & fes
os brifés par ce choc terrible n'empêchent
pas l'airain de retentir de ſes entrailles
écrafées ; le ſang jaillit au loin
dans les airs, & lorſque les deux vaiſſeaux
s'éloignent , fon corps tranſpercé tombe
au ſein des eaux , & leur laiſſe un libre
paſſage. Ici comme dans un naufrage ,
une foule de malheureux prêts à périr &
fedébattant contre la mort , tachent d'aborder
une de leurs galeres ; mais dès
qu'ils veulent s'y attacher , comme elle
chancelle & va périr ſous une charge
trop peſante , leurs compagnons du haut
du bord , leur coupent les bras ſans pitié,
ces bras fupplians reſtent ſuſpendus. Les
corps s'en détachent & tombent dans
l'abîme ; car l'eau ne peut plus foutenir
le poids immobile de ces corps mutilés .
Déja les combattans ont épuisé leurs
traits , mais leur fureur invente des
NOVEMBRE. 1763. 103
armes. Les uns chargent l'ennemi à coups
de rames, les autres ſaiſiſſent les antènnes
& les lancent à force de bras. Les
Rameurs arrachent leurs bancs & les
font voler d'un bord à l'autre . On briſe
levaiſſeau pour combattre. Ceux- ci foulant
aux pieds les morts les dépouillent du
fer dont ils étoient armés ; ceux - là
percés eux - mêmes d'un trait mortel le
retirent de la plaie & la ferment d'une
main , pour que le ſang retenu donne à
l'autre main plus de force ; qu'il s'écoule
après que le trait fatal eſt parti , ils
meurent contens s'il les vange.
Mais rien ne fit dans ce combat de
mer autant de ravage que le feu . La
poix brulante , la cire enflâmée répandent
l'incendie avec elles. L'onde ne
peut vaincre la flame , & des vaiſſeaux
brifés dans le combat , un feu dévorant
pourfuit & confume les débris épars fur
les eaux. * De mille genres de mort le ſeul
que l'on craigne eſtcelui dont on ſe voit
*Entre tant de périls ils penſent faire aſſez
D'échapper aux premiers dont ils ſont menacés ;
Et bien qu'aucun ſuccès à leurs voeux ne réponde,
Onaffronte les feux pour s'affranchir de l'onde ,
On ſe plonge dans l'onde en ſe ſauvant des feux.
( Bréb. )
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
périr. Ainfi les uns pour éteindre la flâme
font percer les eaux de toutes parts ; les
autres pour ſe ſauver des eaux s'attachent
à des poutres brulantes. Le naufrage
même n'éteint pas la valeur. On voit
ceuxqui nagent encore, ramaſſer les traits
répandus fur la mer & les fournir à leurs
compagnons qui combattent ſur les
vaiſſeaux , ou d'une main foible & mal
afſurée ; s'éfforcer de les lancer euxmêmes
ſur l'ennemi qui nage autour
d'eux : file fer manque , l'onde y ſupplée.
L'ennemi s'attache à fon ennemi ,
leurs bras & leurs mains s'entrelaſſent ,
& chacun d'eux s'enfonce avec joie
pour fubmerger ſon ennemi.
Il y avoit dans ce combat , parmi les
Phocéens un homme exercé à retenir
fon haleine ſous les eaux , ſoit qu'il fallût
aller dégager l'ancre , ou chercher
au fond de la mer ce que le ſable avoit
dévoré. Dès que ce plongeur redoutable
avoit noyé fon ennemi , il revenoit
fur l'eau triomphant. Mais à la fin
croyant remonter ſans obſtacle , fa tête
` rencontre le fond d'une Galére , & du
coup il refte englouti.
L'unique foinde ceux qui périſſoient
fut de rendre leur trépas utile. On en
vit s'attacher aux rames d'un vaiſſeau
NOVEMBRE. 1763. 105
ennemi pour retarder ſa fuite ; on en
vit même ſe ſuſpendre en mourant à la
poupe de leur navire , pour rompre le
choc d'un navire oppoſé.
Un Phocéen nommé Ligdamus , inftruit
dans l'art des Baleares , fait partir
de ſa fronde un plomb rapide. Tyrrhene
, qui commandoit du haut de fa
poupe , en eſt atteint ; le plomb mortel
lui briſe les temples , & fes yeux ,
dont tous les liens font rompus , tombent
chaffés par des flots de fang.
Tyrrhene immobile & dans l'étonnement
de ne plus voir la lumière , prend
ces ténébres pour celles de la mort ; mais
bientôt ſe ſentant plein de vie : » Com-
>> pagnons ( dit- il ) employez-moi com-
» me une machine à lancer les traits.
» Allons , Thyrrhene , abandonnons ce
>> reſte de vie aux fureurs de la guer-
» re ; & de mon cadavre plus qu'à demi
» mort,tirons encore cet avantage ,
» l'expoſer aux coups deſtinés aux vi-
» vans. » Il dit & ſes traits aveuglément
lancés , ne laiſſent pas de porter
atteinte. Argus jeune homme d'une
naiſſance illuſtre en eſt frappé au deſſus
des flancs , & en tombant fur le fer il
l'enfonce.
de
Sur le même vaiſſeau & à l'extré
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mité oppoſée , étoit le malheureux père
d'Argus , guerrier illuſtre dans ſa jeuneffe
, & qui ne le cédoit en valeur à
aucun des Phocéens.Mais ici courbé ſous
le poids des ans , & tout confumé de
vieilleſſe , c'étoit un exemple , & non
pas un foldat.
Témoin de la mort de ſon fils il ſe
traîne à pas chancelans,& de chute en
chute le long da navire ,il arrive juſqu'à
la poupe , & il y trouve ſon fils expirant.
On ne voit point ſes larmes couler
ni ſes mains frapper ſa poitrine ;
mais comme il tend les bras , tout fon
corps ſe roidit , ſes yeux ſe couvrent
d'épaiſſes ténébres ; il regarde ſon fils ,
&il ne le reconnoît plus. Celui ci dès
qu'il apperçoit ſon père ſouléve, ſa tête
fur fon col languiſſant. Il veut lui parler
, ſa voix lui manque :feulement ſa
bouche muette demande à ſon père
un dernier baifer ,& invite ſa main à
lui fermer les yeux. Dès que le vieillard
eſt revenu à lui-même & que la
cruelle douleur a repris des forces : » Je
>> ne perdrai point ( dit- il ) le moment
» que me laiſſent les Dieux : je perce-
>> rai ce coeur paternel. Pardonne ô
>> mon cher fils , pardonne à ton père
>> de n'avoir pas reçu tes embraſſemens
NOVEMBRE. 1763 107
›& les derniers ſoupirs de ta bouche. *
>>> La chaleurde la vie ne t'a point quitté ;
» tu reſpires , tu peux me ſurvivre
>>encore. » A ces mots , quoique le fer
de ſon épée fût tout entier longé dans
ſon ſein , il ſe hâte de ſe précipiter
dans les flots ** de peur que le fer
ne fut trop lent à dégager ſon âme impatiente
de précéder celle de ſon fils
chez les morts .
La victoire n'eſt plus douteuſe : le fort
des combats s'est déclaré. La plupart
des vaifſeaux de Marseille ſont abîmés
fous les eaux ; le reſte ayant changé de
Pilote , reçoit& porte les vainqueurs ;
un petit nombre gagnent la mer &
cherchent leur falut dans la fuite .
Quelle fut au -dedans des murs la
déſolation des familles ! de quels cris les
mères éplorées firent retentir le rivage.
:
*Tu reſpires encore , & tu peux me ſurvivre.
Ce fer va m'épargner la honte de te ſuivre ;
Et ma mort rétablit par des coups redoublés
L'ordre de la Nature & ſes droits violés .
(Bréb. )
**Et voulant de ſon fils devancer le trépas ,
Craint qu'une ſeule mort ne lui ſuffiſe pas.
1 この
(Bréb. )
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On vit des épouſes éperdues , qui dans
les cadavres flottans fur le bord, croyant
reconnoître des traits fouillés de fang
embrafſoient le corps d'un ennemi qu'elles
prenoient pour celui d'un époux.
On vit de miférables pères ſe difputer
un corps mutilé , que chacun deux
croyoit être ſon fils , pour lui rendre
les honneurs fuprêmes.
Cependant Brutus triomphant fur
les mers s'applaudit d'avoir le premier
joint à l'éclat des armes de César , l'honneur
d'une victoire navale .
SALE , par M. MARMONTEL.
D'IMMENSES forêts tombent de toutes
parts , & les cimes des montagnes
font dépouillées de leurs chênes antiques
; car il falloit que le milieu du
rempart n'étant comblé que de légers
faifceaux couverts d'une couche de terre
, les deux bords fuſſent contenus par
des pieux & des poutres ſolidement
unies , de peur que ce terrain mal affermi
ne s'écroulât ſous le poids des
tours.
Non loin de la ville étoit un bois
facré& dès long-temps inviolable , dont
les branches entrelafſées , écartant les
rayons du jour , enfermoient ſous leur
épaiſſe voute un air ténébreux & de
froides ombres. Ce lieu n'étoit point
habité par le Dieu tutélaire des campagnes
. ni par les Silvains & les Nymphes
des bois. Mais il déroboit à la
NOVEMBRE. 1763 . 87
lumière un culte barbare & d'affreux
facrifices . * Les Autels , les arbres y dégoutoient
de ſang humain; & fi l'on
peut ajouter foi à la crédule Antiquité ,
les oiſeaux n'ofoient s'arrêter ſur les
rameaux de ce bois ténébreux , ni les
bêtes féroces y chercher un repaire ;
la foudre * * évitoit d'y tomber , & les
vents craignoient d'en agiter les branches.
Mais fans leurs fifflemens lugubres
la forêt porte fon horreur avec
elle. De ces noirs rochers découle une
onde impure ; les triſtes fimulacres des
Dieux qu'on y adore font informes &
mutilés ; leur attitude ſeule & la couleur
livide de ces buſtes rongés parle tems imprime
une ſombre épouvante. l'Homme
ne tremble pas ainſi devant des Dieux
qui lui ſont peints ſous des traits auxquels
il eſt accoutumé, Plus l'objet de
fon culte lui eſt inconnu , plus cette obf
curité le lui rend formidable .
*Et les voeux criminels qui s'offrent en ces
lieux ,
Offenſent la Nature en révérant les Dieux.
(Breb. )
G ** La foudre accoûtumée à punir les forfaits,
Craint ce lieu ſi coupable , & n'y tombe jamais
(Breb. )
88 MERCURE DE FRANCE.
Les antres de la forêt rendoient , diſoit
on , de longs mugiſſemens ; les arbres
déracinés & couchés par terre fe relevoient
d'eux- mêmes , ils offroient fans
ſe conſumer l'image d'un vaſte incendie
; & des dragons , rampans à longs
replis , embraffoient les tiges de ces
vieux chênes .
Les peuples y portoient leurs offrandes ,
mais fans en approcher jamais. Leurs
Dieux les en avoient chaſſés pour y habiter
ſeuls en filence. Les Prêtres euxmêmes
ſoit le jour , ſoit la nuit , n'y pénétrent
qu'en pâliſſant , ils tremblent
ſaiſis d'une profonde horreur , en approchant
de leurs Idoles . *
Ce futd'abord cette forêt que Céfar
ordonna d'abattre : elle étoit voiſine de
fon camp , & comme la guerre l'avoit
épargnée , elle reſtoit ſeule , épaiffe &
touffue au milieu des monts d'alentour
que le fer avoit dépouillés.
A cet ordre les plus courageux tremblerent.
La Majeſté du lieu les avoit
* Les voiſins de ce bois ſi ſauvage , ſi ſombre ,
Laiſſent à ſes démons ſon horreur & fon ombre ;
Et le Druide craint , en abordant ces lieux ,
D'y voir ce qu'il adore , & d'y trouver ſes
Dieux.
:
(Breb.)
NOVEMBRE. 1763. 89
remplis d'un ſaint reſpect ; & s'ils frappoient
ces arbres facrés , illeur fembloit
déja voir les haches vengereſſes retourner
fur eux-mêmes .
*
Dès que César voit frémir les cohortes
dont la terreur enchaînoit les mains , il
ofe le premier ſe ſaiſir de la hache ; il la
léve , frappe & l'enfonce dans un chêne
quitouchoit aux Cieux . Alors leur montrant
le fer plongé dans ce bois qu'ils
avoient craint de violer , " ſi quelqu'un
» de vous , dit-il , ſe faifoit un crime d'a-
>> battre la forêt , m'en voilà chargé :
>> c'eſt ſur moi qu'il retombe ;
obéiſſent à l'inftant , non que l'exemple
les raſſure ; mais la crainte de Céfarl'emporte
fur celle des Dieux. ** Auffi-tot
les ormeaux , les hêtres , les chênes , les
cyprès que raſſembloit cette forêt terrible
virent pour la premiere fois tomber leur
longue chevelure & leur têtes dépouillées
firent paſſage à la clarté du jour. Toute la
forêt s'ébranle à la fois , chancelle &
tombe fur elle-même ; mais en tombant
tous
* Et ſeul je prends ſur moi tout le courroux des
Dieux. ( Breb . )
** Les Dieux parlent encore à ces coeurs agités ,
Mais quand Jule) commande , ils font mal
écoutés. ( Breb. )
90 MERCURE DE FRANCE.
elle ſe ſoutient & fon épaiffeur réfiſte
fa chute.
A la vue d'un tel ſacrilége , tous les
peuples de la Gaule gémirent , mais
Marseille s'en applaudit. Qui peut fe
perfuader en effet que lesDieux ſe laiffent
impunément braver ; & cependant
combien la fortune n'a-t-elle pas ſauvé
de coupables ! Il ſemble qu'il n'y ait que
les malheureuxque le tonnerre ofe punir.
Quand les bois furent abattus , on tira
des campagnes voifines des chariots
pour les enlever; le Laboureur conſterné
vit detéler fes taureaux& obligéd'abandonner
fon champ; il pleura la perte de
l'année.
Cefar trop impatient pour ſe confumer
dans les langueurs d'un fiége , en laifle
le foin à ſes Lieutenans ; il tourne ſes
pas du côté de l'Espagne , où ſes légions
l'ont devancée , & ordonne à la guerre
de le fuivre vers cette extrémité du
monde .
Cependant les travaux du fiége s'avancent.
Le rempart ſe léve & on y établit
deux tours de la même hauteur que les
murs de la Citadelle. Ces tours ne font
point attachées à la terre ; mais elles
roulent fur des éffieux dont le mobile
eſt en elles - mêmes. Les affiégés , du
NOVEMBRE. 1763 . 91
haut de leur fort , voyant ces maſſes
s'ébranler en attribuerent la cauſe à
quelque violente ſecouſſe qu'avoient
donné à la Terre les vents enfermés
dans ſon ſein ; & ils s'étonnerent que
leurs murailles n'en fuffent pas ébranlées,
mais tout-à-coup du haut de ces tours
mouvantes tombe fur eux une grêle de
dards. De leur côté , volent fur les
Romains des traits plus terribles encore ;
car ce n'eſt point à force de bras que
que leurs javelots ſont lancés : décochés
parle reffortde labaliſte , ils partent avec
la rapidité de la foudre , & au lieu de
s'arrêter dans la plaie , ils s'ouvrent une
large voie à travers l'armure & les os
fracaffés , laiſſent la mort & volentaudela
, avec la force de la donner encore ,
Cette machine formidable lance des
pierres d'un poids énorme , & qui pa
reilles à des rochers déracinés par le
temps &détachés par un orage , briſent
tout ce qu'elles rencontrent. C'eſt peu
d'écrafer les corps ſous leur chute , elles
en diſperſent au loin tous les membres
avec le fang.
Mais à mesure que les affiégeans s'ap
prochoient des murs , à couvert fous
le toît d'airain qu'ils s'étoient fait de leurs
boucliers ; les traits qui de loin pou
92 MERCURE DE FRANCE.
voient les atteindre paſſoient ſur leurs
têtes , & il n'étoit pas facile aux ennemis
de changer la direction de la machine
qui les lançoit. Mais la peſanteur des
rochers fuffit pour accabler tout ce qui
s'approche , & ils ſe contentent de les
rouler du haut des murs à force de bras.
Tant que les boucliers des Romains font
unis & qu'ils ſe ſoutiennent l'un l'autre
ils repouſſent les traits qui les frappent ,
comme un toît repouſſe la grêle qui fans
le briſer le fait retentir. Mais ſi-tôt que la
force du Soldat épuiſée céde à l'ardeur
des affiégés & laiffe rompre cette eſpéce
devoute , chaque bouclier feul est trop
foible pour foutenir tous les coups qu'il
reçoit. Alors on fait avancer par un
chemingliſſant une couverture folide &
mouvante , à l'abri de laquelle on ſe
prépare à battre les murs & à les ruiner.
Bien-tôt le Belier , dont le balancement
redouble fes forces , frappe & tente de
détacher ces longues couches de pierres
qu'un dur ciment tient enchaînées &
que leur poids même affermit. Mais
le toît qui protége les Romains , chargé
d'un déluge de feu , ébranlé par les
maſſes qu'on y fait tomber , & par les
poutres qui du haut des murs travaillent
fans ceſſe à l'abattre , ce toît tout-à-coup
NOVEMBRE. 1763 . 93
s'embrâfe & s'écroule & accablé
,
d'un travail inutile les Soldats regagnent
leur camp.
Les aſſiégés qui n'avoient d'abord
eſpéré que de défendre leurs murailles ,
oſent riſquer une attaque au dehors. Une
jeuneſſe intrépide fort à la faveur de la
nuit. Elle n'a pour armes ni la lance
ni l'arc. Ses mains ne portent que la
flâme , cachée à l'ombre des boucliers .
Dans un inſtant l'incendie ſe déclare :
un vent impétueux le répand ſur tous
les travaux de César, Le chêne vert a
beau réſiſter; les progrès du feu n'en
ſont pas moins rapides : par - tout où
les flambeaux s'attachent , le feu s'élance
fur ſa proie ; &des tourbillons de flâme
ſemelentdans l'air àd'immenfes volumes
de fumée. Non-ſeulement les bois entaffés
, mais les rochers eux-mêmes ſont
embrafés& réduits en poudre. Tout le
rempart s'écroule en même- temps , &
dans ſes débris diſperſés la maſſe en paroît
agrandie.
)
Les Romains , ſans reſſource du côté
de la terre , tentent la fortune fur mer.
Déjà Brutus * fur le Vaiſſeau Prétorien,
ſemblableà une fortereſſe, avoit abordé
* Decius Brutus ,
94 MERCURE DE FRANCE.
aux ifles Stechades , accompagné
d'une flotte que le Rhône avoit vu
conſtruire ** , & qu'il avoit portée à
ſon embouchure. On y joint des Navires
faits à la hâte , non de bois peints
& décorés , mais de chênes groffièrement
taillés , tels qu'ils deſcendoient des
montagnes , du reſte fortement unis , &
formant une aire folide & commode
pour le combat.
Marſeille , de fon côté , s'eſt réfolue à
courir , avec toutes ſes forces , le hafard
d'un combat fur mer. Les Vieillards
eux-mêmes ont pris les armes & viennent
ſe ranger parmi les jeunes citoyens,
Non-feulement les Vaiſſeaux en état de
fervir , mais ceux qui dans le Port tomboient
en ruine , & quon a réparés ,
font chargés d'armes & de combattans.
Le Soleil naiſſant répandoit fur la face
des mers ſes rayons brifés par les ondes,
Le Ciel étoit fans nuage , les vents en
filence laiffoient régner dans l'air le
calme & la férénité , & la mer ſembloit
applanir ſes flots pour offrir à la guerre
un théâtre immobile, Alors chaque navire
quitte fa place , & d'un mouvement
égal s'avancent des deux côtés , ceux
* Les Iſles d'Hières,
** A Arles.
NOVEMBRE. 1763. 95
de Marseille & ceux des Romains . D'abord
la rame les ébranle , & bien-tôt à
coups redoublés , elle les ſoulève& les
fait mouvoir,
La flotte des Romains étoit rangée
en forme de croiffant. Les Vaiſſeaux les
plus forts terminoient l'enceinte ;les plus
foibles occupoient le centre. Au milieu
de la flotte , & au deſſus d'elle , s'élevoit
comme une tour la poupe du vaiſſeau
de Brutus. Six rangs de rameurs lui
faifoient tracer un fillon vaſte au ſein
de l'onde , & fes rames les plus élevées
s'étendoient au loin ſur la mer.
Dès que les flottes ne ſont plus ſépa
rées que par l'eſpace qu'un vaiſſeau peut
parcourir d'un feul coup d'aviron , mille
voix rempliſſent les airs , & l'on n'entend
plus à travers ces clameurs ni le bruit
des rames ni le ſon des trompettes. La
mer tout-à-coup blanchit d'écume ; on
voit les rameurs balayer les flots & renverſés
ſur les bancs , ſe frapper le ſein
du levier qu'ils ramenent. Les proues
ſe heurtent à grand bruit; les vaiſſeaux
ſe repouſſent l'un l'autre ; mille traits
lancés ſe croifent dans l'air ; bien- tôt la
mer en eſt ſemée. Déjà les deux flottes
ſe déployent , & les vaiſſeaux diviſés
ſe donnent un champ libre pour le
96 MERCURE DE FRANCE.
combat. Alors , comme dans l'océan ,
fi le flux& le vent font oppofés, la mer
avance & le flot recule , de même les
vaiſſeaux ennemis fillonnent l'onde en
ſens contraire ; la maſſe d'eau que l'un
chaſſe eſt à l'inſtant repouſſée par l'autre,
& balancée entre deux rames , elle y
demeure comme en fufpens . Mais les
vaiſſeaux de Marſeille étoient plus propres
à l'attaque , plus légers à la fuite ,
plus faciles à ramener par de rapides
évolutions , enfin plus dociles à la main
du Pilote. Ceux des Romains au contraire
, par leur peſanteur & leur ſtabilité
, avoient pour eux l'avantage d'un
combat de pied-ferme , & tel que fur
la Terre on eût pû le donner.
Brutus dit donc à ſon Pilote : » Pour-
» quoi laiſſer les deux flottes ſe difperfer
>> ainſi ſur les mers ? eſt- ce d'adreſſe que
>> tu veux combattre ? Ramaffe nos forces
» & que nos vaiſſeaux préſentent le
>> flanc à la proue ennemie. » Le Pilote
obéit , & le combat change. Dès-lors
chaque vaiſſeau , qui de ſa proue heurte
le flanc des vaiſſeaux de Brutus , y refte
attaché , vaincu par le choc , & retenu
captif par le fer qu'il enfonce. D'autres
font arrêtés par des griffes d'airain ou
liés par de longues chaînes. Les rames
fe
NOVEMBRE. 1763 . 97
:
ſe tiennent enlacées , & les deux flottes
couvrant la mer forment un champ de
bataille immobile. Ce n'eſt plus le javelot,
ce n'eſt plus la fléche qu'on lance
: on ſe joint , on croiſe les armes ,
on combat l'épée à la main. Chacun
du haut de fon bord ſe panche au devant
du fer ennemi ; la plupart tombent
fur le bord qu'ils defendent. Les
eaux ſont couvertes d'une écume de
fang ; la mer profonde en eſt rougie ; &
les cadavres ſuſpendus entre les flancs
des vaiſſeaux oppofés rendent impuiffants
les efforts que fait l'un des deux
pour attirer l'autre. Parmi les combattans
, les uns , qui reſpirent encore en
tombant , boivent leur fang avec l'onde
amère ; d'autres luttant contre une mort
lente font tout-à- coup enſevelis avec
leur vaiſſeau qui s'en trouvre & s'abîme.
Les traits qui volent en vain ne tombentpas
de même ; & s'ils ont manqué
leur premiere victime , ils en trouvent
mille à frapper ſur les eaux. L'une de
nos galeres environnée de celles de
Marſeille , avoit déployé fes forces fur
ſes deux bords & les défendoit en même
temps avec une égale intrépidité. Ce
fut là que le brave Tagus combattant
du haut de la poupe & voulant enlever
E
98 MERCURE DE FRANCE .
le pavillon de l'un des vaiſſeaux ennemis
reçut deux fléches oppoſées qui ſe croiferent
en lui perçant le coeur. D'abord
ſon ſang héſite , incertain par quelle
plaie il va s'écouler ; mais repouffant à
la fois les deux fléches , il s'ouvre à
grands flots l'un & l'autre paſſage , &
ſemble en diviſant l'âme de ce guerrier ,
payer un double tribut à la mort.
Dans ce combat , s'étoit engagé le
malheureux Télon , celui des Phocéens
qui maîtriſoit le mieux un Navire dans
la tempête. Jamais Pilote n'a mieux
prévu les variations de l'Air ; toujours
fes voiles étoient diſpoſées pour le vent
qui devoit ſe lever.
Il avoit brifé du fer de ſa proue le
flanc du Vaiſſeau qu'il attaquoit. Mais
un javelot lui perça le ſein , & fa main
défaillante détourna ſon Vaiſſeau .
Giarée qui voit tomber Telon vale
remplacer & faute ſur ſa poupe. Le trait
mortel le frappe au moment qu'il s'élance
l'attache & le tient ſuſpendu au Navire
même qu'il alloit quitter.
Ily avoit parmi ceux de Marſeille deux
Jumeaux , la gloire de leur mère. Les
mêmes flancs les avoient conçus pour des
deſtins bien différens. * La cruelle mort
La Nature avoit mis en l'un & l'autre frère
NOVEMBRE. 1763 . 99
diftingua ces frères que leurs parens confondoient
tous les jours ; hélas ! cette
douce erreur est détruite. L'un deux a
péri , & celui qui leur reſte, éternel objet
de leurs larmes , nourrit ſans ceffe leur
douleur en leur offrant l'image de celui
qui n'eſt plus . Ce malheureux Jeune-
Homme voyant les rames de fon
Vaifſeau entrelaſſées avec celui d'un
Vaiſſeau Romain , oſa porter la main fur
le bord ennemi ; un fer peſant & meurtrier
tombe ſur ſa main & la coupe ;
mais fans lâcher priſe , elle ſe roidit ,
attachée au bois qu'elle ferre. Le malheur
ne fit qu'irriter le courage de ce Jeune-
Homme ; de l'intrépide main qui lui
reſte il veut reprendre celle qu'il a perdu ;
mais un nouveau coup lui détache le
bras & la main dont il combattoit. Alors
fans boucliers, ſans armes , il ne va point
ſe cacher au fond du Vaiſſeau , mais de
fon corps expofé aux coups il fait un
bouclier à fon Frère. Percé de fléches
il ſe tient debout , & après le coup
Des rapports qui trompoient juſqu'aux yeux de
mère.
Mais la mort les diftingue & ſa prompte fureur
Diſſipe avant le temps cette agréable erreur.
( Breb . )
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui fuffit à ſa mort, il en reçoit mille qui
tous feroient mortels & qu'il épargne à
ſes amis. Enfin comme il ſent que fon
âme va s'échaper par tant de plaies , il
la ramaffe & la retient dans ce corps
foible & défaillant ; il emploie tout le
ſang qui lui reſte à tendre un moment
les reffortsde ſes membres;& confumant
dans un dernier effort tout ce qu'il a de
vie & de force , il ſe précipite ſur le
bord ennemi , pour nuire au moins par
le poids de ſa chûte. *
Ce Vaiſſeau comblé de cadavres ,
regorgeant de ſang , briſé par les coups
redoublés des proües , s'entrouvre enfin
de toutes parts. L'eau perce à travers ſes
courbes fracaffées , & dès qu'il eſt plein
juſqu'aux bords il s'engloutit , & dans
fon tourbillon il enveloppe les flots qui
l'entourent. L'onde recule l'abîme
s'ouvre , la Mer retombe & le remplit. **
Dans ce jour le fort des combats étala
fur la Mer ſes prodiges.
*
و
Et ménageant ſa force & le ſang qui lui reſte
Il rend même fa mort aux ennemis funeſte.
( Breb . )
** Et la vague qui ſemble avec lui s'abîmer
S'enfonce en tournoyant juſqu'au ſein de la
mer.
NOVEMBRE. 1763. 101
Le fer recourbé que les Romains
jettoient ſur une Galère ennemie atteignit
un Guerrier nommé Licidas , & il l'entraînoit
dans les flots . Ses compagnons
veulent le retenir ; les jambes qu'ils faififfent
leur reſtent ; le haut du corps en
eſt détaché. Son fang ne s'écoule pas en
foiole ruiſſeau comme par une plaie ,
mais il jaillit à la fois par tous ſes canaux ;
& le mouvement de l'âme qui circule
de veine en veine eſt tout-à- coup interrompue.
Jamais la ſource de la vie n'eut
pour s'épancher une voie auſſi vaſte. La
moitié du corps qui n'avoit que des
membres épuisés de ſang & d'eſprits ,
fut à l'inſtant la proie de la mort ; mais
celle où le poumon reſpire , où le coeur
fomente & répand la chaleur, lutta longtemps
avant que de fubir le fort de l'autre
moitié de lui-même. *
Tandis qu'une troupe obſtinée à la
défenſe de ſon vaiſſeau ſe preſſe en
foule fur le bord qu'on attaque , & laiffe
vuide de défenſeurs , le flanc qui n'a
point d'ennemis , le navire panché du
* Son âme tient encore à ſa chaîne briſée ,
Se refuſe à la parque , & par de longs combats
Fait vivre ſa douleur & languir ſon trépas.
( Breb )
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
,
& côté qu'elle appeſantit ſe renverſe
couvre d'une voute profonde & la Mer
& les combattans. Leurs bras ne peuvent
ſe deployer , & ils périffent comme
enfermés dans une étroite priſon.
Alors on ne voit par - tout que l'affreuſe
image d'une mort ſanglante. Là , tandis
qu'un jeune-homme ſe ſauve à la nage
deux vaiſſeaux qui vont ſe heurter le
percent du bec de leurs proues , & fes
os brifés par ce choc terrible n'empêchent
pas l'airain de retentir de ſes entrailles
écrafées ; le ſang jaillit au loin
dans les airs, & lorſque les deux vaiſſeaux
s'éloignent , fon corps tranſpercé tombe
au ſein des eaux , & leur laiſſe un libre
paſſage. Ici comme dans un naufrage ,
une foule de malheureux prêts à périr &
fedébattant contre la mort , tachent d'aborder
une de leurs galeres ; mais dès
qu'ils veulent s'y attacher , comme elle
chancelle & va périr ſous une charge
trop peſante , leurs compagnons du haut
du bord , leur coupent les bras ſans pitié,
ces bras fupplians reſtent ſuſpendus. Les
corps s'en détachent & tombent dans
l'abîme ; car l'eau ne peut plus foutenir
le poids immobile de ces corps mutilés .
Déja les combattans ont épuisé leurs
traits , mais leur fureur invente des
NOVEMBRE. 1763. 103
armes. Les uns chargent l'ennemi à coups
de rames, les autres ſaiſiſſent les antènnes
& les lancent à force de bras. Les
Rameurs arrachent leurs bancs & les
font voler d'un bord à l'autre . On briſe
levaiſſeau pour combattre. Ceux- ci foulant
aux pieds les morts les dépouillent du
fer dont ils étoient armés ; ceux - là
percés eux - mêmes d'un trait mortel le
retirent de la plaie & la ferment d'une
main , pour que le ſang retenu donne à
l'autre main plus de force ; qu'il s'écoule
après que le trait fatal eſt parti , ils
meurent contens s'il les vange.
Mais rien ne fit dans ce combat de
mer autant de ravage que le feu . La
poix brulante , la cire enflâmée répandent
l'incendie avec elles. L'onde ne
peut vaincre la flame , & des vaiſſeaux
brifés dans le combat , un feu dévorant
pourfuit & confume les débris épars fur
les eaux. * De mille genres de mort le ſeul
que l'on craigne eſtcelui dont on ſe voit
*Entre tant de périls ils penſent faire aſſez
D'échapper aux premiers dont ils ſont menacés ;
Et bien qu'aucun ſuccès à leurs voeux ne réponde,
Onaffronte les feux pour s'affranchir de l'onde ,
On ſe plonge dans l'onde en ſe ſauvant des feux.
( Bréb. )
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
périr. Ainfi les uns pour éteindre la flâme
font percer les eaux de toutes parts ; les
autres pour ſe ſauver des eaux s'attachent
à des poutres brulantes. Le naufrage
même n'éteint pas la valeur. On voit
ceuxqui nagent encore, ramaſſer les traits
répandus fur la mer & les fournir à leurs
compagnons qui combattent ſur les
vaiſſeaux , ou d'une main foible & mal
afſurée ; s'éfforcer de les lancer euxmêmes
ſur l'ennemi qui nage autour
d'eux : file fer manque , l'onde y ſupplée.
L'ennemi s'attache à fon ennemi ,
leurs bras & leurs mains s'entrelaſſent ,
& chacun d'eux s'enfonce avec joie
pour fubmerger ſon ennemi.
Il y avoit dans ce combat , parmi les
Phocéens un homme exercé à retenir
fon haleine ſous les eaux , ſoit qu'il fallût
aller dégager l'ancre , ou chercher
au fond de la mer ce que le ſable avoit
dévoré. Dès que ce plongeur redoutable
avoit noyé fon ennemi , il revenoit
fur l'eau triomphant. Mais à la fin
croyant remonter ſans obſtacle , fa tête
` rencontre le fond d'une Galére , & du
coup il refte englouti.
L'unique foinde ceux qui périſſoient
fut de rendre leur trépas utile. On en
vit s'attacher aux rames d'un vaiſſeau
NOVEMBRE. 1763. 105
ennemi pour retarder ſa fuite ; on en
vit même ſe ſuſpendre en mourant à la
poupe de leur navire , pour rompre le
choc d'un navire oppoſé.
Un Phocéen nommé Ligdamus , inftruit
dans l'art des Baleares , fait partir
de ſa fronde un plomb rapide. Tyrrhene
, qui commandoit du haut de fa
poupe , en eſt atteint ; le plomb mortel
lui briſe les temples , & fes yeux ,
dont tous les liens font rompus , tombent
chaffés par des flots de fang.
Tyrrhene immobile & dans l'étonnement
de ne plus voir la lumière , prend
ces ténébres pour celles de la mort ; mais
bientôt ſe ſentant plein de vie : » Com-
>> pagnons ( dit- il ) employez-moi com-
» me une machine à lancer les traits.
» Allons , Thyrrhene , abandonnons ce
>> reſte de vie aux fureurs de la guer-
» re ; & de mon cadavre plus qu'à demi
» mort,tirons encore cet avantage ,
» l'expoſer aux coups deſtinés aux vi-
» vans. » Il dit & ſes traits aveuglément
lancés , ne laiſſent pas de porter
atteinte. Argus jeune homme d'une
naiſſance illuſtre en eſt frappé au deſſus
des flancs , & en tombant fur le fer il
l'enfonce.
de
Sur le même vaiſſeau & à l'extré
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mité oppoſée , étoit le malheureux père
d'Argus , guerrier illuſtre dans ſa jeuneffe
, & qui ne le cédoit en valeur à
aucun des Phocéens.Mais ici courbé ſous
le poids des ans , & tout confumé de
vieilleſſe , c'étoit un exemple , & non
pas un foldat.
Témoin de la mort de ſon fils il ſe
traîne à pas chancelans,& de chute en
chute le long da navire ,il arrive juſqu'à
la poupe , & il y trouve ſon fils expirant.
On ne voit point ſes larmes couler
ni ſes mains frapper ſa poitrine ;
mais comme il tend les bras , tout fon
corps ſe roidit , ſes yeux ſe couvrent
d'épaiſſes ténébres ; il regarde ſon fils ,
&il ne le reconnoît plus. Celui ci dès
qu'il apperçoit ſon père ſouléve, ſa tête
fur fon col languiſſant. Il veut lui parler
, ſa voix lui manque :feulement ſa
bouche muette demande à ſon père
un dernier baifer ,& invite ſa main à
lui fermer les yeux. Dès que le vieillard
eſt revenu à lui-même & que la
cruelle douleur a repris des forces : » Je
>> ne perdrai point ( dit- il ) le moment
» que me laiſſent les Dieux : je perce-
>> rai ce coeur paternel. Pardonne ô
>> mon cher fils , pardonne à ton père
>> de n'avoir pas reçu tes embraſſemens
NOVEMBRE. 1763 107
›& les derniers ſoupirs de ta bouche. *
>>> La chaleurde la vie ne t'a point quitté ;
» tu reſpires , tu peux me ſurvivre
>>encore. » A ces mots , quoique le fer
de ſon épée fût tout entier longé dans
ſon ſein , il ſe hâte de ſe précipiter
dans les flots ** de peur que le fer
ne fut trop lent à dégager ſon âme impatiente
de précéder celle de ſon fils
chez les morts .
La victoire n'eſt plus douteuſe : le fort
des combats s'est déclaré. La plupart
des vaifſeaux de Marseille ſont abîmés
fous les eaux ; le reſte ayant changé de
Pilote , reçoit& porte les vainqueurs ;
un petit nombre gagnent la mer &
cherchent leur falut dans la fuite .
Quelle fut au -dedans des murs la
déſolation des familles ! de quels cris les
mères éplorées firent retentir le rivage.
:
*Tu reſpires encore , & tu peux me ſurvivre.
Ce fer va m'épargner la honte de te ſuivre ;
Et ma mort rétablit par des coups redoublés
L'ordre de la Nature & ſes droits violés .
(Bréb. )
**Et voulant de ſon fils devancer le trépas ,
Craint qu'une ſeule mort ne lui ſuffiſe pas.
1 この
(Bréb. )
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On vit des épouſes éperdues , qui dans
les cadavres flottans fur le bord, croyant
reconnoître des traits fouillés de fang
embrafſoient le corps d'un ennemi qu'elles
prenoient pour celui d'un époux.
On vit de miférables pères ſe difputer
un corps mutilé , que chacun deux
croyoit être ſon fils , pour lui rendre
les honneurs fuprêmes.
Cependant Brutus triomphant fur
les mers s'applaudit d'avoir le premier
joint à l'éclat des armes de César , l'honneur
d'une victoire navale .
Fermer
11057
p. 108-120
SUITE de la Poëtique Françoise de M. MARMONTEL.
Début :
C'EST avec un nouveau plaisir que nous revenons à cet Ouvrage où l'utile [...]
Mots clefs :
Poète, Nature, Auteur, Tableau, Beauté, Préceptes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Poëtique Françoise de M. MARMONTEL.
SUITE de la Poëtique Françoise
C'EST
de M. MARMONTEL.
'EST avec un nouveau plaifir que
nous revenons à cet Ouvrage où l'utile
&l'agréable ſe trouvent réunis. Il nous
apprend que le Poëte doit joindre l'étudede
fon Art à ſes talens naturels. L'étude
de l'Art a deux branches; les préceptes&
les modéles . Mais avant que de paffer
à l'une& a l'autre M. Marmontel
veut que le Poëte commence par s'étudier
lui-même , & il lui indique les
moyens de connoître s'il est né Poëte.
,
NOVEMBRE. 1763. 109
A cette étude perſonnelle il fautjoindre
celle de la langue qui eſt l'inſtrument
de la Poëfie. Le Poëte doit apprendre à
la manier ; car dans ſes mains elle doit
avoir la docilité de la cire à prendre
la forme qu'il veut lui donner. L'étude
de la Nature , & principalement l'étude
de l'homme entre encore dans le ſyftême
de M. Marmontel. Toutes ces connoiſſances
développées avec eſprit , ouvrent
une vaſte carrière au génie poëtique
, & forment dans cet Ouvrage
comme autant de petits morceaux de
Poëfie , dont voici un exemple . » C'eſt
>>à l'Obfervateur , dit M. Marmontel, à
>> déterminer l'attraction & les mouve-
>> mens des corps céleſtes;c'eſt au Poëte à
>> peindre leur balancement , leur har-
>>>monie&leurs immuables révolutions ...
>>Tandis que le Phyficien analyſe le
>> fon & la lumière , le Poëte fera en-
>> tendre à l'âme l'explosion du tonner-
» re , & ces longs retentiſſemens qui
>> ſemblent de montagne en montagne
» annoncer la chûte du monde. Il lui
» fera voir le feu bleuâtre des éclairs ſe
» briſer en lames étincelantes , & fen-
>>dre à fillons redoublés cette maſſe
» obfcure de nuages qui ſemble affaif
110 MERCURE DE FRANCE .
>> fer l'horifon. Tandis que l'un tâche
» d'expliquer l'émanation des odeurs ,
>>l'autre rend ce phénomène viſible à
>> l'eſprit , en feignant que les zéphirs
>> agitent dans l'air leurs aîles humec-
>> tées des larmes de l'Aurore & des doux
>> parfums du matin.
Le ſtyle eſt une autre partie de la
Poëfie , qui n'est pas moins effentielle
que les précédentes . M. Marmontel diftingue
ſes qualités permanentes & fes
modes accidentels. Les qualités permanentes
du ſtyle poëtique font la clarté
la préciſion , la juſteſſe , la correction ,
la facilité , l'abondance , la richeſſe , l'élégance
, le naturel , la décence , le coloris
& l'harmonie. L'Auteur appelle
modes ou accidens du ſtyle , ce qui
le diftingue de lui-même , comme ſes
tours & fes mouvemens , le ton que le
ſujet lui donne , le caractère que la
penſée lui imprime , celui qu'il emprunte
des moeurs , de la ſituation , de l'intentionde
celui qui parle. M. Marmontel
traite de toutes ces qualités féparément;
ce font des détails qui doivent
ſe lire dans l'Ouvrage même. Ils font
enrichis par des exemples choiſis , &
qui , quoique connus , plaiſent encore
par une heureuſe application qui ſemNOVEMBRE.
1763 .
ble leur donner le mérite de la nouveauté.
D'autres fois l'Auteur fait
lui-même , en quelque forte , les exemples
qu'il propoſe. Telle eſt cette Traduction
d'une Idylle de Kleist , célébre
Poëte Allemand , qu'il cite à propos du
ſtyle , & des moyens de l'animer. M.
Marmontel a ainſi rendu en vers la Piéce
Allemande qu'il nous donne pour
exemple.
Elle fuit ; un eſpace immenſe
Dérobe Thémire à mes yeux.
Ici même , ô cruel abſence !
Ici j'ai reçu ſes adieux.
Viens-tu d'auprès d'elle , ô Zéphire ?
Oui ſans doute elle t'attiroit.
Viens , approche , & que je reſpire
Le ſouffle qu'elle reſpiroit.
Ruiſſeaux , ſur les pas de Thémire
Coulez à flots précipités ,
Et dites-lui que tous ſoupire
Dans les vallons qu'elle a quittés ;
Dites lui que de la prairie
Son abſence a ſeché les fleurs ;
Que des bois la feuille eſt ſétrie ,
Que je languis, que je me meurs.
Quel heureux vallon ma Bergère.
Orne-t-elle de ſes appas ?
Foulé par ſa danſe légère ,
112 MERCURE DE FRANCE .
Quel gazon fleurit ſous ſes pas.
Quel est le fortuné boccage-
Que ſes accens font retentir ?
Quelle fontaine a le plaiſir
De lui retracer ſon image.
M. Marmontel examine par quel degrés
les images poëtiques d'abord introduites
par le beſoin , font devenues un
ornement de luxe dans le langage. C'eſt
le ſujet d'un chapitre qui traite des images
ou du coloris. Ce morceau eſt philofophique
& un peu abſtrait. Les deux
chapitres ſuivans ſur l'harmonie du ſtyle
& le méchaniſme des vers , nous entraîneroient
dans des détails , qui excédroient
les bornes d'un éxtrait , & fourniroient
peu de citations agréables. Voici
comme l'Auteur débute dans celui
qui traite de l'invention .
» Pour concevoir l'objet de la Poë-
» fie dans toute fon étendue , il faut
" ofer conſidérer la nature comme
>> préſente à l'intelligence fuprême.
» Alors non ſeulement l'état a Stuel des
>> chofes , mais le cahos , ſon dévelop-
>> pement , les métamorphofes , les ré-
„ volutions de ce tout immenfe & de
> ſes parties ; ces phénomènes innom-
» brables qu'ont du produire la circuNOVEMBRE.
1763. 113
,
>> lation de la matière d'après les loix
» du mouvement , & le commerce
>> mutuel de la penſée & du mouve-
>> ment d'après les loix de l'union , de
>> l'eſprit & de la matière ; tout ce qui
» dans le jeu des élémens , dans l'or-
>> ganiſation des Etres vivans , animés ,
>> fenfibles , a pu concourir à varier
>> le ſpectacle mobile & fucceffif de
>> l'Univers , eſt réuni dans le même
>> tableau. Ce n'eſt pas tout à l'or-
>> dre préſent , aux viciffitudes paſſées
>> ſe joint la chaîne infinie des poffi-
»bles d'après l'eſſence même des
>> Etres , & non ſeulement ce qui eſt ,
>> mais ce qui ſeroit dans l'immenfité
>> du temps & de l'eſpace , fi la natu-
>> re développoit jamais le tréſor iné-
>> puiſable des germes renfermés dans
" ſon ſein. C'eſt ainſi que Dieu voit
>> la Nature , c'eſt ainſi que ſelon fa
>> foibleſſe le Poëte doit la contem-
» pler. S'emparer des cauſes ſecondes ,
>> les faire agir dans ſa penſée , felon
>>les loix de leur harmonie ; réaliſer ain-
>> fi les poffibles , raſſembler les dé-
» bris du paffé ; hâter la fécondité de
>> l'avenir ; donner une éxiftence appa-
>> rente & fenfible à ce qui n'eſt encore
» & ne fera peut- être jamais que dans
114 MERCURE DE FRANCE.
» l'effence idéale des choſes : c'eſt ce
» qu'on appelle inventer. Il ne faut
>>donc pas être ſurpris ſi l'on a regar-
» dé le génie poëtique comme une
» émanation de la Divinité même ....
» On voit par là combien le champ
» de la fiction doit être vaſte
» combien l'inventeur qui s'élance dans
>> la carrière des poſſibles , laiſſe loin
>> de lui l'imitateur fidèle & timide qui
» peint ce qu'il a ſous les yeux
,
&
On voit par ce début que M, Marmontel
traite ce ſujet d'une manière
nouvelle , & qu'il ne fuit point les
traces de donneurs de préceptes qui
ont écrit avant lui fur cette matière .
Tout le chapitre eſt dans le même
goût. L'Auteur approfondit ſes principes
, & remonte à la nature des choſes
, dont il tire enfuite des conféquences
toujours juſtes ,& qui répandent un
grand jour fur toutes les parties de l'Art
Poetique. Il demande à la vérité de ſes
Lecteurs une grande attention pour le
fuivre dans ces nouvelles routes ; ma's
quand on a une fois ſaiſi ſes idées primitives
, tout le ſyſtême ſe développe
avec facilité.
Dans le Chapitre intitulé du
choix dans l'imitation , l'Auteur com-
-
NOVEMBRE. 1763. 1ης
,
Stabat
le ſentiment de ceux qui confondent
la beauté poëtique avec la beauté
naturelle. Les vues dans lesquelles opére
la Poësie , dit M. Marmontel , ne font
pas celles de la Nature. Ce qui eſt beau
pour un Art , peut ne l'être pas pour les
autres. La beauté du Peintre ou du S
tuaire peut être ou n'être pas celle du
Poëte , & réciproquement ſelon l'effet
qu'ils veulent produire. Enfin ce qui
fait beauté dans un Poëme ou dans
tel endroit d'un Poëme , devient un défaut
, même en Poësie , dès qu'on le
déplace , & qu'on l'employe mal-àpropos.
Il ne fuffit donc pas , il n'eſt
pas même beſoin qu'une choſe ſoit
belle dans la Nature , pour qu'elle foit
belle en Poëfie ; il faut qu'elle ſoit telle
que l'exige l'effet que l'on veut opérer.
Nous citerons d'après l'Auteur quelques
exemples qui prouvent que la beauté
poëtique dépend du rapport des objets
avec nous-mêmes .
>> Lorſque la peinture d'un Payſage
>> riant & paiſible nous cauſe une douce
» émotion , une rêverie agréable , con-
>> ſultez-vous , & vous trouverez que
>> dans ce moment , vous vous ſuppo-
>> fez affis au pied de ce hêtre , au bord
>> de ce ruiſſeau , ſur cette herbe ten
116 MERCURE DE FRANCE .
>> dre & fleurie , au milieu de ces trou-
>> peaux qui de retour le foir au Villa-
>> ge , vous donneront un lait délicieux.
>> Si ce n'eſt pas vous , c'eſt un de vos
>> ſemblables que vous croyez voir dans
>> cet état fortuné ; mais fon bonheur
>> eſt ſi près de vous , qu'il dépend de
>> vous d'en jouir , & cette penſée eſt
» pour vous ce qu'eſt pour l'Avare la
>> vue de fon or , l'équivalent de la jouif-
>>fance.
» Mais à ce beau Tableau que vous
>> préſente la Nature , le Poëte ſçait
>>qu'il manque quelque choſe. Il place
>> une Bergère au bord du ruiſſeau ;
>>il la fait jeune & jolie , ni trop né-
>> gligée , de peur de bleſſer votre déli-
>> cateffe; ni trop parée , de peur de dé-
>> truire votre illufion. Il lui donne un
>> air fimple & naïf ; car il ſçait que
» vous aimez à trouver un coeur facile
» à ſéduire ; il lui donne une voix tou-
>> chante , organe d'une âme ſenſible ;
»& il la peint ſe mirant dans l'eau , &
» mêlant des fleurs à ſes cheveux, com-
>> me pour annoncer qu'elle a ce defir
>> de plaire qui ſuppoſe le beſoin d'ai-
» mer. S'il veut rendre le tableau plus
>> piquant , il place non loin d'elle un
>>boccage ſombre où vous croirez qu'il
NOVEMBRE . 1763 . 117
> eft facile de l'attirer. Il feindra même
» qu'un Berger l'y appelle, Vous le ver-
» rez entre les arbres , le feu du defir
» dans les yeux ; & un mouvement
>> confus de jalouſie ſe mêlera , fi elle
>> lui ſourit , au ſentiment qu'elle vous
> inſpire.
M. Marmontel ſuppoſe au contraire ,
que l'intention du Poëte ſoit de caufer
à ſon Lecteur une ſombre mélancolie.
» C'eſt un déſert qu'il vous peindra ,
>> continue-t-il , le bruit d'un torrent qui
>> ſe précipite fur des rochers , & qui va
>> dormir dans des gouffres , trouble ſeul
>> dans ce lieu ſauvage le filence de la
» Nature. Vous y voyez des chênes
>>briſés par la foudre mais que la
>>>hache a reſpectés. Des montagnes
> couronnés de frimats terminent l'ho-
>> rifon. De tous les oiſeaux , l'Aigle
>> ſeule oſe y dépoſer les fruits de fes
>> amours. Il vole tenant dans ſes griffes,
>> un tendre agneau enlevé à ſa mère ,
" & dont le bêlement timide ſe fait
>> entendre dans les airs. Cependant
» l'aigle aux aîles étendues arrive
> joyeux de ſa proie ; il la dépouille ,
>>la déchire & la partage à ſes petits.
„ Plus bas la Lionne alaite les fiens ;
» & dans les yeux de cette bête féroce,
118 MERCURE DE FRANCE .
» l'amour maternel ſe peint avec dou-
» ceur. Ces deux actions toutes fimples
>> concourent avec l'image du lieu ,
>> à exciter dans l'âme cette crainte que
>> les enfans aiment fi fort à éprouver,
» & dont l'homme qui est toujours en-
>> fant par le coeur , ne dédaigne pas de
» jouir encore.
Il eſt certain que ces deux tableaux
font très-poëtiques ; & que le Lecteur
n'a pas moins de defir d'être auprès de
la bergère , que de plaifir de n'être pas
au bord de ce torrent , au pied de ces
rochers , parmi ces animaux terribles ;
car il n'eſt pas moins doux de contempler
les maux dont on eft exempt , que
de voir les biens dont on peut jouir.
Nous ajouterons au Tableau précédent
une autre peinture qui ne la céde
pas aux deux premieres. M. Marmontel
joint toujours l'éxemple au précepte ; &
cet éxemple, c'eſt ſouvent lui-même qui
le fait. » Qu'un Poëte , dit-il , décrive
>> un incendie , l'image des flammes &
>>des débris nous affectera plus ou moins,
>> felon que nous avons l'imagination
>> plus ou moins vive , & le plus grand
» nombre même , en ſera foiblement
» ému. Mais qu'il nous préſente ſimple-
>>ment fur unbalcon de la maison qui
NOVEMBRE. 1763. 119
» brûle , une mère tenant ſon enfant
>> dans ſes bras , & luttant contre la
>> Nature pour ſe réfoudre à le jetter ,
>> plutôt que de le voir confumé avec
>> el'e par les flammes qui l'envir onnent;
» qu'il la repréſente meſurant tour-à-
>>> tour avec des yeux égarés l'effrayante
>> hauteur de la chûte ,& le peu d'eſpa-
>> ce , plus effrayant encore , qui la fé
>> pare des feux dévorans ; tantôt éle-
>> vant ſon enfant vers le Ciel , avec les
» regards de l'ardente prière ; tantôt
>>prenant avec violence la réſolution
» de le laiſſer tomber , & le retenant
>> tout-à-coup avec le cri du déſeſpoir
»& des entrailles maternelles. Alors le
>> preſſant dans ſon ſein , & le baignant
>> de ſes larmes , & dans l'inſtant même
>> ſe refuſant à ſes innocentes careſſes
» qui lui déchirent le coeur ; ah ! qui
>> ne ſent l'effet que ce Tableau doit
>> faire , s'il eſt peint avec vérité.
?
Ce Tableau ſeroit un vrai Poëme
s'il étoit revêtu des ornemens de la ver
ſification ; & même ſans cet avantage
il produit tous les effets de la plus touchante
Poëfie. Ces fortes de morceaux
qui font affez fréquens dans ce Livre ,
ôtent aux préceptes la ſéchereſſe inféparable
des Ouvrages didactiques . Auffi
120 MERCURE DE FRANCE.
paffons-nous-nous légérement fur les
règles qu'il faut lire avec attention dans
le Livre , pour nous attacher aux exemples
qui font plus agréables , & qui font
plus à la portée du commun des Lecteurs.
D'ailleurs les préceptes qui forment
le premier volume de cette Poëtique ne
regardent que la Poësie en général , ce
qui les rend encore plus abſtraits. Nous
parlerons dans le Mercure ſuivant , des
différens genres de Poësie , depuis le
Poëme Epique juſqu'au Madrigal ; car
M. Marmontel a traité de tous ces genres
ſéparément.
C'EST
de M. MARMONTEL.
'EST avec un nouveau plaifir que
nous revenons à cet Ouvrage où l'utile
&l'agréable ſe trouvent réunis. Il nous
apprend que le Poëte doit joindre l'étudede
fon Art à ſes talens naturels. L'étude
de l'Art a deux branches; les préceptes&
les modéles . Mais avant que de paffer
à l'une& a l'autre M. Marmontel
veut que le Poëte commence par s'étudier
lui-même , & il lui indique les
moyens de connoître s'il est né Poëte.
,
NOVEMBRE. 1763. 109
A cette étude perſonnelle il fautjoindre
celle de la langue qui eſt l'inſtrument
de la Poëfie. Le Poëte doit apprendre à
la manier ; car dans ſes mains elle doit
avoir la docilité de la cire à prendre
la forme qu'il veut lui donner. L'étude
de la Nature , & principalement l'étude
de l'homme entre encore dans le ſyftême
de M. Marmontel. Toutes ces connoiſſances
développées avec eſprit , ouvrent
une vaſte carrière au génie poëtique
, & forment dans cet Ouvrage
comme autant de petits morceaux de
Poëfie , dont voici un exemple . » C'eſt
>>à l'Obfervateur , dit M. Marmontel, à
>> déterminer l'attraction & les mouve-
>> mens des corps céleſtes;c'eſt au Poëte à
>> peindre leur balancement , leur har-
>>>monie&leurs immuables révolutions ...
>>Tandis que le Phyficien analyſe le
>> fon & la lumière , le Poëte fera en-
>> tendre à l'âme l'explosion du tonner-
» re , & ces longs retentiſſemens qui
>> ſemblent de montagne en montagne
» annoncer la chûte du monde. Il lui
» fera voir le feu bleuâtre des éclairs ſe
» briſer en lames étincelantes , & fen-
>>dre à fillons redoublés cette maſſe
» obfcure de nuages qui ſemble affaif
110 MERCURE DE FRANCE .
>> fer l'horifon. Tandis que l'un tâche
» d'expliquer l'émanation des odeurs ,
>>l'autre rend ce phénomène viſible à
>> l'eſprit , en feignant que les zéphirs
>> agitent dans l'air leurs aîles humec-
>> tées des larmes de l'Aurore & des doux
>> parfums du matin.
Le ſtyle eſt une autre partie de la
Poëfie , qui n'est pas moins effentielle
que les précédentes . M. Marmontel diftingue
ſes qualités permanentes & fes
modes accidentels. Les qualités permanentes
du ſtyle poëtique font la clarté
la préciſion , la juſteſſe , la correction ,
la facilité , l'abondance , la richeſſe , l'élégance
, le naturel , la décence , le coloris
& l'harmonie. L'Auteur appelle
modes ou accidens du ſtyle , ce qui
le diftingue de lui-même , comme ſes
tours & fes mouvemens , le ton que le
ſujet lui donne , le caractère que la
penſée lui imprime , celui qu'il emprunte
des moeurs , de la ſituation , de l'intentionde
celui qui parle. M. Marmontel
traite de toutes ces qualités féparément;
ce font des détails qui doivent
ſe lire dans l'Ouvrage même. Ils font
enrichis par des exemples choiſis , &
qui , quoique connus , plaiſent encore
par une heureuſe application qui ſemNOVEMBRE.
1763 .
ble leur donner le mérite de la nouveauté.
D'autres fois l'Auteur fait
lui-même , en quelque forte , les exemples
qu'il propoſe. Telle eſt cette Traduction
d'une Idylle de Kleist , célébre
Poëte Allemand , qu'il cite à propos du
ſtyle , & des moyens de l'animer. M.
Marmontel a ainſi rendu en vers la Piéce
Allemande qu'il nous donne pour
exemple.
Elle fuit ; un eſpace immenſe
Dérobe Thémire à mes yeux.
Ici même , ô cruel abſence !
Ici j'ai reçu ſes adieux.
Viens-tu d'auprès d'elle , ô Zéphire ?
Oui ſans doute elle t'attiroit.
Viens , approche , & que je reſpire
Le ſouffle qu'elle reſpiroit.
Ruiſſeaux , ſur les pas de Thémire
Coulez à flots précipités ,
Et dites-lui que tous ſoupire
Dans les vallons qu'elle a quittés ;
Dites lui que de la prairie
Son abſence a ſeché les fleurs ;
Que des bois la feuille eſt ſétrie ,
Que je languis, que je me meurs.
Quel heureux vallon ma Bergère.
Orne-t-elle de ſes appas ?
Foulé par ſa danſe légère ,
112 MERCURE DE FRANCE .
Quel gazon fleurit ſous ſes pas.
Quel est le fortuné boccage-
Que ſes accens font retentir ?
Quelle fontaine a le plaiſir
De lui retracer ſon image.
M. Marmontel examine par quel degrés
les images poëtiques d'abord introduites
par le beſoin , font devenues un
ornement de luxe dans le langage. C'eſt
le ſujet d'un chapitre qui traite des images
ou du coloris. Ce morceau eſt philofophique
& un peu abſtrait. Les deux
chapitres ſuivans ſur l'harmonie du ſtyle
& le méchaniſme des vers , nous entraîneroient
dans des détails , qui excédroient
les bornes d'un éxtrait , & fourniroient
peu de citations agréables. Voici
comme l'Auteur débute dans celui
qui traite de l'invention .
» Pour concevoir l'objet de la Poë-
» fie dans toute fon étendue , il faut
" ofer conſidérer la nature comme
>> préſente à l'intelligence fuprême.
» Alors non ſeulement l'état a Stuel des
>> chofes , mais le cahos , ſon dévelop-
>> pement , les métamorphofes , les ré-
„ volutions de ce tout immenfe & de
> ſes parties ; ces phénomènes innom-
» brables qu'ont du produire la circuNOVEMBRE.
1763. 113
,
>> lation de la matière d'après les loix
» du mouvement , & le commerce
>> mutuel de la penſée & du mouve-
>> ment d'après les loix de l'union , de
>> l'eſprit & de la matière ; tout ce qui
» dans le jeu des élémens , dans l'or-
>> ganiſation des Etres vivans , animés ,
>> fenfibles , a pu concourir à varier
>> le ſpectacle mobile & fucceffif de
>> l'Univers , eſt réuni dans le même
>> tableau. Ce n'eſt pas tout à l'or-
>> dre préſent , aux viciffitudes paſſées
>> ſe joint la chaîne infinie des poffi-
»bles d'après l'eſſence même des
>> Etres , & non ſeulement ce qui eſt ,
>> mais ce qui ſeroit dans l'immenfité
>> du temps & de l'eſpace , fi la natu-
>> re développoit jamais le tréſor iné-
>> puiſable des germes renfermés dans
" ſon ſein. C'eſt ainſi que Dieu voit
>> la Nature , c'eſt ainſi que ſelon fa
>> foibleſſe le Poëte doit la contem-
» pler. S'emparer des cauſes ſecondes ,
>> les faire agir dans ſa penſée , felon
>>les loix de leur harmonie ; réaliſer ain-
>> fi les poffibles , raſſembler les dé-
» bris du paffé ; hâter la fécondité de
>> l'avenir ; donner une éxiftence appa-
>> rente & fenfible à ce qui n'eſt encore
» & ne fera peut- être jamais que dans
114 MERCURE DE FRANCE.
» l'effence idéale des choſes : c'eſt ce
» qu'on appelle inventer. Il ne faut
>>donc pas être ſurpris ſi l'on a regar-
» dé le génie poëtique comme une
» émanation de la Divinité même ....
» On voit par là combien le champ
» de la fiction doit être vaſte
» combien l'inventeur qui s'élance dans
>> la carrière des poſſibles , laiſſe loin
>> de lui l'imitateur fidèle & timide qui
» peint ce qu'il a ſous les yeux
,
&
On voit par ce début que M, Marmontel
traite ce ſujet d'une manière
nouvelle , & qu'il ne fuit point les
traces de donneurs de préceptes qui
ont écrit avant lui fur cette matière .
Tout le chapitre eſt dans le même
goût. L'Auteur approfondit ſes principes
, & remonte à la nature des choſes
, dont il tire enfuite des conféquences
toujours juſtes ,& qui répandent un
grand jour fur toutes les parties de l'Art
Poetique. Il demande à la vérité de ſes
Lecteurs une grande attention pour le
fuivre dans ces nouvelles routes ; ma's
quand on a une fois ſaiſi ſes idées primitives
, tout le ſyſtême ſe développe
avec facilité.
Dans le Chapitre intitulé du
choix dans l'imitation , l'Auteur com-
-
NOVEMBRE. 1763. 1ης
,
Stabat
le ſentiment de ceux qui confondent
la beauté poëtique avec la beauté
naturelle. Les vues dans lesquelles opére
la Poësie , dit M. Marmontel , ne font
pas celles de la Nature. Ce qui eſt beau
pour un Art , peut ne l'être pas pour les
autres. La beauté du Peintre ou du S
tuaire peut être ou n'être pas celle du
Poëte , & réciproquement ſelon l'effet
qu'ils veulent produire. Enfin ce qui
fait beauté dans un Poëme ou dans
tel endroit d'un Poëme , devient un défaut
, même en Poësie , dès qu'on le
déplace , & qu'on l'employe mal-àpropos.
Il ne fuffit donc pas , il n'eſt
pas même beſoin qu'une choſe ſoit
belle dans la Nature , pour qu'elle foit
belle en Poëfie ; il faut qu'elle ſoit telle
que l'exige l'effet que l'on veut opérer.
Nous citerons d'après l'Auteur quelques
exemples qui prouvent que la beauté
poëtique dépend du rapport des objets
avec nous-mêmes .
>> Lorſque la peinture d'un Payſage
>> riant & paiſible nous cauſe une douce
» émotion , une rêverie agréable , con-
>> ſultez-vous , & vous trouverez que
>> dans ce moment , vous vous ſuppo-
>> fez affis au pied de ce hêtre , au bord
>> de ce ruiſſeau , ſur cette herbe ten
116 MERCURE DE FRANCE .
>> dre & fleurie , au milieu de ces trou-
>> peaux qui de retour le foir au Villa-
>> ge , vous donneront un lait délicieux.
>> Si ce n'eſt pas vous , c'eſt un de vos
>> ſemblables que vous croyez voir dans
>> cet état fortuné ; mais fon bonheur
>> eſt ſi près de vous , qu'il dépend de
>> vous d'en jouir , & cette penſée eſt
» pour vous ce qu'eſt pour l'Avare la
>> vue de fon or , l'équivalent de la jouif-
>>fance.
» Mais à ce beau Tableau que vous
>> préſente la Nature , le Poëte ſçait
>>qu'il manque quelque choſe. Il place
>> une Bergère au bord du ruiſſeau ;
>>il la fait jeune & jolie , ni trop né-
>> gligée , de peur de bleſſer votre déli-
>> cateffe; ni trop parée , de peur de dé-
>> truire votre illufion. Il lui donne un
>> air fimple & naïf ; car il ſçait que
» vous aimez à trouver un coeur facile
» à ſéduire ; il lui donne une voix tou-
>> chante , organe d'une âme ſenſible ;
»& il la peint ſe mirant dans l'eau , &
» mêlant des fleurs à ſes cheveux, com-
>> me pour annoncer qu'elle a ce defir
>> de plaire qui ſuppoſe le beſoin d'ai-
» mer. S'il veut rendre le tableau plus
>> piquant , il place non loin d'elle un
>>boccage ſombre où vous croirez qu'il
NOVEMBRE . 1763 . 117
> eft facile de l'attirer. Il feindra même
» qu'un Berger l'y appelle, Vous le ver-
» rez entre les arbres , le feu du defir
» dans les yeux ; & un mouvement
>> confus de jalouſie ſe mêlera , fi elle
>> lui ſourit , au ſentiment qu'elle vous
> inſpire.
M. Marmontel ſuppoſe au contraire ,
que l'intention du Poëte ſoit de caufer
à ſon Lecteur une ſombre mélancolie.
» C'eſt un déſert qu'il vous peindra ,
>> continue-t-il , le bruit d'un torrent qui
>> ſe précipite fur des rochers , & qui va
>> dormir dans des gouffres , trouble ſeul
>> dans ce lieu ſauvage le filence de la
» Nature. Vous y voyez des chênes
>>briſés par la foudre mais que la
>>>hache a reſpectés. Des montagnes
> couronnés de frimats terminent l'ho-
>> rifon. De tous les oiſeaux , l'Aigle
>> ſeule oſe y dépoſer les fruits de fes
>> amours. Il vole tenant dans ſes griffes,
>> un tendre agneau enlevé à ſa mère ,
" & dont le bêlement timide ſe fait
>> entendre dans les airs. Cependant
» l'aigle aux aîles étendues arrive
> joyeux de ſa proie ; il la dépouille ,
>>la déchire & la partage à ſes petits.
„ Plus bas la Lionne alaite les fiens ;
» & dans les yeux de cette bête féroce,
118 MERCURE DE FRANCE .
» l'amour maternel ſe peint avec dou-
» ceur. Ces deux actions toutes fimples
>> concourent avec l'image du lieu ,
>> à exciter dans l'âme cette crainte que
>> les enfans aiment fi fort à éprouver,
» & dont l'homme qui est toujours en-
>> fant par le coeur , ne dédaigne pas de
» jouir encore.
Il eſt certain que ces deux tableaux
font très-poëtiques ; & que le Lecteur
n'a pas moins de defir d'être auprès de
la bergère , que de plaifir de n'être pas
au bord de ce torrent , au pied de ces
rochers , parmi ces animaux terribles ;
car il n'eſt pas moins doux de contempler
les maux dont on eft exempt , que
de voir les biens dont on peut jouir.
Nous ajouterons au Tableau précédent
une autre peinture qui ne la céde
pas aux deux premieres. M. Marmontel
joint toujours l'éxemple au précepte ; &
cet éxemple, c'eſt ſouvent lui-même qui
le fait. » Qu'un Poëte , dit-il , décrive
>> un incendie , l'image des flammes &
>>des débris nous affectera plus ou moins,
>> felon que nous avons l'imagination
>> plus ou moins vive , & le plus grand
» nombre même , en ſera foiblement
» ému. Mais qu'il nous préſente ſimple-
>>ment fur unbalcon de la maison qui
NOVEMBRE. 1763. 119
» brûle , une mère tenant ſon enfant
>> dans ſes bras , & luttant contre la
>> Nature pour ſe réfoudre à le jetter ,
>> plutôt que de le voir confumé avec
>> el'e par les flammes qui l'envir onnent;
» qu'il la repréſente meſurant tour-à-
>>> tour avec des yeux égarés l'effrayante
>> hauteur de la chûte ,& le peu d'eſpa-
>> ce , plus effrayant encore , qui la fé
>> pare des feux dévorans ; tantôt éle-
>> vant ſon enfant vers le Ciel , avec les
» regards de l'ardente prière ; tantôt
>>prenant avec violence la réſolution
» de le laiſſer tomber , & le retenant
>> tout-à-coup avec le cri du déſeſpoir
»& des entrailles maternelles. Alors le
>> preſſant dans ſon ſein , & le baignant
>> de ſes larmes , & dans l'inſtant même
>> ſe refuſant à ſes innocentes careſſes
» qui lui déchirent le coeur ; ah ! qui
>> ne ſent l'effet que ce Tableau doit
>> faire , s'il eſt peint avec vérité.
?
Ce Tableau ſeroit un vrai Poëme
s'il étoit revêtu des ornemens de la ver
ſification ; & même ſans cet avantage
il produit tous les effets de la plus touchante
Poëfie. Ces fortes de morceaux
qui font affez fréquens dans ce Livre ,
ôtent aux préceptes la ſéchereſſe inféparable
des Ouvrages didactiques . Auffi
120 MERCURE DE FRANCE.
paffons-nous-nous légérement fur les
règles qu'il faut lire avec attention dans
le Livre , pour nous attacher aux exemples
qui font plus agréables , & qui font
plus à la portée du commun des Lecteurs.
D'ailleurs les préceptes qui forment
le premier volume de cette Poëtique ne
regardent que la Poësie en général , ce
qui les rend encore plus abſtraits. Nous
parlerons dans le Mercure ſuivant , des
différens genres de Poësie , depuis le
Poëme Epique juſqu'au Madrigal ; car
M. Marmontel a traité de tous ces genres
ſéparément.
Fermer
11058
p. 121-126
PRINCIPES généraux & particuliers de la Langue Françoise, confirmés par des exemples choisis, instructifs, agréables & tirés des bons Auteurs, avec des Remarques sur les Lettres, la prononciation, les Accents, Ponctuation, l'Ortographe & un Abrégé de la Versification Françoise. Par M. de WAILLY. Nouvelle Edition, revue & considérablement augmentée, avec cette Epigraphe Surtout qu'en vos écrits, la langue révérée Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. Boileau. A Paris , chez J. Barbou, rue S. Jacques, aux Cigognes. 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi, un Volume in-12 .
Début :
La nouvelle édition de cette Grammaire peut compter sur les suffrages du [...]
Mots clefs :
Grammaire, Langue, Règles, Principes, Réflexions, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRINCIPES généraux & particuliers de la Langue Françoise, confirmés par des exemples choisis, instructifs, agréables & tirés des bons Auteurs, avec des Remarques sur les Lettres, la prononciation, les Accents, Ponctuation, l'Ortographe & un Abrégé de la Versification Françoise. Par M. de WAILLY. Nouvelle Edition, revue & considérablement augmentée, avec cette Epigraphe Surtout qu'en vos écrits, la langue révérée Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. Boileau. A Paris , chez J. Barbou, rue S. Jacques, aux Cigognes. 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi, un Volume in-12 .
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoise , confirmés
par des exemples choisis , inftructifs ,
agréables & tirés des bons Auteurs ,
avec des Remarques fur les Lettres ,
la prononciation , les Accents
Ponctuation , l'Ortographe & un
Abrégé de la Verſification Françoise.
Par M. de WAILLY. Nouvelle
,
la
Edition revile & confidérablement
,
augmentée , avec cette Epigraphe
ל
Surtout qu'en vos écrits, la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous ſoit toujours fa-
4 crée.
Boileau.
A Paris , chezJ. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes. 1763. Avec
Approbation & Privilége du Roi , un
Volume in- 12 .
La nouvelle édition de cette Grain
maire peut compter fur les fuffrages du
F
F
122 MERCURE DE FRANCE .
Public. Elle les mérite par les additions
confidérables& utiles quel'Auteur a faites
à fon livre,& qu'il explique dans ſa Préface.
Le mérite principalde cet Ouvrage
confiſte dans la préciſion & la clarté
du ſtyle , dans l'ordre & la fecondité
des principes . M. de Wailly a travaillé
furtout pourles jeunes gens. C'eſt pour
ſe mettre à leur portée , qu'il s'eſt éfforcé
de fimplifier les règles de la Grammaire
; peut-être a-t-il rendu un égał fer
vice aux perſonnes plus avancées en âge,
Loin de rechercher & de multiplier les
termes métaphyſiques , comme ont
fait quelques Auteurs qui ſemblent confondre
la ſcience avec les mots ſcientifiques
, il a tâché d'en diminuer le nombre
, & de s'en paſſer. L'oftentation des
raiſonnemens abſtraits lui a paru ſans
doute également inutile & ridicule,
Un bon Grammairien doit être Philoſophe
; mais quand à Paide de la Philofophie
il a trouvé les vrais principes , il
faut qu'il débarraffe fon Ouvrage de
toutes les fubtilités, métaphyfiques ,
moins propres à éclairer le Lecteur ,
qu'à l'embrouiller , le fatiguer , l'ennuier.
Lorsque l'Edifice eft bati, la charpente
eſt inutile: on l'enleve.
Cette Grammaire , quoique en un
NOVEMBRE. 1763. 123
volume de grofſeur ordinaire , eſt peutêtre
l'Ouvrage le plus étendu que nous
ayons fur notre langue. On y trouve
non - ſeulement tout ce que renferment
les Grammaires les plus accréditées ,
mais encore une infinité de chofes
qu'on cherchoit en vain dans celle - ci .
M. de Wailly ſe fait honneur d'avouer
qu'il a lu & médité tout ce que pluſieurs
grands hommes du ſiècle dernier ont
écrit fur notre langue , tels que MM..
de Vaugelas , de l'Académie , Corneille,
Bouhours , Ménage , Andry de Boifregard,
Bellegarde , Gamache , &c. Il a
profité de leurs recherches & de leurs
découvertes. Les réfléxions de ces Sçavans
font éparſes en pluſieurs volumes
confidérables , & elles ne font pour la
plupart appliquées qu'à des exemples
particuliers. Notre Auteur les a rapprochées
l'une de l'autre , & autant qu'il
a pu , il en a formé des principes généraux.
Par cette laborieuse économie
il procure aux Lecteurs l'avantage de
profiter des travaux utiles des Auteurs
qu'il l'ont précédé , & leur épargne la
peine de feuilleter des volumes pleins
d'érudition , mais dont la lecture a peu
d'attraits.
M. de Wailly ne s'eſt pas appefanti
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fur les premiers élémens de la Grammaire.
Il a mépriſé la chimère des déclinaiſons
; mais s'il eſt occupé ſérieuſeument
de la ſyntaxe , qu'il regarde
avec raiſon comme la partie la plus importante
du langage. Il a traité les Verbes
& les Participes en particulier avec
toute l'étendue qui convenoit. Les régles
qu'il donne ſur cet article impor
tant , font juſtes , fimples & claires .
Les grands principes de la Grammaire
Françoiſe , ne font peut- être pas ce
qu'il y a de plus difficile à connoître
& de plus embarraſſant dans l'application.
Tout homme un peu inſtruit les
ſçait , les devine même & les applique.
Mais il y a une infinité de petites difficultés
qui arrêtent un homme d'eſprit ,
lorſqu'il parle ou qu'il écrit qui
l'obligent à changer un tour agréable
, à facrifier une expreſſion énergique
, à prendrede longs tours pour for .
tir d'embaras. M. de Wailly les a prévenues
, ces difficultés & les a réſolues
dans une ſuite de réflexions & d'éxemples
tirés des meilleurs Auteurs.
,
L'uſage , l'arrangement , la répétition,
le retranchement , l'aſſortiement des
mots font des objets intéreſſans que
l'Auteur n'a pas négligés,
NOVEMBRE. 1763. 125
Il parle auſſi des Antithéſes , des Métaphores
, des Synonymes , des Périodes
, des Jeux de mots ou Pointes ,
toutes chofes dont les autres Grammairiens
ne diſent rien , & qui cependant
appartiennent à la Grammaire , au
moins quant aux mots dont elles font
habillées.
L'exactitude de l'Orthographe & de
la Prononciation , eſt auſſi important
que la pureté de la diction . M. de Wailly
s'eſt efforcé de fixer les caprices de
l'une par des régles tres-juſtes. La raifon
& l'uſage , ſes guides néceſſaires
& ordinaires , l'ont conduit dans les
réfléxions qu'il a faites ſur l'autre . Surtout
il a remarqué que la partie la plus
embaraſſante & la plus irrégulière de
l'Orthographe Françoiſe , c'étoit la manière
d'écrire les dernières fyllabes des
mots. Ces finales ont très-ſouvent le
même ſon & unefOrthographe toute
différente. Il eſt entré ſur cet article
dans un plus grand détail qu'aucun autre
Grammairien. Les régles & les réfléxions
qu'il fait fur les finales ne peuvent
être que fort utiles aux perfon.
nes peu accoutumées à feuilleter unDictionnaire.
Il y en apluſieurs qui ſerviront
beaucoup aux jeunes gens qui étu-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
dient la Langue Latine , & en général
à tous ceux qui ont quelque connoiffance
de cette langue Un abrégé
des régles de la verfification Françoiſe
termine cet Ouvrage.
Cette Grammaire eſt riche pour le
fonds ; l'acceſſoire en eſt agréable &
utile ; je veux dire les exemples par
leſquels l'Auteur explique ſes définitions
& fes régles. Ce font de belles maximes
en proſe ou en vers ; un trait
d'histoire une bonne Epigramme ,
un Madrigal ingénieux. Les piéces de
vers qu'il a citées dans l'Abrégé de la
verfification Françoiſe , ſont également
propres a former l'eſprit & le coeur.
La lecture de ces morceaux tirés de
nos meilleurs Auteurs , délaſſe l'eſprit,
flatte l'imagination , inſpire le goût du
beau & du bon , & ce qui en fait le
plus grand avantage relativement à la
Grammaire , elle imprime dans la mémoire
la régle avec l'exemple.
de la Langue Françoise , confirmés
par des exemples choisis , inftructifs ,
agréables & tirés des bons Auteurs ,
avec des Remarques fur les Lettres ,
la prononciation , les Accents
Ponctuation , l'Ortographe & un
Abrégé de la Verſification Françoise.
Par M. de WAILLY. Nouvelle
,
la
Edition revile & confidérablement
,
augmentée , avec cette Epigraphe
ל
Surtout qu'en vos écrits, la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous ſoit toujours fa-
4 crée.
Boileau.
A Paris , chezJ. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes. 1763. Avec
Approbation & Privilége du Roi , un
Volume in- 12 .
La nouvelle édition de cette Grain
maire peut compter fur les fuffrages du
F
F
122 MERCURE DE FRANCE .
Public. Elle les mérite par les additions
confidérables& utiles quel'Auteur a faites
à fon livre,& qu'il explique dans ſa Préface.
Le mérite principalde cet Ouvrage
confiſte dans la préciſion & la clarté
du ſtyle , dans l'ordre & la fecondité
des principes . M. de Wailly a travaillé
furtout pourles jeunes gens. C'eſt pour
ſe mettre à leur portée , qu'il s'eſt éfforcé
de fimplifier les règles de la Grammaire
; peut-être a-t-il rendu un égał fer
vice aux perſonnes plus avancées en âge,
Loin de rechercher & de multiplier les
termes métaphyſiques , comme ont
fait quelques Auteurs qui ſemblent confondre
la ſcience avec les mots ſcientifiques
, il a tâché d'en diminuer le nombre
, & de s'en paſſer. L'oftentation des
raiſonnemens abſtraits lui a paru ſans
doute également inutile & ridicule,
Un bon Grammairien doit être Philoſophe
; mais quand à Paide de la Philofophie
il a trouvé les vrais principes , il
faut qu'il débarraffe fon Ouvrage de
toutes les fubtilités, métaphyfiques ,
moins propres à éclairer le Lecteur ,
qu'à l'embrouiller , le fatiguer , l'ennuier.
Lorsque l'Edifice eft bati, la charpente
eſt inutile: on l'enleve.
Cette Grammaire , quoique en un
NOVEMBRE. 1763. 123
volume de grofſeur ordinaire , eſt peutêtre
l'Ouvrage le plus étendu que nous
ayons fur notre langue. On y trouve
non - ſeulement tout ce que renferment
les Grammaires les plus accréditées ,
mais encore une infinité de chofes
qu'on cherchoit en vain dans celle - ci .
M. de Wailly ſe fait honneur d'avouer
qu'il a lu & médité tout ce que pluſieurs
grands hommes du ſiècle dernier ont
écrit fur notre langue , tels que MM..
de Vaugelas , de l'Académie , Corneille,
Bouhours , Ménage , Andry de Boifregard,
Bellegarde , Gamache , &c. Il a
profité de leurs recherches & de leurs
découvertes. Les réfléxions de ces Sçavans
font éparſes en pluſieurs volumes
confidérables , & elles ne font pour la
plupart appliquées qu'à des exemples
particuliers. Notre Auteur les a rapprochées
l'une de l'autre , & autant qu'il
a pu , il en a formé des principes généraux.
Par cette laborieuse économie
il procure aux Lecteurs l'avantage de
profiter des travaux utiles des Auteurs
qu'il l'ont précédé , & leur épargne la
peine de feuilleter des volumes pleins
d'érudition , mais dont la lecture a peu
d'attraits.
M. de Wailly ne s'eſt pas appefanti
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fur les premiers élémens de la Grammaire.
Il a mépriſé la chimère des déclinaiſons
; mais s'il eſt occupé ſérieuſeument
de la ſyntaxe , qu'il regarde
avec raiſon comme la partie la plus importante
du langage. Il a traité les Verbes
& les Participes en particulier avec
toute l'étendue qui convenoit. Les régles
qu'il donne ſur cet article impor
tant , font juſtes , fimples & claires .
Les grands principes de la Grammaire
Françoiſe , ne font peut- être pas ce
qu'il y a de plus difficile à connoître
& de plus embarraſſant dans l'application.
Tout homme un peu inſtruit les
ſçait , les devine même & les applique.
Mais il y a une infinité de petites difficultés
qui arrêtent un homme d'eſprit ,
lorſqu'il parle ou qu'il écrit qui
l'obligent à changer un tour agréable
, à facrifier une expreſſion énergique
, à prendrede longs tours pour for .
tir d'embaras. M. de Wailly les a prévenues
, ces difficultés & les a réſolues
dans une ſuite de réflexions & d'éxemples
tirés des meilleurs Auteurs.
,
L'uſage , l'arrangement , la répétition,
le retranchement , l'aſſortiement des
mots font des objets intéreſſans que
l'Auteur n'a pas négligés,
NOVEMBRE. 1763. 125
Il parle auſſi des Antithéſes , des Métaphores
, des Synonymes , des Périodes
, des Jeux de mots ou Pointes ,
toutes chofes dont les autres Grammairiens
ne diſent rien , & qui cependant
appartiennent à la Grammaire , au
moins quant aux mots dont elles font
habillées.
L'exactitude de l'Orthographe & de
la Prononciation , eſt auſſi important
que la pureté de la diction . M. de Wailly
s'eſt efforcé de fixer les caprices de
l'une par des régles tres-juſtes. La raifon
& l'uſage , ſes guides néceſſaires
& ordinaires , l'ont conduit dans les
réfléxions qu'il a faites ſur l'autre . Surtout
il a remarqué que la partie la plus
embaraſſante & la plus irrégulière de
l'Orthographe Françoiſe , c'étoit la manière
d'écrire les dernières fyllabes des
mots. Ces finales ont très-ſouvent le
même ſon & unefOrthographe toute
différente. Il eſt entré ſur cet article
dans un plus grand détail qu'aucun autre
Grammairien. Les régles & les réfléxions
qu'il fait fur les finales ne peuvent
être que fort utiles aux perfon.
nes peu accoutumées à feuilleter unDictionnaire.
Il y en apluſieurs qui ſerviront
beaucoup aux jeunes gens qui étu-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
dient la Langue Latine , & en général
à tous ceux qui ont quelque connoiffance
de cette langue Un abrégé
des régles de la verfification Françoiſe
termine cet Ouvrage.
Cette Grammaire eſt riche pour le
fonds ; l'acceſſoire en eſt agréable &
utile ; je veux dire les exemples par
leſquels l'Auteur explique ſes définitions
& fes régles. Ce font de belles maximes
en proſe ou en vers ; un trait
d'histoire une bonne Epigramme ,
un Madrigal ingénieux. Les piéces de
vers qu'il a citées dans l'Abrégé de la
verfification Françoiſe , ſont également
propres a former l'eſprit & le coeur.
La lecture de ces morceaux tirés de
nos meilleurs Auteurs , délaſſe l'eſprit,
flatte l'imagination , inſpire le goût du
beau & du bon , & ce qui en fait le
plus grand avantage relativement à la
Grammaire , elle imprime dans la mémoire
la régle avec l'exemple.
Fermer
11058
PRINCIPES généraux & particuliers de la Langue Françoise, confirmés par des exemples choisis, instructifs, agréables & tirés des bons Auteurs, avec des Remarques sur les Lettres, la prononciation, les Accents, Ponctuation, l'Ortographe & un Abrégé de la Versification Françoise. Par M. de WAILLY. Nouvelle Edition, revue & considérablement augmentée, avec cette Epigraphe Surtout qu'en vos écrits, la langue révérée Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. Boileau. A Paris , chez J. Barbou, rue S. Jacques, aux Cigognes. 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi, un Volume in-12 .
11059
p. 126-137
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, à l'usage des Colléges & de tous les lieux [...]
Mots clefs :
Prononciation, Tableaux, Ouvrages, Libraires, Étrangers, Grammaire, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
ABRÉGÉ de. l'Hiſtoire Grecque , à
l'uſage des Colléges & de tous les lieux
où l'on inſtruit la Jeuneſſe tant de l'un
1
NOVEMBRE. 1763. 187
que de l'autre féxe. In-12. Paris, 1763 .
Chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'Occafion. Prix , 2 liv. 10f..
ÉLOGE hiſtorique de M. le Cardinal
Paffionei , Secrétaire des Brefs &Bibliothécaire
du Siége Apostolique. In- 12 .
La Haye , 1763. Se trouve à Paris
chez le même Libraire. Prix , 1 liv.
10 f. broché.
TRAITÉ des Affections vaporeuſes
des deux féxes ; où l'on a tâché de joindre
à une théorie folide une pratique
füre , fondée fur des obſervations. Par
M. Pomme , fils , Docteur en Médecine
de l'Univerſité de Montpellier , Réfident
àArles en Provence. In-8°. Lyon,
1763. Chez Duplain , Libraire ,grande
rue Merciere , à l'Aigle ; & ſe trouve à
Paris chez Gogue , Libraire , quai des
Auguftins.
MÉDÉE à Jafon , après le meurtre
de ſes enfans , Héroïde .
SitMedeaferox.
Hor.
Suivie d'un Morceau tiré du Dante, Brochure
in-8 °. 1763. Chez les Libraires
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
qui débitent les Nouveautés. Nous rendrons
compte de ces deux Piéces qui
font honneur à leur Auteur.
LES VRAIS PRINCIPES de la Lecture,
de l'Orthographe &de la Prononciation
Françoiſe , ſuivis de différentes
Piéces de Lecture propres à donner des
notions ſimples & faciles fur toutes les
parties de nos connoiſſances. Ouvrage
utile aux Enfans , qu'il conduit par degrés
de PAlphabet à la connoiſſance
des régles de la Prononciation , de l'Orthographe
, de la Ponctuation , de la
Grammaire & de la Profodie Françoiſe
: principalement destiné aux Etrangers
auxquels on s'eſt proposé d'abréger
l'Etude de notre Prononciation ,par
une fuite de Tableaux rangés par ordre
alphabétique , dans lesquels on a écrit à
côté de chaque mot la manière dont
il doit être prononcé. Par M. VIARD ,
de l'Académie des Énfans. in 12à Paris,
1763 ; chez Nyon , Libraire Quai des
Augustins. Aumont , Libraire , Place
Mazarine. Brocas & Humblot, Libraires,
rue S. Jacques . Guillyn Libraire ,
Quai des Auguftins . Deſſaint - Junior ,
Libraire - Quai des Auguſtins. Vallat
la Chapelle , Libraire , au Palais , fur le
,
NOVEMBRE. 1763. 129
Perron de la Sainte Chappelle, Panckoucke
, Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe.
Nous nous faiſons un plaifir d'an -
noncer cette excellente production ,
dont le titre ſeul pourroit ſervir d'Extrait.
L'Auteur , dans un avertiſſement ,
rend compte de la marche qu'il a ſuivie
dans ſon Ouvrage , & du but qu'il s'eſt
propoſé en le compoſant , & nous ofons
affurer qu'il l'a très- bien rempli. L'enfant
même le moins intelligent , peut
en très-peu de temps apprendre à lire
&dans ſes leçons qui pour l'ordinair e
ont une ſéchereſſe rebutante , il trouve
un agrément qui ne fait que l'encou-
- rager.
>
Nous n'entrerons point ici dans le
détail des procédés que M. Viard a
adoptés pour abréger à la perſonne
qu'il inſtruit les difficultés de la lecture.
Maître d'une Penſion connue depuis
longtemps ſous le titre d'Académie des
Enfans , il a été à même de bien voir
en quoi elles nuiſoient aux progrès de
ſes Elèves , & comment il ſeroit poffible
de rémédier au découragement
qu'elles leur inſpirent. C'eſt d'après les
réfléxions que ſes propres travaux lui
ont fait faire , qu'il a compoſé l'Ou-
1
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
vrage dont nous parlons ,& dontnous
faifons d'autant plus de cas , que tout
ce qui y est indiqué comme un moyen
d'inſtruction , paroît être le réſultat de
l'expérience la plus réfléchie.
De l'Alphabet l'Auteur paffe à l'afſemblage
des lettres. M. Viard a imaginé
des tableaux formés des fonsfimples
d'une conſonne & d'une voyelle ;
ces tableaux ſont ſuivis d'un autre tableau
de mots de deux fyllabes formés
de ces mêmes fons. Cette méthode
lui fert encore pour faire diftinguer
à fon Elève les fons formés d'une
voyelle & d'une confonne. Les différentes
leçons dont ils font le ſujet ,
étant auſſi ſuivies de tableaux de mots
de trois & de quatre ſyllables formés
de ces derniers fons & des précédens.
Ainfi paſſant fucceffivement à la combinaiſon
des différentes lettres , l'Elève
de M. Viard parvient à lire des phrafes
entières dans lesquelles cet Auteur a
fait entrer la plus grande partie des
mots qu'il lui avoit fait prononcer.
En poursuivant fon cours de lecture
M. Viard entre dans les principes généraux
de la Grammaire. Rien n'eſt
mieux imaginé que d'apprendre à lire
aux Enfans dans les élémens de leur'
NOVEMBRE. 1763. 131
langue & de commencer leur étude
par leur donner des régles de la prononciation
la plus correcte. Pour y
réuffir . M. Viard a fait ſuivre fon
Traité de la Grammaire d'une Profodie
françoife . Nous ne ferons point
l'éloge de cet excellent extrait de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Dolivet fur cette
matière. Nous ajouterons ſeulement ici
qu'après avoir conduit fon Elève d'une
manière claire & rapide par tous les
degrès où il doit paffer avant que de
life courament , l'Auteur donne une
définition nette & précife des différens
arts & de toute la partie de nos
connoiffances ; qu'à l'aide de ces notions
un enfant peut orner fa mémoire
d'une infinité de chofes qui lui feront
auffi utiles qu'agréables. Cet Ouvrage
eſt terminé par l'allégorie des oiſeaux
du P. Brumoy , & les maximes en
vers de l'illustre Fenelon. Nous invitons
les Maîtres & Maîtreſſes & généralement
tous ceux qui font chargés
de l'éducation de la jeuneſſe , à fe procurer
ce Livre qui eſt ſans contredit
un des meilleurs qu'on ait fait en ce
gente ,& nous les afſurons qu'ils ne
peuvent faire une plus utile acquifition .
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
4
re ſe trouve auffi à Paris ,
Nyon , Libraire.
A MANALDINE , Libraire à Rome
iteur de la magnifique Edition des
Evres de Virgile avec la verſion ita-
Henne du célèbre P. Ambrogy nous
ayertit que pour contenter MM. les
Soufcripteurs à qui les Volumes de
Virgile paroiſſent trop minces , il a pris
le parti de diviſer 1 Enéïde en deux
Volumes , de forte que l'Ouvrage ne
ſera que de trois volumes au lieu de
quatre comme on l'avoit annoncé,
par ce nouvel arrangement l'on payera
en ſouſcrivant & en recevant le premier
volume 50 livres ; & 28 livres en
recevant le deuxième , & l'on diſtribuera
gratis le troifiéme. Les ſouſcriptions
ne feront ouvertes que juſqu'à
la fin de Décembre prochain ; & il
faudra que pour ce temps-là MM. les
Souſcripteurs donnent leurs noms pour
les faire imprimer à la tête du troifiéme
Volume. Après le mois de Décembre
ſuſdit , l'Ouvrage coûtera à
Rome 120 livres de France. On peut
ſouſcrire chez Durand, neveu , Libraire
rue S. Jacques. :
NOVEMBRE. 1763. 133
LETTRES ſur l'Origine de la Nobleſſe
Françoiſe. In- 12. 1763. Se vend
2 liv. broché & 2 liv. 10 f. rélié.
On trouve chez le même Libraire les
Livres fuivans :
RECUEIL de Queſtions propoſées à
une Société de Savans qui par ordre de
S. M. Danoise font le voyage de l'Arabie
, par M. Michaëlis , Conſeiller de
Cour de S. M. Britannique , Profeſſeur
en Philofophie & Directeur de la Société
Royale des Sciences de Gottingue ,
traduit de l'Allemand. Vol. in-8°. de
482 pages. Se vend 3 liv. 10 f.
JAC. REINBOLDI SPIELMANN ,
Phil . & Med. D. Chemiæ Botanic . reliquæque
Mater. Med. P. P. O. Capit.
Thomani Canon. Acad. Cæfar. II . C.
Regiæ Berolin. Elect. Mogunt. Sodalis
Collegii Regii Med. Nancejan. honor ,
memori Inſtitutions Chemiæ pralectionibus
Academicis adcommodata. I vol.
in-8°. Argentorati. Prix , 6 liv . relié.
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
On trouve auſſi chez Durand neveu
l'Hist. du Commerce & de la Navigation
, 1 vol. in-8. imprimé fur du grand
papier & exécuté avec beaucoup de
foin. Le Prix eſt de 6 liv. en blanc.
Le même Livre in-8. papier ordinaire
fe vend 5 liv. relié.
AVIS fur l'Inoculation de la Petite
Vérole, figné CANDIDE. Brochure de
31 pag. qui fe trouve chez P. F.
Didot le Jeune , Quai des Auguſtins ,
à S. Augustin , 1763 .
L'Auteur est un Médecin qui pour
nous, ſervir de ſes propres termes , ofe
hazarder cequ'il penfe , uniquement par
reconnoissance pour te Public qui s'intéreſſe
à la présente diſcuſſion.
- Il répond aux queſtions propofées
par le Parlement à la Faculté de Médecine
fur le fait de l'Inoculation de la
Petite Vérole . Et ſes réponſes ſoit négatives
, ſoit pofitives , font diametralement
oppoſées à tout ce qui a été écrit
& foutenu par les partiſans de l'Inoculation.
Il ne nous convientpas depren
NOVEMBRE. 1763. 135
dre un parti dans une querelle dont
l'objet eſt trop important pour ne la
regarder que comme une querelle littéraire
: ce que nous pouvons affurer
c'eſt que fi l'Auteur a la vérité de fon
côté , comme il s'en flatte ,jamais homme
ne l'a dite plus courageuſement.
On doit donner inceffament au Public
, la Bibliographie univerſelle , ou
le Catalogue général de tous les Livres ,
tant de France , que des pays Etrangers ,
qui ſe trouvent actuellement dans les
magaſins des Libraires de Paris , avec
leurs prix & la demeure des Libraires
qui les vendent. Le tout rangé par ordre
des matières dont ils traitent. Cet
Ouvrage aura 2. volumes in-8°. il eſt
fort utile aux gens de Lettres , aux Auteurs
, à tous les Etrangers & aux Libraires
mêmes. Comme l'on n'en tire
qu'un très-petit nombre d'Exemplaires ,
on prie les perſonnes qui voudront ſe le
procurer , de vouloir bien envoyer dès
à préſent leur adreſſe à Defpilly , Libraire
rue S. Jacques, à la Croix d'Or ,
chargé de la diftribution de cet Ouvrage.
Le prixde chaque volume pourra
être de 2. liv. 10 fols.
136 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez Tilliard , Libraire ,
quai des Auguſtins , à S. Benoît , quelques
Exemplaires d'une nouvelle Tragédie
en Anglois , intitulée Médea ,
donnée par M. Glover. Brochure in-4°.
de 98 pages , imprimée à Londres en
1762. fur du fort beau papier. Le Prix
eſt de 3 liv .
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
ABRÉGÉ de. l'Hiſtoire Grecque , à
l'uſage des Colléges & de tous les lieux
où l'on inſtruit la Jeuneſſe tant de l'un
1
NOVEMBRE. 1763. 187
que de l'autre féxe. In-12. Paris, 1763 .
Chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'Occafion. Prix , 2 liv. 10f..
ÉLOGE hiſtorique de M. le Cardinal
Paffionei , Secrétaire des Brefs &Bibliothécaire
du Siége Apostolique. In- 12 .
La Haye , 1763. Se trouve à Paris
chez le même Libraire. Prix , 1 liv.
10 f. broché.
TRAITÉ des Affections vaporeuſes
des deux féxes ; où l'on a tâché de joindre
à une théorie folide une pratique
füre , fondée fur des obſervations. Par
M. Pomme , fils , Docteur en Médecine
de l'Univerſité de Montpellier , Réfident
àArles en Provence. In-8°. Lyon,
1763. Chez Duplain , Libraire ,grande
rue Merciere , à l'Aigle ; & ſe trouve à
Paris chez Gogue , Libraire , quai des
Auguftins.
MÉDÉE à Jafon , après le meurtre
de ſes enfans , Héroïde .
SitMedeaferox.
Hor.
Suivie d'un Morceau tiré du Dante, Brochure
in-8 °. 1763. Chez les Libraires
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
qui débitent les Nouveautés. Nous rendrons
compte de ces deux Piéces qui
font honneur à leur Auteur.
LES VRAIS PRINCIPES de la Lecture,
de l'Orthographe &de la Prononciation
Françoiſe , ſuivis de différentes
Piéces de Lecture propres à donner des
notions ſimples & faciles fur toutes les
parties de nos connoiſſances. Ouvrage
utile aux Enfans , qu'il conduit par degrés
de PAlphabet à la connoiſſance
des régles de la Prononciation , de l'Orthographe
, de la Ponctuation , de la
Grammaire & de la Profodie Françoiſe
: principalement destiné aux Etrangers
auxquels on s'eſt proposé d'abréger
l'Etude de notre Prononciation ,par
une fuite de Tableaux rangés par ordre
alphabétique , dans lesquels on a écrit à
côté de chaque mot la manière dont
il doit être prononcé. Par M. VIARD ,
de l'Académie des Énfans. in 12à Paris,
1763 ; chez Nyon , Libraire Quai des
Augustins. Aumont , Libraire , Place
Mazarine. Brocas & Humblot, Libraires,
rue S. Jacques . Guillyn Libraire ,
Quai des Auguftins . Deſſaint - Junior ,
Libraire - Quai des Auguſtins. Vallat
la Chapelle , Libraire , au Palais , fur le
,
NOVEMBRE. 1763. 129
Perron de la Sainte Chappelle, Panckoucke
, Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe.
Nous nous faiſons un plaifir d'an -
noncer cette excellente production ,
dont le titre ſeul pourroit ſervir d'Extrait.
L'Auteur , dans un avertiſſement ,
rend compte de la marche qu'il a ſuivie
dans ſon Ouvrage , & du but qu'il s'eſt
propoſé en le compoſant , & nous ofons
affurer qu'il l'a très- bien rempli. L'enfant
même le moins intelligent , peut
en très-peu de temps apprendre à lire
&dans ſes leçons qui pour l'ordinair e
ont une ſéchereſſe rebutante , il trouve
un agrément qui ne fait que l'encou-
- rager.
>
Nous n'entrerons point ici dans le
détail des procédés que M. Viard a
adoptés pour abréger à la perſonne
qu'il inſtruit les difficultés de la lecture.
Maître d'une Penſion connue depuis
longtemps ſous le titre d'Académie des
Enfans , il a été à même de bien voir
en quoi elles nuiſoient aux progrès de
ſes Elèves , & comment il ſeroit poffible
de rémédier au découragement
qu'elles leur inſpirent. C'eſt d'après les
réfléxions que ſes propres travaux lui
ont fait faire , qu'il a compoſé l'Ou-
1
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
vrage dont nous parlons ,& dontnous
faifons d'autant plus de cas , que tout
ce qui y est indiqué comme un moyen
d'inſtruction , paroît être le réſultat de
l'expérience la plus réfléchie.
De l'Alphabet l'Auteur paffe à l'afſemblage
des lettres. M. Viard a imaginé
des tableaux formés des fonsfimples
d'une conſonne & d'une voyelle ;
ces tableaux ſont ſuivis d'un autre tableau
de mots de deux fyllabes formés
de ces mêmes fons. Cette méthode
lui fert encore pour faire diftinguer
à fon Elève les fons formés d'une
voyelle & d'une confonne. Les différentes
leçons dont ils font le ſujet ,
étant auſſi ſuivies de tableaux de mots
de trois & de quatre ſyllables formés
de ces derniers fons & des précédens.
Ainfi paſſant fucceffivement à la combinaiſon
des différentes lettres , l'Elève
de M. Viard parvient à lire des phrafes
entières dans lesquelles cet Auteur a
fait entrer la plus grande partie des
mots qu'il lui avoit fait prononcer.
En poursuivant fon cours de lecture
M. Viard entre dans les principes généraux
de la Grammaire. Rien n'eſt
mieux imaginé que d'apprendre à lire
aux Enfans dans les élémens de leur'
NOVEMBRE. 1763. 131
langue & de commencer leur étude
par leur donner des régles de la prononciation
la plus correcte. Pour y
réuffir . M. Viard a fait ſuivre fon
Traité de la Grammaire d'une Profodie
françoife . Nous ne ferons point
l'éloge de cet excellent extrait de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Dolivet fur cette
matière. Nous ajouterons ſeulement ici
qu'après avoir conduit fon Elève d'une
manière claire & rapide par tous les
degrès où il doit paffer avant que de
life courament , l'Auteur donne une
définition nette & précife des différens
arts & de toute la partie de nos
connoiffances ; qu'à l'aide de ces notions
un enfant peut orner fa mémoire
d'une infinité de chofes qui lui feront
auffi utiles qu'agréables. Cet Ouvrage
eſt terminé par l'allégorie des oiſeaux
du P. Brumoy , & les maximes en
vers de l'illustre Fenelon. Nous invitons
les Maîtres & Maîtreſſes & généralement
tous ceux qui font chargés
de l'éducation de la jeuneſſe , à fe procurer
ce Livre qui eſt ſans contredit
un des meilleurs qu'on ait fait en ce
gente ,& nous les afſurons qu'ils ne
peuvent faire une plus utile acquifition .
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
4
re ſe trouve auffi à Paris ,
Nyon , Libraire.
A MANALDINE , Libraire à Rome
iteur de la magnifique Edition des
Evres de Virgile avec la verſion ita-
Henne du célèbre P. Ambrogy nous
ayertit que pour contenter MM. les
Soufcripteurs à qui les Volumes de
Virgile paroiſſent trop minces , il a pris
le parti de diviſer 1 Enéïde en deux
Volumes , de forte que l'Ouvrage ne
ſera que de trois volumes au lieu de
quatre comme on l'avoit annoncé,
par ce nouvel arrangement l'on payera
en ſouſcrivant & en recevant le premier
volume 50 livres ; & 28 livres en
recevant le deuxième , & l'on diſtribuera
gratis le troifiéme. Les ſouſcriptions
ne feront ouvertes que juſqu'à
la fin de Décembre prochain ; & il
faudra que pour ce temps-là MM. les
Souſcripteurs donnent leurs noms pour
les faire imprimer à la tête du troifiéme
Volume. Après le mois de Décembre
ſuſdit , l'Ouvrage coûtera à
Rome 120 livres de France. On peut
ſouſcrire chez Durand, neveu , Libraire
rue S. Jacques. :
NOVEMBRE. 1763. 133
LETTRES ſur l'Origine de la Nobleſſe
Françoiſe. In- 12. 1763. Se vend
2 liv. broché & 2 liv. 10 f. rélié.
On trouve chez le même Libraire les
Livres fuivans :
RECUEIL de Queſtions propoſées à
une Société de Savans qui par ordre de
S. M. Danoise font le voyage de l'Arabie
, par M. Michaëlis , Conſeiller de
Cour de S. M. Britannique , Profeſſeur
en Philofophie & Directeur de la Société
Royale des Sciences de Gottingue ,
traduit de l'Allemand. Vol. in-8°. de
482 pages. Se vend 3 liv. 10 f.
JAC. REINBOLDI SPIELMANN ,
Phil . & Med. D. Chemiæ Botanic . reliquæque
Mater. Med. P. P. O. Capit.
Thomani Canon. Acad. Cæfar. II . C.
Regiæ Berolin. Elect. Mogunt. Sodalis
Collegii Regii Med. Nancejan. honor ,
memori Inſtitutions Chemiæ pralectionibus
Academicis adcommodata. I vol.
in-8°. Argentorati. Prix , 6 liv . relié.
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
On trouve auſſi chez Durand neveu
l'Hist. du Commerce & de la Navigation
, 1 vol. in-8. imprimé fur du grand
papier & exécuté avec beaucoup de
foin. Le Prix eſt de 6 liv. en blanc.
Le même Livre in-8. papier ordinaire
fe vend 5 liv. relié.
AVIS fur l'Inoculation de la Petite
Vérole, figné CANDIDE. Brochure de
31 pag. qui fe trouve chez P. F.
Didot le Jeune , Quai des Auguſtins ,
à S. Augustin , 1763 .
L'Auteur est un Médecin qui pour
nous, ſervir de ſes propres termes , ofe
hazarder cequ'il penfe , uniquement par
reconnoissance pour te Public qui s'intéreſſe
à la présente diſcuſſion.
- Il répond aux queſtions propofées
par le Parlement à la Faculté de Médecine
fur le fait de l'Inoculation de la
Petite Vérole . Et ſes réponſes ſoit négatives
, ſoit pofitives , font diametralement
oppoſées à tout ce qui a été écrit
& foutenu par les partiſans de l'Inoculation.
Il ne nous convientpas depren
NOVEMBRE. 1763. 135
dre un parti dans une querelle dont
l'objet eſt trop important pour ne la
regarder que comme une querelle littéraire
: ce que nous pouvons affurer
c'eſt que fi l'Auteur a la vérité de fon
côté , comme il s'en flatte ,jamais homme
ne l'a dite plus courageuſement.
On doit donner inceffament au Public
, la Bibliographie univerſelle , ou
le Catalogue général de tous les Livres ,
tant de France , que des pays Etrangers ,
qui ſe trouvent actuellement dans les
magaſins des Libraires de Paris , avec
leurs prix & la demeure des Libraires
qui les vendent. Le tout rangé par ordre
des matières dont ils traitent. Cet
Ouvrage aura 2. volumes in-8°. il eſt
fort utile aux gens de Lettres , aux Auteurs
, à tous les Etrangers & aux Libraires
mêmes. Comme l'on n'en tire
qu'un très-petit nombre d'Exemplaires ,
on prie les perſonnes qui voudront ſe le
procurer , de vouloir bien envoyer dès
à préſent leur adreſſe à Defpilly , Libraire
rue S. Jacques, à la Croix d'Or ,
chargé de la diftribution de cet Ouvrage.
Le prixde chaque volume pourra
être de 2. liv. 10 fols.
136 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez Tilliard , Libraire ,
quai des Auguſtins , à S. Benoît , quelques
Exemplaires d'une nouvelle Tragédie
en Anglois , intitulée Médea ,
donnée par M. Glover. Brochure in-4°.
de 98 pages , imprimée à Londres en
1762. fur du fort beau papier. Le Prix
eſt de 3 liv .
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
Fermer
11060
p. 133-134
« On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
Début :
On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
Fermer
11061
p. 136-137
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR de CLOVIS, Poëme Héroï-Comique en 3 volumes, que vous [...]
Mots clefs :
Auteur, Clovis, Jean-Louis Aubert, Honneur, Poème, Fables, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
L'abbé Aubert répond à une accusation formulée par l'auteur du poème héroï-comique 'Clovis'. Cet auteur avait critiqué plusieurs écrivains, y compris Voltaire, Piron, Greffet, Thomas, Mirabeau, Rousseau et l'abbé Aubert lui-même. Aubert réfute une calomnie selon laquelle il serait l'éditeur d'un journal ayant publié ses fables. Il précise qu'il ne compose pas ce journal et que les éloges sur ses fables proviennent des 'Affiches des Provinces', rédigées par M. de Querlon. Il mentionne également que les 'Affiches de Paris' sont sous sa responsabilité, mais qu'il n'y a jamais été loué. Enfin, Aubert critique l'auteur de 'Clovis' pour son assurance à affirmer que son poème n'est pas une satire, malgré les attaques personnelles qu'il contient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11062
p. 138-140
ACADÉMIES.
Début :
L'ACADÉMIE des Sciences, Belles-Lettres & Arts d'Amiens, célébra le 25 [...]
Mots clefs :
Académie, École, Abbé, Discours, Secrétaire, Procureur, Éloge, Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES.
ACADEMIES .
L'ACADÉMIE des Sciences .Belles-
Lettres & Arts d'Amiens , célébra le 25
Août 1763 , la Fête de S. Louis , fon
Patron , dont le Panégyrique fut prononcé
par M. l'Abbé Lalau , Cure de
S. Firmin le Confeffeur,
3
La Séance publique fut ouverte par
M. Houré , Directeur , qui prouva les
avantages que procure à la Patric
l'honneur attache aux Affociations
Littéraires.
M. Boullet , Avocat , Académicien
Réſident , nouvellement élû , fit fon
Difcours de remerciment , auquel le
Directeur répondit.
M. Bucquet , Procureur du Roi à
Beauvais Académicien Honoraire ,
lut deux articles de l'Hiſtoire de Beauvoiſis
, dont les Sujets font , l'Amiennois
& le Beauvoifis repeuplés par des Francs
fous Constance Chlore : Ces Francsfont-
1
NOVEMBRE. 1763. , 139
ils: les Cetes du Bas - Empire ? Etat dư
Beauvoifis & de l'Amiennois fous les
premiers Rois de France ; Époque de la
Soumiffion de ces deux Provinces à
Clovis.
,
M. Baron , Sécrétaire, perpétuel de
l'Académie
lut les Eloges de M.
Titon Du Tillet & de M. l'Abbé
Houlleau , Académiciens morts pendant
le cours de l'année.
M. d'Efmery donna une Differtation
fur les difpofitions Organiques relati
vement à l'Esprit.
M. l'Abbé Clergé lut une Traduction
en Vers François de l'Épitre de S. Paul
à Philemon , & un Poëme intitulé
LeChardonneret ou l'Amour de la Liberté.
L'Académie n'ayant point été fatisfaite
des Ouvrages envoyés au concours , fur
les Sujets qu'elle avoit proposés , elle
propoſe pour Sujet du Prix de l'année
1764,
L'ÉLOGE DE M. DUCANGE.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de 300 liv. Les Ouvrages ne
feront reçus que juſqu'au premier Juin
excluſivement : ils feront adreſſés, francs
140 MERCURE DE FRANCE.
de port , à M. Baron , Sécrétaire per
pétuel de l'Académie , à Amiens.
Le Prix de l'Ecole de Botanique ,
tenue par M. d'Efmery , l'un des Académiciens
, a été donné par l'Académie
à M. Lebel , Eléve de cette Ecole.
M. Sellier , de l'Académie , qui tient
à Amiens une Ecole des Arts , a délivré
le 28. Août à ſes Eleves les Prix donnés
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
Général de la Province & Protecteur de
l'Académie . Les deux Prix de Géometrie
ont été remportés par MM. Sainneville
De Buffi & Cagnier de Lucheux ;
Demeaux de Dameraucourt a eu un
Acceffit. Celui des Calculs a été donné
à M. Dupont , d'Amiens : celui du
Deſſein à M. Desmarets , d'Amiens :
celui d'Achitecture par M. Tranoi ,
d'Amiens : celui des Manufactures par
M. Leblond , d'Amiens .
L'ACADÉMIE des Sciences .Belles-
Lettres & Arts d'Amiens , célébra le 25
Août 1763 , la Fête de S. Louis , fon
Patron , dont le Panégyrique fut prononcé
par M. l'Abbé Lalau , Cure de
S. Firmin le Confeffeur,
3
La Séance publique fut ouverte par
M. Houré , Directeur , qui prouva les
avantages que procure à la Patric
l'honneur attache aux Affociations
Littéraires.
M. Boullet , Avocat , Académicien
Réſident , nouvellement élû , fit fon
Difcours de remerciment , auquel le
Directeur répondit.
M. Bucquet , Procureur du Roi à
Beauvais Académicien Honoraire ,
lut deux articles de l'Hiſtoire de Beauvoiſis
, dont les Sujets font , l'Amiennois
& le Beauvoifis repeuplés par des Francs
fous Constance Chlore : Ces Francsfont-
1
NOVEMBRE. 1763. , 139
ils: les Cetes du Bas - Empire ? Etat dư
Beauvoifis & de l'Amiennois fous les
premiers Rois de France ; Époque de la
Soumiffion de ces deux Provinces à
Clovis.
,
M. Baron , Sécrétaire, perpétuel de
l'Académie
lut les Eloges de M.
Titon Du Tillet & de M. l'Abbé
Houlleau , Académiciens morts pendant
le cours de l'année.
M. d'Efmery donna une Differtation
fur les difpofitions Organiques relati
vement à l'Esprit.
M. l'Abbé Clergé lut une Traduction
en Vers François de l'Épitre de S. Paul
à Philemon , & un Poëme intitulé
LeChardonneret ou l'Amour de la Liberté.
L'Académie n'ayant point été fatisfaite
des Ouvrages envoyés au concours , fur
les Sujets qu'elle avoit proposés , elle
propoſe pour Sujet du Prix de l'année
1764,
L'ÉLOGE DE M. DUCANGE.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de 300 liv. Les Ouvrages ne
feront reçus que juſqu'au premier Juin
excluſivement : ils feront adreſſés, francs
140 MERCURE DE FRANCE.
de port , à M. Baron , Sécrétaire per
pétuel de l'Académie , à Amiens.
Le Prix de l'Ecole de Botanique ,
tenue par M. d'Efmery , l'un des Académiciens
, a été donné par l'Académie
à M. Lebel , Eléve de cette Ecole.
M. Sellier , de l'Académie , qui tient
à Amiens une Ecole des Arts , a délivré
le 28. Août à ſes Eleves les Prix donnés
par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
Général de la Province & Protecteur de
l'Académie . Les deux Prix de Géometrie
ont été remportés par MM. Sainneville
De Buffi & Cagnier de Lucheux ;
Demeaux de Dameraucourt a eu un
Acceffit. Celui des Calculs a été donné
à M. Dupont , d'Amiens : celui du
Deſſein à M. Desmarets , d'Amiens :
celui d'Achitecture par M. Tranoi ,
d'Amiens : celui des Manufactures par
M. Leblond , d'Amiens .
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11063
p. 140-142
SUJETS proposés par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de BESANÇON.
Début :
L'ACADÉMIE des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Besançon, distribuera [...]
Mots clefs :
Académie, Médaille, Livres, Ouvrages, Auteurs, Arts, Sujets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de BESANÇON.
SUJETS proposés par l'Académie des
Scienees , Belles- Lettres & Arts de
BESANÇON.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Besançon , diftribueNOVEMBRE.
1763. 141
ra le 24 Août de l'année 1764 deux
Prix fondés par feu M. le Duc de Tallard,
& un troifiéme fondé par la Ville
de Besançon .
Le prix pour l'Eloquence eſt une
Médaille d'or de trois cens cinquante
livres. Le Sujet du Diſcours , qui doit
être d'environ d'une demie-heure , fera :
Les progrès des Modernes ne difpenfent
pas de l'étude des Anciens. P
Le prix pour la differtation littéraire
eft une Médaille d'or de la valeur de
deux cens cinquante livres dont le
Sujet fera : Quelles ont été lesdifférentes
pofitions de la Ville de Besançon
depuis Jules- Césarjusqu'à nous.
Le prix pour les Arts eſt une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres ,
deftiné à celui qui indiquera la manière
la plus fimple de conftruire des
Bains publics, commodes & décens, dans
la Ville de Besançon , & quel en feroit
L'emplacement le plus convenable.
Les Auteurs font avertis de ne pas
mettre leurs noms à leurs ouvrages ,
mais une marque ou parafe , avec telle
deviſe ou fentence qu'il leur plaira : ils
la répéteront dans un billet cacheté
dans lequel ils écriront leurs noms &
leurs adreſſes . Les piéces de ceux qui
ſe feront connoître foit par eux-
د
$42 MERCURE DE FRANCE .
mêmes , ſoit par leurs amis , ne feront
pas admiſes au concours.
Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis de faire remettre leurs ouvrages
avant le premier du mois de Mai
prochain au Sieur Daclin , Imprimeur
de l'Académie , & d'en affranchir le
port , précaution ſans laquelle ils ne
ſeroient pas retirés.
Scienees , Belles- Lettres & Arts de
BESANÇON.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Besançon , diftribueNOVEMBRE.
1763. 141
ra le 24 Août de l'année 1764 deux
Prix fondés par feu M. le Duc de Tallard,
& un troifiéme fondé par la Ville
de Besançon .
Le prix pour l'Eloquence eſt une
Médaille d'or de trois cens cinquante
livres. Le Sujet du Diſcours , qui doit
être d'environ d'une demie-heure , fera :
Les progrès des Modernes ne difpenfent
pas de l'étude des Anciens. P
Le prix pour la differtation littéraire
eft une Médaille d'or de la valeur de
deux cens cinquante livres dont le
Sujet fera : Quelles ont été lesdifférentes
pofitions de la Ville de Besançon
depuis Jules- Césarjusqu'à nous.
Le prix pour les Arts eſt une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres ,
deftiné à celui qui indiquera la manière
la plus fimple de conftruire des
Bains publics, commodes & décens, dans
la Ville de Besançon , & quel en feroit
L'emplacement le plus convenable.
Les Auteurs font avertis de ne pas
mettre leurs noms à leurs ouvrages ,
mais une marque ou parafe , avec telle
deviſe ou fentence qu'il leur plaira : ils
la répéteront dans un billet cacheté
dans lequel ils écriront leurs noms &
leurs adreſſes . Les piéces de ceux qui
ſe feront connoître foit par eux-
د
$42 MERCURE DE FRANCE .
mêmes , ſoit par leurs amis , ne feront
pas admiſes au concours.
Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis de faire remettre leurs ouvrages
avant le premier du mois de Mai
prochain au Sieur Daclin , Imprimeur
de l'Académie , & d'en affranchir le
port , précaution ſans laquelle ils ne
ſeroient pas retirés.
Fermer
11064
p. 142-151
LETTRE de M. DE PARCIEUX, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
J'AI vu avec plaisir, Monsieur la Societé des Conciliateurs s'occuper du [...]
Mots clefs :
Lettre, Conciliateurs, Académie, Projet, Rivière, Journaux, Eau, Particuliers, Médecin anglais, Amphithéâtre anatomique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE PARCIEUX, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. DE PARCIEUX, de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
,
J'AAII vu avecplaifir ,Monfieur la Societé
des Conciliateurs s'occuper du
projet que j'ai indiqué , pour procurer
un volume conſidérable d'eau dans tous
les quartiers de Paris , & prendre la
défenſe de labonne qualité de celle que
je propoſe d'y amener. Sa faveur marécageuſe
n'a pu rebuter que peu de perſonnes
, après avoir vû ce que diſent à
ce ſuet MM. Hellot & Macquer dans
l'Analyſe qu'ils ont faite de cette eau :
Il eſt néanmoins très-bon , pour ramener
ce petit nombre , de faire connoître
plus expreffément que je n'ai fait , les
NOVEMBRE. 1763. 143
cauſes de ce goûtde marais , &fu-r tout
de faire voir qu'il eſt communaux eaux
de toutes les petites rivières qui ont leur
embouchure dans la Seine ; & qu'il
n'eſt pas particulier à l'eau de l'Yvette ,
comme quelques perſonnes , ſans doute
faciles à perfuader ,ſe l'étoient mis dans
la tête. مت 小
Les Journaux& autres Ecrits publics
ont parlé fi avantageuſement du projet
d'amener l'eau de l'Yvette à Paris , il a
été fi bien accueilli ,que je me perfuade
que vos Lecteurs verront avec plaifir oe
qui y a rapport ,& ce qui peut enmontrer
tout le beau & toute l'utilité. Il
m'eſt permis fans doute de plaider cette
cauſe , & d'ajouter à ce qu'ont dit MM.
les Conciliateurs. Onm'excuseroit quand
même j'y mettrois quelques vues d'intérêt
particulier , pourvu que je ne diſe
rien que de vrai ; à plus forte raifon doisje
être excufé , ſi je ne parle que pour
l'intérêt public. Je ne prétends ni à être
l'Architecte ni l'Entrepreneur de ce
grand ouvrage ; je ne veux ni former
de Compagnie , ni être aſſocié en manière
quelconque à l'entrepriſe qu'on en
pourroit faire , Mais j'aurois la plus
grande des fatisfactions ſi je le voyais
commencer ; & j'employerois avec le
2
Σ
144 MERCURE DE FRANCE.
plus grand plaifir tous les ſoins dont je
puis être capable , à marquer par des
repaires immuables la route &les pentes
de ce Canal ou Aqueduc , fi on devoit
le commencer bien-tôt.
J'ai bien dit quelque choſe dans mon
Mémoire , page 21 , du goût de marais
qu'ont les eaux de toutes les petites
rivières ; mais je ſens que cela ne ſuffit
pas pour tout le monde , & je ne m'imaginois
pas qu'il pût reſter des doutes
après la lecture de l'examen chimique
de MM. Hellot & Macquer , que pour
cette raiſon j'ai inféré en entier dans
mon ouvrage. Il auroit du prevénir
tous les mauvais propos tenus dans les
Sociétés particulieres , par des gens qui
ne ſçavent que lever des doutes , ſans
égard aux ſolutions qu'on en a données.
Des perſonnes qui n'ont jamais bû que
de l'eau de la Seine , fans réfléxion , ne
ſçavent pas qu'elle a eu originairement
cette faveur marécageuſe , qu'elles
croient particulière à l'eau de l'Yvette ;
&en lifant la conclufion du rapport des
deux Sçavans Chimiſtes , que je viens
de citer , on ſe ſeroit épargné les difcours
inconfidérés qu'on a tenus contre le
projet ; puiſqu'il eſt prouvé par le témoignage
le plus authentique , que cette
faveur
NOVEMBRE. 1763. 145
faveur marécageuſe n'eſt nullement
inhérente à l'eau de l'Yvette; qu'elle lui eft
étrangère & accidentelle ; qu'elle eft
commune aux eaux de toutes les petites
rivieres ; qu'ellese diſſipe par la fimple
expofition à l'Air , & enfin que l'eau
de l'Yvette doit être miſe dans la Claſſe
des eaux courantes de rivière , très -faines
& très-bonnes à boire.
د
LesMagiftrats accoutumés à juger de
tout avec une mûre réfléxion s'en
rapporteront plus au rapport des gens
de l'Art , qu'à des objections qu'on
peut dire dénuées de fens ; & il n'eſt
pas poffible que l'avis dicté par des recherches
auffi certaines ne prévale fur
des remarques frivoles qui ne peuvent
être d'aucun poids , pour retarder jamais
l'exécutionduprojet.
Si à la fin de l'été ou dans l'Automne ,
quand les rivières font fort baſſes , ces
perſonnes mal intentionnées ou prévenuës
vouloient prendre la peine de
goûter l'eau de la Seine lorſqu'on l'apporte
de la rivière, ou à la rivière même,
comme nous le faiſons pour celle de
l'Yvette , fans attendre que cette eau
ait été repoſée ou filtrée ou évaporée ;
ellesytrouveroient une faveur de marais
guères moins forte felon les temps , que
G
146 MERCURE DE FRANCE .
celle qu'on trouve à l'eau de l'Yvette.
Elle l'avoit fi forte en 1731 , que M.
Antoine De Juffieu , de l'Académie des
Sciences,crut devoirdonner un Mémoire
à ce ſujet pour en faire connoître la
cauſe , afin qu'on pût y remédier à
l'avenir, quand la même choſe arriveroit.
Voyez les Memoires de l'Académie
Année 1733. page 351. On peut encore
s'en rapporter fur cet Article , à l'expérience
des Porteurs d'eau qui ont alors
ſoin de laiſſer les fontaines découvertes
entoutou en partie , pour laiſſer diffiper
ce qui donne ce goût à l'eau.
J'invite les perſonnes qui prennent
quelque intérêt au bien public , qui
aiment à bien connoître ce dont elles
veulent parler , & qui se trouvent à
portée d'avoir aisément de l'eau de
İ'Yvette , d'en expoſer à l'air libre , &
non dans des appartemens , & de voir
elles - mêmes en combien de jours elle
perd fon goût , afin de pouvoir enſuite
en parler pertinemment , & détromper
ceux qui n'en parlent que par préjugé.
Entre pluſieurs perſonnes qui ont fait
cette épreuve , je me contenterai de
citer M. Haudry , Fermier - Général ,
qui allant à ſa terre de Soucy près d'Arpajon,
fit remplir en ſa préſence pluſieurs
NOVEMBRE. 1763. 147
bouteilles de l'eau de l'Yvette au moulin
de Longjumeau. Arrivé à Soucy , il la
goûta ; elle avoit le goût de marais. Il
en expoſa au grand air , dans des verres ;
& au bout de trois jours elle n'avoit plus
aucune faveur , au point qu'on n'y
trouvoit aucune différence avec l'eau
de la ſource de Soucy , qui eſt des meilleures
qu'on connoiffe.
J'ai la confiance de croire malgré les
doutes qu'on a voulu faire naître ſur la
qualitéde l'eau de l'Yvette, que le projet
de l'amener à Paris ſera exécuté un jour,
& peut - être même beaucoup plutôt
que nous n'oferions l'éſperer. Je fonde
cette confiance ſur les raiſons ſuivantes .
1º. Sur ce que la Ville ne s'en rapportera
pas pour ſe décider ſur l'utilité du
projet , aux propos qui n'ontaucun fondement
, mais à des Juges compétens ,
tels que la faculté de Médécine , l'Académie
des Sciences , ou le corps des
Apoticaires , fi elle croit devoir faire
confirmer le jugement de MM. Hellot
& Macquer.
2º. Sur la nécéſſité indiſpenſable de
donner de l'eau à Paris qui s'agrandit
de toute part , pendant que le peu d'eau
qu'ila , diminue de jour en jour.
3°. Sur la connoiſſance ſuffifante que
Gij
143 MERCURE DE FRANCE.
j'ai de Paris & de ſes environs , pour
pouvoir affurer & prouver s'il le falloit ,
qu'il n'y a que l'Yvette qui puiffe donner
à Paris une affez grande quantité de
bonne eau , à une hauteur commode ,
pour la diſtribuer dans tous les quartiers .
4°. Sur la facilité qu'il y aura d'amener
cette eau à la Porte S. Michel , les côtes
par leſquelles le Canal paffera , étant
pour ainſi dire toutes droites , ainfi
que la route totale.
,
5°. Sur le defir que tous les Prévôts
des Marchands & Echevins ont &
doivent avoir d'embellir Paris de
pourvoir à la commodité & aux avanrages
des Citoyens , & de trouver dans
des motifs fi nobles , celui d'immortaliſer
Leurs noms.
6°. Sur l'exemple que donnent à ce
ſujet pluſieurs Villes de Province.
7. Sur ce que la machine du pont
Notre Dame eſt fort vieille , qu'elle peut
manquer d'un moment à l'autre , &
qu'il eſt très eſſentiel par toutes les
raiſons rapportées dans monmémoire, de
débaraffer les arches des ponts.
,
8°. Enfin ſur ce que la dépenſe ne ſera
pas auffi énorme que bien des gens l'ont
crû, & ont peut- être cherché à l'infinuer,
On en verra la preuve dans le volume de
NOVEMBRE. 1763. 149
l'Académie où mon Mémoire fera inféré;
&par la comparaiſon de travaux à peuprès
ſemblables , faits à Versailles il y a
23 à 24 ans ; & d'après les Mémoires
non fufpects , reglés & payés , que je
tiens de M. Gabriel , de l'Académie
Royale d'Architecture & premier Architecte
du Roi , il ne doit pas en coûter
fix millions , toutes dépenses & indemnités
payées , pour rendre l'eau de l'Yvette
à la Porte S. Michel .
Mais diront ceux qui doutent de tout ,
où la Ville prendra-t-elle ces cinq à fix
millions , & ce qu'il faudra de plus pour
porter l'eau dans chaque quartier,
avec les dépenfes ordinaires qu'elle eft
obligée de faire ? Je dirai ici ce que
j'ai dit ailleurs , que les Grands Hommes
trouvent les moyens néceſſaires pour
venir à bout des plus grandes choſes.
Quand unPrévôt des Marchands n'e feroit
que commencer l'Aqueduc de l'Yvette ,
que je voudrois nommer de LOUIS XV.
ou de LOUIS LE BIEN -AIMÉ ; c'en
feroit affez pour qu'il fût bientôt mené
à ſa fin. La Ville laiſſe rarement ſes
entrepriſes imparfaites , & celle-ci eft
de nature à l'être moins que toute autre.
Il peut d'ailleurs ſe trouver quelque
Gérard de Poiffi , quelque Godinot ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
quelque La Peyronie , qui penſent affez
noblement pour vouloir laiſſer à la Capitale
du Royaume, un Monument éternel
de la bienfaiſance ; & à leur poſtérité un
nom refpectable & révéré. Connoit- on
ou imagine - t - on quelque Titre auſſi
flatteur , auffi grand & auſſi ſatisfaiſant
que le ſeroit celui de bienfaiteur d'un
monde entier. Je ne puis m'empêcher
de dire que je ne conçois pas , qu'avec
le pouvoir de faire un auſſi grand bien ,
on n'en ait pas la volonté. Quelquesuns
, ( & ce ne feront pas les plus généreux
) ne manqueront pas de nommer
ceci de l'enthouſiaſme , & cela peut
être ; mais du moins n'est - ce pas un
enthouſiaſme blamable ; & tel qu'il eſt ,
puiſſe-t-il pour le bien de Paris paffer
dans le coeur de quelqu'un de nos plus
riches Citoyens !
,
Une pareille générofité ſeroit grande ,
fans doute , & bien digne de louanges ,
mais elle ne feroit pas inouie. Je pourrois
citer un très-grand nombrede perſonnes
qui ont fait plus que cela, eu égard à leurs
facultés. Le quartier de l'Univerſité eft
couvert de Monumens fondés par
l'amour patriotique de différens Particuliers
. Il faut entendre les habitans de
Reims , fur ce que M. Godinot , Cha
NOVEMBRE. 1763. 151
noine de cette Ville , a fait pour ſes
concitoyens. Les Ecoles de Chirurgie
de Paris & de Montpellier , fur ce qu'a
fait pour elles & pour le bien de l'Humanité
, M. De La Peyronie , premier
Chirurgien du Roi. Tout le monde a
pu remarquer dans la Gazette de France
du 28 Janvier dernier , & dans celle
d'Utrecht du 8 Février , qu'un célébre
Médecin Anglois donne plus de deux
eens mille livres sterlings , devant faire
aux environs de cinq millions de notre
monnoie , pour faire bâtir un Amphithéatre
Anatomique à Londres , & fonder
les Profeſſeurs néceſſaires en Médecine
& en Chirurgie , avec tous les
acceſſoires ; & c'eſt un Médecin ,
Particulier , qui fait cela. Ce font de
ces Hommes dont on parlera éternellement
avec reſpect & vénération .
J'ai l'honneur d'être , &c .
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
,
J'AAII vu avecplaifir ,Monfieur la Societé
des Conciliateurs s'occuper du
projet que j'ai indiqué , pour procurer
un volume conſidérable d'eau dans tous
les quartiers de Paris , & prendre la
défenſe de labonne qualité de celle que
je propoſe d'y amener. Sa faveur marécageuſe
n'a pu rebuter que peu de perſonnes
, après avoir vû ce que diſent à
ce ſuet MM. Hellot & Macquer dans
l'Analyſe qu'ils ont faite de cette eau :
Il eſt néanmoins très-bon , pour ramener
ce petit nombre , de faire connoître
plus expreffément que je n'ai fait , les
NOVEMBRE. 1763. 143
cauſes de ce goûtde marais , &fu-r tout
de faire voir qu'il eſt communaux eaux
de toutes les petites rivières qui ont leur
embouchure dans la Seine ; & qu'il
n'eſt pas particulier à l'eau de l'Yvette ,
comme quelques perſonnes , ſans doute
faciles à perfuader ,ſe l'étoient mis dans
la tête. مت 小
Les Journaux& autres Ecrits publics
ont parlé fi avantageuſement du projet
d'amener l'eau de l'Yvette à Paris , il a
été fi bien accueilli ,que je me perfuade
que vos Lecteurs verront avec plaifir oe
qui y a rapport ,& ce qui peut enmontrer
tout le beau & toute l'utilité. Il
m'eſt permis fans doute de plaider cette
cauſe , & d'ajouter à ce qu'ont dit MM.
les Conciliateurs. Onm'excuseroit quand
même j'y mettrois quelques vues d'intérêt
particulier , pourvu que je ne diſe
rien que de vrai ; à plus forte raifon doisje
être excufé , ſi je ne parle que pour
l'intérêt public. Je ne prétends ni à être
l'Architecte ni l'Entrepreneur de ce
grand ouvrage ; je ne veux ni former
de Compagnie , ni être aſſocié en manière
quelconque à l'entrepriſe qu'on en
pourroit faire , Mais j'aurois la plus
grande des fatisfactions ſi je le voyais
commencer ; & j'employerois avec le
2
Σ
144 MERCURE DE FRANCE.
plus grand plaifir tous les ſoins dont je
puis être capable , à marquer par des
repaires immuables la route &les pentes
de ce Canal ou Aqueduc , fi on devoit
le commencer bien-tôt.
J'ai bien dit quelque choſe dans mon
Mémoire , page 21 , du goût de marais
qu'ont les eaux de toutes les petites
rivières ; mais je ſens que cela ne ſuffit
pas pour tout le monde , & je ne m'imaginois
pas qu'il pût reſter des doutes
après la lecture de l'examen chimique
de MM. Hellot & Macquer , que pour
cette raiſon j'ai inféré en entier dans
mon ouvrage. Il auroit du prevénir
tous les mauvais propos tenus dans les
Sociétés particulieres , par des gens qui
ne ſçavent que lever des doutes , ſans
égard aux ſolutions qu'on en a données.
Des perſonnes qui n'ont jamais bû que
de l'eau de la Seine , fans réfléxion , ne
ſçavent pas qu'elle a eu originairement
cette faveur marécageuſe , qu'elles
croient particulière à l'eau de l'Yvette ;
&en lifant la conclufion du rapport des
deux Sçavans Chimiſtes , que je viens
de citer , on ſe ſeroit épargné les difcours
inconfidérés qu'on a tenus contre le
projet ; puiſqu'il eſt prouvé par le témoignage
le plus authentique , que cette
faveur
NOVEMBRE. 1763. 145
faveur marécageuſe n'eſt nullement
inhérente à l'eau de l'Yvette; qu'elle lui eft
étrangère & accidentelle ; qu'elle eft
commune aux eaux de toutes les petites
rivieres ; qu'ellese diſſipe par la fimple
expofition à l'Air , & enfin que l'eau
de l'Yvette doit être miſe dans la Claſſe
des eaux courantes de rivière , très -faines
& très-bonnes à boire.
د
LesMagiftrats accoutumés à juger de
tout avec une mûre réfléxion s'en
rapporteront plus au rapport des gens
de l'Art , qu'à des objections qu'on
peut dire dénuées de fens ; & il n'eſt
pas poffible que l'avis dicté par des recherches
auffi certaines ne prévale fur
des remarques frivoles qui ne peuvent
être d'aucun poids , pour retarder jamais
l'exécutionduprojet.
Si à la fin de l'été ou dans l'Automne ,
quand les rivières font fort baſſes , ces
perſonnes mal intentionnées ou prévenuës
vouloient prendre la peine de
goûter l'eau de la Seine lorſqu'on l'apporte
de la rivière, ou à la rivière même,
comme nous le faiſons pour celle de
l'Yvette , fans attendre que cette eau
ait été repoſée ou filtrée ou évaporée ;
ellesytrouveroient une faveur de marais
guères moins forte felon les temps , que
G
146 MERCURE DE FRANCE .
celle qu'on trouve à l'eau de l'Yvette.
Elle l'avoit fi forte en 1731 , que M.
Antoine De Juffieu , de l'Académie des
Sciences,crut devoirdonner un Mémoire
à ce ſujet pour en faire connoître la
cauſe , afin qu'on pût y remédier à
l'avenir, quand la même choſe arriveroit.
Voyez les Memoires de l'Académie
Année 1733. page 351. On peut encore
s'en rapporter fur cet Article , à l'expérience
des Porteurs d'eau qui ont alors
ſoin de laiſſer les fontaines découvertes
entoutou en partie , pour laiſſer diffiper
ce qui donne ce goût à l'eau.
J'invite les perſonnes qui prennent
quelque intérêt au bien public , qui
aiment à bien connoître ce dont elles
veulent parler , & qui se trouvent à
portée d'avoir aisément de l'eau de
İ'Yvette , d'en expoſer à l'air libre , &
non dans des appartemens , & de voir
elles - mêmes en combien de jours elle
perd fon goût , afin de pouvoir enſuite
en parler pertinemment , & détromper
ceux qui n'en parlent que par préjugé.
Entre pluſieurs perſonnes qui ont fait
cette épreuve , je me contenterai de
citer M. Haudry , Fermier - Général ,
qui allant à ſa terre de Soucy près d'Arpajon,
fit remplir en ſa préſence pluſieurs
NOVEMBRE. 1763. 147
bouteilles de l'eau de l'Yvette au moulin
de Longjumeau. Arrivé à Soucy , il la
goûta ; elle avoit le goût de marais. Il
en expoſa au grand air , dans des verres ;
& au bout de trois jours elle n'avoit plus
aucune faveur , au point qu'on n'y
trouvoit aucune différence avec l'eau
de la ſource de Soucy , qui eſt des meilleures
qu'on connoiffe.
J'ai la confiance de croire malgré les
doutes qu'on a voulu faire naître ſur la
qualitéde l'eau de l'Yvette, que le projet
de l'amener à Paris ſera exécuté un jour,
& peut - être même beaucoup plutôt
que nous n'oferions l'éſperer. Je fonde
cette confiance ſur les raiſons ſuivantes .
1º. Sur ce que la Ville ne s'en rapportera
pas pour ſe décider ſur l'utilité du
projet , aux propos qui n'ontaucun fondement
, mais à des Juges compétens ,
tels que la faculté de Médécine , l'Académie
des Sciences , ou le corps des
Apoticaires , fi elle croit devoir faire
confirmer le jugement de MM. Hellot
& Macquer.
2º. Sur la nécéſſité indiſpenſable de
donner de l'eau à Paris qui s'agrandit
de toute part , pendant que le peu d'eau
qu'ila , diminue de jour en jour.
3°. Sur la connoiſſance ſuffifante que
Gij
143 MERCURE DE FRANCE.
j'ai de Paris & de ſes environs , pour
pouvoir affurer & prouver s'il le falloit ,
qu'il n'y a que l'Yvette qui puiffe donner
à Paris une affez grande quantité de
bonne eau , à une hauteur commode ,
pour la diſtribuer dans tous les quartiers .
4°. Sur la facilité qu'il y aura d'amener
cette eau à la Porte S. Michel , les côtes
par leſquelles le Canal paffera , étant
pour ainſi dire toutes droites , ainfi
que la route totale.
,
5°. Sur le defir que tous les Prévôts
des Marchands & Echevins ont &
doivent avoir d'embellir Paris de
pourvoir à la commodité & aux avanrages
des Citoyens , & de trouver dans
des motifs fi nobles , celui d'immortaliſer
Leurs noms.
6°. Sur l'exemple que donnent à ce
ſujet pluſieurs Villes de Province.
7. Sur ce que la machine du pont
Notre Dame eſt fort vieille , qu'elle peut
manquer d'un moment à l'autre , &
qu'il eſt très eſſentiel par toutes les
raiſons rapportées dans monmémoire, de
débaraffer les arches des ponts.
,
8°. Enfin ſur ce que la dépenſe ne ſera
pas auffi énorme que bien des gens l'ont
crû, & ont peut- être cherché à l'infinuer,
On en verra la preuve dans le volume de
NOVEMBRE. 1763. 149
l'Académie où mon Mémoire fera inféré;
&par la comparaiſon de travaux à peuprès
ſemblables , faits à Versailles il y a
23 à 24 ans ; & d'après les Mémoires
non fufpects , reglés & payés , que je
tiens de M. Gabriel , de l'Académie
Royale d'Architecture & premier Architecte
du Roi , il ne doit pas en coûter
fix millions , toutes dépenses & indemnités
payées , pour rendre l'eau de l'Yvette
à la Porte S. Michel .
Mais diront ceux qui doutent de tout ,
où la Ville prendra-t-elle ces cinq à fix
millions , & ce qu'il faudra de plus pour
porter l'eau dans chaque quartier,
avec les dépenfes ordinaires qu'elle eft
obligée de faire ? Je dirai ici ce que
j'ai dit ailleurs , que les Grands Hommes
trouvent les moyens néceſſaires pour
venir à bout des plus grandes choſes.
Quand unPrévôt des Marchands n'e feroit
que commencer l'Aqueduc de l'Yvette ,
que je voudrois nommer de LOUIS XV.
ou de LOUIS LE BIEN -AIMÉ ; c'en
feroit affez pour qu'il fût bientôt mené
à ſa fin. La Ville laiſſe rarement ſes
entrepriſes imparfaites , & celle-ci eft
de nature à l'être moins que toute autre.
Il peut d'ailleurs ſe trouver quelque
Gérard de Poiffi , quelque Godinot ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
quelque La Peyronie , qui penſent affez
noblement pour vouloir laiſſer à la Capitale
du Royaume, un Monument éternel
de la bienfaiſance ; & à leur poſtérité un
nom refpectable & révéré. Connoit- on
ou imagine - t - on quelque Titre auſſi
flatteur , auffi grand & auſſi ſatisfaiſant
que le ſeroit celui de bienfaiteur d'un
monde entier. Je ne puis m'empêcher
de dire que je ne conçois pas , qu'avec
le pouvoir de faire un auſſi grand bien ,
on n'en ait pas la volonté. Quelquesuns
, ( & ce ne feront pas les plus généreux
) ne manqueront pas de nommer
ceci de l'enthouſiaſme , & cela peut
être ; mais du moins n'est - ce pas un
enthouſiaſme blamable ; & tel qu'il eſt ,
puiſſe-t-il pour le bien de Paris paffer
dans le coeur de quelqu'un de nos plus
riches Citoyens !
,
Une pareille générofité ſeroit grande ,
fans doute , & bien digne de louanges ,
mais elle ne feroit pas inouie. Je pourrois
citer un très-grand nombrede perſonnes
qui ont fait plus que cela, eu égard à leurs
facultés. Le quartier de l'Univerſité eft
couvert de Monumens fondés par
l'amour patriotique de différens Particuliers
. Il faut entendre les habitans de
Reims , fur ce que M. Godinot , Cha
NOVEMBRE. 1763. 151
noine de cette Ville , a fait pour ſes
concitoyens. Les Ecoles de Chirurgie
de Paris & de Montpellier , fur ce qu'a
fait pour elles & pour le bien de l'Humanité
, M. De La Peyronie , premier
Chirurgien du Roi. Tout le monde a
pu remarquer dans la Gazette de France
du 28 Janvier dernier , & dans celle
d'Utrecht du 8 Février , qu'un célébre
Médecin Anglois donne plus de deux
eens mille livres sterlings , devant faire
aux environs de cinq millions de notre
monnoie , pour faire bâtir un Amphithéatre
Anatomique à Londres , & fonder
les Profeſſeurs néceſſaires en Médecine
& en Chirurgie , avec tous les
acceſſoires ; & c'eſt un Médecin ,
Particulier , qui fait cela. Ce font de
ces Hommes dont on parlera éternellement
avec reſpect & vénération .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
11065
p. 152-158
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
Début :
On peut, dans cette Manufacture, faire courber des glaces, ou du verre de toute [...]
Mots clefs :
Pouces, Cristaux, Verres, Glaces, Qualité, Manufacture, Miroirs concaves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
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11066
p. 159-169
SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
Les événemens de différentes opérations ayant été malheureux, la réputation [...]
Mots clefs :
Méthode, Opération, Succès, Médecin, Anonymat, Instrument, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
SUITE des Recherches fur la Taille
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
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11067
p. 169-173
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
Début :
LA distribution de cet Ouvrage se fera par cayers numérotés ; & il sera imprimé [...]
Mots clefs :
Gravure, Tableau, Estampes, Graveur, Souscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
ARTS AGRÉABLES .
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
Fermer
11068
p. 174-181
SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Jeudi 13 Octobre, les Comédiens François réprésenterent TANCREDE [...]
Mots clefs :
Opéra, Tragédie, Rôle, Pièce, Talents, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
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11069
p. 182-186
DISTRIBUTION des Rôles chantans dans l'Opéra de SCANDERBERG.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. AMURAT, Empereur des Turcs. Le Sieur Larrivée. ROXANE [...]
Mots clefs :
Opéra, Intelligence, Caractère, Spectacle, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISTRIBUTION des Rôles chantans dans l'Opéra de SCANDERBERG.
DISTRIBUTION des Rôles chantans
dans l'Opéra de SCANDERBERG.
PERSONNAGES.
AMURAT , Empereur des
Turcs .
ACTEURS .
LefieurLarrivée.
ROXANE , Sultane favorite , la Dlle Chevalier.
SCANDERBERG , Roi d'Albanie , le Sr Jéliote.
SERVILIE , Princeſſe , Fille du
Deſpote de Servie , la Dlle Arnoud.
OSMAN , Bostangi Bachi , le Sr Durand. :
Le MUPHTY , leSr Caffeignade.
L'AGA des Janiſſaires , le Sr Muguet.
RUSTAN , Officier de l'Empereur, le Sr Pillot.
UneGrecque & une Aſiatique , la Dlie du Bois.
:
Chacun de ces Rôles conforme aux
talens particuliers de l'Acteur qui en
étoit chargé , a été éxécuté de manière
a remplir ce qu'on devoit en attendre .
Le fieur LARRIVÉE a été très- brillant
dans le chantde ſon Rôle , noble & trèsjuſte
dans l'expreffion ainſi que dans
l'action. Cet Opéra eſt un de ceux où
il aura paru avec le plus de diſtinction.
Le fieur JÉLIOTE , toujours admirable,
paroiffant jouir de tout l'éclat & de
1
১১ স
1
1
NOVEMBRE. 1763. 183
toute la facilité de ſa voix , ne pou
voit manquer d'enchanter plus que jamais
, dans un grand Rôle qui fournit
des morceaux d'un chant agréable
& où il y a de fréquentes occafions
de faire briller les talens que l'on lui
connoît. L'intelligence du chant déclamé
& du Dialogue lyrique , finguliérement
propre aujourd'hui à la Dlle
CHEVALIER, étoit d'autant mieux placée
, que les Scènes de cet Opéra font
précisément d'un genre qui exige cette
forte de talent. Celui de la Dile ARNOULD
n'étoit pas moins convenable
aux morceaux touchans & fenfibles
qui forment le caractère du Rôle
de Servilie. Le ſieur CASSAIGNADE ,
reçu à l'Opéra depuis l'incendie , n'avoit
point encore paru fur le Théâtre.
C'eſt une fort belle voix de Baſſe-Taille
d'une grande étendue & de la plus
parfaite égalité dans tous les tons , les
cadences & autres agrémens du chant ,
faciles & naturels , le volume de voix
conſidérable , la qualité du ſon trèsnette.
Ce Débutant a fait d'autant plus
de plaifir dans le Rôle qu'il a chanté ,
que malgré ſon inexpérience&la crainte
que doit faire naître l'affemblée où il
paroiſſoit , ſes mouvemens ont paru
,
184MERCURE DE FRANCE.
diſpoſés au talent théâtral. Sa figure eſt
avantageuſe & d'un caractère propre
à l'expreffion.
LesBallets fort nombreux& fort variés
dans cet Opéra , compoſés avec beaucoup
d'agrément& d'intelligence , ont
contribué à la beauté générale de ce
Spectacle . Les principaux Danſeurs que
nous avons nommés dans le précédent
Opéra , ne ſe ſont pas moins diftingués
dans celui-ci. Le Sr d'AUBERVAL
dans le quatriéme Acte , a danſé avec
beaucoup de légéreré & d'agrement ,
un Pas fingulier & d'un comique autorifé
par le caractère d'Eſclave.
و
La profufion de richeſſes &de brillant
fur les habits de tous les genres, qu'occafionne
celui du Sujet , la variété des
décorations , & furtout l'éclat de la dernière
, ont rendu ce Spectacle un des
plus éblouiſſans qu'on puiſſe voir au
Théâtre. Comme la ſeule prodigalité de
richeſſes peut ſouvent n'offrir que de
pompeux travers aux yeux du goût ,
nous croyons devoir obſerver à l'égard
de cette derniére décoration repréſentant
une Moſquée , que la grande quantité
de pierreries qui en enrichiffoit la
partie intérieure , étoit diſtribuée avec
beaucoup de goût , d'ordre & de con
NOVEMBRE. 1763. 185.
-
venance , fur des Parties diſpoſées à
recevoir ces fortes d'Ornemens. L'Architecture
, dont les Membres étoient
fort distinctement & fort élégamment
deffinés par les pierresies , étoit un ordre
compoſite, dans le genre Turc,& chargé
d'Attributs convenables au Costume National
. La Moſquée contenoit un Périftile
, ou Porche , qui ſe réuniſſoit & fe
relioit très bien à la coupole intérieure
lorſqu'elle étoit ouverte. Cette
coupole arcadée & foutenue par des
colomnes & des pilaſtres , étoit ſeulement
decorée en diamans. On y
voyoit des Tribunes ou Travées remplies
de Peuple Mulſuman ; à travers les
ouvertures de ces Tribunes ou Travées ,
on en appercevoit d'autres dans des
points éloignés de perſpective qui
faifoient foupçonner une grande étendue
au Vaiſſeau. On eft convenu généralement
n'avoir rien vû d'auſſi magnifique
& d'un effer auffi brillant. Le concours
des Spectateurs a été desplus tumultueux
, long-temps après la fin du Spectacle,
pourjouir de ce merveilleux objet.
C'eſt au travail , aux soins , & à l'intelligence
de M. l'EVESQUE , Garde
général du Magaſin des Menus plaifirs
du Roi , que l'on doit le goût de diftri
186 MERCURE DE FRANCE.
bution de toutes les pierreries dans
cette brillante décoration. Les bornes
de notre Article ne nous permettent
pas de détailler les precédentes ; parmi
leſquelles celle du 1 Acte , repréſentant
une Grotte avec des effets d'eau finguliers
,& celle du quatriéme Acte , repréſentant
une partie de Jardin avec un
Canal,mériteroient des remarques particulières
. L'une & l'autre font ingénieufement
penſées & exécutées avec beau
coup d'Art & de goût.
dans l'Opéra de SCANDERBERG.
PERSONNAGES.
AMURAT , Empereur des
Turcs .
ACTEURS .
LefieurLarrivée.
ROXANE , Sultane favorite , la Dlle Chevalier.
SCANDERBERG , Roi d'Albanie , le Sr Jéliote.
SERVILIE , Princeſſe , Fille du
Deſpote de Servie , la Dlle Arnoud.
OSMAN , Bostangi Bachi , le Sr Durand. :
Le MUPHTY , leSr Caffeignade.
L'AGA des Janiſſaires , le Sr Muguet.
RUSTAN , Officier de l'Empereur, le Sr Pillot.
UneGrecque & une Aſiatique , la Dlie du Bois.
:
Chacun de ces Rôles conforme aux
talens particuliers de l'Acteur qui en
étoit chargé , a été éxécuté de manière
a remplir ce qu'on devoit en attendre .
Le fieur LARRIVÉE a été très- brillant
dans le chantde ſon Rôle , noble & trèsjuſte
dans l'expreffion ainſi que dans
l'action. Cet Opéra eſt un de ceux où
il aura paru avec le plus de diſtinction.
Le fieur JÉLIOTE , toujours admirable,
paroiffant jouir de tout l'éclat & de
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১১ স
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NOVEMBRE. 1763. 183
toute la facilité de ſa voix , ne pou
voit manquer d'enchanter plus que jamais
, dans un grand Rôle qui fournit
des morceaux d'un chant agréable
& où il y a de fréquentes occafions
de faire briller les talens que l'on lui
connoît. L'intelligence du chant déclamé
& du Dialogue lyrique , finguliérement
propre aujourd'hui à la Dlle
CHEVALIER, étoit d'autant mieux placée
, que les Scènes de cet Opéra font
précisément d'un genre qui exige cette
forte de talent. Celui de la Dile ARNOULD
n'étoit pas moins convenable
aux morceaux touchans & fenfibles
qui forment le caractère du Rôle
de Servilie. Le ſieur CASSAIGNADE ,
reçu à l'Opéra depuis l'incendie , n'avoit
point encore paru fur le Théâtre.
C'eſt une fort belle voix de Baſſe-Taille
d'une grande étendue & de la plus
parfaite égalité dans tous les tons , les
cadences & autres agrémens du chant ,
faciles & naturels , le volume de voix
conſidérable , la qualité du ſon trèsnette.
Ce Débutant a fait d'autant plus
de plaifir dans le Rôle qu'il a chanté ,
que malgré ſon inexpérience&la crainte
que doit faire naître l'affemblée où il
paroiſſoit , ſes mouvemens ont paru
,
184MERCURE DE FRANCE.
diſpoſés au talent théâtral. Sa figure eſt
avantageuſe & d'un caractère propre
à l'expreffion.
LesBallets fort nombreux& fort variés
dans cet Opéra , compoſés avec beaucoup
d'agrément& d'intelligence , ont
contribué à la beauté générale de ce
Spectacle . Les principaux Danſeurs que
nous avons nommés dans le précédent
Opéra , ne ſe ſont pas moins diftingués
dans celui-ci. Le Sr d'AUBERVAL
dans le quatriéme Acte , a danſé avec
beaucoup de légéreré & d'agrement ,
un Pas fingulier & d'un comique autorifé
par le caractère d'Eſclave.
و
La profufion de richeſſes &de brillant
fur les habits de tous les genres, qu'occafionne
celui du Sujet , la variété des
décorations , & furtout l'éclat de la dernière
, ont rendu ce Spectacle un des
plus éblouiſſans qu'on puiſſe voir au
Théâtre. Comme la ſeule prodigalité de
richeſſes peut ſouvent n'offrir que de
pompeux travers aux yeux du goût ,
nous croyons devoir obſerver à l'égard
de cette derniére décoration repréſentant
une Moſquée , que la grande quantité
de pierreries qui en enrichiffoit la
partie intérieure , étoit diſtribuée avec
beaucoup de goût , d'ordre & de con
NOVEMBRE. 1763. 185.
-
venance , fur des Parties diſpoſées à
recevoir ces fortes d'Ornemens. L'Architecture
, dont les Membres étoient
fort distinctement & fort élégamment
deffinés par les pierresies , étoit un ordre
compoſite, dans le genre Turc,& chargé
d'Attributs convenables au Costume National
. La Moſquée contenoit un Périftile
, ou Porche , qui ſe réuniſſoit & fe
relioit très bien à la coupole intérieure
lorſqu'elle étoit ouverte. Cette
coupole arcadée & foutenue par des
colomnes & des pilaſtres , étoit ſeulement
decorée en diamans. On y
voyoit des Tribunes ou Travées remplies
de Peuple Mulſuman ; à travers les
ouvertures de ces Tribunes ou Travées ,
on en appercevoit d'autres dans des
points éloignés de perſpective qui
faifoient foupçonner une grande étendue
au Vaiſſeau. On eft convenu généralement
n'avoir rien vû d'auſſi magnifique
& d'un effer auffi brillant. Le concours
des Spectateurs a été desplus tumultueux
, long-temps après la fin du Spectacle,
pourjouir de ce merveilleux objet.
C'eſt au travail , aux soins , & à l'intelligence
de M. l'EVESQUE , Garde
général du Magaſin des Menus plaifirs
du Roi , que l'on doit le goût de diftri
186 MERCURE DE FRANCE.
bution de toutes les pierreries dans
cette brillante décoration. Les bornes
de notre Article ne nous permettent
pas de détailler les precédentes ; parmi
leſquelles celle du 1 Acte , repréſentant
une Grotte avec des effets d'eau finguliers
,& celle du quatriéme Acte , repréſentant
une partie de Jardin avec un
Canal,mériteroient des remarques particulières
. L'une & l'autre font ingénieufement
penſées & exécutées avec beau
coup d'Art & de goût.
Fermer
11070
p. 186
« ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...] »
Début :
ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...]
Mots clefs :
Errata, Volume, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : « ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...] »
ERRATA pour le précédent Article dans le II.
Volume d'Octobre .
: Le Lundi , 11. lifez le Mardi , II il n'y a
point eu de Spectacle à la Cour le Lundi .
Volume d'Octobre .
: Le Lundi , 11. lifez le Mardi , II il n'y a
point eu de Spectacle à la Cour le Lundi .
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11071
p. 186-188
SPECTACLES DE PARIS.
Début :
DEPUIS le 15 Octobre, il n'y a eu de relâche au Théâtre de la Comédie [...]
Mots clefs :
Rôle, Troupe, Comédie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS.
SPECTACLES DE PARIS.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
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11072
p. 188-206
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
M. DOYEN. AINSI que tous les Amateurs de la gloire de l'Art, nous avons déjà applaudi [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Peinture, Vieillard, Académie, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Description des Tableaux
exposés au Sallon du Louvre.
M. DOYEN.
AINSI tous les Amateurs de la
que
gloire de l'Art , nous avons déjà applaudi
au beau feu & à la courageuſe
émulation de M. Doyen. C'eſt avec un
nouveau plaifir que nous le voyons continuer
de s'exercer dans le plus grand
genre & fur des Sujets empruntés du plus
grand Peintre en Poëfie . ( a )
Celuidu Tableau de cette année , eſt
le moment où Ulyffe vient de faire tirer
Aftianax du Tombeau de fon Père , &
( a) Homère.
:
NOVEMBRE. 1763. 189
où il commande de précipiter cet Enfant
du haut des murailles , malgré les
cris & tous les efforts d'Andromaque
pour arracher ſon fils des mains du
Soldat qui s'en eſt ſaiſi . ( b )
La compofition de ce Tableau eſt fans
contredit une des grandes machines ,
qu'on entreprenne en Peinture. L'Auteur
, foit pour la rendre plus diſtincte ,
foit pour quelqu'autre raiſon que nous
ignorons , ſemble avoir diviſé ſa Scène
en deux Parties . Un intervalle vuide &
affez confidérable ſépare Ulyffe & fa
fuite, des groupes que forment Andromaque
avec ſes ſuivantes,Aftianax , fes
Raviffeurs , &c. Pour comprendre comment
ſe trouve cet intervalle , il faut
ſçavoir que le fite ſur lequel font les
Perſonnages de l'action , eſt de beaucoup
plus élevé que le Plan éloigné où
paroiffent , au milieu , les troupes de Soldats
dont on n'apperçoit que le ſommet
des têtes. Les Connoiſſeurs , ainſi
que ceux qui ne jugent que par ſentiment
naturel , feront toujours également contens
dela grande &touchante expreffion
qui règne dans toute la partie qui com-
( b ) Ce Tableau a 21 pieds de large ſur 12
pieds de haut. Il appartient à l'Infant Duc de
Parme.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
prend les groupes d'Andromaque & de
fes Suivantes. On reconnoît & on doit
être pénétré de la belle intention qui
caractériſe ſur-tout la douleur d'Andromaque.
La chaleur& le ſentiment n'ont
peut- être pas permis au Peintre de conferver
une forte de proportion fubordonnée
entre les fignes expreffifs de
cette Figure principale & ceux des Femmes
qui l'accompagnoient : mais plus
on connoîtra la grande expreſſion du Pathétique
en Peinture , plus on trouvera
de belles choses à remarquer dans cette
partie du Tableau. L'autre partie, où l'on
voit Ulyffe , à la tête des Chefs de l'Ar-.
mée , donner l'ordre barbare qui fait
le point de l'Action , pourroit peut-être
donner lieu à plus de critique. Nous
n'en entreprendrons pas la difcuffion.
Plein de fon Sujet , rempli du fublime
de fon Poëte , du caractère des Perfonnages
, il ne ſeroit pas étonnant que le
Peintre eût un peu exagéré les attitudes ;
&que la fageffe& les grâcesdes proportions
n'euffent cédé quelquefois , ainſi
que la vérité des couleurs locales, au feu
de l'inſpiration. Nous ne penſons être
démentis par perſonne & pas même par
ſes rivaux , en donnant de juſtes éloges
au beau génie de cet Artiſte , & en l'exNOVEMBRE.
1763. 191
/
hortant encore plus que jamais par une
application digne de ſes grands talens ,
de porter la perfection dans la pratique ,
au même degré d'élévation que nous re
connoiffonsdans ſes penſées.
Ce grand Morceau eſt le ſeul Ouvrage
de M. Doyen qui ait été expofé cette
année. La grandeur du Sujet & le méz
rite du genre,dédommagent du nombre,
M. FAVRAY , Chevalierde Malte ,
Académicien .
/
La curiofité du Public doit ſçavoir
tres-bon gré au laborieux & patient travail
de ce Chevalier Académicien . II
nous a mis en état de connoître l'Eglife
de S. Jean de Malte ( c ) , l'une des plus
confidérables de la Chrétienté , aufli
parfaitement , que fi chacun de nous ſe
fut tranſporté fur le lieu. La fidélité &
l'exactitude des détails , qui font innombrables
dans cet édifice , méritent confidération
& diftinguent particulièrement
ce Tableau. Il eſt animé de plus ,
par la repréſentation d'une très-grande
(c) CeTableau a fix pieds de haut fur de
large. Il a été fait à Malte , & il eſt du Cabinet
de M. le Chevalier de Caumartin.
192 MERCURE DE FRANCE.
cérémonie dans l'ordre. (d) On y diſtingue
toute la Nobleſſe de cette illuftre
Religion , chacun ſelon ſon rang & fa
dignité. On y voit auſſi , dans la partie
inférieure de ce Temple , tous les divers
Habitans de Malte. L'avantage de
voir & de connoître tous ces différens
Costumes , doit mériter à l'Auteur la reconnoiſſance
de tous ceux qui ont cette
louable curiofité. Pour la mériter encore
davantage , M. le Chevalier Favray a
développé d'une manière encore plus
diſtincte ces Costumes intéreſſans
dans trois Tableaux particuliers. L'un
nous ouvre l'intérieur d'un appartement
occupé par une Famille Maltoiſe. Les
deux autres des Femmes de la même
Ifle , de différentes conditions. Un de
ces derniers Tableaux a été accepté par
l'Académie pour la Réception de l'Auteur.
Les Artiſtes & les Amateurs doivent
être fatisfaits de voir un Membre
de cet Ordre ſe mettre dans la Peinture.
C'eſt renouveller un traité d'alliance
entre la Valeur , la Nobleffe , &
les Arts .
M. CASANOVA .
Le même feu d'imagination , la même
( d ) La fête de la Victoire inſtituée en mémoire
de la levée du fiége de Malte en 1563 .
chaleur
,
NOVEMBRE. 1763. 193
chaleur dans la compofition & dans la
couleur , qui avoient fait l'objet de nos
remarques en 1761 , éclatent dans les
Tableaux que M. Cafanova a expofés
cette année & principalement dans le
Combat de Cavalerie que l'Académie a
accepté pour ſa réception. Si
avions quelqu'obſervation nouvelle à
faire fur cet Artiſte , ce ſeroit pour remarquer
dans ſes Ouvrages plus de correction
de Deſſein qu'il n'y en avoit dans
les précédens.
M. GREUZE.
nous
La grande célébrité de cet Artiſte ,
celle particulièrement du fameux Tableau
de la dernière expofition , doivent
nous faire craindre avec raifon de ne
pas réuffir à donner une affez grande
idée de celui qui fait l'objet actuel de
notre admiration. Tout le monde connoît
le Sujet de l'agréable Scène du Père
de famille dans l'inſtant où M. Greuze
nous le montre donnant ſa fille , avec la
dot , à un honnête garçon qu'il inſtruifoit
de ſes devoirs. Dans une autre Scène
moins riante , mais peut- être encore
plus morale , il nous repréſente aujourd'hui
les fruits de ces ſages exhortations
& tout ce qu'elles peuvent faire
I
194 MERCURE DE FRANCE.
germer de vertus dans un bon naturel.
C'eſt la piété filiale qui fait le Sujet des
nouveaux fuccès de ce Peintre de la
Nature & du Sentiment.
Le Perſonnage dominant du Tableau
eſt un vénérable Vieillard de 80 ans ,
& paralytique ; un fils aîné qui le fert
& lui adminiſtre la nourriture qu'il ne
pourroit prendre de lui- mème , ſuſpend
ce refpectable office pour écouter les
expreffions de reconnoiſſance du Vieillard
qui ſemble prédire à ce tendre fils
qu'il trouvera un jour , dans ſes enfans,
la récompenſe du pieux ſervice qu'il lui
rend. La Bru , femme d'environ 23 ans ,
ceſſe ſa lecture pour écouter avec admirationla
ſageſſe des diſcours du véné
rable Vieillard,dont on s'aperçoit qu'elle
enviſage la fin prochaine avec douleur.
La femme du Paralytique , dont l'age
paroît être de 60 ans , a ſuſpendu fon
travail par le même motif , & regardę
avec attendriſſement le père & le fils.
Un garçon de 18 ans rapproche ſur les
jambes de ce Vieillard une couverture
qui s'étoit dérangée. Un autre de ſes
petits- fils , âgé de 15 ans , lui apporte à
boire ; il s'arrête pour écouter ; il paroîţ
touché de ce qu'il entend. Un enfant
de 3 ans vient lui préſenter un oiſeau
NOVEMBRE. 1763. 195
qui ſe débat dans ſes mains ; il eſt prêt
à témoigner de l'impatience de ce que
ſon grand-père ne répond pas à l'amuſement
qu'il penſe lui procurer. Un autre
petit frère , qui eft derrière le fauteuil
, fait effort pour paſſer du côté de
l'oiseau . Une jeune fille de 14 à 15 ans
ſoutient la tête du Vieillard avec un
air de peine & d'attention , mais dans
un caractère d'intérêt fubordonné aux
autres ; ce qui eſt naturel à la légéreté
de cet age , & fort ingénieuſement
placé , tant pour varier que pour établir
une proportion de ſentiment entre
les divers perſonnages d'une ſcène fi
touchante.
On fera peut être ſurpris de l'expo .
ſé que nous venons de faire , contre
P'opinion vulgairement répandue fur
les Perſonnages de ce Tableau. On
vouloit les retrouver entièrement les
mêmes que dans le Tableau du Père
de Famille. Nous croyons cependant
pouvoir affurer que la defcription
qu'on vient de lire eſt exactement
conforme à l'intention du Peintre .
Ce Vieillard paralytique n'eſt point celui
qu'on a vû faire les fiançailles de
ſa fille dans le précédent Tableau de
M. Grenze , on ne peut y trouver aucune
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
reſſemblance , & cela n'a pas dû entrer
dans le projet du Peintre. Puiſque fon
objet étoit de repréſenter la Piétéfiliale,
ce qu'on ne peut révoquer en doute ;
il faut donc an contraire que ce Vieillard
foit le Père du Garçon qui dans l'autre Tableau
recevoit la dot des mains du Père de
la femme , qui dans celui-ci , aſſiſte aux
derniers momens de fon Beau-Père. On
reconnoît en effet & l'on retrouve facilement
dans le Fils & dans la Bru les traits
des jeunes Fiancés de l'autre Tableau
unpeu flétris dans la femme par la fécondité&
par les ſoins du ménage , com
me dans le mari , par le travail de
la vie ruſtique : mais tous les petits calculs
de vraiſemblance ſur les âges &
fur les figures des Perſonnages , fon
dés fur l'intervalle du temps écoulé
entre l'expofition de ces deux Ouvra
ges , font détruits en obfervant 1° .
Que la ſcène eſt tranſportée dans la
famille du Marié. 2°. qu'il ſeroit puérile
de penser que les perſonnages de
cette action , n'ont pû vieillir que d'aurant
de temps qu'en a mis le Peintre
à les repréſenter : comme s'il n'étoit
pas permis à un Artiſte d'offrir en même
temps deux points différens d'hiſtoire ,
dont les perſonnages fuffent dans l'un ,
1
NOVEMBRE. 1763. 197
de la premiere jeuneſſe & dans l'autre
d'un âge bien avançé. On ne sçauroit
remarquer avec trop d'éloges , dans le
nouveau chef-d'oeuvre de M. Greuze ;
la relation d'intérêt , celle d'attention
& d'action , de chaque Perſonnage en
particulier au principal objet. C'eſt le
Père paralytique & mourant , qui eft
le centre de toutes les parties de la
compoſition , dans ce Tableau ; il eſt
en même temps le principe & le but
de tous les ſentimens , fi diſtinctement
exprimés par les airs de tête ainſi que
par les attitudes diverſes de tous les
perſonnages. Juſqu'à un acceſſoire épiſodique
d'une Chienne de baffe-cour
allaitant ſes petits , tout témoigne dans
cet ouvrage le génie de fon Auteur,attentif
à remplir les plus petites parties
de fon Sujet.
Nous n'entreprenons pas de détailler
tout ce que nous avons admirédans ce
Tableau , quant à la perfection des
moyens pratiques de l'art. Indépendamment
de ce que nous n'en expliquerions
jamais bien toute l'étendue , nous
répéterions ici ce que nous avons dit
dans nos précédentes obſervations en
1761 , fur le Tableau du Père de Fa-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la
, mille. ( e ) C'eſt la même touche
même entente des lumières , la même
fonte des ombres avec les clairs , la
même vérité d'effets , en un mot c'eſt
toujours M. Greuze,& c'eſt ſuffisamment
défigner le mérite de la manière dont
ce morceau eſt éxécuté. On ne peut
ſe difpenfer cependant de faire mention
particulière de l'art judicieux avec
lequel la touche de ce Peintre a diftingué
tous les traits caractériſtiques
relativement au ſéxe , aux âges & même
aux nuances dans les âges de décrépitude.
La tête du vieillard eſt ſupérieurement
admirable. Celle de ſa Femme
, où la vieilleſſe eſt auſſi parfaitement
prononcée,laiſſe pourtant appercevoir
très-bien , la différence de la délicareſſe
de peau entre un ſéxe & l'autre , &
la diſtance de 60 à 80 ans.Les mains ne
méritent pas moins d'attention que les
têtes dans ce beau Tableau. On ne doit
pas taire non plus le fuccès d'une entrepriſe
hazardée en Peinture , qui eſt
l'eſpéce d'adjonction d'une partie du
viſage d'un des jeunes Garçons à l'une
( e ) V. les Obſervations de la Société d'Amateurs
ſur l'Expoſition des Tableaux dans l'Obſervateur
Littéraire , Tome IV. ou dans une Broehure
particulière chez Duchesne , à Paris , 1761 .
NOVEMBRE . 1763. 199
des mains du Vieillard , fans que ces
objets de carnation , ainſi rapprochés ,
nuiſent mutuellement à l'effet ni à la
juſte vérité du Plan de chacun d'eux.
Il y a des diſputes de préférence-entre
ce Tableau & celui du Pire de famille.
(f) Plus ces fortes de queſtions
reftent longtemps douteuſes , & plus
elles affurent la gloire des Auteurs &
le vrai mérite des Ouvrages.
Ace Tableau de distinction , on a joint
dans l'expofition , pluſieurs Têtes & un
affez grand nombre de Portraits par M.
Greuze. On connoit trop l'execllente
manière de ce Maître dans ces fortes
d'ouvrages pour nous y arrêter. On
diftingue parmi ſes Portraits celui de
Mgr le Duc de Chartres & de Made.
moiselle. On aime dans un autre , à
voir la fidéle & agréable reſſemblance
d'un célébre Amateur des Arts , auffi
cher à ſes amis qu'utile &éclairé pour
les talens qu'il cultive. ( g )
(f) Le Tableau du Père de Famille de la dernière
expoſition appartient a M. le Marquis de
Marigni ; celui - ci étoit encore à l'Auteur lors
de l'ouverture du Sallon .
(g) M. WATELET de l'Académie Françoiſe ,
Amateur de celle de Peinture & Sculpture.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. GUERIN.
Nous avons déja parlé de la manière
avec laquelle M. Guerin traite en petit &
àl'huile divers Sujets & Portraits hiftoriés.
On a expoſé de lui pluſieurs Ouvrages
de ce genre ( h ) qui ne démentent
point ce que nous avons dit defavorable
fur cet Artiſte dans nos précédentes
obſervations. ( i )
M. ROLAND DELA PORTE .
Ce Peintre , déjà fi célébre dans l'Art
de tromper les yeux par le preſtige de la
Peinture , ſemble en avoir atteint la perfection
, par l'imitation d'un bas- relief ,
avec ſa bordure , qui paroît attaché fur
un panneau de bois. Nous convenons
avoir nous-mêmes éprouvé l'illufion que
fait une carte à jouer , qui paroît à demi
enfoncée dans un joint du Pan
neau : l'erreur de la croire réelle & de
relief , nous a été commune avec les
plus habiles Maîtres de l'Art. Il y a
pluſieurs autres Tableaux du même
Peintre : Ils repréſentent des fruits , des,
( h ) Un entr'autres appartient à Madame la
Marquise de Pompadour , & eft copié d'après un
de ſes Portraits.
( i ) V. les obſervationsde 1761 chez Dachefne
Libraire , Brochure in- 12 .
NOVEMBRE. 1763. 201
déjeuners &c. Ils font tous d'un trèsbon
effet & de la plus grande vérité.
M. BRENET .
Si l'opinion des meilleurs Juges dans
un Art , fi l'avantage de concourir en
Public avec les grands Maîtres , de partager
avec eux l'attention d'un Public
Connoiffeur , ſont autant de motifs
d'encouragement , M. Brenet doit ſe
propofer& ſe promettre d'atteindre aux
premières places de la Scène, ſur laquelle
il a déjà les voix des Connoiffeurs . Il
ne peut trop s'attacher aux grands principes
dont ſes ouvrages annoncent
qu'il fuit fidélement les Loix. Ce Peintre
a expoſé des Tableaux du grand
genre & d'une très bonne touche.
Nous répétons encore qu'il ne peut re
cevoir trop d'encouragemens & qu'il
ne peut trop s'appliquer à y répondre.
-
M. BEAUDOUIN.
L'admiffion à l'Académie étoit déja
un titre ſuffiſant pour une réputation
très-honorable. M. Beaudouin vient de
la confirmer avec éclat , & de juſtifier
le fuffrage des Académiciens par le
Morceau accepté pour ſa réception. Le
Sujet de ce Tableau eſt Phriné accufée
d'impiété au Tribunal de l'Aréopa.
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
ge , & défendue par un Orateur qui découvre
en préſence des Juges la tête&
le ſein de cette belle Femme. Cet Ouvrage
eſt un des plus grands que l'on
puiffe exécuter dans le genre de la Miniature
, non ſeulement par l'étendue dela
forme , mais par celle de la compofition
& par la manière dont il eſt exécuté.
Tout y est bien entendu , & avec une
largeur peu commune dans cette forte
de Peinture. Les effets font vrais , les
caractères juſtes , les groupes artiſtement
diſpoſés , l'enſemble bien enchaîné , en
un mot c'eſt une belle & grande machine
dans un petit eſpace .
L'idée d'un petit Tableau à gouaſſe ,
repréſentant un Catéchiſme de jeunes
Filles est encore du même Artiſte ;
cette production d'une invention fort
agréable eſt ſecondée par beaucoup d'efprit
dans l'exécution .
Les Portraits , que l'on voit en grand
nombre par M. Beaudoin , ne font pas
moins d'honneur à fon talent , puiſqu'on
apperçoit dans prèſque tous , le fruit de
fon alliance avec le Peintre des grâces. (k)
M. LOUTHERBOURG.
Voici une nouvelle acquifition pour
( k M Beaudouin eſt un des gendres du célébre
M. Boucher.
NOVEMBRE. 1763. 203
l'Académie , qui promet d'en foutenir
l'éclat dans des genres très- intéreſſans
pour un grand nombre de Curieux. Ce
jeune Athléte , à l'âge de 22 ans , court
déja à pas de géant dans la carrière des
meilleurs Paysagistes & Peintres de
Batailles. Parmi un grand nombre d'ouvrages
expoſés par cet Artiſte , & dans
chacun deſquels on trouve des motifs
d'éloges , les Connoiffeurs en diftinguent
pluſieurs : entr'autres , un affez
grand Payſage , du meilleur ton
genre le plus eftimable , & qui peut
fans doute ſupporter la comparaiſon des
plus belles productions de cette efpéce.
du
Il paroît que M. Loutherbourg s'eſt
attaché à l'imitation des différens effets
de la lumière dans les différentes heures
du jour. On a lieu d'applaudir aux progrès
qu'il a déja faits dans cette utile
étude.
TABLEAU en Tapiſſerie , exécuté par
M. AUDRAN à la Manufacture
Royale des Gobelins .
Ceci eſt le miracle d'un Art que l'Europe
peut nous envier , mais qu'aucun
Peuple de la Terre ne ſçauroit nous
difputer. Cet effort de la Manufacture
2
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
,
des Gobelins , indépendament de ſon -
auguſte objet ( 1 ) , méritoit d'être placé
au milieu de nos chefs - d'oeuvres de
Peinture , avec laquelle prèſque tout le
Public l'auroit confondu non pas au
premier aſpect ſeulement , mais après
une attention très-repoſée , ſans l'indication
qui ſe trouve à la fin du Livre
d'explication . Nous n'exigeons pas qu'on
ſe prête à la nature des matières ni à la
main-d'oeuvre de cette fabrique , pour
vérifier la vérité que nous venons de
dire fur cet admirable Ouvrage en Tapiſſerie.
Ce qui fait encore plus d'honneur
à cette Manufacture , c'eſt que ce
Morceau n'eſt pas le ſeul de la même
perfection qui en ſoit forti, ſurtout depuis
quelque temps. Eh quel temps encore
! précisément celui où des circonftances
difficiles pouvoient très-naturellement
laiſſer languir ces fortes de travaux.
On ne peutdonc rendre affez de
grâces & applaudir affez hautement à la
protection fructueuse de M. le Marquis
deMarigny ( m ) qui a trouvé des reffources
pour infpirer une nouvelle ému-
( 1 ) Cette Tapiſſerie eſt d'après le Portrait da
Ron par M. LOUIS- MICHEL VANLOO qui étoit
expoſé au dernier Sallon en 1761 .
( m ) Directeur général des Bâtimens du Ror ,
Arts& Manufactures , &c.
NOVEMBRE. 1763. 205
lation , pour procurer un nouveau degré
de perfection à cette Manufacture ,
lors même qu'on eût dû ſçavoir gré d'en
avoir ſeulement empêché la ruine.
Nous n'avons pas dit peut-être fur
les Tableaux , tout ce qu'il y avoit à
dire , nous en convenons. Nous avons
dit moins bien que d'autres auroient.
pû faire , nous en convenons encore
plus volontiers. Mais au moins nous
avons la confiance de croire n'avoir
rien dit que de vrai.
Nous prions quelques Lecteurs qui
pourroient nous accuſer d'éxagérer en
certains endroits , de confidérer qu'il
ne peut y avoir d'exagération que lorfque
l'objet dont on parle eſt inférieur
àl'idée qu'on en conçoit ,& que nous
ne ſommes dans ce cas à l'égard d'aucun
des ouvrages dont nous avons parlé.
De plus , qu'il faut parler de certains
Arts , comme il faut les pratiquer, c'eſtà-
dire avec cette chaleur qui récuſe la
lévérité des régles didactiques.
M. BACHELIER , reçu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture en
1752 , en qualité de Peintre de Fleurs ,
vient de ſoumettre à cette Académie
le Tableau repréſentant la Mort d'Abel,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
qui a paru avec ſuccès au dernier Sallon.
Cette Compagnie perfuadée du mérite
& des talens de M. BACHELIER
pour le genre de l'Hiſtoire , a accepté
ce Tableau comme morceau de réception
, & a accordé des Lettres en conſéquence
à cet Artiſte , pour le placer
dans la nouvelle Claſſe où elle l'a admis.
exposés au Sallon du Louvre.
M. DOYEN.
AINSI tous les Amateurs de la
que
gloire de l'Art , nous avons déjà applaudi
au beau feu & à la courageuſe
émulation de M. Doyen. C'eſt avec un
nouveau plaifir que nous le voyons continuer
de s'exercer dans le plus grand
genre & fur des Sujets empruntés du plus
grand Peintre en Poëfie . ( a )
Celuidu Tableau de cette année , eſt
le moment où Ulyffe vient de faire tirer
Aftianax du Tombeau de fon Père , &
( a) Homère.
:
NOVEMBRE. 1763. 189
où il commande de précipiter cet Enfant
du haut des murailles , malgré les
cris & tous les efforts d'Andromaque
pour arracher ſon fils des mains du
Soldat qui s'en eſt ſaiſi . ( b )
La compofition de ce Tableau eſt fans
contredit une des grandes machines ,
qu'on entreprenne en Peinture. L'Auteur
, foit pour la rendre plus diſtincte ,
foit pour quelqu'autre raiſon que nous
ignorons , ſemble avoir diviſé ſa Scène
en deux Parties . Un intervalle vuide &
affez confidérable ſépare Ulyffe & fa
fuite, des groupes que forment Andromaque
avec ſes ſuivantes,Aftianax , fes
Raviffeurs , &c. Pour comprendre comment
ſe trouve cet intervalle , il faut
ſçavoir que le fite ſur lequel font les
Perſonnages de l'action , eſt de beaucoup
plus élevé que le Plan éloigné où
paroiffent , au milieu , les troupes de Soldats
dont on n'apperçoit que le ſommet
des têtes. Les Connoiſſeurs , ainſi
que ceux qui ne jugent que par ſentiment
naturel , feront toujours également contens
dela grande &touchante expreffion
qui règne dans toute la partie qui com-
( b ) Ce Tableau a 21 pieds de large ſur 12
pieds de haut. Il appartient à l'Infant Duc de
Parme.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
prend les groupes d'Andromaque & de
fes Suivantes. On reconnoît & on doit
être pénétré de la belle intention qui
caractériſe ſur-tout la douleur d'Andromaque.
La chaleur& le ſentiment n'ont
peut- être pas permis au Peintre de conferver
une forte de proportion fubordonnée
entre les fignes expreffifs de
cette Figure principale & ceux des Femmes
qui l'accompagnoient : mais plus
on connoîtra la grande expreſſion du Pathétique
en Peinture , plus on trouvera
de belles choses à remarquer dans cette
partie du Tableau. L'autre partie, où l'on
voit Ulyffe , à la tête des Chefs de l'Ar-.
mée , donner l'ordre barbare qui fait
le point de l'Action , pourroit peut-être
donner lieu à plus de critique. Nous
n'en entreprendrons pas la difcuffion.
Plein de fon Sujet , rempli du fublime
de fon Poëte , du caractère des Perfonnages
, il ne ſeroit pas étonnant que le
Peintre eût un peu exagéré les attitudes ;
&que la fageffe& les grâcesdes proportions
n'euffent cédé quelquefois , ainſi
que la vérité des couleurs locales, au feu
de l'inſpiration. Nous ne penſons être
démentis par perſonne & pas même par
ſes rivaux , en donnant de juſtes éloges
au beau génie de cet Artiſte , & en l'exNOVEMBRE.
1763. 191
/
hortant encore plus que jamais par une
application digne de ſes grands talens ,
de porter la perfection dans la pratique ,
au même degré d'élévation que nous re
connoiffonsdans ſes penſées.
Ce grand Morceau eſt le ſeul Ouvrage
de M. Doyen qui ait été expofé cette
année. La grandeur du Sujet & le méz
rite du genre,dédommagent du nombre,
M. FAVRAY , Chevalierde Malte ,
Académicien .
/
La curiofité du Public doit ſçavoir
tres-bon gré au laborieux & patient travail
de ce Chevalier Académicien . II
nous a mis en état de connoître l'Eglife
de S. Jean de Malte ( c ) , l'une des plus
confidérables de la Chrétienté , aufli
parfaitement , que fi chacun de nous ſe
fut tranſporté fur le lieu. La fidélité &
l'exactitude des détails , qui font innombrables
dans cet édifice , méritent confidération
& diftinguent particulièrement
ce Tableau. Il eſt animé de plus ,
par la repréſentation d'une très-grande
(c) CeTableau a fix pieds de haut fur de
large. Il a été fait à Malte , & il eſt du Cabinet
de M. le Chevalier de Caumartin.
192 MERCURE DE FRANCE.
cérémonie dans l'ordre. (d) On y diſtingue
toute la Nobleſſe de cette illuftre
Religion , chacun ſelon ſon rang & fa
dignité. On y voit auſſi , dans la partie
inférieure de ce Temple , tous les divers
Habitans de Malte. L'avantage de
voir & de connoître tous ces différens
Costumes , doit mériter à l'Auteur la reconnoiſſance
de tous ceux qui ont cette
louable curiofité. Pour la mériter encore
davantage , M. le Chevalier Favray a
développé d'une manière encore plus
diſtincte ces Costumes intéreſſans
dans trois Tableaux particuliers. L'un
nous ouvre l'intérieur d'un appartement
occupé par une Famille Maltoiſe. Les
deux autres des Femmes de la même
Ifle , de différentes conditions. Un de
ces derniers Tableaux a été accepté par
l'Académie pour la Réception de l'Auteur.
Les Artiſtes & les Amateurs doivent
être fatisfaits de voir un Membre
de cet Ordre ſe mettre dans la Peinture.
C'eſt renouveller un traité d'alliance
entre la Valeur , la Nobleffe , &
les Arts .
M. CASANOVA .
Le même feu d'imagination , la même
( d ) La fête de la Victoire inſtituée en mémoire
de la levée du fiége de Malte en 1563 .
chaleur
,
NOVEMBRE. 1763. 193
chaleur dans la compofition & dans la
couleur , qui avoient fait l'objet de nos
remarques en 1761 , éclatent dans les
Tableaux que M. Cafanova a expofés
cette année & principalement dans le
Combat de Cavalerie que l'Académie a
accepté pour ſa réception. Si
avions quelqu'obſervation nouvelle à
faire fur cet Artiſte , ce ſeroit pour remarquer
dans ſes Ouvrages plus de correction
de Deſſein qu'il n'y en avoit dans
les précédens.
M. GREUZE.
nous
La grande célébrité de cet Artiſte ,
celle particulièrement du fameux Tableau
de la dernière expofition , doivent
nous faire craindre avec raifon de ne
pas réuffir à donner une affez grande
idée de celui qui fait l'objet actuel de
notre admiration. Tout le monde connoît
le Sujet de l'agréable Scène du Père
de famille dans l'inſtant où M. Greuze
nous le montre donnant ſa fille , avec la
dot , à un honnête garçon qu'il inſtruifoit
de ſes devoirs. Dans une autre Scène
moins riante , mais peut- être encore
plus morale , il nous repréſente aujourd'hui
les fruits de ces ſages exhortations
& tout ce qu'elles peuvent faire
I
194 MERCURE DE FRANCE.
germer de vertus dans un bon naturel.
C'eſt la piété filiale qui fait le Sujet des
nouveaux fuccès de ce Peintre de la
Nature & du Sentiment.
Le Perſonnage dominant du Tableau
eſt un vénérable Vieillard de 80 ans ,
& paralytique ; un fils aîné qui le fert
& lui adminiſtre la nourriture qu'il ne
pourroit prendre de lui- mème , ſuſpend
ce refpectable office pour écouter les
expreffions de reconnoiſſance du Vieillard
qui ſemble prédire à ce tendre fils
qu'il trouvera un jour , dans ſes enfans,
la récompenſe du pieux ſervice qu'il lui
rend. La Bru , femme d'environ 23 ans ,
ceſſe ſa lecture pour écouter avec admirationla
ſageſſe des diſcours du véné
rable Vieillard,dont on s'aperçoit qu'elle
enviſage la fin prochaine avec douleur.
La femme du Paralytique , dont l'age
paroît être de 60 ans , a ſuſpendu fon
travail par le même motif , & regardę
avec attendriſſement le père & le fils.
Un garçon de 18 ans rapproche ſur les
jambes de ce Vieillard une couverture
qui s'étoit dérangée. Un autre de ſes
petits- fils , âgé de 15 ans , lui apporte à
boire ; il s'arrête pour écouter ; il paroîţ
touché de ce qu'il entend. Un enfant
de 3 ans vient lui préſenter un oiſeau
NOVEMBRE. 1763. 195
qui ſe débat dans ſes mains ; il eſt prêt
à témoigner de l'impatience de ce que
ſon grand-père ne répond pas à l'amuſement
qu'il penſe lui procurer. Un autre
petit frère , qui eft derrière le fauteuil
, fait effort pour paſſer du côté de
l'oiseau . Une jeune fille de 14 à 15 ans
ſoutient la tête du Vieillard avec un
air de peine & d'attention , mais dans
un caractère d'intérêt fubordonné aux
autres ; ce qui eſt naturel à la légéreté
de cet age , & fort ingénieuſement
placé , tant pour varier que pour établir
une proportion de ſentiment entre
les divers perſonnages d'une ſcène fi
touchante.
On fera peut être ſurpris de l'expo .
ſé que nous venons de faire , contre
P'opinion vulgairement répandue fur
les Perſonnages de ce Tableau. On
vouloit les retrouver entièrement les
mêmes que dans le Tableau du Père
de Famille. Nous croyons cependant
pouvoir affurer que la defcription
qu'on vient de lire eſt exactement
conforme à l'intention du Peintre .
Ce Vieillard paralytique n'eſt point celui
qu'on a vû faire les fiançailles de
ſa fille dans le précédent Tableau de
M. Grenze , on ne peut y trouver aucune
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
reſſemblance , & cela n'a pas dû entrer
dans le projet du Peintre. Puiſque fon
objet étoit de repréſenter la Piétéfiliale,
ce qu'on ne peut révoquer en doute ;
il faut donc an contraire que ce Vieillard
foit le Père du Garçon qui dans l'autre Tableau
recevoit la dot des mains du Père de
la femme , qui dans celui-ci , aſſiſte aux
derniers momens de fon Beau-Père. On
reconnoît en effet & l'on retrouve facilement
dans le Fils & dans la Bru les traits
des jeunes Fiancés de l'autre Tableau
unpeu flétris dans la femme par la fécondité&
par les ſoins du ménage , com
me dans le mari , par le travail de
la vie ruſtique : mais tous les petits calculs
de vraiſemblance ſur les âges &
fur les figures des Perſonnages , fon
dés fur l'intervalle du temps écoulé
entre l'expofition de ces deux Ouvra
ges , font détruits en obfervant 1° .
Que la ſcène eſt tranſportée dans la
famille du Marié. 2°. qu'il ſeroit puérile
de penser que les perſonnages de
cette action , n'ont pû vieillir que d'aurant
de temps qu'en a mis le Peintre
à les repréſenter : comme s'il n'étoit
pas permis à un Artiſte d'offrir en même
temps deux points différens d'hiſtoire ,
dont les perſonnages fuffent dans l'un ,
1
NOVEMBRE. 1763. 197
de la premiere jeuneſſe & dans l'autre
d'un âge bien avançé. On ne sçauroit
remarquer avec trop d'éloges , dans le
nouveau chef-d'oeuvre de M. Greuze ;
la relation d'intérêt , celle d'attention
& d'action , de chaque Perſonnage en
particulier au principal objet. C'eſt le
Père paralytique & mourant , qui eft
le centre de toutes les parties de la
compoſition , dans ce Tableau ; il eſt
en même temps le principe & le but
de tous les ſentimens , fi diſtinctement
exprimés par les airs de tête ainſi que
par les attitudes diverſes de tous les
perſonnages. Juſqu'à un acceſſoire épiſodique
d'une Chienne de baffe-cour
allaitant ſes petits , tout témoigne dans
cet ouvrage le génie de fon Auteur,attentif
à remplir les plus petites parties
de fon Sujet.
Nous n'entreprenons pas de détailler
tout ce que nous avons admirédans ce
Tableau , quant à la perfection des
moyens pratiques de l'art. Indépendamment
de ce que nous n'en expliquerions
jamais bien toute l'étendue , nous
répéterions ici ce que nous avons dit
dans nos précédentes obſervations en
1761 , fur le Tableau du Père de Fa-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la
, mille. ( e ) C'eſt la même touche
même entente des lumières , la même
fonte des ombres avec les clairs , la
même vérité d'effets , en un mot c'eſt
toujours M. Greuze,& c'eſt ſuffisamment
défigner le mérite de la manière dont
ce morceau eſt éxécuté. On ne peut
ſe difpenfer cependant de faire mention
particulière de l'art judicieux avec
lequel la touche de ce Peintre a diftingué
tous les traits caractériſtiques
relativement au ſéxe , aux âges & même
aux nuances dans les âges de décrépitude.
La tête du vieillard eſt ſupérieurement
admirable. Celle de ſa Femme
, où la vieilleſſe eſt auſſi parfaitement
prononcée,laiſſe pourtant appercevoir
très-bien , la différence de la délicareſſe
de peau entre un ſéxe & l'autre , &
la diſtance de 60 à 80 ans.Les mains ne
méritent pas moins d'attention que les
têtes dans ce beau Tableau. On ne doit
pas taire non plus le fuccès d'une entrepriſe
hazardée en Peinture , qui eſt
l'eſpéce d'adjonction d'une partie du
viſage d'un des jeunes Garçons à l'une
( e ) V. les Obſervations de la Société d'Amateurs
ſur l'Expoſition des Tableaux dans l'Obſervateur
Littéraire , Tome IV. ou dans une Broehure
particulière chez Duchesne , à Paris , 1761 .
NOVEMBRE . 1763. 199
des mains du Vieillard , fans que ces
objets de carnation , ainſi rapprochés ,
nuiſent mutuellement à l'effet ni à la
juſte vérité du Plan de chacun d'eux.
Il y a des diſputes de préférence-entre
ce Tableau & celui du Pire de famille.
(f) Plus ces fortes de queſtions
reftent longtemps douteuſes , & plus
elles affurent la gloire des Auteurs &
le vrai mérite des Ouvrages.
Ace Tableau de distinction , on a joint
dans l'expofition , pluſieurs Têtes & un
affez grand nombre de Portraits par M.
Greuze. On connoit trop l'execllente
manière de ce Maître dans ces fortes
d'ouvrages pour nous y arrêter. On
diftingue parmi ſes Portraits celui de
Mgr le Duc de Chartres & de Made.
moiselle. On aime dans un autre , à
voir la fidéle & agréable reſſemblance
d'un célébre Amateur des Arts , auffi
cher à ſes amis qu'utile &éclairé pour
les talens qu'il cultive. ( g )
(f) Le Tableau du Père de Famille de la dernière
expoſition appartient a M. le Marquis de
Marigni ; celui - ci étoit encore à l'Auteur lors
de l'ouverture du Sallon .
(g) M. WATELET de l'Académie Françoiſe ,
Amateur de celle de Peinture & Sculpture.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. GUERIN.
Nous avons déja parlé de la manière
avec laquelle M. Guerin traite en petit &
àl'huile divers Sujets & Portraits hiftoriés.
On a expoſé de lui pluſieurs Ouvrages
de ce genre ( h ) qui ne démentent
point ce que nous avons dit defavorable
fur cet Artiſte dans nos précédentes
obſervations. ( i )
M. ROLAND DELA PORTE .
Ce Peintre , déjà fi célébre dans l'Art
de tromper les yeux par le preſtige de la
Peinture , ſemble en avoir atteint la perfection
, par l'imitation d'un bas- relief ,
avec ſa bordure , qui paroît attaché fur
un panneau de bois. Nous convenons
avoir nous-mêmes éprouvé l'illufion que
fait une carte à jouer , qui paroît à demi
enfoncée dans un joint du Pan
neau : l'erreur de la croire réelle & de
relief , nous a été commune avec les
plus habiles Maîtres de l'Art. Il y a
pluſieurs autres Tableaux du même
Peintre : Ils repréſentent des fruits , des,
( h ) Un entr'autres appartient à Madame la
Marquise de Pompadour , & eft copié d'après un
de ſes Portraits.
( i ) V. les obſervationsde 1761 chez Dachefne
Libraire , Brochure in- 12 .
NOVEMBRE. 1763. 201
déjeuners &c. Ils font tous d'un trèsbon
effet & de la plus grande vérité.
M. BRENET .
Si l'opinion des meilleurs Juges dans
un Art , fi l'avantage de concourir en
Public avec les grands Maîtres , de partager
avec eux l'attention d'un Public
Connoiffeur , ſont autant de motifs
d'encouragement , M. Brenet doit ſe
propofer& ſe promettre d'atteindre aux
premières places de la Scène, ſur laquelle
il a déjà les voix des Connoiffeurs . Il
ne peut trop s'attacher aux grands principes
dont ſes ouvrages annoncent
qu'il fuit fidélement les Loix. Ce Peintre
a expoſé des Tableaux du grand
genre & d'une très bonne touche.
Nous répétons encore qu'il ne peut re
cevoir trop d'encouragemens & qu'il
ne peut trop s'appliquer à y répondre.
-
M. BEAUDOUIN.
L'admiffion à l'Académie étoit déja
un titre ſuffiſant pour une réputation
très-honorable. M. Beaudouin vient de
la confirmer avec éclat , & de juſtifier
le fuffrage des Académiciens par le
Morceau accepté pour ſa réception. Le
Sujet de ce Tableau eſt Phriné accufée
d'impiété au Tribunal de l'Aréopa.
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
ge , & défendue par un Orateur qui découvre
en préſence des Juges la tête&
le ſein de cette belle Femme. Cet Ouvrage
eſt un des plus grands que l'on
puiffe exécuter dans le genre de la Miniature
, non ſeulement par l'étendue dela
forme , mais par celle de la compofition
& par la manière dont il eſt exécuté.
Tout y est bien entendu , & avec une
largeur peu commune dans cette forte
de Peinture. Les effets font vrais , les
caractères juſtes , les groupes artiſtement
diſpoſés , l'enſemble bien enchaîné , en
un mot c'eſt une belle & grande machine
dans un petit eſpace .
L'idée d'un petit Tableau à gouaſſe ,
repréſentant un Catéchiſme de jeunes
Filles est encore du même Artiſte ;
cette production d'une invention fort
agréable eſt ſecondée par beaucoup d'efprit
dans l'exécution .
Les Portraits , que l'on voit en grand
nombre par M. Beaudoin , ne font pas
moins d'honneur à fon talent , puiſqu'on
apperçoit dans prèſque tous , le fruit de
fon alliance avec le Peintre des grâces. (k)
M. LOUTHERBOURG.
Voici une nouvelle acquifition pour
( k M Beaudouin eſt un des gendres du célébre
M. Boucher.
NOVEMBRE. 1763. 203
l'Académie , qui promet d'en foutenir
l'éclat dans des genres très- intéreſſans
pour un grand nombre de Curieux. Ce
jeune Athléte , à l'âge de 22 ans , court
déja à pas de géant dans la carrière des
meilleurs Paysagistes & Peintres de
Batailles. Parmi un grand nombre d'ouvrages
expoſés par cet Artiſte , & dans
chacun deſquels on trouve des motifs
d'éloges , les Connoiffeurs en diftinguent
pluſieurs : entr'autres , un affez
grand Payſage , du meilleur ton
genre le plus eftimable , & qui peut
fans doute ſupporter la comparaiſon des
plus belles productions de cette efpéce.
du
Il paroît que M. Loutherbourg s'eſt
attaché à l'imitation des différens effets
de la lumière dans les différentes heures
du jour. On a lieu d'applaudir aux progrès
qu'il a déja faits dans cette utile
étude.
TABLEAU en Tapiſſerie , exécuté par
M. AUDRAN à la Manufacture
Royale des Gobelins .
Ceci eſt le miracle d'un Art que l'Europe
peut nous envier , mais qu'aucun
Peuple de la Terre ne ſçauroit nous
difputer. Cet effort de la Manufacture
2
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
,
des Gobelins , indépendament de ſon -
auguſte objet ( 1 ) , méritoit d'être placé
au milieu de nos chefs - d'oeuvres de
Peinture , avec laquelle prèſque tout le
Public l'auroit confondu non pas au
premier aſpect ſeulement , mais après
une attention très-repoſée , ſans l'indication
qui ſe trouve à la fin du Livre
d'explication . Nous n'exigeons pas qu'on
ſe prête à la nature des matières ni à la
main-d'oeuvre de cette fabrique , pour
vérifier la vérité que nous venons de
dire fur cet admirable Ouvrage en Tapiſſerie.
Ce qui fait encore plus d'honneur
à cette Manufacture , c'eſt que ce
Morceau n'eſt pas le ſeul de la même
perfection qui en ſoit forti, ſurtout depuis
quelque temps. Eh quel temps encore
! précisément celui où des circonftances
difficiles pouvoient très-naturellement
laiſſer languir ces fortes de travaux.
On ne peutdonc rendre affez de
grâces & applaudir affez hautement à la
protection fructueuse de M. le Marquis
deMarigny ( m ) qui a trouvé des reffources
pour infpirer une nouvelle ému-
( 1 ) Cette Tapiſſerie eſt d'après le Portrait da
Ron par M. LOUIS- MICHEL VANLOO qui étoit
expoſé au dernier Sallon en 1761 .
( m ) Directeur général des Bâtimens du Ror ,
Arts& Manufactures , &c.
NOVEMBRE. 1763. 205
lation , pour procurer un nouveau degré
de perfection à cette Manufacture ,
lors même qu'on eût dû ſçavoir gré d'en
avoir ſeulement empêché la ruine.
Nous n'avons pas dit peut-être fur
les Tableaux , tout ce qu'il y avoit à
dire , nous en convenons. Nous avons
dit moins bien que d'autres auroient.
pû faire , nous en convenons encore
plus volontiers. Mais au moins nous
avons la confiance de croire n'avoir
rien dit que de vrai.
Nous prions quelques Lecteurs qui
pourroient nous accuſer d'éxagérer en
certains endroits , de confidérer qu'il
ne peut y avoir d'exagération que lorfque
l'objet dont on parle eſt inférieur
àl'idée qu'on en conçoit ,& que nous
ne ſommes dans ce cas à l'égard d'aucun
des ouvrages dont nous avons parlé.
De plus , qu'il faut parler de certains
Arts , comme il faut les pratiquer, c'eſtà-
dire avec cette chaleur qui récuſe la
lévérité des régles didactiques.
M. BACHELIER , reçu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture en
1752 , en qualité de Peintre de Fleurs ,
vient de ſoumettre à cette Académie
le Tableau repréſentant la Mort d'Abel,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
qui a paru avec ſuccès au dernier Sallon.
Cette Compagnie perfuadée du mérite
& des talens de M. BACHELIER
pour le genre de l'Hiſtoire , a accepté
ce Tableau comme morceau de réception
, & a accordé des Lettres en conſéquence
à cet Artiſte , pour le placer
dans la nouvelle Claſſe où elle l'a admis.
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11073
p. 206-218
OUVRAGES DE SCULPTURE.
Début :
N. B. On distribuera gratis aux personnes qui ont la Description des Tableaux [...]
Mots clefs :
Artiste, Marbre, Sculpture, Morceau, Caractère, Modèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OUVRAGES DE SCULPTURE.
OUVRAGES DESCULPTURE.
N. B. On diftribuera gratis aux per-
Sonnes qui ont la Description des Tableaux
en brochure in- 12 , ce Supplement
pour les Ouvrages de Sculpture.
On s'adreſſera au Bureau du Mercure
de France, rue Ste Anne , à Paris.
M. LE MΟΙΝΕ .
L
,
E plus apparent des Ouvrages de ce
célébre Artiſte , eſt un Buſte du kor ,
éxécuté en marbre. On reconnoît dans
ce morceau l'application que M. le
Moine a toujours employée à ſuivre
dans tous les âges , le Portrait d'un
Monarque , toujours également cher à
ſes Peuples ; dont le grand caractère
de la tête fournit aux Arts dans toutes
les époques , l'objet d'une étude intéreffante
& de la plus louable émulation.
Comme cet Ouvrage ne paroît
NOVEMBRE. 1763. 207
pas encore entiérement fini dans toutes
ſes parties , on ne s'arrêtera pas fur ce
qu'il y auroit à defirer actuellement
dans le travail de la Draperie & de la
chevelure ; ce qui ſe trouvera certainement
terminé , avec toute la perfection
ordinaire à ce grand Artiſte , lorfqu'il
y aura mis la dernière main.
Le Buſte de Madame la Comteſſe
DE BRIONNE , par le même Auteur ,
réunit à l'avantage de repréſenter fidélement
toutes les grâces & la beauté
de l'original , la fineſſe & la légéreté
de la touche , ce qui fait paffer avec
agrément dans le travail de l'Art , le
caractère ſpirituel de la Nature.
Nous avons cru , au premier aſpect ,
appercevoir dans ce Buſte en terre cuite ,
le fecours étranger de la couleur , légérement
employé dans quelques parties
; mais comme cet artifice eſt aujourd'hui
décidément profcrit dans la
Sculpture , nous n'ofons affirmer qu'un
Artiſte auffi éclairé ſur les vrais principes
de ſon Art , ait employé ce moyen.
Le Buſte qui repréſente M. de la
TOUR , Peintre , doit être regardé comme
un modéle de perfection à tous
égards : de même que l'eſt en Peinture
le Portrait de M. le MOINE par
M. DE LA TOUR,
208 MERCURE DE FRANCE.
M. FALCONET.
Le Groupe de marbre , qui a fi
fingulierement attiré l'admiration de
tout le Public , repréſente Pigmalion
aux pieds de ſa Statue dans le moment
qu'elle s'anime. Un petit Amour
qui a la bouche ſur un des bras de
cette figure , ſemble être la ſource &
l'auteur du feu qui lui donne l'âme &
dont par le plus agréable des preſtiges ,
l'Art indique aux yeux du Spectateur
les progrès du ſouffle embrâfé de cet
Amour. C'eſt cette diſtinction des parties
déja animées de la ſtatue d'avec
celles qui ne font encore que matière ,
qui paroiffoit rendre ce ſujet ſupérieur
aux poffibilités de l'art , & qu'en effet
nous ne ſcavons pas avoir été traité
en Sculpture précédemment par aucun
Maître antique ou moderne.
Plus on conſidère ce Groupe , plus
on y remarque , avec ſurpriſe , dans la
ſtatuedela femme,une expreſſion ſijuſte
&fi habilement ſaiſie , quelle préſente
les nuances délicates de l'étonnement,
du mouvement , prèſque inſenſible dans
ſes effets , & des premiers ſentimens ..
d'un Etre qui tient la vie du pouvoir
de l'Amour & reçoit en même temps
toutes les paffions , fi douces dans leur
NOVEMBRE. 1763. 209
naiſſance , qui réſultent de ſes premiers
feux. Le ſentiment naif & fidèle d'où
provient l'intérêt , la fimplicité du caractère
de deſſein , l'unité ( ſi l'on peut
dire ) fuavedu trait , diftinguent éminemment
cette charmante figure. Telle
eſt par rapport à cet objet la foible
idée que nous pouvons donner de l'art
du Sculpteur. Dans la figure de Pigmalion
, cet art n'eſt pas moins éloquent.
Il eſt , comme nous l'avons déja dit ,
aux pieds de la ſtatue ; on ſent à fa
poſition le mouvement par lequel il
eſt prêt à s'élancer vers elle; ſes deux
mains font ferrées l'une dans l'autre ,
action naturelle à la fituation & qui
marque en même temps & le prodige
& le ſentiment qui en réſulte. La joie ,
la ſurpriſe & l'amour ſont exprimés
avec un tel enthouſiaſme dans ce
Pigmalion , qu'on doute fi ce n'eſt pas
plutôt par ſes regards que la ſtatue eſt
animée , que par le pouvoir furnaturel
des Dieux qu'il invoque. L'action du
petit Amour , ſur la ſtatue , eſt un des
plus heureux traits de l'invention. C'eſt
par ce moyen que l'Artiſte a très-bien
ſuppléé à celui que pourroit employer
la Peinture , & qui ſembloit manquer
à la Sculpture . Il a rendu plus ſenſible
l'effet par la cauſe , & moyennant cet
,
210 MERCURE DE FRANCE.
Amour, on apperçoit plus clairement en
core le changement de la matière en
une figure animée. En un mot , on ne
prendra qu'une idée juſte de ce Groupe
, en ſe figurant voir réaliſer la fable
même qu'il repréſente.
M. VASSÉ.
Le morceau qui nous à le plus frappé
, eſt une figure de 4 pieds 6 pouces
faiſant partie du Tombeau de Madame la
Princeſſe de Galitzin. Cette figure repréſente
une femme couchée ſur un
focle carré , pleurant ſur une urne cinéraire
qu'elle couvre de ſa Draperie.
Elle est d'un fort beau genre , & dans
le goût de l'antique ; les Draperies légères
laiſſent appercevoir les contours&
la foupleſſe des mouvemens du nud.
On voit du même Auteur plufieurs
buſtes, entre leſquels on doit en rémarquer
un très -bien modelé , qui repréſente
PASSERAT . C'eſt un des monumens
de la munificence d'un Citoyen
de Troyes * pour immortalifer les hommes
illuftres de fa Patrie.
*
M. GROSLEY , Avocat , Correſpondant de
l'Académie Royale des Inſcriptions , fait préſent
à l'Hôtel -de- Ville de Troyes , de ce Buſte pour
completter la ſuite des Hommes illuſtres de
Gerte Ville.
NOVEMBRE. 1763. 211
7 On a vu par le deſſein qu'a expoſé
M. VASSÉ, quel devoit être l'en'emble
du Mauſolée de Madame la Princeffe
de Galitzin . Il eſt noble , touchant & digne
de la mémoire de cette Princeffe
chère aux Lettres & aux Arts .
M. PAJON.
Un modele en plâtre , d'une figure
d'environ quatre pieds & demi de proportion
, a fait beaucoup d'honneur aux
talens & à l'application de cet Artiſte.
Il repréſente la Peinture. On peut dire ,
fans outrer l'éloge , que cette figure eſt
le triomphe du ſtyle Antique. La naïveté&
la tranquillité de la poſition dans
la figure , de même que le caractère des
étoffes & la conduite des plis , forment
un heureux enſemble de grâces & de
fimplicité intéreſſante. C'eſt ainſi que
l'on doit traiter ce genre , pour le traiter
fans froideur & avec un ſuccès général.
On a remarqué avec plaiſir pluſieurs
Portraits , entre autres celui de M. Aved,
Peintre . La vérité de la touche & celle
de la reſſembance y font réunies.
Un fort joli Ouvrage du même Artifte
a mérité des obſervations très-favobles.
C'eſt un enfant , de pierre de
Tonnerre , qui mange des raiſins en
212 MERCURE DE FRANCE.
marchant. Il ſemble animé par lagaîte
de l'age & par le plaifir. Cette figure
eſt très-bien faite ; la pâte & les molleſſes
de la nature y font exprimées avec
vérité. C'eſt en terminer l'éloge que
d'annoncer qu'elle a ſcu plaire affez au
célébre M. BOUCHER , pour s'en rendre
propriétaire.
Nous ne pouvons garder le filence fur
un deſſein- efquiſſe , par le même. Ma
PAJON , qui repréſente Lycurgue , donnant
un Roi aux Lacédémoniens . S'il
étoit permis à la vérité de ſe livrer aux
expreſſions del'enthousiasme,nous pourrions
dire , en parlant de ce deffein ,
que l'on est tranſporté à Lacédémone,
même , où l'on voit avec une fidélité
fingulière , l'auſtère fimplicité d'un Peuple
Philofophe , dans ſes moeurs , dans
ſes vêtemens , dans ſes meubles , dans
tous ſes uſages& juſques dans les fa-.
briques de ſes bâtimens,
M. CHALLE.
Nous avons vû , de M. CHALLE ,
une petite figure en marbre repréſentant
une Vierge enveloppée de ſes vêtemens.
Il y a dans le tour de tête &
dans le croiſement des mains une intention
heureuſe , & auffi agréable ,
qu'elle puiſſe être dans un Sujet ſérieux.
?
L
NOVEMBRE. 1763. 213
Cette figure traitée en plus grand, prendroit
fans doute plus de régularité dans
l'enſemble & plus d'ordre dans les plis ;
ce qui en feroit une très-belle Statue.
On devroit peut-être laiſſer ſous les
voiles du filence un morceau par lequel
l'Auteur a voulu repréſenter la décou
verte de l'Amérique par Christophe Colomb,
Ce fameux voyageur y paroît
nud , levant d'une main une draperie
pour découvrir le Globe terreftre du
côté où eſt décrite la partie de l'Améri
que. Nous n'entrerons pas dans une dif
cuffion critique ſur cet Ouvrage qui
n'eſt pas fans mérite , mais qui , à beaucoup
près , n'est pas auſſi heureux dans
l'invention ; attendu le peu de ſuccès
qu'on doit eſpérer toutes les fois qu'on
voudra emprunter pour une compofition
figurée , ce qui en eſt ſi peu fuf
ceptible.
Un petit modéle de Castor fur un
cheval defcendant aux enfers , mérite
des éloges dans la compofition.
M. CAFFIERI.
Parmi les trois Buſtes de M. CAFFIERI
, qui tous trois ontdu mérite du
côté de l'art, ainſi que pour la reffemblance
, on diftingue ſurtout le Portrait
de S. A. S. Mgr le Prince de Condé,
214 MERCURE DE FRANCE .
Celui de M. Taitbouft , Conful de France
à Naples , a un caractère frappant
qui ne laiſſe pas douter de la fidélité du
Portrait à ceux mêmes qui ne connoifſent
pas l'original. On doit ſçavoir gré
auffi à cet Artiſte d'avoir déposé à la
Poſtérité les traits d'un homme auſſi célébre
dans la Poësie que l'eſt M. PIRON.
Nous avons remarqué auffi combien les
Connoiffeurs & les Amateurs des belles
formes ont donné d'éloges à de petits
vaſes de marbre qu'a expoſés M. CAFFIERI
. Ce genre quoique très - fubordonné
à la figure , eſt cependant fi
intéreſſant pour la belle & ric he décoration
, qu'on ne sçauroit lui donner
trop d'encouragement,
M. ADAM.
Le Prométhée a fait l'objet de l'attention
du Public. On doit tenir Compte
à M. ADAM , du déſintéreſſement & du
zele qui lui ont fait offrir à ſa compagnie
un morceau tel que celui - ci. Le
prix du travail & les recherches laborieuſes
y donnent une double valeur
pour le Public & pour les Connoiffeurs.
Si jamais les difficultés vaincues ont
eu l'avantage d'obtenir l'admiration &
l'étonnement c'eſt particulièrement
dans cet Ouvrage. Malgré tout le mérite
,
15
NOVEMBRE. 1763. 215
de ce morceau , on ne peut ſe diſpenſer
néanmoins pour l'intérêt du goût , d'avertir
que les plumes de l'Aigle font
travaillées d'une manière entierement
oppoſée à la vérité de la Nature , ainſi
que la fumée du flambeau jetté aux pieds
du Rocher. Il n'eſt pas plus poffible de
ſe diffimuler que la tête du Prométhée
prononce plutôt des efforts chargés
qu'elle n'exprime le ſentiment vrai de la
douleur. Nuance , a la verité , difficile
à ſaiſir dans une juſte préciſion lorſque
la ſituation eſt auſſi violente que celle
de cette figure : mais en tout , il n'eſt
peut- être pas hors de propos de remarquer
qu'en général , les yeux du vulgaire
confondent ſouvent l'exagération du
Sujet repréſenté, avec la force de l'Art.
M. D'HUÉS.
La figure de S. André , rendant graces
à Dieu fur la Croix , est très - bonne ,
d'un deffein correct , d'un ſentiment
juſte&, en tout, a fait beaucoup d'honneur
aux Talens de l'Artiste. A l'inſpection
de cet Ouvrage , on est bien fondé
à préſumer par la fuite des productions
les plus avantageuſes à la gloire de cet
Académicien,
216 MERCURE DE FRANCE .
M. MIGNOT .
On a vû au Sallon, de cet Artiſte, des
Médaillons exécutés en marbre pour
être placés à l'Hôtel-de-Ville de Paris ,
qui repréſentent M. Le Duc DE CHEVREUSE
, Gouverneur. M. PONTCARRÉ
DE VIARMES , Prévôt des
Marchands . M. le Mercier premier
Echevin & M. Mabil ſecond Echevin .
CesMonumens conſerveront la mémoire
de l'époque heureuſe où les plus fidéles
Sujets ont conſacré un pompeuxMonument
de leur zéle au plus aimé des
Souverains,
On ne parlera point dans cettedeſcription
générale,des Estampes expoſées par
lesGraveurs de l'Académie; non qu'elles
ne méritent toutes des éloges , & qu'il
n'y en ait même un 'grand nombre qui
en éxigeaſſent de diftingués : mais parce
que l'uſage étant d'en faire mention
dans chacun de nos Mercures , à mefure
que ces heureuſes productions d'un Art
ſi eſtimable paroiſſent au jour , ce
ſeroit en quelque forte ici , un double
emploi.
N. B. On a remarqué en commençant
cette deſcription , quelle gloire il
réſultoit pour la Nation , de pouvoir dans
l'eſpace
NOVEMBRE. 1763. 217
tant en
l'eſpace de deux ans raſſembler un aufli
grand nombre de Chefs - d'oeuvre que
l'on en voyoit au Sallon. Combien cet
étonnement doit-il augmenter , lorſque
l'on confidère. 1º. Dans les Tableaux,
la quantité de ceux qui reſtent ou dans
les Cabinets des Peintres ou entre les
mains des Particuliers & qui ne peuvent
être placés à l'expofition. 2°. Un plus
grand nombre encore de Monumens
précieux dans la Sculpture ,
Modèles qu'en Statues finies , dont
la grande proportion ne peut être admiſe
au Sallon. En effet ce qu'on y voit , ce
qu'on y admire dans cetArt , n'est qu'un
très-foible extrait de ſes productions
annuelles. Par exemple , c'eſt avec un
juſte regret , fans doute , que le célébre
M. le MOINE n'a pû expoſer aux yeux
du Public le Modèle en grand, du Maufolée
de l'Illuſtre CRÉBILLON , Monumentd'honneur
pour la LittératureFrancoiſe
,& d'une éternelle reconnoiffance
de ceux qui la cultivent , pour la bonté
du Souverain. Le Sujet de ce Mauſolée
qui doit être exécuté en Marbre , eſt
la Muſe de la Tragédie qui pleure fur
le Buſte de l'Illuſtre Poëte , dont elle
regrette la perte. On ne peut rien voir
de plus noble & d'une expreffion plus
K
=
218 MERCURE DE FRANCE .
juſte que cette Figure , dans toutes ſes
parties ,& même dans tous les acceſſoires
qui concourent à l'expofition du Sujet.
N. B. On diftribuera gratis aux per-
Sonnes qui ont la Description des Tableaux
en brochure in- 12 , ce Supplement
pour les Ouvrages de Sculpture.
On s'adreſſera au Bureau du Mercure
de France, rue Ste Anne , à Paris.
M. LE MΟΙΝΕ .
L
,
E plus apparent des Ouvrages de ce
célébre Artiſte , eſt un Buſte du kor ,
éxécuté en marbre. On reconnoît dans
ce morceau l'application que M. le
Moine a toujours employée à ſuivre
dans tous les âges , le Portrait d'un
Monarque , toujours également cher à
ſes Peuples ; dont le grand caractère
de la tête fournit aux Arts dans toutes
les époques , l'objet d'une étude intéreffante
& de la plus louable émulation.
Comme cet Ouvrage ne paroît
NOVEMBRE. 1763. 207
pas encore entiérement fini dans toutes
ſes parties , on ne s'arrêtera pas fur ce
qu'il y auroit à defirer actuellement
dans le travail de la Draperie & de la
chevelure ; ce qui ſe trouvera certainement
terminé , avec toute la perfection
ordinaire à ce grand Artiſte , lorfqu'il
y aura mis la dernière main.
Le Buſte de Madame la Comteſſe
DE BRIONNE , par le même Auteur ,
réunit à l'avantage de repréſenter fidélement
toutes les grâces & la beauté
de l'original , la fineſſe & la légéreté
de la touche , ce qui fait paffer avec
agrément dans le travail de l'Art , le
caractère ſpirituel de la Nature.
Nous avons cru , au premier aſpect ,
appercevoir dans ce Buſte en terre cuite ,
le fecours étranger de la couleur , légérement
employé dans quelques parties
; mais comme cet artifice eſt aujourd'hui
décidément profcrit dans la
Sculpture , nous n'ofons affirmer qu'un
Artiſte auffi éclairé ſur les vrais principes
de ſon Art , ait employé ce moyen.
Le Buſte qui repréſente M. de la
TOUR , Peintre , doit être regardé comme
un modéle de perfection à tous
égards : de même que l'eſt en Peinture
le Portrait de M. le MOINE par
M. DE LA TOUR,
208 MERCURE DE FRANCE.
M. FALCONET.
Le Groupe de marbre , qui a fi
fingulierement attiré l'admiration de
tout le Public , repréſente Pigmalion
aux pieds de ſa Statue dans le moment
qu'elle s'anime. Un petit Amour
qui a la bouche ſur un des bras de
cette figure , ſemble être la ſource &
l'auteur du feu qui lui donne l'âme &
dont par le plus agréable des preſtiges ,
l'Art indique aux yeux du Spectateur
les progrès du ſouffle embrâfé de cet
Amour. C'eſt cette diſtinction des parties
déja animées de la ſtatue d'avec
celles qui ne font encore que matière ,
qui paroiffoit rendre ce ſujet ſupérieur
aux poffibilités de l'art , & qu'en effet
nous ne ſcavons pas avoir été traité
en Sculpture précédemment par aucun
Maître antique ou moderne.
Plus on conſidère ce Groupe , plus
on y remarque , avec ſurpriſe , dans la
ſtatuedela femme,une expreſſion ſijuſte
&fi habilement ſaiſie , quelle préſente
les nuances délicates de l'étonnement,
du mouvement , prèſque inſenſible dans
ſes effets , & des premiers ſentimens ..
d'un Etre qui tient la vie du pouvoir
de l'Amour & reçoit en même temps
toutes les paffions , fi douces dans leur
NOVEMBRE. 1763. 209
naiſſance , qui réſultent de ſes premiers
feux. Le ſentiment naif & fidèle d'où
provient l'intérêt , la fimplicité du caractère
de deſſein , l'unité ( ſi l'on peut
dire ) fuavedu trait , diftinguent éminemment
cette charmante figure. Telle
eſt par rapport à cet objet la foible
idée que nous pouvons donner de l'art
du Sculpteur. Dans la figure de Pigmalion
, cet art n'eſt pas moins éloquent.
Il eſt , comme nous l'avons déja dit ,
aux pieds de la ſtatue ; on ſent à fa
poſition le mouvement par lequel il
eſt prêt à s'élancer vers elle; ſes deux
mains font ferrées l'une dans l'autre ,
action naturelle à la fituation & qui
marque en même temps & le prodige
& le ſentiment qui en réſulte. La joie ,
la ſurpriſe & l'amour ſont exprimés
avec un tel enthouſiaſme dans ce
Pigmalion , qu'on doute fi ce n'eſt pas
plutôt par ſes regards que la ſtatue eſt
animée , que par le pouvoir furnaturel
des Dieux qu'il invoque. L'action du
petit Amour , ſur la ſtatue , eſt un des
plus heureux traits de l'invention. C'eſt
par ce moyen que l'Artiſte a très-bien
ſuppléé à celui que pourroit employer
la Peinture , & qui ſembloit manquer
à la Sculpture . Il a rendu plus ſenſible
l'effet par la cauſe , & moyennant cet
,
210 MERCURE DE FRANCE.
Amour, on apperçoit plus clairement en
core le changement de la matière en
une figure animée. En un mot , on ne
prendra qu'une idée juſte de ce Groupe
, en ſe figurant voir réaliſer la fable
même qu'il repréſente.
M. VASSÉ.
Le morceau qui nous à le plus frappé
, eſt une figure de 4 pieds 6 pouces
faiſant partie du Tombeau de Madame la
Princeſſe de Galitzin. Cette figure repréſente
une femme couchée ſur un
focle carré , pleurant ſur une urne cinéraire
qu'elle couvre de ſa Draperie.
Elle est d'un fort beau genre , & dans
le goût de l'antique ; les Draperies légères
laiſſent appercevoir les contours&
la foupleſſe des mouvemens du nud.
On voit du même Auteur plufieurs
buſtes, entre leſquels on doit en rémarquer
un très -bien modelé , qui repréſente
PASSERAT . C'eſt un des monumens
de la munificence d'un Citoyen
de Troyes * pour immortalifer les hommes
illuftres de fa Patrie.
*
M. GROSLEY , Avocat , Correſpondant de
l'Académie Royale des Inſcriptions , fait préſent
à l'Hôtel -de- Ville de Troyes , de ce Buſte pour
completter la ſuite des Hommes illuſtres de
Gerte Ville.
NOVEMBRE. 1763. 211
7 On a vu par le deſſein qu'a expoſé
M. VASSÉ, quel devoit être l'en'emble
du Mauſolée de Madame la Princeffe
de Galitzin . Il eſt noble , touchant & digne
de la mémoire de cette Princeffe
chère aux Lettres & aux Arts .
M. PAJON.
Un modele en plâtre , d'une figure
d'environ quatre pieds & demi de proportion
, a fait beaucoup d'honneur aux
talens & à l'application de cet Artiſte.
Il repréſente la Peinture. On peut dire ,
fans outrer l'éloge , que cette figure eſt
le triomphe du ſtyle Antique. La naïveté&
la tranquillité de la poſition dans
la figure , de même que le caractère des
étoffes & la conduite des plis , forment
un heureux enſemble de grâces & de
fimplicité intéreſſante. C'eſt ainſi que
l'on doit traiter ce genre , pour le traiter
fans froideur & avec un ſuccès général.
On a remarqué avec plaiſir pluſieurs
Portraits , entre autres celui de M. Aved,
Peintre . La vérité de la touche & celle
de la reſſembance y font réunies.
Un fort joli Ouvrage du même Artifte
a mérité des obſervations très-favobles.
C'eſt un enfant , de pierre de
Tonnerre , qui mange des raiſins en
212 MERCURE DE FRANCE.
marchant. Il ſemble animé par lagaîte
de l'age & par le plaifir. Cette figure
eſt très-bien faite ; la pâte & les molleſſes
de la nature y font exprimées avec
vérité. C'eſt en terminer l'éloge que
d'annoncer qu'elle a ſcu plaire affez au
célébre M. BOUCHER , pour s'en rendre
propriétaire.
Nous ne pouvons garder le filence fur
un deſſein- efquiſſe , par le même. Ma
PAJON , qui repréſente Lycurgue , donnant
un Roi aux Lacédémoniens . S'il
étoit permis à la vérité de ſe livrer aux
expreſſions del'enthousiasme,nous pourrions
dire , en parlant de ce deffein ,
que l'on est tranſporté à Lacédémone,
même , où l'on voit avec une fidélité
fingulière , l'auſtère fimplicité d'un Peuple
Philofophe , dans ſes moeurs , dans
ſes vêtemens , dans ſes meubles , dans
tous ſes uſages& juſques dans les fa-.
briques de ſes bâtimens,
M. CHALLE.
Nous avons vû , de M. CHALLE ,
une petite figure en marbre repréſentant
une Vierge enveloppée de ſes vêtemens.
Il y a dans le tour de tête &
dans le croiſement des mains une intention
heureuſe , & auffi agréable ,
qu'elle puiſſe être dans un Sujet ſérieux.
?
L
NOVEMBRE. 1763. 213
Cette figure traitée en plus grand, prendroit
fans doute plus de régularité dans
l'enſemble & plus d'ordre dans les plis ;
ce qui en feroit une très-belle Statue.
On devroit peut-être laiſſer ſous les
voiles du filence un morceau par lequel
l'Auteur a voulu repréſenter la décou
verte de l'Amérique par Christophe Colomb,
Ce fameux voyageur y paroît
nud , levant d'une main une draperie
pour découvrir le Globe terreftre du
côté où eſt décrite la partie de l'Améri
que. Nous n'entrerons pas dans une dif
cuffion critique ſur cet Ouvrage qui
n'eſt pas fans mérite , mais qui , à beaucoup
près , n'est pas auſſi heureux dans
l'invention ; attendu le peu de ſuccès
qu'on doit eſpérer toutes les fois qu'on
voudra emprunter pour une compofition
figurée , ce qui en eſt ſi peu fuf
ceptible.
Un petit modéle de Castor fur un
cheval defcendant aux enfers , mérite
des éloges dans la compofition.
M. CAFFIERI.
Parmi les trois Buſtes de M. CAFFIERI
, qui tous trois ontdu mérite du
côté de l'art, ainſi que pour la reffemblance
, on diftingue ſurtout le Portrait
de S. A. S. Mgr le Prince de Condé,
214 MERCURE DE FRANCE .
Celui de M. Taitbouft , Conful de France
à Naples , a un caractère frappant
qui ne laiſſe pas douter de la fidélité du
Portrait à ceux mêmes qui ne connoifſent
pas l'original. On doit ſçavoir gré
auffi à cet Artiſte d'avoir déposé à la
Poſtérité les traits d'un homme auſſi célébre
dans la Poësie que l'eſt M. PIRON.
Nous avons remarqué auffi combien les
Connoiffeurs & les Amateurs des belles
formes ont donné d'éloges à de petits
vaſes de marbre qu'a expoſés M. CAFFIERI
. Ce genre quoique très - fubordonné
à la figure , eſt cependant fi
intéreſſant pour la belle & ric he décoration
, qu'on ne sçauroit lui donner
trop d'encouragement,
M. ADAM.
Le Prométhée a fait l'objet de l'attention
du Public. On doit tenir Compte
à M. ADAM , du déſintéreſſement & du
zele qui lui ont fait offrir à ſa compagnie
un morceau tel que celui - ci. Le
prix du travail & les recherches laborieuſes
y donnent une double valeur
pour le Public & pour les Connoiffeurs.
Si jamais les difficultés vaincues ont
eu l'avantage d'obtenir l'admiration &
l'étonnement c'eſt particulièrement
dans cet Ouvrage. Malgré tout le mérite
,
15
NOVEMBRE. 1763. 215
de ce morceau , on ne peut ſe diſpenſer
néanmoins pour l'intérêt du goût , d'avertir
que les plumes de l'Aigle font
travaillées d'une manière entierement
oppoſée à la vérité de la Nature , ainſi
que la fumée du flambeau jetté aux pieds
du Rocher. Il n'eſt pas plus poffible de
ſe diffimuler que la tête du Prométhée
prononce plutôt des efforts chargés
qu'elle n'exprime le ſentiment vrai de la
douleur. Nuance , a la verité , difficile
à ſaiſir dans une juſte préciſion lorſque
la ſituation eſt auſſi violente que celle
de cette figure : mais en tout , il n'eſt
peut- être pas hors de propos de remarquer
qu'en général , les yeux du vulgaire
confondent ſouvent l'exagération du
Sujet repréſenté, avec la force de l'Art.
M. D'HUÉS.
La figure de S. André , rendant graces
à Dieu fur la Croix , est très - bonne ,
d'un deffein correct , d'un ſentiment
juſte&, en tout, a fait beaucoup d'honneur
aux Talens de l'Artiste. A l'inſpection
de cet Ouvrage , on est bien fondé
à préſumer par la fuite des productions
les plus avantageuſes à la gloire de cet
Académicien,
216 MERCURE DE FRANCE .
M. MIGNOT .
On a vû au Sallon, de cet Artiſte, des
Médaillons exécutés en marbre pour
être placés à l'Hôtel-de-Ville de Paris ,
qui repréſentent M. Le Duc DE CHEVREUSE
, Gouverneur. M. PONTCARRÉ
DE VIARMES , Prévôt des
Marchands . M. le Mercier premier
Echevin & M. Mabil ſecond Echevin .
CesMonumens conſerveront la mémoire
de l'époque heureuſe où les plus fidéles
Sujets ont conſacré un pompeuxMonument
de leur zéle au plus aimé des
Souverains,
On ne parlera point dans cettedeſcription
générale,des Estampes expoſées par
lesGraveurs de l'Académie; non qu'elles
ne méritent toutes des éloges , & qu'il
n'y en ait même un 'grand nombre qui
en éxigeaſſent de diftingués : mais parce
que l'uſage étant d'en faire mention
dans chacun de nos Mercures , à mefure
que ces heureuſes productions d'un Art
ſi eſtimable paroiſſent au jour , ce
ſeroit en quelque forte ici , un double
emploi.
N. B. On a remarqué en commençant
cette deſcription , quelle gloire il
réſultoit pour la Nation , de pouvoir dans
l'eſpace
NOVEMBRE. 1763. 217
tant en
l'eſpace de deux ans raſſembler un aufli
grand nombre de Chefs - d'oeuvre que
l'on en voyoit au Sallon. Combien cet
étonnement doit-il augmenter , lorſque
l'on confidère. 1º. Dans les Tableaux,
la quantité de ceux qui reſtent ou dans
les Cabinets des Peintres ou entre les
mains des Particuliers & qui ne peuvent
être placés à l'expofition. 2°. Un plus
grand nombre encore de Monumens
précieux dans la Sculpture ,
Modèles qu'en Statues finies , dont
la grande proportion ne peut être admiſe
au Sallon. En effet ce qu'on y voit , ce
qu'on y admire dans cetArt , n'est qu'un
très-foible extrait de ſes productions
annuelles. Par exemple , c'eſt avec un
juſte regret , fans doute , que le célébre
M. le MOINE n'a pû expoſer aux yeux
du Public le Modèle en grand, du Maufolée
de l'Illuſtre CRÉBILLON , Monumentd'honneur
pour la LittératureFrancoiſe
,& d'une éternelle reconnoiffance
de ceux qui la cultivent , pour la bonté
du Souverain. Le Sujet de ce Mauſolée
qui doit être exécuté en Marbre , eſt
la Muſe de la Tragédie qui pleure fur
le Buſte de l'Illuſtre Poëte , dont elle
regrette la perte. On ne peut rien voir
de plus noble & d'une expreffion plus
K
=
218 MERCURE DE FRANCE .
juſte que cette Figure , dans toutes ſes
parties ,& même dans tous les acceſſoires
qui concourent à l'expofition du Sujet.
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11074
p. 218
« C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...] »
Début :
C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...]
Mots clefs :
Erreur, Fleurs, Fille, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...] »
C'eſt par erreur que l'on a dit à l'Article de
Madame VIEN,que ſans l'exemple de Mlle RoSA
ALBA , l'honneur d'être admiſe à l'Académie
Royale ſeroit unique pour cette Dame. Mieux
inftruits , nous croyons que l'on trouvera ici
avec plaiſir les noms & les genres de talens
des femmesdiſtinguées dans les Arts , par cette
honorable admiffion .
Dile Catherine DUCHEMIN , femme de Gra
RARDON ,peignoit les fleurs & fut reçue en
1663 .
,
Dile Géneviève de BOULONGNE , Fille aînée
de Louis de BOULONGNE, peignoit l'Hiſtoire , les
fleurs & les fruits. Elle fut reçue en 1669 .
Magdeleine de BOULONGNE , ſeconde fille de
Louis de BOULONGNE , peignoit auſſi l'Hiſtoire ,
les fleurs & les fruits , elle fut reçue le mêmejour
que ſa foeur.
Dlle Elizabeth CHERON , peignoit l'Hiſtoire ,
le Portrait ,&gravoit , elle fut reçue en 1672 .
Dile ROSA-ALBA-CARIERA , dont tout lemon
de connoît le genre de talens, avoit été reçue en
1720. C
Voilà les Virtuoses qui ont précédé Mde VIEN ,
àlamémoire deſquelles nous nous empreſſons
de reftituer ce que notre précédente erreur
avoit innocemment dérobé.
Madame VIEN,que ſans l'exemple de Mlle RoSA
ALBA , l'honneur d'être admiſe à l'Académie
Royale ſeroit unique pour cette Dame. Mieux
inftruits , nous croyons que l'on trouvera ici
avec plaiſir les noms & les genres de talens
des femmesdiſtinguées dans les Arts , par cette
honorable admiffion .
Dile Catherine DUCHEMIN , femme de Gra
RARDON ,peignoit les fleurs & fut reçue en
1663 .
,
Dile Géneviève de BOULONGNE , Fille aînée
de Louis de BOULONGNE, peignoit l'Hiſtoire , les
fleurs & les fruits. Elle fut reçue en 1669 .
Magdeleine de BOULONGNE , ſeconde fille de
Louis de BOULONGNE , peignoit auſſi l'Hiſtoire ,
les fleurs & les fruits , elle fut reçue le mêmejour
que ſa foeur.
Dlle Elizabeth CHERON , peignoit l'Hiſtoire ,
le Portrait ,&gravoit , elle fut reçue en 1672 .
Dile ROSA-ALBA-CARIERA , dont tout lemon
de connoît le genre de talens, avoit été reçue en
1720. C
Voilà les Virtuoses qui ont précédé Mde VIEN ,
àlamémoire deſquelles nous nous empreſſons
de reftituer ce que notre précédente erreur
avoit innocemment dérobé.
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11075
p. 119
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
3
J''AAIT lu,parordredeMonſeigneur le Chancelier,
leMercuredu mois de Novembre 1763 ,& je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Octobre 1763. GUIROΥ.
3
J''AAIT lu,parordredeMonſeigneur le Chancelier,
leMercuredu mois de Novembre 1763 ,& je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Octobre 1763. GUIROΥ.
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11076
p. 219-220
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Imitation d'Horace, Ode. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
IMITATION d'Horace , Ode .
Lettre de M. D. R. à M. de Genonville.
CONSEIL à un ami.
A
Page
9
II
VERS à M. L. C. D. B. ſur ſa petite vérole. 12
VERS pour mettre au bas du portrait de
M. le Chevalier de Ch**. ibid.
HISTOIRE d'Henriette écrite par elle-même. 13
ODE à M. Thomas ſur l'éloge de Sully.
VERS adreffé à M. de Saint-Foix .
CINQUIEME & dernier caractère du vrai Philoſophe.
VERS ſur la convalescence de M. l'Evêque
d'Orléans.
44
47
ibid.
54 LE PAPILLON & l'Immortelle , Fable. 55
VERS a M. Deleurye Fils.
$7
CONSEILS à Eglé. 8
LE SONGE de Scipion , traduit par M. D.... 59
EPITRE à M. le Comte de S****. 78
ÉNIGMES.
:
80&81
LOGOGRYPHES.
: 183 & 84
CHANSON. 8
220 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE du troifiéme Livre de la Pharfale ,
par M. Marmontel.
SUITF de la Poëtique Françoiſe de M.Marmontel.
!
PRINCIPES généraux & particuliers de la
86
108
Langue Françoiſe. Par M. de Wailly. 121
ANNONCES de Livres . 126&fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES .
SUJETS propoſés par l'Académiedes Sciences,
Belles-Lettres &Arts deBesançon.
LETTRE de M. de Parcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , à M. De la Place ,
Auteur du Mercure.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs
concaves ,
SUITE des Recherches ſur la Taille du Frère
Jacques , par M. Bordenave .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
SPECTACLES de Paris.
SUITS de la Deſcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
DESCRIPTION des Ouvrages de Sculpture
expoſés au Sallon duLouvre en 1763 .
C
138
140
143
152
169
172
186
21
188
20
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
IMITATION d'Horace , Ode .
Lettre de M. D. R. à M. de Genonville.
CONSEIL à un ami.
A
Page
9
II
VERS à M. L. C. D. B. ſur ſa petite vérole. 12
VERS pour mettre au bas du portrait de
M. le Chevalier de Ch**. ibid.
HISTOIRE d'Henriette écrite par elle-même. 13
ODE à M. Thomas ſur l'éloge de Sully.
VERS adreffé à M. de Saint-Foix .
CINQUIEME & dernier caractère du vrai Philoſophe.
VERS ſur la convalescence de M. l'Evêque
d'Orléans.
44
47
ibid.
54 LE PAPILLON & l'Immortelle , Fable. 55
VERS a M. Deleurye Fils.
$7
CONSEILS à Eglé. 8
LE SONGE de Scipion , traduit par M. D.... 59
EPITRE à M. le Comte de S****. 78
ÉNIGMES.
:
80&81
LOGOGRYPHES.
: 183 & 84
CHANSON. 8
220 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE du troifiéme Livre de la Pharfale ,
par M. Marmontel.
SUITF de la Poëtique Françoiſe de M.Marmontel.
!
PRINCIPES généraux & particuliers de la
86
108
Langue Françoiſe. Par M. de Wailly. 121
ANNONCES de Livres . 126&fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES .
SUJETS propoſés par l'Académiedes Sciences,
Belles-Lettres &Arts deBesançon.
LETTRE de M. de Parcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , à M. De la Place ,
Auteur du Mercure.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs
concaves ,
SUITE des Recherches ſur la Taille du Frère
Jacques , par M. Bordenave .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
SPECTACLES de Paris.
SUITS de la Deſcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
DESCRIPTION des Ouvrages de Sculpture
expoſés au Sallon duLouvre en 1763 .
C
138
140
143
152
169
172
186
21
188
20
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en cinq sections. La première, 'Pièces fugitives en vers et en prose', inclut des poèmes et lettres, tels qu'une imitation d'Horace et des vers adressés à divers individus. La deuxième section, 'Nouvelles littéraires', contient la suite du troisième livre de la Pharsale de Marmontel, la suite de la Poétique Françoise de Marmontel, des principes de la langue française par de Wailly, et des annonces de livres. La troisième section, 'Sciences et Belles-Lettres', mentionne des sujets proposés par l'Académie des Sciences de Besançon et une lettre de Parcieux. La quatrième section, 'Beaux-Arts', est divisée en arts utiles et arts agréables, incluant des recherches sur les miroirs concaves et des descriptions de gravures. Enfin, la cinquième section, 'Spectacles', détaille les spectacles de la cour à Fontainebleau, les spectacles de Paris, et les descriptions des tableaux et sculptures exposés au Salon du Louvre en 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11077
p. 220
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY2
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
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11078
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Commis, Greffier, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Format, Volume, Poste, Pièces, Table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30fols
parvolume, c'est-à- dire 24 liv. d'avance ,
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent volumes. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme .
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30fols
parvolume, c'est-à- dire 24 liv. d'avance ,
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent volumes. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme .
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11079
p. 5-8
ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
Début :
QUE Dieu te console [...]
Mots clefs :
Château, Troupe, Transports, Prêtre, Mémoire, Respect, Grâce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
ÉPITRE de M. D. R... * à M. le
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
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11080
p. 16-46
SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE.
Début :
JE commençois à desirer le retour du Banian, dans l'espérance qu'il me rapporteroit [...]
Mots clefs :
Femmes, Yeux, Pouvoir, Sentiments, Répugnance, Esclave, Tendresse, Lieu, Amour, Dieux, Religion, Larmes, Bonheur, Inquiétudes, Emportement, Affection, Genoux, Sincérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE.
SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE .
J E commençois à defirer le retour du
Banian , dans l'espérance qu'il me rapporteroit
une réponſe favorable : un
mois entier ſe paſſa ſans qu'il nous
DECEMBRE. 1763 . 17
donnât de ſes nouvelles ; à la fin , il arriva.
Il prétendit ( car hélas ! je n'eus
que trop lieu , dans la ſuite , de connoître
ſa mauvaiſe foi ) qu'il avoit
paflé tout ce - temps là , & cela trèsinutilement
, à attendre le rétabliſſement
du Gouverneur , qui ne vouloit
voir perſonne pendant ſa maladie ; que
mon Hiſtoire qu'il avoit racontée à plufieurs
Anglois , avoit été reçue de leur
part très - froidement , ce qu'il attribuoit
à la guerre , qui étoit entre eux & les
François ; qu'enfin le Vaiſſeau de mon
Père ayant péri avec toute ſa Cargaiſon
, il n'y avoit plus à eſpérer
de recouvrer aucuns de ſes effets.
Cette nouvelle m'arracha des larmes ,
dont il parut extrêmement touché. Il me
dit dans les termes les plus tendres , ainfi
que l'Interpréte me les rendit , que
j'avois tort de me livrer à un chagrin
auffi immodéré , qu'il ſe flattoit que
dans peu de temps il pourroit engager
quelques Anglois à ſe montrer plus humains
à mon égard ; qu'au ſurplus tant
que je reſterois chez lui , dût- ce être
pour toujours , tout ce qu'il poffédoit
feroit à mon ſervice & à mes ordres .
Je le remerciai comme ſi ſes offres n'a18
MERCURE DE FRANCE .
voient eu que l'hoſpitalité pour motif;
je diffimulai mes craintes avec toute l'adreſſe
dont j'étois capable , en ne faifant
rouler mes inquiétudes que fur
l'embarras que je lui caufois. Ses foins
les plus empreſſés étoient de diffiper
ma mélancolie par tous les divertiſſemens
qu'il pouvoit imaginer. L'interpréte
lui ayant fait part des progrès
que j'avois faits dans la langue du Pays,
il en parut enchanté & s'écria : je puis
donc eſpérer que tout ce qui eſt dans
l'Inde n'eſt pas déſagréable à ma charmante
Henriette ! Comme j'entendis
fort bien ces mots , je pris fur moi de
répondre ſans le fecours de l'Interpréte.
Je lui dis que n'y ayant juſqu'à préfent
rien trouvé qui me fut déſagréa
ble , j'eſpérois de conſerver cette façon
de penſer. Il faut , dit-il , au Hollandois
, que vous soyez un excellent
Maître , ou que votre Ecolière ait un
génie ſupérieur , pour être en état nonſeulement
d'entendre , mais même de
prononcer avec autant de grâces une
Langue qu'elle n'a entendue qu'il y a
environ un mois. Depuis ce moment ,
quand nous étions à table , il me faifoit
nommer en Malayan tous les plats
DECEMBRE. 1763 . 19
dont je voulois goûter ; me faiſoit boire
à ſa ſanté , & tâchoit de me faire
converſer avec lui. Les femmes qui me
fervoient , charmées de pouvoir ſe faire
entendre , me parloientfans ceſſe , & je
parvins bientôt à ſçavoir leur Langue
au point de n'être embarraffée dans aucune
eſpéce de converſation .
Quelques jours ſe paſſerent où tout
fut employé à me diſtraire de mes trif
tes idées & rien à confirmer mes foupcons
, juſqu'au moment où le Banian
ſe trouvant un jour ſeul avec moi dans
le Jardin ,me conduifit dans une grotte
dont la délicieuſe fraîcheur tempéroit
l'ardeur du Soleil , fans nous priver
de l'effet brillant qu'il produiſoit fur le
fommet des arbres. Cet endroit n'eſt il
pas charmant , belle Henriette , me ditil
? & faut-il defirer de quitter l'Inde
pour ſe croire heureux ? Sans doute ,
répondis-je , ceux qui ont leur établiſ
ſement dans ce Pays-ci auroient tort de
ſe plaindre de leur fort ; mais ceux qui
font nés dans une autre partie du monde&
y ont toujours vécu , pourroient ,
fans qu'on leur en ſçût mauvais gré ,
n'y pas goûter les mêmes agrémens. Le
moyen de vous les faire goûter , reprit- il,
eft de vous y fixer ; mais je crains que
1
20 MERCURE DE FRANCE .
ce que le Pays a d'agréable ne puiffe
pas racheter à vos yeux la couleur difforme
de ſes habitans. L'on m'a toujours
enſeigné , lui dis-je , que la ſeule
beauté vraiment eftimable étoit celle
de l'âme. Fidelle à cette leçon je n'ai
juſqu'ici eſtimé les hommes que par
leurs actions . Les miennes vous ont-elles
jamais offenſée ? s'écria- t il vivement.
Vous , Monfieur ! repris-je avec
ſurpriſe , je n'ai qu'à me louer de votre
bienfaiſance. Non , Henriette , non ,
reprit-il avec un ſoupir , vous ne m'avez
aucune obligation. Etoit-il en moi
d'en ufer autrement avec vous ? L'inf
tant où je vous vis fut celui de madéfaite
; & vous ne me laidsâtes que le
titre d'Eſclave , ajouta- t- il en me prenant
la main & en la portant à fa
bouche..
Quelles furent alors mes craintes ! ....
Je rougis , je tremblai , & n'eus pas la
force de parler. Le Banian trembloit
auſſi. Mais mon filence qu'il interprétoit
mal , l'enhardit bientôt au point de hazarderdes
careffes qui redoublerent mon
éffroi... Arrêtez , lui dis -je , en m'élançant
hors de la grotte ; n'achevez pas de
perdre le mérite de votre générofité.
J'ai appris à ſupporter le malheur : mais
DECEMBRE . 1763 . 21
la mort me délivreroit de l'infamie . Ces
mots firent fur lui toute l'impreffion
quej'en avois attendu. Pourquoi , dit- il,
en foupirant , pourquoi , belle Henriette
, donner des noms ſi odieux au témoignage
innocent de mon amour ?
Les Dieux ſeuls ſçavent ce qu'il m'en
a coûté pour ne pas vous le déclarer
plutôt; & je jure par eux que mes defſeins
furent toujours dignes d'être avoués
par l'honneur & la vertu Serois-je affez
malheureux pour que des ſentimens
fi purs , vous fuſſent odieux de la part
de celui à qui vous les inſpirez ?
Quoiqu'un peu raffurée par ces derniers
mots , j'étois embarraſſée de ma
réponſe . La franchiſe de mon caractère
ne me permettoit pas d'autoriſer un ſentiment
que je ne pouvois lui ſouffrir fans
une répugnance invincible. Vous héſitez
, s'écria- t- il , ma chère Henriette !
Mais en réfléchiſſant ſur les moyens extraordinaires
qui vous ont conduite jufqu'à
moi , vous fentirez fans doute que
le Ciel nous avoit deſtinés l'un pour
l'autre. Oui ! poursuivit-il avec chaleur ,
oui ! la plus aimable des Créatures , je
re regarde comme la récompenſe de ma
piété & de mon zéle pour les Dieux
que je fers.
22 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! Monfieur , interprétez mieux la
volonté de Dieu qui m'envoye à vous
feulement comme une occafion d'exercer
votre humanité. Quel plaifir plus
flatteur que celui de faire le bien !
Ceux qu'offre l'amour peuvent-ils lui
être comparés ? Oubliez- vous enfin que
nos cultes font différens , & que rien
ne pourroit me réfoudre à une alliance
profcrite par le mien ?
Oh! quant à cet Article , interrompit
le Banian , dès que vous connoîtrez
mieux mon culte , vous prendrez ,
& j'en fuis certain , une idée plus avanrageuſe
de la clémence de nos Dieux ,
que celle que vous pouvez avoir du
vôtre.
Ce blafphême me fit horreur. Je le
témoignai vivement ; mais le Banian
avoit trop d'art pour continuer une
converſation plus propre à augmenter
mes inquiétudes qu'à les diffiper ; il
m'affura au contraire qu'il ne tenteroit
jamais de rien changer à ma façon de
penſer ſur ma Religion.
La nuit qui s'approchoit , me preſſoit
de quitter la grotte ; & je n'y parvins ,
qu'en m'engageant à écouter patiemment
à l'avenir les témoignages de fon
amour. Cette converfation occupa en
DECEMBRE. 1763 . 23
core tout le ſouper ; & quand je parus
defirer de me retirer : cruelle Hentiette !
s'écria -t- il , je vois avec douleur , le
peu de progrés de ma tendreſſe : vous
me haïflez ; & je crains bien qu'il ne
ſoit jamais en mon pouvoir de changer
votre coeur. Je ne veux pas pourtant
vous retenir plus longtemps ; peutêtre
que , rendue à vous-même , vous
me jugerez moins fait pour tant de rigueurs.
Il prononça ces mots , d'un air
fi pénétré , que , cédant malgré moimême
à la pitié qu'il m'inſpira : Ah !
Monfieur , lui dis -je avec émotion
pourrois-je en effet vous haïr ? Ai-je un
autre appui dans ces lieux ? Ai-je un
autre protecteur que vous ? Rendez
plus de juſtice à une inforunée , trop
accablée encore par la perte récente de
tout ce qu'elle avoit de plus cher
& qui ſe croiroit heureuſe de trouver
un frère en vous .
O charmante Henriette ! interrompit
le Banian , avec une expreffion qui mar
quoit autant de joie qu'il avoit montré
de douleur , tout ce que tu as perdu , tu
peux le retrouver en moi : je ferai à.
toi , & à toi ſeule ; tu feras le monde
entier pour moi. Mais , ajouta-t-il , s'il
eſt vrai que tu m'aimerois comme un
24 MERCURE DE FRANCE.
frère ; confirme cet aveu , en permettant
que je t'embraſſe comme tel. Je
me repentis alors de ce que j'avois dit.
Il me tint pendant quelques minutes
étroitement ferrée entre ſes bras , &
vivement tenté de profiter de l'occa -
fion , comme il me l'a avoué depuis ;
mais le ſentiment de ce qu'il croyoit
me devoir , l'emporta fur les mouvemens
fougueux de ſa paffion ; & il me
laiſſa la liberté de me retirer , avec un
air qui me fit ſentir tous les riſques que
j'avois courus.
L Je paſſai la plus mauvaiſe nuit. L'idée
d'être au pouvoir d'un homme qui ne
diffimuloit plus ſes vues ; l'impoffibilité
apparente de m'y ſouſtraire , me
cauſoient de mortelles inquiétudes , &
je ne me voyois de reſſources , que
dans les ſecours du Ciel. J'étois encore
dans cette douloureuſe ſituation , lorfqu'une
des femmes entra dans
chambre , & me dit que le Hollandois
prêt à partir , demandoit à prendre congé
de moi : ſur quoi , j'ordonnai qu'on
le fit entrer. Après m'avoir témoigné
l'intérêt qu'il prenoit à mon bonheur ,
il chercha à détruire ce qui me reſtoit
d'eſpérance du côté des Anglois , en
ma
m'aſſurant qu'il étoit plus que vraiſemblable
DECEMBRE. 1763 . 25
blable qu'ils ne feroient rien pour moi.
Il ajouta , qu'il avoit démêlé que le
Banian m'aimoit , & qu'il le ſoupçonnoit
d'avoir conçu le projet de m'épouſer.
M'époufer ? Interrompis - je ,
une Chrétienne épouſer un Idolâtre !
Tous mariages font bons aux yeux de
Dieu , reprit - il , la différence des cérémonies
ne détruit point leur validité
; & je ne vois pas qu'une auſſi foible
raiſon doive vous faire renoncer à
la fortune qui vous eſt offerte. Elle fetoit
plus grande encore , lui répondisje
, que je préférerois la mort au malheur
de recevoir un infidéle dans mon
lit. Puffiez-vous n'avoir pas à en gémir
, me dit-il : mais oubliez-vous que
vous n'êtes pas maîtreſſe de vous -même
dans ce Palais ? Je ne le ſçais que trop ,
repris -je , fondant en larmes. L'émotion
que je crus remarquer dans ſes yeux ,
me donna l'idée de ſaiſir cette oсса-
fion de tenter ſa cupidité. Je lui ouvris
donc mon âme , ſans lui cacher la déclaration
que m'avoit faite le Banian ;
ma répugnance à répondre, & la frayeur
où j'étois à chaque inſtant fur ce qui
en pourroit réſulter. Si vous étiez affez
généreux , lui dis-je , pour avoir pitié
de moi & me procurer dequoi me dé-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
guifer , je partirois la nuit & j'irois
trouver quelque Facteur Anglois qui
fûrement ne feroit pas aſſez barbare pour
me refuſer le paſſage ſur un de leurs
vaiſſeaux. Croyez que je ne ſerai point
ingrate , & qu'auſſitôt que je ferai rendue
au comptoir , je vous donnerai cette
bague qui eſt un diamantde prix &
tout ce que m'a laiſſé ma malheureuſe
fortune. Je lui montrai la bague dont
l'éclat produifit tout l'effet que j'en attendois.
Après avoir réfléchi un moment
, il m'aſſura qu'avant trois jours
j'entendrois parler de lui , & me recommanda
pendant ce temps de traiter le
Banian de manière à lui donner lieu
d'eſpérer que je ne ſerois pas toujours
infenfible à ſa flamme , pour éviter
qu'une conduite différente ne ledéterminât
à tenter la violence. Je le conjurai
en pleurant d'être fidéle à ſes promeſſes.
Après me les avoir réïtérées par
ferment , il prit congé de moi , & me
laiſſa dans la diſpoſition de ſuivre fes
avis, quelle que fût ma répugnance pour
tout ce qui reſſembloit à la fauffeté.
Je penſai d'abord que fi je reſtois
plus longtemps dans ma chambre , le
Banian pourroit me ſoupçonner l'intention
de l'éviter ; je deſcendis dans
DECEMBRE. 1763 . 27
la Salle où je comptois le trouver. Il n'y
vint que deux heures après avec une
lettre à la main. Ma chère Henriette ,
me dit- il , je ſuis fâché d'être porteur
de nouvelles qui pourroient bien ne pas
vous plaire ; un Négociant Anglois me
mande que l'animofité entre ſa Nation
& la vôtre eſt portée au point qu'il n'oferoit
riſquer de vous fervir , & d'autant
plus que vous appartenez à celui
qui avoit été nommé Gouverneur d'Iranadab
, & dont les ordres étoient
fûrement de nuire à leur commerce.
De façon , continua-t- il , que vous ne
dépendez plus que de moi. Je ſentis
d'abord fon artifice , qui n'avoit d'autre
but que celui de me réduire à la néceffité
de céder enfin à ſes volontés . Je
me contentai de répondre : il ſe trouve
donc des Barbares parmi les Chrétiens ?
Oui , reprit- il avec chaleur , & tels que
vous auriez peine à en trouver parmi
les Indiens . Il s'étendit alors fur les
cruautés & fur les perfidies des Nations
Européennes . Mais quoique peu perfuadée
de tout ce qu'il diſoit à leur
déſavantage , j'évitai de le contredire ;
& fon humeur fut fi agréable pendant
tout le reſte du jour , que je n'y foupconnai
rien de contraint.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dès ce moment je parus écouter ſans
répugnance les témoignages de ſa tendreſſe.
Je fouffris même qu'il prît ma
main entre les fiennes , & croyois devoir
acheter ainſi le temps dont j'avois
beſoin. Mais le Banian ſe troubla en
me preſſant ſur ſon ſein. O ! trop chère
Henriette , s'écria-t-il , d'une voix émue ,
ne vous perfuaderai - je jamais que votre
bonheur & le mien ſeroient le prix de
votre ſenſibilité ? Je m'apperçus alors
combien j'avois à craindre en pouffant
fi loin ma complaiſance : je me débarraffai
de lui. Rappellez-vous , lui dis-je ,
le ferment que vous avez fait de ne ja
mais m'offenfer par des libertés qui me
rendroient indigne de votre affection fi
je les permettois: laiſſez au temps à déci
der mon coeur. Vous aurez tout celui
que vous éxigerez , repliqua-t-il , mais
qu'il foit limité : dites ſeulement que
vous ferez à moi , & fixez le terme de
mon fupplice ; il ſeroit peut être au-deſſus
des forces humaines de vous adorer , de
vous voir fans ceſſe , d'être fans eſpérance
, & de vous refpecter toujours. Je
ne puis rien vous promettre , repris -je ;
mais fi vous m'aimez en effet , vous
eſſayerez du moins juſqu'où la reconnoiffance
peut me conduire. Eh bien ,
DECEMBRE. 1763 . 29
dit-il , je m'y foumets ; car je prétends
vous plaire . A partir de ce moment , le
Banian ſe conduifit avec moi de façon
à ne me rien laiſſer à defirer pendant
deux jours & une partie du troifiéme.
Ce fut alors que le Hollandois revint
pour chercher , diſoit-il , quelques papiers
qu'il avoit oubliés ,& dont la perte
lui eût été de la plus grande importance ;
mais dans le vrai , pour me remettre
ſecrettement un billet où je trouvai ces
mots : " Si vous perſiſtez dans la réſolu-
» tion de quitter la maiſon du Banian
rendez-vous vers minuit dans le jardin ;
> vous trouverez à côté de la ſalle à man-
» ger un habit d'eſclave : c'eſt le dégui-
>>ſement le plus propre à vous cacher.
» Mais je vous exhorte de nouveau à
» abandonner ce projet , dans la crainte
» où je ſuis encore que vous n'ayez à
>> vous plaindre de la réception des An-
» glois. Quoiqu'il en ſoit, je tiendrai ma
>> promeffe, &je me trouverai derrière le
» jardin , d'où je vous conduirai où vous
>>> defirez vous rendre .
Ce billet me donna plus de tranquilli
té ; car malgré notre petit traité , leBanian
renouvelloit vivement ſes perfécutions
, & ce foir- là même il me preſſa
tellement de fixer le moment de ſon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
bonheur , je vis tant d'égarement dans
fes yeux , qu'effrayée de ſes regards , je
pais le parti de lui donner le change. Demain
, lui dis-je , vous faurez ma derniere
réſolution. Votre réſolution , s'écria-
t- il ? Elle ſera peut- être l'Arrêt de
ma mort. Au moins dites-moi ſi je puis
efperer qu'elle ſera en ma faveur. Je le
crois , lui dis -je , fi vous continuez de
defirer. Dieux ! pourriez-vous en douter,
reprit-il ? Demain ..... Atteſtez donc votre
Dieu que vous ferez demain à moi. Je
ne fuis pas garant des événemens , repris-
je ; mais fi je vis & fi vous êtes dans
les mêmes ſentimens ... Jurez-le - moi, interrompit-
il avec une eſpéce d'emportement
indéfiniſſable ,&dontje fus glacée.
Confirmez cette adorable promefle : affurez-
la-moi par un ferment qui vous ſoit
inviolable. Eh bien , répondis - je en
tremblant, & fur la certitude intérieure
que le lendemain je ferois loin de lui ,
jejure par celui qui régit ce vaſte Univers
que demain nous ferons l'un à
l'autre fi vous continuez de vouloir &
de pouvoir former cette union. Le Banian
parut tranſporté & me baiſa plufieurs
fois la main. Cependant à travers
ſes tranſportsje crus lui voir moins d'ardeur
que de coutume. Il parla peu , &
. DECEMBRE. 1763 3
quand je me diſpoſai à me retirer , il ne
s'y oppoſa point : il me dit ſeulement en
m'embraſſant ; prenez garde , aimable
Henriette , à remplir votre voeu ! Je fouris
, & le quittai avec d'autant plus de
plaifir , que je me flattois de ne le plus
revoir.
Je me laiſſai deshabiller à l'ordinaire ;
& quand je crus que tout dormoit dans
la maiſon , je deſcendis , j'ouvris doucement
la porte du jardin ; j'y trouvai au
lieu marqué l'habit d'eſclave ; je m'en
revêtis promptement , & après avoir
franchi une paliſſade qui ſéparoit lejardin
d'une prairie , je rencontrai mon
guide. Il faut , dit- il , vous armer de patience
, car nous avons pluſieurs milles
à faire avant que de pouvoir nous repofer
en fùrété. J'étois fi ravie de ma délivrance
, que je me croyois infatigable.
Nous prîmes notre route à travers un
bois , dont la ſombre horreur me rappella
tout ce que j'ai fouffert dans la
forêt de Malayan ; mais l'âge avancé de
mon conducteur me raſſura .
Nous avions fait à peine une demie
lieue , que nous nous vîmes environnés
de pluſieurs hommes. Ce ſpectacle me
fit tomber ſans connoiffance. Lorſque
je revins de ma foibleſſe , la vue de mon
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
appartement , & des deux femmes qui
étoient dans l'uſage de me ſervir , ne
me laiſſerent plus douter de mon infortune.
Ce que je ne pouvois comprendre ,
c'eſt que le Banian eût pû fitôt être informé
de ma fuite. En vain je queſtionnai
les femmes ; je n'en pus tirer autre
choſe , finon que leur maître me répondroit.
La honte de l'avoir trompé , jointe
à ce que j'en avois eu précédemment à
craindre , fut prête à me jetter dans une
ſeconde foibleſſe. Dieu ! m'écriai-je ,
quels crimes ai-je donc commis pour
être auffi cruellement perfécutée ? Les
larmes que je répandis , & l'agitation de
mon âme , que je ne m'efforçois plus
de cacher , auroient ému le coeur le plus
barbare .
Dès qu'il fut jour je vis paroître le Banian
: j'étois encore au lit , & mon premier
mouvement fut de me cacher ſous
la couverture . Vous avez raiſon de vous
cacher, perfide créature, s'écria-t- il ; non .
"ſeulementvous me trompiez , mais vous
trompiez le Dieu que vous ſembliez refpecter.
Voyons , continua-t- il , fi cette
phyſionomie trompeuſe conſerveencore
affez de charmes pour défarmer tout
mon reſſentiment. Plaiſe au Ciel que
non ! m'écriai-je avec tout le courage
DECEMBRE. 1763 . 33
:
,
dont je pus m'armer ; je ne demande
d'autres faveurs que celle de mourir ; ce
ſera finir mon fupplice , & vous vous
épargnerez bien des tourmens. Non , reprit-
il , ma vengeance ſera plus ingénieuſe
& moins au gré de votre haine
pour moi. Préparez , dit- il , en fortant ,
& en ſe retournant vers les femmes
préparez cette créature perverſe à paffer
bientôt dans mon appartement. Alors les
miniſtres de ce maître impérieux me dépouillerent
de mon habit d'eſclave pour
me revêtir d'une robe très- riche . Si j'avois
eu en ma diſpoſition quelque inftrument
propre à me donner la mort , je
me ferois trouvée heureuſe : mais les
marques de mon déſeſpoir avoient fait
prendre aux femmes des précautions
pour m'empêcher d'y fuccomber. Elles
me conduifirent, ou plutôt me traînerent
chez le Banian , qui fit figne à celles
qui m'avoient amenée de nous laiffer
ſeuls . Eh bien , Henriette , me dit- il ,
eſt-ce ainſi que vous vous éfforcez de
calmer mon reſſentiment ? Est-ce par
des fanglots , & par un filence opiniâtre ,
que vous comptez obtenir votre grace ?
Je tentai vainement de parler : mes foupirs
m'étouffoient la voix, Fille obſtinée
! s'écria-t- il , où ſont maintenant ces
By
34 MERCURE DE FRANCE.
,
regards , cette douceur perfide que vous
employates fi bien hier pour me tromper
? Ce reproche me fit ſentir tout le
poidsdes remords ſur un intérieur coupable.
Dieu feul , lui dis-je en tremblant ,
ſçait ce qu'il m'en a coûté pour diffimuler
avec vous ; & j'avoue avec la plus grande
fincérité , que fans avoir pû être touchée
de votre amour , je n'ai jamais été inſenſible
à vos bontés.... Et tu me fuis
interrompit- il , pour me prouver ta reconnoiffance
? Mais ſi je n'ai eu d'autres
motifs que celui de l'amour pour t'accorder
ma protection , tu devois à la
cauſe les ſentimens que tu accordois à
l'efet. Je vous ai aimé , Henriette , & je
vous aime encore malgré moi: mais me
voici décidé à rompre un enchantement
qui m'avilit ; je ne vois plus en vous
qu'une eſclave faite pour obéir à fon
maître .... Ah , Seigneur ! lui dis-je en
tombant à ſes pieds , vous avez juré par
vos Dieux de ne jamais me faire violence.....
Songez que le parjure .....Hypocrite
! s'écria-t-il , oſez-vous parler de
parjure , quand vous -même en êtes doublement
coupable ? N'avez-vous pas juré
par votre Dieu , que fi vous étiez en vie
&en mon pouvoir aujourd'hui , vous céderiez
à ma rendreſſe ? Je conviens du
DÉCEMBRE. 1763. 35
ferment que j'ai fait , repliquai-je ; mais
fi vos ſentimens ont ceſſé d'être les mêmes
, hélas ! fuis-je tenuede les remplir ?
Ainfi vous avouez être liée , en ſuppofant
que mon coeur ſoit le même ? Eh
bien , vous êtes condamnée par vos propres
paroles ; & pour vous en donner
la preuve , apprenez que j'étois inſtruit
de tout ce que vous avez fait pour me
tromper. La Lettre du Hollandois étoit
écrite de ma main ; votre déguiſement
étoit choiſi par moi ; ce ſont mes gens
qui vous ont arrêtée : je vous ai toujours
fuivie. Ainfi mes fentimens n'ont pas
plus changé que les vôtres. Alors auffi
humiliée que confondue, que me reſtoitil
à oppoſer au Banian ? Je me récriai
contre la perfidie du Hollandois , qui
après avoir favoriſé mon projet & m'avoir
féduite par ſes pernicieux avis ,
m'avoit fi lâchement trahie . Le Banian,
après m'avoir laiſſé exhaler ma colère ,
me pritdans ſes bras : allons , ma chère
Henriette , il eſt écrit que nous ferons
tous deux parjures ; vous en refuſant ce
que vous avez juré de m'accorder , &
moi en ufant de violence pour l'obtenir.
Il ne nous reſte qu'un moyen de
fauver nos âmes d'un crime dont la
mienne frémit , tout déterminé que je
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
ſuis à le commettre : c'eſt de vous donner
à moi fans répugnance.
Dans l'impoffibilité de me ſouſtraire
à ma deſtinée ; engagée par un ferment
à ne pouvoir plus refuſer ce que l'attente
d'une mort cruelle ne m'eût jamais
fait accorder , ſi j'avois pu prévoir
l'avenir ; forcée enfin à cet odieux facrifice
, je me bornai à éxiger que la
décence la plus rigoureuſe y mît le
ſceau. Je n'ai plus rien , Monfieur , à
objecter contre vos droits , lui répondis-
je ; je reconnois que le ferment me
lie malgré la façon artificieuſe dont
vous me l'avez arraché : mais ſi vos
ſentimens ſont purs , une cérémonie
authentique doit en précéder la récompenſe.
Je vous entends , s'écria-t-il ; &
pour vous prouver combien je méritois
plus de retour de votre part , je
veux que vous soyez ma femme. Ne
rappellons point le paſſé , repris-je , ſi
vous voulez rétablir dans mon âme les
ſentimens qui ſeuls peuvent nous rendre
heureux. Quantà moi , je vous jure
avec la plus grande fincérité , que quelque
répugnance que j'aye marquée
pour cet engagement , je m'efforcerai
déſormais à ne voir en vous qu'un
époux digne de ma tendreſſe , & à me
DECEMBRE . 1763 . 37
conduire à votre égard comme une
épouſe devenue telle par fon choix .
Le Banian au comble de ſes voeux ,
eût volontiers folemnifé ce mariage dès
le jour même ; mais je gagnai ſur lui de
le différer juſqu'au lendemain. L'état
violent d'où je ſortois demandoit au
moins une nuit tranquille. Vous ne devez
pas craindre , lui dis - je , d'être
trompé une ſeconde fois , j'ai eu trop
à me repentir de la première ; le
temps de mon abfence ne ſera employé
qu'à étudier les moyens de réparer ma
faute.
Le lendemain matin les femmes qui
m'avoient toujours ſervie , m'apportérent
les habits de nôce les plus fomptueux
& me conduifirent chez le Banian
, que je trouvai auſſi magnifiquement
vêtu. Une nombreuſe ſuite
de Banians qui avoient été invités pour
être témoins de notre mariage entrerent
immédiatement après , & nous nous
rendîmes au lieu deſtiné pour la cérémonie.
Ici finirent les calamités attachées à
mon état de fille ! mais hélas ! pour en
éprouver d'autres dans celui de femme.
Malgré tous mes efforts pour remplir
mes devoirs envers mon mari , il ne
38 MERCURE DE FRANCE.
fut jamais en moi d'éprouver les délices
qui , dit- on , font le charme de pareilles
unions. Le Banian s'en plaignit
d'une façon délicate & ne négligea rien
de ce qui pouvoit donner plus de chaleur
à mes ſentimens. Soins inutiles !
chaque jour ajoûtoit à la vivacité de ſa
paffion , & à mon invincible froideur.
Ses intérêts l'ayant quelque temps
appellé à la ville , où il defiroit que je
l'accompagnaſſe ; je me contraignis pour
paroître defirer ce voyage , auquel j'euffe
volontiers préféré la folitude.
Anotre arrivée à Bombay , nous reçumes
la viſite de pluſieurs familles Indiennes
, qui féliciterent mon mari fur
fon choix ; & je ne tardai pas à m'appercevoir
de fa répugnance à me laiffer fortir
du logis: mais peu curieuſe de former
aucune fociété avec les Indiens , j'étois
fur ce point très-d'accord avec lui. Dès
l'inſtant où il put fe flatter de ma groffefſe
, il infiſta pour que je l'accompagnafle
au Temple , afin d'invoquer l'Idole
adorée pour une heureuſe délivrance
: c'étoit , dit-il , un ufage dont
perſonne ne pouvoit ſe diſpenſer , bien
moins encore la femme d'un Banian .
Je cédai à cette néceſſité , en me réſervant
de faire de mon coeur le temple de
DECEMBRE. 1763 . 39
ma dévotion , & de diriger mes penſées
vers le Dieu qui en connoiffoit les plus
fecrettes.
Je fus conduite à la Pagode, dans une
chaiſe fermée & fuivie par tous nos domeſtiques.
Le Banian , avec pluſieurs
de ſes amis , vint me prendre à la porte
, & me mena à la Colomne , fur laquelle
l'Idole eſt placée. Je feignis d'y
faire ma prière , quoiqu'indignée du
ſpectacle ridicule de leurs cérémonies ,
& le Banian ſeul me reconduifit à
ma chaiſe. Mais cet acte de complaifance
ne fervit qu'à m'attirer bientôt
de nouveaux chagrins , puiſque le Banian
, aveuglement attaché à ſa religion
, employa tout pour m'engager
à l'embraffer . Un jour qu'il m'en preffoit
le plus : Ah ! ne l'éxigez pas , lui
dis-je : en même temps qu'il me feroit
impoffible de fléchir le genoux devant
vos Idoles , je ſens que je ſerois capable
de mourir , pour vous prouver qu'après
mon Dieu , vous êtes au monde ce
que j'ai de plus cher. La vivacité avec
laquelle je prononçai ces mots , lui en
démontra la fincérité ; il parut moins
ſenſible au mépris que je témoignois
pour ſa religion ; & ſes ſollicitations
furent ſuſpenduesjuſqu'au moment de
40 MERCURE DE FRANCE.
,
votre naiſſance. C'est alors , ô ma chère
Zoa ! que je me vis livrée aux plus terribles
amertumes , en voyant que ma
fille ſeroit élevée dans l'erreur : je frémiffois
en penſant que vous n'aviez
même pas reçu le baptême ; & j'étois
un jour occupée à vous adminiſtrer de
mon mieux ce Sacrement , quand le
Banian s'offrit à mes yeux. Vaine &
trop crédule femme ! s'écria-t-il avec
des yeux étincelans de rage ; comment
ofes-tu pratiquer ces extravagances
fur mon enfant ? Mais tu gémiras
de ton crime , & d'avoir abuſé de mon
indulgence. Emportez cet enfant , dit- il
à mes femmes qui parurent alors , &
que les premières paroles qu'il pourra
prononcer , foient autant de malédictions
contre les Chrétiens. Je fuppliai
vainement votre barbare père de modé
rer l'excès de fon reſſentim ent ; il vous
arracha de mes bras , & vous fit diſparoître
à mes yeux. Alors oubliant mes
devoirs & combien fon culte lui étoit
cher , je déplorai le ſort fara! qui m'avoit
ſoumiſe à un idolâtre ; & mon emportement
alla juſqu'à lui dire , que fa
méchanceté étoit auſſi infernale que la
couleur de ſa peau. A ce dernier trait
contre ſa perſonne , qu'il avoit toujours
DECEMBRE . 1763 . 41
ſoupçonné m'être déſagréable , le Banian
hors de lui-même tira ſa dague &
m'en frappa la tête affez violemment
pour que je perdiſſe connoiſſance.
Revenue a moi- même , je ne m'oc
cupai que de ma chère Zoa . Je demandai
où l'on vous avoit emportée. Les
femmes ine dirent que vous étiez dans
la maiſon , mais qu'elles craignoient
que vous ne me fuffiez pas rendue fi
je refuſois de me foumettre au Banian ;
que néanmoins il étoit éſſentiel de ne
vous pas donner un autre lait que le
mien. Je vous aimois trop pour ne pas
céder à la néceffité ; mais il n'étoit pas
poſſible que je montraſſe déſormais
les plus foibles apparences d'attachement
à un homme qui m'avoit traitée
en eſclave. Ma tendreſſe pour vous
l'emporta cependant bientôt ſur mon
reffentiment , & je conſentis qu'elles
allafſent intercéder en ma faveur auprès
de leur Maitre , dans les termes qu'elles
jugeroient les plus propres à lui faire
impreffion. Elles ne tarderent guères à
vous rapporter dans mes bras. Mais en
m'apprenant que l'unique moyen de regagner
l'affection de leur Maître & de
vous garder toujours avec moi, étoit de
reconnoître ma faute , de m'humilier
42 MERCURE DE FRANCE.
devant lui. Soumiſe à ſa puiſſance &
ſans eſpoir de m'affranchir , je ne voyois
que ce parti à prendre : mais un ſentiment
de fierté plus fort que ma Raifon
ne put me le permettre , & me rendit
mon Tyran plus inſupportable que
jamais. Il eſt certain , ma chère Zoa
que nul autre motif que le danger
d'être ſéparée de vous , n'auroit pû me
faire profterner devant un homme qui
m'étoit auffi inférieur en tout , & pour
qui il ne me reſtoit plus la moindre
eftime.
Quelques jours ſe paſſerent , pendant
leſquels mes femmes me repréſentoient
ſans ceffe que mon obſtination , non
ſeulement ajoûteroit à la colère du
Banian , mais qu'elle me coûteroit la
perte de mon enfant. Cette idée m'éf
fraya d'abord ; mais ma vanité me ſuggéra
bientôt que ces mêmes charmes
dont je lui avois vû tant de fois éprouver
le pouvoir , l'emporteroient ſur ſa
hauteur , & que l'impoſſibilité de vivre
ſans moi , le forceroit à defirer le premier
une réconciliation : mais ma vanité
me trompa ; & je ne reçus d'autre nou
velle du Banian , que l'ordre cruel de
vous retirer de mes mains. Malgré mon
déſeſpoir je ſentis qu'il falloit céder : je
,
DECEMBRE. 1763 . 43
demandai à genoux qu'il me fut permis
de revoir mon Tyran. A l'air dont il me
reçut , je jugeai d'un coup d'oeil que fa
foibleffe pour moi, ſur laquelle j'avois
tant compté , ne pouvoit plus me promettre
d'eſpoir. Femme ! que voulezvous
? medit-il d'un ton de Sultan irrité.
Rien , Monfieur , lui dis-je , auſſi tremblante
de la violence queje me faifois à
moi-même, quede la crainte d'être refuſée
, rien que vous remettre cet enfant ,
&vous fupplier en même tems d'ordonner
ma mort : privée de votre affection
&de la préſence de ma fille , la vie n'a
plus rien qui me touche. La mort , répondit-
il , peut en effet vous ſembler
préférable au tourment de vivre avec
moi ; j'ai cependant été affez bon pour
ne plus offrir à vos yeux ce monſtre , qui
en couleur comme en malice..... Ahl
Monfieur , interrompis-je avec tranf
port , pardonnez cet emportement au
coeur déchiré d'une mère , qui depuis
notre union n'a jamais cherché qu'à ſe
rendre agréable à vos yeux. Si cela étoit
vrai , s'écria-t-il , auriez-vous tant différé
à implorer le pardon que vous demandez
? Eh ! m'écriai-je , en tombant à
fes pieds , cet acte de ſoumiſſion vous
touchera-t-il ? C'eſt à genoux que je de
44 MERCURE DE FRANCE.
mande cette grace;& fur-tout, que vous
vouliez bien ne pas me ſéparer de mon
enfant ! ....
Ces mots parurent l'émouvoir. Soit
par intérêt pour vous , foit par quelque
retour de tendreſſe pour moi , il daigna
quoiqu'avec fierté , ſe rendre à condition
toutefois , que je ne m'engagerois
par le ferment le plus folemnel
àne jamais vous inſpirer la moindre
notion de la Religion Chrétienne
quand vous avanceriez en âge. Quelque
rigoureuſes qu'elles fuſſent , il fallut
ſe ſoumettre à ces conditions ; & vous
ſçavez , ma chère Zoa , combien religieuſement
je les ai obſervées. Mais
toutes mes obligations ceffent avec ma
vie.
Au moment où je vous écris , il y
a douze ans que cette querelle eſt arrivée;
& depuis cette époque il n'y eutjamais
de parfaite intelligence entre votre
père & moi très-convaincu que toute
ſa tendreſſe n'avoit nullement touché
mon coeur , il s'en vengeoit en cédant
aux mouvemens d'un caractère dur
&jaloux. Quant à moi , le ſouvenir
des humiliations que j'avois eſſuyées ,
ne me permettoit pas le moindre effort
pour regagner ſon amitié. Etrangère
DECEMBRE. 1763. 45
aujourd'hui dans un lieu où j'ai paffé
tant d'années , à peine ai-je la liberté de
jouir de la fraîcheur de l'air : je ſupporte
mes peines avec une patience apparente ;
mais je ne ſens pas moins que le chagrin
détruit infenfiblement les principes de
ma vie. Sans vous , ma chère Zoa , ce
ſeroit pour moi une conſolation d'en enviſager
la fin. Tout ce que je demande
aux Cieux , c'eſt que cette hiſtoire vous
fafſe aſſez d'impreſſion , pour faire germerdans
votre coeur les ſentimens d'une
Chrétienne . Vous ne fauriez l'être tant
que le Banian vivra : mais j'oſe encore
eſpérer que le Ciel attendri par mes larmes
, & touché de votre innocence
ſçaura peut- être un jour , par des événemens
dont à peine j'enviſage la poffibilité
, vous rendre au culte facré de vos
Pères &à votre Patrie .
Adieu , ma chère Zoa ! je ne ſerai
plus quand vous lirez ce manufcrit , &
mes derniers voeux ſont pour vous .
N. B. Quand ma mère , ajoute Zoa ,
ſe ſentit proche de fa fin , elle me fit
appeller ; & après m'avoir donné fa bénédiction
, elle mit dans mes mains une
petite caffette , dans laquelle elle gardoit
quelques bijoux que lui avoit autrefois
donnes mon père. Ma chère enfant
46 MERCURE DE FRANCE.
dit- elle , voilà tout ce dont je puis difpoſer
; mais vous trouverez dans cette
caffette quelque choſe digne d'être conſervé.
Je vous ordonne cependant de ne
pas l'ouvrir avant ma mort , & de prendre
garde que d'autres que vous ne
voyent ce qu'elle contient : fans cette
précaution vous iſqueriez d'être privée
du plus riche tréſor , & vous me feriez
perdre le fruit des ſoins que j'ai cru devoir
prendre pour votre bonheur futur.
Ce ne fut que longtemps après la mort
de ma mère , que j'ouvris une caffette
, où , avec le récit de ſes malheurs ,
je trouvai une très-ample inſtruction
fur les Myſtères de la Religion Catholique
, que Dieu m'a fait enfin la
grâce d'embraffer , par des moyens
dont je rendrai compte un jour ; &
j'eſpére qu'il me fera ſans doute auffi
celle de me pardonner , d'avoir déſobéi
fur ce point à mon père.
J E commençois à defirer le retour du
Banian , dans l'espérance qu'il me rapporteroit
une réponſe favorable : un
mois entier ſe paſſa ſans qu'il nous
DECEMBRE. 1763 . 17
donnât de ſes nouvelles ; à la fin , il arriva.
Il prétendit ( car hélas ! je n'eus
que trop lieu , dans la ſuite , de connoître
ſa mauvaiſe foi ) qu'il avoit
paflé tout ce - temps là , & cela trèsinutilement
, à attendre le rétabliſſement
du Gouverneur , qui ne vouloit
voir perſonne pendant ſa maladie ; que
mon Hiſtoire qu'il avoit racontée à plufieurs
Anglois , avoit été reçue de leur
part très - froidement , ce qu'il attribuoit
à la guerre , qui étoit entre eux & les
François ; qu'enfin le Vaiſſeau de mon
Père ayant péri avec toute ſa Cargaiſon
, il n'y avoit plus à eſpérer
de recouvrer aucuns de ſes effets.
Cette nouvelle m'arracha des larmes ,
dont il parut extrêmement touché. Il me
dit dans les termes les plus tendres , ainfi
que l'Interpréte me les rendit , que
j'avois tort de me livrer à un chagrin
auffi immodéré , qu'il ſe flattoit que
dans peu de temps il pourroit engager
quelques Anglois à ſe montrer plus humains
à mon égard ; qu'au ſurplus tant
que je reſterois chez lui , dût- ce être
pour toujours , tout ce qu'il poffédoit
feroit à mon ſervice & à mes ordres .
Je le remerciai comme ſi ſes offres n'a18
MERCURE DE FRANCE .
voient eu que l'hoſpitalité pour motif;
je diffimulai mes craintes avec toute l'adreſſe
dont j'étois capable , en ne faifant
rouler mes inquiétudes que fur
l'embarras que je lui caufois. Ses foins
les plus empreſſés étoient de diffiper
ma mélancolie par tous les divertiſſemens
qu'il pouvoit imaginer. L'interpréte
lui ayant fait part des progrès
que j'avois faits dans la langue du Pays,
il en parut enchanté & s'écria : je puis
donc eſpérer que tout ce qui eſt dans
l'Inde n'eſt pas déſagréable à ma charmante
Henriette ! Comme j'entendis
fort bien ces mots , je pris fur moi de
répondre ſans le fecours de l'Interpréte.
Je lui dis que n'y ayant juſqu'à préfent
rien trouvé qui me fut déſagréa
ble , j'eſpérois de conſerver cette façon
de penſer. Il faut , dit-il , au Hollandois
, que vous soyez un excellent
Maître , ou que votre Ecolière ait un
génie ſupérieur , pour être en état nonſeulement
d'entendre , mais même de
prononcer avec autant de grâces une
Langue qu'elle n'a entendue qu'il y a
environ un mois. Depuis ce moment ,
quand nous étions à table , il me faifoit
nommer en Malayan tous les plats
DECEMBRE. 1763 . 19
dont je voulois goûter ; me faiſoit boire
à ſa ſanté , & tâchoit de me faire
converſer avec lui. Les femmes qui me
fervoient , charmées de pouvoir ſe faire
entendre , me parloientfans ceſſe , & je
parvins bientôt à ſçavoir leur Langue
au point de n'être embarraffée dans aucune
eſpéce de converſation .
Quelques jours ſe paſſerent où tout
fut employé à me diſtraire de mes trif
tes idées & rien à confirmer mes foupcons
, juſqu'au moment où le Banian
ſe trouvant un jour ſeul avec moi dans
le Jardin ,me conduifit dans une grotte
dont la délicieuſe fraîcheur tempéroit
l'ardeur du Soleil , fans nous priver
de l'effet brillant qu'il produiſoit fur le
fommet des arbres. Cet endroit n'eſt il
pas charmant , belle Henriette , me ditil
? & faut-il defirer de quitter l'Inde
pour ſe croire heureux ? Sans doute ,
répondis-je , ceux qui ont leur établiſ
ſement dans ce Pays-ci auroient tort de
ſe plaindre de leur fort ; mais ceux qui
font nés dans une autre partie du monde&
y ont toujours vécu , pourroient ,
fans qu'on leur en ſçût mauvais gré ,
n'y pas goûter les mêmes agrémens. Le
moyen de vous les faire goûter , reprit- il,
eft de vous y fixer ; mais je crains que
1
20 MERCURE DE FRANCE .
ce que le Pays a d'agréable ne puiffe
pas racheter à vos yeux la couleur difforme
de ſes habitans. L'on m'a toujours
enſeigné , lui dis-je , que la ſeule
beauté vraiment eftimable étoit celle
de l'âme. Fidelle à cette leçon je n'ai
juſqu'ici eſtimé les hommes que par
leurs actions . Les miennes vous ont-elles
jamais offenſée ? s'écria- t il vivement.
Vous , Monfieur ! repris-je avec
ſurpriſe , je n'ai qu'à me louer de votre
bienfaiſance. Non , Henriette , non ,
reprit-il avec un ſoupir , vous ne m'avez
aucune obligation. Etoit-il en moi
d'en ufer autrement avec vous ? L'inf
tant où je vous vis fut celui de madéfaite
; & vous ne me laidsâtes que le
titre d'Eſclave , ajouta- t- il en me prenant
la main & en la portant à fa
bouche..
Quelles furent alors mes craintes ! ....
Je rougis , je tremblai , & n'eus pas la
force de parler. Le Banian trembloit
auſſi. Mais mon filence qu'il interprétoit
mal , l'enhardit bientôt au point de hazarderdes
careffes qui redoublerent mon
éffroi... Arrêtez , lui dis -je , en m'élançant
hors de la grotte ; n'achevez pas de
perdre le mérite de votre générofité.
J'ai appris à ſupporter le malheur : mais
DECEMBRE . 1763 . 21
la mort me délivreroit de l'infamie . Ces
mots firent fur lui toute l'impreffion
quej'en avois attendu. Pourquoi , dit- il,
en foupirant , pourquoi , belle Henriette
, donner des noms ſi odieux au témoignage
innocent de mon amour ?
Les Dieux ſeuls ſçavent ce qu'il m'en
a coûté pour ne pas vous le déclarer
plutôt; & je jure par eux que mes defſeins
furent toujours dignes d'être avoués
par l'honneur & la vertu Serois-je affez
malheureux pour que des ſentimens
fi purs , vous fuſſent odieux de la part
de celui à qui vous les inſpirez ?
Quoiqu'un peu raffurée par ces derniers
mots , j'étois embarraſſée de ma
réponſe . La franchiſe de mon caractère
ne me permettoit pas d'autoriſer un ſentiment
que je ne pouvois lui ſouffrir fans
une répugnance invincible. Vous héſitez
, s'écria- t- il , ma chère Henriette !
Mais en réfléchiſſant ſur les moyens extraordinaires
qui vous ont conduite jufqu'à
moi , vous fentirez fans doute que
le Ciel nous avoit deſtinés l'un pour
l'autre. Oui ! poursuivit-il avec chaleur ,
oui ! la plus aimable des Créatures , je
re regarde comme la récompenſe de ma
piété & de mon zéle pour les Dieux
que je fers.
22 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! Monfieur , interprétez mieux la
volonté de Dieu qui m'envoye à vous
feulement comme une occafion d'exercer
votre humanité. Quel plaifir plus
flatteur que celui de faire le bien !
Ceux qu'offre l'amour peuvent-ils lui
être comparés ? Oubliez- vous enfin que
nos cultes font différens , & que rien
ne pourroit me réfoudre à une alliance
profcrite par le mien ?
Oh! quant à cet Article , interrompit
le Banian , dès que vous connoîtrez
mieux mon culte , vous prendrez ,
& j'en fuis certain , une idée plus avanrageuſe
de la clémence de nos Dieux ,
que celle que vous pouvez avoir du
vôtre.
Ce blafphême me fit horreur. Je le
témoignai vivement ; mais le Banian
avoit trop d'art pour continuer une
converſation plus propre à augmenter
mes inquiétudes qu'à les diffiper ; il
m'affura au contraire qu'il ne tenteroit
jamais de rien changer à ma façon de
penſer ſur ma Religion.
La nuit qui s'approchoit , me preſſoit
de quitter la grotte ; & je n'y parvins ,
qu'en m'engageant à écouter patiemment
à l'avenir les témoignages de fon
amour. Cette converfation occupa en
DECEMBRE. 1763 . 23
core tout le ſouper ; & quand je parus
defirer de me retirer : cruelle Hentiette !
s'écria -t- il , je vois avec douleur , le
peu de progrés de ma tendreſſe : vous
me haïflez ; & je crains bien qu'il ne
ſoit jamais en mon pouvoir de changer
votre coeur. Je ne veux pas pourtant
vous retenir plus longtemps ; peutêtre
que , rendue à vous-même , vous
me jugerez moins fait pour tant de rigueurs.
Il prononça ces mots , d'un air
fi pénétré , que , cédant malgré moimême
à la pitié qu'il m'inſpira : Ah !
Monfieur , lui dis -je avec émotion
pourrois-je en effet vous haïr ? Ai-je un
autre appui dans ces lieux ? Ai-je un
autre protecteur que vous ? Rendez
plus de juſtice à une inforunée , trop
accablée encore par la perte récente de
tout ce qu'elle avoit de plus cher
& qui ſe croiroit heureuſe de trouver
un frère en vous .
O charmante Henriette ! interrompit
le Banian , avec une expreffion qui mar
quoit autant de joie qu'il avoit montré
de douleur , tout ce que tu as perdu , tu
peux le retrouver en moi : je ferai à.
toi , & à toi ſeule ; tu feras le monde
entier pour moi. Mais , ajouta-t-il , s'il
eſt vrai que tu m'aimerois comme un
24 MERCURE DE FRANCE.
frère ; confirme cet aveu , en permettant
que je t'embraſſe comme tel. Je
me repentis alors de ce que j'avois dit.
Il me tint pendant quelques minutes
étroitement ferrée entre ſes bras , &
vivement tenté de profiter de l'occa -
fion , comme il me l'a avoué depuis ;
mais le ſentiment de ce qu'il croyoit
me devoir , l'emporta fur les mouvemens
fougueux de ſa paffion ; & il me
laiſſa la liberté de me retirer , avec un
air qui me fit ſentir tous les riſques que
j'avois courus.
L Je paſſai la plus mauvaiſe nuit. L'idée
d'être au pouvoir d'un homme qui ne
diffimuloit plus ſes vues ; l'impoffibilité
apparente de m'y ſouſtraire , me
cauſoient de mortelles inquiétudes , &
je ne me voyois de reſſources , que
dans les ſecours du Ciel. J'étois encore
dans cette douloureuſe ſituation , lorfqu'une
des femmes entra dans
chambre , & me dit que le Hollandois
prêt à partir , demandoit à prendre congé
de moi : ſur quoi , j'ordonnai qu'on
le fit entrer. Après m'avoir témoigné
l'intérêt qu'il prenoit à mon bonheur ,
il chercha à détruire ce qui me reſtoit
d'eſpérance du côté des Anglois , en
ma
m'aſſurant qu'il étoit plus que vraiſemblable
DECEMBRE. 1763 . 25
blable qu'ils ne feroient rien pour moi.
Il ajouta , qu'il avoit démêlé que le
Banian m'aimoit , & qu'il le ſoupçonnoit
d'avoir conçu le projet de m'épouſer.
M'époufer ? Interrompis - je ,
une Chrétienne épouſer un Idolâtre !
Tous mariages font bons aux yeux de
Dieu , reprit - il , la différence des cérémonies
ne détruit point leur validité
; & je ne vois pas qu'une auſſi foible
raiſon doive vous faire renoncer à
la fortune qui vous eſt offerte. Elle fetoit
plus grande encore , lui répondisje
, que je préférerois la mort au malheur
de recevoir un infidéle dans mon
lit. Puffiez-vous n'avoir pas à en gémir
, me dit-il : mais oubliez-vous que
vous n'êtes pas maîtreſſe de vous -même
dans ce Palais ? Je ne le ſçais que trop ,
repris -je , fondant en larmes. L'émotion
que je crus remarquer dans ſes yeux ,
me donna l'idée de ſaiſir cette oсса-
fion de tenter ſa cupidité. Je lui ouvris
donc mon âme , ſans lui cacher la déclaration
que m'avoit faite le Banian ;
ma répugnance à répondre, & la frayeur
où j'étois à chaque inſtant fur ce qui
en pourroit réſulter. Si vous étiez affez
généreux , lui dis-je , pour avoir pitié
de moi & me procurer dequoi me dé-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
guifer , je partirois la nuit & j'irois
trouver quelque Facteur Anglois qui
fûrement ne feroit pas aſſez barbare pour
me refuſer le paſſage ſur un de leurs
vaiſſeaux. Croyez que je ne ſerai point
ingrate , & qu'auſſitôt que je ferai rendue
au comptoir , je vous donnerai cette
bague qui eſt un diamantde prix &
tout ce que m'a laiſſé ma malheureuſe
fortune. Je lui montrai la bague dont
l'éclat produifit tout l'effet que j'en attendois.
Après avoir réfléchi un moment
, il m'aſſura qu'avant trois jours
j'entendrois parler de lui , & me recommanda
pendant ce temps de traiter le
Banian de manière à lui donner lieu
d'eſpérer que je ne ſerois pas toujours
infenfible à ſa flamme , pour éviter
qu'une conduite différente ne ledéterminât
à tenter la violence. Je le conjurai
en pleurant d'être fidéle à ſes promeſſes.
Après me les avoir réïtérées par
ferment , il prit congé de moi , & me
laiſſa dans la diſpoſition de ſuivre fes
avis, quelle que fût ma répugnance pour
tout ce qui reſſembloit à la fauffeté.
Je penſai d'abord que fi je reſtois
plus longtemps dans ma chambre , le
Banian pourroit me ſoupçonner l'intention
de l'éviter ; je deſcendis dans
DECEMBRE. 1763 . 27
la Salle où je comptois le trouver. Il n'y
vint que deux heures après avec une
lettre à la main. Ma chère Henriette ,
me dit- il , je ſuis fâché d'être porteur
de nouvelles qui pourroient bien ne pas
vous plaire ; un Négociant Anglois me
mande que l'animofité entre ſa Nation
& la vôtre eſt portée au point qu'il n'oferoit
riſquer de vous fervir , & d'autant
plus que vous appartenez à celui
qui avoit été nommé Gouverneur d'Iranadab
, & dont les ordres étoient
fûrement de nuire à leur commerce.
De façon , continua-t- il , que vous ne
dépendez plus que de moi. Je ſentis
d'abord fon artifice , qui n'avoit d'autre
but que celui de me réduire à la néceffité
de céder enfin à ſes volontés . Je
me contentai de répondre : il ſe trouve
donc des Barbares parmi les Chrétiens ?
Oui , reprit- il avec chaleur , & tels que
vous auriez peine à en trouver parmi
les Indiens . Il s'étendit alors fur les
cruautés & fur les perfidies des Nations
Européennes . Mais quoique peu perfuadée
de tout ce qu'il diſoit à leur
déſavantage , j'évitai de le contredire ;
& fon humeur fut fi agréable pendant
tout le reſte du jour , que je n'y foupconnai
rien de contraint.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dès ce moment je parus écouter ſans
répugnance les témoignages de ſa tendreſſe.
Je fouffris même qu'il prît ma
main entre les fiennes , & croyois devoir
acheter ainſi le temps dont j'avois
beſoin. Mais le Banian ſe troubla en
me preſſant ſur ſon ſein. O ! trop chère
Henriette , s'écria-t-il , d'une voix émue ,
ne vous perfuaderai - je jamais que votre
bonheur & le mien ſeroient le prix de
votre ſenſibilité ? Je m'apperçus alors
combien j'avois à craindre en pouffant
fi loin ma complaiſance : je me débarraffai
de lui. Rappellez-vous , lui dis-je ,
le ferment que vous avez fait de ne ja
mais m'offenfer par des libertés qui me
rendroient indigne de votre affection fi
je les permettois: laiſſez au temps à déci
der mon coeur. Vous aurez tout celui
que vous éxigerez , repliqua-t-il , mais
qu'il foit limité : dites ſeulement que
vous ferez à moi , & fixez le terme de
mon fupplice ; il ſeroit peut être au-deſſus
des forces humaines de vous adorer , de
vous voir fans ceſſe , d'être fans eſpérance
, & de vous refpecter toujours. Je
ne puis rien vous promettre , repris -je ;
mais fi vous m'aimez en effet , vous
eſſayerez du moins juſqu'où la reconnoiffance
peut me conduire. Eh bien ,
DECEMBRE. 1763 . 29
dit-il , je m'y foumets ; car je prétends
vous plaire . A partir de ce moment , le
Banian ſe conduifit avec moi de façon
à ne me rien laiſſer à defirer pendant
deux jours & une partie du troifiéme.
Ce fut alors que le Hollandois revint
pour chercher , diſoit-il , quelques papiers
qu'il avoit oubliés ,& dont la perte
lui eût été de la plus grande importance ;
mais dans le vrai , pour me remettre
ſecrettement un billet où je trouvai ces
mots : " Si vous perſiſtez dans la réſolu-
» tion de quitter la maiſon du Banian
rendez-vous vers minuit dans le jardin ;
> vous trouverez à côté de la ſalle à man-
» ger un habit d'eſclave : c'eſt le dégui-
>>ſement le plus propre à vous cacher.
» Mais je vous exhorte de nouveau à
» abandonner ce projet , dans la crainte
» où je ſuis encore que vous n'ayez à
>> vous plaindre de la réception des An-
» glois. Quoiqu'il en ſoit, je tiendrai ma
>> promeffe, &je me trouverai derrière le
» jardin , d'où je vous conduirai où vous
>>> defirez vous rendre .
Ce billet me donna plus de tranquilli
té ; car malgré notre petit traité , leBanian
renouvelloit vivement ſes perfécutions
, & ce foir- là même il me preſſa
tellement de fixer le moment de ſon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
bonheur , je vis tant d'égarement dans
fes yeux , qu'effrayée de ſes regards , je
pais le parti de lui donner le change. Demain
, lui dis-je , vous faurez ma derniere
réſolution. Votre réſolution , s'écria-
t- il ? Elle ſera peut- être l'Arrêt de
ma mort. Au moins dites-moi ſi je puis
efperer qu'elle ſera en ma faveur. Je le
crois , lui dis -je , fi vous continuez de
defirer. Dieux ! pourriez-vous en douter,
reprit-il ? Demain ..... Atteſtez donc votre
Dieu que vous ferez demain à moi. Je
ne fuis pas garant des événemens , repris-
je ; mais fi je vis & fi vous êtes dans
les mêmes ſentimens ... Jurez-le - moi, interrompit-
il avec une eſpéce d'emportement
indéfiniſſable ,&dontje fus glacée.
Confirmez cette adorable promefle : affurez-
la-moi par un ferment qui vous ſoit
inviolable. Eh bien , répondis - je en
tremblant, & fur la certitude intérieure
que le lendemain je ferois loin de lui ,
jejure par celui qui régit ce vaſte Univers
que demain nous ferons l'un à
l'autre fi vous continuez de vouloir &
de pouvoir former cette union. Le Banian
parut tranſporté & me baiſa plufieurs
fois la main. Cependant à travers
ſes tranſportsje crus lui voir moins d'ardeur
que de coutume. Il parla peu , &
. DECEMBRE. 1763 3
quand je me diſpoſai à me retirer , il ne
s'y oppoſa point : il me dit ſeulement en
m'embraſſant ; prenez garde , aimable
Henriette , à remplir votre voeu ! Je fouris
, & le quittai avec d'autant plus de
plaifir , que je me flattois de ne le plus
revoir.
Je me laiſſai deshabiller à l'ordinaire ;
& quand je crus que tout dormoit dans
la maiſon , je deſcendis , j'ouvris doucement
la porte du jardin ; j'y trouvai au
lieu marqué l'habit d'eſclave ; je m'en
revêtis promptement , & après avoir
franchi une paliſſade qui ſéparoit lejardin
d'une prairie , je rencontrai mon
guide. Il faut , dit- il , vous armer de patience
, car nous avons pluſieurs milles
à faire avant que de pouvoir nous repofer
en fùrété. J'étois fi ravie de ma délivrance
, que je me croyois infatigable.
Nous prîmes notre route à travers un
bois , dont la ſombre horreur me rappella
tout ce que j'ai fouffert dans la
forêt de Malayan ; mais l'âge avancé de
mon conducteur me raſſura .
Nous avions fait à peine une demie
lieue , que nous nous vîmes environnés
de pluſieurs hommes. Ce ſpectacle me
fit tomber ſans connoiffance. Lorſque
je revins de ma foibleſſe , la vue de mon
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
appartement , & des deux femmes qui
étoient dans l'uſage de me ſervir , ne
me laiſſerent plus douter de mon infortune.
Ce que je ne pouvois comprendre ,
c'eſt que le Banian eût pû fitôt être informé
de ma fuite. En vain je queſtionnai
les femmes ; je n'en pus tirer autre
choſe , finon que leur maître me répondroit.
La honte de l'avoir trompé , jointe
à ce que j'en avois eu précédemment à
craindre , fut prête à me jetter dans une
ſeconde foibleſſe. Dieu ! m'écriai-je ,
quels crimes ai-je donc commis pour
être auffi cruellement perfécutée ? Les
larmes que je répandis , & l'agitation de
mon âme , que je ne m'efforçois plus
de cacher , auroient ému le coeur le plus
barbare .
Dès qu'il fut jour je vis paroître le Banian
: j'étois encore au lit , & mon premier
mouvement fut de me cacher ſous
la couverture . Vous avez raiſon de vous
cacher, perfide créature, s'écria-t- il ; non .
"ſeulementvous me trompiez , mais vous
trompiez le Dieu que vous ſembliez refpecter.
Voyons , continua-t- il , fi cette
phyſionomie trompeuſe conſerveencore
affez de charmes pour défarmer tout
mon reſſentiment. Plaiſe au Ciel que
non ! m'écriai-je avec tout le courage
DECEMBRE. 1763 . 33
:
,
dont je pus m'armer ; je ne demande
d'autres faveurs que celle de mourir ; ce
ſera finir mon fupplice , & vous vous
épargnerez bien des tourmens. Non , reprit-
il , ma vengeance ſera plus ingénieuſe
& moins au gré de votre haine
pour moi. Préparez , dit- il , en fortant ,
& en ſe retournant vers les femmes
préparez cette créature perverſe à paffer
bientôt dans mon appartement. Alors les
miniſtres de ce maître impérieux me dépouillerent
de mon habit d'eſclave pour
me revêtir d'une robe très- riche . Si j'avois
eu en ma diſpoſition quelque inftrument
propre à me donner la mort , je
me ferois trouvée heureuſe : mais les
marques de mon déſeſpoir avoient fait
prendre aux femmes des précautions
pour m'empêcher d'y fuccomber. Elles
me conduifirent, ou plutôt me traînerent
chez le Banian , qui fit figne à celles
qui m'avoient amenée de nous laiffer
ſeuls . Eh bien , Henriette , me dit- il ,
eſt-ce ainſi que vous vous éfforcez de
calmer mon reſſentiment ? Est-ce par
des fanglots , & par un filence opiniâtre ,
que vous comptez obtenir votre grace ?
Je tentai vainement de parler : mes foupirs
m'étouffoient la voix, Fille obſtinée
! s'écria-t- il , où ſont maintenant ces
By
34 MERCURE DE FRANCE.
,
regards , cette douceur perfide que vous
employates fi bien hier pour me tromper
? Ce reproche me fit ſentir tout le
poidsdes remords ſur un intérieur coupable.
Dieu feul , lui dis-je en tremblant ,
ſçait ce qu'il m'en a coûté pour diffimuler
avec vous ; & j'avoue avec la plus grande
fincérité , que fans avoir pû être touchée
de votre amour , je n'ai jamais été inſenſible
à vos bontés.... Et tu me fuis
interrompit- il , pour me prouver ta reconnoiffance
? Mais ſi je n'ai eu d'autres
motifs que celui de l'amour pour t'accorder
ma protection , tu devois à la
cauſe les ſentimens que tu accordois à
l'efet. Je vous ai aimé , Henriette , & je
vous aime encore malgré moi: mais me
voici décidé à rompre un enchantement
qui m'avilit ; je ne vois plus en vous
qu'une eſclave faite pour obéir à fon
maître .... Ah , Seigneur ! lui dis-je en
tombant à ſes pieds , vous avez juré par
vos Dieux de ne jamais me faire violence.....
Songez que le parjure .....Hypocrite
! s'écria-t-il , oſez-vous parler de
parjure , quand vous -même en êtes doublement
coupable ? N'avez-vous pas juré
par votre Dieu , que fi vous étiez en vie
&en mon pouvoir aujourd'hui , vous céderiez
à ma rendreſſe ? Je conviens du
DÉCEMBRE. 1763. 35
ferment que j'ai fait , repliquai-je ; mais
fi vos ſentimens ont ceſſé d'être les mêmes
, hélas ! fuis-je tenuede les remplir ?
Ainfi vous avouez être liée , en ſuppofant
que mon coeur ſoit le même ? Eh
bien , vous êtes condamnée par vos propres
paroles ; & pour vous en donner
la preuve , apprenez que j'étois inſtruit
de tout ce que vous avez fait pour me
tromper. La Lettre du Hollandois étoit
écrite de ma main ; votre déguiſement
étoit choiſi par moi ; ce ſont mes gens
qui vous ont arrêtée : je vous ai toujours
fuivie. Ainfi mes fentimens n'ont pas
plus changé que les vôtres. Alors auffi
humiliée que confondue, que me reſtoitil
à oppoſer au Banian ? Je me récriai
contre la perfidie du Hollandois , qui
après avoir favoriſé mon projet & m'avoir
féduite par ſes pernicieux avis ,
m'avoit fi lâchement trahie . Le Banian,
après m'avoir laiſſé exhaler ma colère ,
me pritdans ſes bras : allons , ma chère
Henriette , il eſt écrit que nous ferons
tous deux parjures ; vous en refuſant ce
que vous avez juré de m'accorder , &
moi en ufant de violence pour l'obtenir.
Il ne nous reſte qu'un moyen de
fauver nos âmes d'un crime dont la
mienne frémit , tout déterminé que je
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
ſuis à le commettre : c'eſt de vous donner
à moi fans répugnance.
Dans l'impoffibilité de me ſouſtraire
à ma deſtinée ; engagée par un ferment
à ne pouvoir plus refuſer ce que l'attente
d'une mort cruelle ne m'eût jamais
fait accorder , ſi j'avois pu prévoir
l'avenir ; forcée enfin à cet odieux facrifice
, je me bornai à éxiger que la
décence la plus rigoureuſe y mît le
ſceau. Je n'ai plus rien , Monfieur , à
objecter contre vos droits , lui répondis-
je ; je reconnois que le ferment me
lie malgré la façon artificieuſe dont
vous me l'avez arraché : mais ſi vos
ſentimens ſont purs , une cérémonie
authentique doit en précéder la récompenſe.
Je vous entends , s'écria-t-il ; &
pour vous prouver combien je méritois
plus de retour de votre part , je
veux que vous soyez ma femme. Ne
rappellons point le paſſé , repris-je , ſi
vous voulez rétablir dans mon âme les
ſentimens qui ſeuls peuvent nous rendre
heureux. Quantà moi , je vous jure
avec la plus grande fincérité , que quelque
répugnance que j'aye marquée
pour cet engagement , je m'efforcerai
déſormais à ne voir en vous qu'un
époux digne de ma tendreſſe , & à me
DECEMBRE . 1763 . 37
conduire à votre égard comme une
épouſe devenue telle par fon choix .
Le Banian au comble de ſes voeux ,
eût volontiers folemnifé ce mariage dès
le jour même ; mais je gagnai ſur lui de
le différer juſqu'au lendemain. L'état
violent d'où je ſortois demandoit au
moins une nuit tranquille. Vous ne devez
pas craindre , lui dis - je , d'être
trompé une ſeconde fois , j'ai eu trop
à me repentir de la première ; le
temps de mon abfence ne ſera employé
qu'à étudier les moyens de réparer ma
faute.
Le lendemain matin les femmes qui
m'avoient toujours ſervie , m'apportérent
les habits de nôce les plus fomptueux
& me conduifirent chez le Banian
, que je trouvai auſſi magnifiquement
vêtu. Une nombreuſe ſuite
de Banians qui avoient été invités pour
être témoins de notre mariage entrerent
immédiatement après , & nous nous
rendîmes au lieu deſtiné pour la cérémonie.
Ici finirent les calamités attachées à
mon état de fille ! mais hélas ! pour en
éprouver d'autres dans celui de femme.
Malgré tous mes efforts pour remplir
mes devoirs envers mon mari , il ne
38 MERCURE DE FRANCE.
fut jamais en moi d'éprouver les délices
qui , dit- on , font le charme de pareilles
unions. Le Banian s'en plaignit
d'une façon délicate & ne négligea rien
de ce qui pouvoit donner plus de chaleur
à mes ſentimens. Soins inutiles !
chaque jour ajoûtoit à la vivacité de ſa
paffion , & à mon invincible froideur.
Ses intérêts l'ayant quelque temps
appellé à la ville , où il defiroit que je
l'accompagnaſſe ; je me contraignis pour
paroître defirer ce voyage , auquel j'euffe
volontiers préféré la folitude.
Anotre arrivée à Bombay , nous reçumes
la viſite de pluſieurs familles Indiennes
, qui féliciterent mon mari fur
fon choix ; & je ne tardai pas à m'appercevoir
de fa répugnance à me laiffer fortir
du logis: mais peu curieuſe de former
aucune fociété avec les Indiens , j'étois
fur ce point très-d'accord avec lui. Dès
l'inſtant où il put fe flatter de ma groffefſe
, il infiſta pour que je l'accompagnafle
au Temple , afin d'invoquer l'Idole
adorée pour une heureuſe délivrance
: c'étoit , dit-il , un ufage dont
perſonne ne pouvoit ſe diſpenſer , bien
moins encore la femme d'un Banian .
Je cédai à cette néceſſité , en me réſervant
de faire de mon coeur le temple de
DECEMBRE. 1763 . 39
ma dévotion , & de diriger mes penſées
vers le Dieu qui en connoiffoit les plus
fecrettes.
Je fus conduite à la Pagode, dans une
chaiſe fermée & fuivie par tous nos domeſtiques.
Le Banian , avec pluſieurs
de ſes amis , vint me prendre à la porte
, & me mena à la Colomne , fur laquelle
l'Idole eſt placée. Je feignis d'y
faire ma prière , quoiqu'indignée du
ſpectacle ridicule de leurs cérémonies ,
& le Banian ſeul me reconduifit à
ma chaiſe. Mais cet acte de complaifance
ne fervit qu'à m'attirer bientôt
de nouveaux chagrins , puiſque le Banian
, aveuglement attaché à ſa religion
, employa tout pour m'engager
à l'embraffer . Un jour qu'il m'en preffoit
le plus : Ah ! ne l'éxigez pas , lui
dis-je : en même temps qu'il me feroit
impoffible de fléchir le genoux devant
vos Idoles , je ſens que je ſerois capable
de mourir , pour vous prouver qu'après
mon Dieu , vous êtes au monde ce
que j'ai de plus cher. La vivacité avec
laquelle je prononçai ces mots , lui en
démontra la fincérité ; il parut moins
ſenſible au mépris que je témoignois
pour ſa religion ; & ſes ſollicitations
furent ſuſpenduesjuſqu'au moment de
40 MERCURE DE FRANCE.
,
votre naiſſance. C'est alors , ô ma chère
Zoa ! que je me vis livrée aux plus terribles
amertumes , en voyant que ma
fille ſeroit élevée dans l'erreur : je frémiffois
en penſant que vous n'aviez
même pas reçu le baptême ; & j'étois
un jour occupée à vous adminiſtrer de
mon mieux ce Sacrement , quand le
Banian s'offrit à mes yeux. Vaine &
trop crédule femme ! s'écria-t-il avec
des yeux étincelans de rage ; comment
ofes-tu pratiquer ces extravagances
fur mon enfant ? Mais tu gémiras
de ton crime , & d'avoir abuſé de mon
indulgence. Emportez cet enfant , dit- il
à mes femmes qui parurent alors , &
que les premières paroles qu'il pourra
prononcer , foient autant de malédictions
contre les Chrétiens. Je fuppliai
vainement votre barbare père de modé
rer l'excès de fon reſſentim ent ; il vous
arracha de mes bras , & vous fit diſparoître
à mes yeux. Alors oubliant mes
devoirs & combien fon culte lui étoit
cher , je déplorai le ſort fara! qui m'avoit
ſoumiſe à un idolâtre ; & mon emportement
alla juſqu'à lui dire , que fa
méchanceté étoit auſſi infernale que la
couleur de ſa peau. A ce dernier trait
contre ſa perſonne , qu'il avoit toujours
DECEMBRE . 1763 . 41
ſoupçonné m'être déſagréable , le Banian
hors de lui-même tira ſa dague &
m'en frappa la tête affez violemment
pour que je perdiſſe connoiſſance.
Revenue a moi- même , je ne m'oc
cupai que de ma chère Zoa . Je demandai
où l'on vous avoit emportée. Les
femmes ine dirent que vous étiez dans
la maiſon , mais qu'elles craignoient
que vous ne me fuffiez pas rendue fi
je refuſois de me foumettre au Banian ;
que néanmoins il étoit éſſentiel de ne
vous pas donner un autre lait que le
mien. Je vous aimois trop pour ne pas
céder à la néceffité ; mais il n'étoit pas
poſſible que je montraſſe déſormais
les plus foibles apparences d'attachement
à un homme qui m'avoit traitée
en eſclave. Ma tendreſſe pour vous
l'emporta cependant bientôt ſur mon
reffentiment , & je conſentis qu'elles
allafſent intercéder en ma faveur auprès
de leur Maitre , dans les termes qu'elles
jugeroient les plus propres à lui faire
impreffion. Elles ne tarderent guères à
vous rapporter dans mes bras. Mais en
m'apprenant que l'unique moyen de regagner
l'affection de leur Maître & de
vous garder toujours avec moi, étoit de
reconnoître ma faute , de m'humilier
42 MERCURE DE FRANCE.
devant lui. Soumiſe à ſa puiſſance &
ſans eſpoir de m'affranchir , je ne voyois
que ce parti à prendre : mais un ſentiment
de fierté plus fort que ma Raifon
ne put me le permettre , & me rendit
mon Tyran plus inſupportable que
jamais. Il eſt certain , ma chère Zoa
que nul autre motif que le danger
d'être ſéparée de vous , n'auroit pû me
faire profterner devant un homme qui
m'étoit auffi inférieur en tout , & pour
qui il ne me reſtoit plus la moindre
eftime.
Quelques jours ſe paſſerent , pendant
leſquels mes femmes me repréſentoient
ſans ceffe que mon obſtination , non
ſeulement ajoûteroit à la colère du
Banian , mais qu'elle me coûteroit la
perte de mon enfant. Cette idée m'éf
fraya d'abord ; mais ma vanité me ſuggéra
bientôt que ces mêmes charmes
dont je lui avois vû tant de fois éprouver
le pouvoir , l'emporteroient ſur ſa
hauteur , & que l'impoſſibilité de vivre
ſans moi , le forceroit à defirer le premier
une réconciliation : mais ma vanité
me trompa ; & je ne reçus d'autre nou
velle du Banian , que l'ordre cruel de
vous retirer de mes mains. Malgré mon
déſeſpoir je ſentis qu'il falloit céder : je
,
DECEMBRE. 1763 . 43
demandai à genoux qu'il me fut permis
de revoir mon Tyran. A l'air dont il me
reçut , je jugeai d'un coup d'oeil que fa
foibleffe pour moi, ſur laquelle j'avois
tant compté , ne pouvoit plus me promettre
d'eſpoir. Femme ! que voulezvous
? medit-il d'un ton de Sultan irrité.
Rien , Monfieur , lui dis-je , auſſi tremblante
de la violence queje me faifois à
moi-même, quede la crainte d'être refuſée
, rien que vous remettre cet enfant ,
&vous fupplier en même tems d'ordonner
ma mort : privée de votre affection
&de la préſence de ma fille , la vie n'a
plus rien qui me touche. La mort , répondit-
il , peut en effet vous ſembler
préférable au tourment de vivre avec
moi ; j'ai cependant été affez bon pour
ne plus offrir à vos yeux ce monſtre , qui
en couleur comme en malice..... Ahl
Monfieur , interrompis-je avec tranf
port , pardonnez cet emportement au
coeur déchiré d'une mère , qui depuis
notre union n'a jamais cherché qu'à ſe
rendre agréable à vos yeux. Si cela étoit
vrai , s'écria-t-il , auriez-vous tant différé
à implorer le pardon que vous demandez
? Eh ! m'écriai-je , en tombant à
fes pieds , cet acte de ſoumiſſion vous
touchera-t-il ? C'eſt à genoux que je de
44 MERCURE DE FRANCE.
mande cette grace;& fur-tout, que vous
vouliez bien ne pas me ſéparer de mon
enfant ! ....
Ces mots parurent l'émouvoir. Soit
par intérêt pour vous , foit par quelque
retour de tendreſſe pour moi , il daigna
quoiqu'avec fierté , ſe rendre à condition
toutefois , que je ne m'engagerois
par le ferment le plus folemnel
àne jamais vous inſpirer la moindre
notion de la Religion Chrétienne
quand vous avanceriez en âge. Quelque
rigoureuſes qu'elles fuſſent , il fallut
ſe ſoumettre à ces conditions ; & vous
ſçavez , ma chère Zoa , combien religieuſement
je les ai obſervées. Mais
toutes mes obligations ceffent avec ma
vie.
Au moment où je vous écris , il y
a douze ans que cette querelle eſt arrivée;
& depuis cette époque il n'y eutjamais
de parfaite intelligence entre votre
père & moi très-convaincu que toute
ſa tendreſſe n'avoit nullement touché
mon coeur , il s'en vengeoit en cédant
aux mouvemens d'un caractère dur
&jaloux. Quant à moi , le ſouvenir
des humiliations que j'avois eſſuyées ,
ne me permettoit pas le moindre effort
pour regagner ſon amitié. Etrangère
DECEMBRE. 1763. 45
aujourd'hui dans un lieu où j'ai paffé
tant d'années , à peine ai-je la liberté de
jouir de la fraîcheur de l'air : je ſupporte
mes peines avec une patience apparente ;
mais je ne ſens pas moins que le chagrin
détruit infenfiblement les principes de
ma vie. Sans vous , ma chère Zoa , ce
ſeroit pour moi une conſolation d'en enviſager
la fin. Tout ce que je demande
aux Cieux , c'eſt que cette hiſtoire vous
fafſe aſſez d'impreſſion , pour faire germerdans
votre coeur les ſentimens d'une
Chrétienne . Vous ne fauriez l'être tant
que le Banian vivra : mais j'oſe encore
eſpérer que le Ciel attendri par mes larmes
, & touché de votre innocence
ſçaura peut- être un jour , par des événemens
dont à peine j'enviſage la poffibilité
, vous rendre au culte facré de vos
Pères &à votre Patrie .
Adieu , ma chère Zoa ! je ne ſerai
plus quand vous lirez ce manufcrit , &
mes derniers voeux ſont pour vous .
N. B. Quand ma mère , ajoute Zoa ,
ſe ſentit proche de fa fin , elle me fit
appeller ; & après m'avoir donné fa bénédiction
, elle mit dans mes mains une
petite caffette , dans laquelle elle gardoit
quelques bijoux que lui avoit autrefois
donnes mon père. Ma chère enfant
46 MERCURE DE FRANCE.
dit- elle , voilà tout ce dont je puis difpoſer
; mais vous trouverez dans cette
caffette quelque choſe digne d'être conſervé.
Je vous ordonne cependant de ne
pas l'ouvrir avant ma mort , & de prendre
garde que d'autres que vous ne
voyent ce qu'elle contient : fans cette
précaution vous iſqueriez d'être privée
du plus riche tréſor , & vous me feriez
perdre le fruit des ſoins que j'ai cru devoir
prendre pour votre bonheur futur.
Ce ne fut que longtemps après la mort
de ma mère , que j'ouvris une caffette
, où , avec le récit de ſes malheurs ,
je trouvai une très-ample inſtruction
fur les Myſtères de la Religion Catholique
, que Dieu m'a fait enfin la
grâce d'embraffer , par des moyens
dont je rendrai compte un jour ; &
j'eſpére qu'il me fera ſans doute auffi
celle de me pardonner , d'avoir déſobéi
fur ce point à mon père.
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11081
p. 97
« ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...] »
Début :
ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...] »
ANALYSE des Principes de M. J. J.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
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11082
p. 189
De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
Début :
Le fait suivant est attesté par une lettre datée d'Engelhom, le 22 Août [...]
Mots clefs :
Éclairs, Pluie, Feu, Tonnerre, Phénomène extraordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
De STOCKOLM , le 2 Septembre 1763 .
Ls fait ſuivant eſt atteſté par une lettre datée
d'Engelhom , le 22 Août 1763. Le 20 du même
Mois , au coucher du ſoleil , l'Oueſt parut tout
enflammé , on vit au Nord des éclairs vifs &
continus , & une eſpéce de pluie de feu très-denſe
&très- lumineuſe qui tomboit juſqu'a terre , &
qui continua ſans interruption juſqu'a dix heures
du ſoir . Dès ce moment , il commenca à tomber
une pluie ordinaire , l'on entendit au loin quelques
coups de tonnerre : lorſque cette pluie fut
paſſée, les éclairs continuerent juſqu'à uneheure
après minuit; mais alors leur direction étoit de
l'Ouest au Sud.
Ls fait ſuivant eſt atteſté par une lettre datée
d'Engelhom , le 22 Août 1763. Le 20 du même
Mois , au coucher du ſoleil , l'Oueſt parut tout
enflammé , on vit au Nord des éclairs vifs &
continus , & une eſpéce de pluie de feu très-denſe
&très- lumineuſe qui tomboit juſqu'a terre , &
qui continua ſans interruption juſqu'a dix heures
du ſoir . Dès ce moment , il commenca à tomber
une pluie ordinaire , l'on entendit au loin quelques
coups de tonnerre : lorſque cette pluie fut
paſſée, les éclairs continuerent juſqu'à uneheure
après minuit; mais alors leur direction étoit de
l'Ouest au Sud.
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Résumé : De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
Le 20 août 1763, à Engelhom, un phénomène météorologique inhabituel a été observé. Le ciel à l'ouest s'est enflammé, des éclairs vifs et continus ont été visibles au nord, et une pluie de feu dense est tombée jusqu'à dix heures du soir. Ensuite, une pluie ordinaire a suivi, accompagnée de tonnerre. Les éclairs ont continué jusqu'à une heure après minuit, changeant de direction vers le sud. Ce phénomène a été rapporté par une lettre datée du 22 août 1763 et signalé depuis Stockholm le 2 septembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11083
p. 189
DE VIENNE, le 17 Août 1763.
Début :
On mande de Comorre que le 9, on y a ressenti, ainsi que dans les environs, [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblements de terre, Secousses violentes, Dommages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 17 Août 1763.
DE VIENNE , le 17 Août 1763 .
On mande de Comorre que le 9 , ony a refſenti
, ainſi que dans les environs , une nouvelle
lecoulle de tremblement de terre plus forte ,
que toutes celles qu'on y a éprouvées depuis le 28
Juin. Elle s'est fait auſſi reſſentir avec plus de
violence à Raab , où pluſieurs bâtimens
tr'autresla maiſon du Gouverneur , ont été fort
endommagés.
On mande de Comorre que le 9 , ony a refſenti
, ainſi que dans les environs , une nouvelle
lecoulle de tremblement de terre plus forte ,
que toutes celles qu'on y a éprouvées depuis le 28
Juin. Elle s'est fait auſſi reſſentir avec plus de
violence à Raab , où pluſieurs bâtimens
tr'autresla maiſon du Gouverneur , ont été fort
endommagés.
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11084
p. 190
DE DRESDE, le 28 Août 1763.
Début :
La Princesse Électorale vient de donner au Roi son Beau-père [...]
Mots clefs :
Princesse, Spectacle, Acteurs, Musique, Ministres, Roi de Pologne, Opéra, Cavaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 28 Août 1763.
DE DRESDE , le 28 Août 1763 .
La Princeſle Électorale vient de donner au Roi
ſon Beau-père un Spectacle auſſi intéreſſant par
la qualité des Acteurs que par le mérite de la
compofition. Elle a fait repréſenter ſur un Théâzre
dreſſé dans le manége de la Cour un Opéra
Italien , intitulé Talestris , Reine des Amazones.
La Muſique & les paroles ſont de Son Alteſſe
Royale : ce n'eſt pas le premier eſſai que ce
Prince a fait de ſes talens pour ce genred'Ou
vrage. Tous les Miniſtres étrangers ont aſſiſté
à ce Spectacle ; le peu d'étendue de la Salle n'a
pas permis de diſtribuer plus de cinquante
billets.Le rôle de Taleſtris a été rempli par la Prin
cefle Électorale ; ceux de Tomiris & d'Antiope ,
par les Princeſſes Elifabeth & Cunegonde , celui
d'Oronte par la Comteſſe Miniſzech , fille du
Comtede Bruhl , & celui de Learque par le ſieur
Reichemberg , Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majesté Polonoiſe. Les perſonnages muets
d'Amazones , de Prêtreſſes & de Scythes étoient
repréſentés par des Dames , des Demoiſeiles &
des Cavaliers de la Cour. Il n'y a point eu de ballet.
Les Princes Charles & Albert jouoient dans
l'orcheſtre. Cet Opéra a eu le plus grand ſuccès ;
on en a ſurtout admiré la Muſique , où l'on trouve
, en effet , des morceaux de la plus grande
force. Sa Majefté a paru d'autant plus fatisfaite
de ce Spectacle qu'Elle n'avoit pas été prévenue ;
Elle a defiré le revoir , & vraiſemblablement on
le répétera plus d'une fois.
La Princeſle Électorale vient de donner au Roi
ſon Beau-père un Spectacle auſſi intéreſſant par
la qualité des Acteurs que par le mérite de la
compofition. Elle a fait repréſenter ſur un Théâzre
dreſſé dans le manége de la Cour un Opéra
Italien , intitulé Talestris , Reine des Amazones.
La Muſique & les paroles ſont de Son Alteſſe
Royale : ce n'eſt pas le premier eſſai que ce
Prince a fait de ſes talens pour ce genred'Ou
vrage. Tous les Miniſtres étrangers ont aſſiſté
à ce Spectacle ; le peu d'étendue de la Salle n'a
pas permis de diſtribuer plus de cinquante
billets.Le rôle de Taleſtris a été rempli par la Prin
cefle Électorale ; ceux de Tomiris & d'Antiope ,
par les Princeſſes Elifabeth & Cunegonde , celui
d'Oronte par la Comteſſe Miniſzech , fille du
Comtede Bruhl , & celui de Learque par le ſieur
Reichemberg , Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majesté Polonoiſe. Les perſonnages muets
d'Amazones , de Prêtreſſes & de Scythes étoient
repréſentés par des Dames , des Demoiſeiles &
des Cavaliers de la Cour. Il n'y a point eu de ballet.
Les Princes Charles & Albert jouoient dans
l'orcheſtre. Cet Opéra a eu le plus grand ſuccès ;
on en a ſurtout admiré la Muſique , où l'on trouve
, en effet , des morceaux de la plus grande
force. Sa Majefté a paru d'autant plus fatisfaite
de ce Spectacle qu'Elle n'avoit pas été prévenue ;
Elle a defiré le revoir , & vraiſemblablement on
le répétera plus d'une fois.
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Résumé : DE DRESDE, le 28 Août 1763.
Le 28 août 1763 à Dresde, la Princesse Électorale a présenté un opéra italien intitulé 'Talestris, Reine des Amazones' au Roi, son beau-père. Elle en a composé la musique et les paroles. La représentation s'est déroulée dans un théâtre installé dans le manège de la cour, en présence de ministres étrangers. La Princesse Électorale a interprété le rôle principal de Talestris, tandis que les Princesses Élisabeth et Cunégonde ont joué les rôles de Tomiris et d'Antiope. D'autres rôles ont été attribués à la Comtesse Miniszech et au sieur Reichemberg. Les personnages muets, comme les Amazones, les Prêtresses et les Scythes, étaient incarnés par des membres de la cour. Les Princes Charles et Albert jouaient dans l'orchestre. L'opéra a connu un grand succès, notamment pour la qualité de sa musique, et le Roi a exprimé son désir de le revoir.
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11085
p. 190
De GOTHA, le 15 Août 1763.
Début :
Le Duc Louis-Ernest, Frere de notre Souverain, mourut avant hier, [...]
Mots clefs :
Duc, Frère, Souverain, Décès
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texteReconnaissance textuelle : De GOTHA, le 15 Août 1763.
De GOTHA , le 15 Août 1763 .
Le Duc Louis- Ernest , Frere de notre Souverain
mourut avanthier , à deux heures aprèsmidi
, âgé de cinquante-fept ans.
Le Duc Louis- Ernest , Frere de notre Souverain
mourut avanthier , à deux heures aprèsmidi
, âgé de cinquante-fept ans.
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11086
p. 191
De MUNICH, le 3 Septembre 1763.
Début :
Le 1 de ce mois, le Comte de Firmian, Evêque de Seccau, Chanoine [...]
Mots clefs :
Comte, Évêque, Élection, Unanimité, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De MUNICH, le 3 Septembre 1763.
De MUNICH , le 3 Septembre 1763 .
Le 1. de ce mois , le Comte de Firmian , Ev
que de Seccau , Chanoine de Saltzbourg & de
Paſlau , a été élu d'une voix unanime , Evêque
&Prince de Paſſau.
Le 1. de ce mois , le Comte de Firmian , Ev
que de Seccau , Chanoine de Saltzbourg & de
Paſlau , a été élu d'une voix unanime , Evêque
&Prince de Paſſau.
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11087
p. 191
De FRANCFORT, le 2 Septembre 1763.
Début :
Des Lettres de Hanovre, du 15 du mois dernier, avoient annoncé la mort du [...]
Mots clefs :
Lettres, Décès, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1763.
De FRAANNCCFFOORRTT ,, le 2 Septembre 1763 .
Des Lettres de Hanovre , du is du mois dernier
, avoient annoncé la mort du Prince Régnant
de Waldeck . Cette nouvelle étoit prématurée ,
on vient d'apprendre que ce Prince eſt mort à
Avolſen , le 31. du même mois.
Des Lettres de Hanovre , du is du mois dernier
, avoient annoncé la mort du Prince Régnant
de Waldeck . Cette nouvelle étoit prématurée ,
on vient d'apprendre que ce Prince eſt mort à
Avolſen , le 31. du même mois.
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11088
p. 191
De ROME, le 24 Août 1763.
Début :
Le Mausolée du Cardinal d'Ossat, vient d'être replacé dans l'Eglise nationale [...]
Mots clefs :
Mausolée, Cardinal, Église, Chevalier, Portrait, Mosaïque, Dorures, Messe
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texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 24 Août 1763.
De ROME , le 24 Août 1763 .
Le Mauſolée du Cardinal d'Oſſat , vient d'être
replacé dans l'Egliſe nationale de Saint Louisdes
François , par les ſoins & aux dépens du Chevalier
de la Houze , chargé des Affaires de France
en cette Cour. Le Portrait en Moſaïque qu'il a
fait faire de ce Cardinal , eſt enrichi d'une magnifique
bordure de bronze doré & de pluſieurs
autres ornemens. Le 18 de ce mois , le Chevalier
de laHouze a fait chanter à cette occafion ,
dans l'Egliſe de Saint- Louis , une Meſſe ſolemnelle
pour le repos de l'âme de ce Cardinal.
Toute la Nation Françoiſe s'eſt empreſſée d'y
aſſiſter , ainſi que pluſieurs autres perſonnes de
distinction .
Le Mauſolée du Cardinal d'Oſſat , vient d'être
replacé dans l'Egliſe nationale de Saint Louisdes
François , par les ſoins & aux dépens du Chevalier
de la Houze , chargé des Affaires de France
en cette Cour. Le Portrait en Moſaïque qu'il a
fait faire de ce Cardinal , eſt enrichi d'une magnifique
bordure de bronze doré & de pluſieurs
autres ornemens. Le 18 de ce mois , le Chevalier
de laHouze a fait chanter à cette occafion ,
dans l'Egliſe de Saint- Louis , une Meſſe ſolemnelle
pour le repos de l'âme de ce Cardinal.
Toute la Nation Françoiſe s'eſt empreſſée d'y
aſſiſter , ainſi que pluſieurs autres perſonnes de
distinction .
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Résumé : De ROME, le 24 Août 1763.
Le 24 août 1763, le mausolée du Cardinal d'Ossat a été replacé dans l'église Saint-Louis-des-Français à Rome, grâce au Chevalier de la Houze. Le portrait du cardinal a été enrichi de nouveaux ornements. Le 18 août, une messe solennelle a été organisée, attirant la nation française et des personnalités distinguées.
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11089
p. 191
De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
Début :
Mercredi, vers les sept heures du soir, la cérémonie du Baptême du [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Baptême, Majesté, Fils, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
De LONDRES , le 16 Septembre 1763 .
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
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11090
p. 192-194
De VERSAILLES, le 21 Septembre 1763.
Début :
Le 25 de ce mois, Leurs Majestés, ainsi que la Famille Royale, signérent le [...]
Mots clefs :
Famille royale, Contrat de mariage, Comte, Marquis, Évêque, Députés, Gouverneurs, Cérémonies, Abbé, Ministre plénipotentiaire, Audience du roi, Lettres de créance, Académie de marine, Monseigneur
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 21 Septembre 1763.
De VERSAILLES , le 21 Septembre 1763 .
E 25 de ce mois , Leurs Majeſtés , ainſi que
la Famille Royale , ſignérent le Contrat de mariage
du Marquis d'Autichamp , avec la Marquiſe
de Vaſtan. Le 3 de ce mois , celui du
Comte de Jumilhac , avec Demoiselle d'Eſtrabonne
, fillede la Marquiſedu Meinil ; & celui
du Marquis de Louvois , fils du Marquis de
Souvré , avec Demoiselle Gagnat de Longuy.
François - Joſeph d'Andigné , Evêque de Saint-
Pol-de-Léon , prêta ſerment le 27 du mois
dernier , entre les mains de Sa Majesté , pendant
la célébration de la Meſſe.
Le 28 du même mois , la Comteſſe de Guiche
fut préſentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la Duchefſe de Gramont.
Le 29 , les Députés des Etats de Languedoc ,
eurent Audience du Roi. Ils furent préſentés à
Sa Ma- eſté par le Comte d'Eu , Gouverneurde
la Province , & par le Comte de S. Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des cérémonies
, & par le ſieur Desgranges , Maître des
Cérémonies , la Députation étoit compoſée , pour
pour le Clergé , de l'Evêque d'Agde , qui porta
la parole , pour la Nobleſſe , du Marquis de
Caylus , pour le Tiers-Etat , des ſieurs Ambry
& la Fage , & du ſieur Goubert , Syndic-Général
de la Province.
La
DECEMBRE. 1763 . 193
La place d'un des Chapelains du Roi étant vacante
par la mort de l'Abbé Bibaut . Sa Majefté
a nommé l'Abbé du Pujet pour la remplir.
Le ſieur de Neville , Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande- Bretagne auprès decette Cour. eut,le
3 de ce mois' , une Audience particuliere du Roi ,
àqui il fit part de la Naiſſance du ſecond Prince
dont la Reine d'Angleterre eſt accouchée.
Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar , eſt arrivé de Lunneville ici , le 13 de ce
mois. 19
Le II , le Comteſſe de Guerchy prit congé
de la Cour , pour ſe rendre en Angleterre.
Le Baron de Gleichen , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Dannemarck , près de cette Cour
a eu , le 13 , ſa premiere Audience du Roi , à
qui il a remis ſes Lettres de Créances. Ce Miniſtre
a été préſenté , le même jour , à la Reine
&à la Famille Royale.
La Marquiſe de Valbelle , a été nommée Dame
du Palais de la Reine ſurnuméraire , & le
18 , elle a été préſentée en cette qualité à Leurs
Majeſtés & à la Famille Royale , par la Ducheſſe
de Brancas. La Comteſſe de Jumilhac
a été préſentée , le même jour , à Leurs Majestés
&à la Famille Royale , par la Marquiſe de
Jumilhac.
LeMarquis de Talaru a prêté ſerment entre
les mains de la Reine , pour la Charge de Premier
Maître-d'Hôtel de la Reine , dont le Roi
lui adonné la Survivance.
Le 30 du mois dernier , le ſieur Targe , Cor
reſpondant de l'Académie de Marine , & Profefleur
de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire
, eut l'honneurde préſenter àMonſeigneur
le Duc de Berry & à Monſeigneur le Comte
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de Provence , les Tomes IX , X , XI & XII
de la Traduction de l'Hiſtoire d'Angleterre du
Docteur Smoller.
,
Jean-Thomas Hériſſant , Imprimeur des Cabinet
& Maiſon du Roi a eu l'honneur de
préſenter à Sa Majesté , le Tome VI & dernier
des Ephémérides de feu l'Abbé de la Caille
, de l'Académie Royale des Sciences. Ce Vor
lume comprend un intervalle de dix ans , depuis
1765 juſqu'a 1775.
E 25 de ce mois , Leurs Majeſtés , ainſi que
la Famille Royale , ſignérent le Contrat de mariage
du Marquis d'Autichamp , avec la Marquiſe
de Vaſtan. Le 3 de ce mois , celui du
Comte de Jumilhac , avec Demoiselle d'Eſtrabonne
, fillede la Marquiſedu Meinil ; & celui
du Marquis de Louvois , fils du Marquis de
Souvré , avec Demoiselle Gagnat de Longuy.
François - Joſeph d'Andigné , Evêque de Saint-
Pol-de-Léon , prêta ſerment le 27 du mois
dernier , entre les mains de Sa Majesté , pendant
la célébration de la Meſſe.
Le 28 du même mois , la Comteſſe de Guiche
fut préſentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la Duchefſe de Gramont.
Le 29 , les Députés des Etats de Languedoc ,
eurent Audience du Roi. Ils furent préſentés à
Sa Ma- eſté par le Comte d'Eu , Gouverneurde
la Province , & par le Comte de S. Florentin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des cérémonies
, & par le ſieur Desgranges , Maître des
Cérémonies , la Députation étoit compoſée , pour
pour le Clergé , de l'Evêque d'Agde , qui porta
la parole , pour la Nobleſſe , du Marquis de
Caylus , pour le Tiers-Etat , des ſieurs Ambry
& la Fage , & du ſieur Goubert , Syndic-Général
de la Province.
La
DECEMBRE. 1763 . 193
La place d'un des Chapelains du Roi étant vacante
par la mort de l'Abbé Bibaut . Sa Majefté
a nommé l'Abbé du Pujet pour la remplir.
Le ſieur de Neville , Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande- Bretagne auprès decette Cour. eut,le
3 de ce mois' , une Audience particuliere du Roi ,
àqui il fit part de la Naiſſance du ſecond Prince
dont la Reine d'Angleterre eſt accouchée.
Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar , eſt arrivé de Lunneville ici , le 13 de ce
mois. 19
Le II , le Comteſſe de Guerchy prit congé
de la Cour , pour ſe rendre en Angleterre.
Le Baron de Gleichen , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Dannemarck , près de cette Cour
a eu , le 13 , ſa premiere Audience du Roi , à
qui il a remis ſes Lettres de Créances. Ce Miniſtre
a été préſenté , le même jour , à la Reine
&à la Famille Royale.
La Marquiſe de Valbelle , a été nommée Dame
du Palais de la Reine ſurnuméraire , & le
18 , elle a été préſentée en cette qualité à Leurs
Majeſtés & à la Famille Royale , par la Ducheſſe
de Brancas. La Comteſſe de Jumilhac
a été préſentée , le même jour , à Leurs Majestés
&à la Famille Royale , par la Marquiſe de
Jumilhac.
LeMarquis de Talaru a prêté ſerment entre
les mains de la Reine , pour la Charge de Premier
Maître-d'Hôtel de la Reine , dont le Roi
lui adonné la Survivance.
Le 30 du mois dernier , le ſieur Targe , Cor
reſpondant de l'Académie de Marine , & Profefleur
de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire
, eut l'honneurde préſenter àMonſeigneur
le Duc de Berry & à Monſeigneur le Comte
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de Provence , les Tomes IX , X , XI & XII
de la Traduction de l'Hiſtoire d'Angleterre du
Docteur Smoller.
,
Jean-Thomas Hériſſant , Imprimeur des Cabinet
& Maiſon du Roi a eu l'honneur de
préſenter à Sa Majesté , le Tome VI & dernier
des Ephémérides de feu l'Abbé de la Caille
, de l'Académie Royale des Sciences. Ce Vor
lume comprend un intervalle de dix ans , depuis
1765 juſqu'a 1775.
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Résumé : De VERSAILLES, le 21 Septembre 1763.
En septembre 1763, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de Versailles. Le 25 septembre, le contrat de mariage du Marquis d'Autichamp avec la Marquise de Vastan fut signé par Leurs Majestés et la Famille Royale. Les mariages du Comte de Jumilhac avec Demoiselle d'Estrabonne et du Marquis de Louvois avec Demoiselle Gagnat de Longuy furent célébrés le 3 septembre. François-Joseph d'Andigné, Évêque de Saint-Pol-de-Léon, prêta serment le 27 août devant le Roi. Le 28 septembre, la Comtesse de Guiche fut présentée à Leurs Majestés par la Duchesse de Gramont. Le 29 septembre, les Députés des États de Languedoc eurent audience du Roi, présentés par le Comte d'Eu et le Comte de Saint-Florentin. En décembre 1763, l'Abbé du Pujet fut nommé Chapelain du Roi. Le 3 décembre, le sieur de Neville, Ministre Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, informa le Roi de la naissance du second prince de la Reine d'Angleterre. Le Roi de Pologne arriva à Versailles le 13 décembre. La Comtesse de Guerchy prit congé de la Cour le 11 décembre pour se rendre en Angleterre. Le Baron de Gleichen, Envoyé Extraordinaire du Roi de Danemark, eut sa première audience le 13 décembre. La Marquise de Valbelle et la Comtesse de Jumilhac furent présentées le 18 décembre. Le Marquis de Talaru prêta serment pour la charge de Premier Maître-d'Hôtel de la Reine. Jean-Thomas Hérissant présenta à Sa Majesté le Tome VI des Éphémérides de l'Abbé de la Caille.
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11091
p. 194-195
De PARIS, le 23 Septembre 1763.
Début :
La bénédiction de la premiere des huit Cloches de la Paroisse de [...]
Mots clefs :
Bénédiction, Cloches, Paix, Parlement, Édit, Cadastres, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 23 Septembre 1763.
De PARIS , le 23 Septembre 1763 .
La bénédiction de la premiere des huitClo-.
ches de la Paroiſſe de S. Roch , ayant été remiſe
au temps de la Paix , la cérémonie s'en
eſt faite avec beaucoup de pompe , le 27 du
mois dernier , par l'Archevêque de Paris. Cette
Cloche a été nommée par Monſeigneur leDauphin
, repréſenté par le Duc de Duras , & par
Madame la Dauphine , repréſentée par la Ducheſſe
de Brancas , Dame d'Honneur de cette
Princeſſe.
Les Parlemens de Metz & de Douai , qui
rempliſſent , a pluſieurs égrrds , les Fonctions
des Cours desAides , ayant , ainſi que les Cours
des Aides de Montpellier & de Clermont Ferrand
, & quelques autres Cours , enregiſtré
l'Edit & la Déclaration du mois d'Avril dernier
; le Roi leur a fait écrire'de ſa part que ,
fatisfait de leur fidélité & de leur obéiſſance ,
il leur demandoit leurs Mémoires & leurs Réflexions
, fur les Réglemens qu'il convenoit de
faire pour la Confection du Cadastre général.
S. M. les a fait prévenir en même temps , que
lorique tous les Matériaux & les éclairciflemens
néceſſaires pour ce travail ſeroient ratlemblés ,
Elle demanderoit un Député de chacune de
DECEMBRE. 1763. 195
ces Cours , pour aſſiſter aux Aſſemblées qui ſe
tiendront à Paris , ſur cet objet.
Le trente-deuxième Tirage de la Lotteriede
THôtel de Ville s'est fait , le 23 Août , en la
maniere accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 99010 , celui de
vingt mille livaes au numéro 95528 , & les
deux de dix mille livres aux numeros 90769
& १०१००.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros ſortis de
la roue de fortune , font , 25 , 75 , 17 , 38 ,
82. Le prochain Tirage ſe fera les Octobre .
La bénédiction de la premiere des huitClo-.
ches de la Paroiſſe de S. Roch , ayant été remiſe
au temps de la Paix , la cérémonie s'en
eſt faite avec beaucoup de pompe , le 27 du
mois dernier , par l'Archevêque de Paris. Cette
Cloche a été nommée par Monſeigneur leDauphin
, repréſenté par le Duc de Duras , & par
Madame la Dauphine , repréſentée par la Ducheſſe
de Brancas , Dame d'Honneur de cette
Princeſſe.
Les Parlemens de Metz & de Douai , qui
rempliſſent , a pluſieurs égrrds , les Fonctions
des Cours desAides , ayant , ainſi que les Cours
des Aides de Montpellier & de Clermont Ferrand
, & quelques autres Cours , enregiſtré
l'Edit & la Déclaration du mois d'Avril dernier
; le Roi leur a fait écrire'de ſa part que ,
fatisfait de leur fidélité & de leur obéiſſance ,
il leur demandoit leurs Mémoires & leurs Réflexions
, fur les Réglemens qu'il convenoit de
faire pour la Confection du Cadastre général.
S. M. les a fait prévenir en même temps , que
lorique tous les Matériaux & les éclairciflemens
néceſſaires pour ce travail ſeroient ratlemblés ,
Elle demanderoit un Député de chacune de
DECEMBRE. 1763. 195
ces Cours , pour aſſiſter aux Aſſemblées qui ſe
tiendront à Paris , ſur cet objet.
Le trente-deuxième Tirage de la Lotteriede
THôtel de Ville s'est fait , le 23 Août , en la
maniere accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 99010 , celui de
vingt mille livaes au numéro 95528 , & les
deux de dix mille livres aux numeros 90769
& १०१००.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros ſortis de
la roue de fortune , font , 25 , 75 , 17 , 38 ,
82. Le prochain Tirage ſe fera les Octobre .
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Résumé : De PARIS, le 23 Septembre 1763.
Le 23 septembre 1763, la première des huit cloches de la paroisse de Saint-Roch a été bénie par l'archevêque de Paris. Cette cloche a été nommée par le Dauphin et la Dauphine, représentés respectivement par le Duc de Duras et la Duchesse de Brancas. Les parlements de Metz et de Douai, ainsi que les cours des Aides de Montpellier et de Clermont-Ferrand, ont enregistré un édit et une déclaration d'avril précédent. Le roi, satisfait de leur fidélité, a demandé leurs mémoires pour établir des règlements sur le cadastre général et a annoncé la convocation d'un député de chaque cour pour des assemblées à Paris. Le 23 août, le trente-deuxième tirage de la loterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres. En décembre, la loterie de l'École Royale Militaire a révélé les numéros 25, 75, 17, 38 et 82, avec un prochain tirage prévu pour octobre.
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11092
p. 195
SERVICE.
Début :
Le premier Septembre, on célébra, dans l'Eglise de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Célébration, Église, Abbaye, Louis XIV, Évêque, Duc, Prince, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
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11093
p. 195-197
MORTS.
Début :
François Baron de Fumel, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis [...]
Mots clefs :
Baron, Chevalier, Secrétaire du roi, Comte, Marquis, Évêque, Épouse, Décès, Veuve, Dame Ursule Duquesne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
François Baron de Fumel , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Mestre de
Camp de Cavalerie , Exempt , Aide - Major des
Gardes du Corps , Compagnie de Beauvau , eſt
mort à Troyes le 20 Août , dans la ſoixantecinquiéme
année de ſon âge.
Gérard Heuſch , Marquis de Janvry , Secrétaire
du Roi Honoraire , eſt mort à Paris , le 8
Septembre , dans la quatre vingt-huitiéme année
de ſon âge.
Jean- Louis Philippeaux , Comte de Montlhery
, ancien Guidon des Gendarmes de la Garde
du Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , eſt mort
àParis , le 12 Septembre.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Louis-Marie , Comte de Saint Maure , Marquis
de Chaux & d'Archiac , Comte du Saint-
Empire , Premier Ecuyer du Roi , Commandantde
ſa Grande Ecurie & Maréchal de Camp ,
eſt mort à Paris , le 14 Septembre , dans la
ſoixante-cinquième année de ſon âge.
Charles-François de Malezieu , Marquis Destournelles
, Brigadier des Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Gouverneur pour Sa Majesté des Tours , Ports ,
Chaînes & Havre de la Rochelle , eſt mort à
Châlons-fur-Saone , le 3 Septembre.
Simon-Pierre de la Corée , Evêque de Saintes,
eſt mort en ſon Palais Epiſcopal , le 12
Septembre , àgé de foixante-douze ans.
Le Pere Jean Reinal , Supérieur Général de
la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrézienne
, eſt mort à Paris , dans leur maiſon de S.
Charles , dans les premiers jours de Septembre.
Marie-Sophie-Charlotte de la Tour d'Auvergne
de Bouillon , épouſe du Prince Charles-
Juſt de Beauvau , Prince du Saint-Empire ,
Grandd'Eſpagne de la premiere Claſſe , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de
ſes Armées , Capitaine des Gardes du Corps de
Sa Majesté , Grand- Maître de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Gouverneur
& Bailli d'Epée des Ville & Châteaux
deBar-le-Duc & de Luneville , eſt morte à Commerci
, le 6 Septembre , âgée de trente-quatre
ans. Cette Princeſſe étoit Soeur cadette & confanguine
du Duc de Bouillon , Pair & Grand
Chambellan de France.
*Dame Urſule de Poſſel , Veuve de Meſfire
Abraham Duqueſne Monier , Chef d'Eſcadre des
Armées navales du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , ci-devant
DECEMBRE. 1763. 197
commandant le Département de la Marine au
Port de Toulon , & neveu du célébre Abraham
Duqueſne , mort Lieutenant Général des Armées
navales , eſt morte à Toulon le 6 Juillet , dans
la quatre-vingt-quatorziéme année de ſon âge.
Elle avoit eu de ſon mariage pluſieurs enfans
dontdeux font morts au ſervice du Rot. Il lui
en reſte encore trois qui font :
Lange , Marquis Duqueſne , Chef d'Eſcadredes
Armées navales du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , ci-devantGouverneur
& Lieutenant-Général au Gouvernement .
de la Nouvelle France & Prédéceſſeur immédiat
du Marquis de Vaudreuil.
Victor- Elizabeth Duqueſne , Chanoine de la
Ste Egliſe d'Arles & Pentionnaire du Roi ſur l'Archevêché
de Toulouſe.
Et Dame Urſule Duqueſne , mariée & veuve
dès 1744 de Meſſire Guillaume d'Icard , Gentilhomme
d'Arles .
Meffire Thomas- Charles , Marquis de Morantz
Comtede Penzes , Baron de Fontenay & de Ru-.
pierre , Seigneur-Châlelain de Bréquigny , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Dépuré
au Roi en 1757 , par la Nobleſſe de Bretagne afſemblée
aux Etats , mourut le 18 Octobre dernier
en ſon Château de Bréquigny , âgé de 36 ans &
deux mois.
François Baron de Fumel , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Mestre de
Camp de Cavalerie , Exempt , Aide - Major des
Gardes du Corps , Compagnie de Beauvau , eſt
mort à Troyes le 20 Août , dans la ſoixantecinquiéme
année de ſon âge.
Gérard Heuſch , Marquis de Janvry , Secrétaire
du Roi Honoraire , eſt mort à Paris , le 8
Septembre , dans la quatre vingt-huitiéme année
de ſon âge.
Jean- Louis Philippeaux , Comte de Montlhery
, ancien Guidon des Gendarmes de la Garde
du Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , eſt mort
àParis , le 12 Septembre.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Louis-Marie , Comte de Saint Maure , Marquis
de Chaux & d'Archiac , Comte du Saint-
Empire , Premier Ecuyer du Roi , Commandantde
ſa Grande Ecurie & Maréchal de Camp ,
eſt mort à Paris , le 14 Septembre , dans la
ſoixante-cinquième année de ſon âge.
Charles-François de Malezieu , Marquis Destournelles
, Brigadier des Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Gouverneur pour Sa Majesté des Tours , Ports ,
Chaînes & Havre de la Rochelle , eſt mort à
Châlons-fur-Saone , le 3 Septembre.
Simon-Pierre de la Corée , Evêque de Saintes,
eſt mort en ſon Palais Epiſcopal , le 12
Septembre , àgé de foixante-douze ans.
Le Pere Jean Reinal , Supérieur Général de
la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrézienne
, eſt mort à Paris , dans leur maiſon de S.
Charles , dans les premiers jours de Septembre.
Marie-Sophie-Charlotte de la Tour d'Auvergne
de Bouillon , épouſe du Prince Charles-
Juſt de Beauvau , Prince du Saint-Empire ,
Grandd'Eſpagne de la premiere Claſſe , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de
ſes Armées , Capitaine des Gardes du Corps de
Sa Majesté , Grand- Maître de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Gouverneur
& Bailli d'Epée des Ville & Châteaux
deBar-le-Duc & de Luneville , eſt morte à Commerci
, le 6 Septembre , âgée de trente-quatre
ans. Cette Princeſſe étoit Soeur cadette & confanguine
du Duc de Bouillon , Pair & Grand
Chambellan de France.
*Dame Urſule de Poſſel , Veuve de Meſfire
Abraham Duqueſne Monier , Chef d'Eſcadre des
Armées navales du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , ci-devant
DECEMBRE. 1763. 197
commandant le Département de la Marine au
Port de Toulon , & neveu du célébre Abraham
Duqueſne , mort Lieutenant Général des Armées
navales , eſt morte à Toulon le 6 Juillet , dans
la quatre-vingt-quatorziéme année de ſon âge.
Elle avoit eu de ſon mariage pluſieurs enfans
dontdeux font morts au ſervice du Rot. Il lui
en reſte encore trois qui font :
Lange , Marquis Duqueſne , Chef d'Eſcadredes
Armées navales du Roi , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , ci-devantGouverneur
& Lieutenant-Général au Gouvernement .
de la Nouvelle France & Prédéceſſeur immédiat
du Marquis de Vaudreuil.
Victor- Elizabeth Duqueſne , Chanoine de la
Ste Egliſe d'Arles & Pentionnaire du Roi ſur l'Archevêché
de Toulouſe.
Et Dame Urſule Duqueſne , mariée & veuve
dès 1744 de Meſſire Guillaume d'Icard , Gentilhomme
d'Arles .
Meffire Thomas- Charles , Marquis de Morantz
Comtede Penzes , Baron de Fontenay & de Ru-.
pierre , Seigneur-Châlelain de Bréquigny , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Dépuré
au Roi en 1757 , par la Nobleſſe de Bretagne afſemblée
aux Etats , mourut le 18 Octobre dernier
en ſon Château de Bréquigny , âgé de 36 ans &
deux mois.
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Résumé : MORTS.
En 1763, plusieurs personnalités notables sont décédées. François Baron de Fumel, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, est mort à Troyes le 20 août à 65 ans. Gérard Heusch, Marquis de Janvry et Secrétaire du Roi Honoraire, est décédé à Paris le 8 septembre à 88 ans. Jean-Louis Philippeaux, Comte de Montlhery et ancien Guidon des Gendarmes de la Garde du Roi, est mort à Paris le 12 septembre. Louis-Marie, Comte de Saint Maure, Marquis de Chaux & d'Archiac et Premier Ecuyer du Roi, est décédé à Paris le 14 septembre à 65 ans. Charles-François de Malezieu, Marquis Destournelles et Brigadier des Armées du Roi, est mort à Châlons-sur-Saône le 3 septembre. Simon-Pierre de la Corée, Évêque de Saintes, est décédé dans son Palais Épiscopal le 12 septembre à 62 ans. Le Père Jean Reinal, Supérieur Général de la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrétienne, est mort à Paris au début du mois de septembre. Marie-Sophie-Charlotte de la Tour d'Auvergne de Bouillon, épouse du Prince Charles-Just de Beauvau, est décédée à Commercy le 6 septembre à 34 ans. Dame Ursule de Possel, veuve de Messire Abraham Duquesne Monier, Chef d'Escadre des Armées navales du Roi, est morte à Toulon le 6 juillet à 84 ans. Elle a eu plusieurs enfants, dont deux sont morts au service du Roi. Thomas-Charles, Marquis de Morantz, Comte de Penzes et Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, est décédé en son Château de Bréquigny le 18 octobre à 36 ans et 2 mois.
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11094
p. 197-199
MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Début :
On a fait anciennement des tableaux mouvans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peinture, Bâtiments, Paysages, Cheminées, Façades, Mouvements, Maître de maison, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
MECANIQUE.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
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Résumé : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Les demoiselles Passemant créent des 'tableaux mouvants' représentant des bâtiments, paysages et figures en mouvement. Les figures, placées en avant, se soutiennent seules sans fixation. Les scènes incluent divers métiers et activités comme des charpentiers, pêcheurs, bergers, et des moulins. Une mécanique intérieure cachee anime les figures. Ces œuvres existent en différentes tailles : certaines sont petites pour cheminées ou tables, d'autres servent de centre de table pour desserts. Les plus grands modèles atteignent deux pieds et demi de long sur deux pieds de large, avec plusieurs gradins de glace, une montagne couverte d'arbres et d'animaux, et un grand bâtiment à plusieurs étages. Lors des repas, le maître de maison peut activer une corde pour mettre en mouvement plus de trente figures pendant une demi-heure. Ces œuvres, disponibles à des prix variés de deux à vingt louis, peuvent être achetées chez M. Passemant, père des demoiselles, au Louvre, au-dessus de l'Académie Française. Le texte souligne leur intérêt comme présents d'étrennes et rend hommage aux talents du père des demoiselles Passemant.
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11095
p. 199-200
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, d'annoncer au Public le Portrait de M. Rousseau [...]
Mots clefs :
Portrait, Rousseau, Poète, Gravure, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
La lettre annonce la publication du portrait de Jean-Jacques Rousseau, gravé par M. Ficquet, connu pour ses œuvres sur Delafontaine et Voltaire. Une épreuve est envoyée pour jugement. Les portraits de Rousseau, Delafontaine et Voltaire sont disponibles chez Duchesne et Lattré à Paris et à Bordeaux. La lettre est datée du 2 décembre 1763.
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11096
p. 200-201
AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Début :
La Compagnie des Apoticaires de Paris a commencé à exposer le 19 Septembre [...]
Mots clefs :
Apothicaire, Drogues, Thériaque, Exposition, Magistrats, Antidote, Bien commun, Discours
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texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
AVIS DIVERS.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
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Résumé : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Le 19 septembre 1763, la Compagnie des Apoticaires de Paris a exposé les drogues composant la Thériaque d'Andromaque, en présence des magistrats et de la Faculté de Médecine. Me Hérissant, Professeur en Pharmacie, a souligné l'excellence de cet antidote et les soins nécessaires à sa préparation. M. Demoret, premier Garde de la Compagnie, a retraçé l'histoire du médicament et insisté sur la régulation de sa vente pour éviter les abus. Il a également mis en avant l'engagement de la Compagnie pour le bien public et la reconnaissance des apothicaires. Les drogues, saluées pour leur beauté, ont été soumises à la censure publique jusqu'en octobre. La confection de la Thériaque, réalisée sous le regard des autorités, a confirmé sa supériorité sur celle de Venise. La réputation de la Thériaque parisienne en Europe est attestée par ses envois importants.
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11097
p. 201-202
« Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Début :
Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...]
Mots clefs :
Distillateur, Brevet, Liqueurs, Récompenses, Huile royale, Élixir, Digestion, Chocolat, Liqueur spiritueuse, Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
PARBrevet du 21 Juin 1758 , le Ror a accordéau
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
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Résumé : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Le texte évoque les distinctions accordées à Sieur Onfroi, distillateur à Paris. Par un brevet du 21 juin 1758, le roi lui a octroyé le titre de distillateur de Sa Majesté. Un second brevet, daté du 4 novembre 1763, a confirmé ce titre et récompensé Onfroi pour la qualité de ses liqueurs, le désignant comme distillateur ordinaire du roi. Ces distinctions soulignent ses talents et la confiance du public en ses produits. Onfroi a créé plusieurs nouvelles liqueurs, dont une huile royale de vanille facilitant la digestion. Son chocolat à la façon de Rome, disponible en différentes variétés selon la quantité de vanille, est jugé supérieur à tout autre. Sa liqueur spiritueuse pour les dents soulage les douleurs, blanchit les dents et prévient les problèmes buccaux, ce qui en fait un produit très demandé. Il commercialise également des eaux de propreté et l'Eau de Cologne de Jean-Antoine Farina, vendue à 16 sols la bouteille.
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11098
p. 202
ERRATA.
Début :
Pag. 1. à la Note, derniere ligne 3 au lieu de M. le Comte de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRATA.
Pag. 1. à la Note, derniere lignes au lieu de
M.le Comte de Rochemont , lifez M. le Marquis
deRochemore.
Dans laListe des Abonnés de Paris .
Pag. 4. ligne 32. lifez Bouder
Boutet.
Pag. 1. à la Note, derniere lignes au lieu de
M.le Comte de Rochemont , lifez M. le Marquis
deRochemore.
Dans laListe des Abonnés de Paris .
Pag. 4. ligne 32. lifez Bouder
Boutet.
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11099
p. 202
AVIS AU PUBLIC.
Début :
On supplie les personnes dont les noms auroient pû être oubliés [...]
Mots clefs :
Noms, Abonnés, Liste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
On fupplie les perſonnes dont les
noms auroient pû être oubliés dans la
Liſte des Abonnés , de vouloir bien en
faire part à l'Auteur du Mercure , qui les
inſcrira dans le Supplément des Mercures
du mois de Janvier prochain .
On fupplie les perſonnes dont les
noms auroient pû être oubliés dans la
Liſte des Abonnés , de vouloir bien en
faire part à l'Auteur du Mercure , qui les
inſcrira dans le Supplément des Mercures
du mois de Janvier prochain .
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11100
p. 202
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'AI
AI lu, par ordre deMonſeigneur le Vice-Chancelier,
de Mercure du mois de Décembre 1763 ,& je
n'y ai rien trouvé qui puiſſeen empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Novembre 1763. GUIROY.
J'AI
AI lu, par ordre deMonſeigneur le Vice-Chancelier,
de Mercure du mois de Décembre 1763 ,& je
n'y ai rien trouvé qui puiſſeen empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Novembre 1763. GUIROY.
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