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701
p. 221-225
MARIAGES ET MORTS.
Début :
François, Vicomte de Rochechouart-Pontville, épousa le 23 Juin Mademoiselle [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Vicomte, Maison de Rochechouart, Contrat, Comtes, Comtesses, Dame
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
FRANÇOIS , Vicomte de Rochechouart- Pontville,
épousa le 23 Juin Mademoiſelle Boucher. Le Roi
avoit figné le Contrat de leur mariage.
Le Vicomte de Rochechouart- Pontville , porte
le nom & les armes de Rochechouart , en qualité
de feul & unique héritier de Jean de Pontville ,
Vicomte de Breuilhé , Chambellan du Duc de
Guyenne , Sénéchal de Xaintonges , Gouverneur
de Saint-Jean d'Angely , lequel époufa l'an 1470 ,
par la volonté de Louis XI , & par les dons du Duc
de Guyenne , Anne de Rochechouart , fille unique
, & héritiere de Foucault , Vicomte de Roche
chouart , à condition d'en porter le nom & les
armes pleines , lui & fes defcendans , & ledit Foucault
, Vicomte de Rochechouart , a donné audit
de Pontville la terre & feigneurie de Tonnaycharante
, pour en difpofer à fon bon plaifir , &
en cas qu'il fût refufant d'exécuter les conditions
faites entr'eux , il rendroit ladite terre de Tonnaycharante
, & foco liv . de rente du fien .
Ce contrat fut paffé fous le fcel de Saint - Jean
d'Angely , le 20 Août 1470 , entre noble & puiffant
Seigneur Meffire Foucault , Vicomte de Ro-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
chechouart , Seigneur de Tonnay- charante & de
Mauzé , & noble & puiffant Seigneur Jean de
Pontville , Vicomte de Breuilhé , Confeiller &
Chambellan de Mgr le Duc de Guyenne d'autre
part , fur le mariage traité par plufieurs grands
Seigneurs entre ledit de Pontville & Demoifelle
Anne , fille de Meffire Foucault , Vicomte de Rochechouart
, fous les conventions ci - deſſus énoncées
.
De ce mariage celébré le 21 Août 1470 , naquirent
François de Pontville , dit de Rochechouart
, & Jeanne de Pontville , laquelle fut mariée
en 1494 avec Aimery- de Rochechouart , Scigneur
de Mortemart.
François de Pontville , dit de Rochechouart
époufa en premiere noce Renée d'Anjou , dont il
eut Bonaventure , Vicomte de Rochechouart , &.
Françoife , qui fut mariée à Airant - de la Touche ,
Seigneur de la Touche- Limofiniere.
Bonaventure mourut fans enfans , & fit donation
de fes biens à fon frere Claude , Vicomte
de Rochechouart , né du fecond mariage de
François de Pontville , dit de Rochechouart , avec
Jacquette de la Rochefoucault , fille de François
de la Rochefoucault.
Louiſe , foeur de Claude , époufa Guillaume de
Dinteville , Seigneur de Chenon .
Claude , Vicomte de Rochechouart , époufa
Blanche de Tournon , dont il eut Louis , Vicomte
de Rochechouart , Baron de Mauzé , & Jeanne ,
mariée à Aimery- de Rochechouart , Seigneur de
Mortemart , tiges des Rochechouart , Comtes de
Saint-Auvent & de Montmoreau.
Louis , Vicomte de Rochechouart , épouſa en
premiere noce Louiſe Clérambaut , dont il n'eut
point d'enfans , & en ſeconde noces Magdeleine
de Bouillé.
SEPTEMBRE. 1757. 223
1
F
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart ,
Baron du Bâtiment , lequel épousa Anne Tiercelin-
de la Chapelle - Ballon , & en eut Jean de Rochechouart
, Baron du Bâtiment , & Marie , morte
fans enfans.
Jean de Rochechouart , époufa Marie de Boulimbrocq.
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart
, mort fans enfans ; Louife de Rochechouart
, Religieufe ; Louis- Jofeph - Victor de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , Lieutenant
de la premiere Compagnie des Gardes - du- corps ,
Marie de Rochechouart , & Françoise de Rochechouare
, Religieufes.
Louis -Jofeph- Victor de Rochechouart , époufa
Marie d'Efcart ; il eut de ce mariage François de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , & Bertrand
Vicomte de Rochechouart.
€ François de Rochechouart époufa en premieres
noces Marie d'Epinay- de Saint- Luc , dont il n'eut
point d'enfans , & en fecondes noces Marie Sainte-
Geflin de Tremergat.
Il eut de ce mariage François- Louis - Marie-
Honorine , Vicomte de Rochechouart- Pontville
Baron du Bâtiment , feul héritier de la maiſon.
Bertrand , Vicomte de Rechechouart , épouſa
Julie-Sophie de Rochechouart- Jars .
Il n'y a aujourd'hui d'autres enfans de ce mariage
, que Louiſe . Alexandrine de Rochechouart,
mariée à Armand-Jacques Dupin- de Chenonceaux.
2
Le Vicomte de Rochechouart-Pontville , qui
vient d'épouſer Mademoiſelle Boucher , ne croit
pas manquer aux conditions faites par fes ayeux
en ajoutant au nom de Rochechouart , qu'il porte
le nom de Pontville , qui eft celui de ſa maiſon.
Le 21 Juin , Meffire Charles François , Vi-
Kiv
124 MERCURE DE FRANCE.
comte de Vienne , a épousé au château de la
Louptiere , en Champagne , Demoiſelle Anne-
Catherine de Relongue. Voyez pour la Maiſon de
Vienne le Dictionnaire de Moreri , & pour la
Maifon de Relongue l'Armorial de France.
La Comteffe de Befuchef, époufe du Comte
Michel- Petrowitz de Befuchef- Rumin , Chevalier
des Ordres de l'Impératrice de Ruffie , Grand
Maréchal de la Cour de cette Princeffe , un de fes
Confeillers d'Etat Intimes , & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire auprès du Roi ,
mourut à Paris le 12 Juillet , âgée de trente - huit
ans. Elle fe nommoit Jeanne- Andriette-Louiſe ,
& elle étoit de la Maiſon de Carlovitz , Maifon
diftinguée en Saxe.
Le 16 du même mois eft morte à la terre de Maffveaux
, Haute-Alface , haute & puiffante Dame
Anne-Louife -Claire , Comteffe de Rottembourg ,
Dame de Remiremont , dans fa 69° année.
Elle étoit fille de Fréderic - Nicolas , Comte de
Rottembourg , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & de Dame Anne-Jeanne de Rozen ,
fille du feu Maréchal Comte de Rofen , Chevalier
des Ordres du Roi , & foeur du feu Comte de
Rottembourg , Chevalier des Ordres du Roi 2
fon Ambaffadeur en Espagne.
fille de Gabrielle-Sophie de Rohan- Chabot
Louis - Marie Bretagne Dominique de Roban-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , & de
feue Charlotte-Rofalie de Châtillon , mourut à
Paris le 24 du même mois , dans la quinzieme
année de fon âge.
1
Dame Catherine Pinet , veuve de Meffire Claude
de Ceberet , Intendant Général de la Marine ,
eft morte le 4 Août en l'Abbaye de Port - Royal ,
dans la cent deuxieme année de ſon âge.
SEPTEMBRE. 1757. 225
Dame Catherine Shelden , veuve de Meffire
Arthur Dillon , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment Irlandois de
fon nom , mourut à Paris les de ce mois , âgée
de foixante-dix-sept ans.
FRANÇOIS , Vicomte de Rochechouart- Pontville,
épousa le 23 Juin Mademoiſelle Boucher. Le Roi
avoit figné le Contrat de leur mariage.
Le Vicomte de Rochechouart- Pontville , porte
le nom & les armes de Rochechouart , en qualité
de feul & unique héritier de Jean de Pontville ,
Vicomte de Breuilhé , Chambellan du Duc de
Guyenne , Sénéchal de Xaintonges , Gouverneur
de Saint-Jean d'Angely , lequel époufa l'an 1470 ,
par la volonté de Louis XI , & par les dons du Duc
de Guyenne , Anne de Rochechouart , fille unique
, & héritiere de Foucault , Vicomte de Roche
chouart , à condition d'en porter le nom & les
armes pleines , lui & fes defcendans , & ledit Foucault
, Vicomte de Rochechouart , a donné audit
de Pontville la terre & feigneurie de Tonnaycharante
, pour en difpofer à fon bon plaifir , &
en cas qu'il fût refufant d'exécuter les conditions
faites entr'eux , il rendroit ladite terre de Tonnaycharante
, & foco liv . de rente du fien .
Ce contrat fut paffé fous le fcel de Saint - Jean
d'Angely , le 20 Août 1470 , entre noble & puiffant
Seigneur Meffire Foucault , Vicomte de Ro-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
chechouart , Seigneur de Tonnay- charante & de
Mauzé , & noble & puiffant Seigneur Jean de
Pontville , Vicomte de Breuilhé , Confeiller &
Chambellan de Mgr le Duc de Guyenne d'autre
part , fur le mariage traité par plufieurs grands
Seigneurs entre ledit de Pontville & Demoifelle
Anne , fille de Meffire Foucault , Vicomte de Rochechouart
, fous les conventions ci - deſſus énoncées
.
De ce mariage celébré le 21 Août 1470 , naquirent
François de Pontville , dit de Rochechouart
, & Jeanne de Pontville , laquelle fut mariée
en 1494 avec Aimery- de Rochechouart , Scigneur
de Mortemart.
François de Pontville , dit de Rochechouart
époufa en premiere noce Renée d'Anjou , dont il
eut Bonaventure , Vicomte de Rochechouart , &.
Françoife , qui fut mariée à Airant - de la Touche ,
Seigneur de la Touche- Limofiniere.
Bonaventure mourut fans enfans , & fit donation
de fes biens à fon frere Claude , Vicomte
de Rochechouart , né du fecond mariage de
François de Pontville , dit de Rochechouart , avec
Jacquette de la Rochefoucault , fille de François
de la Rochefoucault.
Louiſe , foeur de Claude , époufa Guillaume de
Dinteville , Seigneur de Chenon .
Claude , Vicomte de Rochechouart , époufa
Blanche de Tournon , dont il eut Louis , Vicomte
de Rochechouart , Baron de Mauzé , & Jeanne ,
mariée à Aimery- de Rochechouart , Seigneur de
Mortemart , tiges des Rochechouart , Comtes de
Saint-Auvent & de Montmoreau.
Louis , Vicomte de Rochechouart , épouſa en
premiere noce Louiſe Clérambaut , dont il n'eut
point d'enfans , & en ſeconde noces Magdeleine
de Bouillé.
SEPTEMBRE. 1757. 223
1
F
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart ,
Baron du Bâtiment , lequel épousa Anne Tiercelin-
de la Chapelle - Ballon , & en eut Jean de Rochechouart
, Baron du Bâtiment , & Marie , morte
fans enfans.
Jean de Rochechouart , époufa Marie de Boulimbrocq.
Il eut de ce mariage Jean de Rochechouart
, mort fans enfans ; Louife de Rochechouart
, Religieufe ; Louis- Jofeph - Victor de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , Lieutenant
de la premiere Compagnie des Gardes - du- corps ,
Marie de Rochechouart , & Françoise de Rochechouare
, Religieufes.
Louis -Jofeph- Victor de Rochechouart , époufa
Marie d'Efcart ; il eut de ce mariage François de
Rochechouart , Baron du Bâtiment , & Bertrand
Vicomte de Rochechouart.
€ François de Rochechouart époufa en premieres
noces Marie d'Epinay- de Saint- Luc , dont il n'eut
point d'enfans , & en fecondes noces Marie Sainte-
Geflin de Tremergat.
Il eut de ce mariage François- Louis - Marie-
Honorine , Vicomte de Rochechouart- Pontville
Baron du Bâtiment , feul héritier de la maiſon.
Bertrand , Vicomte de Rechechouart , épouſa
Julie-Sophie de Rochechouart- Jars .
Il n'y a aujourd'hui d'autres enfans de ce mariage
, que Louiſe . Alexandrine de Rochechouart,
mariée à Armand-Jacques Dupin- de Chenonceaux.
2
Le Vicomte de Rochechouart-Pontville , qui
vient d'épouſer Mademoiſelle Boucher , ne croit
pas manquer aux conditions faites par fes ayeux
en ajoutant au nom de Rochechouart , qu'il porte
le nom de Pontville , qui eft celui de ſa maiſon.
Le 21 Juin , Meffire Charles François , Vi-
Kiv
124 MERCURE DE FRANCE.
comte de Vienne , a épousé au château de la
Louptiere , en Champagne , Demoiſelle Anne-
Catherine de Relongue. Voyez pour la Maiſon de
Vienne le Dictionnaire de Moreri , & pour la
Maifon de Relongue l'Armorial de France.
La Comteffe de Befuchef, époufe du Comte
Michel- Petrowitz de Befuchef- Rumin , Chevalier
des Ordres de l'Impératrice de Ruffie , Grand
Maréchal de la Cour de cette Princeffe , un de fes
Confeillers d'Etat Intimes , & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire auprès du Roi ,
mourut à Paris le 12 Juillet , âgée de trente - huit
ans. Elle fe nommoit Jeanne- Andriette-Louiſe ,
& elle étoit de la Maiſon de Carlovitz , Maifon
diftinguée en Saxe.
Le 16 du même mois eft morte à la terre de Maffveaux
, Haute-Alface , haute & puiffante Dame
Anne-Louife -Claire , Comteffe de Rottembourg ,
Dame de Remiremont , dans fa 69° année.
Elle étoit fille de Fréderic - Nicolas , Comte de
Rottembourg , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & de Dame Anne-Jeanne de Rozen ,
fille du feu Maréchal Comte de Rofen , Chevalier
des Ordres du Roi , & foeur du feu Comte de
Rottembourg , Chevalier des Ordres du Roi 2
fon Ambaffadeur en Espagne.
fille de Gabrielle-Sophie de Rohan- Chabot
Louis - Marie Bretagne Dominique de Roban-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , & de
feue Charlotte-Rofalie de Châtillon , mourut à
Paris le 24 du même mois , dans la quinzieme
année de fon âge.
1
Dame Catherine Pinet , veuve de Meffire Claude
de Ceberet , Intendant Général de la Marine ,
eft morte le 4 Août en l'Abbaye de Port - Royal ,
dans la cent deuxieme année de ſon âge.
SEPTEMBRE. 1757. 225
Dame Catherine Shelden , veuve de Meffire
Arthur Dillon , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment Irlandois de
fon nom , mourut à Paris les de ce mois , âgée
de foixante-dix-sept ans.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs mariages et décès au sein de la famille Rochechouart et d'autres familles nobles. Le Vicomte de Rochechouart-Pontville, François, a épousé Mademoiselle Boucher le 23 juin avec l'approbation du Roi. La lignée des Rochechouart remonte à Jean de Pontville, qui épousa Anne de Rochechouart en 1470 sous la volonté de Louis XI. De ce mariage naquirent François de Pontville et Jeanne de Pontville, mariée en 1494 à Aimery de Rochechouart. François de Pontville eut plusieurs enfants, dont Bonaventure, mort sans descendance, et Claude, Vicomte de Rochechouart, qui épousa Blanche de Tournon. Claude eut Louis, Vicomte de Rochechouart, et Jeanne, mariée à Aimery de Rochechouart. Louis épousa Magdeleine de Bouillé, et ils eurent Jean de Rochechouart, Baron du Bâtiment, qui épousa Marie de Boulimbrocq. Leur fils, Louis-Joseph-Victor de Rochechouart, épousa Marie d'Escart et eut François de Rochechouart, Baron du Bâtiment, et Bertrand, Vicomte de Rochechouart. Le texte mentionne également d'autres mariages et décès, tels que celui de la Comtesse de Besuchef, Jeanne-Andriette-Louise de Carlovitz, morte à Paris à l'âge de trente-huit ans, et de la Comtesse de Rottembourg, Anne-Louise-Claire, morte à l'âge de soixante-neuf ans. D'autres décès notables incluent ceux de Louis-Marie-Bretagne Dominique de Rohan-Chabot, Duc de Rohan, et de Dame Catherine Pinet, veuve de Claude de Cèberet, morte à l'âge de cent deux ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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702
p. 205
LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
Début :
L'ouvrage que j'ai donné au Public, Monsieur, est trop étendu pour qu'il ne s'y [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Supplément, Libraire, Corrections, Familles nobles, Édition
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire béraldique
, chronologique & hiftorique, à l'Auteur
du Mercure , fur la Maifon du Chaftel.
L'OUVRAG
' OUVRAGE que j'ai donné au Public , Mon
fieur , eft trop érendu pour qu'il ne s'y trouve pas
beaucoup de fautes , & trop intéreffant pour que
je ne m'empreffe pas de les réparer. C'est pour
remplir cette vue , que je vais faire imprimer un
fupplément , qui contiendra un nombre affez confidérable
de corrections néceffaires , & de nouveaux
articles de beaucoup de familles Nobles de
différens endroits du Royaume , qui me font
parvenus par la voie du Libraire . Mais comme
Pédition demande encore quelque temps pour
être achevée , je ne dois pas attendre jufques- là à'
reconnoître publiquement entr'autres erreurs ,
celle dans laquelle je fuis tombé fur une des plus
illuftres Maifons du Royaume , que j'avois crue
éteinte fur la foi de quelques mauvais Mémoires,
Celui que j'ai l'honneur de vous envoyer eft plus
correct ; il eft prouvé fur des titres dont il feroit
aifé de prouver l'authenticité. Je vous prie de l'inférer
dans le Mercure prochain .
J'ai l'honneur d'être , &c.
· A Paris , ce 21 Novembre 1757-
, chronologique & hiftorique, à l'Auteur
du Mercure , fur la Maifon du Chaftel.
L'OUVRAG
' OUVRAGE que j'ai donné au Public , Mon
fieur , eft trop érendu pour qu'il ne s'y trouve pas
beaucoup de fautes , & trop intéreffant pour que
je ne m'empreffe pas de les réparer. C'est pour
remplir cette vue , que je vais faire imprimer un
fupplément , qui contiendra un nombre affez confidérable
de corrections néceffaires , & de nouveaux
articles de beaucoup de familles Nobles de
différens endroits du Royaume , qui me font
parvenus par la voie du Libraire . Mais comme
Pédition demande encore quelque temps pour
être achevée , je ne dois pas attendre jufques- là à'
reconnoître publiquement entr'autres erreurs ,
celle dans laquelle je fuis tombé fur une des plus
illuftres Maifons du Royaume , que j'avois crue
éteinte fur la foi de quelques mauvais Mémoires,
Celui que j'ai l'honneur de vous envoyer eft plus
correct ; il eft prouvé fur des titres dont il feroit
aifé de prouver l'authenticité. Je vous prie de l'inférer
dans le Mercure prochain .
J'ai l'honneur d'être , &c.
· A Paris , ce 21 Novembre 1757-
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Résumé : LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
Un auteur de dictionnaire béraldique, chronologique et historique écrit à l'auteur du Mercure pour signaler des erreurs dans son ouvrage. Il reconnaît que son livre, bien que volumineux et intéressant, contient des fautes qu'il souhaite corriger. Pour ce faire, il prépare un supplément incluant des corrections et de nouveaux articles sur des familles nobles de diverses régions du royaume, obtenus via le libraire. Cependant, l'édition du supplément nécessitant du temps, l'auteur décide de corriger publiquement certaines erreurs dès à présent. Il mentionne une erreur concernant une illustre maison du royaume qu'il croyait éteinte, basée sur des mémoires erronés. Il fournit une version corrigée, appuyée par des titres authentiques, et demande à l'auteur du Mercure de l'insérer dans la prochaine édition. La lettre est datée du 21 novembre 1757.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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703
p. 205-210
Mémoire sur la Maison du Chastel.
Début :
La Maison du Chastel est d'ancienne Chevalerie. L'histoire de Bretagne [...]
Mots clefs :
Maison du Chastel, Généalogie, Alliances, Militaire, Chevalier, Seigneur de Coetangars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur la Maison du Chastel.
Mémoire fur la Maison du Chaftel.
A Maifon du Chaftel eft d'ancienne Chevale
rie. L'hiftoire de Bretagne eft remplie de monumens
qui conftatent ſon ancienneté , fes fervices
militaires , & fes grandes alliances,
206 MERCURE DE FRANCE.
Bernard du Chaftel , Chevalier , fcella de fon
fceau un acte de l'an 1174. Il y eft repréſenté à
cheval , tenant l'épée haute de la main droite , &
foutenant de la gauche un écu chargé de fafces ;
le cheval caparaçonné aux mêmes armes. Il époufa
Anne de Léon de grande lignée , dont il eut Hervé
du Chaſtel , Chevalier , vivant en 1296 .
Bernard II , du nom , fire du Chaſtel , fils de
celui- ci , époufa Eléonore de Rofmadec , & en eut
Tanneguy, premier du nom , fire du Chaſtel ,
Lieutenant général des armées du Comte de
Montfort , contre CHARLES de Blois , fur lequel
il gagna la bataille de la Roche - de Rien en 1347 ,
& qui gagna encore celle de Mauron en 1352 .
Ce Tanneguyfut pere, entr'autres enfans , de Guillaume
, fire du Chaftel , qui fuit ; de Tanneguy,
Seigneur de la Roche- Dronion , chef de la branche
des Seigneurs de Melle , éteinte ; de Garfin
ou Garfis du Chaftel , Seigneur du Bois , appellé ,
à caufe de lui , le Bois de Garfis ( en Breton Coetangars
) Maréchal & Général d'armée du Duc d'An.
jou , mort fans alliance ; & Marguerite , femme
de Guillaume , fire de Rofmadec.
Guillaume , fire du Chaftel , de Leſlein ( & de
Coetangars , par la mort de fon frere Garfin )
rendit de grands fervices à JBAN , dit le vaillant ,
Duc de Bretagne , pour lequel il demeura prifonnier
en une rencontre , & paya 6000 écus d'or
pour fa rançon ; il mourut en 1370 , laiſſant pour
fils & héritier, Hervé , qui porta les armes pour le
Roi CHARLES V. Celui - ci fut pere de quatre fils ;
fçavoir :
1º. Guillaume du Chaftel , Chambellan du Roi
CHARLES V , & du Duc d'Orléans , qui fut l'un
des fept Champions du. Seigneur de Barbazan ,
contre fept Anglois en 1402 , gagna un combatDECEMBRE
. 1757. 207
naval contre les Anglois en 1403 ; pilla l'Ile de
Gerzé , où il fut tué l'année ſuivante , fans laiffer
de postérité .
2º. Olivier, fire du Chaſtel , &c. qui fuit .
3°. Hervé du Chaftel , tige des Seigneurs de
Coetelez , éteinte.
4°. Tanneguy , Chevalier , Confeiller & Cham
bellan du Roi , Grand Maître de fa Maifon , Prevôt
de Paris , Gouverneur & Sénéchal de Provence
, fi renommé dans l'hiftoire de France par fon
attachement à la perfonne du Dauphin depuis
Charles VII . Il mourut en Provence en 1449 ,
fans postérité.
Olivier , fire ou Seigneur du Chaftel , de Leſlein
, Chevalier Banneret , Chambellan du Duc de
Bretagne , Capitaine de Dinan & de Breft , Sénéchal
de Saintonge , donna quittance de fes gages.
comme Chevalier Banneret , le 20 Novembre.
1415 , & la fcella de fon fceau qui eft fafcé de
fix pieces d'or & de gueules . Il mourut en 1455 ,
ayant eu pour fils :
1° François , fire du Chaftel , qui continua la
poftérité.
2. Guillaume du Chaftel , Pannetier du Roi ,
& Ecuyer du Dauphin , depuis Louis XI , tué en
1441 au fiege de Pontoife en préſence du Roi
qui , pour récompenfer fa valeur & fes fervices, le
fit enterrer dans l'Eglife de Saint Denis , avec les
Rois ( Hift. de S. Denis , par Eelibien , pages 3.52.
562.)
3. Jean du Chaftel , Evêque de Carcaffonne ,
en 1457.
4°. Tanneguy du Chaſtel , Vicomte de la Belliere
, Confeiller & Chambellan du Roi CHARLES
VII, Grand Ecuyer de France , Grand Maître
'Hôtel du Duc de Bretagne , Gouverneur du
108 MERCURE DE FRANCE.
Rouffillon & de Cerdagne , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , lequel fut bleffé d'un coup de fauconneau
, au siege de Bouchain , en 1477, & mourut
de cette bleffure , au grand regret du Roi , qui
envoya offrir cent marcs d'argent à l'Eglife de
Notre-Dame de la Victoire , qu'il avoit voué pour
be falut de l'ame de ce Seigneur ( compte de Pierre
de Lailly ) . Il avoit marqué fon zele & ſa fidélité
au fervice du Roi CHARLES VII , en ſe tenant auprès
de lui jufqu'au dernier foupir , avoit fait faire
fes funérailles , & y avoit employé une fomme de
30 mille écus. Il ne laiffa de Jeanne de Raguenel ,
Vicomteffe de la Belliere & de Combour , fa
femme , qu'une fille nommée Jeanne , mariée à
Louis , Seigneur de Montejan.
François , fire du Chaftel , de Leſlein , de Le
zourny , &c. fut fait Chevalier Banneret ( Baron )
aux Etats de Bretagne de l'année 1495. Il eut de
Jeanne de Kerman , Olivier, fire du Chaftel , de
Leflein , de Lezourny & de Lefcoet. Celui- ci fut
pere de trois fils , Tanneguy , fire du Chaftel , qui
continua la branche aînée ; Gabriel , Seigneur de
Coetangars , dont la poftérité fera rapportée ciaprès
, & Olivier , Evêque de Saint- Brieu , mort
en 1523 .
Tanneguy , fire du Chaftel , de Poulmie , &c
époufa 1 ° . en 1492 , Louife du Pont , fille de
Pierre , Seigneur du Pont-l'Abbé , & d'Helene de
Rohan ; 20. en 1901 , Marie , Dame de Juch.
Du premier mariage vint Gillette du Chaftel ,
Dame du Pont-l'Abbé , de Roftrenen , &c. qu'elle
porta en dotte à Charles du Guellenée , Vicomte
du Fou; & du fecond , François , fire du Chaftel ,
de Lefcoet & du Jueh : celui- ci eut pour fils & héritier
Claude , Baron du Chaftel , &c. qui ne laisa
de Claude d'Acigné , Vicomteffe de la Belliere
DECEMBRE . 1757. 209
fa femme , que deux filles , nommées Anne &
Jeanne: la premiere héritiere de la Baronie du
Chaftel , épousa Guy de Rieux , Seigneur de Châteauneuf
, & l'autre , Charles Goyon , Baron de la
Mouffaye.
Branche des Seigneurs de Coetangars.
Gabriel du Chaftel , fecond fils d'Olivier , fire
du Chaftel , comme il a été dit ci - devant , eut en
partage la terre de Coetangars ; il fut pere de
Tanneguy du Chaftel , Seigneur de Coetangars ,
qui de Marie de Kerguiziau , fille & héritiere du
Seigneur de Kerguiziau , eut un fils nommé Guillaume
, qui fut auffi Seigneur de Coetangars & de
Kerivant , & époufa Léventze de Kermeno , qui
le rendit pere de Jean qui fuit :
Jean du Chaftel , Seigneur de Coetangars , de
Kerivant & de Bruillac , Chevalier de l'Ordre du
Roi , dit de S. Michel , Gentilhomme ordinaire
de fa chambre , fe qualifia chef du nom & d'armes
de la maifon du Chaftel , qualification que
fes fucceffeurs ont prife jufqu'aujourd'hui. Il
époufa 1 °. Marguerite de Cofquier , dont il n'eut
que des filles ; 2. en 1625 , Marie le Long- de
Keranroux , Dame de Mefaurun , qui le rendit
pere entr'autres de trois fils ; fçavoir 1 ° . Ignace-
François , appellé le Marquis du Chaſtel , dont la
petite-fille époufa en 1716 Hugues Humbert Huchet
, Comte de la Bedoyere ; 2 °. Marc-Antoine
du Chaftel , Seigneur de Kéranroux , mort fans
postérité ; 3 °. Tanneguy du Chaftel , Baron de
Bruillac , qui fuit :
Tannegny du Chaftel , Baron de Bruillac ,
époufa en 1659 Françoise de Kerprijan , Dame de
Parcaric , & en eut trois fils & une fille ; fçavoir
MERCURE DE FRANCE.
DE
acques-Claude du Chaftel , Baron de Braila
qui fuit ; 2 °. Tanneguy- Querian du Chaſtel ,
eur de Parcaric , mort fans poftérité ; 3 °,
-Jonathas du Chaftel , Infpecteur général
oupes du Roi en Amérique , Chevalier de
ais , Lieutenant de Roi de Marie- Galante ,
a laiffé des enfans établis en Amérique , &
le petit- fils nommé Claude Tanneguy eft
gne des Vaiffeaux du Roi ; & 4° . Mariee
du Chaftel , mariée en 1680 , àFrançois
Fer de Locrift , Seigneur de Kergariou.
ques - Claude du Chaftel , Chevalier , Sei-
Baron de Bruillac , de Parcarie , de Coal
i , & c . Maréchal des Logis de la compaolonelle
des Gentilshommes de l'Evêché de
Her , épouſa en 1691 , Marguerite de la Por
me de Guerdevollée ; de ce mariage font
plufieurs enfans , dont les trois ci deffous
és font vivans ; fçavoir , Hyacinthe-Marie du Chaftel , Chevalier ,
ar de Parcaric , Guerdevollée
, &c. chefde
d'armes , Chevalier de S. Louis ; il époufa
Françoife-Mauricette de Kergariou , Da-
Keruegant , dont deux filles.
arques-Thomas du Chaftel , Chevalier de
s , Lieutenant des Vaiffeaux du Roi.
Tanneguy du Chaftel , Aumonier du Roi ,
de l'Abbaye de Samer aux Bois.
armes , fafcé d'or & de gueules de fix
A Maifon du Chaftel eft d'ancienne Chevale
rie. L'hiftoire de Bretagne eft remplie de monumens
qui conftatent ſon ancienneté , fes fervices
militaires , & fes grandes alliances,
206 MERCURE DE FRANCE.
Bernard du Chaftel , Chevalier , fcella de fon
fceau un acte de l'an 1174. Il y eft repréſenté à
cheval , tenant l'épée haute de la main droite , &
foutenant de la gauche un écu chargé de fafces ;
le cheval caparaçonné aux mêmes armes. Il époufa
Anne de Léon de grande lignée , dont il eut Hervé
du Chaſtel , Chevalier , vivant en 1296 .
Bernard II , du nom , fire du Chaſtel , fils de
celui- ci , époufa Eléonore de Rofmadec , & en eut
Tanneguy, premier du nom , fire du Chaſtel ,
Lieutenant général des armées du Comte de
Montfort , contre CHARLES de Blois , fur lequel
il gagna la bataille de la Roche - de Rien en 1347 ,
& qui gagna encore celle de Mauron en 1352 .
Ce Tanneguyfut pere, entr'autres enfans , de Guillaume
, fire du Chaftel , qui fuit ; de Tanneguy,
Seigneur de la Roche- Dronion , chef de la branche
des Seigneurs de Melle , éteinte ; de Garfin
ou Garfis du Chaftel , Seigneur du Bois , appellé ,
à caufe de lui , le Bois de Garfis ( en Breton Coetangars
) Maréchal & Général d'armée du Duc d'An.
jou , mort fans alliance ; & Marguerite , femme
de Guillaume , fire de Rofmadec.
Guillaume , fire du Chaftel , de Leſlein ( & de
Coetangars , par la mort de fon frere Garfin )
rendit de grands fervices à JBAN , dit le vaillant ,
Duc de Bretagne , pour lequel il demeura prifonnier
en une rencontre , & paya 6000 écus d'or
pour fa rançon ; il mourut en 1370 , laiſſant pour
fils & héritier, Hervé , qui porta les armes pour le
Roi CHARLES V. Celui - ci fut pere de quatre fils ;
fçavoir :
1º. Guillaume du Chaftel , Chambellan du Roi
CHARLES V , & du Duc d'Orléans , qui fut l'un
des fept Champions du. Seigneur de Barbazan ,
contre fept Anglois en 1402 , gagna un combatDECEMBRE
. 1757. 207
naval contre les Anglois en 1403 ; pilla l'Ile de
Gerzé , où il fut tué l'année ſuivante , fans laiffer
de postérité .
2º. Olivier, fire du Chaſtel , &c. qui fuit .
3°. Hervé du Chaftel , tige des Seigneurs de
Coetelez , éteinte.
4°. Tanneguy , Chevalier , Confeiller & Cham
bellan du Roi , Grand Maître de fa Maifon , Prevôt
de Paris , Gouverneur & Sénéchal de Provence
, fi renommé dans l'hiftoire de France par fon
attachement à la perfonne du Dauphin depuis
Charles VII . Il mourut en Provence en 1449 ,
fans postérité.
Olivier , fire ou Seigneur du Chaftel , de Leſlein
, Chevalier Banneret , Chambellan du Duc de
Bretagne , Capitaine de Dinan & de Breft , Sénéchal
de Saintonge , donna quittance de fes gages.
comme Chevalier Banneret , le 20 Novembre.
1415 , & la fcella de fon fceau qui eft fafcé de
fix pieces d'or & de gueules . Il mourut en 1455 ,
ayant eu pour fils :
1° François , fire du Chaftel , qui continua la
poftérité.
2. Guillaume du Chaftel , Pannetier du Roi ,
& Ecuyer du Dauphin , depuis Louis XI , tué en
1441 au fiege de Pontoife en préſence du Roi
qui , pour récompenfer fa valeur & fes fervices, le
fit enterrer dans l'Eglife de Saint Denis , avec les
Rois ( Hift. de S. Denis , par Eelibien , pages 3.52.
562.)
3. Jean du Chaftel , Evêque de Carcaffonne ,
en 1457.
4°. Tanneguy du Chaſtel , Vicomte de la Belliere
, Confeiller & Chambellan du Roi CHARLES
VII, Grand Ecuyer de France , Grand Maître
'Hôtel du Duc de Bretagne , Gouverneur du
108 MERCURE DE FRANCE.
Rouffillon & de Cerdagne , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , lequel fut bleffé d'un coup de fauconneau
, au siege de Bouchain , en 1477, & mourut
de cette bleffure , au grand regret du Roi , qui
envoya offrir cent marcs d'argent à l'Eglife de
Notre-Dame de la Victoire , qu'il avoit voué pour
be falut de l'ame de ce Seigneur ( compte de Pierre
de Lailly ) . Il avoit marqué fon zele & ſa fidélité
au fervice du Roi CHARLES VII , en ſe tenant auprès
de lui jufqu'au dernier foupir , avoit fait faire
fes funérailles , & y avoit employé une fomme de
30 mille écus. Il ne laiffa de Jeanne de Raguenel ,
Vicomteffe de la Belliere & de Combour , fa
femme , qu'une fille nommée Jeanne , mariée à
Louis , Seigneur de Montejan.
François , fire du Chaftel , de Leſlein , de Le
zourny , &c. fut fait Chevalier Banneret ( Baron )
aux Etats de Bretagne de l'année 1495. Il eut de
Jeanne de Kerman , Olivier, fire du Chaftel , de
Leflein , de Lezourny & de Lefcoet. Celui- ci fut
pere de trois fils , Tanneguy , fire du Chaftel , qui
continua la branche aînée ; Gabriel , Seigneur de
Coetangars , dont la poftérité fera rapportée ciaprès
, & Olivier , Evêque de Saint- Brieu , mort
en 1523 .
Tanneguy , fire du Chaftel , de Poulmie , &c
époufa 1 ° . en 1492 , Louife du Pont , fille de
Pierre , Seigneur du Pont-l'Abbé , & d'Helene de
Rohan ; 20. en 1901 , Marie , Dame de Juch.
Du premier mariage vint Gillette du Chaftel ,
Dame du Pont-l'Abbé , de Roftrenen , &c. qu'elle
porta en dotte à Charles du Guellenée , Vicomte
du Fou; & du fecond , François , fire du Chaftel ,
de Lefcoet & du Jueh : celui- ci eut pour fils & héritier
Claude , Baron du Chaftel , &c. qui ne laisa
de Claude d'Acigné , Vicomteffe de la Belliere
DECEMBRE . 1757. 209
fa femme , que deux filles , nommées Anne &
Jeanne: la premiere héritiere de la Baronie du
Chaftel , épousa Guy de Rieux , Seigneur de Châteauneuf
, & l'autre , Charles Goyon , Baron de la
Mouffaye.
Branche des Seigneurs de Coetangars.
Gabriel du Chaftel , fecond fils d'Olivier , fire
du Chaftel , comme il a été dit ci - devant , eut en
partage la terre de Coetangars ; il fut pere de
Tanneguy du Chaftel , Seigneur de Coetangars ,
qui de Marie de Kerguiziau , fille & héritiere du
Seigneur de Kerguiziau , eut un fils nommé Guillaume
, qui fut auffi Seigneur de Coetangars & de
Kerivant , & époufa Léventze de Kermeno , qui
le rendit pere de Jean qui fuit :
Jean du Chaftel , Seigneur de Coetangars , de
Kerivant & de Bruillac , Chevalier de l'Ordre du
Roi , dit de S. Michel , Gentilhomme ordinaire
de fa chambre , fe qualifia chef du nom & d'armes
de la maifon du Chaftel , qualification que
fes fucceffeurs ont prife jufqu'aujourd'hui. Il
époufa 1 °. Marguerite de Cofquier , dont il n'eut
que des filles ; 2. en 1625 , Marie le Long- de
Keranroux , Dame de Mefaurun , qui le rendit
pere entr'autres de trois fils ; fçavoir 1 ° . Ignace-
François , appellé le Marquis du Chaſtel , dont la
petite-fille époufa en 1716 Hugues Humbert Huchet
, Comte de la Bedoyere ; 2 °. Marc-Antoine
du Chaftel , Seigneur de Kéranroux , mort fans
postérité ; 3 °. Tanneguy du Chaftel , Baron de
Bruillac , qui fuit :
Tannegny du Chaftel , Baron de Bruillac ,
époufa en 1659 Françoise de Kerprijan , Dame de
Parcaric , & en eut trois fils & une fille ; fçavoir
MERCURE DE FRANCE.
DE
acques-Claude du Chaftel , Baron de Braila
qui fuit ; 2 °. Tanneguy- Querian du Chaſtel ,
eur de Parcaric , mort fans poftérité ; 3 °,
-Jonathas du Chaftel , Infpecteur général
oupes du Roi en Amérique , Chevalier de
ais , Lieutenant de Roi de Marie- Galante ,
a laiffé des enfans établis en Amérique , &
le petit- fils nommé Claude Tanneguy eft
gne des Vaiffeaux du Roi ; & 4° . Mariee
du Chaftel , mariée en 1680 , àFrançois
Fer de Locrift , Seigneur de Kergariou.
ques - Claude du Chaftel , Chevalier , Sei-
Baron de Bruillac , de Parcarie , de Coal
i , & c . Maréchal des Logis de la compaolonelle
des Gentilshommes de l'Evêché de
Her , épouſa en 1691 , Marguerite de la Por
me de Guerdevollée ; de ce mariage font
plufieurs enfans , dont les trois ci deffous
és font vivans ; fçavoir , Hyacinthe-Marie du Chaftel , Chevalier ,
ar de Parcaric , Guerdevollée
, &c. chefde
d'armes , Chevalier de S. Louis ; il époufa
Françoife-Mauricette de Kergariou , Da-
Keruegant , dont deux filles.
arques-Thomas du Chaftel , Chevalier de
s , Lieutenant des Vaiffeaux du Roi.
Tanneguy du Chaftel , Aumonier du Roi ,
de l'Abbaye de Samer aux Bois.
armes , fafcé d'or & de gueules de fix
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Résumé : Mémoire sur la Maison du Chastel.
Le texte relate l'histoire de la Maison du Chastel, une ancienne chevalerie bretonne. Bernard du Chastel, un chevalier mentionné dans un acte de 1174, épousa Anne de Léon et eut un fils nommé Hervé du Chastel, également chevalier en 1296. Hervé eut à son tour un fils, Bernard II du Chastel, qui épousa Eléonore de Rosmadec. Leur fils, Tanneguy du Chastel, fut Lieutenant général des armées du Comte de Montfort et remporta des victoires notables lors des batailles de la Roche-Derrien en 1347 et de Mauron en 1352. Tanneguy eut plusieurs enfants, dont Guillaume du Chastel, qui servit Jean IV, Duc de Bretagne, et fut prisonnier de guerre. Guillaume mourut en 1370, laissant Hervé comme héritier. Hervé eut quatre fils, parmi lesquels Guillaume du Chastel, Chambellan du Roi Charles V, et Tanneguy du Chastel, conseiller du Roi Charles VII. Olivier du Chastel, Chevalier Banneret, fut Capitaine de Dinan et Sénéchal de Saintonge. Il eut plusieurs fils, dont François du Chastel, Chevalier Banneret, et Jean du Chastel, Évêque de Carcassonne. Tanneguy du Chastel, Vicomte de la Bellière, fut Grand Écuyer de France et mourut en 1477. François du Chastel eut Olivier du Chastel, père de Tanneguy du Chastel, Gabriel du Chastel, et Olivier, Évêque de Saint-Brieuc. La branche des Seigneurs de Coetangars inclut Gabriel du Chastel, père de Tanneguy du Chastel, Seigneur de Coetangars. Jean du Chastel, Chevalier de l'Ordre du Roi, épousa Marguerite de Cosquier et Marie le Long de Keranroux, ayant plusieurs descendants notables. Jacques-Claude du Chastel, Baron de Bruillac, eut plusieurs enfants, dont Hyacinthe-Marie du Chastel, Chevalier de Saint-Louis, et Tanneguy du Chastel, Aumonier du Roi.
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704
p. 197-200
MORTS.
Début :
Le 23 Octobre 1757, Henriette-Emilie de Bautru, Comtesse de [...]
Mots clefs :
Morts, Maison de Nogent, Comtesse, Marquis, Famille Bautru, Maison de Melun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
LE 23 Octobre 1757 , Henriette – Emilie de
Bautru , Comteffe de Nogent - le- Roi , femme de
Louis , Marquis de Melun , Comte de Nogent - le-
Roi , Seigneur de la Mothe- Saint-Androny , mourut
à Paris , âgée de 48 ans 7 mois 6 jours , étant
née le 21 Mars 1709. Elle étoit fille unique &
héritiere de Louis - Armand de Bautru , Comte de
Nogent- le-Roi en Beauffe , Lieutenant général
des Armées du Roi , & de la baffe - Auvergne ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , mort d'apoplexie aux Eaux de Bourbon-
PArchambaut , le 6 Juin 1736 , & de Marie- Julie
Juliftanne , fille du Pacha de Neuhaufel , en Hongrie
; elle avoit pour bifayeul Nicolas de Bautru ,
Comte de Nogent-le -Roi , Marquis du Tremblay,
Capitaine des Gardes de la porte du Roi , Gouver
neur de Dourdan , Confeiller du Roi en fes Confeils
d'Etat & privé , mort le 10 Septembre 1661 ,
laiffant de fon mariage avec Marie Coullon , entr'autres
enfans , 1 ° . Armand de Bautru , qui fuit ;
2º. Nicolas de Bautru , Marquis de Vaubrun & du
Tremblay , Lieutenant général des Armées du
Roi , Gouverneur de Philippeville , tué le premier
Août 1675 , au combat d'Altenheim fur le Rhin
commandant alors en chef l'armée du Roi , laiſfant
de fon mariage avec Marguerite - Thérefe de
Bautru-Vaubrun , fa niece , à la mode de Bretagne
, fille du Comte de Serrant , en Anjou ; Guillaume-
Nicolas de Bautru -Vaubrun , Abbé de Cor
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
mery & de S. Georges fur Loire , Lecteur de la
chambre du Roi , mort en 1746 , âgé de 85 ans ,
& Magdeleine- Diane de Bautru - Vaubrun , veuve
de François Annibal , Duc d'Eftrées , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Gouverneur
de l'Ile de France , morte à Paris au mois
de Février 1753 , âgée de 85 ans ; 3 °. Louis de
Bautru , Marquis de Nogent , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie, Gouverneur de Sommiere
, mort fans enfans.
Armand de Bautru , Comte de Nogent , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieutenant
général de la baffe- Auvergne , Capitaine des Gardes
de la porte , & Maître de la garderobe du Roi,
ayeul de la Marquife de Melun derniere du
nom de Bautru , qui donne lieu à cette article ,
fut tué au paffage du Rhin près du fort de Tolhuis,
le 12 Juin 1672. Il avoit épousé le 28 Avril
1663 , Diane- Charlotte de Caumont - Lauzun ,
fille d'honneur de la Reine , mere du Roi , foeur
du Duc de Lauzun , & fille de Gabriel , non pas
de Caumont , Comte de Lauzun , & de Charlotte
de Caumont- la Force . Elle mourut le 4 Novembre
1720 , ayant eu de fon mariage Louis - Armandde
Bautru , Comte de Nogent , pere de la Marquife
de Melan ; Louis - Nicolas de Bautru Nogent
, ancien Capitaine des Vaiffeaux du Roi ,
Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , mort fans
Etre marié le 3 Septembre 1736 ; Louife- Thérefe-
Diane de Bautru- Nogent , femme de Blaize ,
Comte d'Aydie , morte le 6 Février 1732 ; Marié-
Antonine de Bautru - Nogent , morte en 1742 ,
femme de Charles - Armand de Gontault , Duc de
Biron , Pair de France , Chevaliers des Ordres du
Roi , Gouverneur de Landeau , mort en Juillet
1756 , Doyen des Maréchaux de France , âgé de
JANVIER. 1758. 199
93 ans , pere de Jean- Louis de Gontault , Duc de
Biron , Pair de France , Abbé de Moiffac & de
Cadouin ; de Louis - Antoine de Gontault , Duc de
Biron , Pair & Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Landrecis , Colonel
du Régiment des Gardes Françoifes , & de
Charles- Armand , Marquis de Gontault , Lieute
nant général des Armées du Roi & de la province
de Languedoc , Chevalier des Ordres , du Roi ,
Gouverneur de Landeau ; de Madame la Comreffe
du Roure , & de Madame la Marquife de
Seignelais , actuellement vivante .
Le Marquis de Melun eft fils d'Armand , Comte
de Melun , Chevalier de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , mort Gouverneur des Forts Louis
& Sainte -Croix de Bordeaux , & de feue Marie-
Françoiſe de Rouvray de Saint-Simon , aîné de
la maifon , après le Bailly de Saint-Simon , &
l'Evêque de Metz . Il a pour bifayeul Charles de
Melun , Seigneur du Buignon , Gentilhomme de
la chambre de Henri de Bourbon , Prince de
Condé , Gentilhomme ordinaire du Roi , qui de
Françoise de Saint- Perriez , Dame de Maupertuis
, & de Granon , foeur de la Marquife de Vignacourt,
mere d'Adrien , Grand Maître de Malte ,
a laiffé 1 °. Joachim , Comte de Melun , Seigneur
du Buignon , Gentilhomme ordinaire de la chambre
du Roi , nommé le 1 Mars 1649, député de la
nobleffe du Bailliage de Nemours aux Etats Généraux
du royaume , convoqués, par ordre du Roi,
en la ville d'Orléans , au 15 dès même mois &
an , dont la postérité fubfifte. 2 ° . Louis de Melun
, Seigneur de Maupertuis , Maître - d'Hôtel
du Roi Louis XIII , né en 1603 , Lieutenant-Colonel
du régiment de Picardie , tué au fiege de
Giry , en 1649 , après trente - cinq campagnes ,
I
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
laiffant de Barbe de Chaudet , fa femme , Louis
de Melun , Marquis de Maupertuis , Lieutenant
Général des armées du Roi , Grande Croix de
l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , Gouverneur
des ville & comté de Toul , Capitaine
Lieutenant de la premiere compagnie des Moufquetaires
, en 1684 , qui s'eft diftingué dans plufieurs
occafions, entr'autres au fiege de Candie , &
à celui de Valencienne. Il entra des premiers dans
cette place , à la tête des Moufquetaires , & y
fut même long-temps avant que les troupes y
entraffent , & mort à Paris , au mois d'Avril 1721 ,
dans fa quatre - vingt- feptieme année . 3.Matthieu
de Melun , Prieur de Sauffeuce , Chanoine &
Grand Vicaire de Chartres , mort en 1678. 4º%
Armand, Comte de Melun, Gouverneur des Forts
Louis & Sainte-Croix de Bordeaux , pere du Marquis
de Melun , François & Charles de Melun ; le
premier , tué en 1674 , à la bataille de Senef ,
étant Lieutenant aux Gardes ; le fecond , fix femaines
après , au fiege de Grave , étant Capitaine
& Major au régiment de Normandie ; & Françoiſe
de Melun , morte en 1709, Prieure des Da
mes Saint Dominique , à Montargis.
LE 23 Octobre 1757 , Henriette – Emilie de
Bautru , Comteffe de Nogent - le- Roi , femme de
Louis , Marquis de Melun , Comte de Nogent - le-
Roi , Seigneur de la Mothe- Saint-Androny , mourut
à Paris , âgée de 48 ans 7 mois 6 jours , étant
née le 21 Mars 1709. Elle étoit fille unique &
héritiere de Louis - Armand de Bautru , Comte de
Nogent- le-Roi en Beauffe , Lieutenant général
des Armées du Roi , & de la baffe - Auvergne ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , mort d'apoplexie aux Eaux de Bourbon-
PArchambaut , le 6 Juin 1736 , & de Marie- Julie
Juliftanne , fille du Pacha de Neuhaufel , en Hongrie
; elle avoit pour bifayeul Nicolas de Bautru ,
Comte de Nogent-le -Roi , Marquis du Tremblay,
Capitaine des Gardes de la porte du Roi , Gouver
neur de Dourdan , Confeiller du Roi en fes Confeils
d'Etat & privé , mort le 10 Septembre 1661 ,
laiffant de fon mariage avec Marie Coullon , entr'autres
enfans , 1 ° . Armand de Bautru , qui fuit ;
2º. Nicolas de Bautru , Marquis de Vaubrun & du
Tremblay , Lieutenant général des Armées du
Roi , Gouverneur de Philippeville , tué le premier
Août 1675 , au combat d'Altenheim fur le Rhin
commandant alors en chef l'armée du Roi , laiſfant
de fon mariage avec Marguerite - Thérefe de
Bautru-Vaubrun , fa niece , à la mode de Bretagne
, fille du Comte de Serrant , en Anjou ; Guillaume-
Nicolas de Bautru -Vaubrun , Abbé de Cor
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
mery & de S. Georges fur Loire , Lecteur de la
chambre du Roi , mort en 1746 , âgé de 85 ans ,
& Magdeleine- Diane de Bautru - Vaubrun , veuve
de François Annibal , Duc d'Eftrées , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Gouverneur
de l'Ile de France , morte à Paris au mois
de Février 1753 , âgée de 85 ans ; 3 °. Louis de
Bautru , Marquis de Nogent , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie, Gouverneur de Sommiere
, mort fans enfans.
Armand de Bautru , Comte de Nogent , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieutenant
général de la baffe- Auvergne , Capitaine des Gardes
de la porte , & Maître de la garderobe du Roi,
ayeul de la Marquife de Melun derniere du
nom de Bautru , qui donne lieu à cette article ,
fut tué au paffage du Rhin près du fort de Tolhuis,
le 12 Juin 1672. Il avoit épousé le 28 Avril
1663 , Diane- Charlotte de Caumont - Lauzun ,
fille d'honneur de la Reine , mere du Roi , foeur
du Duc de Lauzun , & fille de Gabriel , non pas
de Caumont , Comte de Lauzun , & de Charlotte
de Caumont- la Force . Elle mourut le 4 Novembre
1720 , ayant eu de fon mariage Louis - Armandde
Bautru , Comte de Nogent , pere de la Marquife
de Melan ; Louis - Nicolas de Bautru Nogent
, ancien Capitaine des Vaiffeaux du Roi ,
Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , mort fans
Etre marié le 3 Septembre 1736 ; Louife- Thérefe-
Diane de Bautru- Nogent , femme de Blaize ,
Comte d'Aydie , morte le 6 Février 1732 ; Marié-
Antonine de Bautru - Nogent , morte en 1742 ,
femme de Charles - Armand de Gontault , Duc de
Biron , Pair de France , Chevaliers des Ordres du
Roi , Gouverneur de Landeau , mort en Juillet
1756 , Doyen des Maréchaux de France , âgé de
JANVIER. 1758. 199
93 ans , pere de Jean- Louis de Gontault , Duc de
Biron , Pair de France , Abbé de Moiffac & de
Cadouin ; de Louis - Antoine de Gontault , Duc de
Biron , Pair & Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Landrecis , Colonel
du Régiment des Gardes Françoifes , & de
Charles- Armand , Marquis de Gontault , Lieute
nant général des Armées du Roi & de la province
de Languedoc , Chevalier des Ordres , du Roi ,
Gouverneur de Landeau ; de Madame la Comreffe
du Roure , & de Madame la Marquife de
Seignelais , actuellement vivante .
Le Marquis de Melun eft fils d'Armand , Comte
de Melun , Chevalier de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , mort Gouverneur des Forts Louis
& Sainte -Croix de Bordeaux , & de feue Marie-
Françoiſe de Rouvray de Saint-Simon , aîné de
la maifon , après le Bailly de Saint-Simon , &
l'Evêque de Metz . Il a pour bifayeul Charles de
Melun , Seigneur du Buignon , Gentilhomme de
la chambre de Henri de Bourbon , Prince de
Condé , Gentilhomme ordinaire du Roi , qui de
Françoise de Saint- Perriez , Dame de Maupertuis
, & de Granon , foeur de la Marquife de Vignacourt,
mere d'Adrien , Grand Maître de Malte ,
a laiffé 1 °. Joachim , Comte de Melun , Seigneur
du Buignon , Gentilhomme ordinaire de la chambre
du Roi , nommé le 1 Mars 1649, député de la
nobleffe du Bailliage de Nemours aux Etats Généraux
du royaume , convoqués, par ordre du Roi,
en la ville d'Orléans , au 15 dès même mois &
an , dont la postérité fubfifte. 2 ° . Louis de Melun
, Seigneur de Maupertuis , Maître - d'Hôtel
du Roi Louis XIII , né en 1603 , Lieutenant-Colonel
du régiment de Picardie , tué au fiege de
Giry , en 1649 , après trente - cinq campagnes ,
I
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
laiffant de Barbe de Chaudet , fa femme , Louis
de Melun , Marquis de Maupertuis , Lieutenant
Général des armées du Roi , Grande Croix de
l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , Gouverneur
des ville & comté de Toul , Capitaine
Lieutenant de la premiere compagnie des Moufquetaires
, en 1684 , qui s'eft diftingué dans plufieurs
occafions, entr'autres au fiege de Candie , &
à celui de Valencienne. Il entra des premiers dans
cette place , à la tête des Moufquetaires , & y
fut même long-temps avant que les troupes y
entraffent , & mort à Paris , au mois d'Avril 1721 ,
dans fa quatre - vingt- feptieme année . 3.Matthieu
de Melun , Prieur de Sauffeuce , Chanoine &
Grand Vicaire de Chartres , mort en 1678. 4º%
Armand, Comte de Melun, Gouverneur des Forts
Louis & Sainte-Croix de Bordeaux , pere du Marquis
de Melun , François & Charles de Melun ; le
premier , tué en 1674 , à la bataille de Senef ,
étant Lieutenant aux Gardes ; le fecond , fix femaines
après , au fiege de Grave , étant Capitaine
& Major au régiment de Normandie ; & Françoiſe
de Melun , morte en 1709, Prieure des Da
mes Saint Dominique , à Montargis.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès d'Henriette-Émilie de Bautru, Comtesse de Nogent-le-Roi, survenu à Paris le 23 octobre 1757 à l'âge de 48 ans. Elle était l'épouse de Louis, Marquis de Melun. Henriette-Émilie était la fille unique et héritière de Louis-Armand de Bautru, Comte de Nogent-le-Roi, Lieutenant général des Armées du Roi, et de Marie-Julie Julistanne, fille du Pacha de Neuhaufel en Hongrie. Son grand-père paternel, Nicolas de Bautru, fut Capitaine des Gardes de la porte du Roi et Gouverneur de Dourdan. La lignée familiale d'Henriette-Émilie est marquée par plusieurs membres illustres. Parmi eux, Nicolas de Bautru, tué au combat d'Altenheim en 1675, et Armand de Bautru, Maréchal des Camps et Armées du Roi, tué au passage du Rhin en 1672. Du côté de la famille de Melun, des figures notables incluent Louis de Melun, Marquis de Maupertuis, Lieutenant Général des armées du Roi, et Joachim de Melun, Comte de Melun, député aux États Généraux en 1649.
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705
p. 202-204
Morts [titre d'après la table]
Début :
Le 26 Novembre 1757, mourut à Saint-Germain en Laye Pierre le Monnier, [...]
Mots clefs :
Morts, Philosophie, Université de Paris, Pierre le Monnier
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texteReconnaissance textuelle : Morts [titre d'après la table]
Le 26 Novembre 1757 , mourut à Saint - Germain
en Laye Pierre le Monnier Affocié vétéran
de l'Académie des Sciences & Profeffeur
Emérite en l'Univerfité de Paris. Il étoit né le 28
Juin 1676 , dans la franche bourgeoifie de Saint-
Sever , en Baffe - Normandie , là où fa famille eft
établie depuis le douzieme fiecle . L'on donnera
fur cela des détails en même temps qu'un extrait
de la Phyfique générale & particuliere , compofée
en 1714 , par M. le Monnier , & que l'on à imprimée
en ces derniers temps.
a
Il avoit fuccédé dans la chaire de Philofophie,
JANVIER . 1758. 203
au college d'Harcourt , à Guillaume le Melorel ,
natif pareillement de Saint - Sever , & dont il étoit
allié . Sa grande mere ( 1 ) Chardine Talbot , auprès
de laquelle il fut élevé , étant mineur , avoit acquis
en 1679 une partie des poffeffions que laiffe
aujourd'hui M. le Monnier d'un Marin le Melorel,
fieur de la Farize . Guillaume le Melorel fut l'un
des premiers Profeffeurs de Philofophie qui quitta
la Philofophie d'Ariftote pour adopter celle de
Defcartes. Lui & fon fucceffeur ont profeffé chacun
environ quarante ans. Le bourg de Saint-Sever
eft auffi ancien que la conquête de la province,
comme cela fe voit par les monumens qui nous
reftent de l'Abbaye royale , laquelle a été brûlée
jufqu'à trois fois . Lorfque Henri V , Roi d'Angleterre
, fit la conquête générale de la Normandie ,
en 1418 , il laiffa les habitans de Saint - Sever paifibles
poffeffeurs de leurs biens , & fe contenta de
ce qui étoit entre les mains des Religieux Bénédictins
de l'Abbaye royale , les revenus de leur
Abbé. Cet acte d'humanité contint les habitans
quelques années dans ces lieux-là . Mais les Anglois
défefpérés dans la Suiffe , de n'avoir pu affujettir
entiérement la province , faute d'emporter d'affaut
le Mont Saint Michel , fe poufferent à divers
excès. Ils ruinerent le château de Saint-Sever , &
il y eut pour lors une tranfmigration de trente
mille familles en Bretagne , attirées de Normandie
par le Duc Jean V, lequel entretenoit , après la
mort de Henri V, foigneufement la neutralité
avec le Duc de Bedfort , foi difant Régent du
royaume de France.
La famille dont nous parlons ſe maintint tou-
(1 ) Sa mere Longerin-de Richelieu , confine de
Louis de la Croix , Ecuyer , fieur de Richèlien.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
jours à Saint-Sever dans fes poffeffions , quoi
qu'il y en eût quelques branches établies en Bretagne
long-temps avant cette derniere irruption
des Anglois. L'on compte parmi les branches qui
en font forties , celle qui a donné , vers l'an 1515,
l'Auteur de quelques écrits Latins & François ; entr'autres
un Traité à la louange du mariage & des
femmes vertueufes : il a laiffé une fondation à l'Univerfité
de Caën , dont il fut deux fois Recteur &
Syndic. S'étant fait Prêtre après la mort de fa femme
, il mourut Greffier & Vicegérent de la Cour
des Privileges Apoftoliques de l'Evêché de Bayeux..
11 eft connu fous le nom de Pierre le Monnier
Ecuyer , fieur de l'Enandrie. Le bifayeul, du Phi
lofophe Pierre le Monnier dont il eft queſtion
ici , s'appelloit François , & vivoit du temps de la
ligue & fous Henri IV. Il rendit quelques fervi
ces , & laiffa trois enfans , dont le plus jeune Matthieu
le Monnier , épouſa Chardine Talbot , &:
fut pere de Michelle Monnier , mort en 1679 ..
en Laye Pierre le Monnier Affocié vétéran
de l'Académie des Sciences & Profeffeur
Emérite en l'Univerfité de Paris. Il étoit né le 28
Juin 1676 , dans la franche bourgeoifie de Saint-
Sever , en Baffe - Normandie , là où fa famille eft
établie depuis le douzieme fiecle . L'on donnera
fur cela des détails en même temps qu'un extrait
de la Phyfique générale & particuliere , compofée
en 1714 , par M. le Monnier , & que l'on à imprimée
en ces derniers temps.
a
Il avoit fuccédé dans la chaire de Philofophie,
JANVIER . 1758. 203
au college d'Harcourt , à Guillaume le Melorel ,
natif pareillement de Saint - Sever , & dont il étoit
allié . Sa grande mere ( 1 ) Chardine Talbot , auprès
de laquelle il fut élevé , étant mineur , avoit acquis
en 1679 une partie des poffeffions que laiffe
aujourd'hui M. le Monnier d'un Marin le Melorel,
fieur de la Farize . Guillaume le Melorel fut l'un
des premiers Profeffeurs de Philofophie qui quitta
la Philofophie d'Ariftote pour adopter celle de
Defcartes. Lui & fon fucceffeur ont profeffé chacun
environ quarante ans. Le bourg de Saint-Sever
eft auffi ancien que la conquête de la province,
comme cela fe voit par les monumens qui nous
reftent de l'Abbaye royale , laquelle a été brûlée
jufqu'à trois fois . Lorfque Henri V , Roi d'Angleterre
, fit la conquête générale de la Normandie ,
en 1418 , il laiffa les habitans de Saint - Sever paifibles
poffeffeurs de leurs biens , & fe contenta de
ce qui étoit entre les mains des Religieux Bénédictins
de l'Abbaye royale , les revenus de leur
Abbé. Cet acte d'humanité contint les habitans
quelques années dans ces lieux-là . Mais les Anglois
défefpérés dans la Suiffe , de n'avoir pu affujettir
entiérement la province , faute d'emporter d'affaut
le Mont Saint Michel , fe poufferent à divers
excès. Ils ruinerent le château de Saint-Sever , &
il y eut pour lors une tranfmigration de trente
mille familles en Bretagne , attirées de Normandie
par le Duc Jean V, lequel entretenoit , après la
mort de Henri V, foigneufement la neutralité
avec le Duc de Bedfort , foi difant Régent du
royaume de France.
La famille dont nous parlons ſe maintint tou-
(1 ) Sa mere Longerin-de Richelieu , confine de
Louis de la Croix , Ecuyer , fieur de Richèlien.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
jours à Saint-Sever dans fes poffeffions , quoi
qu'il y en eût quelques branches établies en Bretagne
long-temps avant cette derniere irruption
des Anglois. L'on compte parmi les branches qui
en font forties , celle qui a donné , vers l'an 1515,
l'Auteur de quelques écrits Latins & François ; entr'autres
un Traité à la louange du mariage & des
femmes vertueufes : il a laiffé une fondation à l'Univerfité
de Caën , dont il fut deux fois Recteur &
Syndic. S'étant fait Prêtre après la mort de fa femme
, il mourut Greffier & Vicegérent de la Cour
des Privileges Apoftoliques de l'Evêché de Bayeux..
11 eft connu fous le nom de Pierre le Monnier
Ecuyer , fieur de l'Enandrie. Le bifayeul, du Phi
lofophe Pierre le Monnier dont il eft queſtion
ici , s'appelloit François , & vivoit du temps de la
ligue & fous Henri IV. Il rendit quelques fervi
ces , & laiffa trois enfans , dont le plus jeune Matthieu
le Monnier , épouſa Chardine Talbot , &:
fut pere de Michelle Monnier , mort en 1679 ..
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Résumé : Morts [titre d'après la table]
Pierre Le Monnier, né le 28 juin 1676 à Saint-Sever en Basse-Normandie et décédé le 26 novembre 1757 à Saint-Germain-en-Laye, était un vétéran de l'Académie des Sciences et professeur émérite à l'Université de Paris. Sa famille était installée à Saint-Sever depuis le douzième siècle. Le Monnier a succédé à Guillaume Le Melorel, natif de Saint-Sever et son allié, à la chaire de Philosophie au collège d'Harcourt. Guillaume Le Melorel fut l'un des premiers professeurs à adopter la philosophie de Descartes. La grande-mère de Le Monnier, Chardine Talbot, avait acquis des possessions en 1679, aujourd'hui détenues par lui. Saint-Sever, ancien bourg, a été marqué par des événements historiques, notamment la conquête de la Normandie par Henri V en 1418 et les excès des Anglais qui ont conduit à la ruine du château et à la migration de nombreuses familles en Bretagne. La famille Le Monnier a maintenu ses possessions à Saint-Sever malgré les invasions. Une branche de la famille a donné un auteur de traités latins et français au début du XVIe siècle. Le bisaïeul du philosophe, François Le Monnier, vivait durant la Ligue et sous Henri IV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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706
p. 195-207
MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Début :
Les démarches qui ont été faites par Messieurs de Caumont de Gauville, transmigrés de Guienne [...]
Mots clefs :
Famille Caumont de Gauville, Picardie, Guyenne, Migration, Preuves, Armes, Ducs, Généalogie, Seigneur, Trésorier, Service du roi, Comte, Maison, Branche, Degrés
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
MEMOIRE GENEALOGIQUE
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
199
›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
199
›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
Fermer
Résumé : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Le document 'Mémoire généalogique' explore la branche des Caumont de Picardie, connue sous le nom de Gauville, qui a migré de Guyenne vers l'an 1400. Cette branche a entrepris des démarches pour se rattacher à la maison de Caumont de Guienne, devenue Ducs de la Force. La généalogie de M. de Caumont de Beauvilliers semble exclure les autres branches portant le même nom et les mêmes armes anciennes. Les Caumont de Gauville cherchent à dissiper les préjugés en fournissant des preuves de leur légitimité, affirmant être animés par l'amour de la vérité et la gloire de remonter à la pureté de leur source. Ils soutiennent que les premières armes de la maison ducale de Caumont n'étaient pas les léopards, mais des faces ou bandes, et apportent des preuves telles que des sceaux et des quittances datant du XIVe siècle. Le texte détaille les relations familiales et les successions au sein de la famille Caumont, mentionnant des figures comme Guillaume III, Nompar, et Jean de Caumont. Jean de Caumont a servi sous les Rois de France et a conservé les anciennes armes de sa maison, contrairement à la branche aînée qui avait adopté les léopards des Rois d'Angleterre. Les Caumont de Picardie se présentent comme nobles d'extraction militaire dès l'an 1400, portant les anciennes armes des Caumont de Guienne. Ils appartiennent à des maisons prestigieuses en Picardie et en Normandie. Le document se conclut par une demande de communication de titres et de testaments pour établir une jonction généalogique avec la maison de Caumont de la Force. Le père Simplicien, dans son ouvrage sur les Grands Officiers de la Couronne, a omis de tracer la généalogie complète des frères Jean et Gaston de Caumont, se limitant au treizième degré. Il a également commis une erreur en attribuant à Charles de Caumont la branche des Caumont de la Force, alors qu'il a fondé celle des Caumont de Monbeton et de Beauvilliers. Les titres authentiques du Marquis de Caumont de Beauvilliers ont permis de corriger cette erreur. Les Caumont de Gauville, grâce à un mariage et des liens de voisinage, ont pu mieux connaître les points de séparation de leur lignée. La liaison entre les Caumont de Gauville et de Beauvilliers a perduré jusqu'au décès de Cosme de Caumont en 1733. Les Caumont de Picardie se réfèrent au treizième degré de la maison Ducale de la Force pour leur généalogie, suivant les lignées des Ducs de la Force et de Lauzun pour les degrés antérieurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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707
p. 198-201
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Charles de Biotiere de Chassincourt, Marquis de Tilly, Chevalier Seigneur [...]
Mots clefs :
Chevalier, Marquis, Maison de Biotiere de Chassincourt, Maison Durfort, Morts, Mariages, Maison de Bouchet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MESSIRE ESSIRE Charles de Biotiere de Chaffincour ;
Marquis de Tilly , Chevalier Seigneur de Montfant
, de Ris , de Bau , du Treüil des Gardais , de
S. Martin , de S. Bluife , la Ronde les Giffiers , &c.
époufa le 9 de Mars , Damoiſelle Marie - Anne de
Durfort. La célébration du mariage fe fit dans la
Chapelle de l'Hôtel de Duras , & la Bénédiction
nuptiale leur fut donnée par M. l'abbé de Durfort,
Grand Vicaire de Narbonne.
La maison de Biotiere de Chaffincour ; eft une
des plus anciennes du Bourbonnois , d'extraction
militaire , & de cette nobleffe dont on peut trouver
P'origine même dans les temps les plus reculés,
on voit par fes titres qui font chez M. de Claframbault
, qu'elle a toujours été noble , & toujours
inviolablement attaché à fon Roi & à fa
Patrie.
Quant à la maifon de Durfort , pour tout dire
il fuffit de la nommer.
Meffire Louis- Joachim Paris Potier , Marquis
de Gefvres , Vicomte de Pledrau & du Pirruit ,
épousé le 4 Avril Françoife Marie du Guefclin',
fille de feu Bertrand Celar , Marquis du Guéfclin',
Meftre de Camp , Premier Gent homme de la
Chambre du Duc d'Orleans , & de Dame Marguerite
Bofc. La Bénédiction nuptiale leur a été
donnée à Saint- Ouen par le Cardinal de Gefvres.
Le Marquis de Gefvres eft fils de Louis - Léon Potier
de Gefvres , Duc de Trefmes , Pair de France,
Marquis de Gandelu , Lieutenant Général des Ar
mées du Roi , Gouverneur & Capitaine du Châ
AVRIL. 1758. 199
teau & Capitainerie Royale de Montceaux , &
Gouverneur Général de l'Ile de France , & de feue
Eleonore- Marie de Montmorency- Luxembourg.
Les perfonnes les plus qualifiées de la Cour & de
la Ville ont affifté à cette Noce , & toute l'affemblée
qui étoit nombreuſe a été traitée , avec autant
de goût que de magnificence.
M. le Marquis Defcars eft mort le 14 Février
à fa terre de la Mothe- Deſcars , près de Toulouſe,
dans la quatre -vingt- deuxieme année de fon âge.
Il étoit de la même maifon , mais d'une autre branche
, que les trois Officiers Généraux du nom de
Perreufe - Defcars , dont un eſt Maréchal de Camp,
un autre Colonel du Régiment de Normandie , &
le troifieme auffi Colonel du Régiment Defcars ,
Cavalerie .
Le 19 Février dernier mourut à Haguenau Dame
Magdeleine d'Aine , veuve de Meffire Etienne
Duvivier , Chevalier de l'ordre royal & militaire
de S. Louis , Commandant dudit Haguenau , âgée
de quatre-vingt- un an accomplis ; elle étoit foeur
puînée de Marins Bazile Daine , Ecuyer , Commiffaire
ordonnateur , & Infpecteur Général de
l'habillement des troupes de Sa Majefté , ayeul
de Meffire Daine , Maître des Requêtes. M.
Duvivier étoit décédé auffi à Haguenau en 1756,
il avoit été nommé Major de cette Place en
1704 , & Commandant en 1715. Il étoit entré
au Service dès l'année 1697. Ils ne laiffent point
d'enfans.
Meffire Louis - Anne-Jules Potier , Marquis de
Novion , mourut en cette Ville le 27 de Février
âgé de foixante-fept ans."
>
Le 27 Février , mourut dans fon Château de
Courtozé en Vendômois , Charlotte d'Alboin
époufe de Charles -Louis du Bouchet , Chevalier
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de l'ordre royal & militaire de S. Louis , dit le
Marquis du Bouchet.
Elle étoit fille unique de Trophyme -Jofeph ,
Marquis d'Alborn , Chevalier de l'ordre militaire
de S. Louis , Lieutenant pour le Roi à Belle - Iſle
& d'Anne -Louiſe d'Azemard , foeur du Comte de
la Serre , Maréchal de Camp , Grand-Croix de
P'ordre militaire de S. Louis , Infpecteur d'Infanterie
, & Gouverneur des Invalides.
La branche du Marquis du Bouchet , eft un
faméau de celle de Malefre , puînée de la maifon
de Bouchet , depuis Seigneur & Marquis, de
Sourches. Simon , Chevalier , Seigneur de la Guionniere
, Jarfan , la Bouverie , la Fremondiere &c ,
3 fils de Jean , Seigneur de Malefre , auteur de
cette branche établie en Vendômois , fut Chambellan
de Charles VII ; furprit en 1429 , la ville
de Laval fur les Anglois , & fut déclaré exempt
de tous droits de franc- fiefs , comme noble & extrait
d'ancienne lignée le 18 Juin 1458. Il avoit
époufé en 1418 , Agnès de la Chapelle. Charles ,
fon fils , Seigneur de Jarfan , &c , partagea avec fes
freres , le 14 Octobre 1461 , & s'allia à Jeanne de
Mondoucet. Il en eut Jean , Seigneur de Jarfan
& c , majeur le 18 Mars 1 500 , lequel eut de Barbe
d'Amilly , entr'autres enfans , Bertrand , qui
fut Capitaine de so hommes d'armes , mort fans
hoirs ; & Nicolas , qui a continué la postérité , &c.
eur de Philippe de Franqueville plufieurs enfans
dont l'aîné Artus , Seigneur de Jarfan, &c , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gentilhomme ordinaire du
Duc d'Alençon le 6 Septembre 1757 , épouſa Fran
goife de Beaufils : il en eut Lancelot , & Abel ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
Gouverneur de la Ville & Château de Preuilli , le
29 Décembre 1622. Lancelot , Seigneux de Jarfan,
AVRIL. 1758. 201
kc, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roi , Capitaine de se hommes d'armes , Gouver
neur du Vendômois & de la Ville & Chateau de
Vendôme , s'allia le 4 Février 1625 , à Géneviéve
de Tours il en eur Louis , Seigneur de la Grand-
Salle , Capitaine au Régiment de Mercoeur , marié
le 7 Février 169 , à Anne de Beaufils . Charles-
Louis , leur fils aîné , Capitaine de Grenadiers au
Régiment de Quercy , tué en 170s , à la bataille
de Caffano , s'étoit allié le 3 Janvier 1703 , à Su-
Janne d'Argy , dont eft iffu le Marquis du Bou
chet , marié le 11 Septembre 1740 , à Charlotte
d'Alboin qui donne lieu à cet article , & dont il ă
eu deux garçons & deux filles.
Meffire Jean-François de Bafchi , Marquis du
Caila , fils unique du Marquis d'Aubais , mourut
ây Château d'Aubais , Dioceſe de Nîmes , leé 28
Février , dans fa quarantie unieme année.
Meffire Prix Hay , Abbé Commandataire de
Abbaye Royale , de Brantome , Ordre de Saint
Benoit , Diocefe de Perigueux , eft mort à Auxerre
le 12 Mars , âgé de quatre- vingt ans .
圈
Il eft mort dans la Paroiffe de Lerat , Diocefe
de Rieux , une fille âgée de cent ſept ans , nomé
mée Catherine Reymon , native de Montefquiou
Quinze jours avant fon décès , elle avoit encore.um
appétit furprenant , & buvoit furtout beaucoup
de vin..
Le fieur Alboug , Curé de Saint André de Val-
Borgne , dans le Diocèfe d'Alais , qui gouvernoir
cette Paroiffe depuis 1680 , eft auſſi décédé depuis
peu , au même âge de cent fept ans. H ne buvoit
point de vin , & depuis fon enfance il në vivois
que de légantess
MESSIRE ESSIRE Charles de Biotiere de Chaffincour ;
Marquis de Tilly , Chevalier Seigneur de Montfant
, de Ris , de Bau , du Treüil des Gardais , de
S. Martin , de S. Bluife , la Ronde les Giffiers , &c.
époufa le 9 de Mars , Damoiſelle Marie - Anne de
Durfort. La célébration du mariage fe fit dans la
Chapelle de l'Hôtel de Duras , & la Bénédiction
nuptiale leur fut donnée par M. l'abbé de Durfort,
Grand Vicaire de Narbonne.
La maison de Biotiere de Chaffincour ; eft une
des plus anciennes du Bourbonnois , d'extraction
militaire , & de cette nobleffe dont on peut trouver
P'origine même dans les temps les plus reculés,
on voit par fes titres qui font chez M. de Claframbault
, qu'elle a toujours été noble , & toujours
inviolablement attaché à fon Roi & à fa
Patrie.
Quant à la maifon de Durfort , pour tout dire
il fuffit de la nommer.
Meffire Louis- Joachim Paris Potier , Marquis
de Gefvres , Vicomte de Pledrau & du Pirruit ,
épousé le 4 Avril Françoife Marie du Guefclin',
fille de feu Bertrand Celar , Marquis du Guéfclin',
Meftre de Camp , Premier Gent homme de la
Chambre du Duc d'Orleans , & de Dame Marguerite
Bofc. La Bénédiction nuptiale leur a été
donnée à Saint- Ouen par le Cardinal de Gefvres.
Le Marquis de Gefvres eft fils de Louis - Léon Potier
de Gefvres , Duc de Trefmes , Pair de France,
Marquis de Gandelu , Lieutenant Général des Ar
mées du Roi , Gouverneur & Capitaine du Châ
AVRIL. 1758. 199
teau & Capitainerie Royale de Montceaux , &
Gouverneur Général de l'Ile de France , & de feue
Eleonore- Marie de Montmorency- Luxembourg.
Les perfonnes les plus qualifiées de la Cour & de
la Ville ont affifté à cette Noce , & toute l'affemblée
qui étoit nombreuſe a été traitée , avec autant
de goût que de magnificence.
M. le Marquis Defcars eft mort le 14 Février
à fa terre de la Mothe- Deſcars , près de Toulouſe,
dans la quatre -vingt- deuxieme année de fon âge.
Il étoit de la même maifon , mais d'une autre branche
, que les trois Officiers Généraux du nom de
Perreufe - Defcars , dont un eſt Maréchal de Camp,
un autre Colonel du Régiment de Normandie , &
le troifieme auffi Colonel du Régiment Defcars ,
Cavalerie .
Le 19 Février dernier mourut à Haguenau Dame
Magdeleine d'Aine , veuve de Meffire Etienne
Duvivier , Chevalier de l'ordre royal & militaire
de S. Louis , Commandant dudit Haguenau , âgée
de quatre-vingt- un an accomplis ; elle étoit foeur
puînée de Marins Bazile Daine , Ecuyer , Commiffaire
ordonnateur , & Infpecteur Général de
l'habillement des troupes de Sa Majefté , ayeul
de Meffire Daine , Maître des Requêtes. M.
Duvivier étoit décédé auffi à Haguenau en 1756,
il avoit été nommé Major de cette Place en
1704 , & Commandant en 1715. Il étoit entré
au Service dès l'année 1697. Ils ne laiffent point
d'enfans.
Meffire Louis - Anne-Jules Potier , Marquis de
Novion , mourut en cette Ville le 27 de Février
âgé de foixante-fept ans."
>
Le 27 Février , mourut dans fon Château de
Courtozé en Vendômois , Charlotte d'Alboin
époufe de Charles -Louis du Bouchet , Chevalier
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de l'ordre royal & militaire de S. Louis , dit le
Marquis du Bouchet.
Elle étoit fille unique de Trophyme -Jofeph ,
Marquis d'Alborn , Chevalier de l'ordre militaire
de S. Louis , Lieutenant pour le Roi à Belle - Iſle
& d'Anne -Louiſe d'Azemard , foeur du Comte de
la Serre , Maréchal de Camp , Grand-Croix de
P'ordre militaire de S. Louis , Infpecteur d'Infanterie
, & Gouverneur des Invalides.
La branche du Marquis du Bouchet , eft un
faméau de celle de Malefre , puînée de la maifon
de Bouchet , depuis Seigneur & Marquis, de
Sourches. Simon , Chevalier , Seigneur de la Guionniere
, Jarfan , la Bouverie , la Fremondiere &c ,
3 fils de Jean , Seigneur de Malefre , auteur de
cette branche établie en Vendômois , fut Chambellan
de Charles VII ; furprit en 1429 , la ville
de Laval fur les Anglois , & fut déclaré exempt
de tous droits de franc- fiefs , comme noble & extrait
d'ancienne lignée le 18 Juin 1458. Il avoit
époufé en 1418 , Agnès de la Chapelle. Charles ,
fon fils , Seigneur de Jarfan , &c , partagea avec fes
freres , le 14 Octobre 1461 , & s'allia à Jeanne de
Mondoucet. Il en eut Jean , Seigneur de Jarfan
& c , majeur le 18 Mars 1 500 , lequel eut de Barbe
d'Amilly , entr'autres enfans , Bertrand , qui
fut Capitaine de so hommes d'armes , mort fans
hoirs ; & Nicolas , qui a continué la postérité , &c.
eur de Philippe de Franqueville plufieurs enfans
dont l'aîné Artus , Seigneur de Jarfan, &c , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gentilhomme ordinaire du
Duc d'Alençon le 6 Septembre 1757 , épouſa Fran
goife de Beaufils : il en eut Lancelot , & Abel ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
Gouverneur de la Ville & Château de Preuilli , le
29 Décembre 1622. Lancelot , Seigneux de Jarfan,
AVRIL. 1758. 201
kc, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roi , Capitaine de se hommes d'armes , Gouver
neur du Vendômois & de la Ville & Chateau de
Vendôme , s'allia le 4 Février 1625 , à Géneviéve
de Tours il en eur Louis , Seigneur de la Grand-
Salle , Capitaine au Régiment de Mercoeur , marié
le 7 Février 169 , à Anne de Beaufils . Charles-
Louis , leur fils aîné , Capitaine de Grenadiers au
Régiment de Quercy , tué en 170s , à la bataille
de Caffano , s'étoit allié le 3 Janvier 1703 , à Su-
Janne d'Argy , dont eft iffu le Marquis du Bou
chet , marié le 11 Septembre 1740 , à Charlotte
d'Alboin qui donne lieu à cet article , & dont il ă
eu deux garçons & deux filles.
Meffire Jean-François de Bafchi , Marquis du
Caila , fils unique du Marquis d'Aubais , mourut
ây Château d'Aubais , Dioceſe de Nîmes , leé 28
Février , dans fa quarantie unieme année.
Meffire Prix Hay , Abbé Commandataire de
Abbaye Royale , de Brantome , Ordre de Saint
Benoit , Diocefe de Perigueux , eft mort à Auxerre
le 12 Mars , âgé de quatre- vingt ans .
圈
Il eft mort dans la Paroiffe de Lerat , Diocefe
de Rieux , une fille âgée de cent ſept ans , nomé
mée Catherine Reymon , native de Montefquiou
Quinze jours avant fon décès , elle avoit encore.um
appétit furprenant , & buvoit furtout beaucoup
de vin..
Le fieur Alboug , Curé de Saint André de Val-
Borgne , dans le Diocèfe d'Alais , qui gouvernoir
cette Paroiffe depuis 1680 , eft auſſi décédé depuis
peu , au même âge de cent fept ans. H ne buvoit
point de vin , & depuis fon enfance il në vivois
que de légantess
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1758, plusieurs événements marquants eurent lieu au sein de la noblesse française, notamment des mariages et des décès. Le 9 mars, Charles de Biotiere de Chaffincour, Marquis de Tilly, épousa Marie-Anne de Durfort dans la chapelle de l'Hôtel de Duras. La cérémonie fut présidée par l'abbé de Durfort, Grand Vicaire de Narbonne. La famille de Biotiere de Chaffincour est l'une des plus anciennes du Bourbonnois, connue pour son extraction militaire et noble. Le 4 avril, Louis-Joachim Paris Potier, Marquis de Gesvres, épousa Françoise Marie du Guesclin à Saint-Ouen. La bénédiction fut donnée par le Cardinal de Gesvres. Le Marquis de Gesvres est le fils de Louis-Léon Potier de Gesvres, Duc de Tresmes, Pair de France, et d'Éléonore-Marie de Montmorency-Luxembourg. Cette union attira de nombreuses personnalités. Plusieurs décès notables furent également enregistrés. Le Marquis Descars mourut le 14 février à l'âge de 82 ans. Dame Magdeleine d'Aine, veuve de Étienne Duvivier, décéda le 19 février à Haguenau à l'âge de 81 ans. Louis-Anne-Jules Potier, Marquis de Novion, mourut le 27 février à l'âge de 67 ans. La même journée, Charlotte d'Alboin, épouse de Charles-Louis du Bouchet, décéda à Courtozé en Vendômois. Louis-François de Bafchi, Marquis du Caila, mourut le 28 février à l'âge de 41 ans. Prix Hay, Abbé Commandataire de l'Abbaye Royale de Brantôme, décéda le 12 mars à Auxerre à l'âge de 80 ans. De plus, Catherine Reymon et le Curé de Saint-André-de-Valborgne décédèrent tous deux à l'âge de 107 ans.
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708
p. 208-211
MARIAGE ET MORTS.
Début :
Le premier Septembre 1758, le très-haut & très-puissant Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Duc, Colonel d'infanterie, Mariage, Maison Galeano-Galieni, Maison Trémoletti-Montpezat, Chevalier, Armoiries, Abbé, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORTS.
MARIAGE ET MORTS..
cal flor the pisten allia plang aftur
LUIS
7 DEC
7s premier Septembre 1758 , le très- haut &
très -puiffant Seigneur Charles-Hyacinthe -Antoine
Galeano- Galieni , des Seigneurs de ce nom en
Lombardie , Duc de Galean , Prince du Saint-
Siege , Sire & Marquis de Salernes , Baron des
OCTOBRE . 1758. 200
Iffarts , Seigneur du Caftellet- Courtines , lez - Angles
& autres lieux , Colonel d'Infanterie dans le
Corps des Grenadiers de France , Chevalier d'honneur
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , de la
Religion, de celui de Saints Maurice & Lazare , & c .
&c , &c , époufa à Lile , dans le Comtat d'Avignon,
Mademoiſelle Marie Françoife - Henriette de
Montpezat , fille de très haut & très puiffant Seigneur
Jean-Jofeph- Paul- Antoine de Trémoletty-
Montpezat , Duc & Marquis de Montpezat , Prince
du Saint- Siege , l'un des quatre premiers Ba
rons de la Province de Dauphine , Baron de
Montmaur , Piegon & Rochebrune , Seigneur
de Laval , Argilliers , &c. Lieutenant pour
Roi en Languedoc , & de très -haute & très- puiffante
Dame Madame Marie - Juftine - Efpérance
d'Agoult , Ducheffe de Montpezat . La bénédiction
nuptiale fut donnée par M. l'Evêque de Cavaillon.
le
La maifon de Galeano - Galieni eft affez connue
pour qu'on le contente d'en placer ici feulement
un extrait. Il fuffira donc de dire que depuis quatre
fiecles qu'elle s'eft féparée des branches aînées
demeurées en Italie , elle a toujours tenu un rang
confidérable dans l'état d'Avignon où elle a fixe
fa demeure. Elle exifte dans deux branches ; celle
du Duc de Guadagne , qui eft la premiere , a
donné le fameux Duc de Gadagne , Capitaine
Général des Armées en France , Gouverneur de la
Rochelle , Lieutenant Général de la Province du
Berry , mert Généraliffime des Armées de Rome
& de Venife, & celle du Duc de Galean des Iffarts,
dont il eft queftion . Ce dernier eft unique fils de
feu le Marquis des Iffarts , Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle blanc en Pologne , Confeiller d'Etat ,
d'Epée , & Ambaffadeur extraordinaire & Pléni
Tro MERCURE DE FRANCE.
potentiaire de S. M. T. C. aux cours de Warfovie
& de Turin , mort à Avignon en 1754 , âgé de
37 ans, & de feu très-haute & très- puiffante Dame
Charlotte Yolande-de Forbin , dès Séignéurs de
la Barben & de Pont-à-Mouffon, décédée en 1742
âgée de vingt-fix ans .
Quant à la maifon de Trémoletti-Montpezat ,
elle eft comptée dès la fin du douzieme fiecle au
nombre des meilleures Maiſons & de la plus ancienne
Chevalerie du pays de Foix , d'où elle tire'
fon origine ; ce qui eft conftaté par des actes ori-'
ginaux de ce temps , ou les Seigneurs de cette
maifon prennent toujours les titres de Nobilis
miles ou Domicellus , qui fignifié Chevalier &
Damoifeau : ceux de cette race ont toujours tenu
dans les armées les premiers emplois. Nous '
remarquerons entr'autres féu le Marquis de'
Montpezat , grand- oncle paternel du Dúc de'
Montpezat d'aujourd'hui , qui mourut Lieutenant
Général des Armées du Roi & Gouverneur d'Arras
, à la veille d'être décoré du bâton de Maté
chal de France dont le feu Roi vouloit récompen
fer fa bravoure & fès importans fervices.
Les maifons de Galean & de Montpezat ont
fourni grand nombre de Chevaliers à l'Ordre de '
Saint Jean de Jérufalem , dont plufieurs ont eu
l'avantage de répandre leur fang au fervice de la
Religion.
La maifon de Galean porté d'argent à la bande
de fable remplie d'or , & aux deux'rofes de gueules
cimier , un lion iffant d'or avec ces mots , ab
obice favior ibit , cri de guerre , femper magis ; fup
ports , deux Anges cotemaillés de rofes.
Celles de Montpezat font d'azur , au Cigne'
d'argent pofé fur une riviere , de même furmonté
de trois molettes d'or , bordé d'azur & parfemé.de
OCTOBRE. 1758. 211
tys d'argent pour fupport , deux Anges cottes
maillés de lys d'argent , avec des Bannieres de
même ; pour cimier un Cigne furmonté d'une
molette d'or avec la devife en latin : Cignus aut
victoria ludit in undas
Meffire Antoine- François de Monlezun- de Bufca
, Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers , Ordre
de Câteaux, Diocefe de Boulogne, mourut dans
fon Abbaye le 11 Septembre , âgé de quatrevingt-
cinq ans.
Meffire Louis- François , Marquis de l'Aubef
pine , eft mort en Beauce dans fes terres le 22 ,
dans la quatre-vingt - treizieme année de fon âge .
Meffire Urbain Robinet , Chanoine de l'Eglife
de Paris , l'un des Vicaires Généraux de M. l'Arclievêque
, Abbé de l'Abbaye de Bellozane , Ordre
de Prémontré , Dioceſe de Rouen , eft mort en
cette Ville le 29 du mois dernier, dans fa foixantequinzieme
année.
cal flor the pisten allia plang aftur
LUIS
7 DEC
7s premier Septembre 1758 , le très- haut &
très -puiffant Seigneur Charles-Hyacinthe -Antoine
Galeano- Galieni , des Seigneurs de ce nom en
Lombardie , Duc de Galean , Prince du Saint-
Siege , Sire & Marquis de Salernes , Baron des
OCTOBRE . 1758. 200
Iffarts , Seigneur du Caftellet- Courtines , lez - Angles
& autres lieux , Colonel d'Infanterie dans le
Corps des Grenadiers de France , Chevalier d'honneur
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , de la
Religion, de celui de Saints Maurice & Lazare , & c .
&c , &c , époufa à Lile , dans le Comtat d'Avignon,
Mademoiſelle Marie Françoife - Henriette de
Montpezat , fille de très haut & très puiffant Seigneur
Jean-Jofeph- Paul- Antoine de Trémoletty-
Montpezat , Duc & Marquis de Montpezat , Prince
du Saint- Siege , l'un des quatre premiers Ba
rons de la Province de Dauphine , Baron de
Montmaur , Piegon & Rochebrune , Seigneur
de Laval , Argilliers , &c. Lieutenant pour
Roi en Languedoc , & de très -haute & très- puiffante
Dame Madame Marie - Juftine - Efpérance
d'Agoult , Ducheffe de Montpezat . La bénédiction
nuptiale fut donnée par M. l'Evêque de Cavaillon.
le
La maifon de Galeano - Galieni eft affez connue
pour qu'on le contente d'en placer ici feulement
un extrait. Il fuffira donc de dire que depuis quatre
fiecles qu'elle s'eft féparée des branches aînées
demeurées en Italie , elle a toujours tenu un rang
confidérable dans l'état d'Avignon où elle a fixe
fa demeure. Elle exifte dans deux branches ; celle
du Duc de Guadagne , qui eft la premiere , a
donné le fameux Duc de Gadagne , Capitaine
Général des Armées en France , Gouverneur de la
Rochelle , Lieutenant Général de la Province du
Berry , mert Généraliffime des Armées de Rome
& de Venife, & celle du Duc de Galean des Iffarts,
dont il eft queftion . Ce dernier eft unique fils de
feu le Marquis des Iffarts , Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle blanc en Pologne , Confeiller d'Etat ,
d'Epée , & Ambaffadeur extraordinaire & Pléni
Tro MERCURE DE FRANCE.
potentiaire de S. M. T. C. aux cours de Warfovie
& de Turin , mort à Avignon en 1754 , âgé de
37 ans, & de feu très-haute & très- puiffante Dame
Charlotte Yolande-de Forbin , dès Séignéurs de
la Barben & de Pont-à-Mouffon, décédée en 1742
âgée de vingt-fix ans .
Quant à la maifon de Trémoletti-Montpezat ,
elle eft comptée dès la fin du douzieme fiecle au
nombre des meilleures Maiſons & de la plus ancienne
Chevalerie du pays de Foix , d'où elle tire'
fon origine ; ce qui eft conftaté par des actes ori-'
ginaux de ce temps , ou les Seigneurs de cette
maifon prennent toujours les titres de Nobilis
miles ou Domicellus , qui fignifié Chevalier &
Damoifeau : ceux de cette race ont toujours tenu
dans les armées les premiers emplois. Nous '
remarquerons entr'autres féu le Marquis de'
Montpezat , grand- oncle paternel du Dúc de'
Montpezat d'aujourd'hui , qui mourut Lieutenant
Général des Armées du Roi & Gouverneur d'Arras
, à la veille d'être décoré du bâton de Maté
chal de France dont le feu Roi vouloit récompen
fer fa bravoure & fès importans fervices.
Les maifons de Galean & de Montpezat ont
fourni grand nombre de Chevaliers à l'Ordre de '
Saint Jean de Jérufalem , dont plufieurs ont eu
l'avantage de répandre leur fang au fervice de la
Religion.
La maifon de Galean porté d'argent à la bande
de fable remplie d'or , & aux deux'rofes de gueules
cimier , un lion iffant d'or avec ces mots , ab
obice favior ibit , cri de guerre , femper magis ; fup
ports , deux Anges cotemaillés de rofes.
Celles de Montpezat font d'azur , au Cigne'
d'argent pofé fur une riviere , de même furmonté
de trois molettes d'or , bordé d'azur & parfemé.de
OCTOBRE. 1758. 211
tys d'argent pour fupport , deux Anges cottes
maillés de lys d'argent , avec des Bannieres de
même ; pour cimier un Cigne furmonté d'une
molette d'or avec la devife en latin : Cignus aut
victoria ludit in undas
Meffire Antoine- François de Monlezun- de Bufca
, Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers , Ordre
de Câteaux, Diocefe de Boulogne, mourut dans
fon Abbaye le 11 Septembre , âgé de quatrevingt-
cinq ans.
Meffire Louis- François , Marquis de l'Aubef
pine , eft mort en Beauce dans fes terres le 22 ,
dans la quatre-vingt - treizieme année de fon âge .
Meffire Urbain Robinet , Chanoine de l'Eglife
de Paris , l'un des Vicaires Généraux de M. l'Arclievêque
, Abbé de l'Abbaye de Bellozane , Ordre
de Prémontré , Dioceſe de Rouen , eft mort en
cette Ville le 29 du mois dernier, dans fa foixantequinzieme
année.
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Résumé : MARIAGE ET MORTS.
Le texte décrit le mariage de Charles-Hyacinthe-Antoine Galeano-Galieni, Duc de Galean, et de Marie Françoise-Henriette de Montpezat, fille du Duc de Montpezat, célébré le 7 septembre 1758 à L'Isle dans le Comtat d'Avignon. La cérémonie a été bénie par l'évêque de Cavaillon. Les familles des mariés sont présentées en détail. La maison Galeano-Galieni est établie en Avignon depuis quatre siècles et se divise en deux branches : celle du Duc de Guadagne et celle du Duc de Galean des Issarts. Le père du marié, le Marquis des Issarts, était Chevalier de l'Ordre de l'Aigle blanc en Pologne et Ambassadeur extraordinaire. La maison de Montpezat, originaire du pays de Foix, est connue pour ses services militaires et ses titres de noblesse. Les deux familles ont fourni de nombreux Chevaliers à l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Le texte mentionne également les armoiries et devises des deux maisons. Par ailleurs, il note le décès de plusieurs personnalités, dont l'Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers, le Marquis de l'Aubespine et le Chanoine Urbain Robinet.
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709
p. 212-214
AUTRE.
Début :
Dans le mois de Décembre dernier, M. Philippe a ouvert un cours d'histoire [...]
Mots clefs :
Cours, Histoire, Premiers peuples, Grands Empires, Lectures, Vies des princes, Éducation à la citoyenneté, Bien public, Royaume de France
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DANS le mois de Décembre dernier , M. Philippe
a ouvert un cours d'hiftoire qu'il a diviſé en
deux parties. L'hiftoire ancienne & la moderne ' ;
la premiere l'a occupé jufqu'au mois de Septembre
de cette année . Il y a fuivi le développement
des premiers peuples , dès l'origine & la décadence
des quatre grands empires , celui des Babyloniens
, des Perfes , des Grecs , & enfin celui des
DECEMBRE . 1758. 213
Bomains. Que de chofes à apprendre que de
réflexions à faire ! fauffement le perfuaderoit- on
que de bonnes lectures fuffifent pour apprendre
l'hiftoire . Après des lectures immenfes , on n'a
aucune idée nette ; la mémoire eft chargée de
beaucoup de faits , & on les confond. I eft
donc néceffaire d'être conduit par un Mentor
fage & éclairé , qui fcache préfenter des époques
fixes à l'efprit de fon éleve. Pour aller fans gui
de , il faudroit lire les différentes hiftoires du
même fiecle toute à la fois ; les mémoires , les
gazettes , les relations , les vies des Princes , des
particuliers , iroient de pair avec les faites les
plus authentiques . Eh ! qui pouvoit entreprendre
une étude aufli pénible , auffi rebutante.
La feconde partie de ce cours dont le projet
mérite les éloges qu'on peut donner à un bon
Citoyen , & dont l'exécution doit attirer les regards
de ceux qui s'intéreffent le plus au bien public
, commencera le 19 Novembre à 10 heures;
du matin , chez M. Philippe , rue de la Harpe
vis -à - vis la rue des Deux - Portes. Il y traitera
l'hiftoire moderne , les incurfions des Barbares
defcendus du Nord , la Religion de Mahomet
qui , comme un torrent , s'eft répandue fur l'Europe
, l'Afie & l'Afrique ; le démembrement total
de l'Empire Romain l'occuperont quelque temps.
Puis parcourant l'hiftoire de tous les Peuples exiftans
, il s'arrêtera fur celle du Royaume de Fran ,
ce. Que de chofes n'aura-t'il pas à dire ? Nos
moeurs , hos ufages anciens , de religion , de gou
vernement , de fociété , la perfection des Arts , les
grands Hommes en tout genre .... Quelle mul
titude étonnante de faits , de victoires , de vertus
n'aura-t'il pas à raconter ? Heureux s'il pouvoit
paffer fous filence l'entrevue du pont de Monte
r14 MERCURE DE FRANCE.
reau , les duels , le traité de Madrid , la paix de
Cambrai , la Ligue , la S. Barthelemi , la Fronde ,
&c. & c.
DANS le mois de Décembre dernier , M. Philippe
a ouvert un cours d'hiftoire qu'il a diviſé en
deux parties. L'hiftoire ancienne & la moderne ' ;
la premiere l'a occupé jufqu'au mois de Septembre
de cette année . Il y a fuivi le développement
des premiers peuples , dès l'origine & la décadence
des quatre grands empires , celui des Babyloniens
, des Perfes , des Grecs , & enfin celui des
DECEMBRE . 1758. 213
Bomains. Que de chofes à apprendre que de
réflexions à faire ! fauffement le perfuaderoit- on
que de bonnes lectures fuffifent pour apprendre
l'hiftoire . Après des lectures immenfes , on n'a
aucune idée nette ; la mémoire eft chargée de
beaucoup de faits , & on les confond. I eft
donc néceffaire d'être conduit par un Mentor
fage & éclairé , qui fcache préfenter des époques
fixes à l'efprit de fon éleve. Pour aller fans gui
de , il faudroit lire les différentes hiftoires du
même fiecle toute à la fois ; les mémoires , les
gazettes , les relations , les vies des Princes , des
particuliers , iroient de pair avec les faites les
plus authentiques . Eh ! qui pouvoit entreprendre
une étude aufli pénible , auffi rebutante.
La feconde partie de ce cours dont le projet
mérite les éloges qu'on peut donner à un bon
Citoyen , & dont l'exécution doit attirer les regards
de ceux qui s'intéreffent le plus au bien public
, commencera le 19 Novembre à 10 heures;
du matin , chez M. Philippe , rue de la Harpe
vis -à - vis la rue des Deux - Portes. Il y traitera
l'hiftoire moderne , les incurfions des Barbares
defcendus du Nord , la Religion de Mahomet
qui , comme un torrent , s'eft répandue fur l'Europe
, l'Afie & l'Afrique ; le démembrement total
de l'Empire Romain l'occuperont quelque temps.
Puis parcourant l'hiftoire de tous les Peuples exiftans
, il s'arrêtera fur celle du Royaume de Fran ,
ce. Que de chofes n'aura-t'il pas à dire ? Nos
moeurs , hos ufages anciens , de religion , de gou
vernement , de fociété , la perfection des Arts , les
grands Hommes en tout genre .... Quelle mul
titude étonnante de faits , de victoires , de vertus
n'aura-t'il pas à raconter ? Heureux s'il pouvoit
paffer fous filence l'entrevue du pont de Monte
r14 MERCURE DE FRANCE.
reau , les duels , le traité de Madrid , la paix de
Cambrai , la Ligue , la S. Barthelemi , la Fronde ,
&c. & c.
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Résumé : AUTRE.
En décembre dernier, M. Philippe a lancé un cours d'histoire en deux parties. La première partie, terminée en septembre, a traité des premiers peuples et de la décadence des empires babylonien, perse, grec et romain. M. Philippe a insisté sur la nécessité d'un guide pour structurer l'apprentissage historique, les lectures seules étant souvent confuses et inefficaces. La seconde partie débutera le 19 novembre à 10 heures chez M. Philippe, rue de la Harpe. Elle se concentrera sur l'histoire moderne, couvrant les invasions des Barbares, la religion de Mahomet, le démembrement de l'Empire Romain et l'histoire des peuples existants, avec un accent sur le Royaume de France. Le cours abordera les mœurs, les usages anciens, les aspects religieux, gouvernementaux et sociaux, ainsi que les arts et les grands hommes. M. Philippe évitera les sujets controversés tels que l'entrevue du pont de Montereau, les duels, le traité de Madrid, la paix de Cambrai, la Ligue, la Saint-Barthélemy et la Fronde.
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710
p. 200
De Rome, le 25 Novembre.
Début :
Le Cardinal d'Yorck fut sacré Dimanche dernier, Archévêque de Corinthe, [...]
Mots clefs :
Cardinal, Sacre, Pape, Consistoire, Sculpture antique, Représentations, Découverte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 25 Novembre.
De Rome , le 25 Novembre.
Le Cardinal d'Yorck fut facré Dimanche dernier
, Archévêque de Corinthe , dans l'Eglife des
Saints Apôtres.
Le Mercredi , le Pape tint Confiftoire fecret au
Quirinal. Il fit la Cérémonie de former & d'ouvrir
la bouche au Cardinal Rezzonico . Le Cardinal
Sciarra Coloona préconifa l'Abbé d'Argentré
, Evêque de Limoges.
Du 12 Décembre.
On a découvert depuis peu , hors de la Porte
Pie , des morceaux d'Antiquité d'un grand prix.
Ce font trois Bas-reliefs de marbre , dont le premier
repréfente la Guerre des Amazones , le
fecond celle des Titans contre Jupiter , le troifiéme
celle des Grecs contre les Troyens. Ils .
font entiers & bien confervés .
Le Cardinal d'Yorck fut facré Dimanche dernier
, Archévêque de Corinthe , dans l'Eglife des
Saints Apôtres.
Le Mercredi , le Pape tint Confiftoire fecret au
Quirinal. Il fit la Cérémonie de former & d'ouvrir
la bouche au Cardinal Rezzonico . Le Cardinal
Sciarra Coloona préconifa l'Abbé d'Argentré
, Evêque de Limoges.
Du 12 Décembre.
On a découvert depuis peu , hors de la Porte
Pie , des morceaux d'Antiquité d'un grand prix.
Ce font trois Bas-reliefs de marbre , dont le premier
repréfente la Guerre des Amazones , le
fecond celle des Titans contre Jupiter , le troifiéme
celle des Grecs contre les Troyens. Ils .
font entiers & bien confervés .
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Résumé : De Rome, le 25 Novembre.
Le 25 novembre, le cardinal d'Yorck a été consacré archevêque de Corinthe à Rome. Le pape a ensuite ouvert la bouche du cardinal Rezzonico lors d'un consistoire secret. Le cardinal Sciarra Colonna a proposé l'abbé d'Argentré pour l'évêché de Limoges. Des bas-reliefs de marbre, représentant la guerre des Amazones, des Titans contre Jupiter et des Grecs contre les Troyens, ont été découverts près de la porte Pie.
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711
p. 212-214
« Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Début :
Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...]
Mots clefs :
Marquis, Bataille, Mort, Maison de Lostanges, Comte, Maréchal, Généalogie, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Louis , Marquis de Loftanges , Chevalier , Seigneur
de Jarniolt en Lyonnois , Cornette au Régiment
des Cuirafliers , a été tué le 10 Octobre
1758 , à la Bataille de Lutzelberg , où il avoit donné
des preuves du plus grand courage. Il étoit fils
de feu Laurent , Marquis de Loftanges , BrigaJANVIER.
1759. 213
dier des Armées du Roi , mort des bleffures qu'il
avoit reçues à Raucoux, & frere cader de feu Jean→
Baptifte , Marquis de Loftanges , Seigneur de Jarnioſt
, après ſon pere , mort Capitaine de Cava •
lerie pendant la derniere Guerre.
Louis étoit devenu le Chef de la Branche des
Marquis de Béduer en Quercy , par la mort , fans
enfans , de fes deux Coufins-germains.
1. Louis , Marquis de Béduer , mort le 11 Septembre
1746. Il avoit épousé en 1729 , Marie-
Antoinette- Charlotte du Maine du Bourg , petitefille
& Cohéritiere du Maréchal du Bourg' , Che
valier des Ordres du Roi.
2. Jean- Louis , Comte de Corn , Marquis de
Béduer , après fon frere , mort le 27 Décembre
1755. Il avoit épouſé en 1743 , Marie- Pulcherie-
Anaftafie de Foucaud d'Alzon , Baronne de Sonat
en Quercy , qu'il a inftituée fon Héritiere , à la
charge de rendre fon hérédité à des mâles du
nom de Loftanges à fon choix.
Louis , qui donne lieu à cet Article , eut quatre
foeeurs.
i . Anne , née en Novembre 1725 , mariée en
Septembre 1746 à Jean-Jofeph de Cornelly , Seigneur
de Cambolit en Quercy.
2. Marie , née en Octobre 1733 › a été élevée
à S. Cyr.
3. Marie , née en Janvier 1735 , Religieufe à
Lyllac.
4. Marie-Charlotte , née en Août 1737.
Hugues de Loftanges , né le 30 Janvier 1713 ,
Baron de Felzeins & de Cuzac en Rouergue , eſt
aujourd'hui le Chef , & le feul des Marquis de Bé
duer ; il a pour enfans.
1. Jean-François-Louis de Felzeins , né le 6
Février 1741 , Clerc Tonfuré , élevé au Collége
du Pleffis.
214 MERCURE DE FRANCE.
2. Jean- François-Jofeph de Béduer , né le 22
Octobre 1742 , Cornette au Régiment des Cuiraffiers.
3. Jean-Louis , né le s Février 1752.
4. François Hugues , né le 21 Juin 1753 .
s . Urtule , née le 22 Septembre 1748 , nom
mée
pour être élevée à S. Cyr.
Le Marquis de S. Alvere , Grand Sénéchal &
Gouverneur de Quercy , eft'le Chef de la Maiſon
de Loftanges . Il a pour enfans ,
Le Marquis de Lotanges , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel du Régiment des Cuiraffiers , Premier
Ecuyer de Madame , en Marquis de Lhopital
fon beau-pere .
Le Comte de Loftanges , Capitaine de Dragons ,
qui n'eftpoint marié.
L'Abbé de Loftanges , Chanoine de l'Eglife de
Paris.
N... de Loftanges, mariée au Comte de Conac
en Limofin.
N... de S. Alvere , mariée au Marquis de
Cugnac.
å Marie-Julie , mariée le
Février 1756 , 23
François -Saturnin de Galard , Marquis de Terraube.
N... de Cadrieu.
La Maifon de Loftanges n'eft plus divifée à
préfent qu'en trois Branches , celle des Marquis de
S. Alvere en Perigord , celle de Béduer en Quercy,
& celle de Pailhés en Saintonge, dont aujourd'hui
eſt N... de Loftanges , Capitaine au Régiment
des Cuiraffiers. Voyez pour la Nobleffe & l'Ancienneté
de cette Famille , Morery & les Tablettes
hiſtoriques , &c .
de Jarniolt en Lyonnois , Cornette au Régiment
des Cuirafliers , a été tué le 10 Octobre
1758 , à la Bataille de Lutzelberg , où il avoit donné
des preuves du plus grand courage. Il étoit fils
de feu Laurent , Marquis de Loftanges , BrigaJANVIER.
1759. 213
dier des Armées du Roi , mort des bleffures qu'il
avoit reçues à Raucoux, & frere cader de feu Jean→
Baptifte , Marquis de Loftanges , Seigneur de Jarnioſt
, après ſon pere , mort Capitaine de Cava •
lerie pendant la derniere Guerre.
Louis étoit devenu le Chef de la Branche des
Marquis de Béduer en Quercy , par la mort , fans
enfans , de fes deux Coufins-germains.
1. Louis , Marquis de Béduer , mort le 11 Septembre
1746. Il avoit épousé en 1729 , Marie-
Antoinette- Charlotte du Maine du Bourg , petitefille
& Cohéritiere du Maréchal du Bourg' , Che
valier des Ordres du Roi.
2. Jean- Louis , Comte de Corn , Marquis de
Béduer , après fon frere , mort le 27 Décembre
1755. Il avoit épouſé en 1743 , Marie- Pulcherie-
Anaftafie de Foucaud d'Alzon , Baronne de Sonat
en Quercy , qu'il a inftituée fon Héritiere , à la
charge de rendre fon hérédité à des mâles du
nom de Loftanges à fon choix.
Louis , qui donne lieu à cet Article , eut quatre
foeeurs.
i . Anne , née en Novembre 1725 , mariée en
Septembre 1746 à Jean-Jofeph de Cornelly , Seigneur
de Cambolit en Quercy.
2. Marie , née en Octobre 1733 › a été élevée
à S. Cyr.
3. Marie , née en Janvier 1735 , Religieufe à
Lyllac.
4. Marie-Charlotte , née en Août 1737.
Hugues de Loftanges , né le 30 Janvier 1713 ,
Baron de Felzeins & de Cuzac en Rouergue , eſt
aujourd'hui le Chef , & le feul des Marquis de Bé
duer ; il a pour enfans.
1. Jean-François-Louis de Felzeins , né le 6
Février 1741 , Clerc Tonfuré , élevé au Collége
du Pleffis.
214 MERCURE DE FRANCE.
2. Jean- François-Jofeph de Béduer , né le 22
Octobre 1742 , Cornette au Régiment des Cuiraffiers.
3. Jean-Louis , né le s Février 1752.
4. François Hugues , né le 21 Juin 1753 .
s . Urtule , née le 22 Septembre 1748 , nom
mée
pour être élevée à S. Cyr.
Le Marquis de S. Alvere , Grand Sénéchal &
Gouverneur de Quercy , eft'le Chef de la Maiſon
de Loftanges . Il a pour enfans ,
Le Marquis de Lotanges , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel du Régiment des Cuiraffiers , Premier
Ecuyer de Madame , en Marquis de Lhopital
fon beau-pere .
Le Comte de Loftanges , Capitaine de Dragons ,
qui n'eftpoint marié.
L'Abbé de Loftanges , Chanoine de l'Eglife de
Paris.
N... de Loftanges, mariée au Comte de Conac
en Limofin.
N... de S. Alvere , mariée au Marquis de
Cugnac.
å Marie-Julie , mariée le
Février 1756 , 23
François -Saturnin de Galard , Marquis de Terraube.
N... de Cadrieu.
La Maifon de Loftanges n'eft plus divifée à
préfent qu'en trois Branches , celle des Marquis de
S. Alvere en Perigord , celle de Béduer en Quercy,
& celle de Pailhés en Saintonge, dont aujourd'hui
eſt N... de Loftanges , Capitaine au Régiment
des Cuiraffiers. Voyez pour la Nobleffe & l'Ancienneté
de cette Famille , Morery & les Tablettes
hiſtoriques , &c .
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Résumé : « Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Louis, Marquis de Loftanges, Chevalier et Seigneur de Jarniolt en Lyonnois, fut tué le 10 octobre 1758 lors de la Bataille de Lutzelberg. Fils de Laurent, Marquis de Loftanges, Brigadier des Armées du Roi, mort à Raucoux, et frère cadet de Jean-Baptiste, Capitaine de Cavalerie. Louis devint Chef de la Branche des Marquis de Béduer en Quercy après la mort de ses cousins germains Louis et Jean-Louis. Il eut quatre filles : Anne, Marie (élevée à Saint-Cyr), Marie (religieuse à Lyllac), et Marie-Charlotte. Hugues de Loftanges, né en 1713, Baron de Felzeins et de Cuzac en Rouergue, est le Chef actuel des Marquis de Béduer. Il a cinq enfants : Jean-François-Louis, Jean-François-Joseph, Jean-Louis, François Hugues, et Urtule (destinée à Saint-Cyr). Le Marquis de Saint-Alvère, Grand Sénéchal et Gouverneur de Quercy, est le Chef de la Maison de Loftanges. Il a plusieurs enfants, dont le Marquis de Loftanges, Brigadier des Armées du Roi et Colonel du Régiment des Cuiraffiers, le Comte de Loftanges, Capitaine de Dragons, et l'Abbé de Loftanges, Chanoine de l'Église de Paris. La Maison de Loftanges est divisée en trois branches : celle des Marquis de Saint-Alvère en Périgord, celle de Béduer en Quercy, et celle de Pailhés en Saintonge.
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712
p. 210-213
MORTS.
Début :
Le Lundi 26 Mars, M. François-Antoine Olivier de Senozan, Avocat-Général au [...]
Mots clefs :
Avocat général au Grand Conseil, Mort, M. de Senozan, Éducation, Fonctions, Devoir, Vertus, Magistrature, Mademoiselle , Prince, Cardinal, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
E Lundi 26 Mars , M. François-Antoine
Olivier de Senozan , Avocat- Général au Grand-
Confeil , mourut âgé de vingt- deux ans & quelques
mois.
AVRIL. 1759. 111
Que la foule des hommes vulgaires paffe comme
une ombre : c'eft un spectacle auquel l'habitude
nous a rendus preſque infenfibles; mais que l'un de
ces hommes choifis , que le Ciel éléve aux grandes
Places , avec les talens & les vertus les plus dignes
de les remplir ; que l'un de ces hommes précieux
à l'humanité , foit moillonné comme dans
fa fleur , qu'avec lui périllent les efpérances d'une
vie laborieufe & confacrée au bien public : il
n'eft pas un bon Citoyen qui ne gémille de fa
perte , & qui ne pleure fur fon tombeau.
M. de Senozan naquit à Paris le 13 Novembre
1736 , de M. Jean-Antoine de Senozan , & de
Dame Anne-Nicole de Lamoignon , fille de M.
le Chancelier. D'une jeunelle aufli utilement remplie
tous les progrès font intéreffans. A douze
ans il fortit du Collège de Louis- le-Grand , où il
avoit fait les humanités. Des Maîtres particuliers
lui donnèrent des leçons de Philofophie dans la
mailon paternelle , la meilleure de toutes les
Ecoles , quand les Parens le veulent bien . Il fit fon
droit avec difpenfe d'âge , prêta ferment d'Avocat
, au mois de Septembre 1754 , & plaida peu
de tems après avec un applaudiffement unanime.
Il fut reçu Subftitut de M. le Procureur Général ,
au mois de Février de l'année fuivante ; & le 25
Juin de la même année , il fuccéda à M. Seguier
dans la Charge d'Avocat Général au Grand Confeil
. D'abord il eut pour Collégue M. de Tourni
qui l'aida de fes lumières ; mais bientôt après M.de
Tourni pafla au Confeil , & M. de Senozan fe
vit obligé de foutenir feul tout le poids de cette
Place importante . Si l'on confidére que depuis
plufieurs années le Gouvernement y retenoit M.
de Tourni pour y avoir un homme dignede toute
fa confiance , & que le moment où l'on permet
qu'il en abandonne les fonctions , eft celui où il
212 MERCURE DE FRANCE.
n'y laiffe qu'un Collégue de vingt ans , on jugera
de la haute opinion que ce eune Magiftrat avoit
donnée de fa fageffe . Quelques mois après M. de
Senozan eut pour Collégue M. Dauriac fon coufin
qui depuis a partagé avec lui la confi lération publique,
mais qui n'avoit alors que dix fept ans.
M. de Senozan livré à lui- même , fuffit aux
fonctions d'une Charge qui demande un Magif
trat conſommé ; & il l'a remplie juſqu'à la mort
de manière à fervir de modèle , dans un âge
où les hommes les plus heureuſement nés ont
encore befoin de leçons.
L'amour de fon devoir & une application infatigable
au travail , le déroboient à toutes les
diffipations de la jeuneffe. Il n'a jamais été enfant
; & pour lui les premières années fembloient
être l'âge de maturité. Il avoit cette fimplicité
de moeurs qui formoit le caractère vénérable
de l'ancienne Magiftrature ; la gravité qui eft la
décence de fon état n'avoit en lui rien d'affecté ;
il étoit pieux & modefte , auffi éloigné du Fanatifme
que de l'irréligion ; févère pour lui feul , &
indulgent pour les femblables. Sans vanité , fans
oftentation , il cherchoit la folide gloire dont fon
état eft fufceptible ; mais il ne l'apprécioit qu'à
fa jufte valeur : il l'a fouvent facrifiée à l'amitié
& au defir d'obliger , encore avoit- il la délicateſſe
de cacher ces facrifices , qui ne font connus que
depuis la mort.
C'eft une perte réelle pour la Magiftrature,mais
c'en eft une irréparable pour fa famille & pour
fes amis. Un homme vertueux qui lui a été tendrement
attaché, m'a dit ,en parlant de la modeftie
& de l'humanité qui formoient fon caractère :
» Perfonne n'a jamais été plus appliqué à fes de-
> voirs; ilfembloit qu'il ignorât fes fuccès; & je l'ai
vû plus d'une fois verfer des larmes fur le fort.
AVRIL. 1759. 21
>> des malheureux Plaideurs contre qui la févérité
des Loix le forçoient de conclure.
Louie de Mailly dice Mademoiſelle de Buire ,
mourut le 26 Mars à Lille en Flandres , elle
étoit la derniere de la branche de Mailly Duquelnoy
, fortie de celle de Mailly Haucourt en
4559.
Le Prince de Crouy lui fuccéde dans tous fes
biens à titre de defcendance par ſa mere .
Nicolas de Saulx de Tavannes , Cardinal de la
fainte Eglife Romaine , Archevêque de Rouen ,
Primat de Normandie , Grand Aumônier de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Elprit ,
& Proviſeur de Sorbonne , mourut à Paris le 10 ,
dans la foixante neuvième année de fon âge. La
douceur de fes moeurs & la fageffe de fon gouvernement
dans fon Diocéſe , l'avoient rendu digne
d'être honoré de la confiance du Roi & de
celle de la Reine dont il avoit été Grand Aumônier
.
Le fieur de Vigier , Supérieur de la Commu
nauté des Prêtres de S. Sulpice , Abbé de l'Abbaye
Royale de Bonlieu , Ordre de Cîteaux , Diocele
de Limoges , eft mort en cette Ville le 3 ,
âgé de cinquante- quatre ans.
Meffire Paul de la Roche- Aymon , Marquis
de Saint Maixant , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , Lieutenant Général & Directeur
en Chef de l'Artillerie , au Département de la
Haute & Balle Normandie , eft mort à Paris le
22 , dans la foixante feizième année de fon âge.
E Lundi 26 Mars , M. François-Antoine
Olivier de Senozan , Avocat- Général au Grand-
Confeil , mourut âgé de vingt- deux ans & quelques
mois.
AVRIL. 1759. 111
Que la foule des hommes vulgaires paffe comme
une ombre : c'eft un spectacle auquel l'habitude
nous a rendus preſque infenfibles; mais que l'un de
ces hommes choifis , que le Ciel éléve aux grandes
Places , avec les talens & les vertus les plus dignes
de les remplir ; que l'un de ces hommes précieux
à l'humanité , foit moillonné comme dans
fa fleur , qu'avec lui périllent les efpérances d'une
vie laborieufe & confacrée au bien public : il
n'eft pas un bon Citoyen qui ne gémille de fa
perte , & qui ne pleure fur fon tombeau.
M. de Senozan naquit à Paris le 13 Novembre
1736 , de M. Jean-Antoine de Senozan , & de
Dame Anne-Nicole de Lamoignon , fille de M.
le Chancelier. D'une jeunelle aufli utilement remplie
tous les progrès font intéreffans. A douze
ans il fortit du Collège de Louis- le-Grand , où il
avoit fait les humanités. Des Maîtres particuliers
lui donnèrent des leçons de Philofophie dans la
mailon paternelle , la meilleure de toutes les
Ecoles , quand les Parens le veulent bien . Il fit fon
droit avec difpenfe d'âge , prêta ferment d'Avocat
, au mois de Septembre 1754 , & plaida peu
de tems après avec un applaudiffement unanime.
Il fut reçu Subftitut de M. le Procureur Général ,
au mois de Février de l'année fuivante ; & le 25
Juin de la même année , il fuccéda à M. Seguier
dans la Charge d'Avocat Général au Grand Confeil
. D'abord il eut pour Collégue M. de Tourni
qui l'aida de fes lumières ; mais bientôt après M.de
Tourni pafla au Confeil , & M. de Senozan fe
vit obligé de foutenir feul tout le poids de cette
Place importante . Si l'on confidére que depuis
plufieurs années le Gouvernement y retenoit M.
de Tourni pour y avoir un homme dignede toute
fa confiance , & que le moment où l'on permet
qu'il en abandonne les fonctions , eft celui où il
212 MERCURE DE FRANCE.
n'y laiffe qu'un Collégue de vingt ans , on jugera
de la haute opinion que ce eune Magiftrat avoit
donnée de fa fageffe . Quelques mois après M. de
Senozan eut pour Collégue M. Dauriac fon coufin
qui depuis a partagé avec lui la confi lération publique,
mais qui n'avoit alors que dix fept ans.
M. de Senozan livré à lui- même , fuffit aux
fonctions d'une Charge qui demande un Magif
trat conſommé ; & il l'a remplie juſqu'à la mort
de manière à fervir de modèle , dans un âge
où les hommes les plus heureuſement nés ont
encore befoin de leçons.
L'amour de fon devoir & une application infatigable
au travail , le déroboient à toutes les
diffipations de la jeuneffe. Il n'a jamais été enfant
; & pour lui les premières années fembloient
être l'âge de maturité. Il avoit cette fimplicité
de moeurs qui formoit le caractère vénérable
de l'ancienne Magiftrature ; la gravité qui eft la
décence de fon état n'avoit en lui rien d'affecté ;
il étoit pieux & modefte , auffi éloigné du Fanatifme
que de l'irréligion ; févère pour lui feul , &
indulgent pour les femblables. Sans vanité , fans
oftentation , il cherchoit la folide gloire dont fon
état eft fufceptible ; mais il ne l'apprécioit qu'à
fa jufte valeur : il l'a fouvent facrifiée à l'amitié
& au defir d'obliger , encore avoit- il la délicateſſe
de cacher ces facrifices , qui ne font connus que
depuis la mort.
C'eft une perte réelle pour la Magiftrature,mais
c'en eft une irréparable pour fa famille & pour
fes amis. Un homme vertueux qui lui a été tendrement
attaché, m'a dit ,en parlant de la modeftie
& de l'humanité qui formoient fon caractère :
» Perfonne n'a jamais été plus appliqué à fes de-
> voirs; ilfembloit qu'il ignorât fes fuccès; & je l'ai
vû plus d'une fois verfer des larmes fur le fort.
AVRIL. 1759. 21
>> des malheureux Plaideurs contre qui la févérité
des Loix le forçoient de conclure.
Louie de Mailly dice Mademoiſelle de Buire ,
mourut le 26 Mars à Lille en Flandres , elle
étoit la derniere de la branche de Mailly Duquelnoy
, fortie de celle de Mailly Haucourt en
4559.
Le Prince de Crouy lui fuccéde dans tous fes
biens à titre de defcendance par ſa mere .
Nicolas de Saulx de Tavannes , Cardinal de la
fainte Eglife Romaine , Archevêque de Rouen ,
Primat de Normandie , Grand Aumônier de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Elprit ,
& Proviſeur de Sorbonne , mourut à Paris le 10 ,
dans la foixante neuvième année de fon âge. La
douceur de fes moeurs & la fageffe de fon gouvernement
dans fon Diocéſe , l'avoient rendu digne
d'être honoré de la confiance du Roi & de
celle de la Reine dont il avoit été Grand Aumônier
.
Le fieur de Vigier , Supérieur de la Commu
nauté des Prêtres de S. Sulpice , Abbé de l'Abbaye
Royale de Bonlieu , Ordre de Cîteaux , Diocele
de Limoges , eft mort en cette Ville le 3 ,
âgé de cinquante- quatre ans.
Meffire Paul de la Roche- Aymon , Marquis
de Saint Maixant , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , Lieutenant Général & Directeur
en Chef de l'Artillerie , au Département de la
Haute & Balle Normandie , eft mort à Paris le
22 , dans la foixante feizième année de fon âge.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate la vie et la mort de François-Antoine Olivier de Senozan, Avocat-Général au Grand-Conseil, décédé le 26 mars 1759 à l'âge de vingt-deux ans. Né à Paris le 13 novembre 1736, il était le fils de Jean-Antoine de Senozan et d'Anne-Nicole de Lamoignon, fille du Chancelier. Senozan a démontré très tôt des aptitudes exceptionnelles, sortant du Collège de Louis-le-Grand à douze ans et poursuivant ses études avec des maîtres particuliers. Il a obtenu sa licence en droit et a été reçu avocat en septembre 1754. En février 1755, il est devenu substitut du Procureur Général et, le 25 juin de la même année, a succédé à M. Seguier comme Avocat Général au Grand-Conseil. Malgré son jeune âge, il a été rapidement reconnu pour sa sagesse et son dévouement, remplissant ses fonctions avec une maturité remarquable. Sa vie a été marquée par une application infatigable et une simplicité de mœurs. Sa mort a été perçue comme une perte irréparable pour la magistrature, sa famille et ses amis. Le texte mentionne également le décès de Louise de Mailly, du Cardinal de Saulx de Tavannes, du Sieur de Vigier et de Paul de la Roche-Aymon, Marquis de Saint Maixant.
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713
p. 204-205
MORTS.
Début :
Louise de Mailly de Buire, est morte le 26 à Lille en [...]
Mots clefs :
Maison de Mailly, Morts, Lieutenant général, Seigneur, Chevalier, Brigadier, Maréchal de camp, Artillerie, Réputation, Maison de Cramezel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
M O R T S.
Louiſe de Mailly de Buire, eſt morte le 26 à
Lille en Flandre. Elle étoit la derniere de la bran
che de Mailly du Quetnoy, ſortie de celle du
Mailly- Haucourt en 1 5 59. Le Prince de Croy lui
ſuccéde dans tous ſes biens.
Le ſieur Bailly , Iieutenant-Général des Armées
du Roi & de l'Artillerie , mourut a Paris le 2 2 ,
âgé de ſoixante-quatorze ans. -
Marie Marguerite Françoiſe de Melun d'Epinoy,
mou ut en cette ville le 4 Avril, âgée de quatre
vingt ſept ans.
Haut & Puiſſant Seigneur Meſſire Paul de la
Roche-Aymon, Chevalier Seigneur de Lavaud ,
Baron de la Farge, Marquis de Saint Maixent,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis, Lieutenant Général des Armée s du Roi ,
Lieutenant-Général de l'Artillerie de France, &
Directeur en chef de ladite Artillerie au Départe
ment de la haute & bafle Normandie, eſt décédé
ruè du FauxbourgSaint Lazare le 22 Mars 1759,
enterré le 23 à Saint Laurent. Il étoit âgé de 7 f
ans 5 mois 2 , jours , étant né le .7 Septembre
1 683. Il eſt entré au Service dans l'Artillerie en
17o3 , a été fait Capitaine de Canoniers en 17o9.
Brigadier d'Infanterie en . .. .. .. 1721.
Maréchal de Camp en . . . . . . . .. 17 34.
Lieutenant-Général de l'Artillerie au Dé
partement de Normandie en . . . . . .. 1738.
Et Lieutenant Général des Armées du Roi
en - • • • • • • • • • • • • • • • • • • I743 •
Il a commandé en chef l'Artillerie à
l'Armée de la Moſelle Cil • • • • • • • 1744
- M A I. 1759. - 2o5
Aux Armées du bas Rhin en . ' 174 r & 1746.
Aux Armées de Flandres en .. 1747 & 1748.
Tous les Gens de Guerre ſçavent avec quelle
diſtinction & quelle réputation il a ſervi tant dans
les Batailles que dans les Siéges.
| On croit inutile de rappeller au Public la belle
& grande Généalogie de ce Seigneur , dont la
Maiſon eſt des plus connuë.
Le 12 Avril mourut à Paris noble Dame Fran
çoiſe Prieur, âgée de ſoixante-quinze ans. Elle
avoit épouſé le 2 Février 17 5 1, Meſſire Pierre
Auguſtin de Cramezel, Chevalier, ſieur de Ker
gerault, anc en O iicier de la Marine , de la
Maiſon duquel on a donné en Juin 17 5 1, une
courte généalogie. -
Un auteur de cette Maiſon ancienne, du nom
d'Armand de Cramezel, né le 4 Décembre 1 34o,
qui épouſa Anne de Martel fille unique, ſe ſignala
beaucoup à Toul, à Metz & à Verdun, ainſi
qu'a la bataille d'Auvray, qui ſe donna le 24 Sep-.
tembre 1 364, entre Jean Comte de Monfort
& Charles de Blois. Les Mémoires du Comte
de Goudon, allié des Comtes d'Anjou, ont laiſſé
une idée de ſa valeur & de la bravoure d'Armand
Cramezel ; il fut aimé & conſidéré par ſes ac
tions, il ne le fut pas moins par ſes talens ; il
avoit celui d'exprimer avec deux ou trois traits le
burin juſqu'a l'humeur & au caractére particulier
de chaque figure ; il avoit encore l'adreſſe ſin
guliere de ramaſſer en peu de place une infinité
de choſes, & ſi on peut le dire , le don de créer
de l'eſpace ; car, comme l'atteſtent les Mémoi
res de M. le Comte de Goulon, en un ſeul pouce
de terrain, il faiſoit voir diſtinctement cinq a ſix
lieues de pays, & une multitude inconcevable
de perſonnages.
Louiſe de Mailly de Buire, eſt morte le 26 à
Lille en Flandre. Elle étoit la derniere de la bran
che de Mailly du Quetnoy, ſortie de celle du
Mailly- Haucourt en 1 5 59. Le Prince de Croy lui
ſuccéde dans tous ſes biens.
Le ſieur Bailly , Iieutenant-Général des Armées
du Roi & de l'Artillerie , mourut a Paris le 2 2 ,
âgé de ſoixante-quatorze ans. -
Marie Marguerite Françoiſe de Melun d'Epinoy,
mou ut en cette ville le 4 Avril, âgée de quatre
vingt ſept ans.
Haut & Puiſſant Seigneur Meſſire Paul de la
Roche-Aymon, Chevalier Seigneur de Lavaud ,
Baron de la Farge, Marquis de Saint Maixent,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis, Lieutenant Général des Armée s du Roi ,
Lieutenant-Général de l'Artillerie de France, &
Directeur en chef de ladite Artillerie au Départe
ment de la haute & bafle Normandie, eſt décédé
ruè du FauxbourgSaint Lazare le 22 Mars 1759,
enterré le 23 à Saint Laurent. Il étoit âgé de 7 f
ans 5 mois 2 , jours , étant né le .7 Septembre
1 683. Il eſt entré au Service dans l'Artillerie en
17o3 , a été fait Capitaine de Canoniers en 17o9.
Brigadier d'Infanterie en . .. .. .. 1721.
Maréchal de Camp en . . . . . . . .. 17 34.
Lieutenant-Général de l'Artillerie au Dé
partement de Normandie en . . . . . .. 1738.
Et Lieutenant Général des Armées du Roi
en - • • • • • • • • • • • • • • • • • • I743 •
Il a commandé en chef l'Artillerie à
l'Armée de la Moſelle Cil • • • • • • • 1744
- M A I. 1759. - 2o5
Aux Armées du bas Rhin en . ' 174 r & 1746.
Aux Armées de Flandres en .. 1747 & 1748.
Tous les Gens de Guerre ſçavent avec quelle
diſtinction & quelle réputation il a ſervi tant dans
les Batailles que dans les Siéges.
| On croit inutile de rappeller au Public la belle
& grande Généalogie de ce Seigneur , dont la
Maiſon eſt des plus connuë.
Le 12 Avril mourut à Paris noble Dame Fran
çoiſe Prieur, âgée de ſoixante-quinze ans. Elle
avoit épouſé le 2 Février 17 5 1, Meſſire Pierre
Auguſtin de Cramezel, Chevalier, ſieur de Ker
gerault, anc en O iicier de la Marine , de la
Maiſon duquel on a donné en Juin 17 5 1, une
courte généalogie. -
Un auteur de cette Maiſon ancienne, du nom
d'Armand de Cramezel, né le 4 Décembre 1 34o,
qui épouſa Anne de Martel fille unique, ſe ſignala
beaucoup à Toul, à Metz & à Verdun, ainſi
qu'a la bataille d'Auvray, qui ſe donna le 24 Sep-.
tembre 1 364, entre Jean Comte de Monfort
& Charles de Blois. Les Mémoires du Comte
de Goudon, allié des Comtes d'Anjou, ont laiſſé
une idée de ſa valeur & de la bravoure d'Armand
Cramezel ; il fut aimé & conſidéré par ſes ac
tions, il ne le fut pas moins par ſes talens ; il
avoit celui d'exprimer avec deux ou trois traits le
burin juſqu'a l'humeur & au caractére particulier
de chaque figure ; il avoit encore l'adreſſe ſin
guliere de ramaſſer en peu de place une infinité
de choſes, & ſi on peut le dire , le don de créer
de l'eſpace ; car, comme l'atteſtent les Mémoi
res de M. le Comte de Goulon, en un ſeul pouce
de terrain, il faiſoit voir diſtinctement cinq a ſix
lieues de pays, & une multitude inconcevable
de perſonnages.
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Résumé : MORTS.
En 1759, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Louise de Mailly de Buire, dernière de la branche de Mailly du Quetnoy, est décédée le 26 avril à Lille en Flandre. Le Prince de Croy a hérité de tous ses biens. À Paris, le sieur Bailly, Lieutenant-Général des Armées du Roi et de l'Artillerie, est mort le 22 avril à l'âge de soixante-quatorze ans. Marie Marguerite Françoise de Melun d'Epinoy est décédée le 4 avril à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Paul de la Roche-Aymon, Chevalier et Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 22 mars à l'âge de 75 ans. Il a servi dans l'artillerie depuis 1703 et a occupé divers postes prestigieux. Françoise Prieur, âgée de soixante-quinze ans, est morte le 12 avril à Paris. Elle avait épousé Pierre Augustin de Cramezel, officier de la Marine. La famille Cramezel est connue pour ses exploits militaires et artistiques, notamment Armand de Cramezel, né en 1340.
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714
p. 224
« Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Début :
Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...]
Mots clefs :
Marchand, Voyages, Cabinet, Rareté, Visite, Merveilles, Art, Nature
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Le fieur André Behaque , Marchand , demeurant
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
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Résumé : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
André Behaque, marchand résidant à Lille, ouvre un cabinet de curiosités au coin des Halles sur la petite Place, sous l'enseigne de l'Acteur Romain. Après des années de voyages et de recherches en Europe, Behaque a rassemblé de nombreuses raretés. Son cabinet a été salué par des connaisseurs. Il est accessible tous les jours de la semaine à un tarif de 14 sols par personne, à condition qu'il y ait au moins cinq visiteurs, ou pour six livres pour une visite individuelle. Le cabinet occupe quatre grandes salles richement ornées et expose des pièces rares représentant les curiosités de l'art et de la nature.
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715
p. 216-232
DE PARIS le 25 Août.
Début :
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la nouvelle que le 12 de ce mois les Russes [...]
Mots clefs :
Baron de Laudon, Russes, Prince, Défaite, Colonel, Comte du Lau, Marquis, Seigneur, Lieutenant au régiment du roi, Généalogie, Maison de Lau, Gouverneur, Neveu, Cousine, Nominations, Famille, Origines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS le 25 Août.
DE PARIS le 25 Août.
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la
nouvelle que le 12 de ce mois les Rufles foutenus
du corps aux ordres du Baron de Laudon , ont
remporté près de Francfort une feconde victoire
contre les Pruffiens com mandés par le Roi de
Pruffe en perfonne. Ce Prince , après la défaite
entiere de fon armée , a été obligé de fe retirer
avec précipitation fous Cuftrin. On évalue ſa perte
à plus de quinze mille hommes. Son artillerie &
Les bagages ont éte pris.
LE
OCTOBRE
.
1759
.
217
fa
cou-
LE ROI a donné une place de Colonel dans les
Grenadiers de France à Jean Baptifte Comte du
Lau , Lieutenant au Régiment du Roi, Infanterie;
Sa Majesté lui en avoit accordé l'expectative en
1754 il eft fils d'ArmandII du nom , Comte du
Lau , Seigneur de la Côte , de Savignac & la
Routeille en Perigord ; & de Dame Françoife de
Salleton de Laborie , & petit-fils de Jean Armand
Marquis du Lau , Seigneur de la Côte & autres
Heux ; & de Marie - Sibille du Lau fa coufine , iffue
de Germaine maternelle , fille d'Armand du Lau,
Marquis d'Allemans , Baron de Chamniers , Sei-
gneur de Montardi , Couture & Braffac ; & de
Sufanne du Lau , Baronne de Chamniers ,
fine germaine maternelle, & fa parente pater-
nelle du 4º au se degré , fille d'Armand du Lau ,
Baron de Chamniers , Seigneur de Chambon ,
Celettes & autres lieux , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Commandant pour Sa Majesté
dans les Gouvernemens de Balaguier , Ager &
autres Places de la Concque , Colonel de deux
Régimens d'Infanterie, & Gouverneur de Xaintes;
& de Sibille Jaubert de S. Gelais , fille de Fran-
çois Jaubert de S. Gelais , Chevalier , Seigneur
de S. Severin & en partie d'Allemans , & de
Sufanne de Raimond , Dame de S. Severin & de
Bourlac , & niéce & héritiere de Sibille Jaubert ,
Dame d'Allemans , de Montardit , Feidit & Bra
fac , veuve fans enfans , de Clinet d'Aidie , Vi-
comte de Carlux , Chevalier de l'Ordre du Roi.
"
Le Comte du Lau eft neveu de Jean du Lau
d'Allemans , Docteur en Théologie , Curé de la
Paroille de S. Sulpice de Paris , frere de Jean-
Louis du Lau , Evêque de Digne , Abbé de Saint
Romain de Blaye , Prieur du Montaux- Malades ,
mort en l'année 1746 ; de Claude Louis du Lau ,
Chevalier de Malte , dit le Chevalier de la Cô :é ,
I. Val.
K
7
218 MERCURE DE FRANCE.
tué en 1732 fur les Vailleaux de la Religion en
combattant pour fon Ordre , dans lequel il s'étoit
fait confidérer par des actions de valeur ; de Phi-
lippe du Lau , aufli Chevalier, de Malthe , dit le
Chevalier de la Roche , mort en 1734 fur les
Vailleaux de la Religion ; & de Jean du Lau ,
Grand Vicaire de l'Evêché de Pamiers , qui a été
député en 1770 par la Métropole de Toulouſe
à l'Aflemblée Générale du Clergé de France ; &
il eft petit neveu de jean du Lau , Comte d'Al-
lemans , Brigadier des Armées du Roi , Com-
mandeur de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de
Doulens , ci devant Gouverneur de Cognac , &
Lieutenant-Colonel du Régiment du Roi Infan-
terie , qui a épousé par Contrat du mois d'Avril
1745 Jeanne- Louile de Cherifey , fille de Louis
Comte de Cherifey , Lieutenant- Général des Ar-
mées du Roi , Grand Croix de l'Ordre de S. Louis,
Gouverneur du Fort S. Jean de Marſeille , Com-
mandant de toute la Maifon du Roi , & d'Anne
de Paget, dont postérité le Comte d'Allemans
eft frere de Claude-Martin du Lau , Chevalier de
Malthe , Commandeur, de Nice en Provence ,
mort en 1746 , peu de tems après qu'il eut été
nommé à cette Commanderie ; de Jean Louis du
Lau, Baron de Chamniers , Capitaine au Régi-
ment d'Anjou Cavalerie ; & de Jean- Armand du
Lau Comte d'Allemans , Baron de Chamniers ,
Seigneur de Montardi , Couture , Brailac , &c.
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Capitaine au
Régiment du Roi infanterie , qui avoit épouſé
Antoinette-Julie de Beaupoil Saint-Aulaire , fille
de Louis de Beaupoil Saint-Aulaire , Marquis de
Lanmary , Baron d'Angerville , Seigneur des
Forges , Chabannes , &c . Grand & premier
Echanfon de France , Capitaine Commandant
les Gensdarmes de la Reine , & de Jeanne-Marie
OCTOBRE
.
1759
.
219
>
Perrault
,
Baronne
de
Milly
,
Rouvre
,
Angerville
&
la
Riviere
.
Jean
-
Armand
du
Lau
,
Comte
d'Al-
Hemans
,
a
laiffé
de
fon
mariage deux
fils
&
une
fille
fçavoir
1
°
.
Jean
-
Louis
-
Antoine
du Lau
,
Marquis
d'Allemans
,
Baron
de Chamniers
,
Sei-
gneur
de
la
Châtellenie
de Couture
,
&
des
Terres
&
Seigneurie
de Montardi
,
Celles
,
Bertric
&
au-
tres
lieux
qui
a
épousé
Marie Madeleine
le
Coigneux
fille
de
Jacques
Marquis de
Bellabre
,
&
de Marie
-
Anne
de
Neiret
de
la
Ravoye
,
Mar-
quife
de
Bellabre
,
dont
le
fils
aîné
Jean
Armand-
Marie
du Lau
eft
Enfeigne dans
le
Régiment
des
Gardes
Françoiſes
,
après avoir
fervi
dans
les
Chevaux
-
Légers de
la
Garde
.
2º
.
Henri du Lau
,
Chevalier
de
l'ordre
de
S.
Louis
,
Capitaine
au
Régiment de Conty
Cavalerie
,
&
Sufanne
du
Lau
,
mariée
à
Jean
de
Chapt
de
Raftinac
,
Comte
de
Puiguilhem
,
dont
postérité
.
La maifon du Comte du Lau qui donne lieu
à cet article , eft établie en Périgord dès l'an
1429 ; elle eft une branche cadette des Barons
du Lau en Béarn , que l'on a trouvé , après un
mur examen , être iffus des Souverains de Biſcaye,
Comtes d'Alaua & Seigneur de Lod en Biſcaye ;
on en a puiſé les preuves dans les Chartres , dans
les anciennes Chroniques , les Cartulaires & dans
les Hiftoires du temps. La Généalogie de la mai-
fon du Lau a été faite fur de femblables monu-
mens , & fur titres tous originaux , par le Che-
valier Blondeau de Charnage ; & elle fut com-
muniquée avec les titres à M. de Clairambault ,
Généalogifte des Ordres du Roi lorfque le Comte
du Lau obtint les honneurs de la Cour. Nous
défirerions pouvoir inférer ici cet Ouvrage , mais
il est d'une trop grande étendue à caufe des
branches que la maifon du Lau a produit : nous
dirons feulement deux mots fur le rang des an-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE
•
"
:
ciens Seigneurs de cette maiſon & fur fon ori-
gine , & nous ne parlerons enfuite qué de la
Branche établie en Périgord.
La maifon du Lau , dit l'Auteur de la Généa-
logie , eft iffue des Souverains de Biſcaye , par
Inigo-Sanches , Seigneur de Lod en Biscaye',
neveu d'Inigo- Loppes Comte d'Alaua . Nous ne
fixerons pas ajoute-t-il l'origine de la maiſon
du Lau à Inigo- Sanches Seigneur de Lod : l'hif-
toire exige que nous la remontions à Dom Lop
ou Fort- Loup , furnommé Suria , * premier Sei-
gneur de Biscaye qui fut élu par la Nation ,
après une bataille qu'il avoit gagné étant à leur
tête , en l'année 870 , fur Ordogne , fils d'Al-
phonfe III , furnommé le Grand , Roi d'Oviedo
& de Léon en ce lieu , & dans tout le cours
de l'Ouvrage , l'Auteur rapporte plufieurs faits
hiftoriques , intérellans & relatifs à fon Ouvrage.
Fort- Loup épouſa 1 ° . Dalda , fille de Sanche-
Eftigues-Ortun , Seigneur de Tariba & de Du-
rango , de laquelle il eut Manfo - Lopes 2º Sei-
gaeur de Biscaye , & de Tariba , pere d'Inigo-
Lopes 3 Seigneur de Bilcaye , dont vint Lopes-
Dias 4 Seigneur de Bilcaye , qui époufa Elvire-
Bermundes , fille de Bermuy l'aînez , & dont il
eut deux fils & une fille , fçavoir , Sanche-
Lopes e Seigneur de Bifcaye , qui fuit , Inigo-
Lopes Comte d'Alaua 6 Seigneur de Biſcaye ,
& Urraca-Lopes mariée à Dom Fernand ,
Roi
de Léon. Sancho - Lopes fut tué à Cubijana de
Morillos en conduifant une armée au fecours
du Comte de Caftille ; il laiffa deux fils en bas
âge , Inigo Lopes , Seigneur de Lod en Biscaye ,
qui fuit , & fort-Sanches , Seigneur d'Orofco ,
tige de la maiſon de ce nom ,
Les Souverains de Biscaye n'ont jamais eu d'autre
sitre que celui de Şeigucup.
OCTOBRE
.
1759. 221
I
Inigo
-
Lopes
,
Seigneur
de
Lod
en
Biſcayé
,
fut
Gouverneur de
la
Ville
de
Navarre
,
&
grand
Ecuyer
des
Ecuries
de
Garcias
,
Roi de
Navarre
,
furnommé
le
Trembleur
:
il
n'étoit
qu'un enfant
à
la
mort
de
fon père
,
ce
qui
fit
que
les
Bifca-
yens engagés dans
des guerres
,
&
ayant
beſoin
d'un
Chef
expérimenté
,
élurent
en
la
place
pour
leur
Seigneur Inigo
Lopes
,
Comte
d'Alaua
for
oncle
paternel
,
*
qui
,
pour
le
dédommager
du
moinsen
quelque
forte
,
lui
donna
la
Seigneurie
de
Lod
en
Bifcaye
,
dent
fa poftérité
prit
lé
nom
on
a de
lui
des
titres
des
années
997
,
1014
&
1920
:
il
eut
deux
fils
,
fçavoir
,
Lopes-
Sanches
,
Seigneur
de
Lod
en
Bifcaye
,
tige
de
la
maifon de
ce
nom
&
de
celle
de
Merdoce
,
&
Guillaume
**
Sance
,
Seigneur
de
la
Terre
du
Lau
en Bearn
,
fituée
comme
dans
un
Fauxbourg
de
la
Ville
de
Lefcar
: il
époufa
une
Dame
nom-
mée
Sancia-
Vacca
;
ils
firent
donation
,
du
con-
fentement de
leurs
fils
,
au
Chapitre
de
Lefcar
,
d'une
partie
des
dixmes de
l'Eglife
du Lau
,
Calbet
du Lau
,
mort
avant
l'an
115
,
leur
petit-
fils
fur
Evêque de
Leſcard
:
Cajard
du Lau
fon
frere
eft
nommé
au rang
des
Barons
du
Béarn
,
après
les
Seigneurs de Gavaſton
&
de Navaille
,
&
avant ceux
de
Domii
,
de Miocens
,
&
autres
:
dans
l'acte
d'un
jugement
folemnel
en
faveur
de
l'Eglife
de
Lefcar
,
rendu par
Talefe
,
Vicomteſſe
de Béarn
,
en
l'abfence
de fon mari
,
vers l'an
1090.
la
maifon du Lau
,
toutesfois
ne
fut pas
comprife dans
le
Réglement de
l'an
1230
;
qui
reftraignoit les
Barons
du
Béarn à un
certain
nombre
;
mais
les
terres
du nom du Lau
,
fituées
***
* Les Hiftoriens s'accordent tous
en
ce
fait
.
**
On
diroit
Sanchés
,
fi
on
le fuivoit
en
Bifcave
.
***
Il
ne changea pas
le
nom
de
Calbet pour
celui
de
Guy
, fuivant qu'on
le
lit
dans
le
Gallia Chriftiana
.
K
iij
A
222 MERCURE DE FRANCE.
en
Chaloffe
&
en
Armagnac
,
ont
toujours
été
qualifiées
Baronnies
:
Arnaud
,
fils
de
Raymond
du Lau
,
étant
dans
le
deffein d'aller
à
la
Terre-
Sainte
,
fit
un
don
au
Chapitre
de
Dacqs
;
Sance
du Lau
fon
fils
,
s'empara
des
biens
que
fon pere
avoit
donné
,
&
les
rendit
en
l'année
1151
;
ces
biens furent
encore
repris
par
leur
poſtérité
,
qui
enfin
les
laiffa
entiérement
au
même
Chapitre
,
Arnaud du Lau
eft
nommé
au rang
des
Ba-
rons
des
terres
de Labour
&
d'Arberac
,
en
un
titre
de
l'an
1193
;
Ponce
,
Seigneur
du
Lau
,
épousa
en 1234
,
Jcanne
,
fille
d'Arivus
,
Vi-
comte
de
Corneillan
,
&
de Marie
de
Vernede
;
il
fut
témoin
avec
les
Seigneurs
de
l'Ifle
&
de
Comenge
,
de l'hommage
que Gerard
,
Comte
d'Armagnac
,
fit
en
1245 pour
fon Château
de
Mauvoifin
,
à
Raimond
,
Comte
de
Touloufe
:
Arnaud
Guillaume
&
Leberon
du
Lau
,
Chevaliers
,
furent
témoins
de l'hommage
que
le
même
Com-
te
d'Armagnac
rendit
en 1254
,
pour
les
Comtés
d'Armagnac
&
de
Fezenfac
,
à
Henri
III
,
Roi
d'Angleterre
,
&
Leberon
du Lau
s'en
rendit
cau
→
tion
Amanieu du Lau
,
Chevalier
de
l'Ordre
des Templiers
,
avoit été
député
en
1235
par
le
Clergé de Gafcogne
,
vers
le
même
Monarque
,
&
il
en
étoit très -
confidéré
;
Gerard
du
Lau
,
Chevalier
,
accompagna
Edouard
,
Roi
d'Angleterre
,
dans
fon
voyage de
la
Terre
Sainte
ce Prince l'envoya
à Ortés
l'an
1273
,
pour
ap
paifer
les
mouvemens
que Gaton
,
Vicomte de
Béarn
y
avoit excité
.
Arnaud Sequin , premier du nom du Lau ,
Chevalier Seigneur de la Baronnie du Lau &
des lieux de Laqui , Geles , Lobe , Heloda , Gau-
be , Pujo , Montijos , Carrera , Caftagnet , Sulaus ,
Perquier , Badigos , Lilauhet , Hontans , Caupet
Margaro , Coerbeoa , Halchet , de la Ville de
.
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la
nouvelle que le 12 de ce mois les Rufles foutenus
du corps aux ordres du Baron de Laudon , ont
remporté près de Francfort une feconde victoire
contre les Pruffiens com mandés par le Roi de
Pruffe en perfonne. Ce Prince , après la défaite
entiere de fon armée , a été obligé de fe retirer
avec précipitation fous Cuftrin. On évalue ſa perte
à plus de quinze mille hommes. Son artillerie &
Les bagages ont éte pris.
LE
OCTOBRE
.
1759
.
217
fa
cou-
LE ROI a donné une place de Colonel dans les
Grenadiers de France à Jean Baptifte Comte du
Lau , Lieutenant au Régiment du Roi, Infanterie;
Sa Majesté lui en avoit accordé l'expectative en
1754 il eft fils d'ArmandII du nom , Comte du
Lau , Seigneur de la Côte , de Savignac & la
Routeille en Perigord ; & de Dame Françoife de
Salleton de Laborie , & petit-fils de Jean Armand
Marquis du Lau , Seigneur de la Côte & autres
Heux ; & de Marie - Sibille du Lau fa coufine , iffue
de Germaine maternelle , fille d'Armand du Lau,
Marquis d'Allemans , Baron de Chamniers , Sei-
gneur de Montardi , Couture & Braffac ; & de
Sufanne du Lau , Baronne de Chamniers ,
fine germaine maternelle, & fa parente pater-
nelle du 4º au se degré , fille d'Armand du Lau ,
Baron de Chamniers , Seigneur de Chambon ,
Celettes & autres lieux , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Commandant pour Sa Majesté
dans les Gouvernemens de Balaguier , Ager &
autres Places de la Concque , Colonel de deux
Régimens d'Infanterie, & Gouverneur de Xaintes;
& de Sibille Jaubert de S. Gelais , fille de Fran-
çois Jaubert de S. Gelais , Chevalier , Seigneur
de S. Severin & en partie d'Allemans , & de
Sufanne de Raimond , Dame de S. Severin & de
Bourlac , & niéce & héritiere de Sibille Jaubert ,
Dame d'Allemans , de Montardit , Feidit & Bra
fac , veuve fans enfans , de Clinet d'Aidie , Vi-
comte de Carlux , Chevalier de l'Ordre du Roi.
"
Le Comte du Lau eft neveu de Jean du Lau
d'Allemans , Docteur en Théologie , Curé de la
Paroille de S. Sulpice de Paris , frere de Jean-
Louis du Lau , Evêque de Digne , Abbé de Saint
Romain de Blaye , Prieur du Montaux- Malades ,
mort en l'année 1746 ; de Claude Louis du Lau ,
Chevalier de Malte , dit le Chevalier de la Cô :é ,
I. Val.
K
7
218 MERCURE DE FRANCE.
tué en 1732 fur les Vailleaux de la Religion en
combattant pour fon Ordre , dans lequel il s'étoit
fait confidérer par des actions de valeur ; de Phi-
lippe du Lau , aufli Chevalier, de Malthe , dit le
Chevalier de la Roche , mort en 1734 fur les
Vailleaux de la Religion ; & de Jean du Lau ,
Grand Vicaire de l'Evêché de Pamiers , qui a été
député en 1770 par la Métropole de Toulouſe
à l'Aflemblée Générale du Clergé de France ; &
il eft petit neveu de jean du Lau , Comte d'Al-
lemans , Brigadier des Armées du Roi , Com-
mandeur de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de
Doulens , ci devant Gouverneur de Cognac , &
Lieutenant-Colonel du Régiment du Roi Infan-
terie , qui a épousé par Contrat du mois d'Avril
1745 Jeanne- Louile de Cherifey , fille de Louis
Comte de Cherifey , Lieutenant- Général des Ar-
mées du Roi , Grand Croix de l'Ordre de S. Louis,
Gouverneur du Fort S. Jean de Marſeille , Com-
mandant de toute la Maifon du Roi , & d'Anne
de Paget, dont postérité le Comte d'Allemans
eft frere de Claude-Martin du Lau , Chevalier de
Malthe , Commandeur, de Nice en Provence ,
mort en 1746 , peu de tems après qu'il eut été
nommé à cette Commanderie ; de Jean Louis du
Lau, Baron de Chamniers , Capitaine au Régi-
ment d'Anjou Cavalerie ; & de Jean- Armand du
Lau Comte d'Allemans , Baron de Chamniers ,
Seigneur de Montardi , Couture , Brailac , &c.
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Capitaine au
Régiment du Roi infanterie , qui avoit épouſé
Antoinette-Julie de Beaupoil Saint-Aulaire , fille
de Louis de Beaupoil Saint-Aulaire , Marquis de
Lanmary , Baron d'Angerville , Seigneur des
Forges , Chabannes , &c . Grand & premier
Echanfon de France , Capitaine Commandant
les Gensdarmes de la Reine , & de Jeanne-Marie
OCTOBRE
.
1759
.
219
>
Perrault
,
Baronne
de
Milly
,
Rouvre
,
Angerville
&
la
Riviere
.
Jean
-
Armand
du
Lau
,
Comte
d'Al-
Hemans
,
a
laiffé
de
fon
mariage deux
fils
&
une
fille
fçavoir
1
°
.
Jean
-
Louis
-
Antoine
du Lau
,
Marquis
d'Allemans
,
Baron
de Chamniers
,
Sei-
gneur
de
la
Châtellenie
de Couture
,
&
des
Terres
&
Seigneurie
de Montardi
,
Celles
,
Bertric
&
au-
tres
lieux
qui
a
épousé
Marie Madeleine
le
Coigneux
fille
de
Jacques
Marquis de
Bellabre
,
&
de Marie
-
Anne
de
Neiret
de
la
Ravoye
,
Mar-
quife
de
Bellabre
,
dont
le
fils
aîné
Jean
Armand-
Marie
du Lau
eft
Enfeigne dans
le
Régiment
des
Gardes
Françoiſes
,
après avoir
fervi
dans
les
Chevaux
-
Légers de
la
Garde
.
2º
.
Henri du Lau
,
Chevalier
de
l'ordre
de
S.
Louis
,
Capitaine
au
Régiment de Conty
Cavalerie
,
&
Sufanne
du
Lau
,
mariée
à
Jean
de
Chapt
de
Raftinac
,
Comte
de
Puiguilhem
,
dont
postérité
.
La maifon du Comte du Lau qui donne lieu
à cet article , eft établie en Périgord dès l'an
1429 ; elle eft une branche cadette des Barons
du Lau en Béarn , que l'on a trouvé , après un
mur examen , être iffus des Souverains de Biſcaye,
Comtes d'Alaua & Seigneur de Lod en Biſcaye ;
on en a puiſé les preuves dans les Chartres , dans
les anciennes Chroniques , les Cartulaires & dans
les Hiftoires du temps. La Généalogie de la mai-
fon du Lau a été faite fur de femblables monu-
mens , & fur titres tous originaux , par le Che-
valier Blondeau de Charnage ; & elle fut com-
muniquée avec les titres à M. de Clairambault ,
Généalogifte des Ordres du Roi lorfque le Comte
du Lau obtint les honneurs de la Cour. Nous
défirerions pouvoir inférer ici cet Ouvrage , mais
il est d'une trop grande étendue à caufe des
branches que la maifon du Lau a produit : nous
dirons feulement deux mots fur le rang des an-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE
•
"
:
ciens Seigneurs de cette maiſon & fur fon ori-
gine , & nous ne parlerons enfuite qué de la
Branche établie en Périgord.
La maifon du Lau , dit l'Auteur de la Généa-
logie , eft iffue des Souverains de Biſcaye , par
Inigo-Sanches , Seigneur de Lod en Biscaye',
neveu d'Inigo- Loppes Comte d'Alaua . Nous ne
fixerons pas ajoute-t-il l'origine de la maiſon
du Lau à Inigo- Sanches Seigneur de Lod : l'hif-
toire exige que nous la remontions à Dom Lop
ou Fort- Loup , furnommé Suria , * premier Sei-
gneur de Biscaye qui fut élu par la Nation ,
après une bataille qu'il avoit gagné étant à leur
tête , en l'année 870 , fur Ordogne , fils d'Al-
phonfe III , furnommé le Grand , Roi d'Oviedo
& de Léon en ce lieu , & dans tout le cours
de l'Ouvrage , l'Auteur rapporte plufieurs faits
hiftoriques , intérellans & relatifs à fon Ouvrage.
Fort- Loup épouſa 1 ° . Dalda , fille de Sanche-
Eftigues-Ortun , Seigneur de Tariba & de Du-
rango , de laquelle il eut Manfo - Lopes 2º Sei-
gaeur de Biscaye , & de Tariba , pere d'Inigo-
Lopes 3 Seigneur de Bilcaye , dont vint Lopes-
Dias 4 Seigneur de Bilcaye , qui époufa Elvire-
Bermundes , fille de Bermuy l'aînez , & dont il
eut deux fils & une fille , fçavoir , Sanche-
Lopes e Seigneur de Bifcaye , qui fuit , Inigo-
Lopes Comte d'Alaua 6 Seigneur de Biſcaye ,
& Urraca-Lopes mariée à Dom Fernand ,
Roi
de Léon. Sancho - Lopes fut tué à Cubijana de
Morillos en conduifant une armée au fecours
du Comte de Caftille ; il laiffa deux fils en bas
âge , Inigo Lopes , Seigneur de Lod en Biscaye ,
qui fuit , & fort-Sanches , Seigneur d'Orofco ,
tige de la maiſon de ce nom ,
Les Souverains de Biscaye n'ont jamais eu d'autre
sitre que celui de Şeigucup.
OCTOBRE
.
1759. 221
I
Inigo
-
Lopes
,
Seigneur
de
Lod
en
Biſcayé
,
fut
Gouverneur de
la
Ville
de
Navarre
,
&
grand
Ecuyer
des
Ecuries
de
Garcias
,
Roi de
Navarre
,
furnommé
le
Trembleur
:
il
n'étoit
qu'un enfant
à
la
mort
de
fon père
,
ce
qui
fit
que
les
Bifca-
yens engagés dans
des guerres
,
&
ayant
beſoin
d'un
Chef
expérimenté
,
élurent
en
la
place
pour
leur
Seigneur Inigo
Lopes
,
Comte
d'Alaua
for
oncle
paternel
,
*
qui
,
pour
le
dédommager
du
moinsen
quelque
forte
,
lui
donna
la
Seigneurie
de
Lod
en
Bifcaye
,
dent
fa poftérité
prit
lé
nom
on
a de
lui
des
titres
des
années
997
,
1014
&
1920
:
il
eut
deux
fils
,
fçavoir
,
Lopes-
Sanches
,
Seigneur
de
Lod
en
Bifcaye
,
tige
de
la
maifon de
ce
nom
&
de
celle
de
Merdoce
,
&
Guillaume
**
Sance
,
Seigneur
de
la
Terre
du
Lau
en Bearn
,
fituée
comme
dans
un
Fauxbourg
de
la
Ville
de
Lefcar
: il
époufa
une
Dame
nom-
mée
Sancia-
Vacca
;
ils
firent
donation
,
du
con-
fentement de
leurs
fils
,
au
Chapitre
de
Lefcar
,
d'une
partie
des
dixmes de
l'Eglife
du Lau
,
Calbet
du Lau
,
mort
avant
l'an
115
,
leur
petit-
fils
fur
Evêque de
Leſcard
:
Cajard
du Lau
fon
frere
eft
nommé
au rang
des
Barons
du
Béarn
,
après
les
Seigneurs de Gavaſton
&
de Navaille
,
&
avant ceux
de
Domii
,
de Miocens
,
&
autres
:
dans
l'acte
d'un
jugement
folemnel
en
faveur
de
l'Eglife
de
Lefcar
,
rendu par
Talefe
,
Vicomteſſe
de Béarn
,
en
l'abfence
de fon mari
,
vers l'an
1090.
la
maifon du Lau
,
toutesfois
ne
fut pas
comprife dans
le
Réglement de
l'an
1230
;
qui
reftraignoit les
Barons
du
Béarn à un
certain
nombre
;
mais
les
terres
du nom du Lau
,
fituées
***
* Les Hiftoriens s'accordent tous
en
ce
fait
.
**
On
diroit
Sanchés
,
fi
on
le fuivoit
en
Bifcave
.
***
Il
ne changea pas
le
nom
de
Calbet pour
celui
de
Guy
, fuivant qu'on
le
lit
dans
le
Gallia Chriftiana
.
K
iij
A
222 MERCURE DE FRANCE.
en
Chaloffe
&
en
Armagnac
,
ont
toujours
été
qualifiées
Baronnies
:
Arnaud
,
fils
de
Raymond
du Lau
,
étant
dans
le
deffein d'aller
à
la
Terre-
Sainte
,
fit
un
don
au
Chapitre
de
Dacqs
;
Sance
du Lau
fon
fils
,
s'empara
des
biens
que
fon pere
avoit
donné
,
&
les
rendit
en
l'année
1151
;
ces
biens furent
encore
repris
par
leur
poſtérité
,
qui
enfin
les
laiffa
entiérement
au
même
Chapitre
,
Arnaud du Lau
eft
nommé
au rang
des
Ba-
rons
des
terres
de Labour
&
d'Arberac
,
en
un
titre
de
l'an
1193
;
Ponce
,
Seigneur
du
Lau
,
épousa
en 1234
,
Jcanne
,
fille
d'Arivus
,
Vi-
comte
de
Corneillan
,
&
de Marie
de
Vernede
;
il
fut
témoin
avec
les
Seigneurs
de
l'Ifle
&
de
Comenge
,
de l'hommage
que Gerard
,
Comte
d'Armagnac
,
fit
en
1245 pour
fon Château
de
Mauvoifin
,
à
Raimond
,
Comte
de
Touloufe
:
Arnaud
Guillaume
&
Leberon
du
Lau
,
Chevaliers
,
furent
témoins
de l'hommage
que
le
même
Com-
te
d'Armagnac
rendit
en 1254
,
pour
les
Comtés
d'Armagnac
&
de
Fezenfac
,
à
Henri
III
,
Roi
d'Angleterre
,
&
Leberon
du Lau
s'en
rendit
cau
→
tion
Amanieu du Lau
,
Chevalier
de
l'Ordre
des Templiers
,
avoit été
député
en
1235
par
le
Clergé de Gafcogne
,
vers
le
même
Monarque
,
&
il
en
étoit très -
confidéré
;
Gerard
du
Lau
,
Chevalier
,
accompagna
Edouard
,
Roi
d'Angleterre
,
dans
fon
voyage de
la
Terre
Sainte
ce Prince l'envoya
à Ortés
l'an
1273
,
pour
ap
paifer
les
mouvemens
que Gaton
,
Vicomte de
Béarn
y
avoit excité
.
Arnaud Sequin , premier du nom du Lau ,
Chevalier Seigneur de la Baronnie du Lau &
des lieux de Laqui , Geles , Lobe , Heloda , Gau-
be , Pujo , Montijos , Carrera , Caftagnet , Sulaus ,
Perquier , Badigos , Lilauhet , Hontans , Caupet
Margaro , Coerbeoa , Halchet , de la Ville de
.
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Résumé : DE PARIS le 25 Août.
Le 25 août, un courrier de Vienne a rapporté que le 12 août, les troupes du Baron de Laudon avaient remporté une victoire près de Francfort contre les Prussiens, commandés par le Roi de Prusse en personne. Cette défaite a contraint le Roi de Prusse à se retirer précipitamment vers Custrin, abandonnant plus de quinze mille hommes, ainsi que son artillerie et ses bagages capturés. En octobre 1759, le Roi de France a accordé une place de Colonel dans les Grenadiers de France à Jean-Baptiste Comte du Lau, Lieutenant au Régiment du Roi. Le Comte du Lau est le fils d'Armand II du Lau et de Dame Françoise de Salleton de Laborie, et le petit-fils de Jean-Armand Marquis du Lau. Il est également neveu de plusieurs personnalités notables, dont Jean du Lau d'Allemans, Docteur en Théologie, et Jean-Armand du Lau, Brigadier des Armées du Roi. La maison du Comte du Lau est établie en Périgord depuis 1429 et est une branche cadette des Barons du Lau en Béarn. Selon les recherches généalogiques, cette maison est issue des Souverains de Biscaye, Comtes d'Alava et Seigneurs de Lod en Biscaye. La généalogie de la maison du Lau a été documentée par le Chevalier Blondeau de Charnage et communiquée à M. de Clairambault, Généalogiste des Ordres du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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716
p. 234-235
AVIS très-intéressant.
Début :
Le Cabinet de M. le Chevalier Blondeau de Charnage, ci-devant Lieutenant d'Infanterie, est composé [...]
Mots clefs :
Cabinet, Portefeuille, Titres, Collection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS très-intéressant.
AVIS
très intéressant
.
Le Cabinet de M. le Chevalier Blondeau de
Charnage , ci-devant Lieutenant d'Infanterie , eft
compofé de 931 Portefeuilles , contenant 44000
titres originaux , & un grand nombre de Généa-
logies & de renfeignemens de titres anciens. II
contient d'ailleurs plus de 6000 titres diftribués-
dans des boëtes par ordre alphabétique des noms
des familles. Cette précieufe collection s'étend fur
toutes les Provinces du Royaume , même fur des
Royaumes & Etats étrangers , tels que l'Angle-
terre , la Flandre , l'Italie & la Suille , tant gour
OCTOBRE
.
1759.
235
la
Généalogie
que
pour
l'Hiftoire
,
les
Fiefs
&
le
Domaine du
Roi
.
M. Blondeau de Charnage ſe fera un vrai plaifir
de communiquer ces titres , fans toutefois per-
mettre aucun déplacement. Il ne délivrera aucun
original , mais feulement des copies en bonne
forme. Il eft logé vieille rue du Temple , près
l'Hôtel de Soubife.
très intéressant
.
Le Cabinet de M. le Chevalier Blondeau de
Charnage , ci-devant Lieutenant d'Infanterie , eft
compofé de 931 Portefeuilles , contenant 44000
titres originaux , & un grand nombre de Généa-
logies & de renfeignemens de titres anciens. II
contient d'ailleurs plus de 6000 titres diftribués-
dans des boëtes par ordre alphabétique des noms
des familles. Cette précieufe collection s'étend fur
toutes les Provinces du Royaume , même fur des
Royaumes & Etats étrangers , tels que l'Angle-
terre , la Flandre , l'Italie & la Suille , tant gour
OCTOBRE
.
1759.
235
la
Généalogie
que
pour
l'Hiftoire
,
les
Fiefs
&
le
Domaine du
Roi
.
M. Blondeau de Charnage ſe fera un vrai plaifir
de communiquer ces titres , fans toutefois per-
mettre aucun déplacement. Il ne délivrera aucun
original , mais feulement des copies en bonne
forme. Il eft logé vieille rue du Temple , près
l'Hôtel de Soubife.
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Résumé : AVIS très-intéressant.
L'avis concerne le cabinet du Chevalier Blondeau de Charnage, ancien lieutenant d'infanterie, qui possède une collection de 931 portefeuilles contenant 44 000 titres originaux et 6 000 titres classés alphabétiquement. Cette collection couvre diverses provinces du Royaume et des États étrangers. Elle est utile pour la généalogie, l'histoire et les fiefs. Blondeau de Charnage propose de communiquer ces titres sans les déplacer et ne délivre que des copies. Il réside dans la vieille rue du Temple, près de l'Hôtel de Soubise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
717
p. 235-238
« Il paroît que ce sera une chose utile au Public, & singuliérement aux familles dont les [...] »
Début :
Il paroît que ce sera une chose utile au Public, & singuliérement aux familles dont les [...]
Mots clefs :
Titres, Famille, Liste, Table alphabétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il paroît que ce sera une chose utile au Public, & singuliérement aux familles dont les [...] »
Il
paroît
que
ce
fera
une
chofe
utile
au
Public
,
&
finguliérement
aux
familles
dont
les
titres
font
égarés
,
de
fçavoir
où
retrouver
la
plupart
de
ces
mêmes
titres
qui
ont
été
recueillis
avec
des
foins
&
de
la
dépenfe
,
&
qui
ont
été
mis en
ordre avec
tant d'exactitude
.
Je
donnerai
donc
peu
-
à
peu
la
Table
alphabétique des
noms
des
familles
dont
les
titres
font contenus
dans
cette
précieufe
collection
,
avec
le
nombre
des
titres
concernans
chaque
famille
.
Je
tâcherai
de
ména-
ger
à la fin
de
chaque Mercure
un
elpace
de
quelques pages pour
cet
Article
intérellant
.
Le
Recueil
eft divilé
en
cinq
parties
.
Je
commence
par
celle
des
fanailles
.
Comme cette collection , outre les titres
comprend des Généalogies & des Renfeigne-
nemens , la lettre R fera employée pour marquer
les Renfeignemens , la Lettre G pour marquer que
c'eft une Généalogie ; & la lettre A pour les Ar
moiries.
NOMS
DES MAISONS.
ABA
BOS
.
ABADIE
.
ABANCOURT
.
1.
G.
&ABBE
'
(
L
)
...
1.
G
..
&
NOMBRE
DES TITRES
,
1.
3
.
I.
2
)
236 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES
MAISONS
.
ABEILLE
.
A BELLA
R
D.
A
BELLY
.•
ABERNETY
.
A BILLON
.
ABONDE
.
I.
G.
ABOS
(
D³
)
.
A BOT
.
1.
G.
&
NOMBRE
DES
TITRES
,
1.
I.
6
.
1
.
6
.
I.
A
BOVA
L.
ABRAHAM
.
ABREVOIRES
(
Des
)
.
ABSOLU
.
ABUSSON.
ABZAC
.
1
.
G.
&
ACARD .
ACARIE
,
R.
&
ACERE
'
.
R.
ACHARD .
ACHE' ( d'). R.
ACHER
.
R.
&
ACHERE
S.
R.
ACIER
.
3
.
3
.
261
.
3
.
I.
I.
1
.
A CIGNE
,
R.
&
"
ACRES
(
des
)
.
R.
&
ADAM.
A
DANET
.
ADDE'E
.
J.
I.
17
..
4
.
2.
ADELI
N. I.
ADELINE
. I.
ADJACE
TO
. 1.
OCTOBRE
.
1759
.
237
NOMS
DES
MAISONS
.
ADRON
.
ADONVILLE
.
R.
AGAY
(
d
'
)
.
R
,
AGASS
E.
AGAULT
.
AGES
. (
d
'
)
.
1
,
G.
Se
ACNEAU
.
R.
&A
GOBERT
.
A
GOUT
,
&
AGOULT
,
AGRON
(
d
'
)
.
AGROU
E
'.
AGUENI
N.
R.
&A
GUERRE
.
R.
A
GUESSA
ʊ
(
d
' )
.
AGUET
(
l³
)
.
A
GUILLEN
GUI
(
d
'
)
,
AGUINE
T
,
AGUITO
N.
A JASSON
.
I.
G.
&
Aico
(
d
'
)
,
AIDIE
,
AYELLE
(
d
'
)
.
AIGREMONT
(
d
'
)
.
AICUE
.
R.
AILLY
,
ou
ALLY
.
AILLIER
(
1
)
.
AILLON
(
d
'
)
.
AY MERAY
.
AY MERET
.
ATMERY
ou
AIMERIG
.
AIMIER
,
>
NOMBRE
DES
TITRES
.
I.
1
.
I.
3
.
2
.
I.
3
.
I.
2
.
I
4
.
I.
I
6
.
1
.
I.
5.
I.
2
.
338 MERCURE DE FRANCE.
NOM'S
DES
MAISONS
.
NOMBRE
DES
TITRES
.
AYMINY
.
I.
G.
AYMON
.
I
,
A.
AYMON
NE
T.
R.
AiSNE
'
(
1
'
)
.
AIN
G.
AIRARD
.
AYRAUL T.
AYR OLD E. R.
AKAKIA
paroît
que
ce
fera
une
chofe
utile
au
Public
,
&
finguliérement
aux
familles
dont
les
titres
font
égarés
,
de
fçavoir
où
retrouver
la
plupart
de
ces
mêmes
titres
qui
ont
été
recueillis
avec
des
foins
&
de
la
dépenfe
,
&
qui
ont
été
mis en
ordre avec
tant d'exactitude
.
Je
donnerai
donc
peu
-
à
peu
la
Table
alphabétique des
noms
des
familles
dont
les
titres
font contenus
dans
cette
précieufe
collection
,
avec
le
nombre
des
titres
concernans
chaque
famille
.
Je
tâcherai
de
ména-
ger
à la fin
de
chaque Mercure
un
elpace
de
quelques pages pour
cet
Article
intérellant
.
Le
Recueil
eft divilé
en
cinq
parties
.
Je
commence
par
celle
des
fanailles
.
Comme cette collection , outre les titres
comprend des Généalogies & des Renfeigne-
nemens , la lettre R fera employée pour marquer
les Renfeignemens , la Lettre G pour marquer que
c'eft une Généalogie ; & la lettre A pour les Ar
moiries.
NOMS
DES MAISONS.
ABA
BOS
.
ABADIE
.
ABANCOURT
.
1.
G.
&ABBE
'
(
L
)
...
1.
G
..
&
NOMBRE
DES TITRES
,
1.
3
.
I.
2
)
236 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES
MAISONS
.
ABEILLE
.
A BELLA
R
D.
A
BELLY
.•
ABERNETY
.
A BILLON
.
ABONDE
.
I.
G.
ABOS
(
D³
)
.
A BOT
.
1.
G.
&
NOMBRE
DES
TITRES
,
1.
I.
6
.
1
.
6
.
I.
A
BOVA
L.
ABRAHAM
.
ABREVOIRES
(
Des
)
.
ABSOLU
.
ABUSSON.
ABZAC
.
1
.
G.
&
ACARD .
ACARIE
,
R.
&
ACERE
'
.
R.
ACHARD .
ACHE' ( d'). R.
ACHER
.
R.
&
ACHERE
S.
R.
ACIER
.
3
.
3
.
261
.
3
.
I.
I.
1
.
A CIGNE
,
R.
&
"
ACRES
(
des
)
.
R.
&
ADAM.
A
DANET
.
ADDE'E
.
J.
I.
17
..
4
.
2.
ADELI
N. I.
ADELINE
. I.
ADJACE
TO
. 1.
OCTOBRE
.
1759
.
237
NOMS
DES
MAISONS
.
ADRON
.
ADONVILLE
.
R.
AGAY
(
d
'
)
.
R
,
AGASS
E.
AGAULT
.
AGES
. (
d
'
)
.
1
,
G.
Se
ACNEAU
.
R.
&A
GOBERT
.
A
GOUT
,
&
AGOULT
,
AGRON
(
d
'
)
.
AGROU
E
'.
AGUENI
N.
R.
&A
GUERRE
.
R.
A
GUESSA
ʊ
(
d
' )
.
AGUET
(
l³
)
.
A
GUILLEN
GUI
(
d
'
)
,
AGUINE
T
,
AGUITO
N.
A JASSON
.
I.
G.
&
Aico
(
d
'
)
,
AIDIE
,
AYELLE
(
d
'
)
.
AIGREMONT
(
d
'
)
.
AICUE
.
R.
AILLY
,
ou
ALLY
.
AILLIER
(
1
)
.
AILLON
(
d
'
)
.
AY MERAY
.
AY MERET
.
ATMERY
ou
AIMERIG
.
AIMIER
,
>
NOMBRE
DES
TITRES
.
I.
1
.
I.
3
.
2
.
I.
3
.
I.
2
.
I
4
.
I.
I
6
.
1
.
I.
5.
I.
2
.
338 MERCURE DE FRANCE.
NOM'S
DES
MAISONS
.
NOMBRE
DES
TITRES
.
AYMINY
.
I.
G.
AYMON
.
I
,
A.
AYMON
NE
T.
R.
AiSNE
'
(
1
'
)
.
AIN
G.
AIRARD
.
AYRAUL T.
AYR OLD E. R.
AKAKIA
Fermer
Résumé : « Il paroît que ce sera une chose utile au Public, & singuliérement aux familles dont les [...] »
Le texte présente un ouvrage destiné à aider le public, notamment les familles ayant perdu la trace de leurs titres. Il propose de retrouver ces titres, recueillis avec soin et mis en ordre avec exactitude. L'auteur prévoit de publier une table alphabétique des noms de familles et le nombre de titres concernés, en réservant un espace dans chaque numéro du Mercure pour cet article. Le recueil est divisé en cinq parties, commençant par celle des familles. La collection inclut des généalogies, des renseignements et des armoiries, marqués respectivement par les lettres G, R et A. Le texte liste plusieurs noms de maisons nobles, accompagnés de leurs généalogies, renseignements ou armoiries, et du nombre de titres associés à chaque famille.
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718
p. 211-213
Suite du Catalogue de M. le chevalier Blondeau du Charnage.
Début :
NOMS Des Maisons. NOMBRE Des Titres. Alabat. I. G. &c I. [...]
Mots clefs :
Noms de famille, Titre de noblesse, Catalogue
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texteReconnaissance textuelle : Suite du Catalogue de M. le chevalier Blondeau du Charnage.
SUITE du Catalogue de M. le Chevalier
BLONDEAU DU CHARN AGE.
NOMS
DES MAISONS
ALABAT. 1. G. &
ALABONNE.
ALADEN T.
ALLAIRE.
ALLAIS.
NOMBRE
DES TITRE So
1.
I.
I.
Z.
ALLAI X.
ALAMA N.
ALAMARGOT.
ALAMARTINE. I. G. & 1. A.
ALAMEA U.
ALAR D. 1. G. &
ALARY.
ALAUX .
ALEA UM E.
ALBANE L.
ALBERT.
ALBERTA S. 1. G. &
ALBERTHIN.
ALBIAC.
ALBIAT ( d' ).
ALBON.
ALBRET.
ALBRIGNO.
LLEGRAIN , OU ALLEGR & N .
ALLEGRE . I. G. &
6.
2.
87.
I a
2.0.
212 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES MAISONS.
ALEHAN.
ALE MAIGNE
ALEMAN T.
NOMBRE
DES TITRE S.
1 .
2 .
23:
ALESME ( d').
ALEN.
ALENCE' ( ď }%
A LENÇON.
*
ALES P1' E.
ALEPS.
A LER.
A LES SEA U. R.
ALESSO.!
ALEXANDRE
A LIBERT.
ALICHA M P. R. &
ALIER ( d )
ALIE'S. ( d )
ALIGE .
ALIGRE ( d' ) . R. &
ALIGRE T. G. &
•
ALLIMLHER.
ALINTON ,
10 .
3.
2.
8 .
2.
5 .
5.
14.
1 .
1 .
22.
I.
I.
1.
ALIO T. R.
.11.
ALIX .
A LIXAN T. R. &
2.
4
ALIX BRETON. I.
ALMAIGNE.
ALMAYS ( d³ ).
ALMAS ( d' ).
ALMAURY. R.
I.
T.
OCTOBRE , 1759. 213
NOMBRE
DES TITRES ,
NOMS
DES MAISONS,
ALMERA 9. 1 .
ALNASSAR.
ALLONEA U.
ALLONVILLE,
A LOU. 3 .
ALOUGNY. I. G.
ALPOZZO ( d ' ) .
ALUSSON. R
ALVARES.
ALVASSA T
ALVEQUI N.
ALVIN.
AMA DO N.
AMADOR.
AMALUI.
I
1.
8.
1 .
2.
·
AMAND .
AMANJO N.
AMANZE . 1. A. R, &
A MAURY.
AMBLARD,
AMBOISE .
AMBRA Y.
.ag b .
8 .
2.
7.
AMCE.
3.
A MEIL..
AMELEN, OU A MELAIN.
I.
AMELINE. 2.
AMELLO N, 21.
AMELO T.
AMESTON , ou ADMESTON,
La fuite au Mercure prochair ,
BLONDEAU DU CHARN AGE.
NOMS
DES MAISONS
ALABAT. 1. G. &
ALABONNE.
ALADEN T.
ALLAIRE.
ALLAIS.
NOMBRE
DES TITRE So
1.
I.
I.
Z.
ALLAI X.
ALAMA N.
ALAMARGOT.
ALAMARTINE. I. G. & 1. A.
ALAMEA U.
ALAR D. 1. G. &
ALARY.
ALAUX .
ALEA UM E.
ALBANE L.
ALBERT.
ALBERTA S. 1. G. &
ALBERTHIN.
ALBIAC.
ALBIAT ( d' ).
ALBON.
ALBRET.
ALBRIGNO.
LLEGRAIN , OU ALLEGR & N .
ALLEGRE . I. G. &
6.
2.
87.
I a
2.0.
212 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES MAISONS.
ALEHAN.
ALE MAIGNE
ALEMAN T.
NOMBRE
DES TITRE S.
1 .
2 .
23:
ALESME ( d').
ALEN.
ALENCE' ( ď }%
A LENÇON.
*
ALES P1' E.
ALEPS.
A LER.
A LES SEA U. R.
ALESSO.!
ALEXANDRE
A LIBERT.
ALICHA M P. R. &
ALIER ( d )
ALIE'S. ( d )
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ALIGRE ( d' ) . R. &
ALIGRE T. G. &
•
ALLIMLHER.
ALINTON ,
10 .
3.
2.
8 .
2.
5 .
5.
14.
1 .
1 .
22.
I.
I.
1.
ALIO T. R.
.11.
ALIX .
A LIXAN T. R. &
2.
4
ALIX BRETON. I.
ALMAIGNE.
ALMAYS ( d³ ).
ALMAS ( d' ).
ALMAURY. R.
I.
T.
OCTOBRE , 1759. 213
NOMBRE
DES TITRES ,
NOMS
DES MAISONS,
ALMERA 9. 1 .
ALNASSAR.
ALLONEA U.
ALLONVILLE,
A LOU. 3 .
ALOUGNY. I. G.
ALPOZZO ( d ' ) .
ALUSSON. R
ALVARES.
ALVASSA T
ALVEQUI N.
ALVIN.
AMA DO N.
AMADOR.
AMALUI.
I
1.
8.
1 .
2.
·
AMAND .
AMANJO N.
AMANZE . 1. A. R, &
A MAURY.
AMBLARD,
AMBOISE .
AMBRA Y.
.ag b .
8 .
2.
7.
AMCE.
3.
A MEIL..
AMELEN, OU A MELAIN.
I.
AMELINE. 2.
AMELLO N, 21.
AMELO T.
AMESTON , ou ADMESTON,
La fuite au Mercure prochair ,
Fermer
Résumé : Suite du Catalogue de M. le chevalier Blondeau du Charnage.
Le document est une suite du catalogue du Chevalier Blondeau du Charnage, daté d'octobre 1759. Il liste divers noms de maisons nobles ou titrées, accompagnés du nombre de titres associés à chacune. Par exemple, Alabat possède 1 titre, tandis qu'Allegre en possède 6. La liste inclut des noms tels que Alabat, Alabon, Aladent, Allaire, et bien d'autres, couvrant une large gamme allant d'Alabret à Ameston. Des indications spécifiques comme 'G.' et 'R.' apparaissent, pouvant signifier des distinctions ou des rangs particuliers. Le document semble être une compilation exhaustive de noms de familles nobles.
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719
p. 211-215
Suite du Catalogue de M. le Chevalier Blondeau de Charnage.
Début :
NOMS Des Maisons. NOMBRE Des Titres. Amette. I. [...]
Mots clefs :
Famille, Titre de noblesse, Table alphabétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Catalogue de M. le Chevalier Blondeau de Charnage.
SUITE du Catalogue de M. le Chevalier
BLONDEAU DE CHARNAGE.
NOMS
DES MAISONS.
AMETTE .
AMEREVILLE.
AMY ( L' ) .
AMIGAULT.
Амгот .
AMIRAUT , ou ADMIRAUT.
AMOURS ( D' ) .
AMPROU X.
A MULTO N.
NOMBRE
DES TITRE S
1 .
I.
10 .
ANAPPIER. R. Voyez HANNAPIER ,
ANAST. 1. A.
ANCEAU . •
ANCEAU ME.
ANCELM E.
ANDELOT. 1. A. & R.
1 .
21
3.
3.
ANDEUS E.
17
ANDIGNE'. 1. G..
ANDIGNi.
1.
I.
ANDINO .
ANDOINS ( D³ ).
2 .
2 .
ANDRAS .
ANDRAULI SANDRA U.
1 .
ANDREA S.
ANDRE'.
ANDREY. 1. G.
ANDIENAS.
212 MERCURE DE FRANCE
NOMS
DES MAISONS.
ANDRESO T. R.
ANDREV E L. I. A
ANDRIEU .
ASNE ( L').
ANEBAULT (D').
ANNEQUIN.
ANERDET.
NOMBRE
DES TITRES
I
2.
For
1.
1.
ANERDY.
ANERLY.
ANNEVILLE (D³).
ANFRIE. I. A.
ANFROY ,
ANGELY ,
ANGENNES ( D').
ANGENOST.
ANGENOUST,
ANGER.
ANGERVILLE.
ANCEVILLE. I. A.
ANGIBERT.
ANGIRA R D.
ANGLADE ( De l' ) ..
ANGLADE S.
I'
2
It
2.
1
6. ANGLARD ( D' ).
ANGLI BERNIER ( D³).
ANGLUR E.
ANGOT.
ANGOULAIN.
ANGOULEVANT.
ANGUE CHIN ( D³ ) .-
ANGUETI N..
1.
6.
76
I.
3.
8.
DECEMBRE. 1759 . 213
NOMBRE
DES TITRES
NOMS
DES MAISONS.
ASNIERE S.
ANJORAN T.
ANJOU ( D' ),
ANIQUET.
ANISSO N.
ANLEZY ( D' ) . 1. A.
ANQUETE L.
ANQUETI L.
ANSTRUD E. 1. G. & 1. A.
ANTHENA ISE.
ANTOIN E.
ANTHOINET.
ANTHON.
ANTHONNIS , & ANTONIS.
ANTRAVES.
A OUST ( D' ) .
APCHON.
APCHIER. Un Mémoire imprimé.
APELA BONI.
APPOUE L.
APPOUG NY.
AQUA ( D' ).
AQUAQUI A.
ACQUET.
ARA DO N.
ARAGE PIED.
ARAYEPIED , OU ARRAIGEPIED.
ARAGON.
ARAMBAR.
ARRAS ( D' ).
5 .
2
Le
I.
7.
4.
2.
7.
12.
I.
I.
3.
2.
AREALESTE . I. A. R. & 26
214 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES MAISONS. I
ARBELOT. R.
NOMBRE
DES TITRES
I.
ARBONNE AU.
ARBOUSSIER . I. G
ARCHAMBAULT.
ARCHE ( L' ) .
ARCHER ( L' )
ARCHIA C.
ARCHIE R.
ARCHINBAUE,
ARCY. I. A.
ARCISSA C.
5 .
2.
4.
4 .
2..
I.
AR CO.
2 .
ARSONAT D' ).
1 .
ARCONNEUR ( L' ), 3.
ARDENS ( Des ) . 1 , G.
ARDERET.
I.
ARDIER.
1
ARDILLIER,
ARDON ( D' ),
AREI S.
AREMBERG.
ARINE.
ARERES ( D )
ARESIN.
ARREST ( D'),
ARREV AUT.
ARGENNE S. ( D' },
AKGENT ( D ' ) R.
ARGENTIER,
ARGY D' .
ARGIL LEMONT,
I.
I.
3.
I.
I.
1 .
I.
DECEMBRE. 1759.
219
NOMS
DES MAISONS.
NOMBRE
DES TITRES
ARGILLIERE ( D' ),
ARGILIERES.
ARGONNE.
ARGOUGES .
ARGOUJON.
ARGUM VILLIERS.
ARRIBA T.
BLONDEAU DE CHARNAGE.
NOMS
DES MAISONS.
AMETTE .
AMEREVILLE.
AMY ( L' ) .
AMIGAULT.
Амгот .
AMIRAUT , ou ADMIRAUT.
AMOURS ( D' ) .
AMPROU X.
A MULTO N.
NOMBRE
DES TITRE S
1 .
I.
10 .
ANAPPIER. R. Voyez HANNAPIER ,
ANAST. 1. A.
ANCEAU . •
ANCEAU ME.
ANCELM E.
ANDELOT. 1. A. & R.
1 .
21
3.
3.
ANDEUS E.
17
ANDIGNE'. 1. G..
ANDIGNi.
1.
I.
ANDINO .
ANDOINS ( D³ ).
2 .
2 .
ANDRAS .
ANDRAULI SANDRA U.
1 .
ANDREA S.
ANDRE'.
ANDREY. 1. G.
ANDIENAS.
212 MERCURE DE FRANCE
NOMS
DES MAISONS.
ANDRESO T. R.
ANDREV E L. I. A
ANDRIEU .
ASNE ( L').
ANEBAULT (D').
ANNEQUIN.
ANERDET.
NOMBRE
DES TITRES
I
2.
For
1.
1.
ANERDY.
ANERLY.
ANNEVILLE (D³).
ANFRIE. I. A.
ANFROY ,
ANGELY ,
ANGENNES ( D').
ANGENOST.
ANGENOUST,
ANGER.
ANGERVILLE.
ANCEVILLE. I. A.
ANGIBERT.
ANGIRA R D.
ANGLADE ( De l' ) ..
ANGLADE S.
I'
2
It
2.
1
6. ANGLARD ( D' ).
ANGLI BERNIER ( D³).
ANGLUR E.
ANGOT.
ANGOULAIN.
ANGOULEVANT.
ANGUE CHIN ( D³ ) .-
ANGUETI N..
1.
6.
76
I.
3.
8.
DECEMBRE. 1759 . 213
NOMBRE
DES TITRES
NOMS
DES MAISONS.
ASNIERE S.
ANJORAN T.
ANJOU ( D' ),
ANIQUET.
ANISSO N.
ANLEZY ( D' ) . 1. A.
ANQUETE L.
ANQUETI L.
ANSTRUD E. 1. G. & 1. A.
ANTHENA ISE.
ANTOIN E.
ANTHOINET.
ANTHON.
ANTHONNIS , & ANTONIS.
ANTRAVES.
A OUST ( D' ) .
APCHON.
APCHIER. Un Mémoire imprimé.
APELA BONI.
APPOUE L.
APPOUG NY.
AQUA ( D' ).
AQUAQUI A.
ACQUET.
ARA DO N.
ARAGE PIED.
ARAYEPIED , OU ARRAIGEPIED.
ARAGON.
ARAMBAR.
ARRAS ( D' ).
5 .
2
Le
I.
7.
4.
2.
7.
12.
I.
I.
3.
2.
AREALESTE . I. A. R. & 26
214 MERCURE DE FRANCE.
NOMS
DES MAISONS. I
ARBELOT. R.
NOMBRE
DES TITRES
I.
ARBONNE AU.
ARBOUSSIER . I. G
ARCHAMBAULT.
ARCHE ( L' ) .
ARCHER ( L' )
ARCHIA C.
ARCHIE R.
ARCHINBAUE,
ARCY. I. A.
ARCISSA C.
5 .
2.
4.
4 .
2..
I.
AR CO.
2 .
ARSONAT D' ).
1 .
ARCONNEUR ( L' ), 3.
ARDENS ( Des ) . 1 , G.
ARDERET.
I.
ARDIER.
1
ARDILLIER,
ARDON ( D' ),
AREI S.
AREMBERG.
ARINE.
ARERES ( D )
ARESIN.
ARREST ( D'),
ARREV AUT.
ARGENNE S. ( D' },
AKGENT ( D ' ) R.
ARGENTIER,
ARGY D' .
ARGIL LEMONT,
I.
I.
3.
I.
I.
1 .
I.
DECEMBRE. 1759.
219
NOMS
DES MAISONS.
NOMBRE
DES TITRES
ARGILLIERE ( D' ),
ARGILIERES.
ARGONNE.
ARGOUGES .
ARGOUJON.
ARGUM VILLIERS.
ARRIBA T.
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Résumé : Suite du Catalogue de M. le Chevalier Blondeau de Charnage.
Le document est une suite du catalogue du Chevalier Blondeau de Charnage, listant les noms de diverses maisons nobles et le nombre de leurs titres. Les entrées sont organisées alphabétiquement, de 'Amette' à 'Arribat'. Chaque nom de maison est suivi du nombre de titres associés, souvent indiqués par des abréviations telles que 'I. A.' pour 'Illustre et Ancien' ou 'R.' pour 'Royal'. Par exemple, 'Amette' possède 1 titre, tandis que 'Amereville' en possède 10. Certaines entrées incluent des notes supplémentaires, comme 'Un Mémoire imprimé' pour 'Apchier'. Le document reflète la diversité et la richesse des maisons nobles listées, couvrant une large gamme de noms et de titres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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720
p. 215-216
« Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Début :
Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...]
Mots clefs :
Intérêt, Ouvrage, Mémoires, Histoire, Généalogie, Catalogue, Titre de noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de
ce Catalogue engage l'Auteur à rendre publics
fes Mémoires pour fervir à l'Hiftoire générale &
particulière du Royaume & à l'Hiftoire généalogique
des familles il eft garant de tous les
faits qui fe trouvent dans l'ouvrage , & il n'y en
aucun dont il ne produife le titre original, tou
tes les fois qu'il en fera befoin .
1
Cet ouvrage que l'on tranfcrit à préfent , contient
le Catalogue d'un grand nombre d'Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeffes , Prieurs ,
Prieures , Gentilshommes ordinaires de la Cham-
-bre & de la Maifon de nos Rois , de leurs Gentilshommes
fervans, de leurs Ecuyers ordinaires
des Ecuyers de leur écurie , de leurs Panetiers or
dinaires , de leurs Valets tranchans , des Gouverneurs
ou Capitaines de Provinces , de Villes
& de Châteaux forts , des Baillifs d'Épée , des
Châtelains , des Maîtres des Eaux & Forêts , des
· Médecins de nos Rois , des Intendans de leurs
écuries & livrées , des grands Fauconniers & des
Gentilshommes & Tréforiers de la Fauconnerie
-de France , des Sénéchaux , des Verdiers & des
Viguiers. Cer Ouvrage fera encore enrichi d'anecdotes
curieufes & intéreffantes prifes dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
titres originaux ou dans les ouvrages des meil
leurs Auteurs qui feront cités exactement ; l'Auteur
fe propofe d'en faire imprimer le premier '
volume dans le courant du mois de Février prochain
les Familles qui ont droit d'y être nommées
pourront s'adreffer à lui : Sa demeure eft
à Paris , vielle rue du Temple , près de l'Hôtel de
Soubife dans la maifon de M.Tallart Apothicaire ;
l'Auteur ne recevra à ce fujet ni mémoires ni copies
quoiqu'en forme probante . Il les reſpecte ,
mais il n'en fera pas ufage ; il exige néceffairement
les titres originaux. Le Public éclairé connoit
combien cette précaution eft indifpenfable , &
combien un femblable ouvrage eft intéreffant.
On s'apperçoit que ce qui le rend encore recommandable
, c'eft qu'on n'y trouvera aucun fait
qui ne foit fondé en preuve autentique.
ce Catalogue engage l'Auteur à rendre publics
fes Mémoires pour fervir à l'Hiftoire générale &
particulière du Royaume & à l'Hiftoire généalogique
des familles il eft garant de tous les
faits qui fe trouvent dans l'ouvrage , & il n'y en
aucun dont il ne produife le titre original, tou
tes les fois qu'il en fera befoin .
1
Cet ouvrage que l'on tranfcrit à préfent , contient
le Catalogue d'un grand nombre d'Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeffes , Prieurs ,
Prieures , Gentilshommes ordinaires de la Cham-
-bre & de la Maifon de nos Rois , de leurs Gentilshommes
fervans, de leurs Ecuyers ordinaires
des Ecuyers de leur écurie , de leurs Panetiers or
dinaires , de leurs Valets tranchans , des Gouverneurs
ou Capitaines de Provinces , de Villes
& de Châteaux forts , des Baillifs d'Épée , des
Châtelains , des Maîtres des Eaux & Forêts , des
· Médecins de nos Rois , des Intendans de leurs
écuries & livrées , des grands Fauconniers & des
Gentilshommes & Tréforiers de la Fauconnerie
-de France , des Sénéchaux , des Verdiers & des
Viguiers. Cer Ouvrage fera encore enrichi d'anecdotes
curieufes & intéreffantes prifes dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
titres originaux ou dans les ouvrages des meil
leurs Auteurs qui feront cités exactement ; l'Auteur
fe propofe d'en faire imprimer le premier '
volume dans le courant du mois de Février prochain
les Familles qui ont droit d'y être nommées
pourront s'adreffer à lui : Sa demeure eft
à Paris , vielle rue du Temple , près de l'Hôtel de
Soubife dans la maifon de M.Tallart Apothicaire ;
l'Auteur ne recevra à ce fujet ni mémoires ni copies
quoiqu'en forme probante . Il les reſpecte ,
mais il n'en fera pas ufage ; il exige néceffairement
les titres originaux. Le Public éclairé connoit
combien cette précaution eft indifpenfable , &
combien un femblable ouvrage eft intéreffant.
On s'apperçoit que ce qui le rend encore recommandable
, c'eft qu'on n'y trouvera aucun fait
qui ne foit fondé en preuve autentique.
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Résumé : « Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Le texte présente un catalogue et des mémoires visant à documenter l'histoire générale et particulière du Royaume ainsi que l'histoire généalogique des familles. L'auteur assure l'authenticité des faits relatés et s'engage à fournir les titres originaux si nécessaire. L'ouvrage inclut un catalogue de diverses personnalités, telles que des archevêques, évêques, abbés, abbesses, prieurs, prieures, gentilshommes de la chambre et de la maison des rois, écuyers, gouverneurs, baillis, châtelains, médecins, intendants, fauconniers, sénéchaux, verdiers et viguiers. Il sera enrichi d'anecdotes tirées des titres originaux ou des œuvres des meilleurs auteurs. Le premier volume doit être imprimé en février. Les familles concernées peuvent contacter l'auteur à Paris, rue du Temple, près de l'Hôtel de Soubise. L'auteur exige les titres originaux pour garantir l'authenticité des informations, refusant les mémoires ou copies. Le public est informé de l'importance de cette précaution et de l'intérêt de l'ouvrage, qui ne contient que des faits fondés sur des preuves authentiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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721
p. 203-216
MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Début :
Si l'on doit apprécier les hommes par les sacrifices qu'ils font à la société, [...]
Mots clefs :
Marquis de Montcalm, Sacrifices, Éloges, Vertu, Lieutenant général des armées du roi, Études, Littérature, Carrière militaire, Régiment, Ardeur , Talents, Amérique, Capitaine, Prodige, Campagnes militaires, Exploits, Gloire, Canada, Homme illustre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
MORT S.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
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Résumé : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Le Marquis de Montcalm, né en 1712, fut un militaire français distingué pour son dévouement et ses sacrifices pour l'État. Il débuta sa carrière au Régiment de Hainault Infanterie et gravit les échelons jusqu'à devenir Lieutenant-Général des Armées du Roi et commandant en chef des troupes françaises en Amérique septentrionale. Montcalm était également un érudit, maîtrisant les langues grecque et latine, et conservant un goût pour l'étude tout au long de sa carrière. Montcalm servit avec distinction dans plusieurs campagnes en Europe et en Amérique. En Amérique, il montra une bravoure exceptionnelle, une grande prudence et une résolution courageuse, menant des troupes françaises et des alliés autochtones contre des forces ennemies supérieures en nombre. Ses campagnes, notamment autour du lac Saint-Sacrement et du fort Carillon, furent marquées par des victoires stratégiques et des manœuvres audacieuses. En 1759-1760, Montcalm et ses troupes, sous les ordres de Lévi et Bourlamaque, remportèrent une victoire significative contre les forces ennemies. La bataille coûta à l'ennemi environ six mille morts ou blessés, avec trois mille cadavres près de l'abattis. Les Canadiens et les Sauvages ne participèrent pas à cette victoire, rejoignant l'armée cinq jours plus tard. Les soldats crièrent 'Vive le Roi et notre Général!' durant le combat, reflétant leur confiance en Montcalm. Montcalm écrivit à Doreil pour exprimer sa satisfaction de la victoire et regretta de ne pas avoir plus de troupes pour poursuivre l'ennemi. Il loua également ses officiers et soldats, soulignant leur valeur et leur discipline. Dans une lettre à Vaudreuil, il attribua la victoire aux dispositions prises et à l'exemple donné par lui-même. La défense de Québec contre les forces anglaises fut marquée par des combats acharnés pour protéger les vivres et les communications. Montcalm fut blessé mortellement lors d'une bataille décisive près de Québec et mourut le 14 septembre 1760. Ses dernières paroles furent de recommander à ses officiers de préserver l'honneur de la France. Les ennemis et les alliés de Montcalm témoignèrent de ses talents militaires et de ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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722
p. 258-259
« Le Pere Simplicien, Augustin de la Place des Victoires, connu par son Histoire Généalogique [...] »
Début :
Le Pere Simplicien, Augustin de la Place des Victoires, connu par son Histoire Généalogique [...]
Mots clefs :
Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, Supplément
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texteReconnaissance textuelle : « Le Pere Simplicien, Augustin de la Place des Victoires, connu par son Histoire Généalogique [...] »
Le Pere Simplicien , Auguftin de la Place des
Victoires , connu par fon Hiftoire Généalogique
& Chronologique de la Maifon Royale de France
& des Grands Officiers de la Couronne , étant
mort au mois d'Octobre, de l'année dernière ; le
Pere Alexis , Religieux de la même Maiſon , s'eſt
chargé de donner au Public le fupplément de
cette Hiftoire. 11 fe propofe d'obferver dans cet
Ouvrage l'exactitude fcrupuleufe , qui a fait tant
d'honneur à fon Prédéceffeur. En conféquence,
FEVRIER. 1760 . 259
prie ceux qui ont droit de faire inférer leur
Généalogie dans ce Livre , ou qui , y étant déja
iés , auroient quelques additions à communiquer
, de lui envoyer leurs titres & papiers , le
lutôt qu'ils pourront ; étant dans l'intention de
e faire imprimer à la fin de cette année , ou au
commencement de la fuivante .
Victoires , connu par fon Hiftoire Généalogique
& Chronologique de la Maifon Royale de France
& des Grands Officiers de la Couronne , étant
mort au mois d'Octobre, de l'année dernière ; le
Pere Alexis , Religieux de la même Maiſon , s'eſt
chargé de donner au Public le fupplément de
cette Hiftoire. 11 fe propofe d'obferver dans cet
Ouvrage l'exactitude fcrupuleufe , qui a fait tant
d'honneur à fon Prédéceffeur. En conféquence,
FEVRIER. 1760 . 259
prie ceux qui ont droit de faire inférer leur
Généalogie dans ce Livre , ou qui , y étant déja
iés , auroient quelques additions à communiquer
, de lui envoyer leurs titres & papiers , le
lutôt qu'ils pourront ; étant dans l'intention de
e faire imprimer à la fin de cette année , ou au
commencement de la fuivante .
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Résumé : « Le Pere Simplicien, Augustin de la Place des Victoires, connu par son Histoire Généalogique [...] »
Le Père Simplicien, auteur de l''Histoire Généalogique & Chronologique de la Maison Royale de France', est décédé en octobre de l'année précédente. Le Père Alexis prévoit de publier un supplément à cet ouvrage et invite les personnes concernées à lui envoyer leurs titres et papiers. L'impression est prévue pour la fin de l'année 1760 ou le début de l'année suivante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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723
p. 253-258
MORTS.
Début :
Messire Victor-Pierre-François de Riquet, Comte de Caraman, Lieutenant-Général [...]
Mots clefs :
Messire, Comte, Marquis, Comtesse, Famille de Montauban, Monseigneur, Dame, Lieutenant colonel, Maison de Borstel, Seigneurs, Capitaine, Décès, Mariage, Madame, Veuf, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meffire Victor-Pierre-François de Riquet,Comte
de Caraman , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , mourut en cette Ville , le 21 Avril , âgé
de 62 ans.
Le Marquis de Fimarcon , Lieutenant Général
des Armées du Roi , eft mort au Pont- Saint- Elprit.
Le Marquis de Surgeres , Lieutenant- Général,
des Armées du Roi , mourut à Surgeres près la
Rochelle , le 29 Avril.
La Comteffe de la Tour , eft morte en cette
Ville le 7 de Mai , âgée de trente -quatre ans .
Le .S Avril dernier , M. Louis de la Tour- du-
Pin , Comte de Montauban , Brigadier des Armées
du Roi, & premier Ecuyer de Monfeigneur
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang, mou
254 MERCURE DE FRANCE.
rut d'apoplexie en fon chateau de Roquebeau ,
âgé de 1 ans 6 mois 9 jours , étant né le 26
Septembre 1709, & fut inhumé le 7 en la Paroille
dudit Roquebeau , au Diocèle de Die. Il avoit été
marié les Mars 1738 , avec Dame Marie Olimpe
de Vauferre- des- Adrèts , veuve depuis le 12 Juin
1734 , de M. Louis- Alexandre de Saliéres de
Montlor , Brigadier des Armées du Roi ; avec lequel
elle avoit été mariée l'an 1730 , & fille de
M. Céfar de Vauferre , Baron des Adrèts , &
de Dame Marguerite Landais. Il laiſſe de la Dame
fon époufe , M. Louis de la Tour-du- Pin , Marquis
de Montauban né le premier Décembre
1739 , fait Chambellan de Monfeigneur le Duc
d'Orléans en 1752 , Guidon des Gendarmes d'Aquitaine
en 1758 , & premier Cornette des Chevaux
Légers d'Aquitaine en 1759 , après avoir
fervi fans difcontinuation depuis l'an 1747 , tant
dans la feconde Compagnie des Moufquetaires &
dans celle des Chevaux-Légers de la Garde , que
dans le Régiment du Roi. M. Louis- Apollinan
de la Tour- du - Pin de Montauban , né le 13 Janvier
1744 , & tonfuré dans la Chapelle du Palais-
Royal à Paris le 4 Mars 1758 , par M. Lucretius-
Henri-François de la Tour - de- Gouvernet de la
Chau- de-Montauban , Evêque de Riez
titulaire de l'Abbaye Royale de la noble Eglife
Séculiere & Collégiale de S. Pierre hors les portes
de Vienne en Dauphiné , fon oncle paternel à la
mode de Bretagne; & Dame Claudine - Céfarine de
la Tour- du- Pin de Montauban , née le 12 Juin
1741 , veuve , fans enfans , de M. Jean - Jacques-
Philippe Jofeph Lefmerie , Marquis d'Efchoify ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment Royal-
Piémont , puis Guidon de la Compagnie des Gendarmes
Anglois , tué à la bataille de Minden le
premier Août 1759 , & avec lequel elle avoit été
Abbé
JUIN. 1760. 255
mariée dans la Chapelle du Palais - Royal le 24
Février 1756 .
La Charge de premier Ecuyer de Monſeigneur
le Duc d'Orléans , vacante par le décés de M. le ,
Comte de Montauban , a été donnée par ce
Prince à M. Marie -Jofeph de Brancas , Marquis
d'Oife , Chambellan de S. A. S. & Maréchal de
Camp des Armées du Roi , fecond fils de M.
Louis de Brancas , Duc de Villars , Pair de
France , &c. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , tom . V , pag. 277 & fuivantes.
Dame Marie de Borstel , épouse de Meffire
François de Grenelle , Seigneur de Pimont , Capitaine
de Cavalerie , Lieutenant Colonel au ſervi→
ce du Roi de Pologne , & un de fes Gentilshommes
, Chevalier de S. Louis , eft morte à Paris
le 18 Mai 1760 .
Elle étoit de l'illuftre Maiſon de Borſtel , une
des plus anciennes & des plus diftinguées parmi
les Princes d'Allemagne . Elle eft originaire de Zelande
, & un Seigneur de Borftel , à qui les Villes
de Fleffingue & Defwert appartenoient , épouſa
la derniere Comtefle de Hollande , & par fon
mariage il devint Souverain de cette Province ,
que le Duc de Brabant ufurpa fur lui .
Après cette ufurpation , plufieurs Seigneurs de
cette Maifon s'établirent dans la haute Saxe , où
ils bâtirent le Château de Borftel , affez remarquable
fur la Carte ; & l'on voit dans l'hiftoire
que dès le temps de l'Empereur Othon , ils y
étoient déja en très-grande diftinction , & qu'ils
avoient les premiers emplois dans le Miniſtère ,
dans la guèrre , & dans les ambaffades. Meffire
Conrad de Borftel , pere d'Adolphe V , Chevalier
Seigneur de Guften , Proftka & autres lieux ,
étoit premier Miniftre d'Etat des Princes d'An
256 MERCURE DE FRANCE.
halt , Gouverneur de cette Province . Cet Adolphe
V a eu deux neveux , dont l'un Frédéric de
Brofel , a été Capitaine des Gardes du Corps du
Roi de Suéde , Gonverneur de Gottembourg , &
Général Major des Armées de Sa Majesté Suédo
; & le fecond . Erneft-Amédée de Borftel ,
Crand Echanfon de feue fon Alteffe Electorale de
Brandebourg , Colonel du Régiment de fes Gardes
,Gouverneur du Duché de Magdebourg , lequel
gouvernement eft encore pollédé aujourd'hui
par Henri de Borſtel .
Le grand-pere de ladite Dame de Borftel de
Pimout , qui vient de mourir , fut envoyé en
France à l'âge de 18 ans en qualité d'Ambaſſadeur
, par le Roi de Bohême & les Princes de
l'Empire , auprès du Roi Louis XIII ; & lorfque
fes négociations furent heureufement terminées ,
voulant s'établir en France , le Roi lui accorda ,
des Lettres de Naturalité , & l'honora d'une charge
de Gentilhomme de fa Chambre. Il fe maria
a Dame Charlotte de Faron , d'une des bonnes
Maifons du Poitou . dont il n'eut qu'un fils , que
la fituation de fes affaires , après avoir fervi quelque
temps le Roi , a obligé de ne pas fuivre l'intention
qu'il avoit de confacrer fes jours au ſervice
de Sa Majefté ; mais s'étant marié avec une Demoitelle
Tafchereau , alliée de M. le Chancelier
de Pontchartrain , du côté des Préfidens Cortereau
, & cousine de M. le Marquis de Rafilly ,
Lieutenant Général de la Province de Touraine
& Tous-Gouverneur des Enfans de France ; il en
a eu une nombreuſe famille , dont deux fils font
morts au fervice , le premier dans la Marine fuc
tué au fameux corbat de la Hogue , à l'âge de
vingt ans , dans le grade de Lieutenant de Vailfeau
du Roi; le fecond & dernier , eft le Conte
de Burfiel , qui après avoir fervi avec grande dif
JUIN. 1760. 257
tinction dans l'Artillerie , dont il étoit premier
Lieutenant Général , fut tué à la tête de ce Corps
qu'il comandoit , à la bataille de Plaifance en
1745. Il n'a laiffé qu'une fille , qui , après avoir
été longtemps fille d'Honneur de la Reine d'Ef
pagne , s'eft faite Carmelite auprès de Madame
de Borfiel fa tante , Supérieure de ce Couvent à
Paris. Ladite Dame de Borftel de Pimont , qui
vient de mourir , jouiffoit de plus de 45000 livres
de rente. Sa fuccellion palle à Dame Magdelaine
de Borftel , fa foeur , épouse de M. de
Beau ront , l'un des anciens Fermiers Généraux
du Roi , qui n'ont point d'enfans .
Meffire François de Grenelle de Pimont , qui.
refte veuf de ladite Dau e après vingt- huit ans de
mariage, eft originaire de Paris , d'une des plus
anciennes familles de robe , qui a poffédé longtemps
le fief de Grenelle , où eft à préfent bâtie
l'Ecole Militaire. Un de fes ayeux fe retira dans
le Duché de Bourgogne du temps des troubles
d'Henry III , & y acheta plufieurs Terres & Fiefs ,
entre autres celui de Pimont , qui a reûté jufqu'à
préfent à fes defcendans qui le font alliés aux
premieres familles du Parlement de Dijon , entre
autres à François de Gergy & à Marguerite
Quarré , toutes les deux d'ancienne extraclion
dont Jean de Grenelle , mari de la derniere , devint
Confeiller d'Etat.
Le fieur de Pinout , ayant pris le parti des armès
, a conn encé par être douze ans dans les
Moufquetaires , enfuite Capitaine de Cavalerie ,
Lieutenant Colonel au fervice du Roi de Pologne
& Gentilhomme de ce Prince. Il a fair prendre le
même parti des ar nes a quatre de fes neveux
dont l'un a été tué Capitaine dans le Régiment de
Forelt , trois autres font actuellement dans celui
>
258 MERCURE DE FRANCE.
de Vatan , dont les deux premiers ſont à la tête
dudit Régiment & Chevaliers de S. Louis.
Meffire Victor-Pierre-François de Riquet,Comte
de Caraman , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , mourut en cette Ville , le 21 Avril , âgé
de 62 ans.
Le Marquis de Fimarcon , Lieutenant Général
des Armées du Roi , eft mort au Pont- Saint- Elprit.
Le Marquis de Surgeres , Lieutenant- Général,
des Armées du Roi , mourut à Surgeres près la
Rochelle , le 29 Avril.
La Comteffe de la Tour , eft morte en cette
Ville le 7 de Mai , âgée de trente -quatre ans .
Le .S Avril dernier , M. Louis de la Tour- du-
Pin , Comte de Montauban , Brigadier des Armées
du Roi, & premier Ecuyer de Monfeigneur
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang, mou
254 MERCURE DE FRANCE.
rut d'apoplexie en fon chateau de Roquebeau ,
âgé de 1 ans 6 mois 9 jours , étant né le 26
Septembre 1709, & fut inhumé le 7 en la Paroille
dudit Roquebeau , au Diocèle de Die. Il avoit été
marié les Mars 1738 , avec Dame Marie Olimpe
de Vauferre- des- Adrèts , veuve depuis le 12 Juin
1734 , de M. Louis- Alexandre de Saliéres de
Montlor , Brigadier des Armées du Roi ; avec lequel
elle avoit été mariée l'an 1730 , & fille de
M. Céfar de Vauferre , Baron des Adrèts , &
de Dame Marguerite Landais. Il laiſſe de la Dame
fon époufe , M. Louis de la Tour-du- Pin , Marquis
de Montauban né le premier Décembre
1739 , fait Chambellan de Monfeigneur le Duc
d'Orléans en 1752 , Guidon des Gendarmes d'Aquitaine
en 1758 , & premier Cornette des Chevaux
Légers d'Aquitaine en 1759 , après avoir
fervi fans difcontinuation depuis l'an 1747 , tant
dans la feconde Compagnie des Moufquetaires &
dans celle des Chevaux-Légers de la Garde , que
dans le Régiment du Roi. M. Louis- Apollinan
de la Tour- du - Pin de Montauban , né le 13 Janvier
1744 , & tonfuré dans la Chapelle du Palais-
Royal à Paris le 4 Mars 1758 , par M. Lucretius-
Henri-François de la Tour - de- Gouvernet de la
Chau- de-Montauban , Evêque de Riez
titulaire de l'Abbaye Royale de la noble Eglife
Séculiere & Collégiale de S. Pierre hors les portes
de Vienne en Dauphiné , fon oncle paternel à la
mode de Bretagne; & Dame Claudine - Céfarine de
la Tour- du- Pin de Montauban , née le 12 Juin
1741 , veuve , fans enfans , de M. Jean - Jacques-
Philippe Jofeph Lefmerie , Marquis d'Efchoify ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment Royal-
Piémont , puis Guidon de la Compagnie des Gendarmes
Anglois , tué à la bataille de Minden le
premier Août 1759 , & avec lequel elle avoit été
Abbé
JUIN. 1760. 255
mariée dans la Chapelle du Palais - Royal le 24
Février 1756 .
La Charge de premier Ecuyer de Monſeigneur
le Duc d'Orléans , vacante par le décés de M. le ,
Comte de Montauban , a été donnée par ce
Prince à M. Marie -Jofeph de Brancas , Marquis
d'Oife , Chambellan de S. A. S. & Maréchal de
Camp des Armées du Roi , fecond fils de M.
Louis de Brancas , Duc de Villars , Pair de
France , &c. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , tom . V , pag. 277 & fuivantes.
Dame Marie de Borstel , épouse de Meffire
François de Grenelle , Seigneur de Pimont , Capitaine
de Cavalerie , Lieutenant Colonel au ſervi→
ce du Roi de Pologne , & un de fes Gentilshommes
, Chevalier de S. Louis , eft morte à Paris
le 18 Mai 1760 .
Elle étoit de l'illuftre Maiſon de Borſtel , une
des plus anciennes & des plus diftinguées parmi
les Princes d'Allemagne . Elle eft originaire de Zelande
, & un Seigneur de Borftel , à qui les Villes
de Fleffingue & Defwert appartenoient , épouſa
la derniere Comtefle de Hollande , & par fon
mariage il devint Souverain de cette Province ,
que le Duc de Brabant ufurpa fur lui .
Après cette ufurpation , plufieurs Seigneurs de
cette Maifon s'établirent dans la haute Saxe , où
ils bâtirent le Château de Borftel , affez remarquable
fur la Carte ; & l'on voit dans l'hiftoire
que dès le temps de l'Empereur Othon , ils y
étoient déja en très-grande diftinction , & qu'ils
avoient les premiers emplois dans le Miniſtère ,
dans la guèrre , & dans les ambaffades. Meffire
Conrad de Borftel , pere d'Adolphe V , Chevalier
Seigneur de Guften , Proftka & autres lieux ,
étoit premier Miniftre d'Etat des Princes d'An
256 MERCURE DE FRANCE.
halt , Gouverneur de cette Province . Cet Adolphe
V a eu deux neveux , dont l'un Frédéric de
Brofel , a été Capitaine des Gardes du Corps du
Roi de Suéde , Gonverneur de Gottembourg , &
Général Major des Armées de Sa Majesté Suédo
; & le fecond . Erneft-Amédée de Borftel ,
Crand Echanfon de feue fon Alteffe Electorale de
Brandebourg , Colonel du Régiment de fes Gardes
,Gouverneur du Duché de Magdebourg , lequel
gouvernement eft encore pollédé aujourd'hui
par Henri de Borſtel .
Le grand-pere de ladite Dame de Borftel de
Pimout , qui vient de mourir , fut envoyé en
France à l'âge de 18 ans en qualité d'Ambaſſadeur
, par le Roi de Bohême & les Princes de
l'Empire , auprès du Roi Louis XIII ; & lorfque
fes négociations furent heureufement terminées ,
voulant s'établir en France , le Roi lui accorda ,
des Lettres de Naturalité , & l'honora d'une charge
de Gentilhomme de fa Chambre. Il fe maria
a Dame Charlotte de Faron , d'une des bonnes
Maifons du Poitou . dont il n'eut qu'un fils , que
la fituation de fes affaires , après avoir fervi quelque
temps le Roi , a obligé de ne pas fuivre l'intention
qu'il avoit de confacrer fes jours au ſervice
de Sa Majefté ; mais s'étant marié avec une Demoitelle
Tafchereau , alliée de M. le Chancelier
de Pontchartrain , du côté des Préfidens Cortereau
, & cousine de M. le Marquis de Rafilly ,
Lieutenant Général de la Province de Touraine
& Tous-Gouverneur des Enfans de France ; il en
a eu une nombreuſe famille , dont deux fils font
morts au fervice , le premier dans la Marine fuc
tué au fameux corbat de la Hogue , à l'âge de
vingt ans , dans le grade de Lieutenant de Vailfeau
du Roi; le fecond & dernier , eft le Conte
de Burfiel , qui après avoir fervi avec grande dif
JUIN. 1760. 257
tinction dans l'Artillerie , dont il étoit premier
Lieutenant Général , fut tué à la tête de ce Corps
qu'il comandoit , à la bataille de Plaifance en
1745. Il n'a laiffé qu'une fille , qui , après avoir
été longtemps fille d'Honneur de la Reine d'Ef
pagne , s'eft faite Carmelite auprès de Madame
de Borfiel fa tante , Supérieure de ce Couvent à
Paris. Ladite Dame de Borftel de Pimont , qui
vient de mourir , jouiffoit de plus de 45000 livres
de rente. Sa fuccellion palle à Dame Magdelaine
de Borftel , fa foeur , épouse de M. de
Beau ront , l'un des anciens Fermiers Généraux
du Roi , qui n'ont point d'enfans .
Meffire François de Grenelle de Pimont , qui.
refte veuf de ladite Dau e après vingt- huit ans de
mariage, eft originaire de Paris , d'une des plus
anciennes familles de robe , qui a poffédé longtemps
le fief de Grenelle , où eft à préfent bâtie
l'Ecole Militaire. Un de fes ayeux fe retira dans
le Duché de Bourgogne du temps des troubles
d'Henry III , & y acheta plufieurs Terres & Fiefs ,
entre autres celui de Pimont , qui a reûté jufqu'à
préfent à fes defcendans qui le font alliés aux
premieres familles du Parlement de Dijon , entre
autres à François de Gergy & à Marguerite
Quarré , toutes les deux d'ancienne extraclion
dont Jean de Grenelle , mari de la derniere , devint
Confeiller d'Etat.
Le fieur de Pinout , ayant pris le parti des armès
, a conn encé par être douze ans dans les
Moufquetaires , enfuite Capitaine de Cavalerie ,
Lieutenant Colonel au fervice du Roi de Pologne
& Gentilhomme de ce Prince. Il a fair prendre le
même parti des ar nes a quatre de fes neveux
dont l'un a été tué Capitaine dans le Régiment de
Forelt , trois autres font actuellement dans celui
>
258 MERCURE DE FRANCE.
de Vatan , dont les deux premiers ſont à la tête
dudit Régiment & Chevaliers de S. Louis.
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Résumé : MORTS.
Le texte mentionne plusieurs décès de personnalités notables. Le Comte de Caraman, Lieutenant-Général des Armées du Roi, est décédé à l'âge de 62 ans le 21 avril. Le Marquis de Fimarcon et le Marquis de Surgeres, également Lieutenants-Généraux, sont morts respectivement au Pont-Saint-Esprit et à Surgeres près de La Rochelle le 29 avril. La Comtesse de la Tour est décédée à l'âge de 34 ans le 7 mai. Le Comte de Montauban, Brigadier des Armées du Roi et premier Écuyer du Duc d'Orléans, est mort d'apoplexie à l'âge de 1 an et 6 mois le 25 avril et a été inhumé le 7 mai. Il laisse un fils, le Marquis de Montauban, et deux autres enfants, Louis-Apollinaire et Claudine-Césarine. La charge de premier Écuyer du Duc d'Orléans a été attribuée à Marie-Joseph de Brancas, Marquis d'Oise. Dame Marie de Borstel, épouse de François de Grenelle, Seigneur de Pimont, est décédée à Paris le 18 mai. Elle appartenait à une illustre maison allemande et possédait une rente de plus de 45 000 livres. Son époux, François de Grenelle, est originaire d'une ancienne famille parisienne et a servi dans les Mousquetaires et comme Capitaine de Cavalerie.
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724
p. 206-208
MARIAGES.
Début :
Messire René-Antoine de Raity de Villeneuve, Marquis de Vitré, Capitaine de Cavalerie au Régiment [...]
Mots clefs :
Marquis, Capitaine, Ordre, Demoiselle, Comte, Chevalier, Comtesse, Marquise , Maison de Melun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Methre René - Antoine de Raity de Villeneuve,
Marquis de Vitré , Capitaine de Cavaletie au Ré
gment de Fumel , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis fils de fea Mellite Antoine'
de Raity de Villeneuve, Marquis de Trans , &
de Marie-Anne-Therefe de Caftellane ; a épouJUILLET.
1760. 207
fé le quatre de Mai , a Angoulême , Demoiſelle
Renée - Marguerite d'Allogny , fille de Meffire
Thomas d'Allogny , Marquis d'Allogny , & de
feue Marguerite le Berthon.
-L'on ne donne pomt de généalogie de ces deux
grandes & anciennes Mailons. On les trouvera
dans l'Ordre de Malthe, & les grands Officiers
de la Couronne.
> Louis , Marquis de Melun Comte de Nogent
, fils de feu Armand , Comte de Melun ,'
Gouverneur du Fort de Sainte Croix de Bordeaux
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , & de Marie - Françoiſe de Saint Si
mon Rouvroy , veuf d'Henriette- Emilie de Bautru
, Comteffe de Nogent le Roi ; a été marié
lę 28 Avril dernier , dans l'Eglife de Saint Sulpice
de Paris , avec Angelique - Geneviève de
Guiry - Chaumont , fille de Jean - Baptifte René ,
Comte de Guiry , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roi , & d'Angelique - Marguerite de Pitard
d'Ivry.
Voyez le deuxième volume du Mercure dé
Juin 1743. où eft rapporté l'article du mariage .
du Marquis de Melun , avec la Comtelle de
Nogent ; & celui de Janvier 1798 , où eft l'article
de fa mort .
La nouvelle Marquife de Melun eft d'une des
plus anciennes & illuftres maifons du Vexin François.
L'aîné de fa maifon , eft Maréchal héréditane
du Vexin. Il eft en poffeffion de ce titre ,
dès l'an 1475 , fuivant les actes de ce temps ;
& autres jufques à nos jours.
Cette Mailon avoit fait don , précédemment , de
la cinquième partie de fa terre de Guiry , à l'Ab- 7
baye de Notre Dame du Tréfor, Ordre de Citeaux™
dans le Vexin Normand , en 1243. Ce don fut
208 MERCURE DE FRANCE
1
confirmé par la Reine Blanche & par le Rof
Saint Louis , par Lettres données à Vincennes erc
Juillet 1245. Les Religieufes s'engagerent , pir
Use tranfaction , de recevoir en reconnoiffance
de cette donation , dans leur Abbaye , fans
dot & à perpétuité une Demoiſelle de la maifon
de Guiry , defcendante en ligne directe der
mâle en mále. Elle jouit toujours de ce privi
lége.
Cette Maiſon a donné à l'Etat , deux grands
Veneurs de France en 700 , & 820 , un grand
Chambellan en 883 , un Evêque de Lifieux en
900 , un chef de la Légion de Normandie , en
912 , puis Lieutenant Général de Richard- fanspeur
, Duc de Normandie en 954 , un Seigneur
de Guiry , ancêtre de la Marquise de Melun
qui fue choifi & donné en ôtage pour la Per
fonne du Roi Jean , après la bataille de Poitiers
deux Lieutenants Généraux du pays d'Aunis
Ville & Gouvernement de la Rochelle , Meftress
de Camp de Cavalerie pere & fils.
Cette maifon de Guiry , deſcend de Philippes
de Guiry , qui époufa en 1755 , Marguerite de
Dreux , fille de François de Dreux , Seigneur de
Morainville , lequel avoit pour dixiéme ayeul le
Roi Louis-le-Gros.
-Les deux freres de la Marquife de Melun ,
Capitaines de Carabiniers , Chevaliers de Saint
Louis , ont été tués , l'aîné à la bataille de Fontenoi
, & l'autre à celle de Laufeld .
Methre René - Antoine de Raity de Villeneuve,
Marquis de Vitré , Capitaine de Cavaletie au Ré
gment de Fumel , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis fils de fea Mellite Antoine'
de Raity de Villeneuve, Marquis de Trans , &
de Marie-Anne-Therefe de Caftellane ; a épouJUILLET.
1760. 207
fé le quatre de Mai , a Angoulême , Demoiſelle
Renée - Marguerite d'Allogny , fille de Meffire
Thomas d'Allogny , Marquis d'Allogny , & de
feue Marguerite le Berthon.
-L'on ne donne pomt de généalogie de ces deux
grandes & anciennes Mailons. On les trouvera
dans l'Ordre de Malthe, & les grands Officiers
de la Couronne.
> Louis , Marquis de Melun Comte de Nogent
, fils de feu Armand , Comte de Melun ,'
Gouverneur du Fort de Sainte Croix de Bordeaux
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , & de Marie - Françoiſe de Saint Si
mon Rouvroy , veuf d'Henriette- Emilie de Bautru
, Comteffe de Nogent le Roi ; a été marié
lę 28 Avril dernier , dans l'Eglife de Saint Sulpice
de Paris , avec Angelique - Geneviève de
Guiry - Chaumont , fille de Jean - Baptifte René ,
Comte de Guiry , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roi , & d'Angelique - Marguerite de Pitard
d'Ivry.
Voyez le deuxième volume du Mercure dé
Juin 1743. où eft rapporté l'article du mariage .
du Marquis de Melun , avec la Comtelle de
Nogent ; & celui de Janvier 1798 , où eft l'article
de fa mort .
La nouvelle Marquife de Melun eft d'une des
plus anciennes & illuftres maifons du Vexin François.
L'aîné de fa maifon , eft Maréchal héréditane
du Vexin. Il eft en poffeffion de ce titre ,
dès l'an 1475 , fuivant les actes de ce temps ;
& autres jufques à nos jours.
Cette Mailon avoit fait don , précédemment , de
la cinquième partie de fa terre de Guiry , à l'Ab- 7
baye de Notre Dame du Tréfor, Ordre de Citeaux™
dans le Vexin Normand , en 1243. Ce don fut
208 MERCURE DE FRANCE
1
confirmé par la Reine Blanche & par le Rof
Saint Louis , par Lettres données à Vincennes erc
Juillet 1245. Les Religieufes s'engagerent , pir
Use tranfaction , de recevoir en reconnoiffance
de cette donation , dans leur Abbaye , fans
dot & à perpétuité une Demoiſelle de la maifon
de Guiry , defcendante en ligne directe der
mâle en mále. Elle jouit toujours de ce privi
lége.
Cette Maiſon a donné à l'Etat , deux grands
Veneurs de France en 700 , & 820 , un grand
Chambellan en 883 , un Evêque de Lifieux en
900 , un chef de la Légion de Normandie , en
912 , puis Lieutenant Général de Richard- fanspeur
, Duc de Normandie en 954 , un Seigneur
de Guiry , ancêtre de la Marquise de Melun
qui fue choifi & donné en ôtage pour la Per
fonne du Roi Jean , après la bataille de Poitiers
deux Lieutenants Généraux du pays d'Aunis
Ville & Gouvernement de la Rochelle , Meftress
de Camp de Cavalerie pere & fils.
Cette maifon de Guiry , deſcend de Philippes
de Guiry , qui époufa en 1755 , Marguerite de
Dreux , fille de François de Dreux , Seigneur de
Morainville , lequel avoit pour dixiéme ayeul le
Roi Louis-le-Gros.
-Les deux freres de la Marquife de Melun ,
Capitaines de Carabiniers , Chevaliers de Saint
Louis , ont été tués , l'aîné à la bataille de Fontenoi
, & l'autre à celle de Laufeld .
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Résumé : MARIAGES.
En 1760, deux mariages aristocratiques français notables ont eu lieu. Le premier fut celui de René-Antoine de Raity de Villeneuve, Marquis de Vitré, avec Renée-Marguerite d'Allogny, fille de Thomas d'Allogny, Marquis d'Allogny. Les généalogies de ces familles peuvent être consultées dans l'Ordre de Malthe et les grands Officiers de la Couronne. Le second mariage concerna Louis, Marquis de Melun et Comte de Nogent, fils d'Armand, Comte de Melun, et de Marie-Françoise de Saint Simon Rouvroy. Louis était veuf d'Henriette-Émilie de Bautru, Comtesse de Nogent le Roi. La cérémonie eut lieu le 28 avril à l'église Saint-Sulpice de Paris. La nouvelle Marquise de Melun, Angélique-Geneviève de Guiry-Chaumont, appartient à une des plus anciennes et illustres maisons du Vexin Français, détentrice du titre héréditaire de Maréchal du Vexin depuis 1475. La maison de Guiry a fait don d'une partie de sa terre de Guiry à l'abbaye de Notre Dame du Tréport en 1243, don confirmé par la Reine Blanche et Saint Louis en 1245. La famille a fourni à l'État plusieurs personnalités notables, dont des Veneurs de France, un Chambellan, un Évêque de Lisieux, et des Lieutenants Généraux. La Marquise descend de Philippe de Guiry, qui épousa Marguerite de Dreux en 1755. Ses deux frères, Capitaines de Carabiniers et Chevaliers de Saint Louis, furent tués respectivement aux batailles de Fontenoy et de Laufeld.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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725
p. 208-213
MORTS.
Début :
Messire Jean de Pujol, Brigadier des Armées du Roi, est mort le 30 Mai dernier [...]
Mots clefs :
Messire, Brigadier, Héritier, Maison de Buissy, Seigneur, Décès, Chevalier, Dame, Marquis, Comte, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meffire Jean de Pujol , Brigadier des Armées
du Roi , eft mort le 30 Mai dernier au Château de
La Grave en Albigeois , dans la 83 ° année de fon
JUILLET. 17600. 200
age ; fans avoir pris d'alliance . Il'a fait ſon héritier
Meffire Pierre- Louis-Jacques de Pujol , Baron de
la Grave , Capitaine de Cavalerie au Régiment de
Royal-Piémont , fon arriere-petit- neveu Breton
M. de Pujol avoit mérité, par des fervites diftin
gués, des penfions confidérables,
-Le ſeize du mois de Mai dernier , mourut au
Château de Magreville,près Anvers , Marie Conftance
de Buiffy.
Elle étoit de l'ancienne Maifon de Builly , connue
en Arrois dès le commencement du douzième
frécle. On voit encore dans l'Abbaye de S. Aubert
en Flandres une chartre de l'an 1178, par laquelle
on prouve , que Hagues , fils de Thiebault de
Buifly fit plufieurs donations confidérables a cette
Abbaye. It s'y voit encore un autre Acte de donation
fait par un autre Thiebault de Buifly, en
Pan 1262. *
Les premiers qui foient connus,par une filiation
faivie , appuyée fur des actes authentiques , & done
les trois branches de ce nom actuellement exiftanres
en Picardie, prouvent leur defcendance , font :
• Premierement , Jean de Buiffy , premier du
nom , Ecuyer , Seigneur de Villers- Broulin , de
Villerelle , & de Noullette qui vivoit en 1380 ; il"
époufa Saincte de Gribauvalle. Il eut de ce ma
riage Jean fecond du nom , Seigneur defdites'
terres , qui prit pour femme Catherine de Mailly
en 1414.
Antoine, premier du nom, leur fils Ecuyer Seigheur
de Villers- Broulin & de Noulette , fur
marié en premieres noces à Catherine de Lieftre ,
dont il n'eut point d'enfans ; & en fecondes nôces,
à Marie du Lonvault, en 1459.
Hiftoire Généalogique des Pays- Bas , ou Hiftoire de
Cambrai & du Cambrefis. Par Jean Charpentier , pagy
178 & 38. Imprimé à Leyde , en 1664
I
218 MERCURE DE FRANCE.
Jean , troifiéme du nom , Ecuyer , Seigneur de
Villers Broulin & de Noulette,fils aîné d'Antoine
épo faJeanne de la Rivierre en 1479.Dont Jacques,
Philippe , François & Pierre , Auteurs de la branche
établie en l'icardie , rapportée après celle des
ainés.
Jacques ,de Bully , premier du nom, époufa
Francode d'Erces.
Thilippe ,fut allié avec Catherine de Poix.
*
Frans Builly , I'd non , époufa en premieres
noe Catherine de Boufflers , en fecondes,
Claire All Lis eurent pour enfans François de
Builly fecond du nom , Ecuyer Seigneur de
Noulette , mort fans alliance. En lui finit cette
bran , he,
Mariede Buifly,fa focur , Dame & héritiere de
Noulette, fur mariée avec laques de Brias , Chevalier
Seigneur de Brias, Gouverneur & Capitaine
de Marienbourg. Elle mourur, fans pofténté.
I
latelle de Bly , fa lceu & héritie e , époufa
Char es de Bonnieres , Chevalier Seigneur de
Souaftres , Comte de Guilnes , Gouverneur &,
Grand Bill de S. Omer . Par cetre alliance , les
te res de Villers Breulin & de Noulette fortirent
de la branche mafculine .
Pierre de Builly , premier du nom , Ecuyer ,
quatrieme fils de Jean de Buity , troifiéme du
nom , & de Janne de la Rivierre , eut pour femme
Agnette de Caullins.
De Cade de Buifly , fecond du nom , Chevalier
Seigneur Dumefnil Yvrench * , qui époufa
Marie- Marguerite l'Herminier , defcendante au
fixiéme degré dudit Pierre , premier du nom
& d'Aguette de Caullins , font fotti les trois
branches qui fubfiftent aujourd'hui .
Ces Terres font fituées dans le Comté de Ponthieu
en Picardie,
JUILLET. 1760 .
21
Pierre de Builly , fecond du nom , Chevalier
auffi Seigneur Dumefnil Yvrench , aîné par la
mort de fon frere , a formé la premiere bran
che. Il époufa , le 8 Juillet 1688 , Marie- Marguerite
Leblond d'Acqueft. De ce mariage font
nés Pierre- Paul de Builly , Prêtre Religieux de
Clugny , Prieur de Saint Gelais & de Saint Brilfon
, Vicaire général de l'Abbé de Clagny,
Trois autres fils morts fans pofterité , & trois
filles Religieufes .
François Jofeph de Buiffy , Chevalier Seigneur
Dumefnil Yvrench d'Acqueit &c. cinquiéme filsh
devenu aîné, fut marié le 27 Avril 1717 , à Ma
rie Marguerite Marthe le Bel d'Huchennevilleg
Dame de la Vicomté Dumefnil ; de laquelle il
eur 1 ° , un fils mort en bas âge , 1 °. Paul François
de Builly , Vicomte Dumefnil , Moufquetairer
Roi , né en 1731 , 3 ° . & 4º. Claude, Che
valier de Buiffy , Seigneur de Tacerville , Capi→
taine au Régiment de Lorraine , & Honoré Abbé
de Builly , Grand-Vicaire de Lombez , tous,
deux jumeaux nés en 1732.
Les tilles font , Marie- Marguerite- Marthe de
Builly , née en 1728 , & mariée en 1752 , à
Marc Antoine de Carpentier , Chevalier Seigneur
de Neuville Gapenne & autres lieux , Capitaine
au Régiment de Lorraine Infanterie , & Marie-
Thérele de Builly , dite Mademoifelle de Beal
court , morte fans avoir été mariée.
La feconde branche eut pour Chef Honoré de
Buifly , Chevalier Seigneur dudit Lieu , Châtelain
de Long , Seigneur , Fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez aux Corps Saints,fe
cond fils de Claude de Buiffy , fecond du nom ,
Chevalier Seigneur Dumefnil Yvrench , & de
Marie- Marguerite l'Herminier. Il prit pour fem
me , l'an 1692 , Marie-Marguerite Fuzelier. De
112 MERCURE DE FRANCE
cè mariage, naquirent Honoré- Charles, qui faits
Jacques , Prêtre , Chanoine de la Cathédrale &
Grand-Vicaire de l'Evêque d'Arras, N *** de Buif
fy, Moufquetaire du Roi, & plufieurs filles mortes
fans être mariées.
: Honoré-Charles de Buiffy, Chevalier Châtelainde-
Long , Seigneur , fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez , aux Corps Saints
&c. &c. &c. époufa , le 20 Février 1733 , The
refe - Genevieve Ravot-d'Ombreval. De ce mariage
font nés plufieurs garçons , morts en bas
age . Il ne refte que Pierre de Buiffy , troifiéme
du nom , Chevalier Seigneur de Longprez , né
en 1737 , reçu Chevaux - Léger de la Garde du
Roi en 1758 , & Officier au Régiment des Gar
des Françoiſes en 1759', & trois filles.
-L'Auteur de la troifiéme branche , eft Claude
Jofeph de Builly , Chevalier Seigneur de Moromainil,
Fontaine-lez-fec &c. troifiéme fils de
Claude de Builly. Il eut de fon mariage avec
Françoife de la. Caille , Pierre - Joſeph de Buiffy
qui fuit , & Françoife - Marguerite - Félicité de
Buiffy , Demoifelle de Ponthoille , morte fans être
mariée.
Pierre-Jofeph, épouſa Marie-Elizabeth Fuzelier.
Il eut de ce mariage quatre garçons & trois
Billes.
Les armes font d'argent , à la face de gueule ,
chargée de trois boucles d'or. Le cris d'armes , attente
nuit Buiffy. ・・
Dame Françoife Elizabeth de Rouxel de Gran
cey , veuve de Mellire Gabriel - Etienne - Louis
de Texier , Marquis d'Hautefeuille , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Meltre de Camp
Général des Dragons , mourut en cette Ville , le
Mai , dans la 88 année de fon âge.
JUILLET. 1760. 273
Therefe de Ligneville , fille de Jean-Jacques ,
Marquis de Ligneville , Comte du Saint Empire ,
& de Dame Soreau , eft morte à Marly , âgée
de 24 ans.
Claude-François de Narbonne- Peler , Evêque
de Leictour , eit mort dans fon Diocèfe , le 14
Mai , âgé de 68 ans.
Jeanne-Elizabeth , Douairiere de Chriſtian - Augufte
, Prince d'Anhalt - Zerbft , foeur du Roi de
Suéde , & mere de la grande Ducheſſe de Ruſ
fie , eft morte le 30 du mois dernier dans cette
Ville , où elle s'étoit retirée depuis deux ans , à
l'occafion des troubles qui regnent en Allemagne.
Cette Princeffe étoit dans fa 48º . année. Son
corps fera tranfporté en Allemagne , pour y
être inhumé dans le tombeau de la maifon d'Anhalt-
Zerbft.
Meffire Louis - Gabriel le Preftre , Marquis de
Vauban , Brigadier des Armées du Roi , mou
Fut le 22 du mois dernier , dans fon Châteam
de Vauban , âgé de 55 ans,
Meffire Jean de Pujol , Brigadier des Armées
du Roi , eft mort le 30 Mai dernier au Château de
La Grave en Albigeois , dans la 83 ° année de fon
JUILLET. 17600. 200
age ; fans avoir pris d'alliance . Il'a fait ſon héritier
Meffire Pierre- Louis-Jacques de Pujol , Baron de
la Grave , Capitaine de Cavalerie au Régiment de
Royal-Piémont , fon arriere-petit- neveu Breton
M. de Pujol avoit mérité, par des fervites diftin
gués, des penfions confidérables,
-Le ſeize du mois de Mai dernier , mourut au
Château de Magreville,près Anvers , Marie Conftance
de Buiffy.
Elle étoit de l'ancienne Maifon de Builly , connue
en Arrois dès le commencement du douzième
frécle. On voit encore dans l'Abbaye de S. Aubert
en Flandres une chartre de l'an 1178, par laquelle
on prouve , que Hagues , fils de Thiebault de
Buifly fit plufieurs donations confidérables a cette
Abbaye. It s'y voit encore un autre Acte de donation
fait par un autre Thiebault de Buifly, en
Pan 1262. *
Les premiers qui foient connus,par une filiation
faivie , appuyée fur des actes authentiques , & done
les trois branches de ce nom actuellement exiftanres
en Picardie, prouvent leur defcendance , font :
• Premierement , Jean de Buiffy , premier du
nom , Ecuyer , Seigneur de Villers- Broulin , de
Villerelle , & de Noullette qui vivoit en 1380 ; il"
époufa Saincte de Gribauvalle. Il eut de ce ma
riage Jean fecond du nom , Seigneur defdites'
terres , qui prit pour femme Catherine de Mailly
en 1414.
Antoine, premier du nom, leur fils Ecuyer Seigheur
de Villers- Broulin & de Noulette , fur
marié en premieres noces à Catherine de Lieftre ,
dont il n'eut point d'enfans ; & en fecondes nôces,
à Marie du Lonvault, en 1459.
Hiftoire Généalogique des Pays- Bas , ou Hiftoire de
Cambrai & du Cambrefis. Par Jean Charpentier , pagy
178 & 38. Imprimé à Leyde , en 1664
I
218 MERCURE DE FRANCE.
Jean , troifiéme du nom , Ecuyer , Seigneur de
Villers Broulin & de Noulette,fils aîné d'Antoine
épo faJeanne de la Rivierre en 1479.Dont Jacques,
Philippe , François & Pierre , Auteurs de la branche
établie en l'icardie , rapportée après celle des
ainés.
Jacques ,de Bully , premier du nom, époufa
Francode d'Erces.
Thilippe ,fut allié avec Catherine de Poix.
*
Frans Builly , I'd non , époufa en premieres
noe Catherine de Boufflers , en fecondes,
Claire All Lis eurent pour enfans François de
Builly fecond du nom , Ecuyer Seigneur de
Noulette , mort fans alliance. En lui finit cette
bran , he,
Mariede Buifly,fa focur , Dame & héritiere de
Noulette, fur mariée avec laques de Brias , Chevalier
Seigneur de Brias, Gouverneur & Capitaine
de Marienbourg. Elle mourur, fans pofténté.
I
latelle de Bly , fa lceu & héritie e , époufa
Char es de Bonnieres , Chevalier Seigneur de
Souaftres , Comte de Guilnes , Gouverneur &,
Grand Bill de S. Omer . Par cetre alliance , les
te res de Villers Breulin & de Noulette fortirent
de la branche mafculine .
Pierre de Builly , premier du nom , Ecuyer ,
quatrieme fils de Jean de Buity , troifiéme du
nom , & de Janne de la Rivierre , eut pour femme
Agnette de Caullins.
De Cade de Buifly , fecond du nom , Chevalier
Seigneur Dumefnil Yvrench * , qui époufa
Marie- Marguerite l'Herminier , defcendante au
fixiéme degré dudit Pierre , premier du nom
& d'Aguette de Caullins , font fotti les trois
branches qui fubfiftent aujourd'hui .
Ces Terres font fituées dans le Comté de Ponthieu
en Picardie,
JUILLET. 1760 .
21
Pierre de Builly , fecond du nom , Chevalier
auffi Seigneur Dumefnil Yvrench , aîné par la
mort de fon frere , a formé la premiere bran
che. Il époufa , le 8 Juillet 1688 , Marie- Marguerite
Leblond d'Acqueft. De ce mariage font
nés Pierre- Paul de Builly , Prêtre Religieux de
Clugny , Prieur de Saint Gelais & de Saint Brilfon
, Vicaire général de l'Abbé de Clagny,
Trois autres fils morts fans pofterité , & trois
filles Religieufes .
François Jofeph de Buiffy , Chevalier Seigneur
Dumefnil Yvrench d'Acqueit &c. cinquiéme filsh
devenu aîné, fut marié le 27 Avril 1717 , à Ma
rie Marguerite Marthe le Bel d'Huchennevilleg
Dame de la Vicomté Dumefnil ; de laquelle il
eur 1 ° , un fils mort en bas âge , 1 °. Paul François
de Builly , Vicomte Dumefnil , Moufquetairer
Roi , né en 1731 , 3 ° . & 4º. Claude, Che
valier de Buiffy , Seigneur de Tacerville , Capi→
taine au Régiment de Lorraine , & Honoré Abbé
de Builly , Grand-Vicaire de Lombez , tous,
deux jumeaux nés en 1732.
Les tilles font , Marie- Marguerite- Marthe de
Builly , née en 1728 , & mariée en 1752 , à
Marc Antoine de Carpentier , Chevalier Seigneur
de Neuville Gapenne & autres lieux , Capitaine
au Régiment de Lorraine Infanterie , & Marie-
Thérele de Builly , dite Mademoifelle de Beal
court , morte fans avoir été mariée.
La feconde branche eut pour Chef Honoré de
Buifly , Chevalier Seigneur dudit Lieu , Châtelain
de Long , Seigneur , Fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez aux Corps Saints,fe
cond fils de Claude de Buiffy , fecond du nom ,
Chevalier Seigneur Dumefnil Yvrench , & de
Marie- Marguerite l'Herminier. Il prit pour fem
me , l'an 1692 , Marie-Marguerite Fuzelier. De
112 MERCURE DE FRANCE
cè mariage, naquirent Honoré- Charles, qui faits
Jacques , Prêtre , Chanoine de la Cathédrale &
Grand-Vicaire de l'Evêque d'Arras, N *** de Buif
fy, Moufquetaire du Roi, & plufieurs filles mortes
fans être mariées.
: Honoré-Charles de Buiffy, Chevalier Châtelainde-
Long , Seigneur , fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez , aux Corps Saints
&c. &c. &c. époufa , le 20 Février 1733 , The
refe - Genevieve Ravot-d'Ombreval. De ce mariage
font nés plufieurs garçons , morts en bas
age . Il ne refte que Pierre de Buiffy , troifiéme
du nom , Chevalier Seigneur de Longprez , né
en 1737 , reçu Chevaux - Léger de la Garde du
Roi en 1758 , & Officier au Régiment des Gar
des Françoiſes en 1759', & trois filles.
-L'Auteur de la troifiéme branche , eft Claude
Jofeph de Builly , Chevalier Seigneur de Moromainil,
Fontaine-lez-fec &c. troifiéme fils de
Claude de Builly. Il eut de fon mariage avec
Françoife de la. Caille , Pierre - Joſeph de Buiffy
qui fuit , & Françoife - Marguerite - Félicité de
Buiffy , Demoifelle de Ponthoille , morte fans être
mariée.
Pierre-Jofeph, épouſa Marie-Elizabeth Fuzelier.
Il eut de ce mariage quatre garçons & trois
Billes.
Les armes font d'argent , à la face de gueule ,
chargée de trois boucles d'or. Le cris d'armes , attente
nuit Buiffy. ・・
Dame Françoife Elizabeth de Rouxel de Gran
cey , veuve de Mellire Gabriel - Etienne - Louis
de Texier , Marquis d'Hautefeuille , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Meltre de Camp
Général des Dragons , mourut en cette Ville , le
Mai , dans la 88 année de fon âge.
JUILLET. 1760. 273
Therefe de Ligneville , fille de Jean-Jacques ,
Marquis de Ligneville , Comte du Saint Empire ,
& de Dame Soreau , eft morte à Marly , âgée
de 24 ans.
Claude-François de Narbonne- Peler , Evêque
de Leictour , eit mort dans fon Diocèfe , le 14
Mai , âgé de 68 ans.
Jeanne-Elizabeth , Douairiere de Chriſtian - Augufte
, Prince d'Anhalt - Zerbft , foeur du Roi de
Suéde , & mere de la grande Ducheſſe de Ruſ
fie , eft morte le 30 du mois dernier dans cette
Ville , où elle s'étoit retirée depuis deux ans , à
l'occafion des troubles qui regnent en Allemagne.
Cette Princeffe étoit dans fa 48º . année. Son
corps fera tranfporté en Allemagne , pour y
être inhumé dans le tombeau de la maifon d'Anhalt-
Zerbft.
Meffire Louis - Gabriel le Preftre , Marquis de
Vauban , Brigadier des Armées du Roi , mou
Fut le 22 du mois dernier , dans fon Châteam
de Vauban , âgé de 55 ans,
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Résumé : MORTS.
En mai et juin 1760, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Jean de Pujol, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 30 mai à l'âge de 83 ans au Château de La Grave en Albigeois. Il a désigné comme héritier Pierre-Louis-Jacques de Pujol, Baron de la Grave, Capitaine de Cavalerie au Régiment de Royal-Piémont. Marie Constance de Buissy est morte le 16 mai au Château de Magreville près d'Anvers. Elle appartenait à l'ancienne Maison de Builly, une famille connue en Artois dès le douzième siècle. Le texte mentionne également plusieurs autres décès, notamment ceux de Dame Françoise Élisabeth de Rouxel de Grancy, veuve du Marquis d'Hautefeuille, Thérèse de Ligneville, Claude-François de Narbonne-Péler, Évêque de Lecoustre, et Jeanne-Élisabeth, Douairière de Christian-Auguste, Prince d'Anhalt-Zerbst. Louis-Gabriel Le Prestre, Marquis de Vauban, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 22 mai dans son château. Sébastien Le Prestre de Vauban, né en 1633, était un ingénieur militaire et architecte français célèbre pour ses fortifications et ses contributions à l'art de la guerre. Il a servi sous Louis XIV et a joué un rôle crucial dans la modernisation des défenses françaises. Ses travaux incluent la construction de citadelles et de remparts, ainsi que des innovations en matière de siège et de défense. Vauban est également connu pour ses écrits sur les fortifications et la stratégie militaire, qui ont influencé les pratiques militaires en Europe.
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726
p. 203-208
MORTS.
Début :
Le 2 Juin, Dame Anne-Françoise-Céleste Jacquier de Vielsmaisons, Epouse de [...]
Mots clefs :
Dame, Maison Jacquier, Conseiller au Parlement, Lieutenant, Messire, Abbé, Marquis, Secrétaire de l'Académie Française, Comtesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Le 2 Juin , Dame- Anne-Françoife- Céleste Jac--
quier de Vielsmaifons , Epoule de Guy - André-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
Marie Jofeph , Comte de Laval , mourut à Paris
dans la fizićme année de fon âge.
Cette Famille , originaire de Bourgogne , vint
s'établir en Champagne en 1580. Nicolas Jacquier
étoit pour lors Commillaire des Guerres
dans la Province . Claude fon fils , époufa la fille
d'un Tréforier de France à Châlons ; fa mere
s'appelloit Marie Godet de Renneville , famille
Noble & ancienne dont étoit M. de Renneville ,
Lieutenant général des Armées , tué au combat
de S. Antoine , en 1652. Il fut chargé du foin des
vivres dans la Province de Champagne & fut fait
Tréforier Commiffaire dans trois Evêchés. François
fon fils époufa , en 1648 , Philippe de Châtillon
d'une famille Noble & ancienne de Champagne.
Il eut le gouvernement général des vivres des
Armées , avant qu'ils fuffent en régie , & depuis
l'année 1650 , temps où les provinces en furent
déchargées, il fut placé à la tête de cette régie pour
en être le Chef , jufqu'à la mort , arrivée en 1684 .
des Lettres du grand Condé, du Cardinal Mazarin ,
de M. deTurenne , de M. de Luxembourg & des Miniftres
à lui adreflées & confervées dans la famille,
font les preuvesde l'eftime finguliere qu'ils faifoient
de fes talens & de fes connoiffances .M. de Turenne
en faifoit un fi grand cas , & avoit tant de confiance
en lui , que fouvent it le chargeoit de
commiffions délicates & très- importantes . Ce
Général le faifoit entrer au Confeil de Guerre ,
ponr avoir fon avis fur les projets qui étoient
propofés. Il avoit été reçu Secrétaire du Roi
en 1643. Jean Jacquier , Vidame de Vielsmaifons
fon frere qui avoit acquis la terre de Vielsmaifons
- le- Vidame en 160 , avoit été recu Confeiller
d'Etat en 1660 , & mourut en 1665. Antoinette
leur foeur fut mariée en 1642 à Nicolas
de Morvilliers , Seigneur de Nuiſement. FranJUILLET.
1760 . 201
çois Jacquier de Vielsmaifons , fils de François
Jacquier & de Philippe de Chatillion , fut reçu
Confeiller au Parlement & Commillaire aux Requêtes
du Palais en 1680 , il avoit époufé Nicole
de Rocherau de Hauteville , four ainée de la
Préfidente de la Michodiere , mere de l'Intendant
actuel de Lyon : il mourut , en 1727 , ſans enfans,
Philippe Jacquier d'Hemecourt fut marié en 1698
à Thérefe Ilerinx , famille de Flandre , qui , en
1640 , avoit donné un Evèque au Siége d'Ypres.
La Dame Heliot , femme d'un Confeiller de la
Cour des Aides , morte en odeur de Sainteté , &
la mere de MM. Mandat , le Maître des Requêtes,
& le Maître des Comptes , étoient de cette famille.
Hugues - François Jacquier de Bobigny ,
ancien Officier de Dragons , époufa Louiſe Robert
de Depreuil , fille du Préfident de la Chambre
des Comptes : il avoit été reçu Chevalier de Saint
Lazare en 1670 , & mourut en 1744 , fans poſtérité.
Marie - Antoinette Jacquier fut mariée en
1681 à Jofeph d'Epinai - Saint - Luc , Marquis de
Lignery , Lieutenant Général des Armées , Gouverneur
de Perone , Roye & Montdidier , commandant
la Maiſon du Roi , tué à Nerwinde en
1693. Le Comte d'Epinai- Saint - Luc d'aujourd'hui
, eft fon petit - fils . La Maiſon d'Epinai - Saint-
Luc eft ancienne & illuftre elle a produit un
Grand Maitre d'Artillerie, un Maréchal de France,
des Gouverneurs de Province , & quatre Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit . Marie Jacquier de
Fontenay , fille de Philippe Jacquier d'Hemecourt
*& de Therefe Herinx fut mariće en 17 : 8 à Joſephe
de Ste Marie d'Agneau , maiſon noble &
ancienne de Nora andie , qui poflédoit il y a plus
de 250 ans les charges de Lieutenans généraux
de la Baffe Normandie. De ce mariage font fortis
deux enfans qui ont été Pages du Roi. Elifabeth
:
206 MERCURE DE FRANCE.
Jacquier de Sully a épousé en 1731 Jofeph de
l'Aubanie , neveu du Lieutenant Général de ce
nom , célébre au commencement de ce fiécle
par la défenſe de Landau. Leur fille unique a été
mariée à M. le Comte de Luberfac- Savignac
dont la nobleffe eft très- ancienne dans la Province
du Limofin . Enfin , Philippe Guillaume Jacquier *
fut reçu Confeiller au Parlement , en 17 32. Il a
époufé , en 17 36 , Louife - Magdelaine Hatte , &
a recueilli toutes les fucceffions de fes père , mère
& oncle , en vertu d'une donation faite entre-vifs,
dans l'année 1741 , par M. de Bobigny , en fa
faveur ; il n'étoit refté de ce mariage qu'une fille
unique. Cette riche héritière avoit été mariée le
14 Avril au Comte de Laval , fils du Duc de Laval-
Montmorency , Chef du nom & des armes de
la Maifon de Laval , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & c. & de Marie -Jacqueline- Hortenfe
de Bullion Farvaques , fille du Marquis de
Farvaques , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur du Maine , & Chevalier des
Ordres.
Meffire Louis-Gui- Guérapin deVauréal , ancien
Evêque de Rennes , Abbé de l'Abbaye Royale de
Jouy , Congrégation de Saint Maur , Diocèfe de
Sens ; de celles de Molefme , Diocèse de Sens
de Saint Aubin , Diocèle d'Angers ; & de Saint
Saron , Diocèfe de Meaux , toutes du même or
dre de S. Benoît ; Maître de la Chapelle Mufique
du Roi ; ci- devant fon Ambaſſadeur Extraordinaite
près de Sa Majefté Catholique , Grandd'Eſpagne
, & l'un des Quarante de l'Académie
* Vidame de Viels - Maifons , Seigneur de Bobigny-
Joui , Villeblevin , Belle- Affife , &c. Tou
tesces Terresfont dans la famille depuis cent vingt
Ans.
JUILLET. 1760. 207
Françoife , eft mort à Nevers le 17 Juin , âgé de
foixante-dix ans.
Le Marquis d'Anjony de Foix , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , eft mort en fon Châseau
d'Anjony le 28 , dans la quatre- vingt- quinziéme
année de fon âge.
Melfire Henri-François de Colombe du Lys ,
Chanoine de Champeaux & Prieur de Coutras
mourut en cette Ville le 29. Il étoit le dernier
mâle de la race de Jeanne d'Arc , fi célèbre dans
l'Hiftoire , fous le nom de la Pucelle d'Orleans.
M. de Mirabeau , ancien Secrétaire perpétuel
de l'Académie Françoife , eft mort le 7 de ce mois ,.
âgé de 8 ans. Il étoit fils d'un Ecuyer du Roi..
Après avoir été élevé dans les Caders , il fervit
dans le Régiment de Champagne , & fit fes premieres
Campagnes aux fiéges de Mons & de Namur
, c'étoit un homme d'une grande érudition
Ses Traductions de l'Ariofte & du Taffe , qui lui
ont fait beaucoup d'honneur , font pourtant les
feuls ouvrages que fa modeftie connue lui ait permis
de nous laiffer. Il avoit été Secrétaire de feue
S. A. R. Madame , Ducheffe d'Orleans , femme
du Régent. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la douceur de fes moeurs , à fon jugement , &
à ſon caractère : il a emporté l'eftime & les re
grets de toutes les perfonnes qui l'ont connu.
Le 28 du mois dernier , fut élue Abbeffe de
Finfigne Eglife Collégiale & féculiere de Notre-
Dame de Bouxieres près de Maney en Lorraine ,
Madame Charlotte Sidonie Rofe , Comteffe de
Gouffier - Thois , Dame & Chanoineffe dudir
Chapitre fille de feu Meffire François- Louis ,
Marquis de Gouffier-Thois , Baron des Baronnies
de Catheux & Doué , & de Madame Armande-
Louife de Gouffier- Caravas , Comteſſe de Paſſavant
, Baronne de la Chaffée , & Defaubier en
208 MERCURE DE FRANCE.
Poitou. Cette Election a été faite d'une voix unanime
par la voie du fcrutin , ainfi que l'avoit été ,
en 1716 , celle de feue Madame Anne- Marie, Comteffe
d'Eitz d'Ottange,& de même les précédentes,
conformément aux droits & Priviléges du Chapitre
de Bouxieres , dep is près de neuf fiécles
fans trouble & fans interruption . Il eſt à remarquer
que la défunte Dame Abbelle avoit été apprébendée
à l'âge de 3 ans , & qu'elle a vêcu 95
ans 6 mois ; elle étoit depuis longtems la plus
ancienne Chanoineffe du Monde , & elle en a
toujours été la plus refpectée & aimée par les
rares qualités de fon âme & de fon efprit .
Le 2 Juin , Dame- Anne-Françoife- Céleste Jac--
quier de Vielsmaifons , Epoule de Guy - André-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
Marie Jofeph , Comte de Laval , mourut à Paris
dans la fizićme année de fon âge.
Cette Famille , originaire de Bourgogne , vint
s'établir en Champagne en 1580. Nicolas Jacquier
étoit pour lors Commillaire des Guerres
dans la Province . Claude fon fils , époufa la fille
d'un Tréforier de France à Châlons ; fa mere
s'appelloit Marie Godet de Renneville , famille
Noble & ancienne dont étoit M. de Renneville ,
Lieutenant général des Armées , tué au combat
de S. Antoine , en 1652. Il fut chargé du foin des
vivres dans la Province de Champagne & fut fait
Tréforier Commiffaire dans trois Evêchés. François
fon fils époufa , en 1648 , Philippe de Châtillon
d'une famille Noble & ancienne de Champagne.
Il eut le gouvernement général des vivres des
Armées , avant qu'ils fuffent en régie , & depuis
l'année 1650 , temps où les provinces en furent
déchargées, il fut placé à la tête de cette régie pour
en être le Chef , jufqu'à la mort , arrivée en 1684 .
des Lettres du grand Condé, du Cardinal Mazarin ,
de M. deTurenne , de M. de Luxembourg & des Miniftres
à lui adreflées & confervées dans la famille,
font les preuvesde l'eftime finguliere qu'ils faifoient
de fes talens & de fes connoiffances .M. de Turenne
en faifoit un fi grand cas , & avoit tant de confiance
en lui , que fouvent it le chargeoit de
commiffions délicates & très- importantes . Ce
Général le faifoit entrer au Confeil de Guerre ,
ponr avoir fon avis fur les projets qui étoient
propofés. Il avoit été reçu Secrétaire du Roi
en 1643. Jean Jacquier , Vidame de Vielsmaifons
fon frere qui avoit acquis la terre de Vielsmaifons
- le- Vidame en 160 , avoit été recu Confeiller
d'Etat en 1660 , & mourut en 1665. Antoinette
leur foeur fut mariée en 1642 à Nicolas
de Morvilliers , Seigneur de Nuiſement. FranJUILLET.
1760 . 201
çois Jacquier de Vielsmaifons , fils de François
Jacquier & de Philippe de Chatillion , fut reçu
Confeiller au Parlement & Commillaire aux Requêtes
du Palais en 1680 , il avoit époufé Nicole
de Rocherau de Hauteville , four ainée de la
Préfidente de la Michodiere , mere de l'Intendant
actuel de Lyon : il mourut , en 1727 , ſans enfans,
Philippe Jacquier d'Hemecourt fut marié en 1698
à Thérefe Ilerinx , famille de Flandre , qui , en
1640 , avoit donné un Evèque au Siége d'Ypres.
La Dame Heliot , femme d'un Confeiller de la
Cour des Aides , morte en odeur de Sainteté , &
la mere de MM. Mandat , le Maître des Requêtes,
& le Maître des Comptes , étoient de cette famille.
Hugues - François Jacquier de Bobigny ,
ancien Officier de Dragons , époufa Louiſe Robert
de Depreuil , fille du Préfident de la Chambre
des Comptes : il avoit été reçu Chevalier de Saint
Lazare en 1670 , & mourut en 1744 , fans poſtérité.
Marie - Antoinette Jacquier fut mariée en
1681 à Jofeph d'Epinai - Saint - Luc , Marquis de
Lignery , Lieutenant Général des Armées , Gouverneur
de Perone , Roye & Montdidier , commandant
la Maiſon du Roi , tué à Nerwinde en
1693. Le Comte d'Epinai- Saint - Luc d'aujourd'hui
, eft fon petit - fils . La Maiſon d'Epinai - Saint-
Luc eft ancienne & illuftre elle a produit un
Grand Maitre d'Artillerie, un Maréchal de France,
des Gouverneurs de Province , & quatre Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit . Marie Jacquier de
Fontenay , fille de Philippe Jacquier d'Hemecourt
*& de Therefe Herinx fut mariće en 17 : 8 à Joſephe
de Ste Marie d'Agneau , maiſon noble &
ancienne de Nora andie , qui poflédoit il y a plus
de 250 ans les charges de Lieutenans généraux
de la Baffe Normandie. De ce mariage font fortis
deux enfans qui ont été Pages du Roi. Elifabeth
:
206 MERCURE DE FRANCE.
Jacquier de Sully a épousé en 1731 Jofeph de
l'Aubanie , neveu du Lieutenant Général de ce
nom , célébre au commencement de ce fiécle
par la défenſe de Landau. Leur fille unique a été
mariée à M. le Comte de Luberfac- Savignac
dont la nobleffe eft très- ancienne dans la Province
du Limofin . Enfin , Philippe Guillaume Jacquier *
fut reçu Confeiller au Parlement , en 17 32. Il a
époufé , en 17 36 , Louife - Magdelaine Hatte , &
a recueilli toutes les fucceffions de fes père , mère
& oncle , en vertu d'une donation faite entre-vifs,
dans l'année 1741 , par M. de Bobigny , en fa
faveur ; il n'étoit refté de ce mariage qu'une fille
unique. Cette riche héritière avoit été mariée le
14 Avril au Comte de Laval , fils du Duc de Laval-
Montmorency , Chef du nom & des armes de
la Maifon de Laval , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & c. & de Marie -Jacqueline- Hortenfe
de Bullion Farvaques , fille du Marquis de
Farvaques , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur du Maine , & Chevalier des
Ordres.
Meffire Louis-Gui- Guérapin deVauréal , ancien
Evêque de Rennes , Abbé de l'Abbaye Royale de
Jouy , Congrégation de Saint Maur , Diocèfe de
Sens ; de celles de Molefme , Diocèse de Sens
de Saint Aubin , Diocèle d'Angers ; & de Saint
Saron , Diocèfe de Meaux , toutes du même or
dre de S. Benoît ; Maître de la Chapelle Mufique
du Roi ; ci- devant fon Ambaſſadeur Extraordinaite
près de Sa Majefté Catholique , Grandd'Eſpagne
, & l'un des Quarante de l'Académie
* Vidame de Viels - Maifons , Seigneur de Bobigny-
Joui , Villeblevin , Belle- Affife , &c. Tou
tesces Terresfont dans la famille depuis cent vingt
Ans.
JUILLET. 1760. 207
Françoife , eft mort à Nevers le 17 Juin , âgé de
foixante-dix ans.
Le Marquis d'Anjony de Foix , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , eft mort en fon Châseau
d'Anjony le 28 , dans la quatre- vingt- quinziéme
année de fon âge.
Melfire Henri-François de Colombe du Lys ,
Chanoine de Champeaux & Prieur de Coutras
mourut en cette Ville le 29. Il étoit le dernier
mâle de la race de Jeanne d'Arc , fi célèbre dans
l'Hiftoire , fous le nom de la Pucelle d'Orleans.
M. de Mirabeau , ancien Secrétaire perpétuel
de l'Académie Françoife , eft mort le 7 de ce mois ,.
âgé de 8 ans. Il étoit fils d'un Ecuyer du Roi..
Après avoir été élevé dans les Caders , il fervit
dans le Régiment de Champagne , & fit fes premieres
Campagnes aux fiéges de Mons & de Namur
, c'étoit un homme d'une grande érudition
Ses Traductions de l'Ariofte & du Taffe , qui lui
ont fait beaucoup d'honneur , font pourtant les
feuls ouvrages que fa modeftie connue lui ait permis
de nous laiffer. Il avoit été Secrétaire de feue
S. A. R. Madame , Ducheffe d'Orleans , femme
du Régent. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la douceur de fes moeurs , à fon jugement , &
à ſon caractère : il a emporté l'eftime & les re
grets de toutes les perfonnes qui l'ont connu.
Le 28 du mois dernier , fut élue Abbeffe de
Finfigne Eglife Collégiale & féculiere de Notre-
Dame de Bouxieres près de Maney en Lorraine ,
Madame Charlotte Sidonie Rofe , Comteffe de
Gouffier - Thois , Dame & Chanoineffe dudir
Chapitre fille de feu Meffire François- Louis ,
Marquis de Gouffier-Thois , Baron des Baronnies
de Catheux & Doué , & de Madame Armande-
Louife de Gouffier- Caravas , Comteſſe de Paſſavant
, Baronne de la Chaffée , & Defaubier en
208 MERCURE DE FRANCE.
Poitou. Cette Election a été faite d'une voix unanime
par la voie du fcrutin , ainfi que l'avoit été ,
en 1716 , celle de feue Madame Anne- Marie, Comteffe
d'Eitz d'Ottange,& de même les précédentes,
conformément aux droits & Priviléges du Chapitre
de Bouxieres , dep is près de neuf fiécles
fans trouble & fans interruption . Il eſt à remarquer
que la défunte Dame Abbelle avoit été apprébendée
à l'âge de 3 ans , & qu'elle a vêcu 95
ans 6 mois ; elle étoit depuis longtems la plus
ancienne Chanoineffe du Monde , & elle en a
toujours été la plus refpectée & aimée par les
rares qualités de fon âme & de fon efprit .
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et fournit des informations sur les familles concernées. Le 2 juin, Dame Anne-Françoise-Céleste Jacquier de Vielsmaifons, épouse de Guy-André, est décédée. Marie Joseph, Comte de Laval, est mort à Paris à l'âge de 61 ans. La famille Jacquier, originaire de Bourgogne, s'est établie en Champagne en 1580. Nicolas Jacquier, Commissaire des Guerres, a eu un fils, Claude, qui a épousé la fille d'un Trésorier de France. Leur fils, François, a épousé Philippe de Châtillon en 1648 et a dirigé la régie des vivres des armées jusqu'à sa mort en 1684. François Jacquier a reçu des lettres de personnalités comme le Grand Condé et Mazarin, témoignant de leur estime pour ses talents. Jean Jacquier, Vidame de Vielsmaifons, frère de François, a acquis la terre de Vielsmaifons en 1600 et est mort en 1665. Antoinette, leur sœur, a épousé Nicolas de Morvilliers en 1642. François Jacquier de Vielsmaifons, fils de François et de Philippe de Châtillon, a été Conseiller au Parlement et Commissaire aux Requêtes du Palais en 1680 et est mort en 1727 sans enfants. Philippe Jacquier d'Hemecourt a épousé Thérèse Herinx en 1698. Marie-Antoinette Jacquier a épousé Joseph d'Épinai-Saint-Luc en 1681. Élisabeth Jacquier de Sully a épousé Joseph de l'Aubanie en 1731. Philippe Guillaume Jacquier a été Conseiller au Parlement en 1732 et a épousé Louise-Magdelaine Hatte en 1736. Leur fille unique a épousé le Comte de Laval, fils du Duc de Laval-Montmorency. Le texte mentionne également la mort de plusieurs autres personnalités, dont l'ancien Évêque de Rennes Louis-Gui Guérapin de Vauréal, le Marquis d'Anjony de Foix, et Henri-François de Colombe du Lys, dernier mâle de la race de Jeanne d'Arc. M. de Mirabeau, ancien Secrétaire perpétuel de l'Académie Française, est mort à l'âge de 81 ans. Enfin, Madame Charlotte Sidonie Rose, Comtesse de Gouffier-Thois, a été élue Abbesse de Finstingen.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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727
p. [5]-10
LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
Début :
LE MERCURE, Monsieur, étant au nombre de ces Journaux qui sont les [...]
Mots clefs :
Ode, Prince, Naissance, Lettre, Sublime, Littérature, Mythologie, Histoire, Danemark
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
LETTRE de M. D' ARNAUD ,
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
Fermer
728
p. 11-30
ODE A S. M. LE ROI DE DANNEMARC, sur la Naissance de S. A. R. le Prince FREDERIC.
Début :
PERE de l'éloquence & de la Poësie, [...]
Mots clefs :
Danois, Roi, Rois, Frédéric, Dieux, Héros, Gloire, Ciel, Danemark, Dieu, Odin, Fils, Prince, Amour, Terre, Âme, Jour, Yeux, Mort, Trône, Tyrans, Valhalla
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A S. M. LE ROI DE DANNEMARC, sur la Naissance de S. A. R. le Prince FREDERIC.
ODE
A S. M. LE ROI DE DANNEMARC
fur la Naiffance de S. A R. le Prince
FREDERIC.
PERE
ERE ( a ) de l'éloquence & de la Poësie ,
Jadis au rang des Dieux du Danois adorés ,
Par qui de fes héros les exploits confacrés
Triomphoient ( b ) du Dragon , & de ſa jalouſie !
Toi , qui près ( c ) d'Odin étonné ,
Elevois le courage ( d ) au Valhall fortuné ;
( a ) Pere de l'Eloquence . Brag , Dieu de l'Eloquence &
de la Poéfie , adoré des anciens Danois, Dans les feftins
folemnels , on finiffoit par boire le Bragarbott , c'efi- adire
, la coupe en l'honneur du Dieu Brag.
(b ) Du Dragon. Le Dragon noir , étoit le Pluton de la
Mythologie Danoiſe ; c'étoit la Divinité mal faiſante .
(c) Près d'Odin . Odin , felon la même Mythologie ;
étoit le premier des Dieux. Ce Dieu Odin , avoit été un fameux
Magicien , le Numa des Danois.
(d ) Au Valhall. C'étoit le Paradis du Dieu Odin. Il
n'y avoit que ceux qui mouroient à la guerre , ou de quel.
ques bleffures , qui puffent y être admis. On n'eft pas d'accord
fur le lieu où ce Palais étoit fitué ; les uns le placent
dans la ville d'Afgard en Scithie, d'autres , dans les Cieux ,
d'autres , dans l'air , d'autres , enfin , dans un antre fou
terrain ; ce dont on convient , c'eft que l'or & les diamans
n'y étoient pas épargnés . C'eſt ainfi que , de tout tems ,
hommes ont attaché fur les idées qui doivent être les
plus fpirituelles , l'empreinte groffiére de leur fens. Le Vale
hall n'eft pas plus ridicule & déraisonnable que l'Olimpe ,
les champs élifés , le Paradis de Mahomet,
les
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Fais jaillir dans ta coupe un nectar plein de flâmė;
Que je boive à longs traits ta divine fureur :
Puiffes-tu me prêter tous les feux de ton âme ,
Toi- même tout entier t'épancher dans mon coeur !
Le Cédre , antique fils du Temps & de la Terre ,
Dont les pieds vont le perdre aux voûtes des Enfers
,
Qui ſemble fur un front , vainqueur des noirs Hyvers
,
Affeoir le lourd fardeau du féjour du Tonnerre ;
Orgueilleux de nouveaux appas ,
Pour couvrir le Liban , étend de nouveaux bras :
Le Mont frémit de joie , & fa cine s'écrie :
» Fleurs, Fruits, Ruiffeaux,Vallons, partagez mes
>>tranfports !
>> De l'honneur des mes champs , la gloire eft af-
>> fermie .
Un ombrage nouveau , protége vos tréfors .
Cet Aftre bienfaifant ,l'âme de la Nature ,
Qui dans fes fancs cachés nourrit le diamant ,
D'azur , d'or , de rubis pare le Firmament ,
Et verfe fur nos prez la riante verdure ;
Dans un nuage radieux
Se peint & reproduit fon front brillant de feux,
Pour admirer la Terre en filence s'arrête ;
Dans l'Erébe , la Nuit va rentrer pour toujours.
AOUST. 1760. 13
Terre , un fecond foleil fe léve fur ta tête ;
De beaux jours éternels , il t'affure le cours.
Ta tige , FREDERIC , en rejettons féconde ,
Pouffe un nouveau rameau , s'éleve jufqu'aux
Cieux.
Peut-elle croître affez ? des tyrans odieux ,
Que la race s'écoule & paffe comme l'onde !
Dans les gouffres les plus profonds ,
Que le Temps engloutiffe & dévore leurs noms !
Mais des Rois bienfaifans, de ces Rois qu'on adore,
Dont FREDERIC en lui réunit tous les traits ,
Que la poſtérité s'étende plus encore
Que l'herbe qui couronne & couvre nos marais !
J'entens bruire tes eaux , ô Mer hyperborée !
Du fond de ton abîme , avec un cri vainqueur ;
»Mon Maître , nous dis - tu , de ſa juſte grandeur,
» Voit fe perpétuer , s'établir la durée !
» Le Ciel lui donne un ſecond fils ;
» Un fecond Dieu des mers , à mes flors eft pro-
» mis.
Ce cri frappe la Terre , & l'émeut d'allégreffe .
Un beau jour s'y répand ; ces vaftes ( e ) champs
d'horreurs ,
Où la Nature fombre expire de trifteffe
(e ) Champs d'horreurs. Les terres feptentrionales qui
font fous la domination du Roi de Dannemarc.
14 MERCURE DE FRANCE.
Sous la glace fondue , ont vu germer des fleurs .
Efprits qui préfidez aux grandes deſtinées ,
des Empires du monde Arbitres fouverains ,
Vous qui tenez la Terre & le Sort dans vos mains !
Quittez pour un moment vos fphères fortunées ;
Et defcendez tous à la fois
Sur ce berceau facré d'où s'élevent les Rois .
Ange du Dannemarc , développe tes aîles ;
Et vous qui de ces Dieux groffiflez le concours ,
(f) Nornirs, de cet Enfant , gardiennes fidelles ,
Chargez de foye & d'or la chaîne de les jours.
Monftres nés du menfonge & de la tyrannie ,
Qui rampez dans les Cours qu'infectent vos poifons
;
Meres des attentats , des lâches trahisons ,
Obfcure Politique , affreufe Calomnie !
Epouvantés d'un jour nouveau ,
Expirez dans la rage au pied de ce berceau.
Toi , Sainte Humanité , fur leur tête écrasée ,
Chafte Vierge , affermis ton régne triomphant;
Que ton lait pur , femblable à la douce rofée ,
S'écoule & fe répande au fein de cet Enfant !
Les yeux d'Achille , à peine ouverts à la lumière,
Cherchent à fe fixer fur l'horreur des combats ;
( f) Nornirs. C'eft ainfi que les premiers Danois appel-.
loient les Parques , défignées toutes trois par cestrois noms,
Vrdr , Verdande & Sckulde.
AOUST. 1760 . IS
Dans fon premier foupir s'exhale le trépas ,
Toute la rage enfin de la fureur guerriere ;
De fa voix , les premiers accens ,
Murmurent du Dieu Mars les arrêts menaçans ;
Déja fon pied fatal a fait gémir la terre ;
Et fon bras , l'inftrument des vengeances du fort ,
Demande un fer fanglant , les carreaux du tonnerre
,
Et brûle de frapper & de lancer la mort.
Le fils de FREDERIC bien plus divin fans doute ,
L'image des vertus refpire leur douceur ;
C'eſt un Héros clément , un Dieu confervateur ;
Qui médite le bien , & qui déja le goûte.
S'il répand des pleurs quelquefois ,
Ce font des pleurs d'amour pour le Peuple Danois
Il appelle en fa main l'olive & la balance ;
Il veut verfer des dons , foulager , ranimer ;
Ou fifon bras naiſſant après un fer s'élance ,
C'est pour venger le Monde & non pour l'opprimer
Mortels, vous connoîtrez le Héros véritable,
Sa fuprême vertu remplira l'Univers ;
Pour lui tous les humains feront facrés & chers ,
Le mérite à fes yeux ſera ſeul préférable ;
De la fouveraine grandeur
Il n'éprouvera point le charme corrupteur ;
Héros , il foutiendra le poids de la Couronne ;
Il ne fera pas Roi , mais un homme immortel ;
16 MERCURE DE FRANCE.
Soumis aux loix du fort il n'aura pas de Trône ;
Mais il méritera d'obtenir un Autel.
Eh , que font les grandeurs , l'éclat du diadême ,
Auprès de la vertu fublime fans orgueil ?
Elle voit le ciron & l'aigle du même oeil ,
La fimple Vérité fait fa fplendeur fuprême ;
De foi-même elle fçait jouir ,
Rien ne peut la tromper , rien ne peut l'éblouir ;
Elle nourrit fon coeur dans une paix profonde ;
Et foulant à fes pieds le faſte ambitieux ,
Le fceptre altier des Rois , tous les Trônes du
monde ,
Va s'affeoir dans le Ciel , même à côté des Dieux.
(g) Bernsdorff, Beaux arts , vertus , quel nom fort
de ma bouche ?
Je vous peins à la fois & Mécène & Mornai ;
Ma Patrie applaudit à cet éloge vrai ;
Elle a fçu dépouiller ce préjugé farouche ,
Qui fur le mérite étranger ,
Fermant les yeux jaloux , craint de l'envifager ;
Elle envie aux Danois & redemande encore
Ce Miniſtre éclairé , qui ne dédaigne pas
De joindre aux qualités dont fon Pays s'honore ,
(g) Bernsdorff. M le Baron de Bernsdorf eft fait
connoîte parmi nous dans fon Ambaffade. Il est aujours
d'hui un des Miniftres de la Cour de Dannemarc & Gouver
neur du Prince FREDERIC fecond fils de Sa Majeftè
Danoif . Les Arts ont danse Seigneur un foutien éclairé§
& es Gens de Lettres un ami refpe&able .
AOUST. 17%0: 17
L'efprit , les agrémens de nos heureux climats .
Bernsdorff, nou eau Mentor du nouveau Télémaque,
Lui donnera les goûts , festalens & fes moeurs;,
Aux charmes d'Eucharis , à des bords féducteurs ,
Lui fera préférer la fageſſe d'Ithaque ;
Lui montrera la Vérité
Avec toute la force & fa févérité.
Favoris des tyrans , qui dégradez les ames ,
(h) Greppa, vils courtifans , fuyez tous devant lui .
Il faura démêler vos odieufes trames ,
Et ( i ) d'Eric vertueux fe déclarer l'appui.
Muſes , Filles du Ciel , apportez vos guirlandes ,
Ces lauriers qui toujours de fleurs s'embelliront ;
De mon jeune héros venez parer le front ,
Venez lui préſenter vos plus riches offrandes ;
Dans vos doux concerts répété
Que déjà fon nom vole à l'Immortalité !
( h ) Greppa. Un de ces courtifans qui rampent auprès
des Souverains, pour la honte du Trône & le malheur des
peuples. Il penfa bouleverser le Royaume , fous le régne de
Frothon 111. furnommé Auguſte du Nord. 11 abrogea les
loix , & en créa de nouvelles qui ne tendoient qu'à l'oppreffion
des Danois.
( i ) Eric , farnommé le Sage , arriva de Norvége au moment
que Greppa alloit caufer la ruine totale du Dannemarc.
Les hautes vertus du premier , malgré les artifices
de l'indigne favori , pénétrérent jufqu'au Trône de Frothon
, qui eut le bonheur d'ouvrir les yeux , de con oître
la vérité , & de l'aimer dans Eric , dont la faceffe éciairée
rétablit le gouvernement , & triompha de la balle envie
& des cal ales de Greppa.j
MERCURE DE FRANCE.
Il chérira vos voix , il montera vos lyres ,
A côté de fon frere il vous appellera ;
Il faura que le Temps détruit tous les Empires &
Qu'à leur écroulement le vôtre furvivra.
Non , il ne fera pas de ces Princes barbares ,
Refte impur de ces Goths dans la Tèrre rentrés ,
Qui dédaigneux desArts,pour leurs accords facrés
N'ont qu'une oreille ingrate , & des âmes avares
Vile populace de Rois ,
Près de qui le Talent reclame en vain fes droits ,
Diſparus fous la mort , comme l'herbe féchée
Difparoît fous la faulx , ou fous les jeux du vent ƒ
Dans l'urne de l'oubli que ta cendre cachée ,
Laille à peine ton nom s'échapper du néant !
Enfant de la foibleffe , idole du vulgaire ,
Deſtructeur des Etats , & père des forfaits ,
Toi , qui contre les Rois t'armant de leurs bienfaits
,
Du feu de l'encenfoir allumes ta colére ,
Premier Tyran de l'Univers ,
Fanatifme cruel ! va , retombe aux Enfers.
Mon Prince aux Dieux foumis combattra leurs
phantômes ;
Il ofera penſer , pour attendrir fon coeur ;
Avec les yeux du Sage il verra tous les hommes ,
Et ne confondra pas le crime avec l'erreur.
AOUST. 1760 .
Heureux préfent du Ciel , fource pure & féconde ,
D'où s'écoulent , pareils au fleuve bienfaiſant
Qui traîne dans l'Egypte un limon nourriffant ,
Les biens & les plaiſirs néceſſaires au monde ;
Chafte Paix , dont les doux liens
Des Peuples défarmés font des concitoyens ,
Ce héros chérira votre Olive innocente ;
A ces hommes de lang , illuftres affafſins ,
Il laiffera l'éclat d'une gloire éffrayante ,
Ne voulant recueillir que l'amour des humains.
Crains , démon des combats , d'irriter fon cou
rage ,
Odin l'enflammera ' k ) de fon efprit guerrier ,
Il armera fon bras du fatal bouclier ,
Remettra dans fa main le glaive du carnage :
Ce Dieu lui-même , à fon côté ,
Déploira dans les airs ( 7 ) l'étendart redouté ;
Devant lui marcheront (m) les Valkires ſanglantes .
Ombre (n ) de Stercather, tu viendras l'applaudir,
( k ) De fon efprit guerrier. Ceux qu'Odin favorifoit ,
fe préfentoient au combat , poffédés d'une fureur guerriere ,
qu'on appelloit berfeckic.
il) L'étendard rédouté. Le fameux Raunfær ou Réafar ,
l'Oriflamme des Danois ; il étoit chargé de la figure d'un
corbeau , en broderie , travaillé par les filles du Roi Regnerlodbroch.
Ces peuples fe croyoient invincibles , avec
cet étendart .
(m) Les Valkires . C'étoient des filles qui choififfoient
, dans les armées , ceux qui devoient être tués . Elles
habitoient le Valhall.
(n) Stercather fut l'Hercule Danois , femblable à celui
des Grecs à qui l'on attribue les actions d'une infinité de
Héros,
20 MERCURE DE FRANCE.
181
Et de ſes ennemis les âmes gémillantes
Iront dans (0) le Naſtrond ſe perdre & s'engloutir.
Alors , vaillants Danois , nous verrons reparaître
(p) Ces Cimbres indomptés maîtres de leurs deftins ,
Qui défiant les Dieux ainſi que les Romains ,
Pour mourir en héros fembloient toujours renaî
tre :
Les femmes même , fur vos pas ,
Reprendront cette ardeur, cette âme des combats ,
Qui dans leurs faibles mains porta le cimeterre ;
Qui leur fit de leur fein arracher éplorés ,
Ecrafer leurs enfans fous le Char de la Guèrre ,
Et fe donner la mort fur leurs corps déchirés...
Mais où t'égares - tu ? Sur quelle image fombre
Emportes tu les yeux éffrayés de ces traits ,
Mufe amante du calme & du ciel de la Paix ?
A cet azur fi doux , peux-tu mêler quelqu'ombre ?
Chaffe les orages affreux ,
Et replonge la Guerre au gouffre ténébreux ;
Le fils de Frédéric eft une belle aurore
(0) Le Naftrond, la demeure du Dragon noir , l'imagigination
qui avoit cree un Paradis n'avoit pas eu plus de
peine à inventer un Enfer.
(p) Ces Cimbres. C'eft un des morceaux les plus brillants
de PHiftoire Romaine : Marius fit un horrible carnage de
ce Peuple de Héros. Les femmes qui les avoient fuivis, écraferent
leurs enfans fous les roues des chariots , & s'étranglerent
fur leur corps ; elles aimerent mieux donner la mort
à ces innocentes victimes , que de les voir tomber dans les
mains des Romains pour fubir Pignominie de l'esclavage.
AOUST. 1760. 21
Qui , loin de nous ravir la premiere clarté ,
Promet au Dannemarc un jour plus pur encore ,
Délices de la Tèrre & de l'humanité.
Tribut du vil Flatteur & de fa perfidie ,
Titres par qui les Grands penfent nous attacher ,
Que la Vérité même accourt leur arracher ,
Quandapeine au tombeau leur cendre eft refroidies
Noms arrogans & faftueux ,
Bien au- deffous de l'homme vertueux ,
Menfongère fplendeur , des ténébres ſuivie ,
Loin de lui mon Héros fçaura vous rejetter ;
Le nom (q ) de Dana- aft fera fa fcule envie
C'eſt là l'éloge feul qui pourra le flatter.
Le Vieillard , entouré de ſa naiſſante race ,
De les yeux expirans , laiffant couler des pleurs ,
Pour fon coeur prèfqu'éteint encor plein de dou+
ceurs,
Al'afpect de ce Prince , & de fa noble audace ,
Dira d'une touchante voix :
» Vous revoyez, mes fils, le meilleur de nos Rois !
>> Ainfi fut FREDERIC , l'amour de la Patrie ,
»Voilà ſes traits , fon port , fa douce Majefté ,
» Voilà cette belle âme au fentiment nourrie ,
»Où s'étoit peint le Ciel dans toute la bonté !
Soyez les premiers fons qui frappiez ſon oreille ,
( q) Dana aft . Ce nom fignifie délices des Danois.
22 MERCURE DE FRANCE.
Cris d'un Peuple qui vante & bénit à jamais.
De fon illuftre ( r ) Ayeul les immortels bienfaits ;
Quelle gloire , Danois , à la fienne eft pareille ?
Difparoiffez , barbares loix ,
Qui de l'humanité violez tous les droits.
Mortel infortuné , qu'elles chargent d'entraves ,
Reprends ta liberté , ce premier don du Ciel :
Ce Roi veut des Sujets , & non pas des Eſclaves ;
Et tous font des enfans pour fon coeur paternel .
Que tes regards naiffans , ouverts fur cette image,
Fils des Rois , dans ton coeur , portent fes traits
divins .
Voilà ce qu'aux Sujets doivent les Souverains ;
Des Sujets , à leur tour , voilà quel eft l'hom
mage.
Jufques dans le féjour obſcur ,
L'Amour à ton Ayeul porte un encens fi pur ;
Son ombre tous les ans vient revoir,vient entendre
Ces fêtes , qui diront à nos derniers Neveux ,
Qu'un Roifut affez grand, affez fenfible & tendre ,
Pour foulever le Sceptre & faire des heureux .
CHRISTIAN,( ) fur ton front attache la Couronne,
Sans craindre que ton frere en puiſſe être jaloux ;
( r ) De fon illuftre Ayeul. Frédéric IV. Bifayeul da
jeune Prince , a rendu la liberté aux Payfans de fon
Royaume , qui avant lui naiffoient efclaves ; ils le célé
brent & le béniffent encore dans des fêtes annuelles.
( s ) CHRISTIAN , frere aîné du Prince FREDERIC,
AOUST. 1760: 23
Tels ( t ) qu'Helgon & Roé , chers Princes , aimez
vous.
'Autel de l'Amitié , fois à côté duTrône,
Oui , tonlaurier fera le fien ,
Et fon modefte éclat , fçaura céder au tién.
CHRISTIAN pour ta gloire , à fa gloire infidéle
Sur tes feuls intérêts , toujours plus affermi ,
Ton plus zélé Sujet , des freres le modéle ,
Il fera plus encore , il fera ton ami.
Si jamais... les Flatteurs, hélas , ont tant d'adreſſe
Les Rois peuvent fi peu fe parer de l'écueil
Où les pouffe à l'envi la grandeur & l'orgueil
Leplaifir de régner touche tant à l'ivresse !
Si jamais tes Peres fameux
Méconnoiffoient leur fils... ton frere courageux
Alors te prêtera fa vertu ſecourable :
C'eftlui qui peu frappé de l'abſolu pouvoir ,
T'ofera préfenter ( u ) l'Egide formidable ,
Et te montrer enfin ta faute & ton devoir,
Qu'ai-je dit?Dans les champs où la riche Amalthée,
De fa corne féconde épuiſe les préfens ,
La Terre ouvrant fon ſein à des fucs malfaifans ,
Du mortel Aconit ſe voit-elle infectée ?
( 1) Tels qu'Helgon & Roé. Roé par un exemple auffi
beau que rare , voulut partager le Royaume avec fon frere
Helgon ; & ce partage du Trône ne diminua rien de l'amour
fraternel .
( a) L'Egide formidable . Les Chevaliers Danois ar
rachérent ainfi Renaud des bras d'Armide. Voyez le
Tassen
24 MERCURE DE FRANCE.
Le Pactole en fon cours altier ,
Parmi l'or de fes flots roule-t- il le gravier ?
Le Ciel qu'admire Eden , ce beau Ciel fans nuages,
Qui fait mûrir les fruits , qui peint l'émail des
Aeurs ,
S'eft-il jamais couvert de ténébreux orages ?
Aurore , tu lui dois tes rubis & tes pleurs !
Le fang de FREDERIC n'eft pas fait pour produire
( x ) Des Lothers , des tyrans , des guerriers
odieux ;
Non, ce ne fera point un torrent furieux ,
Dont le débordement demande à tout détruire ;
Qui des digues rompant l'éffort ,
Roule en tous lieux l'éftroi , le ravage & la mort ;
Ce fera l'heureux cours d'une fource féconde
Qui groffit , fe répand par différens canaux ,
Apporte les bienfaits , la vie avec fon onde ,
Couvre un vafte pays de les fertiles eaux.
Conſervez donc , grands Dieux , cette Tête ſacrée ,
Eclairez-la toujours d'un rayon favori ;
Voeux que j'ofe former pour cet Enfant chéri ,
Avec mon pur encens , montez vers l'Empirée.
O Ciel , que ce tendre Arbriffeau
Croiffe , s'éleve , & foit le cédre le plus beau!
Que des peuples entiers s'afféyant fous fon ombre ,
( x ) Des 1 others , III Roi de Dannemarc , le plus
Cruel des tyrans ; il fut mis à mort , & dans une telle exéexation
, qu'aucun Prince Danois n'a voulu porter ſon nom .
Y refAOUST.
1760 :
Y refpirent la paix , des jours délicieux !
Qu'il foit chargé de fruits , & de rameaux fans
nombre.
O Dieux , recevez-vous ma priere & mes voeux ?
Quel jour brillant me frappe ? Un globe de lumière
Se développe ... s'ouvre à mes regards furpris !
Du céleste ( y) Valhall j'admire les lambris ,
Son éclat éblouit ma trop foible paupière.
Grandes ames des Suenons , ( z )
Des fages Valdemars , des Canuts , des Frothons ,
Des palmes dans la main , de lauriers couronnées ,
Je vous vois fouler l'or & l'azur ſous vos pas:
De l'Empire Danois , peſez les deſtinées ,
Et déployez fur lui vos tutélaires bras .
Sur un trône , au- deffus des voutes éternelles ,
Devant qui tout s'abaiffe , eft le fuprême Odin.
(y) Du céleste Valhall . Qu'on fe fouvienne que l'or &
les diamans y étoient répandus avec profufion , comme
dans nos Palais de Fée.
(2) Des Suenons. Parmi les Suenons , Rois de Danil
y en eut un qui protégea & cultiva les Belles-
Lettres , autant que l'ignorance de ce tems pouvoit le pernemarc
,
mettre.
Des fages Valdermar. Valdermar le Grand &
Valdermar le victorieux ; ils furent les premiers Rois Légiflateurs.
Ils recueillirent les Loix des Cimbres & des
Danois.
Des Canuts. Il y en a eu pluſieurs . Canut II , furnommé
le Grand , fut Roi d'Angleterre , de Dannemarc
& de Norvége.
Des Frothons. Le Dannemarc compte auffi plufieurs
Rois de ce nom. Frothon III. fut un grand Ro..
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ses deux couriers allés ( a ) Munnin , le
prompt Hugin ,
Des plus lointains climats lui portent des nouvelles,
Les deftins vont le révéler ;
Sa bouche s'ouvre , Odin lui- même va parler.
Vents , reftez enchaînés , mer , que les flots s'ap
pailent.
Il impofe filence , & tout céde à fa loi ;.
Les mondes attentifs s'arrêtent & fe taifent ;
Ecoute , Dannemarc ton Dieu s'adreffe à toi.
Reconnois mes bontés, ô ma fille , ( b ) ô Cimbrie!
» C'est moi qui pour combler tes célestes bienfaits,
>>Pour affermir ta gloire , accorde à tés ſouhaits
>>Ce nouveau rejetton de ta tige fleurie ,
>> Digne appui d'un frere adoré ,
» De qui , par mes décrets , le régne eft affuré,
>> Il fera l'ornement , l'amour de tes Provinces ,
Il aura la grandeur , les vertus ( c) de Brunfvic ,
» Tu reverras en lui tes plus illuftres Princes ,
>> Tous les héros enfin , il fera FRÉDÉRIC ,
( a ) Munnin , le prompt Hugin. C'étoient les noms de
deux corbeaux qui fe pofoient fur les épaules du Dieu Odin.
Il les envoyoit tous les matins parcourir le monde , & ils
lu en rapportoienr des nouvelles à midi ; Hugin lignifie la
penfée , Minnin , la mémoire ; il faut croire que le créa
feur de la Mythologie Danoiſe avoit des idées d'Iris &de
Mercure.
( b ) Cimbrie. Le Dannemarc s'appelloit Cimbrie.
(1) De Brunfvic. Aycul maternel du Prince Frédéric
AOUST. 1760. 27
Qu'il le foit , mais grands Dieux , confervez fon
modèle ;
Puiffe toujours le pere embraffer fes deux fils !
Sur la mere , (d) Freya , verfe tes dons chéris ,
Protége ton image , & la rend immortelle .
Et vous enfans fi defirez ,
J'entens vos premiers fons , vous ne demanderez'
Qu'à rejetter au loin ( e ) la coupe de mémoire,
Qu'à ne boire à jamais que dans (f celle des Dieux ,
En faveur de ce pere environné de gloire ;
Et votre amour encor ſurpallera mes voeux.
Par les hardis fentiers de Pindare & d'Horace,
Ainfi , grand Roi , ma mufe avec témérité ,
S'appuyant de Bernsdorff & de la vérité,
Julques à FRÉDÉRIC éléve fon audace .
Du foleil le fils orgueilleux
Ofa franchir le Ciel dans fon char lumineux :
11 tomba ; dans fa chûte il écrafa l'Envie .
Un feul jour , Phaeton domina dans les airs ;
La terre fut ce jour de fa gloire éblouie ,
( d) O Freya. La Déeffe Freya avoit auffi fon Paradis ,
qu'on nommoit la large demeure. Elle préfidoit aux
ames des femmes .
( e ) La Coupe de mémoire . Les anciens Danois , dans
leurs feftins , avoient des coupes confacrées à divers ufages
. La coupe de mémoire ne fe buvoit qu'aux funerailles
des Rois l'héritier s'afléyoit fur un banc , au - devant du
Trône , jufqu'à ce que l'on lui eût préfenté cette coupes
& après l'avoir buë , il montoit fur le Trône.
(f) Celle des Dieux . On buvoit dans cette coupe , pour
demander aux Dieux des graces , ou pour fouhaiter à wa
Prince un régue heureux.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Et fon bucher encor éclaira l'Univers .
Né Sujet de Louis , mon premier Roi fans doute ,
Et dans le cours changeant de mes deſtins divers ,
Adeux autres (g ) foumis , toujours libre de fers ,
Aimant ces Souverains que l'Eſclave redoute ,
Dépendant de leurs volontés ,
Refpectant leur pouvoir , chériffant leurs bontés ,'
Marchant fur ce reptile écrasé par eux-mêmes ,
Sur le Flatteur rampant fous le joug abbattu ,
Je reconnois encor pour mes Maîtres ſuprêmes ,
Pour les Maîtres des Rois , les Dieux & la Vertu.
Ce font eux , FRÉDÉRIC , ces Arbitres du Sage ,
Qui reçoivent en toi mon légitime encens :
Mon âme indépendante a dicté mes accens ;
Et c'eft elle aujourd'hui qui te rend mon hom
mage.
Ennemi des Tyrans cruels ,
Dans le fond de mon coeur je brife leurs Autels ;
Et de la même main , plein du même courage ,
Sur leursTemples détruits , j'éleve un Temple aux
Rois ,
Qui du Ciel bienfaifant font la vivante image ;
Et tout entier mon être eft ſoumis à leurs loix.
Mon âme avec tranſport, vers ton Trône élancée,
Contemple , admire , goûte , & vante tes vertus ;
(g ) A deux autres foumis. Le Roi de Pruffe , & enſuite
Je Roi de Pologne , Electeur de Saxe.
AOUST. 1760. 29
Depuis longtemps aux pieds du moderne Titus ,
Le fentiment emporte & fixe ma penſée.
Ah ne puis-je du même effor ,
S'il fe peut plus rapide & plus ardent encor ,
Jufques à toi voler fur l'aîle du Génie ,
Voir le Héros , le Pere , & le Dieu des Danois ;
De cent yeux , embraffer fa grandeur infinie ,
Et proclamer fa gloire avec autant de voix !
Dieux , qu'un jaloux nuage entoure & couvre
encore ,
Epaiffiffez la nuit qui vous cache aux humains ;
Mais du moins dans un Roi,le préfent de vos mains ,
Souffrez que l'oeil mortel vous voye & vous adore!
Qu'à fes genoux , je puiſſe un jour
Dépofer mes refpects , que dis - je ? mon amour.
Grand Roi, cefeul tribut peut flatter ta belle âme.
Par tes bontés , préviens ce jour trop différé ,
Jette fur mes travaux un regard qui m'enflâme ;
A ce prix éclatant , mes voeux ont aſpiré.
Aveugle Déité , miférable Fortune
Sur l'avare vulgaire , épanche tes faveurs !
Je te foule à mes pieds , & tous ces vains honneurs
Qui n'ont , près du talent , qu'une fplendeur commune.
Germe divin des beaux écrits ,
Paffion du grand homme ,& fon unique prix ,
Bi
30 MERCURE DE FRANCE.
O Mere des ( h ) Klopftoks , des ( i ) Holbergs , des
(k ) Corneilles ,
Gloire ! c'eſt à toi feule à m'infpirer tes feux .
Gloire ! I FREDERIC daigne approuver mes veilles,
J'obtiens ton laurier même , & je fuis dans les
Cieux.
Chy Klopsroks. Auteur d'un Foëme intitulé: le Meffias
, dont les premiers chants ont paru , & lui ont déja
acquis le furnom du Milion de l'Allemagne. S. M. le Roi
de Dannemare Pa appellé dans fes Etats , cù il jouit d'une
fortune hennête , & de tous les agrémens que les Vir
giles & les Horaces trouvoient à la Cour d'Augufte.
( i ) Des Holbergs . M. le Baron de Holberg, le Tirelive
le 1 érence des Danois , comblé des bontés du Roi fon
Maître , & revéré de fa Nation , deux récompenfes les plus
Batteules pour un Sage & pour un homme de Lettres. M.
le Baron d'Holberg vivoit encore , quand cet ouvrage fut
préfenté au Roi de Dannemarci après la mort , on ne peut
qu'ajouter à l'éloge.
vre,
(k ) Des Corneilles . Le Grand Corneille eft mort pauà
la honte du fiécle où il vivoit parce que fon âme
Romaine , incapable de le plier à la baflefle & à l'intrigue ,
Peiprit général des Cours , n'étoit enflammée que de l'amour
de la belle gloire. La gloire feule pouvoit aufli récompenfer
an fi grand homme , en lui affurant une réputation éter-
Helle qui , peut être , furvivra à celle des hommes qu'on
nomme héros , & aux noms faftueux des Souverains.
A S. M. LE ROI DE DANNEMARC
fur la Naiffance de S. A R. le Prince
FREDERIC.
PERE
ERE ( a ) de l'éloquence & de la Poësie ,
Jadis au rang des Dieux du Danois adorés ,
Par qui de fes héros les exploits confacrés
Triomphoient ( b ) du Dragon , & de ſa jalouſie !
Toi , qui près ( c ) d'Odin étonné ,
Elevois le courage ( d ) au Valhall fortuné ;
( a ) Pere de l'Eloquence . Brag , Dieu de l'Eloquence &
de la Poéfie , adoré des anciens Danois, Dans les feftins
folemnels , on finiffoit par boire le Bragarbott , c'efi- adire
, la coupe en l'honneur du Dieu Brag.
(b ) Du Dragon. Le Dragon noir , étoit le Pluton de la
Mythologie Danoiſe ; c'étoit la Divinité mal faiſante .
(c) Près d'Odin . Odin , felon la même Mythologie ;
étoit le premier des Dieux. Ce Dieu Odin , avoit été un fameux
Magicien , le Numa des Danois.
(d ) Au Valhall. C'étoit le Paradis du Dieu Odin. Il
n'y avoit que ceux qui mouroient à la guerre , ou de quel.
ques bleffures , qui puffent y être admis. On n'eft pas d'accord
fur le lieu où ce Palais étoit fitué ; les uns le placent
dans la ville d'Afgard en Scithie, d'autres , dans les Cieux ,
d'autres , dans l'air , d'autres , enfin , dans un antre fou
terrain ; ce dont on convient , c'eft que l'or & les diamans
n'y étoient pas épargnés . C'eſt ainfi que , de tout tems ,
hommes ont attaché fur les idées qui doivent être les
plus fpirituelles , l'empreinte groffiére de leur fens. Le Vale
hall n'eft pas plus ridicule & déraisonnable que l'Olimpe ,
les champs élifés , le Paradis de Mahomet,
les
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Fais jaillir dans ta coupe un nectar plein de flâmė;
Que je boive à longs traits ta divine fureur :
Puiffes-tu me prêter tous les feux de ton âme ,
Toi- même tout entier t'épancher dans mon coeur !
Le Cédre , antique fils du Temps & de la Terre ,
Dont les pieds vont le perdre aux voûtes des Enfers
,
Qui ſemble fur un front , vainqueur des noirs Hyvers
,
Affeoir le lourd fardeau du féjour du Tonnerre ;
Orgueilleux de nouveaux appas ,
Pour couvrir le Liban , étend de nouveaux bras :
Le Mont frémit de joie , & fa cine s'écrie :
» Fleurs, Fruits, Ruiffeaux,Vallons, partagez mes
>>tranfports !
>> De l'honneur des mes champs , la gloire eft af-
>> fermie .
Un ombrage nouveau , protége vos tréfors .
Cet Aftre bienfaifant ,l'âme de la Nature ,
Qui dans fes fancs cachés nourrit le diamant ,
D'azur , d'or , de rubis pare le Firmament ,
Et verfe fur nos prez la riante verdure ;
Dans un nuage radieux
Se peint & reproduit fon front brillant de feux,
Pour admirer la Terre en filence s'arrête ;
Dans l'Erébe , la Nuit va rentrer pour toujours.
AOUST. 1760. 13
Terre , un fecond foleil fe léve fur ta tête ;
De beaux jours éternels , il t'affure le cours.
Ta tige , FREDERIC , en rejettons féconde ,
Pouffe un nouveau rameau , s'éleve jufqu'aux
Cieux.
Peut-elle croître affez ? des tyrans odieux ,
Que la race s'écoule & paffe comme l'onde !
Dans les gouffres les plus profonds ,
Que le Temps engloutiffe & dévore leurs noms !
Mais des Rois bienfaifans, de ces Rois qu'on adore,
Dont FREDERIC en lui réunit tous les traits ,
Que la poſtérité s'étende plus encore
Que l'herbe qui couronne & couvre nos marais !
J'entens bruire tes eaux , ô Mer hyperborée !
Du fond de ton abîme , avec un cri vainqueur ;
»Mon Maître , nous dis - tu , de ſa juſte grandeur,
» Voit fe perpétuer , s'établir la durée !
» Le Ciel lui donne un ſecond fils ;
» Un fecond Dieu des mers , à mes flors eft pro-
» mis.
Ce cri frappe la Terre , & l'émeut d'allégreffe .
Un beau jour s'y répand ; ces vaftes ( e ) champs
d'horreurs ,
Où la Nature fombre expire de trifteffe
(e ) Champs d'horreurs. Les terres feptentrionales qui
font fous la domination du Roi de Dannemarc.
14 MERCURE DE FRANCE.
Sous la glace fondue , ont vu germer des fleurs .
Efprits qui préfidez aux grandes deſtinées ,
des Empires du monde Arbitres fouverains ,
Vous qui tenez la Terre & le Sort dans vos mains !
Quittez pour un moment vos fphères fortunées ;
Et defcendez tous à la fois
Sur ce berceau facré d'où s'élevent les Rois .
Ange du Dannemarc , développe tes aîles ;
Et vous qui de ces Dieux groffiflez le concours ,
(f) Nornirs, de cet Enfant , gardiennes fidelles ,
Chargez de foye & d'or la chaîne de les jours.
Monftres nés du menfonge & de la tyrannie ,
Qui rampez dans les Cours qu'infectent vos poifons
;
Meres des attentats , des lâches trahisons ,
Obfcure Politique , affreufe Calomnie !
Epouvantés d'un jour nouveau ,
Expirez dans la rage au pied de ce berceau.
Toi , Sainte Humanité , fur leur tête écrasée ,
Chafte Vierge , affermis ton régne triomphant;
Que ton lait pur , femblable à la douce rofée ,
S'écoule & fe répande au fein de cet Enfant !
Les yeux d'Achille , à peine ouverts à la lumière,
Cherchent à fe fixer fur l'horreur des combats ;
( f) Nornirs. C'eft ainfi que les premiers Danois appel-.
loient les Parques , défignées toutes trois par cestrois noms,
Vrdr , Verdande & Sckulde.
AOUST. 1760 . IS
Dans fon premier foupir s'exhale le trépas ,
Toute la rage enfin de la fureur guerriere ;
De fa voix , les premiers accens ,
Murmurent du Dieu Mars les arrêts menaçans ;
Déja fon pied fatal a fait gémir la terre ;
Et fon bras , l'inftrument des vengeances du fort ,
Demande un fer fanglant , les carreaux du tonnerre
,
Et brûle de frapper & de lancer la mort.
Le fils de FREDERIC bien plus divin fans doute ,
L'image des vertus refpire leur douceur ;
C'eſt un Héros clément , un Dieu confervateur ;
Qui médite le bien , & qui déja le goûte.
S'il répand des pleurs quelquefois ,
Ce font des pleurs d'amour pour le Peuple Danois
Il appelle en fa main l'olive & la balance ;
Il veut verfer des dons , foulager , ranimer ;
Ou fifon bras naiſſant après un fer s'élance ,
C'est pour venger le Monde & non pour l'opprimer
Mortels, vous connoîtrez le Héros véritable,
Sa fuprême vertu remplira l'Univers ;
Pour lui tous les humains feront facrés & chers ,
Le mérite à fes yeux ſera ſeul préférable ;
De la fouveraine grandeur
Il n'éprouvera point le charme corrupteur ;
Héros , il foutiendra le poids de la Couronne ;
Il ne fera pas Roi , mais un homme immortel ;
16 MERCURE DE FRANCE.
Soumis aux loix du fort il n'aura pas de Trône ;
Mais il méritera d'obtenir un Autel.
Eh , que font les grandeurs , l'éclat du diadême ,
Auprès de la vertu fublime fans orgueil ?
Elle voit le ciron & l'aigle du même oeil ,
La fimple Vérité fait fa fplendeur fuprême ;
De foi-même elle fçait jouir ,
Rien ne peut la tromper , rien ne peut l'éblouir ;
Elle nourrit fon coeur dans une paix profonde ;
Et foulant à fes pieds le faſte ambitieux ,
Le fceptre altier des Rois , tous les Trônes du
monde ,
Va s'affeoir dans le Ciel , même à côté des Dieux.
(g) Bernsdorff, Beaux arts , vertus , quel nom fort
de ma bouche ?
Je vous peins à la fois & Mécène & Mornai ;
Ma Patrie applaudit à cet éloge vrai ;
Elle a fçu dépouiller ce préjugé farouche ,
Qui fur le mérite étranger ,
Fermant les yeux jaloux , craint de l'envifager ;
Elle envie aux Danois & redemande encore
Ce Miniſtre éclairé , qui ne dédaigne pas
De joindre aux qualités dont fon Pays s'honore ,
(g) Bernsdorff. M le Baron de Bernsdorf eft fait
connoîte parmi nous dans fon Ambaffade. Il est aujours
d'hui un des Miniftres de la Cour de Dannemarc & Gouver
neur du Prince FREDERIC fecond fils de Sa Majeftè
Danoif . Les Arts ont danse Seigneur un foutien éclairé§
& es Gens de Lettres un ami refpe&able .
AOUST. 17%0: 17
L'efprit , les agrémens de nos heureux climats .
Bernsdorff, nou eau Mentor du nouveau Télémaque,
Lui donnera les goûts , festalens & fes moeurs;,
Aux charmes d'Eucharis , à des bords féducteurs ,
Lui fera préférer la fageſſe d'Ithaque ;
Lui montrera la Vérité
Avec toute la force & fa févérité.
Favoris des tyrans , qui dégradez les ames ,
(h) Greppa, vils courtifans , fuyez tous devant lui .
Il faura démêler vos odieufes trames ,
Et ( i ) d'Eric vertueux fe déclarer l'appui.
Muſes , Filles du Ciel , apportez vos guirlandes ,
Ces lauriers qui toujours de fleurs s'embelliront ;
De mon jeune héros venez parer le front ,
Venez lui préſenter vos plus riches offrandes ;
Dans vos doux concerts répété
Que déjà fon nom vole à l'Immortalité !
( h ) Greppa. Un de ces courtifans qui rampent auprès
des Souverains, pour la honte du Trône & le malheur des
peuples. Il penfa bouleverser le Royaume , fous le régne de
Frothon 111. furnommé Auguſte du Nord. 11 abrogea les
loix , & en créa de nouvelles qui ne tendoient qu'à l'oppreffion
des Danois.
( i ) Eric , farnommé le Sage , arriva de Norvége au moment
que Greppa alloit caufer la ruine totale du Dannemarc.
Les hautes vertus du premier , malgré les artifices
de l'indigne favori , pénétrérent jufqu'au Trône de Frothon
, qui eut le bonheur d'ouvrir les yeux , de con oître
la vérité , & de l'aimer dans Eric , dont la faceffe éciairée
rétablit le gouvernement , & triompha de la balle envie
& des cal ales de Greppa.j
MERCURE DE FRANCE.
Il chérira vos voix , il montera vos lyres ,
A côté de fon frere il vous appellera ;
Il faura que le Temps détruit tous les Empires &
Qu'à leur écroulement le vôtre furvivra.
Non , il ne fera pas de ces Princes barbares ,
Refte impur de ces Goths dans la Tèrre rentrés ,
Qui dédaigneux desArts,pour leurs accords facrés
N'ont qu'une oreille ingrate , & des âmes avares
Vile populace de Rois ,
Près de qui le Talent reclame en vain fes droits ,
Diſparus fous la mort , comme l'herbe féchée
Difparoît fous la faulx , ou fous les jeux du vent ƒ
Dans l'urne de l'oubli que ta cendre cachée ,
Laille à peine ton nom s'échapper du néant !
Enfant de la foibleffe , idole du vulgaire ,
Deſtructeur des Etats , & père des forfaits ,
Toi , qui contre les Rois t'armant de leurs bienfaits
,
Du feu de l'encenfoir allumes ta colére ,
Premier Tyran de l'Univers ,
Fanatifme cruel ! va , retombe aux Enfers.
Mon Prince aux Dieux foumis combattra leurs
phantômes ;
Il ofera penſer , pour attendrir fon coeur ;
Avec les yeux du Sage il verra tous les hommes ,
Et ne confondra pas le crime avec l'erreur.
AOUST. 1760 .
Heureux préfent du Ciel , fource pure & féconde ,
D'où s'écoulent , pareils au fleuve bienfaiſant
Qui traîne dans l'Egypte un limon nourriffant ,
Les biens & les plaiſirs néceſſaires au monde ;
Chafte Paix , dont les doux liens
Des Peuples défarmés font des concitoyens ,
Ce héros chérira votre Olive innocente ;
A ces hommes de lang , illuftres affafſins ,
Il laiffera l'éclat d'une gloire éffrayante ,
Ne voulant recueillir que l'amour des humains.
Crains , démon des combats , d'irriter fon cou
rage ,
Odin l'enflammera ' k ) de fon efprit guerrier ,
Il armera fon bras du fatal bouclier ,
Remettra dans fa main le glaive du carnage :
Ce Dieu lui-même , à fon côté ,
Déploira dans les airs ( 7 ) l'étendart redouté ;
Devant lui marcheront (m) les Valkires ſanglantes .
Ombre (n ) de Stercather, tu viendras l'applaudir,
( k ) De fon efprit guerrier. Ceux qu'Odin favorifoit ,
fe préfentoient au combat , poffédés d'une fureur guerriere ,
qu'on appelloit berfeckic.
il) L'étendard rédouté. Le fameux Raunfær ou Réafar ,
l'Oriflamme des Danois ; il étoit chargé de la figure d'un
corbeau , en broderie , travaillé par les filles du Roi Regnerlodbroch.
Ces peuples fe croyoient invincibles , avec
cet étendart .
(m) Les Valkires . C'étoient des filles qui choififfoient
, dans les armées , ceux qui devoient être tués . Elles
habitoient le Valhall.
(n) Stercather fut l'Hercule Danois , femblable à celui
des Grecs à qui l'on attribue les actions d'une infinité de
Héros,
20 MERCURE DE FRANCE.
181
Et de ſes ennemis les âmes gémillantes
Iront dans (0) le Naſtrond ſe perdre & s'engloutir.
Alors , vaillants Danois , nous verrons reparaître
(p) Ces Cimbres indomptés maîtres de leurs deftins ,
Qui défiant les Dieux ainſi que les Romains ,
Pour mourir en héros fembloient toujours renaî
tre :
Les femmes même , fur vos pas ,
Reprendront cette ardeur, cette âme des combats ,
Qui dans leurs faibles mains porta le cimeterre ;
Qui leur fit de leur fein arracher éplorés ,
Ecrafer leurs enfans fous le Char de la Guèrre ,
Et fe donner la mort fur leurs corps déchirés...
Mais où t'égares - tu ? Sur quelle image fombre
Emportes tu les yeux éffrayés de ces traits ,
Mufe amante du calme & du ciel de la Paix ?
A cet azur fi doux , peux-tu mêler quelqu'ombre ?
Chaffe les orages affreux ,
Et replonge la Guerre au gouffre ténébreux ;
Le fils de Frédéric eft une belle aurore
(0) Le Naftrond, la demeure du Dragon noir , l'imagigination
qui avoit cree un Paradis n'avoit pas eu plus de
peine à inventer un Enfer.
(p) Ces Cimbres. C'eft un des morceaux les plus brillants
de PHiftoire Romaine : Marius fit un horrible carnage de
ce Peuple de Héros. Les femmes qui les avoient fuivis, écraferent
leurs enfans fous les roues des chariots , & s'étranglerent
fur leur corps ; elles aimerent mieux donner la mort
à ces innocentes victimes , que de les voir tomber dans les
mains des Romains pour fubir Pignominie de l'esclavage.
AOUST. 1760. 21
Qui , loin de nous ravir la premiere clarté ,
Promet au Dannemarc un jour plus pur encore ,
Délices de la Tèrre & de l'humanité.
Tribut du vil Flatteur & de fa perfidie ,
Titres par qui les Grands penfent nous attacher ,
Que la Vérité même accourt leur arracher ,
Quandapeine au tombeau leur cendre eft refroidies
Noms arrogans & faftueux ,
Bien au- deffous de l'homme vertueux ,
Menfongère fplendeur , des ténébres ſuivie ,
Loin de lui mon Héros fçaura vous rejetter ;
Le nom (q ) de Dana- aft fera fa fcule envie
C'eſt là l'éloge feul qui pourra le flatter.
Le Vieillard , entouré de ſa naiſſante race ,
De les yeux expirans , laiffant couler des pleurs ,
Pour fon coeur prèfqu'éteint encor plein de dou+
ceurs,
Al'afpect de ce Prince , & de fa noble audace ,
Dira d'une touchante voix :
» Vous revoyez, mes fils, le meilleur de nos Rois !
>> Ainfi fut FREDERIC , l'amour de la Patrie ,
»Voilà ſes traits , fon port , fa douce Majefté ,
» Voilà cette belle âme au fentiment nourrie ,
»Où s'étoit peint le Ciel dans toute la bonté !
Soyez les premiers fons qui frappiez ſon oreille ,
( q) Dana aft . Ce nom fignifie délices des Danois.
22 MERCURE DE FRANCE.
Cris d'un Peuple qui vante & bénit à jamais.
De fon illuftre ( r ) Ayeul les immortels bienfaits ;
Quelle gloire , Danois , à la fienne eft pareille ?
Difparoiffez , barbares loix ,
Qui de l'humanité violez tous les droits.
Mortel infortuné , qu'elles chargent d'entraves ,
Reprends ta liberté , ce premier don du Ciel :
Ce Roi veut des Sujets , & non pas des Eſclaves ;
Et tous font des enfans pour fon coeur paternel .
Que tes regards naiffans , ouverts fur cette image,
Fils des Rois , dans ton coeur , portent fes traits
divins .
Voilà ce qu'aux Sujets doivent les Souverains ;
Des Sujets , à leur tour , voilà quel eft l'hom
mage.
Jufques dans le féjour obſcur ,
L'Amour à ton Ayeul porte un encens fi pur ;
Son ombre tous les ans vient revoir,vient entendre
Ces fêtes , qui diront à nos derniers Neveux ,
Qu'un Roifut affez grand, affez fenfible & tendre ,
Pour foulever le Sceptre & faire des heureux .
CHRISTIAN,( ) fur ton front attache la Couronne,
Sans craindre que ton frere en puiſſe être jaloux ;
( r ) De fon illuftre Ayeul. Frédéric IV. Bifayeul da
jeune Prince , a rendu la liberté aux Payfans de fon
Royaume , qui avant lui naiffoient efclaves ; ils le célé
brent & le béniffent encore dans des fêtes annuelles.
( s ) CHRISTIAN , frere aîné du Prince FREDERIC,
AOUST. 1760: 23
Tels ( t ) qu'Helgon & Roé , chers Princes , aimez
vous.
'Autel de l'Amitié , fois à côté duTrône,
Oui , tonlaurier fera le fien ,
Et fon modefte éclat , fçaura céder au tién.
CHRISTIAN pour ta gloire , à fa gloire infidéle
Sur tes feuls intérêts , toujours plus affermi ,
Ton plus zélé Sujet , des freres le modéle ,
Il fera plus encore , il fera ton ami.
Si jamais... les Flatteurs, hélas , ont tant d'adreſſe
Les Rois peuvent fi peu fe parer de l'écueil
Où les pouffe à l'envi la grandeur & l'orgueil
Leplaifir de régner touche tant à l'ivresse !
Si jamais tes Peres fameux
Méconnoiffoient leur fils... ton frere courageux
Alors te prêtera fa vertu ſecourable :
C'eftlui qui peu frappé de l'abſolu pouvoir ,
T'ofera préfenter ( u ) l'Egide formidable ,
Et te montrer enfin ta faute & ton devoir,
Qu'ai-je dit?Dans les champs où la riche Amalthée,
De fa corne féconde épuiſe les préfens ,
La Terre ouvrant fon ſein à des fucs malfaifans ,
Du mortel Aconit ſe voit-elle infectée ?
( 1) Tels qu'Helgon & Roé. Roé par un exemple auffi
beau que rare , voulut partager le Royaume avec fon frere
Helgon ; & ce partage du Trône ne diminua rien de l'amour
fraternel .
( a) L'Egide formidable . Les Chevaliers Danois ar
rachérent ainfi Renaud des bras d'Armide. Voyez le
Tassen
24 MERCURE DE FRANCE.
Le Pactole en fon cours altier ,
Parmi l'or de fes flots roule-t- il le gravier ?
Le Ciel qu'admire Eden , ce beau Ciel fans nuages,
Qui fait mûrir les fruits , qui peint l'émail des
Aeurs ,
S'eft-il jamais couvert de ténébreux orages ?
Aurore , tu lui dois tes rubis & tes pleurs !
Le fang de FREDERIC n'eft pas fait pour produire
( x ) Des Lothers , des tyrans , des guerriers
odieux ;
Non, ce ne fera point un torrent furieux ,
Dont le débordement demande à tout détruire ;
Qui des digues rompant l'éffort ,
Roule en tous lieux l'éftroi , le ravage & la mort ;
Ce fera l'heureux cours d'une fource féconde
Qui groffit , fe répand par différens canaux ,
Apporte les bienfaits , la vie avec fon onde ,
Couvre un vafte pays de les fertiles eaux.
Conſervez donc , grands Dieux , cette Tête ſacrée ,
Eclairez-la toujours d'un rayon favori ;
Voeux que j'ofe former pour cet Enfant chéri ,
Avec mon pur encens , montez vers l'Empirée.
O Ciel , que ce tendre Arbriffeau
Croiffe , s'éleve , & foit le cédre le plus beau!
Que des peuples entiers s'afféyant fous fon ombre ,
( x ) Des 1 others , III Roi de Dannemarc , le plus
Cruel des tyrans ; il fut mis à mort , & dans une telle exéexation
, qu'aucun Prince Danois n'a voulu porter ſon nom .
Y refAOUST.
1760 :
Y refpirent la paix , des jours délicieux !
Qu'il foit chargé de fruits , & de rameaux fans
nombre.
O Dieux , recevez-vous ma priere & mes voeux ?
Quel jour brillant me frappe ? Un globe de lumière
Se développe ... s'ouvre à mes regards furpris !
Du céleste ( y) Valhall j'admire les lambris ,
Son éclat éblouit ma trop foible paupière.
Grandes ames des Suenons , ( z )
Des fages Valdemars , des Canuts , des Frothons ,
Des palmes dans la main , de lauriers couronnées ,
Je vous vois fouler l'or & l'azur ſous vos pas:
De l'Empire Danois , peſez les deſtinées ,
Et déployez fur lui vos tutélaires bras .
Sur un trône , au- deffus des voutes éternelles ,
Devant qui tout s'abaiffe , eft le fuprême Odin.
(y) Du céleste Valhall . Qu'on fe fouvienne que l'or &
les diamans y étoient répandus avec profufion , comme
dans nos Palais de Fée.
(2) Des Suenons. Parmi les Suenons , Rois de Danil
y en eut un qui protégea & cultiva les Belles-
Lettres , autant que l'ignorance de ce tems pouvoit le pernemarc
,
mettre.
Des fages Valdermar. Valdermar le Grand &
Valdermar le victorieux ; ils furent les premiers Rois Légiflateurs.
Ils recueillirent les Loix des Cimbres & des
Danois.
Des Canuts. Il y en a eu pluſieurs . Canut II , furnommé
le Grand , fut Roi d'Angleterre , de Dannemarc
& de Norvége.
Des Frothons. Le Dannemarc compte auffi plufieurs
Rois de ce nom. Frothon III. fut un grand Ro..
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ses deux couriers allés ( a ) Munnin , le
prompt Hugin ,
Des plus lointains climats lui portent des nouvelles,
Les deftins vont le révéler ;
Sa bouche s'ouvre , Odin lui- même va parler.
Vents , reftez enchaînés , mer , que les flots s'ap
pailent.
Il impofe filence , & tout céde à fa loi ;.
Les mondes attentifs s'arrêtent & fe taifent ;
Ecoute , Dannemarc ton Dieu s'adreffe à toi.
Reconnois mes bontés, ô ma fille , ( b ) ô Cimbrie!
» C'est moi qui pour combler tes célestes bienfaits,
>>Pour affermir ta gloire , accorde à tés ſouhaits
>>Ce nouveau rejetton de ta tige fleurie ,
>> Digne appui d'un frere adoré ,
» De qui , par mes décrets , le régne eft affuré,
>> Il fera l'ornement , l'amour de tes Provinces ,
Il aura la grandeur , les vertus ( c) de Brunfvic ,
» Tu reverras en lui tes plus illuftres Princes ,
>> Tous les héros enfin , il fera FRÉDÉRIC ,
( a ) Munnin , le prompt Hugin. C'étoient les noms de
deux corbeaux qui fe pofoient fur les épaules du Dieu Odin.
Il les envoyoit tous les matins parcourir le monde , & ils
lu en rapportoienr des nouvelles à midi ; Hugin lignifie la
penfée , Minnin , la mémoire ; il faut croire que le créa
feur de la Mythologie Danoiſe avoit des idées d'Iris &de
Mercure.
( b ) Cimbrie. Le Dannemarc s'appelloit Cimbrie.
(1) De Brunfvic. Aycul maternel du Prince Frédéric
AOUST. 1760. 27
Qu'il le foit , mais grands Dieux , confervez fon
modèle ;
Puiffe toujours le pere embraffer fes deux fils !
Sur la mere , (d) Freya , verfe tes dons chéris ,
Protége ton image , & la rend immortelle .
Et vous enfans fi defirez ,
J'entens vos premiers fons , vous ne demanderez'
Qu'à rejetter au loin ( e ) la coupe de mémoire,
Qu'à ne boire à jamais que dans (f celle des Dieux ,
En faveur de ce pere environné de gloire ;
Et votre amour encor ſurpallera mes voeux.
Par les hardis fentiers de Pindare & d'Horace,
Ainfi , grand Roi , ma mufe avec témérité ,
S'appuyant de Bernsdorff & de la vérité,
Julques à FRÉDÉRIC éléve fon audace .
Du foleil le fils orgueilleux
Ofa franchir le Ciel dans fon char lumineux :
11 tomba ; dans fa chûte il écrafa l'Envie .
Un feul jour , Phaeton domina dans les airs ;
La terre fut ce jour de fa gloire éblouie ,
( d) O Freya. La Déeffe Freya avoit auffi fon Paradis ,
qu'on nommoit la large demeure. Elle préfidoit aux
ames des femmes .
( e ) La Coupe de mémoire . Les anciens Danois , dans
leurs feftins , avoient des coupes confacrées à divers ufages
. La coupe de mémoire ne fe buvoit qu'aux funerailles
des Rois l'héritier s'afléyoit fur un banc , au - devant du
Trône , jufqu'à ce que l'on lui eût préfenté cette coupes
& après l'avoir buë , il montoit fur le Trône.
(f) Celle des Dieux . On buvoit dans cette coupe , pour
demander aux Dieux des graces , ou pour fouhaiter à wa
Prince un régue heureux.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Et fon bucher encor éclaira l'Univers .
Né Sujet de Louis , mon premier Roi fans doute ,
Et dans le cours changeant de mes deſtins divers ,
Adeux autres (g ) foumis , toujours libre de fers ,
Aimant ces Souverains que l'Eſclave redoute ,
Dépendant de leurs volontés ,
Refpectant leur pouvoir , chériffant leurs bontés ,'
Marchant fur ce reptile écrasé par eux-mêmes ,
Sur le Flatteur rampant fous le joug abbattu ,
Je reconnois encor pour mes Maîtres ſuprêmes ,
Pour les Maîtres des Rois , les Dieux & la Vertu.
Ce font eux , FRÉDÉRIC , ces Arbitres du Sage ,
Qui reçoivent en toi mon légitime encens :
Mon âme indépendante a dicté mes accens ;
Et c'eft elle aujourd'hui qui te rend mon hom
mage.
Ennemi des Tyrans cruels ,
Dans le fond de mon coeur je brife leurs Autels ;
Et de la même main , plein du même courage ,
Sur leursTemples détruits , j'éleve un Temple aux
Rois ,
Qui du Ciel bienfaifant font la vivante image ;
Et tout entier mon être eft ſoumis à leurs loix.
Mon âme avec tranſport, vers ton Trône élancée,
Contemple , admire , goûte , & vante tes vertus ;
(g ) A deux autres foumis. Le Roi de Pruffe , & enſuite
Je Roi de Pologne , Electeur de Saxe.
AOUST. 1760. 29
Depuis longtemps aux pieds du moderne Titus ,
Le fentiment emporte & fixe ma penſée.
Ah ne puis-je du même effor ,
S'il fe peut plus rapide & plus ardent encor ,
Jufques à toi voler fur l'aîle du Génie ,
Voir le Héros , le Pere , & le Dieu des Danois ;
De cent yeux , embraffer fa grandeur infinie ,
Et proclamer fa gloire avec autant de voix !
Dieux , qu'un jaloux nuage entoure & couvre
encore ,
Epaiffiffez la nuit qui vous cache aux humains ;
Mais du moins dans un Roi,le préfent de vos mains ,
Souffrez que l'oeil mortel vous voye & vous adore!
Qu'à fes genoux , je puiſſe un jour
Dépofer mes refpects , que dis - je ? mon amour.
Grand Roi, cefeul tribut peut flatter ta belle âme.
Par tes bontés , préviens ce jour trop différé ,
Jette fur mes travaux un regard qui m'enflâme ;
A ce prix éclatant , mes voeux ont aſpiré.
Aveugle Déité , miférable Fortune
Sur l'avare vulgaire , épanche tes faveurs !
Je te foule à mes pieds , & tous ces vains honneurs
Qui n'ont , près du talent , qu'une fplendeur commune.
Germe divin des beaux écrits ,
Paffion du grand homme ,& fon unique prix ,
Bi
30 MERCURE DE FRANCE.
O Mere des ( h ) Klopftoks , des ( i ) Holbergs , des
(k ) Corneilles ,
Gloire ! c'eſt à toi feule à m'infpirer tes feux .
Gloire ! I FREDERIC daigne approuver mes veilles,
J'obtiens ton laurier même , & je fuis dans les
Cieux.
Chy Klopsroks. Auteur d'un Foëme intitulé: le Meffias
, dont les premiers chants ont paru , & lui ont déja
acquis le furnom du Milion de l'Allemagne. S. M. le Roi
de Dannemare Pa appellé dans fes Etats , cù il jouit d'une
fortune hennête , & de tous les agrémens que les Vir
giles & les Horaces trouvoient à la Cour d'Augufte.
( i ) Des Holbergs . M. le Baron de Holberg, le Tirelive
le 1 érence des Danois , comblé des bontés du Roi fon
Maître , & revéré de fa Nation , deux récompenfes les plus
Batteules pour un Sage & pour un homme de Lettres. M.
le Baron d'Holberg vivoit encore , quand cet ouvrage fut
préfenté au Roi de Dannemarci après la mort , on ne peut
qu'ajouter à l'éloge.
vre,
(k ) Des Corneilles . Le Grand Corneille eft mort pauà
la honte du fiécle où il vivoit parce que fon âme
Romaine , incapable de le plier à la baflefle & à l'intrigue ,
Peiprit général des Cours , n'étoit enflammée que de l'amour
de la belle gloire. La gloire feule pouvoit aufli récompenfer
an fi grand homme , en lui affurant une réputation éter-
Helle qui , peut être , furvivra à celle des hommes qu'on
nomme héros , & aux noms faftueux des Souverains.
Fermer
729
p. 219
« Mlle Denis, enseigne l'art Héraldique, ou la science du Blason, dessine & peint [...] »
Début :
Mlle Denis, enseigne l'art Héraldique, ou la science du Blason, dessine & peint [...]
Mots clefs :
Héraldique, Blasons, Écussons, Peinture, Généalogie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mlle Denis, enseigne l'art Héraldique, ou la science du Blason, dessine & peint [...] »
Mlle DENI , enfeigne l'art Héraldique , ou la
fcience du Blafon , deffine & peint toutes fortes
d'Arbres Généalogiques & d'Ecuffons , d'Armoiries
, avec leurs ornemens . Elle demeure Ife S.
Louis , quai de Bourbon , dans la premiere porte
cochere , par le bout du Pont-Marie.
fcience du Blafon , deffine & peint toutes fortes
d'Arbres Généalogiques & d'Ecuffons , d'Armoiries
, avec leurs ornemens . Elle demeure Ife S.
Louis , quai de Bourbon , dans la premiere porte
cochere , par le bout du Pont-Marie.
Fermer
730
p. 204-208
MORTS.
Début :
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand, épouse du Marquis de Sorbe [...]
Mots clefs :
Ministre plénipotentiaire, Marquis, Brigadier, Évêque, Dame, Chevalier, Maison de Chasteigner, Comte, Chanoine, Maison de Seytres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand',
époufe du Marquis de Sorbe , Miniftre Plénipo
tentiaire de Genes auprès du Roi , eft morte à
Toulon le 7 du mois d'Août.
Le Marquis d'Hérouville de Claye , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , & Gouverneur du
Fort des Barraux , mourut le 27 en fon Château
de Claye , dans la quatre-vingtiéme année de fon
âge.
Le fieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier
OCTOBRE. 1760. 201
des Armées de Sa Majefté , ancien Directeur des
Fortifications de Normandie , & Chevalier de
l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis , eft
moft au Havre de Grace le 29 , âgé de foixante
& feize ans.
Mellire Pierre - Jofeph d'Artaud , Evêque de
Cavaillon , eft mort en cette Ville les Septembre,
âgé de cinquante- quatre ans , après une maladie
de quelques jours.
Dame Auguftine- Marie de Menou , époufe de
Meflire Louis - Théodore Andrault , Comte de
Langeron , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Breft, & des Inles d'Oueffant ,
mourut ler dans la trente- cinquiéme année de
fon âge.
Gui- Augufte de Rohan- Chabot , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majefté , eft mort le
13 , âgé de foixante & dix- fept ans.
1
Mellire Eutrope Alexis Chafteigner , Chevalier,
Seigneur , Marquis de S. George , Touffou , Talmon
& autres lieux , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Talmon , depuis Grammont ,
& à préfent Balincourt , mourut le vingt - deux
Juillet dernier à Poitiers , âgé de foixante- dixneuf
ans , regretté généralement de tous les pauvres
qu'il affittoir immenfement; il laiffe pour fillet
unique de fon mariage avec Dame Eléonore
de Megrigny , Dame Armande Eléonore Chafreigner
, Epoufe de Haut & Puiffant Seigneur ,
Meffire Jean-Henri Chafteignier , Chevalier , Seigneur
de Rouvre , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment ci- devant de Granmont , aujourd'hui
Balincourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis & qui a été élu Commandant de la Nobleffe
du haut Poitou à l'Affemblée de la Nobleffe
à S. Jean Dangely , en 1758 , & dont le frere appellé
le Chevalier Chafteigner , eft actuellement
206 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Carabiniers ; Monfieur l'Abbé de
Chafteigner de Rouyre , Abbé des Chaftelliers en
Poitou , eft fon oncle ; Monfieur l'Abbé de la
Chafteigneraye , Comte de Lyon & Aumônier du
Roi , eft de cette Maifon , & plufieurs autres branches
. Nous ne dirons rien de l'ancienneté & de
de l'illuftration de la Maiſon de Chafteigner.
Nous renvoyons à la généalogie qu'en a faite André
Duchefne au mémoire de M. de Thou & à·
Morery , à la liste des Chevaliers du S. Elprit ,.
fous Henri III, & d'autres livres des Officiers de
la Couronne. Cette Maifon eft alliée à celle de
Chatillon , Laval - Montmorency , Apelvoifin ,
Lamothe- Houdancourt , Rochechouard , Turpin ,
Luzignan ; & aurres de la plus grande diftinction..
Melfire Louis Auguftin Cafimir de Seytres
Caumont , Chanoine de l'Eglife , Comte de Lyon,
depuis le 9 Novembre 1751 , Vicaire général du
Diocèle de Dijon , mourut dans cette Ville le ro
Mai de cette année , après trois jours de maladie ,
âgé de 18 ans , cinq mois , vingt-un jours ; em
portant les regrets de fon Chapitre , & du Dio→
cèfe où il étoit employé.
-
Il étoit né le 19 Novembre 1731 ,de feu Meffire
Jofeph de Seytres , Marquis de Caumont , & de
Dame Marie- Elizabeth de Doni , encore vivante.
Deftiné à l'Etat Eccléfiaftique, dès fon'jeune âge,
il reçut de fes parens l'éducation qui y étoit pro
pres on l'envoya à l'âge de dix ans à Paris au
College Mazarin , plutôt pour être afluré qu'il y
feroit de bonnes études, que pour profiter du pri
vilége qu'ont les Avignonois , d'y être reçus
comme Sujets de N. S. P. le Pape . L'Abbé de
Caumont ne trompa pas l'efpérance de les parens ,
& il fit dans ce Collége toutes fes études , jufqu'à
la Théologie , avec une liftinction particuliere .
El entra enfuite à S. Sulpice , & fit de même fa
OCTOBRE . 1760. 207
licence dans la Maifon de Navarre. Sa famille
defira en 1750 , de faire fes preuves pour le Chapitre
de Lyon. Elles furent faites la même année ;
& quoiqu'il eût fix concurrens , dont les preaves
avoient été admifes avant lui , le Chapitre le '
nomma à la Comté vacante , par la mort de M.
le Comte de Dortan , Grand - Chantre de l'Eglife.
Feu N. S. P. le Pape Benoît XIV , adreffa
un mois après un Bref , auffi flateur pour le
Chapitre , que pour l'Abbé de Caumont , par lequel
Sa Sainteté recommandoit à Meffieurs les
Comtes , de le nommer a la premiere Comté vacante.
Mais les fouhaits du S. Pere , avoient déja
été prévenus. Après avoir fini fes études & fon Séminaire
, l'Abbé de Caumont fut choifi par M.-
l'Evêque de Dijon,pour être un de fes Vicaires Gé
néraux . Il s'acquitta avec foin des fonctions de
fon nouvel état , autant que le Service de fon
Eglife pouvoit le lui permettre , & il partagea fa
réfidence entre Lyon & Dijon . Il étoit né avec une
grande vivacité ; mais il ne la tourna qu'à remplir
avec exactitude fes devoirs même au- delà de
ce qu'ils lui prefcrivoient ; & il prêcha quelquefois
à Lyon , ou ailleurs. Il n'aimoit point le
inonde ; & fon délaffement , après avoir rempli
les devoirs de fon état , étoit l'étude des Belles-
Lettres. Le goût qu'il avoit pour elles , & qu'il
avoit puifé auprès d'un pére dont le nom eft affez
connu dans la République des Lettres , pour qu'il
fuffife de le nommer. Ce goût l'engagea à former
une Bibliotheque telle que fon revenu pou
voit lui permettre d'en former une. Il fe retrancha
même fur autre chofe pour fatisfaire la
paffion qu'il avoit pour les livres. La vivacité de
l'Abbé de Caumont , qui le portoit à remplir fi
bien fes devoirs , a abregé fes jours . Il fe trouva
incommodé du maigre le Carême dernier ; &
208 MERCURE DE FRANCE.
quelque repréfentation qu'on lui fit , il ne crut
pas devoir l'interrompre pour prendre quelque
rafraîchiffement ; & après le Carême fini , il négligea
encore de le faire pour fe rendre à Dijon
, & fervir le Diocèfe . Il partit de Lyon pour
cette Ville les premiers jours de Mai , & au bout
de trois jours de maladie , il mourut d'une fiévre
maligne dans les fentimens de piété & de religion
dans lefquels il avoit vêcu . On peut dire fans flatterie
que l'Eglife de France a fait en lui une véritable
perte , puifque fes Membres les plus refpec--
tables en ont rendu un pareil témoignage ; ennemi
de l'Efpric de parti , il aimoit la paix & ne ceffoit
de faire des voeux pour qu'elle régnât dans l'E--
glife . Le Chapitre de Lyon a donné une marque
d'eftime & d'affection pour la Maiſon de Seytres-
Caumont, en nommant à la Comté vacante Mellire
Olivier Eugene- François de Paule de Seytres
Chevalier de Malthe.
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand',
époufe du Marquis de Sorbe , Miniftre Plénipo
tentiaire de Genes auprès du Roi , eft morte à
Toulon le 7 du mois d'Août.
Le Marquis d'Hérouville de Claye , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , & Gouverneur du
Fort des Barraux , mourut le 27 en fon Château
de Claye , dans la quatre-vingtiéme année de fon
âge.
Le fieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier
OCTOBRE. 1760. 201
des Armées de Sa Majefté , ancien Directeur des
Fortifications de Normandie , & Chevalier de
l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis , eft
moft au Havre de Grace le 29 , âgé de foixante
& feize ans.
Mellire Pierre - Jofeph d'Artaud , Evêque de
Cavaillon , eft mort en cette Ville les Septembre,
âgé de cinquante- quatre ans , après une maladie
de quelques jours.
Dame Auguftine- Marie de Menou , époufe de
Meflire Louis - Théodore Andrault , Comte de
Langeron , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Breft, & des Inles d'Oueffant ,
mourut ler dans la trente- cinquiéme année de
fon âge.
Gui- Augufte de Rohan- Chabot , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majefté , eft mort le
13 , âgé de foixante & dix- fept ans.
1
Mellire Eutrope Alexis Chafteigner , Chevalier,
Seigneur , Marquis de S. George , Touffou , Talmon
& autres lieux , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Talmon , depuis Grammont ,
& à préfent Balincourt , mourut le vingt - deux
Juillet dernier à Poitiers , âgé de foixante- dixneuf
ans , regretté généralement de tous les pauvres
qu'il affittoir immenfement; il laiffe pour fillet
unique de fon mariage avec Dame Eléonore
de Megrigny , Dame Armande Eléonore Chafreigner
, Epoufe de Haut & Puiffant Seigneur ,
Meffire Jean-Henri Chafteignier , Chevalier , Seigneur
de Rouvre , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment ci- devant de Granmont , aujourd'hui
Balincourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis & qui a été élu Commandant de la Nobleffe
du haut Poitou à l'Affemblée de la Nobleffe
à S. Jean Dangely , en 1758 , & dont le frere appellé
le Chevalier Chafteigner , eft actuellement
206 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Carabiniers ; Monfieur l'Abbé de
Chafteigner de Rouyre , Abbé des Chaftelliers en
Poitou , eft fon oncle ; Monfieur l'Abbé de la
Chafteigneraye , Comte de Lyon & Aumônier du
Roi , eft de cette Maifon , & plufieurs autres branches
. Nous ne dirons rien de l'ancienneté & de
de l'illuftration de la Maiſon de Chafteigner.
Nous renvoyons à la généalogie qu'en a faite André
Duchefne au mémoire de M. de Thou & à·
Morery , à la liste des Chevaliers du S. Elprit ,.
fous Henri III, & d'autres livres des Officiers de
la Couronne. Cette Maifon eft alliée à celle de
Chatillon , Laval - Montmorency , Apelvoifin ,
Lamothe- Houdancourt , Rochechouard , Turpin ,
Luzignan ; & aurres de la plus grande diftinction..
Melfire Louis Auguftin Cafimir de Seytres
Caumont , Chanoine de l'Eglife , Comte de Lyon,
depuis le 9 Novembre 1751 , Vicaire général du
Diocèle de Dijon , mourut dans cette Ville le ro
Mai de cette année , après trois jours de maladie ,
âgé de 18 ans , cinq mois , vingt-un jours ; em
portant les regrets de fon Chapitre , & du Dio→
cèfe où il étoit employé.
-
Il étoit né le 19 Novembre 1731 ,de feu Meffire
Jofeph de Seytres , Marquis de Caumont , & de
Dame Marie- Elizabeth de Doni , encore vivante.
Deftiné à l'Etat Eccléfiaftique, dès fon'jeune âge,
il reçut de fes parens l'éducation qui y étoit pro
pres on l'envoya à l'âge de dix ans à Paris au
College Mazarin , plutôt pour être afluré qu'il y
feroit de bonnes études, que pour profiter du pri
vilége qu'ont les Avignonois , d'y être reçus
comme Sujets de N. S. P. le Pape . L'Abbé de
Caumont ne trompa pas l'efpérance de les parens ,
& il fit dans ce Collége toutes fes études , jufqu'à
la Théologie , avec une liftinction particuliere .
El entra enfuite à S. Sulpice , & fit de même fa
OCTOBRE . 1760. 207
licence dans la Maifon de Navarre. Sa famille
defira en 1750 , de faire fes preuves pour le Chapitre
de Lyon. Elles furent faites la même année ;
& quoiqu'il eût fix concurrens , dont les preaves
avoient été admifes avant lui , le Chapitre le '
nomma à la Comté vacante , par la mort de M.
le Comte de Dortan , Grand - Chantre de l'Eglife.
Feu N. S. P. le Pape Benoît XIV , adreffa
un mois après un Bref , auffi flateur pour le
Chapitre , que pour l'Abbé de Caumont , par lequel
Sa Sainteté recommandoit à Meffieurs les
Comtes , de le nommer a la premiere Comté vacante.
Mais les fouhaits du S. Pere , avoient déja
été prévenus. Après avoir fini fes études & fon Séminaire
, l'Abbé de Caumont fut choifi par M.-
l'Evêque de Dijon,pour être un de fes Vicaires Gé
néraux . Il s'acquitta avec foin des fonctions de
fon nouvel état , autant que le Service de fon
Eglife pouvoit le lui permettre , & il partagea fa
réfidence entre Lyon & Dijon . Il étoit né avec une
grande vivacité ; mais il ne la tourna qu'à remplir
avec exactitude fes devoirs même au- delà de
ce qu'ils lui prefcrivoient ; & il prêcha quelquefois
à Lyon , ou ailleurs. Il n'aimoit point le
inonde ; & fon délaffement , après avoir rempli
les devoirs de fon état , étoit l'étude des Belles-
Lettres. Le goût qu'il avoit pour elles , & qu'il
avoit puifé auprès d'un pére dont le nom eft affez
connu dans la République des Lettres , pour qu'il
fuffife de le nommer. Ce goût l'engagea à former
une Bibliotheque telle que fon revenu pou
voit lui permettre d'en former une. Il fe retrancha
même fur autre chofe pour fatisfaire la
paffion qu'il avoit pour les livres. La vivacité de
l'Abbé de Caumont , qui le portoit à remplir fi
bien fes devoirs , a abregé fes jours . Il fe trouva
incommodé du maigre le Carême dernier ; &
208 MERCURE DE FRANCE.
quelque repréfentation qu'on lui fit , il ne crut
pas devoir l'interrompre pour prendre quelque
rafraîchiffement ; & après le Carême fini , il négligea
encore de le faire pour fe rendre à Dijon
, & fervir le Diocèfe . Il partit de Lyon pour
cette Ville les premiers jours de Mai , & au bout
de trois jours de maladie , il mourut d'une fiévre
maligne dans les fentimens de piété & de religion
dans lefquels il avoit vêcu . On peut dire fans flatterie
que l'Eglife de France a fait en lui une véritable
perte , puifque fes Membres les plus refpec--
tables en ont rendu un pareil témoignage ; ennemi
de l'Efpric de parti , il aimoit la paix & ne ceffoit
de faire des voeux pour qu'elle régnât dans l'E--
glife . Le Chapitre de Lyon a donné une marque
d'eftime & d'affection pour la Maiſon de Seytres-
Caumont, en nommant à la Comté vacante Mellire
Olivier Eugene- François de Paule de Seytres
Chevalier de Malthe.
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Résumé : MORTS.
En 1760, plusieurs personnalités notables ont décédé. Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand, épouse du Marquis de Sorbe, ministre plénipotentiaire de Gênes auprès du Roi, est morte à Toulon le 7 août. Le Marquis d'Hérouville de Claye, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Gouverneur du Fort des Barraux, est décédé le 27 août à son château de Claye à l'âge de 80 ans. Le sieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier des Armées de Sa Majesté et Chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint Louis, est mort au Havre de Grâce le 29 octobre à l'âge de 72 ans. Monseigneur Pierre-Joseph d'Artaud, Évêque de Cavaillon, a succombé en septembre à l'âge de 54 ans après une courte maladie. Dame Augustine-Marie de Menou, épouse de Monseigneur Louis-Théodore Andrault, Comte de Langeron, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Gouverneur de Brest et des Îles d'Ouessant, est décédée le 1er octobre à l'âge de 35 ans. Le sieur Gui-Auguste de Rohan-Chabot, Lieutenant-Général des Armées de Sa Majesté, est mort le 13 octobre à l'âge de 77 ans. Monseigneur Eutrope Alexis Chasteigner, Chevalier et Marquis de Saint-Georges, Touffou, Talmont et autres lieux, ancien Capitaine de Cavalerie, est décédé le 22 juillet à Poitiers à l'âge de 69 ans. Monseigneur Louis-Augustin Casimir de Seytres Caumont, Chanoine de l'Église et Comte de Lyon, est mort à Dijon le 10 mai à l'âge de 18 ans, 5 mois et 21 jours après une maladie de trois jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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731
p. 209-212
CATALOGUE des Cartes héraldiques du sieur DUBUISSON, Généalogiste & Doreur du Roi, avec Privilege du Roi, 1760.
Début :
Le Tableau de l'honneur, ou abrégé méthodique de la Science du Blason. [...]
Mots clefs :
Héraldique, Tableau, Chronologie des papes, Noms de famille, Blasons, Empereurs, Rois de France, Rois d'Angleterre, Reines, Rois d'Espagne, Régentes, Colonels, Aumôniers, Chevaliers, Nobles, Maisons, Familles
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texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE des Cartes héraldiques du sieur DUBUISSON, Généalogiste & Doreur du Roi, avec Privilege du Roi, 1760.
CATALOGUE des Cartes héraldiques du fieur Du-
BUISSON , Généalogifte & Doteur du Roi , avec
Privilege du Roi , 1760 .
Le Tab eau de l'honneur , ou abrégé méthodique
de la Science du Blafon . 2 feuilles.
Chronologie des Papes & anti- Papes , depuis la
maillance de l'Egliſe juſqu'en 1758 , contenant
110 MERCURE DE FRANCE. -
leurs noms de Papes , leurs noms de famille ,
leurs pays ; la date de leur élévation , le temps
de leur Pontificat , leur mort & les armes de ceux
qui en ont portées , jufqu'à préfent , 3 F.
Noms , qualité , Armes & Blafon de tous les
Papes & Cardinaux François de naillance , de ceux
qui ont été nommés par nos Rois , & de ceux qui
ont poffédé des Archevêchés & Evêchés en France
jufqu'à préfent , 3 F.
Grands - Maîtres de Saint Jean de Jérufalem ,
dit de Malte , depuis leur création juſqu'à préfent
, 1 F.
Chronologie des Empereurs & Impératrices
d'Occident , depuis Charlemagne jufqu'à préfent
, 2 F.
Généalogie des Rois de France , depuis le commencement
de cette Monarchie jufqu'à préſent
9 F.
Chronologie des Rois & des Reines de France ,
depuis Pharamond jufqu'à préfent , 2 F.
Chronologie des Rois d'Angleterre , depuis Egbert
, premier Roi des Saxons Occidentaux ; jufqu'à
préfent , 2 F.
Chronologie des Rois & Reines de Portugal , &
des Algarbes , depuis Hugues Caper jufqu'à préfent
, I F.
Généalogie des Rois & Reines d'Espagne , depuis
le commencement de cette Monarchie jufqu'à
préfent , 9 F.
Chronologie des Rois & Reines d'Espagne , depuis
l'Erection du Comté de Caftille en Royaume ,
par Sanche IV. dit le Grand , Roi de Navarre
jufqu'à préfent , 1 F.
t Les Rois & Reines des deux Siciles , depuis leur
origne jufqu'à préſent , 2 F.
Les Dauphins de France , depuis la ceffion du
Dauphiné faite par Humbert , dernier Dauphin
Viennois , jufqu'à préſent , 1 F.
NOVEMBRE. 1760. 21F
Les 32 quartiers paternels & maternels de
Monfeigneur Louis Dauphin de France , 1 F.
Les Ducs & Pairs de France , depuis 1701 juf
qu'à préfent , 1 F.
Les Régents & Régentes du Royaume de France,
depuis leur origine jufqu'à préfent , 1 F.
Les Grands Sénéchaux & Connétables de France
, depuis le Regne du Roi Hugues- Capet jul
qu'à préfent , Ě.
Chanceliers & Gardes des Sceaux de France ,
depuis le Regne de S. Louis jufqu'à préſent , 2 F.
Maréchaux de France , depuis le Regne du Roi
Philippe-Augufte jufqu'à préfent , 3 F.
Les Grands Amiraux & Généraux des Galéres ,
depuis le Regne du Roi S. Louis juſqu'à préſent
2 F.
>
Grands Maitres des Arbalêtriers , & Grands-
Maîtres de l'Artillerie de France , depuis leur origine
jufqu'à préfent , 2 F.
Portes- Oriflâmes & Colonels Généraux de l'Infanterie
Françoife , depuis leur Création jufqu'à
préfent , F.
Grands Aumôniers de France , depuis leur ori→
gine jufqu'à préfent , i F.
Grands Maîtres de France , depuis leur origine
jufqu'à préfent , 1 F.
+
Grands Ecuyers de France , depuis leur Création
jufqu'à préfent , 1 F.
Grands Chambriers & Grands Chambellans de
France , depuis leur origine jufqu'à préfent , 2 F.
Grands Bouteillers ou Grands Echanfons
Grands Panetiers , & Grands Queux de France
depuis leur Création jufqu'à préfent , 2 F.
Grands Veneurs , Grands Louvetiers & Grands
Fauconniers de France , depuis leur origine jufqu'à
préfent , 2 F.
Tous les Chevaliers Commandeurs de l'Ordre
212 MERCURE DE FRANCE.
du Saint Elprit , créés par Louis XV. du nom ร
Ve Chef de l'Ordre , jufqu'à préfent , 4 F.
Généalogie & Defcendance de l'illufire Maiſon
de Croy , F.
La Cour des Monnoyes telle qu'elle eft en là
préſente année , 1 F.
Confeillers du Roi & Quartiniers de la Ville
de Paris , depuis l'année 15oo jufqu'à préfent , F.
Carte générale des Rois & Princes de l'Europe
, 2 E.
Nobiliaire de Normandie , 2.7 F.
Nobiliaire de Bretagne , 10 F.
Nobiliaire de Picardie , 2 F.
Nobiliaire de Champagne , 4 F.
Le Grand-Confeil tel qu'il eft à préſent , 2 F.
Armorial des principales Maifons & Familles
du Royaume , enrichi de 4000 Ecuflons
leurs explications , noms de Famille & Seignen
rie , deux volumes in- 12.
BUISSON , Généalogifte & Doteur du Roi , avec
Privilege du Roi , 1760 .
Le Tab eau de l'honneur , ou abrégé méthodique
de la Science du Blafon . 2 feuilles.
Chronologie des Papes & anti- Papes , depuis la
maillance de l'Egliſe juſqu'en 1758 , contenant
110 MERCURE DE FRANCE. -
leurs noms de Papes , leurs noms de famille ,
leurs pays ; la date de leur élévation , le temps
de leur Pontificat , leur mort & les armes de ceux
qui en ont portées , jufqu'à préfent , 3 F.
Noms , qualité , Armes & Blafon de tous les
Papes & Cardinaux François de naillance , de ceux
qui ont été nommés par nos Rois , & de ceux qui
ont poffédé des Archevêchés & Evêchés en France
jufqu'à préfent , 3 F.
Grands - Maîtres de Saint Jean de Jérufalem ,
dit de Malte , depuis leur création juſqu'à préfent
, 1 F.
Chronologie des Empereurs & Impératrices
d'Occident , depuis Charlemagne jufqu'à préfent
, 2 F.
Généalogie des Rois de France , depuis le commencement
de cette Monarchie jufqu'à préſent
9 F.
Chronologie des Rois & des Reines de France ,
depuis Pharamond jufqu'à préfent , 2 F.
Chronologie des Rois d'Angleterre , depuis Egbert
, premier Roi des Saxons Occidentaux ; jufqu'à
préfent , 2 F.
Chronologie des Rois & Reines de Portugal , &
des Algarbes , depuis Hugues Caper jufqu'à préfent
, I F.
Généalogie des Rois & Reines d'Espagne , depuis
le commencement de cette Monarchie jufqu'à
préfent , 9 F.
Chronologie des Rois & Reines d'Espagne , depuis
l'Erection du Comté de Caftille en Royaume ,
par Sanche IV. dit le Grand , Roi de Navarre
jufqu'à préfent , 1 F.
t Les Rois & Reines des deux Siciles , depuis leur
origne jufqu'à préſent , 2 F.
Les Dauphins de France , depuis la ceffion du
Dauphiné faite par Humbert , dernier Dauphin
Viennois , jufqu'à préſent , 1 F.
NOVEMBRE. 1760. 21F
Les 32 quartiers paternels & maternels de
Monfeigneur Louis Dauphin de France , 1 F.
Les Ducs & Pairs de France , depuis 1701 juf
qu'à préfent , 1 F.
Les Régents & Régentes du Royaume de France,
depuis leur origine jufqu'à préfent , 1 F.
Les Grands Sénéchaux & Connétables de France
, depuis le Regne du Roi Hugues- Capet jul
qu'à préfent , Ě.
Chanceliers & Gardes des Sceaux de France ,
depuis le Regne de S. Louis jufqu'à préſent , 2 F.
Maréchaux de France , depuis le Regne du Roi
Philippe-Augufte jufqu'à préfent , 3 F.
Les Grands Amiraux & Généraux des Galéres ,
depuis le Regne du Roi S. Louis juſqu'à préſent
2 F.
>
Grands Maitres des Arbalêtriers , & Grands-
Maîtres de l'Artillerie de France , depuis leur origine
jufqu'à préfent , 2 F.
Portes- Oriflâmes & Colonels Généraux de l'Infanterie
Françoife , depuis leur Création jufqu'à
préfent , F.
Grands Aumôniers de France , depuis leur ori→
gine jufqu'à préfent , i F.
Grands Maîtres de France , depuis leur origine
jufqu'à préfent , 1 F.
+
Grands Ecuyers de France , depuis leur Création
jufqu'à préfent , 1 F.
Grands Chambriers & Grands Chambellans de
France , depuis leur origine jufqu'à préfent , 2 F.
Grands Bouteillers ou Grands Echanfons
Grands Panetiers , & Grands Queux de France
depuis leur Création jufqu'à préfent , 2 F.
Grands Veneurs , Grands Louvetiers & Grands
Fauconniers de France , depuis leur origine jufqu'à
préfent , 2 F.
Tous les Chevaliers Commandeurs de l'Ordre
212 MERCURE DE FRANCE.
du Saint Elprit , créés par Louis XV. du nom ร
Ve Chef de l'Ordre , jufqu'à préfent , 4 F.
Généalogie & Defcendance de l'illufire Maiſon
de Croy , F.
La Cour des Monnoyes telle qu'elle eft en là
préſente année , 1 F.
Confeillers du Roi & Quartiniers de la Ville
de Paris , depuis l'année 15oo jufqu'à préfent , F.
Carte générale des Rois & Princes de l'Europe
, 2 E.
Nobiliaire de Normandie , 2.7 F.
Nobiliaire de Bretagne , 10 F.
Nobiliaire de Picardie , 2 F.
Nobiliaire de Champagne , 4 F.
Le Grand-Confeil tel qu'il eft à préſent , 2 F.
Armorial des principales Maifons & Familles
du Royaume , enrichi de 4000 Ecuflons
leurs explications , noms de Famille & Seignen
rie , deux volumes in- 12.
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Résumé : CATALOGUE des Cartes héraldiques du sieur DUBUISSON, Généalogiste & Doreur du Roi, avec Privilege du Roi, 1760.
Le document est un catalogue de cartes héraldiques du généalogiste et doreur du Roi, Du Buisson, daté de 1760. Il présente diverses chronologies et généalogies historiques. Parmi les œuvres listées, figure 'Le Tableau de l'honneur, ou abrégé méthodique de la Science du Blason' en deux feuilles. Le catalogue inclut des chronologies des Papes et anti-Papes depuis la fondation de l'Église jusqu'en 1758, des Papes et cardinaux français, des Grands Maîtres de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, des Empereurs et Impératrices d'Occident depuis Charlemagne, ainsi que des Rois de France, d'Angleterre, de Portugal, d'Espagne, des Deux-Siciles, et des Dauphins de France. Il couvre également les Ducs et Pairs de France, les Régents, les Grands Sénéchaux, les Chanceliers, les Maréchaux, les Grands Amiraux, les Grands Aumôniers, les Grands Écuyers, et divers autres hauts dignitaires français. Le catalogue mentionne des généalogies spécifiques comme celle de la Maison de Croy, et des nobiliaires de régions françaises telles que la Normandie, la Bretagne, la Picardie, et la Champagne. Enfin, il inclut un armorial des principales maisons et familles du royaume, enrichi de 4000 écussons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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732
p. 212
Avertissement.
Début :
On trouve chez ledit sieur Dubuisson toutes ces Cartes blasonnées, en couleur, [...]
Mots clefs :
Cartes, Blasons, Couleurs, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement.
Avertiffement.
> avec
On trouve chez ledit fieur Dubuillon toutes
ces Cartes blafonnées , en couleur , & colées fur
toile , montées avec des gorges de toures façons
ou reliées en grand Atlas ; il en finit plufieurs autres
qui paroîtront bientôt ; il fait aufli toutes les
Armes tant en or qu'en peinture. Il enteigne
TArt Héraldique ou la Science du Blafon, Il demeure
rue S. Jacques , près la Fontaine S. Benoît.
> avec
On trouve chez ledit fieur Dubuillon toutes
ces Cartes blafonnées , en couleur , & colées fur
toile , montées avec des gorges de toures façons
ou reliées en grand Atlas ; il en finit plufieurs autres
qui paroîtront bientôt ; il fait aufli toutes les
Armes tant en or qu'en peinture. Il enteigne
TArt Héraldique ou la Science du Blafon, Il demeure
rue S. Jacques , près la Fontaine S. Benoît.
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733
p. 69-70
AUTRE.
Début :
Cinq lettres composent mon être. [...]
Mots clefs :
Minos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
INQ lettres compofent mon être,
A leur arrangement ne change rien , Lecteur
Sous tes yeux tu verras paroître
Un ancien Roi , Juge , & Légiflateur.
Si tu veux changer ma ftructure ,
C'est ce que je laiffe à tes ſoins ,
Tu trouveras , retournant ma figure ,
Qu'en Latinje fuis tout , qu'en François je fuis
moins,
70 MERCURE DE FRANCE.
Autre combinaifon t'offre un des douze Apôtress
Une autre , un nom commun aux Ottomans
Si je voulois t'en donner d'autres ,
Je t'occuperois plus longtemps.
INQ lettres compofent mon être,
A leur arrangement ne change rien , Lecteur
Sous tes yeux tu verras paroître
Un ancien Roi , Juge , & Légiflateur.
Si tu veux changer ma ftructure ,
C'est ce que je laiffe à tes ſoins ,
Tu trouveras , retournant ma figure ,
Qu'en Latinje fuis tout , qu'en François je fuis
moins,
70 MERCURE DE FRANCE.
Autre combinaifon t'offre un des douze Apôtress
Une autre , un nom commun aux Ottomans
Si je voulois t'en donner d'autres ,
Je t'occuperois plus longtemps.
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734
p. 65
LOGOGRYPHE.
Début :
Il n'est point pour moi de mystere ; [...]
Mots clefs :
Généalogie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Iz n'est point pour moi de myſtere ; L
Je lis dans les fiécles paflés :
J'établis la Nobleffe, & fais qu'on la révére :
Les honneurs tels qu'ils font , par mes foins font
tracés.
Lecteur , veux tu bien me connoître ;
Je marche fur dix pieds ; décompoſes mon être ?
Tu trouveras dans moi ce Troyen généreux
Qui ravit à la flâme & fon père & les Dieux ;
Ce qui commande aux Rois , quoique leur propre
ouvrage ;
Un Prophéte fameux objet de notre hommage ;
Un fleuve en Egypte vanté ;
Le plus grand ennemi de la fincérité ;
Une fille d'Atlas , & deux fils de Neptune ;
Ce qu'Ovide employa pour peindre l'infortune ;
Un Athlete célébre ; un Météore aqueux ;
Deux mots latins ; une heſpéride ;
Deux animaux ; l'un fier , l'autre ſtupide
Un frimat trifte & rigoureux ;
Enfin j'offre un Pays en yvoire fertile :
Déja tu tiens mon nom ; rien de moins difficile
Iz n'est point pour moi de myſtere ; L
Je lis dans les fiécles paflés :
J'établis la Nobleffe, & fais qu'on la révére :
Les honneurs tels qu'ils font , par mes foins font
tracés.
Lecteur , veux tu bien me connoître ;
Je marche fur dix pieds ; décompoſes mon être ?
Tu trouveras dans moi ce Troyen généreux
Qui ravit à la flâme & fon père & les Dieux ;
Ce qui commande aux Rois , quoique leur propre
ouvrage ;
Un Prophéte fameux objet de notre hommage ;
Un fleuve en Egypte vanté ;
Le plus grand ennemi de la fincérité ;
Une fille d'Atlas , & deux fils de Neptune ;
Ce qu'Ovide employa pour peindre l'infortune ;
Un Athlete célébre ; un Météore aqueux ;
Deux mots latins ; une heſpéride ;
Deux animaux ; l'un fier , l'autre ſtupide
Un frimat trifte & rigoureux ;
Enfin j'offre un Pays en yvoire fertile :
Déja tu tiens mon nom ; rien de moins difficile
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735
p. 69-82
LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
Début :
MONSIEUR, Vous êtes trop bon Citoyen pour ne pas recevoir [...]
Mots clefs :
Genève, Pays de Vaud, Suisse, Liberté, Conquête, Bourgeois, Province, Cantons, Fribourg, Suisses, M. Rousseau, Jules César, Helvétie, Citoyen, Berne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
LETTRE à M. ROUSSEAU , Citoyen
de Genève , par un Bourgeois d'Eftavaïe
, Ville du Pays de Vaud en Suiffe.
MONSIEU ONSIEUR ,
Vous êtes trop bon Citoyen pour ne
pas recevoir favorablement la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer : elle eſt
d'un Bourgeois d'Eftavaïé , Ville du Pays
de Vaud , affiffe fur la Rive Orientale du
Lac de Neufchatel, dans le canton de Fribourg.
Le hazard m'a fait ouvrir chez un ami
le premier volume de votre nouvelle Héloife
, dont la lecture n'eft pas de mon
état. A l'ouverture de ce Volume je fuis
tombé fur une apoftille capable de faire
de la peine à tous les Bourgeois du Pays
de Vaud elle eft au bas de la page 360 ,
& la voci.
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait par-
» tie de la Suiffe : c'eft une conquête des
76 MERCURE DE FRANCE.
» Bernois , & fes Habitans ne font ni Ci-
» toyens , ni libres , mais fujets .
"
»
Je dois maintenir , autant qu'il eft en
moi , l'honneur & les prérogatives de
mon Pays : le Pays de Vaud n'a jamais
» fait partie de la Suiffe » ! Seroit - ce de
l'ancienne Suiffe, de l'Helvétie ? Céfar n'eſt
point de cet avis : ce Conquérant nous
apprend dans fes Commentaires , que » la
» derniere Ville des Allobroges , & la
plus prochaine des bornes de l'Helvé–
» tie , c'étoit Genêye ; que le Pont de cet-
» te Ville portoit par une de fes extrémi-
» tés fur l'Helvétie . ( a ) Or la partie de
l'Helvétie , qui avoifinoit Genève, & qui
s'étendoit jufqu'au Pont de cette Ville ,
c'eft la Province , qui depuis le huitiéme
fiécle fe nomme le Pays de Vaud. Il eſt
donc évident par ce premier trait des
Commentaires, que le Pays de Vaud a fait
partie de l'Helvétie , ou de l'ancienne
Suiffe dans le temps de la conquête des
Gaules.
De plus , l'Helvétie étoit partagée en
quatre Pays ou cantons dans ces mêmes
( a ) Extremum Oppidum Allobrogum eft, proximumque
Helvetiorum finibus Geneva : ex eo
Oppido Pons ad Helvetios pertinet. Cefar , Comin .
Lib 1.chap 5.
SEPTEMBRÉ. 1761 . 71
temps : (b ) deux des quatre occupoient
la Province , qu'on a appellée depuis le
Pays de Vaud. Avenche , Capitale du principal
canton , & même de la Nation
Helvétique au rapport de Tacite : ( c ) la
Ville d'Orbe ( d ) Capitale du canton de
fon nom font celle- ci au centre , l'autre
au Nord de cette Province.
Tous les critiques font d'accord au fujet
d'Avenche : les Inferiptions , les Médailles
, & les autres monumens que l'on
trouve encore fréquemment dans cette
Ville , & dans fes environs ; Tacite , qui
nous apprend , que l'Armée de Vitellius ,
après avoir faccagé ( e ) le Pays Helvétique
, marcha droit à cette Ville , Capitale
du Pays ; fon Siége Epifcopal établi dès
les premiers fiécles de l'Eglife , transferé
à Laufanne au commencement du feptićme
fiécle par Saint Maire , Auteur de la
Chronique de fon nom ; (f) les fignatures
de fes Evêques aux Conciles Nationaux
du premier Royaume de Bourgogne, leurs
Droits Seigneuriaux fur cette Ville , tout
( b ) Omnis civitas Helvetia in quatuor Pagos
divifa eft Caf. Comm . lib . 1. cap. 10. ( c ) Aventi
cum gentis caput Tacit. lib. 1. n°. 68 ( d ) Pagus
Urbigenus ou Verbigenus . Caf. ) ( e Tacit. ibid.
(f)Marius Aventicenfis : Il a figné au fecond
Concile de Châlon en Bourgogne Marius Epifcopus
Ecclefiæ Aventicæ.
72 MERCURE DE FRANCE.
a perpétué la mémoire de la fituation ď
venche & de fon canton. Cette Ville n'eſt
point la dernière du Pays de Vaud vers le
Nord : la Ville de Morat & plufieurs autres
lieux reculent encore plus loin les
bornes Septentrionales de cette Province.
( g )
Lecanton d'Orbe étoit également dans
le Pays de Vaud. ( h ) Je fçais que M. de
(g ) Wattev . hift . de la Confédération Helvétique
, Tom . 1. liv . 2. pag . 65 .
( h ) Le canton appellé Pagus Urbigenus ou
Verbigenus ne peut convenir qu'aux environs de
la rivière & de la Ville d'Orbe : ce mot latinifé de
Céfar, eft un compofé de deux mots Celtiques. *
Gen ou Gent fignifioit habitation dans cette langue
, comine Mag , qui fert de terminaifon à tant
de Villes, paroît fignifier un grand lieu , une Ville :
Ourb ou Querb paroît un nom de lieu ou
de rivière : Il n'y a dans toute la Suiffe aucun lieu ,
ni aucune rivière , qui approche de ce nom , que
la rivière & la Ville d'Orbe . Cette Ville étoit encore
confidérable fous la deuxième race des Rois
de France ; puifque Charlemagne y avoit un Château
de Plaifance ** On fçait d'ailleurs , que les
noms des principales rivières n'ont changé que par
la terminaifon latine.
Quant au mot Gen , plufieurs endroits de la
Celtique & du voifinage portent cette fyllabe, furtout
ceux qui font fitués fur des eaux , comme
* L'Abbé Lebeuf , Hift. du Dioc. de Paris , au mot
Gentilli.
** Delices de la Suiffe, Wattevil. ibid.
Bochat
SEPTEMBRE . 1761 . ཧརྟ
Bochat a transporté le canton appellé Urbigenus
Pagus, dans l'Argeu , ou l' Argou .
contrée arrolée par la rivière d'Aare :
mais la critique ne commet aucune injuftice
contre le Pays de Vaud ; à ce canton
elle fubftitue le canton nomnić Pagus Antuaticus
, qui occupoit faivant lui tout le
territoire depuis l'ancienne Abbaye d'Agaune
, ou de Saint Maurice fur les confins
du Vallais , jufqu'au pont de Genève
en tournant par Laufanne , & les rives
Juranes du Lac Léman . Quoiqu'il en foit
Genève , Geneva , Orléans , Genabum , tous les
Nogens , Gène , Genua dans la Gaule Citérieure
ou Cifalpine &c. Ce mot étoit probablement adoptif
dans la langue Celtique Les mots grecs
γένος & γίνομαι pouvoient y avoir donné lieu depuis
la defcente des Phocéens Céfar nous dit ,
qu'après la déroute des Helvétiens au paffage de
la Sône on trouva dans leur Camp le dénombrement
de leur Arnée en Lettres grecques :
Ces caractères étoient en ufage dans toutes les
Gaules .
*
Je me rappelle à ce propos que les étymologies
de Genève , refurées par M. Spon, Hiftoriographe
de cette Ville , font en effet toutes ridicules . Geneve
parcit venir le deux noms Celtiques Gen &
Eve on Ive , ou Abe comme dans les Villes citées
plus haut ce qui les a fouvent fait confondre dans
les fiécles du moyen âge : Ces dernières fyllabes
* Tabule Litteris Græcis confe& æ.
D
74
MERCURE DE FRANCE.
"
des fçavantes recherches de M. Bochat ;
( i ) Il fuffit à mon objet que cet habile
en différentes dialectes Celtiques paroiffent fignifier
de l'eau les mots grecs ev , mouiller ,
ag de l'eau en approchent beaucoup * : Dans
lequel cas le mot Genève fignifieroit en Celtique
habitation fur l'eau, comme Urbigenum, habitation
fur l'Orbe : Ivoire , Ivodorum , Eviam , Eviomagus
fur le Lac de Genève , & Iverdun , Ebrodunum ,
Ivonans , Ivonenfis Vicus fur le Lac de Neufchatet
, & ailleurs Lodève , Luteva fur la Lergues
& c. auroient la même fignification modifiée différemment.
Quant au Pays d'Argeu , ainfi nommé , parce
qu'il eft traversé par la rivière d'Aare jufqu'au
Rhin , c'eft un nom Germanique , bien poftérieur
au temps de Céfar. Cette contrée renferme une
partie des cantons d'Avenche , de Zurich ** des
Rauraciens , des Nantuates voifins des Alpes & du
Rhin : Auffi l'Argeu eft-il de trois Diocèfes , de
celui d'Avenche , transferé à Laufanne , de celui
d'Augft , Capitale des Rauraciens , *** transféré à
Bafle , de celui de Vindiſch , **** transféré à Conftance
: On fçait que les Diocèles ont confervé les
anciennes divifions des Pays : mais après avoir
trouvé la place de trois ou quatre peuples dans
l'Argeu , comment y placer le Pays Urbigenus Pa
gus ? L'Argeu n'eft pas affez confidérable. L'Antuaticus
feroit mieux rapporté aux cantons de Zug
***** Switz & environs .
( i ) Mémoire crit tique fur la Suiffe , Tom . I.
* Le mot Celtique Adour , qui s'eft confervé dans le
bas Breton , fignifie auffi de l'eau.
***
Pagus Tigurinus. Cef.
Augufta Rauracorum .
**** Vindoniffa on Vindiciæ Helvetim.
***** Tugium.
SEPTEMBRE. 1761 . 75
critique ait reconnu dans le pays de Vaud
deux cantons des quatre mentionnés par
Jules -Céfar : C'en eft affez pour conclure
que cette Province a toujours été une des
grandes parties de l'Helvétie.
Enfin pour comble d'évidence , César
nous apprend que les limites des Helvé
tiens fembloient avoir été tracées par la
nature même ( k ) : le Rhin les féparoit
» des Germains , le Mont Jura des Séqua-
» niens , le Lac de Genève & le Rhône de
la Province Romaine » : Si le Pays de
Vaud eft renfermé dans cette enceinte ;
il eft hors de doute , qu'il a fait partie de
l'ancien Pays des Suiffes : Or il n'eft rien
de plus évident : le Pays de Vaud eft borné
au couchant par le Mont-Jura , qui le
fépare des Séquaniens , ( 4 ) au midi par le
Lac Léman & le Rhône , qui le féparent
des anciens Véragres , Séduniens , & Allobroges
appellés notre Province par Céfar
,(m ) au Nord par le Pays d'Argeu , qui
( k Undique loci natura Helvetii continentur :
unâ ex parte flumine Rhono latiffimo atque altif
-fimo , qui agrum Helvetium à Germanis dividit :
alterâ ex parte monte jurâ altiffimo , qui eft inter
Sequanos & Helvetios : tertiâ lacu Lemano &
flumine Rhodano , qui Provinciam noftram ab
Helvetiis dividit Caf. comm . lib. 1. cap . 2.
(1 ) La Franche Comté .
(m ) Le haut & le bas Valais , la Savoye,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conduit les rivières du Pays de Vaud dans
le Rhin , enfin au Levant par les Alpes :
L'infpection de la Carte rend la chofe
palpable.
"
Que fignifie donc cette propofition ?
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait partie
de la Suiffe » : Quel fens peut - on lui
donner ? Si on entend par la Suiffe l'ancienne
Helvétie , elle eft évidemment
fauffe.
La propofition ne gagne rien , s'il eft
queftion de la Suiffe moderne : depuis le
premier cri de la liberté à la fin de 1315 ,
le Corps Helvétique n'a pris fa confiftance
actuelle , que dans l'efpace de deux cent
vingt ans Fribourg & Soleure ne fe font
cantonnés qu'en 1481 , Bafle & Schaffhouſe
en 1501 , Appenfel en 15 13 , enfin
le Pays de Vaud s'eft réunis aux cantons
de Berne , & de Fribourg en 1535 ,
& 36 , c'eft-à-dire , 3 ; ans après l'union
de Bafle & de Schaffhoufe au Corps Helvérique
, & 23 ans après celle d'Appen
fel. Parce que Fribourg & Soleure n'ont
fait corps avec les autres cantons que cent
foixante fix ans après la première Confédération
Helvétique , Bafle , Schaffhouſe &
Appentel prefque deux cent ans après cette
même époque ; dira- t - on , que ces cantons
n'ont jamais fait partie de la Suiffe
SEPTEMBRE. 1761. 77
:
moderne ? Parce que la Guienne , la Normandie
, & d'autres Provinces ont été
long - temps poffédées par les Rois d'Angleterre
dira-t - on , que ces Provinces
n'ont jamais fait partie du Royaume de
France ? De quel il regarderiez -vous de
emblables raifonnemens Il y a deux cent
quarante huit ans , qu'Appenfel fait partie
de la Suiffe moderne : il y en a deux
cent vingt -cinq , que le Pays de Vaud en
fait une bien plus grande partie : c'eſt une
différence de 23 ans : mais dans l'efpace
de plufieurs fiécles , & lorfqu'une Républi
que s'établit , cet intervalle ne doit faire
aucune fenfation . En bonne Phyfique , les
grands corps ne fçauroient prendre toutleurs
affiétes : Concluons donc ,
Monfieur , que le Pays de Vaud a toujours
fait partie de la Suiffe . Cette propofition
eft l'antipode de la vôtre : Auffi faut-il
avouer que l'Apoftille pafferoit pour romanefque
, fi elle étoit dans le texte , &
fi l'intérêt du Roman l'éxigeoit .
à coup
Mais , dira t- on , les Sénats Souverains
de Berne & de Fribourg font tirés des
Bourgeois de ces deux Capitales , & non
pas du Pays de Vaud : donc le Pays de
Vaud n'a jamais fait partie de la Suiffe .
Si cette conféquence eft bonne ; j'ai droit
de tirer celle- ci : Donc tout ce qui n'eft
D iij
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe. Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'est - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté . Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets : ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoſtille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est- àdire
, fans doute , les Bernois ſe ſont emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) " Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale ,
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n` Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneu
ries : celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel,
1
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoifie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eſt - à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
>
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi.
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'eſt-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes .
Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eft
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft -à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignifi
cation en Suiffe & ailleurs : Les conquêtes
des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761. 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables (o ). Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrionale
de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent .
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift . de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
So MERCURE DE FRANCE .
ci nommoient leurs Magiftrats àla pluralité
des fuffrages , comme cela fe pratique
encore ; leurs affaires à décider ne fortoient
point du Pays ; les plus importantes
fe difcutoient , fe terminoient à l'affemblée
générale de la Province, qui pour
le reffort du Duc de Savoye ,, fe tenoit à
Moudon ( p ) , Ville au centre du Pays de
Vaud ; point de troupes étrangères à leur
folde ; leurs propres armes étoient leur
défenfe ; point de Gouverneurs impérieux
& tyranniques ; leur coûtume étoit leur
Loi fondamentale ; que manquoit- il à leur
liberté Ils en jouiffoient avant que leur
voifins & leurs frères opprimés euffent fecoué
le joug. A cette heureufe fituation
joignez le penchant , qui porte naturellement
à aimer fon Souverain : c'en eft affez
pour réfifter à de nouvelles entrepriſes .
Mais le Zuinglianiſme , qui s'établiſfoit
partout à l'abri des Etendarts Bernois
, & au bruit du canon , achevoit d'aliéner
les efprits ; & liberté pour liberté ,
ils aimoient mieux conferver leur Religion.
De -là vient que les Fribourgeois attachés
au Chriftianifme , tel qu'on l'avoit
toujours profeffé , n'éprouvérent pas la
(p ) Ruchat , hift. de la Réform.
SEPTEMBRE . 1761. 81
même réſiſtance dans la partie du Pays de
Vaud , qui eft de leur canton : fans coup
férir, ils s'accrurent des Comtés de Gruieres
& de Romont , des Seigneuries d'Eſtavaïé
, de Bulle , de Rue , de Vaulru, de
Chatel Saint Denis &c . La voie de négociation
fit tous les frais de la conquête de
ces derniers .
L'Apoftille décide , que les Habitans
» du Pays de Vaud ne font pas Citoyens.
Ils ne font pas , il eft vrai , Bourgeois de
Berne & de Fribourg ; mais réciproquement
les Bourgeois de ces deux Villes
n'ont pas le droit de Bourgeoisie dans le
Pays de Vaud : Un membre même des Sénats
Souverains de Berne & de Fribourg
quelque qualifié qu'il foit , eft fujet à la liberté
des fuffrages de ceux du Pays de
Vaud , dont il recherche la Combourgeoi
fie.
"
?
Enfin les Habitans du Pays de Vaud
» ne font pas libres , mais fujets. » Ils
font fujets , & ils s'en félicitent : donc ils
ne font pas libres. L'induction paroît toutà-
fait fingulière. Ne trouveriez - vous la li
berté que dans l'Anarchie ? Les Suiffes
même l'abjuteroient à cette condition :
j'oſe me perfuader , que vous l'abjureriez
vous -même comme une fource de licences.
En effet l'amour filial, le dévoûment ,
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
le refpect , dont vous donnez des marques
au Sénat Souverain de Genève dans un de
vos écrits , vous annoncent comme un des
meilleurs Sujets de cette République .
Mais pourquoi mettez - vous en oppofition
la liberté & la fujettion ? C'est un
paradoxe qu'un Bourgeois d'Eftavaïé ne
fçauroit demêler ; fa Philofophie ne va
pas jufques - là.
Je m'en tiens à foutenir avec évidence
'de caufe , qu'en Suiffe , comme à Genève ,
tous les individus font fujets ; que les deux
cent, qui compofent le Confeil Souverain
d'un grand canton , poffédent en corps
la
Souveraineté ; que les Bourgeois du Pays
de Vaud font dans leur Pays, comme tous
les autres Sujets des treize cantons ; qu'ils
ont la même liberté ; que la fageffe , qui
régle la liberté, réfide , il eft vrai , principalement
dans le Sénat : mais que le Pays
de Vaud eft un des bras les plus puiffans
de la Suiffe pour la foutenir , pour la dé
fendre , & pour la venger.
J'ai l'honneur d'être &c .
A. J. G. Bourgeois d'ESTAVAIE
de Genève , par un Bourgeois d'Eftavaïe
, Ville du Pays de Vaud en Suiffe.
MONSIEU ONSIEUR ,
Vous êtes trop bon Citoyen pour ne
pas recevoir favorablement la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer : elle eſt
d'un Bourgeois d'Eftavaïé , Ville du Pays
de Vaud , affiffe fur la Rive Orientale du
Lac de Neufchatel, dans le canton de Fribourg.
Le hazard m'a fait ouvrir chez un ami
le premier volume de votre nouvelle Héloife
, dont la lecture n'eft pas de mon
état. A l'ouverture de ce Volume je fuis
tombé fur une apoftille capable de faire
de la peine à tous les Bourgeois du Pays
de Vaud elle eft au bas de la page 360 ,
& la voci.
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait par-
» tie de la Suiffe : c'eft une conquête des
76 MERCURE DE FRANCE.
» Bernois , & fes Habitans ne font ni Ci-
» toyens , ni libres , mais fujets .
"
»
Je dois maintenir , autant qu'il eft en
moi , l'honneur & les prérogatives de
mon Pays : le Pays de Vaud n'a jamais
» fait partie de la Suiffe » ! Seroit - ce de
l'ancienne Suiffe, de l'Helvétie ? Céfar n'eſt
point de cet avis : ce Conquérant nous
apprend dans fes Commentaires , que » la
» derniere Ville des Allobroges , & la
plus prochaine des bornes de l'Helvé–
» tie , c'étoit Genêye ; que le Pont de cet-
» te Ville portoit par une de fes extrémi-
» tés fur l'Helvétie . ( a ) Or la partie de
l'Helvétie , qui avoifinoit Genève, & qui
s'étendoit jufqu'au Pont de cette Ville ,
c'eft la Province , qui depuis le huitiéme
fiécle fe nomme le Pays de Vaud. Il eſt
donc évident par ce premier trait des
Commentaires, que le Pays de Vaud a fait
partie de l'Helvétie , ou de l'ancienne
Suiffe dans le temps de la conquête des
Gaules.
De plus , l'Helvétie étoit partagée en
quatre Pays ou cantons dans ces mêmes
( a ) Extremum Oppidum Allobrogum eft, proximumque
Helvetiorum finibus Geneva : ex eo
Oppido Pons ad Helvetios pertinet. Cefar , Comin .
Lib 1.chap 5.
SEPTEMBRÉ. 1761 . 71
temps : (b ) deux des quatre occupoient
la Province , qu'on a appellée depuis le
Pays de Vaud. Avenche , Capitale du principal
canton , & même de la Nation
Helvétique au rapport de Tacite : ( c ) la
Ville d'Orbe ( d ) Capitale du canton de
fon nom font celle- ci au centre , l'autre
au Nord de cette Province.
Tous les critiques font d'accord au fujet
d'Avenche : les Inferiptions , les Médailles
, & les autres monumens que l'on
trouve encore fréquemment dans cette
Ville , & dans fes environs ; Tacite , qui
nous apprend , que l'Armée de Vitellius ,
après avoir faccagé ( e ) le Pays Helvétique
, marcha droit à cette Ville , Capitale
du Pays ; fon Siége Epifcopal établi dès
les premiers fiécles de l'Eglife , transferé
à Laufanne au commencement du feptićme
fiécle par Saint Maire , Auteur de la
Chronique de fon nom ; (f) les fignatures
de fes Evêques aux Conciles Nationaux
du premier Royaume de Bourgogne, leurs
Droits Seigneuriaux fur cette Ville , tout
( b ) Omnis civitas Helvetia in quatuor Pagos
divifa eft Caf. Comm . lib . 1. cap. 10. ( c ) Aventi
cum gentis caput Tacit. lib. 1. n°. 68 ( d ) Pagus
Urbigenus ou Verbigenus . Caf. ) ( e Tacit. ibid.
(f)Marius Aventicenfis : Il a figné au fecond
Concile de Châlon en Bourgogne Marius Epifcopus
Ecclefiæ Aventicæ.
72 MERCURE DE FRANCE.
a perpétué la mémoire de la fituation ď
venche & de fon canton. Cette Ville n'eſt
point la dernière du Pays de Vaud vers le
Nord : la Ville de Morat & plufieurs autres
lieux reculent encore plus loin les
bornes Septentrionales de cette Province.
( g )
Lecanton d'Orbe étoit également dans
le Pays de Vaud. ( h ) Je fçais que M. de
(g ) Wattev . hift . de la Confédération Helvétique
, Tom . 1. liv . 2. pag . 65 .
( h ) Le canton appellé Pagus Urbigenus ou
Verbigenus ne peut convenir qu'aux environs de
la rivière & de la Ville d'Orbe : ce mot latinifé de
Céfar, eft un compofé de deux mots Celtiques. *
Gen ou Gent fignifioit habitation dans cette langue
, comine Mag , qui fert de terminaifon à tant
de Villes, paroît fignifier un grand lieu , une Ville :
Ourb ou Querb paroît un nom de lieu ou
de rivière : Il n'y a dans toute la Suiffe aucun lieu ,
ni aucune rivière , qui approche de ce nom , que
la rivière & la Ville d'Orbe . Cette Ville étoit encore
confidérable fous la deuxième race des Rois
de France ; puifque Charlemagne y avoit un Château
de Plaifance ** On fçait d'ailleurs , que les
noms des principales rivières n'ont changé que par
la terminaifon latine.
Quant au mot Gen , plufieurs endroits de la
Celtique & du voifinage portent cette fyllabe, furtout
ceux qui font fitués fur des eaux , comme
* L'Abbé Lebeuf , Hift. du Dioc. de Paris , au mot
Gentilli.
** Delices de la Suiffe, Wattevil. ibid.
Bochat
SEPTEMBRE . 1761 . ཧརྟ
Bochat a transporté le canton appellé Urbigenus
Pagus, dans l'Argeu , ou l' Argou .
contrée arrolée par la rivière d'Aare :
mais la critique ne commet aucune injuftice
contre le Pays de Vaud ; à ce canton
elle fubftitue le canton nomnić Pagus Antuaticus
, qui occupoit faivant lui tout le
territoire depuis l'ancienne Abbaye d'Agaune
, ou de Saint Maurice fur les confins
du Vallais , jufqu'au pont de Genève
en tournant par Laufanne , & les rives
Juranes du Lac Léman . Quoiqu'il en foit
Genève , Geneva , Orléans , Genabum , tous les
Nogens , Gène , Genua dans la Gaule Citérieure
ou Cifalpine &c. Ce mot étoit probablement adoptif
dans la langue Celtique Les mots grecs
γένος & γίνομαι pouvoient y avoir donné lieu depuis
la defcente des Phocéens Céfar nous dit ,
qu'après la déroute des Helvétiens au paffage de
la Sône on trouva dans leur Camp le dénombrement
de leur Arnée en Lettres grecques :
Ces caractères étoient en ufage dans toutes les
Gaules .
*
Je me rappelle à ce propos que les étymologies
de Genève , refurées par M. Spon, Hiftoriographe
de cette Ville , font en effet toutes ridicules . Geneve
parcit venir le deux noms Celtiques Gen &
Eve on Ive , ou Abe comme dans les Villes citées
plus haut ce qui les a fouvent fait confondre dans
les fiécles du moyen âge : Ces dernières fyllabes
* Tabule Litteris Græcis confe& æ.
D
74
MERCURE DE FRANCE.
"
des fçavantes recherches de M. Bochat ;
( i ) Il fuffit à mon objet que cet habile
en différentes dialectes Celtiques paroiffent fignifier
de l'eau les mots grecs ev , mouiller ,
ag de l'eau en approchent beaucoup * : Dans
lequel cas le mot Genève fignifieroit en Celtique
habitation fur l'eau, comme Urbigenum, habitation
fur l'Orbe : Ivoire , Ivodorum , Eviam , Eviomagus
fur le Lac de Genève , & Iverdun , Ebrodunum ,
Ivonans , Ivonenfis Vicus fur le Lac de Neufchatet
, & ailleurs Lodève , Luteva fur la Lergues
& c. auroient la même fignification modifiée différemment.
Quant au Pays d'Argeu , ainfi nommé , parce
qu'il eft traversé par la rivière d'Aare jufqu'au
Rhin , c'eft un nom Germanique , bien poftérieur
au temps de Céfar. Cette contrée renferme une
partie des cantons d'Avenche , de Zurich ** des
Rauraciens , des Nantuates voifins des Alpes & du
Rhin : Auffi l'Argeu eft-il de trois Diocèfes , de
celui d'Avenche , transferé à Laufanne , de celui
d'Augft , Capitale des Rauraciens , *** transféré à
Bafle , de celui de Vindiſch , **** transféré à Conftance
: On fçait que les Diocèles ont confervé les
anciennes divifions des Pays : mais après avoir
trouvé la place de trois ou quatre peuples dans
l'Argeu , comment y placer le Pays Urbigenus Pa
gus ? L'Argeu n'eft pas affez confidérable. L'Antuaticus
feroit mieux rapporté aux cantons de Zug
***** Switz & environs .
( i ) Mémoire crit tique fur la Suiffe , Tom . I.
* Le mot Celtique Adour , qui s'eft confervé dans le
bas Breton , fignifie auffi de l'eau.
***
Pagus Tigurinus. Cef.
Augufta Rauracorum .
**** Vindoniffa on Vindiciæ Helvetim.
***** Tugium.
SEPTEMBRE. 1761 . 75
critique ait reconnu dans le pays de Vaud
deux cantons des quatre mentionnés par
Jules -Céfar : C'en eft affez pour conclure
que cette Province a toujours été une des
grandes parties de l'Helvétie.
Enfin pour comble d'évidence , César
nous apprend que les limites des Helvé
tiens fembloient avoir été tracées par la
nature même ( k ) : le Rhin les féparoit
» des Germains , le Mont Jura des Séqua-
» niens , le Lac de Genève & le Rhône de
la Province Romaine » : Si le Pays de
Vaud eft renfermé dans cette enceinte ;
il eft hors de doute , qu'il a fait partie de
l'ancien Pays des Suiffes : Or il n'eft rien
de plus évident : le Pays de Vaud eft borné
au couchant par le Mont-Jura , qui le
fépare des Séquaniens , ( 4 ) au midi par le
Lac Léman & le Rhône , qui le féparent
des anciens Véragres , Séduniens , & Allobroges
appellés notre Province par Céfar
,(m ) au Nord par le Pays d'Argeu , qui
( k Undique loci natura Helvetii continentur :
unâ ex parte flumine Rhono latiffimo atque altif
-fimo , qui agrum Helvetium à Germanis dividit :
alterâ ex parte monte jurâ altiffimo , qui eft inter
Sequanos & Helvetios : tertiâ lacu Lemano &
flumine Rhodano , qui Provinciam noftram ab
Helvetiis dividit Caf. comm . lib. 1. cap . 2.
(1 ) La Franche Comté .
(m ) Le haut & le bas Valais , la Savoye,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conduit les rivières du Pays de Vaud dans
le Rhin , enfin au Levant par les Alpes :
L'infpection de la Carte rend la chofe
palpable.
"
Que fignifie donc cette propofition ?
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait partie
de la Suiffe » : Quel fens peut - on lui
donner ? Si on entend par la Suiffe l'ancienne
Helvétie , elle eft évidemment
fauffe.
La propofition ne gagne rien , s'il eft
queftion de la Suiffe moderne : depuis le
premier cri de la liberté à la fin de 1315 ,
le Corps Helvétique n'a pris fa confiftance
actuelle , que dans l'efpace de deux cent
vingt ans Fribourg & Soleure ne fe font
cantonnés qu'en 1481 , Bafle & Schaffhouſe
en 1501 , Appenfel en 15 13 , enfin
le Pays de Vaud s'eft réunis aux cantons
de Berne , & de Fribourg en 1535 ,
& 36 , c'eft-à-dire , 3 ; ans après l'union
de Bafle & de Schaffhoufe au Corps Helvérique
, & 23 ans après celle d'Appen
fel. Parce que Fribourg & Soleure n'ont
fait corps avec les autres cantons que cent
foixante fix ans après la première Confédération
Helvétique , Bafle , Schaffhouſe &
Appentel prefque deux cent ans après cette
même époque ; dira- t - on , que ces cantons
n'ont jamais fait partie de la Suiffe
SEPTEMBRE. 1761. 77
:
moderne ? Parce que la Guienne , la Normandie
, & d'autres Provinces ont été
long - temps poffédées par les Rois d'Angleterre
dira-t - on , que ces Provinces
n'ont jamais fait partie du Royaume de
France ? De quel il regarderiez -vous de
emblables raifonnemens Il y a deux cent
quarante huit ans , qu'Appenfel fait partie
de la Suiffe moderne : il y en a deux
cent vingt -cinq , que le Pays de Vaud en
fait une bien plus grande partie : c'eſt une
différence de 23 ans : mais dans l'efpace
de plufieurs fiécles , & lorfqu'une Républi
que s'établit , cet intervalle ne doit faire
aucune fenfation . En bonne Phyfique , les
grands corps ne fçauroient prendre toutleurs
affiétes : Concluons donc ,
Monfieur , que le Pays de Vaud a toujours
fait partie de la Suiffe . Cette propofition
eft l'antipode de la vôtre : Auffi faut-il
avouer que l'Apoftille pafferoit pour romanefque
, fi elle étoit dans le texte , &
fi l'intérêt du Roman l'éxigeoit .
à coup
Mais , dira t- on , les Sénats Souverains
de Berne & de Fribourg font tirés des
Bourgeois de ces deux Capitales , & non
pas du Pays de Vaud : donc le Pays de
Vaud n'a jamais fait partie de la Suiffe .
Si cette conféquence eft bonne ; j'ai droit
de tirer celle- ci : Donc tout ce qui n'eft
D iij
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe. Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'est - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté . Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets : ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoſtille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est- àdire
, fans doute , les Bernois ſe ſont emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) " Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale ,
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n` Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneu
ries : celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel,
1
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoifie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eſt - à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
>
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi.
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'eſt-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes .
Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eft
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft -à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignifi
cation en Suiffe & ailleurs : Les conquêtes
des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761. 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables (o ). Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrionale
de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent .
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift . de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
So MERCURE DE FRANCE .
ci nommoient leurs Magiftrats àla pluralité
des fuffrages , comme cela fe pratique
encore ; leurs affaires à décider ne fortoient
point du Pays ; les plus importantes
fe difcutoient , fe terminoient à l'affemblée
générale de la Province, qui pour
le reffort du Duc de Savoye ,, fe tenoit à
Moudon ( p ) , Ville au centre du Pays de
Vaud ; point de troupes étrangères à leur
folde ; leurs propres armes étoient leur
défenfe ; point de Gouverneurs impérieux
& tyranniques ; leur coûtume étoit leur
Loi fondamentale ; que manquoit- il à leur
liberté Ils en jouiffoient avant que leur
voifins & leurs frères opprimés euffent fecoué
le joug. A cette heureufe fituation
joignez le penchant , qui porte naturellement
à aimer fon Souverain : c'en eft affez
pour réfifter à de nouvelles entrepriſes .
Mais le Zuinglianiſme , qui s'établiſfoit
partout à l'abri des Etendarts Bernois
, & au bruit du canon , achevoit d'aliéner
les efprits ; & liberté pour liberté ,
ils aimoient mieux conferver leur Religion.
De -là vient que les Fribourgeois attachés
au Chriftianifme , tel qu'on l'avoit
toujours profeffé , n'éprouvérent pas la
(p ) Ruchat , hift. de la Réform.
SEPTEMBRE . 1761. 81
même réſiſtance dans la partie du Pays de
Vaud , qui eft de leur canton : fans coup
férir, ils s'accrurent des Comtés de Gruieres
& de Romont , des Seigneuries d'Eſtavaïé
, de Bulle , de Rue , de Vaulru, de
Chatel Saint Denis &c . La voie de négociation
fit tous les frais de la conquête de
ces derniers .
L'Apoftille décide , que les Habitans
» du Pays de Vaud ne font pas Citoyens.
Ils ne font pas , il eft vrai , Bourgeois de
Berne & de Fribourg ; mais réciproquement
les Bourgeois de ces deux Villes
n'ont pas le droit de Bourgeoisie dans le
Pays de Vaud : Un membre même des Sénats
Souverains de Berne & de Fribourg
quelque qualifié qu'il foit , eft fujet à la liberté
des fuffrages de ceux du Pays de
Vaud , dont il recherche la Combourgeoi
fie.
"
?
Enfin les Habitans du Pays de Vaud
» ne font pas libres , mais fujets. » Ils
font fujets , & ils s'en félicitent : donc ils
ne font pas libres. L'induction paroît toutà-
fait fingulière. Ne trouveriez - vous la li
berté que dans l'Anarchie ? Les Suiffes
même l'abjuteroient à cette condition :
j'oſe me perfuader , que vous l'abjureriez
vous -même comme une fource de licences.
En effet l'amour filial, le dévoûment ,
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
le refpect , dont vous donnez des marques
au Sénat Souverain de Genève dans un de
vos écrits , vous annoncent comme un des
meilleurs Sujets de cette République .
Mais pourquoi mettez - vous en oppofition
la liberté & la fujettion ? C'est un
paradoxe qu'un Bourgeois d'Eftavaïé ne
fçauroit demêler ; fa Philofophie ne va
pas jufques - là.
Je m'en tiens à foutenir avec évidence
'de caufe , qu'en Suiffe , comme à Genève ,
tous les individus font fujets ; que les deux
cent, qui compofent le Confeil Souverain
d'un grand canton , poffédent en corps
la
Souveraineté ; que les Bourgeois du Pays
de Vaud font dans leur Pays, comme tous
les autres Sujets des treize cantons ; qu'ils
ont la même liberté ; que la fageffe , qui
régle la liberté, réfide , il eft vrai , principalement
dans le Sénat : mais que le Pays
de Vaud eft un des bras les plus puiffans
de la Suiffe pour la foutenir , pour la dé
fendre , & pour la venger.
J'ai l'honneur d'être &c .
A. J. G. Bourgeois d'ESTAVAIE
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Résumé : LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
Un bourgeois d'Estavayer, dans le Pays de Vaud, conteste une affirmation de 'La Nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau selon laquelle le Pays de Vaud n'a jamais fait partie de la Suisse et que ses habitants sont sujets des Bernois. L'auteur de la lettre soutient que le Pays de Vaud appartenait à l'ancienne Helvétie, citant César qui mentionne que Genève était proche des bornes de l'Helvétie. Il souligne que l'Helvétie était divisée en quatre cantons, dont deux occupaient la région du Pays de Vaud, avec Avenche et Orbe comme capitales. Des preuves archéologiques et des témoignages historiques, comme ceux de Tacite et de Marius d'Avenche, corroborent cette appartenance. Le texte explore les étymologies celtiques et germaniques des noms de lieux et les divisions administratives historiques de la région. Il critique l'idée que le Pays de Vaud n'a jamais fait partie de la Suisse moderne, affirmant que les dates de rattachement des cantons ne doivent pas être considérées isolément. Le Pays de Vaud a été conquis par les Bernois en 1535, privant ses habitants de droits comme celui de bourgeoisie. Avant cette conquête, le Pays de Vaud jouissait d'une grande liberté sous la souveraineté du Duc de Savoie, de l'Évêque de Lausanne et d'autres maisons nobles. Le texte discute également des conquêtes suisses et de l'influence du zuinglianisme, qui a poussé les habitants à préférer conserver leur religion plutôt que leur ancienne liberté. Il explore la notion de liberté et de sujétion dans le Pays de Vaud et en Suisse, soulignant que les habitants du Pays de Vaud se perçoivent comme sujets mais bénéficient des mêmes libertés que les autres sujets des treize cantons et participent activement à la défense de la Suisse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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736
p. 135
« ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...] »
Début :
ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...] »
ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR
IE DUC DE BOURGOGNE. In 8 ° . 1761. De
l'Imprimerie Royale. Par M. le Franc de
Pompignan , de l'Académie Françoiſe.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain
, l'Extrait de cet Ouvrage , intéreffant
pour la Nation , qui pleurera longtemps
la perte de ce Prince.
IE DUC DE BOURGOGNE. In 8 ° . 1761. De
l'Imprimerie Royale. Par M. le Franc de
Pompignan , de l'Académie Françoiſe.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain
, l'Extrait de cet Ouvrage , intéreffant
pour la Nation , qui pleurera longtemps
la perte de ce Prince.
Fermer
737
p. 93-105
ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
Début :
L'ÉPITRE Dédicatoire, l'Avertissement & le corps de l'Ouvrage sont les trois [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Prince, Roi, M. de La Vauguyon, Enfants, Monseigneur le Dauphin, Douleur, Madame la Dauphine, Paroles, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
ÉLOGE
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
Fermer
738
p. 60
ENIGME.
Début :
Quel est mon sort ! si-tôt que je suis née, [...]
Mots clefs :
Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UBL eft mon fort ! fi- tôt que je ſuis née ,
On m'inſulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens
,
La Coquette voudroit avoir ma deſtinée :
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans`
UBL eft mon fort ! fi- tôt que je ſuis née ,
On m'inſulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens
,
La Coquette voudroit avoir ma deſtinée :
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans`
Fermer
739
p. 62-63
AUTRE.
Début :
Les neufs pieds, cher Lecteur, qui forment mon essence, [...]
Mots clefs :
Richelieu
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Las neufs pieds , cher Lecteur , qui forment ES
mon effence ,
T'offriront , fans effort , un nom qui fut fameux ;
Un Héros de nos jours , dont la haute vaillance
Mérite moins encor que. le coeur généreux .
Combine maintenant , tu trouveras un être ,
Dont la vafte étendue embraſſe l'Univers ;
Ce que maint mortel veut paroître
Pour écarter le foupçon du revers ;
Ce que pour s'inftruire il faut faire ;
Le fruit du travail merveilleux
D'un infecte laborieux ;
Pour un jeune Ecolier une pénible affaire ;
Ce que craignoient ſouvent des combattans nouveaux
;
Un mot dont l'effet eft de fixer la mémoire ,
Quand on veut , avec fruit , étudier l'Hiftoire ;
Ce qui conferve enfin le vin dans les tonneaux.
Pourfuis , & tu verras le nom de ce Prophète
Exempt du fatal monument ;
Ce Sacrificateur, dont l'exemple touchant
Doit fervir aux parens d'inftruction parfaite ;
Ce qui s'écoule avec rapidité ,
Avec l'objet dont on eft enchanté ;
Ꭺ Ꮕ Ꮜ ᏕᎢ , 1762. - -
L'une des fources de la vie;
Ce qui doit exciter notre plus forte envie ;
Une note en Mufique ; un pronom relatif ;
Une plante commune ; une riviere en France;
Ce qui peut quelquefois défarmer la vengeance:
Encor .... Mais c'eft affez pour ton génie actif.
L. de Bordeaux.
Las neufs pieds , cher Lecteur , qui forment ES
mon effence ,
T'offriront , fans effort , un nom qui fut fameux ;
Un Héros de nos jours , dont la haute vaillance
Mérite moins encor que. le coeur généreux .
Combine maintenant , tu trouveras un être ,
Dont la vafte étendue embraſſe l'Univers ;
Ce que maint mortel veut paroître
Pour écarter le foupçon du revers ;
Ce que pour s'inftruire il faut faire ;
Le fruit du travail merveilleux
D'un infecte laborieux ;
Pour un jeune Ecolier une pénible affaire ;
Ce que craignoient ſouvent des combattans nouveaux
;
Un mot dont l'effet eft de fixer la mémoire ,
Quand on veut , avec fruit , étudier l'Hiftoire ;
Ce qui conferve enfin le vin dans les tonneaux.
Pourfuis , & tu verras le nom de ce Prophète
Exempt du fatal monument ;
Ce Sacrificateur, dont l'exemple touchant
Doit fervir aux parens d'inftruction parfaite ;
Ce qui s'écoule avec rapidité ,
Avec l'objet dont on eft enchanté ;
Ꭺ Ꮕ Ꮜ ᏕᎢ , 1762. - -
L'une des fources de la vie;
Ce qui doit exciter notre plus forte envie ;
Une note en Mufique ; un pronom relatif ;
Une plante commune ; une riviere en France;
Ce qui peut quelquefois défarmer la vengeance:
Encor .... Mais c'eft affez pour ton génie actif.
L. de Bordeaux.
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740
p. 118-125
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MISCELLANEA Philosophico - Mathematica, Societatis private Taurinensis. 2 vol. in-4°. [...]
Mots clefs :
Volumes, Académie de Turin, Fables, Traduction libre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MISCELLANEA Philofophico - Mathematica
, Societatis private Taurinenfis.
2 vol. in-4° . avec cette Epigraphe :
Favete , adefte æquo animo , & rem cognofcite
Ut pernofcatis , ecquid fpei fit reliquum .
Terent Prolog. Andr.
Augufta Taurinorum , ex Typographiâ
Regia. 1759. Et fe trouve à Paris chez
Briailon , rue S. Jacques , à la Science.
Ces deux Volumes font beaucoup.
d'honneur à l'Académie de Turin ; &
nous nous propofons d'en rendre compte
inceffamment .
VOYAGE en France , en Italie &
JANVIER. 1762. 119
aux Ifles de l'Archipel ; ou Lettres écrites
de plufieurs endroits de l'Europe &
du Levant , en 1750 , &c , avec des obfervations
de l'Auteur fur les diverfes
productions de la Nature & de l'Art :
Ouvrage traduit de l'Anglois , 4 vol.
in- 12. Paris , 1763. Chez Charpentier ,
Libraire , quai des Auguftins , à l'entrée
de la rue du Hurepoix , à S. Chryfoftôme.
Nous donnerons l'Extrait de cet
Ouvrage auffi curieux qu'inftructif.
OEUVRES diverfes de M. Defmahis.
in - 12 . Geneve. 17762. Se trouve chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
On fera fans doute bien-aife de trouver
enfin réunis les différens Ouvrages de
cet aimable Auteur.
LES SUCCÈS d'un Fat , Nouvelle. 2
vol. in- 12. à Avignon , 1762. On les
trouve à Paris chez Lefclapart , Libraire
, quai de Gêvres.
FABLES nouvelles divifées en 4 Livres
, Traduction libre de l'Allemand ,
de M. Lichtwechr , in- 12 . Strasbourg
1763 , chez Godefroi Baver ; & fe trouve
à Paris , chez Langlois , Libraire ,
rue de la Harpe , à la Couronne d'or.
4
120 MERCURE DE FRANCE .
>
TRAITÉ hiftorique des Plantes qui
croiffent dans la Lorraine & les trois
Evêchés , contenant leur deſcription
leur figure , leur nom , les lieux où elles
croiffent , leur culture , leur analyſe
& leurs propriétés , tant pour la Médecine
, que pour les Arts & Métiers . Par
M. P. J. Buchoz , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie & en
Médecine , Aggrégé du Collége Royal
des Médecins de Nanci, in - 12. Tom. I.
à Nanci , 1762.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiffement
de Louis XIV, Par M. Villaret
, Secrétaire de Noffeigneurs les
Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie. in- 12 . Tomes 11. & 12 .
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais vis-à -vis le
Collége. Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ces deux nouveaux
volumes , qui ne peuvent qu'ajou
ter à la réputation méritée de leur Auteur.
>
LETTRE de M. Marin , Cenfeur
Royal & de la Police , de l'Académie
de Marfeil'e & de la Société Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Nanci , à
Mde
JANVIER. 1763. 121
Mde la P *** de *** fur un Projet intéreffant
pour l'humanité. Nous fommes
fâchés que l'abondance des matières
ne nous permette point d'inférer ici
dès à préfent cette lettre , qui fait honneur
au coeur & à l'efprit de fon Auteur.
PETIT TABLEAU de l'Univers , qui
comprend la defcription de tous les
Pays & Villes du Monde , avec leurs
pofitions & leurs diftances de Paris
toutes les grandes routes de Tèrre , de
Mer & des rivieres de France , l'étendue
des côtes de mer , avec les Royaumes
& les Villes qui y font fituées , le
cours des rivieres , les hautes montagnes
, les Gouvernemens de France , les
Refforts des Parlemens , les Généralités
les Diocéfes , les Ordres de Chevalerie
&c , & les Ecrivains profanes de tous
les fiécles de l'Ere Chrétienne , in-24.
ALMANACH du Tableau de l'Univers
, qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du Monde, in-32.
>
LE BON JARDINIER Almanach
pour l'année 1763 , contenant une idée
générale des quatre fortes de Jardins ,
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
les régles pour les cultiver , & la maniere
d'élever les plus belles fleurs. Nouvelle
édition confidérablement augmen→
tée , & dans laquelle la partie des fleurs
a été entierement refondue par un Amateur
Ces trois petits Ouvrages fe vendent
à Paris chez Guillyn , quai des Auguf
tins du côté du Pont S. Michel au
Lys- d'or.
,
ETRENNES du Chrétien ; Almanach
DE BERRY. Chez Barbou , Libraire ,
rue S. Jacques , aux Cigognes.
ETRENNES curieufes & utiles , à,
l'ufage de la Province de Berry , pour
l'année 1763. A Bourges , chez la veuve
Boyer.
2
ETRENNES maritimes , pour l'année
1763 , contenant des idées générales de
la Marine & des Vaiffeaux ; l'explication
de quelques termes de Marine ; la
lifte des Vaiffeaux offerts au Roi ; &
l'état des Officiers de la Marine à la fin
de 1762. A Paris , chez Nyon , quai
des Auguftins , àl'Occafion
TRAITÉ élémentaire de Méchanir
JANVIER. 1763. 123
que & de Dynamique appliqué princi
palement au mouvement des mâchines ,
par › M. l'Abbé BOSSUT , Profeffeur
Royal de Mathématique aux Ecoles /du
Génie , à Mézieres , Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris. A Charleville , chez Tefin..
M. l'Abbé Boffut connu par deux
Prix qu'il a remportés à l'Académie des
Sciences , & 1par d'excellens mémoires
qu'il a donnés fur la Géométrie & la
Méchanique tranfcendantes , vient de
publier cet Ouvrage , dont nous n'entreprendrons
point de faire l'analyſe..
Nous nous contenterons de dire que
l'Académie des Sciences l'a approuvé
avec éloge ; mais comme iba pour objet.
des matières utiles;nous nous propofons.
de le faire connoître à nos Lecteurs ,
en tranfcrivant dans le Mercure prochain
une partie de la préface même
de l'Auteur,que nous trouvons très-bien
écrite rogs a
XUS
Le Public eft avertique le Tome
cinquième du Nouveau Traité de la
Diplomatique , par les Bénédictins , paroit
actuellement chez Defprez , Immprimeur
du Roi & du Clergé de Frande.
Les Soulcripteurs font pries len venan
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
retirer ce volume , d'appporter la re--
connoiffance qu'ils doivent avoir pour:
lesTomes 5 & 6 fin de l'ouvrage , afin que
le volume qu'on leur donnera foit regiftré
derrière.
NOUVELLES Etrennes gravées , emblématiques
& chantantes pour l'année
1763 :
Sur divers fujets de piété & de morale
, par le fieur Breffon de Maillard,
graveur & découpeur privilégié en caracteres
& deffeins- vignettes , de feu
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ..
On trouvera pareillement chez ledit
fieur Maillard , en fa demeure rue S.
Jacques , Maifon de M. de Lambon
Avocat , près les Mathurins , une fuite
d'autres petites eftampes en emblêmes ,
relatives aux temps des Etrènnes , comme
auffi un affortiment de fes ouvrages de
caractères & de deffeins pour peindre
toutes fortes d'ouvrages. L'époufe du
fieur Maillard montre aux Dames la
maniere de s'en fervir & de les terminer
au pinceau.
TRAITE' fur la culture des Muriers
blancs , la maniere d'élever les vers - àfoie
, & l'ufage qu'on doit faire des
JANVIER. 1763 . 125
cocons , avec figures. Par M. Pomier.
Ingénieur des Ponts & Chauffées. A
Orléans , de l'imprimerie de Couret de
Villeneuve , Imprimeur du Roi & de
l'Evêché , 1762 , avec approbation &
privilége du Roi.
Pater ipfe colendi
"
Haud facilem effe viam voluit , primufque per
artem
Movit agros.
Quare agite , & proprios generatim difcite cultus
Agricolæ , fructufque feros mollite colendo.
up
Georg. I. & II.
MISCELLANEA Philofophico - Mathematica
, Societatis private Taurinenfis.
2 vol. in-4° . avec cette Epigraphe :
Favete , adefte æquo animo , & rem cognofcite
Ut pernofcatis , ecquid fpei fit reliquum .
Terent Prolog. Andr.
Augufta Taurinorum , ex Typographiâ
Regia. 1759. Et fe trouve à Paris chez
Briailon , rue S. Jacques , à la Science.
Ces deux Volumes font beaucoup.
d'honneur à l'Académie de Turin ; &
nous nous propofons d'en rendre compte
inceffamment .
VOYAGE en France , en Italie &
JANVIER. 1762. 119
aux Ifles de l'Archipel ; ou Lettres écrites
de plufieurs endroits de l'Europe &
du Levant , en 1750 , &c , avec des obfervations
de l'Auteur fur les diverfes
productions de la Nature & de l'Art :
Ouvrage traduit de l'Anglois , 4 vol.
in- 12. Paris , 1763. Chez Charpentier ,
Libraire , quai des Auguftins , à l'entrée
de la rue du Hurepoix , à S. Chryfoftôme.
Nous donnerons l'Extrait de cet
Ouvrage auffi curieux qu'inftructif.
OEUVRES diverfes de M. Defmahis.
in - 12 . Geneve. 17762. Se trouve chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
On fera fans doute bien-aife de trouver
enfin réunis les différens Ouvrages de
cet aimable Auteur.
LES SUCCÈS d'un Fat , Nouvelle. 2
vol. in- 12. à Avignon , 1762. On les
trouve à Paris chez Lefclapart , Libraire
, quai de Gêvres.
FABLES nouvelles divifées en 4 Livres
, Traduction libre de l'Allemand ,
de M. Lichtwechr , in- 12 . Strasbourg
1763 , chez Godefroi Baver ; & fe trouve
à Paris , chez Langlois , Libraire ,
rue de la Harpe , à la Couronne d'or.
4
120 MERCURE DE FRANCE .
>
TRAITÉ hiftorique des Plantes qui
croiffent dans la Lorraine & les trois
Evêchés , contenant leur deſcription
leur figure , leur nom , les lieux où elles
croiffent , leur culture , leur analyſe
& leurs propriétés , tant pour la Médecine
, que pour les Arts & Métiers . Par
M. P. J. Buchoz , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie & en
Médecine , Aggrégé du Collége Royal
des Médecins de Nanci, in - 12. Tom. I.
à Nanci , 1762.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiffement
de Louis XIV, Par M. Villaret
, Secrétaire de Noffeigneurs les
Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie. in- 12 . Tomes 11. & 12 .
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais vis-à -vis le
Collége. Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ces deux nouveaux
volumes , qui ne peuvent qu'ajou
ter à la réputation méritée de leur Auteur.
>
LETTRE de M. Marin , Cenfeur
Royal & de la Police , de l'Académie
de Marfeil'e & de la Société Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Nanci , à
Mde
JANVIER. 1763. 121
Mde la P *** de *** fur un Projet intéreffant
pour l'humanité. Nous fommes
fâchés que l'abondance des matières
ne nous permette point d'inférer ici
dès à préfent cette lettre , qui fait honneur
au coeur & à l'efprit de fon Auteur.
PETIT TABLEAU de l'Univers , qui
comprend la defcription de tous les
Pays & Villes du Monde , avec leurs
pofitions & leurs diftances de Paris
toutes les grandes routes de Tèrre , de
Mer & des rivieres de France , l'étendue
des côtes de mer , avec les Royaumes
& les Villes qui y font fituées , le
cours des rivieres , les hautes montagnes
, les Gouvernemens de France , les
Refforts des Parlemens , les Généralités
les Diocéfes , les Ordres de Chevalerie
&c , & les Ecrivains profanes de tous
les fiécles de l'Ere Chrétienne , in-24.
ALMANACH du Tableau de l'Univers
, qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du Monde, in-32.
>
LE BON JARDINIER Almanach
pour l'année 1763 , contenant une idée
générale des quatre fortes de Jardins ,
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
les régles pour les cultiver , & la maniere
d'élever les plus belles fleurs. Nouvelle
édition confidérablement augmen→
tée , & dans laquelle la partie des fleurs
a été entierement refondue par un Amateur
Ces trois petits Ouvrages fe vendent
à Paris chez Guillyn , quai des Auguf
tins du côté du Pont S. Michel au
Lys- d'or.
,
ETRENNES du Chrétien ; Almanach
DE BERRY. Chez Barbou , Libraire ,
rue S. Jacques , aux Cigognes.
ETRENNES curieufes & utiles , à,
l'ufage de la Province de Berry , pour
l'année 1763. A Bourges , chez la veuve
Boyer.
2
ETRENNES maritimes , pour l'année
1763 , contenant des idées générales de
la Marine & des Vaiffeaux ; l'explication
de quelques termes de Marine ; la
lifte des Vaiffeaux offerts au Roi ; &
l'état des Officiers de la Marine à la fin
de 1762. A Paris , chez Nyon , quai
des Auguftins , àl'Occafion
TRAITÉ élémentaire de Méchanir
JANVIER. 1763. 123
que & de Dynamique appliqué princi
palement au mouvement des mâchines ,
par › M. l'Abbé BOSSUT , Profeffeur
Royal de Mathématique aux Ecoles /du
Génie , à Mézieres , Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris. A Charleville , chez Tefin..
M. l'Abbé Boffut connu par deux
Prix qu'il a remportés à l'Académie des
Sciences , & 1par d'excellens mémoires
qu'il a donnés fur la Géométrie & la
Méchanique tranfcendantes , vient de
publier cet Ouvrage , dont nous n'entreprendrons
point de faire l'analyſe..
Nous nous contenterons de dire que
l'Académie des Sciences l'a approuvé
avec éloge ; mais comme iba pour objet.
des matières utiles;nous nous propofons.
de le faire connoître à nos Lecteurs ,
en tranfcrivant dans le Mercure prochain
une partie de la préface même
de l'Auteur,que nous trouvons très-bien
écrite rogs a
XUS
Le Public eft avertique le Tome
cinquième du Nouveau Traité de la
Diplomatique , par les Bénédictins , paroit
actuellement chez Defprez , Immprimeur
du Roi & du Clergé de Frande.
Les Soulcripteurs font pries len venan
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
retirer ce volume , d'appporter la re--
connoiffance qu'ils doivent avoir pour:
lesTomes 5 & 6 fin de l'ouvrage , afin que
le volume qu'on leur donnera foit regiftré
derrière.
NOUVELLES Etrennes gravées , emblématiques
& chantantes pour l'année
1763 :
Sur divers fujets de piété & de morale
, par le fieur Breffon de Maillard,
graveur & découpeur privilégié en caracteres
& deffeins- vignettes , de feu
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ..
On trouvera pareillement chez ledit
fieur Maillard , en fa demeure rue S.
Jacques , Maifon de M. de Lambon
Avocat , près les Mathurins , une fuite
d'autres petites eftampes en emblêmes ,
relatives aux temps des Etrènnes , comme
auffi un affortiment de fes ouvrages de
caractères & de deffeins pour peindre
toutes fortes d'ouvrages. L'époufe du
fieur Maillard montre aux Dames la
maniere de s'en fervir & de les terminer
au pinceau.
TRAITE' fur la culture des Muriers
blancs , la maniere d'élever les vers - àfoie
, & l'ufage qu'on doit faire des
JANVIER. 1763 . 125
cocons , avec figures. Par M. Pomier.
Ingénieur des Ponts & Chauffées. A
Orléans , de l'imprimerie de Couret de
Villeneuve , Imprimeur du Roi & de
l'Evêché , 1762 , avec approbation &
privilége du Roi.
Pater ipfe colendi
"
Haud facilem effe viam voluit , primufque per
artem
Movit agros.
Quare agite , & proprios generatim difcite cultus
Agricolæ , fructufque feros mollite colendo.
up
Georg. I. & II.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document présente une série d'annonces de livres et d'ouvrages publiés entre 1759 et 1763. Parmi les publications notables, les 'Miscellanea Philofophico-Mathematica' de la Société privée de Turin, parues en 1759, sont mises en avant, honorant l'Académie de Turin. Un autre ouvrage mentionné est le 'Voyage en France, en Italie et aux îles de l'Archipel', traduit de l'anglais et publié en 1763, décrit comme curieux et instructif. Les 'Œuvres diverses de M. Desmahis', publiées à Genève en 1762, ainsi que 'Les Succès d'un Fat' et des 'Fables nouvelles' traduites de l'allemand, sont également annoncées. Le document mentionne également des traités historiques et scientifiques, tels que le 'Traité historique des Plantes' de M. P. J. Buchoz et l''Histoire de France' de M. Villaret. Des almanachs et des ouvrages techniques, comme le 'Traité élémentaire de Méchanique' de l'Abbé Bossut, sont également listés. Enfin, le document informe sur la publication du cinquième tome du 'Nouveau Traité de la Diplomatique' par les Bénédictins et sur diverses estampes et gravures pour l'année 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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741
s. p.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Début :
M. De Saint-Foix va donner incessamment un Supplément à ses Essais [...]
Mots clefs :
Mousquetaires, Ouvrage, Ennemi, Attaque, Cavalerie, Gouverneur, Compagnies
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texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
M.De Saint-Foixva donner inceffamment
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
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Résumé : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Un supplément aux Essais historiques sur Paris de M. de Saint-Foix a été publié, incluant un article sur les hôtels des Mousquetaires. L'auteur de ce texte salue la clarté et la précision de Saint-Foix, qui cite toujours ses sources. L'article aborde les deux compagnies des Mousquetaires, créées en 1622 et 1665. La première compagnie se distingua notamment au siège de Suze et à la bataille des Dunes. En 1667, lors de la guerre entre la France et l'Espagne, les Mousquetaires suivirent le roi en Flandres et participèrent à plusieurs sièges, comme ceux de Lille et de Dole. En 1669, ils combattirent en Candie aux côtés du duc de Navailles. En 1672, ils traversèrent le Rhin à la nage lors de la guerre contre la Hollande et participèrent à divers sièges, tels que ceux de Mastrick et de Besançon. En 1676, ils assiégèrent Condé et en 1677, Valenciennes, où ils montrèrent une grande bravoure et une stratégie efficace, permettant la prise rapide de la ville. Les Mousquetaires se distinguèrent par leur bravoure et leur discipline. Le 17 mars 1677, ils prirent Valenciennes et le 11 avril, ils jouèrent un rôle crucial dans la bataille de Cassel, où ils chargèrent à pied et repoussèrent les troupes ennemies malgré une forte résistance. Leur intervention permit de renverser le cours de la bataille. Ils se distinguèrent également lors des sièges d'Ypres, de Courtrai, de Philisbourg, de Mons et de Namur. Lors de la bataille de Ramillies en 1706, ils perçèrent les lignes ennemies mais furent finalement repoussés en raison de mauvaises dispositions stratégiques. À Malplaquet, ils montrèrent une grande discipline en restant immobiles sous le feu ennemi pendant cinq heures. Leur courage et leur dévouement furent également notables lors du siège de Philisbourg en 1734. Le texte met en avant leur valeur et leur capacité à surmonter les dangers, illustrant ainsi leur rôle essentiel dans les victoires militaires françaises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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742
p. 64-75
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Début :
Nous avons déja fait connoître dans plusieurs de nos précédens Mercures, [...]
Mots clefs :
Roi, Règne, Paris, Monarque, Évêque, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
NOUVELLES LITTERAIRES..
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
Fermer
Résumé : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Le texte présente une analyse de l'ouvrage 'Histoire de France depuis l'établissement de la Monarchie jusqu'au règne de Louis XIV' de M. Villaret, secrétaire des Pairs de France et garde des Archives de la Pairie. Les tomes XI et XII, publiés en 1763, couvrent la période de 1378 à 1407, sous les règnes de Charles V et Charles VI. Les principaux événements relatés incluent les conflits entre Charles V et Jean de Montfort, duc de Bretagne, ainsi que la mort du connétable Duguesclin. Charles V ordonna que le corps de Duguesclin soit inhumé à l'abbaye de Saint-Denis, malgré les vœux du défunt. Le convoi funéraire traversa la France, suscitant des larmes et des services funéraires partout sur son passage. Charles V fit également ériger un mausolée pour Duguesclin, avec une épitaphe modeste. L'auteur compare Duguesclin à Turenne, soulignant les qualités militaires et la modestie des deux héros. Il mentionne également la mort de Charles V et l'état des sciences et des arts sous son règne. Le règne de Charles VI est marqué par l'ambition des princes du sang et des révoltes internes. Sous Charles VI, le jeu de cartes fut inventé pour distraire le roi lors de ses accès de maladie. La Cour amoureuse, composée de nombreux officiers et grands seigneurs, fleurit également sous ce règne. Le texte évoque également la cérémonie de dégradation de deux religieux ayant tenté de guérir le roi Charles VI par des moyens magiques. Enfin, il mentionne les recherches de M. Villaret sur l'origine des spectacles en France, qu'il compte aborder dans un article dédié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
742
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
743
p. 102-113
EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Début :
Le 25 Août 1762. M. DEVERNINES, ancien Directeur, ouvrit la séance par la lecture d'une [...]
Mots clefs :
Analyse, Poids, Anneaux, Vase, Observations, Baromètre, Mémoire, Instrument
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
EXTRAIT de la Séance publique de la
Société Littéraire de CLERMONT
en Auvergne , tenue dans la Salle de
l'Hôtel-de-Ville.
Le 25 Août 1762.
M. DEVERNINES , ancien Directeur
, ouvrit la féance par la lecture d'une
Differtation fur un vafe antique , trouvé
dans la terre aux environs de Lezoux
petite Ville à quatre lieues de Clermont,
Ce vafe profond d'environ trois pouces
, fur cinq pouces de diamétre , eſt
compofé d'une terre qui approche de
la couleur rouge & très-fine ; il eft orné
de reliefs , repréfentant des perfonnages
, qui portent un linge déplié ;
plufieurs anneaux font déffinés autour
des perfonnages. On diftingue aifément
qu'ils font formés par un ferpent qui
FEVRIER. 1763. 103
mord fa queue ; l'Auteur s'attache d'a
bord à l'antiquité du vafe ; il le compare
à un de même nature dont il a
donné la defcription il y a quelques
années , & les rapporte l'un & l'autre
aux temps où les Romains établis dans
les Gaules , y porterent leurs ufages &
leurs moeurs. L'ufage de ces vafes , étoit
felon l'Auteur , de fervir à certaines libations
dans les Fêtes que célébroient
les Payens ; celui dont il eft queſtion
dans cette differtation paroît avoir rapport
par fes emblêmes aux Fêtes des Saturnales.
Les ferpents qui fe mordent
la queue font un emblême connu du
retour de l'année ; l'Auteur termine fa
differtation par des confidérations oeconomiques
, fur la matière dont eft compofé
ce vafe . Il prétend que dans la
Ville de Lezoux où on trouve une
grande quantité de pareils monumens ,
il y avoit une manufacture de poterie
de cette forte ; & il conclud qu'il feroit
très -utile d'établir dans ce même
lieu une manufacture de fayance ; il exhorte
fes Compatriotes à profiter de
cet avantage .
M. Ozy , a lu l'analyfe des eaux de
Contrexville en Lorraine ; M. Bagard,
premier Médecin du Roi de Pologne
E ix
104 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Lorraine & de Bar , a attribué
aux eaux de Contrexville , la faculté
de foulager & guérir les maladies
occafionnées par la pierre & le
calcul ; le Mémoire qu'il a lu le 10 Janvier
1760 , dans une Affemblée publique
de la Société de Nancy , contient
une obfervation fuivie & détaillée des
qualités spécifiques de ces eaux découvertes
par l'analyfe & conftatées par
l'expérience. Des qualités fi falutaires
ont engagé certaines perfonnes de cette
Province à en faire tranfporter pour
leurs ufages . On ne pouvoit pas encore
juger de l'effet de ces eaux lorf
que M. de Ballainvilliers , Intendant
d'Auvergne , dont la vigilance & la
fagacité , faififfent généralement tout
ce qui peut concourrir au bien public ,
& dont l'âme bienfaifante fouhaite avec
ardeur l'éxiftence d'un remede fi puiffant
, fi confolant & fi rare , a chargé
M. Ozy de faire l'analyſe raifonnée de
ces eaux ; il a exigé que les éxpériences.
en fuffent faites en préfence des Do-
&teurs qui compofent le College de
Médecine de cette Ville. C'eft de cette
analyfe dont M. Ozy a rapporté les
procédés & les réfultats dans cette affemblée.
FEVRIER. 1763. 105
» Je m'y fuis appliqué , dit l'Auteur
» avec toute l'attention dont je fuis
» capable; mon zéle pour foulager l'hom-
» me dans fes douleurs & pour concour-
» rir à des vues fi généreufes n'a laiffé
" rien échapper de ce que l'Auteur de
la premiere Analyfe a mis fous les
" yeux du Public. Je l'ai fuivi fcrupuleuſement
, j'ai comparé mes procédés
avec les fiens , & fi je parois con-
» tredire ou affoiblir les réfultats des
» premieres expériences , c'eſt à mon
attachement invincible pour la vérité
» qu'il faut en imputer les motifs . D'ail-
» leurs je n'entreprends pas d'augmen-
» ter ou de diminuer la réputation de ces
eaux ; je me renferme dans la partie
chymique, laiffant aux Maîtres de l'art
qui ont affifté à mes Obſervations le
» droit de décider.
Il n'eft pas poffible de fuivre l'Auteur
dans fon analyfe , il faudroit rapporter
le Mémoire en entier. On fe
borne aux points de divifion entre la
première & la feconde analyſe. M. Bagard
prétend prouver par le mêlange
de l'huile de tartre par défaillance avec
le firop violat & fon changement de
couleur en verd , l'éxiftence d'un fet
alkali volatil dans ces eaux minérales ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
dit
pour expliquer ce phénomène , M. Ozy
que T'alkali fixe qui a été verſé dans
ces eaux en eft la feule caufe . M. Bagard
a . paru étonné de ce qu'après
l'addition d'une certaine quantité d'alkali
fixe au mêlange de l'eau minérale
avec le firop violat , il s'eft fait un précipité
en poudre blanche. M. Ozy n'y
voit que la décompofition de la felenite
que contiennent ces eaux minérales ;
il opére le même phénomène en verfant
de l'alkali fixe ou de l'huile de
tartre par défaillance dans l'eau minérale
; il obtient un precépité blanc , qui
n'eft autre chofe que la terre feleniteufe
qui étoit unie à l'acide vitriolique , &
qui enfemble forment le fel feleniteux,
M. Bagard a cru voir des petits
criftaux de fel , après le mêlange de
l'huile de vitriol ; M. Ozy , n'y a vu
que des bulles d'air. Il prouve même
qu'il ne pouvoit y avoir aucun fel ар-
parent.
L'huile de vitriol verfée ſur le mêlange
après la diffolution de Saturne , a
préfenté aux yeux de M. Bagard des
globules blancs ; M. Ozy n'y a vu
qu'une décompofition du fel de faturne:
mais il n'y a vu aucune indication du
favon foupçonné par M. Bagard. La
FEVRIER. 1763. 107
diffolution d'argent a décélé une petite
quantité de fel marin ; le précipité jaune
d'une belle couleur de citron qui,
s'eft formé par le mêlange de la diffolution
de mercure dans l'efprit de
nitre , a donné occafion à M. Ozy ,
d'éprouver par différentes tentatives
la poffibilité de la compofition du tartre
vitriolé par l'acide nitreux . Les réſultats
ont donné l'affirmative.
M. Ozy a répété les mêmes expériences
fur une chopine des mêmes eaux ,
concentrée réduite au tiers : elles ont
toutes produit les mêmes effets . Cette
opération a été faite par le Chymiſte ,
pour rendre par la concentration les
principes que M. Bagard avoit cru voir
dans ces eaux plus fenfibles & plus
palpables. Après l'analyfe préliminaire
de ces eaux le Chymifte a éxaminé le
réfidu d'une évaporation jufqu'à ficcité
de foixante-huit livres de ces eaux , le
fédiment a été de deux onces & demie;
& après avoir fait fur ce réfidu différentes
éxpériences , il en a conclu
que ces foixante - huit livres d'eaux contenoient
environ un gros & huit grains .
de fel marin à baze terreufe , un peu
de terre calcaire & le refte de felenite .
La différence principale entre les deux
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
analyſes eft l'exiſtence d'une eſpéce de
favon que M. Bagard prétend avoir
découvert dans ces eaux , & que M.:
Ozy n'y trouve pas ; celle d'un fel acide ;
& auffi celle de l'alkali volatil minéral.
Si le fel acide eft réellement contenu
dans ces eaux , dit M. Ozy , il
en exclut néceffairement la fubftance
favoneufe pour l'alkali volatil minéral
, il eft inconnu jufqu'à préfent à
l'Académicien de Clermont. Il ne croit
pas que deux fubftances fi oppofées
l'une à l'autre , telles qu'un acide & un
alkali , puiffent librement exiſter dans
un même véhicule , fans fe détruire
mutuellement , ou plutôt fans fe combiner
enſemble. M. Ozy n'a pas découvert
de faffran de Mars dans ces
eaux. Il s'eft même convaincu par des
expériences répétées que ces eaux ne
contiennent point de fer. Il n'a point :
vu les grains blancs dont parle M. Bagard
, malgré la plus fcrupuleufe attention
qu'ily a portée . Il rend raiſon des
différens réfultats des expériences de
M. Bagard , qui ont pu l'induire en
erreur fur l'existence d'une fubftance
favoneufe & du faffran de Mars dans .
ces eaux. Il termine fon analyſe en difant
que ffii cceess eaux ont une vertu
FEVRIER. 1763 . 139
fithontriptique , il ne croit pas qu'on
puiffe l'attribuer à d'autres fubftances:
qu'à la terre calcaire qu'elle contiennent
; & pour énoncer l'expérience fuivante
, j'ai mis deux pierres tirées de la
même vefcie en éxpérience ; l'une dans
des eaux de Contrexville ; l'autre dans
de l'eau commune , chacunes fermées .
dans un bocal de verre , bouché avec
un parchemin mouillé & placé dans
la chambre chaude d'un Boulanger ; je
les
y ai laiffées pendant fix jours : après
ce temps j'ai apperçu dans chaque bocal
un commencement de décompofi- :
tion de la pierre indiquée , par des flocons
blancs qui fe précipitoient au fond :
du vaſe. J'ai retiré les pierres & les ai
pefé ; la pierre qui a féjourné dans
l'eau de Contrexville , du poids d'un
gros & quinze grains , s'eft trouvée
réduite à un gros & dix grains.
Celle qui a féjourné dans l'eau.commune
, de trois gros & quinze grains ,
s'eft trouvée réduite à trois gros & un
grain. Il réfulte de cette éxpérience que
la pierre qui a féjourné dans les eaux
minérales a perdu un feizième de plus
à-peu-près que celle qui a féjourné
dans l'eau commune.
La Séance a été terminée par un
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire de M. de Feligonde , Secré
taire de la Société , fur les variations
fingulières des Baromêtres .
L'Auteur de ce Mémoire annonce
que par une fuite d'obfervations journalières
fur le Baromêtre , il s'eft apperçu
du peu de folidité des prédictions
météorologiques de cet inftrument
que dans le cours des années 1761 &,
1762 , & notamment lors de la levée
des foins , temps où le nombre des Obfervateurs
eft très-grand , les confultans
ont été trompés plufieurs fois . Ils
fe font plaints avec amertume de l'infidélité
de leur guide ; mais avoient - ils
raifon ? & cet inftrument , pour rem- ,
plir fon véritable objet , doit-il être infaillible
dans les applications multipliées
qu'on veut faire de fes facultés ? Ce .
font ces confidérations qui ont engagé
l'Auteur à traiter premierement de l'ap- .
plication qu'on doit faire des effets du
Baromêtre ; deuxièmement , des caufes :
qui dans certaines circonftances déran- :
gent la marche de cet inftrument.
Les premiers objets qui fixerent les
vues des Phyficiens dans la gradation
des Baromêtres , font compris dans le
Mémoire au nombre de trois.
De terminer la hauteur de l'athmofFEVRIER.
1763. ITE
phère par le poids de la colonne d'air ;
eftimer les hauteurs des montagnes &
des différens points de la terre ; annoncer
les changemens de temps , les féchereffes
, les pluyes , les vents & les
tempêtes .
L'Auteur rapporte les
expériences,
faites par les Phyficiens les plus célébres
, plufieurs obfervations inférées
dans les Mémoires de différentes Académies
, & fes propres obfervations :
defquelles il réfulte premierement , que
l'ufage du Baromêtre n'a pas également
réuffi dans tous les climats pour déterminer
le poids de l'athmosphère , ou la
hauteur de la colonne d'air.
Deuxièmement , que les méthodes
inventées pour déterminer, par le moyen
des Baromêtres , la hauteur de différens
points du globe , font encore bien imparfaites
, & quelquefois fautives par
les circonftances.
Troifiémement , que les pronostics
des vents & de la pluye , des orages ,
& c. t: ouvent dans l'expérience journa
lière des
contradictions fatales au fyftême
.
Cette fuite
d'obfervations paroît
ébranler un peu les prédictions météorologiques
des Baromêtres. L'Auteur
112 MERCURE DE FRANCE.
n'en tire cependant pas la conféquence ,"
& avant d'ouvrir fon fentiment , il paffe
à la feconde partie.
Le poids de la colonne d'air comme
caufe principale , les altérations de ce
fluide , comme cauſe accidentelle , concourent
à élever le mercure dans le tube
renverfé.
L'Auteur découvre dans les différentes
hauteurs de la colonne la denfité
des couches & l'élafticité des molécules
d'air qui la compofent ; la fource
& l'origine de toutes les variations qui
fe manifeftent dans les expériences. Il
en fait l'application aux contrariétés que
préfentent celles qu'il a rapportées dans
la première partie.
Il explique par les effets des vents
contraires , des vapeurs de différentes
natures , des fels volatils , des paffages
précipités du froid au chaud , des chaleurs
exceffives , des froids immodérés
les contremarches par lefquelles la liqueur
contenue dans le Baromêtre induit
les confultans en erreur.
D'où il conclut qu'on ne doit regarder
comme véritable objet du Baromêtre
, que la détermination du poids abfolu
de la colonne d'ajrqui le domine ;
mais que ce poids étant l'effet d'une multitude
de puiffances fujettes à des variaFEVRIER.
1763. 113
,
tions continuelles , on ne doit pas regarder
cet inftrument comme infaillible
foit dans la connoiffance de la hauteur
de l'athmosphère , foit dans les mesures
des différentes élévations , foit dans les
prédictions météorologiques .
On ne doit cependant pas abandonner
l'ufage de cet inftrument , 1 °. parce qu'il
remplit conftamment fon premier objet;
2º. parce que fes obfervations ont répandu
dans la phyfique de grandes
lumières , & qu'on a lieu d'en attendre
des découvertes intéreffantes , fi on continue
à l'obferver avec éxactitude & à
le réformer avec précaution .
Société Littéraire de CLERMONT
en Auvergne , tenue dans la Salle de
l'Hôtel-de-Ville.
Le 25 Août 1762.
M. DEVERNINES , ancien Directeur
, ouvrit la féance par la lecture d'une
Differtation fur un vafe antique , trouvé
dans la terre aux environs de Lezoux
petite Ville à quatre lieues de Clermont,
Ce vafe profond d'environ trois pouces
, fur cinq pouces de diamétre , eſt
compofé d'une terre qui approche de
la couleur rouge & très-fine ; il eft orné
de reliefs , repréfentant des perfonnages
, qui portent un linge déplié ;
plufieurs anneaux font déffinés autour
des perfonnages. On diftingue aifément
qu'ils font formés par un ferpent qui
FEVRIER. 1763. 103
mord fa queue ; l'Auteur s'attache d'a
bord à l'antiquité du vafe ; il le compare
à un de même nature dont il a
donné la defcription il y a quelques
années , & les rapporte l'un & l'autre
aux temps où les Romains établis dans
les Gaules , y porterent leurs ufages &
leurs moeurs. L'ufage de ces vafes , étoit
felon l'Auteur , de fervir à certaines libations
dans les Fêtes que célébroient
les Payens ; celui dont il eft queſtion
dans cette differtation paroît avoir rapport
par fes emblêmes aux Fêtes des Saturnales.
Les ferpents qui fe mordent
la queue font un emblême connu du
retour de l'année ; l'Auteur termine fa
differtation par des confidérations oeconomiques
, fur la matière dont eft compofé
ce vafe . Il prétend que dans la
Ville de Lezoux où on trouve une
grande quantité de pareils monumens ,
il y avoit une manufacture de poterie
de cette forte ; & il conclud qu'il feroit
très -utile d'établir dans ce même
lieu une manufacture de fayance ; il exhorte
fes Compatriotes à profiter de
cet avantage .
M. Ozy , a lu l'analyfe des eaux de
Contrexville en Lorraine ; M. Bagard,
premier Médecin du Roi de Pologne
E ix
104 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Lorraine & de Bar , a attribué
aux eaux de Contrexville , la faculté
de foulager & guérir les maladies
occafionnées par la pierre & le
calcul ; le Mémoire qu'il a lu le 10 Janvier
1760 , dans une Affemblée publique
de la Société de Nancy , contient
une obfervation fuivie & détaillée des
qualités spécifiques de ces eaux découvertes
par l'analyfe & conftatées par
l'expérience. Des qualités fi falutaires
ont engagé certaines perfonnes de cette
Province à en faire tranfporter pour
leurs ufages . On ne pouvoit pas encore
juger de l'effet de ces eaux lorf
que M. de Ballainvilliers , Intendant
d'Auvergne , dont la vigilance & la
fagacité , faififfent généralement tout
ce qui peut concourrir au bien public ,
& dont l'âme bienfaifante fouhaite avec
ardeur l'éxiftence d'un remede fi puiffant
, fi confolant & fi rare , a chargé
M. Ozy de faire l'analyſe raifonnée de
ces eaux ; il a exigé que les éxpériences.
en fuffent faites en préfence des Do-
&teurs qui compofent le College de
Médecine de cette Ville. C'eft de cette
analyfe dont M. Ozy a rapporté les
procédés & les réfultats dans cette affemblée.
FEVRIER. 1763. 105
» Je m'y fuis appliqué , dit l'Auteur
» avec toute l'attention dont je fuis
» capable; mon zéle pour foulager l'hom-
» me dans fes douleurs & pour concour-
» rir à des vues fi généreufes n'a laiffé
" rien échapper de ce que l'Auteur de
la premiere Analyfe a mis fous les
" yeux du Public. Je l'ai fuivi fcrupuleuſement
, j'ai comparé mes procédés
avec les fiens , & fi je parois con-
» tredire ou affoiblir les réfultats des
» premieres expériences , c'eſt à mon
attachement invincible pour la vérité
» qu'il faut en imputer les motifs . D'ail-
» leurs je n'entreprends pas d'augmen-
» ter ou de diminuer la réputation de ces
eaux ; je me renferme dans la partie
chymique, laiffant aux Maîtres de l'art
qui ont affifté à mes Obſervations le
» droit de décider.
Il n'eft pas poffible de fuivre l'Auteur
dans fon analyfe , il faudroit rapporter
le Mémoire en entier. On fe
borne aux points de divifion entre la
première & la feconde analyſe. M. Bagard
prétend prouver par le mêlange
de l'huile de tartre par défaillance avec
le firop violat & fon changement de
couleur en verd , l'éxiftence d'un fet
alkali volatil dans ces eaux minérales ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
dit
pour expliquer ce phénomène , M. Ozy
que T'alkali fixe qui a été verſé dans
ces eaux en eft la feule caufe . M. Bagard
a . paru étonné de ce qu'après
l'addition d'une certaine quantité d'alkali
fixe au mêlange de l'eau minérale
avec le firop violat , il s'eft fait un précipité
en poudre blanche. M. Ozy n'y
voit que la décompofition de la felenite
que contiennent ces eaux minérales ;
il opére le même phénomène en verfant
de l'alkali fixe ou de l'huile de
tartre par défaillance dans l'eau minérale
; il obtient un precépité blanc , qui
n'eft autre chofe que la terre feleniteufe
qui étoit unie à l'acide vitriolique , &
qui enfemble forment le fel feleniteux,
M. Bagard a cru voir des petits
criftaux de fel , après le mêlange de
l'huile de vitriol ; M. Ozy , n'y a vu
que des bulles d'air. Il prouve même
qu'il ne pouvoit y avoir aucun fel ар-
parent.
L'huile de vitriol verfée ſur le mêlange
après la diffolution de Saturne , a
préfenté aux yeux de M. Bagard des
globules blancs ; M. Ozy n'y a vu
qu'une décompofition du fel de faturne:
mais il n'y a vu aucune indication du
favon foupçonné par M. Bagard. La
FEVRIER. 1763. 107
diffolution d'argent a décélé une petite
quantité de fel marin ; le précipité jaune
d'une belle couleur de citron qui,
s'eft formé par le mêlange de la diffolution
de mercure dans l'efprit de
nitre , a donné occafion à M. Ozy ,
d'éprouver par différentes tentatives
la poffibilité de la compofition du tartre
vitriolé par l'acide nitreux . Les réſultats
ont donné l'affirmative.
M. Ozy a répété les mêmes expériences
fur une chopine des mêmes eaux ,
concentrée réduite au tiers : elles ont
toutes produit les mêmes effets . Cette
opération a été faite par le Chymiſte ,
pour rendre par la concentration les
principes que M. Bagard avoit cru voir
dans ces eaux plus fenfibles & plus
palpables. Après l'analyfe préliminaire
de ces eaux le Chymifte a éxaminé le
réfidu d'une évaporation jufqu'à ficcité
de foixante-huit livres de ces eaux , le
fédiment a été de deux onces & demie;
& après avoir fait fur ce réfidu différentes
éxpériences , il en a conclu
que ces foixante - huit livres d'eaux contenoient
environ un gros & huit grains .
de fel marin à baze terreufe , un peu
de terre calcaire & le refte de felenite .
La différence principale entre les deux
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
analyſes eft l'exiſtence d'une eſpéce de
favon que M. Bagard prétend avoir
découvert dans ces eaux , & que M.:
Ozy n'y trouve pas ; celle d'un fel acide ;
& auffi celle de l'alkali volatil minéral.
Si le fel acide eft réellement contenu
dans ces eaux , dit M. Ozy , il
en exclut néceffairement la fubftance
favoneufe pour l'alkali volatil minéral
, il eft inconnu jufqu'à préfent à
l'Académicien de Clermont. Il ne croit
pas que deux fubftances fi oppofées
l'une à l'autre , telles qu'un acide & un
alkali , puiffent librement exiſter dans
un même véhicule , fans fe détruire
mutuellement , ou plutôt fans fe combiner
enſemble. M. Ozy n'a pas découvert
de faffran de Mars dans ces
eaux. Il s'eft même convaincu par des
expériences répétées que ces eaux ne
contiennent point de fer. Il n'a point :
vu les grains blancs dont parle M. Bagard
, malgré la plus fcrupuleufe attention
qu'ily a portée . Il rend raiſon des
différens réfultats des expériences de
M. Bagard , qui ont pu l'induire en
erreur fur l'existence d'une fubftance
favoneufe & du faffran de Mars dans .
ces eaux. Il termine fon analyſe en difant
que ffii cceess eaux ont une vertu
FEVRIER. 1763 . 139
fithontriptique , il ne croit pas qu'on
puiffe l'attribuer à d'autres fubftances:
qu'à la terre calcaire qu'elle contiennent
; & pour énoncer l'expérience fuivante
, j'ai mis deux pierres tirées de la
même vefcie en éxpérience ; l'une dans
des eaux de Contrexville ; l'autre dans
de l'eau commune , chacunes fermées .
dans un bocal de verre , bouché avec
un parchemin mouillé & placé dans
la chambre chaude d'un Boulanger ; je
les
y ai laiffées pendant fix jours : après
ce temps j'ai apperçu dans chaque bocal
un commencement de décompofi- :
tion de la pierre indiquée , par des flocons
blancs qui fe précipitoient au fond :
du vaſe. J'ai retiré les pierres & les ai
pefé ; la pierre qui a féjourné dans
l'eau de Contrexville , du poids d'un
gros & quinze grains , s'eft trouvée
réduite à un gros & dix grains.
Celle qui a féjourné dans l'eau.commune
, de trois gros & quinze grains ,
s'eft trouvée réduite à trois gros & un
grain. Il réfulte de cette éxpérience que
la pierre qui a féjourné dans les eaux
minérales a perdu un feizième de plus
à-peu-près que celle qui a féjourné
dans l'eau commune.
La Séance a été terminée par un
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire de M. de Feligonde , Secré
taire de la Société , fur les variations
fingulières des Baromêtres .
L'Auteur de ce Mémoire annonce
que par une fuite d'obfervations journalières
fur le Baromêtre , il s'eft apperçu
du peu de folidité des prédictions
météorologiques de cet inftrument
que dans le cours des années 1761 &,
1762 , & notamment lors de la levée
des foins , temps où le nombre des Obfervateurs
eft très-grand , les confultans
ont été trompés plufieurs fois . Ils
fe font plaints avec amertume de l'infidélité
de leur guide ; mais avoient - ils
raifon ? & cet inftrument , pour rem- ,
plir fon véritable objet , doit-il être infaillible
dans les applications multipliées
qu'on veut faire de fes facultés ? Ce .
font ces confidérations qui ont engagé
l'Auteur à traiter premierement de l'ap- .
plication qu'on doit faire des effets du
Baromêtre ; deuxièmement , des caufes :
qui dans certaines circonftances déran- :
gent la marche de cet inftrument.
Les premiers objets qui fixerent les
vues des Phyficiens dans la gradation
des Baromêtres , font compris dans le
Mémoire au nombre de trois.
De terminer la hauteur de l'athmofFEVRIER.
1763. ITE
phère par le poids de la colonne d'air ;
eftimer les hauteurs des montagnes &
des différens points de la terre ; annoncer
les changemens de temps , les féchereffes
, les pluyes , les vents & les
tempêtes .
L'Auteur rapporte les
expériences,
faites par les Phyficiens les plus célébres
, plufieurs obfervations inférées
dans les Mémoires de différentes Académies
, & fes propres obfervations :
defquelles il réfulte premierement , que
l'ufage du Baromêtre n'a pas également
réuffi dans tous les climats pour déterminer
le poids de l'athmosphère , ou la
hauteur de la colonne d'air.
Deuxièmement , que les méthodes
inventées pour déterminer, par le moyen
des Baromêtres , la hauteur de différens
points du globe , font encore bien imparfaites
, & quelquefois fautives par
les circonftances.
Troifiémement , que les pronostics
des vents & de la pluye , des orages ,
& c. t: ouvent dans l'expérience journa
lière des
contradictions fatales au fyftême
.
Cette fuite
d'obfervations paroît
ébranler un peu les prédictions météorologiques
des Baromêtres. L'Auteur
112 MERCURE DE FRANCE.
n'en tire cependant pas la conféquence ,"
& avant d'ouvrir fon fentiment , il paffe
à la feconde partie.
Le poids de la colonne d'air comme
caufe principale , les altérations de ce
fluide , comme cauſe accidentelle , concourent
à élever le mercure dans le tube
renverfé.
L'Auteur découvre dans les différentes
hauteurs de la colonne la denfité
des couches & l'élafticité des molécules
d'air qui la compofent ; la fource
& l'origine de toutes les variations qui
fe manifeftent dans les expériences. Il
en fait l'application aux contrariétés que
préfentent celles qu'il a rapportées dans
la première partie.
Il explique par les effets des vents
contraires , des vapeurs de différentes
natures , des fels volatils , des paffages
précipités du froid au chaud , des chaleurs
exceffives , des froids immodérés
les contremarches par lefquelles la liqueur
contenue dans le Baromêtre induit
les confultans en erreur.
D'où il conclut qu'on ne doit regarder
comme véritable objet du Baromêtre
, que la détermination du poids abfolu
de la colonne d'ajrqui le domine ;
mais que ce poids étant l'effet d'une multitude
de puiffances fujettes à des variaFEVRIER.
1763. 113
,
tions continuelles , on ne doit pas regarder
cet inftrument comme infaillible
foit dans la connoiffance de la hauteur
de l'athmosphère , foit dans les mesures
des différentes élévations , foit dans les
prédictions météorologiques .
On ne doit cependant pas abandonner
l'ufage de cet inftrument , 1 °. parce qu'il
remplit conftamment fon premier objet;
2º. parce que fes obfervations ont répandu
dans la phyfique de grandes
lumières , & qu'on a lieu d'en attendre
des découvertes intéreffantes , fi on continue
à l'obferver avec éxactitude & à
le réformer avec précaution .
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Résumé : EXTRAIT de la Séance publique de la Société Littéraire de CLERMONT en Auvergne, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville.
Lors de la séance publique de la Société Littéraire de Clermont, tenue le 25 août 1762, plusieurs sujets furent abordés. M. Devernines présenta une dissertation sur un vase antique découvert près de Lezoux. Ce vase, mesurant trois pouces de profondeur et cinq pouces de diamètre, est fabriqué en terre fine de couleur rouge et orné de reliefs représentant des personnages drapés entourés d'anneaux formés par un serpent se mordant la queue. Devernines attribua ce vase à l'époque romaine, suggérant qu'il servait à des libations lors des fêtes païennes, notamment les Saturnales, et que les serpents symbolisaient le retour de l'année. Il proposa également de réactiver la manufacture de poterie à Lezoux pour produire de la faïence. M. Ozy présenta ensuite une analyse des eaux de Contrexville en Lorraine, attribuant à ces eaux des propriétés curatives contre les maladies liées à la pierre et au calcul. Cette analyse, commandée par M. de Ballainvilliers, Intendant d'Auvergne, visait à vérifier les observations de M. Bagard, premier médecin du Roi de Pologne. Ozy souligna des divergences dans les résultats des analyses, notamment sur la présence d'un sel alcalin volatil et d'un sel acide. Il conclut que les eaux de Contrexville ont une vertu lithontriptique due à la terre calcaire qu'elles contiennent. Enfin, M. de Feligonde présenta un mémoire sur les variations singulières des baromètres. Il discuta de l'inconstance des prédictions météorologiques des baromètres, attribuant ces erreurs à diverses causes comme les vents contraires, les vapeurs et les variations de température. Feligonde recommanda de continuer à utiliser cet instrument pour ses apports en physique, malgré ses limitations.
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744
p. 179
De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
Début :
La quatriéme Sultane est accouchée le 10 de ce mois d'une Princesse qui a été nommée Mihr- Scha [...]
Mots clefs :
Sultane, Princesse, Tremblement de terre, Mosquée
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texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
De CONSTANTINOPLE , le 16 Décembre 1762.
La quatriéme Sultane eft accouchée le 10 de ce
mois d'une Princeſſe qui a été nommée Mihr- Scha
Sultane. Il n'y a point eu de réjouiffance à cette
Occaſion .
Suivant quelques Lettres des Dardanelles , on
y a reffenti le 2 du mois dernier entre onze
heures & midi , deux fecouffes violentes de tremblement
de terre , & le 7 il s'eft élevé à une heure
de nuit un ouragan terrible , qui a déraciné les
arbres dans les jardins & dans les campagnes , &
a renversé plus de cent maiſons & un Minaret ,
qui , en retombant fur la Moſquée , a fort.endommagé
cet édifice.
La quatriéme Sultane eft accouchée le 10 de ce
mois d'une Princeſſe qui a été nommée Mihr- Scha
Sultane. Il n'y a point eu de réjouiffance à cette
Occaſion .
Suivant quelques Lettres des Dardanelles , on
y a reffenti le 2 du mois dernier entre onze
heures & midi , deux fecouffes violentes de tremblement
de terre , & le 7 il s'eft élevé à une heure
de nuit un ouragan terrible , qui a déraciné les
arbres dans les jardins & dans les campagnes , &
a renversé plus de cent maiſons & un Minaret ,
qui , en retombant fur la Moſquée , a fort.endommagé
cet édifice.
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
Le 10 décembre 1762, la quatrième sultane a donné naissance à une princesse nommée Mihr-Scha Sultane sans célébrations. Le 2 décembre, deux forts tremblements de terre ont été ressentis. Le 7 décembre, un ouragan a déraciné des arbres, détruit plus de cent maisons et un minaret, endommageant une mosquée.
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745
p. 96-97
LETTRE à l'Auteur du MERCURE, sur une INSCRIPTION.
Début :
PERMETTEZ-MOI de m'adresser à vous, Monsieur, pour demander des [...]
Mots clefs :
Inscription, Maison, Démolition, Sculptures
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE, sur une INSCRIPTION.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE ,
fur une INSCRIPTION.
PERMETTEZ-MOI de m'adreſſer à
vous , Monfieur , pour demander des
éclairciffemens fur l'Infcription fuivante
, aux perfonnes qui font verfées dans
la connoiffance des Antiquités & des
Monumens de Paris.
On a reconſtruit depuis un an ou deux
la façade d'une maifon fituée rue S. Martin
, vis-à- vis l'Eglife de S. Julien des
Ménétriers, Avant la démolition , la porte
d'entrée de cette maifon , quoique
de moyenne grandeur , étoit ornée de
fculptures ; & au milieu des figures &
des ornemens , il y avoit au-deffus de
la porte un marbre noir fur lequel
étoient infcrits en lettres d'or ces deux
vers de Juvénal :
Summum crede nefas animam præferre pudori,
Et propter vitam vivendi perdere caufas.
3
II
AVRIL. 1763. *
97
Il s'agiroit de fçavoir quel peut avoir
été le fujet & le motif de cette Infcription
intéreffante , dont il me femble
utile de conferver le fouvenir,
J'ai l'honneur d'être , & c.
Mars 1763.
fur une INSCRIPTION.
PERMETTEZ-MOI de m'adreſſer à
vous , Monfieur , pour demander des
éclairciffemens fur l'Infcription fuivante
, aux perfonnes qui font verfées dans
la connoiffance des Antiquités & des
Monumens de Paris.
On a reconſtruit depuis un an ou deux
la façade d'une maifon fituée rue S. Martin
, vis-à- vis l'Eglife de S. Julien des
Ménétriers, Avant la démolition , la porte
d'entrée de cette maifon , quoique
de moyenne grandeur , étoit ornée de
fculptures ; & au milieu des figures &
des ornemens , il y avoit au-deffus de
la porte un marbre noir fur lequel
étoient infcrits en lettres d'or ces deux
vers de Juvénal :
Summum crede nefas animam præferre pudori,
Et propter vitam vivendi perdere caufas.
3
II
AVRIL. 1763. *
97
Il s'agiroit de fçavoir quel peut avoir
été le fujet & le motif de cette Infcription
intéreffante , dont il me femble
utile de conferver le fouvenir,
J'ai l'honneur d'être , & c.
Mars 1763.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE, sur une INSCRIPTION.
En mars 1763, une lettre demande des éclaircissements sur une inscription découverte lors de la reconstruction d'une maison rue Saint-Martin. Cette inscription, sur un marbre noir, portait deux vers de Juvénal au-dessus de la porte sculptée. L'auteur souhaite connaître le sujet et le motif de cette inscription.
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746
p. 129-131
PRIX proposés par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de BESANÇON, pour l'année 1763.
Début :
L'ACADÉMIE des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de Besançon, distribuera le [...]
Mots clefs :
Prix, Académie, Médaille, Arts, Sujet, Valeur
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de BESANÇON, pour l'année 1763.
PRIX propofés par l'Académie des
Sciences , Belles - Lettres , & Arts de
BESANÇON , pour l'année 1763. ,
L'ACADÉMIE 'ACADÉMIE des Sciences , Belles-
Lettres , & Arts de Befançon , diftribuera
le 24 Août 1763 trois Prix différens.
Le premier Prix , fondé par feu M. le
Duc de Tallard , eft deſtiné pour l'Eloquence
; il confifte en une Médaille
d'or de la valeur de trois cens cinquante
ivres. Le Sujet du Difcours fera :
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
•
Combien les moeurs donnent de luftre
aux talens ?
Le Difcours doit être à-peu-près d'u
ne demi- heure de lecture. L'Académie
ayant réfervé le Prix de 1762 , en aura
deux de la même efpéce à diftribuer en
1763.
Le fecond Prix , également fondé par
feu M. le Duc de Tallard , eſt deſtiné
pour l'Erudition ; il confifte en une Médaille
d'or de la valeur de deux cens
cinquante livres . Le Sujet de la Differtation
fera :
Comment fe font établis les Comtes
héréditaires de Bourgogne ; quelle fut
d'abord leur autorité , & de quelle nature
étoit leur Domaine ?
La Differtation doit être à- peu près
de trois quarts d'heure de lecture , fans
y comprendre le chapitre de preuves ,
qui devra être placé à la fin de l'Ouvrage.
Les Auteurs qui auront à produire
des Chartres non encore imprimées ,
font priés de les tranfcrire en entier ,
pour mettre l'Académie à portée de
mieux apprécier les preuves qui en réfulteront.
Le troifiéme Prix , fondé par la V
AVRIL 1763
131
12
de Besançon , eft deftiné pour les Arts ;
il confifte en une Médaille d'or de la
valeur de deux cens livres, Le Sujet du
Mémoire fera :
Quelle eft la nature des maladies épidémiques
qui attaquent le plus fouvent
les bêtes à cornes ; quelles en font les
caufes & les fymptômes , & quels font
les moyens de les prévenir ou de les
guérir?
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais feulement
une devife ou fentence à leur choix
ils la répéteront dans un billet cacheté
dans lequel ils écriront leurs noms &
leurs adreffes . Ils enverront leurs ouvrages
francs de port , au fieur Daclin,
Imprimeur de l'Académie , avant le premier
du mois de Mai prochain.
Les ouvrages de ceux qui fe feront
connoître par eux-mêmes , ou par leurs
amis , feront exclus du concours..
Sciences , Belles - Lettres , & Arts de
BESANÇON , pour l'année 1763. ,
L'ACADÉMIE 'ACADÉMIE des Sciences , Belles-
Lettres , & Arts de Befançon , diftribuera
le 24 Août 1763 trois Prix différens.
Le premier Prix , fondé par feu M. le
Duc de Tallard , eft deſtiné pour l'Eloquence
; il confifte en une Médaille
d'or de la valeur de trois cens cinquante
ivres. Le Sujet du Difcours fera :
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
•
Combien les moeurs donnent de luftre
aux talens ?
Le Difcours doit être à-peu-près d'u
ne demi- heure de lecture. L'Académie
ayant réfervé le Prix de 1762 , en aura
deux de la même efpéce à diftribuer en
1763.
Le fecond Prix , également fondé par
feu M. le Duc de Tallard , eſt deſtiné
pour l'Erudition ; il confifte en une Médaille
d'or de la valeur de deux cens
cinquante livres . Le Sujet de la Differtation
fera :
Comment fe font établis les Comtes
héréditaires de Bourgogne ; quelle fut
d'abord leur autorité , & de quelle nature
étoit leur Domaine ?
La Differtation doit être à- peu près
de trois quarts d'heure de lecture , fans
y comprendre le chapitre de preuves ,
qui devra être placé à la fin de l'Ouvrage.
Les Auteurs qui auront à produire
des Chartres non encore imprimées ,
font priés de les tranfcrire en entier ,
pour mettre l'Académie à portée de
mieux apprécier les preuves qui en réfulteront.
Le troifiéme Prix , fondé par la V
AVRIL 1763
131
12
de Besançon , eft deftiné pour les Arts ;
il confifte en une Médaille d'or de la
valeur de deux cens livres, Le Sujet du
Mémoire fera :
Quelle eft la nature des maladies épidémiques
qui attaquent le plus fouvent
les bêtes à cornes ; quelles en font les
caufes & les fymptômes , & quels font
les moyens de les prévenir ou de les
guérir?
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais feulement
une devife ou fentence à leur choix
ils la répéteront dans un billet cacheté
dans lequel ils écriront leurs noms &
leurs adreffes . Ils enverront leurs ouvrages
francs de port , au fieur Daclin,
Imprimeur de l'Académie , avant le premier
du mois de Mai prochain.
Les ouvrages de ceux qui fe feront
connoître par eux-mêmes , ou par leurs
amis , feront exclus du concours..
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Résumé : PRIX proposés par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de BESANÇON, pour l'année 1763.
L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon attribuera trois prix le 24 août 1763. Le premier prix, doté d'une médaille d'or valant 350 livres, récompense l'éloquence sur le sujet 'Combien les mœurs donnent de lustre aux talents'. Le discours doit durer environ une demi-heure. Deux prix seront distribués en 1763, car celui de 1762 a été réservé. Le second prix, fondé par le Duc de Tallard et valant 250 livres, est destiné à l'érudition et porte sur les comtes héréditaires de Bourgogne, leur autorité et leur domaine. La dissertation doit durer environ trois quarts d'heure, sans compter le chapitre des preuves. Le troisième prix, doté d'une médaille d'or valant 200 livres, est destiné aux arts et traite des maladies épidémiques des bêtes à cornes, leurs causes, symptômes et moyens de prévention ou de guérison. Les œuvres doivent être soumises anonymement, accompagnées d'une devise ou sentence, avant le 1er mai 1763. Les candidatures révélées par les auteurs ou leurs amis seront exclues.
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747
p. 208-212
GÉNÉALOGIE de la Maison de SPARRE, selon les Piéces qui sont chez M. de CLEREMBEAUT & qui ont été produites à l'Ordre de Malte.
Début :
Saprre ou Toffta, illustre & ancienne Maison de Suède, alliée de très-proche aux [...]
Mots clefs :
Famille, Maison de Sparre, Généalogie, Suède, Charge, Branche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GÉNÉALOGIE de la Maison de SPARRE, selon les Piéces qui sont chez M. de CLEREMBEAUT & qui ont été produites à l'Ordre de Malte.
GENEALOGIE de la Maifon de SPARRE , felon
Les Piéces quifont chez M. de CLEREMBEAUT
& qui ont étéproduites à l'Ordre de Malte.
SPARRE OU TOFFTA , illuftre & ancienne Maifon
de Suéde , alliée de très- proché aux familles
qui ont régné en Suéde foit avant ou après la révolution
arrivée dans ce Royaume lors de l'invafion
des Danois fous Chriftiern II. leur Roi. On
trouve dans les biftoires & les généalogies Suédoifes
l'an 1150 Sixten de Toffta , grand Ecuyer
du Royaume de Suéde fous le Roi Canut. Sixten
eut pour fils Nicolas Toffia , qui lui fuccéda dans
la Charge de grand Ecuyer , & épouſa Mereta,
Princelle dont l'hiftoire vante beaucoup la beau
té & la vertu ; elle étoit fille d'Eric X , Roi de
Suéde , & de Rhechiffa , fille de Waldemar , Roi
de Dannemarck . Nicolas Toffta mourut l'an 1250
& laifla de Mereta , Ambernus , qui fut Grand
Maître-d'Hôtel du Royaume & le Chef de la
Branche aînée des Toffta , qui dura peus Sixten
II. qui fut Prince du Sénat & Chef de la branche
cadette , dont la poftérité ſe perpétue encore
aujourd'hui en France dans la ligne directe ; en
Suede & autres Pays du Nord , en lignes collatérales.
On ignore avec qui Ambernus prit alliance
; fes enfans furent Nicolas II , grand maître
d'hôtel , mort en 1313 fans poftérité ; Nanne ,
Chevalier de l'éperon d'or , qui fit des voeux dans
le Monastère de Efchiltunen ; Ulphon , Chevalier
de l'éperon d'or , grand maître d'Hôtel & Sénéchal
de Néricie , qui époula Chriftine , fille de Simon
Jonas , & fut le feul qui laiffa des enfans ;
Canut , Chevalier de l'éperon d'or , mort en 1350-
fans poftérité ; Ingeburge , qui fut mariée à Hermannde
Kafflebeck. Ulphon mourut en 1345 , laif
AVRIL. 1763 . 200
fant Ingeburge mariée à Benoit , Duc d'Algoth ,
tué en Hollande , Marguerite , mariée à Stenon
Chevalier & Senateur , & Charles de Toffta , le der
nier mâle de fa branche ; il fut grand Maréchal
de Suéde & Sénéchal d'Uplande , mort en 1399%
ne laiffant de fon mariage avec Helene , fille d'Ifraël
Birgerque Marguerite , mariée en premieres
nôces à Canut Bondé. De ce mariage fortit Charles
VIII, Roi de Suede. Canut , vécut peu après lui.
Marguerite , époufa Stenon Furon , dont elle n'eût
que Brigitte ou Britte , raariée à Gustave Sture ,
Chevalier de l'éperon d'or . De ce mariage eft for
ti une autre Brigitte , qui époufa Jean Chrifliern,
Senateur du Royaume , qu'elle fit Pere de Frédé
ric de Ridboh , ou Gripsholm , qui le fut de Guftar
ve Vafa , qui chaffa les Danois de la Suede &
s'en fit déclarer Roi. Ainfi le fang de Margueritte,
"& par elle celui des Tofftas , a été uni avec celui
des Rois de Suéde jufqu'à la Reine Chriftine , la
derniere de la poftérité de Vafa, laquelle abdiqua
la couronne & fé retira à Rome où elle eft morte
fans avoir été mariée .
mort
Seconde Branche qui fubfifte encore. Sixten ,
fils de Nicolas Toffta , Prince du Sénat ,
en 1295. Son fils fut Ambern I, grand Maréchal
de Suede fous Eric & Valdemar , qui regnerent
conjointement. Ambern lailla Ears ou Laurent I ,
grand Ecuyer , mort en 1299 , quatre ans après
fon père. Son fils fut Ambern II , Chevalier de
l'éperon d'or , qui vêcur longtemps ; on ne fçait
point avec qui ces trois Seigneurs prirent allian
ce. Laurent II , eut auffi Ingeburge , mariée dans
la branche aînée des Barons de Horn à Chriftierne.
Aumine. Amborn eut pour fils Laurent II , mort ea
1373. Il laiffa d'Hélene , fille d'Haquin Lamnes ,
Prince du Sang Royal de Norvege , qu'il avoir
1
210 MERCURE DE FRANCE .
épousé , Siggéfurnommé de Agard , Grand Ecuyer,
qui laiffa Laurent III , dit de Agard ,Grand Ecuyer.
Celui- ci époufa Ingeburge , fille de Benoit Laurent,
fon parent fans doute , dont il n'eut què Sigge de
Siagard , qui fit alliance avec Chriftine , fille de
Magnus de Natoda de Giaxholm > 2 morte en
1522. Sigge mourut en 1500 , & lailla Laurent
IV fon fils , appellé de Sundbi , qui fut Chevalier
de l'éperon d'or & Maréchal de Suede fa femme
fut Brigitte ou Brilte , fille de Turon Trolle , qui
lui donna Eric de Sparre , Baron de Sundbi , Vice-
Chancelier de Suéde , & Jean Sparre de Berquara,
Président de Calmar , qui fut la tige d'une autre
branche continuée par Sigifmond Sparre Eric eft le
premier qui a porté le nom de Sparre , & qui l'a
donné à tous les defcendants de Toffta. Ce nom
veut dire poutre d'or, dont Jacques VI , Roi d'Ecoffe
& d'Angleterre , décora les armes , en recompenfe
des fervices que ce Seigneur lui avoit
rendus . Eric , eut la tête tranchée à Lingkpin , en
1600 , pour avoir embrallé le parti de Sigifmond ,
Roi de Suede & de Pologne , fon véritable Maître,
contre Charles IX , Duc de Sudermanie , qui ufurpa
la couronne fur Sigifmond , fon neveu . Eric ,
lailla de Elba , Comtelle de Brahé , fon époufe ,
morte en 1609 , Guftave , Jean , Sigifmond , ( Ces
trois-ci n'ont point laiffé de postérité ; ) Laurent
V , Pierre , Charles , qui ont laillé des enfans ; Brigitte
, Béate. Celle-ci fut mariée au Baron Eric
& n'eur qu'une fille appellé Catherine . Laurent V,
époufa Merta , fille du Comte Banaër , dont il
n'eut que Pierre , fi célébre par les grandes charges
qu'il a occupées & par les négociations où il fur
employé , dont le frere époufa la Princeffe Palarine
nié ce de la Reine Chriftine & foeur du
Roi Charles -Guftave. Son épouſe fut Ebba , fille
,
AVRIL 1763.
211
咩
de Pontus de la Gardie , originaire de France ,
grand chancelier & premier Miniftre de la Reine
Chriftine , en 1607 , & le plus opulent Seigneur de
Suede Pierre , fut Sénateur & grand Maître d'Artillerie
, Ambaffadeur extraordinaire auprès de
Charles II , Roi de la Grande Bretagne , Médiateur
au Congrès de Cologne , enfuite Ambaſſadeur
auprès de Louis XIV , à qui il rendit de
grands fervices en formant entre la Suede & la
France une union qui fubfifte encore. Louis XIV,
pour reconnoître fes fervices , lui donna des lettres
de Comte pour lui & ſes enfans à jamais , avec la
liberté d'acquérir & de poffeder en France telles
terres on charges qu'il voudroit avec les mêmes
prérogatives que fes fujets , au nombre deſquels
ce Monarque l'admettoit. Pierre de Sparre , pendant
le féjour que fon Ambaffade lui occafionna
en France , conçut le deffein de vendre tous fes
biens en Suede & de s'établir dans ce Royaume
où il méditoit d'embraffer la Religion Catholique.
Le temps de fon caractère étant expiré il retourna
en Suede. Pendant qu'il travailloit à éxécuter
fes projets la mort le furprit en 1698. It
n'eut d'Ebba la femme , morte en 1693 , que Lau
rent VI, magnus , qui après la mort de fon pere
palla en France où il entra aú ſervice avec titre de
Lieutenant Colonel dans le Regiment de Sparre ,
aujourd'hui Royal Suédois , dont Eric de Sparre ,
Amballadeur & petit fils d'Eric , étoit alors Colonel
en 1700 environ. Laurent VI , étant en 1703
en garnifon à Tournai , y époula Félicité , fille de
Sire le Vaillant, Baron de Vaudripont & de N. fille
du Baron d'Hériffen , Comte du S. Empire. Après
avoir abjuré le Luthéranifme dans la Chapelle de
l'Evêque de Tourhais ce changement de Religion
le for profcrire en Suede , oùles biens furent con212
MERCURE DE FRANCE.
fiíqués , il ſupporta conftamment ces revers ja
qu'à la mort arrivée à Paris en 1725 & fut enterré
à S. Sulpice après avoir vécu 62 ans. Il a laiffé
de Félicité le Vaillant , deux enfans mâles , Jofeph-
Ignace , Comte de Sparre , & Pierre , Comte de
Sparre , tous deux au fervice de France . Jofeph
Ignace , âgé de 52 , ans , Maréchal de Camp en
1748 & Colonel du Régiment Royal Suédois en
1742 , a époufé en 1730 Marie du Chambge , fille
de Sire du Chambge de Lieffart , premier préfident
de la Chambre des Comptes de Flandres , d'une
famille ancienne & illuftrée dans la robe , originaire
du Franc de Bruge. Leurs enfans ſont Aléxandre
Sparre , Colonel du Régiment Royal Suć
dois , Ernefte Sparre Colonel dans le même Régi
ment ; Augufte Sparre , qui eft dans l'état ecclé.
fiaftique , & Gustave Sparre , âgé de cinq ans
Chevalier de Malthe.
Tiré de Meenius Suenon , Généalogiſte Sué→
dois.
De Schinnerus , Poëte Suédois .
De Gothus & Ericus , Hiftoriens Suédois.
Des Mémoires de la Paix de Rifvick , par Dü
mont..
N. B. Cette maiſon a fourni au Roi , dans la
courant de ce fiécle , Officiers . Il y en a encore
actueliement neuf au Service de Sa Majesté.
Les Piéces quifont chez M. de CLEREMBEAUT
& qui ont étéproduites à l'Ordre de Malte.
SPARRE OU TOFFTA , illuftre & ancienne Maifon
de Suéde , alliée de très- proché aux familles
qui ont régné en Suéde foit avant ou après la révolution
arrivée dans ce Royaume lors de l'invafion
des Danois fous Chriftiern II. leur Roi. On
trouve dans les biftoires & les généalogies Suédoifes
l'an 1150 Sixten de Toffta , grand Ecuyer
du Royaume de Suéde fous le Roi Canut. Sixten
eut pour fils Nicolas Toffia , qui lui fuccéda dans
la Charge de grand Ecuyer , & épouſa Mereta,
Princelle dont l'hiftoire vante beaucoup la beau
té & la vertu ; elle étoit fille d'Eric X , Roi de
Suéde , & de Rhechiffa , fille de Waldemar , Roi
de Dannemarck . Nicolas Toffta mourut l'an 1250
& laifla de Mereta , Ambernus , qui fut Grand
Maître-d'Hôtel du Royaume & le Chef de la
Branche aînée des Toffta , qui dura peus Sixten
II. qui fut Prince du Sénat & Chef de la branche
cadette , dont la poftérité ſe perpétue encore
aujourd'hui en France dans la ligne directe ; en
Suede & autres Pays du Nord , en lignes collatérales.
On ignore avec qui Ambernus prit alliance
; fes enfans furent Nicolas II , grand maître
d'hôtel , mort en 1313 fans poftérité ; Nanne ,
Chevalier de l'éperon d'or , qui fit des voeux dans
le Monastère de Efchiltunen ; Ulphon , Chevalier
de l'éperon d'or , grand maître d'Hôtel & Sénéchal
de Néricie , qui époula Chriftine , fille de Simon
Jonas , & fut le feul qui laiffa des enfans ;
Canut , Chevalier de l'éperon d'or , mort en 1350-
fans poftérité ; Ingeburge , qui fut mariée à Hermannde
Kafflebeck. Ulphon mourut en 1345 , laif
AVRIL. 1763 . 200
fant Ingeburge mariée à Benoit , Duc d'Algoth ,
tué en Hollande , Marguerite , mariée à Stenon
Chevalier & Senateur , & Charles de Toffta , le der
nier mâle de fa branche ; il fut grand Maréchal
de Suéde & Sénéchal d'Uplande , mort en 1399%
ne laiffant de fon mariage avec Helene , fille d'Ifraël
Birgerque Marguerite , mariée en premieres
nôces à Canut Bondé. De ce mariage fortit Charles
VIII, Roi de Suede. Canut , vécut peu après lui.
Marguerite , époufa Stenon Furon , dont elle n'eût
que Brigitte ou Britte , raariée à Gustave Sture ,
Chevalier de l'éperon d'or . De ce mariage eft for
ti une autre Brigitte , qui époufa Jean Chrifliern,
Senateur du Royaume , qu'elle fit Pere de Frédé
ric de Ridboh , ou Gripsholm , qui le fut de Guftar
ve Vafa , qui chaffa les Danois de la Suede &
s'en fit déclarer Roi. Ainfi le fang de Margueritte,
"& par elle celui des Tofftas , a été uni avec celui
des Rois de Suéde jufqu'à la Reine Chriftine , la
derniere de la poftérité de Vafa, laquelle abdiqua
la couronne & fé retira à Rome où elle eft morte
fans avoir été mariée .
mort
Seconde Branche qui fubfifte encore. Sixten ,
fils de Nicolas Toffta , Prince du Sénat ,
en 1295. Son fils fut Ambern I, grand Maréchal
de Suede fous Eric & Valdemar , qui regnerent
conjointement. Ambern lailla Ears ou Laurent I ,
grand Ecuyer , mort en 1299 , quatre ans après
fon père. Son fils fut Ambern II , Chevalier de
l'éperon d'or , qui vêcur longtemps ; on ne fçait
point avec qui ces trois Seigneurs prirent allian
ce. Laurent II , eut auffi Ingeburge , mariée dans
la branche aînée des Barons de Horn à Chriftierne.
Aumine. Amborn eut pour fils Laurent II , mort ea
1373. Il laiffa d'Hélene , fille d'Haquin Lamnes ,
Prince du Sang Royal de Norvege , qu'il avoir
1
210 MERCURE DE FRANCE .
épousé , Siggéfurnommé de Agard , Grand Ecuyer,
qui laiffa Laurent III , dit de Agard ,Grand Ecuyer.
Celui- ci époufa Ingeburge , fille de Benoit Laurent,
fon parent fans doute , dont il n'eut què Sigge de
Siagard , qui fit alliance avec Chriftine , fille de
Magnus de Natoda de Giaxholm > 2 morte en
1522. Sigge mourut en 1500 , & lailla Laurent
IV fon fils , appellé de Sundbi , qui fut Chevalier
de l'éperon d'or & Maréchal de Suede fa femme
fut Brigitte ou Brilte , fille de Turon Trolle , qui
lui donna Eric de Sparre , Baron de Sundbi , Vice-
Chancelier de Suéde , & Jean Sparre de Berquara,
Président de Calmar , qui fut la tige d'une autre
branche continuée par Sigifmond Sparre Eric eft le
premier qui a porté le nom de Sparre , & qui l'a
donné à tous les defcendants de Toffta. Ce nom
veut dire poutre d'or, dont Jacques VI , Roi d'Ecoffe
& d'Angleterre , décora les armes , en recompenfe
des fervices que ce Seigneur lui avoit
rendus . Eric , eut la tête tranchée à Lingkpin , en
1600 , pour avoir embrallé le parti de Sigifmond ,
Roi de Suede & de Pologne , fon véritable Maître,
contre Charles IX , Duc de Sudermanie , qui ufurpa
la couronne fur Sigifmond , fon neveu . Eric ,
lailla de Elba , Comtelle de Brahé , fon époufe ,
morte en 1609 , Guftave , Jean , Sigifmond , ( Ces
trois-ci n'ont point laiffé de postérité ; ) Laurent
V , Pierre , Charles , qui ont laillé des enfans ; Brigitte
, Béate. Celle-ci fut mariée au Baron Eric
& n'eur qu'une fille appellé Catherine . Laurent V,
époufa Merta , fille du Comte Banaër , dont il
n'eut que Pierre , fi célébre par les grandes charges
qu'il a occupées & par les négociations où il fur
employé , dont le frere époufa la Princeffe Palarine
nié ce de la Reine Chriftine & foeur du
Roi Charles -Guftave. Son épouſe fut Ebba , fille
,
AVRIL 1763.
211
咩
de Pontus de la Gardie , originaire de France ,
grand chancelier & premier Miniftre de la Reine
Chriftine , en 1607 , & le plus opulent Seigneur de
Suede Pierre , fut Sénateur & grand Maître d'Artillerie
, Ambaffadeur extraordinaire auprès de
Charles II , Roi de la Grande Bretagne , Médiateur
au Congrès de Cologne , enfuite Ambaſſadeur
auprès de Louis XIV , à qui il rendit de
grands fervices en formant entre la Suede & la
France une union qui fubfifte encore. Louis XIV,
pour reconnoître fes fervices , lui donna des lettres
de Comte pour lui & ſes enfans à jamais , avec la
liberté d'acquérir & de poffeder en France telles
terres on charges qu'il voudroit avec les mêmes
prérogatives que fes fujets , au nombre deſquels
ce Monarque l'admettoit. Pierre de Sparre , pendant
le féjour que fon Ambaffade lui occafionna
en France , conçut le deffein de vendre tous fes
biens en Suede & de s'établir dans ce Royaume
où il méditoit d'embraffer la Religion Catholique.
Le temps de fon caractère étant expiré il retourna
en Suede. Pendant qu'il travailloit à éxécuter
fes projets la mort le furprit en 1698. It
n'eut d'Ebba la femme , morte en 1693 , que Lau
rent VI, magnus , qui après la mort de fon pere
palla en France où il entra aú ſervice avec titre de
Lieutenant Colonel dans le Regiment de Sparre ,
aujourd'hui Royal Suédois , dont Eric de Sparre ,
Amballadeur & petit fils d'Eric , étoit alors Colonel
en 1700 environ. Laurent VI , étant en 1703
en garnifon à Tournai , y époula Félicité , fille de
Sire le Vaillant, Baron de Vaudripont & de N. fille
du Baron d'Hériffen , Comte du S. Empire. Après
avoir abjuré le Luthéranifme dans la Chapelle de
l'Evêque de Tourhais ce changement de Religion
le for profcrire en Suede , oùles biens furent con212
MERCURE DE FRANCE.
fiíqués , il ſupporta conftamment ces revers ja
qu'à la mort arrivée à Paris en 1725 & fut enterré
à S. Sulpice après avoir vécu 62 ans. Il a laiffé
de Félicité le Vaillant , deux enfans mâles , Jofeph-
Ignace , Comte de Sparre , & Pierre , Comte de
Sparre , tous deux au fervice de France . Jofeph
Ignace , âgé de 52 , ans , Maréchal de Camp en
1748 & Colonel du Régiment Royal Suédois en
1742 , a époufé en 1730 Marie du Chambge , fille
de Sire du Chambge de Lieffart , premier préfident
de la Chambre des Comptes de Flandres , d'une
famille ancienne & illuftrée dans la robe , originaire
du Franc de Bruge. Leurs enfans ſont Aléxandre
Sparre , Colonel du Régiment Royal Suć
dois , Ernefte Sparre Colonel dans le même Régi
ment ; Augufte Sparre , qui eft dans l'état ecclé.
fiaftique , & Gustave Sparre , âgé de cinq ans
Chevalier de Malthe.
Tiré de Meenius Suenon , Généalogiſte Sué→
dois.
De Schinnerus , Poëte Suédois .
De Gothus & Ericus , Hiftoriens Suédois.
Des Mémoires de la Paix de Rifvick , par Dü
mont..
N. B. Cette maiſon a fourni au Roi , dans la
courant de ce fiécle , Officiers . Il y en a encore
actueliement neuf au Service de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : GÉNÉALOGIE de la Maison de SPARRE, selon les Piéces qui sont chez M. de CLEREMBEAUT & qui ont été produites à l'Ordre de Malte.
Le texte expose la généalogie de la maison de Sparre, une famille suédoise illustre et ancienne. La famille est mentionnée dès l'an 1150 avec Sixten de Toffta, grand écuyer du Royaume de Suède sous le Roi Canut. La maison de Sparre est issue de la famille Toffta, qui a produit plusieurs personnages notables, tels que Nicolas Toffta, grand écuyer et époux de Mereta, fille du Roi Eric X de Suède. La famille a continué à prospérer avec des membres occupant des postes prestigieux comme grand maître d'hôtel, sénéchal, et maréchal de Suède. Le nom de Sparre a été adopté par Eric de Sparre, qui a reçu une décoration de Jacques VI, Roi d'Écosse et d'Angleterre. Eric de Sparre a été exécuté en 1600 pour avoir soutenu Sigismond, Roi de Suède et de Pologne, contre Charles IX. La famille a ensuite continué à servir dans des rôles diplomatiques et militaires. Pierre de Sparre, ambassadeur en France et médiateur au Congrès de Cologne, a obtenu des lettres de comte de Louis XIV et a envisagé de s'établir en France en adoptant la religion catholique. Son fils, Laurent VI, s'est établi en France et a servi dans l'armée française. La famille a continué à produire des officiers au service de la France et de la Suède, avec plusieurs membres actuels dans le service militaire. La maison de Sparre est alliée à plusieurs familles royales suédoises et a joué des rôles importants dans la politique et la noblesse suédoise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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748
p. 99-106
LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
Début :
VOUS avez eu la bonté, Monsieur, de faire mention dans le Mercure d'Avril [...]
Mots clefs :
Avocats, Bureau, Pauvres, Conseil, Consultations , Histoire, Ouvrage, Honneur, Syrie
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
LETTRE de M. MARIN à M. DE LA
PLACE , fur l'Hiftoire de SALA
& c. DIN ,
VOUS Ous avez eu la bonté , Monfieur .
de faire mention dans le Mercure d'Avril
de l'Hiftoire de Saladin , & vous
l'avez annoncée comme une nouvelle
édition. Je fuis fort éloigné d'approuver
ces petites rufes de Libraires , & je
vous prie d'apprendre au Public que j'ai
fait quelques légers changemens dans
cet écrit , mais qu'il n'a point été réimprimé
de nouveau .
Cet Ouvrage qui m'a couté dix années
de travail , dont j'ai puifé les matériaux
dans tous les Auteurs du temps ,
Chrétiens & Mufulmans , que j'ai écrit
avec le plus de foin qu'il m'a été poffible
, & que j'avois cru rendre intéreſfant
par le développement & l'Hiftoire
abrégée des Dynafties Arabes , par le
tableau des moeurs & des opinions des
!
qu'on pouvoit donner une fauffe interprétation
au premier vers de fon Ode à Hiéron ; c'eſt
pourquoi il répéte enfuite cette même comparaifon
, & donne la correction néceffaire .
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
+
Mahometans , & en préfentant fous une
face nouvelle , une de ces expéditions .
malheureufes qui firent de la Syrie un
gouffre où l'Europe venoit s'engloutir ;
cet Ouvrage , dis-je , traité avec ce ton
de vérité que quelques critiques ont
blâme , & que je regarde comme le premier
devoir impofe à l'Hiftorien , obtint
le fuffrage des gens de lettres ; mais
les femmes qui font dans notre fiécle le
fuccès des livres nouveaux , & dont
plufieurs méritent cet honneur ; mais
le commun des Lecteurs François furent
rebutés des noms barbares qu'on y rencontre
à chaque page. On étoit accoutumé
à lire dans Maimbourg , ( dont je
viens d'imiter la prolixité dans la phraſe
précédente ) dans Vertot , & tant d'autres
, les noms de Noradin , d'Adile ,
de Saladin , & on a été effrayé d'y voir
fubftituer ceux de Zenghi , de Kara-
Arflan , de Schirgouht , de Schaour ,
de Kamstegghin , & c ; vous penfez bien ' ,
Monfieur , que cet affemblage de lettres
qu'il falloit , pour ainfi dire , épeler chaque
fois pour leur faire produire deз
fons ; que ces fons bizarres qui venoient
à chaque inftant irriter les oreilles délicates
, ont dû laffer la patience des perfonnes
qui lifent plus pour s'amufer que
M A I. 1763.
ΤΟΥ
pour s'inftruire . J'ai eu tort fans doute
de ne point animer leur conftance en
les avertiffant dans la Préface , qu'après
le troifiéme ou le quatriéme livre , elles
n'auroient rencontré que des noms trèsconnus
, des noms de leurs ancêtres
des détails peut- être intéreffans & des
anecdotes que très-fùrement elles ne
trouveront point ailleurs ainfi raffemblés.
C'étoient , s'il m'eft permis de le dire
, les déferts qui conduifent dans l'Arabie
heureuſe. Mais je m'apperçois qu'à
l'occafion de votre annonce , je me
charge du ridicule de faire moi - même
l'éloge de mon Ouvrage , & c'eſt ſans
donte là une rufe de l'amour- propre
moins pardonnable que celle de mes
Libraires.
Dans le même volume , vous avez
inféré une Lettre pleine de réflexions .
judicieuses , à l'occafion du projet que
j'avois imaginé, & auquel vous avez bien
vou'u applaudir . On a eu tort de confondre
cet établiffement avec les confultations
gratuites des Avocats. Je propofe
une affemblée ou bureau de perfonnes
inftruites & autorifées à pourfuivre
avec vigueur les intérêts des pauvres
contre la tyrannie des débiteurs puiffans
& de mauvaife foi. Je n'ai cité
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qu'un exemple dans ma Lettre , mais.
j'aurois pu en appeller plufieurs à l'appui
de mes idées , fi je n'avois craint des.
applications. Je les développerois & je
leur donnerois plus d'étendue , fi ce
projet pouvoit avoir lieu. On fentiroit
par la multiplicité d'injuftices criantes.
qu'on pourroit dévoiler , combien il feroit
important de réprimer la cruauté de
certains hommes qui infultent dans des
voitures magnifiques , aux malheureux
dont ils traînent les dépouilles.
Mais ce qu'il faut dire ici pour l'honneur
de l'humanité , c'eft que ma Lettre
adreffée à M. le P. de.... a occafionné
plufieurs bonnes oeuvres. On a recherché
les infortunés de l'efpéce de ceuxdont
j'ai parlé , & on s'eft difputé la
gloire de les fecourir, Un Avocat eftimable
que je ne puis nommer fans fon
aveu , a offert de fe charger de toutes
les caufes des pauvres & de faire les
avances néceffaires ; & fans doute plufieurs
de fes Confrères font dans la
même difpofition . Ainfi dans ce fiécle
que nos Moraliftes ne ceffent de rabaiffer
dans leurs déclamations , l'humanité:
n'a rien perdu de fes droits. Elle n'eft
point éteinte dans le coeur des hommes
& il fuffit de réveiller leur fenfibilité :
M A I. 1763. 103
pour les ramener à cette compaffion
bienfaifante que la Nature nous infpire
pour nos femblables .
Il est encore queftion de moi , Monfieur
, dans le même Mercure. En lifant
le manufcrit de l'Anglois à Bordeaux ,
Piéce qu'on ne fauroit trop louer ; j'ajoutai
un couplet à ceux du Vaudeville
qui termine cette Comédie . Ce
couplet destiné feulement pour M.
Favart , eft tombé entre les mains du
Libraire , qui l'a mêlé avec d'autres jolis
vers . Imprimé ainfi féparément il a un
air de prétention qu'il ne mérite pas , &
que je n'ai jamais eu deffein de luidonner.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris ce Avril 1763 . MARIN.
P.S. Comme le projet que j'avois
propofé n'aura peut-être jamais lieu , je
crois devoir ajouter ici quelques éclairciffemens
fur ce qui fe pratique à Paris ,
à Lyon & à Nancy.
Henri IV, qui s'occupoit fans ceffe
du bonheur de fes Sujets , avoit voulu
quelque temps avant fa mort, procurer
aux pauvres les fecours dont ils pourroient
avoir befoin pour l'inftruction &
la défenfe de leurs affaires. Il rendit à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet effet le 6 Mars 1610 , un Arrêt de
fon Confeil d'Etat, qui ordonnoit que
dans toutes les Cours tant fouveraines
que fubalternes , il feroit commis des
Avocats & Procureurs , lefquels feroient
tenus d'affifter de leur confeil , labeur
& vacations , les Veuves , Orphelins ,
Pauvres Gentilshommes , Marchands
Laboureurs & autres qui feroient dépourvus
de confeils & d'argent , &c . La
mort prématurée de ce grand Roi empêcha
l'éxécution d'une fi belle entreprife.
Elle eft demeurée depuis fans
effet ; mais les Avocats y ont fuppléé
en partie , en établiffant des Confultations
de charité qui fe tiennent dans la
Bibliothéque que fen M. de Riparfond
a laiffée à l'Ordre des Avocats . Cette
Bibliothéque eft dans une des Salles de
l'Archevêché. Il s'y affemble une fois
la femaine , plufieurs anciens & jeunes
Avocats nommés par Meffieurs les Avocats
Généraux du Parlement , pour donner
leur avis fur les affaires qui font
propofées. Un d'entre les jeunes rend
compte a l'ancien des Mémoires , &
rédige les Confultations fans en recevoir
aucun honoraire. Meffieurs les
Avocats Généraux & M. le Procureur
Général áffiftoient anciennement à ces
M A I. 1763. TOS
affemblées & y viennent encore quelquefois.
Je tiens ces éclairciffemens d'un Avocat
( M. A. de M... ) qui m'a dit les
avoir envoyés également au Journal de
Jurifprudence. A Lyon il y a un Bureau ,
ou Confeil charitable. Ce Bureau doit
fon établiffement à M. de Rochebonne ,
Archevêque de Lyon , qui affecta 2000 1 .
à prendre fur les revenus de l'Archevêché.
Tous ces Succeffeurs ont continué
cette bonne oeuvre . La Ville ena
augmenté les revenus.
M. l'Archevêque préfide à ce Bureau,
en fon abfence c'eftfon premier Grand
Vicaire , ou un Comte de Lyon. Il y
affifte des Magiftrats de la Cour des
Monnoyes , Maréchauffée & Préfidial
de Lyon , des Avocats , des Procureurs,
des Négocians & notables Bourgeois .
On y régle à l'amiable toutes les conteftations
lorsque les parties veulent bien
s'en rapporter à ce Confeil. On fe charge
des procès des pauvres , où on leur
fournit des fecours , c'eſt-à - dire de l'argent
pour les pourfuivre eux - mêmes.
On y donne auffi des confultations gratuies
.
Ce Bureau s'affemble à l'Archevêché
tous les Samedis.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Ce Bureau éxerce encore une bonne
oeuvre. Les loyers fe payent à Lyon
tous les fix mois , c'eft- à- dire , à la S.
Jean & à Noël. Quand un ouvrier ou ,
un autre pauvre particulier eft dans l'impuiffance
de payer fon terme , on s'en
charge. On met la femme en condition
, on a foin des enfans & on aide
le mari.
A Nancy , Saniflas le bienfaisant ,
qui mérite ce nom à tant de titres , a
établi un , Confeil d'Avocats qui éxaminent
toutes les conteftations & les.
décident. Ces Avocats font payés par
le Roi & il n'en coûte rien aux Parties
qui vont les confulter,
PLACE , fur l'Hiftoire de SALA
& c. DIN ,
VOUS Ous avez eu la bonté , Monfieur .
de faire mention dans le Mercure d'Avril
de l'Hiftoire de Saladin , & vous
l'avez annoncée comme une nouvelle
édition. Je fuis fort éloigné d'approuver
ces petites rufes de Libraires , & je
vous prie d'apprendre au Public que j'ai
fait quelques légers changemens dans
cet écrit , mais qu'il n'a point été réimprimé
de nouveau .
Cet Ouvrage qui m'a couté dix années
de travail , dont j'ai puifé les matériaux
dans tous les Auteurs du temps ,
Chrétiens & Mufulmans , que j'ai écrit
avec le plus de foin qu'il m'a été poffible
, & que j'avois cru rendre intéreſfant
par le développement & l'Hiftoire
abrégée des Dynafties Arabes , par le
tableau des moeurs & des opinions des
!
qu'on pouvoit donner une fauffe interprétation
au premier vers de fon Ode à Hiéron ; c'eſt
pourquoi il répéte enfuite cette même comparaifon
, & donne la correction néceffaire .
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
+
Mahometans , & en préfentant fous une
face nouvelle , une de ces expéditions .
malheureufes qui firent de la Syrie un
gouffre où l'Europe venoit s'engloutir ;
cet Ouvrage , dis-je , traité avec ce ton
de vérité que quelques critiques ont
blâme , & que je regarde comme le premier
devoir impofe à l'Hiftorien , obtint
le fuffrage des gens de lettres ; mais
les femmes qui font dans notre fiécle le
fuccès des livres nouveaux , & dont
plufieurs méritent cet honneur ; mais
le commun des Lecteurs François furent
rebutés des noms barbares qu'on y rencontre
à chaque page. On étoit accoutumé
à lire dans Maimbourg , ( dont je
viens d'imiter la prolixité dans la phraſe
précédente ) dans Vertot , & tant d'autres
, les noms de Noradin , d'Adile ,
de Saladin , & on a été effrayé d'y voir
fubftituer ceux de Zenghi , de Kara-
Arflan , de Schirgouht , de Schaour ,
de Kamstegghin , & c ; vous penfez bien ' ,
Monfieur , que cet affemblage de lettres
qu'il falloit , pour ainfi dire , épeler chaque
fois pour leur faire produire deз
fons ; que ces fons bizarres qui venoient
à chaque inftant irriter les oreilles délicates
, ont dû laffer la patience des perfonnes
qui lifent plus pour s'amufer que
M A I. 1763.
ΤΟΥ
pour s'inftruire . J'ai eu tort fans doute
de ne point animer leur conftance en
les avertiffant dans la Préface , qu'après
le troifiéme ou le quatriéme livre , elles
n'auroient rencontré que des noms trèsconnus
, des noms de leurs ancêtres
des détails peut- être intéreffans & des
anecdotes que très-fùrement elles ne
trouveront point ailleurs ainfi raffemblés.
C'étoient , s'il m'eft permis de le dire
, les déferts qui conduifent dans l'Arabie
heureuſe. Mais je m'apperçois qu'à
l'occafion de votre annonce , je me
charge du ridicule de faire moi - même
l'éloge de mon Ouvrage , & c'eſt ſans
donte là une rufe de l'amour- propre
moins pardonnable que celle de mes
Libraires.
Dans le même volume , vous avez
inféré une Lettre pleine de réflexions .
judicieuses , à l'occafion du projet que
j'avois imaginé, & auquel vous avez bien
vou'u applaudir . On a eu tort de confondre
cet établiffement avec les confultations
gratuites des Avocats. Je propofe
une affemblée ou bureau de perfonnes
inftruites & autorifées à pourfuivre
avec vigueur les intérêts des pauvres
contre la tyrannie des débiteurs puiffans
& de mauvaife foi. Je n'ai cité
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qu'un exemple dans ma Lettre , mais.
j'aurois pu en appeller plufieurs à l'appui
de mes idées , fi je n'avois craint des.
applications. Je les développerois & je
leur donnerois plus d'étendue , fi ce
projet pouvoit avoir lieu. On fentiroit
par la multiplicité d'injuftices criantes.
qu'on pourroit dévoiler , combien il feroit
important de réprimer la cruauté de
certains hommes qui infultent dans des
voitures magnifiques , aux malheureux
dont ils traînent les dépouilles.
Mais ce qu'il faut dire ici pour l'honneur
de l'humanité , c'eft que ma Lettre
adreffée à M. le P. de.... a occafionné
plufieurs bonnes oeuvres. On a recherché
les infortunés de l'efpéce de ceuxdont
j'ai parlé , & on s'eft difputé la
gloire de les fecourir, Un Avocat eftimable
que je ne puis nommer fans fon
aveu , a offert de fe charger de toutes
les caufes des pauvres & de faire les
avances néceffaires ; & fans doute plufieurs
de fes Confrères font dans la
même difpofition . Ainfi dans ce fiécle
que nos Moraliftes ne ceffent de rabaiffer
dans leurs déclamations , l'humanité:
n'a rien perdu de fes droits. Elle n'eft
point éteinte dans le coeur des hommes
& il fuffit de réveiller leur fenfibilité :
M A I. 1763. 103
pour les ramener à cette compaffion
bienfaifante que la Nature nous infpire
pour nos femblables .
Il est encore queftion de moi , Monfieur
, dans le même Mercure. En lifant
le manufcrit de l'Anglois à Bordeaux ,
Piéce qu'on ne fauroit trop louer ; j'ajoutai
un couplet à ceux du Vaudeville
qui termine cette Comédie . Ce
couplet destiné feulement pour M.
Favart , eft tombé entre les mains du
Libraire , qui l'a mêlé avec d'autres jolis
vers . Imprimé ainfi féparément il a un
air de prétention qu'il ne mérite pas , &
que je n'ai jamais eu deffein de luidonner.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris ce Avril 1763 . MARIN.
P.S. Comme le projet que j'avois
propofé n'aura peut-être jamais lieu , je
crois devoir ajouter ici quelques éclairciffemens
fur ce qui fe pratique à Paris ,
à Lyon & à Nancy.
Henri IV, qui s'occupoit fans ceffe
du bonheur de fes Sujets , avoit voulu
quelque temps avant fa mort, procurer
aux pauvres les fecours dont ils pourroient
avoir befoin pour l'inftruction &
la défenfe de leurs affaires. Il rendit à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet effet le 6 Mars 1610 , un Arrêt de
fon Confeil d'Etat, qui ordonnoit que
dans toutes les Cours tant fouveraines
que fubalternes , il feroit commis des
Avocats & Procureurs , lefquels feroient
tenus d'affifter de leur confeil , labeur
& vacations , les Veuves , Orphelins ,
Pauvres Gentilshommes , Marchands
Laboureurs & autres qui feroient dépourvus
de confeils & d'argent , &c . La
mort prématurée de ce grand Roi empêcha
l'éxécution d'une fi belle entreprife.
Elle eft demeurée depuis fans
effet ; mais les Avocats y ont fuppléé
en partie , en établiffant des Confultations
de charité qui fe tiennent dans la
Bibliothéque que fen M. de Riparfond
a laiffée à l'Ordre des Avocats . Cette
Bibliothéque eft dans une des Salles de
l'Archevêché. Il s'y affemble une fois
la femaine , plufieurs anciens & jeunes
Avocats nommés par Meffieurs les Avocats
Généraux du Parlement , pour donner
leur avis fur les affaires qui font
propofées. Un d'entre les jeunes rend
compte a l'ancien des Mémoires , &
rédige les Confultations fans en recevoir
aucun honoraire. Meffieurs les
Avocats Généraux & M. le Procureur
Général áffiftoient anciennement à ces
M A I. 1763. TOS
affemblées & y viennent encore quelquefois.
Je tiens ces éclairciffemens d'un Avocat
( M. A. de M... ) qui m'a dit les
avoir envoyés également au Journal de
Jurifprudence. A Lyon il y a un Bureau ,
ou Confeil charitable. Ce Bureau doit
fon établiffement à M. de Rochebonne ,
Archevêque de Lyon , qui affecta 2000 1 .
à prendre fur les revenus de l'Archevêché.
Tous ces Succeffeurs ont continué
cette bonne oeuvre . La Ville ena
augmenté les revenus.
M. l'Archevêque préfide à ce Bureau,
en fon abfence c'eftfon premier Grand
Vicaire , ou un Comte de Lyon. Il y
affifte des Magiftrats de la Cour des
Monnoyes , Maréchauffée & Préfidial
de Lyon , des Avocats , des Procureurs,
des Négocians & notables Bourgeois .
On y régle à l'amiable toutes les conteftations
lorsque les parties veulent bien
s'en rapporter à ce Confeil. On fe charge
des procès des pauvres , où on leur
fournit des fecours , c'eſt-à - dire de l'argent
pour les pourfuivre eux - mêmes.
On y donne auffi des confultations gratuies
.
Ce Bureau s'affemble à l'Archevêché
tous les Samedis.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Ce Bureau éxerce encore une bonne
oeuvre. Les loyers fe payent à Lyon
tous les fix mois , c'eft- à- dire , à la S.
Jean & à Noël. Quand un ouvrier ou ,
un autre pauvre particulier eft dans l'impuiffance
de payer fon terme , on s'en
charge. On met la femme en condition
, on a foin des enfans & on aide
le mari.
A Nancy , Saniflas le bienfaisant ,
qui mérite ce nom à tant de titres , a
établi un , Confeil d'Avocats qui éxaminent
toutes les conteftations & les.
décident. Ces Avocats font payés par
le Roi & il n'en coûte rien aux Parties
qui vont les confulter,
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Résumé : LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
M. Marin adresse une lettre à M. de La Place pour clarifier des informations concernant son ouvrage sur l'histoire de Saladin. Il précise que cet ouvrage, résultant de dix années de travail, n'a pas été réimprimé mais a subi quelques modifications. Il compile des matériaux provenant d'auteurs chrétiens et musulmans et se concentre sur une expédition malheureuse en Syrie. Malgré des critiques sur son style, l'ouvrage a été bien accueilli par les gens de lettres, mais a rebuté le commun des lecteurs français en raison des noms barbares utilisés. M. Marin mentionne également une lettre publiée dans le Mercure de France, qui traite d'un projet visant à protéger les intérêts des pauvres contre la tyrannie des débiteurs puissants. Ce projet, bien que confondu avec les consultations gratuites des avocats, propose la création d'une assemblée de personnes instruites pour défendre les pauvres. Cette initiative a déjà suscité des bonnes œuvres et des actions de soutien. Enfin, M. Marin explique qu'il a ajouté un couplet à une pièce de théâtre, qui a été imprimé séparément et de manière inappropriée. Il fournit également des éclaircissements sur des initiatives similaires à Paris, Lyon et Nancy, où des avocats et des magistrats offrent des consultations gratuites et des aides financières aux pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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749
p. 12-13
A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
Début :
AMI, je reçois à l'instant [...]
Mots clefs :
Amour, Rangs, Sage, Prétendre, Naissance, Jouissance, Amour-propre
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur
,fa généalogie.
AMI , je reçois à l'inſtant
Votre Epître aimable & légère ;
J'y vois avec raviſſement
Le pinceau du Dieu de Cythère ,
Et la gaîté de ſa Maman.
Vous folâtrez avec les Grâces.
Embellis par le Sentiment
Les Plaiſirs marchent ſur vos traces.
Pour moi plus grave en ce moment
Je viens de ſuſpendre ma lyre ,
Et laiſſant Laure & fon Amant ,
L'amour & les feux qu'il inſpire.,
En baillant je m'occupe à lire
Le Nobiliaire Normand. ) ,
Les rangs. ſont égaux au Parnaſſe,
LesArts en frères s'aiment tous ;
Auguste n'est pas plus qu'Horace
Il n'en eſt pas ainſi chez nous.
Cet ordre des rangs , cet uſage ,
Ou comme on voudra le nommer,
JUI N. 1763 . 13
Peut être le mépris du Sage ,
Le Sage doit s'y conformer .
A ce vain hazard de naiſſance
-On attache quelque valeur :
C'eſt partout un titre d'honneur ,
Il l'eſt du moins par convenance.
Sans prétendre y placer le mien ,
F'en veux auſſi la jouiſſance ;
Ce n'eſt que prétendre à mon bien.
Dans cette nouvelle carrière
L'amour-propre ne me ſuit pas ;
La ſageſſe qui nous éclaire ,
Eſt la grandeur dont je fais cas ,
Le ſeul titre que je révére.
Et cet antique parchemin ,
Garant des honneurs de mes pères,
Toutes ces brillantes misères ,
Ne. rendent pas mon coeur plus vain ,
En jouiſſant , pouvant le faire ,
Exempt d'orgueil&de dédain ,
Je n'y vois qu'une ombre légère ,
Un brillant ſuperficiel ,
Un pompeux rien , mais qui peut plaire,
Et cherchant à me fatisfaire ,
Mon axiome eſt toujours tel :
Le plaiſir eſt un bien réel ,
Et la nobleſſe une chimère.
,fa généalogie.
AMI , je reçois à l'inſtant
Votre Epître aimable & légère ;
J'y vois avec raviſſement
Le pinceau du Dieu de Cythère ,
Et la gaîté de ſa Maman.
Vous folâtrez avec les Grâces.
Embellis par le Sentiment
Les Plaiſirs marchent ſur vos traces.
Pour moi plus grave en ce moment
Je viens de ſuſpendre ma lyre ,
Et laiſſant Laure & fon Amant ,
L'amour & les feux qu'il inſpire.,
En baillant je m'occupe à lire
Le Nobiliaire Normand. ) ,
Les rangs. ſont égaux au Parnaſſe,
LesArts en frères s'aiment tous ;
Auguste n'est pas plus qu'Horace
Il n'en eſt pas ainſi chez nous.
Cet ordre des rangs , cet uſage ,
Ou comme on voudra le nommer,
JUI N. 1763 . 13
Peut être le mépris du Sage ,
Le Sage doit s'y conformer .
A ce vain hazard de naiſſance
-On attache quelque valeur :
C'eſt partout un titre d'honneur ,
Il l'eſt du moins par convenance.
Sans prétendre y placer le mien ,
F'en veux auſſi la jouiſſance ;
Ce n'eſt que prétendre à mon bien.
Dans cette nouvelle carrière
L'amour-propre ne me ſuit pas ;
La ſageſſe qui nous éclaire ,
Eſt la grandeur dont je fais cas ,
Le ſeul titre que je révére.
Et cet antique parchemin ,
Garant des honneurs de mes pères,
Toutes ces brillantes misères ,
Ne. rendent pas mon coeur plus vain ,
En jouiſſant , pouvant le faire ,
Exempt d'orgueil&de dédain ,
Je n'y vois qu'une ombre légère ,
Un brillant ſuperficiel ,
Un pompeux rien , mais qui peut plaire,
Et cherchant à me fatisfaire ,
Mon axiome eſt toujours tel :
Le plaiſir eſt un bien réel ,
Et la nobleſſe une chimère.
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Résumé : A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
L'auteur d'une lettre poétique répond à une demande sur sa généalogie. Il admire la légèreté et la gaieté de l'épître reçue, contrastant avec son intérêt actuel pour le 'Nobiliaire Normand'. Il note que, contrairement aux arts, la société valorise les distinctions de naissance. Bien qu'il reconnaisse la valeur sociale de la noblesse, il affirme qu'elle ne le rend pas orgueilleux. Pour lui, la véritable grandeur réside dans la sagesse et le plaisir, considérant la noblesse comme une chimère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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750
p. 54-68
HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
Début :
L'HISTOIRE simple des faits peut intéresser la curiosité des gens oisifs ; l'Histoire [...]
Mots clefs :
Divorce, Réflexions, Droits des nations, Historien, Déclamateur, Roi d'Angleterre, Alliances, Reine, Intérêts, Impétuosité
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
HISTOIRE du divorce d'HENRI
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
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Résumé : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
L'ouvrage 'Histoire du divorce d'Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon' de l'abbé Raynal met en lumière l'importance de comprendre les motivations derrière les événements historiques et la maîtrise de la politique par les historiens. L'histoire débute avec le mariage entre Arthur, fils d'Henri VII, et Catherine d'Aragon, visant à renforcer les alliances européennes. À la mort d'Arthur, Henri VIII épousa Catherine avec la dispense papale de Jules II. Influencé par Anne Boleyn, Henri VIII chercha à divorcer, utilisant les doutes de l'évêque de Tarbes sur la légitimité de son mariage. Les négociations avec le pape Clément VII furent longues et complexes, menant à une rupture entre l'Angleterre et Rome. Henri VIII épousa ensuite Anne Boleyn, qu'il fit exécuter, avant de se remarier successivement avec Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard et Catherine Parr. Les portraits des papes Jules II et Clément VII sont esquissés : Jules II était ambitieux et orienté vers la guerre et la politique, tandis que Clément VII était inquiet et influençable. Henri VIII est décrit comme intelligent mais mal avisé, ce qui compliqua son règne marqué par la tyrannie, la libéralité excessive et la manipulation par ses ministres. Son règne fut caractérisé par des changements fréquents de lois et des décisions judiciaires dictées par ses passions. Henri VIII fut le premier roi d'Angleterre à porter le titre de 'Majesté', accordé par François Ier lors de la rencontre du Camp du Drap d'Or en 1520.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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