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601
p. 35-49
ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Début :
Voici la copie de la Capitulation de Maillorque. / I. On accorde une amnistie & pardon general à toutes sortes [...]
Mots clefs :
Troupes, Officiers, Capitulation, Chevaux, Majorque, Évacuation, Palma, Marquis de Rubi, Chevalier, Soldats
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
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602
p. 59-61
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que l'Amiral Lillié avec un [...]
Mots clefs :
Flotte, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
Fermer
603
p. 159-166
A Melilla, le 18. Octobre 1715.
Début :
Par ma Lettre du 10. de ce mois, je vous informay de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Tranchées, Parapets, Melilla, Fortifications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Melilla, le 18. Octobre 1715.
AMelilla,le18. Octobre 171.5.
Par ma Lettre duro. de ce
mois , je vous informay de
mon arrivée en cette Place.
Aprés avoir fouffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'imagi160
MERCURE
ner : à mon arrivée j'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureuſement
de toutes parts par une
paralelle qui paffle à 10. toifes
de noſtre chemin convert : Ils
paroiffent sen vouloir à une
redoute au pied de noſtreglacis
, qui s'appelle ſaint Michel,
dans laquelle on a mis cinquante
( * Defterados ) à qui
on promet la liberté s'ils ſe
deffendent , ainſi qu'ils font
parfaitement bien ; ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis & nous
↑ * Bannis .
paGALANT.
161
i
pareillement tirons nuit &
jour , les uns ſur les autres
cependant ils n'ont point encore
de canons, & bien nous
en prend , car s'ils en avoient
ils nous defoleroient à cauſe
que tous nos parapets ne font
que d'une ſimple muraille ,
dont l'éclat des pierres bleſſer
roittout noſtre monde.
Je fais travailler continuellement
à faire des parapets de
terre , parce qu'on affeure que
les Maures , attendent du canon
&des mortiers , & quoy
que cet ouvrage ſoit de longue
haleine , je ne veux pas atten-
Octobre 171's .
162 MERCURE
dre à l'extremité , à le faire ,
c'eſt pourquoy je previens le
coup ,au moins on pourra ſe
tenir derriere ce qu'on ne
peut faire fans grand riſque ,
derriere ceux qui ſubſiſtent.
Jay examiné auſſi les Fortifications
de cette Place
,
, qui
n'eſt faite que de pieces & de
morceaux , les uns fur les autres
, parce qu'ils ont eſté bâtis
par differentes mains , cependant
il n'ya pas un ouvrage
qui n'ait un profond foſſé
raillé dans le roc ; plût à Dieu
que les parapets correfpondiffont
aux foſſez .
GALANT. 163
Tous les ouvrages ſont pareillement
contreminez , ainſi
que les chemins couverts , ce
quidevroit fairetrembler l'En.
nemy ; cependant il va toûjours
fon train ,& s'il s'amuſe
à vouloir prendre la redoute
de faintMichel , comme il y a
apparence ,onle fera ſauter en
l'air plus haut qu'il ne penſe.
Nous avons nos Mineurs
qui travaillent pardeſſous terre
en grande diligence , par le
plaiſir qu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
2
A
Il y a quatre jours que la
7
Oij
164 MERCURE
Garde de faint Michel firune
petite fortie la nuit , fur les
tranchées des Maures , & leur
prit deux fufils , & demantibula
un gabion du parapet de
la tranchée , & le portadans la
redoute, les Soldats l'ontplacé
ſur le ſommet d'une guerite la
plus haute de la redoute , afin
qu'il ſoit veu des Ennemis , ce
qui les deleſpere ; eat on dit
que quandl'Alcaïde commandant
leCamp , ſera de retour
d'un voyage qu'ileft allé faire,
qu'il les affommera de coups
de bâton ce qui n'eſt pas
épargné chez eux ,non plus
GALANT. 165
quede faire traîner les hommes
par des mulles , quand ils
manquent , c'eſt le déjeuné
de l'Alcaïde , commandant
chaque jour, non po
On prétend que le voyage
decet Alcaïde eſt pour preffer
P'arrivée du Canon , des Mortiers
,& pour faire preffer auffilegros
de fon Armée. Ainfi
il ne manquera pas deMorail
les, cequ'il yadeplus fâcheux
eſt qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que juſques à
la fin desce mois. Jugez du ſecours
qu'on aapporté, leGouverneur
qui eſt un fort brave
166 MERCURE
1
homme&bien entendu , écrit
fortement par le retour deces
baſtimens , mais la lenteur .
avec laquelle on va en toutes
chofes , nous peut caufer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plande cette
Place , car le travail que je fais
journellement , eſt de beaucoup
plus de confequence,
ainfilaCourprendra patience.
Mais j'eſpere que Sa Majefté
Catholique ne deſapprouvera
pas ma conduite nioma manoeuvre
fincoeffaires pour fon
fervicero
Par ma Lettre duro. de ce
mois , je vous informay de
mon arrivée en cette Place.
Aprés avoir fouffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'imagi160
MERCURE
ner : à mon arrivée j'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureuſement
de toutes parts par une
paralelle qui paffle à 10. toifes
de noſtre chemin convert : Ils
paroiffent sen vouloir à une
redoute au pied de noſtreglacis
, qui s'appelle ſaint Michel,
dans laquelle on a mis cinquante
( * Defterados ) à qui
on promet la liberté s'ils ſe
deffendent , ainſi qu'ils font
parfaitement bien ; ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis & nous
↑ * Bannis .
paGALANT.
161
i
pareillement tirons nuit &
jour , les uns ſur les autres
cependant ils n'ont point encore
de canons, & bien nous
en prend , car s'ils en avoient
ils nous defoleroient à cauſe
que tous nos parapets ne font
que d'une ſimple muraille ,
dont l'éclat des pierres bleſſer
roittout noſtre monde.
Je fais travailler continuellement
à faire des parapets de
terre , parce qu'on affeure que
les Maures , attendent du canon
&des mortiers , & quoy
que cet ouvrage ſoit de longue
haleine , je ne veux pas atten-
Octobre 171's .
162 MERCURE
dre à l'extremité , à le faire ,
c'eſt pourquoy je previens le
coup ,au moins on pourra ſe
tenir derriere ce qu'on ne
peut faire fans grand riſque ,
derriere ceux qui ſubſiſtent.
Jay examiné auſſi les Fortifications
de cette Place
,
, qui
n'eſt faite que de pieces & de
morceaux , les uns fur les autres
, parce qu'ils ont eſté bâtis
par differentes mains , cependant
il n'ya pas un ouvrage
qui n'ait un profond foſſé
raillé dans le roc ; plût à Dieu
que les parapets correfpondiffont
aux foſſez .
GALANT. 163
Tous les ouvrages ſont pareillement
contreminez , ainſi
que les chemins couverts , ce
quidevroit fairetrembler l'En.
nemy ; cependant il va toûjours
fon train ,& s'il s'amuſe
à vouloir prendre la redoute
de faintMichel , comme il y a
apparence ,onle fera ſauter en
l'air plus haut qu'il ne penſe.
Nous avons nos Mineurs
qui travaillent pardeſſous terre
en grande diligence , par le
plaiſir qu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
2
A
Il y a quatre jours que la
7
Oij
164 MERCURE
Garde de faint Michel firune
petite fortie la nuit , fur les
tranchées des Maures , & leur
prit deux fufils , & demantibula
un gabion du parapet de
la tranchée , & le portadans la
redoute, les Soldats l'ontplacé
ſur le ſommet d'une guerite la
plus haute de la redoute , afin
qu'il ſoit veu des Ennemis , ce
qui les deleſpere ; eat on dit
que quandl'Alcaïde commandant
leCamp , ſera de retour
d'un voyage qu'ileft allé faire,
qu'il les affommera de coups
de bâton ce qui n'eſt pas
épargné chez eux ,non plus
GALANT. 165
quede faire traîner les hommes
par des mulles , quand ils
manquent , c'eſt le déjeuné
de l'Alcaïde , commandant
chaque jour, non po
On prétend que le voyage
decet Alcaïde eſt pour preffer
P'arrivée du Canon , des Mortiers
,& pour faire preffer auffilegros
de fon Armée. Ainfi
il ne manquera pas deMorail
les, cequ'il yadeplus fâcheux
eſt qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que juſques à
la fin desce mois. Jugez du ſecours
qu'on aapporté, leGouverneur
qui eſt un fort brave
166 MERCURE
1
homme&bien entendu , écrit
fortement par le retour deces
baſtimens , mais la lenteur .
avec laquelle on va en toutes
chofes , nous peut caufer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plande cette
Place , car le travail que je fais
journellement , eſt de beaucoup
plus de confequence,
ainfilaCourprendra patience.
Mais j'eſpere que Sa Majefté
Catholique ne deſapprouvera
pas ma conduite nioma manoeuvre
fincoeffaires pour fon
fervicero
Fermer
604
p. 167-170
Du 22. du même mois.
Début :
Je ne veux point laisser partir la Barque, sans vous dire [...]
Mots clefs :
Hommes, Maures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 22. du même mois.
Du 22. du même mois .
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
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605
p. 172-173
De Londres le 20. Septembre.
Début :
Le Duc de Roxboroug partit hier pour l'Ecosse. Le [...]
Mots clefs :
Duc, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 20. Septembre.
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
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606
p. 173
De Venise le 14 Septembre.
Début :
Les Turcs sont occupez à faire le siege de Modon, & ils [...]
Mots clefs :
Siège, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 14 Septembre.
DeVenise le 14 Septembre.
Les Turcs font occupez à
faire le ſiege de Modon , & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ils ont auffi fait avancer
un nouveau corps vers la Dalmatie
, pour attaquer cette
Province. Il ya trois jours que
fix Vaiſſeaux ſont partis d'ici
avec quatre cent hommes ,
pour renforcer nôtre armée
Les Turcs font occupez à
faire le ſiege de Modon , & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ils ont auffi fait avancer
un nouveau corps vers la Dalmatie
, pour attaquer cette
Province. Il ya trois jours que
fix Vaiſſeaux ſont partis d'ici
avec quatre cent hommes ,
pour renforcer nôtre armée
Fermer
607
p. 174-178
De Vienne le 28. Septembre.
Début :
L'Envoyé Turc Ibrahim Aga partit le 13. de ce mois [...]
Mots clefs :
Guerre, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 28. Septembre.
DeVienne le 28. Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
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608
p. 178-183
De Hambourg le 4. Octobre.
Début :
Les dernieres lettres de Dresde portent que le Roy de [...]
Mots clefs :
Troupes, Suède, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 4. Octobre.
De Hambourg le4. Octobre.
Les dernieres lettres de
Dreſde portent que le Royde
Pologne y étoit arrivé le126.
du mois dernier , étant parti
le 10. de Warfovie : il doir
paſſer l'Hiver en Saxe , & faire
unvoyageenPomeranie,pour
être preſent à l'attaquedes rer
tranchemens des Suedois. La
GALANT. 179
-
Reine ſon épouſe qui étoit
revenuë des bains de Teplitz
àDreſde , en partit le 25. pour
aller à Torgau. Les dernieres
lettres du Campdes Alliez devant
Stralzund , qui font du
2. de ce mois , portent que le
Vice-Amiral Sceftede ayant
obligé les Armateurs Suedois
quideffendoient les approches
deRuden,à ſe retirer , aprés
un combat de dix heures , en
deux jours differens , dans lequel
les Danois n'avoient eu
qu'environ cinquante hom
mes tuez ou bleffez ,davoit
donné ſes ordres pour relever
130 MERCURE
les bâtimens que les Suedois
avojent coulé à fond , pour
tendre la deſcente plus difficile.
Il étoit enfuite venu au
Camp , pour faire le rapport
de ſon expedition au Roy de
Dannemarck , qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit que comme on a
appris que les troupes qui def.
fendent 1 Ifle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
le contenterade la tenir blo
quée , & qu'on attaquera celle
de Rugen , à cauſe que l'approche
de l'hyver pourroit
rendre cette entrepriſe plus
GALANT. 181
difficile , & on en devoit tenter
l'execution le 12. ou le 15. de
cemois.Le Royde Suede avoit
mis la plupart de ſes meilleures
troupes dans les retranchemens
de cette Ifle , qu'il veut
deffondre juſqu'à la derniere
extrêmité On écrit deCoppenhague
que le Comte de
Guldenlow Amiral General ,
devoit monter la Flote Danoiſe
; à cauſe qu'il avoit cu
avis que l'Amiral Spar avoit
reçûdes ordres exprés du Roy
de Suede ſon Maître , de partirdeCarelſcroon
avec ſa Flote
& les Vaifſeaux qui étoient
182 MERCURE
venus le joindre de divers
Ports de Suede,pour s'approcher
de l'lfte de Rugen. On
aſſûre que huit Vaiſſeaux de
Guerre Anglois avoient joint
la Flote Danoiſe , ce qui n'eſt
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Suedoiſe
étoit arrivée à Stralzund
de la Province de Schonen ,
d'où on attendoit encored'autres
troupes: que le Vice Amiral
Lewenhaupt qui étoit forti
deGottembourg avecune Efcadre
pour quelque deffein ,y
étoit rentré ſans l'avoir executé
, &qu'un grand Corps de
GALANT. 183
Moſcovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
quinze jours ou trois ſemaines.
Les dernieres lettres de
Dreſde portent que le Royde
Pologne y étoit arrivé le126.
du mois dernier , étant parti
le 10. de Warfovie : il doir
paſſer l'Hiver en Saxe , & faire
unvoyageenPomeranie,pour
être preſent à l'attaquedes rer
tranchemens des Suedois. La
GALANT. 179
-
Reine ſon épouſe qui étoit
revenuë des bains de Teplitz
àDreſde , en partit le 25. pour
aller à Torgau. Les dernieres
lettres du Campdes Alliez devant
Stralzund , qui font du
2. de ce mois , portent que le
Vice-Amiral Sceftede ayant
obligé les Armateurs Suedois
quideffendoient les approches
deRuden,à ſe retirer , aprés
un combat de dix heures , en
deux jours differens , dans lequel
les Danois n'avoient eu
qu'environ cinquante hom
mes tuez ou bleffez ,davoit
donné ſes ordres pour relever
130 MERCURE
les bâtimens que les Suedois
avojent coulé à fond , pour
tendre la deſcente plus difficile.
Il étoit enfuite venu au
Camp , pour faire le rapport
de ſon expedition au Roy de
Dannemarck , qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit que comme on a
appris que les troupes qui def.
fendent 1 Ifle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
le contenterade la tenir blo
quée , & qu'on attaquera celle
de Rugen , à cauſe que l'approche
de l'hyver pourroit
rendre cette entrepriſe plus
GALANT. 181
difficile , & on en devoit tenter
l'execution le 12. ou le 15. de
cemois.Le Royde Suede avoit
mis la plupart de ſes meilleures
troupes dans les retranchemens
de cette Ifle , qu'il veut
deffondre juſqu'à la derniere
extrêmité On écrit deCoppenhague
que le Comte de
Guldenlow Amiral General ,
devoit monter la Flote Danoiſe
; à cauſe qu'il avoit cu
avis que l'Amiral Spar avoit
reçûdes ordres exprés du Roy
de Suede ſon Maître , de partirdeCarelſcroon
avec ſa Flote
& les Vaifſeaux qui étoient
182 MERCURE
venus le joindre de divers
Ports de Suede,pour s'approcher
de l'lfte de Rugen. On
aſſûre que huit Vaiſſeaux de
Guerre Anglois avoient joint
la Flote Danoiſe , ce qui n'eſt
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Suedoiſe
étoit arrivée à Stralzund
de la Province de Schonen ,
d'où on attendoit encored'autres
troupes: que le Vice Amiral
Lewenhaupt qui étoit forti
deGottembourg avecune Efcadre
pour quelque deffein ,y
étoit rentré ſans l'avoir executé
, &qu'un grand Corps de
GALANT. 183
Moſcovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
quinze jours ou trois ſemaines.
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609
p. 183-193
D'Edimbourg le 3. Octobre.
Début :
Le Duc d'Argy le partit le 28 pour le Camp de Sterling, [...]
Mots clefs :
Armes, Déclaration, Patrie, Forces, Vassaux, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Edimbourg le 3. Octobre.
'Edimbourg le a. Octobre.
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
Fermer
610
p. 126-130
A Venise le 12. Novembre.
Début :
L'on a receu icy cette semaine des Lettres de M. le [...]
Mots clefs :
Général, Turcs, Venise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 12. Novembre.
AVenife le 12. Novembre.
L'on a receu icy cette femaine
des Lettres de M. le
General Delphini , par la voye
d'Ottrante, datées deGlimini le
19. Septembre , il mande que
fa fanté ferétabliſſant & ayant
cu avis que Napoli de Malvoifie
, fe défendoit encore
il fe difpofoit à porter du
fecours à cette Place , qu'il
mettroit inceffamment à la
GALANT. 127
voile avec les quatre Vaiſſeaux
& tous les fiens , à l'exception
de deux de ces Vaiffeaux qui
ne pouvoient plus fervir ; que
les Turcs avoient fait paſſer
25. à 30000. hommes dans
l'Ile de Sainte Maure , pour
en faire le Siege ; que quatre
galeres s'en étoient approchées
yavoient jetté du monde , en
forte que la Garnifon eftoit de
mille hommes environ ; que
les Turcs n'avoient point encore
leur canons , & qu'il lâcheroit
avant fon départ les
Galeres , tant pour jetter de
nouveaux fecours dans la Pla-
Liiij
128 MERCURE
ce,s'il eftoit poffible d'y réüffir ,
que pour incommoder les
affiegeans. Il y a de l'apparence
que ce General n'aura pas
voulu eftre fpectateur de la
prife de cette Place & qu'il
prend le prétexte d'aller fecourir
Napoli de Malvoific , car
je le crois trop fage pour rifquer
de combattre contre la
Aotte des Turcs beaucoup
fuperieure à la fienne .
L'ona auffi receu des Lettres
de Dalmatie du 16. Septembre
; elles portent que nonobftant
la chute des neiges ,
les Turcs fe raffembloient de
GALANT. 129
nouveau dans l'Albanic , & du
cofté de Narenta , qu'il paroiffoit
qu'ils avoient deffein de
faire quelque fiege , & le Grand
Vifir avoit fait étrangler le Pacha
qui avoit levé celuy de
Siga .
Un Courrier arrivé de Vienne
Mercredy , a apporté le
traité d'engagement de M. le
Comte de Schulembourg, auquella
République a enfin accordé
les 10000. fequins qu'il
demandoit pour entrer à fon
fervice. Comme ce n'eft pas
icy l'ufage de donner une fi
groffe fomme , on luy a donné.
plufieurs Charges pour avoir
130 MERCURE
un prétexte de le faire , & il
fera Maréchal General des Débarquements,
& General d'Artillerie.
Tout fon commandement
fe réduira à deffendrela
Villede Corfou , fi la guerre
continuë.
-
Le Senat a pris la réſolution
de rappeller les bannis
moyennant une certaine fomme
proportionnée à leurs facultez
, & l'on a éleu unMagif.
trat pour regler cette fomme.
On reprendra la fuite des
Nouvelles dans un autre en- .
droit de ce Volume.
L'on a receu icy cette femaine
des Lettres de M. le
General Delphini , par la voye
d'Ottrante, datées deGlimini le
19. Septembre , il mande que
fa fanté ferétabliſſant & ayant
cu avis que Napoli de Malvoifie
, fe défendoit encore
il fe difpofoit à porter du
fecours à cette Place , qu'il
mettroit inceffamment à la
GALANT. 127
voile avec les quatre Vaiſſeaux
& tous les fiens , à l'exception
de deux de ces Vaiffeaux qui
ne pouvoient plus fervir ; que
les Turcs avoient fait paſſer
25. à 30000. hommes dans
l'Ile de Sainte Maure , pour
en faire le Siege ; que quatre
galeres s'en étoient approchées
yavoient jetté du monde , en
forte que la Garnifon eftoit de
mille hommes environ ; que
les Turcs n'avoient point encore
leur canons , & qu'il lâcheroit
avant fon départ les
Galeres , tant pour jetter de
nouveaux fecours dans la Pla-
Liiij
128 MERCURE
ce,s'il eftoit poffible d'y réüffir ,
que pour incommoder les
affiegeans. Il y a de l'apparence
que ce General n'aura pas
voulu eftre fpectateur de la
prife de cette Place & qu'il
prend le prétexte d'aller fecourir
Napoli de Malvoific , car
je le crois trop fage pour rifquer
de combattre contre la
Aotte des Turcs beaucoup
fuperieure à la fienne .
L'ona auffi receu des Lettres
de Dalmatie du 16. Septembre
; elles portent que nonobftant
la chute des neiges ,
les Turcs fe raffembloient de
GALANT. 129
nouveau dans l'Albanic , & du
cofté de Narenta , qu'il paroiffoit
qu'ils avoient deffein de
faire quelque fiege , & le Grand
Vifir avoit fait étrangler le Pacha
qui avoit levé celuy de
Siga .
Un Courrier arrivé de Vienne
Mercredy , a apporté le
traité d'engagement de M. le
Comte de Schulembourg, auquella
République a enfin accordé
les 10000. fequins qu'il
demandoit pour entrer à fon
fervice. Comme ce n'eft pas
icy l'ufage de donner une fi
groffe fomme , on luy a donné.
plufieurs Charges pour avoir
130 MERCURE
un prétexte de le faire , & il
fera Maréchal General des Débarquements,
& General d'Artillerie.
Tout fon commandement
fe réduira à deffendrela
Villede Corfou , fi la guerre
continuë.
-
Le Senat a pris la réſolution
de rappeller les bannis
moyennant une certaine fomme
proportionnée à leurs facultez
, & l'on a éleu unMagif.
trat pour regler cette fomme.
On reprendra la fuite des
Nouvelles dans un autre en- .
droit de ce Volume.
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611
p. 177-183
NOUVELLES. A Venise le 23. Novembre 1715.
Début :
M. le Comte de Schulembourg doit estre arrivé hier [...]
Mots clefs :
Venise, République, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES. A Venise le 23. Novembre 1715.
NOUVELLES
AVenisele 23.Novembre 171 5 .
.. M. le Comte de Schulembourg
doit eſtre arrivé hier
>
178 MERCURE
icy dans un Lazaret qui luy a
eſté préparé. Ilſera plus à
portéequ'à celuyde Verone ,
de conferer avec les Chefs de
ce Gouvernement ſur les operations
de la Campagne pro
chaine.
3.M. Grimani: qui abeſté élu
CapitaineGeneral en la place
de M. Delphin commenceà
fe laiffer perfuader d'accepter
cet employ ; mais il fait en
même-remps des demandes
pour eſtre misen état de le pou
voir foutenir mieux que ne
pouvoit faire fonpredeceffeur.
Il demande troupes , muniGALANT
179
tions & argent en beaucoup
plusgrandequantité.
L'on a appris que M. Delphin
étoit de retour à Zante,
de la courſe qu'il a faite dans
l'Archipel. Il s'eſt avancé julqu'auCap
Doro dans l'Iſle de
Negrepont , d'où il a eſté obli
gé par un vent contraire de
retourner ſur ſes pas. Sa pre
fonce acausé de l'allarme aux
habitants des Ifles de l'Archi
pel qui ſe ſont donnez avis les
uns aux autres de ſa proximité,
par de grands feux qu'ils ont
allumez dans ces Ifles. Huir
Galeres qui étoient à Mitilene
180 MERCURE
ſe ſont retirées promptement
dans leCanalde Conſtantinople.
04
Il est arrivé des Lettres du
General de Dalmatie , & du
Commandant de Caſtel- Nuovo.
Ils mandent que les Turcs
s'étoient enfin retirez dans
leurs quartiers d'hyver ; mais
qu'ils faiſoientdans l'Albanie ,
dans l'Epie& dans les Provinces
du voisinage,des amas immenſes
de proviſions , &munitions
de guerre. Ils rendent
compte de l'état où se trouvent
toutes les Places de Dal-s
matie& celles de Caſtel-Nuos
GALANT. 181
!
vo ,&de cequi feroit neceſſaire
pour les mettre en état de
deffenfe ,& ils ſupplient le
Senat de leurenvoyer ces fecours
le plus promptement
qu'il fera poffible.
On affeure que certainementla
Republique n'a encore
ſigné aucun traité avec l'Empereur
,& que queiquebeſoin
que l'on ait icy d'une diverſion
puiſſanteen Hongrie , on ne
peut ſe réfoudre à confentir à
de certaines conditions que ce
Prince voudroit exiger de la
Republique. A
Le Conſul de la Nationa
182 MERCURE
1
remis aujourd'huy au College
les Paffeports du Roy , pour
les Ambaffadeurs Extraordinaires
de la Republique.
On eft informé icy de la
crainte où l'on eſt preſentement
à Vienne d'eftre attaqué
laCampagne prochaine par les
Tures dans la Hongrie,& on
croit que peut- eſtre l'on voudraprofiter
de cette occafion
favorable pour faire la paix
avec la Porte,qui vray ſemblablement
n'en ſerapas éloignée.
Le Prince Electoral de Baviere
doit venir inceſſamment
icy pour paſſer de-là à Rome,
GALANT. 183
on luy a déja retenu unPalais.
Il ſera accompagné de ſept
Seigneurs de ſa Cour & ſuivy
de ſoixante perſonnes.
AVenisele 23.Novembre 171 5 .
.. M. le Comte de Schulembourg
doit eſtre arrivé hier
>
178 MERCURE
icy dans un Lazaret qui luy a
eſté préparé. Ilſera plus à
portéequ'à celuyde Verone ,
de conferer avec les Chefs de
ce Gouvernement ſur les operations
de la Campagne pro
chaine.
3.M. Grimani: qui abeſté élu
CapitaineGeneral en la place
de M. Delphin commenceà
fe laiffer perfuader d'accepter
cet employ ; mais il fait en
même-remps des demandes
pour eſtre misen état de le pou
voir foutenir mieux que ne
pouvoit faire fonpredeceffeur.
Il demande troupes , muniGALANT
179
tions & argent en beaucoup
plusgrandequantité.
L'on a appris que M. Delphin
étoit de retour à Zante,
de la courſe qu'il a faite dans
l'Archipel. Il s'eſt avancé julqu'auCap
Doro dans l'Iſle de
Negrepont , d'où il a eſté obli
gé par un vent contraire de
retourner ſur ſes pas. Sa pre
fonce acausé de l'allarme aux
habitants des Ifles de l'Archi
pel qui ſe ſont donnez avis les
uns aux autres de ſa proximité,
par de grands feux qu'ils ont
allumez dans ces Ifles. Huir
Galeres qui étoient à Mitilene
180 MERCURE
ſe ſont retirées promptement
dans leCanalde Conſtantinople.
04
Il est arrivé des Lettres du
General de Dalmatie , & du
Commandant de Caſtel- Nuovo.
Ils mandent que les Turcs
s'étoient enfin retirez dans
leurs quartiers d'hyver ; mais
qu'ils faiſoientdans l'Albanie ,
dans l'Epie& dans les Provinces
du voisinage,des amas immenſes
de proviſions , &munitions
de guerre. Ils rendent
compte de l'état où se trouvent
toutes les Places de Dal-s
matie& celles de Caſtel-Nuos
GALANT. 181
!
vo ,&de cequi feroit neceſſaire
pour les mettre en état de
deffenfe ,& ils ſupplient le
Senat de leurenvoyer ces fecours
le plus promptement
qu'il fera poffible.
On affeure que certainementla
Republique n'a encore
ſigné aucun traité avec l'Empereur
,& que queiquebeſoin
que l'on ait icy d'une diverſion
puiſſanteen Hongrie , on ne
peut ſe réfoudre à confentir à
de certaines conditions que ce
Prince voudroit exiger de la
Republique. A
Le Conſul de la Nationa
182 MERCURE
1
remis aujourd'huy au College
les Paffeports du Roy , pour
les Ambaffadeurs Extraordinaires
de la Republique.
On eft informé icy de la
crainte où l'on eſt preſentement
à Vienne d'eftre attaqué
laCampagne prochaine par les
Tures dans la Hongrie,& on
croit que peut- eſtre l'on voudraprofiter
de cette occafion
favorable pour faire la paix
avec la Porte,qui vray ſemblablement
n'en ſerapas éloignée.
Le Prince Electoral de Baviere
doit venir inceſſamment
icy pour paſſer de-là à Rome,
GALANT. 183
on luy a déja retenu unPalais.
Il ſera accompagné de ſept
Seigneurs de ſa Cour & ſuivy
de ſoixante perſonnes.
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612
p. 191-196
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg du 29. du mois passé, que les Lettres [...]
Mots clefs :
Roi de Suède, Stralsund, Hambourg, Camp, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg du
29. du mois paſſé , que lesLettres
du Camp des Alliez devant
Stralzund portent que le
Roy de Suede , dans l'attaque
qu'il fit des forces des Alliez ,
qui avoient fait deſcente dans
l'Ifle de Rugen , avoit donné
des marques d'une valeur extraordinaire
, menant diverſes
fois à la charge ſa Cavalerie &&
fon Infanterie , qui combattirent
à ſon exemple avec une
vigueur ſurprenante ; mais
192 MERCURE
qu'il avoit enfin été obligé de
ceder au nombre fuperieurde
ſes Ennemis. Ily fut bleffé legerement
au bras , & ayant
appris que ſes retranchements
devant Stralzund avoient eſté
forcez , il reſolut d'y retourner
avec deux mille hommes,
pour tâcher de les reprendre,
laiſfant les meilleurs ordres
qu'il put dans Rugen. Depuis
fon départ les Alliez ſe font
emparez de toute l'Ifle le 17.
& on mande que de fix mille
hommes qui y étoient , ſeulement
deux mille s'étoient res
cirez à Stralzund avec le Roy
de
1
GALANT 193
de Suede; que le reſte avoit été
tué ou pris. Parmi les prifonniers
, les Majors Generaux
Marſchall , Mellin , Stromfelde
,& Grothauſen ; ſeize
Colonels , Lieutenants-Colonels
, ou Majors vingt-huit
Capitaines , trente fix Lieutenants
, Cornettes , ou Enſeignes
; deux mille Soldats ; foixante
& dix Canons. Les prifonniers
ont eſté partagez entre
les deux Rois , ainſi que
P'Artillerie , dont le Roy de
Pruſſe a cu la plus grande partic.
Le Roy de Dannemark a
pris poſſeſſion de l'Iſle de Ru-
Decembre1715. R
194 MERCURE
gen , oùil a mis pour Commandant
le General Dewitz ,
avec quatre Bataillons , & dix
Eſcadrons . La Garniſon de la
petite IſledeRugen,manquant
de vivres , a trouvé moyen de
s'embarquer , & de ſe retirer
en Suede. La Flotte Danoiſe
qui a ſervi à ladeſcentedeRugen
, bloque preſentement
Stralzund du coſté de la Mer .
Le Roy de Suede qui y eſtavec
fixmillehommes, eſt toûjours
àcheval , donnant ſes ordres
pour la conſervation de la-
Ville, qu'il eſt reſolu de deffendre
juſqu'à la derniere extreGALANT.
195
mité. Les afliegeans fouffrent
beaucoup dans leCamp, leurs
tranchées ayant eſté remplies
d'eau par les pluïes preſque
continuelles . On a cu avis que
la Flotte Sucdoiſe compoféc
dedix huit Vaiſſeauxde ligne ,
& de pluſieurs Bâtimens de
tranſport , avoit trois fois mis
àla voile à Carelſcroon ; mais
qu'elle y avoit toûjours clé
repouffée par les vents contraires.
On écrit de Dreſde quele
Roy de Pologne ſe préparoit
à en partir pour retourner à
Varſovie , afin de travailler à
appaiſer les troubles qui au.
Rij
196 MERCURE
gmentent en ce Pis-là.
29. du mois paſſé , que lesLettres
du Camp des Alliez devant
Stralzund portent que le
Roy de Suede , dans l'attaque
qu'il fit des forces des Alliez ,
qui avoient fait deſcente dans
l'Ifle de Rugen , avoit donné
des marques d'une valeur extraordinaire
, menant diverſes
fois à la charge ſa Cavalerie &&
fon Infanterie , qui combattirent
à ſon exemple avec une
vigueur ſurprenante ; mais
192 MERCURE
qu'il avoit enfin été obligé de
ceder au nombre fuperieurde
ſes Ennemis. Ily fut bleffé legerement
au bras , & ayant
appris que ſes retranchements
devant Stralzund avoient eſté
forcez , il reſolut d'y retourner
avec deux mille hommes,
pour tâcher de les reprendre,
laiſfant les meilleurs ordres
qu'il put dans Rugen. Depuis
fon départ les Alliez ſe font
emparez de toute l'Ifle le 17.
& on mande que de fix mille
hommes qui y étoient , ſeulement
deux mille s'étoient res
cirez à Stralzund avec le Roy
de
1
GALANT 193
de Suede; que le reſte avoit été
tué ou pris. Parmi les prifonniers
, les Majors Generaux
Marſchall , Mellin , Stromfelde
,& Grothauſen ; ſeize
Colonels , Lieutenants-Colonels
, ou Majors vingt-huit
Capitaines , trente fix Lieutenants
, Cornettes , ou Enſeignes
; deux mille Soldats ; foixante
& dix Canons. Les prifonniers
ont eſté partagez entre
les deux Rois , ainſi que
P'Artillerie , dont le Roy de
Pruſſe a cu la plus grande partic.
Le Roy de Dannemark a
pris poſſeſſion de l'Iſle de Ru-
Decembre1715. R
194 MERCURE
gen , oùil a mis pour Commandant
le General Dewitz ,
avec quatre Bataillons , & dix
Eſcadrons . La Garniſon de la
petite IſledeRugen,manquant
de vivres , a trouvé moyen de
s'embarquer , & de ſe retirer
en Suede. La Flotte Danoiſe
qui a ſervi à ladeſcentedeRugen
, bloque preſentement
Stralzund du coſté de la Mer .
Le Roy de Suede qui y eſtavec
fixmillehommes, eſt toûjours
àcheval , donnant ſes ordres
pour la conſervation de la-
Ville, qu'il eſt reſolu de deffendre
juſqu'à la derniere extreGALANT.
195
mité. Les afliegeans fouffrent
beaucoup dans leCamp, leurs
tranchées ayant eſté remplies
d'eau par les pluïes preſque
continuelles . On a cu avis que
la Flotte Sucdoiſe compoféc
dedix huit Vaiſſeauxde ligne ,
& de pluſieurs Bâtimens de
tranſport , avoit trois fois mis
àla voile à Carelſcroon ; mais
qu'elle y avoit toûjours clé
repouffée par les vents contraires.
On écrit de Dreſde quele
Roy de Pologne ſe préparoit
à en partir pour retourner à
Varſovie , afin de travailler à
appaiſer les troubles qui au.
Rij
196 MERCURE
gmentent en ce Pis-là.
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613
p. 196-200
De Vienne. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Vienne le 23. Novembre 1715. que le 17. [...]
Mots clefs :
Roi de Hongrie, Vienne, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne. [titre d'après la table]
Onmande de Vienne le 23 .
Novembre 1715 que le 17.
de ce mois au foir ,& le 18. au
matin , on celebra les obfeques
du Roy Tres - Chrêtien
Loüis XIV. dans l'Egliſe des
Religieux Auguftins Déchauf.
fez prés du Palais. Ony avoit
dreſſe , par ordre de l'Empereur,
un magnifique mauſolée,
élevé juſqu'à la voute de l'Eglife
, orné de douze ſtatuës!,
d'emblêmes , &d'infcriptions
à la loüange du feu Roy, avec
une quantitéextraordinaire de
Hambeaux ,la veille &le jour on
-
GALANT. 197
:
fonna toutes lds cloches de la +
Ville,&desFauxbourgs.Lapremiere
Meſſe fut celebrée par
l'Evêque de Neustadt ,&la ſeconde
par un autre Evêque.
L'Empereury afſiſta avec
les Imperatrices Doüairieres ,
les Archiducheflies , les Miniftres
, les Seigneurs , &
&Dames de la Cour , tous
engrand deül. L'Imperatrice
Regnante ne pût pas s'y trous
ver , àcauſe de ſa groffeffe qui
eft fort avancée. Le 19. Feſte
de Sainte Elifabeth , fille d'André
Roy de Hongrie , l'Imperatrice
, & l'Archiducheſſe
Riij
198 MERCURE
foeur aînée de l'Empereur ,qui
en portent le nom ,receurent
ſuivant la coûtume , les complimens
de toute laCour , en
habits de ceremonic. Le 18,
le Regiment d'Infanterie Imperial
duComteMaximilien de
Staremberg arriva icy deBrif
gau , par le Danube , & il doit
inceflamment continuer ſa
route vers la Hongrie. Suivant
les derniers avis de Turquie,
le Grand Vifir ,& le Capitan
Pacha étoient arrivez à Andrinople
auprés du Grand Sei
gneur,qui devoit dans quinze
jours retourner àConſtantinoRQUE
DELA
199
GALANT DE
Ils travaulent àà augmen
ter l'Armée Navale , &les
forces deterre ,afin de former
trois Armées , l'une en Dalmatie
,l'autre fur les Fronticres
de Pologne , & de Mofcovie
,& la troifiéme du côté de
la Hongrie. Onajoûte que le
12. d'Octobre , le Caïmakam,
Gouverneur de Conftantino
ple , avon envoyé prendre à
Pera,par trente Tures , le Re
fident de la République de
Genes , qu'ils amenerent en
robe de chambre fans perruque
& fans chapeau. Le Caïmakam
luy reprocha que fa
ple.
مل
Rij
200 MERCURE
République avoit fourni des
Vaiſſeaux , des Matelors , &
d'autres ſecours aux Venitiens
contrele Grand Seigneur , &
enfuiteil le fit conduire ſur une
Tartanne Genoiſe qui étoit
dans le Port avec ordre de
د
partir inceſſamment.
Novembre 1715 que le 17.
de ce mois au foir ,& le 18. au
matin , on celebra les obfeques
du Roy Tres - Chrêtien
Loüis XIV. dans l'Egliſe des
Religieux Auguftins Déchauf.
fez prés du Palais. Ony avoit
dreſſe , par ordre de l'Empereur,
un magnifique mauſolée,
élevé juſqu'à la voute de l'Eglife
, orné de douze ſtatuës!,
d'emblêmes , &d'infcriptions
à la loüange du feu Roy, avec
une quantitéextraordinaire de
Hambeaux ,la veille &le jour on
-
GALANT. 197
:
fonna toutes lds cloches de la +
Ville,&desFauxbourgs.Lapremiere
Meſſe fut celebrée par
l'Evêque de Neustadt ,&la ſeconde
par un autre Evêque.
L'Empereury afſiſta avec
les Imperatrices Doüairieres ,
les Archiducheflies , les Miniftres
, les Seigneurs , &
&Dames de la Cour , tous
engrand deül. L'Imperatrice
Regnante ne pût pas s'y trous
ver , àcauſe de ſa groffeffe qui
eft fort avancée. Le 19. Feſte
de Sainte Elifabeth , fille d'André
Roy de Hongrie , l'Imperatrice
, & l'Archiducheſſe
Riij
198 MERCURE
foeur aînée de l'Empereur ,qui
en portent le nom ,receurent
ſuivant la coûtume , les complimens
de toute laCour , en
habits de ceremonic. Le 18,
le Regiment d'Infanterie Imperial
duComteMaximilien de
Staremberg arriva icy deBrif
gau , par le Danube , & il doit
inceflamment continuer ſa
route vers la Hongrie. Suivant
les derniers avis de Turquie,
le Grand Vifir ,& le Capitan
Pacha étoient arrivez à Andrinople
auprés du Grand Sei
gneur,qui devoit dans quinze
jours retourner àConſtantinoRQUE
DELA
199
GALANT DE
Ils travaulent àà augmen
ter l'Armée Navale , &les
forces deterre ,afin de former
trois Armées , l'une en Dalmatie
,l'autre fur les Fronticres
de Pologne , & de Mofcovie
,& la troifiéme du côté de
la Hongrie. Onajoûte que le
12. d'Octobre , le Caïmakam,
Gouverneur de Conftantino
ple , avon envoyé prendre à
Pera,par trente Tures , le Re
fident de la République de
Genes , qu'ils amenerent en
robe de chambre fans perruque
& fans chapeau. Le Caïmakam
luy reprocha que fa
ple.
مل
Rij
200 MERCURE
République avoit fourni des
Vaiſſeaux , des Matelors , &
d'autres ſecours aux Venitiens
contrele Grand Seigneur , &
enfuiteil le fit conduire ſur une
Tartanne Genoiſe qui étoit
dans le Port avec ordre de
د
partir inceſſamment.
Fermer
614
p. 200-207
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Madrid le 25. Novembre 1715. que le [...]
Mots clefs :
Madrid, Roi, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
On écrit de Madrid le
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
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615
p. 207-213
De Londres. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Londres du 28. Novembre 1715. que le 25. [...]
Mots clefs :
Londres, Régiment, Dragons, Troupes, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres. [titre d'après la table]
On écrit de Londres du 28 .
Novembre 1715. que le 25.
& le 26. de ce mois on reçût
divers avis que le Corps des
Mécontents d'Ecoffe , & de
208 MERCURE
Northumberland avoient été
défaits par le General Wills à
Preſton , dans le Comté de
Lancaftre:& on aa ſçûles parcicularirez
ſuivantes. Le 22 .
des Mécontents arriverent à
Preſton au nombrede prés de
cinq mille , avec quatre pieces
de canon de campagne , & ils
s'y barricaderent pour attendre
la jonction de ceuxde leur
parti LeGeneralWills qui étoit
arrivé à Wiggam , entre Warington
&Preſton , en ayant
eſté informé, marcha pour les
attaquer avec les Regimens de
Cavaleric ,&de Dragons.de
Pitt,
GALANT. 209
Pitt , de Wyrme de Honywood,
de Dorme , de Munden
, de Stanhope , & celuy
d'Infanterie de Preſton , ayant
laillé le Regiment de Dragons
deNewton à Mancheſter , où
il y avoit beaucoup de gens
mal affectionnez . Il arrivale
23. à une heure aprés midy
au Pont de Ribble , éloigné
d'un quart de lieuë de Preſton,
&gardé par cent chevaux &
cent Fantaſſins , quia l'approche
des Troupes du General
Walls, fe retirerent dansasla
Villezainfi il palla ke Pont fans
aucune oppofition , & il fit
Dicembre 1715 . S
210 MERCURE
avancer le Regimentde Prefton
, foutenu par des Dragons
pour attaquer les barricades.
Les Mécontents les deffendirent
d'abord avec beaucoup
de valeur , faiſant en même
temps un grand feu des maiſons
voiſines. Le Regiment de
Preſtony ſouffritbeaucoup,&
fut obligé d'y mettre le feu
ce qui les fic abandonner par
les Mécontens , & enſuite les
barrieres furent forcées. Le
Regiment de Preſton y cut
quatre Capitaines , & plus de
cent foldits tuez , outre les
bleflez. Le General Wills luy
GALANT. 211
ordonna de s'y retrancher ,&
il diſtribua ſa Cavalerie ,& fes
Dragons autour de la Ville ,
pour empêcher les Mécontens
des'échaper. ls firent une fortic;
mais aprés un rude combat,
ils furent repouſicz. Le
24. à neuf heures du matin ,
le General Carpenter qui s'avançoit
par leComté d'York,
arriva avec les Regimens de
Dragons de Cobham , de
Churchill & de Molefwooth.
Aune heure aprés midy les
Aſſiegez envoyerent demander
à capituler ; mais on leur
répondit qu'on ne pouvoit
Sij
212 MERCURE
1
leur accorder d'autres condi->
tions , que de mettre bas les
armes , de ſe rendre àdifcretion
,&de ſe remettre àla clemence
du Roy. Les Affiegez,
aprés pluſieurs difficultez , furent
obligez d'y confentir , ſe
voyant enfermez de tous côtez;
ſeulement cinq à fix Gentilshommes
bien montez, tenterent
de fortir , &donnerent
dans le Regiment de Cavalerie
de Pitt , où ils furent tous
tuez. Les Troupes du Roy
devoient le 25. entrer dans la
Ville, & en prendre poffeffion.
Les Mécontens avoient củ
GALANT 213
dans les attaques trois cons
hommes tuez ou bleffez , &
il en reſtoit dix fept cens bien
armez, les autres n'avoient que
des épées &des baſtons : on a
envoyé ordre de prendre fix
ou ſept Officiers à la demy
paye qui estoient parmi eux ,
& d'envoyer icy les principaux
Chefs.
Novembre 1715. que le 25.
& le 26. de ce mois on reçût
divers avis que le Corps des
Mécontents d'Ecoffe , & de
208 MERCURE
Northumberland avoient été
défaits par le General Wills à
Preſton , dans le Comté de
Lancaftre:& on aa ſçûles parcicularirez
ſuivantes. Le 22 .
des Mécontents arriverent à
Preſton au nombrede prés de
cinq mille , avec quatre pieces
de canon de campagne , & ils
s'y barricaderent pour attendre
la jonction de ceuxde leur
parti LeGeneralWills qui étoit
arrivé à Wiggam , entre Warington
&Preſton , en ayant
eſté informé, marcha pour les
attaquer avec les Regimens de
Cavaleric ,&de Dragons.de
Pitt,
GALANT. 209
Pitt , de Wyrme de Honywood,
de Dorme , de Munden
, de Stanhope , & celuy
d'Infanterie de Preſton , ayant
laillé le Regiment de Dragons
deNewton à Mancheſter , où
il y avoit beaucoup de gens
mal affectionnez . Il arrivale
23. à une heure aprés midy
au Pont de Ribble , éloigné
d'un quart de lieuë de Preſton,
&gardé par cent chevaux &
cent Fantaſſins , quia l'approche
des Troupes du General
Walls, fe retirerent dansasla
Villezainfi il palla ke Pont fans
aucune oppofition , & il fit
Dicembre 1715 . S
210 MERCURE
avancer le Regimentde Prefton
, foutenu par des Dragons
pour attaquer les barricades.
Les Mécontents les deffendirent
d'abord avec beaucoup
de valeur , faiſant en même
temps un grand feu des maiſons
voiſines. Le Regiment de
Preſtony ſouffritbeaucoup,&
fut obligé d'y mettre le feu
ce qui les fic abandonner par
les Mécontens , & enſuite les
barrieres furent forcées. Le
Regiment de Preſton y cut
quatre Capitaines , & plus de
cent foldits tuez , outre les
bleflez. Le General Wills luy
GALANT. 211
ordonna de s'y retrancher ,&
il diſtribua ſa Cavalerie ,& fes
Dragons autour de la Ville ,
pour empêcher les Mécontens
des'échaper. ls firent une fortic;
mais aprés un rude combat,
ils furent repouſicz. Le
24. à neuf heures du matin ,
le General Carpenter qui s'avançoit
par leComté d'York,
arriva avec les Regimens de
Dragons de Cobham , de
Churchill & de Molefwooth.
Aune heure aprés midy les
Aſſiegez envoyerent demander
à capituler ; mais on leur
répondit qu'on ne pouvoit
Sij
212 MERCURE
1
leur accorder d'autres condi->
tions , que de mettre bas les
armes , de ſe rendre àdifcretion
,&de ſe remettre àla clemence
du Roy. Les Affiegez,
aprés pluſieurs difficultez , furent
obligez d'y confentir , ſe
voyant enfermez de tous côtez;
ſeulement cinq à fix Gentilshommes
bien montez, tenterent
de fortir , &donnerent
dans le Regiment de Cavalerie
de Pitt , où ils furent tous
tuez. Les Troupes du Roy
devoient le 25. entrer dans la
Ville, & en prendre poffeffion.
Les Mécontens avoient củ
GALANT 213
dans les attaques trois cons
hommes tuez ou bleffez , &
il en reſtoit dix fept cens bien
armez, les autres n'avoient que
des épées &des baſtons : on a
envoyé ordre de prendre fix
ou ſept Officiers à la demy
paye qui estoient parmi eux ,
& d'envoyer icy les principaux
Chefs.
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616
p. 218-220
A S. Malo du 20. Novembre 1715.
Début :
Le Capitaine qui a passé le Prétendant, est de retour de [...]
Mots clefs :
Hommes, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. Malo du 20. Novembre 1715.
AS. Malo du 20. Novembre
1715 .
Le Capitaine qui a paſſé le
Prétendant, eft de retour de
Vendredy au foir , il rapporte
avoir débarqué au Nordd'Ecoffe
, où il y avoit 8. ou 10.
mille hommes qui l'attendoient
, qui l'ont receu avec
de grandes acclamations de
joye , comme tout le peuple.
Il rapporte que quelques jours
avant leur arrivée , il y a cu un
combat entre le Comte de
Marre & le Duc d'Argile , que
11
9
GALANT. 219
le Comte de Marre a été bleſſé
au bras affez legerement , que
le combat a eſté ſanglant , &
opiniâtre , que les Ecoffois ont
eſté fort maltraitez , que cependant
ils font reſtez maîtres
du Champ de bataille , & que
le Duc d'Argile s'eſt retiré en
bon ordre , qu'il eſt reſté de
part & d'autre s . à 6. mille
hommes ſur la place ; mais
que ce combat ne décide rien,
on compte que la prefence du
Roy fera lever le maſque à
biendesgens qui n'ont encore
oſéremuer. M. le Duc d'Ormond
devoit débarquer en
Tij
220 MERCURE
Angleterre ; il a longtemps
raudé; mais comme il n'a point
vû les ſignaux qu'on devoit
luy faire ,il eſt revenu àMorlay
, où il eſt preſentement, en
attendant loccafion & le
temps favorable pour y retourner
.
1715 .
Le Capitaine qui a paſſé le
Prétendant, eft de retour de
Vendredy au foir , il rapporte
avoir débarqué au Nordd'Ecoffe
, où il y avoit 8. ou 10.
mille hommes qui l'attendoient
, qui l'ont receu avec
de grandes acclamations de
joye , comme tout le peuple.
Il rapporte que quelques jours
avant leur arrivée , il y a cu un
combat entre le Comte de
Marre & le Duc d'Argile , que
11
9
GALANT. 219
le Comte de Marre a été bleſſé
au bras affez legerement , que
le combat a eſté ſanglant , &
opiniâtre , que les Ecoffois ont
eſté fort maltraitez , que cependant
ils font reſtez maîtres
du Champ de bataille , & que
le Duc d'Argile s'eſt retiré en
bon ordre , qu'il eſt reſté de
part & d'autre s . à 6. mille
hommes ſur la place ; mais
que ce combat ne décide rien,
on compte que la prefence du
Roy fera lever le maſque à
biendesgens qui n'ont encore
oſéremuer. M. le Duc d'Ormond
devoit débarquer en
Tij
220 MERCURE
Angleterre ; il a longtemps
raudé; mais comme il n'a point
vû les ſignaux qu'on devoit
luy faire ,il eſt revenu àMorlay
, où il eſt preſentement, en
attendant loccafion & le
temps favorable pour y retourner
.
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617
p. 7-13
A Venise le 14. Décembre 1715.
Début :
M. Grimani continuë de refuser l'employ de Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine général, République, Flotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 14. Décembre 1715.
AVenise le 14. Decembre 1715.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
Fermer
618
p. 40-54
Suite des Nouvelles de Venise.
Début :
Messieurs les Ambassadeurs Extraordinaires de Venise pour France ont demandé [...]
Mots clefs :
Guerre, Général, Hommes, Troupes, Ambassadeurs, Roi, Officiers, Sénat, Campagne, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Venise.
Suite des Nouvelles de Venise.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Fermer
619
p. 56-69
De Melilla, c'est une Ville d'Afrique, depuis long-temps (comme Ceuta) assiegée par les Mores.
Début :
Du 5. Decembre 1715. Le 9. du mois passé un [...]
Mots clefs :
Maures, Ennemis, Camp, Mines, Ennemi, Travail, Tranchée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Melilla, c'est une Ville d'Afrique, depuis long-temps (comme Ceuta) assiegée par les Mores.
DeMelilla, c'est une Ville d'Afrique
, depuis long-temps
( comme Ceuta ) affiegée
par les Mores.
Du 5. Decembre 1715 .
Le 9. du mois paffé un
chariot chargé de beaucoup
de malades de l'Hospital fortit
pour ſe rendre à Malaga ; fur
le ſoir on fit embarquer les
deux Mores de confiance pour
les mettre à terre , afin qu'ils
rapportaſſent des nouvelles du
Camp ennemi ; & en même-
:
GALANT. 57
1
temps on apprit qu'on entendoit
dans nos mines les ennemis
travailler ; cela fut cauſe
que le Sergent Major de la
Place reſta plus de trois heures
de la nuit à la tefte des mines ,
&aprés il fut changé par le
Gouverneur qui y mit l'Ingenieur
qui y demeura juſqu'à
dix heures du matin ; il enten
dit les Mores qui continuoient
le même travail ; ce qui fait
croire qu'ils veulent interdire
la communication du Fort S.
Michel ১
Le ro au matin on entendit
dans les mines que les
58 MERCURE
Mores travailloient en pluſieurs
endroits ; c'eſt ce qui fait
croirequ'ils veulent nous tromper
& nous faire prendre un
chemin pour un autre , mais
nous continuons toûjours
noſtre même travail , perſuadez
qu'il eſt le meilleur.
Le 11. aumatin un homme
de la tranchéequi avoit la voix
fort groſſe , demanda au Fort
de S. Michel à parler à quelqu'un
, & il dit qu'il vouloit
nous apprendre qu'on avoit
pris avant hier un Vaiſſeau
chargé de vin , de biscuits &
de fufils; ce Navire venoit à
1
GALANT. 59
cette Place avec 25. foldats
& deux femmes ; celuy qui
l'entendit luy répondit , pourquoy
ne prenez vous pas auffi
ce Fort , à quoy il luy répondit
qu'ils vouloient prendre le
Fort & la Place , & qu'à cet
effet le Frere de leur Alcalde
eſtoit allé à Meguinez .
Le 12. au matin les deux
Mores de confiance revinrent,
&ils confirmerent la priſe de
la Barque & le voyage du
Frere de l'Alcalde à Meguinez,
qu'ils avoient vû au milieu du
Camp ſept échelles fort longues
& fort larges , & capa60
MERCURE
bles de monter trois hommes
defront.
On n'a pas pû apporter icy
de Boeufs ny de Moutons , ce
qui eſt fort triſte pour les malades
de cette Place; la mine
que nous fimes ſauter le 23 .
d'Octobre n'a fait périr que fix
perſonnes& autant debleſſez.
Le 13. au matin on vit un
Ingenieur avec un inſtrument
à la main , à la teſte de la tranchée
la plus proche du Fort S,
Michel , qui regardoit du haut
en bas du parapet , meſurant
&jettant de temps en temps
avec la main des pierres pour
GALANT. 61
indiquer la distance du travail;
il étoit accompagné du General
de l'Armée &de pluſieurs
Negres. :
Le 14. voyant que l'ennemi
continuoit toûjours ſon
travail pour venir par - deſſous
terre couper la communication
que nous avons depuis la
Place S. Michel , on a chargé
la huitiéme mine avec quinze
barils de poudre.
Le 15. au matin on partagea
nos Troupes en pluſieurs
corps ; & comme ce mouvement
ne s'eſt pas pû faire fans
eſtre vû des ennemis qui do
62 MERCURE
minent fur toute la Place, les
Mores ont doublé leurs gardes
des tranchées , croyant que les
affiegez vouloient faire quelque
fortie ſur eux , & ils ont
retiré leurs travailleurs des mines;&
nous autres n'ayant rien
entendu , nous avons jugé à
propos d'attendre au lendemain
pour les faire fauter .
* Le 16 on entendit l'ennemi
qui travailloit ſousterre , auffitoſton
mit le feu au fourneau
dont la force creva la mine des
ennemis. Deux Mores fur le
foir eſtant venu reconnoiſtre
les chevaux de Friſfe qui deffenr
GALANT. 63
dent la Place, ils furent furpris ;
il y en eût un qui ſe ſauva, &
P'autre fut bleſſe ; il cria qu'on
ne le tuâ point , & qu'il diroit
cequiſe paſſoit dans le Camp ;
eequifit qu'on le porta à l'Hôpital,
où il fut penſé: Il declara
que la derniere mine
avoit beaucoup tuéde monde ,
&qu'elle cauſoit une grande
conſternationdans le camp, &
il mourut deux heures aprés .
Le 17. au matin les Ennemis
n'ayant point de nouvelle du
More bleffé amenerent un
Etendart de Paix , ce que nous
fimes de noſtre coſté ; ils dirent
64 MERCURE
que fi nous avions le More,
nous leur ferions beaucoup de
plaisir de le leur rendre mort
ou vif; on l'alla chercher à
'Hôpital , & on le leur envoïa
au camp : pendant ce tems les
Mores estoient fur leurs tran
chées &nous fur le parapetde
laPlace ,& on ſe parloit :ce qui
fut deplus extraordinaire, c'eſt
que les Soldats ennemis reffem.
bloient à des Religieux par
P'habillement. :
Le 18. 19. 20.desMores
deterepent leurs tuozipar la
mine : 910
Le 21.22.23. & 24. chacun
GALANT . 65
:
cun continua le même travail :
pendant ce tems une de nos
Barques fit une grande peſche
à la vûë des Ennemis , ce qui a
eſté d'un grand ſecours pour la
Garniſon. LesChevaux deFriſe
nous furent en cette occafion
tres-utiles , parce que les planches
fur lesquelles ils font
cloüez ſervirent de remparts
aux Matelots qui peſchoient.
Le 25. 26. & 27. les Ennemis
furent fort tranquilles dans
leur camp ; mais préſumant
que cela cachoit quelque deffein
nous apperçumes qu'ils
continuoient leurs mines de-
Janvier 1716.
F
66 MERCURE
vers faint Michel , & nous
nous avons continué noſtre paralelle
où nous les attendions .
Le 28. & le 29. on n'entendit
les Ennemis faire aucuns
mouvements ; on prétend qu'-
ils font rebutez de nos mines ,
ils font un autre travail au-delàde
la riviere deOro ducoſté
du Fort S. Laurent', où ils efperent
faire hyverner leur Armée.
Le 30. on vit entrer dans la
tranchée plus de 200. Mores
à pied , avec 400. à cheval ,
d'un air fort audacieux , avec
des drapeaux rouges , ce qui
GALANT 67
E
marque de la joye , veritablement
ils venoient pour folem-
Rifer la fin de leurCareſme qui
commença hier la nuit , & ils
vouloient feſter leur Pâques
qui commence aujourd'huy.
Lorſqu'ils virent la nouvelle
Lune ils firent ungrand bruit ,
ce qui nous obligea à tirer fur
cux.
Il pleut icy depuis huit
jours , quoyqu'il en ſoit , les
Mores ſe maintiennent dans
leurs tranchées , ils nous le
font voir par des bouffées de
coups de fufil de temps en
temps ,avec des cris ,& des
Fij
68 MERCURE
hurlemens horribles .
Nos deux Mores confidents
, fortirent il y a huit
jours , & nous rapporterent
qu'il étoit arrivé à ſept licües
d'icy du canon& des mortiers,
à l'endroit appellé Cazaza .
Depuis il eſt arrivé un More
de la tranchée dans la Place ,
pour nous dire que l'artillerie
qui étoit à Cazaza , eit prefentement
au Camp ,&qu'elle
doit tirer dans deux ou trois
jours , ce qui nous a eſté confirmé
par un More d'Oranqui
vient de Miguenez , qui doit
paffer en Eſpagne pour voir
GALANT. 69
ſon frere , nous travaillons à
nous mettre en deffenſe de
tous coſtez , c'eſt à dire autant
que nous pouvons.
Du 28. dudit mois.
Nous avons icy beaucoup
detravail , parce que le Siege
devient ſerieux , nous verrons
où les Mores placeront leur
Artillerie ,& leurs mortiers ,
commela Place eſt petite , ils
deſoleront tout avec les
pierres.
, depuis long-temps
( comme Ceuta ) affiegée
par les Mores.
Du 5. Decembre 1715 .
Le 9. du mois paffé un
chariot chargé de beaucoup
de malades de l'Hospital fortit
pour ſe rendre à Malaga ; fur
le ſoir on fit embarquer les
deux Mores de confiance pour
les mettre à terre , afin qu'ils
rapportaſſent des nouvelles du
Camp ennemi ; & en même-
:
GALANT. 57
1
temps on apprit qu'on entendoit
dans nos mines les ennemis
travailler ; cela fut cauſe
que le Sergent Major de la
Place reſta plus de trois heures
de la nuit à la tefte des mines ,
&aprés il fut changé par le
Gouverneur qui y mit l'Ingenieur
qui y demeura juſqu'à
dix heures du matin ; il enten
dit les Mores qui continuoient
le même travail ; ce qui fait
croire qu'ils veulent interdire
la communication du Fort S.
Michel ১
Le ro au matin on entendit
dans les mines que les
58 MERCURE
Mores travailloient en pluſieurs
endroits ; c'eſt ce qui fait
croirequ'ils veulent nous tromper
& nous faire prendre un
chemin pour un autre , mais
nous continuons toûjours
noſtre même travail , perſuadez
qu'il eſt le meilleur.
Le 11. aumatin un homme
de la tranchéequi avoit la voix
fort groſſe , demanda au Fort
de S. Michel à parler à quelqu'un
, & il dit qu'il vouloit
nous apprendre qu'on avoit
pris avant hier un Vaiſſeau
chargé de vin , de biscuits &
de fufils; ce Navire venoit à
1
GALANT. 59
cette Place avec 25. foldats
& deux femmes ; celuy qui
l'entendit luy répondit , pourquoy
ne prenez vous pas auffi
ce Fort , à quoy il luy répondit
qu'ils vouloient prendre le
Fort & la Place , & qu'à cet
effet le Frere de leur Alcalde
eſtoit allé à Meguinez .
Le 12. au matin les deux
Mores de confiance revinrent,
&ils confirmerent la priſe de
la Barque & le voyage du
Frere de l'Alcalde à Meguinez,
qu'ils avoient vû au milieu du
Camp ſept échelles fort longues
& fort larges , & capa60
MERCURE
bles de monter trois hommes
defront.
On n'a pas pû apporter icy
de Boeufs ny de Moutons , ce
qui eſt fort triſte pour les malades
de cette Place; la mine
que nous fimes ſauter le 23 .
d'Octobre n'a fait périr que fix
perſonnes& autant debleſſez.
Le 13. au matin on vit un
Ingenieur avec un inſtrument
à la main , à la teſte de la tranchée
la plus proche du Fort S,
Michel , qui regardoit du haut
en bas du parapet , meſurant
&jettant de temps en temps
avec la main des pierres pour
GALANT. 61
indiquer la distance du travail;
il étoit accompagné du General
de l'Armée &de pluſieurs
Negres. :
Le 14. voyant que l'ennemi
continuoit toûjours ſon
travail pour venir par - deſſous
terre couper la communication
que nous avons depuis la
Place S. Michel , on a chargé
la huitiéme mine avec quinze
barils de poudre.
Le 15. au matin on partagea
nos Troupes en pluſieurs
corps ; & comme ce mouvement
ne s'eſt pas pû faire fans
eſtre vû des ennemis qui do
62 MERCURE
minent fur toute la Place, les
Mores ont doublé leurs gardes
des tranchées , croyant que les
affiegez vouloient faire quelque
fortie ſur eux , & ils ont
retiré leurs travailleurs des mines;&
nous autres n'ayant rien
entendu , nous avons jugé à
propos d'attendre au lendemain
pour les faire fauter .
* Le 16 on entendit l'ennemi
qui travailloit ſousterre , auffitoſton
mit le feu au fourneau
dont la force creva la mine des
ennemis. Deux Mores fur le
foir eſtant venu reconnoiſtre
les chevaux de Friſfe qui deffenr
GALANT. 63
dent la Place, ils furent furpris ;
il y en eût un qui ſe ſauva, &
P'autre fut bleſſe ; il cria qu'on
ne le tuâ point , & qu'il diroit
cequiſe paſſoit dans le Camp ;
eequifit qu'on le porta à l'Hôpital,
où il fut penſé: Il declara
que la derniere mine
avoit beaucoup tuéde monde ,
&qu'elle cauſoit une grande
conſternationdans le camp, &
il mourut deux heures aprés .
Le 17. au matin les Ennemis
n'ayant point de nouvelle du
More bleffé amenerent un
Etendart de Paix , ce que nous
fimes de noſtre coſté ; ils dirent
64 MERCURE
que fi nous avions le More,
nous leur ferions beaucoup de
plaisir de le leur rendre mort
ou vif; on l'alla chercher à
'Hôpital , & on le leur envoïa
au camp : pendant ce tems les
Mores estoient fur leurs tran
chées &nous fur le parapetde
laPlace ,& on ſe parloit :ce qui
fut deplus extraordinaire, c'eſt
que les Soldats ennemis reffem.
bloient à des Religieux par
P'habillement. :
Le 18. 19. 20.desMores
deterepent leurs tuozipar la
mine : 910
Le 21.22.23. & 24. chacun
GALANT . 65
:
cun continua le même travail :
pendant ce tems une de nos
Barques fit une grande peſche
à la vûë des Ennemis , ce qui a
eſté d'un grand ſecours pour la
Garniſon. LesChevaux deFriſe
nous furent en cette occafion
tres-utiles , parce que les planches
fur lesquelles ils font
cloüez ſervirent de remparts
aux Matelots qui peſchoient.
Le 25. 26. & 27. les Ennemis
furent fort tranquilles dans
leur camp ; mais préſumant
que cela cachoit quelque deffein
nous apperçumes qu'ils
continuoient leurs mines de-
Janvier 1716.
F
66 MERCURE
vers faint Michel , & nous
nous avons continué noſtre paralelle
où nous les attendions .
Le 28. & le 29. on n'entendit
les Ennemis faire aucuns
mouvements ; on prétend qu'-
ils font rebutez de nos mines ,
ils font un autre travail au-delàde
la riviere deOro ducoſté
du Fort S. Laurent', où ils efperent
faire hyverner leur Armée.
Le 30. on vit entrer dans la
tranchée plus de 200. Mores
à pied , avec 400. à cheval ,
d'un air fort audacieux , avec
des drapeaux rouges , ce qui
GALANT 67
E
marque de la joye , veritablement
ils venoient pour folem-
Rifer la fin de leurCareſme qui
commença hier la nuit , & ils
vouloient feſter leur Pâques
qui commence aujourd'huy.
Lorſqu'ils virent la nouvelle
Lune ils firent ungrand bruit ,
ce qui nous obligea à tirer fur
cux.
Il pleut icy depuis huit
jours , quoyqu'il en ſoit , les
Mores ſe maintiennent dans
leurs tranchées , ils nous le
font voir par des bouffées de
coups de fufil de temps en
temps ,avec des cris ,& des
Fij
68 MERCURE
hurlemens horribles .
Nos deux Mores confidents
, fortirent il y a huit
jours , & nous rapporterent
qu'il étoit arrivé à ſept licües
d'icy du canon& des mortiers,
à l'endroit appellé Cazaza .
Depuis il eſt arrivé un More
de la tranchée dans la Place ,
pour nous dire que l'artillerie
qui étoit à Cazaza , eit prefentement
au Camp ,&qu'elle
doit tirer dans deux ou trois
jours , ce qui nous a eſté confirmé
par un More d'Oranqui
vient de Miguenez , qui doit
paffer en Eſpagne pour voir
GALANT. 69
ſon frere , nous travaillons à
nous mettre en deffenſe de
tous coſtez , c'eſt à dire autant
que nous pouvons.
Du 28. dudit mois.
Nous avons icy beaucoup
detravail , parce que le Siege
devient ſerieux , nous verrons
où les Mores placeront leur
Artillerie ,& leurs mortiers ,
commela Place eſt petite , ils
deſoleront tout avec les
pierres.
Fermer
620
p. 70-82
RELATION de ce qui s'est passé au Caire depuis le 17. Septembre 1715. jusqu'au 24. dudit mois.
Début :
Depuis la mort de Caïtas Beg grand Tefterdar, & Chef [...]
Mots clefs :
Hommes, Troupes, Abdi Pacha, Ibrahim Bey, Janissaires, Caire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé au Caire depuis le 17. Septembre 1715. jusqu'au 24. dudit mois.
RELATION
de ce qui s'est paffé au Caire
depuis le 17. Septembre1715.
jusqu'au 24. dudit mois.
Depuis la mort de Caïtas
Bog grand Tefterdar , & Chef
du party de Sade , qui avoit
pris la reſolution de détruire
celuy d'Aran qui eſtoit en faveur
d'Abdy Pacha , & d'Ibrahim
Bey . Le premier eſtant
informé de ſes mouvements
fecrets , luy oſtala Charge de
grand Tefterdar . Comme il
continuoit à lever des trouGALANT.
71
1
pes fecrettement pour fortifier
fon party , le Pacha prit
ledeſſein de le faire perir ,il le
fit poignarder en ſa prefence,
&le fit jetter par une fenêtre,
au * Carameydan , où il eſtoit:
Mehemet Bey , fa Creature ,
Kaa Abdullah , cy- devant
Bacha Chaous , Olman Bey,
Aflan Caya , Bekir Odabachi
& quelques autres Puiffances
de leur parti , refuferent d'obéïr
au commandement du
Pacha , qui vouloit les exiler.
pour s'en défaire plus facilement.
Ils ſe fortifierent dans
*Placepublique.
72
MERCURE
leurs maiſons ,dhommes ,de
munitions de guerre & de
bouche. Ils corrompirent à
force d'argent tout ce qu'ils
purent des Janiſſaires & d'autres
, & firent cinq ou fix cens
hommes chacun des meilleures
troupes du Caire. Le Pacha
ne jugea pas à propos de
les faire attaquer , il ſe fortifia
de ſon coſté de troupes ,
&gagna une partie des ſept
milices par l'entremiſe d'Ibrahim
Bey ; il vouloit les laiſſer
conſommer à petit feu dans
leurs maiſons : ces derniers s'en
eſtant apperçus formerentune
confpiration
GALANT. 73
conſpiration le 17. de ce mois
contre Ibrahim Bey , & contre
les principaux de ſon party
, ils refolurent de faire affaffiner
Ibrahim Bey en allant
auChaſteau , avec Ismaël Bey
qui eſt un des plus puiſſants
Seigneurs de l'Egypte , & de
depoſer le Pacha. Ibrahim
Bey ayant découvert cette
conſpiration , & ayant eſté
averti que quelques-uns des
plus hardis du party de Sade ,
s'eſtoient poſtez dans une ruë
pour l'affaffiner , en allant au
Chaſteau, pafla par un autre
endroit , pour avertir le Pacha
Janvier 1716.
G
74 MERCURE
de ce qui ſe paſſoit ; comme
l'affaire devenoit ſericuſe , il
fit aſſembler un Divan general
, & aprés avoir remontré
les deſordres auſquels on étoit
expoſé , il fut reſolu que l'on
fommeroit pour la derniere
fois , Mehemet Bey , Kiaa
Abdallah ,& les principaux de
leur party , de comparoiſtre
auDivan , qu'autrement ils ſeroient
declarez rebelles au
Grand Seigneur , ce qu'ils refuferent
de faire ,& prirent le
partide ſe preſenter à la porte
des Janiſſaires , ayant réſolu la
nuit du 18, de ſe ſaiſir de la
GALANT . 75
porte des Janiffaires , & de
faire affaffiner en mêmetemps
Cherif HuffeinCaya en charge
des Janiſlaires , & Belacha
Odaba
Odabachi en charge , qui
étoient les deux Chefs de cet
Odgeak, ce qui fut executé.
Ils ſe rendirent les maiſtres de
la porte , ayant fait entrer environ400.
de leurs meilleures
troupes ; le Pacha en ayant
eſté informé , fit avertir Ibrahim
Bey ,& tous ceux de ſon
party, qui font le Saboundgi,
Kedek Mehemet , Ismaël Bey,
qui firent prendredans lemoment
les armes à leurs trou-
Gij
76 MERCURE
ce
pes ,& ſe ſaiſirent de toutes
les avenuës , pour empêcher
le ſecours que Mahomet Bey
pourroit leur envoyer
dernier n'ayant pas voulu fortir
de ſa maiſon. Ibrahim Bey
donna ordre à un de ſes Agas
de ſe fortifier dans ſon Palais,
où il fit jetter 600. hommes,
avec ordre d'attaquer en même
temps Mehemet Bey dans
le fien ce qu'il fit le 20.
Mehemet Bey voyant qu'il ne
pouvoit ſecourir ceux qui
eſtoient dans le Chaſteau des
Janiſſaires qui estoient bloquez
de toutes parts , n'ayant
,
GALANT 7177
pris aucune précaution pour
y faire porter des vivres , ſe
trouva fort intrigué , & lors
qu'il apprit le 20. que la pluſpart
des Janiſſaires de ceux de
fon parti , ſe precipitoient des
murailles , qu'on les arreſtoit,
&que le Pacha les faifoit mettre
en pieces , comme rebelles
aux ordresdu Grand Seigneur,
il prit le parti de ſe ſauver le
21. une heure avant le jour ;
Kiaa Abdallah , & Bequir O
dabachi , ſe voyant abandonnez
de leurs plus fidelles troupes
, prirent auſſi le parti de
ſe faire deſcendre avec des
P
Giij
78 MERCURE
cordes , dans un endroit qui
eſtoit le moins obſervé;Kiaa
Abdallah trouva le moyende
ſe ſauver à la faveur de la nuit,
Bequir Odabachi tomba entre
les mains de ſes ennemis , la
Pacha luy fit couper la teſte ,
& ayant eſté informé qu'il ne
reſtoit dans le Chaſteau qu'environ
Iso. Janiffaires , avec
Naſſouf Caya , Kara Ilmaël ,
& Affan Caya , cy - devant
grand Doüanier , il prit le parti
de mettre ſon Caya à la tête
de huit cens hommes choifis
, pour les forcer dans le
Chafſteau , il fit ſapper la mu-
(
.
GALANT9
raille par trois endroits , ils y
entrerent le ſabre à la main,
&firent main baſſe ſur tout
ce qu'ils trouverent fans aucune
reſiſtance , il fit couper
la teſte à ſes trois principaux
Chefs ; le Pacha y entra
dans cette entrefaite , &
s'eſtant rendu maiſtre du
Chaftean , il fut victorieux ,
il crea en même temps Jedik
Mehemet Caya en Charge ,
&Moustafa Bochnac , creatured'Ibrahim
Bey ,pourBachodabachi
, & ordonna en même
temps de paſſer au fil de l'épée
tous ceux qu'ils trouveroient
G iiij
80 MERCURE
du parti contraire, ce qui a eſté
executé fort ponctuellement ,
juſqu'aujourd'huy 24. de ce
mois , on en a fait perir plus de
400.& on continuë les executions
, il a mis la teſte de Kiaa
Abdallah à prix , & a promis
1000. pieces à qui la luy apportera
, & la même choſe à
l'égard de Mehemet Bey , qui
s'embarqua à Boulac , fur une
cayaſſe à la pourfſuite de ſes
ennemis , & s'eſt ſauvé ſur le
Nil , dans le Village du Chek
Habib , qui eſt à huit petites
lieuës d'icy ce Chek Habib
eſt un fameux voleur que l'on
,
1
1
1
1
t
GALANT. 8s1
n'a jamais pû détruire , & qui
faifoitcontribuer tous les Ba
timentsqui alloient à Damiette
,&dans le Delta , étant ſoûtenu
par le party détruit. Le
Pacha étantavertyde ſa retraite
dans ce Village , & que ce
Chek avoit au moins 4000.
Arabes bien armez,il a envoyé
plus de deux mille Janniſfaires
aprés ,& environ mil ou douze
cens chevaux pour fe faifir de
toutes les avenues , ſes Arabes
ſe deffendent autant qu'il peuvent
; enſorte que le Pacha &
Ibrahim Bey ont réduit
l'Egypte à l'obéiffance du
82
1
MERCURE
Grand Seigneur fans avoirperdu
cinquante hommes de leur
party.
Le 28. dudit mois .
On vient d'amener Kiaa
Abdallah avec une chaîne au
col , le Pacha luy a fait couper
la teſte ; le Chekhabib s'eſt
ſauvé à la faveur de la nuit
avecMehemetBey. LesTroupes
du Caire ont ſaccagé fon
Village & fa maiſon qu'ils ont
raſée & renver ſée dans le Nil ;
voila la fin de la Tragedie.
de ce qui s'est paffé au Caire
depuis le 17. Septembre1715.
jusqu'au 24. dudit mois.
Depuis la mort de Caïtas
Bog grand Tefterdar , & Chef
du party de Sade , qui avoit
pris la reſolution de détruire
celuy d'Aran qui eſtoit en faveur
d'Abdy Pacha , & d'Ibrahim
Bey . Le premier eſtant
informé de ſes mouvements
fecrets , luy oſtala Charge de
grand Tefterdar . Comme il
continuoit à lever des trouGALANT.
71
1
pes fecrettement pour fortifier
fon party , le Pacha prit
ledeſſein de le faire perir ,il le
fit poignarder en ſa prefence,
&le fit jetter par une fenêtre,
au * Carameydan , où il eſtoit:
Mehemet Bey , fa Creature ,
Kaa Abdullah , cy- devant
Bacha Chaous , Olman Bey,
Aflan Caya , Bekir Odabachi
& quelques autres Puiffances
de leur parti , refuferent d'obéïr
au commandement du
Pacha , qui vouloit les exiler.
pour s'en défaire plus facilement.
Ils ſe fortifierent dans
*Placepublique.
72
MERCURE
leurs maiſons ,dhommes ,de
munitions de guerre & de
bouche. Ils corrompirent à
force d'argent tout ce qu'ils
purent des Janiſſaires & d'autres
, & firent cinq ou fix cens
hommes chacun des meilleures
troupes du Caire. Le Pacha
ne jugea pas à propos de
les faire attaquer , il ſe fortifia
de ſon coſté de troupes ,
&gagna une partie des ſept
milices par l'entremiſe d'Ibrahim
Bey ; il vouloit les laiſſer
conſommer à petit feu dans
leurs maiſons : ces derniers s'en
eſtant apperçus formerentune
confpiration
GALANT. 73
conſpiration le 17. de ce mois
contre Ibrahim Bey , & contre
les principaux de ſon party
, ils refolurent de faire affaffiner
Ibrahim Bey en allant
auChaſteau , avec Ismaël Bey
qui eſt un des plus puiſſants
Seigneurs de l'Egypte , & de
depoſer le Pacha. Ibrahim
Bey ayant découvert cette
conſpiration , & ayant eſté
averti que quelques-uns des
plus hardis du party de Sade ,
s'eſtoient poſtez dans une ruë
pour l'affaffiner , en allant au
Chaſteau, pafla par un autre
endroit , pour avertir le Pacha
Janvier 1716.
G
74 MERCURE
de ce qui ſe paſſoit ; comme
l'affaire devenoit ſericuſe , il
fit aſſembler un Divan general
, & aprés avoir remontré
les deſordres auſquels on étoit
expoſé , il fut reſolu que l'on
fommeroit pour la derniere
fois , Mehemet Bey , Kiaa
Abdallah ,& les principaux de
leur party , de comparoiſtre
auDivan , qu'autrement ils ſeroient
declarez rebelles au
Grand Seigneur , ce qu'ils refuferent
de faire ,& prirent le
partide ſe preſenter à la porte
des Janiſſaires , ayant réſolu la
nuit du 18, de ſe ſaiſir de la
GALANT . 75
porte des Janiffaires , & de
faire affaffiner en mêmetemps
Cherif HuffeinCaya en charge
des Janiſlaires , & Belacha
Odaba
Odabachi en charge , qui
étoient les deux Chefs de cet
Odgeak, ce qui fut executé.
Ils ſe rendirent les maiſtres de
la porte , ayant fait entrer environ400.
de leurs meilleures
troupes ; le Pacha en ayant
eſté informé , fit avertir Ibrahim
Bey ,& tous ceux de ſon
party, qui font le Saboundgi,
Kedek Mehemet , Ismaël Bey,
qui firent prendredans lemoment
les armes à leurs trou-
Gij
76 MERCURE
ce
pes ,& ſe ſaiſirent de toutes
les avenuës , pour empêcher
le ſecours que Mahomet Bey
pourroit leur envoyer
dernier n'ayant pas voulu fortir
de ſa maiſon. Ibrahim Bey
donna ordre à un de ſes Agas
de ſe fortifier dans ſon Palais,
où il fit jetter 600. hommes,
avec ordre d'attaquer en même
temps Mehemet Bey dans
le fien ce qu'il fit le 20.
Mehemet Bey voyant qu'il ne
pouvoit ſecourir ceux qui
eſtoient dans le Chaſteau des
Janiſſaires qui estoient bloquez
de toutes parts , n'ayant
,
GALANT 7177
pris aucune précaution pour
y faire porter des vivres , ſe
trouva fort intrigué , & lors
qu'il apprit le 20. que la pluſpart
des Janiſſaires de ceux de
fon parti , ſe precipitoient des
murailles , qu'on les arreſtoit,
&que le Pacha les faifoit mettre
en pieces , comme rebelles
aux ordresdu Grand Seigneur,
il prit le parti de ſe ſauver le
21. une heure avant le jour ;
Kiaa Abdallah , & Bequir O
dabachi , ſe voyant abandonnez
de leurs plus fidelles troupes
, prirent auſſi le parti de
ſe faire deſcendre avec des
P
Giij
78 MERCURE
cordes , dans un endroit qui
eſtoit le moins obſervé;Kiaa
Abdallah trouva le moyende
ſe ſauver à la faveur de la nuit,
Bequir Odabachi tomba entre
les mains de ſes ennemis , la
Pacha luy fit couper la teſte ,
& ayant eſté informé qu'il ne
reſtoit dans le Chaſteau qu'environ
Iso. Janiffaires , avec
Naſſouf Caya , Kara Ilmaël ,
& Affan Caya , cy - devant
grand Doüanier , il prit le parti
de mettre ſon Caya à la tête
de huit cens hommes choifis
, pour les forcer dans le
Chafſteau , il fit ſapper la mu-
(
.
GALANT9
raille par trois endroits , ils y
entrerent le ſabre à la main,
&firent main baſſe ſur tout
ce qu'ils trouverent fans aucune
reſiſtance , il fit couper
la teſte à ſes trois principaux
Chefs ; le Pacha y entra
dans cette entrefaite , &
s'eſtant rendu maiſtre du
Chaftean , il fut victorieux ,
il crea en même temps Jedik
Mehemet Caya en Charge ,
&Moustafa Bochnac , creatured'Ibrahim
Bey ,pourBachodabachi
, & ordonna en même
temps de paſſer au fil de l'épée
tous ceux qu'ils trouveroient
G iiij
80 MERCURE
du parti contraire, ce qui a eſté
executé fort ponctuellement ,
juſqu'aujourd'huy 24. de ce
mois , on en a fait perir plus de
400.& on continuë les executions
, il a mis la teſte de Kiaa
Abdallah à prix , & a promis
1000. pieces à qui la luy apportera
, & la même choſe à
l'égard de Mehemet Bey , qui
s'embarqua à Boulac , fur une
cayaſſe à la pourfſuite de ſes
ennemis , & s'eſt ſauvé ſur le
Nil , dans le Village du Chek
Habib , qui eſt à huit petites
lieuës d'icy ce Chek Habib
eſt un fameux voleur que l'on
,
1
1
1
1
t
GALANT. 8s1
n'a jamais pû détruire , & qui
faifoitcontribuer tous les Ba
timentsqui alloient à Damiette
,&dans le Delta , étant ſoûtenu
par le party détruit. Le
Pacha étantavertyde ſa retraite
dans ce Village , & que ce
Chek avoit au moins 4000.
Arabes bien armez,il a envoyé
plus de deux mille Janniſfaires
aprés ,& environ mil ou douze
cens chevaux pour fe faifir de
toutes les avenues , ſes Arabes
ſe deffendent autant qu'il peuvent
; enſorte que le Pacha &
Ibrahim Bey ont réduit
l'Egypte à l'obéiffance du
82
1
MERCURE
Grand Seigneur fans avoirperdu
cinquante hommes de leur
party.
Le 28. dudit mois .
On vient d'amener Kiaa
Abdallah avec une chaîne au
col , le Pacha luy a fait couper
la teſte ; le Chekhabib s'eſt
ſauvé à la faveur de la nuit
avecMehemetBey. LesTroupes
du Caire ont ſaccagé fon
Village & fa maiſon qu'ils ont
raſée & renver ſée dans le Nil ;
voila la fin de la Tragedie.
Fermer
621
p. 47-52
A Venise le 21. Decembre 1715.
Début :
M. le Chevalier Morosini qui a esté Ambassadeur à Rome [...]
Mots clefs :
République, Chevalier, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 21. Decembre 1715.
jiVeniJïleil.Décembre i71j.
M. le Chevalier Morosini
quiaesté Ambassadeur à Rome
, a rfté choisi par le Senat
pour passer à cette Cour,&
dans toutes les autres d Italie,
avec ordre de tâcher de les
porrer à envoyer des secours
à la République contre les entreprifes
des Turcs dans la
Campagne prochaine, & de
leur representer combien ilc-ftde
leursinteiets de concourir
à la défense de Corfou, & des
coRes de Dalnaacie,parce que
si ces Meflkuts ci avoient te
malheur de les perdre) l'Italie
rcftrroit entièrement cxpofée
aux courses des Infidèles. M.
le Chevalier Morosini n'ira cc
pendant point à Turin
, tant
àGaule que la République n'a
point encore reconnu le Duc
de Savoye en qualité de Roy
de Sicile, que par la crainte
de déplaire à la Cour de
Vienne.
M. Grimani qui avoir cfte*
c'lû Capitaine General des Forces
de)., République en la placc
de M Delphin, dont on paroiffoit
si fort mécontent,cft
tombé
tombe depuis peu malade dune
maladie fausse ou veritable,
& ce dernier continuëra à
avoir le commandement la
campagne prochaine. M. Grimani
est allé à Padouë pour Ce
faire guérir de cette prétendue
maladie.
L'on dit que M. le Comte
Schulembourg partira dans le
mois deFévrier pour aller faire
la visîte de Corfou,de Catraro,
ôldc Cartclriuovo, & par:
fera ensuite dans la Dalmatie
ou il reliera.I! ya lieu de croire
que ce General reliera peu de
temps au fervice de ces Mcffleursci,
qui ne paroillcnr pas
contents de la manière hautaine
avec laquelle il parle du
defordrequil a trouvé ici dans
lesaffaires de la Guerre. I ne
l'eit gueres luy même de voir
que les moyens manquent
pour la commuer avec (fperaoce
de luccés. Il alla J.udi
au College, &prêta ferment
de fidélité cntre les mains du
Doge. Il avoir presente une
Caution pour recevoir 10.mil
ducats à compte de ce qu'on
doit lui fournir pour l'achat
des 6000 hommes da Roy
Augulte. Cette caution n'a
pas esté agrée, & on luy a fait
entendre d'en presenter une
autre, ou qu autrement on ne
pourroit pas luy délivrer cet
argent.
Le Ptince Electoral de Biviere
n'est point encore arrivé
sur la fromiere, parcc qu'il sest
jlfreftéquelques jours à laCour
4c l'Archevêque de Sa!rzbourg
,& à ln(pruck auprès
du Prince Palatin.
1.
L'onetticy dans l'intention
de rendre laCapitation perpetuelle
, en la modérant cependant
,afin de former un fond
folidc & certain pour païer les
interests d'un emprunt conJlderable
que l'on a dessein de
faire pour les bcfoins de la
Guerre.
M. le Chevalier Morosini
quiaesté Ambassadeur à Rome
, a rfté choisi par le Senat
pour passer à cette Cour,&
dans toutes les autres d Italie,
avec ordre de tâcher de les
porrer à envoyer des secours
à la République contre les entreprifes
des Turcs dans la
Campagne prochaine, & de
leur representer combien ilc-ftde
leursinteiets de concourir
à la défense de Corfou, & des
coRes de Dalnaacie,parce que
si ces Meflkuts ci avoient te
malheur de les perdre) l'Italie
rcftrroit entièrement cxpofée
aux courses des Infidèles. M.
le Chevalier Morosini n'ira cc
pendant point à Turin
, tant
àGaule que la République n'a
point encore reconnu le Duc
de Savoye en qualité de Roy
de Sicile, que par la crainte
de déplaire à la Cour de
Vienne.
M. Grimani qui avoir cfte*
c'lû Capitaine General des Forces
de)., République en la placc
de M Delphin, dont on paroiffoit
si fort mécontent,cft
tombé
tombe depuis peu malade dune
maladie fausse ou veritable,
& ce dernier continuëra à
avoir le commandement la
campagne prochaine. M. Grimani
est allé à Padouë pour Ce
faire guérir de cette prétendue
maladie.
L'on dit que M. le Comte
Schulembourg partira dans le
mois deFévrier pour aller faire
la visîte de Corfou,de Catraro,
ôldc Cartclriuovo, & par:
fera ensuite dans la Dalmatie
ou il reliera.I! ya lieu de croire
que ce General reliera peu de
temps au fervice de ces Mcffleursci,
qui ne paroillcnr pas
contents de la manière hautaine
avec laquelle il parle du
defordrequil a trouvé ici dans
lesaffaires de la Guerre. I ne
l'eit gueres luy même de voir
que les moyens manquent
pour la commuer avec (fperaoce
de luccés. Il alla J.udi
au College, &prêta ferment
de fidélité cntre les mains du
Doge. Il avoir presente une
Caution pour recevoir 10.mil
ducats à compte de ce qu'on
doit lui fournir pour l'achat
des 6000 hommes da Roy
Augulte. Cette caution n'a
pas esté agrée, & on luy a fait
entendre d'en presenter une
autre, ou qu autrement on ne
pourroit pas luy délivrer cet
argent.
Le Ptince Electoral de Biviere
n'est point encore arrivé
sur la fromiere, parcc qu'il sest
jlfreftéquelques jours à laCour
4c l'Archevêque de Sa!rzbourg
,& à ln(pruck auprès
du Prince Palatin.
1.
L'onetticy dans l'intention
de rendre laCapitation perpetuelle
, en la modérant cependant
,afin de former un fond
folidc & certain pour païer les
interests d'un emprunt conJlderable
que l'on a dessein de
faire pour les bcfoins de la
Guerre.
Fermer
622
p. 52-57
De Venise le 28. Decembre 1715.
Début :
On croyoit qu'un Courrier qui est arrivé de Vienne cette [...]
Mots clefs :
Turcs, Guerre, Courrier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 28. Decembre 1715.
DcVmife le t-8.Dicembre 1715.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
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623
p. 57-61
A Livourne le 24. Janvier 1716.
Début :
Il vient d'arriver ici un Vaisseau Hollandois venant de [...]
Mots clefs :
Seigneur, Vaisseau, Vizir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Livourne le 24. Janvier 1716.
ALivournc lc24JanvierljlG.
1I vient d'arriver ici un VaiC.
seau Hollandois venant de
Smyme, donril est parti le1j.
duparte,parlequelonareceu
des Lettres qui portent que le
Grand Seigneur & son Armée
estoient arrivez Ir 19 Novembre
fous les murs deConlLntmoplc,
où ellepufLra1 hyver
fous les icmcsjcnun heu appelle
Azmedam, ainsi quil se
pratiqueen tems de Guerre;
le Grand Seigneur lui même ole passera dans un petit Serrait
qu'il a fait bânr prés de Conftanunople
,
& n'entrera pas
dans la Ville, non plus que le
Visir. Les Grands Seigneurs
ne font point lujets à dite déposez
tant qu'ils (ont hors de
leur Ca pitale & de leur Palais
Impérial, restant à la garde de
leur Armérqui leuraeslé toujours
fidele
,
quand ellea furtout
estéaufli bien payée que
ce Grand Seigneur paye ses
Troupes. Il forcit d'Andrinopie,
& s'avança jufquJà deux
lieues de la VilU-pour y recevoir
le grand Visir, auquel il
a fit un accueil des plus favorab!
cs,en lui donnant deux aigrettes
de diamants, & six chevaux
harnachez, dont la valeurest
estimée 500 mil écus.
Il lui remit de plus (a fille, qu'il
lui avoit promis depuis longtems,
& qui nest point encore
nubile.
Toute l'application du
grandScigneur & duVifir font
à prefcnt à augmenter les Armées
de Mer & de Terre, ôc
de faire toutes lesdilpoficions
pour une tres-grandc campagne
, sans qu'il paroisse néanmoins
aucuneenviedattaquer
l'Empereur
)
à moins qu'il ne
le prévienne.
Le Vaisseau de 104. pieces
de canons qui elioit forci cette
année de Conflantinople ne
servira pluslaproch aine ,
s'eftant
ouvert au troifiémecoup
qu'il tira de sa bjttcne baffe,
où il y a huit picccs de canon
de 104, livrés debile;mais on
travaille à Cooftantinople &
dans les Portsde la Mcr Noire
à la confiruétlon de quantité
de Bânmencs ql/on prétend
faire (eivif lacampagne prochaine.
1I vient d'arriver ici un VaiC.
seau Hollandois venant de
Smyme, donril est parti le1j.
duparte,parlequelonareceu
des Lettres qui portent que le
Grand Seigneur & son Armée
estoient arrivez Ir 19 Novembre
fous les murs deConlLntmoplc,
où ellepufLra1 hyver
fous les icmcsjcnun heu appelle
Azmedam, ainsi quil se
pratiqueen tems de Guerre;
le Grand Seigneur lui même ole passera dans un petit Serrait
qu'il a fait bânr prés de Conftanunople
,
& n'entrera pas
dans la Ville, non plus que le
Visir. Les Grands Seigneurs
ne font point lujets à dite déposez
tant qu'ils (ont hors de
leur Ca pitale & de leur Palais
Impérial, restant à la garde de
leur Armérqui leuraeslé toujours
fidele
,
quand ellea furtout
estéaufli bien payée que
ce Grand Seigneur paye ses
Troupes. Il forcit d'Andrinopie,
& s'avança jufquJà deux
lieues de la VilU-pour y recevoir
le grand Visir, auquel il
a fit un accueil des plus favorab!
cs,en lui donnant deux aigrettes
de diamants, & six chevaux
harnachez, dont la valeurest
estimée 500 mil écus.
Il lui remit de plus (a fille, qu'il
lui avoit promis depuis longtems,
& qui nest point encore
nubile.
Toute l'application du
grandScigneur & duVifir font
à prefcnt à augmenter les Armées
de Mer & de Terre, ôc
de faire toutes lesdilpoficions
pour une tres-grandc campagne
, sans qu'il paroisse néanmoins
aucuneenviedattaquer
l'Empereur
)
à moins qu'il ne
le prévienne.
Le Vaisseau de 104. pieces
de canons qui elioit forci cette
année de Conflantinople ne
servira pluslaproch aine ,
s'eftant
ouvert au troifiémecoup
qu'il tira de sa bjttcne baffe,
où il y a huit picccs de canon
de 104, livrés debile;mais on
travaille à Cooftantinople &
dans les Portsde la Mcr Noire
à la confiruétlon de quantité
de Bânmencs ql/on prétend
faire (eivif lacampagne prochaine.
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624
p. 61-79
Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Début :
Il y a dans les nouvelles qui viennent de Goa beaucoup de [...]
Mots clefs :
Roi, Ports, Roi de Portugal, Vaisseaux, Guerre, Port, Europe, Portugais, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
Fermer
625
p. 93-98
De Rome le premier Février 1716.
Début :
Dernierement le Pape fit faire en sa presence l'examen [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Guerre, Sainteté, Écus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le premier Février 1716.
D/Rome lepremierFévrier 17I6
Dernierement le Pape fit
faire en sa presence l'examen
des Evesques & nomma l'Abbé
Grity à l'Evêché dc\Fal.-
laro. t,
Sa Sainteté attend quele
Cardinal Orfiny foie arrive
,
pour tenir Consistoire, & y
declarer Son Eminence, Legat à vers l'Empereur. Cette
expédition tend à porter S. M.
Imperiale à declarer la guerre
auxTurcs. <
Dans la conjoncture presente
le Pape s'est flattéd'un
lecôars de huit Vaisseaux de
guerre de la part du Roy de
Portugal, & dans cette vue Sa
Sainteté a crée EvêquePrimat,
le Grand
-
Maistre dela Chapelle
de Sa MaJcltéJavec droit
de preséance sur tous les autres
Evêqucs de son Royaume.
Les Cardinaux continuent
d'envoyer de l'argent à la
Cbambre Apostolique, pour
l'aider à subvenir aux dépenses
dela guerre contre les Turcs
la moindre Comme est de
500. écus,outrecelle de1000.
écus que le Cardinal Camerlingue
a déjadonnée. Il a affigné
un revenu annuel de pareille
somme pendant tout le
temps de la guerre.
Mr le Chevalier Morosini
reçoit bien des hontiefferezdc
cette Cour;il a esté admis à
l'Audiance du S. Pere avec le
enapeau & l'épée, beaucoup
de per sonnes qualifiées l'ont
esté voir, &luy ont fait des
presents.
,
Le grand Prieur Ferretyest
party pour LIvourne, d'ou il
.pass'i}ra ensuite à Genes; il a
ordre du Pape de noliser dans
ces Phares , quelques Bâtimens
pour renforcerl'Escadre des
Galères du Pape.
Le Cardinal Patrissy a fait
un nouveau present à Sa Sainteté.
Il,consiste en quatre
grands
grands Tableaux du Guido.
qui represeten les quatre
Evangelistes.
D. Alexandre Albanya envoyé
au Cardinal Faraccioly
Prouvaire, un très- beau Rock
estmé deux cens écus, mais ce
Cardinal pour répondre à la
generosité deDon Alexandre,
luy a fait present d'un poëlcd'argent
& d'un réchaud de
même métal de la valeur de
huit censécus.
Le Pape a sign un ordre de
deux cens enquante mille écus
pour l'érection d'un Mont appellé
le Mont Fabrique,& un
autre ordre qui s'adresse au
Cardinal Alani, comme Preset
de la Congregati de la
Fabrique de S. Pierre
, pour
faireconsignerauTresorie ter de
la Chambce cent mille écusdes
deniers appartenans à ladite
Fabrique ,pour s'en prévaloir
dans les necessitezpressa
f; Le Chipicre de la Cathedralci
de Capouë a envoyé c
deux-Chanoines pourcomplimenter
le Cardinal Caraccioly
leur Archevêque,sur sa promotion
au Cardinatar; Son
Eminence leur a fai bien de
l'accueil&lesreçusenhabit
rougé.
Dernierement le Pape fit
faire en sa presence l'examen
des Evesques & nomma l'Abbé
Grity à l'Evêché dc\Fal.-
laro. t,
Sa Sainteté attend quele
Cardinal Orfiny foie arrive
,
pour tenir Consistoire, & y
declarer Son Eminence, Legat à vers l'Empereur. Cette
expédition tend à porter S. M.
Imperiale à declarer la guerre
auxTurcs. <
Dans la conjoncture presente
le Pape s'est flattéd'un
lecôars de huit Vaisseaux de
guerre de la part du Roy de
Portugal, & dans cette vue Sa
Sainteté a crée EvêquePrimat,
le Grand
-
Maistre dela Chapelle
de Sa MaJcltéJavec droit
de preséance sur tous les autres
Evêqucs de son Royaume.
Les Cardinaux continuent
d'envoyer de l'argent à la
Cbambre Apostolique, pour
l'aider à subvenir aux dépenses
dela guerre contre les Turcs
la moindre Comme est de
500. écus,outrecelle de1000.
écus que le Cardinal Camerlingue
a déjadonnée. Il a affigné
un revenu annuel de pareille
somme pendant tout le
temps de la guerre.
Mr le Chevalier Morosini
reçoit bien des hontiefferezdc
cette Cour;il a esté admis à
l'Audiance du S. Pere avec le
enapeau & l'épée, beaucoup
de per sonnes qualifiées l'ont
esté voir, &luy ont fait des
presents.
,
Le grand Prieur Ferretyest
party pour LIvourne, d'ou il
.pass'i}ra ensuite à Genes; il a
ordre du Pape de noliser dans
ces Phares , quelques Bâtimens
pour renforcerl'Escadre des
Galères du Pape.
Le Cardinal Patrissy a fait
un nouveau present à Sa Sainteté.
Il,consiste en quatre
grands
grands Tableaux du Guido.
qui represeten les quatre
Evangelistes.
D. Alexandre Albanya envoyé
au Cardinal Faraccioly
Prouvaire, un très- beau Rock
estmé deux cens écus, mais ce
Cardinal pour répondre à la
generosité deDon Alexandre,
luy a fait present d'un poëlcd'argent
& d'un réchaud de
même métal de la valeur de
huit censécus.
Le Pape a sign un ordre de
deux cens enquante mille écus
pour l'érection d'un Mont appellé
le Mont Fabrique,& un
autre ordre qui s'adresse au
Cardinal Alani, comme Preset
de la Congregati de la
Fabrique de S. Pierre
, pour
faireconsignerauTresorie ter de
la Chambce cent mille écusdes
deniers appartenans à ladite
Fabrique ,pour s'en prévaloir
dans les necessitezpressa
f; Le Chipicre de la Cathedralci
de Capouë a envoyé c
deux-Chanoines pourcomplimenter
le Cardinal Caraccioly
leur Archevêque,sur sa promotion
au Cardinatar; Son
Eminence leur a fai bien de
l'accueil&lesreçusenhabit
rougé.
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626
p. 99-101
Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Début :
Il paroist qu'on ne peut plus douter icy de la guerre entre l'Empereur [...]
Mots clefs :
Pape, Roi de Sicile, Vaisseaux, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Extrait d'une Lettre de Mr le
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
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627
p. 116-121
De Venise le 14. Février 1716.
Début :
M. le General Delphin a écrit une longue Lettre au [...]
Mots clefs :
Général, Troupes, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 14. Février 1716.
De Venistle 14. Février 17IC.
M. le General Delphip a
écrit une longue Lettre au
Sénat pour l'informer de la
sïtuacion ou se trouvoicnc
les affaires de la Guerre dans le
Levant, & pour demander que
l'on y envoyé promptemenc
des secours & des munitions
de Guerre) & principalement
des vivres dont onmanquoic
à Corfou. Il ne sçavoit pas
encore qui devoir efhe. son
SuccefleuriM le General Emo
a aufliécrit de Dalmarie& demande
pareillement toutes
sortes de secours. Il a joûte que
les Turcsavoient profité de la
gelée, pour passer lesMontagnes
du Prolaco, qu'ilsavoient
fait une course dans la Dalmatie1,
où ils avoient cau seune
grande terreur ,
& qu'ils
avoient emmenez un grand
nombre de personnes cnefclavage.
Ce General s'etf rendu
à Spalacro pour recevoir le
Convoy, parti dernicrcment;
chargé de quelques Troupes
& de munitions.
Le Senat a ordonné que ceux
des Officiers généraux qui ont
servy la derniere Campagne ,:
&qui ont esté rappeliez,eussent
à se consticuer dans les
prisons pour rendre compte
de leur conduire;M. le General
Delphin n'est point excepté
de¡ cette règle ; les Inquisiteurs
pour s'informer de ce qur
s'est parte pendant cette Campagne,
examinent& interrovi
genttresexactement tous les
Particuliers qui arrivent du
Levant, tant sur ce qu'ils ont
vu,queluice qu'ils ont entendu
dire, mais tous ces interrogatoires
n'aboutiront à rien.
Le Patron d'une Marfilianc
chargée de Troupes
,
lequel
estoit parti avec le Convoy
qui fit voile de Venise la femaine
passée,aefté obligé par
ces mêmes Troupes de les porter
à Trieste où elles sont arrivées.
Les Soldats se font revoltez
contre leurs Officiers
les ont tuez, &refusent de servir.
Il arrive très souvent de
Semblablesémeutes, qui proviennent
autant dela faute des'
Officiers qui veulent profiter
sur les Soldats, que dela ré--
pugnance que ceux. cy ont à
servir. -,
Il est aussï arrivé un autre
malheur dont on aesté confirmé
cerre semaine
: un Vaisseau
qui venoit de Hollande chargé
de poudre, de salpêtre
, &
d'aurres choses fénlblblcs;
pour le compte de la Republique,
cil péry sans que l'on
aye pu rien sauver.
La Republique a fait demander
la permissîon de lever des
Chevaliers de S. Lazare pour
estre
estre à son service. Ils auront
la gauche des Chevaliers de
Malthe; on ne sçait pas encore
quelle réponfc on leur fera.
M. le General Delphip a
écrit une longue Lettre au
Sénat pour l'informer de la
sïtuacion ou se trouvoicnc
les affaires de la Guerre dans le
Levant, & pour demander que
l'on y envoyé promptemenc
des secours & des munitions
de Guerre) & principalement
des vivres dont onmanquoic
à Corfou. Il ne sçavoit pas
encore qui devoir efhe. son
SuccefleuriM le General Emo
a aufliécrit de Dalmarie& demande
pareillement toutes
sortes de secours. Il a joûte que
les Turcsavoient profité de la
gelée, pour passer lesMontagnes
du Prolaco, qu'ilsavoient
fait une course dans la Dalmatie1,
où ils avoient cau seune
grande terreur ,
& qu'ils
avoient emmenez un grand
nombre de personnes cnefclavage.
Ce General s'etf rendu
à Spalacro pour recevoir le
Convoy, parti dernicrcment;
chargé de quelques Troupes
& de munitions.
Le Senat a ordonné que ceux
des Officiers généraux qui ont
servy la derniere Campagne ,:
&qui ont esté rappeliez,eussent
à se consticuer dans les
prisons pour rendre compte
de leur conduire;M. le General
Delphin n'est point excepté
de¡ cette règle ; les Inquisiteurs
pour s'informer de ce qur
s'est parte pendant cette Campagne,
examinent& interrovi
genttresexactement tous les
Particuliers qui arrivent du
Levant, tant sur ce qu'ils ont
vu,queluice qu'ils ont entendu
dire, mais tous ces interrogatoires
n'aboutiront à rien.
Le Patron d'une Marfilianc
chargée de Troupes
,
lequel
estoit parti avec le Convoy
qui fit voile de Venise la femaine
passée,aefté obligé par
ces mêmes Troupes de les porter
à Trieste où elles sont arrivées.
Les Soldats se font revoltez
contre leurs Officiers
les ont tuez, &refusent de servir.
Il arrive très souvent de
Semblablesémeutes, qui proviennent
autant dela faute des'
Officiers qui veulent profiter
sur les Soldats, que dela ré--
pugnance que ceux. cy ont à
servir. -,
Il est aussï arrivé un autre
malheur dont on aesté confirmé
cerre semaine
: un Vaisseau
qui venoit de Hollande chargé
de poudre, de salpêtre
, &
d'aurres choses fénlblblcs;
pour le compte de la Republique,
cil péry sans que l'on
aye pu rien sauver.
La Republique a fait demander
la permissîon de lever des
Chevaliers de S. Lazare pour
estre
estre à son service. Ils auront
la gauche des Chevaliers de
Malthe; on ne sçait pas encore
quelle réponfc on leur fera.
Fermer
628
p. 121-122
De Turin.
Début :
On mande de Turin du 15. du passé, que les preparatifs [...]
Mots clefs :
Troupes, Sicile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Turin.
De Turin.
On mandede Turindu ij.
du pasle, que les preparatifs
que l'on fait en ce Pays-là,&
dans tout le Piémont
e
donnoient
lieu de croire qu'on
estoit à la veillé d'une grande
Guerre, car outre les recrues
qu'on faisoit
, on didtribuoit
des commissions pour de nouvelleslevées,&
des Ingenieurs
font partis pour aller munir&
fortifierles Places dti..M,Qne';'
Ferrat, donc l'Empereur prétend
se mettre en possession,
&en cas qu'il attaque ce Pays,
le Roy de Sicile prendra à sa
solde 10000. hommes des
Troupes de France,& on ne
parle plus d'envoyer des Troupes
Plémontoises en Sicile.
On mandede Turindu ij.
du pasle, que les preparatifs
que l'on fait en ce Pays-là,&
dans tout le Piémont
e
donnoient
lieu de croire qu'on
estoit à la veillé d'une grande
Guerre, car outre les recrues
qu'on faisoit
, on didtribuoit
des commissions pour de nouvelleslevées,&
des Ingenieurs
font partis pour aller munir&
fortifierles Places dti..M,Qne';'
Ferrat, donc l'Empereur prétend
se mettre en possession,
&en cas qu'il attaque ce Pays,
le Roy de Sicile prendra à sa
solde 10000. hommes des
Troupes de France,& on ne
parle plus d'envoyer des Troupes
Plémontoises en Sicile.
Fermer
629
p. 138-153
Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
Début :
J'ai crû qu'il ne seroit point hors de propos de / I. Dans la situation où se trouvoient les affaires au commencement de [...]
Mots clefs :
Paix, Désordres, Pologne, Porte ottomane, Guerre, Hongrie, Campagne militaire, Victoire, Angleterre, France, Alliance, Revenus de l'État, Prince régent, Louis XV, Tsar, Traité, Naissance, Cour impériale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
J'ai crû qu'il ne feroit point
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
Fermer
630
p. 167-173
A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
Début :
Aprés avoir promené le Lecteur dans l'Amérique Méridionale, Occidentale, / M[onsieur], Nous sortons d'une expédition contre les Sauvages [...]
Mots clefs :
Expédition, Sauvages, Fort, Peuple, Québec, Fleuve, Artillerie, Colonies, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
APrés avoir promené leLecteur
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
Fermer
631
p. 56-69
Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Début :
Ne vous êtes vous pas imaginé, Mr, sur la foy des [...]
Mots clefs :
Constantinople, Ville, Disposition, Colonnes, Rues, Ambassadeurs, Chrétien, Mosquées, Sultan, Mariages, Eunuque, Filles, Cérémonies, Chambre, Gouvernement, Sérail, Officiers, Peste, Ennemis, Paix, Allemagne, Peuple, Armée, Attaques, Pologne, Envoyé , Vizir, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Ecrite de Conftantinople , le
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Fermer
632
p. 89-94
Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Début :
Le Traité d'Alliance Deffensive entre la France, l'Angleterre, & la Hollande, [...]
Mots clefs :
Traité d'alliance, France, Angleterre, Hollande, Roi très chrétien, Décès, Altesse sérénissime, Rebelles, Peuples, Bâtiments, Marées, Ratification, Démolition, Digues, Alliances, Royaumes, Puissances, Soldats, États généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Le Traité d'Alliance Deffenfive
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
Fermer
633
p. 137-139
Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Début :
Messieurs Montagüe & Collieres, Ambassadeurs d'Angleterre & d'Hollande à la [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Angleterre, Hollande, Paix, Empires, Grand seigneur, Forteresse, Traité de Carlowitz, Médiateur, Conquêtes, Cour ottomane, Ecclésiastique, Députés, Province, Despotique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Extrait d'une Lettre de Vienne
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
Fermer
634
p. 143-148
A Londres, le 20. Mars 1717.
Début :
Le 5. on publia ici les Lettres du Comte Gyllemborg, des Barons [...]
Mots clefs :
Lettres, Rébellion, Forces, Roi de Suède, Cavalerie, Flotte, Soldats, Trône d'Angleterre, Cour, Armements, Comte Gyllemborg, Tsar, Paix, Baron, Conspiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Londres, le 20. Mars 1717.
A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Fermer
635
p. 183-184
A Cartagene le 12 Avril 1717.
Début :
On a appris par l'arrivée d'un Batiment François dans ce Port, [...]
Mots clefs :
Bâtiment, Commandant, Troupes, Maures, Retranchement , Garnison, Cartagène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Cartagene le 12 Avril 1717.
A Cartagene le 12 Avril. 1717.
On a appris par l'arrivée d'un
Batiment François dans ce Port
le détail de l'Action qui s'eft paffée
le 12 Mars dernier à Ceuta . Le 、
Commandant de cette Place ayant
fait tirer un retranchement devant
la fauffe Braye, à la portée du Moufquet
, l'avoit fait fortifier de quatre
Redoutres gardées par 30 hommes
chacune . La nuit du 11 au 12 ,
les Maures au nombre de 6 mille ,
s'en approcherent fans être découverts
, & à la petite pointe du jour
ils les attaquerent & en emporterent
deux d'affaut , les deux reftantes
s'étant deffenduës jufques à huit
heures , furent pareillement emportées.
Les Troupes qui étoient
dans ces redoutes & ce retranchement,
ayant été obligées de fe retirer
dans la fauffe Braye , les Maures
enflés de ce premier fuccés , s'avancerent
pour l'attaquer , ils y entrerent
même & commençoient à s'y
Qij
184 LE MERCURE
loger : mais fur le midi , le Commandant
avec des Troupes d'élite
les attaqua fi vigoureuſement , qu’-
il les força de regagner avec précipitation
les retranchemens , d'où
ils furent encore délogés , & contrains
de fe retirer dans la derniere
confufion. Ils ont perdu dans ces
differentes attaques plus de 4000
hommes tués ou bleffés. la Garniſon
n'a û en toutes ces diverfes Actions ,
que So hommes tués & 120 de
bleflès .
On a appris par l'arrivée d'un
Batiment François dans ce Port
le détail de l'Action qui s'eft paffée
le 12 Mars dernier à Ceuta . Le 、
Commandant de cette Place ayant
fait tirer un retranchement devant
la fauffe Braye, à la portée du Moufquet
, l'avoit fait fortifier de quatre
Redoutres gardées par 30 hommes
chacune . La nuit du 11 au 12 ,
les Maures au nombre de 6 mille ,
s'en approcherent fans être découverts
, & à la petite pointe du jour
ils les attaquerent & en emporterent
deux d'affaut , les deux reftantes
s'étant deffenduës jufques à huit
heures , furent pareillement emportées.
Les Troupes qui étoient
dans ces redoutes & ce retranchement,
ayant été obligées de fe retirer
dans la fauffe Braye , les Maures
enflés de ce premier fuccés , s'avancerent
pour l'attaquer , ils y entrerent
même & commençoient à s'y
Qij
184 LE MERCURE
loger : mais fur le midi , le Commandant
avec des Troupes d'élite
les attaqua fi vigoureuſement , qu’-
il les força de regagner avec précipitation
les retranchemens , d'où
ils furent encore délogés , & contrains
de fe retirer dans la derniere
confufion. Ils ont perdu dans ces
differentes attaques plus de 4000
hommes tués ou bleffés. la Garniſon
n'a û en toutes ces diverfes Actions ,
que So hommes tués & 120 de
bleflès .
Fermer
636
p. 1-65
ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
Début :
ALEXIS MICHALOVITZ, Pere du CZAR qui arriva le 7. dans [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Roi, Prince, Vaisseaux, Princesse, Sophie Alexeïevna, Mer, Pologne, Suède, Général, Armée, Dessein, Moscovites, Tête, Cou, Troupes, Manière, Trône, Empire, Cour, Couronne, Seigneurs, Moscou, Hommes, Palais, Armes, Pays, Bâtir, Galères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ABBREGÉ
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
Fermer
637
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Fermer
638
p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
Fermer
639
p. 103-106
« Toutes les Lettres de Vienne roulent sur l'application du Conseil, [...] »
Début :
Toutes les Lettres de Vienne roulent sur l'application du Conseil, [...]
Mots clefs :
Vienne, Conseil, Armée, Empire, Terreur, Paix, Offensive, Prince, Bataille, Forteresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Toutes les Lettres de Vienne roulent sur l'application du Conseil, [...] »
Toutes les Lettres de Vienne
roulent fur l'application du
Confeil , à prendre de juftes mefures
, pour la Campagne prochaine
, & à profiter des hûreux
fuccez qu'ont ûs les Armées de
l'Empereur , l'an paffe , qui ont
porté la terreur par tout l'Empire
Ottoman , & .dont le Divan redoute
les fuittes , avec raifon. En effet
, partagé comme il eft , entre
la crainte & l'efpérance , animé
d'un côté par certains Miniftres ,
qui trouvent leurs interêts à la
104
LE MERCURE
continuation de la Guerre , intimidé
de l'autre , par les cris & les
lamentations des Peuples , qui ne
refpirent que la Paix , & commencent
à prévoir les fuites d'une Rupture
, qui ne leur peut être que
fatale. A quoi peut il fe déterminer
? flotant de cette maniere entre
deux extrémités. Il eft difficile de
fe former un plan fixe ; c'eft ce
qui donne lieu à fon irréfolution ,
& oblige fouvent le Confeil de
Guerre , a'changer de Batterie . Il
n'en eft pas de même de celui de
l'Empereur. Toutes les voix y concourent
à l'offenfive , toutes les
mefures font prifes pour l'ecuter
d'une maniere efficace ; il ne
s'agit que de l'endroit le plus con -1
venable , pour porter le coup mortel
à l'Empire Ottoman. C'est làdeffus
que délibérent les Miniftres
du Confeil Impérial . Quelqu'uns
veulent que le Prince Eugene de
Savoye marchera avec la principale
Armée , du côté de Belgrade,
pendant qu'un Corps Corps de 50000
DE MAY.
105
Hommes, fous le Comte de Merci
reftera aux environs de Témeſvvar
, juſqu'à ce qu'on voye ,
fi les Turcs s'oppoferont au Siége
de Belgrade. D'autres veulent que
le Prince Eugene ne paffera pas la
Save , mais bien le Danube , pour
éxécuter de ce côté-là , un deffein
important , avant que de s'attacher
à Belgrade. Un troifiéme parti
fait revivre l'ancien projet , qui
eft , de hazarder une Bataille à l'ouverture
de la Campagne ; & en cas
qu'on la gagne , de s'emparer d'un
Paffage confidérable , près du Danube
, & aux environs d'Andrinople
. On s'emparera en même
tems , d'une Fortereffe réguliére
du côté de la Dalmatie ; ce qui
feroit le moyen de couper Belgrade
, & de le faire tomber en le
privant des fecours , qui ne lui peu
vent venir que de fort loin. Ce
projet a quelque fondement , parce
que l'Armée Impérialle a fes
derriéres à couvert , par la prife.
de Temefvvar,&qu'elle peut tirer
›
106 LE MERCURE
la fubfiftance néceffaire de la Moldavie
, & de la Valachie . Le
Tems nous fera voir quel plan on
fuivra.
roulent fur l'application du
Confeil , à prendre de juftes mefures
, pour la Campagne prochaine
, & à profiter des hûreux
fuccez qu'ont ûs les Armées de
l'Empereur , l'an paffe , qui ont
porté la terreur par tout l'Empire
Ottoman , & .dont le Divan redoute
les fuittes , avec raifon. En effet
, partagé comme il eft , entre
la crainte & l'efpérance , animé
d'un côté par certains Miniftres ,
qui trouvent leurs interêts à la
104
LE MERCURE
continuation de la Guerre , intimidé
de l'autre , par les cris & les
lamentations des Peuples , qui ne
refpirent que la Paix , & commencent
à prévoir les fuites d'une Rupture
, qui ne leur peut être que
fatale. A quoi peut il fe déterminer
? flotant de cette maniere entre
deux extrémités. Il eft difficile de
fe former un plan fixe ; c'eft ce
qui donne lieu à fon irréfolution ,
& oblige fouvent le Confeil de
Guerre , a'changer de Batterie . Il
n'en eft pas de même de celui de
l'Empereur. Toutes les voix y concourent
à l'offenfive , toutes les
mefures font prifes pour l'ecuter
d'une maniere efficace ; il ne
s'agit que de l'endroit le plus con -1
venable , pour porter le coup mortel
à l'Empire Ottoman. C'est làdeffus
que délibérent les Miniftres
du Confeil Impérial . Quelqu'uns
veulent que le Prince Eugene de
Savoye marchera avec la principale
Armée , du côté de Belgrade,
pendant qu'un Corps Corps de 50000
DE MAY.
105
Hommes, fous le Comte de Merci
reftera aux environs de Témeſvvar
, juſqu'à ce qu'on voye ,
fi les Turcs s'oppoferont au Siége
de Belgrade. D'autres veulent que
le Prince Eugene ne paffera pas la
Save , mais bien le Danube , pour
éxécuter de ce côté-là , un deffein
important , avant que de s'attacher
à Belgrade. Un troifiéme parti
fait revivre l'ancien projet , qui
eft , de hazarder une Bataille à l'ouverture
de la Campagne ; & en cas
qu'on la gagne , de s'emparer d'un
Paffage confidérable , près du Danube
, & aux environs d'Andrinople
. On s'emparera en même
tems , d'une Fortereffe réguliére
du côté de la Dalmatie ; ce qui
feroit le moyen de couper Belgrade
, & de le faire tomber en le
privant des fecours , qui ne lui peu
vent venir que de fort loin. Ce
projet a quelque fondement , parce
que l'Armée Impérialle a fes
derriéres à couvert , par la prife.
de Temefvvar,&qu'elle peut tirer
›
106 LE MERCURE
la fubfiftance néceffaire de la Moldavie
, & de la Valachie . Le
Tems nous fera voir quel plan on
fuivra.
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640
p. 5-61
De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
Début :
Je vous ay promis, Monsieur, de vous envoyer pour troisiéme & dernier [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Gardes, Maréchal, Chevalier, Douleurs, Accident, Domestiques, Gentilhommes, Cardinal, Fièvre, Voyage, Garnison, Vaisseaux, Vatican, Prince, Chasse, Compagnies, Espagne, Combat, Galère, Officiers, Sa Majesté, Imprudence , Capitaine, Gouverneur espagnol, Vérité, Discrétion, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
De Lanéville en Lorraine
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
;¡ le30May) 1717.
TKOISIEME& DERNIERE
.- Partie, des Aiémcircs
DEM. LE CARDINAL DI RETZ.
E vous ay promis,Monsieur,
de vous envoyerpour
troisiéme cr dernier Extrait,
des Mémoires du
Card. de Retz
,
fOr. tuafior. du Château
de Nantes, & ses différentes
AvantHresjnfûiifin ;?TI/,,'t-: c,: I:alie
i j'éxécute mapromesse avecjêjer
Je ne doûte pas que cet Extrait né
fasse plaisir avos lecteurs, pérla
variété infinie de -CïrClnjlltnce-s extraordinaires
,
dont. ce imrceâtt d'Histoire est rempli.
Ce qui estextraordinaire,neporoît
possible à ceux qui nesont capables
que de l'ordinaire,qu'aprèsqu'-
ilestarrivé. Tellefutl'évasion du
Cardinal de Retz,, dont il va nousfaire
lui- même la Relation.
Je me sauvai un Samedy 8e d.
Aoust,àcinq heures du soir. La porte
du petit Jardin se refermaaprès
moi-, presque naturellement. Je
descendis, un bâton entre les jambes
,
três-heureusement d'un Bastionqui
avoir 40 pieds de haut.
Un Valet de Chambre qui est encore
àmoy, no limé Fromentin amusames
Gardes en les faisant
boire. Ils s'amuserent eux-mtmes àregarder unJacobin, qui se baignoit
&qui deplus se noyoit. Le
Soldat qui étoit ensentinelle à aopas
tle inoilen un lieud'oùil ne pouvoir
pas me joindre,n'osa me tirer; parce
que, lorsque le lui vis compaqqer
sa mesche
je lui criai que je le
ferois pendre, siil tiroir, & il
avoüa à la qUtftion., qu'il crût sur
cette menace,
que le Maréchal
étoit de concert avec moy Deux
petits Pages;qui se baignoient &
qui me voyoient suspendu à la corde
, crièrent que je me fauvois,
mais ils ne furent pas écouté; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au secours
du Jacobin, qui se noyoir.
Mes quatre Gentils
- hommes se
trouvèrent à point nommé, au bas
du Ravelin, où ils avoient fait semblant
d'abbreuver leurs chevaux,
comme s'ils eussent voulu aller à
la Chasse. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eut feu ement
la moindre allarme; & comme
j'avois quarante Relais posés
entre Paris & Nantes;je ferois arrivé
infailliblement à Paris, le
Mardyà la pointe du jour, sans
unaccident quejepuis dire avoir
été le fatal & le décisif du reste
de ma vie. Sitôt queje ensache-
-
val, je pris la route de Maure qui est, , si je ne me trompe, à cinq
lieües de Nantes sur la Rivierei
& où nous étions convenus que
MrdeBrisac &Mr le Chevalier
de Sévigni m'attendroient avec un
bateau pour la passer. La Ralde
Ecuyer
de
Mr de Brisac,qui marchoit
devant moi, me dit qu'ilfalloit
galoper d'abord, pourne pas
donner le tems aux Gardes-du Maréchal
de la Meilleraye, de fermer
la porte d'une petite ru2 du Fauxbourg
où étoit leur quartier, de
par laquelle il faloitnécessairement
passer.J'avois un des meilleurs
chevaux du monde c , qui avoit. hevaux du monMdquiavoit
coûté 1000 écus àMrde Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main, parce quele Pavé étoit
trèsmauvais ôctrès glissant : Mais,
un Gentil-homme a moi, nommé
Boisguerin, m'ayant crié de metne
le Pistolet à la main; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Maréchal,
qui ne songeoient toutefois,
pas à nous; je l'ymiseffective-
- ment, & le presentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de se saisirde la
bride de mon cheval, le Soleil qui
étoit encore haut, donna dans la
platine; la reverbetation fit peur
à mon cheval,ilfit un grand furfault,
& il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche, quife rompit contre
la borne d'une porte. Un Gentilhomme
à moi,apelé Beauchêne,me
releva, & me remit à cheval; Be
quoique jesouffrisse des douleurs
incroyables, & que je fusse obligé
demetirer lescheveux, pour
m'empêcherdemévanoüir, j'achevai
ma course de cinq lieües,avant
que le grand Maître qui me suivoit
à toute bride, avec tous lescoureurs
de Nantes (au moins si l'on
en veut croire la chanson de Mariaugny
) me pût joindre. Je trouvai lieu destiné M. de Brisac & M.
deSevigniavecleBatteau ; jem'evanoüis
en y entrant; on me fii
revenir en me jectant un verre
d'eau surle visage.Je voulu remonter
à cheval, quand nous eusmes
passé la Riviere; mais lesforces
memanquerent ,& M. de Brissac
fut obligé de me faire mettre
dans une grosse Meule de foin;
& il me laissa avec un Gentilhomme
à moi, appellé Monté,
qui me tenoit entre ses bras. Il emmena
avec lui Joli qui seul avec
Monté, m'avoit pû suivre les
chevaux des autres ayant manqué;
- & il tira droit à Beaupeau,à des-
,
seind'yassemblerlaNoblesse, pour
me venir, tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle se mettra en
état de cela, je me sensobligé de
vous raconter deux outroisactions
particulieresde mes pauvres Domeftiques,
qui ne meritent pas d'-
être oubliées.ParisDocteur de Navarre,
qui avoit donné le ngnal
avec son Chapeau,aux quatre Gentils-
hommes qui me suivirent en
cette occasion, fut trouvé sur 1-e
bord de l'eau par Coulon. Ecuyer
du Maréchal, qui le prit,enlui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; ildit à Coulon &
d'un ton niais & Normand,je le
diray à M. le Maréchal, que vous
vous amusez à battre un pauvre
Prêtre,parce que vous n'osés vous
prendre à M. Le Cardinal, qui a
de bonsPistoletsàl'arsonde saSelle.
Coulon prit cela pourbon ,&
il lui demandaoù j'étois.Ne le
voyez vous pas, dit le Doaeur,
qui entre dansce Village. Vous
remarquerez,s'il vous plaît, qu'-
il m'avoit vû'passer l'eau, &il me
sauva ainsi. Il faut avoüer que
cette presenced'esprit n'est pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre. Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit, étoit ce Beauchesne dont je vousayparlé cy-devant,,
dont le cheval étoit outré & qui
n'avoit pas pû me suivre. Coulon
le prenanrpourmoi
, courût à lui,
& comme il le voïoit {»£rtemipar
beaucoup de Cavaliers qui étoient
prests à le joindre
, ill'aborda,le
Pistolet à la main. Beauchesne
s'arrêta sur eux en la même posture,
&ileût la fermeté de s'apercevoir
dans cet inilant, qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze
pas de lui, il se jetta dedans, pensant
qu'il arrêteroit Coulon, en
lui montrant un deses Pistolets ;
& il mit l'autre à la the du Batelier
: sa résolution ne le fauva pas
seulement, mais elle contribua
à me faire sauver moi-même;parce
que le Grand Maître ne trouvant
plusceBateau,futobligé d'-
aller passer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foi..
Je demeurai caché plusdey heures,
avec une incommoditéque je
ne puis vous exprimer, j'avois l'épaule
rompuë & demise, j'yavois
une contusion terrible: la fiévre
me prit sur les neufheures du foir.
L'altération
L'altération qu'elle me dÕnoir,éroit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du soinnouveau. Qiioique
je fusse sur le bord de la Riviere
,
je n'osois boire, parceque,
si nous fussions sortisde la Meule,
Afoate& moi ,nous rreuflîcns eu
fcuConne pour raccommoder le
soinqui eut paru remué, & qui
,
eut donné lieu par conséquent,
a ceux qui couroient aprés moi, de foüiller. Nous n'entendions
cjue des Cavaliers qui passoient à
droite Jk à gauche, nous reconnûmes
même Coulon à la VOIX.
L'incommodité de la fois éft incroyable
Se inconcevable à qui ne
l'a pas éprouvée. Mr de Roise Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs, que Mr de Brissac avoit averti
en passantchez lui, vint,sur
les deux heures après minuit
, me
prendre dans cette meule de foin:
Après qu'ileutremarqué qu'il n'y
avoir plus de Cavalerie aux ..environs,
il me mitsur une civiere
à fumier, & ilme fit porter par
deuxPaïsans dans la granged'unemaison
qui étoità lui,à une
lieuë de là: Il m'y ensevelit encore
dans le foin; mais, comme j'y avois de quoi boite, je m'y
trouvai mêmedélicieusement. Mr
& Mde de Brissacm'y vinrent prendre
au bout de sept ouhuit heures,
avec quinze ou vingt chevaux,
JSc ils me menerent à Beaupreau
où je trouvai l'Abbé de Bellebat,
qui les y étoit venu voir,& où je ne
demeurai qu'une nuit, juia
ce que la Noblesse y fut aQemblee.
Mr deBrissac étoitfort aimé dans
tout le Païs, & il mitensemble
dans ce peu de tems, plus de iqo
Gentils-Hommes.Mrde Retz qui
l'étoitencore plus dansson Quartier,
le joignit à quatre lieuës de
là avec 300. Nous pâfïameç presque
à la vûë de Nantes, d'où
quelques Gardes du Maréchal
forrirent pour escarmoucher. Ils
furent repoussés vigoureusement
jusques dans la Barriere. Nous
surriy.âmes à MlJchecoHJ
,
qui est
dans le Païs de Retz, avec toute
forte de sûreté. Mde de Brissac
se porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mdc
de Retz au contraire, mouroient
de peur du Maréchal de la Meilleraye
, qui enragé qu'il étoit de
mon évasion ,& encore plus de ce
qu'il avoir été abandonné de toute
la Noblesse,menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
forç. Leur frayeur alla jusqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire, que mon mal n'étoit
que délicatesse
,
qu'il n'y avoit
rien de démis, & que j'en
-
serois
- quitte pour une contusion. Le
Chirurgienaffidé de Mr de Retz
ledisoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'exposasse
pour une délicatesse, toute
ma Maison
, qui alloitêtre investie
au premier jour dans Machecoul.
J'éroiscependant dans mon lit oùjesentois des douleurs , incroyables
, & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
discoursm'impatienterentaupoint,
que je pris la résolution de quitter
tous ces sons-la
,
& deme
- jetter dans BeUe-JJU5 où jepourois
au moins me faire transporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que MrleMaréchal
de la Meillerayeavoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laissaipas delehazarder;je m'embarquai
au Port de la Roche
,
qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul
,
sur une Chaloupe
que Giselaye Capitainede Vaisseau
, bon-homme deMer, voulut
piloter lui-même. Le tems nous
obligea demoüiller, & d'êtredécouverts
par une Chaloupe qui
nous vint reconnoîtrela nuit. La
Giselayequisçavoit la Langue&
le Païs, s'en démefla fort bien,
Nous nous remîmes à la voileà
la pointe du jour, & nous découvrîmes
quelque tems aprés, une
Barque longue de Biscayens, qui
nous donnerent la chasse. Nous
iaprudes à la considération de M~
de Brissac,qui n'eut pas pris plaisir
d'être mené en Espagne
, parce
qu'il ne se sauvoit pas de Prison,
comme moi, & que l'on eut pû
par conséquent, lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longuefaisoitforcede vent sur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux, de nous jetter à terre, dansl'IsledeRhé. La Barque fit
quelque mine de nous y Cuivre;
elle borda assés long - tems à nôtre
vûë
,
après quoi elle reprit la Mer.
Nous nous remîmes la nuit, &
nous arrivâmes à Belle-Isle, à la
pointe du jour. Je souffris tout ce
que l'on peut souffrir dans ce tra-
~er, & j'û besoin de toute la force
de ma constitutions, pour deffendre
& sauver de la Gangrenne ,
une contusion aussi grande que
-
la mienne. & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du sel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle-Isle le même
<légoôt qu'à Machecoul ; mais,
je n'y trouvai pas dans le fond
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz, que
le Commandeur de Nenfchaise
qui étoit à la Rochelle, avoir ordre
au premier jour, de m'investir
dans Belle-Isle; l'on y apprit
que le Maréchal faisoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons 6c
véritables, mais il s'en falloit
bien qu'ils fussent si pressans qu'on
lescroyoit: Il falloit du tems pour
les rendre tels, &plus qu'il n'en
eut salu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul,
inspira del'indispositionàBellelUe
; &je commençai à m'enappercevoir,
en ce qu'on commença
à croireque jen'avois pas en
effet l'épauledémise, & que la
douleur que jerecevois de ma
comtusion
,
faisoit que je m'imaginois
quemon mal étoit plus
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne sauroit croire le chagrin
que l'on ade ces fortes de murmures,
quand l'on sent qu'ilssont
injustes : Ce qui est vrai, est que
cechagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'est pas longtems
sans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets
, ou de la
frayeur, ou de lalassitude. Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux, dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni
homme de , coeur, mais interessé
craignoit , que l'on ne lui rasât sa
maison
, & Mr de Brissac qui
croyoitavoir suffisamment réparé
laparesse
,
pltirô: que la foiblesse
qu'il avoit témoignéedans le cours
de ma Prison
,
étoit bienaise de
finir
, & de ne point exposer son
repos à une agitation, à laquelle
on nevoyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux ,
de les voir hors d'une affaire
,
à laquelle ils n'etoient engagez
que pourl'amour de moi.
La difference est, que je ne croyois
pas le péril si present , ni
pour eux ni pour moi, que je ne
pusse au moins,àmon sens,prendre
le tems, & de me faire traiter,
& de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable, pour naviguer.
Ils me voulurent persuader
de passer en Hollande sur un Vaisseau
de Hambourg, qui étoit à la
rade,&je ne crû pas que je dusse
confier ma personne à un Inconnu
quimeconnoissoit &qui pouvoit
me mener à Nantes, comme
en Hollande.Jeleurproposai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Biscaïe,qui étoit moüilléeà
nôtre vuë, à la pointe de
l'I~Ie,- & ils appréhenderent de
se criminaliser par ce coriirnerce
avec les Espagnols; tant fut pro- cédé, que jem'impatientai de toutes
les allarmesque l'on prenoit
Scqws-l'on vouloir prendre à tons
siometis, é^què' je-m'ehibaf^uai
suruneBarque 'cfePejcftehrs-, où
il n'yavoitque cinq Mariniers, de
Belle-Isle
, Jolj
,
deux Gentilshommes
à moi
,
dont run s'appeloit
Boisgurin& &dlé, -& un Vakt
- de Chambre que'mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines; cc qui nous
vint assés à propos , parce que nous
n'avions que fortpeud'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes.
Coste son beau - pere ,
n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir:
Mr de Brissac me prêta80 Piiloles
, &celui qui commandoit dans
Belle-Isle., 40.Nousquittâmes
nus habits, nous prîmes deméchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnison
, & nous nous
mîmes à la rame,à l'entrée de la
nuit, à dessein de prendre la route
deSaint Sebastien
,
dans le Quip-
uftoa. Ce n'est pas qu'elle ne
futassés longue pour unbâtiement ,
de cette nature; mais c'étoit le
lieu leplus procheoù je ponvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems, toute la nuit; ilcalma à la pointe du jour, mais
ce calme ne nous donna pas beaucoup
d-e joye ; parce que nôè%tre
Boussolle qui étoit unique, tomba
dans la Mer,parje nesçai quel
accident. Nos Mariniers qui
se trouverent fore étonnés & qui d'ailleurs étoient fort,
ignorans
, ne sçavoient où ils
croient,& ne prirent de route, que ceJle qu'un Vaisseau qui nous donna la chasse, nous força de
rcoiut,rqir.uI'lisl reconnurent àsongaba- étoitTurc&deSalé.Comme
il broüilla ses voiles sur lesoir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre,&que par consequent nous - n'en pouvionsêtreloing. De pe- titsoiséaux,qui venoient se per- cher sur notre Mât, nous le marquoient
d'aillieursassez. La question
étoit, quelle terre ce pouvoir
etJ»-, car nous craignions
autant celle deFrance, quecel.
ledes Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmestoutle lendemain
; & un Vaisseau dont nous
nous voulûmes aprocher, pour
nous en éclaircir, nous tira pour
toute réponse, trois voilées decanon.
Nous avions fort peu d'eaii
& nous aprehendions d'être charges
en cet endroit par un gros
tems ,
auquel il y avoir déja quelque
apparence. La nuit fut assez
douce:Nous aperçûmes àla pointeuu
jour,une chaloupeà la Mer,
&nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine, parce qu'elle
apprehendoitque nous ne fussions
Corsaires. Nous parlâmes Espagnol
& François, à trois hommes
qui étoient dedans,&ils n'entendoient
ni l'une,ni l'autre Langue.
L'un d'eux se mit à crier SanSebastian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient. Nous lui
montrâmesde l'argent, & nous
lui repondîmes- San Sebastian,
pour lui faire connaître que c'étoit-
là où nous voulions aller: Il
se mit dans nôtre Barque
, & il
nous y conduisit; ce qui lui fut fort
aisé, parce que nous n'enétions
pas bien loing. Nous ne fûmes pas
plutôt arrivez, que l'on nous demanda
nôtre Charte.CetteCharte „
est si nécessaire à la Mer, que
tout homme qui navige sans l'avoir,
est pendable sans autre forme
de procés. Le .PJtEPn de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas besoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits,que nous
avions
,
obligea les Gardes du
Port de nous dire, que nous avions
la mine d'être pendu, le lendemain;
mais nous leur répondîmes
quenous étions connus de Mr le
Baron de Vc.tevdlc qui étoit au
partage,&qui d'abord,jugea par
ces habits tpus déchirez, que
j'étois un Imposteur. ll'r.e le témoigna
pourtant pas àtout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie. Il
mefit un fort long compliment,
mais embarassé, & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poste où
il étoit, de voir souvent des trompeurs.
Ce qui commençaàl'assû-
Ler
rer ,
fut l'arrivée de Beduchesne
que j'avois dépêché de Beaupreau,
a Par ,
& que mes amis me
renvoyerent en diligence, aussitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebastien. ille trouva si bien
informé des nouvelles, qu'il eut
lieu de croire ,
qu'il n'étoit pas
un Courier supposé, & il l'en
trouva même beaucoup mieux instruit,
qu'il ne souhaitoit; car, ce
futlui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'£k
pagne dans les lignes d'Arras
& , cet avis que Mr de Vateville
fitpasser en diligence à Madrid,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchesne me l'apporta
avec une diligence incroyable,
sur une Frégate de Corsaire
Biscain
,
qu'il trouva à la pointe
de Belle-lsle,&qui fut ravie de
se charger de sa personne & de
son passage
,
sçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebastien.
Mes amis me l'envoyerent, pour m'exhorter à prendre le chemin
de Rome, plûtôt que celui de
Jlfeztiere
,
où ils appréhendoient
que je voulusse me jetter. Cet avis
étoit certainement Le plus sage,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement. Je le suivis sans
hésiter
,
quoique ce ne fut pas
sans peine. Je connoissoisassés la
Cour de Rome, pour sçavoir que
le poste d'un Réfugié&d'un Suppliant
n'y est pas agréable,&mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin,étoit plein
de mouvemens qui m'eussent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux, où j'eusse pû donner un
çhâmp plus libre à mon ressentiment.
Le conseil de mes amis
l'emportasurmesvues : Ils merepresenterentque
l'azile naturel
d'un Cardinal& d'un Evêque persecuté,
étoit leVatican ; Mais il y a
des rems dans lesquelsil n'est pas
malaisédeprévoir,que ce qui devroit
servir d'azile,peutfacillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choisis ; & quelque
évenement que ce choix ait ÛJ je
ne m'en suis jamais repenti, parce
qu'il eût pour principe, la déférence
que je rendis au conseil
de ceux à qui j'avoisobligation. Je
l'estimerois d'avantage, s'il avoit
étél'effet de ma moderation & du
désirde m'employer à mon rétablissement
par les voyes Ecclesiastiques.
Il ne tint pas auxEspagnols
que jene prisse un autre parti. Ausfirôt
que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz,
ce qu'il fit en huit ou dix heures,
& par les circonstances que je vous
ai marquées, & par un Secrétaire
Bourdelois qu'il avoit, qui m'avoit
vû àParis plusieurs fois; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage, & m'y
tint si couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à3lieuës deSaint Sebastien,eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès, que j'y étois arrivé,il
fut trompé lui-même le jour suivant,
au point d'en dépêcher lift
autre, pour s'en dédire. Je fus trois
femaities dans un lit sans pouvoir
me remettre, & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable, ne voulut pas entreprendre
de me traiter, parce qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule absolument
démise, & il me condamna
à être estropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boisguerin au
Roi d'Espagne
,
auquel j'écrivis,
pour le prier de me permettre de
passer par ses Etats pour aller à
Rome. Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro, audelà de
toutceque je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès lelendemain
; on lui donna une chaîne de
Soo. écus;on m'envoya une litiere
du Corps, & on me dépêcha en
diligence. Don ChristovaldeChassambonAllemand,
mais espagnolif!,
& Secretaire des Langues,
tres-consideré de Don Loiiis. Il
n'y a pointd'effort que ce secretaire
ne fit pour m'obligerd'aller à
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage Seroit au
service de Sa Majesté Catholique,
& par l'avantage que mes ennemis
eh prendraient contre moi. L'onne
comprenoit pas ces raisons , qui étoient pourtant, comme vous
voyez, assés bonnes: & comme,
je m'enétonnois, Vateville. qui
en presence du Secretaire , avoit
été de son avis, même avec vehemence
, me dit: Ce voyagecoûtevoit
50000. écus au Ra & peutêtre
à vous l'Archevêché, il neseroit
bon à rieii, ô, cependantilfaut
que je parle comme lut, ouje serois
brouillé à la Cour. Nous agissons
sur le pied de Philippe Il quf avoit
pour maxime, d'engagertoujours les
Étrangers pardesdémonflrationspu»
bliques. Cetteparoleestconsiderable,
& je l'ai moi-même appliquée plus
d'une fois en faisantrefléxionsur laconduiteduConseild'Espagne.il
m'aparuen plus d'une occasîon, qj'd
poêpcihneiâaturteantparl'attachement trop1 ,qu'ilaàsesmaximesgé~
r.érales,ejne l'on pêche en France
parlemépris que l'on fait cir d*sgénérales
&-desparti-culitres.
Quand D. Christoval vit, qu'il
ne pouvoit pas me persuader d'aller
à Madrid , il n'oublia rien
pour m'obliger a m'embarquer
sur une Fregate de Dmkfrquey
qui étoit à S. Sebastien > &
H me fit des offresimmenses en
cas que je voulusse aller en Flandres,
traiter avec M1le PRINCE,
me déclarer avec Mex,iere, Charleville,&
le Mont-Olimpe. Il
avoit raison de me proposer ce
party quiétoit en effet au service
du Roy son Maître. Vous avez
vu celle que j'ù de ne le pas acceprer.
Ce qui fut très honnête,
est que tous mes refus n'empechèrent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours,
dans lequel il y avoit 4000écus
en piéces de quatre. Je ne crû
pas les devoir recevoir, ne faisant
rien pour le service du Roy
Catholique; je m'enexeusai sur
ce titre avec tout le respect que
je devois : Et comme je n'avois,
pour moi, 8c pour les miens,
ni linge, ni habits,& que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines,furent presque consommez
,en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; jele
priai de me donner 400 pistoles,
dont je lui fis ma promesse , de
que je lui ai renduës depuis. Apres
que je me fus un peu rérabli, je
partis de Saint Sebnftiem & je pris
la route de velence pour m'embarquer
à Vinaros, où Don Christoval
me promit que Donluan d'-
Autriche
,
qui étoit à Barcelonne.
m'envoyeroit une Fregatte & une
Galere. le passai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne»
toute la Navarre, fous le nom de
Marquis de S. Florent, & sousla
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui disoit que j'estois un
Gentil-homme de Bourgogne, qui
-
alloit servir le Roy dansleMilanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,
Ville assez considerable au det& ,1
de Pampelune, je trouvai le Peuple
assezcmû.Onyfaisoit lanuit
des feux & des Corps de Gardes. - Les Laboureurs desenvirons s'étoient
soulevez; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chasse, ils étoient
entré dans la Ville, & ils
y avoient fait beaucoup de violence
& mêmepilléquelques mai- "!
fons. Un Corps de gardes qui fut
posé à dix heures du foir devant
l'Hôtellerie où je logeois, commença
àme donnerquelquessoupçons
que l'on en ût pris de moi: Mais une Litière du Roy, les avec Muletiers de sa livrée,me rassuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épéeson longue & une
gr.-indcRo;,i,at,he,à la main:il me dit
qu'ilétoit le fils du Logis,&qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû, qu'il croyoit que j'étoisunFrançois venu expr ès,
pour fomenter la revolre des La "*
boureurs: Que l'Alcade,ne Iç'-
voir lui-meme ce qui en étoit,
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte, pour
m'égorger, &que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis,commençoit
àmurmurer & à s'échauffer.
Je priai D. Martin de leur faire
voir sans affectation, la litiere du
Roy, de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en conversation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de Mr de Vateville- Il entra
justement dans ma chambre dans
ce moment, pour me dire que c'étoient
des Endemoniados,qui n'enrendoient,
ni rime,ni raison,&qu'ils
l'avoient lui-même menacé de le
massacrer. Nous passâmes ainsi
toute la nuit, ayant pour serenade
une multitude de voix confuses ,
qui chantoient, ou plutôt qui hurloient
deschansons contre les François.
Je crû le lendemainau matin
, qu'il étoit à propos de faire
voir à ces gens - là, par nôtre
assurance
, que nous ne nous
tenions pas pour François. Je voulu
sortir pour aller à la Mené;it trouvai sur le pasdela porte, tine
sentinellequi me fit rentrer assèz
promprement, en me mettant le bout
du Mousquet dans la tête,
& enme disant qu'elle avoir ordre
de l'Alcade de me comman- jt
derde la part du Roy,de me tenir
dans mon Logis. J'envoyai D.?
Martin à l'Alcade, pour lui dire
qui j'étois, & D. Pedroyalla
": avec lui. Il me vint trouver en
même tems , ilquittasa Baguette à y?
la Porte de ma Chambre,il mit un ':
genoüil en terre en m'adorant, il ;
baisa le bas de mon juge-au-Corps,
mais ilme déclara qu'il ne pouvoit
me laisser sortir,qu'il n'en ûtordreduViceroy
de Navarre , qui
étoit à Pampelune. D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville
,
&
il revint avec beaucoupd'exeuses.
On me donna 50 Mousquetaires
d'escorce, montés sur des ânes,
qui m'accompagnerent jurqut
Cortés.Jecontinuai mon chemin
pal'Arragon, & passai par Sarragoce
Capitale de ce Royaume ,
belle 8< grande Ville. Je fus surpris
au dernier point ,
d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les ruës. Il y en a en
effet une infinité, & particulièrementd'Artisans
qui sont, plus asfectionnez
à l'Espagne, que les
Naturels du Pais. Le Duc de
JHonteleenNapolitain, de laMaison
de Pignatelli, Viceroy d'Arragon,
envoya 3Ott 4 lieuës au
devant de moi un Gentil-homme,
pour me dire
,
qu'il y fut venu
lui-même avec toure la Noblesse
,
si le Roi son Maître,ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre con- traire, qu'il sçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête,comme vous voyez ,fut
accompagné de mille&mille galenteries,&
de tousles rafraichissemens
imaginables que je trouvai
à Sarragosse.Permettez-moi,s'il
vous plaitdem'yarrêter, pour vous
rendre compte de quelques circonsrtianecues,
sqeuism.'y parurent fifîés en- 1y asés cm..
Ontrouve,avant d'entrer dans
la Ville de ce côté-là
,
l'Alcaçar,
des anciens Rois Maures, qui est
présentement à l'Inquisition. Il y
a auprès , une Allée d'arbres, 1
dans laquelle je vis un Prêtre qui
se promenoir. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit. le Curé d'Huesca Ville
trés - ancienne en Arragon ,
1
& que ce Curé faisoit la quarantaine,
pour avoir enterré depuis
trois semaines
,
son dernier Paroissien
,
qui étoit effectivement 1
le dernier de nooo personnes
moires de la Peste, dans sa Paroisse.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragosse
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent: Mais,
il ne fit pas reflexion que Nnefira
senoradelpilar,quiestundes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Espagne
, ne se pouvoir pas voir
fous ce titre. L'on ne montre jamaisàdécouvert
cette mage.
miraculeuse
i
miraculeuse
, qu'aux Souverains
&aux Cardinaux, le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre;de forte que quand l'on
me vit dans le Balustre avec un
Juste-au-Corps de Velours noir&
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville,
au son de la Cloche, qui ne sonne
que pour cette cérémonie
, crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoir, je crois, plus de ic,»
carosses de Dames, qui me firent
cent & cent galanteries ,auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Espagnol.
Cette Eglise est belle en elle
même, lesrichesses &les ornemens
en font immenses
, & le
Thrésor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui servoit à
allumer les Lampes qui sont en
nombre prodigieux, &: l'on
me dit que l'on l'avoit vû sept ans
à laporte decette Eglise, avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'assùrerent que toute
la Ville l'avoit vû, comme eux.,
&que (î je voulois encor attendre
deux jours, je parlerois à plus
de 1000 hommes de dehors qui
l'avaient vucomme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert sa jambe
à ce qu'il disoit,en se frottant
de l'huile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa.
ble, & il est vray encore qu'à une
journée de Sarragoce, je trouvai
les grands chemins couverts de
gens, de toutes fortes de qua lirez
qui y accouroient.J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui se peut dire non p~s
feulement le païs le plus siin9
maisencorleplus beau Jardin du
monde. Les Grexades, les Orangers
, les Citroniers y sont les palissades
des grands chemins. Les
plus belles & les plusclaires Eaux
dumonde leurservent de canaux. ToutelaCampagne qui est émaillée
d'un million de fleursdifferentesquiflatem
la vuey exhale
un million d'odeurs différentes qui
charment l'odorat. J'arrivai ainsi.
à Vinaros où D. FernandCarillo
Général des Galeres de Naples,
me joignit le lendemain, avec la
Patronne de cette Escouade
,
belle
&excellenté Galere,&renforcéede
la meilleure partie dela
Chiourme, & de la Soldatesque
de la Capitane, que l'on avoit
presque désarméepour cet effets
Don Fernand merenditune let-
-
tre de D. Juand'Autriche,aussi
belle & galante que j'en aye jamais
vû:Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'uneFregate de
Dunkerque qui etoita la même
plage,&qui étoit montée de 56
pièces de canon.Celle-ciétoit plus
flue pour passer dans une faison
aussiavancée,car nous étions dans
le mois d'Octobre. Je choisis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux.D.ChristovaldeCardonne,
Chevalier de S. Jacques,
Diij
arriva à Vinaros un quart d'heure
après D.Fernand CarHIa, &il
me dir que Monsieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoir
envoyé pour m'offrirrout ce
qui dépendoit de lui:Qu'il sçavoit
que j'avois refusé ce que le Roy
Catholiquem'avoit offertàSaint
Sebastien ; qu'il n'osoitparcette
raison
, me presser de recevoir ce
qu'un Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il sçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent; que j'étois fort liberal
,
& que je ne serois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme, il esperoit: que jene
refuserois pas quelques petits rafraichissemens
pour elle. Ces rafraichissemens
consistoient en six
grandes pièces pleines de toute
forte de confitures, de plusieurs
douzaines de pairs de gans d'Espagne
exquis & d'une bourse de
senteur» dans laquelle il y avoit
2000 pièces d'orfabriquées de
Floride, quirevenoient à zooo»
200, ou 300 Piltoles. Je reçu
le present sans en faire aucune
difficulté, en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de servir sa Majesté Catholique
je croyois que je manquerois à mon devoir en toutes manieres,
sije renvois les grandes sommes
qu'elle avoit eûê la bonté de me
faire apporter à S. Sebastien &
offrir à Vinaros -, mais que je croirois
aussi manquer au refpeéèquc:
je devois à un aullï grand Monarque
,
si je n'acceptois le second
dont il m'honoroit. le le reçu
donc, mais je donnai, avant de
m'embarquerlesconnturesauCapitaine
de la Galere, les gands à
D. Fernand, & l'or à D. Pedro,
pour Mr le Baron de Vateville;
en lui écrivant que comme il m'avoit
ditplusieurs fois qu'il étoitassezembarasséacause
de l'extreme
dépense qui étoit necc(T.i:e pour
achever l'AdmiraidesIndes d'Occidentqu'il
faisoit construire à S.
Sebastien
, je lui envoyois un pettietceg,
rca'icnfptaouirrusoiulager son mal de
qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vais-
(eau lui donnoir. Ma manière d'agir
en ce rencontrefut un peuoutrée.
l'eûraison de donner le rafraichissement
de Victuailles au
Capitaine;il étoit indiffèrent de
retenir les gands d'Espagneou de
les donner à D. Fernand.. il eùt
été de labonne conduite de retenir
les2000, &tant de PiMet.
Les Espagnols neme l'ont jamais
pardonné :Ils ont toujours attribué
à mon aversion, ce qui n'étoit
en moi ,
dans la vérité» qu'-
une suite de lap osession que j'a-
- vois toujours faire de neprendrede
l'argent de personne. le m'embarquai
a la seconde gardede la nuit
avec un gros tems, mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en ,
poupe. Nous faisions trois mille
par heure&nous arrivâmesle lendemain
à Matorque Comme il
y avoit de la peste en Atragon,
tout ce qui venoit dela Côte
d'Espagne étoit fu%eéfc à Maïorque
:Il y eut beaucoup d'allée &
de venuepour nous faire donner
pratique,àlaquelle le Magistrat
delaVille s'oposoitavec vigueur.
Le Viceroi qui n'est pas à beaucoup
préssi absolu dans cette Isle,
que dans lesautres Royaumes d'-
Espagne-, &,qui avoit eu ordre
du Roy son Maître,de me faire
toutes les honnesterez possibles,fit
tant par ses instances, que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville, à condition
den'ypoint coucher.Celavous
paraît sans doute assez extravagant
,parce que l'on porte le mauvaisairdans
une Ville, quoiqu'on
n'y couche pas.Je le dis l'aprésdîné
à un Cavalier Majorquin
,
qui me
répondit ces propres paroles, que
je remarquai, parce qu'elles peuvent
s'appliquer a mille rencontres
que l'on fait dans la vie.
NONS ne craignonspas que vous nous *
apportiez, du mauvais air, parceque
nousIfavons bien que vous n'-
euespaspasse àHuesca
,
mais comme
vous vous en esses aproche, nous
sommes bienaise de faire en votre
personne un exemplequi ne vousincommode
point&qui nous accomode
pour les suites. Cela en Espagnol,
est plus substantiel,demême plus
galant qu'en François. LeViceroy
qui est un Commandeur Arragonois,
donc j'ai oublié le nom, me
vint prendre avec 100ou200 carosses
pleins de Noblesse
,
& la
mieux faite qui soit en Espagne. Ilme mena à la Mené à la Cathédrale
,
où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité, plus belles l'une que
,
l'autre,&ce quiest de merveilleux
,
c'est qu'il n'yen a point de
laides dans toute l'Isle; au moins,
elles y sont très-rares: Ce sont
pour le moins, des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis & - de Roses.Lesfemmes du baspeufpolentque
l'on voit dans les rues,
de cette espéce. Elles ont
commeune Coëssure particulière,
qui est fort jolie. Le Viceroy me
donna un dînermagnifique
,
dans
une superbe Tente de Brocard
d'or, qu'il avoir fait élever sur le
bord de laMer. Il me mena aprés , entendre une Munque dans un
Couvent de Filles, qui ne cédoient
pasen beauté aux Dames
de la Ville:Elles chanterent à la
Grille, à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
&plus passionnées
, que ne
sont les Chansons de Lambrt.
Nous allâmes nous promener sur
le soir, auxenvironsdelaVille,
qui font les plus beaux du monde.
&tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous re- vinfmes chez le Viceroy
,
la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon & qui étoit assise fous
un grand Dais, toute brillante
de Pierreries, donnoit un mer- veilleux lustre à 60 Dames qui
croient auprés d'elle,&quiavoichrété
choisies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
,dans la Galere, au bruit de
toute l'Artillerie des Battions, &:
d'une infinité de Haut-Bois de
Trompettes. J'employai à ce divertissement,
les trois jours que
le mauvais tems m'obligea de
passer à Majorque. J'en partis le 4.j
avec un vent frais,& en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures
,
& j'entrai fort hûreusement
avant la nuit au Port Afahati,
qui est le plus beau de la Méditerranée.
Son embouchure est fort
étroite , &je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y Plliffent passer
en voguant. Il s'élargit tour d'un
coup , & fait un Bassin oblong, qui
a une grande demie-lieuë de large,
CT une bonne lieuë de long. Ulle
grande Montagne qui l'environne
de tout coté,fait un Théatre, qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte ,
&
par les ruisseaux qu'elle jette avec
une abondance prodigieuse
, ouvre
mille & milleScénes,qui sontsans
exagération ,
plus surprénantes,
que celles de l'Opéra. Cette même
Montagne, ces mêmes Rochers
couvrent le Port detous lesvents;
& tbwsles plus grandes tempêtes
il est aussicalme, qu'un Bassin de
Fontaine, & aussi uni qu'une glace.
Il est partout d'une égale prosondeur
, & les Galions desIndesy
¡
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection
1 ce Port est dans l'lui L'Iste deMinorque , donneencoreplusdechair&tontesfortes
deVictuaillesnécessaires a
la Navigation, que celle de Majorque
neproduit deGrenades,d'Oranges&
deLimons. Le tems grossit extrémement,
après que nous sûmes
entrez dans le Port, au point
que nous fumes obligezd'y derCmaeruirlelro,
quatre jours.D. Fernand qui étoit Homme de
1 Qualité ,âgé seulement de 24
ans, forthonnête &: civil, cherchael
me donner tout le divertissement
que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chasse y étoit
la plus belle du monde
, en toute
forte de Gibier, & la Pesche en
Poissons. En voici une maniéré
particulière, ce mesemble,ace Port.
Ilprit centTurcs de la Chiourme,
illes mit de rang,illeur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieuse
grosseur,ilsitplonger 4 de ses EscLtves
, qui attachèrent ce cable à
une fortgrosse pierre; ilsla tirerentaprès
,
à force de bras, avec
leurs Compagnons, au bord de
l'eam; ils n'y réfffirent qu'après des
efforts incroyables: Ils n'eurent
gueres moins de peine à casser cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvirent
dedans,septou huitécailles,
moindres que les Huitres en grandeur
,
mais d'un goût,sans comparaisonplus
relevé. On lesfait cuire
dans leur eau, c-; le manger en
est délicieux. Le rems s'érant adouci
, nous sîmes voile pour passer
le Golfe
, qui commence en -
cer
cet endroit. Il a cent lieuës de
long& quarante de large, & il est
extrêmement dangereux, tant à
cause des Montagnes de fable,
que l'on prétend qu'il élève & qu'il
roule quelquefois, que parce qu'il
n'y a point de Port sous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
cote, n'est pas abordable;celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre
est trés-mauvaise , : Enfin le trajet
n'en estpointagréable pour les Galeres
,pour peu que la saisonfoit avancée
,
& elle l'etoit beaucoup
parce que nous étionsfortproche de
laToussaient où ilfait ordinairement
à la Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo
, qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturier m'avoüat
qu'une médiocre Fregate eut été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere. Il se trouva
par l'événement
, que la
moindre Felouqueeût été aussi
bonne que la meilleureFrégate.
Nous passames le Golfe en ja
heures, par le plus beau tems
du monde, avec unventqui ne
laissoit pas de nous servir "- ne
nous obligeoit presque pasà met- tre sur le Bourcet de la chambre -
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre Nous entrâmesainsi
dans le Canal qui est
entre laCorfe U- la S.rdaig.e.D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuagequi lui faisoit appréhender
changement de tems,me proposa
de donner fond à Porto Co~/,
qui est un Port des-habité dans la
Sardaigne, ce que j'agreai. Son
apprehension s'étantévanoüie
avec les nuages, il changad'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pourmoi, car M. de Gutfe qui
alloit a Naples avec l'armée Navale
de France, étoit mouillé à Porto Condé avec six Galeres.
D. Fernand Carillo qui le[ÇÛl
deux jours après, me dit qu'ilse
fut moqué de ces six Galeres;
parce que la fieruie quiavoir 450
hommes de Chiourme, se sut aisement
tirée d'affaire mais, c'eût
toûjours été une affaire,dont un
homme qui se sauve de Prison,
se passe encore plus facillement
qu'un autre La Forteresse de S.
Boniface qui est en Corse & aux
Génois, tira 40 coups de Canon
en nous voyant, &comme nous
en passion trop loin, pour en
être salué
, nous jugeâmes
qu'elle nous saisoit quelque signal,
& il étoit vrai; car, elle
nous avertissoit qu'il yavoir des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne leprîmes pas ainsi,&nous crûmes
qu'elle nous vouloir faire
connoistre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
forcir du Canal, étoit Turquoise,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaisie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit,
si je le lui permettois,le
1- plaisir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure, il commanda
que l'on donna chasse àla
Fregatequi paroissoit effective
meni faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate,ne remarqua
pas un Banc de sable, quine
paroissoit pas à la vérité au
dessus del'eau, mais qui est si
connuqu'il estmême marqué dans
les cartes. La Galere toucha:
Comme il n'y a rien de si dangereux
à lamer,tout le mondes'écria
misericorde. Toute la Chiourmese
leva pouressayer de la déferrer
& de se jetter à la nage. D.
Fernand Carilloquijoüoit au Piquet
avec Jolydansla Chambre
de Poupe, me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui, en
me criant que je la tirasse, & il
rira la sienne pour aller sur le
Coursier charger à coups deftramaçons,
tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatesquefirent la même
chose, parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme, où il y avoit
beaucoup de Turcs, ne relevassent
la Galere,c'est-à dire,ne s'en
rendissent les Maîtres, comme il
est arrivé quelquefois en de ferablables
occasions. Qand tout le
monde se fut remis à sa place,ilme
dit,de l'air du monde le plus froid
&le plus assuré.rt/ ordre de S.Mde
vous mettre en sûreté, ilyfaut
pourvoir. Je verrai après cela,si la
Galere est blessee. En proferant cette
derniere parole,il me fit prendre
à force de corps par quatre Esclaves
, & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
MousquetairesEspagnols
,
ausquels
il commanda de me menersur
un petit écüeilquiparoissoit à 50
pas delà, & où il n'y avoit place
que peur quatre ou cinq personnes.
Les Mousquetaires étoient dans
l'eau jusqu'à la ceinture ,
& ils me
firent pitié; quand je vis, que la
Galere n'étoit pas blessée, je lesy
voulurenvoyer;mais ils me dirent
que si les Corsaires qui etoientsur
le rivage,me voyoientsans uneabonne
escorte , ilsnemanqueroientpas
de me venir piller & égorger, ces
Barbares s'imaginans <^ue tout ce
qui fait naufrage est a eux. La
Galere ne se trouva pas blessée,
ce qui fut une maniere de prodige.
On ne laissa pas d'êtreplus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai sur la Galere. Comme
nous sortions du Canal, nous apperçûmes
encore la Frégate, qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus, avoit pris sa route. Nous
lui
donnâmeslachasse
; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures. Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Tur..
quoise, mais entre les mains des
Genois, qui l'avoient prise sur le
Turc, & qui l'avoient armée. Je
fus,pour vous dire vrai, trés aise
que l'avanture se fut terminée
ainsi :Cette guerre ne me plaisoit
pas;ellen'étoit pas grande
, mais
une égratignure qui m'eut pu arriver
,
l'eut renduë ridicule. D.
FernandCarillo, quiétojtunjeune
hommetort brave, me la proposa
, & je n'û pas la force de
l'en refuser, quoiqze je visse bien
que c'étoit une imprudence. Le
rems se chargeantun|peu, on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Yècchio. Ccft un Port deshabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois, d'un Fort qui en
est assés proche,vint nous avertir
de la part de son Capitaine,
que MrdeGuise étoit avecfix Galeres
de France à Porto Condé,
qu'aparemment il nous avoit vû.
* passer, & qu'il pourroit venir nous
surprendre. La même nuit, sur le
foir
, nous résolûmes de nous
remettre à la Mer, quoique le
tems commençât à être fort gros,
& qu'il y ût même quelque péril
de sortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à sabouche un écueil
de Rochers,qui jette un Courant
assés facheux. La bourasque augmenta
avec la Lune, & nous
ûmes une des plus grandes tempêtes
qui se soit peut-être jamais
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
sur la nôtre, & qui naviguoit
depuis cinquante ans, disoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil. ,-
Tout le monde étoit en prieres gj- .¡:-
tout le monde se confessoit : Il«H
n'y ût que D. Fernand Carillo,qui
communion tous lesjours
,
quand tlî
étoit à Terre, cff qui étoit d'une
Tiété Angélique : lln) ût quei lui,dis-je, qui ne se jetta pAS aux
pieds des Prestres avec empresse- -
ment. Il laissoit faire les autres, x
mais, il ne fit rien en son particculier,
C'r il me dit à l'oreille:
Je crains bien que toutes ces Confessions
, que laseule peur produit,
ne vatllent rien. Il demeura toujourstranquile,
donnant les ordres
avec une froideur admirable, &
en donnant du courage, mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples, qui faisoient
paroîtreunpeu d'étonnement. Je
me souviens toujours qu'il les appella
Senres soldados de Carlo
Qmnto. Le Capitaine particulier
-
de la Galere,qui s'appeloit Villanova
,
se fit apporter au plus
fort du danger, ses manches en
broderie & son écharpe rouge,
en disant, qu'un véritable Espa,.
gnol devoit mourir avec la marque
de son Roy. Il se mit dants
un grand Fauteüil
, & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain,
qui ne pouvant tenir sur le Coursier
, marchoit à quatre pattes,
en criant. Senr D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion
, & le
Capitaine en le frapant
,
lui dit
Osenemigo de Dios pi deConfeçion:
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne, il me répondit, que ce Vieillard scandalisoit
toute la Galere. Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez aussi imaginer le ridicule.
Un Observantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre;que
Saint François lui étoit appttnt,
&l'avoit assuréque nous -ne ftri
rillns pas. ce ne feroit jamais fait
si j'entrepreneis de vous décrir
-
les frayeurs & les impertinences
que l'on voir en ces rencontres:
Le grand péril ne
-
dura que fepli
hctires; nous nous mîmesensuit
unpeu à couvert fous la Pi{lJJJ¿lIfl;=
le tems s'adoucit, & nous gagnâmesPortolongone.
Nous y passâmes
la Toussaint & la Fête des
Morts, parce que le vent nous
étoit contraire pour sortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol m'y fit
toutes les honnêtetésimaginables;
&comme il vit que le mauvais
tems continuoit, il me con- seilla d'aller voir Portoferrare,
qui est dans l'Isled'Elbe,
aussi bien que Porto Longone.Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre, & j'y allai à chevaL Je
vous ai tantôtdit, qu'il n'y a rien
de si agréable dans le Théatre de
l'Opera, que la Scene du Port
Mahon, & je puis présentement
vous direavec autant de vérité,
qu'il n'y a rien de si pompeux
dans les représentations les plus
magnifiques que vous en avet.
"es.que tout ce qui paroît de cette
Place. Il faudroit etie Homme
de Guerre pour vous la décrire,
Je mecontenterai de vous dire,
que sa forcepasse sa magnificence:
Elle est l'unique imprenable qui
soit au monde;& le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. il
[
l'alla visiter, aprés qu'il ût prit
PortoLongone, dans le tems de
: la Régence; & comme il avoit
beaucoup de zéle pourle Service
de son Maître,il dit au Commandeur
Griffory qui doit y comman- pour le grand Duc, que la
Fortification étoit bonne, mais que
si le Roy son Maître lui commandoit
de l'attaquer, il lui en ren- droit bon compte dans six Semaines.
Le Commandeur Griffory
lui répondit, qu'il prenoit un trop long tems, & que le Grand Duc
étoit si fort Serviteur du Roy,
qu'il ne faudroit qu'un moment.
Le Maréchal th honte de sonemportement,
ou plutôt de son iiv
civilité,& il la répara en disant
vous êtes un galant Homme Mr
le Commandeur, &jesuis unsot,
je confesse que vôtre Place
est imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes, &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore, quand j'y
passai. Le vent nous ayant permis
de sortir de Porto Longone,
nous prîmes terre à Fiombino
,
qui est sur la Côte de Toscane.
Jequittai dans ce lieu, la Galere,
aprésavoir donné aux Officiers,
aux Soldats & à la Chiourme,
tout ce qui me restoit d'argent,
sans excepter la Chaîned'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boijgtterin. Je la lui achetai, &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovisio,qui est prince de Piombin.
Je ne réservai que neufPistoles,
que je crû suffisantes pour me
mener jusqu'à Florence. Je fuis
obligé
obligé de dire que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceuxqui étoient
c - sur cette Galere. Leur discretion à mon égard,n'a peut-être jamais
eu de - pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes, dont il n'yen
avoit - pas un qui ne me connut. Il n'yen ût jamais un seul
, qui
en donnat aucune démonstration.
Leur reconnoissance fut égale à
leur discretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
lestouchatellement,qu'ils pleurerent
tous, quand je les quittai,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu, où je
recouvrai ma liberté, laquelle
jusques là, avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures.
Ce Morceau,par lequelfinissent
les Mémoires du Cardinalde Retz,
estsi beau, que j'ai cru vous faire
plaisir de le transcrire toutau long.
Jesuis avec toute l'estimepossible
Monsieur, &c.
Fermer
641
p. 85-92
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Les Turcs s'étans tenus tranquiles jusqu'au troisiéme de May, formerent [...]
Mots clefs :
Turcs, Escadre, Navigation, vaisseaux impériaux, Attaque, Feu, Canon, Chrétiens, Ottomans, Provisions, Armée hongroise, Artillerie, Prince, Camp, Audience, Investiture, Conseillers, Cérémonies, Envoyé , Impératrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
JOURNAL DE HONGRIE.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
Les Turcs s'étans tenus
tranquiles
-
juiqu'au troisiéme
de May, formèrent la résolution
d'attaquer l'Escadre Impériale,
qui s'était postée près de Salanckemen;
afin de s'assûrer la Navigation
du Danube& du Tiscisque.
LesInfidels ayans à
bord 4000 Soldats, soutenus par
2500chevaux, vinrent fondre
avec un grand nombre de Fregates
Saïques &- autres Bâtimens
armés, sur les VaisseauxImpériaux
,
commandéspar le sieur
Schvvendiman pour le déloger.
Le feu de part & d'autre fût terrible,
depuis midi jusqu'à une heure
que l'actiondura; après quoi,
les Turcs ne pouvans plus soûtenir
l'effet du gros Canon des
Chrétiens, ils furent contrains de
se retirer'à force de rames:Leur
Cavalerieétanteffrayée & fort
maltraitée par les canonades à cartouches
, prit hônteusement
fuite : Onze de leurs
nâtime4
furent coulés a fond, ceux qui
les montoient ayant été tous
tuezm
ou noyez; entr'autres le Baifc
.qui les commandoit
,
& plusieurs
autres Officiers.Cequ'il y a d
-plus étonnant
,
c'est que fllivA_B
les Relations que l'on a reçues de
-cette Aétion, elles ne font perdre
qu'un homme ou deux, aux
Impériaux.
Le 13. les Ottomans s'avancerent
de nouveau,avec de-5
forces plus nombrenfes,tant par
-Eau que parTerre ,
itifqti'àCzervenca,
ils avoieni mêmeconduit
quelques pièces de gros Canon ,
pour tâcher d'intercepter un Con-
;voy considérable de provisions,e[-
corté par TEfcadre Impériale. Le
General PrinceAlexandre deVvirtembergaverti
de leur dessein,
marcha avec trois Régimens de
Dragons ,
douze Bataillons ç¿;
auant: de Compagnies de Grénadiers
dc.Fmackjtïs Carlovvit%>
peur s'y opposer; mais, il apprit
a Ton arrivée, que les Turcs informés
de ion approche
,
s'écoient
retirés précipitement
, que le
Convoi étoit entré dan? le Tibifque
, & qu'il étoit hureufement,
arrivé au Magazin de Befcevecï^
Le quarorze. Le Prhice Eugène' Generàliflime-dçsArmées de
Hongrie, partit de Vienne à noisheures
du matin, pour assembler
l'Armée Chrétienne. Il arriva par
eau le 16. à Bude, fous- une uiplc
déchaiTge'de Canon: il en partit le
même jour, Ôcfcrendit le 2.1. au
Camp de Futach. Le 11. il fit la
fevue d'une partie de l'Armée,
qui continue
de
se renforcer par
les troupes qui arrivent successivement.
Le26. M. le Prince
Eugene se rendit au Camp du General
Mercy, pour s'aboucheravec
lui,sur les opérations prochaines:
Ce Prince revint le lendemain à
son Camp; 011 il n'attendoit que
l'arrivée de Ton Artillerie, pour se
-
mettreen mouvement, & profiter
dutemsoù les Turcs nesontpoint.,
renforcez.
- Le 16. le Prince Louis de Pons
& le Chevalier de Lorraine son
frere
,
ûrent une audience favorable
de S. M. I. Ils en parriientle^
z6. pour l'Armée de Hongrie. M.
le Prince de Dombes étant arrive
le 17.à Vienne,avec une nombreu.
se fuite ,fut admisle19. à l'Aud'-
ence.de l'Empereur qui le reçue trèsgracieusément, & felon son
rang: Ce jeune Prince & M. le
Duc d'Aremberg s'embarquerenc
lez3. pour Ce rendre au Camp dcfutach.
Le ig.l'iiivefliture de l'Eleâorat
:;.e Baviere & des autres Etats de
i"E!cdeur de ce nom,se fit à Vienre,
avecbeaucoup de solennité. Le
Comte Maximilien François de-
SnichingConfeilIerd*Et:ar&:Chambellant
cle l'Eleéteur deBaviere ;
& le Bu'on François Annibal de
Mcennan
,
aussi Conseillerdumême
Pi'ince&:ses Envoyez Plenipotentiaires
,
se rendirent lemême
,jour19. dans deux magnifiques carôsses
à six chevaux,fuivis de plu-
-
ifeurs autres à deux
,
-& précédés
d'un grand nombre de Valets de
pied, (VHeyduq\'lcs-& de Pages
vctlis-de belle's& riches Livrées,all
Palais Imperial) où ils reçûrenc
avec lesCérémoniesaccdàcumées,
de Sa Majellé Impériale
, au
nom
dirse-reniflime Prince 8c Seigneur,
leSeigneur MaximilienEmanuel*
Duc de la HaureSe Basle Baviere;
comme aussi du Haut Palatinat,
Comte Palatin dur Rhin,Grand
Echanson dirSalnt Empire, Electeur
, Landgrave- de Leichtenberg
&c. l'Investiture Imperiale dudir
Elettora(&'Païs
, Regales &Dignitez
,
où le premier EnvoyéPlenipatenriïiire
fit la Haranguede la.
demande",à laquelle répondit le,
Comte Frédéric CharlesSchonborn
Bucheim Conseiller d'Etat dé'
Sadite Majesté & Vice-Chancelier
d'e l'Empire; le fécondfit la Haranguecle
Remerciement. Cettefonction
a été des plus.magnirf--
ques, &le Concours de la Noblesse
& des Ministres Etrangersétoiti
si grand,qu'à peine pouvoit-on entrer
au Palais.
Le zi, le Prince Elcétoral de
Bavière & le Prince Ferdinand:
son troisiéme frere
,
qui étoïent
partis le 15 de Munick,arriverentà.
Vienne par eau avec 50 Barques
& prirent incognito leur logement
chez les Envoyés Plenipotentiaires
du Serenissime Eleaeur leur
pere. Ces Princes ayantnotifié.
leur arrivée aux trois Cours Impériales;
l'Empereur les envoya
complimenter par le jeune Comte
de Paar Chambellan de Service.
Le lendemain, les carofles de
l'Empereur (avis de beaucoup
d'autres, vin"e.Ir prendre le Prince
lectoral précédé de ses Pages
& Valets de pied, vêtus d'une
fnperbe livrée: Il fut conduit avec
tous les Honneurs que l'on
peut rendre auxTêtes Couronces,
dans le Cabinet de l'Empereur qui
vint audevant de lui à la porttô
f,lereçut avecdes i:me &: d'afte&ionjefmitaarsqsueeosird,'&estlei- reconduiïitjusqu'aumême endroit:
Il visita ensuite l'Imperatrice re..
gnante,l'ImperatriceMere,l'ImpératriceDoiiairiaireAmelie
les Serenillîmes
Archi-Duchesses Jofephines
& enfin les Leopoldines. Ces
deux Princes ont été traités (plen-
-
didement pendant leur séjour à
Vienne,aux dépens de lacour,aveç
toute leur fuite, ils prirent le 27.
congé de l'Empereur. Le Prince
Electoral soupa avec l'Impératrice
Amelie & les Arciii-Ducneflfes Tes
Filles. Le 18 ils s'embarquerent
r dans leur Yacht peint &ornéde
Banderoles aux Armes de Bavière,
pour aller faire la Campagne fous
les ordres du Prince Eugene-
Le 22. S. A. R Don Emanuël
Infant de Portugal, ayant pris
congé de l'Empereur, des Impératrices
Doiïairiere;» &desArchi-
Duchesses
,
s'embarqua pour la
Hongrie
[ Le 30. Mgr le Comte de Charo^
lois arriva à Vienne, aprèsavofr
reçu de S. M. I. tous les honneurs
dui à sa Naissance
; il en'
partÍt le premier Juin avec M. le
Comre de Bonneval. Dans les
différentes Audiances que l'Empereur
a données à tous ces Princes,
il leurs a dit en fiïbftance. Messieurs
, nous avons l'Ennemi de
la Chrétienté à combatre,qui a une
Arméeformidable &fort fùperieuse
à celle de l'Empire; mais le
Dieu des Armées combatra pour
nous; vous trouverez- une
bonne - volonté dans mes Troupes
: J'ay ordonné au Prince Eugene
d'avoir foin devous. L'Empereur
leur donna enfuitc sa main à
baiser,aprés leur avoir souhaité un
hureuxvoyage. Le Prince Corr
fiantin fils du Roy de Pologne,[ervira
aussi conrre les Infidels, fous
le nom du Comte Jockieu
: On
compte qu'il y aura 400 Volontaires',
tant Princes que Grands
Seigneurs,& plus de 800 Anciens
Officiers de différentes Nations
aussi volontaires.
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642
p. 95-100
DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
Début :
Contre l'Empereur. Cavalerie. Janissaires ..... Tartares .... 30000 Valaches .... 3000 [...]
Mots clefs :
Compte, Soldats, Cavalerie, Infanterie, Troupes ottomanes
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texteReconnaissance textuelle : DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
DENOMBREMENT
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
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643
p. 214-215
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp, on l'a déjà envoyée [...]
Mots clefs :
Artillerie, Armée, Dragons, Régiment, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DUJOURNAL
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
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644
p. 51-65
JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
Début :
Sa Majesté Imperiale, aprés les succez de la Compagne passée, [...]
Mots clefs :
Comte, Armée, Prince, Camp, Régiment, Cavalerie, Vaisseaux, Ennemis, Guerre, Grenadiers, Artillerie, Danube, Commandement, Bataille, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
JOURNAL DE HONGRIE ,
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
Fermer
645
p. 65-69
ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
Début :
Cuirassiers. Noms des Regimens. Carafta 1000. Newbourg 950. Hanover 1000. [...]
Mots clefs :
Régiments, Armée, Comptes, Dragons, Cuirassiers, Hussards, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
ETATDES TROUPES
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
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646
p. 186-195
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Le 21 on continuoit à travailler aux gnes de Circonvalation & de Contrevallation. [...]
Mots clefs :
Ordres, Artillerie, Incendie, Travaux, Pont, Compagnies, Ennemis, Combat, Comte, Prince, Tranchées, Mouvements des troupes, Vaisseaux, Postes, Assiéger, Camp, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DU JOURNAL
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
Fermer
647
p. 56-73
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Dans le Mercure précédent, j'ai donné une Rélation de / Dans l'Action du 5. près de Semlim, à deux heures [...]
Mots clefs :
Prince, Ennemis, Canons, Troupes, Pont, Belgrade, Comte, Infanterie, Grenadier, Bataille, Retranchement , Empereur, Lieutenant, Compagnies, Charges, Accidents, Armes, Bataillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
DAns le Mercureprécédent,j'aidonné
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
Fermer
648
p. 74-87
RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
Début :
Le Seigneur André Pisani, Capitaine Général de la République de Venise, [...]
Mots clefs :
Bataille navale, Vaisseaux, République de Venise, Turcs, Armée, Guerre, Navigation, Ennemis, Flotte, Attaques, Capitaine, Combat, Archipel, Liste, Seigneur, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
RELATION .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
Fermer
649
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
650
p. 140-152
Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Début :
Batteries; l'une de 4 piéces de Canon & l'autre de deux ; la [...]
Mots clefs :
Canon, Camp, Armée ottomane, Ennemis, Turcs, Troupes, Grand vizir, Attaques, Mouvements des troupes, Prince, Capitaine, Soldats, Cavalerie, Garnison, Cadavres, Assiégés, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Batteries ; l'une de 4 piéces de Ca
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
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D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
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148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
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