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4601
p. 127-129
PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1765.
Début :
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus en plus l'industrie & l'émulation des [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1765.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1765.
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus
en plus l'industrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
&autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leurpropoſer.
:
Le principal objetde ces recherches ,
fera d'éclairer fucceſſivement par des
expériences faites avec ſoin , les dif-
férentes pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruſtique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choiſi pour
le Prix de 1765 , eſt , Le meilleur tra-
vailfur la qualité & fur l'emploi des
engraisqui conviennent aux terres , prin-
cipalement aux terres à blés , relative-
ment à leurqualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais juſqu'à
préſent peu connus ou négligés , ſoit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorſqu'on en a peu , ſoit pour perfec-
tionner la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
Ce Prix eſt de la ſomme de huit cens
livres ; il ſera proclamé , dans une Af-
ſemblée publique de la Société
, au
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui ſe-
ront envoyées pourconcourir,doivent
être remiſes avant le 1st Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société
rejettées.
2
autrement elles feront
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté, portant un numéro pa-
reil à celui de la Piéce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces pa-
quets ne feront ouverts qu'après le ju-
mentdu Prix. Les Auteurspeuvent y in-
férer les certificats qu'ils auront prisdes
AVRIL. 1764.
129
perſonnes connues & dignes de foi qui
auront ſuivi ou vérifié leurs expérien-
ces , à l'effet d'en conſtater les réſultats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles ſur l'art de fertiliſer la terre par
les engrais , ſera couronnée.
Toutes perſonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pié-
ces ferontadreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendant de la Gé-
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréſentera le ré-
cépiffé de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1765.
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus
en plus l'industrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
&autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leurpropoſer.
:
Le principal objetde ces recherches ,
fera d'éclairer fucceſſivement par des
expériences faites avec ſoin , les dif-
férentes pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruſtique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choiſi pour
le Prix de 1765 , eſt , Le meilleur tra-
vailfur la qualité & fur l'emploi des
engraisqui conviennent aux terres , prin-
cipalement aux terres à blés , relative-
ment à leurqualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais juſqu'à
préſent peu connus ou négligés , ſoit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorſqu'on en a peu , ſoit pour perfec-
tionner la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
Ce Prix eſt de la ſomme de huit cens
livres ; il ſera proclamé , dans une Af-
ſemblée publique de la Société
, au
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui ſe-
ront envoyées pourconcourir,doivent
être remiſes avant le 1st Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société
rejettées.
2
autrement elles feront
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté, portant un numéro pa-
reil à celui de la Piéce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces pa-
quets ne feront ouverts qu'après le ju-
mentdu Prix. Les Auteurspeuvent y in-
férer les certificats qu'ils auront prisdes
AVRIL. 1764.
129
perſonnes connues & dignes de foi qui
auront ſuivi ou vérifié leurs expérien-
ces , à l'effet d'en conſtater les réſultats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles ſur l'art de fertiliſer la terre par
les engrais , ſera couronnée.
Toutes perſonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pié-
ces ferontadreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendant de la Gé-
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréſentera le ré-
cépiffé de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
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4602
p. 129-131
SUJET du Prix de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, pour l'année 1765.
Début :
IL est d'usage en Bourgogne de semer suivant trois différentes méthodes : [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUJET du Prix de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, pour l'année 1765.
SUJET du Prix de l'Académie des
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, pour l'année 1765.
IL est d'usage en Bourgogne de semer
suivant trois différentes méthodes :
1º. On ſeme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la ſeconde
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
des Mars , & fucceffivement ainſi d'an-
née à autre.
2º. On y ſeme alternativement une
année de Bled, l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiſſe la terre en jachère.
3º. On y ſeme une annéeduBled , la
ſeconde année , la terre reſte en ja-
chère ; & cette pratique s'obſerve conf-
tammentd'une année à l'autre.
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enſemencer les terres en Bour-
gogne , l'Académie demande :
Quellesfont lesRaiſons physiques qui
doivent engager relativement aux diffé-
rens Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'ob-
ferventdanslesConcoursAcadémiques,
font aujourd'hui ſi généralement con-
nues , qu'il eſt inutile de les répéter
au ſujet de ce Programme. Il ſuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, ruede Guiſe , à
Dijon , neferont reçus , francs de port ,
quejuſqu'au premier Avril 1765 inclufi-
vement: paffé lequel temps, ils ne pour-
ront, ſous quelque prétexte que ce ſoit,
avoir aucun droit au Concours ; ainſi
AVRIL. 1764
131
que ceux dont l'Auteur ſe ſera fait
connoître directement ou indirectement.
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, pour l'année 1765.
IL est d'usage en Bourgogne de semer
suivant trois différentes méthodes :
1º. On ſeme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la ſeconde
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
des Mars , & fucceffivement ainſi d'an-
née à autre.
2º. On y ſeme alternativement une
année de Bled, l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiſſe la terre en jachère.
3º. On y ſeme une annéeduBled , la
ſeconde année , la terre reſte en ja-
chère ; & cette pratique s'obſerve conf-
tammentd'une année à l'autre.
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enſemencer les terres en Bour-
gogne , l'Académie demande :
Quellesfont lesRaiſons physiques qui
doivent engager relativement aux diffé-
rens Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'ob-
ferventdanslesConcoursAcadémiques,
font aujourd'hui ſi généralement con-
nues , qu'il eſt inutile de les répéter
au ſujet de ce Programme. Il ſuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, ruede Guiſe , à
Dijon , neferont reçus , francs de port ,
quejuſqu'au premier Avril 1765 inclufi-
vement: paffé lequel temps, ils ne pour-
ront, ſous quelque prétexte que ce ſoit,
avoir aucun droit au Concours ; ainſi
AVRIL. 1764
131
que ceux dont l'Auteur ſe ſera fait
connoître directement ou indirectement.
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4603
p. 131-136
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Début :
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de [...]
Mots clefs :
Élèves de l'École royale vétérinaire, Province, Animaux, Qualités, Brebis, Agneaux, Auvergne, Engraisser, Généralité
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
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4604
p. 136-148
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
JE crois, Monsieur, que vous ne serez pas fâché que je vous entretienne d'une [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE crois, Monsieur, que vous ne serez
pas fâché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreſſante & qui va
AVRIL. 1764.
137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu-
fheurs Amateurs. Vous ſcavez , Mon-
fieur , qu'on appelle Dioptrique la-vi-
fion qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précé-
demment cette ſcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pasmoins admirables à Newton lui-mê-
me , au Grand Homme qui décom-
poſa la lumière , & qui avoit connu ,
fans les ſurmonter, les obſtacles qui vien-
nent d'être levés: c'eſt que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,
trouve un terme où il faut qu'il s'ar-
rête , & d'où part à ſon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il est néceſſaire
que je vous rappelle quelques princi-
pes d'Optique qui ne vous ſont pas in-
connus ; & pour ne pas rendre la ma-
tière trop compliquée,je ne vous par-
lerai que des lunettes Aftronomiques ,
àdeuxverres convexes. Les rayons par-
tis de l'objet après s'être pliés en tra-
verfant le premier verre , qu'on nom-
me l'objectif , ſe réuniſſent dans un
point de l'axe de la lunette, qui eft
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle ſe place l'O
culaire , ou le ſecond verre, qui fai-
fant l'effet d'un miſcroſcope , fert à
aggrandir cetté image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif est plus long , & que
celui du verre oculaire eſt plus court.
Ainſi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingta
quatre fois ; avec un Oculaire de dix
huit lignes elle groffiroit quarante-huit
fois. Il ſemble qu'en partantde ce prin-
cipe , on puiſſe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obſtacles dans la figure
des verres & dans la différente réfran-
gibilité des rayons, Descartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géomé-
trie , avoit démontréque tous les rayons
partis d'un objet , & traverſant un ver
re objectif , fe réuniroient dans un mê
me point de l'axe de la lunette , fil'om
donnoit à l'objectif une figure hyper-
bolique ; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la préciſion du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes ,qui faisoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764.
139
a reconnu avec peine , qu'il étoit mora-
lement impoffible dedonner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
On ſe reſtraignit à leur donner la fi-
gure ſphérique ; mais par la propriété
de cette courbure , il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent,y pei-
gnent d'autres images , & toutes ces
images fortprès les unes des autres , en
formentune ſeule qui eſt d'autant plus
confuſe ,qu'ily en aun plus grandnom-
bre : onfut forcé dedonner peu d'éten
due àla courburede laſurfacedes objec-
tifs , & l'on y perditde la lumière, Car
vous concevez bien , Monfieur , que la
quantité de lumière dépend de la gran-
deur de l'objectif qui lui donne entrée.
Mais on s'apperçut bientôtque ces incon-
véniensétoient les moindres qu'on eût à
craindre:unhomme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyſique ,
le flambeau de fon génie, trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de ſes rayons étoit composé de
7 rayons primitifs de couleur différen-
te , rouge , orange , jaune , &c. Ces
rayons traverſant un priſme ,s'y rom
1
40 MERCURE DE FRANCE.
pent ſuivant leur différente réfrangibil
bilité , ſe ſéparent, & peignent fur le
papier où onles reçoit,les ſeptcouleurs
dans leur ordre naturel. Cette découver-
te , appliquée à l'optique, rendit raiſon
desanneauxcolorés,appellés iris,qu'on
avoit apperçus autour des images for-
mées par de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui ſépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obſta-
cle invincible àla perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en pro-
portion de l'ouverturede l'objectif, on
preſcrivit de nouveau de ladiminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière ſi néceſſaire à la
distinction des objets. On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunet-
tes l'avantage qu'on en devoit eſpé-
rer; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière. Les choses en
étoient là , & cette barrière reſtoit in-
furmontable.
Lorſque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureuſe de former des
objectifs de deux matières différem-
ment réfringentes; il eſpéra que leurs
AVRIL. 1764.
141
réfractions différentes pourroient ſe
compofer & détruire les Iris , il for-
ma ſes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles ,& poſant une hypothéſe ſur leurs
qualités réfringentes, il en déduifit des
formules générales & très-élégantes.
M. Dollond , ſcavant Opticien An-
glois , fit uſage de la Théorie de M.
Euler ; mais il ſubſtitua avec raiſon à
ſes lois de réfraction celles de Newton ,
qui paroiffoient préférables étant fon-
dées ſur l'expérience ; les formules don-
perent alors un réſultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne ſe pouvoit faire
que lorſque la longueur du foyer étoit
infinie. M. Euler répondoit par des
raiſons métaphyſiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyantde la réputa-
tion de Newton , lui oppofoit conf-
tamment ſes expériences. Cette décou-
verte dont la théorie étoit fi belle , pa-
roiſſoit donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieuſes , qui
ſans être utiles à la Société , fonthon-
neur à l'eſprit humain. M. Klingenf-
țierna , Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des dé-
monstrations métaphyſiques& géomé-
142 MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dol-
lond les refit& les trouva fauffes. New-
ton avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles-ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
ſi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tom-
ber quelquefois. M. Dollond reprit cou-
rage; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des cour-
bures trop conſidérables & qui pro-
duiroient , comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différen-
tes, qui rendent les objets peu diftincts.
Il imagina de ſubſtituer des verres de
différentes denſités ,& qui étant com-
binés pour en former un objectif, fiſſent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
eſpéces de verres , que les Anglois ap-
pellent ( Crown glass) & Slint. glaff ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit: il les combina avec des
courbures différentes ; & après beau-
coup d'expériences , il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris. Il
nous en eft paffé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
* AVRIL. 1764.
143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même lon-
gueur , puiſqu'elles faifoient à-peu-près
l'effet d'une lunette de 12à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit ſuivie ; il eût fallu ſe réfou-
dre à imiter fervilement ſes Télescopes ,
pour en conſtruire de pareils. Vous ſen-
tez , Monfieur , l'incertitude & l'humi-
liation de cette Méthode. M. Clairaut ,
mon Confrère , connu par des ſuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends ici avec plaifir, comme ami , la
juſtice qui lui eſt due , comme Géomè-
tre , entreprit d'établirune Théorie com-
plette des aberrations des rayons de lu-
mière , & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfrin-
gentes pourles détruire ; mais il vit d'a-
bord qu'une telle recherche devoit être
fondée ſur des expériences plus sûres
que cellesdonton s'étoit appuyéjuſqu'i-
ci , afin de connoître mieux la réfrin-
gencedesdifférentes matières. C'eſt par
où il commença. Il eſſaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfiingence étantbien conſtatée , il
en déduifit bientôt les formules géné-
rales qu'il cherchoit. Ilen lutle réſultat
L
44MERCURE DE FRANCE.
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès-lors
que les Lunettes de M. Dollond, quoi-
que très-bonnes , ne produiſoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puiſque les aberrations érant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient ſurpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
desMiroirs.
Vous verrez inceſſamment , Mon-
ſieur , cette conjecture vérifiée par le
ſuccès que je vous annonce. Des Artif-
tes intelligens , conduits par ſa théorie ,
firent quelques eſſais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par ſa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'ex-
cellens Objectifs, ſuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
ſuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grandfuccès a comblé nos eſpé-
rances : il a fait un verre de ſept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lu-
nette de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaſſe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint; & ,
en
AVRIL. 1764.
145
2-
enfaiſantl'éloge de l'adreſſe de M. Az-
theaume , prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le diſque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obſerve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'ac-
compagnent affez groffis pour qu'on
puiſſe eſpérer d'appercevoir auſſi leur
diſque , fi l'on peut réuffir unjour auffr
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protégeles Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique ſont connues , en a fait
l'épreuve ; MM.de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eſt fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particuliè-
rement à M. le Préſident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût & de connoif-
fance , eſt poſſeffeur d'un tres-beau Té-
leſcope * Anglois. Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
faitplus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
* Ce Miroir a 30 pouces de foyer. Il doit
groſſir environ 120 fois les objets.
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
concevoir, Monfieur, en vous rappel-
lantle principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyerde l'Objectifestplus long, & celui
de l'Oculaire plus court; & en y ajou-
tant celui-ci , que la lumière est d'autant
plus vive que l'ouverture de l'Objectifeft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; &, pour con-
ſerverſuffiſammentde la lumière , on ne
pouvoitmettredes Oculaires fortcourts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruiſant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
&fouffrent, ſans perdre trop de lumiè-
re , les Oculaires les plus courts que
l'art puiſſe fournir. Vous jugez , Mon-
fieur, de la ſatisfaction que doit reſſentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui lui
devra la perfection. Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , ſi l'on peut
porter à la même perfection des Lunet-
tes plus longues, telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incer-
tains dans le Syſtême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour ſe rapprocher de
la vie civile, quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir ſe procurer des
: AVRIL. 1764.
147
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds ,
qui, fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télescopes or-
dinaires , qui font rarement bons , &
qu'il eſt difficilede conſerverlong-temps
bons , à cauſe du poli des Miroirs , qui
ne ſubſiſte que par les plus grands ſoins !
C'eſt ici le lieude vous parler , Mon-
ſieur ,d'un Artiſte fort intelligent'; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens , fur les principes &
ſous les yeux de M. Clairaut. Il jointà
beaucoup de lumières les plus grands
ſoins dans la pratique. Ila bien voulu
me faire voirpluſieurs Objectifs de trois
&decinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
fontexcellens. Il ſe diſpoſe à en travail-
ler d'un foyer plus long,& je ſuis afſuré
du ſuccès. Les Aſtronômes feront très-
heureux d'avoir recours à lui pour un
Inſtrument qui leur eſt ſi néceſſaire.
M. le Bas , Artiſte connu , qui de-
meure aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auſſi de très-bons Objectifs de trois
*C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang que M.
Clairaut eſt redevable den'avoir pas été dégoûté
de l'application de ſa théorie àla pratique : il
falloit unhomme qui ſaisît ſes idées aſſez bien,
pour ſe les rendre propres , & pour que l'exécu
tion lui en devînt facile.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds. Il ſemble que le ſeul obstacle ,
qui s'oppoſe maintenant à nos progrès ,
foitladifficultéde ce travail , qui éxige
beaucoup plus de ſoins & de précifion
qu'auparavant, & la raretédu Flintglaſs
qu'on a peine à ſe procurer ici , & que
l'on trouve ſouvent défectueux. M. Paf-
femant, qui a auſſi travaillé ſur cet ob-
jet, a la compofition d'une matière , la-
quelle étant vitrifiée pourroit être ſubſti-
tuée au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y por-
ter : nous eſpérons qu'elle procurera
aux Artiſtes toutes les facilités néceſſai-
res , & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la diffi-
culté du travail.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY, de l'Acad. Royale des Sciences.
JE crois, Monsieur, que vous ne serez
pas fâché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreſſante & qui va
AVRIL. 1764.
137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu-
fheurs Amateurs. Vous ſcavez , Mon-
fieur , qu'on appelle Dioptrique la-vi-
fion qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précé-
demment cette ſcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pasmoins admirables à Newton lui-mê-
me , au Grand Homme qui décom-
poſa la lumière , & qui avoit connu ,
fans les ſurmonter, les obſtacles qui vien-
nent d'être levés: c'eſt que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,
trouve un terme où il faut qu'il s'ar-
rête , & d'où part à ſon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il est néceſſaire
que je vous rappelle quelques princi-
pes d'Optique qui ne vous ſont pas in-
connus ; & pour ne pas rendre la ma-
tière trop compliquée,je ne vous par-
lerai que des lunettes Aftronomiques ,
àdeuxverres convexes. Les rayons par-
tis de l'objet après s'être pliés en tra-
verfant le premier verre , qu'on nom-
me l'objectif , ſe réuniſſent dans un
point de l'axe de la lunette, qui eft
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle ſe place l'O
culaire , ou le ſecond verre, qui fai-
fant l'effet d'un miſcroſcope , fert à
aggrandir cetté image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif est plus long , & que
celui du verre oculaire eſt plus court.
Ainſi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingta
quatre fois ; avec un Oculaire de dix
huit lignes elle groffiroit quarante-huit
fois. Il ſemble qu'en partantde ce prin-
cipe , on puiſſe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obſtacles dans la figure
des verres & dans la différente réfran-
gibilité des rayons, Descartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géomé-
trie , avoit démontréque tous les rayons
partis d'un objet , & traverſant un ver
re objectif , fe réuniroient dans un mê
me point de l'axe de la lunette , fil'om
donnoit à l'objectif une figure hyper-
bolique ; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la préciſion du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes ,qui faisoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764.
139
a reconnu avec peine , qu'il étoit mora-
lement impoffible dedonner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
On ſe reſtraignit à leur donner la fi-
gure ſphérique ; mais par la propriété
de cette courbure , il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent,y pei-
gnent d'autres images , & toutes ces
images fortprès les unes des autres , en
formentune ſeule qui eſt d'autant plus
confuſe ,qu'ily en aun plus grandnom-
bre : onfut forcé dedonner peu d'éten
due àla courburede laſurfacedes objec-
tifs , & l'on y perditde la lumière, Car
vous concevez bien , Monfieur , que la
quantité de lumière dépend de la gran-
deur de l'objectif qui lui donne entrée.
Mais on s'apperçut bientôtque ces incon-
véniensétoient les moindres qu'on eût à
craindre:unhomme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyſique ,
le flambeau de fon génie, trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de ſes rayons étoit composé de
7 rayons primitifs de couleur différen-
te , rouge , orange , jaune , &c. Ces
rayons traverſant un priſme ,s'y rom
1
40 MERCURE DE FRANCE.
pent ſuivant leur différente réfrangibil
bilité , ſe ſéparent, & peignent fur le
papier où onles reçoit,les ſeptcouleurs
dans leur ordre naturel. Cette découver-
te , appliquée à l'optique, rendit raiſon
desanneauxcolorés,appellés iris,qu'on
avoit apperçus autour des images for-
mées par de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui ſépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obſta-
cle invincible àla perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en pro-
portion de l'ouverturede l'objectif, on
preſcrivit de nouveau de ladiminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière ſi néceſſaire à la
distinction des objets. On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunet-
tes l'avantage qu'on en devoit eſpé-
rer; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière. Les choses en
étoient là , & cette barrière reſtoit in-
furmontable.
Lorſque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureuſe de former des
objectifs de deux matières différem-
ment réfringentes; il eſpéra que leurs
AVRIL. 1764.
141
réfractions différentes pourroient ſe
compofer & détruire les Iris , il for-
ma ſes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles ,& poſant une hypothéſe ſur leurs
qualités réfringentes, il en déduifit des
formules générales & très-élégantes.
M. Dollond , ſcavant Opticien An-
glois , fit uſage de la Théorie de M.
Euler ; mais il ſubſtitua avec raiſon à
ſes lois de réfraction celles de Newton ,
qui paroiffoient préférables étant fon-
dées ſur l'expérience ; les formules don-
perent alors un réſultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne ſe pouvoit faire
que lorſque la longueur du foyer étoit
infinie. M. Euler répondoit par des
raiſons métaphyſiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyantde la réputa-
tion de Newton , lui oppofoit conf-
tamment ſes expériences. Cette décou-
verte dont la théorie étoit fi belle , pa-
roiſſoit donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieuſes , qui
ſans être utiles à la Société , fonthon-
neur à l'eſprit humain. M. Klingenf-
țierna , Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des dé-
monstrations métaphyſiques& géomé-
142 MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dol-
lond les refit& les trouva fauffes. New-
ton avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles-ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
ſi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tom-
ber quelquefois. M. Dollond reprit cou-
rage; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des cour-
bures trop conſidérables & qui pro-
duiroient , comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différen-
tes, qui rendent les objets peu diftincts.
Il imagina de ſubſtituer des verres de
différentes denſités ,& qui étant com-
binés pour en former un objectif, fiſſent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
eſpéces de verres , que les Anglois ap-
pellent ( Crown glass) & Slint. glaff ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit: il les combina avec des
courbures différentes ; & après beau-
coup d'expériences , il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris. Il
nous en eft paffé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
* AVRIL. 1764.
143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même lon-
gueur , puiſqu'elles faifoient à-peu-près
l'effet d'une lunette de 12à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit ſuivie ; il eût fallu ſe réfou-
dre à imiter fervilement ſes Télescopes ,
pour en conſtruire de pareils. Vous ſen-
tez , Monfieur , l'incertitude & l'humi-
liation de cette Méthode. M. Clairaut ,
mon Confrère , connu par des ſuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends ici avec plaifir, comme ami , la
juſtice qui lui eſt due , comme Géomè-
tre , entreprit d'établirune Théorie com-
plette des aberrations des rayons de lu-
mière , & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfrin-
gentes pourles détruire ; mais il vit d'a-
bord qu'une telle recherche devoit être
fondée ſur des expériences plus sûres
que cellesdonton s'étoit appuyéjuſqu'i-
ci , afin de connoître mieux la réfrin-
gencedesdifférentes matières. C'eſt par
où il commença. Il eſſaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfiingence étantbien conſtatée , il
en déduifit bientôt les formules géné-
rales qu'il cherchoit. Ilen lutle réſultat
L
44MERCURE DE FRANCE.
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès-lors
que les Lunettes de M. Dollond, quoi-
que très-bonnes , ne produiſoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puiſque les aberrations érant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient ſurpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
desMiroirs.
Vous verrez inceſſamment , Mon-
ſieur , cette conjecture vérifiée par le
ſuccès que je vous annonce. Des Artif-
tes intelligens , conduits par ſa théorie ,
firent quelques eſſais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par ſa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'ex-
cellens Objectifs, ſuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
ſuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grandfuccès a comblé nos eſpé-
rances : il a fait un verre de ſept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lu-
nette de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaſſe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint; & ,
en
AVRIL. 1764.
145
2-
enfaiſantl'éloge de l'adreſſe de M. Az-
theaume , prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le diſque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obſerve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'ac-
compagnent affez groffis pour qu'on
puiſſe eſpérer d'appercevoir auſſi leur
diſque , fi l'on peut réuffir unjour auffr
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protégeles Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique ſont connues , en a fait
l'épreuve ; MM.de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eſt fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particuliè-
rement à M. le Préſident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût & de connoif-
fance , eſt poſſeffeur d'un tres-beau Té-
leſcope * Anglois. Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
faitplus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
* Ce Miroir a 30 pouces de foyer. Il doit
groſſir environ 120 fois les objets.
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
concevoir, Monfieur, en vous rappel-
lantle principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyerde l'Objectifestplus long, & celui
de l'Oculaire plus court; & en y ajou-
tant celui-ci , que la lumière est d'autant
plus vive que l'ouverture de l'Objectifeft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; &, pour con-
ſerverſuffiſammentde la lumière , on ne
pouvoitmettredes Oculaires fortcourts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruiſant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
&fouffrent, ſans perdre trop de lumiè-
re , les Oculaires les plus courts que
l'art puiſſe fournir. Vous jugez , Mon-
fieur, de la ſatisfaction que doit reſſentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui lui
devra la perfection. Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , ſi l'on peut
porter à la même perfection des Lunet-
tes plus longues, telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incer-
tains dans le Syſtême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour ſe rapprocher de
la vie civile, quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir ſe procurer des
: AVRIL. 1764.
147
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds ,
qui, fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télescopes or-
dinaires , qui font rarement bons , &
qu'il eſt difficilede conſerverlong-temps
bons , à cauſe du poli des Miroirs , qui
ne ſubſiſte que par les plus grands ſoins !
C'eſt ici le lieude vous parler , Mon-
ſieur ,d'un Artiſte fort intelligent'; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens , fur les principes &
ſous les yeux de M. Clairaut. Il jointà
beaucoup de lumières les plus grands
ſoins dans la pratique. Ila bien voulu
me faire voirpluſieurs Objectifs de trois
&decinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
fontexcellens. Il ſe diſpoſe à en travail-
ler d'un foyer plus long,& je ſuis afſuré
du ſuccès. Les Aſtronômes feront très-
heureux d'avoir recours à lui pour un
Inſtrument qui leur eſt ſi néceſſaire.
M. le Bas , Artiſte connu , qui de-
meure aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auſſi de très-bons Objectifs de trois
*C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang que M.
Clairaut eſt redevable den'avoir pas été dégoûté
de l'application de ſa théorie àla pratique : il
falloit unhomme qui ſaisît ſes idées aſſez bien,
pour ſe les rendre propres , & pour que l'exécu
tion lui en devînt facile.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds. Il ſemble que le ſeul obstacle ,
qui s'oppoſe maintenant à nos progrès ,
foitladifficultéde ce travail , qui éxige
beaucoup plus de ſoins & de précifion
qu'auparavant, & la raretédu Flintglaſs
qu'on a peine à ſe procurer ici , & que
l'on trouve ſouvent défectueux. M. Paf-
femant, qui a auſſi travaillé ſur cet ob-
jet, a la compofition d'une matière , la-
quelle étant vitrifiée pourroit être ſubſti-
tuée au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y por-
ter : nous eſpérons qu'elle procurera
aux Artiſtes toutes les facilités néceſſai-
res , & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la diffi-
culté du travail.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY, de l'Acad. Royale des Sciences.
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4605
p. 148-150
AVIS.
Début :
ON a répandu contre le sieur Desnos une calomnie que nous croyons fort [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
ON a répandu contre le sieur Desnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêter
gens ; & on s'eſt ſervi pour cet effet de
AVRIL. 1764.
149
: la voie de Gazetier d'Utrecht. Il s'agit
de l'Eclipſe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du ſieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement. Nous
nous croyons obligés de déſabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du. Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exiſté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , enmême temps qu'il ades ad-
mirateurs. Il n'eſt pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'unejaloufie ſecrette , & nous penſons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eſt ſervi
de ſa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit cha-
que jour la Géographie des plus belles
productions du burin.
F Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de net-
teté & de juſteſſe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enſeigne
du Globe.
On trouve chez le ſieur Deſnos deux
nouveaux Globes terreſtres , célestes, &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
des Sphères de toutes les grandeurs
proportionnés aux Cabinets & aux Bi-
bliothèques ; les Atlas hiſtoriques &
géographiques , tant anciens que mo-
dernes. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréſentée dans
tous ſes différens âges par autant de Car-
tes particulières depuis ſon origine juf
qu'à nos jours , & adaptées aux Ouvra-
ges de Mézerai, du P. Daniel, de M.
Je Préſident Hénault , & particuliére-
ment pour accompagner l'Hiſtoire de
France de MM. Vély & Vilaret
و &
P'Atlas chrorographique de laGénéralité
de Paris ,vol. in-4º. même grandeur.On
trouve auſſi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernentles Scien-
ces.
ON a répandu contre le sieur Desnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêter
gens ; & on s'eſt ſervi pour cet effet de
AVRIL. 1764.
149
: la voie de Gazetier d'Utrecht. Il s'agit
de l'Eclipſe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du ſieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement. Nous
nous croyons obligés de déſabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du. Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exiſté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , enmême temps qu'il ades ad-
mirateurs. Il n'eſt pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'unejaloufie ſecrette , & nous penſons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eſt ſervi
de ſa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit cha-
que jour la Géographie des plus belles
productions du burin.
F Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de net-
teté & de juſteſſe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enſeigne
du Globe.
On trouve chez le ſieur Deſnos deux
nouveaux Globes terreſtres , célestes, &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
des Sphères de toutes les grandeurs
proportionnés aux Cabinets & aux Bi-
bliothèques ; les Atlas hiſtoriques &
géographiques , tant anciens que mo-
dernes. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréſentée dans
tous ſes différens âges par autant de Car-
tes particulières depuis ſon origine juf
qu'à nos jours , & adaptées aux Ouvra-
ges de Mézerai, du P. Daniel, de M.
Je Préſident Hénault , & particuliére-
ment pour accompagner l'Hiſtoire de
France de MM. Vély & Vilaret
و &
P'Atlas chrorographique de laGénéralité
de Paris ,vol. in-4º. même grandeur.On
trouve auſſi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernentles Scien-
ces.
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4606
p. 151-153
CHIRURGIE.
Début :
M. MAGET, Ancien Chirurgien Major dans la Marine, à découvert un [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE.
CHIRURGIE.
M. MAGET, Ancien Chirurgien
Major dans la Marine, à découvert un
reméde qui , par l'application exté-
rieure , opére la guériſon des hernies ,
ou defcentes. Les 'expériences qu'il en
a faites pendant pluſieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi , ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. II
adepuis fait , en cetteVille ,des épreu-
ves de ſon reméde ,tant ſous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreſſé pour cet effet , que ſous
ceux de MM. Martin , & Neilson , le
premier Maître en Chirurgie à Paris
Giv
,
& le ſecond Chirurgien herniaire , auſſi
àParis ,& il a obtenules mêmes ſuccès ,
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren-
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radica-
les ; il en a même étédreſſé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirur-
giens & adminiftrateurs. C'eſt après
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiſtrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant très-
efficace pour la guériſon des hernies
ou deſcentes , qu'il continue d'opérer
avecles ſuccès les plus conſtans. L'exer-
pledeM.Menjaud, Contrôleurdelabou-
chedeMadame la Dauphine à Verfail-
les en eſt unepreuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de ſoixante-
deux ans ; il eſt aujourd'hui ſans banda-
ge , & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pourtémoins de cette gran-
de cure ,M. Martin , Maître en Chirur-
gie & M. Loustoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M.
AVRIL. 1764.
après avoir vu ,
153
Lauzeret , Maître de Penſion , rued'Or-
léans , au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
M. MAGET, Ancien Chirurgien
Major dans la Marine, à découvert un
reméde qui , par l'application exté-
rieure , opére la guériſon des hernies ,
ou defcentes. Les 'expériences qu'il en
a faites pendant pluſieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi , ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. II
adepuis fait , en cetteVille ,des épreu-
ves de ſon reméde ,tant ſous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreſſé pour cet effet , que ſous
ceux de MM. Martin , & Neilson , le
premier Maître en Chirurgie à Paris
Giv
,
& le ſecond Chirurgien herniaire , auſſi
àParis ,& il a obtenules mêmes ſuccès ,
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren-
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radica-
les ; il en a même étédreſſé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirur-
giens & adminiftrateurs. C'eſt après
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiſtrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant très-
efficace pour la guériſon des hernies
ou deſcentes , qu'il continue d'opérer
avecles ſuccès les plus conſtans. L'exer-
pledeM.Menjaud, Contrôleurdelabou-
chedeMadame la Dauphine à Verfail-
les en eſt unepreuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de ſoixante-
deux ans ; il eſt aujourd'hui ſans banda-
ge , & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pourtémoins de cette gran-
de cure ,M. Martin , Maître en Chirur-
gie & M. Loustoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M.
AVRIL. 1764.
après avoir vu ,
153
Lauzeret , Maître de Penſion , rued'Or-
léans , au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
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4607
p. 153-154
« LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...] »
Début :
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...] »
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert
dans ses travaux, un Spécifique pour la
guériſon de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avanta-
ges qu'on doit retirer d'un Remède auſſi
utile , conſiſte 1º. dans la guériſon ſure
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiſſe être ; 2º. àopérer
extérieurement, ſans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiſſer à la partie
affectée aucune marque.
C'eſt ſur de pareils motifs queles plus
célébres Médecins de Paris , & nommé-
ment MM. Petit pere & fils , Thieullier ,
ancien Doyen de la Faculté, Morand',
Chirurgien des Invalides,Barbeaux, Du-
bourg & Marteaux , réſidens à l'Ecole de
Médecine , & autres , ſe ſont portés ,
ſuivi & examiné les
cures ſurprenantes opérées par ce Re-
mède , à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vuedeſquels , & après
un examen particulier de M. de Senac,
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profirât d'une découverte
fi importante , l'autoriſer par un Privi
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les ſuccès du S'
ANCÉAUME n'ont pas été moins heu-
reux. Dans les Aſſemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Jour-
naux deMédecine, des cures autant fur-
prenantes qu'il a opéré dans ce genre de
Maladie auquel il eſt deſtiné.
Le Sieur ANCÉAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il de-
meurera chez M. Mathieu l'aîné , Mar-
chand de Chevaux , rue & vis-à-vis la
Priſon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours.
dans ses travaux, un Spécifique pour la
guériſon de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avanta-
ges qu'on doit retirer d'un Remède auſſi
utile , conſiſte 1º. dans la guériſon ſure
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiſſe être ; 2º. àopérer
extérieurement, ſans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiſſer à la partie
affectée aucune marque.
C'eſt ſur de pareils motifs queles plus
célébres Médecins de Paris , & nommé-
ment MM. Petit pere & fils , Thieullier ,
ancien Doyen de la Faculté, Morand',
Chirurgien des Invalides,Barbeaux, Du-
bourg & Marteaux , réſidens à l'Ecole de
Médecine , & autres , ſe ſont portés ,
ſuivi & examiné les
cures ſurprenantes opérées par ce Re-
mède , à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vuedeſquels , & après
un examen particulier de M. de Senac,
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profirât d'une découverte
fi importante , l'autoriſer par un Privi
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les ſuccès du S'
ANCÉAUME n'ont pas été moins heu-
reux. Dans les Aſſemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Jour-
naux deMédecine, des cures autant fur-
prenantes qu'il a opéré dans ce genre de
Maladie auquel il eſt deſtiné.
Le Sieur ANCÉAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il de-
meurera chez M. Mathieu l'aîné , Mar-
chand de Chevaux , rue & vis-à-vis la
Priſon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours.
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4608
p. 154-156
HOPITAL DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON. Quarante & quarante-uniéme Traitement depuis son Etablissement.
Début :
Noms des Soldats. Compagnies. TOQUET Tourville. Joly, Dudreneuc. La Fleur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON. Quarante & quarante-uniéme Traitement depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante-uniéme Traitement
depuis son Etablissement.
Noms des Soldats.
Compagnies.
TOQUET Tourville.
Joly, Dudreneuc.
La Fleur,
AVRIL. 1764..
La Joye ,
Dubois,
D'ambonnet ,
D'agré ,
Patris ,
Rollin ,
Vavrey ,
Beaudevin ,
Thiebault ,
LeGras,
Congé ,
S. Flour ,
Neveu ,
Robert ,
S.Michel,
Julien ,
Cadet,
Appe ,
L'eſperance ,
Sans-Regret ,
Mantelle ,
Sarre-Louis ,
155
Dudrenenc
Villers.
Rafilly.
Mithon .
Viennay.
Viennay.
Coettrieu.
Dampierre.
Dampierre.
Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
Démoges.
Dampierre.
Colonelle.
Dudreneuc.
DeGraffe.
Viennay.
Gvj
Rafilly.
Rafilly.
Ces vingt-cinq Soldats ont été traités
Al'ordinaire & radicalement guéris des
156 MERCURE DE FRANCE.
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante-uniéme Traitement
depuis son Etablissement.
Noms des Soldats.
Compagnies.
TOQUET Tourville.
Joly, Dudreneuc.
La Fleur,
AVRIL. 1764..
La Joye ,
Dubois,
D'ambonnet ,
D'agré ,
Patris ,
Rollin ,
Vavrey ,
Beaudevin ,
Thiebault ,
LeGras,
Congé ,
S. Flour ,
Neveu ,
Robert ,
S.Michel,
Julien ,
Cadet,
Appe ,
L'eſperance ,
Sans-Regret ,
Mantelle ,
Sarre-Louis ,
155
Dudrenenc
Villers.
Rafilly.
Mithon .
Viennay.
Viennay.
Coettrieu.
Dampierre.
Dampierre.
Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
Démoges.
Dampierre.
Colonelle.
Dudreneuc.
DeGraffe.
Viennay.
Gvj
Rafilly.
Rafilly.
Ces vingt-cinq Soldats ont été traités
Al'ordinaire & radicalement guéris des
156 MERCURE DE FRANCE.
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
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4609
p. 156-157
LETTRE de M. IMBERT, Chancelier la Faculté de Médecine de Montpellier, & Inspecteur Général des Hopitaux du Roi à M. KEYSER, en date du 20 Janvier 1764.
Début :
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM. Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. IMBERT, Chancelier la Faculté de Médecine de Montpellier, & Inspecteur Général des Hopitaux du Roi à M. KEYSER, en date du 20 Janvier 1764.
LETTRE de M. IMBERT, Chancelier
la Faculté de Médecine de Montpellier,
& Inspecteur Général des Hopitaux
du Roi à M. KEYSER, en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM.
Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , ſoixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
&tout m'a paru au mieux ; & ceux des
ſuſdits malades qui ſont depuis long-
temps dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diſtinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
•dans ma viſite, un cas unique que je ne
veux pas vous laiſſer ignorer: ſçavoir,un
cordon ſpermatique , devenu ſquirreux
dans toute ſa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dra-
gées ont entiérement fondu cette du-
•reté, dont les Praticiens connoiſſent fi
fort le danger. Une autre tumeur dure
fur unautre malade m'a paru faire le
ſujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté conſidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764.
157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcino-
mateuſe ,& votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon, que les
ſuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière viſite. J'ai l'honneur d'être , &c.
IMBERT.
la Faculté de Médecine de Montpellier,
& Inspecteur Général des Hopitaux
du Roi à M. KEYSER, en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM.
Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , ſoixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
&tout m'a paru au mieux ; & ceux des
ſuſdits malades qui ſont depuis long-
temps dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diſtinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
•dans ma viſite, un cas unique que je ne
veux pas vous laiſſer ignorer: ſçavoir,un
cordon ſpermatique , devenu ſquirreux
dans toute ſa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dra-
gées ont entiérement fondu cette du-
•reté, dont les Praticiens connoiſſent fi
fort le danger. Une autre tumeur dure
fur unautre malade m'a paru faire le
ſujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté conſidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764.
157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcino-
mateuſe ,& votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon, que les
ſuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière viſite. J'ai l'honneur d'être , &c.
IMBERT.
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4610
p. 157-158
LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître & Démonstrateur en Chirurgie à Avignon, à M. KEYSER, en date du 25 Janvier 1764.
Début :
MONSIEUR, Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître & Démonstrateur en Chirurgie à Avignon, à M. KEYSER, en date du 25 Janvier 1764.
LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître
& Démonstrateur en Chirurgie à
Avignon, à M. KEYSER, en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR,
Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence
de vos dragées, m'ayant fait
defirer de les connoître par moi-même ,
jene puis plus différerde vous témoigner
ainſi qu'à la vérité,combienj'ai été furpris
& émerveillé de ces effets dans diffé-
rentes cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas ,que pluſieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèſque plus de reſſources ;
1
158 MERCURE DE FRANCE.
aumoyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui ſoit en-
core connu dans la Médecine & la Chi
rurgie. Je vous enverrai inceſſamment
le récit hiſtorique de 3 ou 4 cures qui
ne contribueront pas peu à luifairehon-
neur , ainſi qu'à fon Auteur; & il eft
heureux que l'humanité ait pu ſe pro-
curer par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. de le Duc
de Choifeul, un ſecours auſſi précieux.
J'ai l'honneur d'être avec la plus par
faite conſidération &c. Beauregard.
& Démonstrateur en Chirurgie à
Avignon, à M. KEYSER, en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR,
Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence
de vos dragées, m'ayant fait
defirer de les connoître par moi-même ,
jene puis plus différerde vous témoigner
ainſi qu'à la vérité,combienj'ai été furpris
& émerveillé de ces effets dans diffé-
rentes cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas ,que pluſieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèſque plus de reſſources ;
1
158 MERCURE DE FRANCE.
aumoyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui ſoit en-
core connu dans la Médecine & la Chi
rurgie. Je vous enverrai inceſſamment
le récit hiſtorique de 3 ou 4 cures qui
ne contribueront pas peu à luifairehon-
neur , ainſi qu'à fon Auteur; & il eft
heureux que l'humanité ait pu ſe pro-
curer par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. de le Duc
de Choifeul, un ſecours auſſi précieux.
J'ai l'honneur d'être avec la plus par
faite conſidération &c. Beauregard.
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4611
p. 158-160
« M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...] »
Début :
M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...] »
M. Keyser, instruit que quelques personnes
dans diverses Provinces, soit par
ignorance , foit par malice , cherchent
à difcréditer les dragées antivénérien-
nes par une mauvaiſe adminiſtration.
Les uns en donnant de ce reméde dès le
commencement des doſes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'endiſcontinuerl'ufa-
ge, Les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps delacure , pour
qu'elles ne foientque palliatives,dans l'i-
dée que les malades enrejetterontlafaute
furl'inéfficacitédes dragées, M. Keyfer ,
AVRIL. 1764.
159
croit defon devoir , dans la vue de re-
médier à ces mauvaiſes intentions ,
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant de
l'efficacité des dragées antivénériennes
& des guériſons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiſtrées fidélement
avec connoiſſance de cauſe ; & d'après
l'intention de ſa Méthode. Les per-
ſonnes qui feront dans le cas de ſe
plaindre du peu de ſuccès du reméde ,
ſont priées de confulter M. Keyfer lui-
même par une lettre affranchie en l'in-
formant de la façon dont ils auront été
traités , & de la quantité de dragées
qu'ils auront pris , ainſi que de l'effet
qu'ils en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis ſatisfaiſans.
Comme M. Keyser , eſt bien éloigné
de croire aucuns de ſes Correſpondans
capablesdepareilsprocédés,parce qu'illes
connoittrès-inſtruits , il inſiſte ſur la né-
ceffité de recommander aux perſonnes
qui enaurontbeſoin,des'adreſſer àeux de
préférence. Il ſçait de plus qu'il ſe trou-
ve à Bordeaux des perſonnes qui ne
ceſſent de déprimer les dragées antivé-
nériennes ,tandis qu'il eſt prouvé que
M. de la Plaine ſon Correſpondant y a
fait & continuede faire par leur moyen,
des cures ſurprenantes. C'eſt àlui que
;
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreſſer ; & M.
Keyfer qui connoît & ſa probité & l'é-
tendue de ſes connoiffances dans l'ad-
miniſtration de ce reméde , garantit
qu'ils ne sçauroient mieux placer leur
confiance.
dans diverses Provinces, soit par
ignorance , foit par malice , cherchent
à difcréditer les dragées antivénérien-
nes par une mauvaiſe adminiſtration.
Les uns en donnant de ce reméde dès le
commencement des doſes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'endiſcontinuerl'ufa-
ge, Les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps delacure , pour
qu'elles ne foientque palliatives,dans l'i-
dée que les malades enrejetterontlafaute
furl'inéfficacitédes dragées, M. Keyfer ,
AVRIL. 1764.
159
croit defon devoir , dans la vue de re-
médier à ces mauvaiſes intentions ,
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant de
l'efficacité des dragées antivénériennes
& des guériſons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiſtrées fidélement
avec connoiſſance de cauſe ; & d'après
l'intention de ſa Méthode. Les per-
ſonnes qui feront dans le cas de ſe
plaindre du peu de ſuccès du reméde ,
ſont priées de confulter M. Keyfer lui-
même par une lettre affranchie en l'in-
formant de la façon dont ils auront été
traités , & de la quantité de dragées
qu'ils auront pris , ainſi que de l'effet
qu'ils en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis ſatisfaiſans.
Comme M. Keyser , eſt bien éloigné
de croire aucuns de ſes Correſpondans
capablesdepareilsprocédés,parce qu'illes
connoittrès-inſtruits , il inſiſte ſur la né-
ceffité de recommander aux perſonnes
qui enaurontbeſoin,des'adreſſer àeux de
préférence. Il ſçait de plus qu'il ſe trou-
ve à Bordeaux des perſonnes qui ne
ceſſent de déprimer les dragées antivé-
nériennes ,tandis qu'il eſt prouvé que
M. de la Plaine ſon Correſpondant y a
fait & continuede faire par leur moyen,
des cures ſurprenantes. C'eſt àlui que
;
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreſſer ; & M.
Keyfer qui connoît & ſa probité & l'é-
tendue de ſes connoiffances dans l'ad-
miniſtration de ce reméde , garantit
qu'ils ne sçauroient mieux placer leur
confiance.
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4612
p. 160-165
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens Correspondans de M. Keyser.
Début :
M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine. M. Fournier, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens Correspondans de M. Keyser.
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens
Correspondans de M. Keyser.
M. Imbert, Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier, Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine.
M. Goulard, Chirurgien
:
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'A-
cadémie des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
l'Hôpital du Roi.
rité.
enChirurgie,
de
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
Les RR. PP. de la Cha-
M. Defmoulins , MaîtreS àlaRochelle
AVRIL. 1764.
161
M. Razoux ,Docteur enMédecine.
àNifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges-
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
àNantes.
M. Piers , Docteur en Médecine.
13
àTroyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine.
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles
M. Daffieu , Docteur enMédecine.....
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur enMédecine.
à Saumur...
M. Leriche, Chirurgien Major.
grave de Bareith .
à Strasbourg.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
M. Leguai , Chirurgien de
feu S. A. S. M. le Mar-
&de Marine.
à Landau.
MM. Demontreux & Duval , Chirur-
giens Majors des Hôpitaux Militaires
àBreft.
162 MERCURE DE FRANCE.
M. Souville , Chirurgien
Major de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien
Majorde Bearn.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
M. Lepage, Maître en Chi-
M. Planoque, Chirurgien Ma-
àCalais.
M. Maret , Maître en Chirurgie. àDijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine,Chirurgien àBordeaux
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
rurgie.
jor.
àToulouse.
M. Warocquier, Chirurgien.
àCaen
M. Guillon , Maître en Chir. à Orléans.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
Chirurgie.
M. Tenebre ,
Ma-3d
à Lille
aEtampes.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
à S.Malo.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
àRennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
M. le Chauve
res.
àAngers.
àTours.
auPuy.
MM. Toujan , Chirurgiens&Apoticai
à l'Orient.
AVRIL. 1764.
163
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
rurgie.
gienMajor.
Major d'Artois.
à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , ChirurgienMajor.
M. Beauregard, Chirur-
àBefinçon.
M. Michel , Chirurgien àPerpignan.
M. Moffier, ChirurgienMajor.
àAvesnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Miſaibel , ChirurgienMajor.
1
àNanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
Chirurgie.
au Mans.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie...
à Dunkerque.
M. Ponthier, Maître en Chirurgie.
àAix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
àAvignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
àRochefort.
M. Durand, ancien Chirurgien Major.
àArras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
àPoitiers.
64 MERCURE DE FRANCE.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie.
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
M. Briffet , Chirurgien.
àMarseille.
M. Ferrand, Maître en Chirurgie.
M. le Docteur Cooper.
à Narbonne.
M. Frannié , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien.
àGraffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
àAuxonne.
à Londres!
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
desArmées , ſeul Correſpondant.
M. Soulas.
M. Naudinat , Médecin.
àMadrid.
M. Akrell,Chirurgien Major. à Stokolm.
MM. Guyot , Finc & Deharfu ,
Maîtres en Chirurgie.
àGenève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
M. Bikker , Médecin.
àBruxelles.
M. Lecat, Médecin & ChirurgienMajor.
àGand.
àRotterdam.
àFlorence.
à Cadix
AVRIL. 1764.
M. Breydel , Chymiſte.
M. Laborye , Chirurgien.
M. Pujoll.
165
àBruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien. àS. Domingue.
àConstantinople.
Correspondans de M. Keyser.
M. Imbert, Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier, Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine.
M. Goulard, Chirurgien
:
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'A-
cadémie des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
l'Hôpital du Roi.
rité.
enChirurgie,
de
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
Les RR. PP. de la Cha-
M. Defmoulins , MaîtreS àlaRochelle
AVRIL. 1764.
161
M. Razoux ,Docteur enMédecine.
àNifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges-
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
àNantes.
M. Piers , Docteur en Médecine.
13
àTroyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine.
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles
M. Daffieu , Docteur enMédecine.....
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur enMédecine.
à Saumur...
M. Leriche, Chirurgien Major.
grave de Bareith .
à Strasbourg.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
M. Leguai , Chirurgien de
feu S. A. S. M. le Mar-
&de Marine.
à Landau.
MM. Demontreux & Duval , Chirur-
giens Majors des Hôpitaux Militaires
àBreft.
162 MERCURE DE FRANCE.
M. Souville , Chirurgien
Major de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien
Majorde Bearn.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
M. Lepage, Maître en Chi-
M. Planoque, Chirurgien Ma-
àCalais.
M. Maret , Maître en Chirurgie. àDijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine,Chirurgien àBordeaux
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
rurgie.
jor.
àToulouse.
M. Warocquier, Chirurgien.
àCaen
M. Guillon , Maître en Chir. à Orléans.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
Chirurgie.
M. Tenebre ,
Ma-3d
à Lille
aEtampes.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
à S.Malo.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
àRennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
M. le Chauve
res.
àAngers.
àTours.
auPuy.
MM. Toujan , Chirurgiens&Apoticai
à l'Orient.
AVRIL. 1764.
163
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
rurgie.
gienMajor.
Major d'Artois.
à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , ChirurgienMajor.
M. Beauregard, Chirur-
àBefinçon.
M. Michel , Chirurgien àPerpignan.
M. Moffier, ChirurgienMajor.
àAvesnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Miſaibel , ChirurgienMajor.
1
àNanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
Chirurgie.
au Mans.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie...
à Dunkerque.
M. Ponthier, Maître en Chirurgie.
àAix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
àAvignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
àRochefort.
M. Durand, ancien Chirurgien Major.
àArras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
àPoitiers.
64 MERCURE DE FRANCE.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie.
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
M. Briffet , Chirurgien.
àMarseille.
M. Ferrand, Maître en Chirurgie.
M. le Docteur Cooper.
à Narbonne.
M. Frannié , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien.
àGraffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
àAuxonne.
à Londres!
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
desArmées , ſeul Correſpondant.
M. Soulas.
M. Naudinat , Médecin.
àMadrid.
M. Akrell,Chirurgien Major. à Stokolm.
MM. Guyot , Finc & Deharfu ,
Maîtres en Chirurgie.
àGenève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
M. Bikker , Médecin.
àBruxelles.
M. Lecat, Médecin & ChirurgienMajor.
àGand.
àRotterdam.
àFlorence.
à Cadix
AVRIL. 1764.
M. Breydel , Chymiſte.
M. Laborye , Chirurgien.
M. Pujoll.
165
àBruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien. àS. Domingue.
àConstantinople.
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4613
p. 165-167
MUSIQUE.
Début :
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del Signor Van Malder, no. 14, del Signor [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del
Signor Van Malder, no. 14, del Signor
Heyden , nº. 15 , del Signor Back , nº.
16 , del Signor Pteiffer , nº. 17 , delSi-
gnorHchetky , nº. 18 , delSign. Frantzl.
Prix i liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compoſent l'Euvre
XIV di vari Autori, Elles ſont intitulées,
les Noms inconnus, & ſe peuvent exécu-
ter à quatre parties.
Les fix enſemble ſe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier, ſeul Editeur deſdits
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre,
vis -à -vis le Château - d'eau , & aux
adreſſes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violon-
:
cello del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12.f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très-aiſés , & peuvents'exécu
ter àdeux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les Œuvres annoncées ci-def-
fus avec celles qui ont déja paru ſous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la cor-
rection , à la beauté & à la propreté de
la gravure , eſt digne de l'empreſſement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. A. Madame la Comtesse de
Brionne , compoſées par M. Leontzi
Honaiier. Livre II. Prix en blanc 9 liv.
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubiſe , vieille rue du Temple , & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Cinquiéme Recueil des RÉCRÉA-
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'A -
riettes , Muſettes, Parodies , &c. dédiées
au Beau-Séxe. Recueillis & mis en or-
dre par M. le Loup , Maître de Flûte.
Prix, 3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreſſes ordinaires de Muſique.
• Ce nouveau Recueil eſt auſſi varié &
auſſi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764
167
LES CHARMES DE L'HARMONIE ,
Ariette deBaffe-taille ou de Taille , chan-
tée dans les deux Talens , Comédie
mife en Muſique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréſentée par les Comé
diens.Italiens ordinaires du Roi. Prix,21,
8fols.
LE CŒUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix I liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del
Signor Van Malder, no. 14, del Signor
Heyden , nº. 15 , del Signor Back , nº.
16 , del Signor Pteiffer , nº. 17 , delSi-
gnorHchetky , nº. 18 , delSign. Frantzl.
Prix i liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compoſent l'Euvre
XIV di vari Autori, Elles ſont intitulées,
les Noms inconnus, & ſe peuvent exécu-
ter à quatre parties.
Les fix enſemble ſe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier, ſeul Editeur deſdits
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre,
vis -à -vis le Château - d'eau , & aux
adreſſes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violon-
:
cello del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12.f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très-aiſés , & peuvents'exécu
ter àdeux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les Œuvres annoncées ci-def-
fus avec celles qui ont déja paru ſous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la cor-
rection , à la beauté & à la propreté de
la gravure , eſt digne de l'empreſſement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. A. Madame la Comtesse de
Brionne , compoſées par M. Leontzi
Honaiier. Livre II. Prix en blanc 9 liv.
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubiſe , vieille rue du Temple , & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Cinquiéme Recueil des RÉCRÉA-
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'A -
riettes , Muſettes, Parodies , &c. dédiées
au Beau-Séxe. Recueillis & mis en or-
dre par M. le Loup , Maître de Flûte.
Prix, 3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreſſes ordinaires de Muſique.
• Ce nouveau Recueil eſt auſſi varié &
auſſi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764
167
LES CHARMES DE L'HARMONIE ,
Ariette deBaffe-taille ou de Taille , chan-
tée dans les deux Talens , Comédie
mife en Muſique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréſentée par les Comé
diens.Italiens ordinaires du Roi. Prix,21,
8fols.
LE CŒUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix I liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
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4614
p. 167-173
« LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...] »
Début :
LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...] »
LE Mardi 21 Février, les Comédiens
François représentèrent l'Andrienne,
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu SrBARON (de 1703), dans laquelle
le SrGRANDVALjouale rôle de Cimon,
la Dile PRÉVILLE jouoitle rôle de Gli-
cerie, &c.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour feconde Piéce , on donna I
Comtesse d'Efcarbagnas , Comédie d
MOLIERE , en un Acte & en prof
(de 1672).
Le lendemain 22 , on éxécuta deu
Actes d'Opéra ; ſçavoir , la Musique
ſeconde Entrée du Ballet des Talens Ly
riques , Poëme d'un Anonyme ,Muſiqu
de M. RAMEAU ; & la Provençale
Comédie-Ballet en un Acte , Poëme d
feu M. de la FOND , Muſique de feuM
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dile LARRIVÉE chanta le rôle d'I
phife, & le Sr LARRIVÉE celuide Tirté.
La Dlle LANI y danſoit les principales
Entrées en Prêtreſſe. La Dile GUIMARD
en Lacédémonienne. Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dile ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dile Cou-
PÉE , de la Muſique du Roi ,& Penfion-
naire de l'Académie Royalede Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneſſe de voix , le même agrément &
le même art , que lorſqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécu-
tion des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent ſemblent ſe per
dr
AVRIL. 1764.
169
dre tous les jours , pour faire place a
d'autres parties uniquement muficales
,
qui ont fans doute leur prix, mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige.
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danſa les pas ſeuls du
Ballet dans le caractère Provençal.
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréſentèrent Idomenée, Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. (a )
La petite Piéce qui ſuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Acte & en
proſe de MOLIERE ( 1665. ).
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréſentèrentle Légataire, Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
(1706).
La grande Piéce fut ſuivie des Pré-
cieuses Ridicules , Comédie en un Acte
deMOLIERE (de 1659 ). La Dile FA-
NIER y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 29 , les Comédiens Ita-
liens repréfentèrent le Diable à quatre ,
Opéra- Comique en trois Actes , avec
des Divertiſſemens , qui fut précédé du
( a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , ce-
lui de la Comédie Françoiſe.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Gondolier Vénitien , petite Piéce Ita-
lienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréſentèrent Rhadamiste ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
(1711 ). Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade, Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ).
Le Mardi 6 , dernier jour du Carna-
val ,
les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoiſe imitée
d'une Comédie Italienne de M. GOL-
DONI. Pour ſeconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée, Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'ya point eu deSpectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréſentèrent Phedre, Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
La Dile DOLIGNY joua le rôle d'A-
ricie. Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique. Elle
porta dans ce rôle intéreſſant le charme
d'un naturel touchant & ſenſible , qui
forme le caractère de ſon talent , & qui
ſemble attaché aux infléxionsde ſa voix,
ainſi qu'à toute ſon action theatrale. Le
temps & l'exercice paroiſſent fortifier en
ellel'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL. 1764.
171
Après la Tragédie , on donna pour
petite Pièce l'Amateur , Comédie nou-
velle de M. BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui futjouée , ainſi qu'à Pa-
ris , avec tout le feu & tout l'agrément
poffible. ( b )
Le Mardi 13 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent la Surpriſe de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en proſe de
feu M. de MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur GRANGER celui du
Comte , la Dile PRÉVILLE celui de la
Marquise , le Sr PRÉVILLE celui du
Pédant, la Dile le KAIN lerôle de Li-
fette , & le Sr ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comé-
die , dont on ſcait combien les princi-
pauxrôles éxigentde talens.
La ſeconde Piéce fut Dupuis & Def-
ronais , Comédie en trois Actes , & en
vers de M. COLLÉ, la Demoiselle Pré-
ville y jouoit le rôle de Marianne
genre dans lequel cette Actrice a jour-
nellement de nouveaux ſuccès , & qui
conſtate en ellele grand talent.
Le Mercredi 14 , les Comédiens Ita-
liens exécuterent le Maître de Muſique ,
( b ) -Voyez ci-après l'Article de Paris ſur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
&le Cadi dupé, Comédies mêlées d'A-
ricttes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréſentérent le Glorieux ,
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BEL-
LECOUR , celui de Valère par le Sieur
MOLÉ , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD. Le rôle d'Isabelle par
la Dile PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dile DOLIGNI . Les Srs PRÉVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pasquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribu-
tion de rôles , parce qu'elle eſt la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précé-
dens à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelques-
uns des Acteurs , nouveaux dans les rô-
les de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiſtante des talens fupérieurs pour cha-
cun deſquels cette Piéce ſemble avoir
été compofée.
La ſeconde Piéce fut l'Epoux par
fupercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764.
173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dile PREVILLE ,
par lamanière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
François représentèrent l'Andrienne,
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu SrBARON (de 1703), dans laquelle
le SrGRANDVALjouale rôle de Cimon,
la Dile PRÉVILLE jouoitle rôle de Gli-
cerie, &c.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour feconde Piéce , on donna I
Comtesse d'Efcarbagnas , Comédie d
MOLIERE , en un Acte & en prof
(de 1672).
Le lendemain 22 , on éxécuta deu
Actes d'Opéra ; ſçavoir , la Musique
ſeconde Entrée du Ballet des Talens Ly
riques , Poëme d'un Anonyme ,Muſiqu
de M. RAMEAU ; & la Provençale
Comédie-Ballet en un Acte , Poëme d
feu M. de la FOND , Muſique de feuM
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dile LARRIVÉE chanta le rôle d'I
phife, & le Sr LARRIVÉE celuide Tirté.
La Dlle LANI y danſoit les principales
Entrées en Prêtreſſe. La Dile GUIMARD
en Lacédémonienne. Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dile ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dile Cou-
PÉE , de la Muſique du Roi ,& Penfion-
naire de l'Académie Royalede Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneſſe de voix , le même agrément &
le même art , que lorſqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécu-
tion des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent ſemblent ſe per
dr
AVRIL. 1764.
169
dre tous les jours , pour faire place a
d'autres parties uniquement muficales
,
qui ont fans doute leur prix, mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige.
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danſa les pas ſeuls du
Ballet dans le caractère Provençal.
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréſentèrent Idomenée, Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. (a )
La petite Piéce qui ſuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Acte & en
proſe de MOLIERE ( 1665. ).
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréſentèrentle Légataire, Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
(1706).
La grande Piéce fut ſuivie des Pré-
cieuses Ridicules , Comédie en un Acte
deMOLIERE (de 1659 ). La Dile FA-
NIER y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 29 , les Comédiens Ita-
liens repréfentèrent le Diable à quatre ,
Opéra- Comique en trois Actes , avec
des Divertiſſemens , qui fut précédé du
( a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , ce-
lui de la Comédie Françoiſe.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Gondolier Vénitien , petite Piéce Ita-
lienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréſentèrent Rhadamiste ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
(1711 ). Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade, Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ).
Le Mardi 6 , dernier jour du Carna-
val ,
les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoiſe imitée
d'une Comédie Italienne de M. GOL-
DONI. Pour ſeconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée, Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'ya point eu deSpectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréſentèrent Phedre, Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
La Dile DOLIGNY joua le rôle d'A-
ricie. Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique. Elle
porta dans ce rôle intéreſſant le charme
d'un naturel touchant & ſenſible , qui
forme le caractère de ſon talent , & qui
ſemble attaché aux infléxionsde ſa voix,
ainſi qu'à toute ſon action theatrale. Le
temps & l'exercice paroiſſent fortifier en
ellel'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL. 1764.
171
Après la Tragédie , on donna pour
petite Pièce l'Amateur , Comédie nou-
velle de M. BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui futjouée , ainſi qu'à Pa-
ris , avec tout le feu & tout l'agrément
poffible. ( b )
Le Mardi 13 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent la Surpriſe de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en proſe de
feu M. de MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur GRANGER celui du
Comte , la Dile PRÉVILLE celui de la
Marquise , le Sr PRÉVILLE celui du
Pédant, la Dile le KAIN lerôle de Li-
fette , & le Sr ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comé-
die , dont on ſcait combien les princi-
pauxrôles éxigentde talens.
La ſeconde Piéce fut Dupuis & Def-
ronais , Comédie en trois Actes , & en
vers de M. COLLÉ, la Demoiselle Pré-
ville y jouoit le rôle de Marianne
genre dans lequel cette Actrice a jour-
nellement de nouveaux ſuccès , & qui
conſtate en ellele grand talent.
Le Mercredi 14 , les Comédiens Ita-
liens exécuterent le Maître de Muſique ,
( b ) -Voyez ci-après l'Article de Paris ſur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
&le Cadi dupé, Comédies mêlées d'A-
ricttes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréſentérent le Glorieux ,
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BEL-
LECOUR , celui de Valère par le Sieur
MOLÉ , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD. Le rôle d'Isabelle par
la Dile PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dile DOLIGNI . Les Srs PRÉVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pasquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribu-
tion de rôles , parce qu'elle eſt la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précé-
dens à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelques-
uns des Acteurs , nouveaux dans les rô-
les de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiſtante des talens fupérieurs pour cha-
cun deſquels cette Piéce ſemble avoir
été compofée.
La ſeconde Piéce fut l'Epoux par
fupercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764.
173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dile PREVILLE ,
par lamanière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
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4615
p. 173-175
OPERA.
Début :
ON a continué Castor & Pollux, avec tout le succès que mériteront toujours [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
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4616
p. 187-194
REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Début :
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est le même sur lequel un grand homme essaya ses [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
REMARQUES
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
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4617
p. 194-195
« Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Début :
Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Le 3 Mars on a donné la première
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
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4618
p. 195
« Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Début :
Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Le 17 Mars, on a donné la première
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
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4619
p. 196-197
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première Représentation de Rose & Colas, [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
197
a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
197
a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
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4620
p. 197
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
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4621
p. 198-199
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Début :
Nous avons annoncé dans le précédent Mercure, une des Piéces de ce [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Nous avons annoncé dans le précédent
Mercure, une des Piéces de ce
Théâtre intitulée la Veuve , Comédie en
un Acte & en Profe. Elle doit faire la
première Piéce du Recueil. Le Roffi-
gnol , Comédie en un Acte en Profe &
Vaudeville fait la ſeconde. Elles ſe trou-
vent l'une & l'autre chez Duchesne,rue
S. Jacques. La muſique ou le chant des
Vaudevilles du Rofſignol , eſt imprimée
dans la même Brochure in- 12.
Ces deux Piéces , que nos Lecteurs
nous ſçauront gré de leur avoir indi-
quées , n'ont été composées que pour
être jouées dans des maiſons particuliè-
res. Nous ſommes perfuadés qu'après la
lecture de ces Piéces , on jugera que
l'avis impriméde l'Auteur, quiles précé-
de,eſtplusun effetde ſa modeſtie qu'une
précaution de ſon amour-propre. Nous
nedonnerons d'analyſe en formed'aucu-
ne de ces deux Piéces pour ne pas ef-
fleurer le plaifir que nous croyons qu'en
AVRIL . 1764.
199
doit produire la lecture. Nous nous bor-
nerons à en ex-poſer ſommairement le
Sujet, en yajoutant quelques réfléxions ,
qui ſouvent font utiles au progrès & à la
connoiſſance de l'Art , quand elles font
ſuggérées par les Ouvrages d'Auteurs
tels que celui de ces Comédies.
Les mêmes raiſons que nous avons
alléguées plus haut , nous mettent dans
la néceffitéde ſuſpendre ce travail juf-
qu'au deuxiéme volume de ce mois.
Nous en faiſons de très-fincères excuſes
& à l'Auteur & à nos Lecteurs.
THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Nous avons annoncé dans le précédent
Mercure, une des Piéces de ce
Théâtre intitulée la Veuve , Comédie en
un Acte & en Profe. Elle doit faire la
première Piéce du Recueil. Le Roffi-
gnol , Comédie en un Acte en Profe &
Vaudeville fait la ſeconde. Elles ſe trou-
vent l'une & l'autre chez Duchesne,rue
S. Jacques. La muſique ou le chant des
Vaudevilles du Rofſignol , eſt imprimée
dans la même Brochure in- 12.
Ces deux Piéces , que nos Lecteurs
nous ſçauront gré de leur avoir indi-
quées , n'ont été composées que pour
être jouées dans des maiſons particuliè-
res. Nous ſommes perfuadés qu'après la
lecture de ces Piéces , on jugera que
l'avis impriméde l'Auteur, quiles précé-
de,eſtplusun effetde ſa modeſtie qu'une
précaution de ſon amour-propre. Nous
nedonnerons d'analyſe en formed'aucu-
ne de ces deux Piéces pour ne pas ef-
fleurer le plaifir que nous croyons qu'en
AVRIL . 1764.
199
doit produire la lecture. Nous nous bor-
nerons à en ex-poſer ſommairement le
Sujet, en yajoutant quelques réfléxions ,
qui ſouvent font utiles au progrès & à la
connoiſſance de l'Art , quand elles font
ſuggérées par les Ouvrages d'Auteurs
tels que celui de ces Comédies.
Les mêmes raiſons que nous avons
alléguées plus haut , nous mettent dans
la néceffitéde ſuſpendre ce travail juf-
qu'au deuxiéme volume de ce mois.
Nous en faiſons de très-fincères excuſes
& à l'Auteur & à nos Lecteurs.
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4622
p. 124-125
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4623
p. 129-131
« OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
Début :
OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
GEUvREs de M. Rouſſeau de Gené
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
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Résumé : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
En 1764, une nouvelle édition des œuvres de Jean-Jacques Rousseau est publiée à Neuchâtel et à Paris. Disponible en formats in-8° et in-12°, elle est revue, corrigée et enrichie de morceaux inédits. Les précédentes éditions étaient incomplètes et défectueuses, ce qui avait provoqué des plaintes de l'auteur et du public. Cette édition inclut tous les ouvrages connus de Rousseau, ainsi que des écrits jamais publiés et des critiques auxquelles l'auteur a jugé bon de répondre. La qualité typographique est remarquable, avec un papier de belle qualité, des caractères nets, des dessins fins et des gravures de mérite. Présentée comme la plus belle, exacte et complète possible, elle contient un grand nombre de pièces. Pour éviter aux lecteurs d'acheter deux fois le même livre, les futurs ouvrages de Rousseau seront imprimés séparément dans le même format et ajoutés à cette édition. Les volumes renferment uniquement les œuvres diverses de Rousseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4624
p. 210-211
LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
Début :
Monsieur, Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de vous [...]
Mots clefs :
Fête, Récit
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
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4625
p. 109-119
SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Début :
SOIT X l'angle constant que j'ai trouvé par les contacts extérieurs de Vénus [...]
Mots clefs :
Vénus, Différence, Parallaxe, Table, Edmond Halley, Journal, Lieu, Passage, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Observation, Sortie, Durée, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
SUITE DU MÉMoIRE DE M.
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
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4626
p. 202
SERVICE.
Début :
Les Religieux de la Merci, au Marais, célébrérent, le 14 Mars, [...]
Mots clefs :
Religieux, Célébration, Ordre, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
S E R V I C E.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
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4627
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4628
p. 171
SERVICE.
Début :
On célébra à Versailles, le 12 Mai, dans l'Eglise Paroissiale [...]
Mots clefs :
Versailles, Église paroissiale, Louis XIII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
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4629
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4630
p. 196-200
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
J'espere, Monsieur, que dans la partie de votre Journal que vous réservez [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage, M. Turmeau, Maison des Turmea, Noblesse, Fortune, Médiocrité, Mariage, Famille, Énonciation, Vérité, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre datée du 24 mars 1764, adressée à l'auteur du Mercure, vise à rectifier des informations erronées concernant la famille de M. Turmeau de la Morandiere. L'auteur souhaite clarifier les origines et la noblesse de cette famille, souvent méconnues ou mal interprétées. La famille Turmeau porte le surnom de la Morandiere, issu d'un fief près de Romorantin. Elle est une ancienne famille noble, mentionnée dans le catalogue des familles nobles de Blois en 1682. Leur origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'ils aient été appelés en Berry par Louise d'Angoulême au début du XVIe siècle. Un fait avéré est que Jean Brachet, précepteur de François Ier, a marié l'une de ses filles à un ancêtre de M. de la Morandiere, lui transmettant ainsi un fief. Malgré des périodes de pauvreté et d'oubli, les Turmeau ont maintenu leur noblesse et ont souvent renouvelé leurs alliances avec d'autres familles nobles par des mariages. M. de la Morandiere revendique ainsi des droits au Collège de Boily grâce à ces alliances. La lettre souligne que, bien que la famille soit modeste, elle n'a jamais exercé de professions méprisables. Les Turmeau ont traditionnellement été impliqués dans la magistrature ou le barreau, et ont fait de nombreuses alliances prestigieuses. La mère du père de M. de la Morandiere était Charlotte de Bafoges de Boismaitre, petite-fille de Marguerite de Castelnau, sœur du Marquis de Castelnau, ambassadeur en Angleterre. L'auteur critique les erreurs trouvées dans diverses généalogies, notamment celles de Bernier, du rédacteur du Collège de Boily, et de l'Abbé Te Laboureur. M. de la Morandiere a fourni des preuves pour corriger ces erreurs, démontrant ainsi la continuité de sa lignée et ses droits nobles. Enfin, la lettre mentionne que la famille Turmeau a souvent été alliée à des maisons illustres et que des gentilshommes ont pris des alliances dans cette famille. Elle conclut en exprimant l'intention de M. de la Morandiere de réexaminer une exclusion de succession dans la branche Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4631
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4632
p. 204-205
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
Début :
Quoique les Gazettes étrangères, Monsieur, aient déjà fait mention d'un [...]
Mots clefs :
Gazettes étrangères, Nation, Héroïsme, Général Betski, Flatteries, Admirable, Modestie , Noblesse, Femme extraordinaire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
La lettre à M. de La Place relate un acte de générosité et d'humanité remarquable. L'auteur mentionne que des gazettes étrangères ont déjà parlé de cet acte et qu'il est chargé de transmettre deux lettres détaillant cet événement. Il souligne l'importance de célébrer l'héroïsme et les sentiments nobles dans les publications publiques. L'auteur exprime sa satisfaction de contribuer à perpétuer de telles actions et de prévenir l'oubli. Il admire particulièrement le général Betski et un inconnu qui lui a écrit en juillet 1754, soulignant leur enthousiasme et leur générosité. Il loue la modestie et la noblesse de l'inconnu, ainsi que la réussite de son entreprise. La lettre compare la situation des deux hommes à leur bonheur mutuel. L'auteur mentionne également une souveraine magnanime et une femme extraordinaire, Catherine, dont l'exemple a inspiré le général Betski et l'anonyme vertueux. Il exprime son admiration et sa reconnaissance envers Catherine, tout en se sentant indigne de faire son éloge. Il conclut en exprimant ses vœux plutôt que des louanges et signe la lettre 'De Bastide'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4633
p. 206-209
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Début :
Monsieur, N'ayant nullement l'avantage de vous être connu, je n'aurois pas pris [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Maison d'enfants, Joie, Établissement, Souverain, Honneur, Humanité, Patrie, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
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Résumé : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Un auteur anonyme écrit au Général Betski à Pétersbourg pour exprimer son admiration et son soutien à la création d'une Maison des Enfants trouvés et des Orphelins à Moscou, initiée par l'Impératrice Catherine II. L'auteur a appris cette initiative par un ami ayant des correspondances en Russie. L'Impératrice a financé le projet avec une somme initiale de cinq cent mille livres et une allocation annuelle de vingt-cinq mille livres, tandis que le Grand Duc a contribué cent mille livres. Les compatriotes de Betski ont également apporté des donations annuelles, rendant cet établissement l'un des mieux fondés en Europe. L'auteur souligne que Betski a adapté les meilleures pratiques des établissements publics au gouvernement, aux mœurs et au climat de la Russie. Il exprime sa joie et son admiration pour cette initiative humanitaire et offre une contribution financière via M. Clifford. L'auteur encourage Betski à persévérer malgré les obstacles et les difficultés inévitables dans les débuts de telles entreprises. La lettre se conclut par des vœux de succès et de reconnaissance pour l'œuvre entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4634
p. 209-212
RÉPONSE à l'ANONYME.
Début :
Monsieur, Que la nouvelle d'un Etablissement fait à Moscou [...]
Mots clefs :
Établissement, Moscou, Orphelins, Générosité, Honneur, Auguste souveraine, Écoles, Admiration, Estime
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'ANONYME.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
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Résumé : RÉPONSE à l'ANONYME.
L'auteur répond à un anonyme ayant informé de la création à Moscou d'un établissement pour les enfants trouvés et les orphelins. Il exprime son admiration pour cette initiative et regrette de ne pas connaître l'auteur de cette nouvelle. Il respecte le désir de l'anonyme de rester caché mais souligne l'importance de reconnaître les actions vertueuses. L'auteur mentionne plusieurs projets humanitaires et éducatifs initiés par la souveraine, tels que la fondation d'une communauté pour jeunes filles nobles, la création d'une académie pour jeunes artistes, et l'établissement d'écoles publiques et d'asiles pour les infirmes dans toutes les provinces de l'empire. Il conclut en exprimant son zèle et son admiration pour les vertus de l'anonyme et son désir de voir plus d'hommes suivre son exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4635
p. 193-194
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le Roi vient de nommer quatre Commissaires à l'effet d'examiner [...]
Mots clefs :
Nomination, Commissaires, Ouvrage, Académie royale des belles-lettres, Membres, Censeur royal, Assemblée, Jugement, Public
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Le 17 juillet 1764, à Compiègne, le Roi a nommé quatre commissaires pour examiner l'ouvrage de M. Barletti de Saint-Paul intitulé 'Institutions nécessaires, ou Corps complet d'éducation pratique & relative'. Cet ouvrage propose une méthode d'étude et d'enseignement des sciences adaptée aux deux sexes, à tous les âges et à tous les états. Les commissaires désignés sont M. Bonamy, historiographe et bibliothécaire de Paris, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres, M. DeGuignes, membre de cette académie et professeur royal, M. Londres, interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, M. De Montcarville, censeur royal pour les mathématiques, et M. De Passe, censeur royal pour l'histoire ancienne et gouverneur de M. de Saint-Farjeau. La première assemblée des commissaires est prévue pour le lundi 30 juillet chez M. De Montcarville. Le jugement des commissaires sera également rendu public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4636
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4637
p. 152-153
« LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
Début :
LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
LETTRES d'un jeune homme , avec
cette Epigraphe : O sentiment , fentiment
, douce vie de l'âme ! Rousseau de
Genève. A la Haye , 1765. Brochure
in-12. de 120 pages.
Laplupartde ces Lettres avoient paru
fucceffivement dans quelques volumes
du Mercure , & nous avons cru voir
que le Public les liſoit avec plaifir.
L'Auteur a penſé qu'il convenoit de
les réunir en un corps d'Ouvrage , &
d'en former une Brochure qui ne peut
SEPTEMBRE. 1764. 153
manquer d'être bien accueillie. On y
trouve de ce ſentiment qui ne nuit point
à l'eſprit , & que les gens de goût lui
préférent.
cette Epigraphe : O sentiment , fentiment
, douce vie de l'âme ! Rousseau de
Genève. A la Haye , 1765. Brochure
in-12. de 120 pages.
Laplupartde ces Lettres avoient paru
fucceffivement dans quelques volumes
du Mercure , & nous avons cru voir
que le Public les liſoit avec plaifir.
L'Auteur a penſé qu'il convenoit de
les réunir en un corps d'Ouvrage , &
d'en former une Brochure qui ne peut
SEPTEMBRE. 1764. 153
manquer d'être bien accueillie. On y
trouve de ce ſentiment qui ne nuit point
à l'eſprit , & que les gens de goût lui
préférent.
Fermer
Résumé : « LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
La brochure 'Lettres d'un jeune homme', publiée à La Haye en 1765, compile des lettres parues dans le Mercure. Elle contient 120 pages au format in-12 et offre une lecture continue et agréable. Ces lettres, appréciées pour leur enrichissement spirituel, ont suscité l'intérêt du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4638
p. 106-109
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
Début :
CETTE Epitre a principalement pour objet, l'éducation qu'un Père [...]
Mots clefs :
Fils, Vieillard, Éducation, Vertus, Gloire, M. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
ÉPITRE d'un Père à fon Fils , fur
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
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Résumé : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
L'épître 'd'un Père à son Fils' de Nicolas de Chamfort, publiée en 1764, aborde l'éducation que doit recevoir un enfant de la part de son père. L'auteur, se présentant sous la forme d'un vieillard, critique sévèrement les collèges et pensions, qu'il compare à des prisons où les préjugés et les erreurs sont transmis. Il recommande une éducation dirigée par le père lui-même, en accord avec les idées de Jean-Jacques Rousseau. Le vieillard insiste sur l'importance de profiter des premiers moments de raison de l'enfant pour poser les fondements de ses vertus et lui apprendre à discerner les vrais biens des vrais maux. Il met en garde contre les passions, notamment l'instinct de reproduction, et prône un amour conjugal basé sur les vertus. Après avoir guidé son fils jusqu'au mariage, le vieillard lui enseigne à rechercher la véritable gloire dans l'utilité publique, en distinguant cette forme de gloire de celle qui conduit aux crimes et aux maximes perverses. Cette œuvre a été récompensée par l'Académie Française pour son ton philosophique et sentimental.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4638
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
4639
p. 211-214
FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Début :
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier, & fut complimenté le lendemain [...]
Mots clefs :
Fête, République de Venise, Prince, Bâtiment, Cérémonie, Épousailles de la mer, Magnificence, Dorures, Baldaquin, Couleurs, Argent, Illustrations, Ornements, Vénus, Bateaux, Inscriptions, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
FESTES PUBLIQUES .
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
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Résumé : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Le texte relate les festivités organisées à Venise en l'honneur du Duc d'Yorck. Le Duc est arrivé le 26 du mois précédent et a été accueilli par des députés de la République. Le 29, il a visité l'Arsenal où les ouvriers ont présenté des démonstrations de leur métier. Le 31, en raison du mauvais temps, la cérémonie des épouvantails de la mer a été reportée au dimanche suivant. Ce même jour, les députés ont offert un grand repas au Duc sur l'île de Muran. Le 3, la cérémonie des épouvantails de la mer a eu lieu avec une grande magnificence et une affluence considérable d'étrangers. Le 4, à l'occasion de l'anniversaire du Roi d'Angleterre, les députés ont organisé une régate, une fête réservée aux grandes occasions et qui n'avait pas été donnée depuis 1740. Neuf grandes barques décorées d'emblèmes et de figures allégoriques ont participé à la course. Chaque barque représentait un élément naturel ou une divinité. La course a impliqué divers types de bateaux et de gondoles, manœuvrés par des hommes et des femmes. La course s'est déroulée sur une distance d'environ quatre mille quatre cents pas vénitiens, avec un point de retournement près de l'église de la Croix. La 'Machine', un édifice orné, représentait le Palais de la Joie et était décoré de figures allégoriques. Les fenêtres du grand Canal étaient ornées de tapis et remplies de spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4640
p. 148-149
De CADIX, le 14 Août 1764.
Début :
Ces jours derniers, on a débarqué ici un cadavre enseveli [...]
Mots clefs :
Cadavre, Cavernes, Sépulture, Conquête des Indes, Visage, Académie royale de chirurgie, Madrid, Vases
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texteReconnaissance textuelle : De CADIX, le 14 Août 1764.
De CADIZ , le 14 Août 1764.
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
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Résumé : De CADIX, le 14 Août 1764.
Le 14 août 1764, à Cadix, un cadavre emmailloté dans une peau semblable à celle d'un ours a été découvert dans des cavernes des îles Canaries. Plusieurs autres cadavres similaires ont été trouvés dans ces mêmes cavernes, utilisées comme sépultures avant la conquête des îles en 1407 par Jean de Betancourt et en 1483 par Pierre de Vera. Les chairs du cadavre, bien que desséchées, sont dures comme du bois, donnant l'apparence d'une pétrification. Le visage présente les traits d'un jeune homme sans détérioration visible. Le ventre n'est pas affaissé, suggérant une mort récente. Le cadavre a été envoyé à Madrid pour être déposé à l'Académie Royale de Chirurgie, accompagné de vases et d'un petit moulin à main trouvés dans la même caverne. Ces objets indiquent que les anciens habitants des îles Canaries avaient la coutume d'enterrer des récipients contenant des liquides et des grains avec les morts.
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4641
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
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texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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4642
p. 182-184
AU PUBLIC.
Début :
MESSIEURS, Vous êtes les Juges & les Protecteurs des Talens : [...]
Mots clefs :
Talents, Hommages, Ballets, Conseils, Poèmes, Danseurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU PUBLIC.
AU PUBLIC.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
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Résumé : AU PUBLIC.
L'auteur s'adresse aux juges et protecteurs des talents, reconnaissant leur rôle dans l'encouragement des artistes. Il mentionne avoir présenté des ballets héroïques en 1758, tels que 'Télémaque dans l'Ile de Calypso', 'le Sultan généreux' et 'la Dispute des Faunes & des Bergers'. Aujourd'hui, il présente 'Ulysse dans l'Ile de Circé', un genre de ballet peu connu à Paris, nécessitant une exposition, une intrigue, des situations et un dénouement. L'auteur exprime ses efforts pour réunir ces éléments essentiels et sa gratitude pour les suffrages reçus, tout en reconnaissant que ses œuvres sont loin de la perfection. Il souligne la difficulté croissante de la composition et de l'exécution de ces ballets, nécessitant de l'âme, du sentiment et de la pratique. Il appelle à l'indulgence pour les danseurs et danseuses, habitués à de petits divertissements, mais désireux de s'améliorer. L'auteur sollicite le soutien du public pour ces artistes et exprime son espoir de succès grâce à son travail assidu et son dévouement à satisfaire les volontés du public.
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4643
p. 184-185
ACTEURS DU BALLET.
Début :
ULYSSE, Roi d'Itaque M.Pitrot, l'aîné. CIRCÉ, Fille du Soleil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTEURS DU BALLET.
ACTEURS DU BALLET.
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
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Résumé : ACTEURS DU BALLET.
Le ballet présente Ulysse, roi d'Ithaque, joué par M. Pitrot, et Circé, magicienne, interprétée par Mme Pitrot. Les rôles secondaires incluent les chefs des matelots, les guerriers de la suite d'Ulysse, les nymphes compagnes de Circé, et les petits amours. La représentation a eu lieu en novembre 1764.
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4644
p. 185-186
Première Décoration du Ballet.
Début :
Le Théâtre représente, sur le devant, une grande Fôret parsemée [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre, Forêt, Mer, Jardin, Palais, Ulysse, Circé
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texteReconnaissance textuelle : Première Décoration du Ballet.
Première Décoration du Ballet.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
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4645
p. 186-190
ARGUMENT.
Début :
Ulysse, Roi d'Ithaque, fut un de ceux qui contribuerent le plus [...]
Mots clefs :
Ulysse, Circé, Vaisseaux, Magicienne, Guerriers, Bêtes féroces, Mer, Îles, Désir, Amour
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texteReconnaissance textuelle : ARGUMENT.
ARGUMENT.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
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Résumé : ARGUMENT.
Le texte narre les péripéties d'Ulysse, roi d'Ithaque, après la chute de Troie, alors qu'il tente de regagner sa patrie. Son voyage le conduit sur une île habitée par Circé, une enchanteresse. Avant de débarquer, Ulysse envoie des compagnons en reconnaissance. Ces derniers, accueillis par Circé, consomment un breuvage qui les transforme en statues ou en bêtes féroces. Inquiet de leur absence, Ulysse part à leur recherche. Sa chaloupe se métamorphose en char tiré par des chevaux marins, et il est accueilli par Circé et ses nymphes dans un lieu enchanté. Ulysse, méfiant, feint d'être amoureux de Circé pour gagner sa confiance. Il découvre alors que ses compagnons ont été métamorphosés et utilise une ruse pour obtenir la baguette magique de Circé, permettant ainsi de libérer ses hommes. La flotte d'Ulysse repart, laissant Circé désemparée. Cette dernière invoque un char tiré par des dragons ailés pour poursuivre Ulysse.
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4646
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
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4647
p. 197-199
SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Début :
AUTANT le traitement de la Goutte effrayoit ceux qui en font affligés, [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède, Maux, Soulagement, Poudre balsamique, Baume végétal, Effets positifs, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
SUPPLÉMENT à l'Art . des Sciences
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Le texte, rédigé par C. de Mongerbet, médecin du Roi, traite du traitement de la goutte, une maladie douloureuse et invalidante. Mongerbet propose une méthode douce et méthodique, éprouvée au fil des années. Il recommande l'utilisation de la Poudre balfantique, infusée dans de l'eau ou une eau de veau, pour calmer les accès violents et favoriser l'élimination des toxines par les urines et la transpiration. Ce remède prévient également la formation de nodules et les crises suivantes, à condition d'un usage attentif. Le Baume végétal est suggéré pour améliorer la digestion, renforcer l'organisme et éloigner les accès sans effet chauffant, tout en étant antiscorbutique. Cependant, son efficacité peut être réduite chez ceux qui ne suivent pas les recommandations ou ont des complications non déclarées. Mongerbet affirme posséder une connaissance approfondie des remèdes européens et vise à rendre le traitement de la goutte aussi familier que celui des fièvres intermittentes. Il insiste sur la nécessité de consulter précisément et de manière franche. Il loge rue du Gros Chenet, Quartier Montmartre, à Paris, et ne reçoit que des lettres affranchies.
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4648
p. 123
« EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
Début :
EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Éducation chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
EMILE Chrétien , confacré à l'utilité
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
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Résumé : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
L'ouvrage 'EMILE Chrétien, conféré à l'utilité publique' de M. Formey, publié en 1764 à Berlin, réfute la doctrine de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation. Composé de quatre volumes, il est disponible chez plusieurs libraires à Paris.
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4649
p. 206
SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Début :
On a oublié de dire que M. Leclair avoit eu la Médaille de Lyon, [...]
Mots clefs :
Médaille, Ambassadeur extraordinaire, Composition, Concert
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
SUPPLÉMENT à la Lettre inférée dans
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Le document, supplément à une lettre du Mercure de Novembre, mentionne Jean-Baptiste Leclair, premier symphoniste du Roi, qui a reçu la Médaille de Lyon grâce à l'Infant Don Philippe. Leclair a un élève, Geoffroy, qu'il forme au violon et à la composition. Geoffroy, appartenant à M. le Duc de Gramont, publiera bientôt l'ariette du Loup.
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4650
p. 206-208
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Début :
Le Rossignol de Cythère, ou le langage du Coeur. - Le Triomphe de Bacchus, Almanach. [...]
Mots clefs :
Almanach, Nouveautés, Tablettes, Calendriers, Libraire
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
SUPPLEMENT à l'Article des Nou
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Le document est un supplément aux Nouvelles Littéraires, listant divers almanachs et publications pour l'année 1764. Parmi les titres notables figurent 'Le Roffignol de Cythère', 'Le Triomphe de Bacchus', 'Le nouveau Chanfonnier', 'Les Prophéties galantes', 'Le Calendrier perpétuel', 'Etrennes d'Apollon' et 'Le Calendrier des Amours'. Ces publications couvrent des sujets variés tels que la poésie, la musique, des guides pratiques et des collections lyriques. Les almanachs sont disponibles chez Grangé & Dufour, imprimeurs-libraires au Cabinet Littéraire sur le Pont Notre-Dame, ainsi que chez Guyllin, libraire au quai des Augustins. Le 'petit Tableau de l'Univers' pour 1765, détaillant les pays, villes, routes et gouvernements, est également mentionné et vendu 2 livres relié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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