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p. 106-156
NEUVIÉME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr Comiers, d'Ambrun, Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
Nous avons démontré dans les Traitez précedens, comment la Baze [...]
Mots clefs :
Lunettes, Rayon, Optique, Image, Verres, Construction, Télescopes, Radiation, Rétine, Diaphragme, Objectifs, Clarté, Binocles, Savant, Définition, Avantages, Auteur, Livres, Instruments, Vision, Microscope, Yeux, Soleil, Astres, Physique, Observation, Expérience, Roi de France, D. Chorez
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texteReconnaissance textuelle : NEUVIÉME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr Comiers, d'Ambrun, Professeur des Mathematiques à Paris.
NEUVIE' ME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M² Comiers , d'Ambrun, Profeffeur
des Mathematiques à Paris.
NOU
Ous avons demontré dans
lesTraitez précedens, comment
la Baze du cone des rayons
de la Radiation particuliere émanée
de chaque point de l'objet,
eftant entrée dans l'oeil par l'ouverture
de la prunelle , & penétré
jufques fur l'humeur Chriftallin :
du Mercure Galant. 107
qui eft convexe des deux coftez,
les rayons de la Radiation de
chaque point de l'objet , forment
, par la réfraction qu'ils
fouffrent en penétrant le Criftallin
, leur cone renverfé , ou
pinceau optique , la pointe du
quel fe terminant fur la Retine ,,
y forme l'image de fon point de
L'objet , & tous ces pinceaux optiques
, dont le nombre eft égal
au nombre des points vifibles de
la furface de l'objet , y forment
l'image entiere de l'objet , mais .
renverfée .
Nous avons demontré l'effet :
des verres des Bezicles , tant conconcaves
pour l'ufage des Miopes
ou courtes veues qui ne peuvent
voir diftinctement que des
objets fort proches , que des con108
Extraordinaire
vexes , pour l'ufage des Presbi
tes , Vieillards , & autres qui ont
la veuë longue , & ne peuvent
voir bien diftinctement que les
objets notablement éloignez .
Nous avons donné la Con
ftruction de toutes les efpeces de
Teleſcopes ou Lunetes de longue
veuë , & tout ce qui les concerne.
Nous avons demontré. que leur
effet confifte à faire voir les ob
jets qui font tres éloignez comme
ils feroient veus eſtant à la portée
de la veuë naturelle , c'eft
à dire que par la veuë artificielle
que produifent les Lunetes , lesobjets
nous doivent paroistre fort
grands , fort diftinctement , &
bien éclairez .
Nous avons démontré que
L'augmentation de l'image arti
du Mercure Galant. 109
Acielle de l'objet , formée fur la
Retine par le moyen des verres
qui compofent la Lunete , procede
de ce que les deux axes des
deux cones des radiations émanées
des deux points extrémes
du diamétre de l'objet , fe croifent
beaucoup plûtoft au derriere
de l'humeur criſtallin , & forment
un plus grand angle ; & que ce
point d'interfection eftant plus
éloigné de la Retine , y forme
par conféquent une plus grande
baze ou peinture du diamétre de
l'objet.
Nous avons demontré que la
vifion diftincte qui eft la perception
diſtincte de cette image de
l'objet peinte fur la Retine , dépend
de la diftinction de cette
image artificicielle , & qu'elle
ILO Extraordinaire
dépend de la bonté de la matiere
des verres , & de la bonté
de leur travail , de leur jufte ouverture
, de leur proportion mutuelle
, de leur pofition bien pa-.
ralle & centrale , & en deuë diftance
dans un tuyau tres - large ,
noircy mat en dedans , & garny
de plufieurs diafragmes de metme.
J'ay dit que l'apparence di- .
ftincte de l'objet dépend de la
proportion du Verre Objectif au
Verre Oculaire , car fi la raifon
de l'objectif à fon oculaire eft
trop grande , l'apparence artificielle
de l'objet augmentée exceffivement,
ne peut eftre diftinte
, par ce que les rayons de
l'image aërienne de l'objet qui fe
forme renversée dans le Tuyau
tombant trop inclinez fur les
du Mercure Galant. I
bords de l'oculaire trop convexe,
leur refraction ne peut eftre réguliere,
c'eft pourquoy ces rayons
femeflant fur la Retine avec ceux
des autres points de l'objet , y
rendent l'image confuſe, & paroît
colorée ; & en outre , à moins
que l'objet ne foit lumineux ou
fortement éclairé , l'apparence
ne peut eſtre bien claire ; car la
même quantité de rayons de la
radiation de chaque point de
l'objet ne fuffit pas pour peindre
fortement une fi grande image.
Enfin nous avons demontré,
que la clarté de l'apparence de
l'objet dépend de l'ouverture du
verre objectif , qui eft de beaucoup
plus grande que l'ouverture
de la prunelle de l'oeil , ainfi
l'ouverture du verre objectif reIT2
Extraordinaire
cevant plus grande quantité de
rayons de chaque point de l'ob.
jet , & les refferrant par les loix
de la Refraction en les rendant
convergens , en fait entrer autant
de fois plus dans l'oeil, que l'ouverture
du verre objectif contient
de fois l'ouverture de la
prunelle , qui n'a ordinairement
que 3 lignes de diamètre ; & vous
fçavez par la Propofition 2. du
XII. Livre d'Euclide , que les
Cercles font entr'eux en mefme
raifon que les Quarrez de leurs
Diamétres. C'est pourquoy connoiffant
le diamètre de l'ouver
ture du verre objectif , il eft fa.
cile d'en faire le Calcul. Il nous
refte à traiter
du Mercure Galant.
DES BINOCLES
Telescopiques, leur Ancienneté,
& leur facile Conftruction.
Da tout temps on a efté per
fuadé
par raifon
& par
experience
, que
la viſion
d'un
objet
veu
en melme
temps
par
les deux
yeux
également
bien
conformez
,
eft
beaucoup
plus
forte
que
lors
que
l'objet
n'eft
veu
que
d'un
oeil , & on voit
en mefme
temps
des
deux
yeux
parfaitement
&
diftinctement
un objet
à la portée
de la
veüe
, lors
que
les
deux
axes
concourent
en un feul
point
de
l'objet
.
-
Il y a fix cens ans que le fçavant
Arabe ALHAZEN , c'eft¹à¹
dire Bon Homme , en parloit dans »
Q. deJanvier 1685. K.
114
Extraordinaire
fon Tréfor Optique , imprimé à
Bafle en l'année 1572. Le 2. Cha
pitre du troifiéme Livre page 76 .
num . 2. porte ce Titre , Axes Pyramidum
Opticarum utriufque vifus,
per centrumforaminis vue a tranfeuntes
in uno vifibili puncto femper
concurrunt , & c. Le Numero 10 .
page 80. a pour Titre , Concurfus
Axium Opticorum in Axe communi
facit vifionem certiffimam : extrà,
tanto certiorem , quantò Axi propinquior
fuerit. Enfin le Numero 15.
page 85. a pour Titre , vifibile in
Axium Opticorum.concurfu certiffimè
videtur , extrà tantò certius , quantò
concurfui fuerit propinquius.
Vitellon Thuringo - Polonus, qui
vivoit en l'année 12.69 .. dans fon
Livre d'Optique , imprimé à Bafle
en l'année 1572. au livre troifiéme
du Mercure Galant. is
Numero 32. page 100. a pour titre,
Neceffe eft Axes Pyramidum vifualum
amborum vifuum tranfeuntes
per centra foraminum vuea , femper
conjungi in une puncto fuperficiei
rei vifa . Le docte & R. P. Miller
Dechales,dansle deuxièmeTome
de fon Mundus Mathematicus , imprimé
à Lyon en l'année 1674.
dans la page 381. en la 30. Propofition
, avoit demontré que
Axes Optici concurrunt in unum
#demque objectum' ; & dans la Propofition
40. que Duo oculi commuiter
melius vident , quam unus
tantùm.
3
La demangeaifon d'écrire , &
de paroiftre fçavant , fit qu'en
l'année 1678. un grand Perfon.
nage croyant les Livres d'Albazen
& de Vitellon perdus , en voulut
Kij
116 Extraordinaire
publier quelque chofe comme du
fien , & pour nouveau , dans un
Livre tres bien imprimé , & qui
a pour titre , De Vifione Perfecta,
Live de amborum Vifionis Axium
Concurfu in eodem objecti puncto.
jvce
Puis que communement la vie.
naturelle d'un objet eft plus forte
eftant regardé des deux yeux , la
veüe artificielle d'un objet veu
des deux yeux à travers des Binocles
, fera auffi plus forte
que les Bezicles , qui font les fimples
Binocles qu'on met für le
nez , ont fait voir par expérience
depuis l'année 1285. qu'ils furent
inventez , comme j'ay demontré
dans la 247. page du XIX . Tome
du Mercure Etraordinaire..
du Mercure Galant. 117
Definition du Binocle Telesco
pique , ou de longue veie.
L
E Binocle Telescopique eft
ane cfpece de Bezicles compoice
de deux Lunetes de lomgue
veüe , d'égale force ou puiffance
, c'est à dire de dix pieds
au plus de Foyer Solaire , & de
mefme genre , car bien que les
deux verres objectifs foient de
melme longueur de Foyer , de
mefme matiere & bonté de tra
vail , fi le verre oculaire de l'une
des deux Luncres eftoit concave,
& l'oculaire de l'autre Lunete
eftoit convexe , on verroit l'objet
double , car la Lunete à oculaire
concave le feroit paroiftre en fa
firuation naturelle , & la Lunete
118 Extraordinaire
à oculaire convexe le feroit paroiftre
renverfé .
Ces deux Lunetes de meſme
genre & mefme proportion des
objectifs à leurs oculaires , doivent
eftre affemblées dans un
Tuyau ou Etuy parallelipipede
rectangle , en forte que deuxrayons
partant d'un mefme point
de l'objet , tombent perpendicu
lairement fur le centre des verres
, afin qu'ils les penétrent,,
comme auffi la prunelle & Phumeur
criftallin des deux yeux du
Regardant, & arivent fur lesReti
nes fans avoir fouffert aucune rerefraction
. Ainfi ces deux rayons
formeront un triangle Ifofcelle ,
dont la Baze eft la diftance comprife
entre les centres des deux
prunelles , & le fommet du triandu
Mercure Galant.
119 :
gle eft au point principal de l'objet
veu par le Binocle .
L'Autheur de fes Vifions Par-.
faites m'accufe de n'avoir pas fceu
definir le Binocle dans le Journal
des Sçavans du Lundy 20. Decembre
1677. & dit en parlant
Phoebus dans la 397. page de fa
Csntiquité des Corps , de l'année
1679. que Le Binocle est un affem .
blage de deux Oculaires Dioptriques
de mefme cfpece & d'égale puiffance,
MONTEZ SUR L'ANGLE DES
DEUX AXES DE LA VISION.
La Nature a fourny elle -mefme
des Binocles naturels aux Limaçons
& aux Ecreviffes de mer.
Petrus Berellus , dans la feconde
Partie de fon Livre De vero Telefcopii
inventore , imprimé à la
Haye en l'an 1655. apres avoir
120 Extraordinaire
enfeigné dans la page 22. l'oculin
Aftropicus Binoculis , &c. & dans
la page 23. De confectione Tubi Binoculi
, a donné dans la troifiéme
Partie de fon Livre , en la XC .
Obfervation Microfcopique De
Limacibus , la defcription des Binocles
naturels . Voicy fes termes,
Dentes acerrimos non folùm in Li
macibus effe ; fed quod mirum esty
& nullo alio forfan à natura animali
conceffum , oculos habent in cornibus,
& videbis nigrum eorum ab inferiori
cornuum parte , feu à cerebro ad corum
apices afcendere , cùm moveri
cupiunt , & greffum fuum dirigere
quò oculi convertuntur , &c. Cancri
Marini oculos bibent etiam in cornibus
feu tubis quibufdam duris , ubi
forfan codem pacto recurrunt. ·
ĽAvantages
du Mercure Galant. 127
A
L'Avantage des Binocles Telefcopiques
fur les Teleſcopes
Simples , & leur Ancienneté.
T
Out l'avantage qu'on peut
tirer de l'affemblage des
deux Lunetes de mefme efpece,
longueur,force & puiffance , confifte
à faire voir du moins auffi
clairement & fortement les ob .
jets terreftres , qu'avec une feule
Lunete deux fois plus longue.
Daniel Chorez, ce fçavant Dioptricien
Artiſte , en l'année 1625.
dans fon Imprimé in Folio , qui
a pour Titre , Les Admirables Lunetes
d'Approche réduites en petit volume
, avec leur vray usage, & leurs
utilitez préferables aux Grandes , &
le moyen de les ajuster à l'endroit des
2. deJanvier 1685 .
L
122 Extraordinaire
deux yeux , parle en ces termies
dans la 20. ligne . L'expériencefait .
connoiftre qu'on voit beaucoup mieux
avec deux Lunetes qu'avec une , car
les objets paroiffent plus gros & plus
prés. L'Autheur de la Veüe Dif
tincte de 1681. dit dans la page
195. qu'ayant préſenté à M¹ de Monmaur
Maistre des Requeftes , un Exemplaire
du premier Volume de cet Ouvrage,
dans lequelj'ay donné, dit- il ,
l'invention du Binocle , il me dit
quil croyoit en avoir déja quelque.
Ecrit du nommé Chorez . Mais ce
moderne Inventeur des vieux Binocles
, ne voulut pas voir cet
Imprimé , ny le Binocle monté
d'argent , & travaillé par Chorez,
Le R. P. Anthonius - Maria de
Rheita , dans fon Livre in Folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia , imdu
Mercure Galant.
123
0,
1-
!
primé dans Anvers en 1645. page
356, au Titre Oculus Aftropicus Binooulus
, dit , Hujus Oculi Enech &
Elia Binoculum Telescopium , quòd
ejus ope admagnalia , etfi remotiffimè
à nobis in Calo elongata , non amplius
femi- caco , fed novo modo ambobus
oculis quafi prafentiafpectanda
inducamur , inflruamurque . Et dans
la page 355. Tali profectò Binoculo
Tubo à nobis confecto, objecta duplo,
triplò , imo quadruplò majora , lucidiora
atque clariora confpeximus,
quàm per Tubum Monoculum ; &
certè nifi ipfimet experti fuiffemus
qua fcribimus , utique fcribere puderet
, qua ad praxim redacta non
fubfifterent.
Le fçavant , curieux & R. P.
Gafpar Schott, dans le premier Tome
de fon Magia Univerfalis Na-
Lij
424
Extraordinaire
A
tura & Artis , imprimé en l'année
1657. fait dans le X. Livre le
Titre du fecond Chapitre en ces
termes , De Teleſcopii Aftronomici,
tam Monoculi , quàm Binoculi , Origine
, ejufque Auctore. Et dans les
pages 494. & 495. parle en ces
termes, Anthonius- Maria de Rheita,
vir aquè Religiofus ac doctus, mihique
familiariter notus , neque Monoculo
Tubo contentus , fed alterumfocium
conjunxit, & quidem feliciffima
aufu , feliciorique fucceffu , ut mecum
fateri coguntur quotquot ejus rei experimentum
fumpferunt. Talis quippe
inter hunc & priorem est differentia,
qualis effe communiterfolet inter Monoculum
& Binoculum hominem . Ex
perimentumfeci in Tubo Binoculo ab
ipfo Auctore elaborato . Et dans la
page 496. vous trouverez ces terdu
Mercure Galant. 125
mes. Foannes Vvifel , Augufta Vindelicorum
inftructus à Reyta , facit
Tubos tam Monoculos quàm Binocu
los . Carle P. de Reyta , ajoûte-t- il ,
non tantùm in ea arte excellit , eamque
fcriptis tradidit , fed alios etiam
inftruxit ; & cùm humaniffimusfit,
fine invidia non paucis fua communicavit.
Le R. P. Millet Dechales , dans
le 2. Tome de fon Mundus Mathematicus
, imprimé à Lyon en l'année
1674 au Theoréme TELESCOPIUM
BINOCULUM , page 672.
parle en ces termes . Mirum est
quantumjuvetur vifio, præcipuè verò
adjudicandum de objects ' Diftantia,
& confequenter de Magnitudine à
geminis oculis...... Fiant igitur duo
Teleſcopia omnimodò fimilia , quæ
conjungantur ita ut fim fibi invicem
Liij
126 Extraordinaire
parallela. Je demontreray ailleurs ,
que les deux Binocles de longue
veuë doivent eftre phyfiquement
paralleles , & qu'il n'y a point
d'Inftrument qui puiffe marquer
la diférence entre la diftance des
centres des deux verres objectifs ,
& celle des centres des deux ver
res oculaires. Expertus fum ( c'eſt
le P. Dechales qui continuë ) in
Telescopio Binoculo duorum pedum,
cerium est , diftinctius incompa
rabiliter& majus , & vicinius apparere
; & quod mirum est , non duo
Telefcopii gemina foramina videban
tur , fed unicum . Il ajoûte encore
ces termes, Pater Reyta infigne Telefcopium
Binoculum circumferebat....
Erat autem decem circiter palmorum
ejus longitudo.... Referunt autem Lunam
hoc tubo in magnitudinem prodigiofam
excreviffe.
du Mercure Galant. 127
la
Nonobftant tous ces authen
tiques témoignages de l'ancienneté
des Binocles , & de la bonté
de ceux du R. P. De Rheyta Capucin
Alleman,un fameuxAdiop .
tricien a dit en l'année 1677. dans
47. page de fa Viſion Parfaite,
que le Pere Rheita fe contentoit de
faire voir avec fon Binocle tellement
quellement des deux yeux quelques
objets du Ciel , comme la Lune , par
une feule inverfion d'efpece . Lemef
me Autheur Ageométre , dans
fon mefme Livre latinifé en l'année
1678. parle en ces termes dans
la 47. page. P. Rheita rudi atque
fine arte mechanica quatuor vitra,
ambo videlicet objectiva ; & ambo
immediata convexa , vel concava,
in ambo tuki oblongi extrema , nullo
abfque regulari horum vitrorum motu
Liiij
#28 Extraordinaire
aut fitu , palpando difponere fuerat
contentus ; qui quali quali modo binis
aculis ( Terreftria , ajoûte- t - il , nequaquam
objecta ) fed Lunam dumtaxat
confpiciendam præberet.
Quand il y auroit quelque
chole de veritable en tant d'Alleguez
de l'Autheur des Viſions ,
& quand mefme le tout feroit.
vray , le P. Rheita auroit du moins
avec fon Binocle fait voir en l'année
1645. la Lune & quelques
autres objets du Ciel quali quali
modo binis oculis . Cela eftant avoué
& reconnu par luy mefme, dans
quel fens en l'année 1679. a t ik
ofé dire dans la 401. page de
fa Contiquité des Corps , Que le
Binocle n'eftoit nullement connu, bien
loin d'eftre en ufage avant l'impref
fron de la Vifion Parfaite de l'année
du Mercure Galant.
129
les
1677.comment a- t-il pû dire dans
pages 190. & 191. defa Vifion
Parfaite de l'année 1681. Quc toutes
les Nations Etrangeres n'ont jamais
pu faire de Binocle, n'y en ayant ,
ajoûte- t - il, jamais paru aucun, jufques
à l'impreffion de mon Livre de
la Vision Parfaite , imprimé en l'année
1677. dans lequel j'en ay donné
l'invention ? Comment a t- il pû
écrire dans la 411. page du même
Livre , les termes fuivants. CHORES
& le P. RHEYTA ont tenté le
Binocle , je n'en fais aucun doute,
mais aucun n'y avoit reüfly avant
moy ; par conféquent aucun n'a inventé
le Binocle avant moy. Pourquoy
avoit-il dit eftre l'Inventeur
de la penfée mefme de faire
des Binocles . Voicy fes propres
termes , dans la premiere page de
130
Extraordinaire
la Préface de fa Vifion Parfaite
de l'année 1677. F'avois dés longtemps
médité & trouvé la maniere
pour diminuer la longueur de l'oculaire
Dioptrique , par NOSTRE
OCULAIRE , qui fait voir l'objet
des deuxyeux conjointement. Eftoitce
avant CHORES qui l'inventa
& pratiqua heureufement , & le
publia en l'année 1625 ; ou avant
le P. RHEITA, qui les fit admi.
rer à tous les Sçavans , & en écrivit
tres doctement en l'année-
1645?
Où trouvera- t-il que la Ma
chine du P. Rheita eftoit une rude-
Mécanique fans art ? Nous demontrerons
le contraire . Com
ment pourra-t-il impofer à dix
mille Curieux ce qu'il dit , que
le Binócle du P. Rheita Terreftria
du Mercure Galant. BI
nequaquam objecta,fed Lunam dumtaxat
confpiciendam
præberet. Puis
que ces mille Curieux ont auffi
veu les objets terreftres avec le
Binocle du P. Rheyta .
Monfieur de Caffini, ce celébre
& heureux Efpion des Aftres , &
l'un des Aſtronomes du Roy , m'a
autrefois affuré , qu'eſtant à Ravenne
en 1657. il avoit veu & admiré
avec le Binocle du P. de
Rheyta , la prunelle de l'oeil d'un
Pigeon qui eftoit fur un Colombier
fort éloigné . Mille bons Religieux
Capucins , dans les Convents
d'Allemagne , d'Italie , de
Paris , & de Lyon , portent fincere
témoignage de la bonté des
Binocles du P. Rheyta , avec lef
quels ils voyent les Objets Terreftres.
F32
Extraordinaire
Monfieur de Regnaud , ce fça
vant Philofophe Mathematicien,
fuffit entre mille autres Perfonnes
de mérite de laVille de Lyon,
pour témoigner qu'au mois dé
Juillet 1654 le R. P. de Rheyta,
Togé au Grand Convent des Capucins,
faifoit voir tres - diftinctement
& lire à tous les Curieux
l'Ecriteau qui eft en Lettres d'or
au Frontispice de l'Eglife S. Nizier.
Mon témoignage feroit fufpect
à l'Autheur des Vifions , puis
que dans les 196. & 198. pages.
de fes Vilions de 1681. il a dit
qu'à préfent je ne puis juger de
la bonté des Binocles , n'ayant
pas les deux yeux également bons
depuis l'année 1666. par l'effer,
comme il avoue dans la Table
des Matieres du mefme Livre aut
du Mercure Galant.
133.
penultiéme article de la Lettre N,
de l'IRA Kabale Toxicantoria. Il
ne laiffe pas de fe fouvenir que
pour corriger & rectifier ſon Teleſgraphe,
Oculus fui Cace , comme
dit Job au chap . XXIX . verf. 15.
Je n'ay pas oublié que toute
l'Italie difoit autrefois , Plus unum
Federicum uno oculo videre , quàm
Cateros omnes Principes duobus. Socios
habeo Horatios , Annibales , Sertorios.
Alii non femper virtatis fue
infignia fecum ferunt , fed haftas,
Torques , Coronas domi relinquunt.
Ego verò rei militaris pro falute Patrie
infummo , & omnibus bonis civilibus
periculo tremendo , infignia
mecum affiduè porto , cofdemque &
virtutis mea& fortuna habcofocios.
Le fameux Autheur Adioptricien
mépriſe à tort le Binocle du
134
Extraordinaire
-
P. Rheyta dans l'endroit fufcotté,
parce que ces deux Lunetes n'étant
compofées chacune que de
deux verres convexes , faifoient
voir les objets du Ciel comme la Lune
par unefeule inverfion d'efpeces puis
que luy mefme dans le mefme
Livre de fes Viſions Parfaites
de 1677 , dit dans la page 140.
Que l'Oculaire de deux convexes
peut fort bien fervir pour l'obferva.
tion des Aftres , eftant indiférent qu'il
les repréfente droits ou renverfez,
puis qu'ils font ronds , avoit - il oublié
ce qu'il avoit appris d'un Aftronome
, & inferé dans fa Dioptrique
de 1671. en la page 284.
L'oculaire duquel on fe fertpour l'obfervation
des Aftres , ne doit eftre
composé que de deux verres feulement.
Je m'étonne bien davandu
Mercure Galant,
135
tage de ce que dans une mefme
page de faViſion Parfaite de 1681.
il fe contrediſe luy- mefme. C'eſt
dans la 23. page . Il dit que l'oculaire
qui doit eftre appliqué aux Inftrumenspour
obferverfimplement les
objets du Ciel, fuffit qu'il foit conftrait
d'un bon objectif & d'un feul
verre immédiat à l'oeil , afin qu'il
venverfe nettement l'efpere, cela eftant
indiferent pour cette forte d'objets,
de la rondeur defquets on obferve,
à ce qu'il dit , feulement le centre,
comme le milieu de l'Aftre. Et en
la marge , il dit, L'Oculaire qui fert
à voir ou regarder lafigure des objets
du Ciel, doit redreffer l'espece par deux
inverfions. Cet Autheur est tout
particulier, il fait marcher enfemble
le ovr & le NON fur un même
fait. Jugez par là de fa grande
capacité dans les chofes difficiles.
136
Extraordinaire
LA FACILE
CONSTRUCTION
DES BINOCLES TELESCOPIQUES
ET MICROSCOPIQUES .
LA
la
'Autheur des Vifions Parfaites
de 1681. pour paffer pour
'Inventeur des Binocles , a voulu
perfuader aux Ouvriers , que
Conftruction des Binocles eftoit
fort miftérieufe . Cependant com.
me la verité échape quelquefois
à ceux qui la veulent étouffer,
on la trouve dans la page 192. en
en ces termes, conformes à ceux
de Chorez de l'année 1625. & du
R. P. De Rheita de l'année 1645-
Pour avoir un Binocle , il ne faut que
deux fimples Lunettes d'approche d'édu
Mercure Galant.
137
gale puissancefeulement, difpoféesfur
quelque plan , pour les appliquer conjointement
chacune à chacun oeil , &
ne voir par les deux enfemble qu'un
meſme objet
Pour mieux expliquer la Conftruction
des Binocles dont cet
Autheur n'a jamais travaillé les
verres , ny formé les Tuyaux ny
leur Etuy , le Sieur Querreau
Marchand Mirotier & Lunetier
luy ayant fait les premiers ; je
dis que la Conſtruction des Binocles
confifte à l'affemblage de
deux Lunetes en tout femblables ,
en forte qu'ayant appliqué les
deux centres des prunelles des
deux yeux tour- contre les centres
des fuperficies desverres oculaires
s'ils font concaves, ou aux centres ⚫
des ouvertures de trois lignes de
2. deJanvier 1685. M.
138 Extraordinaire
"
4 diamétre chacune , que portent
les boëtes de recouvrement des
Oculaires convexes , & lefquelles
ouvertures font un peu moins
éloignées des verres , que n'eſt la
longueur de leur Foyer folaire; en
forte, dis- je, qu'on ne voye qu'une
ouverture des deux tuyaux ,
& que le Soleil ne paroiffe pas
double.
Pour quoy obtenir , il faut que
les centres des ouvertures des
dioptres aufquelles on appliqne
les yeux , foient à la diftance l'un
de l'autre , égale à la diftance des
centres des prunelles , lors que
les yeux font naturellement contournez
pour bien voir le mefme
objet fans Binocle ; or cette diftance
entre les centres des deux
prunelles n'eft pas à tous la mef
du Mercure Galant. 139
me , bien qu'ordinairement pour
voir les objets éloignez , elle foit
d'environ deux pouces & demy.
Il faut encore que les deux :
axes des Lunetes aillent concou
rir en un meſme point de l'objet
, & fi l'objet eft fort éloigné,.
les Lunetes feront toûjours Phi
fiquement paralleles ; ce que je
demontreray geométriquement :
cy- apres par le calcul .
Les deux Lunetes eftant ainfi
affemblées , deux axes ou rayons.
principaux des deux radiations
coniques du mefme point vifible:
de l'objet , chacune defquelles a.
pour baze l'ouverture de l'un des
deux verres objectifs , tomberont
à plomb fur les centres de leurs .
fuperficies ; & paffant auffi per..
pendiculairement par les centress
Mij,
140
Extraordinairede
tous les autres verres qui compofent
les deux Lunettes , comme
auffi par les centres des dioptres.
ou ouvertures rondes qui font au
fonds de chaque boëre de recouvrement
des Oculaires des
deux Lunettes , pafferont auffi
perpendiculairement par les centres
de l'ouverture des deux pru
nelles & de l'humeur criftallin
des deux yeux ; & ainfi fans avoir.
fouffert aucune refraction , ces
deux axes ou rayons principaux :
des deux radiations d'un mefme
point viſible de l'objet , arriveront
au milieu du fonds de la
Retine des deux yeux . Par conféquent
ce point principal de
l'objet eftant peint fur les deux
Retines , & en femblables endroits
, fi les deux yeux font éga
du Mercure Galànt. 140
ment bien conformés , il fera
veu tres - diftinctement ; car comme
dit l'Arabe ALHAZEN au
troifiéme Livre de fon Optique ,
au Titre du Numero 15. page 85
Vifibile in Axium Opticorum concurfu
certiffimè videtur ; extra tantò certius
, quantò concurfui fucrit propinquius.
Car les autres points de
P'objet , par les pointes de leurs
pinceaux optiques renverfez , le
peignent en des femblables lieux
fur les deux Retines , tout- autour
du point principal de l'objet auquel
fe termine & aboutit le con
cours des deux axes optiques, on
ne verra par conféquent qu'un
objet total par le Binocle aini
difpofé , mais eftant veu en même
temps des deux yeux , l'objet
total paroistra beaucoup plus
J
14.2
Extraordinaire
clairement & plus grand , que
lors qu'on ne le regarde que d'un
ocil avec une des deux Lunettes;.
ce que M' Hubin , Emailleur du
Roy , & fi connu de tous les fçavans
Curicux de l'Europe , & par
l'excellence de fes Barométres ,
Poftiches , & par fon adreffe incomparable
, accompagnée de
folides raifonnemens , lors qu'il
montre gratuitement & publi
quement mille expériences qu'il
fait avec la Machine vulgaire
ment appellée du Vüide , pour
demontrer la pefanteur de l'air ,
reconnut d'abord par expérience
au mois de Juin 1681. eftant chez
le S Querreau , le merveilleux
effet du Binocle de fix à fept pou
ces de longueur , que CHOREZ
avoit fait en l'année 1625, monté.
ว
du Mercure Galant. 143
1
en argent . Il appartient à Monfieur
de Monmaur , de qui je
l'avois par emprunt, pour le faire
voir aux Curieux , car M' Hubin
l'ajufta d'abord à la diftance de
fes deux prunelles.
La raifon pour laquelle regar-.
dant des deux yeux un meſme
objet , on n'en voit qu'un , eft
par ce que chaque oeil repréfente
cet objet en un mefme
lieu . Les doctes Anciens ALHA…
ZEN & VITELLON , creurent
que le concours des deux
Nerfs optiques , eftoit le fiege de
la vifion ; mais bien que ces deux
Nerfs s'uniffent , ils ne compo-
#fent pas en tous les Hommes un
mefme Nerf , outre que Aquillonius
affeure avoir connu un
Homme lequel ne s'eftoit jamais
544
Extraordinaire "
plaint de voir les objets doubles,
bien qu'apres fa mort on ait trouvé
que ces deux Nerfs optiques
ne concouroient pas enfemble.
Jay connu particulierement il y a
vingt ans Monfieur le Chevalier
de Freze , prés de Bourbon-
Lanci , à qui , dans fes deux der
nieres années , à l'âge de 48 ans,
ou environ , furvint une maladie
qui le fit voir tous les objets dou
bles, tellement qu'il eftoit obligé,
eftant à pied ou à cheval , de
fermer un des deux yeux.
Dans l'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres , établic pour l' Enrichiffement
de la Science naturelle,
écrite en Anglois par Thomas
Sprat , & traduite en François ,
& imprimée à Genéve l'an 1669
dans l'Enumération des Inftru
mens
du Mercure Galand, 145
mens de la Societé , il fait mention
de leur TELESCOPE DOVBLE.
C'eſt dans la page 307.
Voyons maintenant tout le
miftere de la facile Conftruction .
des Binocles, tant Telescopiques
que Microſcopiqués , & commençons
par Daniel Chorez qui les
inventa & exécuta heureuſement
, & les publia en 1625. par
une Feüille imprimée , que j'eus
en 1681. de la liberalité du tout
fçavant Monfieur Juftel , Secretaire
du Roy , fi regretté en
France , & qui voulut bien écrire
de fa main tout au haut, ces termes
, Ex chartis Henrici Fußtelli,
avec fa Paraphe , pour me fervir.
contre l'Autheur de la Vifion
Parfaite de 1681. lequel dans la
page 195. en veritable Habitant
Q. de Janvier 1685. N
146
Extraordinaire
de Candie , que S. Paul dans fon
Epître à Titus, chapitre 1. verf.12.
appelle Cretenfes , femper M. M. B.
V. P. impofant à M' Borely de
l'Académie Royale des Scien
Aces , & à tous les Lecteurs du
Livre de la Vifion Parfaite , y
avoit publié que dans l'Imprimé
de Chores , j'y avois ajoûté une
Dédicatoire au Roy , & que j'en
avois augmenté le Difcours de
plus de la moitié. Voicy donc
la Coppie de l'Original que j'en
eus de M' Juftel , que l'Autheur
des Vifions fut contraint de reconnoiftre
veritable par fa Lettre
de fatisfaction du 11. Juin
1681. imitant en cela Saint Auguftin
, qui au Prologue de fes
Retractations , dit , Si quis dicit,
non ca debuiffe à me dici , qua poftea
DE
LA
NOAT
BLIO
THERE
VILLE
1893
asA
}
7
P
1
2
DC
-E
3
da du Mercure Galant. 147
mihi etiam difplicent , verum dicit
, &c.
LES ADMIRABLES
Lunettes d'approche reduites
en petit Volume , avec leur
vray Ufage & leurs Utilitez
préférables aux grandes , & le
moyen de les accommoder à
l'endroit des deux yeux , ainfi
qu'elles font repreſentées
par les Figures fuivantes. De.
dié au Roy , l'an 1625. Pár
D. CHOREZ.
AU ROY ,
SIRE
.
Ily a prés de cinq ans que j'eus
bonneur de présenter à Voftre Ma-
7
Nij
$48 Extraordinaire
jefté les prémices de mon travail , en
ce qui eft communement appellé Lunettes
d'approche ; & voyant que
Voftre Majesté en avoit fait cas,
encore qu'elles ne fuffent dans la perfection
qu'elles font à present : jay
crú eftre obligé doublement à luy dédier
ce que j'ay depuis obfervé estre
neceffaire pour jour du plaifir que
l'on enpeut recevoir , les ayant mifes
en pratique telles que leurs Figures les
repréfentent cy- deffous. J'efpere que
Voftre Majesté ne dédaignera pas de
voir la preuve de ce qui eft propofe de
leur vray usage , par celuy qui eft ,
Son tres humble , & tresobeïffant
Serviteur &
Sujet, D. CHOREZ .
La Figure eft icy dans l'Imprimé, Original
de Chorez.
du Mercure Galant. 149
1
L
Es Lunettes d'approche
font ainfi appellées à cauſe
de leurs effets , parce que les Objets
veus par icelles paroiffent
fort proches , encore qu'ils foient
fort éloignez . Cela procede de
la forme des Verres , & de leur
netteté & fituation , & de l'éloignement
qui eft entre eux . L'un
d'iceux eft convexe , ou boffu ,
comme il eft figuré fous A. L'autre
en concave, ou creufé, comme
il eft figuré fous B. Le Tuyau
dans lequel font enchaffez ces
Verres , eft fait ordinairement
de deux pieces , dont l'une peut
couler dans l'autre , comme il eft
figuré fous I , afin qu'on le puiffe
alonger ou accourcir autant qu'il
eft befoin pour fervir à diverfe
forte de veuë , & pour voir à di
N iij
Extraordinaire
›
verfes diſtances ; & fon point de
rencontre qui eft marqué fous la
piece de dedans à l'endroit de C,
dénote la longueur qu'il doit
avoir pour ceux qui ont la veuë
ordinaire quand l'Objet qu'il
faut voir eft éloigné plus de cent
pas , foit de mil ou dix mil , ou
cent mil pas & au deffus . Mais
pour voir les Objets proches , il
faut alonger le Tuyau jufqu'à ce
qu'on rencontre la longueur qui
eft requiſe pour y voir le mieux .
Si c'elt pour voir de dix pas loin ,
il faut alonger d'environ l'épaif
feur d'un Tefton ; & pour voir de
fix pas , il faut alonger de l'épaiffeur
de trois Teftons ; & ainfi tant
plus l'Objet eft proche , tant plus
il faut alonger le Tuyau , & ainu
L'Objet apparoift tant plus gros,
du Mercure Galant. isi
4
Comme cela un Ciron apparoift
auffi gros qu'un Pois , en forte
qu'on difcerne fa tefte , fes pieds
& fon poil , chofe qui fembloit
fabuleuse à plufieurs auparavant
l'avoir veuë avec admiration,
quoy que l'experience n'en foit
pas beaucoup difficile à qui en
voudra prendre le loifir. Quant
aux Perfonnes qui ont la veuč
courte de leur naturel , il faut
accourcir le Tuyau jufques à ce
qu'ils rencontrent de quelle lonils
gueur ils
voyent le mieux : Mais
il le faut alonger pour ceux qui
ont des tayes aux yeux , ou quelque
autre accident , ou qui font
à l'extréme vieilleffe , & obſerver
de quelle longueur il leur faut
pour leur ufage. Si on veut lirede
loin à la clarté de la Chandelle,
N iiij
152
Extraordinaire
il faut que la Chandelle foit le
plus prés qu'on peut de ce qu'on
veut lire , & fi la Lunette eft pofée
fixement , on voit bien mieux
que quand on la tient à la main,
à caufe qu'il y a toûjours du
tremblement. Les plus grandes
Lunettes font voir les Objets plus
gros que ne font les petites
( moyennant qu'elles foient faites
avec la perfection requiſe ; ) &
partant on voit plus loin par la
premiere 1. que par la feconde 2.
& encore moins par la troifiéme
3. Mais les plus petites font voirplus
large efpace que les grandes,
& l'objet qu'on defire voir eft
plus aifé à trouver par les petites
que par les grandes , qui eft une
utilité préferée , au moins par
ceux qui font incommodez de la
du Mercure Galant.
153
veuë , & qui ne fe foucient pas
tant de voir fort loin , que d'eftre
foulagez pour voir moyennement
loin.
L'experience fait connoiftre
qu'on voit beaucoup mieux avec
deux Lunettes , qu'avec une ; car
les Objets paroiflent plus gros &
plus prés . La quatriéme Figure
quieft marquée 4. montre comme
l'on les peut accommoder à
l'endroit des deux yeux , les faifant
pafferau travers d'une Lame
de métail , ou autre matiere reprefentée
par L, dans laquelle eft
renfermée la petite Platine P,
qui fert à porter la Lunette M ,
qui eft mobile , pour la pouvoir
approcher ou éloigner de la Lu
nette F , qui eft fixe , par le moyen
de la Vis D , qui eft retenue en
154
Extraordinaire
ladite Platine. Ces deux Lunettes
doivent eftre paralleles entr'elles
pour un Objet éloigné de plus de
cent pas, tant loin puiffe - t - il étre;
mais pour voir un Objet proche ,
elles doivent faire angle à iceluy
Objet , dont la baze eſt l'eſpace
qui eft entre les deux yeux de
celuy qui le regarde.par icelles.
Si elles ne font bien accommodées
, on voit deux objets pour
un , mais cela ne fait pas de beau.
coup fibien qu'il doit ; partant if
y faut remedier , foit en dégauchiffant
les Tuyaux , ou en les
approchant ou éloignant l'un de
l'autre,ainfi qu'il eft requis . Toutes
les Operations précedentes fe
font plus aifément quand les Lu.
nettes font arreftées fermement
droit aux Objets qu'on voit ; c'eft.
j
1
du Mercure Galant.
ISS
pourquoy j'ay préſenté le moyen
de les planter fur un Bâton , ou
autre chofe propre à les foûtenir
par le moyen des Vis G & H, qui
portent Charniere , ou petite
Boule enchaffée & mobile , pour
porter lefdites Lunettes , de forte
qu'on les puiffe incliner où il fera
requis. Mais il faut obferver foigneufement
de tenir les Verres les
plus nets qu'il eft poffible ; & fi
on les a touchez du doigt , ou
pouffé l'haleine deffus , on les doit
effuyer avec un linge blanc & net;
& fi on les ofte du Tuyau , il faut
remettre le cofté convexe du
grand Verre en dehors, car autrement
il faudroit alonger le Tuyau
de l'épaiffeur dudit Verre , outre
fon point marqué en C. Il n'importe
pas tant du petit , car la re156
Extraordinaire
fraction fe fait à fort peu prés du
milieu , encore qu'il ne foit creux
que d'un cofté , lequel on doit
mettre dehors.
Lefdites Lunettes , avec leur vray
Ufage & Figures, fe vendent chez l'Autheur
, à Paris , en l'Ifle Noftre- Dame,
à l'Enfeigne du Compas .
On donnera la fuite du Traité des
Lunctes, dans les Extraordinairesfuivans
du Mercure Galant.
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M² Comiers , d'Ambrun, Profeffeur
des Mathematiques à Paris.
NOU
Ous avons demontré dans
lesTraitez précedens, comment
la Baze du cone des rayons
de la Radiation particuliere émanée
de chaque point de l'objet,
eftant entrée dans l'oeil par l'ouverture
de la prunelle , & penétré
jufques fur l'humeur Chriftallin :
du Mercure Galant. 107
qui eft convexe des deux coftez,
les rayons de la Radiation de
chaque point de l'objet , forment
, par la réfraction qu'ils
fouffrent en penétrant le Criftallin
, leur cone renverfé , ou
pinceau optique , la pointe du
quel fe terminant fur la Retine ,,
y forme l'image de fon point de
L'objet , & tous ces pinceaux optiques
, dont le nombre eft égal
au nombre des points vifibles de
la furface de l'objet , y forment
l'image entiere de l'objet , mais .
renverfée .
Nous avons demontré l'effet :
des verres des Bezicles , tant conconcaves
pour l'ufage des Miopes
ou courtes veues qui ne peuvent
voir diftinctement que des
objets fort proches , que des con108
Extraordinaire
vexes , pour l'ufage des Presbi
tes , Vieillards , & autres qui ont
la veuë longue , & ne peuvent
voir bien diftinctement que les
objets notablement éloignez .
Nous avons donné la Con
ftruction de toutes les efpeces de
Teleſcopes ou Lunetes de longue
veuë , & tout ce qui les concerne.
Nous avons demontré. que leur
effet confifte à faire voir les ob
jets qui font tres éloignez comme
ils feroient veus eſtant à la portée
de la veuë naturelle , c'eft
à dire que par la veuë artificielle
que produifent les Lunetes , lesobjets
nous doivent paroistre fort
grands , fort diftinctement , &
bien éclairez .
Nous avons démontré que
L'augmentation de l'image arti
du Mercure Galant. 109
Acielle de l'objet , formée fur la
Retine par le moyen des verres
qui compofent la Lunete , procede
de ce que les deux axes des
deux cones des radiations émanées
des deux points extrémes
du diamétre de l'objet , fe croifent
beaucoup plûtoft au derriere
de l'humeur criſtallin , & forment
un plus grand angle ; & que ce
point d'interfection eftant plus
éloigné de la Retine , y forme
par conféquent une plus grande
baze ou peinture du diamétre de
l'objet.
Nous avons demontré que la
vifion diftincte qui eft la perception
diſtincte de cette image de
l'objet peinte fur la Retine , dépend
de la diftinction de cette
image artificicielle , & qu'elle
ILO Extraordinaire
dépend de la bonté de la matiere
des verres , & de la bonté
de leur travail , de leur jufte ouverture
, de leur proportion mutuelle
, de leur pofition bien pa-.
ralle & centrale , & en deuë diftance
dans un tuyau tres - large ,
noircy mat en dedans , & garny
de plufieurs diafragmes de metme.
J'ay dit que l'apparence di- .
ftincte de l'objet dépend de la
proportion du Verre Objectif au
Verre Oculaire , car fi la raifon
de l'objectif à fon oculaire eft
trop grande , l'apparence artificielle
de l'objet augmentée exceffivement,
ne peut eftre diftinte
, par ce que les rayons de
l'image aërienne de l'objet qui fe
forme renversée dans le Tuyau
tombant trop inclinez fur les
du Mercure Galant. I
bords de l'oculaire trop convexe,
leur refraction ne peut eftre réguliere,
c'eft pourquoy ces rayons
femeflant fur la Retine avec ceux
des autres points de l'objet , y
rendent l'image confuſe, & paroît
colorée ; & en outre , à moins
que l'objet ne foit lumineux ou
fortement éclairé , l'apparence
ne peut eſtre bien claire ; car la
même quantité de rayons de la
radiation de chaque point de
l'objet ne fuffit pas pour peindre
fortement une fi grande image.
Enfin nous avons demontré,
que la clarté de l'apparence de
l'objet dépend de l'ouverture du
verre objectif , qui eft de beaucoup
plus grande que l'ouverture
de la prunelle de l'oeil , ainfi
l'ouverture du verre objectif reIT2
Extraordinaire
cevant plus grande quantité de
rayons de chaque point de l'ob.
jet , & les refferrant par les loix
de la Refraction en les rendant
convergens , en fait entrer autant
de fois plus dans l'oeil, que l'ouverture
du verre objectif contient
de fois l'ouverture de la
prunelle , qui n'a ordinairement
que 3 lignes de diamètre ; & vous
fçavez par la Propofition 2. du
XII. Livre d'Euclide , que les
Cercles font entr'eux en mefme
raifon que les Quarrez de leurs
Diamétres. C'est pourquoy connoiffant
le diamètre de l'ouver
ture du verre objectif , il eft fa.
cile d'en faire le Calcul. Il nous
refte à traiter
du Mercure Galant.
DES BINOCLES
Telescopiques, leur Ancienneté,
& leur facile Conftruction.
Da tout temps on a efté per
fuadé
par raifon
& par
experience
, que
la viſion
d'un
objet
veu
en melme
temps
par
les deux
yeux
également
bien
conformez
,
eft
beaucoup
plus
forte
que
lors
que
l'objet
n'eft
veu
que
d'un
oeil , & on voit
en mefme
temps
des
deux
yeux
parfaitement
&
diftinctement
un objet
à la portée
de la
veüe
, lors
que
les
deux
axes
concourent
en un feul
point
de
l'objet
.
-
Il y a fix cens ans que le fçavant
Arabe ALHAZEN , c'eft¹à¹
dire Bon Homme , en parloit dans »
Q. deJanvier 1685. K.
114
Extraordinaire
fon Tréfor Optique , imprimé à
Bafle en l'année 1572. Le 2. Cha
pitre du troifiéme Livre page 76 .
num . 2. porte ce Titre , Axes Pyramidum
Opticarum utriufque vifus,
per centrumforaminis vue a tranfeuntes
in uno vifibili puncto femper
concurrunt , & c. Le Numero 10 .
page 80. a pour Titre , Concurfus
Axium Opticorum in Axe communi
facit vifionem certiffimam : extrà,
tanto certiorem , quantò Axi propinquior
fuerit. Enfin le Numero 15.
page 85. a pour Titre , vifibile in
Axium Opticorum.concurfu certiffimè
videtur , extrà tantò certius , quantò
concurfui fuerit propinquius.
Vitellon Thuringo - Polonus, qui
vivoit en l'année 12.69 .. dans fon
Livre d'Optique , imprimé à Bafle
en l'année 1572. au livre troifiéme
du Mercure Galant. is
Numero 32. page 100. a pour titre,
Neceffe eft Axes Pyramidum vifualum
amborum vifuum tranfeuntes
per centra foraminum vuea , femper
conjungi in une puncto fuperficiei
rei vifa . Le docte & R. P. Miller
Dechales,dansle deuxièmeTome
de fon Mundus Mathematicus , imprimé
à Lyon en l'année 1674.
dans la page 381. en la 30. Propofition
, avoit demontré que
Axes Optici concurrunt in unum
#demque objectum' ; & dans la Propofition
40. que Duo oculi commuiter
melius vident , quam unus
tantùm.
3
La demangeaifon d'écrire , &
de paroiftre fçavant , fit qu'en
l'année 1678. un grand Perfon.
nage croyant les Livres d'Albazen
& de Vitellon perdus , en voulut
Kij
116 Extraordinaire
publier quelque chofe comme du
fien , & pour nouveau , dans un
Livre tres bien imprimé , & qui
a pour titre , De Vifione Perfecta,
Live de amborum Vifionis Axium
Concurfu in eodem objecti puncto.
jvce
Puis que communement la vie.
naturelle d'un objet eft plus forte
eftant regardé des deux yeux , la
veüe artificielle d'un objet veu
des deux yeux à travers des Binocles
, fera auffi plus forte
que les Bezicles , qui font les fimples
Binocles qu'on met für le
nez , ont fait voir par expérience
depuis l'année 1285. qu'ils furent
inventez , comme j'ay demontré
dans la 247. page du XIX . Tome
du Mercure Etraordinaire..
du Mercure Galant. 117
Definition du Binocle Telesco
pique , ou de longue veie.
L
E Binocle Telescopique eft
ane cfpece de Bezicles compoice
de deux Lunetes de lomgue
veüe , d'égale force ou puiffance
, c'est à dire de dix pieds
au plus de Foyer Solaire , & de
mefme genre , car bien que les
deux verres objectifs foient de
melme longueur de Foyer , de
mefme matiere & bonté de tra
vail , fi le verre oculaire de l'une
des deux Luncres eftoit concave,
& l'oculaire de l'autre Lunete
eftoit convexe , on verroit l'objet
double , car la Lunete à oculaire
concave le feroit paroiftre en fa
firuation naturelle , & la Lunete
118 Extraordinaire
à oculaire convexe le feroit paroiftre
renverfé .
Ces deux Lunetes de meſme
genre & mefme proportion des
objectifs à leurs oculaires , doivent
eftre affemblées dans un
Tuyau ou Etuy parallelipipede
rectangle , en forte que deuxrayons
partant d'un mefme point
de l'objet , tombent perpendicu
lairement fur le centre des verres
, afin qu'ils les penétrent,,
comme auffi la prunelle & Phumeur
criftallin des deux yeux du
Regardant, & arivent fur lesReti
nes fans avoir fouffert aucune rerefraction
. Ainfi ces deux rayons
formeront un triangle Ifofcelle ,
dont la Baze eft la diftance comprife
entre les centres des deux
prunelles , & le fommet du triandu
Mercure Galant.
119 :
gle eft au point principal de l'objet
veu par le Binocle .
L'Autheur de fes Vifions Par-.
faites m'accufe de n'avoir pas fceu
definir le Binocle dans le Journal
des Sçavans du Lundy 20. Decembre
1677. & dit en parlant
Phoebus dans la 397. page de fa
Csntiquité des Corps , de l'année
1679. que Le Binocle est un affem .
blage de deux Oculaires Dioptriques
de mefme cfpece & d'égale puiffance,
MONTEZ SUR L'ANGLE DES
DEUX AXES DE LA VISION.
La Nature a fourny elle -mefme
des Binocles naturels aux Limaçons
& aux Ecreviffes de mer.
Petrus Berellus , dans la feconde
Partie de fon Livre De vero Telefcopii
inventore , imprimé à la
Haye en l'an 1655. apres avoir
120 Extraordinaire
enfeigné dans la page 22. l'oculin
Aftropicus Binoculis , &c. & dans
la page 23. De confectione Tubi Binoculi
, a donné dans la troifiéme
Partie de fon Livre , en la XC .
Obfervation Microfcopique De
Limacibus , la defcription des Binocles
naturels . Voicy fes termes,
Dentes acerrimos non folùm in Li
macibus effe ; fed quod mirum esty
& nullo alio forfan à natura animali
conceffum , oculos habent in cornibus,
& videbis nigrum eorum ab inferiori
cornuum parte , feu à cerebro ad corum
apices afcendere , cùm moveri
cupiunt , & greffum fuum dirigere
quò oculi convertuntur , &c. Cancri
Marini oculos bibent etiam in cornibus
feu tubis quibufdam duris , ubi
forfan codem pacto recurrunt. ·
ĽAvantages
du Mercure Galant. 127
A
L'Avantage des Binocles Telefcopiques
fur les Teleſcopes
Simples , & leur Ancienneté.
T
Out l'avantage qu'on peut
tirer de l'affemblage des
deux Lunetes de mefme efpece,
longueur,force & puiffance , confifte
à faire voir du moins auffi
clairement & fortement les ob .
jets terreftres , qu'avec une feule
Lunete deux fois plus longue.
Daniel Chorez, ce fçavant Dioptricien
Artiſte , en l'année 1625.
dans fon Imprimé in Folio , qui
a pour Titre , Les Admirables Lunetes
d'Approche réduites en petit volume
, avec leur vray usage, & leurs
utilitez préferables aux Grandes , &
le moyen de les ajuster à l'endroit des
2. deJanvier 1685 .
L
122 Extraordinaire
deux yeux , parle en ces termies
dans la 20. ligne . L'expériencefait .
connoiftre qu'on voit beaucoup mieux
avec deux Lunetes qu'avec une , car
les objets paroiffent plus gros & plus
prés. L'Autheur de la Veüe Dif
tincte de 1681. dit dans la page
195. qu'ayant préſenté à M¹ de Monmaur
Maistre des Requeftes , un Exemplaire
du premier Volume de cet Ouvrage,
dans lequelj'ay donné, dit- il ,
l'invention du Binocle , il me dit
quil croyoit en avoir déja quelque.
Ecrit du nommé Chorez . Mais ce
moderne Inventeur des vieux Binocles
, ne voulut pas voir cet
Imprimé , ny le Binocle monté
d'argent , & travaillé par Chorez,
Le R. P. Anthonius - Maria de
Rheita , dans fon Livre in Folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia , imdu
Mercure Galant.
123
0,
1-
!
primé dans Anvers en 1645. page
356, au Titre Oculus Aftropicus Binooulus
, dit , Hujus Oculi Enech &
Elia Binoculum Telescopium , quòd
ejus ope admagnalia , etfi remotiffimè
à nobis in Calo elongata , non amplius
femi- caco , fed novo modo ambobus
oculis quafi prafentiafpectanda
inducamur , inflruamurque . Et dans
la page 355. Tali profectò Binoculo
Tubo à nobis confecto, objecta duplo,
triplò , imo quadruplò majora , lucidiora
atque clariora confpeximus,
quàm per Tubum Monoculum ; &
certè nifi ipfimet experti fuiffemus
qua fcribimus , utique fcribere puderet
, qua ad praxim redacta non
fubfifterent.
Le fçavant , curieux & R. P.
Gafpar Schott, dans le premier Tome
de fon Magia Univerfalis Na-
Lij
424
Extraordinaire
A
tura & Artis , imprimé en l'année
1657. fait dans le X. Livre le
Titre du fecond Chapitre en ces
termes , De Teleſcopii Aftronomici,
tam Monoculi , quàm Binoculi , Origine
, ejufque Auctore. Et dans les
pages 494. & 495. parle en ces
termes, Anthonius- Maria de Rheita,
vir aquè Religiofus ac doctus, mihique
familiariter notus , neque Monoculo
Tubo contentus , fed alterumfocium
conjunxit, & quidem feliciffima
aufu , feliciorique fucceffu , ut mecum
fateri coguntur quotquot ejus rei experimentum
fumpferunt. Talis quippe
inter hunc & priorem est differentia,
qualis effe communiterfolet inter Monoculum
& Binoculum hominem . Ex
perimentumfeci in Tubo Binoculo ab
ipfo Auctore elaborato . Et dans la
page 496. vous trouverez ces terdu
Mercure Galant. 125
mes. Foannes Vvifel , Augufta Vindelicorum
inftructus à Reyta , facit
Tubos tam Monoculos quàm Binocu
los . Carle P. de Reyta , ajoûte-t- il ,
non tantùm in ea arte excellit , eamque
fcriptis tradidit , fed alios etiam
inftruxit ; & cùm humaniffimusfit,
fine invidia non paucis fua communicavit.
Le R. P. Millet Dechales , dans
le 2. Tome de fon Mundus Mathematicus
, imprimé à Lyon en l'année
1674 au Theoréme TELESCOPIUM
BINOCULUM , page 672.
parle en ces termes . Mirum est
quantumjuvetur vifio, præcipuè verò
adjudicandum de objects ' Diftantia,
& confequenter de Magnitudine à
geminis oculis...... Fiant igitur duo
Teleſcopia omnimodò fimilia , quæ
conjungantur ita ut fim fibi invicem
Liij
126 Extraordinaire
parallela. Je demontreray ailleurs ,
que les deux Binocles de longue
veuë doivent eftre phyfiquement
paralleles , & qu'il n'y a point
d'Inftrument qui puiffe marquer
la diférence entre la diftance des
centres des deux verres objectifs ,
& celle des centres des deux ver
res oculaires. Expertus fum ( c'eſt
le P. Dechales qui continuë ) in
Telescopio Binoculo duorum pedum,
cerium est , diftinctius incompa
rabiliter& majus , & vicinius apparere
; & quod mirum est , non duo
Telefcopii gemina foramina videban
tur , fed unicum . Il ajoûte encore
ces termes, Pater Reyta infigne Telefcopium
Binoculum circumferebat....
Erat autem decem circiter palmorum
ejus longitudo.... Referunt autem Lunam
hoc tubo in magnitudinem prodigiofam
excreviffe.
du Mercure Galant. 127
la
Nonobftant tous ces authen
tiques témoignages de l'ancienneté
des Binocles , & de la bonté
de ceux du R. P. De Rheyta Capucin
Alleman,un fameuxAdiop .
tricien a dit en l'année 1677. dans
47. page de fa Viſion Parfaite,
que le Pere Rheita fe contentoit de
faire voir avec fon Binocle tellement
quellement des deux yeux quelques
objets du Ciel , comme la Lune , par
une feule inverfion d'efpece . Lemef
me Autheur Ageométre , dans
fon mefme Livre latinifé en l'année
1678. parle en ces termes dans
la 47. page. P. Rheita rudi atque
fine arte mechanica quatuor vitra,
ambo videlicet objectiva ; & ambo
immediata convexa , vel concava,
in ambo tuki oblongi extrema , nullo
abfque regulari horum vitrorum motu
Liiij
#28 Extraordinaire
aut fitu , palpando difponere fuerat
contentus ; qui quali quali modo binis
aculis ( Terreftria , ajoûte- t - il , nequaquam
objecta ) fed Lunam dumtaxat
confpiciendam præberet.
Quand il y auroit quelque
chole de veritable en tant d'Alleguez
de l'Autheur des Viſions ,
& quand mefme le tout feroit.
vray , le P. Rheita auroit du moins
avec fon Binocle fait voir en l'année
1645. la Lune & quelques
autres objets du Ciel quali quali
modo binis oculis . Cela eftant avoué
& reconnu par luy mefme, dans
quel fens en l'année 1679. a t ik
ofé dire dans la 401. page de
fa Contiquité des Corps , Que le
Binocle n'eftoit nullement connu, bien
loin d'eftre en ufage avant l'impref
fron de la Vifion Parfaite de l'année
du Mercure Galant.
129
les
1677.comment a- t-il pû dire dans
pages 190. & 191. defa Vifion
Parfaite de l'année 1681. Quc toutes
les Nations Etrangeres n'ont jamais
pu faire de Binocle, n'y en ayant ,
ajoûte- t - il, jamais paru aucun, jufques
à l'impreffion de mon Livre de
la Vision Parfaite , imprimé en l'année
1677. dans lequel j'en ay donné
l'invention ? Comment a t- il pû
écrire dans la 411. page du même
Livre , les termes fuivants. CHORES
& le P. RHEYTA ont tenté le
Binocle , je n'en fais aucun doute,
mais aucun n'y avoit reüfly avant
moy ; par conféquent aucun n'a inventé
le Binocle avant moy. Pourquoy
avoit-il dit eftre l'Inventeur
de la penfée mefme de faire
des Binocles . Voicy fes propres
termes , dans la premiere page de
130
Extraordinaire
la Préface de fa Vifion Parfaite
de l'année 1677. F'avois dés longtemps
médité & trouvé la maniere
pour diminuer la longueur de l'oculaire
Dioptrique , par NOSTRE
OCULAIRE , qui fait voir l'objet
des deuxyeux conjointement. Eftoitce
avant CHORES qui l'inventa
& pratiqua heureufement , & le
publia en l'année 1625 ; ou avant
le P. RHEITA, qui les fit admi.
rer à tous les Sçavans , & en écrivit
tres doctement en l'année-
1645?
Où trouvera- t-il que la Ma
chine du P. Rheita eftoit une rude-
Mécanique fans art ? Nous demontrerons
le contraire . Com
ment pourra-t-il impofer à dix
mille Curieux ce qu'il dit , que
le Binócle du P. Rheita Terreftria
du Mercure Galant. BI
nequaquam objecta,fed Lunam dumtaxat
confpiciendam
præberet. Puis
que ces mille Curieux ont auffi
veu les objets terreftres avec le
Binocle du P. Rheyta .
Monfieur de Caffini, ce celébre
& heureux Efpion des Aftres , &
l'un des Aſtronomes du Roy , m'a
autrefois affuré , qu'eſtant à Ravenne
en 1657. il avoit veu & admiré
avec le Binocle du P. de
Rheyta , la prunelle de l'oeil d'un
Pigeon qui eftoit fur un Colombier
fort éloigné . Mille bons Religieux
Capucins , dans les Convents
d'Allemagne , d'Italie , de
Paris , & de Lyon , portent fincere
témoignage de la bonté des
Binocles du P. Rheyta , avec lef
quels ils voyent les Objets Terreftres.
F32
Extraordinaire
Monfieur de Regnaud , ce fça
vant Philofophe Mathematicien,
fuffit entre mille autres Perfonnes
de mérite de laVille de Lyon,
pour témoigner qu'au mois dé
Juillet 1654 le R. P. de Rheyta,
Togé au Grand Convent des Capucins,
faifoit voir tres - diftinctement
& lire à tous les Curieux
l'Ecriteau qui eft en Lettres d'or
au Frontispice de l'Eglife S. Nizier.
Mon témoignage feroit fufpect
à l'Autheur des Vifions , puis
que dans les 196. & 198. pages.
de fes Vilions de 1681. il a dit
qu'à préfent je ne puis juger de
la bonté des Binocles , n'ayant
pas les deux yeux également bons
depuis l'année 1666. par l'effer,
comme il avoue dans la Table
des Matieres du mefme Livre aut
du Mercure Galant.
133.
penultiéme article de la Lettre N,
de l'IRA Kabale Toxicantoria. Il
ne laiffe pas de fe fouvenir que
pour corriger & rectifier ſon Teleſgraphe,
Oculus fui Cace , comme
dit Job au chap . XXIX . verf. 15.
Je n'ay pas oublié que toute
l'Italie difoit autrefois , Plus unum
Federicum uno oculo videre , quàm
Cateros omnes Principes duobus. Socios
habeo Horatios , Annibales , Sertorios.
Alii non femper virtatis fue
infignia fecum ferunt , fed haftas,
Torques , Coronas domi relinquunt.
Ego verò rei militaris pro falute Patrie
infummo , & omnibus bonis civilibus
periculo tremendo , infignia
mecum affiduè porto , cofdemque &
virtutis mea& fortuna habcofocios.
Le fameux Autheur Adioptricien
mépriſe à tort le Binocle du
134
Extraordinaire
-
P. Rheyta dans l'endroit fufcotté,
parce que ces deux Lunetes n'étant
compofées chacune que de
deux verres convexes , faifoient
voir les objets du Ciel comme la Lune
par unefeule inverfion d'efpeces puis
que luy mefme dans le mefme
Livre de fes Viſions Parfaites
de 1677 , dit dans la page 140.
Que l'Oculaire de deux convexes
peut fort bien fervir pour l'obferva.
tion des Aftres , eftant indiférent qu'il
les repréfente droits ou renverfez,
puis qu'ils font ronds , avoit - il oublié
ce qu'il avoit appris d'un Aftronome
, & inferé dans fa Dioptrique
de 1671. en la page 284.
L'oculaire duquel on fe fertpour l'obfervation
des Aftres , ne doit eftre
composé que de deux verres feulement.
Je m'étonne bien davandu
Mercure Galant,
135
tage de ce que dans une mefme
page de faViſion Parfaite de 1681.
il fe contrediſe luy- mefme. C'eſt
dans la 23. page . Il dit que l'oculaire
qui doit eftre appliqué aux Inftrumenspour
obferverfimplement les
objets du Ciel, fuffit qu'il foit conftrait
d'un bon objectif & d'un feul
verre immédiat à l'oeil , afin qu'il
venverfe nettement l'efpere, cela eftant
indiferent pour cette forte d'objets,
de la rondeur defquets on obferve,
à ce qu'il dit , feulement le centre,
comme le milieu de l'Aftre. Et en
la marge , il dit, L'Oculaire qui fert
à voir ou regarder lafigure des objets
du Ciel, doit redreffer l'espece par deux
inverfions. Cet Autheur est tout
particulier, il fait marcher enfemble
le ovr & le NON fur un même
fait. Jugez par là de fa grande
capacité dans les chofes difficiles.
136
Extraordinaire
LA FACILE
CONSTRUCTION
DES BINOCLES TELESCOPIQUES
ET MICROSCOPIQUES .
LA
la
'Autheur des Vifions Parfaites
de 1681. pour paffer pour
'Inventeur des Binocles , a voulu
perfuader aux Ouvriers , que
Conftruction des Binocles eftoit
fort miftérieufe . Cependant com.
me la verité échape quelquefois
à ceux qui la veulent étouffer,
on la trouve dans la page 192. en
en ces termes, conformes à ceux
de Chorez de l'année 1625. & du
R. P. De Rheita de l'année 1645-
Pour avoir un Binocle , il ne faut que
deux fimples Lunettes d'approche d'édu
Mercure Galant.
137
gale puissancefeulement, difpoféesfur
quelque plan , pour les appliquer conjointement
chacune à chacun oeil , &
ne voir par les deux enfemble qu'un
meſme objet
Pour mieux expliquer la Conftruction
des Binocles dont cet
Autheur n'a jamais travaillé les
verres , ny formé les Tuyaux ny
leur Etuy , le Sieur Querreau
Marchand Mirotier & Lunetier
luy ayant fait les premiers ; je
dis que la Conſtruction des Binocles
confifte à l'affemblage de
deux Lunetes en tout femblables ,
en forte qu'ayant appliqué les
deux centres des prunelles des
deux yeux tour- contre les centres
des fuperficies desverres oculaires
s'ils font concaves, ou aux centres ⚫
des ouvertures de trois lignes de
2. deJanvier 1685. M.
138 Extraordinaire
"
4 diamétre chacune , que portent
les boëtes de recouvrement des
Oculaires convexes , & lefquelles
ouvertures font un peu moins
éloignées des verres , que n'eſt la
longueur de leur Foyer folaire; en
forte, dis- je, qu'on ne voye qu'une
ouverture des deux tuyaux ,
& que le Soleil ne paroiffe pas
double.
Pour quoy obtenir , il faut que
les centres des ouvertures des
dioptres aufquelles on appliqne
les yeux , foient à la diftance l'un
de l'autre , égale à la diftance des
centres des prunelles , lors que
les yeux font naturellement contournez
pour bien voir le mefme
objet fans Binocle ; or cette diftance
entre les centres des deux
prunelles n'eft pas à tous la mef
du Mercure Galant. 139
me , bien qu'ordinairement pour
voir les objets éloignez , elle foit
d'environ deux pouces & demy.
Il faut encore que les deux :
axes des Lunetes aillent concou
rir en un meſme point de l'objet
, & fi l'objet eft fort éloigné,.
les Lunetes feront toûjours Phi
fiquement paralleles ; ce que je
demontreray geométriquement :
cy- apres par le calcul .
Les deux Lunetes eftant ainfi
affemblées , deux axes ou rayons.
principaux des deux radiations
coniques du mefme point vifible:
de l'objet , chacune defquelles a.
pour baze l'ouverture de l'un des
deux verres objectifs , tomberont
à plomb fur les centres de leurs .
fuperficies ; & paffant auffi per..
pendiculairement par les centress
Mij,
140
Extraordinairede
tous les autres verres qui compofent
les deux Lunettes , comme
auffi par les centres des dioptres.
ou ouvertures rondes qui font au
fonds de chaque boëre de recouvrement
des Oculaires des
deux Lunettes , pafferont auffi
perpendiculairement par les centres
de l'ouverture des deux pru
nelles & de l'humeur criftallin
des deux yeux ; & ainfi fans avoir.
fouffert aucune refraction , ces
deux axes ou rayons principaux :
des deux radiations d'un mefme
point viſible de l'objet , arriveront
au milieu du fonds de la
Retine des deux yeux . Par conféquent
ce point principal de
l'objet eftant peint fur les deux
Retines , & en femblables endroits
, fi les deux yeux font éga
du Mercure Galànt. 140
ment bien conformés , il fera
veu tres - diftinctement ; car comme
dit l'Arabe ALHAZEN au
troifiéme Livre de fon Optique ,
au Titre du Numero 15. page 85
Vifibile in Axium Opticorum concurfu
certiffimè videtur ; extra tantò certius
, quantò concurfui fucrit propinquius.
Car les autres points de
P'objet , par les pointes de leurs
pinceaux optiques renverfez , le
peignent en des femblables lieux
fur les deux Retines , tout- autour
du point principal de l'objet auquel
fe termine & aboutit le con
cours des deux axes optiques, on
ne verra par conféquent qu'un
objet total par le Binocle aini
difpofé , mais eftant veu en même
temps des deux yeux , l'objet
total paroistra beaucoup plus
J
14.2
Extraordinaire
clairement & plus grand , que
lors qu'on ne le regarde que d'un
ocil avec une des deux Lunettes;.
ce que M' Hubin , Emailleur du
Roy , & fi connu de tous les fçavans
Curicux de l'Europe , & par
l'excellence de fes Barométres ,
Poftiches , & par fon adreffe incomparable
, accompagnée de
folides raifonnemens , lors qu'il
montre gratuitement & publi
quement mille expériences qu'il
fait avec la Machine vulgaire
ment appellée du Vüide , pour
demontrer la pefanteur de l'air ,
reconnut d'abord par expérience
au mois de Juin 1681. eftant chez
le S Querreau , le merveilleux
effet du Binocle de fix à fept pou
ces de longueur , que CHOREZ
avoit fait en l'année 1625, monté.
ว
du Mercure Galant. 143
1
en argent . Il appartient à Monfieur
de Monmaur , de qui je
l'avois par emprunt, pour le faire
voir aux Curieux , car M' Hubin
l'ajufta d'abord à la diftance de
fes deux prunelles.
La raifon pour laquelle regar-.
dant des deux yeux un meſme
objet , on n'en voit qu'un , eft
par ce que chaque oeil repréfente
cet objet en un mefme
lieu . Les doctes Anciens ALHA…
ZEN & VITELLON , creurent
que le concours des deux
Nerfs optiques , eftoit le fiege de
la vifion ; mais bien que ces deux
Nerfs s'uniffent , ils ne compo-
#fent pas en tous les Hommes un
mefme Nerf , outre que Aquillonius
affeure avoir connu un
Homme lequel ne s'eftoit jamais
544
Extraordinaire "
plaint de voir les objets doubles,
bien qu'apres fa mort on ait trouvé
que ces deux Nerfs optiques
ne concouroient pas enfemble.
Jay connu particulierement il y a
vingt ans Monfieur le Chevalier
de Freze , prés de Bourbon-
Lanci , à qui , dans fes deux der
nieres années , à l'âge de 48 ans,
ou environ , furvint une maladie
qui le fit voir tous les objets dou
bles, tellement qu'il eftoit obligé,
eftant à pied ou à cheval , de
fermer un des deux yeux.
Dans l'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres , établic pour l' Enrichiffement
de la Science naturelle,
écrite en Anglois par Thomas
Sprat , & traduite en François ,
& imprimée à Genéve l'an 1669
dans l'Enumération des Inftru
mens
du Mercure Galand, 145
mens de la Societé , il fait mention
de leur TELESCOPE DOVBLE.
C'eſt dans la page 307.
Voyons maintenant tout le
miftere de la facile Conftruction .
des Binocles, tant Telescopiques
que Microſcopiqués , & commençons
par Daniel Chorez qui les
inventa & exécuta heureuſement
, & les publia en 1625. par
une Feüille imprimée , que j'eus
en 1681. de la liberalité du tout
fçavant Monfieur Juftel , Secretaire
du Roy , fi regretté en
France , & qui voulut bien écrire
de fa main tout au haut, ces termes
, Ex chartis Henrici Fußtelli,
avec fa Paraphe , pour me fervir.
contre l'Autheur de la Vifion
Parfaite de 1681. lequel dans la
page 195. en veritable Habitant
Q. de Janvier 1685. N
146
Extraordinaire
de Candie , que S. Paul dans fon
Epître à Titus, chapitre 1. verf.12.
appelle Cretenfes , femper M. M. B.
V. P. impofant à M' Borely de
l'Académie Royale des Scien
Aces , & à tous les Lecteurs du
Livre de la Vifion Parfaite , y
avoit publié que dans l'Imprimé
de Chores , j'y avois ajoûté une
Dédicatoire au Roy , & que j'en
avois augmenté le Difcours de
plus de la moitié. Voicy donc
la Coppie de l'Original que j'en
eus de M' Juftel , que l'Autheur
des Vifions fut contraint de reconnoiftre
veritable par fa Lettre
de fatisfaction du 11. Juin
1681. imitant en cela Saint Auguftin
, qui au Prologue de fes
Retractations , dit , Si quis dicit,
non ca debuiffe à me dici , qua poftea
DE
LA
NOAT
BLIO
THERE
VILLE
1893
asA
}
7
P
1
2
DC
-E
3
da du Mercure Galant. 147
mihi etiam difplicent , verum dicit
, &c.
LES ADMIRABLES
Lunettes d'approche reduites
en petit Volume , avec leur
vray Ufage & leurs Utilitez
préférables aux grandes , & le
moyen de les accommoder à
l'endroit des deux yeux , ainfi
qu'elles font repreſentées
par les Figures fuivantes. De.
dié au Roy , l'an 1625. Pár
D. CHOREZ.
AU ROY ,
SIRE
.
Ily a prés de cinq ans que j'eus
bonneur de présenter à Voftre Ma-
7
Nij
$48 Extraordinaire
jefté les prémices de mon travail , en
ce qui eft communement appellé Lunettes
d'approche ; & voyant que
Voftre Majesté en avoit fait cas,
encore qu'elles ne fuffent dans la perfection
qu'elles font à present : jay
crú eftre obligé doublement à luy dédier
ce que j'ay depuis obfervé estre
neceffaire pour jour du plaifir que
l'on enpeut recevoir , les ayant mifes
en pratique telles que leurs Figures les
repréfentent cy- deffous. J'efpere que
Voftre Majesté ne dédaignera pas de
voir la preuve de ce qui eft propofe de
leur vray usage , par celuy qui eft ,
Son tres humble , & tresobeïffant
Serviteur &
Sujet, D. CHOREZ .
La Figure eft icy dans l'Imprimé, Original
de Chorez.
du Mercure Galant. 149
1
L
Es Lunettes d'approche
font ainfi appellées à cauſe
de leurs effets , parce que les Objets
veus par icelles paroiffent
fort proches , encore qu'ils foient
fort éloignez . Cela procede de
la forme des Verres , & de leur
netteté & fituation , & de l'éloignement
qui eft entre eux . L'un
d'iceux eft convexe , ou boffu ,
comme il eft figuré fous A. L'autre
en concave, ou creufé, comme
il eft figuré fous B. Le Tuyau
dans lequel font enchaffez ces
Verres , eft fait ordinairement
de deux pieces , dont l'une peut
couler dans l'autre , comme il eft
figuré fous I , afin qu'on le puiffe
alonger ou accourcir autant qu'il
eft befoin pour fervir à diverfe
forte de veuë , & pour voir à di
N iij
Extraordinaire
›
verfes diſtances ; & fon point de
rencontre qui eft marqué fous la
piece de dedans à l'endroit de C,
dénote la longueur qu'il doit
avoir pour ceux qui ont la veuë
ordinaire quand l'Objet qu'il
faut voir eft éloigné plus de cent
pas , foit de mil ou dix mil , ou
cent mil pas & au deffus . Mais
pour voir les Objets proches , il
faut alonger le Tuyau jufqu'à ce
qu'on rencontre la longueur qui
eft requiſe pour y voir le mieux .
Si c'elt pour voir de dix pas loin ,
il faut alonger d'environ l'épaif
feur d'un Tefton ; & pour voir de
fix pas , il faut alonger de l'épaiffeur
de trois Teftons ; & ainfi tant
plus l'Objet eft proche , tant plus
il faut alonger le Tuyau , & ainu
L'Objet apparoift tant plus gros,
du Mercure Galant. isi
4
Comme cela un Ciron apparoift
auffi gros qu'un Pois , en forte
qu'on difcerne fa tefte , fes pieds
& fon poil , chofe qui fembloit
fabuleuse à plufieurs auparavant
l'avoir veuë avec admiration,
quoy que l'experience n'en foit
pas beaucoup difficile à qui en
voudra prendre le loifir. Quant
aux Perfonnes qui ont la veuč
courte de leur naturel , il faut
accourcir le Tuyau jufques à ce
qu'ils rencontrent de quelle lonils
gueur ils
voyent le mieux : Mais
il le faut alonger pour ceux qui
ont des tayes aux yeux , ou quelque
autre accident , ou qui font
à l'extréme vieilleffe , & obſerver
de quelle longueur il leur faut
pour leur ufage. Si on veut lirede
loin à la clarté de la Chandelle,
N iiij
152
Extraordinaire
il faut que la Chandelle foit le
plus prés qu'on peut de ce qu'on
veut lire , & fi la Lunette eft pofée
fixement , on voit bien mieux
que quand on la tient à la main,
à caufe qu'il y a toûjours du
tremblement. Les plus grandes
Lunettes font voir les Objets plus
gros que ne font les petites
( moyennant qu'elles foient faites
avec la perfection requiſe ; ) &
partant on voit plus loin par la
premiere 1. que par la feconde 2.
& encore moins par la troifiéme
3. Mais les plus petites font voirplus
large efpace que les grandes,
& l'objet qu'on defire voir eft
plus aifé à trouver par les petites
que par les grandes , qui eft une
utilité préferée , au moins par
ceux qui font incommodez de la
du Mercure Galant.
153
veuë , & qui ne fe foucient pas
tant de voir fort loin , que d'eftre
foulagez pour voir moyennement
loin.
L'experience fait connoiftre
qu'on voit beaucoup mieux avec
deux Lunettes , qu'avec une ; car
les Objets paroiflent plus gros &
plus prés . La quatriéme Figure
quieft marquée 4. montre comme
l'on les peut accommoder à
l'endroit des deux yeux , les faifant
pafferau travers d'une Lame
de métail , ou autre matiere reprefentée
par L, dans laquelle eft
renfermée la petite Platine P,
qui fert à porter la Lunette M ,
qui eft mobile , pour la pouvoir
approcher ou éloigner de la Lu
nette F , qui eft fixe , par le moyen
de la Vis D , qui eft retenue en
154
Extraordinaire
ladite Platine. Ces deux Lunettes
doivent eftre paralleles entr'elles
pour un Objet éloigné de plus de
cent pas, tant loin puiffe - t - il étre;
mais pour voir un Objet proche ,
elles doivent faire angle à iceluy
Objet , dont la baze eſt l'eſpace
qui eft entre les deux yeux de
celuy qui le regarde.par icelles.
Si elles ne font bien accommodées
, on voit deux objets pour
un , mais cela ne fait pas de beau.
coup fibien qu'il doit ; partant if
y faut remedier , foit en dégauchiffant
les Tuyaux , ou en les
approchant ou éloignant l'un de
l'autre,ainfi qu'il eft requis . Toutes
les Operations précedentes fe
font plus aifément quand les Lu.
nettes font arreftées fermement
droit aux Objets qu'on voit ; c'eft.
j
1
du Mercure Galant.
ISS
pourquoy j'ay préſenté le moyen
de les planter fur un Bâton , ou
autre chofe propre à les foûtenir
par le moyen des Vis G & H, qui
portent Charniere , ou petite
Boule enchaffée & mobile , pour
porter lefdites Lunettes , de forte
qu'on les puiffe incliner où il fera
requis. Mais il faut obferver foigneufement
de tenir les Verres les
plus nets qu'il eft poffible ; & fi
on les a touchez du doigt , ou
pouffé l'haleine deffus , on les doit
effuyer avec un linge blanc & net;
& fi on les ofte du Tuyau , il faut
remettre le cofté convexe du
grand Verre en dehors, car autrement
il faudroit alonger le Tuyau
de l'épaiffeur dudit Verre , outre
fon point marqué en C. Il n'importe
pas tant du petit , car la re156
Extraordinaire
fraction fe fait à fort peu prés du
milieu , encore qu'il ne foit creux
que d'un cofté , lequel on doit
mettre dehors.
Lefdites Lunettes , avec leur vray
Ufage & Figures, fe vendent chez l'Autheur
, à Paris , en l'Ifle Noftre- Dame,
à l'Enfeigne du Compas .
On donnera la fuite du Traité des
Lunctes, dans les Extraordinairesfuivans
du Mercure Galant.
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Résumé : NEUVIÉME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr Comiers, d'Ambrun, Professeur des Mathematiques à Paris.
M. Comiers d'Ambrun, professeur de mathématiques à Paris, explique dans un traité dédié au Duc de Bourgogne le fonctionnement des lunettes et des télescopes. Il décrit comment les rayons lumineux provenant d'un objet pénètrent dans l'œil et forment une image sur la rétine. Les verres correcteurs permettent de corriger la myopie et la presbytie. Les télescopes augmentent la taille et la clarté des images des objets éloignés. La qualité de la vision dépend de la précision des verres, de leur ouverture et de leur position. La vision binoculaire est plus efficace que la vision monoculaire. Les binocles télescopiques, composés de deux lunettes de même puissance, offrent une vision plus claire et distincte. Le texte mentionne des références historiques, notamment les travaux d'Alhazen et Vitellon sur la vision binoculaire. Le Père Millet Dechales, dans son ouvrage 'Mundus Mathematicus' (1674), souligne l'utilité des binocles pour juger des distances et des magnitudes des objets. Le Père Rheita, un capucin allemand, a fabriqué et utilisé des binocles dès 1645, permettant d'observer des objets célestes et terrestres. Plusieurs témoignages confirment la qualité et l'efficacité des binocles de Rheita. Un auteur anonyme contredit ces témoignages dans 'Vision Parfaite' (1677), affirmant que Rheita ne pouvait voir que la Lune avec son binocle. Cependant, des témoignages de religieux capucins et de savants attestent de la capacité des binocles de Rheita à observer des objets terrestres. Le texte explique également la construction des binocles, composés de deux lunettes simples disposées de manière à aligner les centres des prunelles des yeux avec les centres des verres oculaires. Cette configuration permet une vision distincte et claire des objets observés. Les Anciens, comme Alhazen, Zenon et Vitellon, croyaient que la vision résultait du concours des deux nerfs optiques. Cependant, des cas exceptionnels remettent en question cette théorie. Le Chevalier de Freze voyait double en raison d'une maladie. Le texte mentionne le télescope double de la Société Royale de Londres et l'invention des binocles par Daniel Chorez en 1625. Chorez a dédié son invention au roi et a publié une feuille imprimée décrivant la construction et l'usage des binocles. Les lunettes d'approche permettent de voir des objets éloignés comme s'ils étaient proches, et peuvent être ajustées pour différentes distances et conditions de vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 121-180
DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
Début :
Nous avons demontré dans le dernier Mercure Extraordinaire, l'ancienneté des [...]
Mots clefs :
Verres, Binocles, Constructions, Lunettes, Objets, Vision, Axes, Convexe, Inventions, Savants, Yeux, Binocles astropiques, Observation
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texteReconnaissance textuelle : DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
DIXIEME PARTIE
DU TRAITE'
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par Mr Comiers d'embrun,
Prevofl de Ternant, Profejjeur
és Mathematiques a Paris. NOus avons demontré dans
le dernier Mercure Extraordinaire
,l'ancienneté des Binocles,
&avons donné leur sacile
Construction, de leur premier
Inventeur DanielChorez, qui
les présenta au Royen l'année
1625.Nousavonsaussidemontré
que le R. P. Antoine Maria de
Kluyîn, ce savant Religieux Capucin
Alleman, avoit donné la
derniere perfection aux Binocles,
composantde deux verres convexes
chaque Lunete du Binocle
Astropique, pour contempler les
Astres, & mettant quatreverres
convexes, un objectif & trois
oculaires à chaque Lunere du
Binocle, pour voir les objets
terrestres.C'est de ces Binocles
du P. Reyta, dont toute l'Europe
a admiré le surprenant effet depuis
1642.ausquels on en fit de
semblables en plusieurs Villes de
l'Europe, dez lors que ce grand
Homme en eut publié la Construction,
dans son docte Livre
intitulé oculusEnoch d" Elioe im
primé à Anvers en l'année1645.
Mais parce que plusieurs doctes
Allemans se plaignent contre un - nouvelAutheur grand Adioptricien
, & avec les termes de Mr de
Balzac dans sa 26. Lettre à Hydaspe,
disent, Que la maladiequi
se prend. au bout des doigts,ayant
frapéuneteste,pours'attribuer l'invention
des Binocles,acomposéplusieurs
volumes de Visions, où il n'y a
pas unepensée raisonnable. Ils ne
s'étonnent pas ( ajoûtent ils avec
Mrde Balzac)qui'lyaitdesHommes
qui donnent de la réputation à
des Sots, puis qu'ils ontfait des voeux
&brulédel'encens à desSinges. Je
dois justifier tous les Sçavans de
nostre Nation, qui n'ont jamais
hésité à reconnoistre le 'J'rand
merité & sçavoir du R. P. de
Rtyta,& l'admirable effet de ces
Binocles.
Pour faire le panegyrique du
P. de Reyta, celuy de son Livre
&de ses Binocles, il me suffitde
choisir & rapporter quelques témoignagestres-
authentiques.
Fabius Chisius, grand Astronome,
NonceApostolique & Légat à
Cologne, &depuis Pape AlexandreVII.
apres avoir tres- souvent
admiré le grand effet des Binocles
du P. Reyta, & examiné en
manuserit son Livre Oculus Enoch
&Elioe luy écrivit du 17. May
1642. Dignum existimo ut typis tradatur,
&c. Vous trouverez cette
Lettre dans la Préface dudit liv.
imprimé en 1645.
Jean Caramuel ce grand Evêque
Mathématicien, qui seul a
compose autant de livres qu'il en
faut pour faire une Bibliotheque
choisie, écrivant au mesme Legat
Fabiuschisius, dans sa Lettre
datée deLouvain 103.Juillet 1645.
que vous trouverez au long dans
la 1605. page de sonMathesisNova,
imprimé à Lyon en 1670. parle
en ces termes.
ILLVSTRISSIME DOMINE,
Fir omni exceptionemajor, Rater
jintoniusReyta, sanguine, ut audioy
KôbiliJJimus; cldrijJimm, ut video,
yitâ& Moribu* s ditavitAjtrono-'
miam, Geomttriam
,
Aritbmeticam,
PhyficAm novà invelltú
, Europe
adpriirationempromeritw,patridiri&
Ordincmilluftrat. Innumerosfautores
epatronosadeptu4, in hecprl/Jens;
qaod te Moecenalcmeleeerit, in boaf+.
lix ffub'J!-sub umbroe tu£patrocinium
adcptiufii. De ipfiiisiuftrumétk vari*
funt Aiitàtiomoinmopiniones, varia
de ipfms obflïVdtis judiciii;Jeclquia
tu i/Ùz cxatfa( voila une preuve
palpable de la bonté des Binocles
du P.Rheyra.) h.ufoelices aijudicast
vulgm Ajlronomorvm non moreitur,
quis enimpojjet 'V"'K,nibu.J ingeniis
fatkfaccYc?Amevirum & vemror,
crudea multis impetito opem non tuli,
IjuodcrcdercmmtzJorem oemuUs Udi
non poffe.
Le R. P. Gaspar Schotth, de la
Compagnie deJesus,au premier
Tome de son Magia ZJni'uerfalis
Naturæ & Artis, imprimé en l'année
1657. dans le liv. x. c. ii. De
Telescopii Astronomici tam Monoculi
quàm Binoculi,Origine ejusque Au- )dans la page 494. parle en
cesrennes. AnîhoninsigiturMaria
deRfJttl vÎræquè religiosus ac doffus,
mihiquefamiliariternotm. Neque
hoc Monoculo tubocontcntu<fuit,fcd
alterum focium Oculum si adjunxit,
& tjfJidem foelicijjlmo atifù, ftlicioriquefucçcjfu
, ut mecum fatcriceguntur
quôtquet hajus rei expcrimentum
fumpfirunt. Talisquille inter
hune &priorem effdiffirentitt, qualis
ejje communitersolet inter Mtnoculum
&Bineculum hominem. EXlerimtfJtum
secs in tubo Binoculo ab ipfoauthore
elaborato, atque hoc Binoculo
tubo Jperat Rheyta multa adhuc tati.
tmiid in coelo afel/na deteëtum iri.
Lemesme R. P. Schotc,dans
le mefmeVolume cap. 3. De infignibuiboctempore
Telefcopiorum Ar-.
tifeibus, dans la page 496. dit,
Tertius ce IoannesVuifiL
,
Augufix
Vindclicorum infiniEtus a Reytd,sàtis
tubos tam Monoculos ejuaw Binoculos.
Jjhtaniîm adde Patr, m Autonium de
Reyta, qui non tanlum in ta arte exccllit,
eamque ifriptts tradidit, fed
& alios ctiaminflruxit, & cùm hu..
manifflmus fit,nonpaucisfun (pm..
mumcavit. te "1() LeR.P.MilletDechales,aussi
JesuÎte, dans le 27Tome de son
Mundus Mathtmaticus ,imprimé à
Lyon, en l'année 1674. au TheorémeTelescopium
Binoculum, page
672. dit, Fiant dlloTelcfiopia omnino
jimi/ia, que conjungantur ita utsint
fibi inviccmparalle/a; & dissentcâdem
quâ oculidistantia,, ut uterque
eculus objellilm tamen videat. Expcrtus
fum in Telescopio duorum pe- c-cmpnrabceilrittuemr&emsiajduijsï&wcviiicuisniinu-s
9bjeffumapparere, ô* quod mirum
fsi, non duo Telefcopii gemini flraminavidebantur,
Jedunicum. Etil
ajoûte, Pater ReitainsigneTeIeÎcopum
Binoculum circumferebat, erat
autcm decem circiter palmorum cjus.
Ingitudo.
Comme à travers les artifices
étudiez de ceux qui veulent étoufer
la verité
,
elle s'y montre du
moins en quelqu'une de sesparties
, & verifie le dire du Prophete
Roy xxvi. ii. L'Autheur Adioptricien
de la Vision parfaite de
l'année 1677. y laissa échaper les
termes suivans dans la 47. page.
Le P. Reyta se contentoit, dit-il, de
faire voir tellement quellement des
deux yeux quelques objets du Ciel,
comme la Lune. Tous les Gens de
probité ont leu encore avec indignation
les termes suivans dans
la 7. page de l'Epitre dedicatoire
de laVision Parfaite de 1681. Il
estoit avant moy (l(oll/mcr¡t inoüy,
que l'onpuUebfirvcr tous les objets,
Soit de laTerresoitdu Ciel des deux
jeux conjointement. Etles semblables
termes à la fin de la 6. page
de la Préface.J'effectuë, dit cet
Autheur
, avecautant d'ouverture
d'(/prit que de bonheur, le Binocle,
qui atoûjours reellement esté inconnu.
Enfin on demandecomment il
a osé écrire dans les termes suivans
dans les pages 190. & 191.
de la Vision Parfaite de 1681.
Que toutes les Nations étrangeres
n'ontjamaispûfaire de Binocle, n'y
en ayantjamais paru aucunjusques à
l'impression du Livre de la Vision
Parfaitede1677. danslequel,ajoute-
t-il,j'en auois donnél'invention.
Il faut donc que mille Sçavans.
qui ont admiré tant d'années auparavant
l'année 1677. les prodigieux
effets des Binocles de chorez,,
de Reya, de Vuisil, & du
; Pere Dechales
,
de Monsieur de
Cassini, & mille autres Scavans,
nayent rien veu qu'en songeant,
& n'ayent écritdu Binocle qu'en
dormant.
Lors que je travaillois au Journal
des Sçavans, je rendisjustice
au R. P. de Reyta, que j'avois
connu particuliérement en l'année
1654. dans le grand Convent
des Capucins à Lyon, où avec
Mr de Regnaud & cent autres
Sçavans, nous avions admiré le
surprenant effet deson grand Binocle
pour les objets terrestres.
J'en parlay donc dans le Journal
du 2. Décembre 1677. page 249.
en ces termes. Le P. chérubin donne
un nouveaujour au Binocle ou double
Lunette
,
dont le P. Reyta aparlé
Amplement dans son Livre Oculus
Enoch&Eliæ, en 1645. Le nom
du P. Reyta & deses Binocles a
produit à son Emule le mesme
effet que la Canicule à un Autheur
Cinique contre le Journal
dès Sçavans, bien que tout cequ'il
en dit dans la Préface de la
VisionParfaite de1681,depuis la
25. ligne de la 11. page, & dans
les trois pénultiémes articles de
la Table des Matieres, en Ja Lettre
I, concerne Tinterest & l'avantage
de la Republique des
Lettres; c'est la seule chose qui
merite d'estre bien leuë, & nleu.
rement examinée. Revenons à
nostre sujet.
LA CONSTRVCTION
des 'Binocles du 'Z P. deRejeta
Capucin Allemand, immée
en 164.5. dans son Livre
Oculus Enoch, & Eliæ.
J E rapporteray icy les termes
de cet Autheur si estimé parmy
tous les Sçavans de l'Europe,
& feray en quelques endroits les
remarques necessaires, comme
celle-cy
, que leP. Reyta parlant
en sçavant Homme & sans verbiage,
ne s'est pas arresté à déduire
plusieurs petites particularitez, que
la pratique enseigne mieux a l*Arti~
ste que lesparoles
,
&queson induftrteluyfournitabondamment.
Personnen'y
peut trouver à dire, puis
que leGraculus de ce grand Homme,
le R P. Cherubin d'Orleans
a employé les mesmes termes en
l'année 1671. en parlantde l'Oculaire
double, dans le commencement
dela 208. pagede sa Dioptrique
oculaire.
Dans le iv. livre qui a pour Titre,
Oculus Astropicus Binoculus, le
R. P. de Reyta rend raison du
Titre genéral
,
hujus oculi
,
dit-il
dans la 336. page, Enoch& Eliæ
Binoculum Telescopium, quod fjtlS
praxi & ope magnalia Dei &si remotissimèin
coelo à nobis elongata%
non ampliussemicæco ,sed novo modo
tlmbcbuJ oculis
,
à travers deux
Telescopes assemblez physiquement
paralelles, la distance des
centres des verres estant phisiquement
égale à ladistãce des centres
des Prunelles pour voir les A stres,
pourvoir les objets terrestresqui
sont fort éloignez. Ce quenous
démontrerons, quasi inspectanda
inducamur
,
& dans la page 338. ilajoûte ,neque hoc monoculo Tubo
contenti fuimus, verum&alterum
sociumoculum, un autre Tube monocule
ou Lunette, que P. Cherubin
luy mesme appelle un oculaire
, adjunximus, & quidem foelici'iftmo
AUCU. Igitur,ajoute-il dans
la page 339. praxim utriusquejam
dicti Telefcopitfacillimam
,
& quidtm
non nisi propriâ. experientiâ tradituri
,
benevolum leUorcm rogatum
volumus, nescilicet nobis vitio vertas,
si quoedam arcana ,
quasi quibusdam
oenigmaticis nodis ob graviores
quasdam causas,ccrtafque confiderationesatque
respictus usque ad
suum timpHs ligata tradantuy, semble-
t'il pas que le P. de Reyta
avoit préveu que32. années après
quelquesinge luy voudroit ravir
l'honneur de l'invention des Binocles
ou assemblage de deux Lunettes
en toutsemblabler,dont les deux
axes concourent à un mesmepoint de
l'objet,puis que dans la ig.llç,.de la
5. page de la Préface des visions
parfaites de 1677. l'Autheuraosé
dire, je l'ay inventé moyle Binocle,
& dans la 27. page avec un coeur
conforme à sa vignette dit j'a.
voÍÙ que mon génie se plaist à L'invention
des belles chosès. Ses termes&
sa vignctte font peu conformes
à l'esprit de Saint Paul aux
Philippiens chap. 4. vers 5. Modcftia
vcfha nota fit omnibm bominibus.
L'Autheurdes Visions nepeut
blâmer le P. Reyta, d'avoir adverty
qu'il avoit fait quelques réservesen
donnant la conftru&ion
des Binocles, puis que luy mefme
en a toûjours usé lors qu'il
proteftoit de n'en user pas, par
exemple,en l'année 1671. dans
la 137. page de sa Dioptrique
oculaire, ilprotefte de donnerfincerement
& sans reticence aucunes
son Telegraphe qui est le mien
qu'il rendit faux, l'ayant déguse
pour s'en dire l'Inventeur, néanmoins
en l'année 1677. dans la
144.page de ses Visions parfaites,
il afleure d'y suppléer librement
les reticences dontsavois, ditil
,
parlant de soy-mesme
, été
contraint etuferen itiji. en imprimait
la Dioptrique. Qui n'auroit
hazardé de le croire cette feconde
foisj lors qu'il dédioit (es Vi.
fions au plus Augultcdes Monarquesdela
terre, c'auroiteftéun
crime de croire qu'il eut voulu faire
quelquereserve. Neanmoins
après avoir obtenu de moyde nouvelles
connoissances,illes publia
fous Ion nom dans ses Visions de
1681. & pour pouvoir s'attribuer
l'invention des nouvelles lumières
qu'il avoic obtenu de moy
par l'importunité de ses applications
, & dit sans scrupule dans
la 9, page de la Préface, j'ay efti
obligé iïufer de quelque précaution
dans le Volume de la Vision parfaite
addrejfée au Roy en l'année 1677*
C'cû pourquoy dans la page2.01.
il fait unefiction dejùpplément de
ce qu'il dit avoir reservé en 1677.
au lieude parler juste, & dire de
ce qu'il avoit depuis appris de
moy ,
enfin dans la page 116.
Voila, dit-il, tout le secret sans titicane
reserve. Cependant il ne sceut
bienemployer ce que j'avois eu
la bonté de luy communiquer, 66
il commit encore des fautes tresessentielles
que j'ay démontré
dans la 333. page du xxii. Tome
du Mercure Extraordinaire.
Je conclus donc que le P. Che*
rubin s'en doit prendre à foy.
mesme, s'il n'a peu comprendre
la bonne & facile confirudion
des Binocles duP. de Reyta, &
suppléer à quelques mots de scai
Discours
, comme ont fait tantr.
de flmples Ouvriers aufquelsDieu
n'a pas donné un esprit si suJ
blime, mais plus humble, que
celuy de son grand genie
,
qui se
plaist à l'invention des belles
choses,& qu'il adépeintdanssa
Vignette, & expliqué en la Ta,,
ble des Matieres dans l'article pénultième
de la Lettre N. par ces
mots, le nom exprime la réalité de
la chose, j'en crois plutostS. Paul
2. aux Corinthiens chapitre xi.
verf. 14. Necmirum ipse enim S.
Voyons maintenant dequoy il
s'agit.
Le R. P. de Reyta dans Ton
Oculus Enech & Elioe
,
imprimé en
1645. au Livre oculus Astropicus
Binoculus, page 354. parle en ces
termes.
Prdceptumvit.
Cuntfa qnoe kattends, &c.
Fiat canalàfgnr& obienge, un
tuyau prismere&angle oblong.
Le P. Chérubin en 1671. pour
déguiser dans sa Dioptrique oculaire
le nom de Binocle, l'appelle
oculairedouble, & dans la Planche
21. page108. donne la figure Elliptique
à ce tuyau; ce qu'il explique
en la page 109. mais luy
ayant depuis fait connoistre que
ce tuyau exterieur ne pouvoit
estre Elliptique ou ovalaire, &
qu'il valoit mieux passer à plomb
sur un plan les deux Lunettes,
dont l'une foit mobile, comme
sont encore tous les Binocles de
Daniel Choyez, donc vous avez veu
la construction & la figure dans
le dernier Mercure Extraordinaire.
Voicy une particulière Machine,
Figure I. que Chorez fit
en cuivre doré pour feu Mr de
Monmaur, Maistre des RequeC
tcs., où il mit les Armes, & que
j'eus depuis de sa libéralité ; &
enfin) qu'il fuffifoic que les deux
Lunettes des plus longs Telefcopes
fussent mises sur lesbranches
de ma simple Machine, de laquelle
vous avez veu laFigure13.
dansla3. Planche du XXI. Tome
du Mercure Extraordinaire; 6c
que pour orner & cacher le mi.
ilere de la construction du Binocle,
il faloit enfermer comme le
P. Reyta les deux Lunetes dans
un tuyau parallelipipede rectangle
oblong, ou qui fust du moins
sur un plan horizontal, la forme
superieure estant indiférente. Le
P. Cherubin profitade mes avis,
car dans la page 66. de sa Vision
Parfaite de 1677. il dit, ion voit
dans la premtere t igure de cetteTable,
que fayfait le tuyau extérieur
de nofire Binocle de la forme d'un
Prismerectangle oblong;iexpérience,
à ce qu'il dit, m'ayant fait voir
quesafgxre ejlant de laforte trèsreguliere
& facile a.faire, elle contribuolt
beaucoup à faciliter toute la
conftruclionmécanique de cet oculaire,
donnant une ftuationfcure&juste
aux deux verres qui le compofenty
sans laquelle l.A'rlijÙ intelligent (xperimentera
qu'il eB impossible d'en obtenir
la perfection. D'où je conclus,
que puis qu'en 1671.ilvouloir
que les Ouvriers donnassent
la figure Elliptique au tuyau extérieur
du Binocle, il n'en avoir
encore point fait faire, outre
<iuen l'année 16gi,dairs la 191.
page de ses Visions il dit, n'ayant
jamais paru aucun de ses Binocles,
jusquesàl'impression du Livre de la
Visionparfaite de1677. Cela est si
vray ,que par sa Lettre du 2. Decembre
1676. écrite au St Guerreau
Me Lunetier, aux trois Croissans,
sur le Quay de l'Horloge,
il parle en ces termes. Lundy Sa
Majefié me commanda de luyfaire un
Binocle. Je meserois trouvéenpeine
pourfatùfaire au commandement de
Sa Majesté, y ayant plu* de vingt
ans que jaydeflfié de travailler au
Verre; mais je me fuis soulagé ¡-e¡:.-
prit ausujetdecetravail ,surl'estime
quejefais du vostre ; ceHpourquoy
je vousprie de me faire la grace de
mefaire les verres pour les oculaires
que le Roy desire
,
qui sont un Oculaire
Binocle, &un autre pourdefsiner..
finer. Esperant cette grâce de vomy
je demeure avecaffectionsincere, Votre,&
c. Ilestdonc par luy-nlème
constant, qu'il n'a jamais fait de
Binocles, ny les Verres, ny les
Etuys; & néanmoins dans la 38.
ligne de la ici. page de ses Visions
de1681.il dithardiment, Ilnese
trouveaucunBinodleau !-rionde,avant
ceux que fay faits, depuis l'impressiondu
Livre de mes rifons de l'année
rÔ77,7.
Le R. P. de Reyra parloir plus
sincerement en 1645. Verey ces
termes dans la 339, page de son
OcuioeEnoch&Li,.oe%Praxitnfacilimam
& quidem non nesipropria
experientia trad~tturi. Benevolum
lectoremrogatum voiumua
, ne scilicet
nebts vitto vtrta* si quoedam
quasi quibusdam nodis
,
eb araves
quasdam eausa&conjîderationes,
nfyue ad suum umpw ligata
tradantur, neque etiam tempora cuncta
wdiffçrtnur pirmittunt, qffoa si
ingenium applicueris satis foeliceni
adipisceris.N'avoit-il pas juste
raison de ne s'expliquer fufîîfàm-,
ment qu'aux Sçavants
,
puis qyt:
^celuy qui 31. années après s'est
voulu attribuer l'honneur de l'invention
des Binocles
, a dit dans
la 9. page de la Préface 4efesVi,
sions de 168I. I'ayestéobligépeurce
sujet d'useren1677.deprécaution,ex-
/tiquantUconftruttionptfitive di
£oculaireBinocle> encore, dit-H,quejç
myfoisfujfifemwemexpliquépour
lafaire concevoirà des Personnes trèsintelligentes.
Revenons aux termes du P. de
eeyta, Fiétcmdisjigm^ eblwgs.
i(4 ut oculis, applicatus ambos oblonge
tegat, ex cujwarijicHsuperioris margineoenlisadmûvenda
, tantusarcut
excindatar,utfrmtew captas,infernè
verbsimiliter
, ex mediomarginis
particula excavetur, pro nasiéminentiâ
inmittandâ. Le P. Cherubin
quia par tout copié le P. de Reyta,
dit dans la nj. page, lefond de
la Boette immediate du tuyau exte-
rieur dtt Sinecle, doit avoiraumoins
U# demy pouletd'épaisseur
,
à cause
qu'il doitporter une entaille profondt
pour recevoir le nez, ,
ér estre me/me
entaillé doucement par le haut pour
placer Cémincncc dufront, afin qlliÚ
uempefebent lesyeux d'approcher des
Verresimmédiats ,pourvoir commodémentparle
Binocle. Itaut hoc modo,
oculi, dit le P. Reyta
; mais le P.
Cherubin a adroitement transl
porté la Virgule pour la mettre
a prés le Plot respect qui suit,
afin de rendre lesens inexplicable,
respectuconvexorumocularium,
fin que les deux Lunettes du Binocle
estant disposées à l'usage
d'une Personne, pour voir le mesme
objetimmobile, ou du moins
toujours dans unmesme éloignement
-) perpetuofirmum ifatum&
situmsuum retineant,quod omnino
fierinecesse erit;afin que les axes
visuels qui sontles axes des deux
radiations, qui dumesme point
principal de l'objet couvrent la
surface du Verreobjectifdes
deux Lunettes, tombantàplomb
sur les centres des surfaces de tous
les Verres,comme aussi surles
centres des prunelles du regardant,
par la pointe des pinceaux
'Opriilfs des leurs radiations renversées
par les loix de la refraction
, a prèsavoir penetré l'humeur
cristallin concouvrent êc
s'unissent pour la peinturedu mesme
point de l'objet sur le fond
de chaque Retine, & la peinture:
des autres points en des endroits
semblables,afin que l'objet estant
veu en unmesmeendroitpar les
deux yeux, il ne paroisse qu'un,
&non pas double,ce qui arrive
lors qu'il paroist en differens
lieux, estans peint en differens
endroitssur les Rennes
,
lors que
lesdeux axes visuelsayant suivy
les axes des deux Lunettes, ne
vont pas concourir sur un mesme
point-de l'objet, mais qu'ils croi.
fent & s'entrecoupent, au deà"
ou plus loin que l'objet.
Comme le P. Reyta écrivoit
peur les Sçavans
,
il n'avoir pas
cru devoir faire tout ce détail:
Car les Intcîligcns, comme a fort
bien reconnu le P. Cherubin en
l'année 1679. à la fin de la 397.
page du livre de sacontiguité des
corps, trouvant mauvais que
dans les pages 249. & 150. du
Journal des Sç;mns du 20. De
cembre 1677. j'eusse trop bien
& trop au long expliqué lelrenlo
ciel de la Gonstruction du Biilo*
cle, n'ontpa* besoin qu'on leur ex*
fliqa:
, que ces deux oculaires Lunettes
y sont ajttfkz, à la distance
des centres des ouvertures des deux
Jeflx) de celuy qui regarde par le Bi-
nocle,oupour lequel il est prépaye, ny
que ces deux axes concourent en u*.
seulpoint.
Suivons donc le P. Reyta. Mu-
niatur deinde tubiquilibet canélisdû
chacune des deux Lunettes ,sue
Ajjhrio, msupra in tubo wonoculojie*
ri debere dctlimUJ, qtiibmfiélu*
cefc cfi te hahen duo convcxa ebje-*
ÏÏiva, in eadempatina elaborata enu
ninotjnfdtmdqualitatis, longitudinis
de foyer solaire
,
accrassitiei &-
alix duooculariaprorsus æqtudiaJ Ilt-
Itie in iisdemfenteHù parata. Comme
le P. Reyta ne parle icy
,
suivant
le titre, que de son otahu
Afirepiciu Bwôcuim ,ilne met que
deux Verres convexes à chaque
Lunette de ce Binocle Astropique.
Queitain canalemdisponantur)
chaque Verre oculaire dans
le tuyau particulier desa Lunette,
utsapra
,
avoit-il déja dit, in
tnbû monoculo peri debere dotwim#s.
Vtocularium vitrorum centra,pupiUil:
ccîdi tuisemperdiametraliter. dire.
ctement &à plomb respiciant. Le
P. Cherubin parle de mesme en
la 54.pagedes Visions de 1677.
que les Verres immédiats estant centrakmentajufiez,
aux pupiles des
yeuxy quiestl'essenciel de la cenfiru*
ction parfaite du Binocle.
Hoc est, comme la distancedes
centresdesoculaires pour les objets,
est moindre que celle des
centres desPrunelles,qui est pour
lesobjets éloignez ordinairement
au plus de deux pouces &demy,
& leur diamettre de trois lignes,il
faut d'abord que,tantumocularium
centra ab invicemdilfcntqtsaîum una.
oculi tuipupilla ah alterarànotll est,
de deux pouces & demy an plus
pour les objets les plus éloignez,
& cela afin de donner ensuite
tres facilement la distance requise
descentrsedes Verres oculaires,
en écartant peu à peu les Lunettes
au plus de trois lignes, afin
que les cécres des oculaires soient
vis à vis des centres des prunelles,
par le moyen d'une petite rouë
qui en grainant dans les avances
des deux diafragmes entraînent
latéralement sur un mesme plan,
& contournent les Lunettes,
dont les extrémitez font passees
dans des anneaux de Cuivre ou
de Leton verticalement mobiles,
dans les quatre trous un peu hori-
[onr,denlent elliptiques de ces
diafragmes latéralement mobiles
, 6c dont les ouvertures répondent
aux quatre ouvertures
faites aux fonds du tuyau exterieur
du Binocle. Voyez le tout
dans laDigureII,car parce moyen
elles se contournent pour faire
concourir les axes visuels à un
mesme point de l'objet, ce que
j'ay pratiqué à Lyon en l'année
1654. me servant du Binocle du
P. de Reyta, dont chaqueLunette
estoit composée de quatre
Verresconnexes pour voir les objets
terrestres dansleur scituation
naturelle.
Il est necessaire de remarquer
icy qu'aux Binocles Microscopiques,
& aux Binocles Telescopiques
, que j'ay enseignéen 1665.
de faire servir de Miscrocope, en
allongeantfsffisamment les
tuyaux, suivant que le foyer ou
image aërienne de l'objet plus
proche se forme plus loin auderdere
du Verre objectif, dont j'en
ty donné en 1683. les regles ai*
long dans les pages121. & suivantes
du xxi. Tome du Mercure Extraordinaire
,
la distance des
centres des Verresoculaires, doit
estre fort sensiblement moindre
que la distance des centres des
prunelles, Iî démonstration en.
est facile. Voyez la Figure III.
car puis que les axes des deux radiations
du point~+principal de
l'objet, doivent en ligne droite
traversersanssouffrir aucune restraction
, tous les centres des
Verres & les centres des prunelles
, la distance des centres des
Verres oculairess c. D est moindre
que la distance des centres
des prunelles des deux yeux A. S.
bien que tout cela soit tres-evident
parla seule inspection; neanmoins
le P. Cherubin a écrit lecontraire
en termes tres formels
dans la 73.paee de ses Visions de
1677. L'on ajoutera premièrement
les centres des Verresimmediats,exactement
à la mesureàlaquelle l'on dllra
observé les centres despupiles desyeux,
tournant ou détournant la vis
de la conduite immédiate avec saclef,
jusques a ce que les points correspondent
perpendiculairement aux centres
des ouvertures des piunulcs des deux
Verres immédiats, quel'on aura marqué
sur leur bord inférieur
,
soient
exactement posez avec le compas a
cette distance l'un de l'autre, il dit la
mesmechose dans la 204 page
desesVisionsde1681 Voicyces
termes. l'ajuftay les Verres immediats
par le moyen de la vis de leur
onduite; enforte que la dfiance de
eurs centres convintparfaitement
weecelle de mes deux yeux puis
j'ajufiay la partie objective de ces
ieux oculaires, avec la vis de leur
onduitepropre, à la difiame que i'expérience
me fist con/faifire
, pour réunir
parfaitement les deux ejjues
d'un mejmeobjet, que je regardois
des deuxyeuxensemble
, par les deux
oculairesappuyez, sur la table de la
machine. Voila toute la niefme
pratique du P. de Reytahorfmis
que ce dernier Autheur die, que la
difiance des centres des Verres oculaires
,
doit efire égale à la di(lance des
centres des prunelles
, ce qu'il die
encore tres formellementdans la
205. Vojcy lestermes. Mes deux
oculaires efiant difPo/èz de la forte
potlr voir des objets éloignez,,j'en
voulusregarderd'autres objetsfucctfjîvement
jusques à ejtre notablement
tropproches, (j*je reconnuspeu apeu y~~f~<' quitte salut
premièrement allonger également les
tuyaux de mes deux oculaires ds.nsia
proportionrequise, pour voir de (haclin
separément ces objets proches> é*
flcolldtment approcher doucement les
verres immédiats) par le moyen de
la viz de leur conduite,pour égaler
4la difiance de leurs centre entre eux, celle des centres des ouvertures dç
mes yeux conjointement cDnt(}lIrtJe
sur cet objetproche,
- SuivonsleP.deReyta.am
qui'demditfantiam, des centres des
prunelles, benefeio circini &fpeculi
habere poteris
, avant que le Perg
Chérubin [efuit avisédefeprô^
ner l'Inventeur des Binocles il se
Faisoit que copier le P. Reyra.
C'est pourquoy dans la 104. page
desaDioptrique oculaire de1671.
il diroit, En cette manièrejemefuis
trouvé les centres do deuxouvertures
dç l'ZJuceaJJezjprécisément diftms de
2pouces 6' demy.SuivonsReyta.
vitra ver, duo ibjtctivafaulo
fmtfibi iciniira , frout objeefumlongitu,
aut propius difiabit 4 vi*
dentis loco
, qua magis (Nim remetum
fuerit
,
eo magis oportet )'111' dicta
objeffiva convexa ,
in tubo tffi ad
invicem deducla & remota j & quo
minus, tanto magis etiam neccffiefi
(a fibimutuoappropinqtiâre,Voyez
la Figure IV. Hoc autem, cet approçhement
des centres des verres
objectifs, aussi bien que des
verres oculaires des deux Lunetes
du Binocle, adommmobjccïi diJt&
ïtiam reôïius & cemmodinsset,
uiïkâtotulâdéniâtk, interutrumquc
vitrumtta artifîciose collocanda
, ut
detesipjiusftiperne,alteriU6 verà affirii
mobilts proram feu prominentiam
denlilfam inftrne, modo contrahan*,
modo dtnuo didltcant ; quo modo convexa,
passez &.suspendus au travers
des quatre anneaux verticalement
mobilesdans les ouvertures
des quatre diafragmes, difîis
assariis, aut auricbdco, aut atiafilidiorimuteriafabricandjsinflxA.
Fig.
V. & VI.facillimefirocttjufcumque
ebjecti distantÏA.ma^isab invicem di.
moveri, aut contrahipQterunt.Ainsi
Ijs verres de chaque Lunete se
contourneront en forte que les
deux axes visuels iront aboutirà
un mesme point de l'objet, qui
fera ensuite le centre du cercleou
baze du cone visuel.
La construction des conduites
des parties obje£hves"£c oculaires
desBinocles du P. Reyra estnaturelle
&très-facile; le Pere
Cherubin l'a renduë trèscomposée
en la déguisant pour s'en
attribuer l'Invention. Nous demontrerons
le Physique paralle-
Lisme des axes de deux Lunettes
du Binocle Astropique,commeaussi.-
duBinocle Telescopique, pour voir
les objets terrestres qui sont fort
éloignez. C'est pourquoy favertis
que pour ces deux Binocles il]
suffitd'enchasser les quatreverres.
du Binocle Astropique, comme
estoient dans celuy que le
P. K-ycadécric icy dansles quatre
planchettes de leur conduite.
Que si les LunettesduBinocle
pour voir les objets terreilt-es qui
sont fort éloignez, sont compofées
de quatre verres convexes,
comme estoient celles du Binocle
Telescopique du P. Reyta
,
qui
faisoit voir les objets terrestres
dans leur situation naturelle, il
Suffit que le tuyau qui porte le
verre oculaire, estant attaché à
la longue regle, FigureVII. patte
dans l'anneau verticalement mobile
, comme dans la Fig. VI.
Il n'est donc pas necessàire
d'enfermer les verres dans des
tuyaux,lesquels parleurassemblage
n'en forment qu'un seul tuyau
particulier, c'est dequoy j'avois
donnéavis dans les 498.& 499-
pages de mon Traité des grandes
Lunettes a quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665;.
avec mon Livre de la Nature &
prêsage des Cametes, ce que j'ay
depuis encore explique dans les
pages 127. & 128. du XXI. Tome
du Mercure Extraordin. Quartier
de Janvier1683.
Mr de CaHim, ce sçavant 8G
infatigableAstronome, a déja.
reconnu la route des cinq Satellites
de Saturne, sans employer
depuis quelques mois les tuyaux
des Lunettes, s'estant servy du
verre ob*elllif de 76 pieds de
Foyer solaire
,
travaillé par Mr
Borelly de l'Academie Royale
des Sciences, & du depuis, du
Verre de 136 pieds, travaillé par
Mr Campani Romain. II arreste
fixement le verreobjectifsur l'ou
Verture ronde d'une Lame de
cuivre. La piece qui porte cette
lame, est meuë par le mouvement
d'une Horloge à ressort,
comme l'aiguille de la Montre,
sur le plan de l'Equateur ou du
Parallele, en forte que la surface
du verre objectifregarde toujours
à plomb le Planete, que l'on fuit
& que l'on voit, se tenant à
travers le verre oculaire mis dans
un tuyau de cuivre d'environ
quatre pouces de longueur, à
la distance d'environ le Foyer
solaire du verreobjectif.
Toute la Machine qui fait contourner
le verre objectif, n'a
qu'un peu plus d'un pied de hauteur.
Lors que la Tour de Bois
deMarly, quiservoit pour l'é-
Jevarion des Eaux de la Seine
pour Versailles, fera a pportée à
l'Observatoire Royal, tous les
Sçavans feront ravis de contempler
les Astres, sans l'embarras
des tuyaux si difficiles pour les
très-longues Lunettes.
On trouvera encore à Lyon à SJosephMaison Professe des
RR. PP.Jésuîtes, deux fortlongs
& larges tuyaux prismes rettangulaires,
chacun formé de quatre
planches, que je fis faire en
1654 pourexaminervecleR.P.
François de S. Rigaud, l'un des
plus grands Théologiens & Mathématiciens
du siécle, si mes Binocles
seroient aussi bons que
ceux du P. Reyta. 1 Au lieu de monter les quatre
verres de chaque Lunette dans
un tuyau particulier, je fis faire
plusieurs réglés d'un pied & demy
de longueur. J'en formois deux
longues régles, queje rendois fort
longues & fermes par le moyen
d'une nouvelle espece de char,
niere. Voyez-en Ja construction
dans la figureVII. & dans la FigureFIII.
voyez lamonture solidement
ferme des verres. La mon
ture de chacun des objectifs doit
couler le long de la réglé, afin
d'être suivant l'éloignement de
l'objet, dans la deuë distancedu
tuyau qui porte les trois verres
oculaires toujours (stables à l'autre
extremité des régles.
Le Pere Reyta m'avoüa qu'il
s'en servoit de mesme avec deux
simpleslongues régles., pour s'épargner
les ports des tuyaux de
Lunettes, ou leur construction,
dans le lieu où il ne faisoit pas
long sèjour
y
& qu'ainsi par les
deux petites Roues dentées donc
il avoit parlé dans son Livre, qui
engrenoient dans les quatre avances
de montures objectives &
oculaires passéesdans lesanneaux
verticalement mobiles, il contournoit
toujours conjointement
les verres oculaires avec leurs objectifs
, pour faire concourir leurs
axes à un point de l'objet cerrestre..
Le tres R. P. Chérubin, qui
n'ayant peu achever ses Etudes
de Logique, se contenta du degré
de Baloche
, a dit en l'année
1671.danslapage208.desaDioptrique
oculaire, J9uefins lesob--
jets de lit Terre sont proches
,
il eil
necejjînire d'approcherLATERALEMENT
les Ferres objectifs a proportion
pour les voir, Il a repeté son
LATERALEMENT dans la 81. page
de ses Visions de l'année 1677. ÔC
dans la derniere ligne dela 206
page deses Visions de 1681. dit,
En approchant ou en éloignant LATERALEMENT
les Verres l'un de
l'autre. C'est donc contre la bonne
Logique qu'ilaccuse &- blâme le
P. de Reyta de ne donner qu'un
mouvement, lateral aux Verres
oculairede sonBinocle AJlrpitJtI,
puis que le P. de Reyta, n'a jamais
employé le terme lateraliter.
Le P. de Reyta en 1645. dans
la 339. page de son LivreBinoculus
Astropicus, avoitprié ses Lecteurs
de ne trouver pas mauvais, Siquoedam
arcana ob gravionscausas, certafqueconfîd-
crationesatcjuer<Jpcttus,
adsuum tempm ligatatradantur Et ilajoûtoit immédiatement, .23/d
si
fiingcniumapplicuerisJatis foelictm
adipifcerû. C'est pourquoy il ne
donne pas les figures de toutes
les parues de ses Binocles, pas
mesme des deux Lunettes. Le
P. Chérubin n'a pas dû se plaindre
si..l P. Rheita,qui n'écrivoic
que pour les Sçavans, luy a esté
inintelligible par le manque de
figures & d'explication, puisque
luy- mesme qui s'est transformé
en Apollon dansles Culs de Lampe
des pages 75. 131. & 168. de
ses Visions de 1677. avec l'Anagramme
de son nom CHERUBINUS
AURELIANENSIS.
UNA IN VERIS HABERIS
LUCENSJe suis le seul veritable
Sçavant, pour démontrer qu'il
estoit d'un rang pardessus les autres
hommes, autant relevé que
son nom CHERUBIN. C'éfl:
pourquoy dans la Table des Matièresde
ses Visions de1681. en
l'article penultiéme de la lettre
N. il asseure que le Nom exprime
souvent la Realité de la
chose. Enfincomme ila jugédes
autres par sa manière d'agir,ayant
usurpé l'Invention des Binocles de
chorez& de Rheita,& l'Invention
de mon Telegraphe, forcé par
la verité, a reconnu dans la 99.
page, le peu de seureté que l'on a,
auprès de luy, de produire des chesesnouvelles.
M'ayant, ajoute-t-il,
obligé à prévenir la diligence de
ceux qui ont, comme luy
,
iljJèz
d'adresse pour intercepter les InveNtions
d'autruy; r"yejlécontraint,
dit-il, pour cesujet d'user par précaution
de quelque reserve dans la
Bioptriquede iéyi. il en devoit du
moins avertir son lecteur, comme
fars, ajouté-t-il, quej'ay donné, à
ce qu'il dit^l'intention,pour deffi.
iMmeerrddrel«liiinn-aavveecc.Ol'Occaltaidreàirt.Dioptriqui,
n'enayant representiéU Machiné
dans les Tables 28 & 2p que fermée
, sans l'ocuitire. En voicy
la veritable raison
,
il ne pouvoir ladonner Autrement, puisqu'il
n'avoiet pour lors pu apprendre
demoy la maniere d'ajuster au
foyer du verre objectif de la lunete,
la pointe de l'Index derpon,
Telesgraphe, qu'ayant vouludéguiferiladonné
fauxen 1677. Et
nel'ayant sceu corriger es années
1678. &dansfesVisionsparsaites.
l'a rendutrès- composé,&
avec: cela faux, ou inutile. Ce que ja"y démontrédans la 333 page du
22Tome du Mercure Extraordinaire,
voyez-en les Figures & les
Démontrations dans les deux
Planchesdumesme Mercure.
Tous les Savans ont toujours
veu & reconnu que les Binocles
du P. Reyta pour lesobjets de la
terre, elloienrcompofezdedeux
l'unettes chacune dans sontuyau
particulier. Ilsuffit de rapporter
les termes suivans d'une Lettre du
R. P. Balthasar conrard Jesuite,
écrite de Glacid7. Ianuar. anni
.rlftfl. Dedistantiis objectorumme*
rtendis ,
sinedubio Rhelia Capucines
id njôlmt tentareper TVBVM.
DVPLICATVM.Voco eum, per
quem uterque 4culm bomiais simul
simeltranspicere patee,LeR.P.
Gaspar Scbott,apubliccetteLettre
dans la,857 page de [on'TE
CHNICA CVRIOSA,impriméen
1664.Ilestdoncconfiantque les
Binocles pour les objets terrestres,
tantdechorez, que de Rheita,»
-dloient composez de deux lunettes,
& que le Pere Rheita s'en servoit
pour mesurer la distance des
objets de la terre, lorsque leur
distance estoit simediocre,qu'il
pouvoir remarquer la différente
distance d'entre, les centres des.
verres objectis,&c. ainsilil faisoit
en 1645. ses binoclesMicrofio-*
piql/es, de mesme que Chorez; en,
162y
Poursuivonsavec les termes du
P. de Reyta, Et forte ctiam boc modeûbjefforum
ab oculo, fortpeuéloi-.
gnez,dstantiænon ineptedimetirentur,
par les differens angles.
que les deux axes visuelsferoient
par leur concours au principal
point de l'objet, qu'on poutroit
reconnoistre par la différentedistance
d'entre les centres des ver-"
res objectifs, à la distance d'entre
liesmcentmres deés dverriesaoctuslai.res':
b:aq'fte oportet in hanc Binoettlttm
ifibam ita convexa 'Cftltlt!lrJr;car il
parle icy suivant Ton ticre, Oculm
Ajîropkm BitiôCHlu&iJt*ve etinm duv
cvncava
,
tr dao conîtèxa ,modo or.
dinario, dans les deuxtuyaux par..
ticuliers
, pro tcYYcflribîu objettU
confpiciendis difponcrc: ita ut uterque
tonusvïfortm ptr islavitra,
éibàbjcëto utïinque.Ah ccnlo immit-- tthd extra Hubum, in unum dm.
piumcmum,&fcfnmen lumimftim
cùltigatnr '(j-Jit cunffa objictipnn-
&asabocùlûi nôn cfoplitawf'ftdmita
confpiciantur, haudaliter acfcrfpiciliis
ordinarilsifierisolet.
Le P. Chérubin, qui n'a jamaisbien
rencontré, que lorsqu'ilne
s'est pas écarté du sens du Pere
Reyra, a parléjusteen 1681. dans
la 104. pagede les Visions, parlestermes
luivans:l'ajustay les centres
des verres objectifs, é" les centres
des verres oculaires, à la distance
que l'expérience mesit emmiftre•
pour réunirparfaitement ces deux
especesd'unmesme objet éloigné
, ,
que je regardois cles deux yeux en-
Jcmble
, par les deux oculaires appuyez,
sur la Table de la machine,
dr qu'ils ne me lesissent voir
, que
par une seule ouverture, non croisée
l'unesur l'autre, maisparfaitement
ronde~&unforme.Voilà-t-il pas
la pure verion du dire du Pere ;
Reyta
,
& ce que Chorés avoir
publié dans son Ecrit en \6ij.
Il a encore, suivant le P. Reyta,
bien rencontré en 1677. dans la
74. page de ses Visions
, en avoüancque
cette épreuve estlaplus
certaine demonstration pesitive que
l'oculaireBinocle ejt monté dansJA
derniere perfetction, toutes les autres
n'estant que des consequences de celle-
cy.
Le P. Chérubin 31 ans après le
P. Reyta
,
s'cil voulu attribuer
l'invention des Binocles; c'est
pourquoy il a,sans sceru pule, dans
ce qu'il rapporte du Livre du P.
Reyta, dans la48. page de sa Vision
parfaite de 1677. il ena, dis.
je,religieusement tronqué les termes
suivans, Tali profecto tubo Binoculo
ànohis conficto,disoit le P.
Reyta en 1645 objecta duplo, Ii-.
plo,imocjuadruplo majora lucidiora
aîqnc clariora compeximus , quam
per tubum monoculum & certe nijî
ipsimet expertifniJftmM(jH& seribimtu,
utiqite seribere puderet qUit ad
praxim redacta non subsisterent.
C'est parler en veritable homme
d'honneur 6cen bon Religieux.
Enfin, tous les Curieux & tous
les Sçavans de l'Europe, ne reconnoissent
pour l'Inventeur des
Binocles que banïel chorez, en
France, dés l'année 1625.&le R.
P. de R,)'ta en Allemagne, depuis
l'année1645. à cause qu'il composa
les lunettes de ses Binocles
terrestres, de quatre verres convexes,
& celles de ses Binocles
A tropiques de deux verres conllcxes,
telles qu'il les a cy-dessus
décrit. Nous démontrerons que
les Biîwcles Atropiques ont les axes
des verres oculaires avec leurs objeébfs,
toujours Phisiquement
paralleles, à cause du grand éloignementdesobjets
celestes, puis
mesme que les axes des deux lunettes
de trois pieds de longueur du
Binocle du très R. P. Chérubin,
telqu'il la décrit enl'année 1678.
dans la 66. page de Ces parfaires
VisionsLarinifées avec augmentation
, par les termes suivans.
Tetum Binoculinofiri extiriorctn
'rUb,!rtJ triumdumUXât Pedum,quot
Jcilicet Binoculi hltjus îtibia ejJè ve.
hit, qui ufm commodioris
,
&nihilêminusadterrejlria
jingularis effu
Ûxsfunt. Porr',ajoûte-t-il,Binoculum
hune tres tantum pedes len.
gum; ctÙfm diftinftum, adfcx Lcocarum,
lieuës communes de France,
intervallam,objectum preberè,cu
tiofm quihbcî artista poierit txptri
ri. Les deux axes, dis-je, de ce
Binocle, forment un angle tresinsensible,
puisqu'il n'est au plus
que la 6884 partie d'un degre,&
quela distance d'entre les centres
des verresobjectifs des lunettes de
ce Binocle Figure XI.n'estpasla
913. partie d'une ligne moindre
dqeuse ladistance d'entre les centres
verres oculaires immediats.
AucuneMachine ne peut donner
cettepetite difference, quiestinfiniment
moindre pour les objets
terrestres tres éloignez
,
& en..
cores infiniment moindre pour la
Lune&les autres Planettes. C'est
pourquoy je soûtiens que pour
IcsBill"Iej Astropiques, il sufIst.
d'enchasser fixement les quatre
verres, deux objectifs & deux
oculaires convexes dans les quatre
P lanchettesseulement mobiles
lateralement. Voyez les Figures
I. & II. car lorsqu'il estnecessaire,
la nature supplée facilement
àces pré visions, en y conformant
lesveux,
CO MIERS.
DU TRAITE'
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par Mr Comiers d'embrun,
Prevofl de Ternant, Profejjeur
és Mathematiques a Paris. NOus avons demontré dans
le dernier Mercure Extraordinaire
,l'ancienneté des Binocles,
&avons donné leur sacile
Construction, de leur premier
Inventeur DanielChorez, qui
les présenta au Royen l'année
1625.Nousavonsaussidemontré
que le R. P. Antoine Maria de
Kluyîn, ce savant Religieux Capucin
Alleman, avoit donné la
derniere perfection aux Binocles,
composantde deux verres convexes
chaque Lunete du Binocle
Astropique, pour contempler les
Astres, & mettant quatreverres
convexes, un objectif & trois
oculaires à chaque Lunere du
Binocle, pour voir les objets
terrestres.C'est de ces Binocles
du P. Reyta, dont toute l'Europe
a admiré le surprenant effet depuis
1642.ausquels on en fit de
semblables en plusieurs Villes de
l'Europe, dez lors que ce grand
Homme en eut publié la Construction,
dans son docte Livre
intitulé oculusEnoch d" Elioe im
primé à Anvers en l'année1645.
Mais parce que plusieurs doctes
Allemans se plaignent contre un - nouvelAutheur grand Adioptricien
, & avec les termes de Mr de
Balzac dans sa 26. Lettre à Hydaspe,
disent, Que la maladiequi
se prend. au bout des doigts,ayant
frapéuneteste,pours'attribuer l'invention
des Binocles,acomposéplusieurs
volumes de Visions, où il n'y a
pas unepensée raisonnable. Ils ne
s'étonnent pas ( ajoûtent ils avec
Mrde Balzac)qui'lyaitdesHommes
qui donnent de la réputation à
des Sots, puis qu'ils ontfait des voeux
&brulédel'encens à desSinges. Je
dois justifier tous les Sçavans de
nostre Nation, qui n'ont jamais
hésité à reconnoistre le 'J'rand
merité & sçavoir du R. P. de
Rtyta,& l'admirable effet de ces
Binocles.
Pour faire le panegyrique du
P. de Reyta, celuy de son Livre
&de ses Binocles, il me suffitde
choisir & rapporter quelques témoignagestres-
authentiques.
Fabius Chisius, grand Astronome,
NonceApostolique & Légat à
Cologne, &depuis Pape AlexandreVII.
apres avoir tres- souvent
admiré le grand effet des Binocles
du P. Reyta, & examiné en
manuserit son Livre Oculus Enoch
&Elioe luy écrivit du 17. May
1642. Dignum existimo ut typis tradatur,
&c. Vous trouverez cette
Lettre dans la Préface dudit liv.
imprimé en 1645.
Jean Caramuel ce grand Evêque
Mathématicien, qui seul a
compose autant de livres qu'il en
faut pour faire une Bibliotheque
choisie, écrivant au mesme Legat
Fabiuschisius, dans sa Lettre
datée deLouvain 103.Juillet 1645.
que vous trouverez au long dans
la 1605. page de sonMathesisNova,
imprimé à Lyon en 1670. parle
en ces termes.
ILLVSTRISSIME DOMINE,
Fir omni exceptionemajor, Rater
jintoniusReyta, sanguine, ut audioy
KôbiliJJimus; cldrijJimm, ut video,
yitâ& Moribu* s ditavitAjtrono-'
miam, Geomttriam
,
Aritbmeticam,
PhyficAm novà invelltú
, Europe
adpriirationempromeritw,patridiri&
Ordincmilluftrat. Innumerosfautores
epatronosadeptu4, in hecprl/Jens;
qaod te Moecenalcmeleeerit, in boaf+.
lix ffub'J!-sub umbroe tu£patrocinium
adcptiufii. De ipfiiisiuftrumétk vari*
funt Aiitàtiomoinmopiniones, varia
de ipfms obflïVdtis judiciii;Jeclquia
tu i/Ùz cxatfa( voila une preuve
palpable de la bonté des Binocles
du P.Rheyra.) h.ufoelices aijudicast
vulgm Ajlronomorvm non moreitur,
quis enimpojjet 'V"'K,nibu.J ingeniis
fatkfaccYc?Amevirum & vemror,
crudea multis impetito opem non tuli,
IjuodcrcdercmmtzJorem oemuUs Udi
non poffe.
Le R. P. Gaspar Schotth, de la
Compagnie deJesus,au premier
Tome de son Magia ZJni'uerfalis
Naturæ & Artis, imprimé en l'année
1657. dans le liv. x. c. ii. De
Telescopii Astronomici tam Monoculi
quàm Binoculi,Origine ejusque Au- )dans la page 494. parle en
cesrennes. AnîhoninsigiturMaria
deRfJttl vÎræquè religiosus ac doffus,
mihiquefamiliariternotm. Neque
hoc Monoculo tubocontcntu<fuit,fcd
alterum focium Oculum si adjunxit,
& tjfJidem foelicijjlmo atifù, ftlicioriquefucçcjfu
, ut mecum fatcriceguntur
quôtquet hajus rei expcrimentum
fumpfirunt. Talisquille inter
hune &priorem effdiffirentitt, qualis
ejje communitersolet inter Mtnoculum
&Bineculum hominem. EXlerimtfJtum
secs in tubo Binoculo ab ipfoauthore
elaborato, atque hoc Binoculo
tubo Jperat Rheyta multa adhuc tati.
tmiid in coelo afel/na deteëtum iri.
Lemesme R. P. Schotc,dans
le mefmeVolume cap. 3. De infignibuiboctempore
Telefcopiorum Ar-.
tifeibus, dans la page 496. dit,
Tertius ce IoannesVuifiL
,
Augufix
Vindclicorum infiniEtus a Reytd,sàtis
tubos tam Monoculos ejuaw Binoculos.
Jjhtaniîm adde Patr, m Autonium de
Reyta, qui non tanlum in ta arte exccllit,
eamque ifriptts tradidit, fed
& alios ctiaminflruxit, & cùm hu..
manifflmus fit,nonpaucisfun (pm..
mumcavit. te "1() LeR.P.MilletDechales,aussi
JesuÎte, dans le 27Tome de son
Mundus Mathtmaticus ,imprimé à
Lyon, en l'année 1674. au TheorémeTelescopium
Binoculum, page
672. dit, Fiant dlloTelcfiopia omnino
jimi/ia, que conjungantur ita utsint
fibi inviccmparalle/a; & dissentcâdem
quâ oculidistantia,, ut uterque
eculus objellilm tamen videat. Expcrtus
fum in Telescopio duorum pe- c-cmpnrabceilrittuemr&emsiajduijsï&wcviiicuisniinu-s
9bjeffumapparere, ô* quod mirum
fsi, non duo Telefcopii gemini flraminavidebantur,
Jedunicum. Etil
ajoûte, Pater ReitainsigneTeIeÎcopum
Binoculum circumferebat, erat
autcm decem circiter palmorum cjus.
Ingitudo.
Comme à travers les artifices
étudiez de ceux qui veulent étoufer
la verité
,
elle s'y montre du
moins en quelqu'une de sesparties
, & verifie le dire du Prophete
Roy xxvi. ii. L'Autheur Adioptricien
de la Vision parfaite de
l'année 1677. y laissa échaper les
termes suivans dans la 47. page.
Le P. Reyta se contentoit, dit-il, de
faire voir tellement quellement des
deux yeux quelques objets du Ciel,
comme la Lune. Tous les Gens de
probité ont leu encore avec indignation
les termes suivans dans
la 7. page de l'Epitre dedicatoire
de laVision Parfaite de 1681. Il
estoit avant moy (l(oll/mcr¡t inoüy,
que l'onpuUebfirvcr tous les objets,
Soit de laTerresoitdu Ciel des deux
jeux conjointement. Etles semblables
termes à la fin de la 6. page
de la Préface.J'effectuë, dit cet
Autheur
, avecautant d'ouverture
d'(/prit que de bonheur, le Binocle,
qui atoûjours reellement esté inconnu.
Enfin on demandecomment il
a osé écrire dans les termes suivans
dans les pages 190. & 191.
de la Vision Parfaite de 1681.
Que toutes les Nations étrangeres
n'ontjamaispûfaire de Binocle, n'y
en ayantjamais paru aucunjusques à
l'impression du Livre de la Vision
Parfaitede1677. danslequel,ajoute-
t-il,j'en auois donnél'invention.
Il faut donc que mille Sçavans.
qui ont admiré tant d'années auparavant
l'année 1677. les prodigieux
effets des Binocles de chorez,,
de Reya, de Vuisil, & du
; Pere Dechales
,
de Monsieur de
Cassini, & mille autres Scavans,
nayent rien veu qu'en songeant,
& n'ayent écritdu Binocle qu'en
dormant.
Lors que je travaillois au Journal
des Sçavans, je rendisjustice
au R. P. de Reyta, que j'avois
connu particuliérement en l'année
1654. dans le grand Convent
des Capucins à Lyon, où avec
Mr de Regnaud & cent autres
Sçavans, nous avions admiré le
surprenant effet deson grand Binocle
pour les objets terrestres.
J'en parlay donc dans le Journal
du 2. Décembre 1677. page 249.
en ces termes. Le P. chérubin donne
un nouveaujour au Binocle ou double
Lunette
,
dont le P. Reyta aparlé
Amplement dans son Livre Oculus
Enoch&Eliæ, en 1645. Le nom
du P. Reyta & deses Binocles a
produit à son Emule le mesme
effet que la Canicule à un Autheur
Cinique contre le Journal
dès Sçavans, bien que tout cequ'il
en dit dans la Préface de la
VisionParfaite de1681,depuis la
25. ligne de la 11. page, & dans
les trois pénultiémes articles de
la Table des Matieres, en Ja Lettre
I, concerne Tinterest & l'avantage
de la Republique des
Lettres; c'est la seule chose qui
merite d'estre bien leuë, & nleu.
rement examinée. Revenons à
nostre sujet.
LA CONSTRVCTION
des 'Binocles du 'Z P. deRejeta
Capucin Allemand, immée
en 164.5. dans son Livre
Oculus Enoch, & Eliæ.
J E rapporteray icy les termes
de cet Autheur si estimé parmy
tous les Sçavans de l'Europe,
& feray en quelques endroits les
remarques necessaires, comme
celle-cy
, que leP. Reyta parlant
en sçavant Homme & sans verbiage,
ne s'est pas arresté à déduire
plusieurs petites particularitez, que
la pratique enseigne mieux a l*Arti~
ste que lesparoles
,
&queson induftrteluyfournitabondamment.
Personnen'y
peut trouver à dire, puis
que leGraculus de ce grand Homme,
le R P. Cherubin d'Orleans
a employé les mesmes termes en
l'année 1671. en parlantde l'Oculaire
double, dans le commencement
dela 208. pagede sa Dioptrique
oculaire.
Dans le iv. livre qui a pour Titre,
Oculus Astropicus Binoculus, le
R. P. de Reyta rend raison du
Titre genéral
,
hujus oculi
,
dit-il
dans la 336. page, Enoch& Eliæ
Binoculum Telescopium, quod fjtlS
praxi & ope magnalia Dei &si remotissimèin
coelo à nobis elongata%
non ampliussemicæco ,sed novo modo
tlmbcbuJ oculis
,
à travers deux
Telescopes assemblez physiquement
paralelles, la distance des
centres des verres estant phisiquement
égale à ladistãce des centres
des Prunelles pour voir les A stres,
pourvoir les objets terrestresqui
sont fort éloignez. Ce quenous
démontrerons, quasi inspectanda
inducamur
,
& dans la page 338. ilajoûte ,neque hoc monoculo Tubo
contenti fuimus, verum&alterum
sociumoculum, un autre Tube monocule
ou Lunette, que P. Cherubin
luy mesme appelle un oculaire
, adjunximus, & quidem foelici'iftmo
AUCU. Igitur,ajoute-il dans
la page 339. praxim utriusquejam
dicti Telefcopitfacillimam
,
& quidtm
non nisi propriâ. experientiâ tradituri
,
benevolum leUorcm rogatum
volumus, nescilicet nobis vitio vertas,
si quoedam arcana ,
quasi quibusdam
oenigmaticis nodis ob graviores
quasdam causas,ccrtafque confiderationesatque
respictus usque ad
suum timpHs ligata tradantuy, semble-
t'il pas que le P. de Reyta
avoit préveu que32. années après
quelquesinge luy voudroit ravir
l'honneur de l'invention des Binocles
ou assemblage de deux Lunettes
en toutsemblabler,dont les deux
axes concourent à un mesmepoint de
l'objet,puis que dans la ig.llç,.de la
5. page de la Préface des visions
parfaites de 1677. l'Autheuraosé
dire, je l'ay inventé moyle Binocle,
& dans la 27. page avec un coeur
conforme à sa vignette dit j'a.
voÍÙ que mon génie se plaist à L'invention
des belles chosès. Ses termes&
sa vignctte font peu conformes
à l'esprit de Saint Paul aux
Philippiens chap. 4. vers 5. Modcftia
vcfha nota fit omnibm bominibus.
L'Autheurdes Visions nepeut
blâmer le P. Reyta, d'avoir adverty
qu'il avoit fait quelques réservesen
donnant la conftru&ion
des Binocles, puis que luy mefme
en a toûjours usé lors qu'il
proteftoit de n'en user pas, par
exemple,en l'année 1671. dans
la 137. page de sa Dioptrique
oculaire, ilprotefte de donnerfincerement
& sans reticence aucunes
son Telegraphe qui est le mien
qu'il rendit faux, l'ayant déguse
pour s'en dire l'Inventeur, néanmoins
en l'année 1677. dans la
144.page de ses Visions parfaites,
il afleure d'y suppléer librement
les reticences dontsavois, ditil
,
parlant de soy-mesme
, été
contraint etuferen itiji. en imprimait
la Dioptrique. Qui n'auroit
hazardé de le croire cette feconde
foisj lors qu'il dédioit (es Vi.
fions au plus Augultcdes Monarquesdela
terre, c'auroiteftéun
crime de croire qu'il eut voulu faire
quelquereserve. Neanmoins
après avoir obtenu de moyde nouvelles
connoissances,illes publia
fous Ion nom dans ses Visions de
1681. & pour pouvoir s'attribuer
l'invention des nouvelles lumières
qu'il avoic obtenu de moy
par l'importunité de ses applications
, & dit sans scrupule dans
la 9, page de la Préface, j'ay efti
obligé iïufer de quelque précaution
dans le Volume de la Vision parfaite
addrejfée au Roy en l'année 1677*
C'cû pourquoy dans la page2.01.
il fait unefiction dejùpplément de
ce qu'il dit avoir reservé en 1677.
au lieude parler juste, & dire de
ce qu'il avoit depuis appris de
moy ,
enfin dans la page 116.
Voila, dit-il, tout le secret sans titicane
reserve. Cependant il ne sceut
bienemployer ce que j'avois eu
la bonté de luy communiquer, 66
il commit encore des fautes tresessentielles
que j'ay démontré
dans la 333. page du xxii. Tome
du Mercure Extraordinaire.
Je conclus donc que le P. Che*
rubin s'en doit prendre à foy.
mesme, s'il n'a peu comprendre
la bonne & facile confirudion
des Binocles duP. de Reyta, &
suppléer à quelques mots de scai
Discours
, comme ont fait tantr.
de flmples Ouvriers aufquelsDieu
n'a pas donné un esprit si suJ
blime, mais plus humble, que
celuy de son grand genie
,
qui se
plaist à l'invention des belles
choses,& qu'il adépeintdanssa
Vignette, & expliqué en la Ta,,
ble des Matieres dans l'article pénultième
de la Lettre N. par ces
mots, le nom exprime la réalité de
la chose, j'en crois plutostS. Paul
2. aux Corinthiens chapitre xi.
verf. 14. Necmirum ipse enim S.
Voyons maintenant dequoy il
s'agit.
Le R. P. de Reyta dans Ton
Oculus Enech & Elioe
,
imprimé en
1645. au Livre oculus Astropicus
Binoculus, page 354. parle en ces
termes.
Prdceptumvit.
Cuntfa qnoe kattends, &c.
Fiat canalàfgnr& obienge, un
tuyau prismere&angle oblong.
Le P. Chérubin en 1671. pour
déguiser dans sa Dioptrique oculaire
le nom de Binocle, l'appelle
oculairedouble, & dans la Planche
21. page108. donne la figure Elliptique
à ce tuyau; ce qu'il explique
en la page 109. mais luy
ayant depuis fait connoistre que
ce tuyau exterieur ne pouvoit
estre Elliptique ou ovalaire, &
qu'il valoit mieux passer à plomb
sur un plan les deux Lunettes,
dont l'une foit mobile, comme
sont encore tous les Binocles de
Daniel Choyez, donc vous avez veu
la construction & la figure dans
le dernier Mercure Extraordinaire.
Voicy une particulière Machine,
Figure I. que Chorez fit
en cuivre doré pour feu Mr de
Monmaur, Maistre des RequeC
tcs., où il mit les Armes, & que
j'eus depuis de sa libéralité ; &
enfin) qu'il fuffifoic que les deux
Lunettes des plus longs Telefcopes
fussent mises sur lesbranches
de ma simple Machine, de laquelle
vous avez veu laFigure13.
dansla3. Planche du XXI. Tome
du Mercure Extraordinaire; 6c
que pour orner & cacher le mi.
ilere de la construction du Binocle,
il faloit enfermer comme le
P. Reyta les deux Lunetes dans
un tuyau parallelipipede rectangle
oblong, ou qui fust du moins
sur un plan horizontal, la forme
superieure estant indiférente. Le
P. Cherubin profitade mes avis,
car dans la page 66. de sa Vision
Parfaite de 1677. il dit, ion voit
dans la premtere t igure de cetteTable,
que fayfait le tuyau extérieur
de nofire Binocle de la forme d'un
Prismerectangle oblong;iexpérience,
à ce qu'il dit, m'ayant fait voir
quesafgxre ejlant de laforte trèsreguliere
& facile a.faire, elle contribuolt
beaucoup à faciliter toute la
conftruclionmécanique de cet oculaire,
donnant une ftuationfcure&juste
aux deux verres qui le compofenty
sans laquelle l.A'rlijÙ intelligent (xperimentera
qu'il eB impossible d'en obtenir
la perfection. D'où je conclus,
que puis qu'en 1671.ilvouloir
que les Ouvriers donnassent
la figure Elliptique au tuyau extérieur
du Binocle, il n'en avoir
encore point fait faire, outre
<iuen l'année 16gi,dairs la 191.
page de ses Visions il dit, n'ayant
jamais paru aucun de ses Binocles,
jusquesàl'impression du Livre de la
Visionparfaite de1677. Cela est si
vray ,que par sa Lettre du 2. Decembre
1676. écrite au St Guerreau
Me Lunetier, aux trois Croissans,
sur le Quay de l'Horloge,
il parle en ces termes. Lundy Sa
Majefié me commanda de luyfaire un
Binocle. Je meserois trouvéenpeine
pourfatùfaire au commandement de
Sa Majesté, y ayant plu* de vingt
ans que jaydeflfié de travailler au
Verre; mais je me fuis soulagé ¡-e¡:.-
prit ausujetdecetravail ,surl'estime
quejefais du vostre ; ceHpourquoy
je vousprie de me faire la grace de
mefaire les verres pour les oculaires
que le Roy desire
,
qui sont un Oculaire
Binocle, &un autre pourdefsiner..
finer. Esperant cette grâce de vomy
je demeure avecaffectionsincere, Votre,&
c. Ilestdonc par luy-nlème
constant, qu'il n'a jamais fait de
Binocles, ny les Verres, ny les
Etuys; & néanmoins dans la 38.
ligne de la ici. page de ses Visions
de1681.il dithardiment, Ilnese
trouveaucunBinodleau !-rionde,avant
ceux que fay faits, depuis l'impressiondu
Livre de mes rifons de l'année
rÔ77,7.
Le R. P. de Reyra parloir plus
sincerement en 1645. Verey ces
termes dans la 339, page de son
OcuioeEnoch&Li,.oe%Praxitnfacilimam
& quidem non nesipropria
experientia trad~tturi. Benevolum
lectoremrogatum voiumua
, ne scilicet
nebts vitto vtrta* si quoedam
quasi quibusdam nodis
,
eb araves
quasdam eausa&conjîderationes,
nfyue ad suum umpw ligata
tradantur, neque etiam tempora cuncta
wdiffçrtnur pirmittunt, qffoa si
ingenium applicueris satis foeliceni
adipisceris.N'avoit-il pas juste
raison de ne s'expliquer fufîîfàm-,
ment qu'aux Sçavants
,
puis qyt:
^celuy qui 31. années après s'est
voulu attribuer l'honneur de l'invention
des Binocles
, a dit dans
la 9. page de la Préface 4efesVi,
sions de 168I. I'ayestéobligépeurce
sujet d'useren1677.deprécaution,ex-
/tiquantUconftruttionptfitive di
£oculaireBinocle> encore, dit-H,quejç
myfoisfujfifemwemexpliquépour
lafaire concevoirà des Personnes trèsintelligentes.
Revenons aux termes du P. de
eeyta, Fiétcmdisjigm^ eblwgs.
i(4 ut oculis, applicatus ambos oblonge
tegat, ex cujwarijicHsuperioris margineoenlisadmûvenda
, tantusarcut
excindatar,utfrmtew captas,infernè
verbsimiliter
, ex mediomarginis
particula excavetur, pro nasiéminentiâ
inmittandâ. Le P. Cherubin
quia par tout copié le P. de Reyta,
dit dans la nj. page, lefond de
la Boette immediate du tuyau exte-
rieur dtt Sinecle, doit avoiraumoins
U# demy pouletd'épaisseur
,
à cause
qu'il doitporter une entaille profondt
pour recevoir le nez, ,
ér estre me/me
entaillé doucement par le haut pour
placer Cémincncc dufront, afin qlliÚ
uempefebent lesyeux d'approcher des
Verresimmédiats ,pourvoir commodémentparle
Binocle. Itaut hoc modo,
oculi, dit le P. Reyta
; mais le P.
Cherubin a adroitement transl
porté la Virgule pour la mettre
a prés le Plot respect qui suit,
afin de rendre lesens inexplicable,
respectuconvexorumocularium,
fin que les deux Lunettes du Binocle
estant disposées à l'usage
d'une Personne, pour voir le mesme
objetimmobile, ou du moins
toujours dans unmesme éloignement
-) perpetuofirmum ifatum&
situmsuum retineant,quod omnino
fierinecesse erit;afin que les axes
visuels qui sontles axes des deux
radiations, qui dumesme point
principal de l'objet couvrent la
surface du Verreobjectifdes
deux Lunettes, tombantàplomb
sur les centres des surfaces de tous
les Verres,comme aussi surles
centres des prunelles du regardant,
par la pointe des pinceaux
'Opriilfs des leurs radiations renversées
par les loix de la refraction
, a prèsavoir penetré l'humeur
cristallin concouvrent êc
s'unissent pour la peinturedu mesme
point de l'objet sur le fond
de chaque Retine, & la peinture:
des autres points en des endroits
semblables,afin que l'objet estant
veu en unmesmeendroitpar les
deux yeux, il ne paroisse qu'un,
&non pas double,ce qui arrive
lors qu'il paroist en differens
lieux, estans peint en differens
endroitssur les Rennes
,
lors que
lesdeux axes visuelsayant suivy
les axes des deux Lunettes, ne
vont pas concourir sur un mesme
point-de l'objet, mais qu'ils croi.
fent & s'entrecoupent, au deà"
ou plus loin que l'objet.
Comme le P. Reyta écrivoit
peur les Sçavans
,
il n'avoir pas
cru devoir faire tout ce détail:
Car les Intcîligcns, comme a fort
bien reconnu le P. Cherubin en
l'année 1679. à la fin de la 397.
page du livre de sacontiguité des
corps, trouvant mauvais que
dans les pages 249. & 150. du
Journal des Sç;mns du 20. De
cembre 1677. j'eusse trop bien
& trop au long expliqué lelrenlo
ciel de la Gonstruction du Biilo*
cle, n'ontpa* besoin qu'on leur ex*
fliqa:
, que ces deux oculaires Lunettes
y sont ajttfkz, à la distance
des centres des ouvertures des deux
Jeflx) de celuy qui regarde par le Bi-
nocle,oupour lequel il est prépaye, ny
que ces deux axes concourent en u*.
seulpoint.
Suivons donc le P. Reyta. Mu-
niatur deinde tubiquilibet canélisdû
chacune des deux Lunettes ,sue
Ajjhrio, msupra in tubo wonoculojie*
ri debere dctlimUJ, qtiibmfiélu*
cefc cfi te hahen duo convcxa ebje-*
ÏÏiva, in eadempatina elaborata enu
ninotjnfdtmdqualitatis, longitudinis
de foyer solaire
,
accrassitiei &-
alix duooculariaprorsus æqtudiaJ Ilt-
Itie in iisdemfenteHù parata. Comme
le P. Reyta ne parle icy
,
suivant
le titre, que de son otahu
Afirepiciu Bwôcuim ,ilne met que
deux Verres convexes à chaque
Lunette de ce Binocle Astropique.
Queitain canalemdisponantur)
chaque Verre oculaire dans
le tuyau particulier desa Lunette,
utsapra
,
avoit-il déja dit, in
tnbû monoculo peri debere dotwim#s.
Vtocularium vitrorum centra,pupiUil:
ccîdi tuisemperdiametraliter. dire.
ctement &à plomb respiciant. Le
P. Cherubin parle de mesme en
la 54.pagedes Visions de 1677.
que les Verres immédiats estant centrakmentajufiez,
aux pupiles des
yeuxy quiestl'essenciel de la cenfiru*
ction parfaite du Binocle.
Hoc est, comme la distancedes
centresdesoculaires pour les objets,
est moindre que celle des
centres desPrunelles,qui est pour
lesobjets éloignez ordinairement
au plus de deux pouces &demy,
& leur diamettre de trois lignes,il
faut d'abord que,tantumocularium
centra ab invicemdilfcntqtsaîum una.
oculi tuipupilla ah alterarànotll est,
de deux pouces & demy an plus
pour les objets les plus éloignez,
& cela afin de donner ensuite
tres facilement la distance requise
descentrsedes Verres oculaires,
en écartant peu à peu les Lunettes
au plus de trois lignes, afin
que les cécres des oculaires soient
vis à vis des centres des prunelles,
par le moyen d'une petite rouë
qui en grainant dans les avances
des deux diafragmes entraînent
latéralement sur un mesme plan,
& contournent les Lunettes,
dont les extrémitez font passees
dans des anneaux de Cuivre ou
de Leton verticalement mobiles,
dans les quatre trous un peu hori-
[onr,denlent elliptiques de ces
diafragmes latéralement mobiles
, 6c dont les ouvertures répondent
aux quatre ouvertures
faites aux fonds du tuyau exterieur
du Binocle. Voyez le tout
dans laDigureII,car parce moyen
elles se contournent pour faire
concourir les axes visuels à un
mesme point de l'objet, ce que
j'ay pratiqué à Lyon en l'année
1654. me servant du Binocle du
P. de Reyta, dont chaqueLunette
estoit composée de quatre
Verresconnexes pour voir les objets
terrestres dansleur scituation
naturelle.
Il est necessaire de remarquer
icy qu'aux Binocles Microscopiques,
& aux Binocles Telescopiques
, que j'ay enseignéen 1665.
de faire servir de Miscrocope, en
allongeantfsffisamment les
tuyaux, suivant que le foyer ou
image aërienne de l'objet plus
proche se forme plus loin auderdere
du Verre objectif, dont j'en
ty donné en 1683. les regles ai*
long dans les pages121. & suivantes
du xxi. Tome du Mercure Extraordinaire
,
la distance des
centres des Verresoculaires, doit
estre fort sensiblement moindre
que la distance des centres des
prunelles, Iî démonstration en.
est facile. Voyez la Figure III.
car puis que les axes des deux radiations
du point~+principal de
l'objet, doivent en ligne droite
traversersanssouffrir aucune restraction
, tous les centres des
Verres & les centres des prunelles
, la distance des centres des
Verres oculairess c. D est moindre
que la distance des centres
des prunelles des deux yeux A. S.
bien que tout cela soit tres-evident
parla seule inspection; neanmoins
le P. Cherubin a écrit lecontraire
en termes tres formels
dans la 73.paee de ses Visions de
1677. L'on ajoutera premièrement
les centres des Verresimmediats,exactement
à la mesureàlaquelle l'on dllra
observé les centres despupiles desyeux,
tournant ou détournant la vis
de la conduite immédiate avec saclef,
jusques a ce que les points correspondent
perpendiculairement aux centres
des ouvertures des piunulcs des deux
Verres immédiats, quel'on aura marqué
sur leur bord inférieur
,
soient
exactement posez avec le compas a
cette distance l'un de l'autre, il dit la
mesmechose dans la 204 page
desesVisionsde1681 Voicyces
termes. l'ajuftay les Verres immediats
par le moyen de la vis de leur
onduite; enforte que la dfiance de
eurs centres convintparfaitement
weecelle de mes deux yeux puis
j'ajufiay la partie objective de ces
ieux oculaires, avec la vis de leur
onduitepropre, à la difiame que i'expérience
me fist con/faifire
, pour réunir
parfaitement les deux ejjues
d'un mejmeobjet, que je regardois
des deuxyeuxensemble
, par les deux
oculairesappuyez, sur la table de la
machine. Voila toute la niefme
pratique du P. de Reytahorfmis
que ce dernier Autheur die, que la
difiance des centres des Verres oculaires
,
doit efire égale à la di(lance des
centres des prunelles
, ce qu'il die
encore tres formellementdans la
205. Vojcy lestermes. Mes deux
oculaires efiant difPo/èz de la forte
potlr voir des objets éloignez,,j'en
voulusregarderd'autres objetsfucctfjîvement
jusques à ejtre notablement
tropproches, (j*je reconnuspeu apeu y~~f~<' quitte salut
premièrement allonger également les
tuyaux de mes deux oculaires ds.nsia
proportionrequise, pour voir de (haclin
separément ces objets proches> é*
flcolldtment approcher doucement les
verres immédiats) par le moyen de
la viz de leur conduite,pour égaler
4la difiance de leurs centre entre eux, celle des centres des ouvertures dç
mes yeux conjointement cDnt(}lIrtJe
sur cet objetproche,
- SuivonsleP.deReyta.am
qui'demditfantiam, des centres des
prunelles, benefeio circini &fpeculi
habere poteris
, avant que le Perg
Chérubin [efuit avisédefeprô^
ner l'Inventeur des Binocles il se
Faisoit que copier le P. Reyra.
C'est pourquoy dans la 104. page
desaDioptrique oculaire de1671.
il diroit, En cette manièrejemefuis
trouvé les centres do deuxouvertures
dç l'ZJuceaJJezjprécisément diftms de
2pouces 6' demy.SuivonsReyta.
vitra ver, duo ibjtctivafaulo
fmtfibi iciniira , frout objeefumlongitu,
aut propius difiabit 4 vi*
dentis loco
, qua magis (Nim remetum
fuerit
,
eo magis oportet )'111' dicta
objeffiva convexa ,
in tubo tffi ad
invicem deducla & remota j & quo
minus, tanto magis etiam neccffiefi
(a fibimutuoappropinqtiâre,Voyez
la Figure IV. Hoc autem, cet approçhement
des centres des verres
objectifs, aussi bien que des
verres oculaires des deux Lunetes
du Binocle, adommmobjccïi diJt&
ïtiam reôïius & cemmodinsset,
uiïkâtotulâdéniâtk, interutrumquc
vitrumtta artifîciose collocanda
, ut
detesipjiusftiperne,alteriU6 verà affirii
mobilts proram feu prominentiam
denlilfam inftrne, modo contrahan*,
modo dtnuo didltcant ; quo modo convexa,
passez &.suspendus au travers
des quatre anneaux verticalement
mobilesdans les ouvertures
des quatre diafragmes, difîis
assariis, aut auricbdco, aut atiafilidiorimuteriafabricandjsinflxA.
Fig.
V. & VI.facillimefirocttjufcumque
ebjecti distantÏA.ma^isab invicem di.
moveri, aut contrahipQterunt.Ainsi
Ijs verres de chaque Lunete se
contourneront en forte que les
deux axes visuels iront aboutirà
un mesme point de l'objet, qui
fera ensuite le centre du cercleou
baze du cone visuel.
La construction des conduites
des parties obje£hves"£c oculaires
desBinocles du P. Reyra estnaturelle
&très-facile; le Pere
Cherubin l'a renduë trèscomposée
en la déguisant pour s'en
attribuer l'Invention. Nous demontrerons
le Physique paralle-
Lisme des axes de deux Lunettes
du Binocle Astropique,commeaussi.-
duBinocle Telescopique, pour voir
les objets terrestres qui sont fort
éloignez. C'est pourquoy favertis
que pour ces deux Binocles il]
suffitd'enchasser les quatreverres.
du Binocle Astropique, comme
estoient dans celuy que le
P. K-ycadécric icy dansles quatre
planchettes de leur conduite.
Que si les LunettesduBinocle
pour voir les objets terreilt-es qui
sont fort éloignez, sont compofées
de quatre verres convexes,
comme estoient celles du Binocle
Telescopique du P. Reyta
,
qui
faisoit voir les objets terrestres
dans leur situation naturelle, il
Suffit que le tuyau qui porte le
verre oculaire, estant attaché à
la longue regle, FigureVII. patte
dans l'anneau verticalement mobile
, comme dans la Fig. VI.
Il n'est donc pas necessàire
d'enfermer les verres dans des
tuyaux,lesquels parleurassemblage
n'en forment qu'un seul tuyau
particulier, c'est dequoy j'avois
donnéavis dans les 498.& 499-
pages de mon Traité des grandes
Lunettes a quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665;.
avec mon Livre de la Nature &
prêsage des Cametes, ce que j'ay
depuis encore explique dans les
pages 127. & 128. du XXI. Tome
du Mercure Extraordin. Quartier
de Janvier1683.
Mr de CaHim, ce sçavant 8G
infatigableAstronome, a déja.
reconnu la route des cinq Satellites
de Saturne, sans employer
depuis quelques mois les tuyaux
des Lunettes, s'estant servy du
verre ob*elllif de 76 pieds de
Foyer solaire
,
travaillé par Mr
Borelly de l'Academie Royale
des Sciences, & du depuis, du
Verre de 136 pieds, travaillé par
Mr Campani Romain. II arreste
fixement le verreobjectifsur l'ou
Verture ronde d'une Lame de
cuivre. La piece qui porte cette
lame, est meuë par le mouvement
d'une Horloge à ressort,
comme l'aiguille de la Montre,
sur le plan de l'Equateur ou du
Parallele, en forte que la surface
du verre objectifregarde toujours
à plomb le Planete, que l'on fuit
& que l'on voit, se tenant à
travers le verre oculaire mis dans
un tuyau de cuivre d'environ
quatre pouces de longueur, à
la distance d'environ le Foyer
solaire du verreobjectif.
Toute la Machine qui fait contourner
le verre objectif, n'a
qu'un peu plus d'un pied de hauteur.
Lors que la Tour de Bois
deMarly, quiservoit pour l'é-
Jevarion des Eaux de la Seine
pour Versailles, fera a pportée à
l'Observatoire Royal, tous les
Sçavans feront ravis de contempler
les Astres, sans l'embarras
des tuyaux si difficiles pour les
très-longues Lunettes.
On trouvera encore à Lyon à SJosephMaison Professe des
RR. PP.Jésuîtes, deux fortlongs
& larges tuyaux prismes rettangulaires,
chacun formé de quatre
planches, que je fis faire en
1654 pourexaminervecleR.P.
François de S. Rigaud, l'un des
plus grands Théologiens & Mathématiciens
du siécle, si mes Binocles
seroient aussi bons que
ceux du P. Reyta. 1 Au lieu de monter les quatre
verres de chaque Lunette dans
un tuyau particulier, je fis faire
plusieurs réglés d'un pied & demy
de longueur. J'en formois deux
longues régles, queje rendois fort
longues & fermes par le moyen
d'une nouvelle espece de char,
niere. Voyez-en Ja construction
dans la figureVII. & dans la FigureFIII.
voyez lamonture solidement
ferme des verres. La mon
ture de chacun des objectifs doit
couler le long de la réglé, afin
d'être suivant l'éloignement de
l'objet, dans la deuë distancedu
tuyau qui porte les trois verres
oculaires toujours (stables à l'autre
extremité des régles.
Le Pere Reyta m'avoüa qu'il
s'en servoit de mesme avec deux
simpleslongues régles., pour s'épargner
les ports des tuyaux de
Lunettes, ou leur construction,
dans le lieu où il ne faisoit pas
long sèjour
y
& qu'ainsi par les
deux petites Roues dentées donc
il avoit parlé dans son Livre, qui
engrenoient dans les quatre avances
de montures objectives &
oculaires passéesdans lesanneaux
verticalement mobiles, il contournoit
toujours conjointement
les verres oculaires avec leurs objectifs
, pour faire concourir leurs
axes à un point de l'objet cerrestre..
Le tres R. P. Chérubin, qui
n'ayant peu achever ses Etudes
de Logique, se contenta du degré
de Baloche
, a dit en l'année
1671.danslapage208.desaDioptrique
oculaire, J9uefins lesob--
jets de lit Terre sont proches
,
il eil
necejjînire d'approcherLATERALEMENT
les Ferres objectifs a proportion
pour les voir, Il a repeté son
LATERALEMENT dans la 81. page
de ses Visions de l'année 1677. ÔC
dans la derniere ligne dela 206
page deses Visions de 1681. dit,
En approchant ou en éloignant LATERALEMENT
les Verres l'un de
l'autre. C'est donc contre la bonne
Logique qu'ilaccuse &- blâme le
P. de Reyta de ne donner qu'un
mouvement, lateral aux Verres
oculairede sonBinocle AJlrpitJtI,
puis que le P. de Reyta, n'a jamais
employé le terme lateraliter.
Le P. de Reyta en 1645. dans
la 339. page de son LivreBinoculus
Astropicus, avoitprié ses Lecteurs
de ne trouver pas mauvais, Siquoedam
arcana ob gravionscausas, certafqueconfîd-
crationesatcjuer<Jpcttus,
adsuum tempm ligatatradantur Et ilajoûtoit immédiatement, .23/d
si
fiingcniumapplicuerisJatis foelictm
adipifcerû. C'est pourquoy il ne
donne pas les figures de toutes
les parues de ses Binocles, pas
mesme des deux Lunettes. Le
P. Chérubin n'a pas dû se plaindre
si..l P. Rheita,qui n'écrivoic
que pour les Sçavans, luy a esté
inintelligible par le manque de
figures & d'explication, puisque
luy- mesme qui s'est transformé
en Apollon dansles Culs de Lampe
des pages 75. 131. & 168. de
ses Visions de 1677. avec l'Anagramme
de son nom CHERUBINUS
AURELIANENSIS.
UNA IN VERIS HABERIS
LUCENSJe suis le seul veritable
Sçavant, pour démontrer qu'il
estoit d'un rang pardessus les autres
hommes, autant relevé que
son nom CHERUBIN. C'éfl:
pourquoy dans la Table des Matièresde
ses Visions de1681. en
l'article penultiéme de la lettre
N. il asseure que le Nom exprime
souvent la Realité de la
chose. Enfincomme ila jugédes
autres par sa manière d'agir,ayant
usurpé l'Invention des Binocles de
chorez& de Rheita,& l'Invention
de mon Telegraphe, forcé par
la verité, a reconnu dans la 99.
page, le peu de seureté que l'on a,
auprès de luy, de produire des chesesnouvelles.
M'ayant, ajoute-t-il,
obligé à prévenir la diligence de
ceux qui ont, comme luy
,
iljJèz
d'adresse pour intercepter les InveNtions
d'autruy; r"yejlécontraint,
dit-il, pour cesujet d'user par précaution
de quelque reserve dans la
Bioptriquede iéyi. il en devoit du
moins avertir son lecteur, comme
fars, ajouté-t-il, quej'ay donné, à
ce qu'il dit^l'intention,pour deffi.
iMmeerrddrel«liiinn-aavveecc.Ol'Occaltaidreàirt.Dioptriqui,
n'enayant representiéU Machiné
dans les Tables 28 & 2p que fermée
, sans l'ocuitire. En voicy
la veritable raison
,
il ne pouvoir ladonner Autrement, puisqu'il
n'avoiet pour lors pu apprendre
demoy la maniere d'ajuster au
foyer du verre objectif de la lunete,
la pointe de l'Index derpon,
Telesgraphe, qu'ayant vouludéguiferiladonné
fauxen 1677. Et
nel'ayant sceu corriger es années
1678. &dansfesVisionsparsaites.
l'a rendutrès- composé,&
avec: cela faux, ou inutile. Ce que ja"y démontrédans la 333 page du
22Tome du Mercure Extraordinaire,
voyez-en les Figures & les
Démontrations dans les deux
Planchesdumesme Mercure.
Tous les Savans ont toujours
veu & reconnu que les Binocles
du P. Reyta pour lesobjets de la
terre, elloienrcompofezdedeux
l'unettes chacune dans sontuyau
particulier. Ilsuffit de rapporter
les termes suivans d'une Lettre du
R. P. Balthasar conrard Jesuite,
écrite de Glacid7. Ianuar. anni
.rlftfl. Dedistantiis objectorumme*
rtendis ,
sinedubio Rhelia Capucines
id njôlmt tentareper TVBVM.
DVPLICATVM.Voco eum, per
quem uterque 4culm bomiais simul
simeltranspicere patee,LeR.P.
Gaspar Scbott,apubliccetteLettre
dans la,857 page de [on'TE
CHNICA CVRIOSA,impriméen
1664.Ilestdoncconfiantque les
Binocles pour les objets terrestres,
tantdechorez, que de Rheita,»
-dloient composez de deux lunettes,
& que le Pere Rheita s'en servoit
pour mesurer la distance des
objets de la terre, lorsque leur
distance estoit simediocre,qu'il
pouvoir remarquer la différente
distance d'entre, les centres des.
verres objectis,&c. ainsilil faisoit
en 1645. ses binoclesMicrofio-*
piql/es, de mesme que Chorez; en,
162y
Poursuivonsavec les termes du
P. de Reyta, Et forte ctiam boc modeûbjefforum
ab oculo, fortpeuéloi-.
gnez,dstantiænon ineptedimetirentur,
par les differens angles.
que les deux axes visuelsferoient
par leur concours au principal
point de l'objet, qu'on poutroit
reconnoistre par la différentedistance
d'entre les centres des ver-"
res objectifs, à la distance d'entre
liesmcentmres deés dverriesaoctuslai.res':
b:aq'fte oportet in hanc Binoettlttm
ifibam ita convexa 'Cftltlt!lrJr;car il
parle icy suivant Ton ticre, Oculm
Ajîropkm BitiôCHlu&iJt*ve etinm duv
cvncava
,
tr dao conîtèxa ,modo or.
dinario, dans les deuxtuyaux par..
ticuliers
, pro tcYYcflribîu objettU
confpiciendis difponcrc: ita ut uterque
tonusvïfortm ptr islavitra,
éibàbjcëto utïinque.Ah ccnlo immit-- tthd extra Hubum, in unum dm.
piumcmum,&fcfnmen lumimftim
cùltigatnr '(j-Jit cunffa objictipnn-
&asabocùlûi nôn cfoplitawf'ftdmita
confpiciantur, haudaliter acfcrfpiciliis
ordinarilsifierisolet.
Le P. Chérubin, qui n'a jamaisbien
rencontré, que lorsqu'ilne
s'est pas écarté du sens du Pere
Reyra, a parléjusteen 1681. dans
la 104. pagede les Visions, parlestermes
luivans:l'ajustay les centres
des verres objectifs, é" les centres
des verres oculaires, à la distance
que l'expérience mesit emmiftre•
pour réunirparfaitement ces deux
especesd'unmesme objet éloigné
, ,
que je regardois cles deux yeux en-
Jcmble
, par les deux oculaires appuyez,
sur la Table de la machine,
dr qu'ils ne me lesissent voir
, que
par une seule ouverture, non croisée
l'unesur l'autre, maisparfaitement
ronde~&unforme.Voilà-t-il pas
la pure verion du dire du Pere ;
Reyta
,
& ce que Chorés avoir
publié dans son Ecrit en \6ij.
Il a encore, suivant le P. Reyta,
bien rencontré en 1677. dans la
74. page de ses Visions
, en avoüancque
cette épreuve estlaplus
certaine demonstration pesitive que
l'oculaireBinocle ejt monté dansJA
derniere perfetction, toutes les autres
n'estant que des consequences de celle-
cy.
Le P. Chérubin 31 ans après le
P. Reyta
,
s'cil voulu attribuer
l'invention des Binocles; c'est
pourquoy il a,sans sceru pule, dans
ce qu'il rapporte du Livre du P.
Reyta, dans la48. page de sa Vision
parfaite de 1677. il ena, dis.
je,religieusement tronqué les termes
suivans, Tali profecto tubo Binoculo
ànohis conficto,disoit le P.
Reyta en 1645 objecta duplo, Ii-.
plo,imocjuadruplo majora lucidiora
aîqnc clariora compeximus , quam
per tubum monoculum & certe nijî
ipsimet expertifniJftmM(jH& seribimtu,
utiqite seribere puderet qUit ad
praxim redacta non subsisterent.
C'est parler en veritable homme
d'honneur 6cen bon Religieux.
Enfin, tous les Curieux & tous
les Sçavans de l'Europe, ne reconnoissent
pour l'Inventeur des
Binocles que banïel chorez, en
France, dés l'année 1625.&le R.
P. de R,)'ta en Allemagne, depuis
l'année1645. à cause qu'il composa
les lunettes de ses Binocles
terrestres, de quatre verres convexes,
& celles de ses Binocles
A tropiques de deux verres conllcxes,
telles qu'il les a cy-dessus
décrit. Nous démontrerons que
les Biîwcles Atropiques ont les axes
des verres oculaires avec leurs objeébfs,
toujours Phisiquement
paralleles, à cause du grand éloignementdesobjets
celestes, puis
mesme que les axes des deux lunettes
de trois pieds de longueur du
Binocle du très R. P. Chérubin,
telqu'il la décrit enl'année 1678.
dans la 66. page de Ces parfaires
VisionsLarinifées avec augmentation
, par les termes suivans.
Tetum Binoculinofiri extiriorctn
'rUb,!rtJ triumdumUXât Pedum,quot
Jcilicet Binoculi hltjus îtibia ejJè ve.
hit, qui ufm commodioris
,
&nihilêminusadterrejlria
jingularis effu
Ûxsfunt. Porr',ajoûte-t-il,Binoculum
hune tres tantum pedes len.
gum; ctÙfm diftinftum, adfcx Lcocarum,
lieuës communes de France,
intervallam,objectum preberè,cu
tiofm quihbcî artista poierit txptri
ri. Les deux axes, dis-je, de ce
Binocle, forment un angle tresinsensible,
puisqu'il n'est au plus
que la 6884 partie d'un degre,&
quela distance d'entre les centres
des verresobjectifs des lunettes de
ce Binocle Figure XI.n'estpasla
913. partie d'une ligne moindre
dqeuse ladistance d'entre les centres
verres oculaires immediats.
AucuneMachine ne peut donner
cettepetite difference, quiestinfiniment
moindre pour les objets
terrestres tres éloignez
,
& en..
cores infiniment moindre pour la
Lune&les autres Planettes. C'est
pourquoy je soûtiens que pour
IcsBill"Iej Astropiques, il sufIst.
d'enchasser fixement les quatre
verres, deux objectifs & deux
oculaires convexes dans les quatre
P lanchettesseulement mobiles
lateralement. Voyez les Figures
I. & II. car lorsqu'il estnecessaire,
la nature supplée facilement
àces pré visions, en y conformant
lesveux,
CO MIERS.
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Résumé : DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
Le texte explore l'histoire des lunettes, en se concentrant particulièrement sur les binocles et les contributions du Père Antoine Maria de Kluyîn, un religieux capucin allemand. En 1625, Daniel Chorez présenta les premières lunettes au roi. Le Père Kluyîn améliora ces dispositifs en utilisant deux verres convexes pour chaque lunette astronomique et quatre pour les objets terrestres. Ses innovations furent décrites dans son livre 'Oculus Enoch et Eliae', publié en 1645, et admirées en Europe dès 1642. Plusieurs personnalités, comme Fabius Chisius, devenu pape sous le nom d'Alexandre VII, et Jean Caramuel, témoignèrent de l'efficacité des binocles du Père Kluyîn. Le texte aborde également les controverses et critiques, notamment de certains savants allemands, tout en défendant les contributions du Père Kluyîn. La construction des binocles est détaillée, soulignant l'importance de l'alignement des axes visuels pour éviter la vision double. Chaque lunette doit être munie de deux verres convexes, centrés précisément par rapport aux pupilles des yeux. Pour les binocles microscopiques et télescopiques, la distance entre les centres des verres oculaires doit être réduite. Le Père Reyta, dans son ouvrage 'Binoculus Astropicus' de 1645, demanda à ses lecteurs de comprendre certaines confidences réservées aux savants, expliquant ainsi l'absence de figures détaillées de ses binocles. Le Père Chérubin, malgré ses prétentions de supériorité, reconnut la nécessité de réserve dans ses publications pour éviter l'interception des inventions d'autrui. Les binocles du Père Reyta étaient utilisés pour mesurer les distances des objets terrestres, comme le confirma une lettre du Père Balthasar Conrad publiée en 1664. La controverse autour de l'invention des binocles est mentionnée, citant plusieurs figures historiques et leurs contributions. Le Père Chérubin, en 1681, discuta des binocles en ajustant les centres des verres objectifs et oculaires pour une observation binoculaire. Il tenta de s'attribuer l'invention en modifiant les termes du Père Reyra, qui en 1677 avait déjà décrit des binocles terrestres avec quatre verres convexes et des binocles astronomiques avec deux verres convexes. Les binocles astronomiques ont leurs axes parallèles en raison de la distance des objets célestes. Les savants européens reconnaissent Jean Chorez en France (1625) et le Père Reyra en Allemagne (1645) comme inventeurs des binocles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 145-214
Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Début :
Une personne de ma connoissance qui a vescu pendant 9. [...]
Mots clefs :
Dissertation philosophique, Âme, Bêtes, Castors, Sociétés animales , Éducation des petits , Remèdes naturels , Prévoyance , Société, Instinct, Architectures animales, Médecine animale , Machines, Liberté, Intelligence, Fidélité, Reconnaissance, Chien, Observation, Vertus animales, Chasse, Perfection, Construction, Architecture, Géométrie, Abeilles, Taons , Fourmis, Pigeons, Mouches à miel, Diligence, Enfants animaux, Jeux, Éducation, Perception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Suite de la DijjertationPhilofopbiquesur
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
Fermer
Résumé : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Le texte explore les comportements remarquables et les capacités des animaux, illustrant leur intelligence et leur organisation sociale. Les castors, par exemple, construisent des digues et des logements en abattant des arbres et en travaillant en société organisée. Ils prennent soin de leurs malades et punissent les fainéants. Les animaux cherchent également des remèdes pour leurs maladies, comme les chiens qui mangent du chiendent pour vomir. Les araignées construisent des sacs pour leurs œufs, les loriots suspendent leurs nids pour protéger leurs petits, et les hiboux cassent les pattes des souris pour les conserver. Les pigeons voyageurs sont capables de retrouver leur domicile après avoir été transportés sur de longues distances. Les fourmis et les abeilles démontrent une organisation sociale complexe, avec des rôles spécifiques pour chaque membre de la colonie. Le texte souligne la fidélité et la soumission des chiens envers leurs maîtres, illustrées par des exemples de chiens revenant chez eux malgré les obstacles. Les animaux montrent également des comportements admirables dans l'éducation de leurs petits, comme les chats qui cachent leur ordure et nettoient leur toison, et les oiseaux et les fourmis qui entretiennent leurs nids et fourmilières. Les animaux corrigent leurs petits et leur montrent de la soumission. Les fourmis, par exemple, aident celles qui déménagent et punissent les paresseuses. Le texte insiste sur le fait que les animaux ne sont pas de simples machines, mais possèdent des qualités morales et une intelligence remarquable. Ils construisent des ouvrages parfaits sans étude ni instruments, comme les castors et les taons. Les abeilles, par exemple, construisent des cellules géométriquement parfaites, démontrant une connaissance avancée de la géométrie et de l'architecture. Le texte conclut que l'intelligence qui guide les animaux est supérieure à celle des humains, qui sont sujets à des imperfections morales. Il propose que cette intelligence est l'œuvre de l'Auteur de la nature, qui se manifeste librement à travers les animaux. Enfin, il reconnaît que les animaux possèdent une âme matérielle capable de sentiments et de perceptions, mais sans raison ni jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1453-1469
EXTRAIT de la Dissertation sur la Taille par l'appareil Lateral, luë par M. Morand à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences d'aprés Pâques.
Début :
Nous avons donné dans le Mercure du mois de Decembre 1729. une [...]
Mots clefs :
Londres, Cadavres, Chirurgiens, Guérison, Opérations, Méthodes, Incision, Observation, Vessie, Gangrène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Dissertation sur la Taille par l'appareil Lateral, luë par M. Morand à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences d'aprés Pâques.
EXTRAIT de la Dissertation sur la
Taille
par l'appareil Lateral, luë par M.
Morand à la rentrée publique de l'Aca
démie Royale des Sciences d'aprés Pâques .
hhhhhhhh
N
Ous avons donné dans le Mercure
du mois de Decembre 1729. une
Lettre de M. Morand , dans laquelle il
expose les motifs de son Voyage à Lon
dres , et se déclare Partisan de la Taille
Laterale qu'il a vû pratiquer par M. Che
selden , cèlebre Chirurgien Anglois. M.
Morand ayant fait sur les Cadavres tou
tes les expériences nécessaires , pour exa
miner à fond cette Operation sur les
notions que les Conferences qu'il avoit
eûes avec M. Cheselden , et que ses
lettres lui avoient données ; il la pro
que
posa à M. Maréchal premier Chirurgien
du Roy. Sous ses yeux et en présence
de plusieurs Académiciens , Medecins ,
et Chirurgiens , cette Operation se fit
l'année derniere à Paris avec grand suc
cès , et nous en avons rendus compte
dans le Mercure du mois d'Aoust 1730.
de quinze Malades taillées à l'appareil La
teral par M. Morand et Perchet , douze
II. Vol. étoient
1454 MER CURE DE FRANCE
étoient gueris , M. le Muet étoit en voye
de guérison , et a été parfaitement guéri .
Depuis ce temps là M. Perchet en a taillé
un à Louviers , et l'a bien guéri ; de sorte
que voilà seize Operations bien avérées
dont quatorze ont réussies tout au mieux ,
il n'est mort que deux personnes , et des
quatorze guéris , il y avoit quatre sujets
en trés mauvais état , lorsqu'ils furent
taillés. M. Maréchal fut si content de
ces Operations qu'il écrivit à M. Morand
de venir à Marly , afin de le présenter à
son Eminence M. le Cardinal de Fleury ,
2
qui les pierres furent montrées , et qui
exorta M. Morand à continuer.
En 1729. M. Morand avoit lû à l'Aca
démie les lettres de M. Cheselden
dans lesquelles il détailloit sa Methode
et répondoit à toutes les difficultés qu'ont
lui avoit faites . En 1730. M. Cheselden
a publié lui même sa Methode dans une
petite Dissertation en Anglois , dans la
quelle il nous apprend qu'aprés avoir
essayé toutes les Methodes de la Taille,
et les avoir comparées , il s'est dévoué
toujours à celle- cy, qu'il a reconnu la meil
feure. La voici rapportée par lui - même .
pour
Je lie le Malade comme au grand appa
reil , aprés l'avoir couché sur une Table ho
risontale de la hauteur de trois pieds , ayant
ر ا
IL. Vol. seulement:
JUIN. 1731. 455
seulement laTête un peu élevée,jefais d'abord
une incision aux tegumens , aussi longue qu'il
est possible , en commençant prés l'endroit
où elle finit au grand appareil , je continue
de couper de haut en bas , inter musculos.
acceleratorem urinæ et erectorem penis ,
et à côté de l'intestin Rectum , je tâte ensuite
pour trouver la sonde sur laquelle je coupe.
le long de laglande Prostate , en continuant
jusqu'à la véssie et assuje tissant le Rectum en
bas pendant tout le temps de l'Operation, avec
un ou deux doigts de la main gauche le
reste comme dans l'ancienne Méthode &c.
Dans la Dissertation lüe par M. Mo
rand à l'Académie , il ajoute à cette Des
cription donnée par M. Cheselden quel
ques particularités qui sont dans ses let
tres écrites pour l'Académie , il cite la
sçavante These de M. Falconet , au sujet
des raisons de préferer l'appareil Lateral.
au grand , il ajoute à ces motifs de pré
ference
, que le manuel de cette. Opera
tion lui a paru plus facile et plus sur ,
que dans l'appareil Lateral on coupe
certaines parties qu'on déchire dans le
grand ; qu'enfin ceux qui en ont été
guéris , n'ont eu de reste , ni fistule , ni
incontinence d'urine , et s'engage de faire.
voir les avantages de cette Operation dans
un Traité qu'il donnera exprés sur cette
matiere, Ensuite
1456 MERCURE DE FRANCE
Ensuite il donne à l'Académie quel
ques observations qui regardent la partie
Historique de cette Opération . Dans la
premiere est contenue presque toute la
vie de Frere Jacques , que M. Morand
a suivi par tout par ses Récherches ; ce
sont ces mêmes Récherches qui lui ont
fait voir , pour ainsi dire , deux Freres
Jacques ; à ne le connoître que sur le rap
port de M. Mery , son Operation est in
certaine , et il faut la répudier , ce sont
les mots de M. Morand même dans sa
lettre du Mercure de Decembre 1629 .
mais M. Morand a eu le bonheur de dé
couvrir deux Pieces fugitives sur l'Ope
ration de Frere Jacques que deux de
ses Confreres se sont fait un plaisir de
lui communiquer. L'une est un Ma
nuscrit de M. Hunaud , celebre Me
decin d'Angers , qui avoit vû tailler le
Frere Jacques à Angers , et qui avoit
pris la plume pour le déffendre contre
M. Mery ; l'autre est un Ouvrage de Fre
re Jacques même imprimé en 7. à 8. pag.
et dont les exemplaires sont devenus fort
rares. Dans ces deux ouvrages , l'incision
de Frere Jacques est nettement détermi
née il y est bien positivement énoncé
que Frere Jacques avoit rectifié son Opé
ration , substitué une sonde crénelée à
II. Vol. La
JUIN.
1457 1731 .
la sonde informe qu'il employoit d'abord ,
et trouvé le moyen de couper toujours le
col de laVessie. Voilà dans l'Histoire de F.
Jacques 2. Epoques bien differentes pour
son Operation , de laquelle nous serions de
meurés en possession sans nôtre vivacité.
La seconde Observation de M. Mo
rand' roule sur l'Operation de M. Rau ;
M. Morand pense que celle-cy est celle
de Frere Jacques rectifiée. 1 °. On ne
peut pas prouver le contraire , parceque
M. Rau ne donnoit point d'éclaircisse
ment de sa Méthode , que M. Rau est
mort en 1719. sans la publier luy-même ,
et qu'elle a été donnée par un autre Pro
fesseur , enfin qu'on ne voit nulle part ;
suivant la rémarque du Docteur Douglas ,
des Observations tirées de l'ouverture
des Cadavres. 2 °. On peut prouver que
cela est ainsi , parceque selon M. Albi
nus même , M. Rau et le Frere Jacques
faisoient tous deux l'incision dans le mê
me endroit, et que M.Rau ,pressé par ceux
qui l'interrogeoient sur son Operation ,
leur disoit , lisés Celse. Or il est facile
de prouver que Frere Jacques tailloit
par la Méthode de Celse.
La troisiéme Observation de M. Mo
rand est employée à expliquer cette es
pece
de Paradoxe sur la Méthode de Cel
II. Vol
se
4458 MERCURE DE FRANCE
se. M. Morand ne demande autre chose
pour cela , sinon qu'on lise avec atten
tion , et sans préjugé , le septiéme Livre
de cet Atiteur , Chap. 26. Sect. 2. on ver
ra que l'incision exterieure de Celse est
oblique et prés de l'Anus , et que l'inte
rieure interesse le col de la Vessie. Voilà
ce que fait l'appareil Lateral , et ce que ne
fait point le grand appareil. M. Morand
convient que cette Analogie a été apper
çue par M. Mery , M. Freind , M. Dou
glas , M. Falconet. Il résulteroit de-là
que l'appareil Lateral qui paroît une nou
velle Méthode seroit la plus ancienne.
M. Morand finit sa Dissertation en ré
capitulant les Opérations pratiquées par
cette Méthode depuis le mois de Mars
1727. jusqu'à la fin de 1730. Dans l'Ap
pendix de M. Cheselden , on lit les noms
de 46. Malades qu'il avoit taillés dans
l'Hôpital de S. Thomas , et dont il n'avoit
perdu que deux , M. Morand venoit de
récevoir la Liste posterieure à celle- cy ,
dans laquelle il y en a vingt de taillés ,
dont il n'est mort que deux : en la joignant
à la premiere Liste de M. Cheselden , et
à celle de M. Morand , il se trouve de
compte fait en Mars 173 1. quatre- vingt
deux personnes taillées par l'appareil La
teral , depuis Mars 1727. dont il n'est
II. Vol
mort
JUIN. 1731
1459
mort que fix , et soixante et seize ont été
parfaitement gueries , dont dix de diffe
rens âges , depuis 40. jusqu'à 67. ans.
Tels étoient les progrès de l'appareil
Lateral à Paris , lorsque M. Morand lût
sa Dissertation à l'Académie Royale des
Sciences. Depuis ce temps là , il a fair
cette Operation à M. de Janson et Du
blaisel qui sont morts six jours aprés
l'Operation. L'Ouverture de leur corps
a été faite , l'Académie Royale des Scien
ces a examiné les choses , Mrs. Chirac et
Maréchal ont vû ce qui concernoit M,
de Janson . Voici le rapport de ces deux
Ouvertures .
DETAIL de ce qui s'est trouvé à l'ou
verture de Mrs de Janson et du Blaisel.
Le 24. Avril 1731. Nous Docteurs en
Medecine , et Chirurgiens de Paris , nous
sommes transportés à neuf heures du soir
à l'Archevêché pour l'ouverture du corps
de Feu M. le Commandeur de Janson ,
mort ledit jour à neuf heures du matin
aprés avoir été taillé le Jeudi précedent
dix- neuf dudit mois et nous déclarons
avoir réconnu ce qui est détaillé à nôtre
present rapport par l'ouverture faite en
nôtre presence par M. Verdier , Chirur
ر
.
11. Vol.
gien
1460 MERCURE DE FRANCE
juré et DémonstrateurRoyal enAnatomie.
Le corps exposé sur une Table nous
n'avons vû aux parties voisines de la
playe , ni lividité , ni tension , en aucune
region du bas -ventre ni élevation ni gon
Alement , la région de la vessie étant au
contraire plate , enfoncée , et molete.
A l'ouverture du ventre il nous'a paru
à la premiere inspection qu'il n'y avoit ,
ni aux entrailles , ni à la vessie vers le
peritoine , ni au tissu cellulaire qui l'en
vironne , aucune Phlogose , inflammation,
ou marque de gangréne .
Les intestins étant ôtés du ventre , les
Reins ont été examinés , et on a trouvé
le droit diminué de la moitié de son vo
lume naturel , et sa substance glan
duleuse fondue , de sorte que l'on ne
distinguoit plus interieurement que les
sacs des entonnoirs qui étoient fort dila
tés aussi bien que les bassinets , et rem
plis d'une liqueur noire , puante , et mê
lée de quelques matieres glaireuses et
purulentes. L'uretere du même côté
dilaté depuis sa sortie du Rein jusqu'à
son insertion à la vessie , et étranglé en
quelques endroits par plusieurs infléxions
contre nature ; enfin sa trace le long du
muscle Psoas , marquée par une tache
livide et assés profonde dans la substance
II. Vol
de
JUIN. 1731. 1461
de ce muscle , dont le reste étoit de la
couleur et rougeur naturelle.
Le Rein gauche avoit les mêmes sin
gularités que le droit , mais il étoit plus
maigre et plus fondu , plein d'un pus trés
fætide , et d'un blanc sale. L'uretere de
ce côté étoit un peu moins malade que
l'autre.
La vessie nous parut s'élever assés haut
au dessus du Pubis , et sa consistence
étoit bien plus dure que dans l'état natu
rel , mais pour l'ouvrir dans toute son
étendue , et examiner plus scrupuleuse
ment toutes les parties du voisinage , et
de la dépendance de l'Operation , on a
ôté la vessie entiere avec le canal de l'ure
tre , le rectum , et la partie incisée par
la Taille.
Ensuite la vessie a été ouverte dans.
toute son étendue , depuis son fond jus
ques et au de-là de l'incision faite par la
Taille ; alors tout le corps de la vessie
nous ' a paru considerablement épaissi
on n'a trouvé dans sa cavité , ni pierre
ni fragment de celle qui avoit été tirée ,
il y avoit à la surface de sa tunique inter
ne plusieurs points blanchâtres et durs ,
quelques rugosités , mais aucun vestige
de contusion . Vers sa partie inferieure et
un peu plus du côté droit que
du gauche
,
II. Vol C IL
462 MERCURE DE FRANCE
3 il y avoit une tumeur carcinomateuse
fort dure , grosse comme un gros oeuf,
faisant corps avec la vessie même ,
aussi large par sa baze que par sa partie
saillante , et d'une étenduë assés grande
faire la vessie eut comme deux pour que
capacités , dont la plus grande étoit au
dessus du carcinôme. Prés de cette tu
meur , étoit une excroissance fongueuse
applatic , grosse et longue comme le petit
doigt , de la consistence du fongus qui
avoit été tiré avec la pierre , attaché par
un pedicule membraneux à la tunique
interne de la vessie , et flottante dans la
vessie , de façon qu'elle pouvoit tomber
dans l'incision .'
L'incision faite par la Taille étoit à la
fin de l'uretre et au cou de la vessie.
Mettant un doigt dans l'anus et un autre
dans l'incision ; on a vû que le rectum
n'avoit point été interessé, y ayant entre
deux une cloison fort épaisse : enfin en
examinant le trajet de l'incision-, nous
avons vû qu'il n'y avoit d'autre route
que celle qui conduisoit directement de
l'incision à la vessie , et qu'il n'y en avoit
point de fausse autour du rectum , ni
dans le tissu cellulaire des parties voisi
nes.
Comme nous reconnoissons dans le
II. Vel désordre
JUIN. 1731 . 146
désordre des parties dénommées au pre
sent rapport des causes de mort évidentes
et indépendentes de l'opération de la
Taille faite à M. le Commandeur de Jan
son , on n'a point fait l'ouverture de la
Poitrine ni de la Tête , et aucun de nous
ne l'a demandée. A Paris çe .27 . Avril
1731. et ont signés. Mrs. Winslow et Silva
Medecins , Guerin , Le Dran , Boudou ',
Pibrac , Morand , Verdier , Guerin fils
et Perchet , Chirurgiens .
L'Original a été remis à M. le Mar
quis de Janson , avec le dessein des parties
malades , qui ont été examinées dans une
sceance par l'Académie Royale des Scien
aussi bien celles dont est ques
tion dans le rapport suivant .
ces , que
Le Samedi 28. Avril 1731. nous Doc
teur en Medecine , et Chirurgiens de
Paris soussignés , nous sommes transpor
tés à l'Hôteld'Espagne, rue duColombier,
l'ouverture du corps de M.du Blai
sel , mort la nuit précedente, aprés avoir
été taillé le Lundi 23. dudit mois.
pour
A l'ouverture du bas- ventre , l'estomach
et les intestins ont paru dans leur état na
turel, les ayant écartés pour éxaminer la ré
gion de la vessie nous avons trouvé un
abscès considerable dans le tissu cellulaire
du peritoine entre l'endroit où l'uretere
>
I La Kol Cij gauche
3454 MERCURE DE FRANCE
gauche se jette dans la vessie et le lieu de
f'incision. La vessie ouverte depuis son
fond jusqu'au de - là de l'incision , elle
nous a paru saine ; mais à sa partie pos
terieure , et entre ses tuniques étoit un
sac plein d'un grand nombre de petites
pierres , et de ce sac il suintoit quelques
goutes de pus dans la vessie.
La supression totale des urines arrivée
la veille de sa mort ayant fait tourner
nos vûës vers les reins , nous avons trou
vé le rein droit en inflammation , et par
là augmenté considerablement du volu
me naturel ; de ce rein partoient deux
ureteres , dont les vaisseaux sanguins
étoient gonflés et en inflammation , ces
ureteres s'unissant ensemble à quelques
pouces de la vessie , n'avoient qu'une et
même insertion .
Au lieu du rein gauche qui étoit obli
teré, il y avoit une capsule membraneuse
avec deux ureteres, qui sans se confondre
alloient séparément à la vessie , l'un s'ou
vroit dans la vessie à l'ordinaire , l'autre
étoit bouché en haut par deux petites
pierres , et prés de la vessie par plusieurs
autres ; enfin au lieu de s'ouvrir dans la
vessie , il se terminoit dans le sac pierreux
qui étoit en suppuration .
Cette organisation particuliere nous
11. Val.
fair
JUIN.
1731. 1469
que
fait croire le rein droit étant attaqué
d'une inflammation qui a produit la ne
phretique , le gauche n'avoit pû supléer
à ses fonctions , puis qu'il n'y en avoit
point , de là la supression des urines , et
que
la même cause qui a formé dù pus
dans le sac pierreux , a pû donner lieu à
l'abscès du tissu cellulaire . A Paris ce 6 .
May 1731. et ont signés Sylva , Boudon ,
Verdier , Morand , Perchet.
LETTRE de M. Morand à M. de la R
' Ay l'honneur de vous envoyer,Mon
sieur, le rapport de l'ouverture de M.
de Janson, et j'execute les ordres positifs
que j'en ay reçû : ces Ordres sont si pré
cieux pour moi que je n'en puis retran
cher un mot , et je vous envoye en mê
me temps la Lettre de M. Mareschal qui
me les a signifiés .
· Je viens de rendre un compte exact de
votre Operation à son Eminence M. le Car
dinal , et des obstacles invincibles de
рои
voir guerir M. de Janson ; je lui ai ajouté
que vous aviés en raison de ne point tirer
la pierre , et que cet examen avoit étéfait en
presence de M. Chirac, cela lui a faitplaisir.
Son Eminence m'a dit qu'il falloit le dire
au Roy, ce que je feray ; la seconde chose
II. Vol.. Ciij que
1466 MERCURE DE FRANCE
que vous deviés en faire une Relation pré
cise et de tous les temoins , et en faire un
article dans les Nouvelles pour détromper
le Public. Voila ce que son Eminence m'a
dit, et je crois qu'elle pense juste . Je vous sa
lue & c. Mareschal. A Rambouillet le 25.
Avril 1731 .
Je vous envoye en même temps ,
Monsieur , la Rélation de l'ouverture de
M. du Blaisel , et je crois qu'avec ces deux.
Pieces il m'est permis de demander à
l'Auteur anonyme de la Lettre inserée
dans le Mercure de May , pag. 1135 .
raison des Réflexions qu'il a ajoutées au
détail des Operations de la Taille faites
à l'Hôpital de la Charité le 14. du mois.
passé.
Je n'avois pas plus promis cette année
cy que l'autre de faire la Taille par l'Ope
ration Laterale . L'Année derniere M ..
Mareschal trouva bon qu'on la fit , je l'ai
faite devant lui , et elle a reussi . Cette
année M. Mareschal a trouvé bon qu'on
ne fit
que le grand Appareil , j'en ai fait
deux , et j'ai gueri mes deux malades.
Ainsi cette année cy comme la précedente,,
j'ay obéi.
➤
Mais l'Anonyme avance que M. Ma
reschal qui connoit les inconveniens de l'ap
pareil Lateral , en disposa autrement , en
II. Vol. execu
JUIN. 1731. 1467
1
executant lui même,et faisant executer l'Opé
ration à la maniere ordinaire. Je demande
si l'Anonyme a ordre d'expliquer les mo
tifs de M. Mareschal , et pourquoy it
abuse gratuitement d'un nom si respec
table ; car personne ne peut connoître
les inconveniens de cette Opération .
que sur des éclaircissemens fournis par
la Theorie ou sur les faits de Pratique .
Sera-ce sur les éclaircissemens de Théorie?
M. Mareschal n'est pas encore determi
né , et M. le Comte de Broglio m'a fait
l'honneur de me dire que M. Mareschal
venoit de proposer plusieurs questions à
M. Cheselden , et qu'il a demandé qu'on
envoyât icy , s'il étoit possible , les Parties
de quelqu'un , mort aprés cette Opération .
Sera-ce sur les Faits de Pratique jusqu'à
l'Epoque deM . deJanson et du Blaisel De
Londres , M. Cheselden fournira le Mé
moire de soixante six Opérations dont
soixante -deux ont réussi à Paris il y en
a eu seize l'année passée , faites par M.
Perchet et moi , et quatorze malades ont
été gueris. Sera - ce sur l'Opération de
M. de Janson ? M. Mareschal m'or
donne lui-même de faire une Rélation
exacte de l'ouverture pour détromper
le Public. Sera-ce sur la Taille de M. du
Blaisel les singularitez qu'on voit dans
II. Vol.
C iiij l'ou
1468 MERCURE DE FRANCE
P'ouverture , pourroient seules justifier
l'Operation , qui d'ailleurs fut faite très
heureusement ; mais quand on suppo
seroit le contraire , il resteroit toujours
pour vrai , que nous en avons gueri
l'année passée quatorze de seize ; qui
sçait si quatorze taillés cette année à l'ap
pareil Lateral , immediatement aprés Mrs.
deJanson et du Blaisel , n'auroient pas été
gueris ? cela étoit aussi possible cette an
née-ci que l'autre. Sera-ce enfin sur les
réprésentations de quelques Chirurgiens
qui verroient avec peine les progrès de
cette Operation ? ceux qui sont à la tête
de la Chirurgie ne préfereront jamais l'in
terêt de quelques particuliers au bien
blic. Je conclus donc que l'Anonyme
a trés imprudemment compromis le nom
de M. Mareschal .
pu
C'est avec la même licence que l'Anony
me arrange la Chirurgie de l'Hôpital . Si
M. Mareschal avoit confié le soin de l'Hô
pital à M.Guerin le Pere , comme il le dit, je
ne jouirois point de la place de Chirurgien
en Chef, dont j'ai été pourvu sur la présen
tation de M.Mareschal , mais j'enjoüis com
me auparavant, et si je ne puis assurer que
j'aye merité les faveurs de M. Mares
chal , au moins puis- je assurer qu'il ne me
les a pas retiré.
II. Vol. L'Anonyme
JUIN. 1731 1469
L'Anonyme finit ses Reflexions en
'disant , que les Pauvres serviront d'instruc
tion aux éleves sans être leurs victimes. Si
cela roule sur la Taille Laterale , comme
il n'y a pas lieu d'en douter, c'est à vous ,
M. à me vanger de cette noirceur , en rap
pellant les Faits que vous avés imprimés
l'année derniere..
L'Anonyme auroit pû terminer sa nar
ration, en disant que M. Mareschal veut de
plus amples éclaircissemens sur l'Opera
tion Laterale. C'est faire l'Eloge de sa pru
dence ; mais nous ajoutons que quand l'ex
cellence de cette Opération sera bien prou
vée ,M. Mareschal toujours plein de zéle et
daffection pour les Pauvres , voudra non ṣeu
lementy être présent, mais la fera peut être lui
même. Je suis , Monsieur , Vôtre &c.
A Paris ce 10. Fuin . 1731.
Taille
par l'appareil Lateral, luë par M.
Morand à la rentrée publique de l'Aca
démie Royale des Sciences d'aprés Pâques .
hhhhhhhh
N
Ous avons donné dans le Mercure
du mois de Decembre 1729. une
Lettre de M. Morand , dans laquelle il
expose les motifs de son Voyage à Lon
dres , et se déclare Partisan de la Taille
Laterale qu'il a vû pratiquer par M. Che
selden , cèlebre Chirurgien Anglois. M.
Morand ayant fait sur les Cadavres tou
tes les expériences nécessaires , pour exa
miner à fond cette Operation sur les
notions que les Conferences qu'il avoit
eûes avec M. Cheselden , et que ses
lettres lui avoient données ; il la pro
que
posa à M. Maréchal premier Chirurgien
du Roy. Sous ses yeux et en présence
de plusieurs Académiciens , Medecins ,
et Chirurgiens , cette Operation se fit
l'année derniere à Paris avec grand suc
cès , et nous en avons rendus compte
dans le Mercure du mois d'Aoust 1730.
de quinze Malades taillées à l'appareil La
teral par M. Morand et Perchet , douze
II. Vol. étoient
1454 MER CURE DE FRANCE
étoient gueris , M. le Muet étoit en voye
de guérison , et a été parfaitement guéri .
Depuis ce temps là M. Perchet en a taillé
un à Louviers , et l'a bien guéri ; de sorte
que voilà seize Operations bien avérées
dont quatorze ont réussies tout au mieux ,
il n'est mort que deux personnes , et des
quatorze guéris , il y avoit quatre sujets
en trés mauvais état , lorsqu'ils furent
taillés. M. Maréchal fut si content de
ces Operations qu'il écrivit à M. Morand
de venir à Marly , afin de le présenter à
son Eminence M. le Cardinal de Fleury ,
2
qui les pierres furent montrées , et qui
exorta M. Morand à continuer.
En 1729. M. Morand avoit lû à l'Aca
démie les lettres de M. Cheselden
dans lesquelles il détailloit sa Methode
et répondoit à toutes les difficultés qu'ont
lui avoit faites . En 1730. M. Cheselden
a publié lui même sa Methode dans une
petite Dissertation en Anglois , dans la
quelle il nous apprend qu'aprés avoir
essayé toutes les Methodes de la Taille,
et les avoir comparées , il s'est dévoué
toujours à celle- cy, qu'il a reconnu la meil
feure. La voici rapportée par lui - même .
pour
Je lie le Malade comme au grand appa
reil , aprés l'avoir couché sur une Table ho
risontale de la hauteur de trois pieds , ayant
ر ا
IL. Vol. seulement:
JUIN. 1731. 455
seulement laTête un peu élevée,jefais d'abord
une incision aux tegumens , aussi longue qu'il
est possible , en commençant prés l'endroit
où elle finit au grand appareil , je continue
de couper de haut en bas , inter musculos.
acceleratorem urinæ et erectorem penis ,
et à côté de l'intestin Rectum , je tâte ensuite
pour trouver la sonde sur laquelle je coupe.
le long de laglande Prostate , en continuant
jusqu'à la véssie et assuje tissant le Rectum en
bas pendant tout le temps de l'Operation, avec
un ou deux doigts de la main gauche le
reste comme dans l'ancienne Méthode &c.
Dans la Dissertation lüe par M. Mo
rand à l'Académie , il ajoute à cette Des
cription donnée par M. Cheselden quel
ques particularités qui sont dans ses let
tres écrites pour l'Académie , il cite la
sçavante These de M. Falconet , au sujet
des raisons de préferer l'appareil Lateral.
au grand , il ajoute à ces motifs de pré
ference
, que le manuel de cette. Opera
tion lui a paru plus facile et plus sur ,
que dans l'appareil Lateral on coupe
certaines parties qu'on déchire dans le
grand ; qu'enfin ceux qui en ont été
guéris , n'ont eu de reste , ni fistule , ni
incontinence d'urine , et s'engage de faire.
voir les avantages de cette Operation dans
un Traité qu'il donnera exprés sur cette
matiere, Ensuite
1456 MERCURE DE FRANCE
Ensuite il donne à l'Académie quel
ques observations qui regardent la partie
Historique de cette Opération . Dans la
premiere est contenue presque toute la
vie de Frere Jacques , que M. Morand
a suivi par tout par ses Récherches ; ce
sont ces mêmes Récherches qui lui ont
fait voir , pour ainsi dire , deux Freres
Jacques ; à ne le connoître que sur le rap
port de M. Mery , son Operation est in
certaine , et il faut la répudier , ce sont
les mots de M. Morand même dans sa
lettre du Mercure de Decembre 1629 .
mais M. Morand a eu le bonheur de dé
couvrir deux Pieces fugitives sur l'Ope
ration de Frere Jacques que deux de
ses Confreres se sont fait un plaisir de
lui communiquer. L'une est un Ma
nuscrit de M. Hunaud , celebre Me
decin d'Angers , qui avoit vû tailler le
Frere Jacques à Angers , et qui avoit
pris la plume pour le déffendre contre
M. Mery ; l'autre est un Ouvrage de Fre
re Jacques même imprimé en 7. à 8. pag.
et dont les exemplaires sont devenus fort
rares. Dans ces deux ouvrages , l'incision
de Frere Jacques est nettement détermi
née il y est bien positivement énoncé
que Frere Jacques avoit rectifié son Opé
ration , substitué une sonde crénelée à
II. Vol. La
JUIN.
1457 1731 .
la sonde informe qu'il employoit d'abord ,
et trouvé le moyen de couper toujours le
col de laVessie. Voilà dans l'Histoire de F.
Jacques 2. Epoques bien differentes pour
son Operation , de laquelle nous serions de
meurés en possession sans nôtre vivacité.
La seconde Observation de M. Mo
rand' roule sur l'Operation de M. Rau ;
M. Morand pense que celle-cy est celle
de Frere Jacques rectifiée. 1 °. On ne
peut pas prouver le contraire , parceque
M. Rau ne donnoit point d'éclaircisse
ment de sa Méthode , que M. Rau est
mort en 1719. sans la publier luy-même ,
et qu'elle a été donnée par un autre Pro
fesseur , enfin qu'on ne voit nulle part ;
suivant la rémarque du Docteur Douglas ,
des Observations tirées de l'ouverture
des Cadavres. 2 °. On peut prouver que
cela est ainsi , parceque selon M. Albi
nus même , M. Rau et le Frere Jacques
faisoient tous deux l'incision dans le mê
me endroit, et que M.Rau ,pressé par ceux
qui l'interrogeoient sur son Operation ,
leur disoit , lisés Celse. Or il est facile
de prouver que Frere Jacques tailloit
par la Méthode de Celse.
La troisiéme Observation de M. Mo
rand est employée à expliquer cette es
pece
de Paradoxe sur la Méthode de Cel
II. Vol
se
4458 MERCURE DE FRANCE
se. M. Morand ne demande autre chose
pour cela , sinon qu'on lise avec atten
tion , et sans préjugé , le septiéme Livre
de cet Atiteur , Chap. 26. Sect. 2. on ver
ra que l'incision exterieure de Celse est
oblique et prés de l'Anus , et que l'inte
rieure interesse le col de la Vessie. Voilà
ce que fait l'appareil Lateral , et ce que ne
fait point le grand appareil. M. Morand
convient que cette Analogie a été apper
çue par M. Mery , M. Freind , M. Dou
glas , M. Falconet. Il résulteroit de-là
que l'appareil Lateral qui paroît une nou
velle Méthode seroit la plus ancienne.
M. Morand finit sa Dissertation en ré
capitulant les Opérations pratiquées par
cette Méthode depuis le mois de Mars
1727. jusqu'à la fin de 1730. Dans l'Ap
pendix de M. Cheselden , on lit les noms
de 46. Malades qu'il avoit taillés dans
l'Hôpital de S. Thomas , et dont il n'avoit
perdu que deux , M. Morand venoit de
récevoir la Liste posterieure à celle- cy ,
dans laquelle il y en a vingt de taillés ,
dont il n'est mort que deux : en la joignant
à la premiere Liste de M. Cheselden , et
à celle de M. Morand , il se trouve de
compte fait en Mars 173 1. quatre- vingt
deux personnes taillées par l'appareil La
teral , depuis Mars 1727. dont il n'est
II. Vol
mort
JUIN. 1731
1459
mort que fix , et soixante et seize ont été
parfaitement gueries , dont dix de diffe
rens âges , depuis 40. jusqu'à 67. ans.
Tels étoient les progrès de l'appareil
Lateral à Paris , lorsque M. Morand lût
sa Dissertation à l'Académie Royale des
Sciences. Depuis ce temps là , il a fair
cette Operation à M. de Janson et Du
blaisel qui sont morts six jours aprés
l'Operation. L'Ouverture de leur corps
a été faite , l'Académie Royale des Scien
ces a examiné les choses , Mrs. Chirac et
Maréchal ont vû ce qui concernoit M,
de Janson . Voici le rapport de ces deux
Ouvertures .
DETAIL de ce qui s'est trouvé à l'ou
verture de Mrs de Janson et du Blaisel.
Le 24. Avril 1731. Nous Docteurs en
Medecine , et Chirurgiens de Paris , nous
sommes transportés à neuf heures du soir
à l'Archevêché pour l'ouverture du corps
de Feu M. le Commandeur de Janson ,
mort ledit jour à neuf heures du matin
aprés avoir été taillé le Jeudi précedent
dix- neuf dudit mois et nous déclarons
avoir réconnu ce qui est détaillé à nôtre
present rapport par l'ouverture faite en
nôtre presence par M. Verdier , Chirur
ر
.
11. Vol.
gien
1460 MERCURE DE FRANCE
juré et DémonstrateurRoyal enAnatomie.
Le corps exposé sur une Table nous
n'avons vû aux parties voisines de la
playe , ni lividité , ni tension , en aucune
region du bas -ventre ni élevation ni gon
Alement , la région de la vessie étant au
contraire plate , enfoncée , et molete.
A l'ouverture du ventre il nous'a paru
à la premiere inspection qu'il n'y avoit ,
ni aux entrailles , ni à la vessie vers le
peritoine , ni au tissu cellulaire qui l'en
vironne , aucune Phlogose , inflammation,
ou marque de gangréne .
Les intestins étant ôtés du ventre , les
Reins ont été examinés , et on a trouvé
le droit diminué de la moitié de son vo
lume naturel , et sa substance glan
duleuse fondue , de sorte que l'on ne
distinguoit plus interieurement que les
sacs des entonnoirs qui étoient fort dila
tés aussi bien que les bassinets , et rem
plis d'une liqueur noire , puante , et mê
lée de quelques matieres glaireuses et
purulentes. L'uretere du même côté
dilaté depuis sa sortie du Rein jusqu'à
son insertion à la vessie , et étranglé en
quelques endroits par plusieurs infléxions
contre nature ; enfin sa trace le long du
muscle Psoas , marquée par une tache
livide et assés profonde dans la substance
II. Vol
de
JUIN. 1731. 1461
de ce muscle , dont le reste étoit de la
couleur et rougeur naturelle.
Le Rein gauche avoit les mêmes sin
gularités que le droit , mais il étoit plus
maigre et plus fondu , plein d'un pus trés
fætide , et d'un blanc sale. L'uretere de
ce côté étoit un peu moins malade que
l'autre.
La vessie nous parut s'élever assés haut
au dessus du Pubis , et sa consistence
étoit bien plus dure que dans l'état natu
rel , mais pour l'ouvrir dans toute son
étendue , et examiner plus scrupuleuse
ment toutes les parties du voisinage , et
de la dépendance de l'Operation , on a
ôté la vessie entiere avec le canal de l'ure
tre , le rectum , et la partie incisée par
la Taille.
Ensuite la vessie a été ouverte dans.
toute son étendue , depuis son fond jus
ques et au de-là de l'incision faite par la
Taille ; alors tout le corps de la vessie
nous ' a paru considerablement épaissi
on n'a trouvé dans sa cavité , ni pierre
ni fragment de celle qui avoit été tirée ,
il y avoit à la surface de sa tunique inter
ne plusieurs points blanchâtres et durs ,
quelques rugosités , mais aucun vestige
de contusion . Vers sa partie inferieure et
un peu plus du côté droit que
du gauche
,
II. Vol C IL
462 MERCURE DE FRANCE
3 il y avoit une tumeur carcinomateuse
fort dure , grosse comme un gros oeuf,
faisant corps avec la vessie même ,
aussi large par sa baze que par sa partie
saillante , et d'une étenduë assés grande
faire la vessie eut comme deux pour que
capacités , dont la plus grande étoit au
dessus du carcinôme. Prés de cette tu
meur , étoit une excroissance fongueuse
applatic , grosse et longue comme le petit
doigt , de la consistence du fongus qui
avoit été tiré avec la pierre , attaché par
un pedicule membraneux à la tunique
interne de la vessie , et flottante dans la
vessie , de façon qu'elle pouvoit tomber
dans l'incision .'
L'incision faite par la Taille étoit à la
fin de l'uretre et au cou de la vessie.
Mettant un doigt dans l'anus et un autre
dans l'incision ; on a vû que le rectum
n'avoit point été interessé, y ayant entre
deux une cloison fort épaisse : enfin en
examinant le trajet de l'incision-, nous
avons vû qu'il n'y avoit d'autre route
que celle qui conduisoit directement de
l'incision à la vessie , et qu'il n'y en avoit
point de fausse autour du rectum , ni
dans le tissu cellulaire des parties voisi
nes.
Comme nous reconnoissons dans le
II. Vel désordre
JUIN. 1731 . 146
désordre des parties dénommées au pre
sent rapport des causes de mort évidentes
et indépendentes de l'opération de la
Taille faite à M. le Commandeur de Jan
son , on n'a point fait l'ouverture de la
Poitrine ni de la Tête , et aucun de nous
ne l'a demandée. A Paris çe .27 . Avril
1731. et ont signés. Mrs. Winslow et Silva
Medecins , Guerin , Le Dran , Boudou ',
Pibrac , Morand , Verdier , Guerin fils
et Perchet , Chirurgiens .
L'Original a été remis à M. le Mar
quis de Janson , avec le dessein des parties
malades , qui ont été examinées dans une
sceance par l'Académie Royale des Scien
aussi bien celles dont est ques
tion dans le rapport suivant .
ces , que
Le Samedi 28. Avril 1731. nous Doc
teur en Medecine , et Chirurgiens de
Paris soussignés , nous sommes transpor
tés à l'Hôteld'Espagne, rue duColombier,
l'ouverture du corps de M.du Blai
sel , mort la nuit précedente, aprés avoir
été taillé le Lundi 23. dudit mois.
pour
A l'ouverture du bas- ventre , l'estomach
et les intestins ont paru dans leur état na
turel, les ayant écartés pour éxaminer la ré
gion de la vessie nous avons trouvé un
abscès considerable dans le tissu cellulaire
du peritoine entre l'endroit où l'uretere
>
I La Kol Cij gauche
3454 MERCURE DE FRANCE
gauche se jette dans la vessie et le lieu de
f'incision. La vessie ouverte depuis son
fond jusqu'au de - là de l'incision , elle
nous a paru saine ; mais à sa partie pos
terieure , et entre ses tuniques étoit un
sac plein d'un grand nombre de petites
pierres , et de ce sac il suintoit quelques
goutes de pus dans la vessie.
La supression totale des urines arrivée
la veille de sa mort ayant fait tourner
nos vûës vers les reins , nous avons trou
vé le rein droit en inflammation , et par
là augmenté considerablement du volu
me naturel ; de ce rein partoient deux
ureteres , dont les vaisseaux sanguins
étoient gonflés et en inflammation , ces
ureteres s'unissant ensemble à quelques
pouces de la vessie , n'avoient qu'une et
même insertion .
Au lieu du rein gauche qui étoit obli
teré, il y avoit une capsule membraneuse
avec deux ureteres, qui sans se confondre
alloient séparément à la vessie , l'un s'ou
vroit dans la vessie à l'ordinaire , l'autre
étoit bouché en haut par deux petites
pierres , et prés de la vessie par plusieurs
autres ; enfin au lieu de s'ouvrir dans la
vessie , il se terminoit dans le sac pierreux
qui étoit en suppuration .
Cette organisation particuliere nous
11. Val.
fair
JUIN.
1731. 1469
que
fait croire le rein droit étant attaqué
d'une inflammation qui a produit la ne
phretique , le gauche n'avoit pû supléer
à ses fonctions , puis qu'il n'y en avoit
point , de là la supression des urines , et
que
la même cause qui a formé dù pus
dans le sac pierreux , a pû donner lieu à
l'abscès du tissu cellulaire . A Paris ce 6 .
May 1731. et ont signés Sylva , Boudon ,
Verdier , Morand , Perchet.
LETTRE de M. Morand à M. de la R
' Ay l'honneur de vous envoyer,Mon
sieur, le rapport de l'ouverture de M.
de Janson, et j'execute les ordres positifs
que j'en ay reçû : ces Ordres sont si pré
cieux pour moi que je n'en puis retran
cher un mot , et je vous envoye en mê
me temps la Lettre de M. Mareschal qui
me les a signifiés .
· Je viens de rendre un compte exact de
votre Operation à son Eminence M. le Car
dinal , et des obstacles invincibles de
рои
voir guerir M. de Janson ; je lui ai ajouté
que vous aviés en raison de ne point tirer
la pierre , et que cet examen avoit étéfait en
presence de M. Chirac, cela lui a faitplaisir.
Son Eminence m'a dit qu'il falloit le dire
au Roy, ce que je feray ; la seconde chose
II. Vol.. Ciij que
1466 MERCURE DE FRANCE
que vous deviés en faire une Relation pré
cise et de tous les temoins , et en faire un
article dans les Nouvelles pour détromper
le Public. Voila ce que son Eminence m'a
dit, et je crois qu'elle pense juste . Je vous sa
lue & c. Mareschal. A Rambouillet le 25.
Avril 1731 .
Je vous envoye en même temps ,
Monsieur , la Rélation de l'ouverture de
M. du Blaisel , et je crois qu'avec ces deux.
Pieces il m'est permis de demander à
l'Auteur anonyme de la Lettre inserée
dans le Mercure de May , pag. 1135 .
raison des Réflexions qu'il a ajoutées au
détail des Operations de la Taille faites
à l'Hôpital de la Charité le 14. du mois.
passé.
Je n'avois pas plus promis cette année
cy que l'autre de faire la Taille par l'Ope
ration Laterale . L'Année derniere M ..
Mareschal trouva bon qu'on la fit , je l'ai
faite devant lui , et elle a reussi . Cette
année M. Mareschal a trouvé bon qu'on
ne fit
que le grand Appareil , j'en ai fait
deux , et j'ai gueri mes deux malades.
Ainsi cette année cy comme la précedente,,
j'ay obéi.
➤
Mais l'Anonyme avance que M. Ma
reschal qui connoit les inconveniens de l'ap
pareil Lateral , en disposa autrement , en
II. Vol. execu
JUIN. 1731. 1467
1
executant lui même,et faisant executer l'Opé
ration à la maniere ordinaire. Je demande
si l'Anonyme a ordre d'expliquer les mo
tifs de M. Mareschal , et pourquoy it
abuse gratuitement d'un nom si respec
table ; car personne ne peut connoître
les inconveniens de cette Opération .
que sur des éclaircissemens fournis par
la Theorie ou sur les faits de Pratique .
Sera-ce sur les éclaircissemens de Théorie?
M. Mareschal n'est pas encore determi
né , et M. le Comte de Broglio m'a fait
l'honneur de me dire que M. Mareschal
venoit de proposer plusieurs questions à
M. Cheselden , et qu'il a demandé qu'on
envoyât icy , s'il étoit possible , les Parties
de quelqu'un , mort aprés cette Opération .
Sera-ce sur les Faits de Pratique jusqu'à
l'Epoque deM . deJanson et du Blaisel De
Londres , M. Cheselden fournira le Mé
moire de soixante six Opérations dont
soixante -deux ont réussi à Paris il y en
a eu seize l'année passée , faites par M.
Perchet et moi , et quatorze malades ont
été gueris. Sera - ce sur l'Opération de
M. de Janson ? M. Mareschal m'or
donne lui-même de faire une Rélation
exacte de l'ouverture pour détromper
le Public. Sera-ce sur la Taille de M. du
Blaisel les singularitez qu'on voit dans
II. Vol.
C iiij l'ou
1468 MERCURE DE FRANCE
P'ouverture , pourroient seules justifier
l'Operation , qui d'ailleurs fut faite très
heureusement ; mais quand on suppo
seroit le contraire , il resteroit toujours
pour vrai , que nous en avons gueri
l'année passée quatorze de seize ; qui
sçait si quatorze taillés cette année à l'ap
pareil Lateral , immediatement aprés Mrs.
deJanson et du Blaisel , n'auroient pas été
gueris ? cela étoit aussi possible cette an
née-ci que l'autre. Sera-ce enfin sur les
réprésentations de quelques Chirurgiens
qui verroient avec peine les progrès de
cette Operation ? ceux qui sont à la tête
de la Chirurgie ne préfereront jamais l'in
terêt de quelques particuliers au bien
blic. Je conclus donc que l'Anonyme
a trés imprudemment compromis le nom
de M. Mareschal .
pu
C'est avec la même licence que l'Anony
me arrange la Chirurgie de l'Hôpital . Si
M. Mareschal avoit confié le soin de l'Hô
pital à M.Guerin le Pere , comme il le dit, je
ne jouirois point de la place de Chirurgien
en Chef, dont j'ai été pourvu sur la présen
tation de M.Mareschal , mais j'enjoüis com
me auparavant, et si je ne puis assurer que
j'aye merité les faveurs de M. Mares
chal , au moins puis- je assurer qu'il ne me
les a pas retiré.
II. Vol. L'Anonyme
JUIN. 1731 1469
L'Anonyme finit ses Reflexions en
'disant , que les Pauvres serviront d'instruc
tion aux éleves sans être leurs victimes. Si
cela roule sur la Taille Laterale , comme
il n'y a pas lieu d'en douter, c'est à vous ,
M. à me vanger de cette noirceur , en rap
pellant les Faits que vous avés imprimés
l'année derniere..
L'Anonyme auroit pû terminer sa nar
ration, en disant que M. Mareschal veut de
plus amples éclaircissemens sur l'Opera
tion Laterale. C'est faire l'Eloge de sa pru
dence ; mais nous ajoutons que quand l'ex
cellence de cette Opération sera bien prou
vée ,M. Mareschal toujours plein de zéle et
daffection pour les Pauvres , voudra non ṣeu
lementy être présent, mais la fera peut être lui
même. Je suis , Monsieur , Vôtre &c.
A Paris ce 10. Fuin . 1731.
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Résumé : EXTRAIT de la Dissertation sur la Taille par l'appareil Lateral, luë par M. Morand à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences d'aprés Pâques.
En 1729, M. Morand a présenté à l'Académie Royale des Sciences une méthode de taille latérale inspirée par les travaux du chirurgien anglais M. Cheselden. Après des expériences sur des cadavres, M. Morand a réalisé cette opération à Paris avec succès, sous la supervision de M. Maréchal, premier chirurgien du roi, et en présence de plusieurs académiciens, médecins et chirurgiens. En 1730, sur quinze malades opérés par M. Morand et Perchet, douze ont été guéris et deux autres étaient en voie de guérison. M. Cheselden a publié sa méthode en 1730, détaillant une incision latérale qu'il jugeait la plus efficace. M. Morand a ajouté des particularités à cette description, soulignant les avantages de la taille latérale, comme l'absence de fistule ou d'incontinence urinaire chez les guéris. M. Morand a exploré l'histoire de cette opération, découvrant des documents sur Frère Jacques et M. Rau, confirmant l'efficacité de la méthode latérale. Il a recapitulé les opérations réussies, totalisant 82 personnes taillées par cette méthode entre mars 1727 et mars 1731, avec seulement six décès. En avril 1731, M. Morand a opéré M. de Janson et Du Blaisel, qui sont décédés six jours après l'opération. Les autopsies ont révélé des causes de mort indépendantes de l'opération, confirmant l'absence de complications liées à la taille latérale. Les rapports d'autopsie ont été examinés par l'Académie Royale des Sciences. L'autopsie de M. de Janson, réalisée le 23 mai 1731, a révélé plusieurs anomalies. Un abcès considérable a été trouvé dans le tissu cellulaire du péritoine entre l'uretère gauche et le lieu de l'incision. La vessie, ouverte depuis son fond jusqu'au-delà de l'incision, semblait saine mais contenait un sac rempli de petites pierres et de pus. L'absence d'urines la veille du décès a orienté l'examen vers les reins. Le rein droit était enflammé et augmenté de volume, avec deux uretères s'unissant avant de se connecter à la vessie. Le rein gauche était oblitéré, remplacé par une capsule membraneuse avec deux uretères, l'un bouché par des pierres. Ces anomalies ont conduit à la suppression des urines et à la formation de pus dans le sac pierreux. L'autopsie a été signée par plusieurs médecins, dont Sylva, Boudon, Verdier, Morand et Perchet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 849-857
PROBLEME.
Début :
Un Pilote étant en Mer par certaine Latitude Nord, et voulant trouver la hauteur du Pole, [...]
Mots clefs :
Capella, Soleil, Hauteur, Méridien, Sirius, Déclinaison, Observation, Latitude, Étoile, Problème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLEME.
PROBBLLEÉME.
[N Pilote étant en Mer par certaine Latitude
Nord, etvoulant trouver la hauteur du Pole,
pour cet effet il a observé l'Etoile nommée l'Epaule
gauche du Charreiier Capella , trois fois
plus haut élevée sur l'horison que la hauteur
du Soleil qu'il avoit observée , et il a observé
l'Etoile nommée le grand Chien Sirius au Sud ,
être élevée sur l'horison ; mais comme le Soleil
differoit l'Etoile nommée l'Epaule gauche du
Charretier Capella , l'on demande par quelle Latitude
étoit ledit Pilote , lorsqu'il a fait lesdites
Observations avec la déclinaison du Soleil du
jour , et le tout par démonstration essentielle eg
par regles.
Un Problême bien conçu et bien proposé est
à demi résolu , la maniere dont celui- cy est
énoncé , ne laisse pas volontiers jouir de cet avantage
, néanmoins puisqu'on se propose d'y satisfaire
, il convient d'expliquer auparavant le sens
que l'on donne aux trois circonstances
qu'il renferme
, lesquelles
nous repeterons
ici à dessein de
placer à suite de chacune
l'interpretation
que.
nousy donnons.
Pro
So MERCURE DE FRANCE
Premiere Circonstance.
L'Etoile Capella ayant été observée , on a trouvé
qu'elle avoit trois fois autant de hauteur que
le Soleil qu'on avoit aussi observé.
Sans doute que cette Etoile fut observée lors
de son passage au Méridien , et que le Soleil l'avoit
été en sa derniere hauteur Méridienne , c'està
- dire au Midi , qui précéda immédiatement l☛
temps de l'observation de Capella.
Seconde Circonstance.
Et l'on a observé le grand Chien Sirius au
Sud , être élevé sur l'horison .
Cette circonstance semble être équivoque, elle
laisse à douter si l'instant de cette observation
est le même que celui auquel Capella s'est trouvée
au Méridien , ou si cet instant est celui de la hauteur
méridienne de Sirius ; il y a lieu de présumer
que le but de cette condition du Problême
étant de contribuer à déterminer la hauteur rẻ…
quise du Pole , en prescrivant une borne à la
moindre hauteur de Capella ; l'Auteur a prétendu
simplement avoir remarqué en la part du Sud ,
que le grand Chien Sirius étoit levé.
Troisième Circonstance.
Mais comme le Soleil differoit l'Etoile Capella.
Il y a toute apparence que par cette expression
, qui nous a paru aussi nouvelle que singu
liere , l'Auteur a prétendu dire que l'Etoile Capella
précedoit le Soleil à passer au Méridien , ou
ce qui est la même chose , que le Soleil differoit
son passage au Méridien après celui de l'Etoile ;
quois
MAY
1733
quoiqu'il en soit enfin , voila notre façon d'interpreter
les conditions énigmatiques de ce Problême.
Nous avons donc à déterminer une Latitude
Nord , par laquelle le Soleil étant observé à midi
d'un jour que nous devons indiquer , la hauteur
Méridienne de Capella observée la nuit suivante
, se trouve , 1 ° . égale à trois fois la hauteur
déja observée du Soleil. 2 ° . Qu'en ce même tems
de l'observation de Capella , le grand Chien Si
rius se voit dans la partie du Sud , et se trouve
avoir quelque élevation . 3 ° . Que le Soleil n'employe
que moins de 12 heures à passer au Méridien
après Capella ; car si il y mettoit tout ce
temps ou davantage , il ne differeroit pas cette
Etoile.
Reste à sçavoir si ces trois conditions rendent
le Problême tel , qu'il puisse être résolu par une
seule hauteur du Pole , ou en tout cas , par un
certain nombre déterminé,
Il est évident que de toutes les hauteurs Méridiennes
de l'Etoile Capella , observée en la part
du Sud , la plus grande détermine la moindre
hauteur du Pole Nord , et la plus petite détermine
la plus grande ; cela posé nous considererons
d'abord cet Astre en la plus grande élevation qu'il
puisse être ; ( le Zénith est le seul point qui détermine
cette hauteur,) et nous déduirons de cette
supposition qui prescrit ainsi une borne à la
moindre Latitude , les conséquences qui suivent.
Hauteur de Capella 90. degrez.
Déclinaison Nord de Capella 45. d. 43. min..
Hauteur de l'Equateur
44. d.
17. m. Hauteur du Soleil
30.
d. Déclinaison Sud du Soleil 14. d. 17. m .
Distance duSoleil à l'Equinoxe
'Automne 38. d. 15. m.
52 MERCURE DE FRANCE
Partie correspondante de l'Equaseur
depuis le même Equinoxe
35. d. 52. min .
Ascension droite du Soleil 215. d. 52. m.
Ascension droite de Capella 74. d. 3. m.
Nota. Que nous avons supputé la distance du
Soleil à l'Equinoxe de l'Automne et non à celui
du Printemps ; car en ce dernier cas le Soleil ne
differeroit pas l'Etoile Capella.
·
Il est donc évident que le Soleil doit être dans
les Signes de l'Automne , et qu'il faut consulter
à quel jour de cette saison conviennent les 11 ,
degrez 17. minutes de sa déclinaison .
Ce jour se trouve être le 31. Octobre.
Il s'agit maintenant de déterminer l'heure à
laquelle Capella passera au Méridien après le
midi du 31. dudit , afin d'en conclure le temps
de son observation .
Nous considererons pour cet effet que l'Ascension
droite de Capella étant moindre que
celle du Soleil de 141. degrez 49. min. cette
Etoile a devancé le Soleil de la même quantité
કે passer au Méridien ; c'est - à - dire que le 31 .
Octobre à midi , elle étoit au Oüest du Méridien
de 141. degrez 49. min. et qu'il s'en falloit
en ce moment de 218. degrez 11. min. ou 14.
heures 32. min . 44. secondes, qu'elle ne fût de retour
au Méridien , ainsi elle à dû y arriver 14.
heures 31. min. 44. secondes après le midi du
31. c'est-à - dire à 2. heures 32. min. 44. sec.
après minuit du premier Novembre ,
Tout cela ne suffit pas , attendu ce
que temps
de l'observation de Capella , suppose que le Soleil
ne soit pas encore levé , c'est ce que nous allons
examiner en supputant l'heure de ce lever
pour le premier Novembre , à raison de la hauteur
connue du Pole et de la déclinaison pour
l'instant du même lever.
MAY. 1733. 853
Le lever du Soleil pour la hauteur connuë da
Pole et pour sa déclinaison du 31. à midi , est de
7. heures , peu de chose plus , cette déclinaison
augmente pour lors d'un midi à l'autre , c'est - àdire
, en 24. heures d'environ 19. minutes , et à
proportion en 19. heures qu'il y a du même
midi jusqu'au lendemain matin à 7. heures et 32 .
secondes , il augmentera d'environ 15. minutes ,
ajoûtant ces 15. minutes à la déclinaison du 13.
Octobre , on aura 14. degrez 32. min. pour la
déclinaison du premier Novembre à 7 .
heures 32.
secondes du matin.
Supputant donc l'heure du lever du Soleil pour
45. degrez 43. minutes de Latitude Nord , et
pour 14. degrez 32. minutes de déclinaison Sud ,
on connoîtra que la difference ascensionnelle
Est de
15. deg. 25. m.
que son lever au premier
Novembre est à 7. heu. 1. m. 40. 8.
d'où l'on voit que le Soleil n'étoit pas levé lors
de l'observation de Capella.
Il nous reste à sçavoir si le grand Chien Sirius
l'étoit lors du passage de Capella au Méridien ,
c'est- à- dire à 2. heures 32. min . 44. secondes
du matin du premier Novembre .
Déclinaison Sud de Sirius 16 d. 21. m.
Difference ascensionnelle
de Sirius 17. d. 30. m.
Arc semi- diurne de Sirius 72. d. 30. m.
Ascension droite de Sirius 98. d.
Passage de Sirius au Méridien
le prem. Nov. au matin
31. Octo-
Lever de Sirius le
bre au soir
4. h. 8. m. 32.54
11.h. 18. m . 32. 8.
Ainsi ce dernier Astre avoit quelque élevation
sur l'horison lors du passage de Capella au Méridien.
Voila
854 MERCURE DE FRANCE
Voila donc une solution qui résulte de la plus
grande hauteur à laquelle Capella puisse être observée
, et qui par consequent fournit la moindre
Latitude. Voyons maintenant quelle peut être
la moindre hauteur observée de Capella , nous
renfermant toujours dans les conditions interpretées
du Problême ; pour cet effet nous supposerons
que Capella étant au Méridien , le grand
Chien Sirius soit à la moindre élevation qu'il
puisse être sur l'horîson ; cette moindre élevation
étant infiniment petite , l'Etoile peut être considerée
précisément à l'horison.
Il est donc question de déterminer la hauteur
méridienne de Capella pour l'instant auquel on
verra lever l'Etoile Sirius , afin de décider de la
moindre hauteur de l'Equateur , et par consequent
de la plus grande Latitude possible , l'Anagie
suivante nous donnera la hauteur de l'Equateur.
Comme le Sinus complément de la difference
des Ascensions droites de Capella et Sirius , est
au Sinus total; ainsi la Tengente de la déclinaison
de Sirius , sera à la Tengente de l'élevation de
l'Equateur Laquelle Tengente se trouve repondre
dans la Table à 17. degrez 48. minutes.
Ce qui détermine la plus grande
Latitude à
La hauteur de Capella à
La hauteur du Soleil à
Sa déclinaison à
En un mot l'heure de son lever
pour le lendemain du jour de son
observation à
Le passage de Capella au Méridien
72. d. 12. m.
63. d. 31. m .
21. d. 1o. m.
3. d. 22. m.
s. b. 22. m.
*
5. h. 27. m.
D'où l'on voit que le Soleil se trouvant lev
avang
MAY. 1733- 35 ;
avant l'instant du passage de Capella au Méridien
de la quantité de 5. minutes , la clarté du
jour devoit avoir dérobé l'apparence de cette
Etoile , et par conséquent avoir mis un obstacle
à son observation .
Mais nous considererons que la hauteur de l'Equateur
, d'où ces dernieres déductions ont été
faites , a supposé le grand Chien Sirius exactement
à l'horison lors de la hauteur méridienne
de Capella , que si nous lui avions attribué quelque
élevation en conformité de la deuxième condition
du Problême , il en eût résulté une moindre
élevation de Pole et plus de retardement pour
le lever du Soleil , ensorte que si nous eussions
pris à discretion une plus grande élevation d'Equateur
que celle qui vient d'être supposée ; par
exemple celle de
Alors la hauteur du Pole cût été de
La hauteur observée de Capella de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison Nord de
Le temps de son observation
L'Ascension droite du Soleil
pour le même jour à midi de
Le passage de Capella au méridien
le 17. au matin à
19. d . 10. m .
70. d. 5o. m.
64. d. $3.m .
21. d. 37. m.
2. d. 27.m.
le 16. Septem.
174. d. 19. m,
5. h. 19. m.
La déclinaison du Soleil au moment
de son lever pour led. jour 2. d. 10. m,
Le lever du Soleil pour le même
jour
Le lever du grand Chien Sirius le
5. h. 35.m.
même jour au matin 4. h. 45. m.
D'où l'on voit que ces derniers articles concourent
tous à remplir les conditions du Problême
, et que la hauteur du Pole dont ils résultent
peut être considerée comme la plus grande hau-
B teur
856 MERCURE DE FRANCE
teur possible , de sorte que nous avons jusqu'
present deux bornes , l'une de 45. degrez 43. min
pour la moindre Latitude Nord , et l'autre de
70. degrez so. minutes pour la plus grande , entre
lesquelles il est évident que toute Latitude sa
tisfait aux conditions requises en autant de fa
gons differentes.
Voila pour toutes les hauteurs Méridiennes d
Capella observées en la part du Sud depuis 64. |
degrez 53. minutes d'élevation jusqu'à 90. degrez
Si nous considerons maintenant ce même As
tre observé en la part du Nord , il est évident que
de toutes ses hauteurs Méridiennes la plus grande
( qui place l'Etoile au Zénith ) détermine la
plus grande Latitude Nord , et la moindre détermine
la moindre .
Nous avons déja satifait au premier cas , c'est-
-dire que nous avons déterminé les choses requises
du Problême ; en conséquence de l'obser◄
vation de Capella au Zenith , il nous reste de supputer
les mêmes choses pour la moindre hauteur
méridienne de Capella en la part du Nord , laquelle
ne peut être au- dessous de 83. degrez 6 .
minutes , et conséquemment la moindre Latitude
Nord de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison du Soleil Sud
L'observation du Soleil
Le passage de Capella au Méridien
led. jour au soir
Le lever du Soleil le 22. dudit
Le lever de Sirius le 21. au soir
38. d. 49. m.
27. d . 42. M.
23. d. 29. m
le 21 Decembre
18. h . 56. m.
7. h. 22. m.
7. h. 36. m.
D'où il suit enfin que l'observation qui fai
l'objet du Problême , se pouvant pratiquer en tou
te Latitude Nord depuis 38. degrez 49 minute
jusqu'à 70. degrez so. minutes , et que les cin
cons
MAY. 1733- 857
constances y énoncées étant insuffisantes pour le
rendre susceptible de méthode , on ne peut se
dispenser de conclure qu'un tel Problême est
proposé d'une façon hazardée, peu correcte et de
mauvaise foi , ou que l'Auteur a peché par défaut
d'intelligence .
Nota, qu'independemment de la mauvaise composition
du même Problême , l'Auteur devoit y
faire mention de l'année en ' laquelle il a supposé
l'observation faite , ou tout au moins la proposer
comme Bissextile ou comme l'une des trois
années communes ; mais quoiqu'il en soit, nous
avons placé cette observation en une année Bis
sextile , et en conséquence nous avons operé avec
la précision que le cas apû le permettre , sans
avoir égard aux effets de la refraction horizontale
des autres , ayant lieu de présumer par le
stile de l'Auteur , que son intention et sa coûtu,
me ne sont pas d'y regarder de si près.
Ce Probleme auroit parû deux mois plutôt,si nous
n'avions pas été pressez par l'abondance des ma◄
tieres.
[N Pilote étant en Mer par certaine Latitude
Nord, etvoulant trouver la hauteur du Pole,
pour cet effet il a observé l'Etoile nommée l'Epaule
gauche du Charreiier Capella , trois fois
plus haut élevée sur l'horison que la hauteur
du Soleil qu'il avoit observée , et il a observé
l'Etoile nommée le grand Chien Sirius au Sud ,
être élevée sur l'horison ; mais comme le Soleil
differoit l'Etoile nommée l'Epaule gauche du
Charretier Capella , l'on demande par quelle Latitude
étoit ledit Pilote , lorsqu'il a fait lesdites
Observations avec la déclinaison du Soleil du
jour , et le tout par démonstration essentielle eg
par regles.
Un Problême bien conçu et bien proposé est
à demi résolu , la maniere dont celui- cy est
énoncé , ne laisse pas volontiers jouir de cet avantage
, néanmoins puisqu'on se propose d'y satisfaire
, il convient d'expliquer auparavant le sens
que l'on donne aux trois circonstances
qu'il renferme
, lesquelles
nous repeterons
ici à dessein de
placer à suite de chacune
l'interpretation
que.
nousy donnons.
Pro
So MERCURE DE FRANCE
Premiere Circonstance.
L'Etoile Capella ayant été observée , on a trouvé
qu'elle avoit trois fois autant de hauteur que
le Soleil qu'on avoit aussi observé.
Sans doute que cette Etoile fut observée lors
de son passage au Méridien , et que le Soleil l'avoit
été en sa derniere hauteur Méridienne , c'està
- dire au Midi , qui précéda immédiatement l☛
temps de l'observation de Capella.
Seconde Circonstance.
Et l'on a observé le grand Chien Sirius au
Sud , être élevé sur l'horison .
Cette circonstance semble être équivoque, elle
laisse à douter si l'instant de cette observation
est le même que celui auquel Capella s'est trouvée
au Méridien , ou si cet instant est celui de la hauteur
méridienne de Sirius ; il y a lieu de présumer
que le but de cette condition du Problême
étant de contribuer à déterminer la hauteur rẻ…
quise du Pole , en prescrivant une borne à la
moindre hauteur de Capella ; l'Auteur a prétendu
simplement avoir remarqué en la part du Sud ,
que le grand Chien Sirius étoit levé.
Troisième Circonstance.
Mais comme le Soleil differoit l'Etoile Capella.
Il y a toute apparence que par cette expression
, qui nous a paru aussi nouvelle que singu
liere , l'Auteur a prétendu dire que l'Etoile Capella
précedoit le Soleil à passer au Méridien , ou
ce qui est la même chose , que le Soleil differoit
son passage au Méridien après celui de l'Etoile ;
quois
MAY
1733
quoiqu'il en soit enfin , voila notre façon d'interpreter
les conditions énigmatiques de ce Problême.
Nous avons donc à déterminer une Latitude
Nord , par laquelle le Soleil étant observé à midi
d'un jour que nous devons indiquer , la hauteur
Méridienne de Capella observée la nuit suivante
, se trouve , 1 ° . égale à trois fois la hauteur
déja observée du Soleil. 2 ° . Qu'en ce même tems
de l'observation de Capella , le grand Chien Si
rius se voit dans la partie du Sud , et se trouve
avoir quelque élevation . 3 ° . Que le Soleil n'employe
que moins de 12 heures à passer au Méridien
après Capella ; car si il y mettoit tout ce
temps ou davantage , il ne differeroit pas cette
Etoile.
Reste à sçavoir si ces trois conditions rendent
le Problême tel , qu'il puisse être résolu par une
seule hauteur du Pole , ou en tout cas , par un
certain nombre déterminé,
Il est évident que de toutes les hauteurs Méridiennes
de l'Etoile Capella , observée en la part
du Sud , la plus grande détermine la moindre
hauteur du Pole Nord , et la plus petite détermine
la plus grande ; cela posé nous considererons
d'abord cet Astre en la plus grande élevation qu'il
puisse être ; ( le Zénith est le seul point qui détermine
cette hauteur,) et nous déduirons de cette
supposition qui prescrit ainsi une borne à la
moindre Latitude , les conséquences qui suivent.
Hauteur de Capella 90. degrez.
Déclinaison Nord de Capella 45. d. 43. min..
Hauteur de l'Equateur
44. d.
17. m. Hauteur du Soleil
30.
d. Déclinaison Sud du Soleil 14. d. 17. m .
Distance duSoleil à l'Equinoxe
'Automne 38. d. 15. m.
52 MERCURE DE FRANCE
Partie correspondante de l'Equaseur
depuis le même Equinoxe
35. d. 52. min .
Ascension droite du Soleil 215. d. 52. m.
Ascension droite de Capella 74. d. 3. m.
Nota. Que nous avons supputé la distance du
Soleil à l'Equinoxe de l'Automne et non à celui
du Printemps ; car en ce dernier cas le Soleil ne
differeroit pas l'Etoile Capella.
·
Il est donc évident que le Soleil doit être dans
les Signes de l'Automne , et qu'il faut consulter
à quel jour de cette saison conviennent les 11 ,
degrez 17. minutes de sa déclinaison .
Ce jour se trouve être le 31. Octobre.
Il s'agit maintenant de déterminer l'heure à
laquelle Capella passera au Méridien après le
midi du 31. dudit , afin d'en conclure le temps
de son observation .
Nous considererons pour cet effet que l'Ascension
droite de Capella étant moindre que
celle du Soleil de 141. degrez 49. min. cette
Etoile a devancé le Soleil de la même quantité
કે passer au Méridien ; c'est - à - dire que le 31 .
Octobre à midi , elle étoit au Oüest du Méridien
de 141. degrez 49. min. et qu'il s'en falloit
en ce moment de 218. degrez 11. min. ou 14.
heures 32. min . 44. secondes, qu'elle ne fût de retour
au Méridien , ainsi elle à dû y arriver 14.
heures 31. min. 44. secondes après le midi du
31. c'est-à - dire à 2. heures 32. min. 44. sec.
après minuit du premier Novembre ,
Tout cela ne suffit pas , attendu ce
que temps
de l'observation de Capella , suppose que le Soleil
ne soit pas encore levé , c'est ce que nous allons
examiner en supputant l'heure de ce lever
pour le premier Novembre , à raison de la hauteur
connue du Pole et de la déclinaison pour
l'instant du même lever.
MAY. 1733. 853
Le lever du Soleil pour la hauteur connuë da
Pole et pour sa déclinaison du 31. à midi , est de
7. heures , peu de chose plus , cette déclinaison
augmente pour lors d'un midi à l'autre , c'est - àdire
, en 24. heures d'environ 19. minutes , et à
proportion en 19. heures qu'il y a du même
midi jusqu'au lendemain matin à 7. heures et 32 .
secondes , il augmentera d'environ 15. minutes ,
ajoûtant ces 15. minutes à la déclinaison du 13.
Octobre , on aura 14. degrez 32. min. pour la
déclinaison du premier Novembre à 7 .
heures 32.
secondes du matin.
Supputant donc l'heure du lever du Soleil pour
45. degrez 43. minutes de Latitude Nord , et
pour 14. degrez 32. minutes de déclinaison Sud ,
on connoîtra que la difference ascensionnelle
Est de
15. deg. 25. m.
que son lever au premier
Novembre est à 7. heu. 1. m. 40. 8.
d'où l'on voit que le Soleil n'étoit pas levé lors
de l'observation de Capella.
Il nous reste à sçavoir si le grand Chien Sirius
l'étoit lors du passage de Capella au Méridien ,
c'est- à- dire à 2. heures 32. min . 44. secondes
du matin du premier Novembre .
Déclinaison Sud de Sirius 16 d. 21. m.
Difference ascensionnelle
de Sirius 17. d. 30. m.
Arc semi- diurne de Sirius 72. d. 30. m.
Ascension droite de Sirius 98. d.
Passage de Sirius au Méridien
le prem. Nov. au matin
31. Octo-
Lever de Sirius le
bre au soir
4. h. 8. m. 32.54
11.h. 18. m . 32. 8.
Ainsi ce dernier Astre avoit quelque élevation
sur l'horison lors du passage de Capella au Méridien.
Voila
854 MERCURE DE FRANCE
Voila donc une solution qui résulte de la plus
grande hauteur à laquelle Capella puisse être observée
, et qui par consequent fournit la moindre
Latitude. Voyons maintenant quelle peut être
la moindre hauteur observée de Capella , nous
renfermant toujours dans les conditions interpretées
du Problême ; pour cet effet nous supposerons
que Capella étant au Méridien , le grand
Chien Sirius soit à la moindre élevation qu'il
puisse être sur l'horîson ; cette moindre élevation
étant infiniment petite , l'Etoile peut être considerée
précisément à l'horison.
Il est donc question de déterminer la hauteur
méridienne de Capella pour l'instant auquel on
verra lever l'Etoile Sirius , afin de décider de la
moindre hauteur de l'Equateur , et par consequent
de la plus grande Latitude possible , l'Anagie
suivante nous donnera la hauteur de l'Equateur.
Comme le Sinus complément de la difference
des Ascensions droites de Capella et Sirius , est
au Sinus total; ainsi la Tengente de la déclinaison
de Sirius , sera à la Tengente de l'élevation de
l'Equateur Laquelle Tengente se trouve repondre
dans la Table à 17. degrez 48. minutes.
Ce qui détermine la plus grande
Latitude à
La hauteur de Capella à
La hauteur du Soleil à
Sa déclinaison à
En un mot l'heure de son lever
pour le lendemain du jour de son
observation à
Le passage de Capella au Méridien
72. d. 12. m.
63. d. 31. m .
21. d. 1o. m.
3. d. 22. m.
s. b. 22. m.
*
5. h. 27. m.
D'où l'on voit que le Soleil se trouvant lev
avang
MAY. 1733- 35 ;
avant l'instant du passage de Capella au Méridien
de la quantité de 5. minutes , la clarté du
jour devoit avoir dérobé l'apparence de cette
Etoile , et par conséquent avoir mis un obstacle
à son observation .
Mais nous considererons que la hauteur de l'Equateur
, d'où ces dernieres déductions ont été
faites , a supposé le grand Chien Sirius exactement
à l'horison lors de la hauteur méridienne
de Capella , que si nous lui avions attribué quelque
élevation en conformité de la deuxième condition
du Problême , il en eût résulté une moindre
élevation de Pole et plus de retardement pour
le lever du Soleil , ensorte que si nous eussions
pris à discretion une plus grande élevation d'Equateur
que celle qui vient d'être supposée ; par
exemple celle de
Alors la hauteur du Pole cût été de
La hauteur observée de Capella de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison Nord de
Le temps de son observation
L'Ascension droite du Soleil
pour le même jour à midi de
Le passage de Capella au méridien
le 17. au matin à
19. d . 10. m .
70. d. 5o. m.
64. d. $3.m .
21. d. 37. m.
2. d. 27.m.
le 16. Septem.
174. d. 19. m,
5. h. 19. m.
La déclinaison du Soleil au moment
de son lever pour led. jour 2. d. 10. m,
Le lever du Soleil pour le même
jour
Le lever du grand Chien Sirius le
5. h. 35.m.
même jour au matin 4. h. 45. m.
D'où l'on voit que ces derniers articles concourent
tous à remplir les conditions du Problême
, et que la hauteur du Pole dont ils résultent
peut être considerée comme la plus grande hau-
B teur
856 MERCURE DE FRANCE
teur possible , de sorte que nous avons jusqu'
present deux bornes , l'une de 45. degrez 43. min
pour la moindre Latitude Nord , et l'autre de
70. degrez so. minutes pour la plus grande , entre
lesquelles il est évident que toute Latitude sa
tisfait aux conditions requises en autant de fa
gons differentes.
Voila pour toutes les hauteurs Méridiennes d
Capella observées en la part du Sud depuis 64. |
degrez 53. minutes d'élevation jusqu'à 90. degrez
Si nous considerons maintenant ce même As
tre observé en la part du Nord , il est évident que
de toutes ses hauteurs Méridiennes la plus grande
( qui place l'Etoile au Zénith ) détermine la
plus grande Latitude Nord , et la moindre détermine
la moindre .
Nous avons déja satifait au premier cas , c'est-
-dire que nous avons déterminé les choses requises
du Problême ; en conséquence de l'obser◄
vation de Capella au Zenith , il nous reste de supputer
les mêmes choses pour la moindre hauteur
méridienne de Capella en la part du Nord , laquelle
ne peut être au- dessous de 83. degrez 6 .
minutes , et conséquemment la moindre Latitude
Nord de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison du Soleil Sud
L'observation du Soleil
Le passage de Capella au Méridien
led. jour au soir
Le lever du Soleil le 22. dudit
Le lever de Sirius le 21. au soir
38. d. 49. m.
27. d . 42. M.
23. d. 29. m
le 21 Decembre
18. h . 56. m.
7. h. 22. m.
7. h. 36. m.
D'où il suit enfin que l'observation qui fai
l'objet du Problême , se pouvant pratiquer en tou
te Latitude Nord depuis 38. degrez 49 minute
jusqu'à 70. degrez so. minutes , et que les cin
cons
MAY. 1733- 857
constances y énoncées étant insuffisantes pour le
rendre susceptible de méthode , on ne peut se
dispenser de conclure qu'un tel Problême est
proposé d'une façon hazardée, peu correcte et de
mauvaise foi , ou que l'Auteur a peché par défaut
d'intelligence .
Nota, qu'independemment de la mauvaise composition
du même Problême , l'Auteur devoit y
faire mention de l'année en ' laquelle il a supposé
l'observation faite , ou tout au moins la proposer
comme Bissextile ou comme l'une des trois
années communes ; mais quoiqu'il en soit, nous
avons placé cette observation en une année Bis
sextile , et en conséquence nous avons operé avec
la précision que le cas apû le permettre , sans
avoir égard aux effets de la refraction horizontale
des autres , ayant lieu de présumer par le
stile de l'Auteur , que son intention et sa coûtu,
me ne sont pas d'y regarder de si près.
Ce Probleme auroit parû deux mois plutôt,si nous
n'avions pas été pressez par l'abondance des ma◄
tieres.
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Résumé : PROBLEME.
Le texte décrit un problème astronomique visant à déterminer la latitude nord d'un pilote en mer en utilisant des observations d'étoiles et du Soleil. Le pilote a noté que l'étoile Capella était trois fois plus élevée sur l'horizon que le Soleil et que l'étoile Sirius était visible au sud. Le problème consiste à utiliser ces observations et la déclinaison du Soleil pour trouver la latitude du pilote. Le texte présente trois conditions essentielles : 1. Capella était observée trois fois plus haute que le Soleil. 2. Sirius était visible au sud. 3. Capella précédait le Soleil dans son passage au méridien. Pour résoudre le problème, il est nécessaire de déterminer la latitude nord où la hauteur méridienne de Capella, observée la nuit suivant l'observation du Soleil à midi, est trois fois celle du Soleil. De plus, Sirius doit être visible au sud et le Soleil doit passer au méridien après Capella. Le texte fournit des données astronomiques précises, telles que la déclinaison de Capella et du Soleil, ainsi que les ascensions droites des étoiles. Il calcule également les heures de lever et de passage au méridien des étoiles et du Soleil pour déterminer la latitude du pilote. Les calculs montrent que la latitude du pilote peut varier entre 38 degrés 49 minutes et 70 degrés 50 minutes. Le problème est jugé mal formulé car les conditions données ne permettent pas une solution unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1842-1850
ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
Début :
LES grandes occupat[i]ons de M. Pallu, Intendant de Lyon, ne lui ayant pas permis de donner, / Mémoire, contenant la Description de plusieurs Machines de Guerre. Les [...]
Mots clefs :
Lyon, Degrés, Calcul, Observation, Éclipse de lune, Provence, Nombres, Soleil, Machine, Arithmétique, Arts libéraux, Cadrans solaires, Phtisie, Observations météorologiques, Architecture
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texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
ASSEMBLE' E publique de la même
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Fermer
8
p. 123-130
« LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
Début :
LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...]
Mots clefs :
Eau de la mer, Observation, Méthode, Sel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
LETTRE de M. Jourdan de Pelerin ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Médecin , Chymifte , privilegié du Roi ,
à l'occafion d'une critique inferée dans le
Journal économique contre fa méthode
de conferver l'eau douce qu'on embarque
fur les vaiffeaux , & de la préferver de
toute corruption , à M. H ...
Cette lettre , qui contient foixante pages
, fe trouve chez Jorry , quai des Âuguftins
, près le pont Saint Michel , aux
Cycognes. 1755. L'auteur y obferve , 1 ° .
qu'on cherche dans le Journal économique
à critiquer les termes dont il s'eft fervi
, plutôt qu'à détruire le fond de fes découvertes.
2 °. Qu'on y préfere la métho
de de M. Appleby fur la maniere de deffaler
l'eau de la mer , méthode fans ſuccès ,
& même impraticable. 3 ° . Que le Jour
naliſte ne connoît ni les effets du mercure
ni la chymie.
Dans fa premiere obfervation , M. Jour
dan fe borne à dire qu'il a toujours eu pour
maxime , que quand il s'agit de fcience ,
l'expreffion recherchée doit le céder à la chofe
, & quoiqu'il foit en état de prouver
qu'il s'eft fervi de termes les plus propres &
les plus ufués , ce point lui paroît trop frivole
pour y répliquer.
La feconde obfervation eft celle , que
l'Auteur approfondit le plus , & celle
auffi fur laquelle nous nous étendrons
SEPTEMBR E. 1755. 129
davantage. M. Appleby dit dans fa métho
de , que pour deffaler l'eau de la mer , il
faut prendre fix onces de pierre à cautere
, & fix onces d'os calcinés , les jetter
fur vingt galons d'eau de la mer , & mettre
le tout enſemble dans un alambic pour
le faire diftiller . Pour nous faire mieux
fentir le danger de cette boiffon , M. Jourdan
nous apprend ce qui compofe la pierre
à cautere : Mettez , dit- il , dans une terrine
une partie de chaux vive , & deux
parties de cendre gravelée , verfez deffus
beaucoup d'eau chaude , laiffez infufer le
tout pendant cinq ou fix heures , faites- le
bouillir un peu , & enfuite filtrer avec du
papier gris , vous ferez évaporer l'eau ,
& il vous reftera un fel ; vous mettrez ce
fel dans un creufet , & vous le ferez fondre.
Lorfqu'il fera en huile , & que l'humidité
en fera évaporée , vous le verferez
dans un plat , vous le couperez pendant
qu'il eft chaud , & vous le mettrez
promptement dans une bouteille de
verre , que vous boucherez avec de la
cire & de la veffie , parce que ce fel ſe réfoud
facilement à l'air , & fe change en
liqueur ; tenez-le dans un lieu fec pour le
conferver , & foyez fûr d'avoir le plus
violent cauftique. Il produit les mêmes.
effets que ceux de la pierre infernale. La
Fuj
126 MERCURE DE FRANCE;
preuve , c'eft qu'on ne fçauroit faire filtrer
l'eau que l'on employe à fa compofition ,
fans qu'elle ne brûle le papier gris dont
on fe fert. Cette pierre corrofive fe joint
encore à une eau , qui de fa nature est fort
pefante , & chargée de beaucoup de fels ,
de foufres & de bitumes. Quelle étrange
boiffon pour ſe rafraîchir ! Avaler un cau
ftique dévorant , que les Médecins n'ofent
appliquer extérieurement qu'avec une circonfpection
fans égale ? Voilà pourtant ,
ajoute l'Auteur , la méthode qu'on a la
bonté de préférer à celle que je donne pour
préferver de toute corruption l'eau douce
qu'on embarque.
Comme fa troifiéme obfervation atta
que le Journaliſte, & devient perfonnelle ,
le filence fur cet article eft le feul parti
qui nous convient , & nous nous y renfermons.
'de
-
LETTRES au Prince Royal de Sue-
, par M. le Comte de Teffin , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur de ce jeune Prince ,
traduites du Suedois. Deux parties in- 12 .
A Paris , chez Jombert , rue Dauphine .
Prix s liv. relié .
Trois traductions françoifes qui viennent
de paroître en même tems de ces lettres ,
font une preuve de leur excellence ; maiş 1
SEPTEMBRE. 1755. 127
-
il s'en faut bien que ces traductions ayent
un égal mérite . Celle de Londres , en un
volume in-8° . eft très imparfaite. Celle
qu'on vient d'achever en Hollande , &
dont on trouve auffi quelques exemplaires
à Paris , eft une copie prefque fervile
de la premiere , à laquelle l'on n'a
fait qu'ajouter quelques fautes. La tradution
que nous annonçons , eft beaucoup
plus exacte , & mieux écrite.
Qu'on ne croie pas qu'un préjugé national
nous faffe donner la préférence à
ce qui s'eft fait chez nous , pour décrier
injuftement ce que les autres ont donné.
Il eft facile à tout lecteur de comparer ces
trois traductions , & de voir enfuite s'il y
a de la partialité dans le compte que nous
en rendon
Pour dire un mot fur le fond de cet
ouvrage , nous ne craignons pas d'avancer
qu'il eft un des plus utiles & des
mieux faits qui ayent paru fur cette ma
tiere. Les maximes les plus faines , les fentimens
les plus nobles , enfin le germe de
toutes les vertus s'y trouvent réunis . Heureux
le Prince qui les pofféderoit toutes
& plus heureux encore fes fujets ! leur félicité
feroit parfaite.
Les Souverains ne font cependant pas
les feuls qui puiffent profiter des lectures
Fiv
728 MERCURE DE FRANCE.
fréquentes & refléchies de cet ouvrage
il n'eft point de particulier qui ne puiffe
en retirer beaucoup de fruit pour l'éducation
de fes enfans. Les préceptes & l'inftruction
qu'il offre font à la portée de tout
le monde , & utiles à tous les états , à
quelques modifications près.
ON avertit le public que le petit livre ,
intitulé Abrégé de l'Histoire universelle pour
en faciliter l'intelligence & la mémoire aux
enfans , & qui fe vend à vil prix & en cachette
, n'eft qu'une copie , mot pour mot,
des Tables chronologiques d'époques élémentaires
principales d'Hiftoire univerfelle
, par M. Mahaux , Maître , affocié
du fieur Viard , demeurant rue de Seine ,
fauxbourg S. Victor , à l'Académie des
Enfans. Ouvrage annoncé d'une maniere
convenable à la bonne méthode qu'il offre
pour la premiere étude de l'hiftoire ,
pour en faire rappeller les dates à ceux
qui l'ont déja faite , au moyen de la difpofition
fimple & naturelle , qui comme
un plan doivent laiffer à la vue le tout
& les parties , pour qu'il foit poffible d'en
appercevoir les différences & les rapports ,
les diftances plus ou moins grandes , fans
être obligé de courir , ainfi que dans un
livre , d'une page à l'autre , & de fe fati-
&
1
1
SEPTEMBRE. 1755. 129:
guer la vûe , les mains , & la mémoire ;
ainfi c'eft cette difpofition plutôt que le
fond de l'ouvrage qui en fait tout le mérite
; & fi on la lui enleve pour n'offrir
fucceffivement qu'une compilation d'époques
, il n'y aura pas plus de méthode ni ,
de facilité de s'inftruire que dans des milliers
d'autres. C'eſt ce que n'a pas fenti le
téméraire . Editeur de cet abrégé.
Il a eu l'ignorance de tranfmettre dans
fa copie furtive jufqu'aux fautes d'impreffion
de fon original . On a déja annoncé
qu'il fe vend chez l'auteur, & chez Piſſot ,
quai de Conti ; & Lambert , rue & proche
la Comédie .
LETTRE au fujet de la place deſtinée à la
ftatue du Roi , & des agrandiffemens de
Paris.
On avertit par une note modefte que
cette Lettre eft moins l'écrit d'un Artifte
qui propoſe un plan pour modele , que
l'ouvrage & le voeu d'un citoyen dont le
zéle a donné l'effor à fon imagination .
Nous croyons pouvoir ajouter qu'elle eft
en même tems la production d'un homme,
d'efprit qui penfe fortement , & qui s'exprime
de même. On la trouve chez Hérif
fant , rue S. Jacques , à S. Paul , & à Saint
Hilaire.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofée
des mémoires , actes ou journaux des plus
célébres Académies & Sociétés littéraires
étrangeres , des extraits des meilleurs ouvrages
périodiques , des traités particuliers,
& des piéces fugitives les plus rares concernant
l'hiftoire naturelle , & la botanique
, la phyfique expérimentale & la chy
mie , la médecine & l'anatomie traduits
en françois , & mis en ordre par une Société
de gens de Lettres . 3. vol. in - 4° . A
Dijon , chez F. Defventes , à l'image de la
Vierge , rue de Condé ; à Auxerre , chez
Fournier , Imprimeur-Libraire de la ville .
›
Cette collection intéreffante eft dédiée
AS. A. S. Mgr le Prince de Condé , & fe
vend à Paris , chez Villette , rue du Plâtre ;
Ganneau , rue Saint Severin ; & Guyllin , à
l'entrée du quai des Auguftins. Nous en
donnerons inceffamment un précis.
On trouve chez les mêmes Libraires les
deux volumes de Recueils des mémoires ,
ou collection françoife , extraits des mémoires
de l'Académie des Sciences de Paris
, qui ont été annoncés & mis en vente
en 1754.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Médecin , Chymifte , privilegié du Roi ,
à l'occafion d'une critique inferée dans le
Journal économique contre fa méthode
de conferver l'eau douce qu'on embarque
fur les vaiffeaux , & de la préferver de
toute corruption , à M. H ...
Cette lettre , qui contient foixante pages
, fe trouve chez Jorry , quai des Âuguftins
, près le pont Saint Michel , aux
Cycognes. 1755. L'auteur y obferve , 1 ° .
qu'on cherche dans le Journal économique
à critiquer les termes dont il s'eft fervi
, plutôt qu'à détruire le fond de fes découvertes.
2 °. Qu'on y préfere la métho
de de M. Appleby fur la maniere de deffaler
l'eau de la mer , méthode fans ſuccès ,
& même impraticable. 3 ° . Que le Jour
naliſte ne connoît ni les effets du mercure
ni la chymie.
Dans fa premiere obfervation , M. Jour
dan fe borne à dire qu'il a toujours eu pour
maxime , que quand il s'agit de fcience ,
l'expreffion recherchée doit le céder à la chofe
, & quoiqu'il foit en état de prouver
qu'il s'eft fervi de termes les plus propres &
les plus ufués , ce point lui paroît trop frivole
pour y répliquer.
La feconde obfervation eft celle , que
l'Auteur approfondit le plus , & celle
auffi fur laquelle nous nous étendrons
SEPTEMBR E. 1755. 129
davantage. M. Appleby dit dans fa métho
de , que pour deffaler l'eau de la mer , il
faut prendre fix onces de pierre à cautere
, & fix onces d'os calcinés , les jetter
fur vingt galons d'eau de la mer , & mettre
le tout enſemble dans un alambic pour
le faire diftiller . Pour nous faire mieux
fentir le danger de cette boiffon , M. Jourdan
nous apprend ce qui compofe la pierre
à cautere : Mettez , dit- il , dans une terrine
une partie de chaux vive , & deux
parties de cendre gravelée , verfez deffus
beaucoup d'eau chaude , laiffez infufer le
tout pendant cinq ou fix heures , faites- le
bouillir un peu , & enfuite filtrer avec du
papier gris , vous ferez évaporer l'eau ,
& il vous reftera un fel ; vous mettrez ce
fel dans un creufet , & vous le ferez fondre.
Lorfqu'il fera en huile , & que l'humidité
en fera évaporée , vous le verferez
dans un plat , vous le couperez pendant
qu'il eft chaud , & vous le mettrez
promptement dans une bouteille de
verre , que vous boucherez avec de la
cire & de la veffie , parce que ce fel ſe réfoud
facilement à l'air , & fe change en
liqueur ; tenez-le dans un lieu fec pour le
conferver , & foyez fûr d'avoir le plus
violent cauftique. Il produit les mêmes.
effets que ceux de la pierre infernale. La
Fuj
126 MERCURE DE FRANCE;
preuve , c'eft qu'on ne fçauroit faire filtrer
l'eau que l'on employe à fa compofition ,
fans qu'elle ne brûle le papier gris dont
on fe fert. Cette pierre corrofive fe joint
encore à une eau , qui de fa nature est fort
pefante , & chargée de beaucoup de fels ,
de foufres & de bitumes. Quelle étrange
boiffon pour ſe rafraîchir ! Avaler un cau
ftique dévorant , que les Médecins n'ofent
appliquer extérieurement qu'avec une circonfpection
fans égale ? Voilà pourtant ,
ajoute l'Auteur , la méthode qu'on a la
bonté de préférer à celle que je donne pour
préferver de toute corruption l'eau douce
qu'on embarque.
Comme fa troifiéme obfervation atta
que le Journaliſte, & devient perfonnelle ,
le filence fur cet article eft le feul parti
qui nous convient , & nous nous y renfermons.
'de
-
LETTRES au Prince Royal de Sue-
, par M. le Comte de Teffin , Miniſtre
d'Etat , & Gouverneur de ce jeune Prince ,
traduites du Suedois. Deux parties in- 12 .
A Paris , chez Jombert , rue Dauphine .
Prix s liv. relié .
Trois traductions françoifes qui viennent
de paroître en même tems de ces lettres ,
font une preuve de leur excellence ; maiş 1
SEPTEMBRE. 1755. 127
-
il s'en faut bien que ces traductions ayent
un égal mérite . Celle de Londres , en un
volume in-8° . eft très imparfaite. Celle
qu'on vient d'achever en Hollande , &
dont on trouve auffi quelques exemplaires
à Paris , eft une copie prefque fervile
de la premiere , à laquelle l'on n'a
fait qu'ajouter quelques fautes. La tradution
que nous annonçons , eft beaucoup
plus exacte , & mieux écrite.
Qu'on ne croie pas qu'un préjugé national
nous faffe donner la préférence à
ce qui s'eft fait chez nous , pour décrier
injuftement ce que les autres ont donné.
Il eft facile à tout lecteur de comparer ces
trois traductions , & de voir enfuite s'il y
a de la partialité dans le compte que nous
en rendon
Pour dire un mot fur le fond de cet
ouvrage , nous ne craignons pas d'avancer
qu'il eft un des plus utiles & des
mieux faits qui ayent paru fur cette ma
tiere. Les maximes les plus faines , les fentimens
les plus nobles , enfin le germe de
toutes les vertus s'y trouvent réunis . Heureux
le Prince qui les pofféderoit toutes
& plus heureux encore fes fujets ! leur félicité
feroit parfaite.
Les Souverains ne font cependant pas
les feuls qui puiffent profiter des lectures
Fiv
728 MERCURE DE FRANCE.
fréquentes & refléchies de cet ouvrage
il n'eft point de particulier qui ne puiffe
en retirer beaucoup de fruit pour l'éducation
de fes enfans. Les préceptes & l'inftruction
qu'il offre font à la portée de tout
le monde , & utiles à tous les états , à
quelques modifications près.
ON avertit le public que le petit livre ,
intitulé Abrégé de l'Histoire universelle pour
en faciliter l'intelligence & la mémoire aux
enfans , & qui fe vend à vil prix & en cachette
, n'eft qu'une copie , mot pour mot,
des Tables chronologiques d'époques élémentaires
principales d'Hiftoire univerfelle
, par M. Mahaux , Maître , affocié
du fieur Viard , demeurant rue de Seine ,
fauxbourg S. Victor , à l'Académie des
Enfans. Ouvrage annoncé d'une maniere
convenable à la bonne méthode qu'il offre
pour la premiere étude de l'hiftoire ,
pour en faire rappeller les dates à ceux
qui l'ont déja faite , au moyen de la difpofition
fimple & naturelle , qui comme
un plan doivent laiffer à la vue le tout
& les parties , pour qu'il foit poffible d'en
appercevoir les différences & les rapports ,
les diftances plus ou moins grandes , fans
être obligé de courir , ainfi que dans un
livre , d'une page à l'autre , & de fe fati-
&
1
1
SEPTEMBRE. 1755. 129:
guer la vûe , les mains , & la mémoire ;
ainfi c'eft cette difpofition plutôt que le
fond de l'ouvrage qui en fait tout le mérite
; & fi on la lui enleve pour n'offrir
fucceffivement qu'une compilation d'époques
, il n'y aura pas plus de méthode ni ,
de facilité de s'inftruire que dans des milliers
d'autres. C'eſt ce que n'a pas fenti le
téméraire . Editeur de cet abrégé.
Il a eu l'ignorance de tranfmettre dans
fa copie furtive jufqu'aux fautes d'impreffion
de fon original . On a déja annoncé
qu'il fe vend chez l'auteur, & chez Piſſot ,
quai de Conti ; & Lambert , rue & proche
la Comédie .
LETTRE au fujet de la place deſtinée à la
ftatue du Roi , & des agrandiffemens de
Paris.
On avertit par une note modefte que
cette Lettre eft moins l'écrit d'un Artifte
qui propoſe un plan pour modele , que
l'ouvrage & le voeu d'un citoyen dont le
zéle a donné l'effor à fon imagination .
Nous croyons pouvoir ajouter qu'elle eft
en même tems la production d'un homme,
d'efprit qui penfe fortement , & qui s'exprime
de même. On la trouve chez Hérif
fant , rue S. Jacques , à S. Paul , & à Saint
Hilaire.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofée
des mémoires , actes ou journaux des plus
célébres Académies & Sociétés littéraires
étrangeres , des extraits des meilleurs ouvrages
périodiques , des traités particuliers,
& des piéces fugitives les plus rares concernant
l'hiftoire naturelle , & la botanique
, la phyfique expérimentale & la chy
mie , la médecine & l'anatomie traduits
en françois , & mis en ordre par une Société
de gens de Lettres . 3. vol. in - 4° . A
Dijon , chez F. Defventes , à l'image de la
Vierge , rue de Condé ; à Auxerre , chez
Fournier , Imprimeur-Libraire de la ville .
›
Cette collection intéreffante eft dédiée
AS. A. S. Mgr le Prince de Condé , & fe
vend à Paris , chez Villette , rue du Plâtre ;
Ganneau , rue Saint Severin ; & Guyllin , à
l'entrée du quai des Auguftins. Nous en
donnerons inceffamment un précis.
On trouve chez les mêmes Libraires les
deux volumes de Recueils des mémoires ,
ou collection françoife , extraits des mémoires
de l'Académie des Sciences de Paris
, qui ont été annoncés & mis en vente
en 1754.
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Résumé : « LETTRE de M. Jourdan de Pelerin, Médecin, Chymiste, privilegié du Roi, [...] »
M. Jourdan de Pelerin, médecin et chimiste privilégié du Roi, répond à une critique publiée dans le Journal économique concernant sa méthode de conservation de l'eau douce à bord des vaisseaux. Sa lettre, disponible chez Jorry, quai des Augustins, compte soixante pages et aborde plusieurs points critiques. M. Jourdan souligne que la critique se concentre sur les termes utilisés plutôt que sur le fond de ses découvertes. Il affirme que la clarté scientifique prime sur l'expression recherchée et se dit prêt à prouver l'exactitude de ses termes, bien qu'il considère ce point comme frivole. Il critique également la méthode de M. Appleby pour dessaler l'eau de mer, la jugeant inefficace et impraticable. Il décrit en détail la composition de la pierre à cautère utilisée par M. Appleby, soulignant son caractère corrosif et dangereux. Il compare cette méthode à l'ingestion d'un caustique dévorant, soulignant son impraticabilité pour la conservation de l'eau douce. M. Jourdan accuse le journaliste de ne pas connaître les effets du mercure ni la chimie, mais choisit de ne pas approfondir cette critique personnelle. Le texte mentionne également plusieurs publications, dont les lettres au Prince Royal de Suède traduites par le Comte de Teffin, disponibles chez Jombert, rue Dauphine. Trois traductions françaises de ces lettres existent, mais celle annoncée est jugée la plus exacte et bien écrite. Le texte loue l'utilité et la qualité de cet ouvrage, adapté tant aux souverains qu'aux particuliers pour l'éducation des enfants. Enfin, le texte avertit le public contre un abrégé de l'histoire universelle, vendu à bas prix et en cachette, qui est une copie des Tables chronologiques de M. Mahaux. Il critique cet abrégé pour son manque de méthode et de facilité d'instruction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 187-191
Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Début :
Si tout écrivain est obligé de prendre la vérité pour guide, nul ne contracte [...]
Mots clefs :
Vérité, Médecin, Observation, Observateur, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Réflexions fur la fixiéme obfervation que le
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
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Résumé : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Le texte est une réfutation d'une observation médicale publiée par le médecin Darluc dans le Mercure de Juin. L'auteur, un chirurgien de Graffe, critique la cinquième observation de Darluc, qui concerne le traitement d'une fille mordue par un chien. L'auteur affirme avoir été témoin des faits et conteste la version de Darluc, qu'il juge inexacte et malveillante. Il décrit son propre traitement de la morsure, qui était légère et n'affectait que la peau. Il a utilisé des scarifications, une ligature, des lavages avec une eau thériacale, et des applications de thériaque et d'huile de scorpion, ainsi que des antidotes appropriés. Darluc, appelé plus tard, a utilisé des remèdes insuffisants et n'a pas suivi les précautions nécessaires. L'auteur souligne que le chien n'était probablement pas enragé, car il avait mordu d'autres personnes sans les rendre malades. Il conclut en affirmant que la justice et la vérité l'ont poussé à clarifier les faits, sans intention de nuire à la réputation de Darluc, mais pour encourager une observation plus exacte et équitable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 101-121
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
Début :
Cet Essai dont on voit les germes dans l'article Elémens de l'Encyclopédie, est le [...]
Mots clefs :
Jean Le Rond d'Alembert, Philosophie, Éléments de philosophie, Morale, Lois, Nature, Physique, Objets, Principes, Observation, Objet, Vérités, Science, Ouvrages, Esprit, Idées, Géométrie, Anciens, Hommes, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE.
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
L'essai 'Élémens de Philosophie' de D'Alembert est une œuvre majeure des 'Mélanges de Littérature'. Il explore les principes des connaissances humaines, classés en trois types : de fait, de sentiment et de discussion, cette dernière étant spécifique à la philosophie. D'Alembert identifie des révolutions intellectuelles tous les 300 ans, illustrées par des événements comme la prise de Constantinople, la Réforme et les contributions de Descartes. L'ouvrage commence par la logique, définie comme l'art de déterminer le sens des termes et leurs rapports. Il aborde ensuite la métaphysique et la morale, subdivisée en morale de l'homme et morale des législateurs. D'Alembert discute de la moralité, de l'éducation et des sciences, soulignant la responsabilité des citoyens envers leur patrie. Il traite de l'éducation scientifique, débutant par la grammaire et les mathématiques, notamment l'algèbre et la géométrie, qu'il défend contre ses détracteurs. L'astronomie est présentée comme la science la plus certaine en physique, liée à la mécanique. D'Alembert valorise les progrès modernes en astronomie physique et préfère le système de la gravitation de Newton. Il reconnaît les contributions des Anciens mais note que les avancées significatives en physique proviennent des générations ultérieures. Le texte examine les contributions de Roger Bacon et René Descartes à la physique expérimentale, tout en critiquant leur penchant pour la spéculation théorique. D'Alembert propose une méthode pour la physique expérimentale basée sur des faits incontestables et la modération dans l'usage des hypothèses mathématiques. Il insiste sur l'importance de la géométrie au service de la physique et met en garde contre l'excès d'hypothèses. Il valorise l'esprit de conjecture et d'analogie, tout en prônant la sagesse, la circonspection, la patience et le courage dans la recherche scientifique. Le style de l'ouvrage est décrit comme noble, ferme, concis et adapté aux matières philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 201-210
MORTS.
Début :
Jacques-Claude-Marie-Vincent, Seigneur de Gournay, Conseiller honoraire au Grand Conseil, [...]
Mots clefs :
Seigneur de Gournay, Décès, Vertueux, Qualités, Voyageur, Commerce, Marine, Mémoires, Observation, Étude, Écrits, Éloquence, Principes de commerce, Royaume de France, Réformes, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
M ORTS.
ACQUES-Claude-Marie - Vincent , Seigneur
de Gournay , Confeiller honoraire au Grand'
Confeil İntendant honoraire du Commerce
mourut à Paris le 27 Juin , âgé de 47 ans.
?L'Hiftoire qui
fe
glorifie
de
célébrer
les
Hom-
mes
illuftres
,
néglige trop les
hommes
vertueux
:
La
V
202
MERCURE
DE FRANCE
elle
prodigue fouvent
aux
qualités éclatantes
l'en
cens qui
eft
dû aux
qualités
utiles
;
&
l'humanité
gémit
de
voir
des
trophées
élevés
à
la
mémoire
de
je
ne
fçai
quels
Héros
qui
lui
ont
été
au
moins-
inutiles
,
tandis
qu'on
foule
avec
une
dédaigneuſe
ingratitude
la
cendre
des
bons
Citoyens
.
De
ce
nombre
fut
M.
Vincent de
Gournai
.
Il étoit
né
à
S.
Malo
,
au
mois
de
Mai
1712
,
de Claude
Vincent
,
l'un des plus
confidérables
Négocians de
cette
Ville
&
Secrétaire
du Roi
.
Le
jeune Vincent
def
→
tiné
au
Commerce
,
fut
envoyé à Cadix
dès
l'âge
de
dix
-
fept
ans
.
L'étude
,
les
travaux
de fon
état
firent
dès
lors
tous
les
plaifirs
.
L'activité
de
fon
efprit
le
dirigea vers
le
commerce
.
Tout occupé de fon objet il parcourut l'Efpagne
en obfervateur Philofophe. De retour en France
en 1744 ilfutconnu de M. le Comte de Maurepas,
alors Miniftre de la Marine , qui fentit tout ce
qu'il valoit. Pour étendre les lumières qu'il avoit
recueillies en Espagne , il employa quelques an
nées à voyager en Hollande , en Allemagne , en
Angleterre. Partout il recueilloit des Obferva
tions , des Mémoires fur l'état du Commerce &
de la Marine. Ce n'étoit point un Négociant ,
c'étoit un homme d'Etat qui étudioit le génie
les facultés , les befoins , les relations des diffé
rens peuples de l'Europe.
Comparer
entr'elles les
productions
de
la
Na-
ture
&
des
Arts
dans
les
différens
climats
,
leur
valeur
refpective
,
les frais
d'exportation
&
les
moyens
d'échange
;
embraffer
dans toute
fon
étendue
&
fuivre
dans
fes
révolutions
l'état
desproductions
naturelles
, celui
de
l'induftrie
,
de
la population
,
des
richeffes
,
des finances
,
desbefoins
&
des
caprices
mêmes
de
la
mode
chez
toutes
les
Nations que
le
commerce
réunit ,
pourappuyer
fur la
connoiffance approfondie de tous
AOUST
.
1759.
203
ces détails des fpéculations lucratives ; c'est étu-
dier le commerce en Négociant. Mais découvrir
les cauſes & les effets cachés de cette multitude
de révolutions ; remonter aux refforts fimples
dont l'action toujours combinée , & quelquefois
déguilée par des circonftances locales , dirige tou
tes les opérations du commerce ; s'élever juſqu'à
ces loix uniques & primitives fondées ſur la na-
ture même , par lesquelles toutes les valeurs
exiſtantes dans le commerce fe balancent entre
elles & ſe fixent à une valeur déterminée , faifir
ces rapports compliqués par lefquels le com-
merce s'enchaîne avec toutes les branches de l'c-
conomie politique ; appercevoir la dépendance
réciproque du commerce & de l'agriculture , l'in-
fluence de l'un & de l'autre fur les ticheſſes , fur
la population & fur la force des Etats , fa liaifon
intime avec les loix , les mœurs & toutes les opé-
rations du Gouvernement , furtout avec la dif-
penfation des finances , les fecours qu'il reçoit de
la Marine Militaire & ceux qu'il leur rend , le
changement qu'il produit dans les intérêts ref-
pectifs des Etats , & le poids qu'il met dans la
balance politique ; enfin démêler dans les hazards
des événemens & dans les principes d'adminiſ-
ration adoptés par les différentes Nations de-
l'Europe , les véritables cauſes de leur progrès &
de leur décadence dans le commerce : c'eſt envi-
fager le commerce en Philoſophe & en homme
d'Etat.
Si la fituation où fe trouvoit M. Vincent lę
déterminoit à s'occuper de la ſcience du com-
merce fous le premier de ces deux points de
vue , l'étendue & la pénétration de fon efprit ne
lui permettoient pas de s'y borner. Aux lumières
de l'expérience & de la réflexion il joignit celles.
de la lecture. Les Traités du célébre Jofas Child
I vi
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'il a depuis traduits en François , & les Me
moires du grand Penfionnaire Jean de Wit,
faifoient fon étude affidue. On fçait que ces deux
grands hommes font regardés ,, l'un en Angle
terre , l'autre en Hollande , comme les légifla-
teurs du commerce ; que leurs principes font
devenus des principes nationaux , & que l'ob-
fervation de ces principes eft regardée comme
une des fources de la prodigieufe ſupériorité que
Ces deux Nations ont acquile dans le commerce.
M. Vincent plein de ces fpéculations s'occupoit'
à les vérifier dans la pratique d'un commerce
étendu , fans prévoir qu'il étoit deftiné à en ré-
pandre un jour la lumière en France , & à mê-
riter de fa Patrie le même tribut de reconnoif
fance que l'Angleterre & la Hollande rendent à
la mémoire de ces deux bienfaicteurs de leur
nation & de l'humanité. Mais comme fés talens
& fa probité lui avoient concilié l'eftime de tous
les Négocians de l'Europe , ils lui acquirent bien-
tôt la confiance du Gouvernement. M Jamets de
Villebare fon affocié & fon ami, mourut en 1746,
& le fit fon légataire univerfel : alors M. Vincent
quitta le commerce , & prit le nom de la terre
de Gournai qui faifoit partie de cette fucceffioni
M. de Maurepas lui confeilla de tourner les vues
du côté d'une place d'Intendant du Commerce!
M. de Machault à qui le mérite de M. de Gournai
étoit aufli très - connu , lui fit donner celle qui
vacqua en 1751 par la mort de M. le Tourneur.
Ce fut dès- lors que fa vie devint celle d'un hom-
me public. Son entrée au Bureau du Commerce
parut être l'époque d'une révolution. Il ne put
voir fans étonnement les entraves qu'on avoit
données au commerce & à l'induftrie ; par exem-
ple , que le travail d'un Ouvrier fût exposé à des
rifques & à des frais dont l'homine oifi éroir
AOUST
.
1759
.
205
exempt qu'une
piéce
d'étoffe
fabriquée
fit
un
procès
entre
un
Fabriquant
qui
ne
fçait
pas
lire
&
un
Infpecteur
qui
ne
fçait
pas fabriquer
;
que
l'Infpecteur
fût
cependant
l'arbitre
fouverain
de
la
fortune
du
Fabriquant
.
Ces Statuts qui déterminent jufqu'au nombre
des fils d'une étoffe , qui interdifent aux femmes
le travail de la fabrication , &c ; ces Statues
dont la rigueur ne tend qu'à décourager l'in-
duſtrie , & à lier les mains à des malheureux
qui ne demandent qu'à travailler , lui parurent
auffi oppofés aux principes de la juſtice & de
T'humanité qu'à ceux de l'adminiſtration œco-
nomique.
Il n'étoit pas moins étonné de voir le Gou-
vernement s'occuper à régler le cours de chaque
denrée , interdire un genre d'induſtrie pour en
faire fleurir un autre , affujettir à des gênes par-
ticulières la vente des provifions les plus nécef
faires à la vie , défendre de faire des magasins
d'une denrée dont la récolte varie tous les ans ,
& dont la confommation eft toujours à- peu-près
égale , défendre la fortie d'une denrée fujette à
tomber dans l'aviliffement , & croire s'affurer
Pabondance du bled en rendant la condition du
laboureur plus incertaine & plus malheureuſe
que celle de tous les autres citoyens.
M.
de Gournai ne
prévoyoit pas qu'on
le
pren-
droit
pour un
homme
à ſyſtême
,
lorſqu'il
ne
feroit
que
développer
les
principes
que
l'expé-
rience lui avoit enfeignés
,
&
qu'il
ne
regardoit
que
comme
les
maximes
les
plus fimples
du
fens
commun
:
ils
fe réduifoient tous à celui-
ci
,
Que
dans
le
commerce abandonné
à
lui
-
même
,
il
n'eft
pas
poflible
que
l'intérêt particulier
ne con-
coure pas avec
l'intéret
général
,
&
que
le
Gou-
vernement ne
doit s'en
mêler que pour
lui
ac-
206
MERCURE
DE
FRANCE
.
corder au befoin fa protection & fes fecours. Tel
eft le fyftême qu'il a développé dans les écrits,
& qu'il a foutenu avec la fermeté la plus coura
geufe jufqu'à la fin de fa vie ; mais ce fyftême
tout inconteftable qu'il eft , au moins à l'égard
des productions intérieures & de l'induftrie qui
les met en valeur , n'a jamais été fans contra-
diction.
Le haut intérêt de l'argent , la multiplicité des
taxes & des droits impolés fur le commerce , lyi
fembloient des obftacles pernicieux à fes pro-
grès ; & de ces idées lumineuſes développées par
les circonstances , il s'étoit fait un plan d'admi
niſtration politique dont il ne s'écarta jamais.
Son éloquence fimple , & animée de cette
chaleur intéreſſante que donne aux difcours d'un
homme vertueux la perfuafion intime qu'il foy
tient la caufe du bien public , n'ôtoit jamais rien
à la folidité de la difcuffion ; quelquefois elle
étoit affaifonnée par une plaifanterie fans amer
tume , & d'autant plus agréable qu'elle étoit
toujours une raiſon. Auffi incapable de prendre
un ton dominant que de parler contre la pensée,
la manière dont il propoſoit ſon ſentiment n'é-
toit impérieufe que par la force des preuves. S:
quelquefois il étoit contredit , il écoutoit avec
patience , répondoit avec politeffe , & difcutoit
avec le fang froid & la candeur d'un homme
qui ne cherche que le vrai. Si quelquefois il
changeoit d'avis , fa première opinion ne fem-
bloit jamais retarder ni affoiblir l'imprellion fubire
que la vérité offerte fait naturellement fur un
efprit jufte.
C'eft à la chaleur avec laquelle il cherchoit
à tourner du côté du commerce & de l'œcono-
mie politique tous les talens qui l'approchoient
c'eft-lurtout à la facilité avec laquelle il con
AOUST
.
1759
.
107
muniquoit toutes les lumières qu'il avoit acquifes,
qu'on doit attribuer cette heureufe fermentation
qui s'eft excitée depuis quelques années fur ces
objets importans , & qui nous a déja procuré
plufieurs Ouvrages remplis de recherches labo-
rieufes & de vmes profondes.
Quelque peine qu'on eût à adopter fes principes
dans toute leur étendue , fes lumières , fon expé
rience , l'eftime générale de tous les Négocians,
pour perfonne , la pureté de fes vues au- deſſus
de tout foupçon , lui attiroient néceſſairement la
confiance du Ministère , & le refpect de ceux-
mêmes qui s'obftinoient à combattre fon opinion,
Son zéle lui infpira le deffein de vifiter le
Royaume , pour y voir par lui-même l'état du
commerce & des fabriques ; & depuis le mois de
Juillet jufqu'au mois de Décembre 1753 , il par
courut la Bourgogne , le Lyonnois , le Dauphiné,
la Provence , le haut & bas Languedoc. En 1755
il vifita la Rochelle , Bordeaux , Montauban , le
reſte de la Guienne jufqu'à Bayonne. En 1756 il
fuivit le cours de la Loire depuis Orléans juſqu'à
Nantes. Il vit auſſi le Maine & l'Anjou , ſuivit la
côte de Bretagne depuis Nantes jufqu'à S. Malo ,
& s'arrêta à Rennes pendant la tenue des Etats
de 1756. Par tout il trouva de nouveaux motifs
de fe confirmer dans ſes principes , & de nouvel-
les armes contre les préjugés qui lui réſiſtoient.
Les fruits des voyages de M. de Gournai furent
la réforme d'une infinité d'abus , une connoiſſance
de l'état des Provinces plus füre & plus capable
de diriger les opérations du Miniſtère , une ap¬
préciation plus exacte des plaintes & des de-
mandes , la facilité procurée au peuple & au
ſimple artiſan de faire entendre leurs voix fou-
vent étouffées par des hommes intéreſſés , de qui
ces malheureux dépendent ; enfin l'émulation
nouvelle que M. de Gournai fçavoit répandre par
268
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
fon
éloquence
perfuafive
,
par
la
netteté
avec
laquelle
il
rendoit
fes
idées
,
&
par
l'heureuſe
influence
de
fon
zéle
patriotique
.
C'eſt à fon féjour à Rennes en 1756 qu'on doit en
partie l'existence de la Société établie en Bretagne
de l'autorité des Etats , & fous les aufpices de M.
le Duc d'Eguillon , pour la perfection de l'agri-
culture , du commerce & de l'induftrie ; Société
qui eft la première de ce genre dans le Royaume ,
& qui mérite bien de fervir de modèle. Mais un
talent fans lequel fon zéle eût été infructueux ,
étoit celui de ménager l'orgueil & les prétentions
des autres , d'écarter tous les ombrages de la
rivalité & tous les dégoûts d'une inftruction hu-
miliante. Il lui eft arrivé fouvent de faire hon-
neur à des hommes en place des vues qu'il leur
avoit communiquées. Il lui étoit égal que le bien
qui s'opéroit vint de lui ou d'un autre.
(
Il
a
eu
le
même
défintéreffement
pour
les
Manufcrits qui font
reftés
de
lui
,
&
l'on
y
voir
fon
indifférence
pour
toute réputation
littéraire
;
mais
ils
n'en font pas
moins
précieux
,
même
à
ne
les
regarder
que
du
côté
de
la
compofition
.
Une
éloquence
naturelle
,
une
précifion lami-
neufe dans
l'expofition
des principes
,
un
art
fin-
gulier
de
les
préfenter fous toutes
les faces
&
de
fes
rendre
fenfibles
par
des
applications
juftes
,
&
fouvent piquantes par
leur
jufteffe
même
,
une
politeffe
toujours égale
,
&
une
logique
pleine
de
fagacité
,
enfin
un
ton
de
patriotilme
&
d'he-
manité
qu'il
ne
cherchoit point à prendre
&
qu'il
n'en avoit
que mieux
,
caractérifoient
fes
écrits
comme
la
converſation
.
Prellant jufqu'a l'importunité
lorfqu'il
s'agif-
foit
du
bien public
,
aucun de nos Colons
n'a
loi-
licité
avec autant de
zéle
que
lui la liberté
du
com-
merce
des vailleaux neutres dans nos
Colonies
pendant la guerre
:
fes follicitations étoient d'au
AOUST
.
1759
.
༣༠༡
་
tant plus vives qu'il ne demandoit rien pour lui.
Il est mort fans aucun bienfait de la Cour. Les
pertes qu'il effuya fur les fonds qu'il avoit laillés
en Elpagne ayant dérangé fa fortune , il fe dé-
termina en 1758 à quitter fa charge d'Inten-
dant du Commerce. Des perfonnes en place lui
propoferent de folliciter pour lui les graces du
Roi ; il répondit qu'il avoit toujours regardé de
pareilles graces comme étant d'une conféquence
dangerenfe , furtout dans les circonstances où
l'Etat fe trouvoit , & qu'il ne vouloit pas qu'on
eût à lui reprocher de s'être prêté à des excep-
tions en fa faveur. Il ajouta qu'il ne fe croiroit
pas difpenfé par fa retraite de s'occuper d'objets
utiles , & il demanda de conferver la féance au
Bureau du Commerce avec le titre d'honoraire
qui lui fut accordé.
M. de Silhouette qui avoit pour M. de Gournal
un eftime qui fait l'éloge de l'un & de l'autre ,
ne fut pas plutôt Contrôleur Général , qu'il ré-
folut d'arracher à la retraite un homme dont les
talens & le zéle étoient fi propres à feconder
fes vues mais M. de Gournai étoit déja attaqué
de la maladie dont il eft mort.
Le nom d'homme à fyftéme eft devenu une
efpéce d'arme pour les perfonnes prévenues ou
intéreffées à maintenir quelqu'abus , & l'on n'a
pas manqué de donner ce nom à M. de Gournai ;
mais fi fes principes font jamais pour la France
comme ils l'ont été pour la Hollande & l'An-
gleterre une fource d'abondance & de profpérité ,
nos defcendans fçauront que la reconnoiffance
lui en eft due. Quoiqu'il en foit , une gloire bien
perfonnelle à M. de Gournai eft celle d'une vertu
à toute épreuve l'ombre même du ſoupçon n'en
a jamais terni l'éclat. Appuyée fur un fentiment
profond de juftice & de bienfaifance , elle a fait
de lui un homme doux , modefte , indulgent
210
MERCURE
DE
FRANCE
.
dans
la fociété
;
irréprochable
&
même
auftere
dans
fa
conduite
&
dans
fes
moeurs
;
mais
auf-
tere
pour
lui
feul
,
égal
&
fans
humeur
à
l'égard
des
autres
.
Dans
la vie
privée
,
attentif
à
rendre
heureux
tout
ce
qui
l'environnoit
;
dans
la vie
pu
blique
,
uniquement
occupé
des
profpérités
&
de
la
gloire
de
fa
Patrie
&
du
bonheur de
l'humanité
.
Ce
fentiment
étoit
un
des motifs
qui
l'attachoient
le
plus
fortement à
ce qu'on
appelloit
fon
fyftême
;
&
ce
qu'il
reprochoit
le
plus
vivement
aux
prin
cipes
qu'il
attaquoit
,
étoit
de
favoriler
toujours
la partie
riche
&
oifive
de
la
Société
,
au
préjudice
de
la
partie
pauvre
&
laborieufe
.
Juflitia cultor, rigidi fervator honefti ,
In commune bonus. LUCAN . PHARS. Lib. I.
ACQUES-Claude-Marie - Vincent , Seigneur
de Gournay , Confeiller honoraire au Grand'
Confeil İntendant honoraire du Commerce
mourut à Paris le 27 Juin , âgé de 47 ans.
?L'Hiftoire qui
fe
glorifie
de
célébrer
les
Hom-
mes
illuftres
,
néglige trop les
hommes
vertueux
:
La
V
202
MERCURE
DE FRANCE
elle
prodigue fouvent
aux
qualités éclatantes
l'en
cens qui
eft
dû aux
qualités
utiles
;
&
l'humanité
gémit
de
voir
des
trophées
élevés
à
la
mémoire
de
je
ne
fçai
quels
Héros
qui
lui
ont
été
au
moins-
inutiles
,
tandis
qu'on
foule
avec
une
dédaigneuſe
ingratitude
la
cendre
des
bons
Citoyens
.
De
ce
nombre
fut
M.
Vincent de
Gournai
.
Il étoit
né
à
S.
Malo
,
au
mois
de
Mai
1712
,
de Claude
Vincent
,
l'un des plus
confidérables
Négocians de
cette
Ville
&
Secrétaire
du Roi
.
Le
jeune Vincent
def
→
tiné
au
Commerce
,
fut
envoyé à Cadix
dès
l'âge
de
dix
-
fept
ans
.
L'étude
,
les
travaux
de fon
état
firent
dès
lors
tous
les
plaifirs
.
L'activité
de
fon
efprit
le
dirigea vers
le
commerce
.
Tout occupé de fon objet il parcourut l'Efpagne
en obfervateur Philofophe. De retour en France
en 1744 ilfutconnu de M. le Comte de Maurepas,
alors Miniftre de la Marine , qui fentit tout ce
qu'il valoit. Pour étendre les lumières qu'il avoit
recueillies en Espagne , il employa quelques an
nées à voyager en Hollande , en Allemagne , en
Angleterre. Partout il recueilloit des Obferva
tions , des Mémoires fur l'état du Commerce &
de la Marine. Ce n'étoit point un Négociant ,
c'étoit un homme d'Etat qui étudioit le génie
les facultés , les befoins , les relations des diffé
rens peuples de l'Europe.
Comparer
entr'elles les
productions
de
la
Na-
ture
&
des
Arts
dans
les
différens
climats
,
leur
valeur
refpective
,
les frais
d'exportation
&
les
moyens
d'échange
;
embraffer
dans toute
fon
étendue
&
fuivre
dans
fes
révolutions
l'état
desproductions
naturelles
, celui
de
l'induftrie
,
de
la population
,
des
richeffes
,
des finances
,
desbefoins
&
des
caprices
mêmes
de
la
mode
chez
toutes
les
Nations que
le
commerce
réunit ,
pourappuyer
fur la
connoiffance approfondie de tous
AOUST
.
1759.
203
ces détails des fpéculations lucratives ; c'est étu-
dier le commerce en Négociant. Mais découvrir
les cauſes & les effets cachés de cette multitude
de révolutions ; remonter aux refforts fimples
dont l'action toujours combinée , & quelquefois
déguilée par des circonftances locales , dirige tou
tes les opérations du commerce ; s'élever juſqu'à
ces loix uniques & primitives fondées ſur la na-
ture même , par lesquelles toutes les valeurs
exiſtantes dans le commerce fe balancent entre
elles & ſe fixent à une valeur déterminée , faifir
ces rapports compliqués par lefquels le com-
merce s'enchaîne avec toutes les branches de l'c-
conomie politique ; appercevoir la dépendance
réciproque du commerce & de l'agriculture , l'in-
fluence de l'un & de l'autre fur les ticheſſes , fur
la population & fur la force des Etats , fa liaifon
intime avec les loix , les mœurs & toutes les opé-
rations du Gouvernement , furtout avec la dif-
penfation des finances , les fecours qu'il reçoit de
la Marine Militaire & ceux qu'il leur rend , le
changement qu'il produit dans les intérêts ref-
pectifs des Etats , & le poids qu'il met dans la
balance politique ; enfin démêler dans les hazards
des événemens & dans les principes d'adminiſ-
ration adoptés par les différentes Nations de-
l'Europe , les véritables cauſes de leur progrès &
de leur décadence dans le commerce : c'eſt envi-
fager le commerce en Philoſophe & en homme
d'Etat.
Si la fituation où fe trouvoit M. Vincent lę
déterminoit à s'occuper de la ſcience du com-
merce fous le premier de ces deux points de
vue , l'étendue & la pénétration de fon efprit ne
lui permettoient pas de s'y borner. Aux lumières
de l'expérience & de la réflexion il joignit celles.
de la lecture. Les Traités du célébre Jofas Child
I vi
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'il a depuis traduits en François , & les Me
moires du grand Penfionnaire Jean de Wit,
faifoient fon étude affidue. On fçait que ces deux
grands hommes font regardés ,, l'un en Angle
terre , l'autre en Hollande , comme les légifla-
teurs du commerce ; que leurs principes font
devenus des principes nationaux , & que l'ob-
fervation de ces principes eft regardée comme
une des fources de la prodigieufe ſupériorité que
Ces deux Nations ont acquile dans le commerce.
M. Vincent plein de ces fpéculations s'occupoit'
à les vérifier dans la pratique d'un commerce
étendu , fans prévoir qu'il étoit deftiné à en ré-
pandre un jour la lumière en France , & à mê-
riter de fa Patrie le même tribut de reconnoif
fance que l'Angleterre & la Hollande rendent à
la mémoire de ces deux bienfaicteurs de leur
nation & de l'humanité. Mais comme fés talens
& fa probité lui avoient concilié l'eftime de tous
les Négocians de l'Europe , ils lui acquirent bien-
tôt la confiance du Gouvernement. M Jamets de
Villebare fon affocié & fon ami, mourut en 1746,
& le fit fon légataire univerfel : alors M. Vincent
quitta le commerce , & prit le nom de la terre
de Gournai qui faifoit partie de cette fucceffioni
M. de Maurepas lui confeilla de tourner les vues
du côté d'une place d'Intendant du Commerce!
M. de Machault à qui le mérite de M. de Gournai
étoit aufli très - connu , lui fit donner celle qui
vacqua en 1751 par la mort de M. le Tourneur.
Ce fut dès- lors que fa vie devint celle d'un hom-
me public. Son entrée au Bureau du Commerce
parut être l'époque d'une révolution. Il ne put
voir fans étonnement les entraves qu'on avoit
données au commerce & à l'induftrie ; par exem-
ple , que le travail d'un Ouvrier fût exposé à des
rifques & à des frais dont l'homine oifi éroir
AOUST
.
1759
.
205
exempt qu'une
piéce
d'étoffe
fabriquée
fit
un
procès
entre
un
Fabriquant
qui
ne
fçait
pas
lire
&
un
Infpecteur
qui
ne
fçait
pas fabriquer
;
que
l'Infpecteur
fût
cependant
l'arbitre
fouverain
de
la
fortune
du
Fabriquant
.
Ces Statuts qui déterminent jufqu'au nombre
des fils d'une étoffe , qui interdifent aux femmes
le travail de la fabrication , &c ; ces Statues
dont la rigueur ne tend qu'à décourager l'in-
duſtrie , & à lier les mains à des malheureux
qui ne demandent qu'à travailler , lui parurent
auffi oppofés aux principes de la juſtice & de
T'humanité qu'à ceux de l'adminiſtration œco-
nomique.
Il n'étoit pas moins étonné de voir le Gou-
vernement s'occuper à régler le cours de chaque
denrée , interdire un genre d'induſtrie pour en
faire fleurir un autre , affujettir à des gênes par-
ticulières la vente des provifions les plus nécef
faires à la vie , défendre de faire des magasins
d'une denrée dont la récolte varie tous les ans ,
& dont la confommation eft toujours à- peu-près
égale , défendre la fortie d'une denrée fujette à
tomber dans l'aviliffement , & croire s'affurer
Pabondance du bled en rendant la condition du
laboureur plus incertaine & plus malheureuſe
que celle de tous les autres citoyens.
M.
de Gournai ne
prévoyoit pas qu'on
le
pren-
droit
pour un
homme
à ſyſtême
,
lorſqu'il
ne
feroit
que
développer
les
principes
que
l'expé-
rience lui avoit enfeignés
,
&
qu'il
ne
regardoit
que
comme
les
maximes
les
plus fimples
du
fens
commun
:
ils
fe réduifoient tous à celui-
ci
,
Que
dans
le
commerce abandonné
à
lui
-
même
,
il
n'eft
pas
poflible
que
l'intérêt particulier
ne con-
coure pas avec
l'intéret
général
,
&
que
le
Gou-
vernement ne
doit s'en
mêler que pour
lui
ac-
206
MERCURE
DE
FRANCE
.
corder au befoin fa protection & fes fecours. Tel
eft le fyftême qu'il a développé dans les écrits,
& qu'il a foutenu avec la fermeté la plus coura
geufe jufqu'à la fin de fa vie ; mais ce fyftême
tout inconteftable qu'il eft , au moins à l'égard
des productions intérieures & de l'induftrie qui
les met en valeur , n'a jamais été fans contra-
diction.
Le haut intérêt de l'argent , la multiplicité des
taxes & des droits impolés fur le commerce , lyi
fembloient des obftacles pernicieux à fes pro-
grès ; & de ces idées lumineuſes développées par
les circonstances , il s'étoit fait un plan d'admi
niſtration politique dont il ne s'écarta jamais.
Son éloquence fimple , & animée de cette
chaleur intéreſſante que donne aux difcours d'un
homme vertueux la perfuafion intime qu'il foy
tient la caufe du bien public , n'ôtoit jamais rien
à la folidité de la difcuffion ; quelquefois elle
étoit affaifonnée par une plaifanterie fans amer
tume , & d'autant plus agréable qu'elle étoit
toujours une raiſon. Auffi incapable de prendre
un ton dominant que de parler contre la pensée,
la manière dont il propoſoit ſon ſentiment n'é-
toit impérieufe que par la force des preuves. S:
quelquefois il étoit contredit , il écoutoit avec
patience , répondoit avec politeffe , & difcutoit
avec le fang froid & la candeur d'un homme
qui ne cherche que le vrai. Si quelquefois il
changeoit d'avis , fa première opinion ne fem-
bloit jamais retarder ni affoiblir l'imprellion fubire
que la vérité offerte fait naturellement fur un
efprit jufte.
C'eft à la chaleur avec laquelle il cherchoit
à tourner du côté du commerce & de l'œcono-
mie politique tous les talens qui l'approchoient
c'eft-lurtout à la facilité avec laquelle il con
AOUST
.
1759
.
107
muniquoit toutes les lumières qu'il avoit acquifes,
qu'on doit attribuer cette heureufe fermentation
qui s'eft excitée depuis quelques années fur ces
objets importans , & qui nous a déja procuré
plufieurs Ouvrages remplis de recherches labo-
rieufes & de vmes profondes.
Quelque peine qu'on eût à adopter fes principes
dans toute leur étendue , fes lumières , fon expé
rience , l'eftime générale de tous les Négocians,
pour perfonne , la pureté de fes vues au- deſſus
de tout foupçon , lui attiroient néceſſairement la
confiance du Ministère , & le refpect de ceux-
mêmes qui s'obftinoient à combattre fon opinion,
Son zéle lui infpira le deffein de vifiter le
Royaume , pour y voir par lui-même l'état du
commerce & des fabriques ; & depuis le mois de
Juillet jufqu'au mois de Décembre 1753 , il par
courut la Bourgogne , le Lyonnois , le Dauphiné,
la Provence , le haut & bas Languedoc. En 1755
il vifita la Rochelle , Bordeaux , Montauban , le
reſte de la Guienne jufqu'à Bayonne. En 1756 il
fuivit le cours de la Loire depuis Orléans juſqu'à
Nantes. Il vit auſſi le Maine & l'Anjou , ſuivit la
côte de Bretagne depuis Nantes jufqu'à S. Malo ,
& s'arrêta à Rennes pendant la tenue des Etats
de 1756. Par tout il trouva de nouveaux motifs
de fe confirmer dans ſes principes , & de nouvel-
les armes contre les préjugés qui lui réſiſtoient.
Les fruits des voyages de M. de Gournai furent
la réforme d'une infinité d'abus , une connoiſſance
de l'état des Provinces plus füre & plus capable
de diriger les opérations du Miniſtère , une ap¬
préciation plus exacte des plaintes & des de-
mandes , la facilité procurée au peuple & au
ſimple artiſan de faire entendre leurs voix fou-
vent étouffées par des hommes intéreſſés , de qui
ces malheureux dépendent ; enfin l'émulation
nouvelle que M. de Gournai fçavoit répandre par
268
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
fon
éloquence
perfuafive
,
par
la
netteté
avec
laquelle
il
rendoit
fes
idées
,
&
par
l'heureuſe
influence
de
fon
zéle
patriotique
.
C'eſt à fon féjour à Rennes en 1756 qu'on doit en
partie l'existence de la Société établie en Bretagne
de l'autorité des Etats , & fous les aufpices de M.
le Duc d'Eguillon , pour la perfection de l'agri-
culture , du commerce & de l'induftrie ; Société
qui eft la première de ce genre dans le Royaume ,
& qui mérite bien de fervir de modèle. Mais un
talent fans lequel fon zéle eût été infructueux ,
étoit celui de ménager l'orgueil & les prétentions
des autres , d'écarter tous les ombrages de la
rivalité & tous les dégoûts d'une inftruction hu-
miliante. Il lui eft arrivé fouvent de faire hon-
neur à des hommes en place des vues qu'il leur
avoit communiquées. Il lui étoit égal que le bien
qui s'opéroit vint de lui ou d'un autre.
(
Il
a
eu
le
même
défintéreffement
pour
les
Manufcrits qui font
reftés
de
lui
,
&
l'on
y
voir
fon
indifférence
pour
toute réputation
littéraire
;
mais
ils
n'en font pas
moins
précieux
,
même
à
ne
les
regarder
que
du
côté
de
la
compofition
.
Une
éloquence
naturelle
,
une
précifion lami-
neufe dans
l'expofition
des principes
,
un
art
fin-
gulier
de
les
préfenter fous toutes
les faces
&
de
fes
rendre
fenfibles
par
des
applications
juftes
,
&
fouvent piquantes par
leur
jufteffe
même
,
une
politeffe
toujours égale
,
&
une
logique
pleine
de
fagacité
,
enfin
un
ton
de
patriotilme
&
d'he-
manité
qu'il
ne
cherchoit point à prendre
&
qu'il
n'en avoit
que mieux
,
caractérifoient
fes
écrits
comme
la
converſation
.
Prellant jufqu'a l'importunité
lorfqu'il
s'agif-
foit
du
bien public
,
aucun de nos Colons
n'a
loi-
licité
avec autant de
zéle
que
lui la liberté
du
com-
merce
des vailleaux neutres dans nos
Colonies
pendant la guerre
:
fes follicitations étoient d'au
AOUST
.
1759
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༣༠༡
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tant plus vives qu'il ne demandoit rien pour lui.
Il est mort fans aucun bienfait de la Cour. Les
pertes qu'il effuya fur les fonds qu'il avoit laillés
en Elpagne ayant dérangé fa fortune , il fe dé-
termina en 1758 à quitter fa charge d'Inten-
dant du Commerce. Des perfonnes en place lui
propoferent de folliciter pour lui les graces du
Roi ; il répondit qu'il avoit toujours regardé de
pareilles graces comme étant d'une conféquence
dangerenfe , furtout dans les circonstances où
l'Etat fe trouvoit , & qu'il ne vouloit pas qu'on
eût à lui reprocher de s'être prêté à des excep-
tions en fa faveur. Il ajouta qu'il ne fe croiroit
pas difpenfé par fa retraite de s'occuper d'objets
utiles , & il demanda de conferver la féance au
Bureau du Commerce avec le titre d'honoraire
qui lui fut accordé.
M. de Silhouette qui avoit pour M. de Gournal
un eftime qui fait l'éloge de l'un & de l'autre ,
ne fut pas plutôt Contrôleur Général , qu'il ré-
folut d'arracher à la retraite un homme dont les
talens & le zéle étoient fi propres à feconder
fes vues mais M. de Gournai étoit déja attaqué
de la maladie dont il eft mort.
Le nom d'homme à fyftéme eft devenu une
efpéce d'arme pour les perfonnes prévenues ou
intéreffées à maintenir quelqu'abus , & l'on n'a
pas manqué de donner ce nom à M. de Gournai ;
mais fi fes principes font jamais pour la France
comme ils l'ont été pour la Hollande & l'An-
gleterre une fource d'abondance & de profpérité ,
nos defcendans fçauront que la reconnoiffance
lui en eft due. Quoiqu'il en foit , une gloire bien
perfonnelle à M. de Gournai eft celle d'une vertu
à toute épreuve l'ombre même du ſoupçon n'en
a jamais terni l'éclat. Appuyée fur un fentiment
profond de juftice & de bienfaifance , elle a fait
de lui un homme doux , modefte , indulgent
210
MERCURE
DE
FRANCE
.
dans
la fociété
;
irréprochable
&
même
auftere
dans
fa
conduite
&
dans
fes
moeurs
;
mais
auf-
tere
pour
lui
feul
,
égal
&
fans
humeur
à
l'égard
des
autres
.
Dans
la vie
privée
,
attentif
à
rendre
heureux
tout
ce
qui
l'environnoit
;
dans
la vie
pu
blique
,
uniquement
occupé
des
profpérités
&
de
la
gloire
de
fa
Patrie
&
du
bonheur de
l'humanité
.
Ce
fentiment
étoit
un
des motifs
qui
l'attachoient
le
plus
fortement à
ce qu'on
appelloit
fon
fyftême
;
&
ce
qu'il
reprochoit
le
plus
vivement
aux
prin
cipes
qu'il
attaquoit
,
étoit
de
favoriler
toujours
la partie
riche
&
oifive
de
la
Société
,
au
préjudice
de
la
partie
pauvre
&
laborieufe
.
Juflitia cultor, rigidi fervator honefti ,
In commune bonus. LUCAN . PHARS. Lib. I.
Fermer
Résumé : MORTS.
Jacques-Claude-Marie Vincent, seigneur de Gournay, conseiller honoraire au Grand Conseil et intendant honoraire du Commerce, est décédé à Paris le 27 juin 1759 à l'âge de 47 ans. Né à Saint-Malo en mai 1712, fils d'un négociant influent et secrétaire du Roi, Vincent de Gournay a été envoyé à Cadix à l'âge de dix-sept ans pour se destiner au commerce. Il a parcouru l'Espagne en observateur philosophe et, de retour en France en 1744, a été remarqué par le comte de Maurepas, ministre de la Marine. Il a ensuite voyagé en Hollande, en Allemagne et en Angleterre pour recueillir des observations sur le commerce et la marine. Vincent de Gournay avait une approche du commerce à la fois pratique et philosophique. Il comparait les productions naturelles et artisanales dans différents climats, analysait leur valeur respective, les frais d'exportation et les moyens d'échange. Il étudiait également les révolutions des productions naturelles, de l'industrie, de la population, des richesses, des finances et des modes chez les nations commerçantes. Il a traduit en français les traités de Josias Child et les mémoires de Jean de Wit, deux figures emblématiques du commerce en Angleterre et en Hollande. En 1746, à la mort de son associé Jamets de Villebare, Vincent de Gournay a quitté le commerce pour devenir intendant du Commerce en 1751. Il a réformé de nombreux abus et promu l'économie politique. Ses voyages à travers la France lui ont permis de constater l'état du commerce et des fabriques, confirmant ses principes économiques. Il a fondé la Société de Bretagne pour la perfection de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Ses écrits et discours étaient marqués par une éloquence naturelle, une précision dans l'exposition des principes et une logique sagace. En août 1759, Vincent de Gournay a sollicité la liberté du commerce des vaisseaux neutres dans les colonies pendant la guerre, sans demander de bénéfices personnels. Ayant subi des pertes financières, il a quitté sa charge d'Intendant du Commerce en 1758, refusant toute grâce du Roi pour éviter les reproches. Il a demandé à conserver un rôle honorifique au Bureau du Commerce. M. de Silhouette, Contrôleur Général, a tenté de le rappeler, mais Vincent de Gournay était déjà malade. Critiqué sous le nom d'« homme à système », ses principes pourraient bénéficier à la France comme ils l'ont fait pour la Hollande et l'Angleterre. Sa vertu est louée, marquée par la justice et la bienfaisance, le rendant doux, modeste et indulgent en société, et irréprochable dans sa conduite. Dans la vie privée, il était attentif au bonheur de son entourage, et dans la vie publique, il se consacrait aux prospérités et à la gloire de la patrie ainsi qu'au bonheur de l'humanité. Il critiquait les principes qui favorisaient la partie riche et oisive de la société au détriment de la partie pauvre et laborieuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 157
De COPPENHAGUE, le 14 Avril 1764.
Début :
L'Eclipse de Soleil du premier de ce mois a été observé ici [...]
Mots clefs :
Éclipses de soleil, Ministres, Conseil, Observation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le 14 Avril 1764.
DE COPPENHAGUE , le 14 Avril 1764.
L'Eclipfe de Soleil du premier de ce mois a
été observée ici en préfence des Miniftres du
Confeil & autres perfonnes de diftinction : elle a
commencé a 10 heures 14 minutes 30 fecondes :
elle a été dans fa plus grande force à 11 heures
39 minutes 43 fecondes , & alors la partie éclipfée
du Soleil étoit de dix doigts . l'éclipfe a fini à une
heure 9 minutes 45 fecondes. Les Tables , des
Sieurs Clairaut & Mayer fe font trouvées entiérement
d'accord avec l'obfervation .
L'Eclipfe de Soleil du premier de ce mois a
été observée ici en préfence des Miniftres du
Confeil & autres perfonnes de diftinction : elle a
commencé a 10 heures 14 minutes 30 fecondes :
elle a été dans fa plus grande force à 11 heures
39 minutes 43 fecondes , & alors la partie éclipfée
du Soleil étoit de dix doigts . l'éclipfe a fini à une
heure 9 minutes 45 fecondes. Les Tables , des
Sieurs Clairaut & Mayer fe font trouvées entiérement
d'accord avec l'obfervation .
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Résumé : De COPPENHAGUE, le 14 Avril 1764.
Le 14 avril 1764, à Copenhague, une éclipse solaire a été observée par des ministres et des personnalités. Elle a débuté à 10h14 et s'est terminée à 13h09, atteignant son maximum à 11h39. La partie éclipsée du Soleil représentait dix doigts. Les observations ont validé les tables astronomiques de Clairaut et Mayer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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