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1
p. 31-35
EPISTRE AU ROY.
Début :
Sire je l'avouëray, la Gloire a bien des charmes: [...]
Mots clefs :
Guerriers, Gloire, Héros, Hommage, Roi
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AU ROY.
EPISTRE AV ROY.
SIRE l'avoüeray , laGloire a
biendecharmes :
Il est beau de vous voir au milieu des
allarmes.
Voler àses côtez ; &triomphant tou
jours.
20 LE MERCVRE
Conter par vos Exploits le nombrede
vosjours.
Il est beau de vous voir ſacrifier pour
elle
Tout ce qu'on peutjamais attendre d'un
grandzele :
Mais pardonnez-moy , SIRE , &ne
murmurez pas.
Sije crainspour mon Royſes dangereux
appas.
Quand jeſonge auxperils, oùpour luy rendre hommage Voftre intrepide cœuràtoutebeure s'engage;
Carsi j'ofe aujourd'huy m'expliquer
avecvous,
LeSceptre , ny les Lys n'exemptent pointdes coups.
Cerangde Souverain , qui vous metfur nostestes ,
Nemet point vos beaux jours à l'abry des tempestes.
Le Canon , fi fatal aux plus braves
Guerriers ,
N'ajamais des Heros reſpecté les Lanriers ,
GALAN T. 21
น
!
t
J
Etceux,dont voſtrefront s'estfait une Couronne,
N'en garantiffent point voſtre Auguste Personne.
Ilnefautqu'un malheur .... Dieux!jen'oseypenser,
Ieſens à ce discours tout monsangse
glacer.
Ah, SIRE , c'en est trop , venezre- voir la Seine,
Voulez-vous à Madrid aller tout d'une
haleine ,
Et toûjous oublier ce qu'éloigné d'icy ;
ATherese , àl'Etat , vous caufez de foucy?
Vous avez en un mois mis trois Villes
en poudre,
Vostre cœur au repos nepeut-il ſe ré- -Soudre ;
Et ces fruits que la gloire a refervez
pourvous,
Lesgoûtantdans lecalme, enferont-ils moins doux?
Voussçavez qu'autrefois un Herosdont
l'Histoire
Confervera toûjourslapõpeuſe memoire,
22 LE MERCVRE
Aprés avoirfiny de moins nobles travaux.
Fit voir qu'on peut donner des bornes
auxHéros.
Quesi la noble ardeur de vostre ame
guerriere ,
Nepeutse retenirqu'au bout de lacarriere;
Sipourvous arreſter , vous voulezvoir
foûmis Tout ce qui peut encor vousrester d'Ennemis ,
Contentez-vous au moins de ces foins
politiques,
Qui fontplus que lefer fleurir les Re- publiques,
Inſtruisez vos Guerriers àmarcher fur
vospas,
Marquez l'heure , le temps , disposer des Combats.
Et fongez qu'un Grand Roy , qui fut nomméle Sage,
Fit deſon Cabinet trembler ſon voiſinage,
Tandis qu'en ſeureté , paisible danssa
Cour,
A
GALANT. 23
4
1
fut
Ildonnoitquelquefoisdesheures àl'A.
mour.
SIRE l'avoüeray , laGloire a
biendecharmes :
Il est beau de vous voir au milieu des
allarmes.
Voler àses côtez ; &triomphant tou
jours.
20 LE MERCVRE
Conter par vos Exploits le nombrede
vosjours.
Il est beau de vous voir ſacrifier pour
elle
Tout ce qu'on peutjamais attendre d'un
grandzele :
Mais pardonnez-moy , SIRE , &ne
murmurez pas.
Sije crainspour mon Royſes dangereux
appas.
Quand jeſonge auxperils, oùpour luy rendre hommage Voftre intrepide cœuràtoutebeure s'engage;
Carsi j'ofe aujourd'huy m'expliquer
avecvous,
LeSceptre , ny les Lys n'exemptent pointdes coups.
Cerangde Souverain , qui vous metfur nostestes ,
Nemet point vos beaux jours à l'abry des tempestes.
Le Canon , fi fatal aux plus braves
Guerriers ,
N'ajamais des Heros reſpecté les Lanriers ,
GALAN T. 21
น
!
t
J
Etceux,dont voſtrefront s'estfait une Couronne,
N'en garantiffent point voſtre Auguste Personne.
Ilnefautqu'un malheur .... Dieux!jen'oseypenser,
Ieſens à ce discours tout monsangse
glacer.
Ah, SIRE , c'en est trop , venezre- voir la Seine,
Voulez-vous à Madrid aller tout d'une
haleine ,
Et toûjous oublier ce qu'éloigné d'icy ;
ATherese , àl'Etat , vous caufez de foucy?
Vous avez en un mois mis trois Villes
en poudre,
Vostre cœur au repos nepeut-il ſe ré- -Soudre ;
Et ces fruits que la gloire a refervez
pourvous,
Lesgoûtantdans lecalme, enferont-ils moins doux?
Voussçavez qu'autrefois un Herosdont
l'Histoire
Confervera toûjourslapõpeuſe memoire,
22 LE MERCVRE
Aprés avoirfiny de moins nobles travaux.
Fit voir qu'on peut donner des bornes
auxHéros.
Quesi la noble ardeur de vostre ame
guerriere ,
Nepeutse retenirqu'au bout de lacarriere;
Sipourvous arreſter , vous voulezvoir
foûmis Tout ce qui peut encor vousrester d'Ennemis ,
Contentez-vous au moins de ces foins
politiques,
Qui fontplus que lefer fleurir les Re- publiques,
Inſtruisez vos Guerriers àmarcher fur
vospas,
Marquez l'heure , le temps , disposer des Combats.
Et fongez qu'un Grand Roy , qui fut nomméle Sage,
Fit deſon Cabinet trembler ſon voiſinage,
Tandis qu'en ſeureté , paisible danssa
Cour,
A
GALANT. 23
4
1
fut
Ildonnoitquelquefoisdesheures àl'A.
mour.
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Résumé : EPISTRE AU ROY.
L'épître au roi loue ses exploits et ses sacrifices pour la renommée, tout en exprimant des inquiétudes pour sa sécurité. L'auteur souligne que le sceptre et les lys ne le protègent pas des dangers, notamment les canons et les batailles. Il mentionne les récentes conquêtes du roi, comme la prise de trois villes en un mois, et suggère qu'il serait judicieux de profiter de la paix et de la gloire acquise. L'auteur cite l'exemple d'un héros historique qui sut se modérer après ses exploits. Il conseille au roi de se concentrer sur des actions politiques et stratégiques, telles que l'instruction de ses guerriers et la planification des combats, plutôt que de s'engager constamment dans des batailles.
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2
p. 15-16
CHANSON.
Début :
Les deux Couplets qui suivent sont pour Madame la Mareschale [...]
Mots clefs :
Amour, Guerriers, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
Les deux Couplets qui fuivent font pourMadamelaMa- refchalede Lorge. L'Air en a
eſté fait par Monfieur Dam- broüys.
1.2 LE MERCVRE
V
******
CHANSON.
Os charmes , belle Iris , font aisément connaître Que l'Amour est toûjours le maître,
Etque tous lesGuerriersqu'on redoute leplus,
Sont ceux qu'il a plûtoſt vaincus.
Vostre Illustre Héros , que plus d'une
Victoire
Arendu tout brillant de Gloire ,
Soumis à vos appas , adore dans vos
yeux
Amour lepluspuiſſant des Dieux.
eſté fait par Monfieur Dam- broüys.
1.2 LE MERCVRE
V
******
CHANSON.
Os charmes , belle Iris , font aisément connaître Que l'Amour est toûjours le maître,
Etque tous lesGuerriersqu'on redoute leplus,
Sont ceux qu'il a plûtoſt vaincus.
Vostre Illustre Héros , que plus d'une
Victoire
Arendu tout brillant de Gloire ,
Soumis à vos appas , adore dans vos
yeux
Amour lepluspuiſſant des Dieux.
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3
p. 223-228
SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
Début :
Il court icy de nouvelles Ballades, ajoûtées depuis peu / O L'heureux temps, où les fiers Paladins [...]
Mots clefs :
Copies, Guerriers, Chevalerie, Métier, Dame
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
l court icy de nouvelles
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
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Résumé : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
L'auteur d'une lettre discute de la publication de ballades récemment ajoutées par le Duc de Saint-Aignan. Il hésite entre refuser de les publier pour éviter l'injustice envers les curieux de la cour et respecter la modestie du Duc. Il choisit finalement de les publier en raison du grand nombre de copies erronées en circulation, y compris celles de Madame des Houlières. La lettre inclut une ballade du Duc répondant à une autre ballade. Cette ballade décrit un temps heureux où les paladins cherchaient des aventures, étaient récompensés par des princes et des rois, et étaient admirés pour leur bravoure. Elle met en avant la chevalerie et les métiers heureux des guerriers, malgré les dangers et les blessures. Le Duc exprime son désir de continuer à combattre et de revenir victorieux vers ses amis, soulignant la gloire et le bonheur de ce métier.
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4
p. 198-201
I.
Début :
Je vous envoye quelques Explications de la Fable / De ces Astres si grands qui brillent dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Soleil, Devise, Soleil, Roi, Doge, Guerriers, Victoire, Vainqueur, Arrogance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Je veut envoye quelques Explications
de la Fable Enigmatique,
employée dans le Mercure du mois de
Juillet. I. DE ces Ajlres sigrands qui brillent
dans les deuxx
Le Soleilfesait voir le plusgrand a nos
yeux.
uiinft LE GRANB Loiiis surla Terre &
sur l'Onde,
Efl sur les plus grands Rois, le plus
grand Roy du monde.
Ce Roy pour sa Devise a choisi le Soleil
Aussi comme cet Astre on le voit sans Ptfreil,
Tout brille dans son Regne avec magnifiunce,
Toutfait voirfit Bonté, toutfait voirfA
Puissance ; 0 Qt/il ait lefoudre enmain,quilpanche
a la douceur,
Gene ne peut assez admirersa Grandeur,
Quand au pié de ses murs ce Monarque
l'étonne,
Elle admire l'éclat qui par tout l'environne
; El le Doge fournis,ensecret 1ft contraint
D'adorer ce grand Roy qHil redoute d?
qu'il craint.
Trem(tz.. Gene, & craignez. d'iriter'
sa vangeance,
Connoissant sa valeur, mtnagez. fil clemence
; Et puisque sa bonté vous a donné III
Paix,
Voussortez. du péril,mats ny rentrez. ja*
mais.
En vain vous attendiez lefecoursde J'Er
pagne,
De Vos égaremens trop fidetle compagne.
Qui pourroitrefifier an plus grand des
GuerrierV
Laviiloire par tout le charge de laurhrsi
yoflre Etoile pour vota efl d'unméchant
présage,
Songez-y
, que cela serve a vous rendre
fllge,
* Ercraignez, defrcerun Vtinqueurirrité,
Pour la premierefols à manquer de bonté.
Ne vous yifez, point, le Chefde la Co/tr
fainte
Ne voudra plus entendre une fccondt
plainte.
Tourlors abandonnée au pouvoirdu YAin..
queurJ
Vontfcntirez. lepoids desa juste rigueur,
Indigne dureposoù vousmetfaclemence,
Vohs perirez.. sùperbe,avecvoflre arro-
1
gance.
DE LA TRONCHE, de Roüen.
de la Fable Enigmatique,
employée dans le Mercure du mois de
Juillet. I. DE ces Ajlres sigrands qui brillent
dans les deuxx
Le Soleilfesait voir le plusgrand a nos
yeux.
uiinft LE GRANB Loiiis surla Terre &
sur l'Onde,
Efl sur les plus grands Rois, le plus
grand Roy du monde.
Ce Roy pour sa Devise a choisi le Soleil
Aussi comme cet Astre on le voit sans Ptfreil,
Tout brille dans son Regne avec magnifiunce,
Toutfait voirfit Bonté, toutfait voirfA
Puissance ; 0 Qt/il ait lefoudre enmain,quilpanche
a la douceur,
Gene ne peut assez admirersa Grandeur,
Quand au pié de ses murs ce Monarque
l'étonne,
Elle admire l'éclat qui par tout l'environne
; El le Doge fournis,ensecret 1ft contraint
D'adorer ce grand Roy qHil redoute d?
qu'il craint.
Trem(tz.. Gene, & craignez. d'iriter'
sa vangeance,
Connoissant sa valeur, mtnagez. fil clemence
; Et puisque sa bonté vous a donné III
Paix,
Voussortez. du péril,mats ny rentrez. ja*
mais.
En vain vous attendiez lefecoursde J'Er
pagne,
De Vos égaremens trop fidetle compagne.
Qui pourroitrefifier an plus grand des
GuerrierV
Laviiloire par tout le charge de laurhrsi
yoflre Etoile pour vota efl d'unméchant
présage,
Songez-y
, que cela serve a vous rendre
fllge,
* Ercraignez, defrcerun Vtinqueurirrité,
Pour la premierefols à manquer de bonté.
Ne vous yifez, point, le Chefde la Co/tr
fainte
Ne voudra plus entendre une fccondt
plainte.
Tourlors abandonnée au pouvoirdu YAin..
queurJ
Vontfcntirez. lepoids desa juste rigueur,
Indigne dureposoù vousmetfaclemence,
Vohs perirez.. sùperbe,avecvoflre arro-
1
gance.
DE LA TRONCHE, de Roüen.
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Résumé : I.
Le texte explique une fable énigmatique publiée dans le Mercure de juillet, comparant le roi Louis XIV au Soleil, symbole de sa grandeur et de sa puissance. Le roi adopte le Soleil comme devise pour représenter sa magnificence, sa bonté et sa puissance. Le texte met en garde contre l'irritation du roi, recommandant de reconnaître et de respecter sa valeur et sa clémence. Il souligne la paix instaurée par le roi et avertit contre toute tentative de retour aux conflits. La fable mentionne l'Espagne comme une alliée fidèle mais égarée et prévient contre l'arrogance et l'oubli de la bonté royale. Elle conclut en avertissant que toute nouvelle plainte sera sévèrement punie et que l'arrogance et la méchanceté seront châtiées. L'auteur de cette explication est identifié comme 'DE LA TRONCHE, de Rouen'.
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5
p. 284-285
SONNET. AU ROY.
Début :
Cesar dompta l'orgueil & du Rhin & du Tage, [...]
Mots clefs :
Orgueil, Alexandre le Grand, Tibre, Annibal, Guerriers, Combats, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET. AU ROY.
SONNET.
AU ROY. cEfar dompta l'orgueil & du Rhin m &duTaqe,
Pompée aux Ecumeurs fit deserter les i
Mers,
AlexandreleGrandfit tremblerl'Vni--
vers,
LefameuxScipiontriompha deCartâge. ,
LeTibre vit jadis Brennm sur son ri- -
vage,
Onparle davnibal & deresfaitsdivers,
Achille, HeElor,Ajax, de lauriers tout
couverts,
Ont par mille combats signalè leur cou- »
raqe j
De cesfameux Guerriers, de tout ces de- ,
mi-Dieux,
^OVISfeularemply les travaux glo-
Ow rieux.
m»utceûjHafait Cesar
, ce quafait
Alexandre,
mempèe, Achille, HeElor, & tous ces
r-.ii-totCfonquerans,
que ce Héros a daignéîentre-
1 ! prendre, r a fait voir en luy cent Héros dif- ferens.
MAUGUIN de Bourbon
-.- l'Archambaut.
AU ROY. cEfar dompta l'orgueil & du Rhin m &duTaqe,
Pompée aux Ecumeurs fit deserter les i
Mers,
AlexandreleGrandfit tremblerl'Vni--
vers,
LefameuxScipiontriompha deCartâge. ,
LeTibre vit jadis Brennm sur son ri- -
vage,
Onparle davnibal & deresfaitsdivers,
Achille, HeElor,Ajax, de lauriers tout
couverts,
Ont par mille combats signalè leur cou- »
raqe j
De cesfameux Guerriers, de tout ces de- ,
mi-Dieux,
^OVISfeularemply les travaux glo-
Ow rieux.
m»utceûjHafait Cesar
, ce quafait
Alexandre,
mempèe, Achille, HeElor, & tous ces
r-.ii-totCfonquerans,
que ce Héros a daignéîentre-
1 ! prendre, r a fait voir en luy cent Héros dif- ferens.
MAUGUIN de Bourbon
-.- l'Archambaut.
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Résumé : SONNET. AU ROY.
Le sonnet célèbre les exploits de héros historiques tels que César, Alexandre le Grand, Pompée, Scipion, Brennus, Hannibal, Achille, Hector et Ajax. Il compare ces figures à un héros contemporain, soulignant ses actions comparables à celles de César et d'Alexandre. Le poème met en avant les qualités héroïques diverses du héros moderne, équivalentes à celles des grands conquérants du passé. Le texte est signé 'MAUGUIN de Bourbon' et 'l'Archambaut'.
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6
p. 106-127
ODE.
Début :
La triste Nouvelle que je vous ay fait attendre sans / PRetendez vous toûjours avec les cri de guerre [...]
Mots clefs :
Chancelier, Décès, Ministre, Sagesse, Louanges, Guerriers, Louis, Auguste monarque, Héros, Gloire, Fortune, Actions héroïques, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Fermer
Résumé : ODE.
La lettre annonce la mort de Michel Le Tellier, un ministre sage et respecté, dont la disparition a provoqué une grande tristesse en France. Une ode écrite par M. Magnin célèbre les qualités de Le Tellier, qu'il n'avait pas osé révéler de son vivant par modestie. Cette ode le décrit comme un homme juste et vertueux, apprécié par le roi Louis XIV, qui l'avait nommé chancelier. Le Tellier est loué pour sa sagesse, son équité et sa fidélité constante à l'autorité royale, même dans les périodes tumultueuses. Il est comparé à un marin navigant sereinement malgré les tempêtes, symbolisant sa capacité à gérer les crises avec calme et habileté. L'auteur invite à méditer sur la vie exemplaire de Le Tellier, marquée par une conduite droite et une loyauté inébranlable. Le texte rend également hommage au ministre Louvois, décrit comme un héros dont la carrière est marquée par une constance et une régularité exemplaires. Louvois maintient sa faveur à la cour et vieillit sans jamais rencontrer d'exemples semblables de fermeté. Grâce à sa prudence et son application à ses devoirs, il parvient à éviter les entraves. Son caractère est marqué par une tranquillité et une égalité d'humeur constantes, même face aux honneurs et aux dignités. Il utilise ses biens et ses honneurs avec modestie, guidé par une sagesse supérieure. Ses vertus domestiques sont la base de ses actions héroïques, et il se distingue par une ambition pure et sincère, visant à plaire à Dieu et à son roi. Louvois est comparé à un palmier auguste, florissant sous Louis XIV, et sa gloire est destinée à être immortelle. Le texte se termine par un hommage à Louvois, souhaitant qu'il continue à honorer la France et à inspirer les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 196
MADRIGAL.
Début :
Voicy quelques Vers qui ont esté faits sur cette mort. / Pleurez, pleurez, Guerriers, [...]
Mots clefs :
Guerriers, Prince de Conti, Trépas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Voicy
quelques Vers qui ont eſté
faits fur cette mort,
SSSSSSS2-55255 522
MADRIGAL.
P Leuriz
Leurez , pleurcz, Guerriers,
Le genereux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le trifte fort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un objet plus
qu'humain,
Aprés que de fon mal il eut pris le
venin ,
Ilpaya
le Tribut le Tribut pour Elle.
quelques Vers qui ont eſté
faits fur cette mort,
SSSSSSS2-55255 522
MADRIGAL.
P Leuriz
Leurez , pleurcz, Guerriers,
Le genereux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le trifte fort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un objet plus
qu'humain,
Aprés que de fon mal il eut pris le
venin ,
Ilpaya
le Tribut le Tribut pour Elle.
Fermer
8
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 5-15
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
Début :
LES exemples dignes d'être imités, Monsieur, ne peuvent être ni trop tôt [...]
Mots clefs :
Manière, Élèves, Spectateurs, Guerriers, Assemblée, Exercice, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIB
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
10
p. 186-190
ARGUMENT.
Début :
Ulysse, Roi d'Ithaque, fut un de ceux qui contribuerent le plus [...]
Mots clefs :
Ulysse, Circé, Vaisseaux, Magicienne, Guerriers, Bêtes féroces, Mer, Îles, Désir, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARGUMENT.
ARGUMENT.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
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Résumé : ARGUMENT.
Le texte narre les péripéties d'Ulysse, roi d'Ithaque, après la chute de Troie, alors qu'il tente de regagner sa patrie. Son voyage le conduit sur une île habitée par Circé, une enchanteresse. Avant de débarquer, Ulysse envoie des compagnons en reconnaissance. Ces derniers, accueillis par Circé, consomment un breuvage qui les transforme en statues ou en bêtes féroces. Inquiet de leur absence, Ulysse part à leur recherche. Sa chaloupe se métamorphose en char tiré par des chevaux marins, et il est accueilli par Circé et ses nymphes dans un lieu enchanté. Ulysse, méfiant, feint d'être amoureux de Circé pour gagner sa confiance. Il découvre alors que ses compagnons ont été métamorphosés et utilise une ruse pour obtenir la baguette magique de Circé, permettant ainsi de libérer ses hommes. La flotte d'Ulysse repart, laissant Circé désemparée. Cette dernière invoque un char tiré par des dragons ailés pour poursuivre Ulysse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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