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3551
p. 193-194
OPERA COMIQUE.
Début :
Le 15, on donna sur ce théatre les Jeunes Mariés. On les annonça comme [...]
Mots clefs :
Spectacle, Opéra-Comique
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texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
Les
E is , on donna fur ce théatre les Jeunes
Maries. On les annonça comme
une nouveauté , mais ils ne font que remis
: c'eſt un ancien Opéra comique de
M. Favart . On ne peut s'y méprendre ; il
eft trop bien fait pour être d'un autre .
On l'a joué le 16 , le 17 , le 18 & le
19 , avec les Troqueurs , & Jerôme &
Fanchonnette , que l'on a continués jufqu'au
Samedi 22 , jour de la cloture de
ce fpectacle. Les Troqueurs ont toujours
charmé les connoiffeurs , Fanchonnette a
conftamment diverti le public ; & la falle
tous les jours pleine , a fait rite M. Monet.
O
Na donné le Mardi 18 Mars , la
premiere repréſentation
du Triomphe
de l'Amour conjugal ; fpectacle tiré
d'Alcefte , par le fieur Servandoni , Peintre
& Architecte ordinaire du Roi.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Les premieres repréfentations d'un fi
grand fpectacle font toujours imparfaites.
Nous attendrons que celui- ci ait été exécuté
dans toutes les parties & dans l'exacte
précifion qu'il exige , avant que d'en dire
notre fentiment , ou plutôt celui du public ,
que nous devons prendre pour regle .
Les
E is , on donna fur ce théatre les Jeunes
Maries. On les annonça comme
une nouveauté , mais ils ne font que remis
: c'eſt un ancien Opéra comique de
M. Favart . On ne peut s'y méprendre ; il
eft trop bien fait pour être d'un autre .
On l'a joué le 16 , le 17 , le 18 & le
19 , avec les Troqueurs , & Jerôme &
Fanchonnette , que l'on a continués jufqu'au
Samedi 22 , jour de la cloture de
ce fpectacle. Les Troqueurs ont toujours
charmé les connoiffeurs , Fanchonnette a
conftamment diverti le public ; & la falle
tous les jours pleine , a fait rite M. Monet.
O
Na donné le Mardi 18 Mars , la
premiere repréſentation
du Triomphe
de l'Amour conjugal ; fpectacle tiré
d'Alcefte , par le fieur Servandoni , Peintre
& Architecte ordinaire du Roi.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Les premieres repréfentations d'un fi
grand fpectacle font toujours imparfaites.
Nous attendrons que celui- ci ait été exécuté
dans toutes les parties & dans l'exacte
précifion qu'il exige , avant que d'en dire
notre fentiment , ou plutôt celui du public ,
que nous devons prendre pour regle .
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Résumé : OPERA COMIQUE.
Du 16 au 19 mars, le théâtre de l'Opéra Comique a présenté 'Les Jeunes Mariés', un opéra comique de M. Favart, accompagné de 'Les Troqueurs' et 'Jérôme et Fanchonette'. Cette dernière pièce a continué jusqu'au 22 mars. 'Les Troqueurs' ont été appréciés par les connaisseurs, tandis que 'Fanchonnette' a diverti le public, assurant une salle comble et satisfaisant M. Monet. Le 18 mars, le 'Triomphe de l'Amour conjugal', adaptation d'Alceste par Servandoni, a été présenté pour la première fois. Servandoni, peintre et architecte du Roi, a réalisé cette œuvre. Le Mercure de France a souligné que les premières représentations d'un grand spectacle sont souvent imparfaites et préfère attendre une exécution complète avant de donner son avis.
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3552
p. 194-196
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Après la mort du sieur Royer, Inspecteur du Concert spirituel, avec le [...]
Mots clefs :
Concert, Choeur, Concert spirituel
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
Près la mort du fieur Royer , Inf-
A pecteur du Concert fpirituel , avec le
fieur Capperan , ce dernier a fait choix
du fieur Mondonville , fi connu par fes talens
& fur-tout par fes moters , pour
remplacer le fieur Royer. Ce Concert demeure
en fociété entre la veuve & ces
deux Meffieurs , qui par leurs foins ne
laiffent rien à defirer au public.
> Le Dimanche de la Paffion , 16 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
de M. Martin ; enfuite Omnes gentes , motet
à grand choeur de M. Cordelet ; le
Signor Avolio joua un concerto de violon
. On donna après Diligam te , motet à
grand choeur de M. Giles , où Mlle Chevalier
chanta le récit Beata gens , de M. de
Lalande. Mme Pompeati chanta deux airs
Italiens avec l'applaudiffement général . Le
F 195 AVRIL. ~ 1755.
moter à
concert finit par Cæli enarrant
,
grand choeur de M. de Mondonville
. Mlle
Chevalier
, & M. Richer , Page de la mufique
du Roi , chanterent
le duo Non funt
loquela , & furent juftement
applaudis .
Le Mardi 18 le concert commença par
une fymphonie nouvelle de M. Davefne ;
enfuite Cantate Domino , motet à grand
choeur du même auteur. Mlle Duperey
chanta un petit moter ; enfuite Confitebor
motet à grand choeur de M. de Lalande ,
où Mlle Chevalier chanta feule . M. Canavas
joua un concerto . Le concert finit par
In exitu , motet nouveau à grand choeur de
M. de Mondonville , qui eut l'approbation
des connoiffeurs. Ils y ont reconnu les traits
& les tableaux du grand maître.
Le Vendredi de la Paffion , 21 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
enfuite Exaltabo te , moter à grand choeur
de M. de Lalande. Mme Pompeati chanta
deux airs Italiens avec le même fuccès. M.
Guenin joua un concerto de violon . Le
concert finit par In exitu , motet nouveau
à grand choeur de M. de Mondonville .
Mlle Chevalier , Mrs Benoît , Poirier &
Befche chanterent feuls .
Le Dimanche , jour des Rameaux , 23
Mars , le concert commença' par une fymphonie
; enfuite Diligam te , motet à grand
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
choeur de M. Madin. M. Jannfon , âgé de
13 ans , joua une fonate de violoncelle , &
charma toute l'affemblée . Enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton , qui eut tout le fuccès qu'il métite.
On eut la fatisfaction d'y applaudir
Mlle Fel , qui parut pour la premiere fois ;
une indifpofition avoit privé le public du
plaifir de l'entendre plutôt. Elle chanta
feule un petit motet. Le concert finit par
De profundis , de M. Mondonville , & renvoya
tous les auditeurs très -fatisfaits .
Près la mort du fieur Royer , Inf-
A pecteur du Concert fpirituel , avec le
fieur Capperan , ce dernier a fait choix
du fieur Mondonville , fi connu par fes talens
& fur-tout par fes moters , pour
remplacer le fieur Royer. Ce Concert demeure
en fociété entre la veuve & ces
deux Meffieurs , qui par leurs foins ne
laiffent rien à defirer au public.
> Le Dimanche de la Paffion , 16 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
de M. Martin ; enfuite Omnes gentes , motet
à grand choeur de M. Cordelet ; le
Signor Avolio joua un concerto de violon
. On donna après Diligam te , motet à
grand choeur de M. Giles , où Mlle Chevalier
chanta le récit Beata gens , de M. de
Lalande. Mme Pompeati chanta deux airs
Italiens avec l'applaudiffement général . Le
F 195 AVRIL. ~ 1755.
moter à
concert finit par Cæli enarrant
,
grand choeur de M. de Mondonville
. Mlle
Chevalier
, & M. Richer , Page de la mufique
du Roi , chanterent
le duo Non funt
loquela , & furent juftement
applaudis .
Le Mardi 18 le concert commença par
une fymphonie nouvelle de M. Davefne ;
enfuite Cantate Domino , motet à grand
choeur du même auteur. Mlle Duperey
chanta un petit moter ; enfuite Confitebor
motet à grand choeur de M. de Lalande ,
où Mlle Chevalier chanta feule . M. Canavas
joua un concerto . Le concert finit par
In exitu , motet nouveau à grand choeur de
M. de Mondonville , qui eut l'approbation
des connoiffeurs. Ils y ont reconnu les traits
& les tableaux du grand maître.
Le Vendredi de la Paffion , 21 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
enfuite Exaltabo te , moter à grand choeur
de M. de Lalande. Mme Pompeati chanta
deux airs Italiens avec le même fuccès. M.
Guenin joua un concerto de violon . Le
concert finit par In exitu , motet nouveau
à grand choeur de M. de Mondonville .
Mlle Chevalier , Mrs Benoît , Poirier &
Befche chanterent feuls .
Le Dimanche , jour des Rameaux , 23
Mars , le concert commença' par une fymphonie
; enfuite Diligam te , motet à grand
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
choeur de M. Madin. M. Jannfon , âgé de
13 ans , joua une fonate de violoncelle , &
charma toute l'affemblée . Enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton , qui eut tout le fuccès qu'il métite.
On eut la fatisfaction d'y applaudir
Mlle Fel , qui parut pour la premiere fois ;
une indifpofition avoit privé le public du
plaifir de l'entendre plutôt. Elle chanta
feule un petit motet. Le concert finit par
De profundis , de M. Mondonville , & renvoya
tous les auditeurs très -fatisfaits .
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Après la mort de M. Royer, M. Capperan désigne M. Mondonville pour diriger le Concert Spirituel, en collaboration avec la veuve de Royer. Le Concert Spirituel se distingue par ses efforts pour satisfaire le public. Le 16 mars, le concert débuta avec une symphonie de M. Martin, suivie de motets et d'airs chantés par Mlle Chevalier et Mme Pompeati. Il se conclut par un grand chœur de M. Mondonville. Le 18 mars, une symphonie de M. Davenne ouvrit le concert, incluant des motets de M. Lalande et M. Mondonville. Mlle Duperey et Mlle Chevalier se distinguèrent par leurs performances vocales. Le 21 mars, une symphonie et un motet de M. Lalande inaugurèrent le concert, avec des applaudissements pour Mme Pompeati et M. Guenin. Le 23 mars, jour des Rameaux, une symphonie et des motets de M. Madin et M. Fanton furent interprétés. Mlle Fel fit ses débuts et fut acclamée. Le concert se termina par un motet de M. Mondonville, laissant les auditeurs très satisfaits.
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3553
p. 197-198
ALLEMAGNE.
Début :
Le Comte de Broglie, Ambassadeur du Roi de France, a obtenu [...]
Mots clefs :
Allemagne, Vienne, Dresde, Ambassadeur du roi, Archiduc, Empereur, Impératrice, Mathématique
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 23 février à Dresde, le Comte de Broglie, ambassadeur de France, a obtenu l'autorisation de voyager à Paris. Le 22 février à Vienne, les Archiducs Charles et Léopold ont passé un examen sur l'art de fortifier les places, satisfaisant l'Empereur et l'Impératrice. Leur professeur, le Major Brequin, a été félicité.
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3554
p. 207-208
REPONSE.
Début :
Les quatre questions de l'intérêt public sont étrangeres au plan [...]
Mots clefs :
Loterie
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE.
REPONSE.
Les quatre queftions de l'intérêt public font
étrangeres au plan de la lotterie , & par conféquent
aux remarques qu'on y a faites. "Le plan &
les remarques dépendent de différentes combinaifons
pures & fimples , & les remarques étoient les
mêmes pour Bruxelles que pour Paris , au lieu
que les réponſes que l'intérêt public demande ,
dépendent de la connoiffance actuelle du change.
qui varie felon les tems & les lieux ; c'eft une
affaire de banque & de change ; ainfi , après les
tirages ceux qui auront des lots à retirer
s'adrefferont à quelque Banquier , Maîtres ou
Agens de change , qui leur diront ce qui leur
revient. Quant à ce que les billets de cette lotterie
fe font vendus 26 , 27 & 28 livres , cela peut
venir , ou du ridicule empreffement avec lequel
on y couroit , ou du peu de fidélité de la part de
ceux qui les livroient , & de ce qu'on ne fçavoir
pas quel étoit le rapport entre les monnoies.
L'auteur des remarques n'a eu & n'a dû avoir
en vue que de faire voir qu'on dupoit le public
>
208 MERCURE DE FRANCE .
& ce qui doit fûrement le fâcher , c'eſt de n'avoir
pas vú le plan de la lotterie deux mois plutôt
, il y auroit eu fans doute bien moins de
billets diftribués dans Paris . Mais fi ces remarques
n'ont pas eu dans cette occaſion tout l'effet
qu'elles auroient vraisemblablement eu fi on les
avoit connues plutôt , il faut efperer qu'elles mettront
en garde contre celles qu'on pourroit nous
envoyer l'avenir.
Les quatre queftions de l'intérêt public font
étrangeres au plan de la lotterie , & par conféquent
aux remarques qu'on y a faites. "Le plan &
les remarques dépendent de différentes combinaifons
pures & fimples , & les remarques étoient les
mêmes pour Bruxelles que pour Paris , au lieu
que les réponſes que l'intérêt public demande ,
dépendent de la connoiffance actuelle du change.
qui varie felon les tems & les lieux ; c'eft une
affaire de banque & de change ; ainfi , après les
tirages ceux qui auront des lots à retirer
s'adrefferont à quelque Banquier , Maîtres ou
Agens de change , qui leur diront ce qui leur
revient. Quant à ce que les billets de cette lotterie
fe font vendus 26 , 27 & 28 livres , cela peut
venir , ou du ridicule empreffement avec lequel
on y couroit , ou du peu de fidélité de la part de
ceux qui les livroient , & de ce qu'on ne fçavoir
pas quel étoit le rapport entre les monnoies.
L'auteur des remarques n'a eu & n'a dû avoir
en vue que de faire voir qu'on dupoit le public
>
208 MERCURE DE FRANCE .
& ce qui doit fûrement le fâcher , c'eſt de n'avoir
pas vú le plan de la lotterie deux mois plutôt
, il y auroit eu fans doute bien moins de
billets diftribués dans Paris . Mais fi ces remarques
n'ont pas eu dans cette occaſion tout l'effet
qu'elles auroient vraisemblablement eu fi on les
avoit connues plutôt , il faut efperer qu'elles mettront
en garde contre celles qu'on pourroit nous
envoyer l'avenir.
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Résumé : REPONSE.
Le texte aborde les questions liées à une lotterie et aux remarques associées. Il différencie les remarques basées sur des combinaisons mathématiques des questions d'intérêt public, qui dépendent du taux de change actuel et varient selon les lieux et les époques. Ces dernières sont considérées comme des affaires de banque et de change. Après les tirages, les gagnants doivent consulter des banquiers ou agents de change pour connaître la valeur de leurs lots. Le prix de vente des billets, fixé à 26, 27 et 28 livres, pourrait résulter d'un engouement excessif, d'une mauvaise gestion des vendeurs ou d'une méconnaissance des rapports entre les monnaies. L'auteur des remarques visait à révéler la tromperie du public et regrette de n'avoir pas pu publier son plan plus tôt pour limiter la distribution des billets. Bien que les remarques n'aient pas eu l'impact escompté cette fois-ci, elles servent de mise en garde pour l'avenir.
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3555
p. 9-17
ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
Début :
- Biens Seigneuriaux à vendre & à louer. Plusieurs femmes de qualité proposent [...]
Mots clefs :
Femmes, Jeunes gens, Esprit, Changes, Biens seigneuriaux, Maisons, Charges, Offices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
ANNONCES ,
AFFICHES
ET AKIS
DIVERS.
4
PREMIERE FEUILLE PERIO DI QUE,
-Biens Seigneuriaux à vendre & à louer.
Lufieurs femmes de qualité
propofent
Plufieurs
ris , des fantaiſies , que le public promet
de recevoir comme des ridicules de la
des
dernieres . ! rang
弹
part
Quatre femmes du bon ton promet→
tent d'aller avec pareil nombre de femmes
de la haute
bourgeoifie à l'opéra , en
grande loge , à condition qu'elles trouveront
au retour grand fouper , concect
Italien , & qu'elles prieront les hommes.
¿ Plufieurs jeunes
Seigneurs offrent à quels
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ques riches particuliers d'aller avec eux
en cabriolet , & de leur ferrer la main en
plein théatre , à condition que ces derniers
prêteront de l'argent aux autres , &
voudront bien fervir de peres à de jeunes
orphelines , dont le fort eft tout -à- fait touchant..
Un vieux gentilhomme
qui autrefois
a poffédé une très -belle terre , & qui n'a
perpour
tout défaut que d'être ruiné &
clus , cherche une fille de fortune qui ait
feulement cent mille livres de rente & de
la figure.
Plufieurs perfonnes de qualité des deux
fexes enfeignent l'art de parler fans rien
dire , & de rendre frivoles les chofes du
monde les plus férieufes , on en fera quitde
raifon par tête .
te pour un peu
Biens en roture à vendre & à louer.
On trouve chez plufieurs femmes de la
haute bourgeoisie
un grand nombre de ridicules
, provenant des femmes de qualité
; mais on craint que les premieres : ne
les gardent.
Les gens d'une certaine façon trouveront
tous les Dimanches un très-grand dîner
dans plufieurs bonnes maifons des
rues Saint Denis , Saint Martin & autres ; .
MA I. 1755. II
on y chantera des airs de Lully : les Demoifelles
joueront du clavecin , fi elles en
fçavent jouer , & les petits enfans récite-
- ront une fable de La Fontaine. On demande
que les convives aient une charge ,
ou du moins un carroffe à un cheval.
"
Quelques petits particuliers propofent
de troquer la fortune de leurs peres contre
un grand chapeau à plumet , afin d'être
des hommes de condition .
Maifons & emplacemens à vendre & à louer .
Plufieurs loges à la foire Saint Germain
,
propres
à montrer les bêtes fingulieres
qui fe trouvent à Paris.
Plufieurs petites maiſons dans les Faubourgs
de Paris , occupées ci - devant par
des jeunes gens qui fe font retirés du monde
pour penfer à leur fanté.
Un grand nombre d'appartemens aux
Petites-Maiſons , très-propres à loger les
gens à projets , à fyftêmes , & c.
Un grand emplacement au midi propre
bâtir un mur pour placer les nouvelliftes
du petit Collége.
Charges & offices à vendre.
Office d'un homme à la mode à vendre
pour un ridicule. Myli ang sa
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
•
Plufieurs charges lucratives que le luxe
promet de rendre honorables , à vendre
au poids de l'or.
Offices de flateur à vendre .
Office d'honnête homme à donner.
Charge de courtisan à vendre pour un
billet de lotterie.
Charge de plaifant à troquer contre
l'ennemi...
Charge de bel-efprit à vendre pour un
peu de fumée.
Il y a plufieurs charges de vrais amis à
vendre ; mais l'on ne trouve point d'acquereurs
, attendu les defagrémens qu'entraîne
une telle emplette.
Avis divers.
On avertit ceux qui voudront des ridicules
, qu'ils en trouveront à choifir chez
les perfonnes à la mode des deux fexes.
On avertit les femmes qui ont paffe un
certain âge , de ne plus mettre de fleurs
dans leurs cheveux ; & de grandir infenfiblement
leurs bonnets. On les prie de
mettre deux gros de bon efprit à la place
des fleurs . On avertit les maris d'être polis
& complaifans chez eux.
On avertit les bonnes bourgeoifes de
ne pas négliger leur ménage pour don
M A I. 1755. 13
f
ner des bals & des concerts , & de retrancher
les vis-à-vis , les culs-de- finges ,
&c.
On avertit les jeunes gens de s'occuper
à lire le matin , plutôt que de courir les
rues fans projet. On les prie , quand ils
fortiront en froc & en manchon de loup ,
d'avoir au moins une chemife blanche.
On prie les enfans de Paris de laiffer ce
ridicule aux gens de qualité.
On recommande aux perfonnes qui ont
la manie de fe croire bonne compagnie
d'apprendre au moins à parler François.
On avertit les femmes qui ont de l'efprit
& de l'ufage , de former nos jeunes
gens , au lieu d'applaudir à leurs ridicules
On avertit les hommes en général d'étudier
au moins deux heures par ſemaine ,
afin de ne pas oublier à lire.
On avertit ceux qui font des livres de
vers , de la mufique , des tableaux pour
leur plaifir , d'en faire auffi pour celui des
autres , ou de cacher leurs talens . On
avertit les jeunes gens dont l'état demande
une certaine gravité , d'avoir des chevaux
moins brillans , & un mérite plus folide.
On avertit les jeunes gens de raccourcir
leurs tailles , & de chauffer leurs talons.
Il y a un défi entre les femmes de la
cour & celles de la ville , à qui aura les
14 MERCURE DE FRANCE.
plus belles
parures
& les plus beaux
équi
pages
; on attend
l'événement
. Plufieurs
petits
particuliers
avertiffent
qu'ils protegent
depuis
midi jufqu'à
leur coucher
. On avertit
les fçavans
en tout genre
, d'être ce qu'on appelle
à leur place. Nous
aver- tiffons
les hommes
en général
de ne pas fe croire
fuperieurs
aux femmes
, s'ils ne le
font réellement
. On avertit
les femmes
,
malgré
ce qu'en
dit Moliere
, de lire de bons livres , afin de faire de bonnes
réfle- xions ; on les prie de croire qu'elles
font propres
à autre chofe
qu'à être jolies. On avertit
les jeunes
femmes
de moins
danfer & de dormir
davantage
. On avertit
les jeunes
gens d'attendre
au moins
à quarante
ans pour être des vieillards
.
. On a découvert un mari & une femme
qui s'aiment & s'eftiment depuis huit
ans ; on nous promet une differtation fur
ce prodige.
Demandes particulieres.
Un homme de qualité demande le moyen
de bannir l'ennui. Une femme de la cour
demande s'il eft vrai qu'il y ait eu des
mariages d'inclination . Une femme de qualité
demande une fille de compagnie , qui
fçache louer. Un vieillard cherche une
M. A I. 1755. 15
jeune fille qui foit amoureufe de lui ; il
lui donnera un état , des diamans , & lui
racontera tous les foirs l'hiftoire de fa jeuneffe.
Plufieurs bons bourgeois demandent
un fecret pour empêcher leurs femmes de
fe donner en fpectacle.
...Un
Un homme qui n'a pas le bon ton de
-mande, un maître à penfer pour fes enfans
, & promet de le payer autant qu'un
maître à danſer.
Plufieurs femmes demandent qu'il leur
foit permis de penfer auffi bien que les
hommes , & quelquefois mieux.
7 Un certain nombre de maris demandent
la permiffion d'aimer leurs femmes , fans
pour cela devenir ridicules. On prie les
jeunes gens à la mode de ne pas déchirer la
réputation des femmes ; on avertit cellesci
de n'y pas donner fujet.
Un homme fans fortune demande la
permiffion de fe trouver heureux. Un milionnaire
demande s'il eft vrai qu'on puifle
l'être.
Spectacles.
Il y aura cet été fur le Boulevard deux
mille cabriolets , autant de diables & de
culs- de- finges . Tous les petits- maîtres des
deux fexes , plufieurs convalefcens , beaucoup
de nourrices , les arrofaires de M.
16 MERCURE DE FRANCE. /
Outrequin , & quelques dévotes pour
critiquer le tout.
On y verra la nuit des femmes en perites
robes , & des maris avec une mine allongée.
Toutes les femmes qui ne fe piquent
pas de taille , refteront dans leurs
voitures , faifant des noeuds & des révérences
plus ou moins profondes , relativement
à la qualité des gens falués.
Mariages.
Il s'eft fait plufieurs marchés auxquels
on a donné le nom de mariages.
Une dévote s'eft mariée pour faire le
falut d'un homme beau & bienfait.
Une jeune fille vient d'époufer une
charge.
Un jeune homme s'eft marié à un coffrefort.
Un vieillard vient d'époufer un joli vifage.
Un homme fingulier s'eft marié pour
lui.
Enterremen's.
Un fot eft mort pour s'être connu .
Un bel efprit pour avoir entendu fiffler
vis - à- vis de fon cabinet.
Un écuyer eft mort d'une chûte de
cheval.
MAL 1755•
17
Un maître-d'armes d'un coup d'épée,
Un millionnaire eft mort de faim.
Un indigent d'indigeſtion.
Cours de changes & effets commerçables:
Depuis quelque tems la vertu , les bonnes
moeurs perdent beaucoup fur la place.
L'ambition & le luxe font dans la plus
grande valeur.
Le bel efprit eft à cent pour dix.
Le bon efprit à dix pour cent.
Changes.
L'honneur
Le bonheur
pour
l'or.
pour l'opinion.
Les
graces
L'efprit
pour les minauderies.
pour le jargon.
Le jugement pour l'efprit.
Le goût pour la mode.
La volupté pour la débauche.
Les plaifirs pour les vices.
Nous efperions de donner la continuation
de ces feuilles , mais on nous affure
que les ridicules & les vices vont devenir
firares à Paris qu'il nous feroit impoffible
de trouver dequoi remplir notre projet.
AFFICHES
ET AKIS
DIVERS.
4
PREMIERE FEUILLE PERIO DI QUE,
-Biens Seigneuriaux à vendre & à louer.
Lufieurs femmes de qualité
propofent
Plufieurs
ris , des fantaiſies , que le public promet
de recevoir comme des ridicules de la
des
dernieres . ! rang
弹
part
Quatre femmes du bon ton promet→
tent d'aller avec pareil nombre de femmes
de la haute
bourgeoifie à l'opéra , en
grande loge , à condition qu'elles trouveront
au retour grand fouper , concect
Italien , & qu'elles prieront les hommes.
¿ Plufieurs jeunes
Seigneurs offrent à quels
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ques riches particuliers d'aller avec eux
en cabriolet , & de leur ferrer la main en
plein théatre , à condition que ces derniers
prêteront de l'argent aux autres , &
voudront bien fervir de peres à de jeunes
orphelines , dont le fort eft tout -à- fait touchant..
Un vieux gentilhomme
qui autrefois
a poffédé une très -belle terre , & qui n'a
perpour
tout défaut que d'être ruiné &
clus , cherche une fille de fortune qui ait
feulement cent mille livres de rente & de
la figure.
Plufieurs perfonnes de qualité des deux
fexes enfeignent l'art de parler fans rien
dire , & de rendre frivoles les chofes du
monde les plus férieufes , on en fera quitde
raifon par tête .
te pour un peu
Biens en roture à vendre & à louer.
On trouve chez plufieurs femmes de la
haute bourgeoisie
un grand nombre de ridicules
, provenant des femmes de qualité
; mais on craint que les premieres : ne
les gardent.
Les gens d'une certaine façon trouveront
tous les Dimanches un très-grand dîner
dans plufieurs bonnes maifons des
rues Saint Denis , Saint Martin & autres ; .
MA I. 1755. II
on y chantera des airs de Lully : les Demoifelles
joueront du clavecin , fi elles en
fçavent jouer , & les petits enfans récite-
- ront une fable de La Fontaine. On demande
que les convives aient une charge ,
ou du moins un carroffe à un cheval.
"
Quelques petits particuliers propofent
de troquer la fortune de leurs peres contre
un grand chapeau à plumet , afin d'être
des hommes de condition .
Maifons & emplacemens à vendre & à louer .
Plufieurs loges à la foire Saint Germain
,
propres
à montrer les bêtes fingulieres
qui fe trouvent à Paris.
Plufieurs petites maiſons dans les Faubourgs
de Paris , occupées ci - devant par
des jeunes gens qui fe font retirés du monde
pour penfer à leur fanté.
Un grand nombre d'appartemens aux
Petites-Maiſons , très-propres à loger les
gens à projets , à fyftêmes , & c.
Un grand emplacement au midi propre
bâtir un mur pour placer les nouvelliftes
du petit Collége.
Charges & offices à vendre.
Office d'un homme à la mode à vendre
pour un ridicule. Myli ang sa
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
•
Plufieurs charges lucratives que le luxe
promet de rendre honorables , à vendre
au poids de l'or.
Offices de flateur à vendre .
Office d'honnête homme à donner.
Charge de courtisan à vendre pour un
billet de lotterie.
Charge de plaifant à troquer contre
l'ennemi...
Charge de bel-efprit à vendre pour un
peu de fumée.
Il y a plufieurs charges de vrais amis à
vendre ; mais l'on ne trouve point d'acquereurs
, attendu les defagrémens qu'entraîne
une telle emplette.
Avis divers.
On avertit ceux qui voudront des ridicules
, qu'ils en trouveront à choifir chez
les perfonnes à la mode des deux fexes.
On avertit les femmes qui ont paffe un
certain âge , de ne plus mettre de fleurs
dans leurs cheveux ; & de grandir infenfiblement
leurs bonnets. On les prie de
mettre deux gros de bon efprit à la place
des fleurs . On avertit les maris d'être polis
& complaifans chez eux.
On avertit les bonnes bourgeoifes de
ne pas négliger leur ménage pour don
M A I. 1755. 13
f
ner des bals & des concerts , & de retrancher
les vis-à-vis , les culs-de- finges ,
&c.
On avertit les jeunes gens de s'occuper
à lire le matin , plutôt que de courir les
rues fans projet. On les prie , quand ils
fortiront en froc & en manchon de loup ,
d'avoir au moins une chemife blanche.
On prie les enfans de Paris de laiffer ce
ridicule aux gens de qualité.
On recommande aux perfonnes qui ont
la manie de fe croire bonne compagnie
d'apprendre au moins à parler François.
On avertit les femmes qui ont de l'efprit
& de l'ufage , de former nos jeunes
gens , au lieu d'applaudir à leurs ridicules
On avertit les hommes en général d'étudier
au moins deux heures par ſemaine ,
afin de ne pas oublier à lire.
On avertit ceux qui font des livres de
vers , de la mufique , des tableaux pour
leur plaifir , d'en faire auffi pour celui des
autres , ou de cacher leurs talens . On
avertit les jeunes gens dont l'état demande
une certaine gravité , d'avoir des chevaux
moins brillans , & un mérite plus folide.
On avertit les jeunes gens de raccourcir
leurs tailles , & de chauffer leurs talons.
Il y a un défi entre les femmes de la
cour & celles de la ville , à qui aura les
14 MERCURE DE FRANCE.
plus belles
parures
& les plus beaux
équi
pages
; on attend
l'événement
. Plufieurs
petits
particuliers
avertiffent
qu'ils protegent
depuis
midi jufqu'à
leur coucher
. On avertit
les fçavans
en tout genre
, d'être ce qu'on appelle
à leur place. Nous
aver- tiffons
les hommes
en général
de ne pas fe croire
fuperieurs
aux femmes
, s'ils ne le
font réellement
. On avertit
les femmes
,
malgré
ce qu'en
dit Moliere
, de lire de bons livres , afin de faire de bonnes
réfle- xions ; on les prie de croire qu'elles
font propres
à autre chofe
qu'à être jolies. On avertit
les jeunes
femmes
de moins
danfer & de dormir
davantage
. On avertit
les jeunes
gens d'attendre
au moins
à quarante
ans pour être des vieillards
.
. On a découvert un mari & une femme
qui s'aiment & s'eftiment depuis huit
ans ; on nous promet une differtation fur
ce prodige.
Demandes particulieres.
Un homme de qualité demande le moyen
de bannir l'ennui. Une femme de la cour
demande s'il eft vrai qu'il y ait eu des
mariages d'inclination . Une femme de qualité
demande une fille de compagnie , qui
fçache louer. Un vieillard cherche une
M. A I. 1755. 15
jeune fille qui foit amoureufe de lui ; il
lui donnera un état , des diamans , & lui
racontera tous les foirs l'hiftoire de fa jeuneffe.
Plufieurs bons bourgeois demandent
un fecret pour empêcher leurs femmes de
fe donner en fpectacle.
...Un
Un homme qui n'a pas le bon ton de
-mande, un maître à penfer pour fes enfans
, & promet de le payer autant qu'un
maître à danſer.
Plufieurs femmes demandent qu'il leur
foit permis de penfer auffi bien que les
hommes , & quelquefois mieux.
7 Un certain nombre de maris demandent
la permiffion d'aimer leurs femmes , fans
pour cela devenir ridicules. On prie les
jeunes gens à la mode de ne pas déchirer la
réputation des femmes ; on avertit cellesci
de n'y pas donner fujet.
Un homme fans fortune demande la
permiffion de fe trouver heureux. Un milionnaire
demande s'il eft vrai qu'on puifle
l'être.
Spectacles.
Il y aura cet été fur le Boulevard deux
mille cabriolets , autant de diables & de
culs- de- finges . Tous les petits- maîtres des
deux fexes , plufieurs convalefcens , beaucoup
de nourrices , les arrofaires de M.
16 MERCURE DE FRANCE. /
Outrequin , & quelques dévotes pour
critiquer le tout.
On y verra la nuit des femmes en perites
robes , & des maris avec une mine allongée.
Toutes les femmes qui ne fe piquent
pas de taille , refteront dans leurs
voitures , faifant des noeuds & des révérences
plus ou moins profondes , relativement
à la qualité des gens falués.
Mariages.
Il s'eft fait plufieurs marchés auxquels
on a donné le nom de mariages.
Une dévote s'eft mariée pour faire le
falut d'un homme beau & bienfait.
Une jeune fille vient d'époufer une
charge.
Un jeune homme s'eft marié à un coffrefort.
Un vieillard vient d'époufer un joli vifage.
Un homme fingulier s'eft marié pour
lui.
Enterremen's.
Un fot eft mort pour s'être connu .
Un bel efprit pour avoir entendu fiffler
vis - à- vis de fon cabinet.
Un écuyer eft mort d'une chûte de
cheval.
MAL 1755•
17
Un maître-d'armes d'un coup d'épée,
Un millionnaire eft mort de faim.
Un indigent d'indigeſtion.
Cours de changes & effets commerçables:
Depuis quelque tems la vertu , les bonnes
moeurs perdent beaucoup fur la place.
L'ambition & le luxe font dans la plus
grande valeur.
Le bel efprit eft à cent pour dix.
Le bon efprit à dix pour cent.
Changes.
L'honneur
Le bonheur
pour
l'or.
pour l'opinion.
Les
graces
L'efprit
pour les minauderies.
pour le jargon.
Le jugement pour l'efprit.
Le goût pour la mode.
La volupté pour la débauche.
Les plaifirs pour les vices.
Nous efperions de donner la continuation
de ces feuilles , mais on nous affure
que les ridicules & les vices vont devenir
firares à Paris qu'il nous feroit impoffible
de trouver dequoi remplir notre projet.
Fermer
Résumé : ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
En mai 1755, le Mercure de France publiait diverses annonces et avis reflétant la société de l'époque. Le document incluait des offres de biens seigneuriaux et en roture à vendre ou à louer, ainsi que des annonces de charges et d'offices disponibles. Parmi les annonces notables, on trouvait des propositions de sorties à l'opéra, des offres de services de pères pour jeunes orphelines, et des recherches de partenaires fortunés. Le texte mentionnait également des ridicules et des modes de la société, comme l'art de parler sans rien dire ou l'importance des apparences. Des avis divers conseillaient sur les comportements à adopter, notamment pour les femmes, les jeunes gens et les enfants. Le document se terminait par des annonces de spectacles, de mariages et d'enterrements, ainsi que des cours de changes et des effets commerçables. Ces éléments illustraient les valeurs et les priorités de la société de l'époque, mettant en lumière les aspects économiques, sociaux et culturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3556
p. 27-34
SUR LES CONTES.
Début :
Les contes sont un de ces petits ouvrages d'agrément, où les modernes [...]
Mots clefs :
Contes, Jean de La Fontaine, Jacques Vergier, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES CONTES.
SUR LES CONTES.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
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Résumé : SUR LES CONTES.
Le texte explore le genre littéraire des contes, soulignant qu'il est moderne et distinct des œuvres anciennes. Les Italiens, notamment Boccace et le Pogge, sont reconnus pour avoir inventé les contes en prose, tandis qu'Arioste fut le premier à les mettre en vers. En français, les contes de la Reine de Navarre, de La Fontaine et de Vergier sont particulièrement notables. Ces contes se distinguent par des aventures galantes, des séductions, des intrigues et des stratagèmes pour tromper la vigilance des parents ou des époux. Ils sont marqués par un ton libre et des images licencieuses, reflétant une imagination libertine et une extrême gaieté. La Fontaine, bien qu'inspiré par les Italiens et l'Heptaméron de la Reine de Navarre, possède un style narratif unique. Ses contes se caractérisent par leur vivacité, leur naturel et leur capacité à captiver le lecteur. La Fontaine excelle dans l'art de rendre les incidents plaisants et les détails humains avec précision. Cependant, ses œuvres contiennent des négligences et des longueurs qui peuvent refroidir l'intérêt. Malgré cela, certains de ses contes, comme 'L'Hermite' et 'Le Berceau', sont considérés comme parfaits. La Fontaine est également le moins licencieux des auteurs de contes, enveloppant les idées voluptueuses dans une gaze légère qui stimule l'imagination. Le texte critique les contes de La Fontaine pour leur potentiel à éveiller des idées de volupté dangereuses, contrairement à ce que l'auteur prétendait. Vergier, qui a pris La Fontaine comme modèle, n'a pas atteint la même naïveté de style, bien que ses contes soient naturels. Grécourt, un autre auteur de contes, est jugé obscène et moins talentueux. Le texte mentionne également quelques contes épars, dont le 'Rajeunissement inutile' de Moncrif, qui est loué pour sa légèreté, son harmonie et ses réflexions fines. Ce conte est comparé aux meilleurs de La Fontaine et pourrait même leur être préféré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3557
p. 63-69
« EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Début :
EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Philosophe, Philosophie, Amants, Commerce
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texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
XTRAI
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
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Résumé : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Le roman 'Les Amans Philosophes' de Mlle Brohon met en scène plusieurs personnages principaux : Merindor, Damon, Uranie, Emilie et Victoire. Merindor, un homme philosophe et sage, est soutenu par Damon et Uranie. Damon, moins expérimenté, est trompé par Emilie, une coquette. Uranie, une veuve estimable, présente Merindor à Dericourt, qui se révèle être Victoire, une jeune femme déguisée en homme pour échapper à son frère tyrannique, Dorante. Emilie découvre le déguisement de Victoire et la dénonce à Dorante, qui enferme Victoire dans un couvent. Damon tue Dorante pour libérer Victoire, et Merindor retrouve la santé. Le roman se conclut par les mariages de Merindor avec Victoire et de Damon avec Uranie, tous guidés par la raison et la vertu. Le texte loue l'ouvrage pour son moralisme et son style naturel. Par ailleurs, il mentionne plusieurs autres publications, notamment un essai sur le commerce anglais, un discours sur les barreaux d'Athènes et de Rome, et des œuvres de Chapelle et Bachaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3558
p. 70-76
« J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Début :
J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...]
Mots clefs :
Chant, Musique, Art du chant, Plaisirs, Méthode, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
J'infere ici le fentiment d'un amateur
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
Fermer
Résumé : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Le texte présente une critique élogieuse de l'ouvrage 'L'Art du chant' de M. Bérard, publié en 1755. L'auteur admire la méthode et la précision de Bérard, soulignant que l'ouvrage ne se contente pas d'une analyse superficielle mais examine en profondeur les organes de la voix et établit des principes et des règles pour enrichir l'expression musicale. L'ouvrage inclut de nombreux exemples illustrant l'application de ces principes. L'auteur conteste l'idée que le chant français soit monotone, comme le prétendent certaines préventions injustes. Bérard démontre comment exprimer divers effets de la nature et des passions, apportant ainsi variété et vérité au chant français. L'ouvrage remédie également aux difficultés rencontrées par ceux qui souhaitent étudier le chant, que ce soit par manque de maîtres qualifiés ou de temps. Il est utile tant pour les débutants que pour les musiciens déjà expérimentés. Dans les sociétés où le chant est une occupation principale, l'ouvrage de Bérard permet d'éviter les erreurs courantes et d'améliorer la qualité du chant. L'auteur loue particulièrement l'invention de nouveaux signes par Bérard, qui permettent de reproduire les performances des grands chanteurs et d'améliorer les compositions musicales. Il encourage les compositeurs et les acteurs à utiliser les principes de Bérard pour améliorer leurs performances et restaurer la gloire de l'Opéra français. Enfin, le texte mentionne la disponibilité du tome III de 'L'Architecture françoise' et d'un 'Dictionnaire portatif de l'Ingénieur' chez le libraire Ch. Ant Jombert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3559
p. 77-86
SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
Début :
Une maladie longue & opiniâtre, une convalescence des plus lentes & des [...]
Mots clefs :
Poème, Christiade, Dieu, Sauveur, Paradis, Académicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
SECONDE LETTRE
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
•
D'un Académicien de M .... à un Academicien
de R.... fur la Chriftiade , ou
le Paradis reconquis , pour fervir de fuite
au Paradis perdu de Milton.
U
NE maladie longue & opiniâtre , une
convalefcence des plus lentes & des
affaires arrierées ne m'ont pas permis ,
Monfieur , de vous tenir plutôt la parole
que je vous donnai dans ma lettre du mois
de Juillet dernier , dans laquelle je vous
promettois de vous dire mon fentiment
fur le refte de la Chriftiade. Je fuis ravi
que le jugement que j'en ai porté s'accor
de avec le vôtre , & que celui de vos illuftres
confreres y mette un fceau refpectable
à tout critique. Je vais donc achever
l'analyfe de cet ouvrage avec confiance &
fans partialité.
Je vous avois laiffé au huitième chant
& c'eft de là que je reprens. Il contient
le plus grand & le plus augufte de nos
myfteres ; l'inftitution de l'Euchariftie , &
je vous affure qu'on ne peut lire rien de
plus tendre & de plus onctueux que le
difcours que le Sauveur fait à fes Difci-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ples dans fon teftament d'adieu . Le combat
de fon agonie eft un morceau théologique
, qui n'eft pas à la vérité de notre
reffort , mais nous en avons entendu difcourir
des Théologiens , qui ont affuré
qu'on ne pouvoit mieux accommoder le
dogme dans un poëme , & le mettre dans
le jour le plus favorable & le plus conforme
à la faine doctrine , fans en rien altérer
, au milieu même des fictions poëtiques.
L'épifode de Judas Iscariot qui commence
à la fin du feptieme chant , & qui
finit dans le dixieme par fa mort tragique,
eft un épiſode d'éclat qui n'a pas échappé
à votre pénétration : il eft en effet bien
fingulier ; car cet épifode feul eûr pû faire
la matiere d'un poëme par fon commen
cement , fon milieu & fa fin . L'efpece de
choc qui fe paffe dans le jardin des Oliviers
lorfque le Sauveur y eft pris , paroîtroit
d'invention romanefque , fi l'Evangélifte
ne difoit pofitivement qu'à la parole
du Sauveur , Judas & les troupes qu'il
conduifoit tomberent à la renverſe . L'em-
-portement de S. Pierre , connu par le coup
de glaive dont il frappa Malchus , & la
difpofition des autres Apôtres fes collégues
qui n'attendoient que le confentement
de leur Maître pour tirer pareilleΜΑΙ.
79 1755.
ment le glaive , eft fi bien marqué dans
l'Evangile , qu'on ne peut le regarder comme
une rodomontade de la part des compagnons
de l'Homme Dieu . Le fonge de
la femme de Pilate , qui dans le neuvieme
chant interrompt le jugement que fon
mari alloit porter contre Jefus , & la def
cription du temple de la Sibylle , font des
épifodes d'invention hiftorique , où tout
elt afforti au fujet principal. L'antre des
génies infernaux où Satan defcend par les
bouches du Vefuve , & y fait forger les
inftrumens du fupplice de Jefus- Chriſt , eſt
encore un morceau d'imagination poëtique ,
qui ravit par le détail des ouvrages aufquels
ces génies font occupés. Cette defcription
qui égaie le fombre de la mort
tragique de Judas , eft admirable. Le por
trait de la politique que Satan appelle du
haut des tours de Solime , & la politique
qui , fidele à la voix de Satan , quitte lecabinet
de l'Empereur Tibere , & accourt
à travers les airs pour venir fe prêter aux
vûes du monarque infernal , fait un bel
effet dans le onzieme chant. Le fupplice
du Sauveur & le tableau des fouffrances
qu'il endure avec une patience plus que
héroïque , contrafte fort bien avec le zéle
des Anges qui forment l'armée céleſte , &
quiau premier mouvement courent prendre
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
-
les armes dans l'arfenal de Dieu pour aller
fondre fur les ennemis de fon fils , & le
délivrer des mains des impies qui s'apprêtent
à le crucifier. Ce zélé de l'armée célefte
, qui borné par l'ordre abfolu du
Tout puiffant , fe change en deuil , &
l'éclipfe de la férénité de la face brillante
de Dieu pénétré de douleur à la mort de
fon fils , éclipfe qui eft la caufe premiere
des ténébres qui obfcurciffent le foleil , &
qui couvrent toute la terre en un inſtant ,
tout cela eft d'un fublime qui étonne , ra
vit , & imprime la terreur , la crainte & le
refpect pour la majeſté de Dieu . L'éclat
qui accompagne le triomphe de la Réfurrection
du Sauveur , les vives defcriptions
de l'empire du tems , du cahos & de la
nuit , celle des enfers , dont les peintures
effrayantes font d'un nouveau coloris &
parfaitement afforties aux différens genres
de tourmens , & aux différentes efpeces
de coupables qui les endurent , la defcription
des limbes , le portrait de la tranquille
efpérance qui anime les faints perfonnages
qui l'habitent , ce doux efpoir d'un
heureux avenir qui contrafte avec la fureur
& le defefpoir des réprouvés , la beauté
du climat des limbes & l'horreur des enfers
, font des tableaux qui effrayent &
raffurent , qui troublent & qui calment,
Μ Α Ι. 1755 .
81
tour à tour le lecteur. Il fe délaffe enfin
dans les belles plaines du ciel & dans le
brillant féjour de la Divinité , dont le temple
eft peint d'une maniere d'autant plus
admirable , que l'auteur pouvant faire.
jouer fon imagination , n'a néanmoins
emprunté que les idées tracées par S. Jean
dans fon Apocalypfe. Le livre des deftinées
humaines , fcelle de fept fceaux que le
Sauveur ouvre aux yeux de fon Apôtre ,
pour lui faire connoître les hommes dont
les ames lui font confiées , eft encore emprunté
de l'Apocalypfe . L'établiffement
miraculeux de l'Eglife , & le changement
progreffif qui fe fait dans tous les états du
monde par la prédication de l'évangile ,
les portraits des premiers Souverains chré-,
tiens , & les juftes éloges donnés à leurs
fucceffeurs en qualité de protecteurs de
l'Eglife , la fucceffion invariable & non.
interrompue des fouverains Pontifes qui
ont occupé le fiége de Rome & de l'Eglife ,
& les traits fous lefquels font repréfentés
les plus grands Papes jufqu'à celui qui
remplit fi dignement la chaire de Saint .
Pierre , tout cela eft d'une invention fine
ingénieufe , délicate , qui tranfporte & ravit
le lecteur en lui rappellant les grands.
traits de l'ancien & du nouveau Teftament ,
& d'une partie de l'Hiftoire eccléfiaftique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par une narration agréable & fleurie.
On a donc bien eu raifon , Monfieur ,
de dire que la Chriftiade , bien loin de
nuire à la religion & de fcandalifer la foi
des Fideles , ne peut fervir qu'à leur donner
une grande idée de nos myfteres . Les
fictions fans nombre qui étayent ce poëme
, n'auroient point été admiffibles dans
un fujet auffi facré , & le lecteur pieux
auroit eu raifon de s'en alarmer & de les
rejetter , fi l'auteur n'eût eu la précaution
de les puifer toutes dans le fond même des
myfteres , ainfi que l'a fort bien remarqué
un célebre Journaliſte , & de les appuyer
des autorités de l'Ecriture , des faints Peres
, des Conciles , des Commentateurs
& de l'Hiftoire . C'eft de là probablement
qu'eſt venu ce déluge de notes qui a inondé
l'ouvrage , & c'eft avec la même juſteſſe
que vous avez été frappé de l'art avec lequel
les humiliations & les grandeurs de
Homme - Dieu contraftent avec dignité &
s'ennobliffent mutuellement.
En effet le poëme de la Chriftiade n'eft
que le triomphe du Chrift . Si cet objet
nous étoit moins familier , il piqueroit
plus notre curiofité ; mais un fujet dont
nos oreilles font rebattues dans nos chaires
, dont nos livres font remplis , dont
nous fommes imbus dès l'enfance , affadit
M. A I. 83
1755. .
en quelque forte , & rebute , fi l'on peut fe
fervir de ce terme , l'attention du Chrétien
tiéde , à laquelle les objets attrayans
du fiécle font fans ceffe diverfion. Dans le
monde on ne connoît communément le
Sauveur que par fa naiffance pauvre & par
fa mort ignominieufe ; ce font là les deux
points de vûe fous lefquels on le confidere
: l'éclat de fes miracles frappe , mais
l'ignominie de fa croix fcandalife , & il
faut avoir une foi bien ferme pour n'être
pas tenté d'abandonner un maître qui vit
d'une façon fi obfcure , & qui meurt du
fupplice le plus infâme . C'eft là ce qui a
donné crédit au préjugé commun , que que les
myfteres de notre religion ne fçauroient
être la matiere d'un poëme ; mais un ef
prit qui ne s'arrête point à la fuperficie ,
qui s'éleve au- deffus des préjugés , qui approfondit
tous les myfteres , qui analyſe
tous les faits , ne peut s'empêcher d'être
frappé de la Divinité , qui éclate jufques
dans les moindres actions du Sanveur ; on
voit en lui le héros des héros , le héros par
excellence , l'Homme - Dieu , le Dieu des
Dieux .
Je ne puis mieux finir cette analyfe ,
Monfieur , qu'en vous difant mon fentiment
fur le fujer des planches , vignettes
& gravûres en taille -douce qui font à la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tête de chaque chant de la Chriſtiade : il
y regne autant de poëtique & de fublime
d'idées que dans l'ouvrage même ; les allégories.
en font fines , juftes & nullement
forcées. Peut - on rien de plus beau que
l'idée du frontispice , où les trois monftres,
Satan , le péché & la mort perfonnifiés ,
font attachés au trophée du Rédempteur ;
le palais du prince de l'air , avec tous fes
attributs , & la tempête qu'il excite à la
priere de Satan ; le confeil des démons fur
le Liban , où les grands acteurs font caractérifés
; le feftin d'Hérode , où Hérodias
danfe ; Magdeleine dans fes beaux jardins.
livrée à fes illufions , & enfuite dans fon
appartement renverfant & brifant fa toilette
dans un faint emportement de converfion
; la médiation du Verbe , & Adam
& Eve pris dans les filets de la mort ; la
naiffance de la femme ; l'antre des génies
infernaux ; l'arfenal célefte ; le magnifique
temple de la Sibylle , & la femme de
Pilate dormant fur les genoux du fommeil;
l'ame du Dieu crucifié, expirant, qui fort de
fa bouche , un drapeau d'une main en figne
de fa victoire , & des foudres de l'autre , en
inftrumens de fa vengeance , qui foudroye
& précipite les légions de démons répandus
dans les airs , où ils s'applaudiffoient
de leur prétendue victoire fur le Seigneur
MA I. 1755.
85 .
& fur fon Chrift ; & enfin ce même Chriſt
fortant victorieux du tombeau , dont la
pierre énorme renversée par la puiffance
divine , écrafe la mort qui étoit affife
deffus ; & les clefs de la mort & des enfers
que le Sauveur reffufcitant tient dans
fes mains? ce font là , Monfieur , autant
d'idées nobles & poëtiques que le célebre
Eyfen a parfaitement tracées , fans doute ,
d'après l'auteur , & que les plus habiles
Graveurs de Paris ont très - bien rendues .
Tout eft poëtique , tout eft admirable dans .
ce poëme , jufqu'au crayon & au burin
du Deffinateur & des Graveurs.
"
Vous penferez peut - être , Monfieur, que
la chaleur du climat qui échauffe notre
imagination , eft la feule caufe de l'admiration
que nous avons pour la Chriftiade ;
mais defabufez-vous , les coups de foleil
aufquels on nous accufe d'être fujets , ne
dirigent point nos jugemens ; je ne vous
les produirois même pas avec tant de confiance
, fi les perfonnes les plus éclairées
de nos provinces & des Académies voifines
, & principalement un homme célebre
par quantité de bons ouvrages , qui fe
diftingue à la tête de l'Académie des Belles-
Lettres de M .... n'avoit prévenu notre
jugement par les fuffrages les plus favorables
à la Chriftiade .
86 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en foit , notre admiration
pour ce poëme n'eft point aveugle , mais
nous faifons graces aux défauts en faveur
des beautés ; car quelques exemples & autorités
que l'auteur apporte pour fe juftifier
d'avoir écrit fon poëme en profe
cependant , comme l'ufage a prévalu , &
que par poëme on entend communément
aujourd'hui un ouvrage en vers , nous faifons
des voeux avec vous pour que quel
que heureux génie s'animant du feu poëtique
de l'auteur de la Chriftiade , fans en
amortir les faillies , veuille bien prendre
la peine de nous la rendre en beaux vers
françois , débarraffée de certains détails
qui font languir l'action , & de quelques
notes qui paroiffent fuperflues. Je fuis ,
& c.
On imprime chez Boudet , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , un projet de
Tactique d'après le fyftême du Chevalier
Folard , & les idées de M. le Maréchal de
Saxe. Je crois que l'annonce de ce livre.
doit exciter la curiofité de nos militaires ,
que fa lecture peut leur être auffi utile
que l'ouvrage paroît intéreffant. Le Libraire
le diftribuera dans le courant de ce
mois ; 1 vol. in-4°.
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Résumé : SECONDE LETTRE D'un Académicien de M.... à un Académicien de R.... sur la Christiade, ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis perdu de Milton.
La seconde lettre est une correspondance entre deux académiciens discutant de la 'Christiade', un poème épique. L'auteur de la lettre approuve le jugement de son interlocuteur et de leurs confrères sur l'œuvre. Il commence son analyse à partir du huitième chant, mettant en avant la tendresse et l'onction du discours du Sauveur lors de l'institution de l'Eucharistie. Il admire également la profondeur théologique du combat de l'agonie du Christ, bien que ce traitement ne soit pas conforme à leur ressource, il est approuvé par des théologiens. L'épître met en lumière plusieurs épisodes marquants du poème, tels que la trahison de Judas, le combat au jardin des Oliviers et l'intervention de la femme de Pilate. Elle loue également les descriptions poétiques, comme l'antre des génies infernaux et la politique de Satan. Le supplice du Sauveur et les réactions des anges sont décrits avec un sublime qui impressionne. Le poème est salué pour sa fidélité aux Écritures et aux autorités ecclésiastiques, justifiant ainsi les fictions poétiques par leur enracinement dans les mystères chrétiens. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour les illustrations du poème, qui sont aussi poétiques et sublimes que le texte lui-même. Il espère cependant que la 'Christiade' pourrait être réécrite en vers français pour en améliorer la fluidité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3560
p. 87-92
LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
Début :
Monsieur, j'avois décidé avec moi-même de faire un divorce irréconciliable [...]
Mots clefs :
Algèbre, Géométrie, Science de la guerre, Madame la Dauphine, Problème d'algèbre, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
LETTRE à M ..... Profeſſeur & Cenfeur
royal , par M. G. Ecuyer , Officier
de la chambre de Madame la Dauphine
, fur un problême d'algebre appliqué
à la fcience de la guerre .
Onfieur , j'avois décidé avec moi-
Mmême de faire un divorce irréconciliable
avec l'Algebre & la Géométrie :
la néceffité de faire valoir mon bien de
campagne , celle de fuivre plufieurs procès
de fucceffion , mon peu de fanté , &
par conféquent le peu d'efpérance d'y acquerir
une forte de célébrité , m'avoient
fait prendre un parti fi contraire à mon
goût . J'eus l'honneur cet automne &
en même tems le vrai bonheur d'être admis
à faire ma cour à des perfonnes de
qualité de mon voifinage ; j'y retrouvai
des compas , des équerres , des niveaux ,
des graphometres , des cartes topographi
,
38 MERCURE DE FRANCE .
ques , des plans de bataille , de fiége , de
marches militaires , des projets de campa
gne , &c. en un mot tout ce qui caractériſe
un ſyſtème de travail ferieux , fuivi ,
& propre à des perfonnes deftinées par leur
naiffance & leurs talens héréditaires &
perfonnels , aux premiers emplois de la
guerre en falloit- il davantage pour me
rappeller à mes premieres foibleffes : On
me propofa de réfoudre le problême d'algebre
dont je vous fais aujoud'hui la dédicace
; nouvelles chaînes , nouveau motif
d'ardeur & d'émulation , & voilà l'époque
glorieufe pour moi de mon retour à
la géométrie. Je vis dans cette refpectable
maifon , avec un plaifir bien fenfible
& bien délicat , des enfans à peine de fept
ou huit ans , tracer des lignes & des angles
, reconnoître leurs rapports & leurs
combinaiſons , manier des inftrumens de
Mathématique je fus enchanté de n'entendre
fortir de leur bouche que les termes
de fervice du Roi , de la haine de
fes ennemis , de l'honneur , de la bravoure
, & de la néceffité d'acquerir les talens
du coeur & de l'efprit , indifpenfables pour
commander les autres ; on me pardonnera
cette forte d'indifcrétion , j'y vis avec la
plus vive furpriſe , & comme une efpéce
de paradoxe , les dames , fans perdre la
MA 1. 1755. 89 ·
plus légere de leurs graces , ni de ce tour
délicat & ingénieux de la converſation
que donne l'ufage du grand monde ; les
dames , dis- je , paffer avec fuccès , de la
poëfie , de la mufique , de l'hiftoire , ou
des ouvrages de goût & de légereté , à calculer
, à réfoudre des problèmes de Géométrie
& d'Algebre.
Enfin j'y vis les terres & les arbres
cultivés fuivant les principes de M M.
Sthul , Duhamel , de Buffon ; les abeilles
& les vers à foie élevés fuivant les regles
de M. de Réaumur ; la pratique de l'éducation
fauvage des beftiaux , en un mot
plufieurs de ces arts champêtres innocens ,
utiles à la fociété , à la fanté , à la confervation
de fon bien , & dont les héros rendus
à la paix ne rougiffoient point autrefois.
Tout refpiroit dans cette belle & délicieuſe
campagne l'efprit de calcul & de
fyftême , & ces principes folides de la
raifon fupérieure de l'illuftre M. de P. auffi
grand à la guerre que férieux & appliqué
chez lui , d'où il avoit banni cette frivo-.
lité qui ne gagne que trop aujourd'hui .
Les bornes d'une lettre femblent contraindre
de fi juftes motifs d'éloges ; mais la
vertu & le vrai mérite font fi peu communs
qu'on n'en reconnoît les traces qu'avec
un fecret & délicieux enchantement ;
90 MERCURE DE FRANCE.
ces motifs ne font pas néanmoins étrangers
à l'objet de ma lettre , puifqu'il vous
entretiennent d'application de calcul aux
affaires de la vie ; méthode que vous eftimez
. avec raiſon , bien fupérieure à celle
qui ne traite que des x & des y , & dont
vous ne ceſſez de recommander l'uſage à
vos difciples après qu'ils fe font mis en
poffeffion de cette derniere .
?
&
Parlons maintenant de mon problême ,
qui eft , je penſe , un des plus forts qu'on
puiffe propofer en Algebre indéterminée du
premier dégré ; j'ai pris à tâche de réunir
toutes les méthodes de Diophante , de Bachet
, du P. Prefter , & d'autres. Il contient ,
proprement parler , huit problêmes différens
; ce n'eft que la quatrieme condition
qui lie les trois précédentes , comme vous
le verrez dans la premierepréparation
qui les rappelle à une expreffion où les inconnues
font égalées à des quantités connues
mêlées avec deux indéterminées . Les
fept & huitiémes conditions font deux.
problêmes nouveaux , qu'on peut encore
réfoudre féparément des premiers ; mais
comme ils font une efpéce d'hiftoire fuivie
, il faut trouver l'art de les lier avec
la deuxième préparation il y a encore
un choix délicat à faire dans les rapports
des pertes ou des foldats défaits de chaM
A I.
1755 . 91
que
détachement , car fi on ne les tire
point de la nature intrinfeque du problême
, on ne fera rien qui vaille , on aura
bien des folutions vraies , mais qui feront
à d'autres queftions. Il eft inexprimable
combien j'ai gâté de papier , & combien
il m'en a coûté de peines pour fixer ces
rapports , fans compter les fautes d'étourderie
& les erreurs des fignes . Je joins à ma
lettre le mis au net de mes calculs , qui contiennent
cinq ou fix feuillets , fans aucun
détail de divifion ou de multiplication.
C'eſt un hommage que je vous adreffe ,
un tribut , le paiement d'une dette , car
affurément je vous dois beaucoup ; c'eft
en un fens votre bien , votre ouvrage ,
puifqu'il eft bâti des matériaux recueillis
fous vous au Collège royal ; c'eft le fruit
du long loifir que me laiffe mon fervice ,
& duquel je ne crois pas devoir faire un
meilleur ufage , les devoirs de la fociété
remplis , pour mériter l'honneur de votre
eftime , & le nom de &c.
Les nombres les plus fimples qui fatisfont
à toutes les conditions du problê
me , font : 551 , 431 , 311 .
All x 8400 μss!?
J : 64052 + 431
4410
➡0.1.2.3.4.5. &cj
311
92 MERCURE DE FRANCE.
1 ° . Effectivement le tiers de 551 eſt
1832, le quart de 551 eft 135 +3 .
e
2°. Le 5º de 431 eft 86 + 1 , & le 7º
de 431 eft 614.
3 °. Le 7° de 311 eft 44 + 3 , & le 9º
de 311 eft 34 + 4.
4°. 551 + 311 = 2 × 431 = 862.
50. 551 +9 , 43x + +2 , 431 +4 :: 140. 61 .
7
60 551 +9 311 ·
'SI.
140.102
:: 50 :
C. Q.F. F. & D.
A Versailles , ce 10 Avril 1755 .
royal , par M. G. Ecuyer , Officier
de la chambre de Madame la Dauphine
, fur un problême d'algebre appliqué
à la fcience de la guerre .
Onfieur , j'avois décidé avec moi-
Mmême de faire un divorce irréconciliable
avec l'Algebre & la Géométrie :
la néceffité de faire valoir mon bien de
campagne , celle de fuivre plufieurs procès
de fucceffion , mon peu de fanté , &
par conféquent le peu d'efpérance d'y acquerir
une forte de célébrité , m'avoient
fait prendre un parti fi contraire à mon
goût . J'eus l'honneur cet automne &
en même tems le vrai bonheur d'être admis
à faire ma cour à des perfonnes de
qualité de mon voifinage ; j'y retrouvai
des compas , des équerres , des niveaux ,
des graphometres , des cartes topographi
,
38 MERCURE DE FRANCE .
ques , des plans de bataille , de fiége , de
marches militaires , des projets de campa
gne , &c. en un mot tout ce qui caractériſe
un ſyſtème de travail ferieux , fuivi ,
& propre à des perfonnes deftinées par leur
naiffance & leurs talens héréditaires &
perfonnels , aux premiers emplois de la
guerre en falloit- il davantage pour me
rappeller à mes premieres foibleffes : On
me propofa de réfoudre le problême d'algebre
dont je vous fais aujoud'hui la dédicace
; nouvelles chaînes , nouveau motif
d'ardeur & d'émulation , & voilà l'époque
glorieufe pour moi de mon retour à
la géométrie. Je vis dans cette refpectable
maifon , avec un plaifir bien fenfible
& bien délicat , des enfans à peine de fept
ou huit ans , tracer des lignes & des angles
, reconnoître leurs rapports & leurs
combinaiſons , manier des inftrumens de
Mathématique je fus enchanté de n'entendre
fortir de leur bouche que les termes
de fervice du Roi , de la haine de
fes ennemis , de l'honneur , de la bravoure
, & de la néceffité d'acquerir les talens
du coeur & de l'efprit , indifpenfables pour
commander les autres ; on me pardonnera
cette forte d'indifcrétion , j'y vis avec la
plus vive furpriſe , & comme une efpéce
de paradoxe , les dames , fans perdre la
MA 1. 1755. 89 ·
plus légere de leurs graces , ni de ce tour
délicat & ingénieux de la converſation
que donne l'ufage du grand monde ; les
dames , dis- je , paffer avec fuccès , de la
poëfie , de la mufique , de l'hiftoire , ou
des ouvrages de goût & de légereté , à calculer
, à réfoudre des problèmes de Géométrie
& d'Algebre.
Enfin j'y vis les terres & les arbres
cultivés fuivant les principes de M M.
Sthul , Duhamel , de Buffon ; les abeilles
& les vers à foie élevés fuivant les regles
de M. de Réaumur ; la pratique de l'éducation
fauvage des beftiaux , en un mot
plufieurs de ces arts champêtres innocens ,
utiles à la fociété , à la fanté , à la confervation
de fon bien , & dont les héros rendus
à la paix ne rougiffoient point autrefois.
Tout refpiroit dans cette belle & délicieuſe
campagne l'efprit de calcul & de
fyftême , & ces principes folides de la
raifon fupérieure de l'illuftre M. de P. auffi
grand à la guerre que férieux & appliqué
chez lui , d'où il avoit banni cette frivo-.
lité qui ne gagne que trop aujourd'hui .
Les bornes d'une lettre femblent contraindre
de fi juftes motifs d'éloges ; mais la
vertu & le vrai mérite font fi peu communs
qu'on n'en reconnoît les traces qu'avec
un fecret & délicieux enchantement ;
90 MERCURE DE FRANCE.
ces motifs ne font pas néanmoins étrangers
à l'objet de ma lettre , puifqu'il vous
entretiennent d'application de calcul aux
affaires de la vie ; méthode que vous eftimez
. avec raiſon , bien fupérieure à celle
qui ne traite que des x & des y , & dont
vous ne ceſſez de recommander l'uſage à
vos difciples après qu'ils fe font mis en
poffeffion de cette derniere .
?
&
Parlons maintenant de mon problême ,
qui eft , je penſe , un des plus forts qu'on
puiffe propofer en Algebre indéterminée du
premier dégré ; j'ai pris à tâche de réunir
toutes les méthodes de Diophante , de Bachet
, du P. Prefter , & d'autres. Il contient ,
proprement parler , huit problêmes différens
; ce n'eft que la quatrieme condition
qui lie les trois précédentes , comme vous
le verrez dans la premierepréparation
qui les rappelle à une expreffion où les inconnues
font égalées à des quantités connues
mêlées avec deux indéterminées . Les
fept & huitiémes conditions font deux.
problêmes nouveaux , qu'on peut encore
réfoudre féparément des premiers ; mais
comme ils font une efpéce d'hiftoire fuivie
, il faut trouver l'art de les lier avec
la deuxième préparation il y a encore
un choix délicat à faire dans les rapports
des pertes ou des foldats défaits de chaM
A I.
1755 . 91
que
détachement , car fi on ne les tire
point de la nature intrinfeque du problême
, on ne fera rien qui vaille , on aura
bien des folutions vraies , mais qui feront
à d'autres queftions. Il eft inexprimable
combien j'ai gâté de papier , & combien
il m'en a coûté de peines pour fixer ces
rapports , fans compter les fautes d'étourderie
& les erreurs des fignes . Je joins à ma
lettre le mis au net de mes calculs , qui contiennent
cinq ou fix feuillets , fans aucun
détail de divifion ou de multiplication.
C'eſt un hommage que je vous adreffe ,
un tribut , le paiement d'une dette , car
affurément je vous dois beaucoup ; c'eft
en un fens votre bien , votre ouvrage ,
puifqu'il eft bâti des matériaux recueillis
fous vous au Collège royal ; c'eft le fruit
du long loifir que me laiffe mon fervice ,
& duquel je ne crois pas devoir faire un
meilleur ufage , les devoirs de la fociété
remplis , pour mériter l'honneur de votre
eftime , & le nom de &c.
Les nombres les plus fimples qui fatisfont
à toutes les conditions du problê
me , font : 551 , 431 , 311 .
All x 8400 μss!?
J : 64052 + 431
4410
➡0.1.2.3.4.5. &cj
311
92 MERCURE DE FRANCE.
1 ° . Effectivement le tiers de 551 eſt
1832, le quart de 551 eft 135 +3 .
e
2°. Le 5º de 431 eft 86 + 1 , & le 7º
de 431 eft 614.
3 °. Le 7° de 311 eft 44 + 3 , & le 9º
de 311 eft 34 + 4.
4°. 551 + 311 = 2 × 431 = 862.
50. 551 +9 , 43x + +2 , 431 +4 :: 140. 61 .
7
60 551 +9 311 ·
'SI.
140.102
:: 50 :
C. Q.F. F. & D.
A Versailles , ce 10 Avril 1755 .
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Résumé : LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
La lettre est adressée à un professeur et censeur royal par M. G., écuyer et officier de la chambre de Madame la Dauphine. L'auteur avait initialement abandonné l'algèbre et la géométrie en raison de ses obligations personnelles et de son manque de temps. Cependant, lors d'une visite chez des personnes de qualité, il a été inspiré par l'environnement mathématique et militaire qu'il y a trouvé. Il a été invité à résoudre un problème d'algèbre appliqué à la science de la guerre, ce qui l'a ramené à ses premières passions. Dans cette maison, il a observé des enfants et des dames s'adonnant aux mathématiques avec succès, tout en cultivant des terres et élevant des animaux selon des principes scientifiques. L'auteur a été impressionné par l'esprit de calcul et de système qui y régnait, ainsi que par les principes solides de la raison supérieure. L'auteur décrit ensuite le problème d'algèbre qu'il a résolu, un problème complexe d'algèbre indéterminée du premier degré, réunissant diverses méthodes. Il mentionne les difficultés rencontrées et les erreurs commises lors de la résolution. Il joint à sa lettre le résultat de ses calculs, qu'il considère comme un hommage au professeur. Les nombres les plus simples satisfaisant aux conditions du problème sont 551, 431 et 311. L'auteur fournit également des détails sur les calculs effectués pour vérifier ces solutions. La lettre est datée du 10 avril 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3561
p. 92-94
Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Début :
On envoie trois détachemens pour s'emparer de trois postes différens. [...]
Mots clefs :
Science de la guerre, Algèbre, Problème d'algèbre
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texteReconnaissance textuelle : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Problême d'Algebre très- intéreſſant appliqué
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
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Résumé : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Le texte expose un problème d'algèbre appliqué à la science de la guerre, impliquant trois détachements envoyés pour s'emparer de trois postes différents. Les conditions spécifiques pour chaque détachement sont les suivantes : le premier détachement laisse un reste de deux lorsqu'il est rangé par trois et un reste de trois lorsqu'il est rangé par quatre. Le second détachement laisse un reste de un lorsqu'il est rangé par cinq et un reste de quatre lorsqu'il est rangé par sept. Le troisième détachement laisse un reste de trois lorsqu'il est rangé par trois et un reste de cinq lorsqu'il est rangé par neuf. Le nombre total de troupes du premier et du troisième détachement combinés est double de celui du second détachement. Quatre officiers du second détachement et cinq du troisième rejoignent le premier détachement. Après cette réorganisation, le premier poste coûte un quart des troupes destinées à l'emporter. Au second poste, un septième des troupes envoyées périssent, soit neuf hommes de moins que la moitié des soldats tués au premier poste. Le rapport des troupes défaites au premier poste à celles du second est de 140 à 61. Pour le troisième poste, un tiers des troupes commandées périssent, et cette perte est proportionnelle à celle du premier poste dans un rapport de 51 à 70. Le texte demande de déterminer le nombre d'hommes composant chaque détachement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3562
p. 94-98
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, quoique peu Physicien, & encore moins naturaliste, j'ai cependant [...]
Mots clefs :
Coquilles fossiles, Coquilles, Couleurs, Fines substances, Décoloration, Fossiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre adressée à l'auteur du Mercure, l'auteur exprime son admiration pour les explications de M. Mussard concernant la décoloration des coquilles fossiles. Il approuve la théorie selon laquelle les substances fines composant les couleurs des coquilles peuvent se détacher et passer du règne animal au règne minéral, étant entraînées par les eaux vers le centre de la terre. Cependant, il conteste l'idée de M. Mussard que ces substances pourraient également passer au règne végétal pour former les couleurs des fleurs et des fruits. L'auteur présente plusieurs objections : les coquilles fossiles ne se trouvent que dans certains terrains, les substances colorantes ne sont pas inépuisables, les bancs de coquilles ne sont pas universels, et leur grande profondeur rend improbable leur pénétration dans la terre végétale. Il suggère également que les sels contenus dans les végétaux pourraient volatiliser ces substances colorantes. Enfin, il propose que les substances colorantes se conservent dans la terre après la décomposition des végétaux pour servir aux nouvelles plantes. La lettre se conclut par un respect pour les travaux de M. Mussard et une invitation à approfondir ce sujet d'histoire naturelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3563
p. 98-104
LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
Début :
Monsieur, tout me ramene au plaisir de vous entretenir quelquefois par [...]
Mots clefs :
Couleurs, Corps marins, Observations, Fossiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
Depuis la lettre qui a donné lieu à ces
remarques , M. Muffard en a écrite une
nouvelle à M. Jallabert fur la même matiere
; elle peut donner plus de jour ou
d'étendue à fon fyftême , & doit trouver
ici fa place.
LETTRE de M. Muffard à M. Jallabert
, Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve .
M
Onfieur , tout me ramene au plaifir
de vous entretenir quelquefois par
mes lettres . Je fens que je puis trouver
dans un fi doux commerce , non feulement
de l'inftruction fur mille chofes que j'ignore
, mais encore de nouvelles lumières fur
celles que je crois fçavoir le mieux , & particulierement
fur les connoiffances que je
tâche d'acquerir par mes recherches.
Votre derniere réponfe me confirme dans
une partie de mes principes , il eft flateur
SRAM JAKI. 1735 .
VILLE
THE
LYJN
893
pour moi qu'ils foient adoptés par un ho
me tel que vous. J'aime , par exemple
vous voir déclarer que les pierres calcaires
vous paroiffent dûesjau genre animal , &
que fuivant vos propres obfervations elles
font formées d'un immenfe amas d'oeufs
de poiffons ; j'ajoûterois de coquilles &
de leurs détrimens . D'autres expériences
Monfieur , vous feront étendre infailliblement
cette idée beaucoup plus loin. Je në
fuis pas moins fatisfait pour la confirmation
des miennes , que ma remarque fur le plus
ou le moins de réfiftance des corps marins
à la décompofition vous paroiffe également
importante & certaine ; & je penſe
comme vous , que la qualité du diffolvant
eſt une autre raison qui peut hâter ou retarder
leurs changemens.
- A l'égard de mes idées fur les couleurs
je vous prie , Monfieur , de mettre beaucoup
de diftinction entre ce que j'ai cru
pouvoir avancer avec une forte vraiſemblance
qui approche pour moi de la certi
tude , & que j'ai propofé comme une fimple
conjecture , qui exige d'autres éclairciffemens
& d'autres preuves ; il me femble
même que je vous ai demandé grace
pour ma hardieffe. Que m'étois- je propofé
dans ma derniere lettre ? d'expliquer
fuivant mes foibles notions , d'où vien-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
f
nent les belles couleurs d'un grand nombre
de foffiles, J'en trouve la fource dans les
couleurs des corps marins , ou plutôt je
crois les reconnoître pour celles même de
ces corps , qui s'en détachant , comme ję
l'ai repréfentés, deviennent celles des au
tres corps aufquels elles fe joignent. Je
n'en excepte pas les mineraux ; & frappé
de voir que toutes mes expériences s'accordent
avec cette fuppofition , j'ajoûte qu'il
ne feroit pas furprenant pour moi qu'on
découvrit par d'autres obfervations que
les couleurs des végétaux vinſſent auffi de
la même fource : ce n'eft pas mettre au même
rang deux idées que je ne regarde
point encore du même oeil , & dont la feconde
n'est qu'une induction hazardée de
la premiere.
11
Mais permettez - moi , Monfieur , de remarquer
en premier lieu que vous ne
condamnez point celle qui regarde les
belles couleurs de certains foffiles & des
mineraux , & que votre filence du moins
me laiffe la liberté de conclure que vous
ne trouvez rien à combattre dans mon explication.
C'étoit particulierement
fur ce
point , tel que je l'ai expofé , que ma déférence
pour vos lumieres me faifoit fouhaiter
d'obtenir votre jugement,
2. Vos obfervations ne commencent
SOWA MEAL 1755 101
qu'à l'occafion des végétaux , lorfque donnant
plus d'étendue à mon explication que
je ne lui en donne moi-même , vous fuppofez
que je cherche auffi la fource de
leurs couleurs dans celles des corps marins.
Il ne vous paroît pas vraisemblable que
cette fource puiffe fuffire pour colorer tant
de fubftances , fur- tout les plantes dont les
couleurs fe renouvellent journellement ;
la feule verdure de l'herbe vous paroît
une difficulté invincible , &c. Que direzvous
de moi , Monfieur , fi je fais tourner
cette objection inême en ma faveur
en obfervant qu'elle ne nuit point au fond
de mon explication , puifqu'elle ne regarde
que le plus ou le moins d'extenſibilité
des parties colorifiques ? Il me deviendra
peut être affez indifférent jufqu'où elles
peuvent s'étendre , fi l'on m'accorde qu'elles
peuvent être tranfmifes , comme je le
crois , dans la fphere de leur extenſion
réelle , & je n'en aurai pas moins trouvé
d'où viennent les belles couleurs d'un grand
nombre de foffiles qui font dans cette fphere.
Mais le globe terreftre produit- il quel
"
>
que chofe qui n'y foit pas , lorfque fuivant
mes idées , il eft certain & régulierement
démontré les obfervations qu'il
n'y a point de couches connues qui ne
foient compofées de corps marins , ou de
སཎ
par
E iij
102 MERGURE DE FRANCE.
leurs détrimens fous d'autres formes p
23 Rappellez - vous , s'il vous plaîry
Monfieur , que je fonde uneipartie de mon
explication fur la parfaite reffemblance de
quelques- unes des belles couleurs des foffiles
avec celles des corps marins , & fur les
traces que je crois trouver de la même
origine dans celles où la reffemblance eft
moins parfaite : il s'enfuit que la tranfmiffion
que je fuppofe , n'eft pas égale , tan-
τότ parce que les parties colorifiques ne fe
détachent pas également des.corps marins ,
ou ne fe joignent pas également aux autres
corps , tantôt parce qu'elles reçoivent
le mêlange de diverfes autres parties qui
les alterent ou qui rompent leur continuin
té. Mais auffi long-tenis qu'elles ne chan
gent point de nature , elles doivent conferver
, fuivant mon explication , la couleur
qui leur eft propre ; & leur féparation
ou leur difperfion dans un tems n'empêche
point qu'elles ne puiffent fe rejoindre
dans un autre. Entraînées comme elles
font par les fucs qui les détachent , elles
circulent avec eux dans les différens lits
de la terre , jufqu'à ce qu'elles fe joignent
aux corps qui font capables de les arrêter' ;
& les corps aufquels il s'en joint le plus¹ ,
avec moins de mêlange , font ceux où les
couleurs qu'elles forment ont un plus patMA
I.
1755. 103
fait rapport à leur origine . Cette théorie
qui ne bleffe aucune vraisemblance , donne
un champ affez vafte à l'extenfion des parties
colorifiques , que j'ai fuppofées d'ailleurs
extrêmement minces , extrêmement
déliées , ductiles même , & fi l'on veut diviſibles
à l'infini ; celles qui s'y mêlent peuvent
être fulfureufes ou falines , & fervir à
varier les couleurs ; mais dans la fuppofition
conftante que notre globe n'a point de couches
connues qui ne foient compofées de
corps marins , d'où viennent les foufres &
les fels fi ce n'eft de cette matiere , dans
laquelle ils font renfermés ? & ne font-ils
pas mêlés eux - mêmes de parties colòrifiques
qui fortent de la même fource ?
Ce n'eft pas aujourd'hui , Monfieur , que
je veux faire ufage de ces principes , pour
en étendre les conféquences auffi loin
qu'elles peuvent l'être je n'ai penſé ici
qu'à jetter un peu de jour fur mes premieres
idées. Mais fi vous trouvez que je
n'ai pas mal élargi le champ pour la tranfmiffion
des couleurs du genre animal au
mineral , peut- être avancerai - je plus hardiment
dans la même carriere ; & je ne
defefpere pas du moins d'avoir bientôt
quelque chofe de raifonnable à vous écrire
fur ce qui peut fournir au renouvellement
continuel des couleurs dans les végétaux ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
auffi -bien qu'à la verdure conftante de
l'herbe. Un voyage que je viens de faire
avec quelques amis éclairés , fournit une
nouvelle matiere à nos obfervations. J'en
foumettrai inceffamment les fruits à vos
lumieres : mais c'eft en comptant toujours
fur votre indulgence , comme je vous prie
de faire fonds fur les fentimens inviolables
avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
& c.
A Paffy, le 30 Novemb. 1754.
remarques , M. Muffard en a écrite une
nouvelle à M. Jallabert fur la même matiere
; elle peut donner plus de jour ou
d'étendue à fon fyftême , & doit trouver
ici fa place.
LETTRE de M. Muffard à M. Jallabert
, Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve .
M
Onfieur , tout me ramene au plaifir
de vous entretenir quelquefois par
mes lettres . Je fens que je puis trouver
dans un fi doux commerce , non feulement
de l'inftruction fur mille chofes que j'ignore
, mais encore de nouvelles lumières fur
celles que je crois fçavoir le mieux , & particulierement
fur les connoiffances que je
tâche d'acquerir par mes recherches.
Votre derniere réponfe me confirme dans
une partie de mes principes , il eft flateur
SRAM JAKI. 1735 .
VILLE
THE
LYJN
893
pour moi qu'ils foient adoptés par un ho
me tel que vous. J'aime , par exemple
vous voir déclarer que les pierres calcaires
vous paroiffent dûesjau genre animal , &
que fuivant vos propres obfervations elles
font formées d'un immenfe amas d'oeufs
de poiffons ; j'ajoûterois de coquilles &
de leurs détrimens . D'autres expériences
Monfieur , vous feront étendre infailliblement
cette idée beaucoup plus loin. Je në
fuis pas moins fatisfait pour la confirmation
des miennes , que ma remarque fur le plus
ou le moins de réfiftance des corps marins
à la décompofition vous paroiffe également
importante & certaine ; & je penſe
comme vous , que la qualité du diffolvant
eſt une autre raison qui peut hâter ou retarder
leurs changemens.
- A l'égard de mes idées fur les couleurs
je vous prie , Monfieur , de mettre beaucoup
de diftinction entre ce que j'ai cru
pouvoir avancer avec une forte vraiſemblance
qui approche pour moi de la certi
tude , & que j'ai propofé comme une fimple
conjecture , qui exige d'autres éclairciffemens
& d'autres preuves ; il me femble
même que je vous ai demandé grace
pour ma hardieffe. Que m'étois- je propofé
dans ma derniere lettre ? d'expliquer
fuivant mes foibles notions , d'où vien-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
f
nent les belles couleurs d'un grand nombre
de foffiles, J'en trouve la fource dans les
couleurs des corps marins , ou plutôt je
crois les reconnoître pour celles même de
ces corps , qui s'en détachant , comme ję
l'ai repréfentés, deviennent celles des au
tres corps aufquels elles fe joignent. Je
n'en excepte pas les mineraux ; & frappé
de voir que toutes mes expériences s'accordent
avec cette fuppofition , j'ajoûte qu'il
ne feroit pas furprenant pour moi qu'on
découvrit par d'autres obfervations que
les couleurs des végétaux vinſſent auffi de
la même fource : ce n'eft pas mettre au même
rang deux idées que je ne regarde
point encore du même oeil , & dont la feconde
n'est qu'une induction hazardée de
la premiere.
11
Mais permettez - moi , Monfieur , de remarquer
en premier lieu que vous ne
condamnez point celle qui regarde les
belles couleurs de certains foffiles & des
mineraux , & que votre filence du moins
me laiffe la liberté de conclure que vous
ne trouvez rien à combattre dans mon explication.
C'étoit particulierement
fur ce
point , tel que je l'ai expofé , que ma déférence
pour vos lumieres me faifoit fouhaiter
d'obtenir votre jugement,
2. Vos obfervations ne commencent
SOWA MEAL 1755 101
qu'à l'occafion des végétaux , lorfque donnant
plus d'étendue à mon explication que
je ne lui en donne moi-même , vous fuppofez
que je cherche auffi la fource de
leurs couleurs dans celles des corps marins.
Il ne vous paroît pas vraisemblable que
cette fource puiffe fuffire pour colorer tant
de fubftances , fur- tout les plantes dont les
couleurs fe renouvellent journellement ;
la feule verdure de l'herbe vous paroît
une difficulté invincible , &c. Que direzvous
de moi , Monfieur , fi je fais tourner
cette objection inême en ma faveur
en obfervant qu'elle ne nuit point au fond
de mon explication , puifqu'elle ne regarde
que le plus ou le moins d'extenſibilité
des parties colorifiques ? Il me deviendra
peut être affez indifférent jufqu'où elles
peuvent s'étendre , fi l'on m'accorde qu'elles
peuvent être tranfmifes , comme je le
crois , dans la fphere de leur extenſion
réelle , & je n'en aurai pas moins trouvé
d'où viennent les belles couleurs d'un grand
nombre de foffiles qui font dans cette fphere.
Mais le globe terreftre produit- il quel
"
>
que chofe qui n'y foit pas , lorfque fuivant
mes idées , il eft certain & régulierement
démontré les obfervations qu'il
n'y a point de couches connues qui ne
foient compofées de corps marins , ou de
སཎ
par
E iij
102 MERGURE DE FRANCE.
leurs détrimens fous d'autres formes p
23 Rappellez - vous , s'il vous plaîry
Monfieur , que je fonde uneipartie de mon
explication fur la parfaite reffemblance de
quelques- unes des belles couleurs des foffiles
avec celles des corps marins , & fur les
traces que je crois trouver de la même
origine dans celles où la reffemblance eft
moins parfaite : il s'enfuit que la tranfmiffion
que je fuppofe , n'eft pas égale , tan-
τότ parce que les parties colorifiques ne fe
détachent pas également des.corps marins ,
ou ne fe joignent pas également aux autres
corps , tantôt parce qu'elles reçoivent
le mêlange de diverfes autres parties qui
les alterent ou qui rompent leur continuin
té. Mais auffi long-tenis qu'elles ne chan
gent point de nature , elles doivent conferver
, fuivant mon explication , la couleur
qui leur eft propre ; & leur féparation
ou leur difperfion dans un tems n'empêche
point qu'elles ne puiffent fe rejoindre
dans un autre. Entraînées comme elles
font par les fucs qui les détachent , elles
circulent avec eux dans les différens lits
de la terre , jufqu'à ce qu'elles fe joignent
aux corps qui font capables de les arrêter' ;
& les corps aufquels il s'en joint le plus¹ ,
avec moins de mêlange , font ceux où les
couleurs qu'elles forment ont un plus patMA
I.
1755. 103
fait rapport à leur origine . Cette théorie
qui ne bleffe aucune vraisemblance , donne
un champ affez vafte à l'extenfion des parties
colorifiques , que j'ai fuppofées d'ailleurs
extrêmement minces , extrêmement
déliées , ductiles même , & fi l'on veut diviſibles
à l'infini ; celles qui s'y mêlent peuvent
être fulfureufes ou falines , & fervir à
varier les couleurs ; mais dans la fuppofition
conftante que notre globe n'a point de couches
connues qui ne foient compofées de
corps marins , d'où viennent les foufres &
les fels fi ce n'eft de cette matiere , dans
laquelle ils font renfermés ? & ne font-ils
pas mêlés eux - mêmes de parties colòrifiques
qui fortent de la même fource ?
Ce n'eft pas aujourd'hui , Monfieur , que
je veux faire ufage de ces principes , pour
en étendre les conféquences auffi loin
qu'elles peuvent l'être je n'ai penſé ici
qu'à jetter un peu de jour fur mes premieres
idées. Mais fi vous trouvez que je
n'ai pas mal élargi le champ pour la tranfmiffion
des couleurs du genre animal au
mineral , peut- être avancerai - je plus hardiment
dans la même carriere ; & je ne
defefpere pas du moins d'avoir bientôt
quelque chofe de raifonnable à vous écrire
fur ce qui peut fournir au renouvellement
continuel des couleurs dans les végétaux ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
auffi -bien qu'à la verdure conftante de
l'herbe. Un voyage que je viens de faire
avec quelques amis éclairés , fournit une
nouvelle matiere à nos obfervations. J'en
foumettrai inceffamment les fruits à vos
lumieres : mais c'eft en comptant toujours
fur votre indulgence , comme je vous prie
de faire fonds fur les fentimens inviolables
avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
& c.
A Paffy, le 30 Novemb. 1754.
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Résumé : LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
M. Muffard adresse une lettre à M. Jallabert, professeur en philosophie expérimentale et en mathématiques à Genève, pour discuter de ses recherches et théories. Muffard exprime son plaisir de correspondre avec Jallabert et espère obtenir des instructions et des éclaircissements sur divers sujets. Il apprécie la confirmation par Jallabert de certains de ses principes, notamment l'idée que les pierres calcaires proviennent du genre animal et sont formées d'un immense amas d'œufs de poissons, auxquels Muffard ajoute des coquilles et leurs débris. Muffard est également satisfait que Jallabert trouve importante et certaine sa remarque sur la résistance des corps marins à la décomposition. Concernant les couleurs, Muffard distingue entre ses avancées avec une forte vraisemblance et ses conjectures nécessitant des éclaircissements supplémentaires. Il explique que les couleurs des fossiles et des minéraux proviennent des corps marins et suppose que les couleurs des végétaux pourraient également avoir cette origine. Muffard note que Jallabert ne condamne pas son explication sur les couleurs des fossiles et des minéraux, et il espère obtenir le jugement de Jallabert sur ce point. Il aborde également la question de l'étendue de son explication aux végétaux, reconnaissant les difficultés mais affirmant que son explication reste valable. Muffard conclut en mentionnant un voyage récent qui a fourni de nouvelles matières d'observation, qu'il soumettra bientôt à Jallabert.
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3564
p. 104-105
« Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Début :
Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...]
Mots clefs :
Métallurgie, Fer, Acier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Ans le Mercure d'Avril , page 13.45
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
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Résumé : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Un article anonyme publié dans le Mercure d'Avril, page 13.45, remet en question l'attribution de l'invention de la conversion du fer en acier à Sébastien Florès, serrurier de Madrid. L'auteur anonyme critique ceux qui attribuent cette découverte à Florès, qui aurait réalisé cette expérience il y a plus de vingt-cinq ans sur ordre du Conseil de Commerce. L'anonyme souligne que ces auteurs n'ont probablement pas consulté les Éphémérides géographiques de 1754, où des informations pertinentes sont publiées. Le texte mentionne également des connaissances anciennes en Égypte sur l'éclosion des œufs par la chaleur d'un four, ainsi que d'autres usages similaires pouvant avoir conduit à la découverte de l'électrification lente et graduelle. Il met en avant l'importance des travaux de Réaumur dans ce domaine, malgré les anciens usages de tremper les métaux dans l'eau pour les durcir, comme rapporté par le Père Mersenne dès 1634.
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3565
p. 105-106
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
L'Académie royale des Inscriptions & Belles-Lettres fit sa rentrée publique [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
' Académie royale des Infcriptions &
Belles-Lettres fit fa rentrée publique
d'après Pâques le 8 d'Avril. Après l'annonce
des fujers propofés pour les prix de
1756 , M. l'Abbé Batteux fit la lecture d'un
mémoire , qui a pour titre Développement
de la doctrine d'Ariftippe , pour fervir d'explication
à un paffage important de la premiere
Epitre d'Horace . M. de Bougainville ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , lut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
enfuite un mémoire , intitulé Hiftoire du
voyage d'Hannon fur les côtes d'Afrique , tirée
de fa relation éclaircie par celles des voyageurs
de Médie. M. d'Anville eft l'auteur
du troifieme mémoire qui fut lu , & qüi
regarde un monument fculpté fur une montagne
d'une des provinces de cet ancien
royaume. La lecture du fixieme mémoire
de M. le Beau fur la Légion Romaine ter-
-mina la féance. obog
Le prix a été remis pour l'année prochaine.
Le fujet propoſe n'ayant pas été
traité au gré de l'Académie , elle propofe
de nouveau la même queftion ; fçavoir ,
En quel tems , & par quels moyens le Paganifme
a été entierement éteint dans les Gaules.
L'Académie donnera auffi ens le
prix fondé Le
r M. le Comte de
Caylus
.
fujet confifte à déterminer , Quels font les
attributs diftinctifs qui caracteriſent Jupiter
Ammon dans les auteurs , & fur les menumens
? Quelles pouvoient être l'origine & les
·raifons de ces attributs ? avoient- ils tous éga-
·lement rapport aux dogmes de la religion
égyptienne ? ont-ils éprouvé , foit en Egypte ,
foit ailleurs , des alterations propres a fixer
à peu-près l'âge des monumens où ils font repréfentés
? Le premier de ces deux prix Tera
diftribué dans la féance publique d'après
Pâques , & le fecond dans celle d'après la
S. Martin.
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
' Académie royale des Infcriptions &
Belles-Lettres fit fa rentrée publique
d'après Pâques le 8 d'Avril. Après l'annonce
des fujers propofés pour les prix de
1756 , M. l'Abbé Batteux fit la lecture d'un
mémoire , qui a pour titre Développement
de la doctrine d'Ariftippe , pour fervir d'explication
à un paffage important de la premiere
Epitre d'Horace . M. de Bougainville ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , lut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
enfuite un mémoire , intitulé Hiftoire du
voyage d'Hannon fur les côtes d'Afrique , tirée
de fa relation éclaircie par celles des voyageurs
de Médie. M. d'Anville eft l'auteur
du troifieme mémoire qui fut lu , & qüi
regarde un monument fculpté fur une montagne
d'une des provinces de cet ancien
royaume. La lecture du fixieme mémoire
de M. le Beau fur la Légion Romaine ter-
-mina la féance. obog
Le prix a été remis pour l'année prochaine.
Le fujet propoſe n'ayant pas été
traité au gré de l'Académie , elle propofe
de nouveau la même queftion ; fçavoir ,
En quel tems , & par quels moyens le Paganifme
a été entierement éteint dans les Gaules.
L'Académie donnera auffi ens le
prix fondé Le
r M. le Comte de
Caylus
.
fujet confifte à déterminer , Quels font les
attributs diftinctifs qui caracteriſent Jupiter
Ammon dans les auteurs , & fur les menumens
? Quelles pouvoient être l'origine & les
·raifons de ces attributs ? avoient- ils tous éga-
·lement rapport aux dogmes de la religion
égyptienne ? ont-ils éprouvé , foit en Egypte ,
foit ailleurs , des alterations propres a fixer
à peu-près l'âge des monumens où ils font repréfentés
? Le premier de ces deux prix Tera
diftribué dans la féance publique d'après
Pâques , & le fecond dans celle d'après la
S. Martin.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
La séance publique de l'Académie royale des Inscriptions & Belles-Lettres s'est tenue le 8 avril, après Pâques. L'abbé Batteux a présenté un mémoire sur la doctrine d'Aristippe en lien avec un passage d'Horace. M. de Bougainville a ensuite exposé un mémoire sur le voyage d'Hannon sur les côtes d'Afrique, éclairé par les récits des voyageurs de Médie. M. d'Anville a lu un mémoire sur un monument sculpté dans une province d'un ancien royaume. La séance s'est conclue par la lecture d'un mémoire de M. le Beau sur la Légion Romaine. Pour l'année suivante, l'Académie a proposé deux sujets de prix. Le premier, repris car non traité à la satisfaction de l'Académie, porte sur l'extinction du paganisme dans les Gaules. Le second, fondé par M. le Comte de Caylus, vise à déterminer les attributs distinctifs de Jupiter Ammon dans les auteurs et les monuments, leur origine, et les éventuelles alterations permettant de dater les monuments. Les prix seront distribués lors des séances publiques d'après Pâques et d'après la Saint-Martin.
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3566
p. 107-108
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
Début :
Le 9. l'Académie royale des Sciences rentra publiquement. M. de Fouchy, Secrétaire [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Prix, Constructeur des vaisseaux du roi, Navire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
SEANCE PUBLIQUE
L
De l'Académie royale des Sciences .
E 9 l'Académie royale des Sciences rentra
publiquement . M. de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , fit la lecture
de l'éloge du feu Baron Wolf , affocié
étranger. Elle fut fuivie de celle d'un
mémoire de M. de Mairan fur la balance
des Peintres , du feu Sr de Piles . M. le Roi
lut un mémoire fur l'Electricité. La féance
fut terminée par la lecture que fit M. Duhamel
de la Préface d'un ouvrage qu'il va
publier en deux volumes , fur les arbres&
arbuftes qu'on peut élever en pleine terre dans
les différentes provinces du royaume . Il doit
faire partie d'un grand traité fur les bois &
les forêts.
Le fujet du prix de cette année étoit la
maniere de diminuer , le plus qu'il eft poffible
, le roulis & le tangage d'un navire , fans
qu'il perde fenfiblement par cette diminution
- aucune des bonnes qualités que fa conftruction
doit lui donner. Ce prix a été adjugé à la
piéce Nos , qui a pour devife , per varios
ufus arfem experientia fecit. M. Chauchor ,
fous - conftructeur des vaiffeaux du Roi à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
Breft , en eft l'auteur. Comme ce fujet eft
important , & qu'il peut être plus approfondi
, fur-tout par rapport au tangage ,
l'Académie le propofe une feconde fois
pour 1757 .
L
De l'Académie royale des Sciences .
E 9 l'Académie royale des Sciences rentra
publiquement . M. de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , fit la lecture
de l'éloge du feu Baron Wolf , affocié
étranger. Elle fut fuivie de celle d'un
mémoire de M. de Mairan fur la balance
des Peintres , du feu Sr de Piles . M. le Roi
lut un mémoire fur l'Electricité. La féance
fut terminée par la lecture que fit M. Duhamel
de la Préface d'un ouvrage qu'il va
publier en deux volumes , fur les arbres&
arbuftes qu'on peut élever en pleine terre dans
les différentes provinces du royaume . Il doit
faire partie d'un grand traité fur les bois &
les forêts.
Le fujet du prix de cette année étoit la
maniere de diminuer , le plus qu'il eft poffible
, le roulis & le tangage d'un navire , fans
qu'il perde fenfiblement par cette diminution
- aucune des bonnes qualités que fa conftruction
doit lui donner. Ce prix a été adjugé à la
piéce Nos , qui a pour devife , per varios
ufus arfem experientia fecit. M. Chauchor ,
fous - conftructeur des vaiffeaux du Roi à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
Breft , en eft l'auteur. Comme ce fujet eft
important , & qu'il peut être plus approfondi
, fur-tout par rapport au tangage ,
l'Académie le propofe une feconde fois
pour 1757 .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
Lors d'une séance publique de l'Académie royale des Sciences, M. de Fouchy a lu l'éloge du Baron Wolf. M. de Mairan a ensuite présenté un mémoire sur la balance des Peintres, œuvre du défunt Sr de Piles. Le Roi a lu un mémoire sur l'Électricité. La séance s'est conclue par la lecture de la préface d'un ouvrage de M. Duhamel sur les arbres et arbustes cultivables en pleine terre dans les différentes provinces du royaume, destiné à faire partie d'un grand traité sur les bois et les forêts. Le sujet du prix de l'année concernait la réduction du roulis et du tangage d'un navire sans compromettre ses qualités de construction. Le prix a été attribué à M. Chauchor, sous-constructeur des vaisseaux du Roi à Brest, pour sa pièce intitulée 'per varios usus arsem experientia fecit'. En raison de l'importance du sujet, notamment en ce qui concerne le tangage, l'Académie a proposé de le soumettre à nouveau pour l'année 1757.
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3567
p. 108-122
SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
Début :
La Société Littéraire d'Arras tint le 22 Juin une assemblée publique à l'occasion [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Naturaliste, Pierre, Monuments antiques, Terre, Sable, Province, Poésie, Versification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
SEANCE PUBLIQUE
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le 22
Juin une affemblée publique à l'occafion
de la réception du R. P. Lucas , Jéfuite.
Le remerciment qu'il fit à ce fujet
fervit d'introduction à un difcours fur
l'excellence de l'hiftoire naturelle , dont
l'utilité & les agrémens firent les deux objets
de fa divifion.
Pour ne pas fortir des bornes d'un extrait
, on fe contentera de rapporter ici
quelques morceaux , dont le but étoit de
prouver que l'Artois renferme une égale
abondance de curiofités naturelles & de
'monumens antiques. Voici comment le P.
Lucas s'exprima fur ce point dans l'exorde
´de fon difcours. » L'Artois , votre patrie
» & la mienne , Meffieurs , offre aux dif-
» fertations des curieux tant d'objets inté
reffans , que la nature femble avoir fe
MAI. 1755: 100
» condé vos intentions & les miennes , en
» réuniffant dans les bornes étroites de cet-
» te province tout ce qui peut être utile
» au bien public , & fatisfaire la curiofité
des Naturaliſtes. La multitude des cho-
» fes fingulieres & même uniques qui fe
préfentent , comme d'elles-mêmes , fous
» nos yeux & fous nos pas , les pierres du
» res & molles , les pierres à grains & à
» feuilles , les pétrifications de toute ef-
» pece , les cryftallifations différentes , les
» bitumes , les foufres , les eaux , les végé-
"
»
taux , les minéraux , les médailles ro-
» maines du haut & du bas Empire , les
antiquités celtiques , tout s'y trouve ,
» tout s'y offre à nos recherches ; on ne
» peut faire un pas fans fouler aux pieds
» les tréfors de l'Hiftoire naturelle & de
l'Hiftoire ancienne.
ود
Le P. L. s'étendit dans fa premiere partie
fur les fecours que le Naturaliſte procure
à l'Hiftorien , en lui fourniffant de
précieuſes antiquités , & il détailla ainſi
les découvertes de ce genre qu'il a faites
dans l'Artois . » Toutes les parties de cette
province ne femblent- elles pas fe difpu-
» ter l'honneur de perfectionner l'hiſtoire ?
» Dainville & Gouy en Artois réfervoient à
» notre fiècle , depuis plus de deux mille
ans peut-être , la découverte de douze
a10 MERCURE DE FRANCE.
.ود
tombeaux finguliers , dont l'antiquité ,
» la matiere & la figure peuvent être le fu-
» jet d'une differtation également curieuſe
» & inftructive. Les marais d'Ecourt- Saint-
Quentin , après avoir fourni long - tems
» des tourbes plus noires & plus compac-
» tes que les tourbes ordinaires , n'en pa-
» roiffent refuſer aujourd'hui à vingt pieds
» de profondeur , que pour nous décou-
» vrir d'un côté une antiquité cachée , une
» chauffée romaine , large de vingt- quatre
» pieds , dont le commencement & le ter-
» me font encore inconnus .... & d'un
» autre côté , un amas de piques , de ha-
» ches , de maffes & de diverſes armes
gauloifes & romaines . La fabliere de
» Barale , à fix lieues d'Arras , nous a confervé
depuis mille trois cens ans , fous
vingt-deux pieds de fable , des vafes ro-
» mains de différentes figures , des pate-
» res , des fympules , des jattes rondes &
polies . Arras , Recourt , Foucquieres , & c .
préfentent aux differtations des Natura-
» liſtes de nos jours , tantôt à vingt- deux
» pieds , tantôt à plus de cent pieds de pro-
» fondeur , des arbres entiers dans une
» terre tourbeufe , dont ils font noircis &
pénétrés depuis plufieurs fiècles , fans
" avoir rien perdu de leur nature combuftible
, en perdant leur couleur naturelle...
23
ور
AMA I. 1755. Ir
爆
:
Quel fonds pour des differtations fçavan-
» tes ! quelles richeffes pour l'hiftoire ana
cienne ! quel tréfor celle de cette
≫ province
pour
Le nouvel affocié traita enfuite dės diverfes
reffources que nous devons au Naruralifte
, foit pour les befoins , foit pour
les commodités de la vie. Il parla des vulnéraires
, dont mille efpéces fe trouvent
réunies fur les montagnes d'Hefdin , comme
fur celles de la Suiffe & de l'Espagne .
Il indiqua deux ou trois fources d'eaux
minérales , jufqu'ici prefque inconnues
en Artois , & plufieurs mines de fer , de
plomb , de vitriol , dont les marques caractéristiques
, qui fe rencontrent par- tout
au centre & vers les extrêmités de l'Artois ,
femblent promettre un fuccès certain aux
travaux des Entrepreneurs. N'envions
·
" point , ( dit il en parlant du plâtre )
» n'envions point , Meffieurs , aux autres
contrées cette matiere fi utile ; nous en
S❞ trouvons dans celle-ci on peut faire
:
dans l'Artois ce qu'on fait dans l'Ile de
- France : Bourlon & Carency nous donne-
»ront un plâtre plus fin que celui de -Mont-
» martre ... ! du moins la découverte nous
» annonce un heureux fuccès : l'épreuve
de la calcination & de l'humectation
l'affûrera & l'expérience le perpétuera
112 MERCURE DE FRANCE.
»pour l'honneur du Naturaliſte , & pour
» le profit de l'Artois .
Sur la fin de fon difcours le P. L. entreprit
de faire voir que le Naturaliſte fatisfait
prefque toujours fa curiofité , en
trouvant ou ce qu'il cherche , ou ce qu'il
ne cherche pas , & l'Artois & fes environs
lui fourniffent encore des preuves de cette
vérité. Vous cherchiez , dit- il , dans les
carrieres , la pofition , l'étendue , la con-
» tinuité & l'épaiffeur des couches de ter-
"re , & vous avez apperçu dans des blocs
de pierre à la carriere royale de Ronville ,
»près d'Arras , des empreintes & des lits.
>> entiers de coquillages ; dans celle de
» Saint Vaaft , à la porte d'Amiens , dės
99
globes de matiere minérale , dont tous
» les rayons partent du point central , &
» aboutiffent à une circonférence inégale
»& champignoneufe ; & dans celles de
» Berles , à quatre lieues d'Arras , & de
» Saint Pol , à fept lieues de cette ville , des
» huîtres pétrifiées & des marcaffites de
plufieurs efpeces. Vous cherchiez dans
» des coquilles pétrifiées l'ouvrage des in-
» fectes marins confervé dans des carrie-
»res profondes depuis le déluge général ;
» & vous trouvez dans des monumens
antiques , ou l'ouvrage des premiers
» Gaulois , ou celui des anciens Romains...
""
"2
M A I.
1755. 11}
Vous cherchiez à Méricourt , à vingtquatre
pieds de profondeur , quelle eft
la couche de terre ou de gravier où finît
la matiere tourbeufe des marais , & la
» Drague *vous a rapporté différens fruits,
» des noix , des noifettes , dont la coque
» s'eft confervée entiere & folide pendant
» des milliers d'années .... Vous cherchiez
» dans les fontaines des fimples aquatiques,
& des roſeaux pétrifiés fe font offerts à
» vos yeux dans celle d'Albert fur les confins
de cette province .... Vous faifiez
» creufer les terres de Flers pour en exami
ner les différentes couches , & vous y
» avez déterré un amas confidérable de
> médailles romaines bien confervées , &
» réunies dans des vafes de terre dure &
folide .... Vous cherchiez près de Bou-
» chain des fources peu profondes , & vous
» avez tiré de la terre des monnoies farra-
» zines qui ont enrichi votre cabinet ……….
» Vous cherchiez dans les campagnes de
l'Abbaye de Dommartin des échinites
marins changés en cailloux , & avec quel
agréable étonnement vos yeux y ont
» trouvé des monnoies celtiques de fer ! ...
»Vous faifiez jetter les fondemens d'une
" Eglife paroiffiale à Gouy en Artois , &
* Inftrument pour tirer la terre à tourbe.
114 MERCURE DE FRANCE .
cette terre autrefois fanctifiée par de
pareilles fondations , vous a offert des
» médailles françoifes auffi curieuſes &
» inftructives qu'elles font antiques &
"
3 rares.
M. Leroux , Directeur , répondit au
Pere Lucas , & lui dit entr'autres chofes :
» Nous croyons comme vous , mon Révé-
» rend Pere , que la connoiffance de l'hiſtoi-
» re naturelle a toute l'utilité & les agré-
»mens qui peuvent attacher l'honnête
» homme : on ne peut rien ajoûter aux
❞preuves que vous avez fçu rendre fi inté-
» reffantes : on reconnoît avec plaifir que
» vous ne trouvez rien qui foit trop fé-
» rieux pour vos amuſemens , quand vous
» croyez pouvoir les faire fervir à éclairer
» vos compatriotes .... Hâtez - vous , mon
» R. Pere , de leur faire part des recherches
fçavantes que vous leur annoncez.;
» empreffez - vous à leur développer ces
» phénomenes qui ont bien pu arrêter pour
quelques momens leur attention , mais
dont il ne paroît pas qu'ils ayent fçu juſ-
» qu'aujourd'hui pénétrer la fource , ou
» démêler les avantages ; dirigez leur contemplation
: ouvrez - leur la terre qu'ils
habitent ; expliquez -leur comment , depuis
le déluge , elle n'eft qu'une maffe
formée d'un affemblage de mille chofes ,
C
99
ود
99
MATI 1755
९
و د
qui paroiffant déplacées dans fon fein ,
ne femblent offrir que des conjectures
fur les caufes de ce mêlange étonnant.
Placé avec eux comme dans un monde
»fouterrein , montrez-leur que c'eſt ſou-
» vent là que fe trouve l'origine de ces
changemens qui nous arrivent à nous-
» mêmes , ou aux autres, corps qui font fur
la furface de la terre ; dites-leur ce qu'ils
In doivent penfer des fontaines , des rivieres
, des vapeurs , de la formation & de
l'accroiffement des animaux & des végétaux
; en un mot , de toutes les merveil-
» les qui peuvent échapper à leurs lumieres
, ou réfifter à leur entendement. <
¡ M. Enlard de Grandval lur des remarques
fur les difficultés de la verfification
françoife . Il fit voir que ces difficultés réfultoient
principalement de la multitude
des articles , des pronoms , de certaines
prépofitions & conjonctions , des verbes
auxiliaires fouvent doublés. » Toutes cho-
>>> fes qui ne peignent rien , mais qui rempliffent
en partie la mefure , & y tien-
» nent la place d'autres mots qui exprime-
. . و ر
C
roient un fentiment , ou une image , uni-
» ques refforts du nerfpoëtique. » Il fit encore
obferver que le défaut d'élifion dans
les voyelles , excepté le muet , excluoit ła
rencontre d'une infinité de mots , qui ne
16 MERCURE DE FRANCE.
pouvoient plus fe trouver enfemble dan's
notre poëfie ; que notre profodie , quoique
peu marquée , exigeoit des attentions trèsdélicates
, parce que trop de breves ou de
longues dans un vers , le rendoient défectueux
; que non feulement la quantité des
fyllabes , mais encore leurs fons qui doivent
être variés , & le choix des rimes ,
qui , quoique différentes entr'elles , font
cependant monotones & choquantes quand
elles roulent de fuite fur une même voyelle
, en rendoient l'arrangement très- difficile.
Ce qu'il y a de pis , ajoûta M. de
» G. eft que nous n'avons fur cela aucune
régle qui puiffe nous gouverner ; la li-
» berté même fait le danger : rien de fi
borné que les préceptes de notre poëfie ,
rien de fi embarraſſant que l'exécution .
» Le choix des fyllabes breves ou longues ,
» celui des rimes & des fons eft purement
و د
ود
""
arbitraire ; il ne dépend que du goût dự
» Verfificateur ; mais combien ce goût
» doit- il être fûr & exercé pour ne s'y pas
méprendre , & qu'il eft rare de l'avoir
» tel !..... Les autres nations ont pour
»la poëfie un langage à part , une langue
» des Dieux : nous retenons la nôtre dans
» toutes fes entraves ; nul écart de la Gram-
» maire , nulle licence n'y eft permiſe . Les
figures , la métaphore font l'ame de la
MA 1. 1755. 117
poëfie , nous en exigeons fans doute , &
nous prétendons que le Poëte nous anime
, nous éleve , nous échauffe , mais
» à condition que l'art fe cache avec foin ,
& que l'enthoufiafme ne s'éloigne pas
trop du langage naturel . Peuple léger ,
vif & capricieux , nous voulons que la
fageffe regne jufques dans la fureur poë-
" tique ! &c.
M. le Chevalier de Vauclaire récita
deux pieces de poësie morale , imitées des
vers de Bocce , fur la confolation philofophique.
L'on termina cette féance par
un mémoire que M. Dupré d'Aulnay ,
membre de la Société littéraire de Châlons
en Champagne , avoit envoyé pour
tribut à celle d'Arras , à laquelle il eft
aggrégé depuis peu , comme affocié externe.
Ce mémoire confiftoit en des obfervations
phyfiques fur le fel marin , pour
réfuter les conjectures de M. R. P. V. J.
au fujet d'un ouvrage imprimé dans un
recueil de l'Académie de la Rochelle.
Nous apprenons que depuis la féance
publique dont on vient de rendre compte
, la Société littéraire d'Arras en a encore
tenu deux autres , le 26 Octobre
1754, & le 15 Mars dernier. Voici la
lifte des pièces qui ont rempli ces nouvelles
féances...
118 MERCURE DE FRANCE.
Effai fur la néceffité & l'utilité des rew
cherches de monumens antiques & de médailles
dans la province d'Artois , relative
ment à l'histoire du pays , par M. Camp. x
2 Obfervations fur l'origine & les étymolo
gies de plufieurs noms de lieux anciens fitues
en Artois ; par le même .
Remerciment de M. Foacier de Ruzé ,
nouvel Affocié , auquel M. Camp a tépondu
en qualité de Directeur.
A
Difcours de M. Brunel , Avocat , Chan
celier de la Société , dont l'objet étoit de
prouver combien le mépris de la littérature
nuit au bien public.
Suite du mémoire hiftorique , lû par M.
Harduin , à l'affemblée du 3o Mars 1754 ,
contenant la relation des cérémonies qui
fe pratiquoient dans la ville d'Arras , fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race ,
aux entrées folemnelles de ces Princes &
des Rois de France leurs Souverains .
Effai hiftorique fur l'origine de la langue
françoife , par M. Enlart de Grandval ,
qui avoit donné le difcours préliminaire
de cet ouvrage à la féance du 30 Mars
1754.
Obfervations phyfiques du R. P. Lucas ,
fur les découvertes qu'on a faites en creufant
le lit du nouveau canal qui doit for--
mer une communication entre la riviero
MAI. 119
1755.
d'Aa & la Lis , dont les travaux ont été
commencés en 1753 , à trois quarts de
lieue de Saint - Omer , par l'ouverture dè
la montagne des Fontinettes.
Pour procéder avec ordre , le P. L. a
divifé fa differtation en quatre articles.
Il expofe dans le premier , quelle eft la
matiere , la couleur , la fituation , l'épaiffeur
& le nombre des différentes couches
qu'on a coupées dans la montagne
des Fontinettes. En parlant de la derniere
couche de glaife , il rapporte les expériences
qu'il a multipliées , pour fe convaincre
par les yeux que l'origine des fontaines
& des rivieres doit être attribuée aux
brouillards , à la rofée , à l'eau de pluie ,
&c. & il réfute les autres fyftêmes qu'on a
imaginés à cet égard. Il ajoute quelques
réflexions fur les couches de fable qu'on
á découvertes dans la montagne , du côté
du village d'Arques ; il obferve que les
grains de ce fable , qui eft vitrifiable , font
plus gros que ceux du fable ordinaire des
fablieres d'Artois , & que la plupart de
ces grains font taillés à fix pans , qui aboutiffent
à une pointe commune ; ce qui
pourroit faire conjecturer que ce font de
petites primes de cryſtal , femblables à celles
des cryftaux colorés & non colorés
de Suiffe , de Portugal , &c.
120 MERCURE DE FRANCE.
2
Dans le fecond article , le P. L. diftingue
deux efpéces tout à fait différentes de
minéraux , trouvées dans les mêmes fouilles
, à vingt- cinq pieds de profondeur. La.
premiere efpéce eſt une matiere lourde
jaune & brillante , qui paroît métallique
au premier coup d'oeil , mais qui ne l'eft
Il pas. prouve que plufieurs de ces fragmens
minéraux ont été autrefois de vrai
bois , dont ils confervent encore les fibres
ligneufes , les noeuds convexes & concayes
, les racines & les branches naiſlantes .
Il explique comment une métamorphofe
auffi finguliere a pû fe faire , comment ce
bois a changé de nature , fans changer de
configuration extérieure , & fur-tout comment
il peut fe rencontrer dans le fein
d'une montagne , dont la formation n'a
point d'époque connue , & paroît être de
la plus haute antiquité. Il paffe enfuite à
la décompofition qu'il a faite de ce bois
minéralife ; & après avoir prouvé qu'on
n'y reconnoît pas les qualités d'un métal ,
il conclut que c'eft un foufre minéral २
mêlé de quelques parties de fel neutre ,
& d'une grande partie de terre.
Le fecond minéral eft une matiere
talqueufe & tranſparente , compofée de
feuilles prefque infiniment minces , appliquées
& collées les unes fur les autres ,
de
MAI. 1755. 121
1
de maniere que ce grand nombre de couches
ne diminue point la tranfparence de
la maffe continue , & n'interrompt point la
direction des rayons de lumiere qui y
paffent en ligne droite prefque aufli aifément
que dans le verre . Ces morceaux
talqueux forment dans la glaiſe des étoiles
en tout fens , dont les rayons divergens partent
d'un centre commun , qui n'eft qu'un
point , ou plutôt qui n'eft formé que par
les pointes inférieures des rayons mêmes ,
qui y aboutiffent & s'y réuniffent tous en
un feul point. Le P. L. décrit leur figure
extérieure & leurs différentes dimenfions ;
& après avoir montré pourquoi quelquesuns
de ces rayons paroiffent entés les uns
fur les autres , il s'attache à expliquer la
formation finguliere des épis de folle
avoine qu'on y remarque diftinctement, &
qui s'étendent dans le fein & felon la longueur
de chaque rayon . Il foutient que
cette matiere talqueufe , bien broyée &
bien pilée , eft préférable au tripoli & au
foufre pour les maftics fins , & qu'elle peut
fervir à blanchir l'argent quand elle a été
calcinée dans le creufet , & réduite en poudre
impalpable. Il explique enfin comment
cette matiere paroît vitrefcible dans
l'eau forte , où elle ne fe diffout point ,
& femble cependant fe calciner dans un
F
22 MERCURE DE FRANCE.
grand feu , où elle ne fe vitrifie pas.
Le P. L. a détaillé , dans le troifiéme
article , les indices qui paroiffent annoncer
aux environs du nouveau canal quelques
mines de plomb , à une plus grande
profondeur. Il a remis à une autre féance
le quatrième article , dans lequel il parlera
des divers fragmens de végétaux & de parties
animales qui ont été trouvées dans les
couches de fable , vers l'endroit où l'on a
commencé l'excavation du canal.
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le 22
Juin une affemblée publique à l'occafion
de la réception du R. P. Lucas , Jéfuite.
Le remerciment qu'il fit à ce fujet
fervit d'introduction à un difcours fur
l'excellence de l'hiftoire naturelle , dont
l'utilité & les agrémens firent les deux objets
de fa divifion.
Pour ne pas fortir des bornes d'un extrait
, on fe contentera de rapporter ici
quelques morceaux , dont le but étoit de
prouver que l'Artois renferme une égale
abondance de curiofités naturelles & de
'monumens antiques. Voici comment le P.
Lucas s'exprima fur ce point dans l'exorde
´de fon difcours. » L'Artois , votre patrie
» & la mienne , Meffieurs , offre aux dif-
» fertations des curieux tant d'objets inté
reffans , que la nature femble avoir fe
MAI. 1755: 100
» condé vos intentions & les miennes , en
» réuniffant dans les bornes étroites de cet-
» te province tout ce qui peut être utile
» au bien public , & fatisfaire la curiofité
des Naturaliſtes. La multitude des cho-
» fes fingulieres & même uniques qui fe
préfentent , comme d'elles-mêmes , fous
» nos yeux & fous nos pas , les pierres du
» res & molles , les pierres à grains & à
» feuilles , les pétrifications de toute ef-
» pece , les cryftallifations différentes , les
» bitumes , les foufres , les eaux , les végé-
"
»
taux , les minéraux , les médailles ro-
» maines du haut & du bas Empire , les
antiquités celtiques , tout s'y trouve ,
» tout s'y offre à nos recherches ; on ne
» peut faire un pas fans fouler aux pieds
» les tréfors de l'Hiftoire naturelle & de
l'Hiftoire ancienne.
ود
Le P. L. s'étendit dans fa premiere partie
fur les fecours que le Naturaliſte procure
à l'Hiftorien , en lui fourniffant de
précieuſes antiquités , & il détailla ainſi
les découvertes de ce genre qu'il a faites
dans l'Artois . » Toutes les parties de cette
province ne femblent- elles pas fe difpu-
» ter l'honneur de perfectionner l'hiſtoire ?
» Dainville & Gouy en Artois réfervoient à
» notre fiècle , depuis plus de deux mille
ans peut-être , la découverte de douze
a10 MERCURE DE FRANCE.
.ود
tombeaux finguliers , dont l'antiquité ,
» la matiere & la figure peuvent être le fu-
» jet d'une differtation également curieuſe
» & inftructive. Les marais d'Ecourt- Saint-
Quentin , après avoir fourni long - tems
» des tourbes plus noires & plus compac-
» tes que les tourbes ordinaires , n'en pa-
» roiffent refuſer aujourd'hui à vingt pieds
» de profondeur , que pour nous décou-
» vrir d'un côté une antiquité cachée , une
» chauffée romaine , large de vingt- quatre
» pieds , dont le commencement & le ter-
» me font encore inconnus .... & d'un
» autre côté , un amas de piques , de ha-
» ches , de maffes & de diverſes armes
gauloifes & romaines . La fabliere de
» Barale , à fix lieues d'Arras , nous a confervé
depuis mille trois cens ans , fous
vingt-deux pieds de fable , des vafes ro-
» mains de différentes figures , des pate-
» res , des fympules , des jattes rondes &
polies . Arras , Recourt , Foucquieres , & c .
préfentent aux differtations des Natura-
» liſtes de nos jours , tantôt à vingt- deux
» pieds , tantôt à plus de cent pieds de pro-
» fondeur , des arbres entiers dans une
» terre tourbeufe , dont ils font noircis &
pénétrés depuis plufieurs fiècles , fans
" avoir rien perdu de leur nature combuftible
, en perdant leur couleur naturelle...
23
ور
AMA I. 1755. Ir
爆
:
Quel fonds pour des differtations fçavan-
» tes ! quelles richeffes pour l'hiftoire ana
cienne ! quel tréfor celle de cette
≫ province
pour
Le nouvel affocié traita enfuite dės diverfes
reffources que nous devons au Naruralifte
, foit pour les befoins , foit pour
les commodités de la vie. Il parla des vulnéraires
, dont mille efpéces fe trouvent
réunies fur les montagnes d'Hefdin , comme
fur celles de la Suiffe & de l'Espagne .
Il indiqua deux ou trois fources d'eaux
minérales , jufqu'ici prefque inconnues
en Artois , & plufieurs mines de fer , de
plomb , de vitriol , dont les marques caractéristiques
, qui fe rencontrent par- tout
au centre & vers les extrêmités de l'Artois ,
femblent promettre un fuccès certain aux
travaux des Entrepreneurs. N'envions
·
" point , ( dit il en parlant du plâtre )
» n'envions point , Meffieurs , aux autres
contrées cette matiere fi utile ; nous en
S❞ trouvons dans celle-ci on peut faire
:
dans l'Artois ce qu'on fait dans l'Ile de
- France : Bourlon & Carency nous donne-
»ront un plâtre plus fin que celui de -Mont-
» martre ... ! du moins la découverte nous
» annonce un heureux fuccès : l'épreuve
de la calcination & de l'humectation
l'affûrera & l'expérience le perpétuera
112 MERCURE DE FRANCE.
»pour l'honneur du Naturaliſte , & pour
» le profit de l'Artois .
Sur la fin de fon difcours le P. L. entreprit
de faire voir que le Naturaliſte fatisfait
prefque toujours fa curiofité , en
trouvant ou ce qu'il cherche , ou ce qu'il
ne cherche pas , & l'Artois & fes environs
lui fourniffent encore des preuves de cette
vérité. Vous cherchiez , dit- il , dans les
carrieres , la pofition , l'étendue , la con-
» tinuité & l'épaiffeur des couches de ter-
"re , & vous avez apperçu dans des blocs
de pierre à la carriere royale de Ronville ,
»près d'Arras , des empreintes & des lits.
>> entiers de coquillages ; dans celle de
» Saint Vaaft , à la porte d'Amiens , dės
99
globes de matiere minérale , dont tous
» les rayons partent du point central , &
» aboutiffent à une circonférence inégale
»& champignoneufe ; & dans celles de
» Berles , à quatre lieues d'Arras , & de
» Saint Pol , à fept lieues de cette ville , des
» huîtres pétrifiées & des marcaffites de
plufieurs efpeces. Vous cherchiez dans
» des coquilles pétrifiées l'ouvrage des in-
» fectes marins confervé dans des carrie-
»res profondes depuis le déluge général ;
» & vous trouvez dans des monumens
antiques , ou l'ouvrage des premiers
» Gaulois , ou celui des anciens Romains...
""
"2
M A I.
1755. 11}
Vous cherchiez à Méricourt , à vingtquatre
pieds de profondeur , quelle eft
la couche de terre ou de gravier où finît
la matiere tourbeufe des marais , & la
» Drague *vous a rapporté différens fruits,
» des noix , des noifettes , dont la coque
» s'eft confervée entiere & folide pendant
» des milliers d'années .... Vous cherchiez
» dans les fontaines des fimples aquatiques,
& des roſeaux pétrifiés fe font offerts à
» vos yeux dans celle d'Albert fur les confins
de cette province .... Vous faifiez
» creufer les terres de Flers pour en exami
ner les différentes couches , & vous y
» avez déterré un amas confidérable de
> médailles romaines bien confervées , &
» réunies dans des vafes de terre dure &
folide .... Vous cherchiez près de Bou-
» chain des fources peu profondes , & vous
» avez tiré de la terre des monnoies farra-
» zines qui ont enrichi votre cabinet ……….
» Vous cherchiez dans les campagnes de
l'Abbaye de Dommartin des échinites
marins changés en cailloux , & avec quel
agréable étonnement vos yeux y ont
» trouvé des monnoies celtiques de fer ! ...
»Vous faifiez jetter les fondemens d'une
" Eglife paroiffiale à Gouy en Artois , &
* Inftrument pour tirer la terre à tourbe.
114 MERCURE DE FRANCE .
cette terre autrefois fanctifiée par de
pareilles fondations , vous a offert des
» médailles françoifes auffi curieuſes &
» inftructives qu'elles font antiques &
"
3 rares.
M. Leroux , Directeur , répondit au
Pere Lucas , & lui dit entr'autres chofes :
» Nous croyons comme vous , mon Révé-
» rend Pere , que la connoiffance de l'hiſtoi-
» re naturelle a toute l'utilité & les agré-
»mens qui peuvent attacher l'honnête
» homme : on ne peut rien ajoûter aux
❞preuves que vous avez fçu rendre fi inté-
» reffantes : on reconnoît avec plaifir que
» vous ne trouvez rien qui foit trop fé-
» rieux pour vos amuſemens , quand vous
» croyez pouvoir les faire fervir à éclairer
» vos compatriotes .... Hâtez - vous , mon
» R. Pere , de leur faire part des recherches
fçavantes que vous leur annoncez.;
» empreffez - vous à leur développer ces
» phénomenes qui ont bien pu arrêter pour
quelques momens leur attention , mais
dont il ne paroît pas qu'ils ayent fçu juſ-
» qu'aujourd'hui pénétrer la fource , ou
» démêler les avantages ; dirigez leur contemplation
: ouvrez - leur la terre qu'ils
habitent ; expliquez -leur comment , depuis
le déluge , elle n'eft qu'une maffe
formée d'un affemblage de mille chofes ,
C
99
ود
99
MATI 1755
९
و د
qui paroiffant déplacées dans fon fein ,
ne femblent offrir que des conjectures
fur les caufes de ce mêlange étonnant.
Placé avec eux comme dans un monde
»fouterrein , montrez-leur que c'eſt ſou-
» vent là que fe trouve l'origine de ces
changemens qui nous arrivent à nous-
» mêmes , ou aux autres, corps qui font fur
la furface de la terre ; dites-leur ce qu'ils
In doivent penfer des fontaines , des rivieres
, des vapeurs , de la formation & de
l'accroiffement des animaux & des végétaux
; en un mot , de toutes les merveil-
» les qui peuvent échapper à leurs lumieres
, ou réfifter à leur entendement. <
¡ M. Enlard de Grandval lur des remarques
fur les difficultés de la verfification
françoife . Il fit voir que ces difficultés réfultoient
principalement de la multitude
des articles , des pronoms , de certaines
prépofitions & conjonctions , des verbes
auxiliaires fouvent doublés. » Toutes cho-
>>> fes qui ne peignent rien , mais qui rempliffent
en partie la mefure , & y tien-
» nent la place d'autres mots qui exprime-
. . و ر
C
roient un fentiment , ou une image , uni-
» ques refforts du nerfpoëtique. » Il fit encore
obferver que le défaut d'élifion dans
les voyelles , excepté le muet , excluoit ła
rencontre d'une infinité de mots , qui ne
16 MERCURE DE FRANCE.
pouvoient plus fe trouver enfemble dan's
notre poëfie ; que notre profodie , quoique
peu marquée , exigeoit des attentions trèsdélicates
, parce que trop de breves ou de
longues dans un vers , le rendoient défectueux
; que non feulement la quantité des
fyllabes , mais encore leurs fons qui doivent
être variés , & le choix des rimes ,
qui , quoique différentes entr'elles , font
cependant monotones & choquantes quand
elles roulent de fuite fur une même voyelle
, en rendoient l'arrangement très- difficile.
Ce qu'il y a de pis , ajoûta M. de
» G. eft que nous n'avons fur cela aucune
régle qui puiffe nous gouverner ; la li-
» berté même fait le danger : rien de fi
borné que les préceptes de notre poëfie ,
rien de fi embarraſſant que l'exécution .
» Le choix des fyllabes breves ou longues ,
» celui des rimes & des fons eft purement
و د
ود
""
arbitraire ; il ne dépend que du goût dự
» Verfificateur ; mais combien ce goût
» doit- il être fûr & exercé pour ne s'y pas
méprendre , & qu'il eft rare de l'avoir
» tel !..... Les autres nations ont pour
»la poëfie un langage à part , une langue
» des Dieux : nous retenons la nôtre dans
» toutes fes entraves ; nul écart de la Gram-
» maire , nulle licence n'y eft permiſe . Les
figures , la métaphore font l'ame de la
MA 1. 1755. 117
poëfie , nous en exigeons fans doute , &
nous prétendons que le Poëte nous anime
, nous éleve , nous échauffe , mais
» à condition que l'art fe cache avec foin ,
& que l'enthoufiafme ne s'éloigne pas
trop du langage naturel . Peuple léger ,
vif & capricieux , nous voulons que la
fageffe regne jufques dans la fureur poë-
" tique ! &c.
M. le Chevalier de Vauclaire récita
deux pieces de poësie morale , imitées des
vers de Bocce , fur la confolation philofophique.
L'on termina cette féance par
un mémoire que M. Dupré d'Aulnay ,
membre de la Société littéraire de Châlons
en Champagne , avoit envoyé pour
tribut à celle d'Arras , à laquelle il eft
aggrégé depuis peu , comme affocié externe.
Ce mémoire confiftoit en des obfervations
phyfiques fur le fel marin , pour
réfuter les conjectures de M. R. P. V. J.
au fujet d'un ouvrage imprimé dans un
recueil de l'Académie de la Rochelle.
Nous apprenons que depuis la féance
publique dont on vient de rendre compte
, la Société littéraire d'Arras en a encore
tenu deux autres , le 26 Octobre
1754, & le 15 Mars dernier. Voici la
lifte des pièces qui ont rempli ces nouvelles
féances...
118 MERCURE DE FRANCE.
Effai fur la néceffité & l'utilité des rew
cherches de monumens antiques & de médailles
dans la province d'Artois , relative
ment à l'histoire du pays , par M. Camp. x
2 Obfervations fur l'origine & les étymolo
gies de plufieurs noms de lieux anciens fitues
en Artois ; par le même .
Remerciment de M. Foacier de Ruzé ,
nouvel Affocié , auquel M. Camp a tépondu
en qualité de Directeur.
A
Difcours de M. Brunel , Avocat , Chan
celier de la Société , dont l'objet étoit de
prouver combien le mépris de la littérature
nuit au bien public.
Suite du mémoire hiftorique , lû par M.
Harduin , à l'affemblée du 3o Mars 1754 ,
contenant la relation des cérémonies qui
fe pratiquoient dans la ville d'Arras , fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race ,
aux entrées folemnelles de ces Princes &
des Rois de France leurs Souverains .
Effai hiftorique fur l'origine de la langue
françoife , par M. Enlart de Grandval ,
qui avoit donné le difcours préliminaire
de cet ouvrage à la féance du 30 Mars
1754.
Obfervations phyfiques du R. P. Lucas ,
fur les découvertes qu'on a faites en creufant
le lit du nouveau canal qui doit for--
mer une communication entre la riviero
MAI. 119
1755.
d'Aa & la Lis , dont les travaux ont été
commencés en 1753 , à trois quarts de
lieue de Saint - Omer , par l'ouverture dè
la montagne des Fontinettes.
Pour procéder avec ordre , le P. L. a
divifé fa differtation en quatre articles.
Il expofe dans le premier , quelle eft la
matiere , la couleur , la fituation , l'épaiffeur
& le nombre des différentes couches
qu'on a coupées dans la montagne
des Fontinettes. En parlant de la derniere
couche de glaife , il rapporte les expériences
qu'il a multipliées , pour fe convaincre
par les yeux que l'origine des fontaines
& des rivieres doit être attribuée aux
brouillards , à la rofée , à l'eau de pluie ,
&c. & il réfute les autres fyftêmes qu'on a
imaginés à cet égard. Il ajoute quelques
réflexions fur les couches de fable qu'on
á découvertes dans la montagne , du côté
du village d'Arques ; il obferve que les
grains de ce fable , qui eft vitrifiable , font
plus gros que ceux du fable ordinaire des
fablieres d'Artois , & que la plupart de
ces grains font taillés à fix pans , qui aboutiffent
à une pointe commune ; ce qui
pourroit faire conjecturer que ce font de
petites primes de cryſtal , femblables à celles
des cryftaux colorés & non colorés
de Suiffe , de Portugal , &c.
120 MERCURE DE FRANCE.
2
Dans le fecond article , le P. L. diftingue
deux efpéces tout à fait différentes de
minéraux , trouvées dans les mêmes fouilles
, à vingt- cinq pieds de profondeur. La.
premiere efpéce eſt une matiere lourde
jaune & brillante , qui paroît métallique
au premier coup d'oeil , mais qui ne l'eft
Il pas. prouve que plufieurs de ces fragmens
minéraux ont été autrefois de vrai
bois , dont ils confervent encore les fibres
ligneufes , les noeuds convexes & concayes
, les racines & les branches naiſlantes .
Il explique comment une métamorphofe
auffi finguliere a pû fe faire , comment ce
bois a changé de nature , fans changer de
configuration extérieure , & fur-tout comment
il peut fe rencontrer dans le fein
d'une montagne , dont la formation n'a
point d'époque connue , & paroît être de
la plus haute antiquité. Il paffe enfuite à
la décompofition qu'il a faite de ce bois
minéralife ; & après avoir prouvé qu'on
n'y reconnoît pas les qualités d'un métal ,
il conclut que c'eft un foufre minéral २
mêlé de quelques parties de fel neutre ,
& d'une grande partie de terre.
Le fecond minéral eft une matiere
talqueufe & tranſparente , compofée de
feuilles prefque infiniment minces , appliquées
& collées les unes fur les autres ,
de
MAI. 1755. 121
1
de maniere que ce grand nombre de couches
ne diminue point la tranfparence de
la maffe continue , & n'interrompt point la
direction des rayons de lumiere qui y
paffent en ligne droite prefque aufli aifément
que dans le verre . Ces morceaux
talqueux forment dans la glaiſe des étoiles
en tout fens , dont les rayons divergens partent
d'un centre commun , qui n'eft qu'un
point , ou plutôt qui n'eft formé que par
les pointes inférieures des rayons mêmes ,
qui y aboutiffent & s'y réuniffent tous en
un feul point. Le P. L. décrit leur figure
extérieure & leurs différentes dimenfions ;
& après avoir montré pourquoi quelquesuns
de ces rayons paroiffent entés les uns
fur les autres , il s'attache à expliquer la
formation finguliere des épis de folle
avoine qu'on y remarque diftinctement, &
qui s'étendent dans le fein & felon la longueur
de chaque rayon . Il foutient que
cette matiere talqueufe , bien broyée &
bien pilée , eft préférable au tripoli & au
foufre pour les maftics fins , & qu'elle peut
fervir à blanchir l'argent quand elle a été
calcinée dans le creufet , & réduite en poudre
impalpable. Il explique enfin comment
cette matiere paroît vitrefcible dans
l'eau forte , où elle ne fe diffout point ,
& femble cependant fe calciner dans un
F
22 MERCURE DE FRANCE.
grand feu , où elle ne fe vitrifie pas.
Le P. L. a détaillé , dans le troifiéme
article , les indices qui paroiffent annoncer
aux environs du nouveau canal quelques
mines de plomb , à une plus grande
profondeur. Il a remis à une autre féance
le quatrième article , dans lequel il parlera
des divers fragmens de végétaux & de parties
animales qui ont été trouvées dans les
couches de fable , vers l'endroit où l'on a
commencé l'excavation du canal.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
Le 22 juin 1755, la Société Littéraire d'Arras organisa une séance publique pour accueillir le Père Lucas, jésuite, qui prononça un discours sur l'excellence de l'histoire naturelle. Il souligna l'utilité et les agréments de cette discipline, mettant en avant l'abondance des curiosités naturelles et des monuments antiques en Artois. Le Père Lucas détailla plusieurs découvertes, telles que des tombeaux anciens à Dainville et Gouy, des vestiges romains dans les marais d'Ecourt-Saint-Quentin, et des artefacts gaulois et romains dans la sablière de Baralle. Il mentionna également des arbres fossilisés à Arras, Recourt, et Fouquières, ainsi que diverses ressources naturelles comme des plantes médicinales, des sources d'eau minérale, et des mines de fer, plomb, et vitriol. Dans la deuxième partie de son discours, le Père Lucas expliqua comment les naturalistes contribuent à l'histoire en fournissant des antiquités précieuses. Il illustra cela par des exemples de découvertes faites en Artois, comme des empreintes de coquillages, des globes minéraux, et des médailles romaines. M. Leroux, Directeur de la Société, répondit en soulignant l'importance de la connaissance de l'histoire naturelle pour éclairer les compatriotes. M. Enlard de Grandval fit des remarques sur les difficultés de la versification française, tandis que le Chevalier de Vauclaire récita des poèmes moraux. La séance se conclut par la lecture d'un mémoire de M. Dupré d'Aulnay sur le sel marin, réfutant des conjectures de M. R. P. V. J. Le Père Lucas a également structuré ses observations sur les découvertes faites lors du creusement du lit d'un nouveau canal entre la rivière d'Aa et la Lis, près de Saint-Omer, en quatre articles. Dans le premier article, il décrit les différentes couches de matière trouvées dans la montagne des Fontinettes, discutant de l'origine des fontaines et des rivières, et observant des couches de sable vitrifiable près d'Arques. Le deuxième article distingue deux types de minéraux trouvés à vingt-cinq pieds de profondeur : un bois fossilisé transformé en soufre minéral et une matière talqueuse et transparente utilisée dans les mastics fins et pour blanchir l'argent. Le troisième article mentionne des indices de mines de plomb à une plus grande profondeur. Le quatrième article, non détaillé dans le texte, traitera des divers fragments de végétaux et de parties animales trouvés dans les couches de sable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3568
p. 123-126
MUSIQUE.
Début :
Le Vendredi 4 Avril, Mlle Fel chanta au Concert spirituel Exultate Deo, [...]
Mots clefs :
Musique, Succès, Concert spirituel, Opéra italien, Chevalier d'Herbain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.·´
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
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Résumé : MUSIQUE.
Le 4 avril, Mlle Fel a interprété le motet 'Exultate Deo' au Concert Spirituel, révélant ainsi l'auteur comme étant le Chevalier d'Herbain. Ce dernier, membre de l'Ordre militaire de Saint-Louis et capitaine d'infanterie dans le régiment de Tournai, est reconnu en Italie pour ses œuvres musicales. Il a débuté à Rome en 1751 avec l'intermède 'Il Geloso', représenté ensuite à Florence et à Bastia en 1753. En Corse, les troupes françaises, sous le commandement du Marquis de Cursay, ont célébré la naissance du Duc de Bourgogne avec l'opéra 'Le Triomphe des lys' du Chevalier d'Herbain, dédié au Dauphin. L'année suivante, son opéra 'Lavinie' a été représenté à Bastia, puis à Milan, Florence et Gênes, rencontrant un grand succès. De retour en France, le Chevalier d'Herbain a fait graver les cantates 'Les Charmes du Sommeil' et 'Le Retour de Flore', dédiées à la Dauphine. Le motet 'Exultate Deo' a été exécuté une seconde fois le 7 avril au Concert Spirituel, avec Mlle Fel, et a été acclamé par le public. Ce motet est disponible à la vente à Paris chez plusieurs adresses mentionnées. Un recueil d'airs de l'opéra 'Lavinie' et d'autres œuvres est dédié au Prince Louis, Duc de Wurtemberg.
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3569
p. 126-131
PEINTURE. Avis aux Dames.
Début :
C'est bien injustement qu'on accuse les Dames d'oisiveté, & qu'on leur [...]
Mots clefs :
Peinture, Dames, Cire, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Avis aux Dames.
PEINTURE.
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
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Résumé : PEINTURE. Avis aux Dames.
En mai 1755, un texte traite des pratiques de maquillage des femmes et des innovations visant à simplifier leur toilette. Les femmes cherchent à réduire le temps passé à leur maquillage et adoptent des perruques malgré leurs inconvénients esthétiques. Plusieurs inventions sont présentées pour faciliter l'application du rouge, un marqueur de rang ou de richesse. Le Sr P.... propose des pièces d'écarlate à coller sur le visage pour un effet durable. Le sieur Loriot offre un secret pour fixer les pastels, permettant une application permanente du rouge. Le Sr B...., peintre du Roi, présente une technique de peinture en cire sans odeur désagréable, offrant une solidité et une durabilité supérieures. Cependant, son usage pourrait être limité par la peur du fer chaud. Le texte se termine par une réflexion sur l'usage du rouge comme marque de statut, suggérant que le bleu d'outre-mer serait un meilleur indicateur de richesse. Un lord anglais propose ces idées, reconnaissant que les femmes pourraient trouver ses suggestions trop anglo-saxonnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3570
p. 131-134
GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je vous adresse, Monsieur, la justification de M. Duflos, attaqué dans l'article [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe, Claude-Augustin Duflos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
GRAVURE.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
E vous adreffe , Monfieur , la juftifica-
Jinus ad. Duños , attaqué dans l'article
quatrieme du Mercure de Mars : je
vous crois trop équitable pour ne pas
l'inférer
dans celui de Mai ; vous le devez
d'autant plus volontiers qu'elle y tiendra
peu de place ; elle eft auffi courte que fim- eſt
ple.
Un ancien éleve de M. Boucher , &
qu'il ne defavoueroit pas , a remis gratuitement
des deffeins de fon Maître au fieur
Duflos , dont il eft l'ami ; ce Graveur en a
fait l'ufage que tous fes confreres en euffent
fait à fa place. Les deffeins de M. Boucher
plaifent , on fe les arrache ; ils tombent
dans fes mains , il les grave ; affuré du
débit , il les recherche avec plus de foin .
Mais je veux qu'il les eut acquis par des
voies illégitimes ; la mauvaiſe humeur ne
laiffoit- elle à notre fçavant artifte d'autre
reffource que de rendre le larcin public ?:
C'eftun moyen ignoré jufqu'ici de fes con
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Freres , & qui plus d'une fois dans le cas
de fe plaindre auffi hautement , n'en ont
rien fait ; la réputation étant , au jugement
des hommes , le plus précieux de tous les
biens , demande des égards infinis . Celle
de notre illuftre Académicien eft fi folidement
établie , que des gravûres qu'il ne
veut pas reconnoître , n'étoient pas faites
pour y porter atteinte : que ne laiffoit- il
juger le public ? Il eût vu clair , & il eût
rendu autant de juftice à fa modération
qu'il en rend à fes ouvrages.
Mais tout grand homme a fa manie ;
celle de M. Boucher eft de n'être point
gravé occupé de beaucoup d'ouvrages
qui plaifent , les momens lui échappent
>
n'a pas toujours le tems d'être neuf ; fes
rableaux répandus chez des particuliers ,
ne font pas connus de tout le monde ; fi
la province lui en demande, quelques coups .
de crayon
, quelques traits habilement
ajoûtés ou changés , en font des portraits
nouveaux , & donnent aux Peintres le tems
de refpirer la gravûre y perd , & le public
auffi , mais l'Académicien
y gagne.
:
Inconnu à M. Boucher & à M. Duflos ,
je n'ai d'autre but , Monfieur , que de défendre
un artifte , dont la bonne foi méritoit
plus d'indulgence ; je fouhaiterois apprendre
à leurs femblables les égards qu'ils
MAÍ. 1755. 133
fe doivent réciproquement , & faite connoître
à tous les Peintres qu'ils trouveront
toujours les Graveurs prêts à profiter de
leurs inftructions lorfqu'ils voudront bien
fe communiquer avec le ton de politeffe
& d'affabilité , qui jette autant d'éclat fur
les arts , qu'il honore & diftingue les François.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 20 Mars 1755.
LE fieur Gaillard , Graveur en tailledouce
, qui a déja mis au jour plufieurs
eftampes dont le public a été fort fatisfait
, lui en préfente encore une nouvelle
qui pourra également mériter fon fuffrage.
Elle eft gravée d'après un tableau du célebre
M. Boucher , & repréſente une jeune
& belle Dame à fa toilette. Une jolie Marchande
de modes eft affife par terre à fes
pieds , & étale à fes yeux tous les brillans
colifichets dont le beau fexe fait aujourd'hui
fa parure.
On trouve cette eftampe chez l'auteur ,
rue S. Jacques , au- deffus des Jacobins
chez un Perruquier.
*
PORTRAIT du P. Rainaud , gravé par Audrand
, d'après Bonnet. La reffemblance y
eft très bien faifie. On lit ce quatrain au
134
MERCURE DE FRANCE.
bas de l'eftampe , qui fe vend chez l'auteur ,
rue S. Jacques , à la ville de Paris .
Aux applaudiffemens dûs à fon éloquence ,
Ce grand Orateur échappé ,
Dans les vertus enveloppé ,
Prêche encore par fon filence .
M. NATTIER , Peintre du Roi , & Profeffeur
en fon Académie , vient de donner au
public l'eftampe qu'il a fait graver d'après
le portrait de la Reine , qui a paru au falon
du Louvre en 1748. La reffemblance & la
délicateffe du burin font honneur à M.
Tardieu , Graveur du Roi , connu depuis.
long - tems par les foins qu'il prend de bienfinir
fes ouvrages
.
Cette eftampe , qui s'imprime fur la demi-
feuille de papier grand aigle , fe diftribue
à Paris , chez M. Tardieu , rue des
Noyers , à côté du Commiffaire ; & chez
Joullain , quai de la Mégifferie , à la ville
de Rome.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
E vous adreffe , Monfieur , la juftifica-
Jinus ad. Duños , attaqué dans l'article
quatrieme du Mercure de Mars : je
vous crois trop équitable pour ne pas
l'inférer
dans celui de Mai ; vous le devez
d'autant plus volontiers qu'elle y tiendra
peu de place ; elle eft auffi courte que fim- eſt
ple.
Un ancien éleve de M. Boucher , &
qu'il ne defavoueroit pas , a remis gratuitement
des deffeins de fon Maître au fieur
Duflos , dont il eft l'ami ; ce Graveur en a
fait l'ufage que tous fes confreres en euffent
fait à fa place. Les deffeins de M. Boucher
plaifent , on fe les arrache ; ils tombent
dans fes mains , il les grave ; affuré du
débit , il les recherche avec plus de foin .
Mais je veux qu'il les eut acquis par des
voies illégitimes ; la mauvaiſe humeur ne
laiffoit- elle à notre fçavant artifte d'autre
reffource que de rendre le larcin public ?:
C'eftun moyen ignoré jufqu'ici de fes con
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Freres , & qui plus d'une fois dans le cas
de fe plaindre auffi hautement , n'en ont
rien fait ; la réputation étant , au jugement
des hommes , le plus précieux de tous les
biens , demande des égards infinis . Celle
de notre illuftre Académicien eft fi folidement
établie , que des gravûres qu'il ne
veut pas reconnoître , n'étoient pas faites
pour y porter atteinte : que ne laiffoit- il
juger le public ? Il eût vu clair , & il eût
rendu autant de juftice à fa modération
qu'il en rend à fes ouvrages.
Mais tout grand homme a fa manie ;
celle de M. Boucher eft de n'être point
gravé occupé de beaucoup d'ouvrages
qui plaifent , les momens lui échappent
>
n'a pas toujours le tems d'être neuf ; fes
rableaux répandus chez des particuliers ,
ne font pas connus de tout le monde ; fi
la province lui en demande, quelques coups .
de crayon
, quelques traits habilement
ajoûtés ou changés , en font des portraits
nouveaux , & donnent aux Peintres le tems
de refpirer la gravûre y perd , & le public
auffi , mais l'Académicien
y gagne.
:
Inconnu à M. Boucher & à M. Duflos ,
je n'ai d'autre but , Monfieur , que de défendre
un artifte , dont la bonne foi méritoit
plus d'indulgence ; je fouhaiterois apprendre
à leurs femblables les égards qu'ils
MAÍ. 1755. 133
fe doivent réciproquement , & faite connoître
à tous les Peintres qu'ils trouveront
toujours les Graveurs prêts à profiter de
leurs inftructions lorfqu'ils voudront bien
fe communiquer avec le ton de politeffe
& d'affabilité , qui jette autant d'éclat fur
les arts , qu'il honore & diftingue les François.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 20 Mars 1755.
LE fieur Gaillard , Graveur en tailledouce
, qui a déja mis au jour plufieurs
eftampes dont le public a été fort fatisfait
, lui en préfente encore une nouvelle
qui pourra également mériter fon fuffrage.
Elle eft gravée d'après un tableau du célebre
M. Boucher , & repréſente une jeune
& belle Dame à fa toilette. Une jolie Marchande
de modes eft affife par terre à fes
pieds , & étale à fes yeux tous les brillans
colifichets dont le beau fexe fait aujourd'hui
fa parure.
On trouve cette eftampe chez l'auteur ,
rue S. Jacques , au- deffus des Jacobins
chez un Perruquier.
*
PORTRAIT du P. Rainaud , gravé par Audrand
, d'après Bonnet. La reffemblance y
eft très bien faifie. On lit ce quatrain au
134
MERCURE DE FRANCE.
bas de l'eftampe , qui fe vend chez l'auteur ,
rue S. Jacques , à la ville de Paris .
Aux applaudiffemens dûs à fon éloquence ,
Ce grand Orateur échappé ,
Dans les vertus enveloppé ,
Prêche encore par fon filence .
M. NATTIER , Peintre du Roi , & Profeffeur
en fon Académie , vient de donner au
public l'eftampe qu'il a fait graver d'après
le portrait de la Reine , qui a paru au falon
du Louvre en 1748. La reffemblance & la
délicateffe du burin font honneur à M.
Tardieu , Graveur du Roi , connu depuis.
long - tems par les foins qu'il prend de bienfinir
fes ouvrages
.
Cette eftampe , qui s'imprime fur la demi-
feuille de papier grand aigle , fe diftribue
à Paris , chez M. Tardieu , rue des
Noyers , à côté du Commiffaire ; & chez
Joullain , quai de la Mégifferie , à la ville
de Rome.
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Résumé : GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
Une lettre adressée à l'auteur du Mercure de France défend un graveur nommé Duflos, accusé dans un article précédent. L'auteur de la lettre, un ancien élève de François Boucher, explique que Duflos a utilisé des dessins de Boucher pour créer des gravures, une pratique courante parmi les graveurs. Il justifie Duflos en précisant que, bien que les dessins aient été obtenus de manière illégitime, Duflos n'a pas cherché à nuire à la réputation de Boucher, dont la renommée est bien établie. La lettre critique également Boucher pour son manque de disponibilité et son désir de contrôler les reproductions de ses œuvres. L'auteur espère que cette affaire servira de leçon sur les égards réciproques entre peintres et graveurs. De plus, le texte mentionne plusieurs gravures récentes, dont une de Gaillard d'après un tableau de Boucher, une de Audrand représentant le Père Rainaud, et une de Tardieu d'après un portrait de la Reine par Nattier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3571
p. 135-143
ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Début :
Quelque libre que paroisse la composition des édifices, il est, pour ainsi [...]
Mots clefs :
Églises, Extérieurs, Décoration, Portail, Ordres, Architectes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
ARCHITECTURE .
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
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Résumé : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Dans son texte 'Observations sur la manière dont font décorés les extérieurs de nos églises', l'architecte M. Patte critique les erreurs courantes dans la décoration des églises françaises. Il insiste sur l'importance de choisir une décoration adaptée à la fonction de chaque type de bâtiment. Patte reproche l'utilisation de plusieurs ordres de colonnes superposés sur les portails des églises, une pratique qui, selon lui, donne l'impression que les églises sont des bâtiments habités. Il compare cette approche à la manière dont les anciens décoraient leurs temples, en utilisant un seul ordre colossal pour créer une apparence majestueuse et grandiose. Patte mentionne que les architectes français ont souvent imité le portail de l'église Saint-Gervais, conçu par De Broffes, malgré ses défauts. Il propose de supprimer les toits de charpente et d'utiliser des voûtes en plein cintre pour les églises, comme le faisaient les Grecs et les Romains. Il suggère également d'utiliser des ordres colossaux pour décorer les extérieurs des églises, ce qui cacherait les arcs-boutants et améliorerait l'esthétique. Le texte critique également l'absence de porches ou de vestibules dans les églises modernes, ainsi que la présence d'armes profanes dans les tympans des frontons. Patte espère que le nouveau plan pour l'église Sainte-Geneviève servira de modèle. Il recommande de choisir des architectes compétents ou d'organiser des concours pour garantir la qualité des projets architecturaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3572
p. 143-174
RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Début :
Si l'on ne connoissoit l'esprit de l'homme, on auroit lieu de s'étonner que [...]
Mots clefs :
Dispute, Architecture, Architectes, Murs, Porte, Voûte, Église, Angle, Colonne, Marc-Antoine Laugier, Amédée-François Frézier, Vitraux, Colonnade, Nef, Construction, Ordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
RESULTAT de la difpute entre le P.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
Fermer
Résumé : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Le texte présente une dispute littéraire entre le Père Laugier et M. Frezier concernant le goût en architecture. Frezier affirme qu'il n'existe pas de beau essentiel en architecture, en raison des variétés des goûts particuliers de chaque nation et de leurs variations au fil du temps. Laugier, au contraire, soutient la possibilité d'une telle beauté, bien que aucun architecte n'ait encore réussi à la montrer dans ses ouvrages. Frezier critique Laugier pour sa contradiction concernant une église bâtie à Pékin, appréciée par les Chinois selon Laugier, mais non par le frère Attiret. Dans la seconde partie de la dispute, Laugier change d'avis et attaque Frezier sur la question des proportions harmoniques en architecture. Frezier répond que les architectes anciens et modernes n'ont jamais pensé à ces principes scientifiques, ce que Laugier conteste en suggérant que les architectes pourraient avoir trouvé le vrai par intuition. La dispute se poursuit sur la question des pilastres, que Laugier considère comme des innovations issues de l'ignorance. Frezier démontre que les pilastres sont essentiels pour soutenir les angles des entablements, contrairement aux colonnes. Laugier propose une solution pour éviter le porte-à-faux, mais Frezier la critique comme étant ridicule et ignorante. Frezier explique ensuite l'utilité des pilastres dans les habitations, soulignant que les colonnes ne peuvent pas servir de support dans ces contextes. Il conclut que les pilastres sont préférables aux colonnes pour des raisons pratiques et esthétiques. Le texte aborde également les proportions et la beauté des ordres architecturaux, soulignant que la colonne doit être vue perpendiculairement au mur pour que sa proportion soit respectée. Il critique l'enclavement des colonnes dans les murs, affirmant que cela altère leur beauté architecturale. Il compare les colonnes aux pilastres, notant que ces derniers, contrairement aux colonnes, ne perdent pas leur apparence en étant enclavés. Le texte discute des dispositions des églises, soulignant que le Père propose des plans sans se soucier de la conformité avec les usages anciens. Il critique la liberté excessive dans la conception des églises modernes, qui néglige la majesté du lieu et les cérémonies liturgiques. Il examine la construction de l'église proposée par le Père, critiquant le manque de symétrie et de solidité dans le plan. Il souligne que les colonnes isolées aux angles ne peuvent résister aux poussées des platebandes, ce qui compromet la stabilité de l'édifice. Enfin, le texte aborde les défis et les incertitudes liés à l'utilisation de nouvelles techniques de construction pour les voûtes d'églises. Il souligne plusieurs points critiques : l'indisponibilité de matériaux de qualité dans certaines régions, la solidité des voûtes légères en briques de plat, et les effets de la pesanteur sur les structures. Il critique une proposition de voûte sphérique en pendentif, jugée trop fragile et inadaptée aux contraintes climatiques. Le texte conclut que la nouvelle proposition de voûte ne répond pas aux exigences de solidité et de durabilité, et qu'elle nécessite des fondations et des supports similaires aux méthodes traditionnelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3573
p. 174-176
HORLOGERIE. Lettre de M. le Paute à M. de Boissy.
Début :
Monsieur, la personne qui a bien voulu se charger à mon insçu de faire annoncer [...]
Mots clefs :
Cadrans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE. Lettre de M. le Paute à M. de Boissy.
HORLOGERIE.
Lettre de M. le Paute à M. de Boiffy.
Moni
Onfieur, la perfonne qui a bien voulu
fe charger à mon infçu de faire annoncer
dans le Mercure de Mars dernier
lesnouveaux cadrans que je fubftitue depuis
quelque tems aux cadrans d'émail , ignoroit
probablement que l'on avoit tenté avant
MA I. 1755. 175
moi divers moyens pour remplir le même
objet , ou a négligé d'en faire mention .
Cette omiffion a donné lieu à M. Dupont ,
Horloger de Paris , de croire que c'étoit
d'après lui que j'avois travaillé ; & j'ai
appris que plufieurs perfonnes croyoient
qu'en effer mes cadrans étoient les mêmes
que les fiens. Il eft vrai que depuis quelques
que tems il a employé des cadrans plats
dans lesquels les heures & minutes font
peintes für le verre , & dont le fond eft
une couche de maftic d'un affez beau blanc
appliquée fur le verre ; le prix d'ailleurs
de ces cadrans eft confidérable. Comme
ceux que l'on a vûs chez moi , Monfieur ,
font abfolument différens de ceux -là , qu'ils
n'y ont même aucun rapport , puifque je
n'emploie ni couleurs ni inaftic , ni quoi .
que ce foit qui ait rapport à la peinture
& qu'ils font imprimés , je vous prie de
vouloir bien prévenir l'erreur à cet égard .
Les miens d'ailleurs font d'un blanc plus
éclatant , d'un prix beaucoup moindre
ceux dont je viens de parler , le verre peut
être brifé fans perdre pour cela le cadran ;
chacun peut s'en affurer
foi-même en
les voyant chez moi.
par
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ces Avril 1755.
que
LE PAUTE:
>
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
LE S. LE
MAZURIER ,
Horlogeri
eft auteur d'une pendule à fecondes ,
fonnerie & à remontoir , dont le mouvement
n'a qu'une feule roue. Nous donnerons
le mois prochain le rapport de l'Académie
royale des Sciences fur cette piéce.
L'Artiſte , non content de la grande fimplicité
où il a fçu l'amener , a eu l'attention
d'y obferver une forme
extrêmement
gracieufe ; ce qui lui a donné lieu d'y ajuſter
un cadran de glace , au travers duquel
on apperçoit tous les effets.
On pourra la voir chez l'auteur tous les
jours de travail , depuis trois heures après
midi jufqu'à cinq.
Il demeure rue de la Harpe , à la Pendule
, au premier étage , près le College
d'Harcourt.
Lettre de M. le Paute à M. de Boiffy.
Moni
Onfieur, la perfonne qui a bien voulu
fe charger à mon infçu de faire annoncer
dans le Mercure de Mars dernier
lesnouveaux cadrans que je fubftitue depuis
quelque tems aux cadrans d'émail , ignoroit
probablement que l'on avoit tenté avant
MA I. 1755. 175
moi divers moyens pour remplir le même
objet , ou a négligé d'en faire mention .
Cette omiffion a donné lieu à M. Dupont ,
Horloger de Paris , de croire que c'étoit
d'après lui que j'avois travaillé ; & j'ai
appris que plufieurs perfonnes croyoient
qu'en effer mes cadrans étoient les mêmes
que les fiens. Il eft vrai que depuis quelques
que tems il a employé des cadrans plats
dans lesquels les heures & minutes font
peintes für le verre , & dont le fond eft
une couche de maftic d'un affez beau blanc
appliquée fur le verre ; le prix d'ailleurs
de ces cadrans eft confidérable. Comme
ceux que l'on a vûs chez moi , Monfieur ,
font abfolument différens de ceux -là , qu'ils
n'y ont même aucun rapport , puifque je
n'emploie ni couleurs ni inaftic , ni quoi .
que ce foit qui ait rapport à la peinture
& qu'ils font imprimés , je vous prie de
vouloir bien prévenir l'erreur à cet égard .
Les miens d'ailleurs font d'un blanc plus
éclatant , d'un prix beaucoup moindre
ceux dont je viens de parler , le verre peut
être brifé fans perdre pour cela le cadran ;
chacun peut s'en affurer
foi-même en
les voyant chez moi.
par
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ces Avril 1755.
que
LE PAUTE:
>
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
LE S. LE
MAZURIER ,
Horlogeri
eft auteur d'une pendule à fecondes ,
fonnerie & à remontoir , dont le mouvement
n'a qu'une feule roue. Nous donnerons
le mois prochain le rapport de l'Académie
royale des Sciences fur cette piéce.
L'Artiſte , non content de la grande fimplicité
où il a fçu l'amener , a eu l'attention
d'y obferver une forme
extrêmement
gracieufe ; ce qui lui a donné lieu d'y ajuſter
un cadran de glace , au travers duquel
on apperçoit tous les effets.
On pourra la voir chez l'auteur tous les
jours de travail , depuis trois heures après
midi jufqu'à cinq.
Il demeure rue de la Harpe , à la Pendule
, au premier étage , près le College
d'Harcourt.
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Résumé : HORLOGERIE. Lettre de M. le Paute à M. de Boissy.
La lettre de M. le Paute à M. de Boiffy clarifie la confusion entourant les nouveaux cadrans d'horlogerie introduits par M. le Paute. Une annonce dans le Mercure de France a omis de mentionner que d'autres méthodes avaient été tentées auparavant, ce qui a conduit M. Dupont, un horloger parisien, à croire que M. le Paute avait utilisé ses idées. Plusieurs personnes pensaient également que les cadrans de M. le Paute étaient identiques à ceux de M. Dupont. Cependant, les cadrans de M. Dupont sont plats, avec des heures et des minutes peintes sur le verre et un fond en mastic blanc, à un prix élevé. En revanche, ceux de M. le Paute sont imprimés sans couleurs ni mastic, d'un blanc plus éclatant et à un prix plus bas. De plus, le verre peut être brisé sans endommager le cadran. M. le Paute demande à M. de Boiffy de corriger cette erreur. Par ailleurs, M. Mazurier a créé une pendule à secondes, sonnerie et remontoir, avec un mouvement simplifié à une seule roue. Cette pendule, d'une forme gracieuse, est équipée d'un cadran en glace permettant de voir tous les effets. Elle est visible chez l'auteur, rue de la Harpe, à la Pendule, au premier étage, près du Collège d'Harcourt, tous les jours de travail de 15h à 17h.
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3574
p. 177-178
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont ouvert leur théatre le 8 de ce mois par [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Les comédiens français ont inauguré leur théâtre le 8 du mois avec la tragédie 'Athalie', précédée d'un compliment de M. de Bellecourt, acclamé par le public. Le 10, ils ont présenté la huitième représentation de 'Philoctète', et le 19, ils l'ont jouée pour la douzième et dernière fois. La pièce a été accueillie avec enthousiasme et applaudissements constants. M. Tannevot a écrit des vers élogieux sur 'Philoctète', soulignant la force et l'authenticité des passions et des mœurs héroïques présentées. Il critique les Romains pour avoir défiguré la scène et loue le retour du cothurne français à la source de Sophocle. Les personnages de la pièce, notamment Philoctète et Pyrrhus, sont loués pour leurs nobles sentiments et leur respect des dieux. L'action est décrite comme riche en incidents et en profondeur, avec une opposition constante entre clémence et haine. L'éloquence et la raison triomphent dans le personnage d'Ulysse, interprété par Chateaubrun.
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3575
p. 178-179
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur spectacle par Arlequin [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
En 1735, des comédiens italiens ont présenté 'L'Équin Voleur, Juge & Prévôt' le 17 janvier, avec Mme Favart dans un dialogue de clôture. Le même jour, ils ont joué 'Les Deux Soeurs', une comédie en vers en trois actes de M. Yon, jugée bien écrite mais manquant d'action et de gaieté. La représentation a inclus 'Les Amours de Bastien' et 'La Matinée Villageoise', un ballet de M. Deheffe. Un pas de trois a été particulièrement apprécié.
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3576
p. 180-184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Lundi Saint 24 Mars, le Concert commença par une symphonie, qui [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Choeur, Symphonie, Concert, Concerto, Orgue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE
E Lundi Saint 24 Mars , le Concert
commença par une fymphonie , qui
fur fuivie du Venite exultemus , motet à grand
choeur de M. Davefne. Mme Pompeati
chanta un air italien . Mlle Fel chanta
un concerto accompagné de voix . Mme
Pompeati chanta un air italien. Le Concert
finit par Jubilate , motet à grand
choeur de M. de Mondonville.
Le Concert du Mardi Saint fut trèsbeau
; il commença par une fymphonie
de Jumelli , enfuite Domini eft terra ,
motet à grand choeur de M. le Febvre ,
organiſte de S. Louis. Le jeune M. Jannfon
jouaune fonate devioloncelle avec l'ap
plaudiffement général . M. Godard chanta
un petit motet au gré des auditeurs. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition , qui furprit & enchanta
toute l'affemblée ; fon jeu brillant fit
parler cet inftrument en maître , & fit
fentir qu'il a feul le droit de commander
à tous les autres. On ne peut faire
un trop grand éloge de cette nouveauté
& du talent fingulier de M. Balbatre à
qui nous la devons. Le Concert finit par
MAI. 1755 181-
Magnus Dominus, motet à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Mercredi Saint 26 , le Concert commença
par une fymphonie de Geminiani
; enfuite Nifi Dominus , motet à grand
choeur de M. de Mondonville. Mme . Pompeati
chanta un air Italien ; il fut fuivi
d'une fymphonie de Stamich , avec clarinets
& cors de chaffe . Mme. Pompeati
chanta un fecond air Italien. M, Balbatre
joua fon concerto d'orgue avec le
même fuccès. Le Concert finit par le Miferere
de M. de Lalande .
Le Jeudi Saint 27 , on commença par
une fymphonie del Signor Zanni , enfuite
Deus nofter , motet à grand choeur
de M. Cordelet . M. Albaneze chanta
deux airs Italiens . M. Godard chanta un
petit motet de M. le Febvre , organiſte de
S. Louis. Mlle Fel chanta un concerto
accompagné de voix . M. Beche en chanta
l'Adagio. On finit par In exitu , motet
nouveau de M. de Mondonville , qui fut
très applaudi.
Le Vendredi Saint 28 , on commença
par une fymphonie de M. Guillemain ;
enfuite Stabat de Pergoleze . M. Canavas
joua un concerto. Mme Pompeati chanta
un air Italien. M. Balbatre joua fur l'orgue
une fonnate des pieces de Clavecin
1821 MERCURE DE FRANCE:
de M. de Mondonville . On finit par le De
profundis de M. de Mondonville ...
Le Samedi Saint 29 , on commença
par une fymphonie del Signor Haffe ,
qui fut fuivie du Stabat de Pergoleze. M.
Gelin chanta un petit motet. Ön exécuta
une fymphonie del Signor Holzbaur.
Mme Veftris de Giardini chanta deux
airs Italiens ; elle fut applaudie à plus
d'un titre ; elle joint à un bel organe
une figure très aimable : on finit par
Bonum eft , motet à grand choeur de M. de
Mondonville.
Le Dimanche jour de Pâques 30 Mars ,
on commença par une fymphonie de M.
de Mondonville ; enfuite Cantate , moter à
grand choeur de M. de Lalande . Mme
Pompeati chanta deux airs Italiens . Mlle
Fel chanta un petit motet del Signor Fifco.
M. Balbatre joua un concerto d'orgue
de fa compofition. On finit par enite
exultemus , moter à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Lundi de Pâques 31 , on commença
par une fymphonie; enfuite Domine , in
virtute tua , motet à grand choeur de M.
Cordeler. Mme Veftris de Giardini chanta
deux airs. Mlle Fel chanta un nouveau
Regina cæli. M. Balbatre joua un concerto
d'orgue de fa compofition. On finit par
MAI 17551 183
Dominus regnavit , de M. de Mondonville .
Le Mardi de Pâques premier Avril , on
commença par une fymphonic ; enſuite
Dominus regnavit , motet à grand choeur
de M. de Lalande . Mme Pompeati chanta
un air Italien, M. Taillard joua un concerto
de Alûte. Mme Pompeati chanta
un fecond air Italien . M. Balbatre joua
de l'orgue . On finit par In exitu , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Vendredi de Pâques 4 Avril , on
commença par une fymphonie de Mrs
Pla ; enfuite Exaltabo te , moter à grand
choeur de M. de Lalande . M. Moria joua
un concerto de violon . Mlle Fel chanta
avec un grand fuccès Exultate Deo , petit
motet nouveau . M. Balbatre joua fur
l'orgue l'ouverture de l'Opéra Languedocien.
On finit par Coeli enarrant , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Dimanche de Quafimodo 6 , on
commença par une fymphonie de Jumelli
; enfuite Cantate , moter à grand
choeur de M. de Lalande. Mme Veftris
de Giardini chanta deux airs Italiens. M.
Moria joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta le nouveau Regina coeli. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition . On finit par Venite exultemus
, de M. de Mondonville.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 7 Avril , jour de l'Annonciation
, on commença par une fymphonie
nouvelle ; enfuite Cantate , motet à grand
choeur de M. Martin. Mme Pompeati
chanta un air Italien . M. Godard chanta
le petit motet de M. le Febvre. M. Tarrade
joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta pour la feconde fois Exultate
Deo , qui eut une nouvelle réuffite . Pour
rendre le Concert parfait , M. Balbatre
joua un concerto d'orgue de fa compofition
; & l'on finit par In exitu , de M. de
Mondonville,
* Voyez l'article IV , au mot Muſique.
LE
E Lundi Saint 24 Mars , le Concert
commença par une fymphonie , qui
fur fuivie du Venite exultemus , motet à grand
choeur de M. Davefne. Mme Pompeati
chanta un air italien . Mlle Fel chanta
un concerto accompagné de voix . Mme
Pompeati chanta un air italien. Le Concert
finit par Jubilate , motet à grand
choeur de M. de Mondonville.
Le Concert du Mardi Saint fut trèsbeau
; il commença par une fymphonie
de Jumelli , enfuite Domini eft terra ,
motet à grand choeur de M. le Febvre ,
organiſte de S. Louis. Le jeune M. Jannfon
jouaune fonate devioloncelle avec l'ap
plaudiffement général . M. Godard chanta
un petit motet au gré des auditeurs. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition , qui furprit & enchanta
toute l'affemblée ; fon jeu brillant fit
parler cet inftrument en maître , & fit
fentir qu'il a feul le droit de commander
à tous les autres. On ne peut faire
un trop grand éloge de cette nouveauté
& du talent fingulier de M. Balbatre à
qui nous la devons. Le Concert finit par
MAI. 1755 181-
Magnus Dominus, motet à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Mercredi Saint 26 , le Concert commença
par une fymphonie de Geminiani
; enfuite Nifi Dominus , motet à grand
choeur de M. de Mondonville. Mme . Pompeati
chanta un air Italien ; il fut fuivi
d'une fymphonie de Stamich , avec clarinets
& cors de chaffe . Mme. Pompeati
chanta un fecond air Italien. M, Balbatre
joua fon concerto d'orgue avec le
même fuccès. Le Concert finit par le Miferere
de M. de Lalande .
Le Jeudi Saint 27 , on commença par
une fymphonie del Signor Zanni , enfuite
Deus nofter , motet à grand choeur
de M. Cordelet . M. Albaneze chanta
deux airs Italiens . M. Godard chanta un
petit motet de M. le Febvre , organiſte de
S. Louis. Mlle Fel chanta un concerto
accompagné de voix . M. Beche en chanta
l'Adagio. On finit par In exitu , motet
nouveau de M. de Mondonville , qui fut
très applaudi.
Le Vendredi Saint 28 , on commença
par une fymphonie de M. Guillemain ;
enfuite Stabat de Pergoleze . M. Canavas
joua un concerto. Mme Pompeati chanta
un air Italien. M. Balbatre joua fur l'orgue
une fonnate des pieces de Clavecin
1821 MERCURE DE FRANCE:
de M. de Mondonville . On finit par le De
profundis de M. de Mondonville ...
Le Samedi Saint 29 , on commença
par une fymphonie del Signor Haffe ,
qui fut fuivie du Stabat de Pergoleze. M.
Gelin chanta un petit motet. Ön exécuta
une fymphonie del Signor Holzbaur.
Mme Veftris de Giardini chanta deux
airs Italiens ; elle fut applaudie à plus
d'un titre ; elle joint à un bel organe
une figure très aimable : on finit par
Bonum eft , motet à grand choeur de M. de
Mondonville.
Le Dimanche jour de Pâques 30 Mars ,
on commença par une fymphonie de M.
de Mondonville ; enfuite Cantate , moter à
grand choeur de M. de Lalande . Mme
Pompeati chanta deux airs Italiens . Mlle
Fel chanta un petit motet del Signor Fifco.
M. Balbatre joua un concerto d'orgue
de fa compofition. On finit par enite
exultemus , moter à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Lundi de Pâques 31 , on commença
par une fymphonie; enfuite Domine , in
virtute tua , motet à grand choeur de M.
Cordeler. Mme Veftris de Giardini chanta
deux airs. Mlle Fel chanta un nouveau
Regina cæli. M. Balbatre joua un concerto
d'orgue de fa compofition. On finit par
MAI 17551 183
Dominus regnavit , de M. de Mondonville .
Le Mardi de Pâques premier Avril , on
commença par une fymphonic ; enſuite
Dominus regnavit , motet à grand choeur
de M. de Lalande . Mme Pompeati chanta
un air Italien, M. Taillard joua un concerto
de Alûte. Mme Pompeati chanta
un fecond air Italien . M. Balbatre joua
de l'orgue . On finit par In exitu , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Vendredi de Pâques 4 Avril , on
commença par une fymphonie de Mrs
Pla ; enfuite Exaltabo te , moter à grand
choeur de M. de Lalande . M. Moria joua
un concerto de violon . Mlle Fel chanta
avec un grand fuccès Exultate Deo , petit
motet nouveau . M. Balbatre joua fur
l'orgue l'ouverture de l'Opéra Languedocien.
On finit par Coeli enarrant , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Dimanche de Quafimodo 6 , on
commença par une fymphonie de Jumelli
; enfuite Cantate , moter à grand
choeur de M. de Lalande. Mme Veftris
de Giardini chanta deux airs Italiens. M.
Moria joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta le nouveau Regina coeli. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition . On finit par Venite exultemus
, de M. de Mondonville.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 7 Avril , jour de l'Annonciation
, on commença par une fymphonie
nouvelle ; enfuite Cantate , motet à grand
choeur de M. Martin. Mme Pompeati
chanta un air Italien . M. Godard chanta
le petit motet de M. le Febvre. M. Tarrade
joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta pour la feconde fois Exultate
Deo , qui eut une nouvelle réuffite . Pour
rendre le Concert parfait , M. Balbatre
joua un concerto d'orgue de fa compofition
; & l'on finit par In exitu , de M. de
Mondonville,
* Voyez l'article IV , au mot Muſique.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert Spirituel s'est tenu du 24 mars au 7 avril 1755. Chaque jour, les concerts débutaient par une symphonie, suivie de divers motets à grand chœur, airs italiens et concertos. Parmi les compositeurs et interprètes notables figuraient M. Daveine, M. de Mondonville, M. le Febvre, M. Balbastre, Mme Pompeati, Mlle Fel et Mme Vestrys de Giardini. Les œuvres de M. de Mondonville, telles que 'Jubilate', 'Magnus Dominus' et 'In exitu', ont été fréquemment exécutées et acclamées par le public. Les performances de M. Balbastre à l'orgue ont été particulièrement saluées pour leur brillance et leur maîtrise. D'autres moments marquants incluaient les interprétations de M. Jannson au violoncelle et de M. Godard en chant, ainsi que divers concertos de violon et de flûte. Chaque concert se concluait par un motet à grand chœur, souvent composé par M. de Mondonville.
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3577
p. 191-192
DE BORDEAUX.
Début :
La protection particuliere que le Roi accorde à la Chirurgie du Royaume, [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Ecole royale de Chirurgie, Enseignement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BORDEAUX.
DE BORDEAUX.
A protection particuliere que le Roi accorde
& fi floriffante que tous les Chirurgiens s'empreffent
à la rendre plus recommendable.
Les Maîtres en Chirurgie de la ville de Bor
deaux , à l'inftar de ceux de la Capitale & de quel
192 MERCURE DE FRANCE.
ques autres grandes villes du Royaume , ont fait
bâtir un amphithéâtre que le Roi a honoré du
titre d'Ecole royale de Chirurgie , par des Lettres
patentes du 8 Septembre 1752. Cette compagnie ,
qui n'a d'autre objet que le progrès de la Chirur
gie & la confervation des citoyens , fe propoſe de
faire gratuitement des cours publics , qui dureront
toute l'année fans interruption : en conféquence
elle a nommé des Démonftrateurs qui enfeigneront
fucceffivement aux éleves en Chirurgie , la
théorie & la pratique de la fcience , & de l'art le
plus intéreffant pour le genre humain. Cet établiffement,
qui eft généralement applaudi , paroît
être d'autant plus utile à Bordeaux , que plufieurs
campagnes des environs font dépourvues de Chirurgiens
en état de remédier à certaines maladies
qui affectent la plupart des habitans . D'ailleurs
cette ville étant une des plus commerçantes du
Royaume , MM. les Négocians envoyent toutes
les années dans les Colonies un très-grand nombre
de Vaiffeaux , dans lefquels on a foin de mettre
des Chirurgiens , dont la plupart n'ayant point eu
des facultés pour aller puifer à Paris ou ailleurs
les lumieres de leur profeffion , commettent des
impérities dont les paffagers & l'équipage font
très-fouvent les victimes ; c'eft donc dans les vûes
de faire ceffer de tels inconvéniens , que cette
Compagnie s'eft empreffée de faire finir cet édifice
, elle a fait des efforts confidérables pour y
parvenir. Le fieur Ballay , Lieutenant de M. le
premier Chirurgien du Roi , doit en faire l'ouver,
ture dans le courant du mois de Mai prochain.
On invite les Etudians en Chirurgie à venir y
recueillir les fruits des leçons qui leur feront faites,
& qui ne font deſtinées que pour eux.
A protection particuliere que le Roi accorde
& fi floriffante que tous les Chirurgiens s'empreffent
à la rendre plus recommendable.
Les Maîtres en Chirurgie de la ville de Bor
deaux , à l'inftar de ceux de la Capitale & de quel
192 MERCURE DE FRANCE.
ques autres grandes villes du Royaume , ont fait
bâtir un amphithéâtre que le Roi a honoré du
titre d'Ecole royale de Chirurgie , par des Lettres
patentes du 8 Septembre 1752. Cette compagnie ,
qui n'a d'autre objet que le progrès de la Chirur
gie & la confervation des citoyens , fe propoſe de
faire gratuitement des cours publics , qui dureront
toute l'année fans interruption : en conféquence
elle a nommé des Démonftrateurs qui enfeigneront
fucceffivement aux éleves en Chirurgie , la
théorie & la pratique de la fcience , & de l'art le
plus intéreffant pour le genre humain. Cet établiffement,
qui eft généralement applaudi , paroît
être d'autant plus utile à Bordeaux , que plufieurs
campagnes des environs font dépourvues de Chirurgiens
en état de remédier à certaines maladies
qui affectent la plupart des habitans . D'ailleurs
cette ville étant une des plus commerçantes du
Royaume , MM. les Négocians envoyent toutes
les années dans les Colonies un très-grand nombre
de Vaiffeaux , dans lefquels on a foin de mettre
des Chirurgiens , dont la plupart n'ayant point eu
des facultés pour aller puifer à Paris ou ailleurs
les lumieres de leur profeffion , commettent des
impérities dont les paffagers & l'équipage font
très-fouvent les victimes ; c'eft donc dans les vûes
de faire ceffer de tels inconvéniens , que cette
Compagnie s'eft empreffée de faire finir cet édifice
, elle a fait des efforts confidérables pour y
parvenir. Le fieur Ballay , Lieutenant de M. le
premier Chirurgien du Roi , doit en faire l'ouver,
ture dans le courant du mois de Mai prochain.
On invite les Etudians en Chirurgie à venir y
recueillir les fruits des leçons qui leur feront faites,
& qui ne font deſtinées que pour eux.
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Résumé : DE BORDEAUX.
En 1752, les Maîtres en Chirurgie de Bordeaux ont érigé un amphithéâtre, transformé en École royale de Chirurgie par des lettres patentes royales du 8 septembre 1752. Cette institution vise à promouvoir le progrès de la chirurgie et la conservation des citoyens. Elle offre des cours publics gratuits toute l'année, enseignant la théorie et la pratique de la chirurgie. L'école est particulièrement utile à Bordeaux, où plusieurs campagnes environnantes manquent de chirurgiens qualifiés pour traiter certaines maladies locales. De plus, Bordeaux étant une ville commerçante, de nombreux navires partent chaque année vers les colonies, nécessitant des chirurgiens compétents. Souvent, ces chirurgiens, mal formés, commettent des erreurs mettant en danger les passagers et l'équipage. Pour remédier à ces problèmes, la Compagnie a construit cet édifice, prévu pour ouvrir en mai sous la direction du sieur Ballay, Lieutenant du premier Chirurgien du Roi. Les étudiants en chirurgie sont invités à y suivre les leçons spécifiques à leur formation.
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3578
s. p.
AVERTISSEMENT NOUVEAU.
Début :
Depuis que le Roi m'a donné le Mercure de France que je compose, je me [...]
Mots clefs :
Prix du Mercure, Journal, Abonnés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT NOUVEAU.
AVERTISSEMENT
NOUVEAU.
DEpuis que le Roi m'a donné le Mercure
de France que je compofe , je me·
fuis occupé & je m'occupe fans ceffe à le·
rendre plus digne de l'attention du Public ;
j'ai porté mes foins jufques fur la manutention
& la régie de mon ouvrage. Le
compte que je m'en fuis fait rendre m'a
mis à portée de faire plufieurs réflexions ,
dont voici le réfultat.
Que le tems , ainfi qu'il eft ordinaire
avoit introduit différens abus dans le prix
de ce Journal , qu'il m'étoit important de
réformer.
Que par une efpece d'injuftice les Abonnés
, qui payent d'avance , & dont les nouveaux
engagemens qu'ils ont pris avec moi
me feront toujours facrés , n'avoient pas
plus d'avantage que ceux qui payent chaque
fois , ou même à qui l'on fait crédit.
Qu'au contraire , la néceffité , l'abondance
des matieres & le defir de fatisfaire
l'empreffement des perfonnes qui
envoient des pieces , avoient quelquefois
forcé de donner un quinzieme volume , &
de le faire payer aux Abonnés , qui , en
A ij
1
s'acquittant d'avance , n'avoient compté que
fur quatorze volumes , ce qui avoit caufe
leurjufte murmure.
Pour me mettre en état de répondre à
P'impatience des Auteurs , en donnant plus
d'étendue à chacun des articles qui partagent
mon Journal, je ne le bornerai plus à neuf
feuilles , j'y mettrai tout le papier dont
j'aurai befoin fuivant l'abondance des matieres
& l'exigence des cas. Je n'ai rien
épargné pour que le Public fût content de
la forme & de l'arrangement de l'impref
fion , ainfi que de la qualité & blancheur
du papier j'aurois voulu faire davantage
mais j'ai craint avec raifon de me charger
d'une dépenfe trop confidérable , ayant tou
jours en vue mes engagemens.
Je me trouve donc forcé d'augmenter le
prix du Mercure , & de le mettre à trentefix
fols pour ceux qui ne s'abonneront point
pour l'année, &ne payeront point d'avan
ce; car , je le repéte , je refpecte trop les
engagemens que j'ai pris avec mes Abonnés
, en recevant leurs foufcriptions & leurs
paiemens d'avance , pour rien changer par
rapport à eux au contraire , le volume
de chaque Mercure fera plus étendu
je redoublerai d'ardeur pour le rendre plus
intéreffant , & il ne leur en coûtera pas
davantage. Il est bien jufte que je leur
donne la préférence, puifque c'eft avec leurs
- fonds que j'ai fourni jufqu'à préfent à la
dépenfe de mon Journal ; je le déclare
leur en marquer ma reconnoiffance.
pour
Le Bureau fera toujours chez M.
LUTTON , Avocat & Greffier-Commis
au Greffe civil du Parlement , Commis qu
recouvrement du Mercure , rue Ste Anne ,
Butte S. Roch , entre deux Selliers , du
côté de la rue S. Honoré.
C'est à lui que je prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres pour m'être
remis , quant à la partie littéraire.
Le prix fera de trente-fix fols pour ceux
qui ne s'abonneront pas au Bureau , & de
trente fols pour ceux qui s'y abonneront ,
& paieront d'avance vingt-une livres pour
une année , àraifon de quatorze volumes ,
commencer par le mois qu'ils defireront.
Les perfonnes de province aufquelles on
l'enverra par la pofte , paieront trenteune
livres dix fols d'avance en s'abonnant
& elles le recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir ou qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront que
vingt-une livres d'avance pour une année .
Les perfonnes qui enverront leurs abonnemenspar
lapofte , en donneront avis , en
affranchiffant leurs lettres .
Les Libraires des provinces ou des pays
A iij
trangers qui voudront faire venir le Mercure,
écriront à l'adreffe ci-deffus.
Les paquets qui ne feront point affranchis
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre au Bureau , & le Sr LUTTON
obfervera d'y refter les Mardi , Mercredi
& Jeudi de chaque femaine après- midi.
On peut fe procurer par la voie du
Mercure les autres Journaux les livres
qu'ils annoncent , & tous autres générale-
~ment.
NOUVEAU.
DEpuis que le Roi m'a donné le Mercure
de France que je compofe , je me·
fuis occupé & je m'occupe fans ceffe à le·
rendre plus digne de l'attention du Public ;
j'ai porté mes foins jufques fur la manutention
& la régie de mon ouvrage. Le
compte que je m'en fuis fait rendre m'a
mis à portée de faire plufieurs réflexions ,
dont voici le réfultat.
Que le tems , ainfi qu'il eft ordinaire
avoit introduit différens abus dans le prix
de ce Journal , qu'il m'étoit important de
réformer.
Que par une efpece d'injuftice les Abonnés
, qui payent d'avance , & dont les nouveaux
engagemens qu'ils ont pris avec moi
me feront toujours facrés , n'avoient pas
plus d'avantage que ceux qui payent chaque
fois , ou même à qui l'on fait crédit.
Qu'au contraire , la néceffité , l'abondance
des matieres & le defir de fatisfaire
l'empreffement des perfonnes qui
envoient des pieces , avoient quelquefois
forcé de donner un quinzieme volume , &
de le faire payer aux Abonnés , qui , en
A ij
1
s'acquittant d'avance , n'avoient compté que
fur quatorze volumes , ce qui avoit caufe
leurjufte murmure.
Pour me mettre en état de répondre à
P'impatience des Auteurs , en donnant plus
d'étendue à chacun des articles qui partagent
mon Journal, je ne le bornerai plus à neuf
feuilles , j'y mettrai tout le papier dont
j'aurai befoin fuivant l'abondance des matieres
& l'exigence des cas. Je n'ai rien
épargné pour que le Public fût content de
la forme & de l'arrangement de l'impref
fion , ainfi que de la qualité & blancheur
du papier j'aurois voulu faire davantage
mais j'ai craint avec raifon de me charger
d'une dépenfe trop confidérable , ayant tou
jours en vue mes engagemens.
Je me trouve donc forcé d'augmenter le
prix du Mercure , & de le mettre à trentefix
fols pour ceux qui ne s'abonneront point
pour l'année, &ne payeront point d'avan
ce; car , je le repéte , je refpecte trop les
engagemens que j'ai pris avec mes Abonnés
, en recevant leurs foufcriptions & leurs
paiemens d'avance , pour rien changer par
rapport à eux au contraire , le volume
de chaque Mercure fera plus étendu
je redoublerai d'ardeur pour le rendre plus
intéreffant , & il ne leur en coûtera pas
davantage. Il est bien jufte que je leur
donne la préférence, puifque c'eft avec leurs
- fonds que j'ai fourni jufqu'à préfent à la
dépenfe de mon Journal ; je le déclare
leur en marquer ma reconnoiffance.
pour
Le Bureau fera toujours chez M.
LUTTON , Avocat & Greffier-Commis
au Greffe civil du Parlement , Commis qu
recouvrement du Mercure , rue Ste Anne ,
Butte S. Roch , entre deux Selliers , du
côté de la rue S. Honoré.
C'est à lui que je prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres pour m'être
remis , quant à la partie littéraire.
Le prix fera de trente-fix fols pour ceux
qui ne s'abonneront pas au Bureau , & de
trente fols pour ceux qui s'y abonneront ,
& paieront d'avance vingt-une livres pour
une année , àraifon de quatorze volumes ,
commencer par le mois qu'ils defireront.
Les perfonnes de province aufquelles on
l'enverra par la pofte , paieront trenteune
livres dix fols d'avance en s'abonnant
& elles le recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir ou qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront que
vingt-une livres d'avance pour une année .
Les perfonnes qui enverront leurs abonnemenspar
lapofte , en donneront avis , en
affranchiffant leurs lettres .
Les Libraires des provinces ou des pays
A iij
trangers qui voudront faire venir le Mercure,
écriront à l'adreffe ci-deffus.
Les paquets qui ne feront point affranchis
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre au Bureau , & le Sr LUTTON
obfervera d'y refter les Mardi , Mercredi
& Jeudi de chaque femaine après- midi.
On peut fe procurer par la voie du
Mercure les autres Journaux les livres
qu'ils annoncent , & tous autres générale-
~ment.
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Résumé : AVERTISSEMENT NOUVEAU.
L'auteur du Mercure de France annonce des réformes pour améliorer la qualité et la gestion du journal. Il dénonce des abus dans le prix du journal et une injustice envers les abonnés payant d'avance, qui ne bénéficiaient pas plus d'avantages que ceux payant à la livraison. Parfois, un quinzième volume était ajouté et facturé aux abonnés, provoquant des réactions négatives. Pour répondre à l'impatience des auteurs et offrir plus d'espace aux articles, le journal ne sera plus limité à neuf feuilles. L'auteur a également amélioré la forme, l'arrangement de l'impression et la qualité du papier, tout en évitant des dépenses excessives. Le prix du Mercure sera augmenté à trente-six sols pour les non-abonnés. Les abonnés respectant leurs engagements ne verront pas leur prix augmenter et bénéficieront d'un volume plus étendu et d'un contenu plus intéressant. Le bureau du journal reste chez M. LUTTON, avocat et greffier-commis, avec des instructions pour l'envoi des paquets et lettres littéraires. Les tarifs pour les abonnements et les envois par la poste sont détaillés, ainsi que les modalités pour les libraires des provinces et des pays étrangers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3579
p. 12-22
DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
Début :
Les indifférens en morale se divisent en plusieurs classes : les uns n'envisagent [...]
Mots clefs :
Indifférence, Morale, Vertu, Société, Plaisanterie, Courage, Moeurs, Innocence, Principes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
DE L'INDIFFERENCE
LE
EN MORALE ,
Par M. M ***.
Es indifférens en morale fe divifent
en plufieurs claffes : les uns n'envifagent
dans le bien & le mal que leur préjudice
ou leur avantage perfonnel , & font
de l'un & de l'autre la régle de leur conduite
, n'admettant d'autre principe de
moeurs que l'intérêt particulier cette
efpece de caractere a pour baſe l'amour
aveugle de foi-même. Commençons par
exclure ces premiers du nombre des gens
de bien ; il ne leur faut que l'occafion &
du courage pour devenir des fcélerats.
La feconde claffe , plus voifine qu'on ne
penſe de la premiere , eftcompofée de ceux
qui ne s'attachent à rien , & qui s'amufent
de tout. Trop foibles , ou trop peu paffionnés
pour attenter à la fociété par de grands
crimes , ils fe contentent de la regarder
comme une fcéne qui fe joue pour eux
& à laquelle ils ne font intéreffés que par
le plaifir malin qu'ils y prennent : c'eft le
fyftême de ces prétendus philofophes , dif
ciples d'un infenfé qui rioit de tout. Héraclite
n'étoit digne que de pitié ; mais il
JUIN. 1755 ig
en étoit digne. Démocrite , au contraire
méritoit l'indignation publique , & fes
concitoyens lui firent grace en ne lui
envoyant qu'un Médecin . N'y avoit - il
donc du tems de Démocrite , ni des malheureux
à plaindre , ni des méchans à détefter
? Dans quel climat barbare fouffriroit-
on l'infenfibilité brutale de celui qui
feroit d'un patient l'objet de fa plaifanterie
? Or le crime fur l'échafaud eft-il plus
intéreffant que la vertu dans le malheur ,
ou que l'innocence dans l'oppreffion ?
Les hommes , dit - on , ne valent pas
qu'on prenne à leur fort un intérêt plus
vif ; le meilleur parti eft de s'en défendre
& de s'en amufer. S'en défendre , c'eſt
fageffe ; s'en amufer , c'eft infolence &
cruauté. Il eft peu de chofe dans la vie
dont puiffe rire un honnête homme : la
vertu lui infpire du refpect ; le crime , de
la haine ; le vice , de l'horreur & du mépris
; & peu de folies font affez indifférentes
pour ne lui paroître qu'un jeu . Je
fuis bien loin de profcrire la Comédie :
telle qu'elle eft , je la crois utile aux bonnes
moeurs ; mais la forme qu'on a été
obligé de lui donner pour plaire eft bien
honteuse à l'humanité ! plaifanter fur le
vice , j'aimerois prefqu'autant qu'on plaifantât
fur la vertu . Un fat qui s'aime &
14 MERCURE DE FRANCE.
qui s'admire tout feul , peut n'être que
ridicule ; mais l'avare qui arrête la circulation
du fang de l'état , qui dévore la
fubftance du peuple , eft-il un perfonnage
rifible : l'homme à bonnes fortunes , qui
met fa gloire à féduire les femmes pour
les deshonorer , le glorieux qui eft fort
étonné que fon femblable lui adreffe la
parole , & qui rougit en retrouvant fon
pere , devroient - ils être plaifans fur la
fcene ? paffe encore fi les fpectateurs ou les
acteurs étoient des finges ; mais rire de
fon femblable caractérisé par ces traits !
Cette façon de plaifanter fur ce que la
fociété a de plus honteux & de plus funeſte ,
a paffé du monde au théatre , car le monde
a fes farceurs ambulans .
On y voit de ces gens à bons mots , qui
fe moquent in promptu de tout ce qui fe
préfente. Mais comme la plaifanterie délicate
exige de l'efprit , & qu'on n'en a pas
quand on veut , la bêtife & la méchanceté
ont imaginé à la place l'art de dire d'un
air fat & d'un ton faux des contre - vérités
groffieres ; c'eft la fineffe des fots , & combien
n'eft- elle pas en ufage ?
Il fe trouve par hazard quelques railleurs
plaifans & fins ; mais comme ils fe rendent
les plus dangereux , ils font auffi les plus
mépriſables :- je dis méprifables , quoique
1
1
JUIN. 1755. 15
•
dangereux ; car la crainte & le mépris ne
font pas incompatibles. Je fçais qu'ils font
gloire d'être craints ; mais qu'ils confiderent
combien ce fentiment qu'ils infpirent
les rapproche des infectes vénimeux
& ils préféreront l'oubli à cette célébrité
odieufe .
Le fruit le moins amer de la plaifanterie
, c'eſt le ridicule , & le ridicule touche
au mépris : or , ou celui fur lequel vous
vous plaifez à le répandre a droit à l'ef-
-time publique , & vous voulez la lui ravir ;
ou il en eft indigne par fes vices , & vous
-vous complaifez à fes vices même , puiſque
vous en faites un jeu : complaiſance
cruelle & baffe , qui eft incompatible avec
la vertu.
Il fe paffe parmi nous des cruautés dans
ce genre que les fauvages auroient peine
à concevoir. Un homme qu'on a cru longtems
heureux , tombe tout - à - coup dans
l'infortune ; c'eft peu de s'en réjouir en
fecret , on le rend la fable publique , on
l'infulte par des bons mots : ce font là les
moeurs , non pas de la groffiere populace ,
mais d'un monde honnête & poli . Le peuple
va voir les exécutions , mais il n'y rit
pas . On me répondra que celui qu'on infulte
dans le malheur , infultoit les autres
du fein de la profpérité ; s'il eſt vrai , c'é16
MERCURE DE FRANCE.
toit un méchant de plus . S'il n'a pas mérité
fon fort , il faut le plaindre ; s'il l'a mérité
, il faut le plaindre doublement : il eft
malheureux , il n'eft plus tems de s'en venger.
Quand & comment faut- il donc fe
déclarer contre les méchans ? férieufement
& fur le fait : la fociété doit juger prévotablement
, & punir de même. On fe retranche
à dire qu'on n'attaque point l'honneur
de celui qu'on plaifante ; mais faut- il être
deshonoré pour être perdu ? Les méchans
fçavent mieux que perfonne que le ridicule
nuit plus que le vice. Je ne mets donc
entr'eux & des brigans , tels qu'on en punit
, d'autre différence que celle du prix du
larcin. » Le voleur qui prend ma bour fe ,
» a dit un Poëte anglois , ne me prend rien
» de réel ; c'eſt un bien de convention qui
» eft aujourd'hui à moi , demain à un au-
» tre ; c'eft peu de chofe , ce n'eft rien ;
»mais celui qui attaque ma réputation ,
» attente àmon être , à la fubftance de mon
» ame , à ce qui m'eft plus cher que la vie .
Je laiffe aux parties intéreffées à fe diſputer
l'avantage de la comparaifon. Les plai-
Lans ne manqueront pas de tourner en ridicule
mes principes , & ceux de Sakhrefpear
; ils ne me furprendront pas , ils m'offenferont
encore moins.
Je ne condamne point la plaifanterie
JUIN. 1755 17
douce , innocente & légere , telle qu'on
peut la faire à fon ami préfent , dont les
limites font fi difficiles à marquer , & le
milieu fi délicat à faifir : elle fuppofe un
bon efprit , & n'exclut pas un bon coeur. Je
condamne la plaifanterie perfonnelle , humiliante
& cruelle , qui eft à la portée des
hommes les plus dépourvus de délicateſſe
& de fentiment , & qui n'exige pour ta
Iens que de la méchanceté & de l'effronterie
; en un mot , la plaifanterie à la mode ,
efpece de poignard dont fe fervent avec
grace une bande d'honnêtes affaffins , contre
l'honneur des femmes & la probité des
hommes .
Il eſt dans la fociété une autre efpece
d'indifférens , dont le vice eft dans la foibleffe
; hommes fans caractere & fans principes
, qui , comme l'eau , n'ont ni goût ni
couleur , & qui contractent comme elle la
couleur & le goût de tout ce qu'ils touchent.
Vicieux fans malice , parce que le
vice domine , ils feroient vertueux fans.
courage fi la vertu dominoit ; l'ufage eft,
leur loi , l'exemple leur mobile , la honte
leur tyran leurs penchans font des impulfions
, leurs defirs des complaifances
feur ame même leur eft étrangere . On a
fait avec de l'argile des pyramides durables ;
on ne fera jamais de ces caracteres une
18 MERCURE DE FRANCE.
fubftance folide. Leur fluidité échappe aux
plus fortes impreffions , & fe prête aux.
plus légeres ; c'eft la matiere fubrile de
Defcartes , qui reçoit toutes les formes , &
qui n'en retient aucune. Tout ce qu'on
peut fouhaiter à cette nature mouvante
d'eft de tomber dans de bons moules & de
n'en fortir jamais. Ce n'eft point à cette
efpece d'indifférens que j'adreffe mes reproches
, ils rougiroient avec moi de les
avoir mérités , pour rougir un moment
après avec un autre qui leur reprocheroit
d'en avoir rougi ; car leur vie fe paffe à
fe defavouer eux - mêmes , & à détracter
leurs defaveus.
1.
Mais je reproche une indifférence plus
condamnable , parce qu'elle eft réfléchie &
raifonnée , à ceux qui fatisfaits de ne pas
contribuer au mal , fe difpenfent de contribuer
au bien , & qui renfermés en euxmêmes
fe mettent peu en peine de ce qui
fe paffe au dehors. L'amour du repos & le
mépris de tout le refte font les principes.
de cette efpece d'indifférence , qu'on a honorée
du nom de philofophie.
S'envelopper dans fa vertu voilà une
belle image , qui n'eſt pas toujours un beau
fentiment. Il eft des orages où l'on a befoin
de tout fon manteau ; mais lorsqu'on
n'eft plus fous la nue , il faut le prêter à
JUI N. 1755. 19
ceux qu'elle menace ou qu'elle inonde. La
retraite abfolue d'un homme utile à la fociété
, eft un homicide pour elle . Combien
celui qui a le courage de fe réfoudre à vivre
feul , ne feroit- il pas de bien à fes fentblables
s'il employoit ce courage à vivre
avec eux & pour eux ? puifqu'il eft en état
de fe fuffire , il ne dépendroit de perfonne
; car la fervitude mutuelle naît du befoin
d'être unis. Il auroit donc fur les autres
l'avantage & l'afcendant d'une ame
-libre. Déterminé à mourir à la fociété dès
"qu'il ne pourroit plus lui être utile , fa rẻ-
folution l'armeroit contre le vice d'une
force & d'une intrépidité nouvelle.
Fortis & afperas tractare ferpentes ,
Deliberata morte ferocior.
Deux raifons déterminent la retraite de
ce prétendu fage. La premiere eft l'inutilité
dont il croit être au parti duquel il peut
fe ranger lâche & dangereufe modeftie
d'un foldat qui prend la fuite au moment
de l'action , fur le prétexte que ce n'eſt
pas de lui que dépend le fort de la bataille.
La feconde raifon eft la force & le nombre
des méchans , auxquels l'homme de
bien qui leur réfifte , ne peur enfin que
20 MERCURE DE FRANCE.
fuccomber. Qu'eft ce à dire , fuccomber ?
Y a-t-il des échafauds dreffés pour les défenfeurs
de la juftice ou de l'innocence ? &
quand il y en auroit , c'eft le découragement
des bons qui fait la force des méchans
; la crainte qu'on a de ceux - ci en
exagere le nombre. Mais fût- il auffi grand
qu'on le fuppofe , comment eft compofé
ce parti fi redoutable ? d'une foule de fots
& de lâches , d'hommes fans lumieres &
fans principes , que la vérité fait pâlir , &
que la vertu fait trembler. Voilà les ennemis
qui font abandonner à de faux fages
les étendards de la vérité & de la vertu .
Je ne demande pas un grand effort aux
gens de bien ; qu'ils foient feulement auf
unis , auffi ardens , auffi conftans à ſe défendre
que leurs ennemis le font à les
attaquer ; la victoire n'eft pas douteufe .
N'avez- vous jamais remarqué combien de
méchans interdits au feul afpect d'un homme
connu pour être vertueux & ferme ?
Eh ! qui nous a rendus les réformateurs
du genre humain ? Qui l'intérêt de la vertu
, de la vérité , de l'innocence , dont
vous êtes , les uns pour les autres , les défenfeurs
& les garans. Votre ame n'appartient-
elle pas à la fociété comme les bras du
Laboureur ? & quel ufage ferez- vous de
votre ame , fi vous n'employez fa force &
JUIN. 1755. 21
fes lumieres en faveur du vrai , de l'honnête
& du jufte ?
Il eft deux fortes de retraite avantageufe
à la fociété : la retraite de celui qui fe recueille
en lui- même pour amaffer des tréfors
dont il enrichira fes femblables , & la
retraite de celui qui ferme fon ame à la
contagion du mal , fans interrompte la
communication du bien entre lui & la fociété
: la premiere convient plus particulierement
aux gens d'étude , & la feconde
aux gens d'affaires.
Pope , dans fon féjour à la campagne ,
fe compare à un fleuve qui fe groffit dans
fon cours de toutes les eaux qu'il rencontre
, pour en offrir le tribut à la cité où il
doit fe rendre. Sans m'éloigner de cette
image , ne puis- je point comparer un Magiftrat
, un Miniftre , un homme en place
dans fa retraite , à ces fontaines qu'on tient
fermées , de peur que quelque furieux en
empoiſonne le réfervoir , mais aufquelles
on laiffe une iffue , afin que leurs eaux
s'épanchent au befoin pour l'utilité publi
que ? Ainfi l'éloignement même de la fociété
doit tourner à fon avantage,
Je ne puis donc vivre pour moi feul
Non , fans être ingrat ; puifque vous ne
fçauriez être auffi étranger à la fociété
qu'elle vous feroit étrangere. N'euffiez22
MERCURE DE FRANCE.
vous que ce coin de terre qu'Horace demandoit
aux Dieux , la poffeffion ne vous
en eft acquife ou confervée que par ces
loix , cet ordre , cette diftribution , cet
enchaînement de dépendance & d'offices
auquel vous voulez vous fouftraire . Vos
befoins font les titres de vos devoirs ; il
n'eft qu'un afyle pour l'indépendance abfolue
, ce font les déferts , où chacun broute
& combat pour foi.
e
Ma vertu , dites-vous , m'eft plus chere
que tout le refte , & je veux la garantir
des écueils dont elle eft environnée . Mais
ne pouvez vous l'en garantir que par la
fuite ? Quelle eft cette vertu qui , pour être
en fûreté , a befoin d'être inacceffible !
Sçavez-vous ce que c'eft qu'être vertueux
dans le calme de la folitude ? c'eft être
brave dans la paix.
LE
EN MORALE ,
Par M. M ***.
Es indifférens en morale fe divifent
en plufieurs claffes : les uns n'envifagent
dans le bien & le mal que leur préjudice
ou leur avantage perfonnel , & font
de l'un & de l'autre la régle de leur conduite
, n'admettant d'autre principe de
moeurs que l'intérêt particulier cette
efpece de caractere a pour baſe l'amour
aveugle de foi-même. Commençons par
exclure ces premiers du nombre des gens
de bien ; il ne leur faut que l'occafion &
du courage pour devenir des fcélerats.
La feconde claffe , plus voifine qu'on ne
penſe de la premiere , eftcompofée de ceux
qui ne s'attachent à rien , & qui s'amufent
de tout. Trop foibles , ou trop peu paffionnés
pour attenter à la fociété par de grands
crimes , ils fe contentent de la regarder
comme une fcéne qui fe joue pour eux
& à laquelle ils ne font intéreffés que par
le plaifir malin qu'ils y prennent : c'eft le
fyftême de ces prétendus philofophes , dif
ciples d'un infenfé qui rioit de tout. Héraclite
n'étoit digne que de pitié ; mais il
JUIN. 1755 ig
en étoit digne. Démocrite , au contraire
méritoit l'indignation publique , & fes
concitoyens lui firent grace en ne lui
envoyant qu'un Médecin . N'y avoit - il
donc du tems de Démocrite , ni des malheureux
à plaindre , ni des méchans à détefter
? Dans quel climat barbare fouffriroit-
on l'infenfibilité brutale de celui qui
feroit d'un patient l'objet de fa plaifanterie
? Or le crime fur l'échafaud eft-il plus
intéreffant que la vertu dans le malheur ,
ou que l'innocence dans l'oppreffion ?
Les hommes , dit - on , ne valent pas
qu'on prenne à leur fort un intérêt plus
vif ; le meilleur parti eft de s'en défendre
& de s'en amufer. S'en défendre , c'eſt
fageffe ; s'en amufer , c'eft infolence &
cruauté. Il eft peu de chofe dans la vie
dont puiffe rire un honnête homme : la
vertu lui infpire du refpect ; le crime , de
la haine ; le vice , de l'horreur & du mépris
; & peu de folies font affez indifférentes
pour ne lui paroître qu'un jeu . Je
fuis bien loin de profcrire la Comédie :
telle qu'elle eft , je la crois utile aux bonnes
moeurs ; mais la forme qu'on a été
obligé de lui donner pour plaire eft bien
honteuse à l'humanité ! plaifanter fur le
vice , j'aimerois prefqu'autant qu'on plaifantât
fur la vertu . Un fat qui s'aime &
14 MERCURE DE FRANCE.
qui s'admire tout feul , peut n'être que
ridicule ; mais l'avare qui arrête la circulation
du fang de l'état , qui dévore la
fubftance du peuple , eft-il un perfonnage
rifible : l'homme à bonnes fortunes , qui
met fa gloire à féduire les femmes pour
les deshonorer , le glorieux qui eft fort
étonné que fon femblable lui adreffe la
parole , & qui rougit en retrouvant fon
pere , devroient - ils être plaifans fur la
fcene ? paffe encore fi les fpectateurs ou les
acteurs étoient des finges ; mais rire de
fon femblable caractérisé par ces traits !
Cette façon de plaifanter fur ce que la
fociété a de plus honteux & de plus funeſte ,
a paffé du monde au théatre , car le monde
a fes farceurs ambulans .
On y voit de ces gens à bons mots , qui
fe moquent in promptu de tout ce qui fe
préfente. Mais comme la plaifanterie délicate
exige de l'efprit , & qu'on n'en a pas
quand on veut , la bêtife & la méchanceté
ont imaginé à la place l'art de dire d'un
air fat & d'un ton faux des contre - vérités
groffieres ; c'eft la fineffe des fots , & combien
n'eft- elle pas en ufage ?
Il fe trouve par hazard quelques railleurs
plaifans & fins ; mais comme ils fe rendent
les plus dangereux , ils font auffi les plus
mépriſables :- je dis méprifables , quoique
1
1
JUIN. 1755. 15
•
dangereux ; car la crainte & le mépris ne
font pas incompatibles. Je fçais qu'ils font
gloire d'être craints ; mais qu'ils confiderent
combien ce fentiment qu'ils infpirent
les rapproche des infectes vénimeux
& ils préféreront l'oubli à cette célébrité
odieufe .
Le fruit le moins amer de la plaifanterie
, c'eſt le ridicule , & le ridicule touche
au mépris : or , ou celui fur lequel vous
vous plaifez à le répandre a droit à l'ef-
-time publique , & vous voulez la lui ravir ;
ou il en eft indigne par fes vices , & vous
-vous complaifez à fes vices même , puiſque
vous en faites un jeu : complaiſance
cruelle & baffe , qui eft incompatible avec
la vertu.
Il fe paffe parmi nous des cruautés dans
ce genre que les fauvages auroient peine
à concevoir. Un homme qu'on a cru longtems
heureux , tombe tout - à - coup dans
l'infortune ; c'eft peu de s'en réjouir en
fecret , on le rend la fable publique , on
l'infulte par des bons mots : ce font là les
moeurs , non pas de la groffiere populace ,
mais d'un monde honnête & poli . Le peuple
va voir les exécutions , mais il n'y rit
pas . On me répondra que celui qu'on infulte
dans le malheur , infultoit les autres
du fein de la profpérité ; s'il eſt vrai , c'é16
MERCURE DE FRANCE.
toit un méchant de plus . S'il n'a pas mérité
fon fort , il faut le plaindre ; s'il l'a mérité
, il faut le plaindre doublement : il eft
malheureux , il n'eft plus tems de s'en venger.
Quand & comment faut- il donc fe
déclarer contre les méchans ? férieufement
& fur le fait : la fociété doit juger prévotablement
, & punir de même. On fe retranche
à dire qu'on n'attaque point l'honneur
de celui qu'on plaifante ; mais faut- il être
deshonoré pour être perdu ? Les méchans
fçavent mieux que perfonne que le ridicule
nuit plus que le vice. Je ne mets donc
entr'eux & des brigans , tels qu'on en punit
, d'autre différence que celle du prix du
larcin. » Le voleur qui prend ma bour fe ,
» a dit un Poëte anglois , ne me prend rien
» de réel ; c'eſt un bien de convention qui
» eft aujourd'hui à moi , demain à un au-
» tre ; c'eft peu de chofe , ce n'eft rien ;
»mais celui qui attaque ma réputation ,
» attente àmon être , à la fubftance de mon
» ame , à ce qui m'eft plus cher que la vie .
Je laiffe aux parties intéreffées à fe diſputer
l'avantage de la comparaifon. Les plai-
Lans ne manqueront pas de tourner en ridicule
mes principes , & ceux de Sakhrefpear
; ils ne me furprendront pas , ils m'offenferont
encore moins.
Je ne condamne point la plaifanterie
JUIN. 1755 17
douce , innocente & légere , telle qu'on
peut la faire à fon ami préfent , dont les
limites font fi difficiles à marquer , & le
milieu fi délicat à faifir : elle fuppofe un
bon efprit , & n'exclut pas un bon coeur. Je
condamne la plaifanterie perfonnelle , humiliante
& cruelle , qui eft à la portée des
hommes les plus dépourvus de délicateſſe
& de fentiment , & qui n'exige pour ta
Iens que de la méchanceté & de l'effronterie
; en un mot , la plaifanterie à la mode ,
efpece de poignard dont fe fervent avec
grace une bande d'honnêtes affaffins , contre
l'honneur des femmes & la probité des
hommes .
Il eſt dans la fociété une autre efpece
d'indifférens , dont le vice eft dans la foibleffe
; hommes fans caractere & fans principes
, qui , comme l'eau , n'ont ni goût ni
couleur , & qui contractent comme elle la
couleur & le goût de tout ce qu'ils touchent.
Vicieux fans malice , parce que le
vice domine , ils feroient vertueux fans.
courage fi la vertu dominoit ; l'ufage eft,
leur loi , l'exemple leur mobile , la honte
leur tyran leurs penchans font des impulfions
, leurs defirs des complaifances
feur ame même leur eft étrangere . On a
fait avec de l'argile des pyramides durables ;
on ne fera jamais de ces caracteres une
18 MERCURE DE FRANCE.
fubftance folide. Leur fluidité échappe aux
plus fortes impreffions , & fe prête aux.
plus légeres ; c'eft la matiere fubrile de
Defcartes , qui reçoit toutes les formes , &
qui n'en retient aucune. Tout ce qu'on
peut fouhaiter à cette nature mouvante
d'eft de tomber dans de bons moules & de
n'en fortir jamais. Ce n'eft point à cette
efpece d'indifférens que j'adreffe mes reproches
, ils rougiroient avec moi de les
avoir mérités , pour rougir un moment
après avec un autre qui leur reprocheroit
d'en avoir rougi ; car leur vie fe paffe à
fe defavouer eux - mêmes , & à détracter
leurs defaveus.
1.
Mais je reproche une indifférence plus
condamnable , parce qu'elle eft réfléchie &
raifonnée , à ceux qui fatisfaits de ne pas
contribuer au mal , fe difpenfent de contribuer
au bien , & qui renfermés en euxmêmes
fe mettent peu en peine de ce qui
fe paffe au dehors. L'amour du repos & le
mépris de tout le refte font les principes.
de cette efpece d'indifférence , qu'on a honorée
du nom de philofophie.
S'envelopper dans fa vertu voilà une
belle image , qui n'eſt pas toujours un beau
fentiment. Il eft des orages où l'on a befoin
de tout fon manteau ; mais lorsqu'on
n'eft plus fous la nue , il faut le prêter à
JUI N. 1755. 19
ceux qu'elle menace ou qu'elle inonde. La
retraite abfolue d'un homme utile à la fociété
, eft un homicide pour elle . Combien
celui qui a le courage de fe réfoudre à vivre
feul , ne feroit- il pas de bien à fes fentblables
s'il employoit ce courage à vivre
avec eux & pour eux ? puifqu'il eft en état
de fe fuffire , il ne dépendroit de perfonne
; car la fervitude mutuelle naît du befoin
d'être unis. Il auroit donc fur les autres
l'avantage & l'afcendant d'une ame
-libre. Déterminé à mourir à la fociété dès
"qu'il ne pourroit plus lui être utile , fa rẻ-
folution l'armeroit contre le vice d'une
force & d'une intrépidité nouvelle.
Fortis & afperas tractare ferpentes ,
Deliberata morte ferocior.
Deux raifons déterminent la retraite de
ce prétendu fage. La premiere eft l'inutilité
dont il croit être au parti duquel il peut
fe ranger lâche & dangereufe modeftie
d'un foldat qui prend la fuite au moment
de l'action , fur le prétexte que ce n'eſt
pas de lui que dépend le fort de la bataille.
La feconde raifon eft la force & le nombre
des méchans , auxquels l'homme de
bien qui leur réfifte , ne peur enfin que
20 MERCURE DE FRANCE.
fuccomber. Qu'eft ce à dire , fuccomber ?
Y a-t-il des échafauds dreffés pour les défenfeurs
de la juftice ou de l'innocence ? &
quand il y en auroit , c'eft le découragement
des bons qui fait la force des méchans
; la crainte qu'on a de ceux - ci en
exagere le nombre. Mais fût- il auffi grand
qu'on le fuppofe , comment eft compofé
ce parti fi redoutable ? d'une foule de fots
& de lâches , d'hommes fans lumieres &
fans principes , que la vérité fait pâlir , &
que la vertu fait trembler. Voilà les ennemis
qui font abandonner à de faux fages
les étendards de la vérité & de la vertu .
Je ne demande pas un grand effort aux
gens de bien ; qu'ils foient feulement auf
unis , auffi ardens , auffi conftans à ſe défendre
que leurs ennemis le font à les
attaquer ; la victoire n'eft pas douteufe .
N'avez- vous jamais remarqué combien de
méchans interdits au feul afpect d'un homme
connu pour être vertueux & ferme ?
Eh ! qui nous a rendus les réformateurs
du genre humain ? Qui l'intérêt de la vertu
, de la vérité , de l'innocence , dont
vous êtes , les uns pour les autres , les défenfeurs
& les garans. Votre ame n'appartient-
elle pas à la fociété comme les bras du
Laboureur ? & quel ufage ferez- vous de
votre ame , fi vous n'employez fa force &
JUIN. 1755. 21
fes lumieres en faveur du vrai , de l'honnête
& du jufte ?
Il eft deux fortes de retraite avantageufe
à la fociété : la retraite de celui qui fe recueille
en lui- même pour amaffer des tréfors
dont il enrichira fes femblables , & la
retraite de celui qui ferme fon ame à la
contagion du mal , fans interrompte la
communication du bien entre lui & la fociété
: la premiere convient plus particulierement
aux gens d'étude , & la feconde
aux gens d'affaires.
Pope , dans fon féjour à la campagne ,
fe compare à un fleuve qui fe groffit dans
fon cours de toutes les eaux qu'il rencontre
, pour en offrir le tribut à la cité où il
doit fe rendre. Sans m'éloigner de cette
image , ne puis- je point comparer un Magiftrat
, un Miniftre , un homme en place
dans fa retraite , à ces fontaines qu'on tient
fermées , de peur que quelque furieux en
empoiſonne le réfervoir , mais aufquelles
on laiffe une iffue , afin que leurs eaux
s'épanchent au befoin pour l'utilité publi
que ? Ainfi l'éloignement même de la fociété
doit tourner à fon avantage,
Je ne puis donc vivre pour moi feul
Non , fans être ingrat ; puifque vous ne
fçauriez être auffi étranger à la fociété
qu'elle vous feroit étrangere. N'euffiez22
MERCURE DE FRANCE.
vous que ce coin de terre qu'Horace demandoit
aux Dieux , la poffeffion ne vous
en eft acquife ou confervée que par ces
loix , cet ordre , cette diftribution , cet
enchaînement de dépendance & d'offices
auquel vous voulez vous fouftraire . Vos
befoins font les titres de vos devoirs ; il
n'eft qu'un afyle pour l'indépendance abfolue
, ce font les déferts , où chacun broute
& combat pour foi.
e
Ma vertu , dites-vous , m'eft plus chere
que tout le refte , & je veux la garantir
des écueils dont elle eft environnée . Mais
ne pouvez vous l'en garantir que par la
fuite ? Quelle eft cette vertu qui , pour être
en fûreté , a befoin d'être inacceffible !
Sçavez-vous ce que c'eft qu'être vertueux
dans le calme de la folitude ? c'eft être
brave dans la paix.
Fermer
Résumé : DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
Le texte 'De l'indifférence en morale' analyse diverses formes d'indifférence morale et distingue plusieurs catégories d'indifférents. La première classe regroupe ceux qui agissent par intérêt personnel, sans principes moraux, et peuvent devenir des criminels si l'occasion se présente. La seconde classe comprend ceux qui se désintéressent de tout et voient la société comme une scène de divertissement, se moquant des malheurs et des vertus des autres. Cette attitude est comparée à celle de philosophes comme Démocrite, qui riait des malheurs humains. Le texte critique la plaisanterie cruelle et méprisante, qui se moque des vices et des malheurs des autres. Il condamne ceux qui se réjouissent des infortunes des autres et qui ne prennent pas parti contre les méchants. Il distingue la plaisanterie innocente et légère de celle qui est personnelle, humiliante et cruelle. Une autre forme d'indifférence est celle des individus sans caractère ni principes, qui s'adaptent à leur environnement sans conviction. Le texte reproche également à ceux qui, satisfaits de ne pas contribuer au mal, se dispensent de contribuer au bien, se retranchant dans une indifférence réfléchie et raisonnée. Le texte appelle les gens de bien à s'unir et à défendre la vérité et la vertu contre les méchants. Il compare la retraite utile à celle des gens d'étude ou des gens d'affaires, qui peuvent enrichir la société de leurs connaissances ou de leur intégrité. Enfin, il souligne que la vertu ne peut être protégée par la fuite, mais doit être pratiquée dans la société pour être véritablement utile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3580
p. 28-34
EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Début :
Le pere de ce grand Mathématicien jouissoit d'un bien médiocre dans la [...]
Mots clefs :
Journal anglais, Nicholas Saunderson, Connaissances, Cambridge, Université, Aveugle, Université de Cambridge, Mathématiques, Mathématicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
EXTRAIT de la vie du Profeffeur
Saunderson , tiré d'un Journal anglois
qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Ljuffit d'un bien médiocre dans la
E pere de ce grand Mathématicien
province d'York en Angleterre . Il eut
plufieurs enfans. Nicolas Saunderfon fut
l'aîné de tous ; il naquit au mois de
Janvier en 1682. A l'âge d'un an il fut
privé de la vûe par la petite vérole , &
fe trouva dans le cas d'un aveugle de
naiffance . Il ne lui reftoit pas la moindre
idée d'avoir jamais vû la lumiere ; il n'en
avoit aucune perception non plus que des
couleurs . On l'envoya de bonne heure aux
écoles des humanités , où il fit , en écoutant
les autres , un progrès des plus rapides.
Euclide , Archimede & Diophante
étoient les auteurs Grecs qu'il étudioit par
préférence en fe les faifant lire. Il apprit
de fon pere l'arithmétique , & fe trouva
bientôt en état de faire de pénibles calculs.
Il inventa , par la feule force de l'imagination
& de la mémoire , de nouvelles regles
pour réfoudre les problêmes de cette fcience
, faifant toutes les opérations avec auJUIN.
17553 29
tant de promptitude que de jufteffe.
C'eft ainfi que l'efprit actif & pénétrant ,
quand le malheur a fermé quelques- unes
de fes portes , redoublant d'effort & d'attention
, veille aux autres avenues de fes
connoiffances qu'il élargit , pour ainfi dire,
comme pour fe dédommager de fa perte.
Deux Gentilshommes du voisinage amis
de fa famille , enchantés des grands talens
de notre aveugle , fe firent un plaifir de
lui apprendre l'algébre & la géométrie.
Son pere , quelque zélé qu'il fût pour faire
cultiver de fi rares talens , étant chargé
d'une nombreuſe famille , ſe vit hors d'état
d'envoyer fon fils à l'Univerfité d'Oxford
ou de Cambridge : il prit donc le parti de
le mettre dans une petite Académie du
village d'Attercliff. Ayant bientôt épuisé
le fond des connoiffances de cette école ,
où il ne lui reftoit plus rien à apprendre ,
il fe retira dans la maifon paternelle . Ré
duit à fes propres reffources , il y continua
fes études, & à l'aide d'un lecteur qu'il avoit
inftruit lui -même , il y fit de nouveaux
progrès. Au bout de quelque tems , on
réfolut de l'envoyer à Cambridge pour y
profeffer la philofophie. Il y parut fous
un caractere fingulier , puifqu'il eft peutêtre
le feul qui foit entré pour la premiere
fois dans une Univerfité , non pour acque
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
7
rir , mais pour communiquer des connoiffances.
La Société charmée de l'acquifition d'un
fi bon fujet , lui affigna un appartement, lui
permit l'ufage de la bibliothèque , lui donna
un lecteur en conféquence , & l'adinit à tous
les privileges d'un Membre de l'Univerfité,
à l'exception du titre qu'il ne pouvoit prendre
, n'étant pas gradué . Malgré ces avantages
, il lui reftoit encore bien des difficultés
à furmonter : âgé de vingt - cinq ans
fans fortune , aveugle , & deſtiné à enfeigner
la philofophie en concurrence avec
M. Whifton , ce grand Mathématicien
qui occupoit une chaire dans la même
'Univerfité .
›
Toutes ces circonftances qui fembloient
devoir renverfer fon projet , en hâterent
au contraire le fuccès. Il dut fa fortune à
la générofité de M. Whifton , qui fe fit
une gloire de fervir ce nouveau concurrent.
M. Whifton réunifoit à un profond
fçavoir , à toutes les lumieres de l'efprit ,
les qualités du coeur qui rendent les grands
hommes encore plus refpectables , un heureux
naturel , beaucoup d'humanité , une
eftime & une amitié fincere pour ceux en
qui il voyoit le talent & les connoiffances
qui le diftinguoient fi fort lui -même. Loin
JUIN. T 1755.
3-1
de s'opposer aux deffeins de M. Saunderfon ,
comme il étoit de fon intérêt & en fon
pouvoir de le faire , il lui accorda non
feulement une permiffion expreffe de donner
des leçons de phyfique , mais il le feconda
encore de fon crédit dans toutes les
Joccafions.
A l'ouverture de fes leçons , il y vint
une telle affluence d'auditeurs qu'il en
étoit embarraffé lui - même . Il débuta pár
f'optique de Newton , effai auffi hardi que
fingulier dans un homme privé de la vie
prefqu'en naifant ; il falloit voir ce prodige
pour le croire.
Qu'un aveugle traite parfaitement des
fons , de leur nature & de leurs effets , cela
eft dans l'ordre ; mais qu'il raifonne en
philofophe fur les objets d'un fens qu'il
en'a pas , voilà qui tient du miracle . Il eft
cependant de notoriété publique qu'il expliquoit
les principes d'optique avec autant
de précifion que de clarté. A la fuite de ces
leçons , il procédoit régulierement aux
autres ouvrages de Newton, dont il devint
Pami particulier.
Peu de tems après , M. Whifton ayant
été remercié pour avoir refufé de remplir
certaines formalités , aufquelles fes principes
avoués d'arianifme ne lui permettoient
pas de fe foumettre , toutes les voix fe
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
réunirent en faveur de M. Saunderfon
pour occuper la place de ce grand philofophe.
Comme les ftatuts de l'Univerfité exigoient
dans un Profeffeur en titre le grade
de Maître- ès- Arts , on fit une démarche
fans exemple pour le lui faire déferer. Les
principaux de tous les Colleges , de l'aveu
& au nom du corps entier , préfenterent un
placet au Duc de Somerfet , pour lors
Chancelier. Ce Seigneur accompagné du
Chevalier Newton & d'autres perfonnes
de rang , s'étant rendu auprès de la Reine
Anne , obtint un ordre
pour faire expédier
à notre aveugle le grade requis , & il fut
en conféquence nommé & inſtallé Profeſfeur
de Mathématique au mois de Novembre
1711. Il fit à fa réception un difcours
plein d'efprit & d'élégance , le prononça
avec tant de nobleffe & de grace ,
qu'il eut l'applaudiffement univerfel. Il
finit ce difcours par l'éloge des mathématiques
qu'il mit bien au-deffus de toute
autre méthode de raifonner.
En 1723 il époufa la fille de M. Dickfon
, Miniftre-Curé de Bofworth dans le
Comté de Cambridge . De ce mariage il
eut un garçon & une fille , tous deux aujourd'hui
vivans.
En 1728 le Roi regnant , dans un
voyage fait à Newmarket , ayant honoré
JUIN. 1733 53
l'Univerfité d'une vifite , defira voir le
Profeffeur Saunderfon , qui s'étant rendu
aux ordres du Roi , l'accompagna au Sénat.
Là , par ordre exprès de Sa Majefté , & en
fa préfence , Saunderfon fut créé Docteurès-
Loix par le Chancelier en perfonne.
Il continua pendant onze ans à donner
des lecons qui le comblerent d'honneur &
de biens , & il mourut d'une gangrene au
pied le 11 Avril 1739 dans la 57 ° année
de fon âge.
Il étoit d'un tempéramment fort & vigoureux;
comme il aimoit paffionnément
l'exercice du cheval , il fuivoit une meutte
de chiens courans avec autant d'ardeur
que de péril pour fa perfonne . C'étoit &
à tous égards un homme de bonne compagnie.
Son difcours étoit toujours fi rempli
de traits relatifs aux objets de la vûe ,
qu'il faifoit prefque oublier qu'il fût aveugle.
Avec fes difciples , il étoit familier
& amufant ; mais lorsqu'on manquoit
de prêter à fes leçons l'attention qu'il
falloit , il s'emportoit à l'excès. Comme
les penfionnaires de qualité lui en don-:
noient de fréquens fujets , il dit un
jour tranſporté de colere : s'il me faut aller
en enfer , que pour mes péchés on m'y
condamne à donner des leçons de mathé
matiques aux jeunes Seigneurs penfion-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
naires de l'Univerfité de Cambridge !
Il avoit imaginé plufieurs moyens pour
fuppléer au défaut de la vûe , entr'autres
une planche percée de trous . A la diſtance
égale d'un pouce , dans chaque trou étoit
une cheville. La ficelle qu'il faifoit aller à
fon gré autour de ces chevilles , lui traçoit
les figures dont il avoit befoin pour faire
fes démonftrations , & cette opération fe
faifoit en moins de tems & avec plus de
facilité que l'on ne la fait avec la plume
ou le crayon . Une feconde planche &
d'autres chevilles de grandeurs inégales ,
lui fervoient pour les opérations de calcul.
Il avoit l'oreille & le tact de la derniere
fineffe ; les moindres objets de ces deux
fens , imperceptibles à tout autre , étoient
pour lui très-fenfibles . Il diftinguoit la
cinquieme partie d'une note , jouoit de la
flûte admirablement bien ; il ne lui falloit
que frapper du pied fur le plancher , le
bruit lui fervoit de regle sûre pour donner
fur le champ toutes les dimenfions d'une
chambre , de quelque façon qu'elle fût conftruite.
Saunderson , tiré d'un Journal anglois
qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Ljuffit d'un bien médiocre dans la
E pere de ce grand Mathématicien
province d'York en Angleterre . Il eut
plufieurs enfans. Nicolas Saunderfon fut
l'aîné de tous ; il naquit au mois de
Janvier en 1682. A l'âge d'un an il fut
privé de la vûe par la petite vérole , &
fe trouva dans le cas d'un aveugle de
naiffance . Il ne lui reftoit pas la moindre
idée d'avoir jamais vû la lumiere ; il n'en
avoit aucune perception non plus que des
couleurs . On l'envoya de bonne heure aux
écoles des humanités , où il fit , en écoutant
les autres , un progrès des plus rapides.
Euclide , Archimede & Diophante
étoient les auteurs Grecs qu'il étudioit par
préférence en fe les faifant lire. Il apprit
de fon pere l'arithmétique , & fe trouva
bientôt en état de faire de pénibles calculs.
Il inventa , par la feule force de l'imagination
& de la mémoire , de nouvelles regles
pour réfoudre les problêmes de cette fcience
, faifant toutes les opérations avec auJUIN.
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tant de promptitude que de jufteffe.
C'eft ainfi que l'efprit actif & pénétrant ,
quand le malheur a fermé quelques- unes
de fes portes , redoublant d'effort & d'attention
, veille aux autres avenues de fes
connoiffances qu'il élargit , pour ainfi dire,
comme pour fe dédommager de fa perte.
Deux Gentilshommes du voisinage amis
de fa famille , enchantés des grands talens
de notre aveugle , fe firent un plaifir de
lui apprendre l'algébre & la géométrie.
Son pere , quelque zélé qu'il fût pour faire
cultiver de fi rares talens , étant chargé
d'une nombreuſe famille , ſe vit hors d'état
d'envoyer fon fils à l'Univerfité d'Oxford
ou de Cambridge : il prit donc le parti de
le mettre dans une petite Académie du
village d'Attercliff. Ayant bientôt épuisé
le fond des connoiffances de cette école ,
où il ne lui reftoit plus rien à apprendre ,
il fe retira dans la maifon paternelle . Ré
duit à fes propres reffources , il y continua
fes études, & à l'aide d'un lecteur qu'il avoit
inftruit lui -même , il y fit de nouveaux
progrès. Au bout de quelque tems , on
réfolut de l'envoyer à Cambridge pour y
profeffer la philofophie. Il y parut fous
un caractere fingulier , puifqu'il eft peutêtre
le feul qui foit entré pour la premiere
fois dans une Univerfité , non pour acque
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
7
rir , mais pour communiquer des connoiffances.
La Société charmée de l'acquifition d'un
fi bon fujet , lui affigna un appartement, lui
permit l'ufage de la bibliothèque , lui donna
un lecteur en conféquence , & l'adinit à tous
les privileges d'un Membre de l'Univerfité,
à l'exception du titre qu'il ne pouvoit prendre
, n'étant pas gradué . Malgré ces avantages
, il lui reftoit encore bien des difficultés
à furmonter : âgé de vingt - cinq ans
fans fortune , aveugle , & deſtiné à enfeigner
la philofophie en concurrence avec
M. Whifton , ce grand Mathématicien
qui occupoit une chaire dans la même
'Univerfité .
›
Toutes ces circonftances qui fembloient
devoir renverfer fon projet , en hâterent
au contraire le fuccès. Il dut fa fortune à
la générofité de M. Whifton , qui fe fit
une gloire de fervir ce nouveau concurrent.
M. Whifton réunifoit à un profond
fçavoir , à toutes les lumieres de l'efprit ,
les qualités du coeur qui rendent les grands
hommes encore plus refpectables , un heureux
naturel , beaucoup d'humanité , une
eftime & une amitié fincere pour ceux en
qui il voyoit le talent & les connoiffances
qui le diftinguoient fi fort lui -même. Loin
JUIN. T 1755.
3-1
de s'opposer aux deffeins de M. Saunderfon ,
comme il étoit de fon intérêt & en fon
pouvoir de le faire , il lui accorda non
feulement une permiffion expreffe de donner
des leçons de phyfique , mais il le feconda
encore de fon crédit dans toutes les
Joccafions.
A l'ouverture de fes leçons , il y vint
une telle affluence d'auditeurs qu'il en
étoit embarraffé lui - même . Il débuta pár
f'optique de Newton , effai auffi hardi que
fingulier dans un homme privé de la vie
prefqu'en naifant ; il falloit voir ce prodige
pour le croire.
Qu'un aveugle traite parfaitement des
fons , de leur nature & de leurs effets , cela
eft dans l'ordre ; mais qu'il raifonne en
philofophe fur les objets d'un fens qu'il
en'a pas , voilà qui tient du miracle . Il eft
cependant de notoriété publique qu'il expliquoit
les principes d'optique avec autant
de précifion que de clarté. A la fuite de ces
leçons , il procédoit régulierement aux
autres ouvrages de Newton, dont il devint
Pami particulier.
Peu de tems après , M. Whifton ayant
été remercié pour avoir refufé de remplir
certaines formalités , aufquelles fes principes
avoués d'arianifme ne lui permettoient
pas de fe foumettre , toutes les voix fe
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
réunirent en faveur de M. Saunderfon
pour occuper la place de ce grand philofophe.
Comme les ftatuts de l'Univerfité exigoient
dans un Profeffeur en titre le grade
de Maître- ès- Arts , on fit une démarche
fans exemple pour le lui faire déferer. Les
principaux de tous les Colleges , de l'aveu
& au nom du corps entier , préfenterent un
placet au Duc de Somerfet , pour lors
Chancelier. Ce Seigneur accompagné du
Chevalier Newton & d'autres perfonnes
de rang , s'étant rendu auprès de la Reine
Anne , obtint un ordre
pour faire expédier
à notre aveugle le grade requis , & il fut
en conféquence nommé & inſtallé Profeſfeur
de Mathématique au mois de Novembre
1711. Il fit à fa réception un difcours
plein d'efprit & d'élégance , le prononça
avec tant de nobleffe & de grace ,
qu'il eut l'applaudiffement univerfel. Il
finit ce difcours par l'éloge des mathématiques
qu'il mit bien au-deffus de toute
autre méthode de raifonner.
En 1723 il époufa la fille de M. Dickfon
, Miniftre-Curé de Bofworth dans le
Comté de Cambridge . De ce mariage il
eut un garçon & une fille , tous deux aujourd'hui
vivans.
En 1728 le Roi regnant , dans un
voyage fait à Newmarket , ayant honoré
JUIN. 1733 53
l'Univerfité d'une vifite , defira voir le
Profeffeur Saunderfon , qui s'étant rendu
aux ordres du Roi , l'accompagna au Sénat.
Là , par ordre exprès de Sa Majefté , & en
fa préfence , Saunderfon fut créé Docteurès-
Loix par le Chancelier en perfonne.
Il continua pendant onze ans à donner
des lecons qui le comblerent d'honneur &
de biens , & il mourut d'une gangrene au
pied le 11 Avril 1739 dans la 57 ° année
de fon âge.
Il étoit d'un tempéramment fort & vigoureux;
comme il aimoit paffionnément
l'exercice du cheval , il fuivoit une meutte
de chiens courans avec autant d'ardeur
que de péril pour fa perfonne . C'étoit &
à tous égards un homme de bonne compagnie.
Son difcours étoit toujours fi rempli
de traits relatifs aux objets de la vûe ,
qu'il faifoit prefque oublier qu'il fût aveugle.
Avec fes difciples , il étoit familier
& amufant ; mais lorsqu'on manquoit
de prêter à fes leçons l'attention qu'il
falloit , il s'emportoit à l'excès. Comme
les penfionnaires de qualité lui en don-:
noient de fréquens fujets , il dit un
jour tranſporté de colere : s'il me faut aller
en enfer , que pour mes péchés on m'y
condamne à donner des leçons de mathé
matiques aux jeunes Seigneurs penfion-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
naires de l'Univerfité de Cambridge !
Il avoit imaginé plufieurs moyens pour
fuppléer au défaut de la vûe , entr'autres
une planche percée de trous . A la diſtance
égale d'un pouce , dans chaque trou étoit
une cheville. La ficelle qu'il faifoit aller à
fon gré autour de ces chevilles , lui traçoit
les figures dont il avoit befoin pour faire
fes démonftrations , & cette opération fe
faifoit en moins de tems & avec plus de
facilité que l'on ne la fait avec la plume
ou le crayon . Une feconde planche &
d'autres chevilles de grandeurs inégales ,
lui fervoient pour les opérations de calcul.
Il avoit l'oreille & le tact de la derniere
fineffe ; les moindres objets de ces deux
fens , imperceptibles à tout autre , étoient
pour lui très-fenfibles . Il diftinguoit la
cinquieme partie d'une note , jouoit de la
flûte admirablement bien ; il ne lui falloit
que frapper du pied fur le plancher , le
bruit lui fervoit de regle sûre pour donner
fur le champ toutes les dimenfions d'une
chambre , de quelque façon qu'elle fût conftruite.
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Résumé : EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Nicolas Saunderson, mathématicien aveugle, naquit en janvier 1682 dans la province d'York en Angleterre. À l'âge d'un an, il perdit la vue à cause de la petite vérole, ne connaissant jamais la lumière ou les couleurs. Malgré ce handicap, il fit des progrès rapides en mathématiques, apprenant l'arithmétique de son père et étudiant les œuvres d'Euclide, Archimède et Diophante. Il inventa des méthodes pour résoudre des problèmes mathématiques en utilisant son imagination et sa mémoire. Deux gentilshommes voisins, impressionnés par ses talents, lui enseignèrent l'algèbre et la géométrie. En raison de la situation financière de sa famille, Saunderson fut envoyé dans une petite académie à Attercliff, où il épuisa rapidement les connaissances disponibles. Il retourna ensuite chez ses parents et continua ses études avec l'aide d'un lecteur formé par lui-même. En 1711, il fut envoyé à l'Université de Cambridge pour enseigner la philosophie. Bien qu'il ne puisse obtenir le titre de gradué, il fut accueilli favorablement et reçut divers privilèges. Saunderson dut affronter plusieurs difficultés, notamment la concurrence avec le mathématicien M. Whifton. Ce dernier, admirant ses talents, l'aida à obtenir une permission pour donner des leçons de physique. Ses cours attirèrent une grande affluence et il devint un expert des œuvres de Newton. En 1711, après le départ de M. Whifton, Saunderson fut nommé professeur de mathématiques à Cambridge. Il se maria en 1723 et eut deux enfants. En 1728, il fut créé Docteur ès-Lois en présence du roi. Saunderson continua d'enseigner pendant onze ans avant de mourir d'une gangrène au pied le 11 avril 1739, à l'âge de 57 ans. Il était connu pour son tempérament vigoureux et son amour pour l'exercice. Il inventa des moyens pour suppléer à son handicap, comme des planches percées de trous pour tracer des figures et effectuer des calculs. Son oreille et son tact extrêmement sensibles lui permettaient de distinguer des sons et des dimensions imperceptibles pour d'autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3581
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3582
p. 83-91
EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Début :
Louis-Léon Pajot, Chevalier, Comte d'Ons-en-Bray, nâquit à Paris le 25 [...]
Mots clefs :
Louis-Léon Pajot, Comte d'Ons-en-Bray, Académie des sciences, Secrétaire de l'Académie des sciences, Jean-Paul Grandjean de Fouchy, Philosophie, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
EXTRAIT DE L'ELOGE
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
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Résumé : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Léon Pajot, Chevalier et Comte d'Ons-en-Bray, naquit à Paris en mars 1678. Son père, Léon Pajot, était Directeur général des postes et relais de France, et sa mère, Marie Anne Rouillé, était la tante de M. Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État. Son grand-père avait été envoyé en Espagne par la Reine mère de Louis XIV et y avait été retenu prisonnier pendant quatre ans. Léon Pajot fit ses études au Collège des Jésuites de Paris, mais une maladie des yeux l'obligea à interrompre ses études. Pendant sa convalescence, il se consacra à l'étude de la philosophie sous la guidance de M. Quent. Il voyagea ensuite en Hollande, où il fut inspiré par les grandes collections et les applications mécaniques qu'il y observa. Ce voyage lui donna l'idée de créer un cabinet célèbre. À la mort de son père en 1708, Léon Pajot lui succéda à la tête des postes et reçut la confiance de Louis XIV, qui le chargea de plusieurs affaires importantes. Il continua à servir sous la Régence du Duc d'Orléans, qui lui confia la charge d'Intendant des postes. Malgré ses responsabilités, il trouva le temps de réaliser son projet de cabinet à Berci, où il accueillit des académiciens et des philosophes. Léon Pajot fut élu à l'Académie des Sciences en 1716 et y publia plusieurs mémoires, notamment sur des instruments scientifiques comme l'anémomètre. Son cabinet, riche en pièces de mécanique et en inventions, attira des visiteurs illustres, y compris le Czar Pierre Ier et l'Empereur régnant. En octobre 1753, il fut atteint d'une maladie violente. Avant de mourir le 22 février 1754, il fit don de ses cabinets à l'Académie des Sciences, avec des conditions pour en assurer l'utilité publique. Il légua également ses biens à son gendre, Lieutenant général des armées du Roi. Sa vie fut marquée par une pratique constante de l'équité et de la générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3583
p. 92-98
LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
Début :
L'AUTEUR des mémoires que vous m'avez envoyé ne doit pas se plaindre [...]
Mots clefs :
Chronique scandaleuse, Combats littéraires, Antoine Gachet d'Artigny, Abbé d'Artigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
LETTRE fur la Chronique fcandaleuſe ,
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
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Résumé : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
La lettre critique les Mémoires de l'Abbé d'Artigny, reconnaissant son habileté à combiner érudition et élégance, à l'image de Fontenelle. Cependant, elle déplore que certains articles soient insuffisamment développés, notamment la chronique des querelles littéraires parmi les savants, qui passe sous silence plusieurs conflits notables. Parmi les omissions, la lettre mentionne le conflit entre Juste Lipse et un auteur de dialogues. Lipse, en possession du Triumvirat de la République des Lettres, réagit violemment aux attaques et utilise des accusations fallacieuses contre ses adversaires. D'autres disputes littéraires sont également évoquées, comme celles entre Gallonius et les moines du Mont-Cassin, ou entre les Bénédictins et Naudé. Ces querelles sont marquées par des accusations de mauvaise foi, de calomnie et de folie. Le texte critique également le mordant Thiers et Dom Innocent Masson, qui ont attaqué les Bénédictins avec virulence. Ces conflits montrent que les passions ne sont pas éteintes dans le cloître et que l'intérêt commun peut servir de prétexte à des attaques personnelles. La lettre conclut en rappelant d'autres démêlés littéraires oubliés par l'Abbé d'Artigny, tels que ceux entre Sciopius et Strada, ou entre Thiers et Robert. Malgré ces omissions, l'ouvrage de l'Abbé d'Artigny est considéré comme un excellent recueil de littérature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3584
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
Fermer
Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3585
p. 104-108
« LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Début :
LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...]
Mots clefs :
Roman, Faux pas, Baronne, Pierre Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
LES FAUX PAS , ou les Mémoires
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
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Résumé : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Le roman 'Les Faux Pas, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne ***' relate l'histoire de l'héroïne, la Baronne ou la Rosen, née d'une relation illégitime entre sa mère et un petit souverain d'Allemagne. Son éducation est marquée par plusieurs erreurs, notamment son placement dans un couvent où la supérieure l'incite à mal se comporter. Enlevée du couvent par méprise, elle est ensuite abandonnée par Duréal, son ravisseur, qui la laisse pour une autre femme. Après diverses aventures, elle rencontre M. Meffin, un financier, qui l'aime malgré ses résistances. Elle refuse ensuite les avances de Turreville, le neveu de Meffin, et part à Paris chercher Duréal. À Paris, elle rencontre Riza-beg, ambassadeur de Perse, qu'elle épouse secrètement. Enlevée par des voleurs, elle est libérée et retrouve Duréal, qui l'abandonne à nouveau après une tragédie. Elle découvre alors qu'elle est veuve et retrouve son père, qui la légitime et lui permet de revenir en France. Elle retrouve finalement Duréal, et ils se marient, mettant fin à ses nombreux faux pas. Le roman est écrit par M. Rouffeau de Touloufe et est apprécié pour son style et ses portraits, bien que l'auteur conseille de respecter davantage les règles de la décence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3586
p. 108-116
« MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
Début :
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecine expérimentale, Maladies, Causes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE,
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
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Résumé : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
L'ouvrage 'Médecine expérimentale', publié en 1755 à Paris par Duchefne, est reconnu pour son style clair et accessible, rendant la médecine compréhensible à un large public. L'auteur, M. T......, ambitionne de rendre la médecine utile et philanthropique, avec pour objectifs de prolonger la vie et de réduire la douleur. Son traité est structuré en trois parties. La première partie traite des besoins de la médecine, des dangers des systèmes médicaux existants et de la nécessité de l'observation. L'auteur met en lumière les besoins de la médecine en se basant sur l'état actuel de l'humanité. Il observe que le tiers des humains meurt dans les deux premières années de vie. De plus, les abus alimentaires et la consommation excessive de liqueurs spirituelles causent la mort d'un vingt-huitième des hommes. Les maladies récentes et les aliments dénaturés contribuent également à une mortalité précoce. Les maladies se multiplient et deviennent plus complexes, rendant leur traitement difficile. L'auteur critique les systèmes médicaux actuels, les jugeant incertains et inefficaces. Il prône une observation scrupuleuse des phénomènes des maladies pour améliorer les soins. L'auteur s'engage à ne pas répéter les travaux des autres, à éviter les principes gratuits, à ne pas confondre causes et effets, et à ne présenter que des faits appuyés par des expériences immuables. Il réserve le détail de ses méthodes et de ses cures pour un autre ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3587
p. 116-120
« MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
Début :
MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...]
Mots clefs :
Philosophie, Réflexions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
MES LOISIRS . A Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
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Résumé : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
L'ouvrage 'Mes loisirs' est publié à Paris par Defaint & Saillant et Vincent, dédié au Comte d'Argenfon et écrit par le Chevalier d'Arc. L'auteur utilise ses loisirs de manière honorable, reflétant vérité et décence. Le livre commence par une préface modeste suivie d'un discours préliminaire où l'auteur affirme que juger les choses superficiellement est erroné. Il insiste sur l'importance de l'analyse pour bien connaître et comprendre, illustrant son propos par divers exemples, comme une femme analysant sa toilette pour choisir les ornements appropriés. Le texte extrait plusieurs réflexions du livre, classées par ordre alphabétique. Parmi elles, on trouve des observations sur les relations sociales, le bonheur, l'émulation, et les esprits forts. L'auteur note que l'accueil des grands seigneurs envers les grands hommes est souvent motivé par l'orgueil. Il distingue les vraies amitiés, fondées sur la vertu, des liaisons basées sur les plaisirs ou l'ambition. Le bonheur est décrit comme accessible mais souvent ignoré. L'émulation est comparée à un remède extrait de poisons, utile malgré son principe douteux. Les esprits forts sont comparés à des ivrognes cherchant à faire boire les autres. La flatterie est vue comme une menace à la vertu, et les occupations frivoles empêchent les grands desseins. Le génie est comparé à un corps élastique, et les gens médiocres copient servilement tandis que les esprits supérieurs innovent. L'adversité corrige la vanité mais peut aussi rendre humble de manière excessive. Le livre se conclut par une apologie du genre humain, vu sous un jour favorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3588
p. 120-125
« TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
Début :
TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...]
Mots clefs :
Diplômes, Traité de Diplomatique
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texteReconnaissance textuelle : « TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
TOME SECOND du nouveau Traité
de Diplomatique in- 4 ° . Par deux Religieux
Bénédictins , de la Congrégation de Saint
Maur . A Paris , chez Guillaume Desprez ,
Imprimeur du Roi & du Clergé de France,
1755.
On s'appercevra aifément que les auteurs
ི JUIN. ⠀ 1755 1 121
1 2 1
teurs du nouveau traité de Diplomatique
enchériffent de beaucoup fur les promelles
qu'ils ont faites dans leur Prospectus Le fe->
cond volume qui paroît aujourd'hui , eft:
une: augmentation très intéreffante , fur
laquelle ils n'avoient point prévenu le public
. Le fujet qu'on y traite à fond eſt extraordinaire
& nouveau. Perfonne n'avoit
encore entrepris de fixer la figure , l'âge ,
la nomenclature , la patrie , la defcendanla
fortune & les métamorphofes des
vingt - trois lettres de l'alphabet latin dans
les infcriptions lapidaires & métalliques
les manufcrits & les diplomes de tous les
fiécles. Nul auteur n'avoit pris la peine
de dreffer fur ces anciens monumens des
alphabets généraux de toutes les écritures
Lomaines & nationales qui ont eu cours
chez les Latins pendant près de trois mille
ans. On n'avoit point encore réduit en
fyftême les écritures antiques pour en former
un art lapidaire & métallique , au
moyen duquel on pût déterminer l'âge des
infcriptions , & difcerner les fuppofées des
véritables. Ces objets avec plufieurs autres
également importans , font la matiere de
ce fecond tome. Dans le plan des auteurs
toutes les écritures latines font réduites
à trois claffes , fçavoit , les écritures des
marbres , des bronzes & des autres matie
I. Vol. F
122 : MERCURE DE FRANCE.
で
res dures ; les écritures des manufcrits, des
puis le IV fécle ; & celles des diplomes ,
depuis le V Les deux dernieres claffes ,
avec leurs dépendances & la matiere des
fceaux , feront traitées dans le troifieme
volume. Le grand nombre de planches
qu'il faut arranger fyftematiquement , &
graver , & le travail immenfe qu'exige né
ceffairement l'entreprife , invitent le public
à ne pas s'impatienter. Si on le fait at
tendre , ce n'eft affurément que pour le
mieux fervir. Les quatrieme & cinquieme
volumes fuivront de près le troifieme ; cependant
pour compenfer en quelque fortei
le defagrément des délais , quoiqu'invo
lontaires , l'Imprimeur-Libraire délivre le
fecond tome aux Soufcripteurs fans exiger
la fomme ftipulée en foufcrivant ; il s'en
gage même à leur donner les tomes fuivans
au prix de la foufcription , quoiqu'il
y perde confidérablement , les frais de
l'impreffion , des caracteres extraordinai
res , & des planches étant beaucoup plus
confidérables qu'il n'avoit penfé lorsqu'il
prit des engagemens avec le public.
REFUTATION de deux Ecrits publiés
en faveur de M. de Torrès , fous les noms
de MM. Carboneil & Bertrand , fe difant
Docteurs en Médecine avec une Replique
1
JUIN. 17556 123
aú Sr Mollée , Chymifte. Par M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde de Sa
Majefté. A Paris , chez Delaguette , Im
primeur du College & de l'Académie roya
le de Chirurgie , rue S. Jacques, à l'Olivier,
1755. Brochure in- 4° . de 56 pages .
Nous nous abftiendrons toujours de
prendre part aux différens dont nous ferons
quelquefois obligés de rendre compte 3
pous nous contenterons d'annoncer les
écrits refpectifs foumis à notre rapport ,
fans acception de perfonnes , fans nous
paffionner pour aucun des contendans
quels qu'ils foient, ni marquer la moindre
partialité.
C'eſt par un effet de cette juftice & de
ce defintéreffement que nous annonçons
l'écrit en queftion . Nous l'avons lû , parce
qu'il nous a paru mériter la peine d'être
lu , & qu'il intéreffe trop le public pour
nous être indifférent. On y trouvera , des
faits graves que nous laiffons examiner à
ceux qui s'occupent de ces matieres , &
qui font plus à portée que nous de démêfer
la vérité. Il y en a même de curieux
qu'on ne lira point fans intérêt , ni peutêtre
encore fans fruit ; telle est une cure
auffi furprenante par fa qualité que par
promptitude , d'un particulier de Lyon : co
fa
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
malade après avoir paffé fans fuccès entre
les mains de plufieurs Praticiens habiles
fut jugé par le célèbre M. Fizes , Médecin
de Montpellier , dans le cas de ne pouvoir
être guéri que par un traitement méthodique
qui auroit duré près d'un an , &
dont M. Dibon a réduit le terme à moins
de deux mois. Une preuve de cette force
eft bien décifive ; mais c'eft aux maîtres de
l'art à la conftater , & nous nous en rapportons
à leur jugement , ainfi qu'à celui
du public.
PINOLET, ou l'Aveugle parvenu , ouvrage
annoncé dans le Mercure d'Avril : fe
vend chez Jorry , aux Cicognes , quai des
Auguftins , près le pont S. Michel,
PIECES FUGITIVES extraites des OEuvres
mêlées de M *** ·
Les deux morceaux de profe qui commencent
ces pieces , m'ont paru mériter
l'approbation du public. Le premier , tel
qu'il eft à préfent , & qui a pour titre l'O
rigine des Guebres , offre une hiftoire in
génieufe de Zoroaftre ; il a fur- tout le mé
rite d'être bien écrit.
' L'hiftoire d'Euphranor qui compofe le
fecond morceau , a le double avantage d'e-
'tre courte & intereffante ; les remords qui
accompagnent l'infidélité d'Euphranor ,
les
JAU IN. 1735 723
malheurs qui n'alterent point la vertu de
Barfine , fon époufe , & leur tendre réunion
occafionnée par leur fille unique
dont les charmes égalent la fageffe , forment
un tableau , & font un dénoument
qui attendrit jufqu'aux larmes. Il y a quel
ques jolis vers dans les poëfies diverfes
mais l'Auteur eft mieux appellé à la profe:
je crois qu'il fera fagement de s'y borner...
Le peu d'efpace qui me refte pour cette
partie , m'oblige de remettre au fecond
Mercure de ce mois , les extraits ou les
indications des autres livres nouveaux..
de Diplomatique in- 4 ° . Par deux Religieux
Bénédictins , de la Congrégation de Saint
Maur . A Paris , chez Guillaume Desprez ,
Imprimeur du Roi & du Clergé de France,
1755.
On s'appercevra aifément que les auteurs
ི JUIN. ⠀ 1755 1 121
1 2 1
teurs du nouveau traité de Diplomatique
enchériffent de beaucoup fur les promelles
qu'ils ont faites dans leur Prospectus Le fe->
cond volume qui paroît aujourd'hui , eft:
une: augmentation très intéreffante , fur
laquelle ils n'avoient point prévenu le public
. Le fujet qu'on y traite à fond eſt extraordinaire
& nouveau. Perfonne n'avoit
encore entrepris de fixer la figure , l'âge ,
la nomenclature , la patrie , la defcendanla
fortune & les métamorphofes des
vingt - trois lettres de l'alphabet latin dans
les infcriptions lapidaires & métalliques
les manufcrits & les diplomes de tous les
fiécles. Nul auteur n'avoit pris la peine
de dreffer fur ces anciens monumens des
alphabets généraux de toutes les écritures
Lomaines & nationales qui ont eu cours
chez les Latins pendant près de trois mille
ans. On n'avoit point encore réduit en
fyftême les écritures antiques pour en former
un art lapidaire & métallique , au
moyen duquel on pût déterminer l'âge des
infcriptions , & difcerner les fuppofées des
véritables. Ces objets avec plufieurs autres
également importans , font la matiere de
ce fecond tome. Dans le plan des auteurs
toutes les écritures latines font réduites
à trois claffes , fçavoit , les écritures des
marbres , des bronzes & des autres matie
I. Vol. F
122 : MERCURE DE FRANCE.
で
res dures ; les écritures des manufcrits, des
puis le IV fécle ; & celles des diplomes ,
depuis le V Les deux dernieres claffes ,
avec leurs dépendances & la matiere des
fceaux , feront traitées dans le troifieme
volume. Le grand nombre de planches
qu'il faut arranger fyftematiquement , &
graver , & le travail immenfe qu'exige né
ceffairement l'entreprife , invitent le public
à ne pas s'impatienter. Si on le fait at
tendre , ce n'eft affurément que pour le
mieux fervir. Les quatrieme & cinquieme
volumes fuivront de près le troifieme ; cependant
pour compenfer en quelque fortei
le defagrément des délais , quoiqu'invo
lontaires , l'Imprimeur-Libraire délivre le
fecond tome aux Soufcripteurs fans exiger
la fomme ftipulée en foufcrivant ; il s'en
gage même à leur donner les tomes fuivans
au prix de la foufcription , quoiqu'il
y perde confidérablement , les frais de
l'impreffion , des caracteres extraordinai
res , & des planches étant beaucoup plus
confidérables qu'il n'avoit penfé lorsqu'il
prit des engagemens avec le public.
REFUTATION de deux Ecrits publiés
en faveur de M. de Torrès , fous les noms
de MM. Carboneil & Bertrand , fe difant
Docteurs en Médecine avec une Replique
1
JUIN. 17556 123
aú Sr Mollée , Chymifte. Par M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde de Sa
Majefté. A Paris , chez Delaguette , Im
primeur du College & de l'Académie roya
le de Chirurgie , rue S. Jacques, à l'Olivier,
1755. Brochure in- 4° . de 56 pages .
Nous nous abftiendrons toujours de
prendre part aux différens dont nous ferons
quelquefois obligés de rendre compte 3
pous nous contenterons d'annoncer les
écrits refpectifs foumis à notre rapport ,
fans acception de perfonnes , fans nous
paffionner pour aucun des contendans
quels qu'ils foient, ni marquer la moindre
partialité.
C'eſt par un effet de cette juftice & de
ce defintéreffement que nous annonçons
l'écrit en queftion . Nous l'avons lû , parce
qu'il nous a paru mériter la peine d'être
lu , & qu'il intéreffe trop le public pour
nous être indifférent. On y trouvera , des
faits graves que nous laiffons examiner à
ceux qui s'occupent de ces matieres , &
qui font plus à portée que nous de démêfer
la vérité. Il y en a même de curieux
qu'on ne lira point fans intérêt , ni peutêtre
encore fans fruit ; telle est une cure
auffi furprenante par fa qualité que par
promptitude , d'un particulier de Lyon : co
fa
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
malade après avoir paffé fans fuccès entre
les mains de plufieurs Praticiens habiles
fut jugé par le célèbre M. Fizes , Médecin
de Montpellier , dans le cas de ne pouvoir
être guéri que par un traitement méthodique
qui auroit duré près d'un an , &
dont M. Dibon a réduit le terme à moins
de deux mois. Une preuve de cette force
eft bien décifive ; mais c'eft aux maîtres de
l'art à la conftater , & nous nous en rapportons
à leur jugement , ainfi qu'à celui
du public.
PINOLET, ou l'Aveugle parvenu , ouvrage
annoncé dans le Mercure d'Avril : fe
vend chez Jorry , aux Cicognes , quai des
Auguftins , près le pont S. Michel,
PIECES FUGITIVES extraites des OEuvres
mêlées de M *** ·
Les deux morceaux de profe qui commencent
ces pieces , m'ont paru mériter
l'approbation du public. Le premier , tel
qu'il eft à préfent , & qui a pour titre l'O
rigine des Guebres , offre une hiftoire in
génieufe de Zoroaftre ; il a fur- tout le mé
rite d'être bien écrit.
' L'hiftoire d'Euphranor qui compofe le
fecond morceau , a le double avantage d'e-
'tre courte & intereffante ; les remords qui
accompagnent l'infidélité d'Euphranor ,
les
JAU IN. 1735 723
malheurs qui n'alterent point la vertu de
Barfine , fon époufe , & leur tendre réunion
occafionnée par leur fille unique
dont les charmes égalent la fageffe , forment
un tableau , & font un dénoument
qui attendrit jufqu'aux larmes. Il y a quel
ques jolis vers dans les poëfies diverfes
mais l'Auteur eft mieux appellé à la profe:
je crois qu'il fera fagement de s'y borner...
Le peu d'efpace qui me refte pour cette
partie , m'oblige de remettre au fecond
Mercure de ce mois , les extraits ou les
indications des autres livres nouveaux..
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Résumé : « TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
Le Tome Second du nouveau Traité de Diplomatique, publié en 1755 par deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, présente une augmentation significative par rapport au prospectus initial. Ce volume explore en détail les vingt-trois lettres de l'alphabet latin, en abordant leur figure, âge, nomenclature, patrie, descendance, fortune et métamorphoses dans diverses inscriptions et manuscrits. Les auteurs ont compilé des alphabets généraux des écritures latines et nationales utilisées sur une période de près de trois mille ans. Ils ont également systématisé les écritures antiques pour déterminer l'âge des inscriptions et distinguer les authentiques des falsifiées. Le tome est organisé en trois classes d'écriture : celles des marbres et des bronzes, celles des manuscrits depuis le IVe siècle, et celles des diplômes depuis le Ve siècle. Les deux dernières classes, ainsi que la matière des sceaux, seront traitées dans le troisième volume. La publication des volumes suivants sera retardée en raison du travail nécessaire pour préparer et graver les planches de manière systématique. L'imprimeur-libraire offre le second tome aux souscripteurs sans exiger la somme stipulée et s'engage à livrer les tomes suivants au prix de la souscription, malgré les coûts élevés de l'impression. Par ailleurs, le Mercure de France annonce la publication d'une réfutation de deux écrits en faveur de M. de Torrès, rédigée par M. Dibon, chirurgien du roi. Cette brochure de 56 pages présente des faits graves et curieux, notamment une cure surprenante réalisée par M. Dibon. Le Mercure de France se contente d'annoncer les écrits respectifs sans prendre parti. Enfin, le Mercure mentionne également la vente de l'ouvrage 'Pinolet, ou l'Aveugle parvenu' et des 'Pièces fugitives' extraites des œuvres mêlées de M***, qui contiennent des morceaux de prose et de poésie appréciables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3589
p. 125-130
SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Début :
M. de Chateaubrun ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de M. le [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Académie française, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
SÉANCE
PUBLIQUE
De l'Académie Françoife .
M. de Chateaubrun ayant été élû par
l'Académie Françoife à la place de M. le
Préfident de Montefquieu , y vint prendre
féance le lundi 5 Mai 1755. Le difcours
qu'il prononça reçut l'applaudiffement
unanime d'un public choifi , dont les fuffrages
avoient prévenu ceux de la Compagnie.
L'éloge de M. de Montefquieu étoit
réfervé à M. de Chateaubrun . Ce grand
homme pouvoit il rencontrer un meilleur
panégyrifte Il n'appartenoit qu'au vrai
talent de louer le génie. Ce que j'en vais
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
extraire ou tranfcrire , va le prouver.
33
"
» Ah ! Meffieurs , s'écrie M. de Cha
» teaubrun , quel reffouvenir vient me
frapper ! quel paffage rapide de la joie
à la trifteffe ! quelle foible compenfation
j'apporté ici pour foulager votre dou
leur ! quel nom eft prêt de m'échaper !
plus fa gloire vous eft chere , plus je
» m'en trouve accablé. Comment pourrois
»je fuffire à faire l'éloge de M. le Préfident
de Montefquieu ? Il faudroit , f
j'ofe ainfi parler , pouvoir mefurer fon
génie , & atteindre , comme il a fait, juf
» qu'aux extrêmités de l'ame humaine.
"
Dès fa jeuneffe , fon imagination , fi
noble , fi riante , fi féconde , ſe déploie.
Nouvel Amphion , au fon d'une lyre
» qu'Apollon même prend pour la fienne ,
» il éleve un temple enchanteur * ; les
*.
Graces fe hâtent d'en pofer les fonde-
» mens , leurs mains légeres lui préfentent
>> les matériaux de ce charmant édifice
» elles en ordonnent la fymmétrie ; elles
» l'embelliffent de peintures , où elles fe
> repréſentent par- tout , & reçoivent du
fentiment ce coloris immortel , dont le
feul fentiment poffede le fecret.
La fcène change. M. de Montefquieu
paroît dans ces climats , d'où la lumiere
Le Temple de Gnide,
JUIN 1755. $127
s'annonce à toute la nature. Quel est ce
» nouveau gente de correfpondances ? **
mais lui-même les couvre d'un voile &
les cache à mes regards. Je ne les reclame
point , Meffieurs la gloire de Ma de
Montefquieu peut faire des facrifices
fans s'appauvrir.
n
» Il marche à pas de géant dans la carriere
du génie , je le vois aux priſes ,
pout ainfi dire avec les maîtres dut
monde. Idemandes compte aux Ro-
» mains ** de leur aggrandiffement & de
» leur décadence. La fortune aveugle na
point d'autels aux yeux de cet examina-
»teur judicieux & févere. Chaque effet a
fon principe , & il fçait le trouver. al
analyſe les événemens : il décompofe le
»coeur de l'homme , qui n'a rien d'obfcur
pour lui Toutes les nations paffent
→fucceffivement devant lui . Il fe donne
» l'expérience de plufieurs ficcles , & s'ouvre
la route à un autre ouvrage plus admirable
encore. Vous me prévenez ,
Meffieurs , c'eft l'Esprit des Loix.
"
7
D'anciens Législateurs crurent avoir
"pourvu au bonheur de leurs conci-
Les Lettres Perfannes.
** Confidérations fur les caufes de la grandetg
des Romains & de leur décadence.
Fiiij
128
MERCURE DE FRANCE.
toyens & même à celui de tous les hom
mes ; mais leurs loix dans l'exécution
devinrent un nouveau mal. Dracon don-
» na tout à la terreur , & ne fit que
» efclaves. Solon accorda tout à la liberté,
des
& ne produifit que l'anarchie. Lycurgue
ôta tout à la nature , & ne fit que
» malheureux. Les Romains établirent des
des
» loix pour étendre ou pour affurer leurs
» conquêtes , & non pour rendre les
hommes meilleurs. L'ouvrage de M.
de Montefquieu étoit néceffaire à l'hu
manité.
» Il laiffe au defpotifme d'Afie des principes
qu'il ne pourroit détruire fans
bouleverfer une partie de la terre ; mais
il l'environne d'écueils & de précipi
hances. b.diz du in
1
n
pr
C'eft à des
gouvernemens où l'empire
eft légitime , où l'obéiffance eft honorable
, où le bonheur des maîtres & des
fujets eft toujours en proportion de la
fidélité qu'ils apportent à remplir leurs
devoirs refpectifs ; c'eft à ces gouvernemens
que M. de Montefquieu a confacré
fes veilles & fon travail..
» Il a connu tous les mobiles qui déterminent
les hommes au bien & au mal.
Ila mefaré les dégrés de force que les
» paffions peuvent oppofer à l'éducation ,
و د
JUIN 1755 129
à l'honneur , à la vertu . Il a enchaîné les
paffions par les paffions même , quand
elles rompoient l'équilibre. Jamais les
» refforts du monde moral n'ont été com
» binés avec tant de juſteſſe , ni n'ont eu
» de directions fi certaines.
M. de Chateaubrun termine fon difcours
par ce trait qui acheve le portrait
de M. de Montefquieu . » Propre à faire
» les délices de la fociété dans laquelle il
» fe comptoit pour rien , fes vertus étoient
» finceres ; il étoit avec lui-même ce qu'il
»paroiffoit avec les autres. On ne lui a
point connu de défauts ; & ce qui com-
» ble ſon éloge , perfonne n'a defiré de lui
93
» en trouver.
M. l'Abbé d'Olivet , en qualité d'ancien
Directeur , répondit à M. de Chateaubrun ,
& fit fon éloge en ces termes.
» Avant de nous parler pour vous , le
>> public venoit de vous accorder , ne di-
» fons point de ces applaudiffemens qui
» ne font pas refufés quelquefois à un art
» impofteur , mais de ces larmes précieu-
» fes que la nature commande elle feule
» & qui honorent l'humanité . Vous avez
»puifé dans la fource intariffable du beau
» & du pathétique . Vous avez fait voir
» que deux mille ans n'ont rien changé
ni à l'efprit , ni au.coeur de l'homme .
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
כ » Andromaque , Iphigenie , les Troyen
nes , Philoctete , font les meilleurs ou
> vrages qu'on ait fait pour défendre les
anciens contre les modernes.
PUBLIQUE
De l'Académie Françoife .
M. de Chateaubrun ayant été élû par
l'Académie Françoife à la place de M. le
Préfident de Montefquieu , y vint prendre
féance le lundi 5 Mai 1755. Le difcours
qu'il prononça reçut l'applaudiffement
unanime d'un public choifi , dont les fuffrages
avoient prévenu ceux de la Compagnie.
L'éloge de M. de Montefquieu étoit
réfervé à M. de Chateaubrun . Ce grand
homme pouvoit il rencontrer un meilleur
panégyrifte Il n'appartenoit qu'au vrai
talent de louer le génie. Ce que j'en vais
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
extraire ou tranfcrire , va le prouver.
33
"
» Ah ! Meffieurs , s'écrie M. de Cha
» teaubrun , quel reffouvenir vient me
frapper ! quel paffage rapide de la joie
à la trifteffe ! quelle foible compenfation
j'apporté ici pour foulager votre dou
leur ! quel nom eft prêt de m'échaper !
plus fa gloire vous eft chere , plus je
» m'en trouve accablé. Comment pourrois
»je fuffire à faire l'éloge de M. le Préfident
de Montefquieu ? Il faudroit , f
j'ofe ainfi parler , pouvoir mefurer fon
génie , & atteindre , comme il a fait, juf
» qu'aux extrêmités de l'ame humaine.
"
Dès fa jeuneffe , fon imagination , fi
noble , fi riante , fi féconde , ſe déploie.
Nouvel Amphion , au fon d'une lyre
» qu'Apollon même prend pour la fienne ,
» il éleve un temple enchanteur * ; les
*.
Graces fe hâtent d'en pofer les fonde-
» mens , leurs mains légeres lui préfentent
>> les matériaux de ce charmant édifice
» elles en ordonnent la fymmétrie ; elles
» l'embelliffent de peintures , où elles fe
> repréſentent par- tout , & reçoivent du
fentiment ce coloris immortel , dont le
feul fentiment poffede le fecret.
La fcène change. M. de Montefquieu
paroît dans ces climats , d'où la lumiere
Le Temple de Gnide,
JUIN 1755. $127
s'annonce à toute la nature. Quel est ce
» nouveau gente de correfpondances ? **
mais lui-même les couvre d'un voile &
les cache à mes regards. Je ne les reclame
point , Meffieurs la gloire de Ma de
Montefquieu peut faire des facrifices
fans s'appauvrir.
n
» Il marche à pas de géant dans la carriere
du génie , je le vois aux priſes ,
pout ainfi dire avec les maîtres dut
monde. Idemandes compte aux Ro-
» mains ** de leur aggrandiffement & de
» leur décadence. La fortune aveugle na
point d'autels aux yeux de cet examina-
»teur judicieux & févere. Chaque effet a
fon principe , & il fçait le trouver. al
analyſe les événemens : il décompofe le
»coeur de l'homme , qui n'a rien d'obfcur
pour lui Toutes les nations paffent
→fucceffivement devant lui . Il fe donne
» l'expérience de plufieurs ficcles , & s'ouvre
la route à un autre ouvrage plus admirable
encore. Vous me prévenez ,
Meffieurs , c'eft l'Esprit des Loix.
"
7
D'anciens Législateurs crurent avoir
"pourvu au bonheur de leurs conci-
Les Lettres Perfannes.
** Confidérations fur les caufes de la grandetg
des Romains & de leur décadence.
Fiiij
128
MERCURE DE FRANCE.
toyens & même à celui de tous les hom
mes ; mais leurs loix dans l'exécution
devinrent un nouveau mal. Dracon don-
» na tout à la terreur , & ne fit que
» efclaves. Solon accorda tout à la liberté,
des
& ne produifit que l'anarchie. Lycurgue
ôta tout à la nature , & ne fit que
» malheureux. Les Romains établirent des
des
» loix pour étendre ou pour affurer leurs
» conquêtes , & non pour rendre les
hommes meilleurs. L'ouvrage de M.
de Montefquieu étoit néceffaire à l'hu
manité.
» Il laiffe au defpotifme d'Afie des principes
qu'il ne pourroit détruire fans
bouleverfer une partie de la terre ; mais
il l'environne d'écueils & de précipi
hances. b.diz du in
1
n
pr
C'eft à des
gouvernemens où l'empire
eft légitime , où l'obéiffance eft honorable
, où le bonheur des maîtres & des
fujets eft toujours en proportion de la
fidélité qu'ils apportent à remplir leurs
devoirs refpectifs ; c'eft à ces gouvernemens
que M. de Montefquieu a confacré
fes veilles & fon travail..
» Il a connu tous les mobiles qui déterminent
les hommes au bien & au mal.
Ila mefaré les dégrés de force que les
» paffions peuvent oppofer à l'éducation ,
و د
JUIN 1755 129
à l'honneur , à la vertu . Il a enchaîné les
paffions par les paffions même , quand
elles rompoient l'équilibre. Jamais les
» refforts du monde moral n'ont été com
» binés avec tant de juſteſſe , ni n'ont eu
» de directions fi certaines.
M. de Chateaubrun termine fon difcours
par ce trait qui acheve le portrait
de M. de Montefquieu . » Propre à faire
» les délices de la fociété dans laquelle il
» fe comptoit pour rien , fes vertus étoient
» finceres ; il étoit avec lui-même ce qu'il
»paroiffoit avec les autres. On ne lui a
point connu de défauts ; & ce qui com-
» ble ſon éloge , perfonne n'a defiré de lui
93
» en trouver.
M. l'Abbé d'Olivet , en qualité d'ancien
Directeur , répondit à M. de Chateaubrun ,
& fit fon éloge en ces termes.
» Avant de nous parler pour vous , le
>> public venoit de vous accorder , ne di-
» fons point de ces applaudiffemens qui
» ne font pas refufés quelquefois à un art
» impofteur , mais de ces larmes précieu-
» fes que la nature commande elle feule
» & qui honorent l'humanité . Vous avez
»puifé dans la fource intariffable du beau
» & du pathétique . Vous avez fait voir
» que deux mille ans n'ont rien changé
ni à l'efprit , ni au.coeur de l'homme .
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
כ » Andromaque , Iphigenie , les Troyen
nes , Philoctete , font les meilleurs ou
> vrages qu'on ait fait pour défendre les
anciens contre les modernes.
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Résumé : SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Le 5 mai 1755, M. de Chateaubrun fut élu à l'Académie Française pour succéder à M. le Président de Montesquieu. Lors de sa prise de fonction, il prononça un discours qui reçut un accueil unanime. Chateaubrun exprima la difficulté de rendre hommage à Montesquieu, soulignant son génie et son influence. Il décrivit Montesquieu comme un homme doté d'une imagination et d'un talent exceptionnels, capable de créer des œuvres enchanteuses et de correspondre avec les plus grands esprits. Montesquieu avait exploré les causes de la grandeur et de la décadence des nations, analysant les événements et les cœurs humains avec une grande perspicacité. Son œuvre majeure, 'L'Esprit des Lois', critiquait les législations anciennes qui avaient échoué à assurer le bonheur des hommes. Montesquieu avait également mis en lumière les principes des gouvernements légitimes et les mobiles qui déterminent les actions humaines. Chateaubrun conclut son discours en soulignant les vertus sincères de Montesquieu, qui se comportait avec autrui comme avec lui-même, sans défauts apparents. En réponse, l'abbé d'Olivet loua Chateaubrun pour son discours émouvant, comparant ses œuvres aux grands classiques antiques.
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3590
p. 131-133
Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Début :
Soient x, y, z, les nombres d'hommes dont les premier, second & troisieme [...]
Mots clefs :
Problème d'algèbre, Problème, Équation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Solution du problème propofe par M.G ...
dans le Mercure précédent. Par M. Bezout
, Maître de Mathématiques.
Oient x , y , z , les nombres d'hommes,
dont les premier , fecond & troifieme
détachemens étoient compofés.
Tout le monde connoît la méthode de
trouver un nombre qui , divifé fucceffivement
par deux nombres donnés , laiffe deux
reftes donnés, v
Ainfi on trouvera en fuivant les art.
323, & prenant rs, pour repréfenter
des nombres entiers, pofitifs , on
trouvera dis-je ,.• * — 12 r + 1 }
2= 35·5 + oloros
3
-35 johns no 23631 + $ 9
L'art. 4 donne 12 + 11 631
22 ou 122 1634 acid 9 F79
+48705... ( 1)
F vj
32 MERGURE DE FRANCE .
S. le premier détachement de- Par l'art.
Vient
122 +20
Le fecond détachement
... 35 + 7
Le troifième détachement ... 632 + 540
Donc & par les art . 6 & 7 , on aus
827
20:35:57
:: 140 : 61 ; d'où
+ ·
4 -7
165 = 700s ... (2 ).
Par les articles, 6 & 8 , on a
63 +54
3
>
183r
127 20
:: 70 : SI ; d'où Sir 490, t
+335 ... (3 ).
Si au moyen des équations ( 1 ) .. ( 2 ) ..
( 3 ) , on cherche les valeurs de r , s , t , on
trouvera r = 45 , 5 = 12 t= 4 : fubftituant'ces
valeurs dans les équations , x
= ur +11 , &c. on trouvera
...
x = 551
y = 431 ༡
Z = 311
›
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire de
faire remarquer qu'il n'y a pas d'autres
hombres qui puiffent fatisfaire au problême.
On voit allez facilement que la queftion
fe réduit à déterminer r , s , t : or on
a pour cela trois équations différentes ,
donc le problême eft déterminé ; & comme
ces équations font toutes du premier dégré
, il ne peut avoir qu'unefolution.
1 paroît donc que les autres folutions
FOKMHUIN # 11985
propofées par l'Auteur du problème ne
peuvent avoir lieu , & doivent néceffairement
manquer à quelques- unes des conditions.
Au refte je ne finirai point fans
remarquer que l'article 7 auroit pû être
énoncé d'une façon plus exacte. Il eft vrai
que le c'est- à - dire qui lie les deux propofirenferme
cet article , fe trouve
juſte dans ce cas- ci , mais c'eft par hazard ,
& c'eft la découverte des nombres 551 ,
431 & 311 , qui a pû feule faire connoître
que ces propofitions étoient les mêmes.
tions que
>
Or dès que l'énoncé ne donne pas moyen
de connoître leur identité , on eft fondé à
les regarder comme deux conditions différentes
; mais alors le problême deviendroit
plus que déterminé , ce qui feroit bien
contraire aux idées de l'Auteur , qui a regardé
jufqu'ici le problême comme indéterminé.
Je crois donc qu'il fuffifoit &
étoit même néceffaire de n'énoncer que
l'une des deux.
A Paris , ce 5 Mai 1755.
Nota. En comparant les articles cités avec
ma folution , on doit à la page 93 du Mercure
précédent , lire fept au lieu de trois.
Comme l'Auteur m'a envoyé trop tard la
fuite de ce Probleme , elle ne pourra paroître
que dans le fecond Mercure de ce mois.
dans le Mercure précédent. Par M. Bezout
, Maître de Mathématiques.
Oient x , y , z , les nombres d'hommes,
dont les premier , fecond & troifieme
détachemens étoient compofés.
Tout le monde connoît la méthode de
trouver un nombre qui , divifé fucceffivement
par deux nombres donnés , laiffe deux
reftes donnés, v
Ainfi on trouvera en fuivant les art.
323, & prenant rs, pour repréfenter
des nombres entiers, pofitifs , on
trouvera dis-je ,.• * — 12 r + 1 }
2= 35·5 + oloros
3
-35 johns no 23631 + $ 9
L'art. 4 donne 12 + 11 631
22 ou 122 1634 acid 9 F79
+48705... ( 1)
F vj
32 MERGURE DE FRANCE .
S. le premier détachement de- Par l'art.
Vient
122 +20
Le fecond détachement
... 35 + 7
Le troifième détachement ... 632 + 540
Donc & par les art . 6 & 7 , on aus
827
20:35:57
:: 140 : 61 ; d'où
+ ·
4 -7
165 = 700s ... (2 ).
Par les articles, 6 & 8 , on a
63 +54
3
>
183r
127 20
:: 70 : SI ; d'où Sir 490, t
+335 ... (3 ).
Si au moyen des équations ( 1 ) .. ( 2 ) ..
( 3 ) , on cherche les valeurs de r , s , t , on
trouvera r = 45 , 5 = 12 t= 4 : fubftituant'ces
valeurs dans les équations , x
= ur +11 , &c. on trouvera
...
x = 551
y = 431 ༡
Z = 311
›
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire de
faire remarquer qu'il n'y a pas d'autres
hombres qui puiffent fatisfaire au problême.
On voit allez facilement que la queftion
fe réduit à déterminer r , s , t : or on
a pour cela trois équations différentes ,
donc le problême eft déterminé ; & comme
ces équations font toutes du premier dégré
, il ne peut avoir qu'unefolution.
1 paroît donc que les autres folutions
FOKMHUIN # 11985
propofées par l'Auteur du problème ne
peuvent avoir lieu , & doivent néceffairement
manquer à quelques- unes des conditions.
Au refte je ne finirai point fans
remarquer que l'article 7 auroit pû être
énoncé d'une façon plus exacte. Il eft vrai
que le c'est- à - dire qui lie les deux propofirenferme
cet article , fe trouve
juſte dans ce cas- ci , mais c'eft par hazard ,
& c'eft la découverte des nombres 551 ,
431 & 311 , qui a pû feule faire connoître
que ces propofitions étoient les mêmes.
tions que
>
Or dès que l'énoncé ne donne pas moyen
de connoître leur identité , on eft fondé à
les regarder comme deux conditions différentes
; mais alors le problême deviendroit
plus que déterminé , ce qui feroit bien
contraire aux idées de l'Auteur , qui a regardé
jufqu'ici le problême comme indéterminé.
Je crois donc qu'il fuffifoit &
étoit même néceffaire de n'énoncer que
l'une des deux.
A Paris , ce 5 Mai 1755.
Nota. En comparant les articles cités avec
ma folution , on doit à la page 93 du Mercure
précédent , lire fept au lieu de trois.
Comme l'Auteur m'a envoyé trop tard la
fuite de ce Probleme , elle ne pourra paroître
que dans le fecond Mercure de ce mois.
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Résumé : Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Le texte expose la solution mathématique d'un problème proposé par M. G. dans un précédent numéro du Mercure. L'auteur, M. Bezout, utilise des équations pour déterminer les nombres d'hommes dans trois détachements, représentés par les variables x, y et z. En se basant sur des articles spécifiques et des équations du premier degré, Bezout calcule les valeurs de r, s et t, respectivement 45, 12 et 4. En substituant ces valeurs, il obtient x = 551, y = 431 et z = 311. Bezout affirme qu'il n'existe pas d'autres solutions possibles et que le problème est déterminé. Il critique également l'énoncé de l'article 7, le jugeant imprécis. Le texte se conclut par une note signalant une correction à apporter dans le Mercure précédent.
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3591
p. 134-159
REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Début :
Il n'est pas étonnant que le plus grand nombre des relations des Voyageurs [...]
Mots clefs :
Cap de Bonne-Espérance, Hottentots, Europe, Montagne, Européens, Jardin, Europe, Mémoires, Pierre Kolbe, Voyageurs, Relations de Voyageurs, Habitants, Histoire, Relations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
HISTOIRE.
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Le texte critique la description du Cap de Bonne-Espérance rédigée par Pierre Kolbe, envoyé par le Baron de Krosigk pour recueillir des observations astronomiques, physiques et d'histoire naturelle. Malgré un séjour de sept ans au Cap, Kolbe n'a pas accompli sa mission de manière sérieuse et a publié une œuvre remplie de fautes et d'informations apocryphes. Les habitants du Cap, mécontents du gouvernement, ont financé son retour en Europe en échange de la rédaction d'une relation incluant leurs plaintes. Kolbe a utilisé des documents fournis par les habitants pour compléter son ouvrage, mais son travail est marqué par des incohérences et des exagérations. Le texte contredit plusieurs affirmations de Kolbe, notamment sur la langue hottentote, les relations entre les Hollandais et les Hottentots, et la géographie du Cap. Les Hottentots ne possèdent pas de culte dédié à un être suprême et craignent seulement des puissances malfaisantes. Leurs danses à la pleine lune ne constituent pas un culte et sont partagées par plusieurs nations africaines et indiennes. Kolbe a également commis des erreurs sur les pratiques des Hottentots, comme la fabrication d'une liqueur forte à partir d'une racine fermentée avec du miel. Le texte décrit divers aspects de la vie quotidienne des Hottentots, comme l'absence de métiers spécifiques et la fabrication de nattes simples. Il corrige plusieurs erreurs de Kolbe sur la géographie et les ressources naturelles du Cap, comme la hauteur de la montagne de la Table et la description des vallons appelés Paradis et Enfer. Les habitudes alimentaires des habitants du Cap sont également mentionnées, ainsi que la présence de certaines maladies comme la goutte et la pierre. Concernant la faune et la flore, le texte mentionne des animaux comme le Steinbock, les babouins, le blaireau puant, les tortues de terre, les alouettes, le corrhane, et les grues. Les observations sur les babouins sont jugées peu crédibles. Les tortues de terre du Cap sont petites et rarement consommées. Les aigles nettoient les squelettes mais laissent souvent des parties de peau. Les hirondelles arrivent au Cap en septembre et partent en avril. Le corrhane est une espèce de gelinotte avec un cri spécifique. En ce qui concerne la flore, le texte note que le sapin n'a pas réussi à s'implanter au Cap. L'asperge y est blanche et sans goût. Le chanvre est rare et utilisé pour le tabac. Le noisetier est stérile. Les melons ont dégénéré après quelques années. Les citrouilles sont plus petites que celles en France. Le climat du Cap est généralement propice à la production végétale, mais certaines périodes de l'année sont moins productives. L'abondance des vivres est due au choix des terrains, à la température, à l'engrais des terres, et à la nouveauté des sols. Avant l'arrivée des Européens, le pays ne produisait aucun fruit. Les terres fertiles se trouvent principalement près des montagnes, tandis que les plaines sont stériles et couvertes de broussailles. Certaines parties de la colonie, comme celles à l'est des montagnes de Stellenbosch, sont mieux arrosées et ont une meilleure terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3592
p. 159-167
Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
Début :
MONSIEUR, de retour depuis quelque tems dans ma patrie, j'ai saisi [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Curiosité, Pierre, Eaux , Rivière
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
Fermer
Résumé : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
L'Abbé J *** adresse une lettre au Chevalier de *** pour discuter des pétrifications découvertes à Albert, en Picardie. De retour dans sa région natale, il se rend sur place pour examiner ces formations. Il mesure la profondeur de la carrière à environ trente-six pieds, rectifiant ainsi une erreur présente dans l'almanach d'Amiens. Dans la carrière, il observe une voûte de pétrifications composée de roseaux, d'argile, de mousse et d'herbes, ainsi qu'un tronc d'arbre pétrifié avec des branches imposantes. L'Abbé examine différentes couches de terre et note la présence de roseaux pétrifiés et de coquillages. Il identifie une couche de glaire noire et grasse, qu'il considère comme la matrice des pétrifications. Contrairement à ce que mentionne l'almanach, il ne trouve pas de fougère. Il explique que le terrain était autrefois un marais. Il suggère que les pétrifications datent de la construction du fort et de la ville d'Albert, lorsque le terrain a été modifié pour construire la ville. Les eaux ont alors filtré à travers les terres remuées, déposant des particules de pierre qui ont pétrifié les roseaux et les herbes. Il compare ce phénomène à celui observé dans la fontaine d'Arcueil. L'Abbé propose d'enterrer des animaux et des roseaux non pétrifiés pour observer si le processus de pétrification se poursuit. Il exprime sa gratitude envers M. de Calogne, propriétaire du site, qui a découvert les pétrifications en fouillant sa cave.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3593
p. 168-189
Lettre à M. Molinard, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine en l'Université d'Aix, sur la rage, & la manière de la guérir, &c.
Début :
MONSIEUR, je vous promis dans ma derniere lettre de vous communiquer [...]
Mots clefs :
Rage, Université d'Aix, Faculté de médecine de l'Université d'Aix, Observations, Mercure, Louve enragée, Chien, Turbith minéral, Douleur, Yeux, Cicatrice, Pommade mercurielle, Plaies, Pommade, Horreur, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à M. Molinard, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine en l'Université d'Aix, sur la rage, & la manière de la guérir, &c.
MEDECINE.
Lettre àM. Molinard , Docteur- Régent de
la Faculté de Médecine en l'Univerfité
d'Aix , fur la rage , & la maniere de la
guérir , &c.
Mma
ONSIEUR
, je vous promis dans
ma derniere lettre de vous communiquer
au plutôt les obfervations
que j'ai
faites fur la nouvelle méthode de guérir
la rage avec le mercure ; je m'acquitte de
ma parole. Il eft important que le public
foit inftruit des bons & des mauvais effets
qu'il en eft réfulté , & que la Médecine
connoiffe le dégré de confiance
qu'elle
doit accorder à ce remede employé comme
curatifou préfervatif de cette maladie. La
multitude des faits qu'il me reste à vous
décrire feront plus que fuffifans pour fixer
nos doutes fur cet objet , d'autant plus intereffant
que la rage regne affez fréquemment
dans ces cantons , & qu'il ne faut
la plupart du tems qu'un loup enragé pour
caufer des defordres affreux dans tout un
pays , comme vous allez voir.
PREMIERE
JUIN. 1755. 169
PREMIERE OBSERVATION.
Une louve enragée fortant du bois de la
Mole , terre appartenante à M. le Marquis
de Suffren , parcourut rapidement dans
une nuit du mois de Juin de l'année 1747
tout le terroir de Cogolin . On ne fçauroit
exprimer le ravage étonnant qu'elle caufa
dans le court eſpace de quelques heures ; la
campagne fe, trouvant alors remplie de
monde à caufe de la moiffon , hommes ,
femmes , enfans , chiens , chevaux & troupeaux
, rien ne fut exempt de fes morfures
: ceux qu'elle trouva endormis dans
les champs en reçurent d'épouventables ;
ceux qui fe défendirent & lutterent contr'elle
en furent moins maltraités ; enfin
on eut bien de la peine à fe défaire de ce
féroce animal , qu'il fallut pourfuivre une
partie du jour fuivant , & qui traverfa plufieurs
fois une petite riviere à la nage fans
aucune horreur de l'eau.
1
La confternation fut générale , lorfqu'on
vit au matin la quantité prodigieufe
des beftiaux qu'elle avoit en partie ou
égorgés ou déchirés fur fon paffage. Pref
que tous ceux qui furent mordus , parmi
lefquels on en comptoit cinq au vifage, dix
aux mains , aux bras & aux cuiffes ; une
jeune fille à qui la louve avoit emporté
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
toute la mammelle gauche , & nombre
d'autres plus légerement bleffés & à travers
leurs habits , eurent recours aux dévotions
qu'on eft en ufage de pratiquer
alors , & rien de plus. Quelques - uns plus
avifés furent prendre les bains de la mer ,
mangerent l'omelette à l'huître calcinée
panferent leurs plaies fimplement , &
moyennant ces précautions fe crurent fort
en fûreté . Il n'y eut que Jofeph Senequier
& fon Berger , de la Garde-Freinet , qui eurent
volontairement recours à moi.
Senequier avoit reçu plufieurs coups de
dents à travers la joue , & fon Berger avoit
la levre fupérieure percée de la largeur de
deux grands travers de doigt , avec déchirement
de la gencive . J'eus bien de la
peine à raffurer leur efprit alarmé par la
crainte d'une mort prochaine : Senequier
fur- tout paroiffoit troublé à l'excès ; il avoit
déja fait fes dernieres difpofitions , & attendoi:
la mort avec un effroi inexprimable.
Je n'eus garde de réunir par la future
la levre déchirée de fon Berger ; je me
fervis feulement d'un bandage contentif
pour rapprocher les parties divifées , afin
que la pommade mercurielle dont je chargeai
les plaies , eût le tems d'y féjourner
davantage , & que la fuppuration fût plus
longue. L'expérience montra que je penJUIN.
1755 .
171
fois jufte cette manoeuvre amena une cicatrice
plus retardée & un crachottement
continuel dans l'un & l'autre , qu'on aufoit
pu caractérifer dans certains jours de
petits flux de bouche , & que j'entretins
tout le tems convenable par de légeres
frictions le long des bras & des épaules ,
fe tout accompagné des remedes & du régime
néceffaire à l'adminiftration du mercure.
Infenfiblement les plaies fe fermerent
, & j'eus le plaifir de les voir tous les
deux vingt jours après exempts de crainte
& parfaitement guéris.
Je ne m'en tins pas là. Perfuadé qu'un
Médecin chrétien & qui a pour objet le
foulagement des pauvres malades , doit
tendre une main fecourable à tous ceux qui
en ont befoin ; je fis avertir la plupart
des perfonnes qui avoient été mordues ,
que je les traiterois charitablement , &
qu'ils n'avoient qu'à venir au plutôt chez
moi . J'étois bien aife de vérifier par moimême
fi le mercure étoit ce fpécifique
que la Médecine cherche depuis long- tems
contre la rage , & je voyois à regret qu'une
occafion fi favorable à fes progrès m'échappât
; mais je ne fus pas affez heureux
pour le perfuader à ces bonnes gens , dont
la plupart , entierement guéris de leurs
plaies , fe figuroient n'avoir plus rien à
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
craindre : la prévention publique augmen →
toit doublement leur fécurité. On avoit
répandu de part & d'autre que la louve
n'étoit pas enragée ; que la faim feule l'avoit
fait fortir du bois ; on l'avoit vûe
dévorer avidement des chiens & des brébis
, traverſer une riviere à la nâge fans
craindre l'eau , ce qui n'eft pas ordinaire
, difoit - on , aux animaux atteints de
rage. Quelques Médecins publioient encore
qu'on ne connoiffoit aucun remede
affuré contre cette maladie ; qu'il y avoit
du mal à expérimenter un fecours douteux
; il n'en fallut pas davantage pour
détourner ceux qui auroient eu envie de
profiter de mes offres charitables. Le hazard
me procura feulement la vûe d'une
jeune fille que je trouvai un jour fur mon
chemin en allant à la campagne ; elle étoit
dans un pitoyable état . La louve lui avoit
déchiré tous les muſcles frontaux , percé
le cuir chevelu en plufieurs endroits jufqu'au
péricrâne , & avec perte de fubftance
; fes plaies multipliées fur lefquelles
elle n'avoit appliqué depuis plus de vingt
jours qu'un fimple digeftif , étoient encore
toutes ouvertes.
A la vue de cette fille je craignis d'autant
plus pour elle , qu'elle avoit laiffé
écouler un tems favorable à ſa guériſon ,
JUIN. 1755. 173
Comme elle reftoit à la campagne , & que
je ne pus la retenir auprès de moi , je lui
fis donner tout l'onguent mercuriel que
je lui crus néceffaire , avec ordre d'en
charger fes plaies foir & matin , de s'en
frotter légerement les bras & les épaules
lui recommandant de me venir voir au
plutôt pour juger du progrès du remede ,
& avifer à ce qu'il faudroit faire.
>
Huit jours après je la vis de retour chez
moi. J'examinai fes plaies , que je trouvai
à peu - près dans le même état . Sa démarche
tardive & chancelante , un air de trifteffe
répandu fur fa perfonne , des yeux égarés ,
& les frictions mercurielles qu'elle avoit
négligé de faire , s'étant contentée de panfer
fes plaies feulement avec la pommade
me firent foupçonner quelque chofe de
finiftre. Interrogée fi depuis ma derniere
entrevûe elle n'avoit point été attaquée de
quelque fymptome infolite , elle me répondit
naïvement qu'ayant voulu boire
un peu d'eau le jour d'auparavant , elle
avoit reculé d'horreur à l'afpect du liquide
, fans fçavoir à quoi en attribuer la
caufe ; que preffée par la foif elle étoit
venue plufieurs fois à la recharge , mais
que fes tentatives avoient toujours été
inutiles ; ce qui lui faifoit foupçonner ,
difoit - elle , d'avoir avalé quelque arai-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
gnée l'inftant d'auparavant qu'elle avoit
bu , pour avoir un tel rebut des liquides.:
Cet aveu fincere me découvrit la trifte
origine de fon mal ; cependant comme elle
ne fe plaignoit qué d'une légere douleur au
gofier , qu'à ce terrible ſymptome près de
l'horreur de l'eau , elle paroiffoit aufli tranquille
que fi elle n'eût point eu de mal , je
réfolus de tenter quelque chofe pour elle.
D'ailleurs , je fçavois qu'on étoit accou
tumé dans le pays de prendre des réfolutions
violentes contre les hydrophobes ,
de les enfermer , de les attacher cruellement
; qu'on en avoit étouffé fous des ma-
'telats , & noyé dans la mer il n'y avoit
pas bien long- tems ; je crus que l'humanité
m'obligeait à prévenir de pareils defor
dres ; que le public raffuré à la vue de mon
intrépidité à les vifiter , à les fecourir , deviendroit
plus compatiffant en leur faveur
& que fi je ne pouvois les fauver , du
moins épargnerois-je ces funeftes horreurs
à ceux que j'augurois devoir être bientôt
les triftes victimes de la rage.
Comme il étoit deja tard je renvoyai
cette fille , avec promeffe de me rendre
chez elle au matin. Je la trouvai dans un
plus grand abattement qu'auparavant ; une
fombre trifteffe répandue fur fon vifage
annonçoit le progrès du mal. Son pouls
JUI N. 1755 175
L
}
étoit tendu & convulfif , fes yeux paroiffoient
brillans & enflammés ; fon golier
devenu beaucoup plus douloureux , ne lui
permettoit plus d'avaler la falive qu'avec
des peines inexprimables ; c'étoient autant
de pointes de feu qui la déchiroient en
paffant je voulus lui faire prendre une
prife de turbith minéral , que je délayai
dans un fyrop convenable , mais je ne pus
jamais l'y réfoudre vainement porta telle
plufieurs fois la cuiller à la bouche ,
elle recula toujours fa main avec horreur .
Ses douleurs ayant augmenté elle fe coucha
quelque tems après fur fon lit , où fa
mere la frotta fur plufieurs parties du corps
de la pommade mercurielle . Je m'apperçus
que pendant cette opération elle étoit agitée
de mouvemens convulfifs dans plufieurs
parties du1 corps , & qu'elle commençoit
à délirer , ce qui augmenta fi fort
que dans peu fon délire & fes convulfions
devinrent continuels . Son vifage s'enflamma
par gradation , fes yeux parurent étincelans
, on les auroit dit électrifés ; elle
vomit plufieurs fois quantité de glaires
épaiffes & verdâtres , avala une prune
qu'on lui préfenta , en grinçant les dents
& d'un air furieux , & mourut le foir fans
autre effort que cette agitation convulfive
de tout le corps dont j'ai parlé , & qui ceſſa
tout à-coup fans agonie . Hiv
.
176 MERCURE DE FRANCE.
La nuit venue, ayant heureufement pour
aide un Chirurgien que j'envoyai chercher
, nous ouvrîmes fon cadavre qui exhaloit
déja une odeur fétide & puante ,
quoiqu'il y eut à peine trois heures qu'elle
étoit expirée : nous trouvâmes l'eftomac
inondé de glaires verdâtres , les membranes
de ce vifcere marquées de taches livides
& gangreneufes , s'en allant en lambeaux
lorfque nous les preffions tant foit
peu , & laiffant échapper de leurs vaiffeaux
engorgés & confidérablement diftendus en
quelques endroits , un fang diffous & fans
confiftance. L'intérieur de l'ofophage nous
parut également tapiflé des mêmes glaires ,
toutes fes glandes muqueufes étoient fort
tuméfiées , & fon orifice fupérieur fi refferré
vers l'arriere bouche qu'à peine póuvoit
- on y introduire un ftilet. Les poumons
étoient engorgés d'un fang diffous
avec des marques de gangrene , ainfi que
le foie & la rate , que nous trouvâmes plus
defféchés ; la véficule du fiel entierement
vuide : les inteftins n'étoient pas exemts
de cette inflammation générale ; le cerveau
nous auroit également paru dans le même
état fi nous euffions été munis des inftrumens
propres pour en faire l'ouverture.
Je crus que cette mort précipitée détruiroit
les préjugés du public , & que l'on
JUIN. 1755. 177
appréhenderoit avec raifon les funeftes fuites
de la rage : mais que les hommes peu
éclairés aiment étrangement à fe faire illufion
! On avoit vû le jour d'auparavant
cette fille traverfer d'un air tranquille le
village de Grimaud , où elle étoit venue
me trouver : étoit- ce là , difoit - on , une
hydrophobe , une enragée , qu'on s'imaginoit
devoir pouffer des cris affreux , &
fouffrir des attaques horribles ? On crut
donc que féduit par les apparences d'un
mal , que je ne connoiffois pas , j'avois
voulu lui en abréger la durée , en la préci
pitant au tombeau par quelque remede approprié
, ainfi qu'une fauffe pitié le faifoit
pratiquer autrefois fur les hydrophobes ,
qu'on faignoit des quatre membres ou
qu'on abreuvoir d'opium.
>
L'événement diffipa bientôt cette calomnie.
Nombre des chiens mordus par la louve
quitterent leurs troupeaux , & difparurent
on vit mourir de la rage quantité
des beftiaux , & les hommes tarderent peu
à les fuivre. Daullioules & Courchet , tous
les deux mordus cruellement au vifage , &
déja parfaitement guéris , payerent fucceffivement
la peine de leur fécurité . Ce qu'il
y a de particulier dans ces deux perfonnes ,
c'eft
que Daullioules étoit fi perfuadé d'être
hors d'atteinte de la rage , qu'ayant
1
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fenti tout-à-coup , un jour qu'il dînoit à la
campagne , une grande difficulté d'avaler
les dernieres gorgées d'un verre d'eau fuivies
de douleurs piquantes au gofier , il ſe
crut attaqué bonnement d'une efquinancie .
De retour chez lui il ne fe plaignit pas
d'autre chofe à fon Chirurgien , qui le
faigna en conféquence , & lui appliqua des
cataplafmes à la gorge. Un Médecin qu'on
envoya chercher dans le voifinage , ne
le crut pas autrement malade. Il est vrai
qu'ayant voulu prendre du bouillon , on
fut étrangement furpris des contorfions
qu'on lui vit faire ; mais on attribuoit
toujours ce fymptome à l'inflammation du
gofier.Daullioules en étoit fi perfuadé qu'il
fe paffa plufieurs fois une bougie dans le
fond de la bouche , pour enlever , difoit-il ,
l'obſtacle qui s'oppofoit à la déglutition , &
l'expulfer par le vomiffement ; mais fes douleurs
dégénerant en étranglement fubit ,
avec perte de la refpiration lorfqu'ilvouloit
boire , & cet étrange fymptôme renaiffant
toutes les fois qu'on lui en préfentoit , il
comprit qu'il y avoit de l'extraordinaire
dans fon mal , & avoua lui - même aux affiftans
qui avoient perdu l'idée de fon dernier
accident , que c'en étoit ici les triftes
fuites. Il fut bientôt dans la grande rage,
& mourut le troifieme jour , après avoir
JUIN 11755: 179
fouffert de terribles attaques , qui l'obligeoient
à traverfer fon jardin en parlant ,
& s'agitant continuellement , de peur d'étouffer
à ce qu'il difoit.
Courchet qui ne fe croyoit pas moins
en fûreté que Daullioules , connut fon mal
à la premiere difficulté qu'il éprouva en
bûvant ; il foupoit alors dans une auberge
où il fe trouvoit , à quelques lieures de chez
lui. L'exemple de Daullioules , qu'il avoit
vû mourir la fémaine d'auparavant , lui
dépeignit encore mieux le danger qui le
menaçoit. Il retourna fur le champ à Cogolin
, non fans beaucoup de peine &
d'embarras , ayant à paffer une riviere ,
au bord de laquelle il héfita long-tems , en
pouffant des cris & des gémiffemens pitoyables
, juſqu'à ce que s'étant bandé les
yeux pour ne pas voir l'eau , il la franchit
de la forte. Arrivé chez lui , on le vit
s'enfermer dans une chambre obfcure fans
vouloir parler à qui que ce foit , priant
feulement de boucher tous les endroits qui
lui donnoient du jour , & menaçant qu'il
pourroit bien mordre fi on l'approchoit de
trop près. Il mourut ainfi le troifieme jour .
Ces accidens réitérés dans l'espace d'un
mois, & demi tout au plus , ouvrirent enfin
les yeux à ceux qui reftoient. Il ne fut
plus queſtion de foutenir que la louve
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ས
n'étoit
pas enragée ; la fécurité fit place à
la crainte d'un femblable malheur . Tous
ceux qui avoient été mordus voyant Sé
nequier & fon Berger plus maltraités que
les autres , jouir également d'une parfaite
fanté , fe rappellerent alors les offres charitables
que je leur avois faites il y avoit
plus d'un mois ; ils accoururent inceffamment
à Grimaud me demander du fecours.
La plupart , au nombre de huit , étoient
déja guéris de leurs plaies , n'ayant été
mordus qu'aux mains & aux jambes ; il n'y
avoit que la jeune fille , appellée Courchet
, à qui la louve avoit déchiré la mammelle
gauche , dont les plaies fe fermoient
à peine. M'ayant avoué qu'elle y fentoit
de la douleur , je redoublai d'attention en
les faifant couvrir trois fois le jour d'une
dragme de la pommade mercurielle : on
en fit autant à fes compagnons ; ils prirent
quelques dofes de turbith minéral & de la
poudre de palmarius , furent affujettis à
des frictions réglées ; & lorfque je les vis
plus tranquilles , je les renvoyai chez eux
en leur prefcrivant ce qu'ils avoient à obferver
jufqu'à entiere guérifon .
Il n'y eut que le pere de la jeune Courchet
qui ayant été feulement égratigné par
la dent de la louve fur le dos de la main ,
& voyant fa petite plaie fermée dès le troi7
JUI N. 1755 .
181
fieme jour , crut n'avoir pas befoin des remedes
préfervatifs que j'avois donnés à ſa
fille. Deux mois & plus s'écoulerent fans
que j'entendiffe parler de lui , lorfqu'un
bruit fourd s'étant répandu qu'il étoit dans
la rage depuis trois jours , je me rendis expreffément
chez lui pour fçavoir au juſte
ce qu'il en étoit.
Je le trouvai affis fur la porte de fa
chambre , fa fille préfente , & nullement
émue du malheur de fon pere , qui me parut
alors fort tranquille , fans donner aucun
figne apparent de rage , quoiqu'on
m'eût affuré qu'il pouffât des hurlemens
affreux depuis deux jours. L'ayant interrogé
par quel accident il fe trouvoit dans
l'état qu'on m'avoit annoncé , & pourquoi
il n'avoit point voulu ufer des remedes
préfervatifs aufquels fa fille plus maltraitée
que lui , devoit fa guérifon .
Il me répondit que voyant fa plaie
qu'il n'avoit caractérisée que de fimple
égratignure , fermée dans l'efpace de deux
ou trois jours , & n'y ayant jamais fenti
la moindre douleur , les fuites lui en
avoient paru de fi peu de conféquence ,
qu'il n'avoit pas jugé à propos de prendre
mes remedes , d'autant mieux qu'il avoit
oublié promptement fon malheur , &que
fans un mouvement extraordinairequi
182 MERCURE DE FRANCE.
s'étoit fait fentir depuis peu fous la petite
cicatrice de fa plaie , rien n'auroit pû lui
en rappeller le fouvenir . Ce mouvement ,
à ce qu'il m'ajoûta , dégénera bientôt en
vapeur fubtile , qui montant diftinctement
le long du bras & du cou , fut fe fixer au
gofier , d'où s'enfuivirent peu-à-peu la perte
d'appétit , la douleur , les étranglemens
la fuffocation & l'hydrophobic .
Ce narré qui me parut intérellant pour
la théorie de la rage , me détermina à reſter
plus long-tems auprès de lui : je trouvai
fon pouls un peu tendu & convulfif , fans
fievre cependant ; il avoit quelque chofe
de hagard & de féroce dans l'afpect ; fes
yeux paroiffoient égarés & menaçans , il
frémiffoit dès qu'on l'approchoit tant ſoit
peu , les tendons de fes bras fouffroient
alors des foubrefauts & des tremblemens involontaires
, & l'on ne pouvoit le fixer fans
émotion . Ayant été me laver enfuite dans
un coin de la chambre , fans trop refléchir
à l'horreur que tous ces malades ont pour
la vue même des liquides , à peine vit - il
quelques gouttes d'eau répandues à terre ,
que fe levant avec fureur de fon fiége il
fe précipita rudement fur le plancher , en
fe bouchant les yeux , s'agitant comme un
épileptique , & pouffant des cris & des
hurlemens fi affreux , que tous les affifJUI
N. 1755.
183
tans faifis d'horreur à cet étrange fpectacle,
s'enfuirent auffi- tôt. Refté feul auprès de
lui je l'encourageai par mes difcours à fe
rendre le maître , s'il pouvoit , de ces mouvemens
; mais il me pria avec inftance de
faire emporter jufqu'aux plus petits vafes
où il y avoit de l'eau , parce que la vûe de
ce liquide étoit pire pour lui que de fouf ..
frir mille morts. Après qu'on lui eut obéi ,
il devint plus tranquille , & fe remit fur
fon féant , comme fi rien ne lui étoit arrivé .
Je lui propofai alors , pour furmonter
fon horreur de l'eau , de fe laiffer plonger
plufieurs fois dans un bain qu'on lui prépareroit
; mais il me conjura , les larmes aux
yeux ,
de ne pas
lui en parler feulement ,
de peur que cela ne réveillât en lui des
idées dont les fuites lui devenoient fi terribles.
Je me contentai feulement de le
preffer de fe couvrir une partie du corps de
la pommade mercurielle que je lui fis don
ner pour cela. Il m'obéit volontiers ; mais
aux premieres frictions qu'il fe fit le long
du bras , il fut pris de fi grands tremblemens
& d'une fuffocation fi convulfive au
gofier , qu'il me protefta plufieurs fois qu'il
alloit fe précipiter de la fenêtre pour s'en
délivrer. Encouragé de nouveau à fupporter
patiémment cette attaque , il continua
fon ouvrage, toujours avec des mouvemens
184 MERCURE DE FRANCE.
fi extraordinaires , des cris fi féroces , des
juremens & des lamentations fi touchantes,
que c'étoit une vraie pitié de voir une fi
étrange alternative : enfin s'étant couvert
de l'onguent une partie du corps , il parut
auffi tranquille que la premiere fois .
Demi-heure après les mêmes accidens
lui reprirent avecun vomiffement de glaires
verdâtres ; fon horreur de l'eau diminua
cependant tout-à-coup : il vit manger
& boire fon époufe fans nulle averfion ,
fans nulle crainte des liquides , ordonna
même qu'on lui préparât à fouper , affurant
qu'il boiroit à fon tour , & qu'il ne ſe
fentoit plus aucune répugnance pour cela .
Depuis ce moment fes accidens convulfifs
furent peu de chofe , il ne fe plaignit d'aucune
douleur. Déja fes parens fe flatoient
qu'il feroit en état de fouper bientôt
n'ayant pu rien manger ni boire depuis
trois jours ; mais ayant fouhaité repoſer
quelques momens auparavant, il fe coucha ,
fe couvrit la tête du drap , & mourut de la
forte fans qu'on s'en apperçut qu'au mo
ment qu'on fut pour l'éveiller . Tous les
autres qui s'attendoient d'avoir le même
fort , furent agréablement trompés , ils
jouiffent encore aujourd'hui d'une parfaite
fanté , & tout le Golfe de Saint-Tropès
pourra vous attefter leur guérifon .
JUIN.
1755 183
II. OBSERVATION.
En 1748 , au mois de Décembre , un
Chirurgien ayant été mordu par un chien
enragé fur le dos de la main , partie trèsdangereufe
comme l'on fçait ; rêvant chaque
nuit à des combats avec des loups &
des chiens enragés , & s'éveillant alors faifi
d'épouvante & couvert de fueur , vint
me faire part vingt jours après de fon trou
ble. L'application de la pommade mercurielle,
réitérée journellement , fur la plaie,
& quelques dofés de la poudre de palmarius
, le préferverent de la rage.
111. OBSERVATIO N.
En 1749 en hiver , je fus mordu au dos
de la jambe par un petit chien qu'une
jeune Demoiſelle tenoit couché fous fes
jupes , & près de laquelle je paffai un jour
que j'étois à la campagne . La qualité de la
morfuré qui faigna peu , l'efpérance pofitive
que cette Demoiſelle me donna que
fon chien n'étoit pas enragé , joint à un
voyage que je fis le lendemain d'affez long
cours , me firent bientôt oublier ce petit
accident'; je n'y aurois même plus penfé
fi ce n'eft qu'ayant fenti de tems à autre
un fentiment douloureux fous la cicatrice
186 MERCURE DE FRANCE.
de la morfure qui fut promptement fermée
, je craignis avec fondement que le
chien ne fût dans un commencement de
rage que la Demoiſelle ne connoifloit pas,
De retour un mois après au même canton ,
je courus m'informer fi le chien vivoit encore
; on m'apprend qu'il s'étoit égaré le
lendemain d'après la morfure qu'il m'avoit
faite , & qu'il avoit pareillement mordu
quantité d'autres chiens. Un trouble
fubit s'empare de moi , je deviens fombre
& rêveur , je me veux du mal d'avoir été
peu attentif à me préferver moi- même,
tandis que j'avois en tant d'empreffement
pour les autres. La cicatrice devient plus
douloureufe ; ma confternation augmente ;
je cherche de l'eau pour voir fi je fuis hydrophobe.
J'accours à la ville , je fais appliquer
fans délibérer une ventoufe fur la
cicatrice de la plaie qu'on fcarifie profondément
, & que je laiffe faigner tout le
tems qu'il faut ; je la couvre de mercure
deux fois la journée , j'en frotte encore
tout le long de la jambe , je prends deux
fois le turbith minéral , à la dofe de trois
grains , qui m'évacue copieufement par
haut & par bas ; je continue les frictions
quinze jours de fuite , le trouble fe diffipe
, l'efpérance renaît , la plaie fe referme
, & les chofes vont au gré de mes
fouhaits.
JUIN. 187 1755.
IV. OBSERVATION .
La fille de Clément Olivier de Sainte-
Maxime , âgée de dix- fept ans , fut mordue
au mois d'Avril de l'année 1750 , par
un gros chien enragé , qui la renverfa par
terre , lui fit plufieurs plaies confidérables
aux bras , à la main & aux jambes , ayant
emporté les chairs dans quelques endroits.
Il fallut bien du tems à toutes ces bleffures
pour être cicatrifées ; on ne les panfa qu'avec
la pommade mercurielle & le digeftif
ordinaire : je lui fis faire quantité de frictions
fur les bras, les épaules & les jambes ,
ayant été faignée auparavant pour prévenir
l'inflammation , & purgée plufieurs fois
avec le turbith mineral. Dès les premiers
jours cette fille avoit fon fommeil interrompu
par des rêves effroyables , croyant
être aux prises avec le chien enragé :
dès que le mercure commença à pénétrer
dans le fang , la confiance reparut , fes alarmes
s'évanouirent ; les plaies ne furent
tout- à- fait fermées que deux mois après.
Elle jouit encore d'une parfaite fanté .
V. OBSERVATION.
Les nommés Olivier , la Rofe & Pafcal ,
de Caillian , furent pareillement mordus`
188 MERCURE DE FRANCE .
par un chien enragé en 1751 , l'un à la
jambe , l'autre à la cuiffe , les lambeaux des
chairs emportés. Je les mis à l'ufage de la
même méthode ; ils laifferent leurs plaies
long- tems ouvertes , prirent deux fois le
turbith minéral , n'employerent que la
pommade mercurielle dans le panfement ,
& les frictions que je leur ordonnai de
faire le long des parties bleffées ; ils vivent
encore aujourd'hui guéris & contens .
VI. OBSERVATION.
La fille du fieur Ferran , Aubergifte , de
Graffe , ayant été mordue à travers la
main gauche le mois de Septembre de l'année
paffée par un chien vraisemblablement
enragé , eut fa plaie bientôt confolidée
par le fecours de fon Chirurgien . Son
pere à qui des perfonnes dignes de foi
affurerent dans la fuite que le chien qu'on
avoit tué fur le champ en avoit mordu
quantité d'autres , me confia fa fille , ſur
la propofition que lui en fit M. l'Abbé
Laugier , Maître de Mufique de cette ville
, pour la préferver du malheur dont
elle étoit menacée . Je trouvai quinze jours
après fon accident la cicatrice de fa plaie
fort douloureufe ; ce qui m'obligea à l'affujettir
d'abord à quelques frictions réglées
JUIN. 189
1755 4
fur cette partie ; elle prit cinq à fix jours
après de petites dofes de turbith minéral ,
& dès que la douleur eut difparu , je fis
difcontinuer les frictions de la pommade
mercurielle elle eft encore aujourd'hui
en bonne fanté .
Tel eft , Monfieur , le précis des obſervations
qui décident de la fûreté du mercure
, comme un préfervatif affuré contre
la rage . Celles qu'il me reste à vous communiquer
pour n'avoir pas eu de fi heureux
fuccès , n'en prouveront pas moins
la bonté de ce remede , & nous fourniront.
aifément des conféquences & des inductions
néceffaires pour établir une théorie
plus exacte & une curation plus certaine
de cette maladie : ce fera à vous à en juger.
Je fuis , Monfieur , &c.
Darlue , Docteur en
Médecine .
A Callian , ce 25 Mars 1755
Lettre àM. Molinard , Docteur- Régent de
la Faculté de Médecine en l'Univerfité
d'Aix , fur la rage , & la maniere de la
guérir , &c.
Mma
ONSIEUR
, je vous promis dans
ma derniere lettre de vous communiquer
au plutôt les obfervations
que j'ai
faites fur la nouvelle méthode de guérir
la rage avec le mercure ; je m'acquitte de
ma parole. Il eft important que le public
foit inftruit des bons & des mauvais effets
qu'il en eft réfulté , & que la Médecine
connoiffe le dégré de confiance
qu'elle
doit accorder à ce remede employé comme
curatifou préfervatif de cette maladie. La
multitude des faits qu'il me reste à vous
décrire feront plus que fuffifans pour fixer
nos doutes fur cet objet , d'autant plus intereffant
que la rage regne affez fréquemment
dans ces cantons , & qu'il ne faut
la plupart du tems qu'un loup enragé pour
caufer des defordres affreux dans tout un
pays , comme vous allez voir.
PREMIERE
JUIN. 1755. 169
PREMIERE OBSERVATION.
Une louve enragée fortant du bois de la
Mole , terre appartenante à M. le Marquis
de Suffren , parcourut rapidement dans
une nuit du mois de Juin de l'année 1747
tout le terroir de Cogolin . On ne fçauroit
exprimer le ravage étonnant qu'elle caufa
dans le court eſpace de quelques heures ; la
campagne fe, trouvant alors remplie de
monde à caufe de la moiffon , hommes ,
femmes , enfans , chiens , chevaux & troupeaux
, rien ne fut exempt de fes morfures
: ceux qu'elle trouva endormis dans
les champs en reçurent d'épouventables ;
ceux qui fe défendirent & lutterent contr'elle
en furent moins maltraités ; enfin
on eut bien de la peine à fe défaire de ce
féroce animal , qu'il fallut pourfuivre une
partie du jour fuivant , & qui traverfa plufieurs
fois une petite riviere à la nage fans
aucune horreur de l'eau.
1
La confternation fut générale , lorfqu'on
vit au matin la quantité prodigieufe
des beftiaux qu'elle avoit en partie ou
égorgés ou déchirés fur fon paffage. Pref
que tous ceux qui furent mordus , parmi
lefquels on en comptoit cinq au vifage, dix
aux mains , aux bras & aux cuiffes ; une
jeune fille à qui la louve avoit emporté
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
toute la mammelle gauche , & nombre
d'autres plus légerement bleffés & à travers
leurs habits , eurent recours aux dévotions
qu'on eft en ufage de pratiquer
alors , & rien de plus. Quelques - uns plus
avifés furent prendre les bains de la mer ,
mangerent l'omelette à l'huître calcinée
panferent leurs plaies fimplement , &
moyennant ces précautions fe crurent fort
en fûreté . Il n'y eut que Jofeph Senequier
& fon Berger , de la Garde-Freinet , qui eurent
volontairement recours à moi.
Senequier avoit reçu plufieurs coups de
dents à travers la joue , & fon Berger avoit
la levre fupérieure percée de la largeur de
deux grands travers de doigt , avec déchirement
de la gencive . J'eus bien de la
peine à raffurer leur efprit alarmé par la
crainte d'une mort prochaine : Senequier
fur- tout paroiffoit troublé à l'excès ; il avoit
déja fait fes dernieres difpofitions , & attendoi:
la mort avec un effroi inexprimable.
Je n'eus garde de réunir par la future
la levre déchirée de fon Berger ; je me
fervis feulement d'un bandage contentif
pour rapprocher les parties divifées , afin
que la pommade mercurielle dont je chargeai
les plaies , eût le tems d'y féjourner
davantage , & que la fuppuration fût plus
longue. L'expérience montra que je penJUIN.
1755 .
171
fois jufte cette manoeuvre amena une cicatrice
plus retardée & un crachottement
continuel dans l'un & l'autre , qu'on aufoit
pu caractérifer dans certains jours de
petits flux de bouche , & que j'entretins
tout le tems convenable par de légeres
frictions le long des bras & des épaules ,
fe tout accompagné des remedes & du régime
néceffaire à l'adminiftration du mercure.
Infenfiblement les plaies fe fermerent
, & j'eus le plaifir de les voir tous les
deux vingt jours après exempts de crainte
& parfaitement guéris.
Je ne m'en tins pas là. Perfuadé qu'un
Médecin chrétien & qui a pour objet le
foulagement des pauvres malades , doit
tendre une main fecourable à tous ceux qui
en ont befoin ; je fis avertir la plupart
des perfonnes qui avoient été mordues ,
que je les traiterois charitablement , &
qu'ils n'avoient qu'à venir au plutôt chez
moi . J'étois bien aife de vérifier par moimême
fi le mercure étoit ce fpécifique
que la Médecine cherche depuis long- tems
contre la rage , & je voyois à regret qu'une
occafion fi favorable à fes progrès m'échappât
; mais je ne fus pas affez heureux
pour le perfuader à ces bonnes gens , dont
la plupart , entierement guéris de leurs
plaies , fe figuroient n'avoir plus rien à
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
craindre : la prévention publique augmen →
toit doublement leur fécurité. On avoit
répandu de part & d'autre que la louve
n'étoit pas enragée ; que la faim feule l'avoit
fait fortir du bois ; on l'avoit vûe
dévorer avidement des chiens & des brébis
, traverſer une riviere à la nâge fans
craindre l'eau , ce qui n'eft pas ordinaire
, difoit - on , aux animaux atteints de
rage. Quelques Médecins publioient encore
qu'on ne connoiffoit aucun remede
affuré contre cette maladie ; qu'il y avoit
du mal à expérimenter un fecours douteux
; il n'en fallut pas davantage pour
détourner ceux qui auroient eu envie de
profiter de mes offres charitables. Le hazard
me procura feulement la vûe d'une
jeune fille que je trouvai un jour fur mon
chemin en allant à la campagne ; elle étoit
dans un pitoyable état . La louve lui avoit
déchiré tous les muſcles frontaux , percé
le cuir chevelu en plufieurs endroits jufqu'au
péricrâne , & avec perte de fubftance
; fes plaies multipliées fur lefquelles
elle n'avoit appliqué depuis plus de vingt
jours qu'un fimple digeftif , étoient encore
toutes ouvertes.
A la vue de cette fille je craignis d'autant
plus pour elle , qu'elle avoit laiffé
écouler un tems favorable à ſa guériſon ,
JUIN. 1755. 173
Comme elle reftoit à la campagne , & que
je ne pus la retenir auprès de moi , je lui
fis donner tout l'onguent mercuriel que
je lui crus néceffaire , avec ordre d'en
charger fes plaies foir & matin , de s'en
frotter légerement les bras & les épaules
lui recommandant de me venir voir au
plutôt pour juger du progrès du remede ,
& avifer à ce qu'il faudroit faire.
>
Huit jours après je la vis de retour chez
moi. J'examinai fes plaies , que je trouvai
à peu - près dans le même état . Sa démarche
tardive & chancelante , un air de trifteffe
répandu fur fa perfonne , des yeux égarés ,
& les frictions mercurielles qu'elle avoit
négligé de faire , s'étant contentée de panfer
fes plaies feulement avec la pommade
me firent foupçonner quelque chofe de
finiftre. Interrogée fi depuis ma derniere
entrevûe elle n'avoit point été attaquée de
quelque fymptome infolite , elle me répondit
naïvement qu'ayant voulu boire
un peu d'eau le jour d'auparavant , elle
avoit reculé d'horreur à l'afpect du liquide
, fans fçavoir à quoi en attribuer la
caufe ; que preffée par la foif elle étoit
venue plufieurs fois à la recharge , mais
que fes tentatives avoient toujours été
inutiles ; ce qui lui faifoit foupçonner ,
difoit - elle , d'avoir avalé quelque arai-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
gnée l'inftant d'auparavant qu'elle avoit
bu , pour avoir un tel rebut des liquides.:
Cet aveu fincere me découvrit la trifte
origine de fon mal ; cependant comme elle
ne fe plaignoit qué d'une légere douleur au
gofier , qu'à ce terrible ſymptome près de
l'horreur de l'eau , elle paroiffoit aufli tranquille
que fi elle n'eût point eu de mal , je
réfolus de tenter quelque chofe pour elle.
D'ailleurs , je fçavois qu'on étoit accou
tumé dans le pays de prendre des réfolutions
violentes contre les hydrophobes ,
de les enfermer , de les attacher cruellement
; qu'on en avoit étouffé fous des ma-
'telats , & noyé dans la mer il n'y avoit
pas bien long- tems ; je crus que l'humanité
m'obligeait à prévenir de pareils defor
dres ; que le public raffuré à la vue de mon
intrépidité à les vifiter , à les fecourir , deviendroit
plus compatiffant en leur faveur
& que fi je ne pouvois les fauver , du
moins épargnerois-je ces funeftes horreurs
à ceux que j'augurois devoir être bientôt
les triftes victimes de la rage.
Comme il étoit deja tard je renvoyai
cette fille , avec promeffe de me rendre
chez elle au matin. Je la trouvai dans un
plus grand abattement qu'auparavant ; une
fombre trifteffe répandue fur fon vifage
annonçoit le progrès du mal. Son pouls
JUI N. 1755 175
L
}
étoit tendu & convulfif , fes yeux paroiffoient
brillans & enflammés ; fon golier
devenu beaucoup plus douloureux , ne lui
permettoit plus d'avaler la falive qu'avec
des peines inexprimables ; c'étoient autant
de pointes de feu qui la déchiroient en
paffant je voulus lui faire prendre une
prife de turbith minéral , que je délayai
dans un fyrop convenable , mais je ne pus
jamais l'y réfoudre vainement porta telle
plufieurs fois la cuiller à la bouche ,
elle recula toujours fa main avec horreur .
Ses douleurs ayant augmenté elle fe coucha
quelque tems après fur fon lit , où fa
mere la frotta fur plufieurs parties du corps
de la pommade mercurielle . Je m'apperçus
que pendant cette opération elle étoit agitée
de mouvemens convulfifs dans plufieurs
parties du1 corps , & qu'elle commençoit
à délirer , ce qui augmenta fi fort
que dans peu fon délire & fes convulfions
devinrent continuels . Son vifage s'enflamma
par gradation , fes yeux parurent étincelans
, on les auroit dit électrifés ; elle
vomit plufieurs fois quantité de glaires
épaiffes & verdâtres , avala une prune
qu'on lui préfenta , en grinçant les dents
& d'un air furieux , & mourut le foir fans
autre effort que cette agitation convulfive
de tout le corps dont j'ai parlé , & qui ceſſa
tout à-coup fans agonie . Hiv
.
176 MERCURE DE FRANCE.
La nuit venue, ayant heureufement pour
aide un Chirurgien que j'envoyai chercher
, nous ouvrîmes fon cadavre qui exhaloit
déja une odeur fétide & puante ,
quoiqu'il y eut à peine trois heures qu'elle
étoit expirée : nous trouvâmes l'eftomac
inondé de glaires verdâtres , les membranes
de ce vifcere marquées de taches livides
& gangreneufes , s'en allant en lambeaux
lorfque nous les preffions tant foit
peu , & laiffant échapper de leurs vaiffeaux
engorgés & confidérablement diftendus en
quelques endroits , un fang diffous & fans
confiftance. L'intérieur de l'ofophage nous
parut également tapiflé des mêmes glaires ,
toutes fes glandes muqueufes étoient fort
tuméfiées , & fon orifice fupérieur fi refferré
vers l'arriere bouche qu'à peine póuvoit
- on y introduire un ftilet. Les poumons
étoient engorgés d'un fang diffous
avec des marques de gangrene , ainfi que
le foie & la rate , que nous trouvâmes plus
defféchés ; la véficule du fiel entierement
vuide : les inteftins n'étoient pas exemts
de cette inflammation générale ; le cerveau
nous auroit également paru dans le même
état fi nous euffions été munis des inftrumens
propres pour en faire l'ouverture.
Je crus que cette mort précipitée détruiroit
les préjugés du public , & que l'on
JUIN. 1755. 177
appréhenderoit avec raifon les funeftes fuites
de la rage : mais que les hommes peu
éclairés aiment étrangement à fe faire illufion
! On avoit vû le jour d'auparavant
cette fille traverfer d'un air tranquille le
village de Grimaud , où elle étoit venue
me trouver : étoit- ce là , difoit - on , une
hydrophobe , une enragée , qu'on s'imaginoit
devoir pouffer des cris affreux , &
fouffrir des attaques horribles ? On crut
donc que féduit par les apparences d'un
mal , que je ne connoiffois pas , j'avois
voulu lui en abréger la durée , en la préci
pitant au tombeau par quelque remede approprié
, ainfi qu'une fauffe pitié le faifoit
pratiquer autrefois fur les hydrophobes ,
qu'on faignoit des quatre membres ou
qu'on abreuvoir d'opium.
>
L'événement diffipa bientôt cette calomnie.
Nombre des chiens mordus par la louve
quitterent leurs troupeaux , & difparurent
on vit mourir de la rage quantité
des beftiaux , & les hommes tarderent peu
à les fuivre. Daullioules & Courchet , tous
les deux mordus cruellement au vifage , &
déja parfaitement guéris , payerent fucceffivement
la peine de leur fécurité . Ce qu'il
y a de particulier dans ces deux perfonnes ,
c'eft
que Daullioules étoit fi perfuadé d'être
hors d'atteinte de la rage , qu'ayant
1
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fenti tout-à-coup , un jour qu'il dînoit à la
campagne , une grande difficulté d'avaler
les dernieres gorgées d'un verre d'eau fuivies
de douleurs piquantes au gofier , il ſe
crut attaqué bonnement d'une efquinancie .
De retour chez lui il ne fe plaignit pas
d'autre chofe à fon Chirurgien , qui le
faigna en conféquence , & lui appliqua des
cataplafmes à la gorge. Un Médecin qu'on
envoya chercher dans le voifinage , ne
le crut pas autrement malade. Il est vrai
qu'ayant voulu prendre du bouillon , on
fut étrangement furpris des contorfions
qu'on lui vit faire ; mais on attribuoit
toujours ce fymptome à l'inflammation du
gofier.Daullioules en étoit fi perfuadé qu'il
fe paffa plufieurs fois une bougie dans le
fond de la bouche , pour enlever , difoit-il ,
l'obſtacle qui s'oppofoit à la déglutition , &
l'expulfer par le vomiffement ; mais fes douleurs
dégénerant en étranglement fubit ,
avec perte de la refpiration lorfqu'ilvouloit
boire , & cet étrange fymptôme renaiffant
toutes les fois qu'on lui en préfentoit , il
comprit qu'il y avoit de l'extraordinaire
dans fon mal , & avoua lui - même aux affiftans
qui avoient perdu l'idée de fon dernier
accident , que c'en étoit ici les triftes
fuites. Il fut bientôt dans la grande rage,
& mourut le troifieme jour , après avoir
JUIN 11755: 179
fouffert de terribles attaques , qui l'obligeoient
à traverfer fon jardin en parlant ,
& s'agitant continuellement , de peur d'étouffer
à ce qu'il difoit.
Courchet qui ne fe croyoit pas moins
en fûreté que Daullioules , connut fon mal
à la premiere difficulté qu'il éprouva en
bûvant ; il foupoit alors dans une auberge
où il fe trouvoit , à quelques lieures de chez
lui. L'exemple de Daullioules , qu'il avoit
vû mourir la fémaine d'auparavant , lui
dépeignit encore mieux le danger qui le
menaçoit. Il retourna fur le champ à Cogolin
, non fans beaucoup de peine &
d'embarras , ayant à paffer une riviere ,
au bord de laquelle il héfita long-tems , en
pouffant des cris & des gémiffemens pitoyables
, juſqu'à ce que s'étant bandé les
yeux pour ne pas voir l'eau , il la franchit
de la forte. Arrivé chez lui , on le vit
s'enfermer dans une chambre obfcure fans
vouloir parler à qui que ce foit , priant
feulement de boucher tous les endroits qui
lui donnoient du jour , & menaçant qu'il
pourroit bien mordre fi on l'approchoit de
trop près. Il mourut ainfi le troifieme jour .
Ces accidens réitérés dans l'espace d'un
mois, & demi tout au plus , ouvrirent enfin
les yeux à ceux qui reftoient. Il ne fut
plus queſtion de foutenir que la louve
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ས
n'étoit
pas enragée ; la fécurité fit place à
la crainte d'un femblable malheur . Tous
ceux qui avoient été mordus voyant Sé
nequier & fon Berger plus maltraités que
les autres , jouir également d'une parfaite
fanté , fe rappellerent alors les offres charitables
que je leur avois faites il y avoit
plus d'un mois ; ils accoururent inceffamment
à Grimaud me demander du fecours.
La plupart , au nombre de huit , étoient
déja guéris de leurs plaies , n'ayant été
mordus qu'aux mains & aux jambes ; il n'y
avoit que la jeune fille , appellée Courchet
, à qui la louve avoit déchiré la mammelle
gauche , dont les plaies fe fermoient
à peine. M'ayant avoué qu'elle y fentoit
de la douleur , je redoublai d'attention en
les faifant couvrir trois fois le jour d'une
dragme de la pommade mercurielle : on
en fit autant à fes compagnons ; ils prirent
quelques dofes de turbith minéral & de la
poudre de palmarius , furent affujettis à
des frictions réglées ; & lorfque je les vis
plus tranquilles , je les renvoyai chez eux
en leur prefcrivant ce qu'ils avoient à obferver
jufqu'à entiere guérifon .
Il n'y eut que le pere de la jeune Courchet
qui ayant été feulement égratigné par
la dent de la louve fur le dos de la main ,
& voyant fa petite plaie fermée dès le troi7
JUI N. 1755 .
181
fieme jour , crut n'avoir pas befoin des remedes
préfervatifs que j'avois donnés à ſa
fille. Deux mois & plus s'écoulerent fans
que j'entendiffe parler de lui , lorfqu'un
bruit fourd s'étant répandu qu'il étoit dans
la rage depuis trois jours , je me rendis expreffément
chez lui pour fçavoir au juſte
ce qu'il en étoit.
Je le trouvai affis fur la porte de fa
chambre , fa fille préfente , & nullement
émue du malheur de fon pere , qui me parut
alors fort tranquille , fans donner aucun
figne apparent de rage , quoiqu'on
m'eût affuré qu'il pouffât des hurlemens
affreux depuis deux jours. L'ayant interrogé
par quel accident il fe trouvoit dans
l'état qu'on m'avoit annoncé , & pourquoi
il n'avoit point voulu ufer des remedes
préfervatifs aufquels fa fille plus maltraitée
que lui , devoit fa guérifon .
Il me répondit que voyant fa plaie
qu'il n'avoit caractérisée que de fimple
égratignure , fermée dans l'efpace de deux
ou trois jours , & n'y ayant jamais fenti
la moindre douleur , les fuites lui en
avoient paru de fi peu de conféquence ,
qu'il n'avoit pas jugé à propos de prendre
mes remedes , d'autant mieux qu'il avoit
oublié promptement fon malheur , &que
fans un mouvement extraordinairequi
182 MERCURE DE FRANCE.
s'étoit fait fentir depuis peu fous la petite
cicatrice de fa plaie , rien n'auroit pû lui
en rappeller le fouvenir . Ce mouvement ,
à ce qu'il m'ajoûta , dégénera bientôt en
vapeur fubtile , qui montant diftinctement
le long du bras & du cou , fut fe fixer au
gofier , d'où s'enfuivirent peu-à-peu la perte
d'appétit , la douleur , les étranglemens
la fuffocation & l'hydrophobic .
Ce narré qui me parut intérellant pour
la théorie de la rage , me détermina à reſter
plus long-tems auprès de lui : je trouvai
fon pouls un peu tendu & convulfif , fans
fievre cependant ; il avoit quelque chofe
de hagard & de féroce dans l'afpect ; fes
yeux paroiffoient égarés & menaçans , il
frémiffoit dès qu'on l'approchoit tant ſoit
peu , les tendons de fes bras fouffroient
alors des foubrefauts & des tremblemens involontaires
, & l'on ne pouvoit le fixer fans
émotion . Ayant été me laver enfuite dans
un coin de la chambre , fans trop refléchir
à l'horreur que tous ces malades ont pour
la vue même des liquides , à peine vit - il
quelques gouttes d'eau répandues à terre ,
que fe levant avec fureur de fon fiége il
fe précipita rudement fur le plancher , en
fe bouchant les yeux , s'agitant comme un
épileptique , & pouffant des cris & des
hurlemens fi affreux , que tous les affifJUI
N. 1755.
183
tans faifis d'horreur à cet étrange fpectacle,
s'enfuirent auffi- tôt. Refté feul auprès de
lui je l'encourageai par mes difcours à fe
rendre le maître , s'il pouvoit , de ces mouvemens
; mais il me pria avec inftance de
faire emporter jufqu'aux plus petits vafes
où il y avoit de l'eau , parce que la vûe de
ce liquide étoit pire pour lui que de fouf ..
frir mille morts. Après qu'on lui eut obéi ,
il devint plus tranquille , & fe remit fur
fon féant , comme fi rien ne lui étoit arrivé .
Je lui propofai alors , pour furmonter
fon horreur de l'eau , de fe laiffer plonger
plufieurs fois dans un bain qu'on lui prépareroit
; mais il me conjura , les larmes aux
yeux ,
de ne pas
lui en parler feulement ,
de peur que cela ne réveillât en lui des
idées dont les fuites lui devenoient fi terribles.
Je me contentai feulement de le
preffer de fe couvrir une partie du corps de
la pommade mercurielle que je lui fis don
ner pour cela. Il m'obéit volontiers ; mais
aux premieres frictions qu'il fe fit le long
du bras , il fut pris de fi grands tremblemens
& d'une fuffocation fi convulfive au
gofier , qu'il me protefta plufieurs fois qu'il
alloit fe précipiter de la fenêtre pour s'en
délivrer. Encouragé de nouveau à fupporter
patiémment cette attaque , il continua
fon ouvrage, toujours avec des mouvemens
184 MERCURE DE FRANCE.
fi extraordinaires , des cris fi féroces , des
juremens & des lamentations fi touchantes,
que c'étoit une vraie pitié de voir une fi
étrange alternative : enfin s'étant couvert
de l'onguent une partie du corps , il parut
auffi tranquille que la premiere fois .
Demi-heure après les mêmes accidens
lui reprirent avecun vomiffement de glaires
verdâtres ; fon horreur de l'eau diminua
cependant tout-à-coup : il vit manger
& boire fon époufe fans nulle averfion ,
fans nulle crainte des liquides , ordonna
même qu'on lui préparât à fouper , affurant
qu'il boiroit à fon tour , & qu'il ne ſe
fentoit plus aucune répugnance pour cela .
Depuis ce moment fes accidens convulfifs
furent peu de chofe , il ne fe plaignit d'aucune
douleur. Déja fes parens fe flatoient
qu'il feroit en état de fouper bientôt
n'ayant pu rien manger ni boire depuis
trois jours ; mais ayant fouhaité repoſer
quelques momens auparavant, il fe coucha ,
fe couvrit la tête du drap , & mourut de la
forte fans qu'on s'en apperçut qu'au mo
ment qu'on fut pour l'éveiller . Tous les
autres qui s'attendoient d'avoir le même
fort , furent agréablement trompés , ils
jouiffent encore aujourd'hui d'une parfaite
fanté , & tout le Golfe de Saint-Tropès
pourra vous attefter leur guérifon .
JUIN.
1755 183
II. OBSERVATION.
En 1748 , au mois de Décembre , un
Chirurgien ayant été mordu par un chien
enragé fur le dos de la main , partie trèsdangereufe
comme l'on fçait ; rêvant chaque
nuit à des combats avec des loups &
des chiens enragés , & s'éveillant alors faifi
d'épouvante & couvert de fueur , vint
me faire part vingt jours après de fon trou
ble. L'application de la pommade mercurielle,
réitérée journellement , fur la plaie,
& quelques dofés de la poudre de palmarius
, le préferverent de la rage.
111. OBSERVATIO N.
En 1749 en hiver , je fus mordu au dos
de la jambe par un petit chien qu'une
jeune Demoiſelle tenoit couché fous fes
jupes , & près de laquelle je paffai un jour
que j'étois à la campagne . La qualité de la
morfuré qui faigna peu , l'efpérance pofitive
que cette Demoiſelle me donna que
fon chien n'étoit pas enragé , joint à un
voyage que je fis le lendemain d'affez long
cours , me firent bientôt oublier ce petit
accident'; je n'y aurois même plus penfé
fi ce n'eft qu'ayant fenti de tems à autre
un fentiment douloureux fous la cicatrice
186 MERCURE DE FRANCE.
de la morfure qui fut promptement fermée
, je craignis avec fondement que le
chien ne fût dans un commencement de
rage que la Demoiſelle ne connoifloit pas,
De retour un mois après au même canton ,
je courus m'informer fi le chien vivoit encore
; on m'apprend qu'il s'étoit égaré le
lendemain d'après la morfure qu'il m'avoit
faite , & qu'il avoit pareillement mordu
quantité d'autres chiens. Un trouble
fubit s'empare de moi , je deviens fombre
& rêveur , je me veux du mal d'avoir été
peu attentif à me préferver moi- même,
tandis que j'avois en tant d'empreffement
pour les autres. La cicatrice devient plus
douloureufe ; ma confternation augmente ;
je cherche de l'eau pour voir fi je fuis hydrophobe.
J'accours à la ville , je fais appliquer
fans délibérer une ventoufe fur la
cicatrice de la plaie qu'on fcarifie profondément
, & que je laiffe faigner tout le
tems qu'il faut ; je la couvre de mercure
deux fois la journée , j'en frotte encore
tout le long de la jambe , je prends deux
fois le turbith minéral , à la dofe de trois
grains , qui m'évacue copieufement par
haut & par bas ; je continue les frictions
quinze jours de fuite , le trouble fe diffipe
, l'efpérance renaît , la plaie fe referme
, & les chofes vont au gré de mes
fouhaits.
JUIN. 187 1755.
IV. OBSERVATION .
La fille de Clément Olivier de Sainte-
Maxime , âgée de dix- fept ans , fut mordue
au mois d'Avril de l'année 1750 , par
un gros chien enragé , qui la renverfa par
terre , lui fit plufieurs plaies confidérables
aux bras , à la main & aux jambes , ayant
emporté les chairs dans quelques endroits.
Il fallut bien du tems à toutes ces bleffures
pour être cicatrifées ; on ne les panfa qu'avec
la pommade mercurielle & le digeftif
ordinaire : je lui fis faire quantité de frictions
fur les bras, les épaules & les jambes ,
ayant été faignée auparavant pour prévenir
l'inflammation , & purgée plufieurs fois
avec le turbith mineral. Dès les premiers
jours cette fille avoit fon fommeil interrompu
par des rêves effroyables , croyant
être aux prises avec le chien enragé :
dès que le mercure commença à pénétrer
dans le fang , la confiance reparut , fes alarmes
s'évanouirent ; les plaies ne furent
tout- à- fait fermées que deux mois après.
Elle jouit encore d'une parfaite fanté .
V. OBSERVATION.
Les nommés Olivier , la Rofe & Pafcal ,
de Caillian , furent pareillement mordus`
188 MERCURE DE FRANCE .
par un chien enragé en 1751 , l'un à la
jambe , l'autre à la cuiffe , les lambeaux des
chairs emportés. Je les mis à l'ufage de la
même méthode ; ils laifferent leurs plaies
long- tems ouvertes , prirent deux fois le
turbith minéral , n'employerent que la
pommade mercurielle dans le panfement ,
& les frictions que je leur ordonnai de
faire le long des parties bleffées ; ils vivent
encore aujourd'hui guéris & contens .
VI. OBSERVATION.
La fille du fieur Ferran , Aubergifte , de
Graffe , ayant été mordue à travers la
main gauche le mois de Septembre de l'année
paffée par un chien vraisemblablement
enragé , eut fa plaie bientôt confolidée
par le fecours de fon Chirurgien . Son
pere à qui des perfonnes dignes de foi
affurerent dans la fuite que le chien qu'on
avoit tué fur le champ en avoit mordu
quantité d'autres , me confia fa fille , ſur
la propofition que lui en fit M. l'Abbé
Laugier , Maître de Mufique de cette ville
, pour la préferver du malheur dont
elle étoit menacée . Je trouvai quinze jours
après fon accident la cicatrice de fa plaie
fort douloureufe ; ce qui m'obligea à l'affujettir
d'abord à quelques frictions réglées
JUIN. 189
1755 4
fur cette partie ; elle prit cinq à fix jours
après de petites dofes de turbith minéral ,
& dès que la douleur eut difparu , je fis
difcontinuer les frictions de la pommade
mercurielle elle eft encore aujourd'hui
en bonne fanté .
Tel eft , Monfieur , le précis des obſervations
qui décident de la fûreté du mercure
, comme un préfervatif affuré contre
la rage . Celles qu'il me reste à vous communiquer
pour n'avoir pas eu de fi heureux
fuccès , n'en prouveront pas moins
la bonté de ce remede , & nous fourniront.
aifément des conféquences & des inductions
néceffaires pour établir une théorie
plus exacte & une curation plus certaine
de cette maladie : ce fera à vous à en juger.
Je fuis , Monfieur , &c.
Darlue , Docteur en
Médecine .
A Callian , ce 25 Mars 1755
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Résumé : Lettre à M. Molinard, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine en l'Université d'Aix, sur la rage, & la manière de la guérir, &c.
La lettre adressée à M. Molinard, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine à l'Université d'Aix, discute d'une nouvelle méthode de traitement de la rage à l'aide du mercure. L'auteur rapporte des observations faites après une attaque de louve enragée en juin 1747 à Cogolin. La louve a causé de nombreux ravages, mordant hommes, femmes, enfants et animaux, provoquant une grande panique. Parmi les victimes, Joseph Senequier et son berger ont été traités avec du mercure et ont guéri après vingt jours. L'auteur a tenté de convaincre d'autres victimes de recourir à son traitement, mais la plupart étaient sceptiques, croyant que la louve n'était pas enragée ou que les remèdes existants étaient inefficaces. Une jeune fille, mordue gravement, a succombé à la rage malgré les soins. L'autopsie a révélé des lésions internes graves. Plusieurs chiens et bétails ont également succombé à la rage, ainsi que deux hommes, Daullioules et Courchet, qui avaient initialement cru être guéris. En 1755, plusieurs cas de rage ont été rapportés. Daullioules, tentant de soulager ses douleurs, est mort trois jours après des attaques violentes. Courchet, ayant observé la mort de Daullioules, a reconnu les symptômes de la rage et est mort trois jours plus tard malgré ses efforts pour éviter l'eau. Ces incidents ont alerté les habitants sur la dangerosité de la rage. Une jeune fille nommée Courchet, mordue par une louve, a été soignée avec une pommade mercurielle et des frictions. Son père, légèrement égratigné, a refusé les remèdes préventifs et est mort de la rage deux mois plus tard après avoir montré des symptômes caractéristiques. Des observations antérieures, en 1748 et 1749, montrent que des individus mordus par des chiens enragés ont été traités avec des pommades mercurielles et des purgatifs, évitant ainsi la rage. En 1750 et 1751, d'autres cas de morsures par des chiens enragés ont été traités avec la même méthode, permettant aux patients de guérir et de survivre. Le Dr. Darlue, auteur de la lettre, décrit un cas où l'application d'une pommade mercurielle et des frictions a permis à un patient de rester en bonne santé. Il mentionne d'autres observations, même si elles n'ont pas toutes été couronnées de succès, afin de contribuer à une théorie plus précise et à un traitement plus sûr de la rage. La lettre est datée du 25 mars 1755 à Callian.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3594
p. 190-192
LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
Début :
MONSIEUR, dans le courant du mois de Juillet de l'année 1754, je [...]
Mots clefs :
Opération de la taille, Chirurgien, Lithotome, Opération, Malade, Pierre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
CHIRURGIE.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
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Résumé : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
En juillet 1754, le chirurgien Gérard fut appelé à Bourbon-l'Archambault pour soigner Anne de Canys, une fille de huit ans souffrant de douleurs intenses dues à une pierre dans la vessie. Un chirurgien parisien avait déjà tenté sans succès d'extraire la pierre. Gérard envisagea d'utiliser le lithotome caché, mais une inflammation de l'urètre l'obligea à reporter l'opération. En août 1755, la patiente fut transportée à Moulins. Malgré son état critique, Gérard décida d'opérer le 8 octobre 1755, en présence de collègues. Il retira une pierre de la taille d'un œuf de pigeon. La patiente se rétablit rapidement et fut guérie sans pansement le dix-septième jour. Gérard demanda la publication de cette opération dans le Mercure de France pour convaincre les sceptiques.
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3595
p. 193-195
MUSIQUE. Oeuvres postumes de M. Grandval, ancien Organiste de Saint Germain-en-Laye.
Début :
On a cru faire plaisir au public de lui procurer six Cantates d'un goût singulier [...]
Mots clefs :
Sonates, Symphonies, Organiste, Cantates
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. Oeuvres postumes de M. Grandval, ancien Organiste de Saint Germain-en-Laye.
MUSIQUE.
Euvres poftumes de M. Grandval , ancien
Organiste de Saint Germain- en- Laye .
procurer Gy chintates d'un
Na cru faire plaifir au public de lui
procurer fix Cantates d'un goût fingulier
, trois férieufes & trois comiques ,
trouvées dans les papiers du Sr Grandval
fi connu par la parodie de la Cantate d'Or
phée , par les divertiffemens de plufieurs
pieces du théâtre françois , & par le Menuet
qui a confervé fon nom . On retrouve dans
les paroles de ces Cantates la même gaieté
répandue dans le poëme de Cartouche , de
la compofition du même auteur. Ce recueil
fe vend chez Lambert , Libraire , rue &
à côté de la Comédie Françoife , au Parnaffe
, & aux adreſſes ordinaires de muſique
, & chez le fieur Madroux , éditeur
des Cantates , rue du petit Lion S. Sulpice ,
chez M. Robert , Sellier :
1. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
SIX TRIO pour deux violons & la
baffe , dédiés à M. le Marquis de Cernay ,
Lieutenant général des armées du Roi ,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de S. Louis . Par M. Lamoninary , OEuvre
3º. gravés par Mlle Bertin , prix 7 liv. 4 f.
Chez l'Auteur , à Valenciennes à Paris ,
chez le Sr Bayard, rue S. Honoré, à la Regle
d'or ; le Sr Vernadet , rue du Roule , à la
Croix d'or ; Mlle Caftagnery , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale , M. Guerfan ,
Luthier , près la Comédie Françoife ; avec
privilege du Roi. L'accueil favorable que
le public a fait aux deux premiets OEuvres
de cet auteur , fait eſpérer qu'il applaudira
A ces nouveaux Trio .
SIX SYMPHONIES pour deux viofons
, alto viola , baffon , ou violoncelle
obligé , avec la baffe continue : compofées
par M. Papavoine , gravées par Mme Leclair
, prix 7 liv . 4 f. OEuvre 3 ° . A Paris
chez l'Auteur , rue S. Honoré , vis-à- vis
l'hôtel de Noailles ; le Sr Vernadé , rue du
Route , à la Croix d'or ; le Sr Bayard , rue
S. Honoré , à la Régle d'or ; Mlle Cafta.
gnery , rue des Prouvaires , à la Mufique
royale.
CATALOGUE des OEuvres de M. & de
JUIN. 1755. 195
Mme Papavoine. 1. Six Symphonies à
quatre parties , 6 liv. 2 ° . Pieces de clavecin
avec accompagnement de violon , 7 liv.
41. 3. Six Symphonies, à quatre parties ,
avec un baffon ou violoncelle obligé , 7 1 .
4f. Les fix premieres Cantatilles font fous
le nom de Mlle Pellecier. Les Arrêts d'Amour,
1 liv. 4 f. La Tourterelle , 1 1. 4 f.
Les Charmes de la voix , 1 l . 4 f. La Fête
de l'Amour , 1. 4 f. Iffé , 1 l . 4 f. Le Joli
rien , 11. 16 f. Le Triomphe des plaiſirs ,
I liv. 4 fols.
+
I
SONATES pour deux flûtes , compofées
par M. Devenet , Ordinaire de la mufique ,
Chapelle & Chambre du Roi , gravées par
Mme Leclair ; prix 4 liv. 16 f. Euvre 1 .
Chez l'Auteur , à Verfailles ; à Paris , chez
le Sr Vernadé , rue du Roule , à la Croix d'or;
le Sr Bayard , rue S. Honoré , à la Régle
d'or ; Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires ,
à la Mufique royale ; & le St Lambert , Libraire
, près la Comédie Françoife.
Euvres poftumes de M. Grandval , ancien
Organiste de Saint Germain- en- Laye .
procurer Gy chintates d'un
Na cru faire plaifir au public de lui
procurer fix Cantates d'un goût fingulier
, trois férieufes & trois comiques ,
trouvées dans les papiers du Sr Grandval
fi connu par la parodie de la Cantate d'Or
phée , par les divertiffemens de plufieurs
pieces du théâtre françois , & par le Menuet
qui a confervé fon nom . On retrouve dans
les paroles de ces Cantates la même gaieté
répandue dans le poëme de Cartouche , de
la compofition du même auteur. Ce recueil
fe vend chez Lambert , Libraire , rue &
à côté de la Comédie Françoife , au Parnaffe
, & aux adreſſes ordinaires de muſique
, & chez le fieur Madroux , éditeur
des Cantates , rue du petit Lion S. Sulpice ,
chez M. Robert , Sellier :
1. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
SIX TRIO pour deux violons & la
baffe , dédiés à M. le Marquis de Cernay ,
Lieutenant général des armées du Roi ,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de S. Louis . Par M. Lamoninary , OEuvre
3º. gravés par Mlle Bertin , prix 7 liv. 4 f.
Chez l'Auteur , à Valenciennes à Paris ,
chez le Sr Bayard, rue S. Honoré, à la Regle
d'or ; le Sr Vernadet , rue du Roule , à la
Croix d'or ; Mlle Caftagnery , rue des Prou
vaires , à la Mufique royale , M. Guerfan ,
Luthier , près la Comédie Françoife ; avec
privilege du Roi. L'accueil favorable que
le public a fait aux deux premiets OEuvres
de cet auteur , fait eſpérer qu'il applaudira
A ces nouveaux Trio .
SIX SYMPHONIES pour deux viofons
, alto viola , baffon , ou violoncelle
obligé , avec la baffe continue : compofées
par M. Papavoine , gravées par Mme Leclair
, prix 7 liv . 4 f. OEuvre 3 ° . A Paris
chez l'Auteur , rue S. Honoré , vis-à- vis
l'hôtel de Noailles ; le Sr Vernadé , rue du
Route , à la Croix d'or ; le Sr Bayard , rue
S. Honoré , à la Régle d'or ; Mlle Cafta.
gnery , rue des Prouvaires , à la Mufique
royale.
CATALOGUE des OEuvres de M. & de
JUIN. 1755. 195
Mme Papavoine. 1. Six Symphonies à
quatre parties , 6 liv. 2 ° . Pieces de clavecin
avec accompagnement de violon , 7 liv.
41. 3. Six Symphonies, à quatre parties ,
avec un baffon ou violoncelle obligé , 7 1 .
4f. Les fix premieres Cantatilles font fous
le nom de Mlle Pellecier. Les Arrêts d'Amour,
1 liv. 4 f. La Tourterelle , 1 1. 4 f.
Les Charmes de la voix , 1 l . 4 f. La Fête
de l'Amour , 1. 4 f. Iffé , 1 l . 4 f. Le Joli
rien , 11. 16 f. Le Triomphe des plaiſirs ,
I liv. 4 fols.
+
I
SONATES pour deux flûtes , compofées
par M. Devenet , Ordinaire de la mufique ,
Chapelle & Chambre du Roi , gravées par
Mme Leclair ; prix 4 liv. 16 f. Euvre 1 .
Chez l'Auteur , à Verfailles ; à Paris , chez
le Sr Vernadé , rue du Roule , à la Croix d'or;
le Sr Bayard , rue S. Honoré , à la Régle
d'or ; Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires ,
à la Mufique royale ; & le St Lambert , Libraire
, près la Comédie Françoife.
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Résumé : MUSIQUE. Oeuvres postumes de M. Grandval, ancien Organiste de Saint Germain-en-Laye.
Le texte présente diverses œuvres musicales et leurs auteurs. Il commence par mentionner les œuvres posthumes de M. Grandval, ancien organiste de Saint-Germain-en-Laye, incluant six cantates (trois sérieuses et trois comiques) trouvées dans ses papiers. Ces cantates sont caractérisées par une gaieté similaire à celle du poème de Cartouche, également écrit par Grandval. Le recueil est disponible chez plusieurs libraires et éditeurs à Paris. Le texte énumère ensuite plusieurs autres œuvres musicales : 1. Six trios pour deux violons et basse, dédiés à M. le Marquis de Cernay, composés par M. Lamoninary et gravés par Mlle Bertin. Ces trios sont disponibles chez plusieurs adresses à Valenciennes et Paris. 2. Six symphonies pour deux violons, alto, viole de gambe ou violoncelle, avec basse continue, composées par M. Papavoine et gravées par Mme Leclair. Elles sont également disponibles chez plusieurs libraires à Paris. 3. Un catalogue des œuvres de Mme Papavoine, incluant six symphonies, des pièces pour clavecin avec accompagnement de violon, et plusieurs cantatilles sous le nom de Mlle Pellecier. 4. Des sonates pour deux flûtes, composées par M. Devenet, Ordinaire de la musique de la Chapelle et Chambre du Roi, et gravées par Mme Leclair. Ces sonates sont disponibles chez plusieurs libraires à Versailles et Paris. Le texte mentionne également l'accueil favorable du public pour les précédentes œuvres de certains auteurs, espérant une réception similaire pour les nouvelles publications.
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3596
p. 195-138
GRAVURE.
Début :
La nouvelle estampe que M. de Marcenay vient de mettre au jour, est gravée [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
A nouvelle eftampe que M. de Marcenay
vient de mettre au jour , eft gravée
d'après un payſage de Lucas Van-Uden ,
I ij
796 MERCURE DE FRANCE .
*
·
Peintre célebre dans ce genre , & qui a
-mérité l'eftime de Rubens pour lequel il a
travaillé fouvent. Le fujet eft un commen-
⚫cement d'orage ; le foleil fe couche & fait
place à des nuages qui s'amoncelent & qui
doivent renfermer la foudre , à en juger
-par l'action des figures , dont l'une à genoux
, les mains jointes & l'air effrayé ,
femble prier Dieu de détourner le nuage
i'épais qui s'avance ; les deux autres qui tèmoignent
également de l'effror , accélerent
le pas pour s'en mettre à l'abri , ce qui ' a
déterminé l'auteur à lui donner le titre
fuivant :
C
·
Coup
Le ciel fe couvre. Hâtons- nous,
.Il eft affez probable par le détail immen
fe & très-difficile à rendre dans la gravute
dans lequel Van- Uden eft entré , que c'eft
une vue de Flandre prife de la montagne ,
qui forme le premier plan , d'où l'on découvre
tine vafte plaine très - cultivéé ,
quoiqu'il y ait de grandes forêts ; une belle
riviere , après y avoir formé différens circuits
, y vient baigner fur le devant un antique
château , & entretenir par la fraîcheur
de fes eaux celle d'un bois , dont
Eépais feuillage paroît impénétrable aux
ardeurs du foleil.
Le Peintre a répandu dans ce tableau de
JUIN
1755. 197
grands effets , foit par les beaux accidens
qu'il y a ménagés habilement , foit par les
objets qui y étoient naturellement difpofés
; d'ailleurs il l'a peuplé d'une façon ,
agréable. On y voit un vol de heron , des
cygnes , des canards & des moutons qui
paiffent. Le Graveur a fi bien imité fa maniere
, qu'il eft devenu le rival de fon mo-,
dele , & qu'il paroît lui- même créer un
nouveau genre dans fon art. Son eftampe,
fe vend chez lui , rue des Vieux Auguftins ,
PORTRAIT de M. Chardin , deffiné
par M. Cochin , & gravé par M. Cars. Sa
reffemblance y eft heureufement faifie ;
cette naïveté qui forme fon caractere &
qui regne dans fes ouvrages , y frappe
d'abord les regards : on y reconnoît le La
Fontaine de la peinture.
T
Voici des vers faits pour être mis au bas
de cette eftampe. Un Artifte d'un talent fi
vrai mérite bien cette diftinction , & ne
peut être , felon moi , trop dignement cé-
Tébré par tous les arts réunis enſemble.
De quoi pourroit ici s'étonner la nature
C'eft le portrait naïf de l'un de ſes rivaux,
S'il refpire en cette gravure ,
Elle parle dans fes tableaux.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en fon
Académie royale de Peinture & de Sculpture
, vient de mettre au jour une nouvelle
eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente l'Ecurie flamande .
Le tableau original appartient à M. Denis ,
Tréforier général des Bâtimens du Roi ;
c'eft le n° . 79 de fa fuite . La demeure du
Graveur eft rue des Mathurins, la quatrieme
porte cochere à gauche , en entrant par la
rue de la Harpe.
A nouvelle eftampe que M. de Marcenay
vient de mettre au jour , eft gravée
d'après un payſage de Lucas Van-Uden ,
I ij
796 MERCURE DE FRANCE .
*
·
Peintre célebre dans ce genre , & qui a
-mérité l'eftime de Rubens pour lequel il a
travaillé fouvent. Le fujet eft un commen-
⚫cement d'orage ; le foleil fe couche & fait
place à des nuages qui s'amoncelent & qui
doivent renfermer la foudre , à en juger
-par l'action des figures , dont l'une à genoux
, les mains jointes & l'air effrayé ,
femble prier Dieu de détourner le nuage
i'épais qui s'avance ; les deux autres qui tèmoignent
également de l'effror , accélerent
le pas pour s'en mettre à l'abri , ce qui ' a
déterminé l'auteur à lui donner le titre
fuivant :
C
·
Coup
Le ciel fe couvre. Hâtons- nous,
.Il eft affez probable par le détail immen
fe & très-difficile à rendre dans la gravute
dans lequel Van- Uden eft entré , que c'eft
une vue de Flandre prife de la montagne ,
qui forme le premier plan , d'où l'on découvre
tine vafte plaine très - cultivéé ,
quoiqu'il y ait de grandes forêts ; une belle
riviere , après y avoir formé différens circuits
, y vient baigner fur le devant un antique
château , & entretenir par la fraîcheur
de fes eaux celle d'un bois , dont
Eépais feuillage paroît impénétrable aux
ardeurs du foleil.
Le Peintre a répandu dans ce tableau de
JUIN
1755. 197
grands effets , foit par les beaux accidens
qu'il y a ménagés habilement , foit par les
objets qui y étoient naturellement difpofés
; d'ailleurs il l'a peuplé d'une façon ,
agréable. On y voit un vol de heron , des
cygnes , des canards & des moutons qui
paiffent. Le Graveur a fi bien imité fa maniere
, qu'il eft devenu le rival de fon mo-,
dele , & qu'il paroît lui- même créer un
nouveau genre dans fon art. Son eftampe,
fe vend chez lui , rue des Vieux Auguftins ,
PORTRAIT de M. Chardin , deffiné
par M. Cochin , & gravé par M. Cars. Sa
reffemblance y eft heureufement faifie ;
cette naïveté qui forme fon caractere &
qui regne dans fes ouvrages , y frappe
d'abord les regards : on y reconnoît le La
Fontaine de la peinture.
T
Voici des vers faits pour être mis au bas
de cette eftampe. Un Artifte d'un talent fi
vrai mérite bien cette diftinction , & ne
peut être , felon moi , trop dignement cé-
Tébré par tous les arts réunis enſemble.
De quoi pourroit ici s'étonner la nature
C'eft le portrait naïf de l'un de ſes rivaux,
S'il refpire en cette gravure ,
Elle parle dans fes tableaux.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en fon
Académie royale de Peinture & de Sculpture
, vient de mettre au jour une nouvelle
eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente l'Ecurie flamande .
Le tableau original appartient à M. Denis ,
Tréforier général des Bâtimens du Roi ;
c'eft le n° . 79 de fa fuite . La demeure du
Graveur eft rue des Mathurins, la quatrieme
porte cochere à gauche , en entrant par la
rue de la Harpe.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit deux gravures récentes. La première, réalisée par M. de Marcenay d'après un paysage de Lucas Van-Uden, peintre apprécié de Rubens, montre un début d'orage avec le soleil couchant et des nuages menaçants. La scène, probablement une vue de Flandre, inclut une plaine cultivée, des forêts, une rivière et un château antique. Van-Uden a intégré des éléments naturels et des animaux comme des hérons, des cygnes, des canards et des moutons. Le graveur a fidèlement reproduit le style de Van-Uden, créant un nouveau genre dans son art. Cette estampe est disponible chez l'artiste, rue des Vieux Augustins. Le texte mentionne également un portrait de M. Chardin, dessiné par M. Cochin et gravé par M. Cars, qui met en avant la naïveté caractéristique de Chardin, surnommé le 'La Fontaine de la peinture'. Enfin, Moyreau, graveur du Roi, a publié une nouvelle estampe d'après P. Wouvermans, représentant une écurie flamande. Le tableau original appartient à M. Denis, Trésorier général des Bâtiments du Roi. Moyreau réside rue des Mathurins, quatrième porte cochère à gauche en entrant par la rue de la Harpe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3597
p. 198-207
ARCHITECTURE.
Début :
Nous avons eu plusieurs fois occasion de parler de l'utilité & du progrès de [...]
Mots clefs :
Jacques-François Blondel, Émulation, Leçon, Dessin, Architecture, Progrès, Goût, Art, Cours d'architecture, Élèves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE.
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
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Résumé : ARCHITECTURE.
Jacques-François Blondel a fondé à Paris une École des Arts, où il dispensait des cours publics gratuits les jeudis, samedis et dimanches. Ces cours étaient divisés en trois catégories : élémentaires, de pratique et de théorie. Leur objectif principal était de former des élèves talentueux et de favoriser le progrès des arts. En octobre 1755, Blondel a organisé une assemblée pour distribuer des prix. Douze élèves ont participé à cette compétition, qui était structurée en quatre genres différents. Les projets des élèves ont été évalués par des académiciens, des artistes renommés, des amateurs et des connaisseurs éclairés. Les prix ont été attribués pour divers programmes, incluant la conception d'un édifice public avec des galeries, une fontaine, et des imitations de dessins. L'École des Arts de Blondel visait à combler les lacunes dans la connaissance des arts parmi les professionnels. Elle offrait des leçons publiques et privées, réunissant architectes, peintres, sculpteurs, décorateurs, graveurs et ouvriers du bâtiment. Les cours couvraient divers domaines tels que l'architecture, les mathématiques, la sculpture et les fortifications. L'objectif était de former des artisans compétents et de promouvoir l'excellence dans les arts.
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3598
p. 208-212
HORLOGERIE.
Début :
Mémoire sur une nouvelle maniere de faire les Cadrans de pendules, barometres, hygrometres, &c. présenté le 12 Avril 1755, à l'Académie royale des Sciences, par M. Dupont, Horloger privilégié du Roi. [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Horloger, Cadrans, Baromètres, Pendules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE.
HORLOGERIE .
, barometres
Memoire fur une nouvelle maniere de faire
les Cadrans de pendules
hygrometres , &c. préfenté le 12 Avril
1755 , à l'Académie royale des Sciences ,
par M. Dupont , Horloger privilégié du
I
Roi.
Left fans doute avantageux pour la
perfection des pendules que leurs cadrans
foient exactement divifés , & qu'ils
nous préfentent conftamment un aspect
agréable. Cette partie de l'horloge eft celle
fur laquelle les yeux s'arrêtent d'abord , &
la pofition exacte des divifions qui y font
marquées , eft effentielle pour nous montrer
les parties de l'heure avec préciſion .
Par ces deux confidérations , je crois les
cadrans que j'ai l'honneur de préfenter à
l'Académie fupérieurs aux autres ; ils font
compofés d'un cercle de verre blanc , fur
lequel l'on peint à rebours les heures & les
minutes * , & d'une efpece de maftic blanc
*Pour peindre ces heures , &c. il faut commencer
par mettre un cadran de papier fous le verre
ce qui dirige en quelque forte l'opération . On
fentira donc aisément que l'idée de me borner à
›
JU I N. 1755. 2091
qui s'applique exactement fur le verre
fait corps avec lui , forme un total qui:
imite l'émail , & que même plufieurs perfonnes
lui préferent , fur - tout dans les .
grands cadrans ; car ceux d'émail d'une
certaine étendue ont un ait de fayence , &,
font prefque toujours défectueux ..
7
A l'égard des divifions , elles feront toujours
plus exactes dans les nouveaux ca→
drans que dans ceux d'émail , parce qu'ils
ne paffent pas au feu comme ces derniers .
Les cadrans de cuivre gravés & recouverts
d'une couche d'argenture , ont à la vérité,
cette derniere propriété , mais on fçait :
qu'ils fe noirciffent en peu de tems. Pour
ce qui eft des cadrans à cartouche , per-.
fonne n'ignore qu'ils font très -imparfaitst
à tous égards. དྭེ ནཱ ཝཱ
ce cadran de papier dût fe préfenter d'abord à
mon imagination ; mais je m'apperçus bientôt
que fi un tel cadran étoit fupportable de loin , il
ne le feroit pas de près , les pores du papier s'appercevant
; je reconnus encore que ce papier ne
tarderoit pas à fe jaunir , fur-tout dans les endroits
où la fumée pouvoit pénétrer.
M. Gallonde s'étoit appercu avant moi de ces
inconvéniens , la dépenſe conſidérable qu'entraîne
les cadrans d'émail , avoit engagé cet habile Artifte
à faire fes cadrans de barometre en papier
mais auffi- tôt qu'il eut connoiffance de ma nouvelle
conftruction , il les abandonna entierement.
210 MERCURE DE FRANCE.
Je ne m'étendrai pas plus , Meffieurs
fur l'avantage de cette nouvelle maniere
de faire les cadrans ; il eft aifé de voir
qu'elle est également applicable à tous les
inftrumens qui ont befoin de divifions.
exactes , comme barometres , thermometres
, & c.
Telles font les différentes propriétés des
cadrans qui font le fujet de ce mémoire .
Je n'ai point cru , Meffieurs , qu'ils formaffent
un objet affez important pour mériter
l'honneur de votre attention : fi j'ofe
aujourd'hui les foumettre à votre jugement,
ce n'eft pas que j'aie changé de fentiment
à cet égards; mais j'ai été enhardi par
le fuffrage des habiles Horlogers qui en
font ufage depuis près d'un an & demi , &
encore plus par votre indulgence pour
tout ce qui peut contribuer au progrès
des arts.
Copie de l'Extrait des Registres de l'Académie
royale des Sciences .
Du 2
23 Avril 175 .
Meffieurs l'Abbé Nollet & Deparcieux .
qui avoient été nommés pour examiner
des cadrans de pendules
barometres ,
→
?
hygrometres &c. formés d'une glace
peinte & enfuite recouverte d'une espece
JUIN. 1755 . 211
de maftic blanc par fa face poftérieure ,
propofés par M. Dupont , Horloger ; en
ayant fait leur rapport , dans lequel ils
ont énoncé plufieurs certificats des meilleurs
Horlogers , qui prouvent que des
cadrans de cette efpece ont fubfifté fans
aucune altération depuis le mois de Juillet
1753 jufqu'à préfent.
L'Académie a jugé que ces cadrans qui
imitent parfaitement les cadrans d'émail ,
& qui font cependant d'un beaucoup
moindre prix, pourroient être avantageux,
& qu'on devoit fçavoir gré à M. Dupont
d'avoir imaginé cette conftruction . En foi
de quoi j'ai figné le préfent certificat' , à
Paris le 24 Avril 1755 .
Signé , GRANDJEAN DE FOUCHY ,
Secretaire perpétuel de l'Académie
royale des Sciences.
Les perfonnes qui voudront fe convaincre
par elles- mêmes de l'agrément &
de l'utilité de ces cadrans , auront la bonté
de s'adreffer à Mademoiſelle Oulfon "
niéce de l'Auteur , qui les exécute fous fes
yeux & dans fa maifon , rue de Richelieu ,
vis-vis la fontaine. Elle fe fera toujours
un devoir de fatisfaire les perfonnes qui
212 MERCURE DE FRANCE.
lui feront l'honneur de l'employer dans
ces fortes d'ouvrages.
- Le
rapport de l'Académie
royale
des
Sciences
, fur une pendule
à fecondes
, à
fonnerie
& à remontoir
du fieur le Mazu
rier , auroit
dû trouver
ici fa place ; mais
le peu qui nous en refte ; nous
force
à le
renvoyer
au Mercure
prochain
, ainfi qu'une
Lettres
fur le rétabliſſement
du Louvre
que nous avions
promis
d'inférer
.
, barometres
Memoire fur une nouvelle maniere de faire
les Cadrans de pendules
hygrometres , &c. préfenté le 12 Avril
1755 , à l'Académie royale des Sciences ,
par M. Dupont , Horloger privilégié du
I
Roi.
Left fans doute avantageux pour la
perfection des pendules que leurs cadrans
foient exactement divifés , & qu'ils
nous préfentent conftamment un aspect
agréable. Cette partie de l'horloge eft celle
fur laquelle les yeux s'arrêtent d'abord , &
la pofition exacte des divifions qui y font
marquées , eft effentielle pour nous montrer
les parties de l'heure avec préciſion .
Par ces deux confidérations , je crois les
cadrans que j'ai l'honneur de préfenter à
l'Académie fupérieurs aux autres ; ils font
compofés d'un cercle de verre blanc , fur
lequel l'on peint à rebours les heures & les
minutes * , & d'une efpece de maftic blanc
*Pour peindre ces heures , &c. il faut commencer
par mettre un cadran de papier fous le verre
ce qui dirige en quelque forte l'opération . On
fentira donc aisément que l'idée de me borner à
›
JU I N. 1755. 2091
qui s'applique exactement fur le verre
fait corps avec lui , forme un total qui:
imite l'émail , & que même plufieurs perfonnes
lui préferent , fur - tout dans les .
grands cadrans ; car ceux d'émail d'une
certaine étendue ont un ait de fayence , &,
font prefque toujours défectueux ..
7
A l'égard des divifions , elles feront toujours
plus exactes dans les nouveaux ca→
drans que dans ceux d'émail , parce qu'ils
ne paffent pas au feu comme ces derniers .
Les cadrans de cuivre gravés & recouverts
d'une couche d'argenture , ont à la vérité,
cette derniere propriété , mais on fçait :
qu'ils fe noirciffent en peu de tems. Pour
ce qui eft des cadrans à cartouche , per-.
fonne n'ignore qu'ils font très -imparfaitst
à tous égards. དྭེ ནཱ ཝཱ
ce cadran de papier dût fe préfenter d'abord à
mon imagination ; mais je m'apperçus bientôt
que fi un tel cadran étoit fupportable de loin , il
ne le feroit pas de près , les pores du papier s'appercevant
; je reconnus encore que ce papier ne
tarderoit pas à fe jaunir , fur-tout dans les endroits
où la fumée pouvoit pénétrer.
M. Gallonde s'étoit appercu avant moi de ces
inconvéniens , la dépenſe conſidérable qu'entraîne
les cadrans d'émail , avoit engagé cet habile Artifte
à faire fes cadrans de barometre en papier
mais auffi- tôt qu'il eut connoiffance de ma nouvelle
conftruction , il les abandonna entierement.
210 MERCURE DE FRANCE.
Je ne m'étendrai pas plus , Meffieurs
fur l'avantage de cette nouvelle maniere
de faire les cadrans ; il eft aifé de voir
qu'elle est également applicable à tous les
inftrumens qui ont befoin de divifions.
exactes , comme barometres , thermometres
, & c.
Telles font les différentes propriétés des
cadrans qui font le fujet de ce mémoire .
Je n'ai point cru , Meffieurs , qu'ils formaffent
un objet affez important pour mériter
l'honneur de votre attention : fi j'ofe
aujourd'hui les foumettre à votre jugement,
ce n'eft pas que j'aie changé de fentiment
à cet égards; mais j'ai été enhardi par
le fuffrage des habiles Horlogers qui en
font ufage depuis près d'un an & demi , &
encore plus par votre indulgence pour
tout ce qui peut contribuer au progrès
des arts.
Copie de l'Extrait des Registres de l'Académie
royale des Sciences .
Du 2
23 Avril 175 .
Meffieurs l'Abbé Nollet & Deparcieux .
qui avoient été nommés pour examiner
des cadrans de pendules
barometres ,
→
?
hygrometres &c. formés d'une glace
peinte & enfuite recouverte d'une espece
JUIN. 1755 . 211
de maftic blanc par fa face poftérieure ,
propofés par M. Dupont , Horloger ; en
ayant fait leur rapport , dans lequel ils
ont énoncé plufieurs certificats des meilleurs
Horlogers , qui prouvent que des
cadrans de cette efpece ont fubfifté fans
aucune altération depuis le mois de Juillet
1753 jufqu'à préfent.
L'Académie a jugé que ces cadrans qui
imitent parfaitement les cadrans d'émail ,
& qui font cependant d'un beaucoup
moindre prix, pourroient être avantageux,
& qu'on devoit fçavoir gré à M. Dupont
d'avoir imaginé cette conftruction . En foi
de quoi j'ai figné le préfent certificat' , à
Paris le 24 Avril 1755 .
Signé , GRANDJEAN DE FOUCHY ,
Secretaire perpétuel de l'Académie
royale des Sciences.
Les perfonnes qui voudront fe convaincre
par elles- mêmes de l'agrément &
de l'utilité de ces cadrans , auront la bonté
de s'adreffer à Mademoiſelle Oulfon "
niéce de l'Auteur , qui les exécute fous fes
yeux & dans fa maifon , rue de Richelieu ,
vis-vis la fontaine. Elle fe fera toujours
un devoir de fatisfaire les perfonnes qui
212 MERCURE DE FRANCE.
lui feront l'honneur de l'employer dans
ces fortes d'ouvrages.
- Le
rapport de l'Académie
royale
des
Sciences
, fur une pendule
à fecondes
, à
fonnerie
& à remontoir
du fieur le Mazu
rier , auroit
dû trouver
ici fa place ; mais
le peu qui nous en refte ; nous
force
à le
renvoyer
au Mercure
prochain
, ainfi qu'une
Lettres
fur le rétabliſſement
du Louvre
que nous avions
promis
d'inférer
.
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Résumé : HORLOGERIE.
Le document expose un mémoire de M. Dupont, horloger privilégié du Roi, présenté à l'Académie royale des Sciences le 12 avril 1755. Dupont y propose une nouvelle méthode pour fabriquer des cadrans pour pendules, hygromètres et autres instruments nécessitant des divisions précises. Ses cadrans sont constitués d'un cercle de verre blanc sur lequel les heures et les minutes sont peintes à rebours, puis recouvertes d'une substance similaire à du mastic blanc. Cette technique imite l'émail et évite les défauts des cadrans émaillés ou en cuivre argenté, qui ont tendance à noircir ou à présenter des imperfections. Les divisions sur ces nouveaux cadrans sont plus exactes car elles ne passent pas au feu, contrairement aux méthodes traditionnelles. Dupont souligne également les inconvénients des cadrans en papier, qui jaunissent et révèlent leurs pores de près. M. Gallonde, ayant observé ces problèmes, a abandonné l'utilisation des cadrans en papier après avoir découvert la méthode de Dupont. L'Académie, après examen par l'Abbé Nollet et Deparcieux, a conclu que ces cadrans imitent parfaitement les cadrans émaillés à un coût moindre et a reconnu la contribution de Dupont. Les cadrans sont fabriqués par Mademoiselle Oulfon, nièce de Dupont, rue de Richelieu à Paris.
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3599
p. 211-212
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens françois ont repris le 28 Avril Andronic, tragédie de Campistron [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
-COMEDIE FRANÇOISE.:
3
ES Comédiens françois ont repris le
L28 Avril Andronic , tragédié de Campiftron.
Le fieur Clavareau de Rochebelle
y a débuté par le rolle d'Andronic , avec un
applaudiffement général , & qui plus eft ,
mérité. On doit d'autant plus attendre de
fon talent , qu'il eft fondé fur beaucoup
d'intelligence avec cette partie on eft für
du progrès. S'illa l'organe un peu foible ,
ce défaut eft réparé par une prononciation
nette & diftincte ; on ne perd pas un mor
de ce qu'il dit. Un Comédien qui eft doué
d'une grande voix , en abufe fouvent , &
crie fans fe faire entendre , faute d'avoir
l'art de bien articuler, JEMOD
L'acteur nouveau a joué fucceffivement
les rolles de Guftave , de Zamore: & du
Comte d'Effex : il a fait plaifir dans tous ;
mais il a particulierement réuffi dans celui
ede Zamore. On ne peut pas rendre avec
plus d'anes de force & dervérité 2 le beau
214 MERCURE DE FRANCE.
morceau du troifieme acte qu'il adreffe à
Alvarès & à Gufman. Les Comédiens ont
interrompu fon début , pour donner le 15
Mai la premiere repréſentation du Jaloux ,
Comédie en vers , en cinq actes : elle eſt de
M. Bret.
Quoique cette piéce n'ait pas réuffi , on
ne peut difconvenir qu'il n'y ait des beautés
des détails . L'épiſode de la foeur du Jaloux
eft des plus heureux. Au fecond acte la
fcene de la fauffe jaloufie qui lui a été confeillée
par fon frere pour éprouver fon
amant , eft une fcene bien faite par l'auteur
, & très-bien rendue par l'actrice. *
Je crois que M. Bret eût mieux fait , s'il
eût moins fuivi le Roman ; il faut au théatre
un caractere plus général & plus vrai.
L'auteur a voulu éviter le Jaloux defabufé,
& il est tombé dans le Curieux impertiment
, qui eft un plus grand écueil .
* Mlle Guéant.
3
ES Comédiens françois ont repris le
L28 Avril Andronic , tragédié de Campiftron.
Le fieur Clavareau de Rochebelle
y a débuté par le rolle d'Andronic , avec un
applaudiffement général , & qui plus eft ,
mérité. On doit d'autant plus attendre de
fon talent , qu'il eft fondé fur beaucoup
d'intelligence avec cette partie on eft für
du progrès. S'illa l'organe un peu foible ,
ce défaut eft réparé par une prononciation
nette & diftincte ; on ne perd pas un mor
de ce qu'il dit. Un Comédien qui eft doué
d'une grande voix , en abufe fouvent , &
crie fans fe faire entendre , faute d'avoir
l'art de bien articuler, JEMOD
L'acteur nouveau a joué fucceffivement
les rolles de Guftave , de Zamore: & du
Comte d'Effex : il a fait plaifir dans tous ;
mais il a particulierement réuffi dans celui
ede Zamore. On ne peut pas rendre avec
plus d'anes de force & dervérité 2 le beau
214 MERCURE DE FRANCE.
morceau du troifieme acte qu'il adreffe à
Alvarès & à Gufman. Les Comédiens ont
interrompu fon début , pour donner le 15
Mai la premiere repréſentation du Jaloux ,
Comédie en vers , en cinq actes : elle eſt de
M. Bret.
Quoique cette piéce n'ait pas réuffi , on
ne peut difconvenir qu'il n'y ait des beautés
des détails . L'épiſode de la foeur du Jaloux
eft des plus heureux. Au fecond acte la
fcene de la fauffe jaloufie qui lui a été confeillée
par fon frere pour éprouver fon
amant , eft une fcene bien faite par l'auteur
, & très-bien rendue par l'actrice. *
Je crois que M. Bret eût mieux fait , s'il
eût moins fuivi le Roman ; il faut au théatre
un caractere plus général & plus vrai.
L'auteur a voulu éviter le Jaloux defabufé,
& il est tombé dans le Curieux impertiment
, qui eft un plus grand écueil .
* Mlle Guéant.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En avril et mai, la Comédie Française a présenté plusieurs pièces. Le 28 avril, les comédiens ont joué 'Andronic' de Campistron, avec Clavareau de Rochebelle dans le rôle principal. Malgré une voix faible, il a été applaudi pour sa prononciation claire. Il a également interprété Gustave, Zamore et le Comte d'Essling, se distinguant particulièrement dans le rôle de Zamore. Le 15 mai, la troupe a interrompu ses débuts pour la première représentation du 'Jaloux', une comédie en vers en cinq actes de M. Bret. Bien que la pièce n'ait pas été un grand succès, elle contenait des moments remarquables, notamment une scène de fausse jalousie interprétée par Mlle Guéant. L'auteur a été critiqué pour avoir trop suivi le modèle romanesque, manquant ainsi de caractère général et vrai au théâtre.
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3600
p. 214-215
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 3 de ce mois, les Comédiens italiens donnerent la premiere représentation de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE. -
E35de ce mois , les Comédiens italiens
donnerent la premiere repréſentation de
la Rancune , fans l'avoir annoncée . C'eſt
une parodie de Philoctete , dont l'auteur ne
s'eft pas nommé. Quel qu'il fait , il ne doit
JUI N. 1755. 215
*
pas rougir de l'ouvrage , c'eft celui d'un
homme d'efprit ; il y a des vers heureux &
des tirades bien faites : le traveftiffement
d'ailleurs eft affez bien faift . L'Opéra de
Lyon , en concurrence avec la Comédie ;
la Rancune , acteur difficile à vivre , mais
d'un talent diftingué , que fes camarades
ont abandonné , & qu'ils viennent chercher
dans leur décadence, comme leur derniere
reffource , parodient aſſez natutellement
le fujet de la tragédie ; mais une tracafferie
de Comédiens n'intéreffe pas affez
de gros du public qui ne vit pas avec eux ;
ce tableau des viciffitudes théatrales ne
peut être bien amusant que pour ceux qui
Fréquentent journalierement les foyers , &
qui font initiés dans tous les mysteres de
la Comédie. La Servante Maîtreſſe eft
encore venue au fecours ; on l'a donnée
le 19 pour la cent quarante- unieme fois.
E35de ce mois , les Comédiens italiens
donnerent la premiere repréſentation de
la Rancune , fans l'avoir annoncée . C'eſt
une parodie de Philoctete , dont l'auteur ne
s'eft pas nommé. Quel qu'il fait , il ne doit
JUI N. 1755. 215
*
pas rougir de l'ouvrage , c'eft celui d'un
homme d'efprit ; il y a des vers heureux &
des tirades bien faites : le traveftiffement
d'ailleurs eft affez bien faift . L'Opéra de
Lyon , en concurrence avec la Comédie ;
la Rancune , acteur difficile à vivre , mais
d'un talent diftingué , que fes camarades
ont abandonné , & qu'ils viennent chercher
dans leur décadence, comme leur derniere
reffource , parodient aſſez natutellement
le fujet de la tragédie ; mais une tracafferie
de Comédiens n'intéreffe pas affez
de gros du public qui ne vit pas avec eux ;
ce tableau des viciffitudes théatrales ne
peut être bien amusant que pour ceux qui
Fréquentent journalierement les foyers , &
qui font initiés dans tous les mysteres de
la Comédie. La Servante Maîtreſſe eft
encore venue au fecours ; on l'a donnée
le 19 pour la cent quarante- unieme fois.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 21 juin 1755, les Comédiens italiens ont présenté la première représentation de 'La Rancune' sans préavis. Cette pièce, une parodie anonyme de 'Philoctète', est appréciée pour ses vers et ses tirades bien construites. Elle met en scène l'Opéra de Lyon en concurrence avec la Comédie et le personnage de La Rancune, un acteur talentueux mais difficile, abandonné puis réintégré par ses camarades. Cependant, les intrigues des comédiens n'intéressent pas le grand public, peu familier avec leur mode de vie. Ce spectacle est amusant uniquement pour ceux qui fréquentent régulièrement les foyers théâtraux. Par ailleurs, 'La Servante Maîtresse' a été jouée le 19 juin pour la 141e fois.
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