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251
p. 92-140
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Début :
J'ay découvert qui estoit l'Autheur des Dialogues que / Je n'ay pas ublié que vous m'avez promis de [...]
Mots clefs :
Dieux, Adoration, Peuples, Esprit, Volupté, Nature, Souverain, Extravagance, Politique, Coeur, Chagrin
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
J'ay découvert qui eftoit
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Belorond et Lambret discutent du souverain bien et de la croyance en une divinité. Lambret remarque que des philosophes anciens, tels qu'Anacharsis, Crates et Epicure, reconnaissaient l'éphémérité des plaisirs, honneurs, richesses et grandeurs, mais ne faisaient pas de la divinité le souverain bien. Leur échange explore la croyance universelle en une divinité, citant des auteurs comme Cicéron, Aristote et Sénèque. Cependant, des peuples incroyants sont mentionnés par Strabon et Champlain. La peur des phénomènes naturels ou la politique des législateurs pourrait expliquer cette croyance, tandis que l'ignorance ou la corruption de la raison pourrait expliquer l'incrédulité. Le texte aborde les causes de l'athéisme et de l'idolâtrie, les attribuant à l'ignorance, la présomption et la corruption morale. Eunomius de Galatie illustre cette présomption en prétendant connaître Dieu parfaitement. La volupté et les plaisirs peuvent également conduire à l'athéisme. Des exemples d'idolâtrie à travers différentes cultures sont listés, comme l'adoration d'animaux, d'objets inanimés ou d'éléments naturels. Les Égyptiens, Grecs et Romains avaient des pratiques idolâtres variées, critiquées comme absurdes. Le texte discute également des extravagances et folies humaines liées à l'adoration des dieux, mentionnant des croyances anciennes et des pratiques impies. Il conclut en affirmant que la croyance la plus sensée est de reconnaître l'existence de Dieu sans chercher à en comprendre la nature, citant Tacite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
252
p. 319-321
Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 19 de ce mois, Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Condé, Duc, Chapelle, Prince, Parrains et marraines, Soeur, Veuve, Princesse, Cérémonie de baptême, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
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Résumé : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19 du mois, Mademoiselle de Condé, troisième fille du Duc de Condé, a été baptisée par le curé de Saint-Sulpice dans la chapelle de l'Hôtel de Condé. Le prince de Condé, grand-père de la princesse, a été le parrain, et Madame la Duchesse de Brunswick, sœur de la Duchesse et veuve de Jean Frédéric Duc de Brunswick-Hanover, a été la marraine. La princesse a reçu le nom de Louise Bénédicte. Les trois princesses de Hanovre, filles de la Duchesse de Brunswick, ont assisté à la cérémonie. Elles ont été remarquées pour leur beauté, grâce et modestie, témoignant de l'excellente éducation reçue de leur mère. L'aînée, âgée de quatorze ans, se distinguait par sa taille élégante, son teint vif, ses yeux bleus et doux, ainsi que par l'ensemble de ses charmes personnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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253
p. 321-322
Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. la Ceremonie du Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille [...]
Mots clefs :
Cérémonie de baptême, Mademoiselle d'Anguien, Fille, Chapelle, Monseigneur le Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 26. la Ceremonie du
Baptefme de Mademoiſelle
322 MERCURE
d'Anguien , feconde Fille de
Monfieur le Duc , fe fit dans
la Chapelle du Chafteau de
Verſailles
, par M. l'Evefque
d'Orleans
. Monfeigneur
le
Dauphin & Madame la Dauphine
, la nommerent Anne
Marie Victoire.
Baptefme de Mademoiſelle
322 MERCURE
d'Anguien , feconde Fille de
Monfieur le Duc , fe fit dans
la Chapelle du Chafteau de
Verſailles
, par M. l'Evefque
d'Orleans
. Monfeigneur
le
Dauphin & Madame la Dauphine
, la nommerent Anne
Marie Victoire.
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254
p. 322-323
Acte soutenu en Sorbonne par M. l'Abbé de Lorraine, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 21. de ce mois, M. l'Abbé de Lorraine, Fils de M le [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Comte, Tentative, Succès, Réponses, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : Acte soutenu en Sorbonne par M. l'Abbé de Lorraine, [titre d'après la table]
Le Samedy 21. de ce mois ,
M. l'Abbé de Lorraine , Fils
de M. le Comte d'Armagnac
grand Ecuyer de France ,
foûtint une Tentative en
Sorbonne , avec un fuccés
qui paffe tout ce que je pour
rois vous en dire. La force &
la netteté de ſes réponſes ,
GALANT. 323
luy attirerét l'admiration de
tous ceux qui fe trouverent
à cette action, à laquelle prefidoit
M l'Archevefque de
Paris . L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe ; & il
vous eft aifé de juger de l'empreffement
qu'eurent M les
Prelats , Ducs , & autres du
premier rang, à venir entendre
une Perfonne de cette
Naiffance.
M. l'Abbé de Lorraine , Fils
de M. le Comte d'Armagnac
grand Ecuyer de France ,
foûtint une Tentative en
Sorbonne , avec un fuccés
qui paffe tout ce que je pour
rois vous en dire. La force &
la netteté de ſes réponſes ,
GALANT. 323
luy attirerét l'admiration de
tous ceux qui fe trouverent
à cette action, à laquelle prefidoit
M l'Archevefque de
Paris . L'Affemblée fut auffi
illuftre que nombreuſe ; & il
vous eft aifé de juger de l'empreffement
qu'eurent M les
Prelats , Ducs , & autres du
premier rang, à venir entendre
une Perfonne de cette
Naiffance.
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Résumé : Acte soutenu en Sorbonne par M. l'Abbé de Lorraine, [titre d'après la table]
Le 21 du mois, M. l'Abbé de Lorraine, fils du Comte d'Armagnac et grand Écuyer de France, a réussi une tentative en Sorbonne. Ses réponses ont impressionné l'assemblée, présidée par l'Archevêque de Paris. Des prélats, ducs et autres personnalités étaient présents et admiratifs de sa prestation.
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255
p. 323-325
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
Début :
M. Bouchet ancien Curé de Nogent le Roy, la petite Assemblée G. [...]
Mots clefs :
Curé, Truite, Signification, Énigmes, Explications, Liste de noms, Mademoiselle , Mathématicien, Procureur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
M. Bouchet ancien Curé
de Nogent le Roy , la petite
Affemblée G. & la belle
Nouriture du Havre, font les
feuls qui ayent expliqué la
324 MERCURE
premiere des Enigmes du
dernier mois , fur la Truite
qui en eftoit le vray fens.
L'Homme à cheval eftoit le
vray mot de la feconde , &
ila efté trouvé par M Rault
de Rouen , l'Epinay - Buret
& fa chere Soeur de Vitré en
Bretagne , Hordé de Senlis
Mefdemoiſelles Marie de
Vaux , Madelon Provais , &
l'Epoux fidelle & defolé de
Picardie. Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigme
dans leur vray fens, font
M" de Lhofpital Lieutenant
au Grenier à Sel ; le Vaffeur
GALANT. 325
le Cadet , Mathematicien ;
Mantois de Clereville ; Sorbiere
Banquier de la ruë des
cinq Diamans ; P. Carrier de
Rouen ; de Rouville de Vernon
; Leger de la Verbiſſon-
Mademoiſelle Goffemant
de Troye en Champagne
; le Procureur Palafan
de Mirette , le Breffan Fleurifte
d'auprés de Cognac , &
la grande Fille Margot d'auprés
de Roüen.
de Nogent le Roy , la petite
Affemblée G. & la belle
Nouriture du Havre, font les
feuls qui ayent expliqué la
324 MERCURE
premiere des Enigmes du
dernier mois , fur la Truite
qui en eftoit le vray fens.
L'Homme à cheval eftoit le
vray mot de la feconde , &
ila efté trouvé par M Rault
de Rouen , l'Epinay - Buret
& fa chere Soeur de Vitré en
Bretagne , Hordé de Senlis
Mefdemoiſelles Marie de
Vaux , Madelon Provais , &
l'Epoux fidelle & defolé de
Picardie. Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigme
dans leur vray fens, font
M" de Lhofpital Lieutenant
au Grenier à Sel ; le Vaffeur
GALANT. 325
le Cadet , Mathematicien ;
Mantois de Clereville ; Sorbiere
Banquier de la ruë des
cinq Diamans ; P. Carrier de
Rouen ; de Rouville de Vernon
; Leger de la Verbiſſon-
Mademoiſelle Goffemant
de Troye en Champagne
; le Procureur Palafan
de Mirette , le Breffan Fleurifte
d'auprés de Cognac , &
la grande Fille Margot d'auprés
de Roüen.
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Résumé : Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes du dernier mois. [titre d'après la table]
Le texte énumère les personnes ayant résolu deux énigmes du Mercure. La première énigme sur la truite a été expliquée par M. Bouchet et une assemblée au Havre. La seconde, 'L'Homme à cheval', a été résolue par M. Rault, l'Épinay-Buret, et d'autres. Plusieurs individus ont expliqué les deux énigmes, dont M. de Lhôpital, Sorbière, et Mademoiselle Goffemant.
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256
p. 23-93
CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
Début :
Quoy que vous ayez veu un Traité des Sepultures dans le dernier / La mort de la Reyne, de glorieuse & de pieuse [...]
Mots clefs :
Tombeau, Mort, Cendres, Sépulture, Chevalier, Épitaphes, Marquis, Honneur, Corps, Mémoire, Conversation, Vénération, Monument, Origine, Peuple, Vertus, Funérailles, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
Jgttdy que vous aJtz veu un
Traité dcs Sépultures dans le dernier
Extraordinaire
,• UOUÔ neferez,
pas finfihéc quen vais renouvelle
cette Matière,quand je vous aufay
appris que la ConverjctimJcadcmiquequiftit
,
efi de M. de la Fe-
? vrc/ie. Elle est diverfifée par tant
j
d*agreables chefes
}
6'-v par des re..
< marques sipropres 4 rendrel'esprit
> content, qu'enpeutdire que leseul
i nom de Tombeau,est ce quelle a de
lugubre.
CONVERSATION
A CADEMI QJJ E
dans laquelle il est traité
de l'Origine des Tombeaux
,ôc des magnifiques
Sepultures.
A MADAME
LA COMTESSEDE,C.H.C.
: LA mort de laReyne, de glorieuse
& de pieuse memoi-
-
re ,
puis qu'elle est en benediction
chez tous les Peuples, a
touché sensiblement toute la
France, mais particulierement
nostre IllustreAbbé. Outre qu'il.:
est bon sujet, & fidelle serviteur du
du Roy, vous savez, Madame,
qu'ilavoir encore d'autres raisons
d'en estre affligé. Ses Amis
prirent parc à sa douleur, mais sur
toutlapetite Troupe choisie, vint
mesler ses larmes avec les siennes.
Comme il estoit alors en
cette Province, elle tâcha de le
consoler par ses frequentes visites,
& elle n'oublia rien pour le
divertir, & pour chasser la mélancolie
que cette mort, & son
indisposition ordinaire luy causoient
dans ce tem ps-là.
Un jour qu'elle estoit venue à
ce dessein
,
& qu'elle commençoit
un Entretien un peu plus gay
qu'à l'ordinaire, elle fut interrompuë
par une Lettre que l'on
aporta à nostre Abbé, de la part
du Reverend Pere de Soria. Vous
sçavez encore, Madame
,
les liaifons
étroites qu'il avoir avec ce
digne Confesseur de la Reyne.
Il nous enfit la lecture, ce qui redoubla
nos regrets, & engagea
la Compagnie dans une Conversation
bien plus serieuse qu'elle
n'avoit crû. On y fit le Panegyrique
de cette Auguste Princesse
en diverses façons, & chacun
s'efforça de marquer le respect
& la veneration qu'il avoit pour
toutes ses vertus. On parla enfuite
de la Ceremonie qu'on devoit
faire pour elle, àNostre-Da
me, & à Saint Denys, & voila,
Madame,ce qui donna sujet, de
traiter dans cette Conversation
de l'Origine des Tombeaux, &
des magnifiques Sepultures.
Que cette matiere ne vous effraye
point, Madame. Toute lugubre
& triste qu'elle est
,
j'ose
vous asseurer qu'elle ne vous inspirera
rien de sombre & de mélancolique
; & mesme qu'elle
vous defennuyëra quelque temps,
comme elle fit nostre Illustre Abbé
qui y prit plaisir, &quiasouhaitéqueje
vousfille part de céc
Entrerien. Il n'y a point icy de
Spectres, & de Fantômes
,
de
Squelettes & de Cadavres rongez
des Vers. L'Or, le Marbre,
leJaspe
, &, le Porphire couvrent
tout cela; & l'Art par ses embellissemens,
donne icy l'Immortalité
à ceux que la Nature avoit
abandonnez à la corruption.
Aussi-tost que le premier Homme
eut peché
,
dit le Dodeur, il
fut condamné à la mort, & dés
ce moment il ne songea plus qu'à
mourir,&, à faire son Tombeau.
Il commença de s'ensevelir en
couvrant sa nudité, & il ne fit
qu'un pas du Paradis terrestre au
Sepulchre, maisdessçavoiroùfut
basti ce Sepulchre, c'est ce qu'on
ne peutdire. Ilesttoujourscertain
que ce ne fut point dans lisle
de Cylon aux Indes Orientales,
comme le croyent quelques Indiens
, auraport d'un Voyageur,
qui nous a faitmention du Tombeau
, & de l'Epitaphe de nostre
premier Pere. Une Epitaphe
d'Adam, s'écria le Chevalier!
Oüy,Monsieur, repartit le Docteur,
& une Epitaphe qui est
dans une Langue,qu'on peutapeller
justement la Langue matrice.
Le Public vous seroit fort obli.
gé, répliqua le Chevalier,si vous
vouliez l'expliquer, car personne
que je sçache, n'a encore pû en venir about. C'est un jeu d'esprit
de l'Auteur, dit le Marquis, qui
aplutost faitun Roman, qu'une
veritable Relation de ses Voyages.
Quoyqu'il en soit, reprit le
Docteur, l'usage desTombeaux
est très ancien, puis que nous
voyons, dans la Genese, que les
Hethéens, ausquels Abraham demanda
le droit de Sepulture pour
sa femme Sara, en avoient de
tres magnifiques. In electissepulchris-
nostris sepeli mortuum tuum,
repondit ce Peuple à Abraham.
Mais il me semble qu'on a mal
traduitelectis en nostre langne,
parbeaux&exquis. Car electis en
cet endroit, veut,dire choisis,,
comme si ce Peuple eustdit,Ensevelijftz,
ce Mort dans les Tombeaux,
que nous avons shoisis pour mus &
nostre famille. D'où vientque
nous disons ordinairement
, ild
thoifïsa. Sepulture en un tel lits.
Mais enfin Abrahamne voulut
pas accepter cette offre, & souhaitra
qu'on kuy vendist un
Champ de terre, & une Caverne
pour y bastir un Tombeau;non
seulement pour Sara& pour luy,
mais encore pour toute sa PoIle,,.
rité. D-iteinibijussepulchrivobif-
Cttm ,& confirmants est ager & antrum
quoderat in eobrabein pqfsessionem
mmumenti àfiliïshetb.
Voila donc un usage & un droit
de Sepulture,le plus ancien qui
soitau Monde, & ce fut suivant
ce droit, & cette coustume, que
Jacob voulut apres la mort en
Egypte
,
qu'on rapportait son
corps dans ce Tombeau d'Abraham.
Sepelite me, ditil à ses Ensans
, campatribus meis in spelunca
duplici (jujt est in agro Ephron, quant
emit Abrahaminpossessionem Sepulchri.
L'Origine des Tombeaux n'est
pas moins ancienne chez les
Pavens, puis que leur grand Dieu
Jupiter avoit son Sepulchre en
l'Islede Crete , &nos Voyageurs
asseurent qu'on voit encore aujourd'huy
cet antique Monument.
Oüy, mais interrompit le
Chevalier, un vieux Poëtea dit,
Les Crétins ont dressé,fowvtrain
Roy, ta Tombe,
Mais ton Efire divin à la mort ne
fuccombe*
Quoy qu'en dise nostre Poëte,
Jupiter estoit mortel
,
reprit le
Docteur. Mais sans nous arrester
là-dessus, c'est à la Grece qu'on
doit l'usage des Charniers, & des
Voutes souterraines, où l'on mertoit
les Corps & les cendres des
Défunts; car les Grecs estoient
fort curieux de la Sépulture des
Morts, en sorte mesme que l'on
croit que toutes ces Grotes qu'on
voit en Candie, n'estoient autre
chose que des Tombeaux. Mais
les Egyptiensont estésans doute
les premiers Inventeurs de ces
Magnifiques Sepultures, & les
premiers Peuples qui ont embaumé
les Corp s ;
fondez sur cette
opinion
, que l'ame estoit aurant
de temps immortelle,que le corps
demeuroir sans corruption. Il ne
faut donc pas s'éronner
,
s'ils
avoientun grand soindebastir à
leurs Morts, de superbes Tombeaux
pour y conserver leurs Momies
, puis que le Monument, se-
Ion qu'il estoit somptueux & magnifique
,rendoit la memoire du
défunt plusillustre& plusglorieu.
se. Qui a rendu immortels Semiramis
, & les Rois d'Egypte?
leurs Pyramides & leurs Tombeaux.
Leur mort a esté plus
éclatante que leur vie, & ils n'ont
esté celebres, &. n'ont survècu
jusqu'à laPosterité
, que par où
les autres Roys de la terre meurent
& ensevelissent toute leur
gloire dans un oubli éternel.
A propos de ces Momies
,
interrompit
le President
, un de
nos Voyageurs prétend que le
Bitume qui croist dans laMermorte,
servoit autrefois à embaumer
les Corps des Egyptiens,& que:
cette poix est un véritable
-
Baume,
pour conserver les Corps en
leur entier. Il estvray, dit Je Marquis
,que Villamont &, quelques
autres, ont avancé cela; mais je
ne fuis pas de leur avis. Lesveri-
-
tables Momies estoientembaumées
d'une miniere bien plusexquife,
& ce n'est que par l'excellence
des matières Aromatiquesqu'on
y employoit, qu'ellessont
pn^ieufes* propresàla gueri- l' son de tant de maladies,C5 Q!.JC;:
n'auroit pas la vertu du Bitule."
qui peur bien exempter un Corps
de pourriture, mais nonpas en
faire une veritable Momie;car
ce mot ne-veut pas dire fiinpléJ:
ment unCorpsentier & embaumé
; mais quelque chose de plus
excellent. Quoy qu'il en soit,
tout ce qu'on peut asseurer du
Bitume de la Mer morte, est que
c'estoit le Baume du vulgaire, &
du simple Peuple de ce Pays-là
car dansles Momies qu'on a découvertes
s on a trouvé qu'elles
font pleines de parfuns les plus
exquis. Cette maniere d'inhumer
les Morts estoit d'une grande dépense.
J'ay lû
,
dit le Chevalier
, une méthode d'enterrer les
Corps, & de leur bâtirdes Tombeaux
, qui efl bien plus facile, &
qui se fait à bien moins de frais.
Les Anciens la pratiquoient pour
tous ceux qui manquoientdeSepulture.
C'est de répeter par trois
fois le nom du Mort. Toute la
Compagnie se prit à rire, & le
Chevalier mesmeavoitde la peine
à s'en em pescher.Vous riez,
leur dit-il d'un air serieux
; c'est
pourtant de Daviry que je riens
cesecret, & jenetrouvepas qu'il
y ait tantà rire; lesPauvres qu'on
jettoit à Rome dans des Puys
apres leurmort,avoient besoin
d'un pareil Tombeau. On avoit
encore trouvé ce secret pour ensevelir
honorablement, & promptement
les Morts qu'on rencontroit
sans Scpulture par le chemin
;car ce devoir estoit si étroitementpratiqué
chez les Anciens
, que l'on se tenoit poilu si
on rencontroitun Mort, qui ne
fust pasenseveli, à moins que de
jetter dessus un peu de terre ou
de poussiere
, ou de répeter trois
fois son nom. Mais quand on ne
le sçavoit pas, ditle Marquis?
Mon Dieu, vous me faites toûjours
des affaires, reprit le Chevalier
, on jettoit de la terre dessus.
Mais que dites vous de Varron,
continua-t-il, pour se tirer
de l'embarras, où le Marquis l'a.
voitmis? Il voulut qu'on le mÍÍt
apres sa mort dans un grand Vaisseau
de terre cuite, avec des
feüillesdeMeurte, d'Olivier, &
de Pavot: tous Symboles de la
paix, du repos, & de la tranquilité
de l'Ame
,
si peut estre vous ne
trouvez finesses dans cette forte
d Inhumation, car Varron estoit
un Sçavant, qu'on peut soupçonner
de Science secrete & de cabale.
Quoy qu'il en soit, les Riches
de Rome estoient inhumez
dans leurs maisons
,
& nonobstans
la coustume de brusler les
Corps en ce temps-là, Popéefut
embaumée,&, portée au Tombeau
des Jules, ce qui me fait
croire, que le Bucher n'estoit pas
la Sepulture de toutes les personnes
de qualité, particulierement
- des femmes; mais seulement des
grands Hommes qu'on vouloit
mettre au rang des Dieux, comme
un moyen plus facile d'élever
leur ame au Ciel, & de faire leur
Apotheose. J'approuve vostre
conjecture, dit l'Abbé, car Néron
n'épargna rien pour les funérailles
de Popée, & il eust fait
brûler son corps, s'il eust creu
rendre par là, un plus grand hon. neuràladéfunte. Ilaimoitlefeu,
comme voussçavez,jusqu'à brûler
Rome, pour s'en faire un divertisement.
Cependanton brûloitde
ce temps,là les Corps des
Empereurs& des personnes considérables
,
dont on conservoit
fore soigneusement les cendres.
Vous me demanderez peut estre
de quelle maniere on recüeilloit
ces cendres ? car elles pouvoient
estre meslées avec celles du bois
qui confumoit le Corps. Pline
vous aprendra cela comme moy,
mais pour vous épargner la peine
de le consulter là dessus, voicy
ce qu'il en dit autant que je puis
m'en souvenir. On donnoit aux
Empereurs & aux personnes de
qualité qu'on devoir brûler,des
chemises faites d'un certain lin
des Indes qui est incombustible,
ce qui rendoit ce lin fort rare, &
tort précieux, ou bien on enfermoit
le Corps dans un coffre de
fer qui estoit percé, de façon que
l'humidité pouvoit s'exhaler,sàns
que la cendre sortist. On mectoit
après cela ces cendres dans
des Urnes d'argent, d'or, ou
d'agathe. On les arofoit de vin,
& d'eaux de senteurs, on les parfumoit,
& souvent on pofoit sur
ces Urnes des Couronnes précieuses
, ensuite dequoy on les
mettoit en dépost dans le Tombeau
de la famille
; & voila de
quelle forte on inhumoit les
Grands à Rome. si
Pour moy, dit le Président, je
croy que la vénération qu'on a
toujours euë pour les cendres des
Morts, vient de ce que la cendre
de chaque chose, contient sa forme
Se sa figure, comme l'experience
nous le fait voir dans la
cendredes Plantes.
Secret dont on comprend que quoy que
le corps meure,
La forme faitpourtantaux cendres
sa demeure.
a dit un grand homme
,
qui prétend
que les cendres des Trépassez
qu'on voitsouvent dans
les Cimetieres font naturelles,
puis qu'elles ont la forme & la
figure extérieure des Cor ps,
qu'on a enterrez en ces lieux; ôc
que ce ne font pas leurs ames, ou
des fantômes representez par les
Démos, comme le croit le simple
Peuple;Car enfin quoyque lecorps
foit réduit en poudre, la figure
ne se perd point. Mais cela se
voit encore mieux dans le champ
d'uneBataille nouvellement don- -
née; & voicy comme la chose feé
fait. Cesfiguresfontexcitées,&
élevées en partie parla chaleur
internede la terre, &, des Mourans,
& en partie parla chaleurs
externe du Soleil & du Canon
<]ui a échauffé l'air. Voila une?
plaisante opération de chimie, dit
Je Chevalier.Elleestnaturelle,
repond le Docteur
,
& c'ell: une
très-bellevision de quelques Rabins
Talmudistes, dont Monsieur
le Président a fait une fort heureuse
aplication, aux devoirs queai
nous rendons à la cendre des
morts, en leurdonnant desTombeaux
magnifiques. C'est [OÛ--J
jours une vision, reprit leChevalier
, mais Monsieur le Docteur, (,
continua-t-l,ditesnousun peus'il
xfy a point de différence entre
ces termes d'Ensevelir
, d'InhkmtY,
d'Enterrer, que nous confondons
si souvent? Il y a quelque différence
entre ces termes, répondit
le Docteur, mais elle n'est pas
grande, &. elle est plus propre à
un Grammairien qu'a un Philosophe,
car tout le monde entend
par-là,la mesme chose. Qui est
inhumé, est enterré, qui est l'un
& l'autre,est enfevely. Choisissez-
- lequel il vous plaira, Le Traducteur
de Pline s'est lourdement
trompé, en voulant faire cette
distinction; car il dit que les Latins
appelloient un homme enfevely,
dequelque maniere qu'il fust
enterré; & qu'il estoit inhumé,
lors qu'on mettoit son corpsen
terre. Je vous demande un peu la..
différence qu'il y a entre un corps
mis en terre, & un corps enterré ? Vous voyez bien que cela est ridicule.
Mais tout ce que je puis
vous direest que lemotd'ensevelir
,
se doit entendre principalement
des Corps qu'on embaume
,& qu'on met en déport dans
des caves, & inhumer de ceux
qu'on laisse pourrir dans la terre
& les uns & les aurres, ayant des
Tombeaux, & des sepultures,
on peut dire indifféremment inhumer
, & ensevelir les Morts.
Pline dans le Chapitre qui fuit ce.
luyque je vous ay cité, s'explique
de maniere qu'il entend toujours
par le mot d'enfevely, un
homme qui est inhumé, &qui
est dans leTombeau;ce quesignifie
conduits que son Traducteur a
mal rendu en nostre langue, par
enterré en quelqueforte que ce
foire
Mais pour ne pas nous éloigner
de nostre sujet, continua le
Docteur, Thevet dans sa Cosmographie
universelle
,
dit que
les Anciens, ôc sur tout les Romains,
firent faire des Tombeaux
& des Monumens publics, aussi
bien pour les pauvres que pour
les riches, voulant montrer parlà
,
dit cet Auteur., que l'h omme
capable deraison est préférable
aux bestes, & que nos corp s doivent
estre ensevelis, & enterrez
en memoire de la condition humaine.
LesentimentdeThevet
est raisonnable, dit l'Abbé, mais
nous y devons remarquer trois
choses. Premièrement les Romains
n'ont élevé des Monument
publics à la memoire des Morrs.
qu'en faveur de leur vercu;6c
alors il est vray , que les pauvres
en ont esté honorez aussi bien que:
les riches;mais avec quelque distinction.
Secondement on a éri.
gé à des bestes de superbes Tombeaux
, comme on le peut voir
dans l'Histoire;&cesTombeaux
les ont élevez au dessus de la condition
humaine; & en troisiéme
lieu le méprisdes honneurs funèbres
,& de nostre sepulture apres
la mort, a esté respecté
,
& approuvé
des plusSages. Lucien a
ditapres Homere, que celuy qui
a un superbeTombeau, est comme
celuyqui n'en a point, & que
chez les Morts on ne rend pas
plus d'honneur à Agamemnon,
qu'à son valet, à Achille, qu'à
Therfite.
De n'eflre enfevely ce n'cftpM grande
perte.
dit Virgile, ou comme a dit cét
autre.
Le Ciel couvre celuy qui na point de
Tombeau.
Seneque méprisa les honneurs
funébres apres sa mort, 6c l'ordonna
expres par son Testament,
cequi fit qu'on brûla son corps,
sans aucunes cérémonies. Il ne
faut point nous mesurer par l'inégalité
des Tombeaux, disoit-il
pendant sa vie. La cendre nous
égale tous. La naissance est inégale,
mais la mort estpareille. Il
raporte que Mécenas avoit de
coustume de dire
je n'ay point de soucy qu'un Sepulçbre
on me drtjfe.
r
Saint AugustinaprèsSeneque,
nous avertit de mépriser ces choses,
& nous asseure qu'elles regardent
plûtost la consolation
des Vivans, que le besoin des
Morts. Laissons doncce foin là,
à nos Parens & à nos Amis,ausquels
il est glorieux de s'en souvenir
& honteux de l'oublier;
Maiscommedit Moiitaecne111 y a
des gens qui pendant leur vie
veulent jouir de l'ordre, & de
l'honneur de leur sepulture, &
qui se plaisent devoir en Marbre
leur morte contenance. Tel est
mon bon homme de pere, dit le
Chevalier, dontje vous veux con- teruneloire surce sujet.
Il est, comme vous sçavez
,
de
bonne & de ferme constitution,
& la mort ne l'épouvante guere.
CepenCependant
il a fongé à faire lou
Tombeau,& il ya quelque temps,
qu'il commença de faire tirer les
pierres qu'il y veut employer;
mais parce que la Carriere luy
apartient, & qu'il ne prétend pas
qu'il soit achevé plûtost qu'en
l'annéequatrevingt seize de son
âge, ne comptant que soixante ôc
dixhuitaine presse point l'executiondetondessein,
& le Public
n'en seroit point informé
,
si des,
Chartiers passant à vuide prés de
cette Carriere
,
An avoient pris
quelques pierres déja taillées, ôc
qui leur semblerent propres 8c
commodes pour faire quelques
jambages de fenestresà leur maison
de village. CVft l'excuse qu'ils
en ont donnée avecoffres de les
payer au double, ou de les raporter
bien humblement à la Carriere.
Mais Mr le Conseillernes'en
contente pas, &ces pauvres Païsans
sont furieusement embarrasfez.
Il y a plainte contre eux, information
, & confrontation de
témoins. Je ne raille point, mon
Pere crie au voleur, & à l'assasin,
& ne prétend pas qu'ils soient
moins coupables que des Sacrileges,
qui auroient violé son Tombeau,
& troublé ses cendres. Son
beau fils, à qui l'un de ces Chartiers
appartiens, le folicite fort
pour sa grâce, mais il ne l'écoute
non plus qu'un Mort, & agittoujours
en Juge severe
,
& terrible
vivant. Le Procez de-ces Chartiers
, fera fait comme à des Voleurs
de grand chemin
,
& le
moins qui leur en puisse arriver,
je dis par grâce, 6c par accommodement
,
c'e st qu'i ls front
condamnez aux depens du Tombeau
toutentier. Ne voila t.il pas
des Chartiers bien redressez
,
ez
ne vaudroit - il pas mieux qu'ils
eussent versé vingt fois? Mais
n'cft-ce pas une bonne fortune
& une heureuse rencontre pour
Mr le Conseiller, d'épargner de
son vivant, la dépense de son
Tombeau. Celle néanmoins de
l'Epitaphen'y fera pas comprise,
&il a besoin de trouver d'autres
Orateurs pour faire son Oraison
funèbre. Dieu garde quelque
pauvre Poëte de tomber entre
ses mains, interrompit le Marquis,
il ne manqueroit pas de le
faire condamner à composer son
Epitaphe,afin d'avoir son Tombeau
complet, au dépens du public.
Mais ne pourroit - on point
direàvostrePere, ce qu'Horace
ditsi à propos aux Viellards
Tufecanda marmora j
Locassubipsumftwus, &ftpulchri.
Jmmtmer ferais domos.
Car il est grand batisseur
,
&
songe bien plus volontiers à sa
Bergerie, qu'à son Tombeau,
quoy qu'il sedispose si glorieusement
a vous laisser la place, 3e
qu'il dise souvent contre son gré.
rixi, & tjuem dederatcursumfortufla,
percgi.
Maisjeveux vous conter quelque
chose d'assez plaisant du Receveur
du Marquis de. Vous
sçavez que cét homme avoitesté
autrefois son Précepteur,& que
ce Marquis avoit beaucoup de
confiance en luy. Il voulut en
mourant reconnoistre ses services,&
il luy donna cinq ou six
mille livres par son Testament.
Comme il mourut en cette Province
, Madame sa femme laissa
a cét homme le foin du Tombeau
de son Mary, mais bien loin de
s'en acquiter d'une maniere proportionnée
à la qualité & aux
grandsbiens dudéfunt, pours'épargner
un Loüis d'or, que luy
Revoit couder une pierre pour
mettre sur le corps de son disciple
,
& de ion bienfaicteur; il remarqua
une vieilleTable d'Autel,
quiestoitabandonnée en un coin
lel'Eglise, où le Marquis estoit
nhumé;il la fit prendre aussi. tost
parun Maçon,sans autre formaité
,
& sans écourer les plaintes
du Curé, & des Marguilliers, &
en sir faire un Tombeau à ce pauvre
Marquis. Er sur ce que ses
Amis luy representoient, que cette
pierre estoit trop cherive
,
&
mesme trop petite, illeur répondoit
, qu'il s'en servoit pardignité
,à cause de l'usageauquel elle
avoirestéemployée, qu'elleestoit
plus noble, & plus précieuse que,
le Marbre & le Jaspe
,
& allé,
guoit sans cesse ce Vers de Virgile.
Condidimm terra moefkafque facravimusaras.
Il ajoûtoit encore que les
Tombeaux des Saines dans la
primitive Eglise
,
servoient dAu':'
tels pour offrir le Sacrifice; .&'
que les Tombeaux & les Autels,
estoient presquela-mesmechose,
lA l'égarddes Héros, dans les cecrémonies
qu'on faisoità leur memoire,
Eji vérité vous me surprenez
,
dir le President, je croyois que
cor Receveur estoit honneste
homme ,& il me sembloit qu'il
avoit de l'esprit. Mais qu'elle mesquinerie
, &quelleingratitude!
Voila comme on est trompé de
ceux en qui l'on se confiele plus.
N'en soyez pas surpris, Mrrepartit
le Marquis, si on ne garde pas
la foy aux vivans, comment voulez
vous qu'on la garde aux morts.
Nos femmes & nos enfans nous
sourbentmesme en ce temps-là.
Vous avez connu cette Dame qui
dans un petitcorps, avoit l'esprit
d'un grand homme;quand je dis,
d'ungrand homme,j'entens d'un
habille homme
5 car dans les Affait
es, elle auroit confondu Cujas
& Berthole, ou pour ne pas m'éloigner
des Loix de sa Province,
elle auroit commenté Beraut, &
corrigé Banage. Mais ce qui fait
àmon sujet, elle estoit sage &aimoit
son Mary, cependant elle
n'a fait faireson Tombeau,&n'a
execuré son Testament qu'en faisant
le fk-n. Et le Monument de
-
ce pieux Chevalier, estoit quatre
mille francs qu'il donnoit aux
pauvres, & à l'Eglise de sa Pa- -
roisse. Il ne falloit pointlà
,
de
Steficrate, ny de Æsyphon ; il
ne falloit qu'un Homme de bien
qui scût compter. On néglige
facilement les morts, pour peu -
de foin que l'on, prenne des vivans.
C'est pourquoy je conclus
Idettour ce que nous avons dit,,
oque c'est une chose frivole de
t'embarrasser pendant sa vie de
~on Tombeau, & desa Sepulrure.
Il y aura toujours quelque Coquin
de Charrier, qui interrompra
nostredessein, on quelque
Receveur qui fruftrera nostre attenté.
Scaliger, continua le Marquis,
sevantefort desTombeaux
deses Ancestres qui font à Verone,
& il s'étonne de ce qu'ils
n'ont pasestédémolis. Mais ilne
s'en soucie point, ditil, & (i ce
n'estoit la Résurrection
,
il ne se
mettroit pas en peine de si Sepulture.
Il ne m'importe où je seray
ensevely quand je feray
*
mort
Mon corps fera comme le corps
d'un Asne. Il y en a qui ne veulent
pas que d'autr(es soient mis
dans leurs Sepultures, mais dans
nostre Religion
, il n'en doit pas
estreainsi.
Voila, interrompit le Docteur,
les beaux sentimens que le Calvinisme
avoitinspirez à ce grand
homme : qui avoit la teste bien
meilleure que le coeur, & plus
d'esprit que de Religion ; beaucoup
de suffisance & peu de pieré.
J'avoue que quelques-uns ont
fait peu de cas des Honneurs sunébres,
& les ont défendus en
mourant ,
mais la pluspart l'ont
fait, pour paroistre après leur
port , ce qu'ils estoient pendant
leur vie, & peurestre ce qu'ils n'étoient
pas, c'est à dire,humbles,
sans orgueil, & sans vanité. Mais
ce n'est pas en cela que consîste
l'a-ff'dire. Un orgueilleux sans
Tombeau
,
&. sans honneurs funèbres
demeure toujours orgueilleux
Il y a mesmede la vanité
à mépriser
,
& à rejetter ces
~ortes de devoirs, autant qu'à les
pendier, & à les rechercher avec
frep de soin.Tela fait plus de
ruit sansTorches, & sans Ecufons
; que sion luy avoit fait les
unérailles d'un Empereur Romain.
Le Chancelier de Lhospitalmëprisa
cette pompe funèbre,
mais comme vous sçavez, plus Huguenot, en qu'en veritable Catholique;&
j-si ce que vous venez
dedire avoir liéu
,
il n'y a point
clé Calviniste qui ne remportai
en cela, sur tous les Philosophes
re la'Grcce sur tout les Marfrsdel'Eglise,
je me promenois un jour dans
leJardin d'une personne dela premiere
qualité,de la Religion Prétendue
Reformée. J'apperçeus au
bouc d'une Allée qu'on fréquentoit
peu; parce quelleestoit fort
négligée;j'apperçeus, dis-je, au
travers des brossailles, uneespece
de caverne toute ouverte ,
d'où
il me fcmbJa voir quelque figures
en bosse
, comme si ce lieu eust
esté autre fois une Chapelle, &
en effet ce caveau estoit au dessous
de l'ancienne Chapelle de la
maison. J'y entray donc par curiosité
,
& malgré la puanteur qui
en sortoit, j'y remarquay quatre
coffres de plôb, dont il yen avoic
deux rangez de leur hauteur contre
la muraille, & les deux autres
couchez à terre. Mais ce
qui estoit remarquable,& qui
causa masurprise, est que ces
Coffres estoient faits selon la forme
du Corps. Que je considéray
bien dans ce moment, le peu que
c'est des grands Hommes apres
leur mort! C'estoient les Corps
des quatre plus considérables
Heros de cette Illustre Famille,
qui estoient là gisans parmy les
Crapaux, dans un Cloaque d'ordures.
Voila quelle esthumilité
Huguenotte touchant les Tombeaux,
&. la Sépulture des Morts.
Il faut au reste n'estre guere persuadé
de la Resurrection des
Corps, pour en faire si peu de
cas, ç'a pourtant esté cette
creance, quia introduit l'usage
des Urnes & des Tombeaux
,
où
l'on conserve soigneusement
,
&
dans nos Eglises mesme, leurs
Cendres &: leurs Reliques.--
Detoutes les Religionsqui ont
esté au Monde, dit l'Abbé,iln'y
a que la Chrestienne, qui-ait permis
la Sépulture des Morts dans
les Temples:car ny chez lesJuifs,
ny chez les Payens,ny chez les
Mahometans, nul homme, non
pas mesme leurs Héros&.leurs
demy-Dieux n'a eu cér avantage.
Ilmesemble pourtant, dit le
Chevalier, que quelques-unsont
esté mis apres leurmort, dans les
Temples des Payens, -& je me
souviensd'avoir leu que les cendres
d'Hypocrare
,
furent mises
dans un Temple de Junon. IL est
vray ,
repartit l'Abbé
, que les
Payens ontaccordé cet honneur
aux cendres de quelques-uns de
leurs Héros, & de leurs demyDieux
,qui pouvoient eux mesmes
avoir un jour des Temples
& des Autels; mais je parle seulement
de la Sepulture
,
ôc il est
constans qu'elle n'a esté pratiquée
dans aucune autre Religion)
que la Chrestienne
,
&. la raison
est, que les Anciens craignoient
l'infection des Morts; ce qui les
obligeoit de les enterrer en des
lieux fort éloignez, ou de les
brusler,& de n'çn conserver que
les cendres. En effet, la putrefaction
des Corps peut nuire à la
santé, sur tout dans les Pays
chauds. Ainsi les Juifs, dont la
Famille des Prestres & des Sacrificateurs
demeuroit dans leur
Temple; ôcles Mahometans qui
vont cinq fois par jour àlapriere
dans leurs Mosquées, ont eu raiion
d'éloigner la Sépulture des
Morts. Mais outre cette raison,
continua l'Abbé, les Juifs estoient
respectueux jusqu'à la Superstition
, & adoroient un Dieu trop
pur, &. trop majestueux
, pour
souffrir rien de fale & de corronjpu
dans leurTemple. Quoy qu'ils
attendisssent le Messie qui dévoit
élever nostre Nature jusqu'à la
Divinité,ils ignoroientun culte
quiestrelatifàcetteNature, par
le moyen d'un Dieu fait Homme.
Il falloit que Dieu prist nostre
Chair, & fust devenu nostre Frere
, avant que nous eussîons parc
icy basà son Heritage. Et comme
cét Herirage,étoit un Champ
de terre, qui luy servit de Cimetiere
, & qui fut payé du prix de
tout son Sang, il a bien voulu que
'ufa
nous fumons ensevelis auprès de
luy
,
& que les Tombeaux des
Fidelles fussent nu pied de ses Autels.
Le Chrestien est trop uny
avec le Sauveur du Monde,pour
en estre separé après la mort. II
n'en est pas comme du Juif ôc du
Mahometan, qui n'ont eu qu'une
relation servile avec leurs Pro.
phetes. Le Sauveur s'est fait comme
un de nous. C'est un Dieu
quis'est abaissé jusqu'àestredela
maniere d'un Mort au Sacrement
de l'Autel, Se comme ensevely
fous les Especes. Nos Tabernacles
&nos Eglises fontde veritables
Tombeaux, qui renferment
son Corps; & comme le Tombeauest
un héritage commun à
toute la famille, il est juste que
nous sovonsinhumez avec lUYt,
puis qu'il est nostre Pere
,
& itre no- Frere aussï bien que nostre
Dieu. Ainsi le Chrestien a seul,
céravantaged'estreinhumé Jans
le Temple de son Dieu, dont il
est membre & partie. Pardonnez
moy, Meilleurs, si je vous parle
de la sorte, & devant un Docteur
; mais il est difficile de ne
laisser pas écha per quelques traits
du métier. Toute la Compagnie
qui avoit esté fort attentive à
tout ce que l'Abbé avoit dit, luy
marqua qu'elle en estoit tres satisfaire,
& le Docteur mesme,
ce qui l'obligea de continuer
ainsi.
Au commencement du Christianisme
les Fidelles s'assembloient
où Iton avoit inhumé les
Martyrs,car alors l'Eglise avoit
déja des Tombeaux,&n'avoit
pas encor de Temples. Or es
Tombeaux, quoy que souterrains&
cachez, estoient grands,
& fpaciux ; en sorte que les premiers
Chrestiens y faisoient leurs
Cérémonies, & offraient le Saint
Sacrifice sur les Corps des Martyrs
, dont le Tombeau servoit
d'Autel; d'où est encore venu
l'usage de dire la Messe pour les
Morts, & à l'honneur des Saints,
parce que le Prestre faisoit toujours
Commémoration du Défunt
sur le Tombeau duquel, il
célébroit le Sacrifice. Voila donc
é mon sens, ce quiaintroduit, êc.
autorisé la Coustume d'enterrer
les Morts dans nos Eglises
,
mais
enfin l'usage des Tombeaux est
aussi commun, qu'il est ancien
parmy toutes les Nations du
Monde. Ce qui est admirable,
c'est que l'usage de ces Tom.
beaux, qui ont presque toujours
esté embellis des Ornemens de
l'Architecture ait devancé l'Architecture
mesme. L'Ordre Corinthien
apris son Origine du
Tombeau Rustique, qu'une charitable
Nourriceavoit élevé félon
la Mode du Pays, à la Mé.
moire d'une jeune fillede Corinthe.
Et pour ce qui est des autres
Ordres d'Archicedure, il est certain
qu'ils font postérieurs aux
Sepulchres, & aux Tombeaux
qu'on a bastis pour les Morts;mais
il est certain aussi, que ces Monumens
n'ont paru avec éclat, Se
n'ont esté célébres, que depuis
que l'Architecture a esté dans sa
ferfcâion,comme c'est dans les
Tombeaux où elle a fait des chef
pdjoeuvres
,
& montré ce qu'elle
avoir de plus rare & de plus ex-
[ quis.
J'ay lu, interrompit le Chevalier,
dans les Relations des Indes
Orjen[ales, une.aÍfe-z plaisante
maniere deTombeaux
,
qu'on
:bârit pour le Vulgaire,dans lesquels
le Mary & la Femme sont
ensevelis. C'est un simple Mur
en rond ,ou en quarré
,
qui les
renferme tous deux,&qu'on éleve
de la hauteur d'un homme
taffis, car c'est ainsi qu'on enterre
4es Morts en ce pays-là. On en-
:terre la Femme vivante au genoux
de son Mary;&; on luy tord
le cou lors que la muraille est bâtic
àsahauteur. Apres quoy on
la couvre, & on termine ce Sepulchre.
Il n'y a pas là grande Architecture
, ny grande dépense,
mais aussi il y a moins d'orgueil,
& de vanité.Je me souviens à propos
de cela,dit le Marquis, que
dans le premier Voyage que je fis
en Flandre avec le Roy,j'estois
surpris de voir plusieurs monceaux
de pierre,qu'on appelle en
ce pays-là des Tombes. On me
dit que c'estoient les Tombeaux
de quelquesAnciens Capitaines,,
qui avoientesté tuez en ces lieuxlà,
où l'on avoir autrefois donné
Bataille. En eff t je n'en vis que
dans quelquesPlaines,qui étoient
propres pour combattre, &pour
ranger une Armée. Il va peu de
ces Sepulchres Rustiques qui
soient considérables. Il me fem
ble
,
Monsieur le Docteur
, que
j'ay leu quelque choie de pareil
dans l'Ecriture Sainte. Vous y
avez leu la mort d'Absalon
,
réponditle
Docteur, auquel on fit
un semblable Tombeau
,
d'un
grand nombre de pierres qu'on
j;¡rra sur safosse. Cependant ce
Prince tout jeune qu'il estoit,
avoit déjà fait construire son
Tombeau. Porro Absalon crexerat
sibi cum adhuc vivent,titulum qui
eft-invdleReçis. Or titulum veut
direicy la mesmechose que tumuluin.
Et on voit encore aujourd'huy
ce Tombeaud'Absalon,
presqueensonentier. Mais vous
remarquerez que cet amas de
pierres que l'on jettoit sur les
Morts, estoitsouvent une marque
de punition & d'infamie,
comme a l'égard d'Abialon dont
on ne combla la foÍfe de pierres,
que pour chastiment d'avoir esté
Rebelle, & pris les Armes contre
son Pere; ce que l'on pratique
aussi envers les Scelerats & les
Criminels. Cen'est pasàceux-là,
dit le Chevalier, qu'on doit souhaiter
que la terre leur foit légere.
Sit tibi terra levis
,
mollique tegaris
arena.
Les Tombeaux del'Antiquité,
& ceux mesme d'aprefent
,
sont
Ils legers pour les Morts?Je voudrois
bien, Monsieur le Docteur,
que vous m'eussiez expliqué ce
terra,levisde Marrial, dansl'Epitaphe
de Philenis. Martial n'est
pas le seul qui parle de cette sorte,
répondit le Docteur.C'estle
langage ordinaire des Poëres.
Ovide
Ovide fait dire à Procris mourante,
uinte dicm morior, fcd nnUâ yellict
Ufa.,
HQC faciet fofit* te mihi, terra,, le-
V(M.
Et tout cela ne veut dire autre
chose que les attaches & les affections
de la terre qui nous retiennent
icy-bas, & qui nous empeschenr
de nous éleverau Ciel. Les
Anciens, dont plusieursn'estoient
pas persuadez de la Resurrection
des Morts, l'estoientneanmoins
d'une certaine Transmigration
des Ameshors desTombeaux,qui
se communiquoient aux hommes,
& qui habicoient dans les Cimetieres.
Or ils croyoient que les
corps qui estoient privez de sepulture,
empeschoientlepassage des
Aines; 6c c'est pourquoy ils estoient
si soigneuxdeladonneraux
Morrs; mais aussi ils leur souhaitoient
une terre legere, afin que
leur Tombeau ne fust pas un obstacle
à cette communication.
Voilà laraison des Tombeaux légers,
Monsieur le Chevalier, &
pourquoy vous avez accordé si
obligeamment la Sepulture au fameux
Archytas. Vous voudrez
bien faire part à la Compagnie de
cette Ode d'Horace,que vous
avez si heureusement imitèe. A
quoy m'engagez-vous, Monsieur
le Docteur, répondit le Cheva.
lier? C'est l'amusement d'une aprés
dinée, quinevautpaslapeine
qu'on s'en souvienne. Cependant
pour ne pas nous faire acheter
si peu de chose, & augmenter
par là vostre curiosité, voicy ce
quec'est.
JZjtoy, la Terre e la Mer vous manquent,
Archytts
, Et vous estes sans Sepulture;
Vous qui cent & centfois d'un artisse
compas,
Avez, pris leur mestre ?
Bien loin que le bel art vous rendifi
immortel,
Vous payez, comme noué un tribut à
Nature
Jjhtand elle nous doit un Autel.
Il est vray jesaù mort ,
mais U
Geometrie
, Non plUJ que la Phitofophié
N'ontjamaisfaitdes Immirtds.
Connoijlre le Ciel & la Terre,
Nejùrer leur contour, & tout ce qu'il
enferre,
Merite des Autels;
Mais il n'exempte point de payer a
NAture
Ce tribut odieux,
Dont la loy rigoureuse & dure,
S'étendjusques aux demy. Dieux.
Tout le monde estfijtt à cette loysevere,
Le Fils meurt ainjî que le Pere;
Soit en courant les Mers, foit parmy
les Combats,
Par tout, la mort cruelle, inexorable
d-Jiere,
Leurfait, rencontrer le trépan.
PJlagore, Tyton, Radamante, Tantait,
Pour vivre en differens état>,
Ontpourtant unefn égale
A celle du pauvre Archytas.
Peur tftre tout-a-fait comme eux,
Cher Pafant,exîucemesvoeux,
En me donnant la Sepulture;
J'ayperysur la Merj mais d4nscette
avanture,
c!i¿ui peut avoir un fort piu* beau
.!l!..uc le mien, si tes mains- me dref-
-
fent un Tombeau?
Le Chevalier, pour ne pas donner
le temps à la Compagnie de
l'aplaudir sur cette Picce
,
conti.
nuadela sorte. Mon Dieu, dit-il,
que les Funerailles de Pompée
font belles dans Lucain! Voyezvous
ce Soldat officieux qui parcourt
le Nil,pour trouver le corps
desonMaistre?Et qui enfinl'ayant
trouvé, le brûle à un petit Bucher
qu'on avoit allumé pour le corps
d'tt1 pauvre Pescheur. Cela vaut
mieux chez lePoëte, que toutes
lesPompes funebresdesRomains;
& ce Monument simple & rustique,
semble braver icy l'orgueil
des Tombeaux & des Pyramides
des Rois d'Egypte. Son Epitaphe
est cavaliere, permettez - moy ce
mot,mais elle est digne d'un grand
Capitaine, &. je la préféré à tout
ce que les Grecs & les Latins ont
fait sur ce fbjer.
-
Jlgrave sur JI., roche, & dure à*
mal coulée;
Adoreicy ,
FaJJknt, Us cendres de
Pùmpée.
Les Epitaphes, dit le President,
sont desTombeaux spirituels, de
peu de dépense à la vérité,mais
qui honorent quelquefois davanrage,
que les plus superbes Mausolées.
Tous les Poëtes&les Gens
de lettres, qui ont dordinaire
plus de réputation que de richesses
, en ont élevé de semblables à
leur memoire, de leur propre façon
,
S: ont fait leur Epitaphe avant
leur mort. Voulant du moins
qu'on leust dans leurs Ecrits, ce
qu'on ne pourroit pas voir sur leur
Sepulrure. Ils en ont mesme ho..
noré leursAmis,croyant leur donner
par là, une glorieuse immortalité;&
en effet,tel à qui le temps
ou la fortune a renversé leTombeau,
& dissipé les cendres,trouve
encore tout entier, & son nom,
& sa memoire dans leursLivres.
Les Anciens, &. sur tout les Peuples
de Syrie,ont esté fort curieux
d'Epitaphes&d'Inscriptions pour
les Défunts. Il me semble qu'on
les néglige aujourd'huy, & qu'on
envoie peu deconsiderableshor
mis dans les Livres. On a fait plusieurs
Recüeils d'Epitaphes,où il
s'en trouve deplaisantes. Caron
en a fait de ridiculesaussi bien que
de funebres. Surquoy Marot fait
direàun certain Fou dans son Epitaphe.
- Jguand quelque fage homme
Viendra mon EpitApbe lire,
lyi oorr"d{o)nnnnee ss''-ilsee'fJr'{e'nnud à rire, A, il{oit rtri, des FousMaifire pall:
Faut-ilrire d'un Trêpassé?
Il avoit raison, dit le-Docteur,
il ne faut pas s'arrester à gloser sur
les Morts. Cela est indigne d'un
bonnette homme, &. sur tout d'un
Chrestien. On peut avec justice
crier dans nos Temples, à ces railleurs
curieux, hors d'icy, Propbanes.
Pour moy je ne puis souffrir dans
ces lieux-là, d'Epitaphes plaisantes-
Se ridicules, & j'admire jusqu'où
aesté l'impudence de quelques
Chrétiens, ou plurostleur
ignorance & leur simplicite
,
d'avoir
gravé leurs fades railleries
dans nos Eglises, & jusque dans
le Sanctuaire. Il y a mesme plusieurs
de ces Epiraphes impies, &
plusdignes d'unathée Sed'un Li-»
bertin, que d'un Chrestien& d'un
Fidele. Mais pour quitter cette
Morale, je veux vous dire que
c'est à Symonides qu'on doit cette
invention, d'honorer les Tombeaux
des Morts, d'Epitaphes
pleines de leurs louanges;&Ronsard
nous asseure que ces devoirs
& çes éloges agréent beaucoup
aux Manes des Defunts.
Tel bien memoratifallege leurfoucy,
Etse plaisènt de lire en sipetit espace
) 1
Leurs Noms & leurs Surnoms, leurs
Villes & leur Race..
Mais quel ressentimenten peut
avoir unChien ou unCheval,pour
qui on a fait des Tombeaux &. des
Epitaphes? Et quel honneur en
doivent attendre ceux qu'une lâche
complaisance abaisse à cette
ridicule flaterie?Vous retombez
toujours dans vostre Morale.,
Monueur le Docteur, dit le Marquis.
Pour y faire diversion, vous
me permettrez de vous dire, que
les Turcs sontfort curieux de leur
Sepulture, & qu'iln'y a si miferableparmy
eux,qui n'ait son Tombeau
&. son Epitaphe. Ceux qui
n'en peuvent pas avoir d'embellis
d'Architecture, prennent foin de
les orner tous les jours de fleurs.
C'est pourquoy ils les entourent
d'un parterre, où il yen a des plus
belles & des plus odoriferentes.
Ils s'inclinent devant ces Tombeaux,
& les ont en si grande
vénération, qu'aucun n'oseroit
parler à cheval dçvant un Sepulchre,
sans mettre pied à terre, ou
se resoudre à souffrir hl. bastonnade.
Cela fait que mefjne ils respechem
ceux des Fideles, & s'en servent
de la pluspart pour leurs
Mosquées,comme des
Tombeaux
des plus grands Prophetes, &de
quelques Rois deJudée, pour qui
ils ont de la vénération. La beauté
de ces Tombeaux,qui sontspacieux5cmagnifiques,
les obligeà
cela; mais ils le fontsuffi, pour la
reputation des personnes qui y
ont esté inhumées, afin que les
lieux où ils font leurs Prieres,
soient plus célébrés & plus dignes
de la grandeur de leur Prophere.
Ils font encore fort jaloux
de leurs Tombeaux,&conservent
cxachemenc en cela
,
l'honneur&
l'interest de leurs familles, ne permettant
pas qu'aucun Etranger y soitinhumé.lisontimitélesGrecs
& les Romains, quiestoientaussi
fort jaloux de leurs Sepultures.
Cependant leurs Tombeaux n'étoient
pas tellement reservez pour
Jes Familles, qu'on n'y enterraft
ses Amis, & ceux dont on honoroit
le mérité &la vertu. Ennuis
fut mis dans le Tombeau de Scipion
, parce que ce Poëte avoit,
écrit dans ses Vers, la seconde
Guerre Punique. Nous en usons
delalorte,& de nos jours, le brave
& judicieux Prince de Turenne
a elle inhumé à Saint Denys,
qui est le Tombeau & la Sepulture
de nos Rois , honneur qu'on
avoit fait autrefois au genereux
Connestable du Guesclin.
Ces Monumens publics qu'on
dresse à la memoire des Defunts,
produisent toujours de bons effets,
die le Doéteur. Ils avertiffent
les jeunes & les vieux, les
Grands & le Peuple, que nous
sommes tous mortels, &: que nous
ne ferons un jour que cendre &
que poussiere
; mais ils nous excitenten
mesme temps à pratiquer
les vertus qui ont rendu celebres
ces grands Hommes, dont nous
honorons si chèrement les cendres.
Eneffet,selon les Grammairiens
& les Etimologisteun Monument
est un ressouvenir 5c un
avertissement public, qui nous inspire
une parfaite resignation à la
mort, & un grand desir de mourir
en homme de bien, puis qu'on
n'accorde cet honneur qu'à ceux
qui ont eu du mérité &de la vertu.
Ceux qui se tuënr, perdent, selon
les Loix, l'honneur avec la vie;
car il n'appartient pas à tout le
monde de faire le Caton, ccuxlà,
dis.je,font privez de Sepulrure
& de Tombeau, parce que ce sont
des marques d'honneur qu'on
donne à la memoire du Defunr.
Mais ces magnifiques Tombeaux
font quelquefois toute la gloire
des Morts; & tel qui a mené une
viefortobscure, devient célébré
par ses funerailles, l'or & le marbre
quile couvrent, font la ma.
riere-aussi-bien que l'éloge de les
vertus. UnTombeau somptueux
nous donne une grande idée de la
personne qu'il renferme;& quoy
lIue nous sçachions qu'on peut
dater en Tombeaux,comme-en
Panégyriques,& qu'on peut cor- , rompre le ciseau des Architectes,
mauiti-bien que la langue des Orateurs,
on se laisse plus aisément
prévenir par ces forces de Monumens,
& on ne sçauroit croire que
les cendres d'un fat, soient conservées
dans une Urne de Jaspeou
d'Agathe. Il nous souvient de la
Fourmyembaumée dans de l'ambre,
dont parle Martial; vous me
permettrez bien de vous rapporter
icy cette jolie Epigramme, de
LaTraduccion de Marot. Elle ne
vous déplaira pas dans son vieux
fiile, qui pour n'estre pas fort juste
dans les rimes, l'est beaucoup
dans le sens.
DeJfeuAl'arbre oul'ambre dégoûte
La petite Fourmisalla :
Siur elle en tomba une goulet tout à coup se congela:
Dent la Fourmis demeura la
Au milieu de l'ambreenfermée. j
Ainsi la bejle déprisée
,
j
Et peu prisée quandvivoit,
Easinadsa mortfort eflimée si beau Sepulchre on lay
voit.
Il feroit aisé d'appliquer cette
Morale à plusieurs de ce fïecljj*
mais l'honnesteté m'empesche de
la pouffer plus loin. J'aime mieux
vous dire, que comme les Tom- *
beaux des Anciens estoientbâcisi
sur les grands chemins, de u uc
venuë la coutume de mettre'.ans
les Epitaphes,Staviator.0 1. ion
'.veut, on prouvera de cet-2 en -
tume, que les Tombeaux estoit c
bâtis aucrefois sur les grand s ch -
mins. Cette voye Appia, ouc? voye qu'Appius Ciaudiusnc faite
quiduroit depuis Rome juÍq;'iei
Brindes, c'est à dire six grandes
journées, n'estoit prefquc qu'on
Cimeriere remply deTombeaux., Ce fut là que l'on trouva sous le
Pontificat d'Alexandre VI. le'
corps de Tullia fille de Ciceron,
encor tout entier, après treize fiecles.
Et ce futdans son Tombeau
)où l'on trouva une de ces Lampes
imerveilleufes
,
dont les Anciens
1fe servoient pour éclairer leurs
iîSepulchres, parce qu'elles étoienc
inextinguibles, pourveu qu'elles
ne recceuseèntaucun air. Maisap..
prouvez-vous, dit le Chevalier, le
procedé de ce Pape, qui fit jetter
le corps de cette illustre Fille dans
leTibre? Pourmoy jeluy en veux
mal, &jefçay tjpngréau Conservateur
de Rome, qui la fit porter
au Capitole, comme une Relique
rare & precieuse5 c'estoit garder
le respect qui est deu aux Morts.
Mais ce Pape ne devoit pas ainti
violer les Tombeaux, & traiter de
la forte ce que l'aruigultéavoitde
plus venerable. Il devoit respecter
les Mânes de la fille de Ciceron,
ou du moins ne les pas diffamer.
Ce Pape,dit le Marquis, eftoic
cruel, & n'avoit aucun égard pour
personne.Maisremarquezje vous
prie, combien le foin de la Sepulture
eit inutile, queiqae precaution
qu'on puisse prendre pour
conservernoscendrcs. Jadmire
ces gens qui craignent de mourir
ailleurs que chez eux, parce qu'on
negligeroit leurs Obseques. Socrate
préféra la mortàl'exil, luy
qui le disoit Citoyen du Monde-,
parce qu'il craignoitde porter Tes
os ailleurs) & qu'il vouloirquele
lieude son Berceau, fust celuy de
son Sepulchre; c'est qu'il vouloic
mourir entre les brasdesa. Nourice,
dit le Chevalier. Quoyqu'il
en fait, reprit le Marquis;on die
qu'il n'avait jamais mis le pied
hors le territoire d'Afrique. Montagne
dit de Juy. mesme, que s'il
croyoit mourir en autre lieu que
celuy de sa naissance, il ne fortiroit
pas sans effrov hors de (a Paroisse.
Cependant il alfeure ailleurs,
que s'il suivoitsa volonté,
il voudrait mourir horsde sa maison
, & loin des Gens; m;is enfin
la nature est toûjours plus forte
que la raison, & nos inclinations
ne manquent jamais de s'opposer
ànos raisonnemens.Socrateaima
mieux mourir à Athenes, que de
vivreàSparte. Pour moy j'aimea
vivre par rour, &il m'importe peu
en quel lieu je dois mourir. AIna
ne croyez pas que j'ambitionne la
gloire d'avoir un Tombeau superbe
& magnifique. Mais il est
tard, &, nous abuions de la patience
de Monlieur 1.Abbé. A ces
mots il prit congé, & toute la
Compagnie se separa.
Jevous ay tenu parole, Madame,
vous n'avez rien trouvédans
ce Recit de terrible-& de lugubre.
Le serieux y est temperé d'un honneste
enjouement ; car les genies
qui habitent ces Tombeaux, sont
bons & agréables, & n'inspirent
que la joye & la consolation à
ceux qui les Frequentent. C'estce
qui me fair esperer, Madame, que
vous agréerez cette Conversation
,
& le soin que j'ay pris de
satisfaire vostre curiosite. Je fuis
vostre, &c. DE LA FEVRERlE.
Traité dcs Sépultures dans le dernier
Extraordinaire
,• UOUÔ neferez,
pas finfihéc quen vais renouvelle
cette Matière,quand je vous aufay
appris que la ConverjctimJcadcmiquequiftit
,
efi de M. de la Fe-
? vrc/ie. Elle est diverfifée par tant
j
d*agreables chefes
}
6'-v par des re..
< marques sipropres 4 rendrel'esprit
> content, qu'enpeutdire que leseul
i nom de Tombeau,est ce quelle a de
lugubre.
CONVERSATION
A CADEMI QJJ E
dans laquelle il est traité
de l'Origine des Tombeaux
,ôc des magnifiques
Sepultures.
A MADAME
LA COMTESSEDE,C.H.C.
: LA mort de laReyne, de glorieuse
& de pieuse memoi-
-
re ,
puis qu'elle est en benediction
chez tous les Peuples, a
touché sensiblement toute la
France, mais particulierement
nostre IllustreAbbé. Outre qu'il.:
est bon sujet, & fidelle serviteur du
du Roy, vous savez, Madame,
qu'ilavoir encore d'autres raisons
d'en estre affligé. Ses Amis
prirent parc à sa douleur, mais sur
toutlapetite Troupe choisie, vint
mesler ses larmes avec les siennes.
Comme il estoit alors en
cette Province, elle tâcha de le
consoler par ses frequentes visites,
& elle n'oublia rien pour le
divertir, & pour chasser la mélancolie
que cette mort, & son
indisposition ordinaire luy causoient
dans ce tem ps-là.
Un jour qu'elle estoit venue à
ce dessein
,
& qu'elle commençoit
un Entretien un peu plus gay
qu'à l'ordinaire, elle fut interrompuë
par une Lettre que l'on
aporta à nostre Abbé, de la part
du Reverend Pere de Soria. Vous
sçavez encore, Madame
,
les liaifons
étroites qu'il avoir avec ce
digne Confesseur de la Reyne.
Il nous enfit la lecture, ce qui redoubla
nos regrets, & engagea
la Compagnie dans une Conversation
bien plus serieuse qu'elle
n'avoit crû. On y fit le Panegyrique
de cette Auguste Princesse
en diverses façons, & chacun
s'efforça de marquer le respect
& la veneration qu'il avoit pour
toutes ses vertus. On parla enfuite
de la Ceremonie qu'on devoit
faire pour elle, àNostre-Da
me, & à Saint Denys, & voila,
Madame,ce qui donna sujet, de
traiter dans cette Conversation
de l'Origine des Tombeaux, &
des magnifiques Sepultures.
Que cette matiere ne vous effraye
point, Madame. Toute lugubre
& triste qu'elle est
,
j'ose
vous asseurer qu'elle ne vous inspirera
rien de sombre & de mélancolique
; & mesme qu'elle
vous defennuyëra quelque temps,
comme elle fit nostre Illustre Abbé
qui y prit plaisir, &quiasouhaitéqueje
vousfille part de céc
Entrerien. Il n'y a point icy de
Spectres, & de Fantômes
,
de
Squelettes & de Cadavres rongez
des Vers. L'Or, le Marbre,
leJaspe
, &, le Porphire couvrent
tout cela; & l'Art par ses embellissemens,
donne icy l'Immortalité
à ceux que la Nature avoit
abandonnez à la corruption.
Aussi-tost que le premier Homme
eut peché
,
dit le Dodeur, il
fut condamné à la mort, & dés
ce moment il ne songea plus qu'à
mourir,&, à faire son Tombeau.
Il commença de s'ensevelir en
couvrant sa nudité, & il ne fit
qu'un pas du Paradis terrestre au
Sepulchre, maisdessçavoiroùfut
basti ce Sepulchre, c'est ce qu'on
ne peutdire. Ilesttoujourscertain
que ce ne fut point dans lisle
de Cylon aux Indes Orientales,
comme le croyent quelques Indiens
, auraport d'un Voyageur,
qui nous a faitmention du Tombeau
, & de l'Epitaphe de nostre
premier Pere. Une Epitaphe
d'Adam, s'écria le Chevalier!
Oüy,Monsieur, repartit le Docteur,
& une Epitaphe qui est
dans une Langue,qu'on peutapeller
justement la Langue matrice.
Le Public vous seroit fort obli.
gé, répliqua le Chevalier,si vous
vouliez l'expliquer, car personne
que je sçache, n'a encore pû en venir about. C'est un jeu d'esprit
de l'Auteur, dit le Marquis, qui
aplutost faitun Roman, qu'une
veritable Relation de ses Voyages.
Quoyqu'il en soit, reprit le
Docteur, l'usage desTombeaux
est très ancien, puis que nous
voyons, dans la Genese, que les
Hethéens, ausquels Abraham demanda
le droit de Sepulture pour
sa femme Sara, en avoient de
tres magnifiques. In electissepulchris-
nostris sepeli mortuum tuum,
repondit ce Peuple à Abraham.
Mais il me semble qu'on a mal
traduitelectis en nostre langne,
parbeaux&exquis. Car electis en
cet endroit, veut,dire choisis,,
comme si ce Peuple eustdit,Ensevelijftz,
ce Mort dans les Tombeaux,
que nous avons shoisis pour mus &
nostre famille. D'où vientque
nous disons ordinairement
, ild
thoifïsa. Sepulture en un tel lits.
Mais enfin Abrahamne voulut
pas accepter cette offre, & souhaitra
qu'on kuy vendist un
Champ de terre, & une Caverne
pour y bastir un Tombeau;non
seulement pour Sara& pour luy,
mais encore pour toute sa PoIle,,.
rité. D-iteinibijussepulchrivobif-
Cttm ,& confirmants est ager & antrum
quoderat in eobrabein pqfsessionem
mmumenti àfiliïshetb.
Voila donc un usage & un droit
de Sepulture,le plus ancien qui
soitau Monde, & ce fut suivant
ce droit, & cette coustume, que
Jacob voulut apres la mort en
Egypte
,
qu'on rapportait son
corps dans ce Tombeau d'Abraham.
Sepelite me, ditil à ses Ensans
, campatribus meis in spelunca
duplici (jujt est in agro Ephron, quant
emit Abrahaminpossessionem Sepulchri.
L'Origine des Tombeaux n'est
pas moins ancienne chez les
Pavens, puis que leur grand Dieu
Jupiter avoit son Sepulchre en
l'Islede Crete , &nos Voyageurs
asseurent qu'on voit encore aujourd'huy
cet antique Monument.
Oüy, mais interrompit le
Chevalier, un vieux Poëtea dit,
Les Crétins ont dressé,fowvtrain
Roy, ta Tombe,
Mais ton Efire divin à la mort ne
fuccombe*
Quoy qu'en dise nostre Poëte,
Jupiter estoit mortel
,
reprit le
Docteur. Mais sans nous arrester
là-dessus, c'est à la Grece qu'on
doit l'usage des Charniers, & des
Voutes souterraines, où l'on mertoit
les Corps & les cendres des
Défunts; car les Grecs estoient
fort curieux de la Sépulture des
Morts, en sorte mesme que l'on
croit que toutes ces Grotes qu'on
voit en Candie, n'estoient autre
chose que des Tombeaux. Mais
les Egyptiensont estésans doute
les premiers Inventeurs de ces
Magnifiques Sepultures, & les
premiers Peuples qui ont embaumé
les Corp s ;
fondez sur cette
opinion
, que l'ame estoit aurant
de temps immortelle,que le corps
demeuroir sans corruption. Il ne
faut donc pas s'éronner
,
s'ils
avoientun grand soindebastir à
leurs Morts, de superbes Tombeaux
pour y conserver leurs Momies
, puis que le Monument, se-
Ion qu'il estoit somptueux & magnifique
,rendoit la memoire du
défunt plusillustre& plusglorieu.
se. Qui a rendu immortels Semiramis
, & les Rois d'Egypte?
leurs Pyramides & leurs Tombeaux.
Leur mort a esté plus
éclatante que leur vie, & ils n'ont
esté celebres, &. n'ont survècu
jusqu'à laPosterité
, que par où
les autres Roys de la terre meurent
& ensevelissent toute leur
gloire dans un oubli éternel.
A propos de ces Momies
,
interrompit
le President
, un de
nos Voyageurs prétend que le
Bitume qui croist dans laMermorte,
servoit autrefois à embaumer
les Corps des Egyptiens,& que:
cette poix est un véritable
-
Baume,
pour conserver les Corps en
leur entier. Il estvray, dit Je Marquis
,que Villamont &, quelques
autres, ont avancé cela; mais je
ne fuis pas de leur avis. Lesveri-
-
tables Momies estoientembaumées
d'une miniere bien plusexquife,
& ce n'est que par l'excellence
des matières Aromatiquesqu'on
y employoit, qu'ellessont
pn^ieufes* propresàla gueri- l' son de tant de maladies,C5 Q!.JC;:
n'auroit pas la vertu du Bitule."
qui peur bien exempter un Corps
de pourriture, mais nonpas en
faire une veritable Momie;car
ce mot ne-veut pas dire fiinpléJ:
ment unCorpsentier & embaumé
; mais quelque chose de plus
excellent. Quoy qu'il en soit,
tout ce qu'on peut asseurer du
Bitume de la Mer morte, est que
c'estoit le Baume du vulgaire, &
du simple Peuple de ce Pays-là
car dansles Momies qu'on a découvertes
s on a trouvé qu'elles
font pleines de parfuns les plus
exquis. Cette maniere d'inhumer
les Morts estoit d'une grande dépense.
J'ay lû
,
dit le Chevalier
, une méthode d'enterrer les
Corps, & de leur bâtirdes Tombeaux
, qui efl bien plus facile, &
qui se fait à bien moins de frais.
Les Anciens la pratiquoient pour
tous ceux qui manquoientdeSepulture.
C'est de répeter par trois
fois le nom du Mort. Toute la
Compagnie se prit à rire, & le
Chevalier mesmeavoitde la peine
à s'en em pescher.Vous riez,
leur dit-il d'un air serieux
; c'est
pourtant de Daviry que je riens
cesecret, & jenetrouvepas qu'il
y ait tantà rire; lesPauvres qu'on
jettoit à Rome dans des Puys
apres leurmort,avoient besoin
d'un pareil Tombeau. On avoit
encore trouvé ce secret pour ensevelir
honorablement, & promptement
les Morts qu'on rencontroit
sans Scpulture par le chemin
;car ce devoir estoit si étroitementpratiqué
chez les Anciens
, que l'on se tenoit poilu si
on rencontroitun Mort, qui ne
fust pasenseveli, à moins que de
jetter dessus un peu de terre ou
de poussiere
, ou de répeter trois
fois son nom. Mais quand on ne
le sçavoit pas, ditle Marquis?
Mon Dieu, vous me faites toûjours
des affaires, reprit le Chevalier
, on jettoit de la terre dessus.
Mais que dites vous de Varron,
continua-t-il, pour se tirer
de l'embarras, où le Marquis l'a.
voitmis? Il voulut qu'on le mÍÍt
apres sa mort dans un grand Vaisseau
de terre cuite, avec des
feüillesdeMeurte, d'Olivier, &
de Pavot: tous Symboles de la
paix, du repos, & de la tranquilité
de l'Ame
,
si peut estre vous ne
trouvez finesses dans cette forte
d Inhumation, car Varron estoit
un Sçavant, qu'on peut soupçonner
de Science secrete & de cabale.
Quoy qu'il en soit, les Riches
de Rome estoient inhumez
dans leurs maisons
,
& nonobstans
la coustume de brusler les
Corps en ce temps-là, Popéefut
embaumée,&, portée au Tombeau
des Jules, ce qui me fait
croire, que le Bucher n'estoit pas
la Sepulture de toutes les personnes
de qualité, particulierement
- des femmes; mais seulement des
grands Hommes qu'on vouloit
mettre au rang des Dieux, comme
un moyen plus facile d'élever
leur ame au Ciel, & de faire leur
Apotheose. J'approuve vostre
conjecture, dit l'Abbé, car Néron
n'épargna rien pour les funérailles
de Popée, & il eust fait
brûler son corps, s'il eust creu
rendre par là, un plus grand hon. neuràladéfunte. Ilaimoitlefeu,
comme voussçavez,jusqu'à brûler
Rome, pour s'en faire un divertisement.
Cependanton brûloitde
ce temps,là les Corps des
Empereurs& des personnes considérables
,
dont on conservoit
fore soigneusement les cendres.
Vous me demanderez peut estre
de quelle maniere on recüeilloit
ces cendres ? car elles pouvoient
estre meslées avec celles du bois
qui confumoit le Corps. Pline
vous aprendra cela comme moy,
mais pour vous épargner la peine
de le consulter là dessus, voicy
ce qu'il en dit autant que je puis
m'en souvenir. On donnoit aux
Empereurs & aux personnes de
qualité qu'on devoir brûler,des
chemises faites d'un certain lin
des Indes qui est incombustible,
ce qui rendoit ce lin fort rare, &
tort précieux, ou bien on enfermoit
le Corps dans un coffre de
fer qui estoit percé, de façon que
l'humidité pouvoit s'exhaler,sàns
que la cendre sortist. On mectoit
après cela ces cendres dans
des Urnes d'argent, d'or, ou
d'agathe. On les arofoit de vin,
& d'eaux de senteurs, on les parfumoit,
& souvent on pofoit sur
ces Urnes des Couronnes précieuses
, ensuite dequoy on les
mettoit en dépost dans le Tombeau
de la famille
; & voila de
quelle forte on inhumoit les
Grands à Rome. si
Pour moy, dit le Président, je
croy que la vénération qu'on a
toujours euë pour les cendres des
Morts, vient de ce que la cendre
de chaque chose, contient sa forme
Se sa figure, comme l'experience
nous le fait voir dans la
cendredes Plantes.
Secret dont on comprend que quoy que
le corps meure,
La forme faitpourtantaux cendres
sa demeure.
a dit un grand homme
,
qui prétend
que les cendres des Trépassez
qu'on voitsouvent dans
les Cimetieres font naturelles,
puis qu'elles ont la forme & la
figure extérieure des Cor ps,
qu'on a enterrez en ces lieux; ôc
que ce ne font pas leurs ames, ou
des fantômes representez par les
Démos, comme le croit le simple
Peuple;Car enfin quoyque lecorps
foit réduit en poudre, la figure
ne se perd point. Mais cela se
voit encore mieux dans le champ
d'uneBataille nouvellement don- -
née; & voicy comme la chose feé
fait. Cesfiguresfontexcitées,&
élevées en partie parla chaleur
internede la terre, &, des Mourans,
& en partie parla chaleurs
externe du Soleil & du Canon
<]ui a échauffé l'air. Voila une?
plaisante opération de chimie, dit
Je Chevalier.Elleestnaturelle,
repond le Docteur
,
& c'ell: une
très-bellevision de quelques Rabins
Talmudistes, dont Monsieur
le Président a fait une fort heureuse
aplication, aux devoirs queai
nous rendons à la cendre des
morts, en leurdonnant desTombeaux
magnifiques. C'est [OÛ--J
jours une vision, reprit leChevalier
, mais Monsieur le Docteur, (,
continua-t-l,ditesnousun peus'il
xfy a point de différence entre
ces termes d'Ensevelir
, d'InhkmtY,
d'Enterrer, que nous confondons
si souvent? Il y a quelque différence
entre ces termes, répondit
le Docteur, mais elle n'est pas
grande, &. elle est plus propre à
un Grammairien qu'a un Philosophe,
car tout le monde entend
par-là,la mesme chose. Qui est
inhumé, est enterré, qui est l'un
& l'autre,est enfevely. Choisissez-
- lequel il vous plaira, Le Traducteur
de Pline s'est lourdement
trompé, en voulant faire cette
distinction; car il dit que les Latins
appelloient un homme enfevely,
dequelque maniere qu'il fust
enterré; & qu'il estoit inhumé,
lors qu'on mettoit son corpsen
terre. Je vous demande un peu la..
différence qu'il y a entre un corps
mis en terre, & un corps enterré ? Vous voyez bien que cela est ridicule.
Mais tout ce que je puis
vous direest que lemotd'ensevelir
,
se doit entendre principalement
des Corps qu'on embaume
,& qu'on met en déport dans
des caves, & inhumer de ceux
qu'on laisse pourrir dans la terre
& les uns & les aurres, ayant des
Tombeaux, & des sepultures,
on peut dire indifféremment inhumer
, & ensevelir les Morts.
Pline dans le Chapitre qui fuit ce.
luyque je vous ay cité, s'explique
de maniere qu'il entend toujours
par le mot d'enfevely, un
homme qui est inhumé, &qui
est dans leTombeau;ce quesignifie
conduits que son Traducteur a
mal rendu en nostre langue, par
enterré en quelqueforte que ce
foire
Mais pour ne pas nous éloigner
de nostre sujet, continua le
Docteur, Thevet dans sa Cosmographie
universelle
,
dit que
les Anciens, ôc sur tout les Romains,
firent faire des Tombeaux
& des Monumens publics, aussi
bien pour les pauvres que pour
les riches, voulant montrer parlà
,
dit cet Auteur., que l'h omme
capable deraison est préférable
aux bestes, & que nos corp s doivent
estre ensevelis, & enterrez
en memoire de la condition humaine.
LesentimentdeThevet
est raisonnable, dit l'Abbé, mais
nous y devons remarquer trois
choses. Premièrement les Romains
n'ont élevé des Monument
publics à la memoire des Morrs.
qu'en faveur de leur vercu;6c
alors il est vray , que les pauvres
en ont esté honorez aussi bien que:
les riches;mais avec quelque distinction.
Secondement on a éri.
gé à des bestes de superbes Tombeaux
, comme on le peut voir
dans l'Histoire;&cesTombeaux
les ont élevez au dessus de la condition
humaine; & en troisiéme
lieu le méprisdes honneurs funèbres
,& de nostre sepulture apres
la mort, a esté respecté
,
& approuvé
des plusSages. Lucien a
ditapres Homere, que celuy qui
a un superbeTombeau, est comme
celuyqui n'en a point, & que
chez les Morts on ne rend pas
plus d'honneur à Agamemnon,
qu'à son valet, à Achille, qu'à
Therfite.
De n'eflre enfevely ce n'cftpM grande
perte.
dit Virgile, ou comme a dit cét
autre.
Le Ciel couvre celuy qui na point de
Tombeau.
Seneque méprisa les honneurs
funébres apres sa mort, 6c l'ordonna
expres par son Testament,
cequi fit qu'on brûla son corps,
sans aucunes cérémonies. Il ne
faut point nous mesurer par l'inégalité
des Tombeaux, disoit-il
pendant sa vie. La cendre nous
égale tous. La naissance est inégale,
mais la mort estpareille. Il
raporte que Mécenas avoit de
coustume de dire
je n'ay point de soucy qu'un Sepulçbre
on me drtjfe.
r
Saint AugustinaprèsSeneque,
nous avertit de mépriser ces choses,
& nous asseure qu'elles regardent
plûtost la consolation
des Vivans, que le besoin des
Morts. Laissons doncce foin là,
à nos Parens & à nos Amis,ausquels
il est glorieux de s'en souvenir
& honteux de l'oublier;
Maiscommedit Moiitaecne111 y a
des gens qui pendant leur vie
veulent jouir de l'ordre, & de
l'honneur de leur sepulture, &
qui se plaisent devoir en Marbre
leur morte contenance. Tel est
mon bon homme de pere, dit le
Chevalier, dontje vous veux con- teruneloire surce sujet.
Il est, comme vous sçavez
,
de
bonne & de ferme constitution,
& la mort ne l'épouvante guere.
CepenCependant
il a fongé à faire lou
Tombeau,& il ya quelque temps,
qu'il commença de faire tirer les
pierres qu'il y veut employer;
mais parce que la Carriere luy
apartient, & qu'il ne prétend pas
qu'il soit achevé plûtost qu'en
l'annéequatrevingt seize de son
âge, ne comptant que soixante ôc
dixhuitaine presse point l'executiondetondessein,
& le Public
n'en seroit point informé
,
si des,
Chartiers passant à vuide prés de
cette Carriere
,
An avoient pris
quelques pierres déja taillées, ôc
qui leur semblerent propres 8c
commodes pour faire quelques
jambages de fenestresà leur maison
de village. CVft l'excuse qu'ils
en ont donnée avecoffres de les
payer au double, ou de les raporter
bien humblement à la Carriere.
Mais Mr le Conseillernes'en
contente pas, &ces pauvres Païsans
sont furieusement embarrasfez.
Il y a plainte contre eux, information
, & confrontation de
témoins. Je ne raille point, mon
Pere crie au voleur, & à l'assasin,
& ne prétend pas qu'ils soient
moins coupables que des Sacrileges,
qui auroient violé son Tombeau,
& troublé ses cendres. Son
beau fils, à qui l'un de ces Chartiers
appartiens, le folicite fort
pour sa grâce, mais il ne l'écoute
non plus qu'un Mort, & agittoujours
en Juge severe
,
& terrible
vivant. Le Procez de-ces Chartiers
, fera fait comme à des Voleurs
de grand chemin
,
& le
moins qui leur en puisse arriver,
je dis par grâce, 6c par accommodement
,
c'e st qu'i ls front
condamnez aux depens du Tombeau
toutentier. Ne voila t.il pas
des Chartiers bien redressez
,
ez
ne vaudroit - il pas mieux qu'ils
eussent versé vingt fois? Mais
n'cft-ce pas une bonne fortune
& une heureuse rencontre pour
Mr le Conseiller, d'épargner de
son vivant, la dépense de son
Tombeau. Celle néanmoins de
l'Epitaphen'y fera pas comprise,
&il a besoin de trouver d'autres
Orateurs pour faire son Oraison
funèbre. Dieu garde quelque
pauvre Poëte de tomber entre
ses mains, interrompit le Marquis,
il ne manqueroit pas de le
faire condamner à composer son
Epitaphe,afin d'avoir son Tombeau
complet, au dépens du public.
Mais ne pourroit - on point
direàvostrePere, ce qu'Horace
ditsi à propos aux Viellards
Tufecanda marmora j
Locassubipsumftwus, &ftpulchri.
Jmmtmer ferais domos.
Car il est grand batisseur
,
&
songe bien plus volontiers à sa
Bergerie, qu'à son Tombeau,
quoy qu'il sedispose si glorieusement
a vous laisser la place, 3e
qu'il dise souvent contre son gré.
rixi, & tjuem dederatcursumfortufla,
percgi.
Maisjeveux vous conter quelque
chose d'assez plaisant du Receveur
du Marquis de. Vous
sçavez que cét homme avoitesté
autrefois son Précepteur,& que
ce Marquis avoit beaucoup de
confiance en luy. Il voulut en
mourant reconnoistre ses services,&
il luy donna cinq ou six
mille livres par son Testament.
Comme il mourut en cette Province
, Madame sa femme laissa
a cét homme le foin du Tombeau
de son Mary, mais bien loin de
s'en acquiter d'une maniere proportionnée
à la qualité & aux
grandsbiens dudéfunt, pours'épargner
un Loüis d'or, que luy
Revoit couder une pierre pour
mettre sur le corps de son disciple
,
& de ion bienfaicteur; il remarqua
une vieilleTable d'Autel,
quiestoitabandonnée en un coin
lel'Eglise, où le Marquis estoit
nhumé;il la fit prendre aussi. tost
parun Maçon,sans autre formaité
,
& sans écourer les plaintes
du Curé, & des Marguilliers, &
en sir faire un Tombeau à ce pauvre
Marquis. Er sur ce que ses
Amis luy representoient, que cette
pierre estoit trop cherive
,
&
mesme trop petite, illeur répondoit
, qu'il s'en servoit pardignité
,à cause de l'usageauquel elle
avoirestéemployée, qu'elleestoit
plus noble, & plus précieuse que,
le Marbre & le Jaspe
,
& allé,
guoit sans cesse ce Vers de Virgile.
Condidimm terra moefkafque facravimusaras.
Il ajoûtoit encore que les
Tombeaux des Saines dans la
primitive Eglise
,
servoient dAu':'
tels pour offrir le Sacrifice; .&'
que les Tombeaux & les Autels,
estoient presquela-mesmechose,
lA l'égarddes Héros, dans les cecrémonies
qu'on faisoità leur memoire,
Eji vérité vous me surprenez
,
dir le President, je croyois que
cor Receveur estoit honneste
homme ,& il me sembloit qu'il
avoit de l'esprit. Mais qu'elle mesquinerie
, &quelleingratitude!
Voila comme on est trompé de
ceux en qui l'on se confiele plus.
N'en soyez pas surpris, Mrrepartit
le Marquis, si on ne garde pas
la foy aux vivans, comment voulez
vous qu'on la garde aux morts.
Nos femmes & nos enfans nous
sourbentmesme en ce temps-là.
Vous avez connu cette Dame qui
dans un petitcorps, avoit l'esprit
d'un grand homme;quand je dis,
d'ungrand homme,j'entens d'un
habille homme
5 car dans les Affait
es, elle auroit confondu Cujas
& Berthole, ou pour ne pas m'éloigner
des Loix de sa Province,
elle auroit commenté Beraut, &
corrigé Banage. Mais ce qui fait
àmon sujet, elle estoit sage &aimoit
son Mary, cependant elle
n'a fait faireson Tombeau,&n'a
execuré son Testament qu'en faisant
le fk-n. Et le Monument de
-
ce pieux Chevalier, estoit quatre
mille francs qu'il donnoit aux
pauvres, & à l'Eglise de sa Pa- -
roisse. Il ne falloit pointlà
,
de
Steficrate, ny de Æsyphon ; il
ne falloit qu'un Homme de bien
qui scût compter. On néglige
facilement les morts, pour peu -
de foin que l'on, prenne des vivans.
C'est pourquoy je conclus
Idettour ce que nous avons dit,,
oque c'est une chose frivole de
t'embarrasser pendant sa vie de
~on Tombeau, & desa Sepulrure.
Il y aura toujours quelque Coquin
de Charrier, qui interrompra
nostredessein, on quelque
Receveur qui fruftrera nostre attenté.
Scaliger, continua le Marquis,
sevantefort desTombeaux
deses Ancestres qui font à Verone,
& il s'étonne de ce qu'ils
n'ont pasestédémolis. Mais ilne
s'en soucie point, ditil, & (i ce
n'estoit la Résurrection
,
il ne se
mettroit pas en peine de si Sepulture.
Il ne m'importe où je seray
ensevely quand je feray
*
mort
Mon corps fera comme le corps
d'un Asne. Il y en a qui ne veulent
pas que d'autr(es soient mis
dans leurs Sepultures, mais dans
nostre Religion
, il n'en doit pas
estreainsi.
Voila, interrompit le Docteur,
les beaux sentimens que le Calvinisme
avoitinspirez à ce grand
homme : qui avoit la teste bien
meilleure que le coeur, & plus
d'esprit que de Religion ; beaucoup
de suffisance & peu de pieré.
J'avoue que quelques-uns ont
fait peu de cas des Honneurs sunébres,
& les ont défendus en
mourant ,
mais la pluspart l'ont
fait, pour paroistre après leur
port , ce qu'ils estoient pendant
leur vie, & peurestre ce qu'ils n'étoient
pas, c'est à dire,humbles,
sans orgueil, & sans vanité. Mais
ce n'est pas en cela que consîste
l'a-ff'dire. Un orgueilleux sans
Tombeau
,
&. sans honneurs funèbres
demeure toujours orgueilleux
Il y a mesmede la vanité
à mépriser
,
& à rejetter ces
~ortes de devoirs, autant qu'à les
pendier, & à les rechercher avec
frep de soin.Tela fait plus de
ruit sansTorches, & sans Ecufons
; que sion luy avoit fait les
unérailles d'un Empereur Romain.
Le Chancelier de Lhospitalmëprisa
cette pompe funèbre,
mais comme vous sçavez, plus Huguenot, en qu'en veritable Catholique;&
j-si ce que vous venez
dedire avoir liéu
,
il n'y a point
clé Calviniste qui ne remportai
en cela, sur tous les Philosophes
re la'Grcce sur tout les Marfrsdel'Eglise,
je me promenois un jour dans
leJardin d'une personne dela premiere
qualité,de la Religion Prétendue
Reformée. J'apperçeus au
bouc d'une Allée qu'on fréquentoit
peu; parce quelleestoit fort
négligée;j'apperçeus, dis-je, au
travers des brossailles, uneespece
de caverne toute ouverte ,
d'où
il me fcmbJa voir quelque figures
en bosse
, comme si ce lieu eust
esté autre fois une Chapelle, &
en effet ce caveau estoit au dessous
de l'ancienne Chapelle de la
maison. J'y entray donc par curiosité
,
& malgré la puanteur qui
en sortoit, j'y remarquay quatre
coffres de plôb, dont il yen avoic
deux rangez de leur hauteur contre
la muraille, & les deux autres
couchez à terre. Mais ce
qui estoit remarquable,& qui
causa masurprise, est que ces
Coffres estoient faits selon la forme
du Corps. Que je considéray
bien dans ce moment, le peu que
c'est des grands Hommes apres
leur mort! C'estoient les Corps
des quatre plus considérables
Heros de cette Illustre Famille,
qui estoient là gisans parmy les
Crapaux, dans un Cloaque d'ordures.
Voila quelle esthumilité
Huguenotte touchant les Tombeaux,
&. la Sépulture des Morts.
Il faut au reste n'estre guere persuadé
de la Resurrection des
Corps, pour en faire si peu de
cas, ç'a pourtant esté cette
creance, quia introduit l'usage
des Urnes & des Tombeaux
,
où
l'on conserve soigneusement
,
&
dans nos Eglises mesme, leurs
Cendres &: leurs Reliques.--
Detoutes les Religionsqui ont
esté au Monde, dit l'Abbé,iln'y
a que la Chrestienne, qui-ait permis
la Sépulture des Morts dans
les Temples:car ny chez lesJuifs,
ny chez les Payens,ny chez les
Mahometans, nul homme, non
pas mesme leurs Héros&.leurs
demy-Dieux n'a eu cér avantage.
Ilmesemble pourtant, dit le
Chevalier, que quelques-unsont
esté mis apres leurmort, dans les
Temples des Payens, -& je me
souviensd'avoir leu que les cendres
d'Hypocrare
,
furent mises
dans un Temple de Junon. IL est
vray ,
repartit l'Abbé
, que les
Payens ontaccordé cet honneur
aux cendres de quelques-uns de
leurs Héros, & de leurs demyDieux
,qui pouvoient eux mesmes
avoir un jour des Temples
& des Autels; mais je parle seulement
de la Sepulture
,
ôc il est
constans qu'elle n'a esté pratiquée
dans aucune autre Religion)
que la Chrestienne
,
&. la raison
est, que les Anciens craignoient
l'infection des Morts; ce qui les
obligeoit de les enterrer en des
lieux fort éloignez, ou de les
brusler,& de n'çn conserver que
les cendres. En effet, la putrefaction
des Corps peut nuire à la
santé, sur tout dans les Pays
chauds. Ainsi les Juifs, dont la
Famille des Prestres & des Sacrificateurs
demeuroit dans leur
Temple; ôcles Mahometans qui
vont cinq fois par jour àlapriere
dans leurs Mosquées, ont eu raiion
d'éloigner la Sépulture des
Morts. Mais outre cette raison,
continua l'Abbé, les Juifs estoient
respectueux jusqu'à la Superstition
, & adoroient un Dieu trop
pur, &. trop majestueux
, pour
souffrir rien de fale & de corronjpu
dans leurTemple. Quoy qu'ils
attendisssent le Messie qui dévoit
élever nostre Nature jusqu'à la
Divinité,ils ignoroientun culte
quiestrelatifàcetteNature, par
le moyen d'un Dieu fait Homme.
Il falloit que Dieu prist nostre
Chair, & fust devenu nostre Frere
, avant que nous eussîons parc
icy basà son Heritage. Et comme
cét Herirage,étoit un Champ
de terre, qui luy servit de Cimetiere
, & qui fut payé du prix de
tout son Sang, il a bien voulu que
'ufa
nous fumons ensevelis auprès de
luy
,
& que les Tombeaux des
Fidelles fussent nu pied de ses Autels.
Le Chrestien est trop uny
avec le Sauveur du Monde,pour
en estre separé après la mort. II
n'en est pas comme du Juif ôc du
Mahometan, qui n'ont eu qu'une
relation servile avec leurs Pro.
phetes. Le Sauveur s'est fait comme
un de nous. C'est un Dieu
quis'est abaissé jusqu'àestredela
maniere d'un Mort au Sacrement
de l'Autel, Se comme ensevely
fous les Especes. Nos Tabernacles
&nos Eglises fontde veritables
Tombeaux, qui renferment
son Corps; & comme le Tombeauest
un héritage commun à
toute la famille, il est juste que
nous sovonsinhumez avec lUYt,
puis qu'il est nostre Pere
,
& itre no- Frere aussï bien que nostre
Dieu. Ainsi le Chrestien a seul,
céravantaged'estreinhumé Jans
le Temple de son Dieu, dont il
est membre & partie. Pardonnez
moy, Meilleurs, si je vous parle
de la sorte, & devant un Docteur
; mais il est difficile de ne
laisser pas écha per quelques traits
du métier. Toute la Compagnie
qui avoit esté fort attentive à
tout ce que l'Abbé avoit dit, luy
marqua qu'elle en estoit tres satisfaire,
& le Docteur mesme,
ce qui l'obligea de continuer
ainsi.
Au commencement du Christianisme
les Fidelles s'assembloient
où Iton avoit inhumé les
Martyrs,car alors l'Eglise avoit
déja des Tombeaux,&n'avoit
pas encor de Temples. Or es
Tombeaux, quoy que souterrains&
cachez, estoient grands,
& fpaciux ; en sorte que les premiers
Chrestiens y faisoient leurs
Cérémonies, & offraient le Saint
Sacrifice sur les Corps des Martyrs
, dont le Tombeau servoit
d'Autel; d'où est encore venu
l'usage de dire la Messe pour les
Morts, & à l'honneur des Saints,
parce que le Prestre faisoit toujours
Commémoration du Défunt
sur le Tombeau duquel, il
célébroit le Sacrifice. Voila donc
é mon sens, ce quiaintroduit, êc.
autorisé la Coustume d'enterrer
les Morts dans nos Eglises
,
mais
enfin l'usage des Tombeaux est
aussi commun, qu'il est ancien
parmy toutes les Nations du
Monde. Ce qui est admirable,
c'est que l'usage de ces Tom.
beaux, qui ont presque toujours
esté embellis des Ornemens de
l'Architecture ait devancé l'Architecture
mesme. L'Ordre Corinthien
apris son Origine du
Tombeau Rustique, qu'une charitable
Nourriceavoit élevé félon
la Mode du Pays, à la Mé.
moire d'une jeune fillede Corinthe.
Et pour ce qui est des autres
Ordres d'Archicedure, il est certain
qu'ils font postérieurs aux
Sepulchres, & aux Tombeaux
qu'on a bastis pour les Morts;mais
il est certain aussi, que ces Monumens
n'ont paru avec éclat, Se
n'ont esté célébres, que depuis
que l'Architecture a esté dans sa
ferfcâion,comme c'est dans les
Tombeaux où elle a fait des chef
pdjoeuvres
,
& montré ce qu'elle
avoir de plus rare & de plus ex-
[ quis.
J'ay lu, interrompit le Chevalier,
dans les Relations des Indes
Orjen[ales, une.aÍfe-z plaisante
maniere deTombeaux
,
qu'on
:bârit pour le Vulgaire,dans lesquels
le Mary & la Femme sont
ensevelis. C'est un simple Mur
en rond ,ou en quarré
,
qui les
renferme tous deux,&qu'on éleve
de la hauteur d'un homme
taffis, car c'est ainsi qu'on enterre
4es Morts en ce pays-là. On en-
:terre la Femme vivante au genoux
de son Mary;&; on luy tord
le cou lors que la muraille est bâtic
àsahauteur. Apres quoy on
la couvre, & on termine ce Sepulchre.
Il n'y a pas là grande Architecture
, ny grande dépense,
mais aussi il y a moins d'orgueil,
& de vanité.Je me souviens à propos
de cela,dit le Marquis, que
dans le premier Voyage que je fis
en Flandre avec le Roy,j'estois
surpris de voir plusieurs monceaux
de pierre,qu'on appelle en
ce pays-là des Tombes. On me
dit que c'estoient les Tombeaux
de quelquesAnciens Capitaines,,
qui avoientesté tuez en ces lieuxlà,
où l'on avoir autrefois donné
Bataille. En eff t je n'en vis que
dans quelquesPlaines,qui étoient
propres pour combattre, &pour
ranger une Armée. Il va peu de
ces Sepulchres Rustiques qui
soient considérables. Il me fem
ble
,
Monsieur le Docteur
, que
j'ay leu quelque choie de pareil
dans l'Ecriture Sainte. Vous y
avez leu la mort d'Absalon
,
réponditle
Docteur, auquel on fit
un semblable Tombeau
,
d'un
grand nombre de pierres qu'on
j;¡rra sur safosse. Cependant ce
Prince tout jeune qu'il estoit,
avoit déjà fait construire son
Tombeau. Porro Absalon crexerat
sibi cum adhuc vivent,titulum qui
eft-invdleReçis. Or titulum veut
direicy la mesmechose que tumuluin.
Et on voit encore aujourd'huy
ce Tombeaud'Absalon,
presqueensonentier. Mais vous
remarquerez que cet amas de
pierres que l'on jettoit sur les
Morts, estoitsouvent une marque
de punition & d'infamie,
comme a l'égard d'Abialon dont
on ne combla la foÍfe de pierres,
que pour chastiment d'avoir esté
Rebelle, & pris les Armes contre
son Pere; ce que l'on pratique
aussi envers les Scelerats & les
Criminels. Cen'est pasàceux-là,
dit le Chevalier, qu'on doit souhaiter
que la terre leur foit légere.
Sit tibi terra levis
,
mollique tegaris
arena.
Les Tombeaux del'Antiquité,
& ceux mesme d'aprefent
,
sont
Ils legers pour les Morts?Je voudrois
bien, Monsieur le Docteur,
que vous m'eussiez expliqué ce
terra,levisde Marrial, dansl'Epitaphe
de Philenis. Martial n'est
pas le seul qui parle de cette sorte,
répondit le Docteur.C'estle
langage ordinaire des Poëres.
Ovide
Ovide fait dire à Procris mourante,
uinte dicm morior, fcd nnUâ yellict
Ufa.,
HQC faciet fofit* te mihi, terra,, le-
V(M.
Et tout cela ne veut dire autre
chose que les attaches & les affections
de la terre qui nous retiennent
icy-bas, & qui nous empeschenr
de nous éleverau Ciel. Les
Anciens, dont plusieursn'estoient
pas persuadez de la Resurrection
des Morts, l'estoientneanmoins
d'une certaine Transmigration
des Ameshors desTombeaux,qui
se communiquoient aux hommes,
& qui habicoient dans les Cimetieres.
Or ils croyoient que les
corps qui estoient privez de sepulture,
empeschoientlepassage des
Aines; 6c c'est pourquoy ils estoient
si soigneuxdeladonneraux
Morrs; mais aussi ils leur souhaitoient
une terre legere, afin que
leur Tombeau ne fust pas un obstacle
à cette communication.
Voilà laraison des Tombeaux légers,
Monsieur le Chevalier, &
pourquoy vous avez accordé si
obligeamment la Sepulture au fameux
Archytas. Vous voudrez
bien faire part à la Compagnie de
cette Ode d'Horace,que vous
avez si heureusement imitèe. A
quoy m'engagez-vous, Monsieur
le Docteur, répondit le Cheva.
lier? C'est l'amusement d'une aprés
dinée, quinevautpaslapeine
qu'on s'en souvienne. Cependant
pour ne pas nous faire acheter
si peu de chose, & augmenter
par là vostre curiosité, voicy ce
quec'est.
JZjtoy, la Terre e la Mer vous manquent,
Archytts
, Et vous estes sans Sepulture;
Vous qui cent & centfois d'un artisse
compas,
Avez, pris leur mestre ?
Bien loin que le bel art vous rendifi
immortel,
Vous payez, comme noué un tribut à
Nature
Jjhtand elle nous doit un Autel.
Il est vray jesaù mort ,
mais U
Geometrie
, Non plUJ que la Phitofophié
N'ontjamaisfaitdes Immirtds.
Connoijlre le Ciel & la Terre,
Nejùrer leur contour, & tout ce qu'il
enferre,
Merite des Autels;
Mais il n'exempte point de payer a
NAture
Ce tribut odieux,
Dont la loy rigoureuse & dure,
S'étendjusques aux demy. Dieux.
Tout le monde estfijtt à cette loysevere,
Le Fils meurt ainjî que le Pere;
Soit en courant les Mers, foit parmy
les Combats,
Par tout, la mort cruelle, inexorable
d-Jiere,
Leurfait, rencontrer le trépan.
PJlagore, Tyton, Radamante, Tantait,
Pour vivre en differens état>,
Ontpourtant unefn égale
A celle du pauvre Archytas.
Peur tftre tout-a-fait comme eux,
Cher Pafant,exîucemesvoeux,
En me donnant la Sepulture;
J'ayperysur la Merj mais d4nscette
avanture,
c!i¿ui peut avoir un fort piu* beau
.!l!..uc le mien, si tes mains- me dref-
-
fent un Tombeau?
Le Chevalier, pour ne pas donner
le temps à la Compagnie de
l'aplaudir sur cette Picce
,
conti.
nuadela sorte. Mon Dieu, dit-il,
que les Funerailles de Pompée
font belles dans Lucain! Voyezvous
ce Soldat officieux qui parcourt
le Nil,pour trouver le corps
desonMaistre?Et qui enfinl'ayant
trouvé, le brûle à un petit Bucher
qu'on avoit allumé pour le corps
d'tt1 pauvre Pescheur. Cela vaut
mieux chez lePoëte, que toutes
lesPompes funebresdesRomains;
& ce Monument simple & rustique,
semble braver icy l'orgueil
des Tombeaux & des Pyramides
des Rois d'Egypte. Son Epitaphe
est cavaliere, permettez - moy ce
mot,mais elle est digne d'un grand
Capitaine, &. je la préféré à tout
ce que les Grecs & les Latins ont
fait sur ce fbjer.
-
Jlgrave sur JI., roche, & dure à*
mal coulée;
Adoreicy ,
FaJJknt, Us cendres de
Pùmpée.
Les Epitaphes, dit le President,
sont desTombeaux spirituels, de
peu de dépense à la vérité,mais
qui honorent quelquefois davanrage,
que les plus superbes Mausolées.
Tous les Poëtes&les Gens
de lettres, qui ont dordinaire
plus de réputation que de richesses
, en ont élevé de semblables à
leur memoire, de leur propre façon
,
S: ont fait leur Epitaphe avant
leur mort. Voulant du moins
qu'on leust dans leurs Ecrits, ce
qu'on ne pourroit pas voir sur leur
Sepulrure. Ils en ont mesme ho..
noré leursAmis,croyant leur donner
par là, une glorieuse immortalité;&
en effet,tel à qui le temps
ou la fortune a renversé leTombeau,
& dissipé les cendres,trouve
encore tout entier, & son nom,
& sa memoire dans leursLivres.
Les Anciens, &. sur tout les Peuples
de Syrie,ont esté fort curieux
d'Epitaphes&d'Inscriptions pour
les Défunts. Il me semble qu'on
les néglige aujourd'huy, & qu'on
envoie peu deconsiderableshor
mis dans les Livres. On a fait plusieurs
Recüeils d'Epitaphes,où il
s'en trouve deplaisantes. Caron
en a fait de ridiculesaussi bien que
de funebres. Surquoy Marot fait
direàun certain Fou dans son Epitaphe.
- Jguand quelque fage homme
Viendra mon EpitApbe lire,
lyi oorr"d{o)nnnnee ss''-ilsee'fJr'{e'nnud à rire, A, il{oit rtri, des FousMaifire pall:
Faut-ilrire d'un Trêpassé?
Il avoit raison, dit le-Docteur,
il ne faut pas s'arrester à gloser sur
les Morts. Cela est indigne d'un
bonnette homme, &. sur tout d'un
Chrestien. On peut avec justice
crier dans nos Temples, à ces railleurs
curieux, hors d'icy, Propbanes.
Pour moy je ne puis souffrir dans
ces lieux-là, d'Epitaphes plaisantes-
Se ridicules, & j'admire jusqu'où
aesté l'impudence de quelques
Chrétiens, ou plurostleur
ignorance & leur simplicite
,
d'avoir
gravé leurs fades railleries
dans nos Eglises, & jusque dans
le Sanctuaire. Il y a mesme plusieurs
de ces Epiraphes impies, &
plusdignes d'unathée Sed'un Li-»
bertin, que d'un Chrestien& d'un
Fidele. Mais pour quitter cette
Morale, je veux vous dire que
c'est à Symonides qu'on doit cette
invention, d'honorer les Tombeaux
des Morts, d'Epitaphes
pleines de leurs louanges;&Ronsard
nous asseure que ces devoirs
& çes éloges agréent beaucoup
aux Manes des Defunts.
Tel bien memoratifallege leurfoucy,
Etse plaisènt de lire en sipetit espace
) 1
Leurs Noms & leurs Surnoms, leurs
Villes & leur Race..
Mais quel ressentimenten peut
avoir unChien ou unCheval,pour
qui on a fait des Tombeaux &. des
Epitaphes? Et quel honneur en
doivent attendre ceux qu'une lâche
complaisance abaisse à cette
ridicule flaterie?Vous retombez
toujours dans vostre Morale.,
Monueur le Docteur, dit le Marquis.
Pour y faire diversion, vous
me permettrez de vous dire, que
les Turcs sontfort curieux de leur
Sepulture, & qu'iln'y a si miferableparmy
eux,qui n'ait son Tombeau
&. son Epitaphe. Ceux qui
n'en peuvent pas avoir d'embellis
d'Architecture, prennent foin de
les orner tous les jours de fleurs.
C'est pourquoy ils les entourent
d'un parterre, où il yen a des plus
belles & des plus odoriferentes.
Ils s'inclinent devant ces Tombeaux,
& les ont en si grande
vénération, qu'aucun n'oseroit
parler à cheval dçvant un Sepulchre,
sans mettre pied à terre, ou
se resoudre à souffrir hl. bastonnade.
Cela fait que mefjne ils respechem
ceux des Fideles, & s'en servent
de la pluspart pour leurs
Mosquées,comme des
Tombeaux
des plus grands Prophetes, &de
quelques Rois deJudée, pour qui
ils ont de la vénération. La beauté
de ces Tombeaux,qui sontspacieux5cmagnifiques,
les obligeà
cela; mais ils le fontsuffi, pour la
reputation des personnes qui y
ont esté inhumées, afin que les
lieux où ils font leurs Prieres,
soient plus célébrés & plus dignes
de la grandeur de leur Prophere.
Ils font encore fort jaloux
de leurs Tombeaux,&conservent
cxachemenc en cela
,
l'honneur&
l'interest de leurs familles, ne permettant
pas qu'aucun Etranger y soitinhumé.lisontimitélesGrecs
& les Romains, quiestoientaussi
fort jaloux de leurs Sepultures.
Cependant leurs Tombeaux n'étoient
pas tellement reservez pour
Jes Familles, qu'on n'y enterraft
ses Amis, & ceux dont on honoroit
le mérité &la vertu. Ennuis
fut mis dans le Tombeau de Scipion
, parce que ce Poëte avoit,
écrit dans ses Vers, la seconde
Guerre Punique. Nous en usons
delalorte,& de nos jours, le brave
& judicieux Prince de Turenne
a elle inhumé à Saint Denys,
qui est le Tombeau & la Sepulture
de nos Rois , honneur qu'on
avoit fait autrefois au genereux
Connestable du Guesclin.
Ces Monumens publics qu'on
dresse à la memoire des Defunts,
produisent toujours de bons effets,
die le Doéteur. Ils avertiffent
les jeunes & les vieux, les
Grands & le Peuple, que nous
sommes tous mortels, &: que nous
ne ferons un jour que cendre &
que poussiere
; mais ils nous excitenten
mesme temps à pratiquer
les vertus qui ont rendu celebres
ces grands Hommes, dont nous
honorons si chèrement les cendres.
Eneffet,selon les Grammairiens
& les Etimologisteun Monument
est un ressouvenir 5c un
avertissement public, qui nous inspire
une parfaite resignation à la
mort, & un grand desir de mourir
en homme de bien, puis qu'on
n'accorde cet honneur qu'à ceux
qui ont eu du mérité &de la vertu.
Ceux qui se tuënr, perdent, selon
les Loix, l'honneur avec la vie;
car il n'appartient pas à tout le
monde de faire le Caton, ccuxlà,
dis.je,font privez de Sepulrure
& de Tombeau, parce que ce sont
des marques d'honneur qu'on
donne à la memoire du Defunr.
Mais ces magnifiques Tombeaux
font quelquefois toute la gloire
des Morts; & tel qui a mené une
viefortobscure, devient célébré
par ses funerailles, l'or & le marbre
quile couvrent, font la ma.
riere-aussi-bien que l'éloge de les
vertus. UnTombeau somptueux
nous donne une grande idée de la
personne qu'il renferme;& quoy
lIue nous sçachions qu'on peut
dater en Tombeaux,comme-en
Panégyriques,& qu'on peut cor- , rompre le ciseau des Architectes,
mauiti-bien que la langue des Orateurs,
on se laisse plus aisément
prévenir par ces forces de Monumens,
& on ne sçauroit croire que
les cendres d'un fat, soient conservées
dans une Urne de Jaspeou
d'Agathe. Il nous souvient de la
Fourmyembaumée dans de l'ambre,
dont parle Martial; vous me
permettrez bien de vous rapporter
icy cette jolie Epigramme, de
LaTraduccion de Marot. Elle ne
vous déplaira pas dans son vieux
fiile, qui pour n'estre pas fort juste
dans les rimes, l'est beaucoup
dans le sens.
DeJfeuAl'arbre oul'ambre dégoûte
La petite Fourmisalla :
Siur elle en tomba une goulet tout à coup se congela:
Dent la Fourmis demeura la
Au milieu de l'ambreenfermée. j
Ainsi la bejle déprisée
,
j
Et peu prisée quandvivoit,
Easinadsa mortfort eflimée si beau Sepulchre on lay
voit.
Il feroit aisé d'appliquer cette
Morale à plusieurs de ce fïecljj*
mais l'honnesteté m'empesche de
la pouffer plus loin. J'aime mieux
vous dire, que comme les Tom- *
beaux des Anciens estoientbâcisi
sur les grands chemins, de u uc
venuë la coutume de mettre'.ans
les Epitaphes,Staviator.0 1. ion
'.veut, on prouvera de cet-2 en -
tume, que les Tombeaux estoit c
bâtis aucrefois sur les grand s ch -
mins. Cette voye Appia, ouc? voye qu'Appius Ciaudiusnc faite
quiduroit depuis Rome juÍq;'iei
Brindes, c'est à dire six grandes
journées, n'estoit prefquc qu'on
Cimeriere remply deTombeaux., Ce fut là que l'on trouva sous le
Pontificat d'Alexandre VI. le'
corps de Tullia fille de Ciceron,
encor tout entier, après treize fiecles.
Et ce futdans son Tombeau
)où l'on trouva une de ces Lampes
imerveilleufes
,
dont les Anciens
1fe servoient pour éclairer leurs
iîSepulchres, parce qu'elles étoienc
inextinguibles, pourveu qu'elles
ne recceuseèntaucun air. Maisap..
prouvez-vous, dit le Chevalier, le
procedé de ce Pape, qui fit jetter
le corps de cette illustre Fille dans
leTibre? Pourmoy jeluy en veux
mal, &jefçay tjpngréau Conservateur
de Rome, qui la fit porter
au Capitole, comme une Relique
rare & precieuse5 c'estoit garder
le respect qui est deu aux Morts.
Mais ce Pape ne devoit pas ainti
violer les Tombeaux, & traiter de
la forte ce que l'aruigultéavoitde
plus venerable. Il devoit respecter
les Mânes de la fille de Ciceron,
ou du moins ne les pas diffamer.
Ce Pape,dit le Marquis, eftoic
cruel, & n'avoit aucun égard pour
personne.Maisremarquezje vous
prie, combien le foin de la Sepulture
eit inutile, queiqae precaution
qu'on puisse prendre pour
conservernoscendrcs. Jadmire
ces gens qui craignent de mourir
ailleurs que chez eux, parce qu'on
negligeroit leurs Obseques. Socrate
préféra la mortàl'exil, luy
qui le disoit Citoyen du Monde-,
parce qu'il craignoitde porter Tes
os ailleurs) & qu'il vouloirquele
lieude son Berceau, fust celuy de
son Sepulchre; c'est qu'il vouloic
mourir entre les brasdesa. Nourice,
dit le Chevalier. Quoyqu'il
en fait, reprit le Marquis;on die
qu'il n'avait jamais mis le pied
hors le territoire d'Afrique. Montagne
dit de Juy. mesme, que s'il
croyoit mourir en autre lieu que
celuy de sa naissance, il ne fortiroit
pas sans effrov hors de (a Paroisse.
Cependant il alfeure ailleurs,
que s'il suivoitsa volonté,
il voudrait mourir horsde sa maison
, & loin des Gens; m;is enfin
la nature est toûjours plus forte
que la raison, & nos inclinations
ne manquent jamais de s'opposer
ànos raisonnemens.Socrateaima
mieux mourir à Athenes, que de
vivreàSparte. Pour moy j'aimea
vivre par rour, &il m'importe peu
en quel lieu je dois mourir. AIna
ne croyez pas que j'ambitionne la
gloire d'avoir un Tombeau superbe
& magnifique. Mais il est
tard, &, nous abuions de la patience
de Monlieur 1.Abbé. A ces
mots il prit congé, & toute la
Compagnie se separa.
Jevous ay tenu parole, Madame,
vous n'avez rien trouvédans
ce Recit de terrible-& de lugubre.
Le serieux y est temperé d'un honneste
enjouement ; car les genies
qui habitent ces Tombeaux, sont
bons & agréables, & n'inspirent
que la joye & la consolation à
ceux qui les Frequentent. C'estce
qui me fair esperer, Madame, que
vous agréerez cette Conversation
,
& le soin que j'ay pris de
satisfaire vostre curiosite. Je fuis
vostre, &c. DE LA FEVRERlE.
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Résumé : CONVERSATION ACADEMIQUE dans laquelle il est traité de l'Origine des Tombeaux, & des magnifiques Sepultures. A MADAME LA COMTESSE DE C. H. C.
Le texte décrit une conversation académique sur les origines et les pratiques des tombeaux et des sépultures, inspirée par la mort d'une reine. Les participants évoquent l'importance des sépultures pour la mémoire des défunts et les pratiques variées observées dans différentes cultures. Les Grecs et les Égyptiens sont mentionnés pour leurs méthodes élaborées, telles que l'embaumement et la construction de monuments somptueux. Les Égyptiens croyaient en l'immortalité de l'âme et conservaient les corps pour les rendre illustres. Les Romains, quant à eux, inhumaient souvent les riches dans leurs maisons et incinéraient les empereurs, vénérant ensuite leurs cendres. La discussion clarifie les termes 'ensevelir', 'inhumer' et 'enterrer', notant que les Anciens érigeaient des monuments pour tous, indépendamment du statut social. Des sages comme Sénèque et Saint Augustin critiquaient les honneurs funèbres, affirmant que la mort égalise tous les hommes. Deux anecdotes illustrent des conflits liés à la construction de tombeaux, révélant des comportements futiles. Le texte explore également les attitudes envers les honneurs funéraires et les sépultures à travers diverses religions. Les chrétiens permettent les sépultures dans les temples, contrairement aux Juifs, Païens et Mahométans. Les pratiques funéraires évoluent, et l'architecture des tombeaux précède souvent celle des bâtiments. Les épitaphes sont vues comme des tombeaux spirituels qui honorent les défunts mieux que les mausolées. Enfin, l'auteur d'une lettre assure à une dame qu'il a respecté sa promesse de traiter le sujet avec légèreté, présentant les esprits des tombeaux comme bons et agréables. Il espère que la dame appréciera cette conversation et le soin apporté à satisfaire sa curiosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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257
p. 112-182
ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, qu'aprés que les Apostres eurent [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Signification, Auxiliaire, Expression, Diphtongue, Écriture, Parler, Prononciation, Accents, Usages, Consonnes, Voyelles, Nations, Pensées, Comparaison , Caractères, Équivoque , Verbes, Exemples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
- d'une premiere Langue
Universelle. ..,
vA Fau-Cleranton, le 8. d'Aoust1685. Oussçavez,Monsieur,qui-••
prés que les Apostres eurent
receu du saine Es prit,le don
des Langues, ils estoient entendus
des gens de divers Pays, bien
que ces gens ne s'entendissent pas
encre eux, mais qu'il n'est pas décidé
si les Apostres parloient en
même temps toutes fortes de
Langues; ou bien s'ils n'en parloientqu'unefeulequi
fust entenduë
de tous. Il me semble plus
plausible de croire qu'ils.partaient
une Langue Universelle,quietoit
comme la Langue de la Nature
humaine dans tous ses mots,com_
me elle l'est de la douleur dans le,
mot bon bon prononcé lentement,
& de la joye dans le mot hi hi hi,
prononcé viste & qu'il leur étoit
ainsi facile de se rendre inrelhgL.
bles à tous les hommes.
Une telle Langue, qui fut, sans
doute, celle de nostre premier
Pere
,
estoit bien plus propre
toucher l'esprit & le coeur, que
taures les autres Langues; & n'aida
peut-estre pas peu le Serpent
à persuader ce qu'il voulutànôtre
premiere Mère; &: puisque
Dieu a favorisë tous les Animaux,
d'une langue de cette forte, propre
à se faire entendre de leurs
petits & de leurs semblables,
pourquoy ne croirions nous pas
qu'il en donna une de mesmeà
l'Homme,qui est la principale
de ses creatures?
Cela mesemble horsdedoute;
mais la corruption du peché yapporta
bien-tost du changement,
de mesme qu'à tous les autres a.
vantages qui avoient esté faits à
Adam avant sa chute; & comme
les Rivieres sont moins pures &
moins claires, à mesure qu'elles
s'éloignent de leurs sources;cette
langue dégénéra de sa pureté ôc
de sa force à mesure que les hommes
se répandirent sur la Terre,
&s'éloignerent du temps de leur
création,de de l'innocence qui
l'avoit accompagnée ; &. elle devint,
pour ainsi dire, un patois, * dont on tient que nous avons les
restes dans la langue Hebraïque.
Ce n'en:pas qu'on ne puisse
croire que la petite Famille que
Dieu sauvadu Deluge, la parloit
encore assez bien, & que cet avantage
dura mesme jusqu'à la
construction de laTour de Babelj,-
mais depuis ce temps-Ià,cctte langue
qui prit, à ce qu'on dit, le
nom d'Hebraique de la Famille
; d'Heber où elle demeura, receut
de la colere de Dieu, je ne sçay
combien de compagnes ou defiI
les, qui la gâtèrent par le commerce
qu'elles eurent ensemble,.
& elle a commenté si tard à paroistre
dans les premiers Livres
que nous en avons,qu'on peut
dire qu'elle avoirdèja éprouvéce
queletemps & le peché peuvent
sur toutes choies.
Les.nomsqu'Adami-niofa aux
Animaux, cflotent leurs noms pro-
!ru) ditleTextesacré; & comme
nous ne voyons point que les-
Animaux viennent aux noms que
Moyseleur donne, quand nous
les employons, il y a lieu de croire
qu'il ne se servit pas de ces noms
naturels quenostre premierPere
leurimposa
; parce que les causes
que je viens de rapporter, lesavoient
corrompus, ou tout à fait
changez, dans le temps que ce
Prophete écrivit.
Une langue si parfaite eftoir un
grand bien dans le monde, &son
patois mesme n'en estoit pas un
petit, car quel embarras n'est-ce
point, que cette diversitéinutile
de mots & de prononciations, qui
rendles Nations, comme sourdes
les unes pour les autres; &qui
fait tant perdre de temps aux curitufes
pour entendre leurs voifines
> Et quel moyen de reparer
jamais ce mal 6c cet embarras?
Il est vray qu'ilpourroitcesser
par uneconqueste qui foûmift
toutes les Nations à un mesme
Prince,& par une Defense abfo,¿
luë & redoutable de ce grand
Conquérant, d'apprendreaux
Enfans une autre langue que la
sienne; mais comme les Alexandres
font rares, & que si ce
bonheur n'éclate dans nostre siecle,
il arrivera difficilement dans
un autre, personne n'ayantjamais
esté si propre aux grandes choses
que LE GRAND Louis nostre
Auguste Monarque, je vais en
attendant vous en proposer,
Monsieur , une ou deux de ma
façon,quejenetrouve pas moins
propres à estre renduës universellesque
les Ecritures dont je
vous ay entretenu par mes Lettres
precedentes.
Avant néanmoins que d'en ve.
nir là, ilne fera pas hors de pro.
pos, ce me semble, que je vous
parle d'une Langue parciculiere,
qui a fait l'eronnement de ce
Pays, & qui en fait encore l'admiration
lorsqu'on y reflechit,en T^icyl'Histoire.
Maitre Guillaume Bellenden,
fameux Avocat au ParlemênFÏÏé
Paris, qui a comporé de sçavans
Livres unentr'autres de lure Re-
¡if) ,-& fêtcfiAtumy & qui estoit
:Agn. du Roy d'Angleterre en
France, 8< qui en a laisse un à
imprimer- De HierarchiaEcclesia-
',stica, ayant amassé du bien, &se
voyant sur l'âge & sans Enfans,
rfit venir d'Ecosse qui estoit son
pays un Neveu qu'il avoit de
mesmenom, &demesmesurnom
que luy , pour l'instituer son Hé- -
ritier
,,
& pourle marier ; mais ce
Naveu estant arrivè en France,
[TIC feconda pasles intentions de;
ÉaeïDncle,à l'égarddumariage*
Il se sentoit de la vocationpour
IJEgIife, il alla bien-tost aprés à
Rome, y étudia en Theologie, 6c
s'y fit Prestre. A son retour à
Paris, il trouva son Oncle mort,
& sa successiondispersée, la plus
grande partie au profit des Hôpitaux.
Il estoit homme de pieté,
il s'en consola, & dans la suite
du temps, son merite le fit
choisir par M. Zamet Evesque
de Langres, pour estre son Confesseur
& son Aumônier. Il fut
quinzeannéesdans ces fonctions
auprésde ce Sage Prélat ; a prés
quoy la mort en estant arrivée,
ilseretira dans une Cure qu'ilen
avoitreceuë,avec quelques Chapelles.
Cette Cure qu'il desservit
pendant 25ans est ma Paroisse,
ainsi cér bonnetteEcclesiastique
m'estoitfortconnu.
C'étoit
C'estoit un homme d'une raille
médiocre & droite, d'une
complexion forte, & d'un ceint
plein de feu, qui marquoit l'ardeur
de son esprit, & la promptitude
de son humeur. Il avoit du
bon sens, outre l'étude; la conversation
agréable, & les inclinations
portées au bien. Il estoit
tel en 1670. & il tomba malade
cette année là
, au mois de Septembre
,estant alors âgé de 77.
ans. Cette maladie fut une Fiévre
qui luy dura prés de trois
mois, & qui fut accompagnée
dés son commencement, d'une
Paralisie sur la langue, qui le fit
begayer encore quelques jours
après la guérison de la Fiévre;
en forte qu'on ne le pouvoit entendre.
La Paralisie estant pasfée,
il parla fort distictement;
mais voicy la merveille. C'est
qu'au lieu de parler sa Langue
ordinaire, qui estoit la nostre;ou
bien l'Ecossoide,qui estoit celle de
son Pays; ou la Latine qu'il sçavoit,
ou la Grecque, ou l'Hebraïque,
dont il avoit quelques
teintures, il parla une Langue
inconnuë àtout le monde. On
entendoit bien les mors qu'il prononçoit
,
& je me souviens que
dans une conversation que j'eus
avec luy, aux Festes de Pasques
de l'an 1671. où je feignois de
l'entendre, & où je répondois
par conjectures à sa pensée
, autant
à propos qu'il m'estoit possible,
ilrepetoit quelquesfois ces
mots paginé, maginé, prius;mais
je n'y concevois rien, non plus
qu'aux autres qu'il proferoit
,
il
entendoit bien ce qu'on luy difoit,
& il ne disoit rien qu'on pust
entendre. Ce quiestdeparticulier,
c'est que Monsieur Ramezet
son Neveu, aussi Ecossois,
Theologien, & Prestre fait à
Rome commeluy, à qui ilavoit
resigné sa Cure,quelques années
avant sa maladie, l'ayant prié de
mettre par écrit quelque chose
qu'il vouloit sçavoirde luy
,
dans
l'esperance qu'il écriroit autrement
qu'il ne parloit, M. Bellenden
prit la Plume, & écrivit quatre
ou cinq lignes d'une maniere
fort lisible
; puis presentant son
Ecriture à son Neveu, avec un
geste qui témoignoit beaucoup
plus que les paroles dont il l'accompagna
,
qu'il avoit fait ce
qu'il desiroitde luy
; M. Ramezet
prit ce Papier avec joye, 8c
fut bien étonné de n'y trouver
que ce mesme langagequ'il ne
pouvoit entendre, & de se voir
aussi peu avancé qu'auparavant.
Ce qui me semble encore plus
surprenant que cela, c'est que
M. Bellenden qui ne disoit plus
laMesse, ne manquoit point d'y
assister; & se mettantau Lutrin,
chantoit avec les Chantres les
Airs de l'Eglise, & ne prononçoit
pourtant aucune des paroles ordinaires
; mais toujours ses paro.
les inconnuës. Son Neveu averty
de cette singularité dont quelques-
uns avoient ry & raillé,
obligea le bon homme à prendre
depuis ce temps là une autre
place dans l'Eglise
,
& l'invita à
prier Dieu tout bas. Ilfitl'un&
l'autre sansresistance.Ilenestoit
de mesme
,
lors que l'envie le prenoit
de dire son Breviaire; on le
voyoit bien lire, & onl'entendoit
bien prononcer; mais rien
de ce qui estoit écrit dans son Livre.
L'adresse que son Neveu
employa pour le faire confesser,
quand après huit ou neuf mois de
santé, il le vit attaqué d'une nouvelleFiévre
,
fut demander son
Confesseur ordinaire, & de luy
faire dire par ce Confesseur qu'il
n'entendoit point son langage,
qu'ill'interrogeroit, & qu'il luy
pressastlamain lors qu'il se fenriroit
coupable du peché dont il
luy parleroit,& la luy pressast pluheurs
fois quand il y auroit plusieurs
rechutes; moyennant quoy
il luy donneroit l'Absolution.
Celafut executé, & dés le lendemain
le bon homme prit son
Neveu par la main, le mena à l'EgIifc,,& luy montra leTabernacle
, pour luy témoigner qu'il
desiroit de recevoir le Viatique;
puis estant de retour à sa Maison,
il s'étendit sur son lit en joignant
,
les mains, pour marquer la mesme
intention. Son Confesseur
fut mandé, il revint, & M. Bellenden
ayant pris de son propre
mouvement du linge blanc, &
ses Habits longs, vint oüir la
Messe, communia avec grande
devotion, & versamesme des larmes.
Il mourut quinzejours après
ces Actions de pleine connoissance,
parlant peu;mais parlant tou-
- jours son mesme langage inconnu,
quand la necessité l'obligeoit
de parler. Un incendie qui arriva
au Village six ans après sa
mort ,
&qui consuma une partie
de la Maison & des Livres de son
Neveu, brûla aussi le Billet qu'il
avoit écrit; ce quime sembleune
grande perte pour lesCurieux,qui
auroientpu travaillersur sa ledu.
re, à reconnoistre quel langage
parla M. Bellenden, depuislafin
desapremieremaladie,jusqu'à sa
mort, c'est à dire pendant huit ou
neuf mois. Il disoitassez souvent
Subgenenemé Goguené prius quiapri
la magnus, à ce que j'ay sceu d'un
homme qui le servoit; & quand
il rencontroit un de ses Paroissiens,
nommé Prieur, qui l'avoit
flatté de quelque esperance qui
ne luy déplaisoit pas, illuy disoit
Ancnu prius. Voila ce que mon
peu de sejour au Pays, m'a pu apprendre
des circonstancesdecette
Histoire qui me sembleassez curieuse.
Ce que j'y puis ajouter
,
c'est
qu'il estseur queM.Bellenden ne
parloit pas la Langue Hebraïque
ordinaire,je m'en serois apperceu
à la conversationque j'eus
avec luy, lx. M. son Neveu auili
qui avoit quelque teinture de cette
Langue. Ce n'estoit pas non
plus la Languenaturelle dJ-Adanl,
dont je viens de parler, elle auroitestéintelligible.
Quece furt:
la Langue Phrigienne, la plus
ancienne du monde selon l'épreuve
de Psammetiques Roy
d'Egypte,rapportée dans Herodote,
on ne peut pas le dire, parce
qu'il n'employa jamais le mot
de Becos ,
à demander du pain,
oud'autreschosesàmanger. Ce
que je m'en persuade
,
c'est que
cette Langue luy estoit particuliere;
& je jugede là, malgré l'épreuve
de Psammetiques, que
si mille Enfans estoient nourris
par autant de Personnes muettes,
ils parleroient tous des Langues
aussi differentes
, que seroient
leurs voix, leurs visages, leurs
complexions, & leurs esprits. La
Mothe leVayersoûtient qu'ils
seroienttous muets, parce qu'il
ne fort aucune parole de la bouche
, qui ne foit entrée par l'oreille
,
surquoy il cite l'exemple
des Sourds de naissance dont aucun
ne parle, & il allégue que
les Enfans de l'épreuve de Psammetiques,
avoient sans doute oüy
la voix de quelque Chevre qui
crioit Bayhe, d'où ils avoient appris
à dire Becos,qui se trouva par
hazardeftre une parole Phrigienne;
mais pour moy ,
jecroyque
la Langueestfaite pour parler,
aussi bien que les yeux pour voir
& que les oreilles pour entendre,
& que si les Sourds de naissance
font muets, c'est que l'empefchement
qu'ils ont à l'oreille, s'étend
jusqu'à la Langue, & qu'on ne
peur oster l'un sans l'autre. Vous
pouvez, Monsieur, proposer
cette Question aux Curieux pour
l'examiner plus à fonds, & pour
en avoir leurs sentimens ; comme
aussi les prier, de dire ce qu'ils
pensent de cette maladie, qui
ayant fait oublier à son Malade
sa Langue ordinaire, où l'empeichaut
de la parier, luy donne
-en échange l'usage d'une langue
nouvelle & inconnue.
J'aylu dans des Mémoires d'un
demes Ancestres, qui a vescu la
grande Climacerique, queNicolasde
Vienne son Trisayeul, mort
& enterré àLigny, dont il estoit
Gouverneur en 1474. âgé de jo.
ans ,
sélon Con Epitaphe , après
avoir receu du Ciel une mémoire
si heureuse, uneimaginarion si vive
,
&,tant d'adresse naturelle,,
qu'ayant eu des Maistres en toutes
fortes d'exercices d'efprir &
de corps, il sçavoit à l'âge de 21
anvtout ce-q¡n'on peut sçavoir, &
faisoit tout ce qu'on peut faire:
tomba malade à 21 ans d'une fiè-
-vre chaude, & puis d'une parali- surla langue, donrles effets
furentsiétranges, qu'il en perdit
le souvenir de tout ce qu'il avoic
jamais appris, enforte qu'illuyi
fallut même ra pprendre à parler,
à lire &à écrire, comme on l'apprend
aux Enfans, à quoy il eut
bien de la peine à parvenir. Et j'ay
veu un nomméJean Guenot,Fermier
d'une Terre de mon Voisinage,
où il y avoit ces années
passées une Cristallerie
,
à qui la
nesmechose estoit arrivée à l'âge
d-j 30 ans; mais ny l'un,ny l'autre
ne partaient point du tout après
leurs maladies, bien loinde parler
avec facilité & distinction une
langue inconnuecomme mon defunt
Curé. Les Curieuxde la Médecine
ou de l'Histoire, pourront
encore m'éclaircir par vostre entremise,
s'il y ades exemples d'une
pareille avanture,où vous, Monteur,
qui n'ignorez rien, pourrez
m'en instruire sans leur secours, si
peu que vous ayez de complaisance
pour mes desirs.
Il faut presentement queje vous
avoue
,
qu'encore bien que j'aye
conceu l'Ecritureuniverselle avant
la langue
,
celle-cy a fait la
loy
,
& donne la regle à l'autre;
& que si je n'avois imaginé la langue,
j'aurois apparemment disposé
l'Ecriture d'une autre maniere,
car enfin il m'estoit d'abord venu
dans la pensée d'employer dans
l'Ecriture, le moins d'enseignes Se
de signes qu'il me feroit possible;
3e à cet effet de distinguer le nombre
pluriel des Noms & des Verbes
, par des chiffresdifferens
de ceux du nombre singulier; Se
de marquer meime, par des chiffres
aussi, le genre des Noms dont
j'ay lailré l'expression à la Nature.
Chaque Nom substantif simple
auroit eu trois chiffres pour la fignificarion
de ses variarions; chaque
Nomadjeâlf,&chaquenoni
de diminution, d'augmentation &
de comparaison,en auroit eu quatre;
& chaque Verbe, cinq. III
par exemple, auroit exprimé le
nom au masculin
, par ion premier
chiffrej au nombre singulier,
par son deuxiéme
; &au nominatif
par son troisiéme. 223 l'auroic
lignifié au feminin
, par son premier
chissre; au pluriel,ou au
duel par son fécondj & au datif,
par son dernier.316 l'auroit donné
à connoistre au neutre, ou
au commun , par son premier
chiffre; au singulier, par ion lecond;
& à l'ablatif par Ton troisiéme.
Et aioli j'aurois pû donner
aux noms simples, si je l'a.
vois voulu, plus de trois genres,
plus de deux nombres, & plus de
six cas, le tout sans aucune confusion.
Quant aux autres noms, j'aurois ajoûté ud chiffre,. aux
trois que je viens de marquer;Se
ce chiffre qui auroit précédéles
autres, auroit exprimé l'adjeâif
par un zero; le premier diminutif
par i ;
le fecond par 2j le premier
augmentatif par.?; le fecond
par4-,lenomd'égalité,aussi, autant
, ny plus ny moins, par f; le
comparatifplus, par 6; le comparatif
moins par 7 ; le superlatif le
plus par 1; & le superlatiflemoins
par pi & j'aurois ainsi marqué
tous les degrez dont le nom est
susceptible. A l'égard des verbes,
mi ,auroit signifîé le verbe à l'actif
par ion premier chiffre
; à
l'indicatif par son fecond ;au present
par son troisiéme; au singulier
par son quarriéme, & à la pre.
miere personne par son cinquié.
me. 24323 l'auroit exprimé au paffifpar
son premier chirrre,au fubjondif
par son deuxième ; au futur
par son troifiénle; au pluriel
par son quatrièmej & à la troisiéme
personne par son dernier; Se
j'aurois augmenté aussi toutes les
fortesde variations du verbe, autant
qu'il m'auroit plu, & sans aucun
embarras
, pourveu que je
n'eusse pas poussé l'expression de
chacune, plus loin que le zero,&
les neuf càiJfreSjOu nombres;simpies.
Cette methode auroit elle
claire, exacte) & d'un facile dénieflement
i mais dés que j'eus
conceu le grand fecretde la Lan.
gueuniverselle, ilme fallut pren1
dre d'autres mesures, &. renon..
cer à cettebelle methode pour en'
chercher une plus commode à
l'expression de cette langue. II ne
fera pas inutile que je vous apprenne
la maniéré dont elle me
vint dans l'esprit.Lavoicy.
Lors que j'eus ébauché le premier
Plan de l'Ecriture, il me
sembla d'abord qu'il y manquoit
quelquechofe àsa perfeébon;c'é
toit d'estre lisible, car le moyen,
àssois.je en moy mesme') de lire
ce qui n'est pas composéde leu
rres,puis quecefont elles qui forment:
les sillabes & les mots, Ct}:
manquement me cboquoit, mais
je m'en confolay bien tost, en jugeant
mesme pour me flater, que
cette indépendance des lettres,
estoit un grand avantage à cette
Ecriture, veu qu'elle ne laiflcic
pas d'exprimer toutes choses; &
que c'estoit la veritable Ecriture
de l'esprit, puis qu'elle signifioit
immédiatement, tout ce qu'il estoit
capable de concevoir. Néanmoins
je remarquay ensuite qu'-
on la pouvoit lire, en disant par
exemple cent quatre pour signifier
Dieu, quej'exprimepar194,dans
mon premier Dictionnaire,en disant
mille trente-quatre pour signifier
cennoitre. Et disantmille trente-
quatre cent quatre, pour exprimer
cotoneifireDieu. Maisconfideranr
aussi tost l'embarras de ces
expressions, dans la pluraliré des
mots que j'employoisàn'ensignifier
qu'un; ôc dans leurs équivoques
à ne sçavoir par exemple si
mille trente quatre qu'on entendroit
prononcer, feroient trois
mots, ou deux, ou un seul,je connus
que cette façon de lire estoit
mal propre à estre mise en usage ;
& presque impossible, lors qu'on
passeroit del'expressïon des nombres
primitifs, à celle des auxiliaires;
& qued'ailleurs, quand bien
elleseroit facile& commode, elle
ne seroit pas universelle comme
l'Ecriture, parce quechaque Nation
donne des noms differens à
ses chiffres, ôc aux nombres qui
s'en forment.
L'éloignement de cette pensée
fit place à une autre; & l'usage
des Hebreux & des Grecs, qui
employent leurs lettres à figurer
leursnombres,mefit songer qu'au
lieu de substituer des mots aux
chiffres, il n'y falloir substituer
que des lettres; & qu'ainsi il ne
resulteroit qu'un mot pour chaque
nombre composé de plusieurs
chiffres; que ces mots feroienc
differenssuivant la diverse combinaison
de ces chiffres; & qu'alors
mon écriture feroit lisiblepar
elle-mesme, sans superfluité Se
sans équivoque; & se liroitencore
d'une mesme façon,par toutes
les Nations.
Sur cette idée,je passay de la
speculation à la pratique;& après
avoir donné à chaque chiffre,telle
signification de lettres que je jugeay
à proposée trouvay en effet
qu'il s'en formoit non seulement
une écritureaisée à lire&àconcevoir,
mais encore une langue claire
&. distincte, tout aussi propre à
estre renduë universelle,que l'Ecriture
mesme.
Uefl difficile d'atteindre d'abord
à la perfection des choses, il me
salut faire plusieurs Alphabets,
avant que de me déterminer dans
leur choix; & lors que je me
vis en possession de deux Ecritures
au lieu d'une, il fallut encore
changer quelque chose à ces Alphabets
pour les accommoder à
ces, Ecritures; mais enfin voicy
quels ils font pour l'une & pour
l'autre
,
d'où vous pouvez juger
que comme ces Ecrirures font diverses
dans leurs dispositions
,
il
ne se peut que les Langues qui en
resultent ne soient différentes
dans leurs mots ,&qu'ainsi au
lieu d'une que j'ay proposée jusqu'à
ce jour,je ne vous en donne
aussideux.
J'ay divisé les Chiffres en primitifs,
&enauxiliaires, à quoy
j'ay ajouté des enseignes, des accents
,& quelques points; & de
tout cela j'ay formé mes Caracteres.
Voulant les changer en
paroles
,
je fais répondre, aux
Chiffres primitifs
1, 2,3,4,5,6,7,3,9,0.
Les Lettres b,f, d, g,tll,p, c,j, v,ti,
que j'appelle aussi Lettres primitives.
Aux Chiffres auxiliaires
Il Il3, 4)y, 63 7,8,9,0,
les Lettres
a,i,ay,o,u,ou,é, eu,oy,r,
que je nomme aussi Lettres auxiliaires.
Et aux enseignes
, aux points
& auxaccents les Lettres simples
ic,1,f,C.
Et leurs Combinaisons ou Lettres
doubles-
KK,KL,KS,KT.LK,LL,LS,LT.
SK,SL,SS,ST. TK,TL,TS,TT.
Et encore kz, LZ, TZ. que je
nomme Lettres subalternes, pour
lesdistinguer des précedentes qui
sont les Lettres principales. Il
feroit à souhaiter que les subalternes
doubles s'exprimassent par
des figures simples; comme ks
s'ex prime par x.
Quanta z, il ne répond ny à
Chiffreny Signe, lors qu'il n'èst
pasuny à une autre Consone, ce
qui meluy fait donner en cet état
le nom denulle.Quelques autres
Lettres prennent aulIi ce nom,
suivant les endroits où elles se
trouvent; & d'autres portent
quelquesfoisceluy de /ùp,!eantu..,
parce qu'elles sont substituéesen
la place de leurs Compagnes. Cela
s'expliquera dansla fuite. *
Pour les Diphtongues ei ,eiU
au, &, pour la Lettre double qu
ouq, je ne juge pas à propos de
m'en servir, àcause qu'elleséquivoquent
avec é,o,&k.
A la vérité i, employe l'y Grec;
mais c'estseulement dans l'expression
des Diphtongues ay &
cy; &je marque les deux autres
ou&eti parunrenvoy ,ainsioû;eû,
afin de lesdistinguer des Voyelles
qui les forment, lors que ces
Voyelles ne sont quecontiguës.
Cét
CérJ Grec, 6c ce figne de liaison
montrent que chacune de
ces quatre Diphtongues, n'a de
rapport qu'à un seulChiffre. Il
seroitmieux de ne les exprimer
que parune feule Figure, comme
nous exprimonsay par e) mais ce
feroit trop d'innovation à l'égard
des autres.
Il en fera de mesme de la demie
lettre ou aspirationh , comme
de l'r Grec.Elle ne répondra
qu'au
Chiffre
de la Consone,àlaquelle
on la joindra, si on la veut
exprimer;mais il fera mieux de la
sousentendre, pour ne pas augmenter
inutilement l'Ecriture. Il
feroit inutile aussi de l'employer
après p ,
puis que ph ne fait rien
entendre de plus quef Quant à
la prononciation des mots de ces
nouvelles Langues, elle doit estre
exacte,& ne rien perdre des
Lettres qui les composent,&il
faut sur tout distinguer clairement
ces lettres les unesdes autres
, afin de connoistre avec facilité
le rapport qu'elles ont avec
les Chiffres & avec les signes.
Il fera libre à la verité de prononcer
gn , comme dans le mot
François regne , ou comme dans
le mot Latin regnum; 6c ll comme
dans le mot mille, ou dans le
rnotflmillr,\11ais on prononcerag
suivy de Voyelle,ou de Diphtongue
,
d'un ton ferme
, comme
dans ga, go, gu ; & par consequent
ge, gi, comme s'ils estoient
écrits ghe
,
ghi, afin de les empefcherd'équivoqueravecje,
ji,
Il en fera de mesme de t, il se prononcera
comme dans ta, to, tu, &
par consequent ti, comme s'il
estoit écrittbi, pour le distinguer
de Ji.
Pourc, on le prononcera par
th., afin qu'on ne le confonde pas
avec K ,
dans Ka ,
Ko
,
Ku ,
&
avec s,dans ce, ci; & l'on prendra
garde à ne le point mettre à
la fin d'uneSyllabe, parce qu'il y
équivoqueroitencoreavec K. On
fera la mesme observation pour
ma nulle
, que l'oreille ne déîmfkroit
point d'avec s ,
si une
Syllabe en estoit terminée.
A l'égard de b, il fera prononcé
differemment d'v eOlJflne, 6c
on distinguera de mesme u voyelle,
de la Diphtongue ou. Jesçay
bien que cette premiere diversité
de prononciation fera de la peine
aux Gascons,& quela seconde
encauseraau Italiens k aux Espagnols
; mais pourquoy confondent,
ils ce qui doit estre distingué?
Enfinpn donnera à chaque
Lettre, un son qui n'aie rien de
commun ave lesautres, afind'éviter
les équivoques qui se pourroient
glisser dans l'Ecriture numeralie
lors qu'on viendroit à
écrire en Chiffres les mots de l'une
ou de l'autre Langue.
Vous jugez bien de là, Monsieur
, que chaque Langue aura
deux forres d'écritures, la numerale
qui est composée de Chiffres
ou de nombres;& la litteralequi
seformeavec les Lettres de l'Alphabet,&:
dont chaque Nation
pourra se servir en son particulier,
pour s'exercer,& pours'instruire
plus commodement dans
la Langue universelle.Cette Lan..
gue fera contraire en cela à l'Hebraïque
Se à la Grecque,parce
que n'employant que les mesmes
Caractères à exprimer leurs Lettres
Scieurs Chiffres, elles n'ont
qu'une Ecriture pour ces deux
choses, mais il ne tiendra qu'aux
Nations de reduire les deux à
une, en quittant leurs Ecritures
parciculieres pour la générale.
Je ne doute point que vous ne
soyez dans .l'impatience de sçavoir
de quelle maniéré je me
prends pour prononcer mes Lettres
primitives, puisque je ne les
exprime que par des Consones,
Je me fers pour cela de lademie
Voyelle quela naturemettou.
jours dans nostre prononciation,
lors qu'il y a deux Consones con-'
secutives, de difficile union dans
unemeime Syllabe, que j'ay dit
dans la Grammaire Universelle,
devoir estre marquée feule après,
chaque Conson, pour en apprendre
plus aisément la prononciation
; & qui est le fçcva Ólf.
fihcvll des Hebreux; si perceptible
aux oreilles fines par tout ou
il est inséré par.la nature, & si
remarquable aux moins déHcars:
dans les mots de blâmer, drapper.
fpcttacleySL autres semblables,puis
quelles entendent bien qu'ils se
prononcent comme s'ils estotent
écrits de cette forte belamer
,
tU":
rapper ,
J'infère donc
cet e féminin entre routes mes
Consones primitives, lcfts qu'elles
font disposées de la maniéré
que je viens de dire, le considerant
comme leur lien naturel; &
je l'exprime mesme afin de re.,
gler les Syllabes, & ne pas faire
de peine au Lecteur qui ne seroit
pas accoustumé, comme les Allemans,
à voir de fuite dans irn
mot plusieurs Consones peuaecordantes.
Je laisse mesme encore-
la liberté de le prononcer
en e masculin,aux endroits ou
l'on jugera que cette prononciation
aura plus de grace que la
feminine; & bien que j'emploie
céré masculin pour exprimer le
Chiffre7.lorsqu'il est auxiliaire,
il n'en faut pas craindre d'équivoques,
comme vous le connoistrez
parlesRégies qui fuivent.
Régies a observer dans le changent
de la premiere Ecriture
numerale en Litterale. LA premiere Régie est quV
masculin ou féminin, place
seul entre deux primitives, doic
toujours estre consideré comme
une nulle
,
c'est à dire, comme ne
répondant à Chiffre ny à signe
ainsi que je l'ay déja explique.
Voulant donc changer en Lettres
104. & III. Chiffres primitifs
de mon premier Dictionnaire,
qui ftgninenc Dieu& Faux-Dieu,
au lieu d'écrirebng,&bbb,j'écris
h(n(%& bebeb;mais sije veuxehanger
en deux mots ma premiere
Langue, 1.'14'(. & 111'1) Caractercs
aussi ae ma premiere Ecriturequilignifientau
nominatif ces
mesmes paroles Dieu & Faux.
Dieti, au lieu d'écrire benega &
bebeba,j'abrege &j'écris benga &
bebba.
La sécondé Régie en: que
quand un Caractere a deux, trois,
quatre ou cinq Chiffres primitifs
de mesme façon, on en peut
exprimer un par la Diphtongue
eâ,, & deux par la Diphtongue
oy.
o
Ainsi n 31. qui: signifie
Divinité, Dieu ou DlcJfl, dans m&
premiere Ecriture, & quise change
en bebeda ou bebda
,
selon la
Régle precedenre, se peur exprimer
par beuda. III'I. quin~nin~
Vaux-Dieu
,
& qui se tourne de
mesmeenbebedaou hebba, la comme esté dit, se peur exprimer par
beuba. un'i qui lignine le CielPcredes
Dieux,&qui se transforme
en bebbeba. ou bebebba, se peut ou
plûtost se doit exprimer par beubbitouboybt;
Et qui lignifie
Imposteur, & qui se marque par
bebbebeba ou bebbebba
,
se doit exprimer
par beubebba, ou plutost
par boybba. J'appelle ces Diphtongues
qui font substiruées çJe
laforte,àla place des Consones.
primitives Lettres supplcantes ou
cjjlcieufes
, non feulement parce
qu'elles fervent pour d'autres
Lettres ;
mais encore parce qu'-
elles abrègent les mots ,
Se en
adoucirent la prononciation.
De là il résulte
, que toutes les
fois que ces Diphtongues se trouvent
inferées seules entre des primitives
,on ne les doit pas 'onf.
derer comme des auxiliaires, mais
comme des suppleantes.
LatroisiémeRégie, est de ne
pas commencer un mot par. la
nulle e ,
puis qu'il ne fait cette
fonction qu'étant inséré & de
ne pasnon plus substituer les suppleanres
à la place de la premiere
primitive, puis que c'est elle qui
fait connoistre leur employ:
comme aussi de ne jamais mettre
~comme nulle, après la derniere
primitive, ny les suppleantes en
sa place, lors qu'elle est suivie
d'une voyelle qui fait l'office
d'auxiliaire, d'autant que cette
voyelle suffit pour l'adoucissement
du mot ,
& que cér ufiçe
causeroit de l'équivoque. Aind
voulant exprimer iiiiqtilficnisieDivin,
il ne faut pas écrire bebbea
,
bebeûa
, ny boyd, parce que
bebbea répond à ii1-7-1 r bebeûa-, à
11.81; ôcboya à 1.91 mais ondoit
écrire bebbaou beuba., qui ne peu
vent répondre qu'au premier Caraétere
m'i,suivant les deux Régiesqui
précèdent. Quesila
derniere primicive-efr fuivie de
l'auxiliaire r, on peut umployer
é, comme nulle après cette primitive;
supposé que la necessités
de leur liaison le demande
, ou
mesme changer cette primitive
en suppleante ; mais en prenant
l'un ou l'autre party, il faut ajouter
la Cubalternek,après r, pour
marquer la nullité de IV
, ou la.
substitution des suppleantes, parce
qu'autrement ces Lettres pafseroient
là pour des auxiliaires..
Ainsivoulantexprimer 97orqui
signific ce mot nullité dans ma
premiere Ecriture, au lieu d'écrire
simplement vecbera ou vecera
y
j'écris vecerka, dautant que
vecera exprimeroit 97-701, Caractère
differentde l'autre mais
si j'avois à exprimer 104-01 qui
signifie Divinité, qualiré qui appartientàDieu,
&, 10411-01 qui
signifie Création,qualitédu Créateur
, au lieu d'écrire bengerka &
bengckberka
,
j'écrirois bengra &
& bengebbra, à cause de la nature
de la primitiveg, qui s'unit à l'au.
xiliaire r y
sans demander entre
ellesl'expressiondeIV. Ainsiencore
voulant exprimer 88-01 &
888-01
,
je dois écrire jeûrkaôC
joyrka.
, parce que jeûra &joyr*t
répondroient à 8-801 êcà 8-901,
autres Caractères que les pre.
miers. Que il au lieu d'une pn.
mitive,ille trouve une fubaltcrne
devant r, on doitaussi mettre
entre deux e , comme nulle, s'il
est necessaire pour la liaison du
mot 5
mais conjointement avec
le k, pour marque de cette nullité.
Ainsivoulant exprimer 104-01
qui signifie le premier diminutif
de Divinitéy qualité, oupetite Divinité
,
il faut que je Mzbcngctferka
,
à moins que je ne veuille
prononcer bengetsra
,
qui seroit
bien rude.
La quatrième Régle, est flu'/,
doit estre encore confideré comme
nulle; & eû & oy, comme fuppleanres,
lors qu'ils sont inserez
seuls dans un mot après des primitives
,
& devant toutes fortes
de subalternes
,
excepté devanc
t, *& devantlz unis, ou bien separez
feulement par une auxiliaire.
La fuite en fournira assez d'exemples
,
sans que j'en rapporte
icy.
La cinquième Règle, est que
,
que cel mesmes Lettres se trouvant
dans un mesme mot feules
& finales, après des primitives
ou des subalternes, y font par
rieceffité la fonaion d'auxiliaires,
, parce qu'il n'y a point de mot
dans la Langue, qui ne réponde
à un Caractère ;ny un Caractere
dans l'Ecriture, qui ne soit composéde
Chiffres auxiliaires & de
primitifs; maisil faut mettre un
t après elles, pour donner à connoistre
cette fonction quelles
font d'auxiliaires
, comme pour
marquer celles de nulle & de fuppleantes
,
j'ay dit qu'il falloir y
employer un k. Ainsi voulanc
exprimer 1'7)1'8, &1'9 qui si-
•
gnifient dans ma premiere Ecri.
'ture l'Adverbe ouy ,
la conjonction
&) &la proportion en ou
dans, au lieu d'écrire fiment
be, beu,boy, on doit écrire & prononcer
bet, beût, boyt. Il en est
de mesme de 2/7 & de 2/7 qui fignifient
les Advarbes numéraux,
deux fois & la deuxième fois, au
lieu de les exprimer par sikié &
fkjJ, il faut écrire6c direket&
sikz,et.
Enfin la fixicme Règle
,
ett
que toutes les fois que ces mefj
mes Lettres font immédiatement
suivies ou -
précedées. d'autres
Voyelles,d'autres Diphtongues,
ou d'elles mesmes, elles font en- -
core la fondion d'auxiliaires
, en
quelque endroit qu'elles se trouvent
avoir besoin d'aucune mar>
que. Ainsi dans bebbee ou bcûbée
qui signifie l'Adverbe superlatifleplus
divinement, les deux é
qui se Suivent immediaremenc
font auxiliaires & répondent à
77 , comme tout le Caraél:re àiri-
77. Cet exemple suffit pouren
former d'autres.
L'observation de ces Régies-.
empefeheraqu'il n'y arrive aucune
équivoque dans cette premiere
Langue, non plus que dans ma
premiere Ecriture; & voila tou'_-
tes les marques qui concernent
le changement de sesChiffrespriu
mitifs en Lettres,
Quant à celuy de ses Enseignes
& desautres Signes. Lepremier
avernucmentest, que l'Enseigne
simpleinferée nes'ex prime
point,dautant que la réparation
quelle apporre entre les
Chiffresprimirifs & les auxiliaires,
éclattea(Tez par la difteren-
- ce des Lettresausquellesje donne
ces mesmes dénominations,
sans qu'ilfoitnecessaired'y ajouter
un autre Signe de diftinclion.
Ainli1°4'1; 104.-ii,104-10^, Be
1041.1003 caraares de ma premiere
Ecriture qui fignifienf
Dieu, Divin, ilcrée Se on crée, s'expriment
fimplemenr par bengd,
bengaa, bengebaray
,
& bengebar*
ray.
Le fecond avertitfemenr
,
est
qu'il en est de mesme de l'Enfeignequeje
place sur les Chiffres,
paroùjemarque les parties invariables
du discours
,
les Proverbg3,
& les Lettres de l'Alphabet
avec leurs Diphtongues & leurs
Syllabes les plus communes, elle
ne s'exprime pas non plus, dautant
qu'elle se refout en inferée,
avant le dernier Chiffre de ses
ex prc ssions.Ainsi 17 qui signifie : l'Adverbeouy
, 1017 qui signifie
l'interjection helas lOS. qui figni.
fie la conjondion car, 119 qui
gnifielaprépositiondedans, 4tto
qui signifie un proverbe5 & 015; qui signifie la Lettre d ou de
,
seresolvent
en l'y, en 101'7'-, en<
10'8, en 11*9, 411'0en 01h'
& s'expriment par bet, senbet, binent,
hehoJt,gebber & nebay.
! Le troisiéme avertillemenr,,
estqu'il n'en est pas de mesme derEnfUgne
que je mets sur les
Chiffres
, par ou je marque .les' »
noms des lieux & des Person. *"
nés celébres ) ny de celle que je
place dessous
, par où, je, les nombrans
, ou qui demeurent
en nature: Ces Enfei*
grnes fervent à mettre de la diveriité
entre des expressions
,
qui4
n'en auroient point sans cela; Su
par conlequent se doivent exprh
mer. Je marque donc celle que
jeplace furies Chiffres
, qui si.
gnificnt les noms des lieux& des
Personnes par la subalterne KT.
Et de cette forte t'i qnisignifie
rAJle; 11'1 qui finisse la chine-i:
& 111'1 qui signifie Canton prerniere
Province de la Chine, &c.
s'expriment par btkla
»
par bebe..
fra, ou beúKta
,
& par bibbew, b..
bcâuayQVL boj,e-ta. Et z/U}i qui
vous signifie s'exprime par febbebcdi
kla
, ou fcbojdexKtt. Et je
marque celle que je mets fous les
Chiffres,,qui signifient les nom
! bres nombrans par les fubalternes
Ki ou x ,
quîcfFla mesme
chose,&par kzj..fiçavoirla barre
droite des nombres Cardinaux
par x) & la courbe des Ordinaux
parkAinfi1quisignifiedeux
indéclinablej & lï qui le figni..
fie déclinable au nominatif pluriel,
s'ex primenr par [ex) & par
fixas. Et l'ï qui signifie deuxième
ou second substantif; & 211 qui
le signifient adicdif ,s'expriment
par /ÎK^4&par ftnzaa. Ileneft
de mesme de leurs Adverbes adjrdifs,
2,17 qui signifie doubleruent,
& 2 17quisignifie dltlxiémement
i ih s'expriment par PXAt
&/:K~. J'ay parlé de l'expression
de leurs autres Adverbes
dans la cinquième Règle.Quant
aux Verbes & aux Noms verb,
lux,qtlidériver desNoms numéraux,
on peut les exprimer comme
les autres dérivez; mais a l'égard
de leurs négatifs, & de ceux
qui signifient le retour de l'action,
il est plus à propos de suivre dans
la Langue
,
l'avis que j'ay donné
pour leur expression page 197,
& 298 du XX. Extraordinaire
, que la manierede les exprimer
par les auxiliaires, telle quelle
est marquée dans les pages
précédentes du mesmeLivre.
Le quatrième avertissement,
est que j'exprime pour la raison
précédente
,
les signes qui font
joints aux Enseignes, & qui donnent
à connoistre les degrez
d'augmentation, de diminution
& de comparaison. je marque •
ceux d'augmentation par ST 6C
SL , ceux de diminution par TS
&rz, ceux de comparaison en
, élevant parSK,& ceux decomparaison
enabaissantpar.TK.
Ainsi 104'1 & 104 11 qui signifient
Dieu & Divin, & que j'exprime
simplement par benga & benga,
commeiladéjaestédit, ont pour
augmentatifs 104;1 ,
& 104,1 qui
signifient grand Dieu
,
&. trèsgrand
Dieu, &104-11,& 104.11 quisignifient
fort Divin & tres Divin,
& que j'exprime par bengesta,
bengejht
,
bengestaa
,
& bengeslaa.
Ils ont pour diminutifs104?I &
104?I qui signifient petit Dieu ôC
trèspetit Vilu; & 104.11, & 104-11
qui signifient peu Divin& tres pet «
Divin; &que j'exprime par ben
gnfl) bengetza,bengetsaa& ben-
-
gflztZtl. Ils ont pour degrez de
comparaison en élevant 104 11^,
104-41 & 104-71 qui signifient
autant ou aufjl Divin, plus Divin,
&leplus Divin, & que j'exprime
par bengeskaa
,
bengeskaa
,
& bengeskea.
Etils ont enfin pour degrez
decomparaison en abaissant
104 11,104 41 &104-71 qui fignifient
dujji peu Divin,moins Divin&
lemoinsDivin,&quej'exprime
par bengetkaa,bengetKoa&
hengcKCtl. Neanmoins comme
j'employe simplement dans ma
premiere Ecriture 104-41 &
104-71 à exprimer les comparaifons
d'élevation plus Divin & le
plm Divin, il fera plusà propos
pour
pour l'abréviation de la Langue,
de ne point ajourer de subalternes
dans l'expression de ces deux
degrez
,
& de dire simplement
bengôa & bengea.
£ Le cinquièmeavertissement
estquej'exprime aussi les deux
points & la barre, que je mets
sur les Chiffres auxiliaires, pour
marquer le nombre pluriel de
tout ce quise décline, & de tout ce' qui se conjugue, avec cette
différence que j'employes. pour
le pluriel de la déclinaison
,
& l.
pour celuy de la conjuguaifon.
Ainsi 104'i
, ou 1041 qui signifientDieuxau
nominatif pluriel;
104*2 qui en signifient le génitif
des Dieuxj & 104*3 qui en signifient
le datifaux Dieux s'exprimentparbenvas,
benris&benrais.
«
Et 1041 ioï ou 1041.101 qui fignifienc
nomcréons;1041-101 qui fignifienc
vous créez,3 & 1041-10;
qui fignifienc ils créent s'expriment
par bengebaral,kengebaril,&-
bengebartyl.
Le fixiémc avertissement, regarde
les accents d'augmentation
, que je mets sur les Chiffres
primitifs pour accroistre le nombre
des expressions, & en fournir
les feaioos des estres les plus
abondantesj celuy que je place
sur les mesmestChiftres
, pour
marquer les feconds Verbes negatifs
; celay que j'employe sur
les Chiffres auxiliaires pour fignifier
le futur prochain,& le
futur éloigné de toutes fortes de
Verbes. Ces accents font detrois
façons pour l'augmentation des
expressions qui regardentle
estres
;
l'aigu, le grave & le cir-
-confléxei& je mefers des mefmes
fubalternesl &fpour expri.
mer les deux premiers, 6c encore
dé K pour sïgnifïer le troifiérné;
Ain(î,4é^7'i qui signifie dans
ma première Ecriture Ecuyers'ex.
prime par gepeteta, & 4647*1 qui
lignifie son augmentation, PaÜ-.
frinier se marque par gepegerela.
Il en, est de mesme de m'i qui
lignifie Canton' premiere Province
de la Chine, & qui s'exprime
yaiMbekta>6çdeIII'Iquifignifie-/
onaugmentation htnam dixième.
Province du mesme Etar,
&quisemarque par bebbektU.
Ces mots se peuvent abreger
,
Se
on peut dire gepgetela 6c boyktela.
yoHa.cwmc,s'exprimc.l'accenc
aigu d'augmentation, quand il se
trouve sur la derniere primitive;
&. on peut juger par luy
,
de la
maniéré d'exprimer le grave èc
le circonfléxe
,
quand ils se rencontrent
sur la mesme primitive;
& de tous trois lors qu'ils sont
placez sur la penultiéme ou sur
l'antépenultiéme,oùils setransportent
selon le besoin, sans qu'il
soit necessaire que j'en rapporte
des exemples. Quantat'accencaigu
qui marque les seconds Verbes
négatifs
,
je l'exprime par la,
subalternekl. Ainsi 1066-10 qui
signifie dans ma
premièrer,EcriJ
ture lesecondVerbepositif
faire,s'exprime par benpepar,
oui
Bcntppar, Et1066-10 qui y signifie
le second Verbe negatif red!.
faire s'exprime avec son accent
par beneppeklar. Ma premiere
pensée n'avoit pas esté d'exprimerdela
sorte ce second Verbe
négatif, ny mesme son positif
refaire; ny ceux encore dont l'un
& l'autredérivent, jeveux dire,
faire&défaire
, comme vous l'avez
pu remarquer dans ma Lettre
de vostreXVII. Extraordinaire
page 310 & suivantes. Je
projettois alors de distinguer ces
quatre sortes de Verbes, par la
diversité de leur premier Chiffre
primitif, tellement quesi 11110
avoitsignifié le premier positif
ou l'affirmatiffaire;211-10 auroit
exprimé le premiernégatif
dlfirt; 31110 le second positif
refaire, & 411-10 le second nega.
tif redéfaire. J'appelle aussi ces
deux derniers Verbes du nom de
rcfijts de retour d'action -, maisayant
reconnu dans la fuite que
cetusage pourroit apporter de la
confusion à d'autres expressions,
je le changay ,
& je transporta y
ladistinction de ces Verbes,de
leur premier Chiffre sur leur dernier
, en exprimant faire par
106410 défaire par 1065.Ío; &
refairepar 1066 10. Cechangement
le voir dans ma Lettre du
XX. Extraordinaire page 247.
avec la raison qui m'a fait recourir
à un accent pour l'expression
du second Verbe negatif; & si je
vous en entretiens icy;c'est pour
reparer l'omission quej'enay faite
là. A l'égard de l'accent encore
aigu, que jemetssur les Chiffres
auxiliaires pour marquer les divers
futurs des Verbes, lesquels
t;
font particuliers à ma premiere
Ecriture, je l'exprime encore différemment
de celuy que. j'employe
sur ses Chiffresprimitifs,
Sec'cft par la subalterne Ainsi
1-10 qui signifiele Verbetftrt,&.
qui s'exprime par bar, a pour son
futur ordinaire, futur indéfiny
1-104 qui signifiejeseray, &. qui
se marque par baro; & pour futurs
définis 1-104 qui signifieje
seray loll, & 1-104 qui signifieje
feraytardy & qui s'expriment avec
leur accent par batro & barto.
Cetteexpression de futurs sepeut
aussi étendre sur les préccrits,
puisqu'on peutdirejefustost, je
fta tard,j'ay esté tost, j'ayestétard&
autres semblables.
Le septiéme & dernier aver.
tissement, est d'observer que
quand un Caractère a deux accents
, comme l'auroit le futur
du Verbe redéfaire,on doitsedispenser
de l'expression du second,
si le mot qui en réfulre a une
longueur desagreable, & employer
la phrase
, au lieu du mot
simple.
Apres ces avertissecmens qui
font mes secondes Régles, il
reste quelquesréflexionsà faire.
La premiere, que l'expression
des Enseignes ou seules, ou accompagnées
de Signes, s'infere
toujours entre les expressions des
Chiffres primitifs
,
& des auxiliaires.
La seconde, que l'expression
des accents & des points
ne se place qu'après celle du
Chiffre primitif ou de l'auxiliaire
,
sur Lequel ils font marquer
Latroisiéme
, que mes subalternes
doubles ne répondent qu'à
un Signe, de mesme que mes
Diphtongues auxiliaires faisant
cette fonction, ne répondent
qu'à un Chiffre. La quatrième,
quenon feulement éfait l'office
,' de nullej mais K &.Taussi, aux
endroits que j'ayrapportez, &
qu'ainsiestant auxiliaire, & ces
subalternes me servant à exprimer
des accents d'augmentation,
ces trois Lettres ont double employ.
La cinquième ; que leurs
compagnes eû & oy, 7 &ffont de
mesme employées doublemenr.
Les premieres
, comme auxiliaires
& comme suppleantes
;
&les.
autres àl'expression des pluriels,
&àcelle desaccents. Etlafixié.
me, que les subalternes doubles,
KK,/I,.If, tt,Ik, Is, lt, &tla
contraires des subalternes fimn
ples n'ont aucun employ dans
cette premiere Langue.L,en
arusesi uzn tbroisiieemenq-uervooussvte.r
Je ne vous ay presque encoroi
rien ditde la nulles.Ilest rempjq
de vous expliquer son usage ;jot
l'insere parmy mes Lerrres auxi..;:
Jiairesàmefmefin que ma nulltl
e parmy mes primitives
,
je veuaxi
dire pour leur liaÏÍon, & pour
leur adoucissement, & de plusi
comme j'employe e élu unis en--j
semble dans la Diphtongue eû
pour suppleante simple
, &,,
pour suppleante double
, encres
ces primitives, fin de diminuer
dans les mots le nombre des Sy1-
labes,Remployé encore à mesmes
intention l & z. unis ou separez,
entre ces auxiliaires; mais seule,
ment pour suppleantesimple, la
double nem'estant pas necessaire.
Ainsi au lieu d'écrire & de
prononcer simplement benga.
quisignifie Divin
,
6cfaa qui signifie
savois
,
faaiqui signifieTu
aveis ; faaay qui signifieilavoit;
&fitaaay qui signifie onavoit, j'écris
& je dis bengA&a fitza,flizi,
falzay 6c ftlzallY ou falazay. Le
toutde la maniere qu'on trouvera
la plus propre à lier le mot, &
à luy oster sa rudesse. Surquoy
il fautobserver que l'employ de
Suppléante entre les auxiliaires
appartient à la subalterne 1 6c
non pasaz, mais que pour avoir
cet employ
,
elle doit estre suiviedu
z immediatement, ou bien feparée
de luy seulement par une,
auxiliaire: Et on ne doit pas
craindre que l'usage de ces nulles
& de ces subalternes simples ou
doubles, cause aucune équivoque
dans cette Langue, il n'y en
arriveroit pas mesmes quand
bien on en écriroit tous les mots
sans distance, on les diftingueroit
encore plus aisément queles Caraéteres
dont ils résultent
,
i smesmesçavoir
leur signification,
pourveu qu'on priftbien garde à
mes Régies.
Voila,Monsieur, l'expression
litterale de la premiere de mes
Ecritures universelles,& dequoy
former, une Langue de mesme
étenduë, demesmeclarté, 6cde
mesme abondance qu'elle. Il ne
mereste qu'àen donnerun petit
échantillon, comme j'ay fait à la
fin de chacune de ces Ecritures;
& je me ferviray du mesme exemple
que j'ay employé.Vous sçavezqu'il
consiste en ce début du
Texte Sacré. Dans le commencement
Bien créa le Ciel & la Terre.
Je n'ay que faire d'en rapporter
les Caractères numéraux, vous
les pouvez voir dans le XX. Extraordinaire
page 284.Voicy
les motsqui en résultent boyt du
benembebru bengabengebalzuô de
fenbi,beûtdosembo.
Je pourrois joindre au dérail de
cette premiere Langue universelle,
celuy de la seconde, & ce que
j'ay encore à vous dire de l'une M
de l'autrecommeje l'avois projetté
à la fin de ma derniere Lettre
, mais je croy qu'il est plus à
propos de finir celle-cy
,
elle me
paroist assez longue, & mesme
trop pour un petit Livre où taoDI
de beaux Ouvrages demandent
place. Agréez doncquejeremette
l'accomplissementdumienà vôtre
Extraordinaire du 15.de Janvier
, & faites moy toujours Jass
grâcede me croire, MOPÍieur'
vostre,&c.
DE VlINNJS P&AÏÏCV.,
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une premiere Langue Universelle.
Le texte examine l'idée d'une langue universelle, inspirée par la langue originelle parlée par Adam et Ève, qui aurait été corrompue après le Déluge et la construction de la Tour de Babel. L'auteur regrette la diversité des langues actuelles, qui entrave la communication internationale. Il cite l'exemple de Maître Guillaume Bellenden, un avocat écossais devenu aphasique après une fièvre et parlant ensuite une langue inconnue jusqu'à sa mort. Le texte aborde également la relation entre la parole et l'audition, mentionnant des cas de perte de la mémoire linguistique suite à une maladie. Pour remédier à cette diversité linguistique, l'auteur propose une écriture universelle basée sur les chiffres et les lettres, avec des règles précises de prononciation et d'écriture afin d'éviter les ambiguïtés. Chaque lettre doit avoir un son unique, et des voyelles sont insérées entre les consonnes difficiles à unir. Deux types d'écriture sont envisagés : numérique et littérale. Des règles spécifiques permettent la conversion de l'écriture numérique en littérale, utilisant des diphtongues pour abréger et adoucir la prononciation. Le texte décrit aussi l'utilisation des accents et des symboles pour marquer les nuances des verbes et des expressions. Un exemple de phrase en langue universelle est donné : 'Bien créa le Ciel & la Terre,' accompagné de ses caractères numéraux correspondants. L'auteur prévoit de développer davantage son projet dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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258
p. 205-283
ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
Début :
Nous avons démontré dans les deux derniers Mercures Extraordinaires [...]
Mots clefs :
Binocles, Chérubin, Lunettes, Invention , Construction, Témoignages, Inventeur, Princes allemands, Ambassadeur, Empereur, Philosophes, Préface, Panégyrique, Lune, Firmament, Microscope, Axe, Parallélisme, Verres, Vision, Pupille, Yeux, Angle, Usages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
ONZIE'ME PARTIE
DUTRAITE'
DES LUNETTES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M* CoMIERS d'Ambrun,
PrevotsdeTernant) profeffiur
es Mathématiques 4 Paris. NOusavons démontré dans
les deux derniers Mercures
Extraordinaires, par le temou
gnageancien Ic irréprochable
de plusieurs doctes Autheurs
François & Latins, qui ont fait
imprimer leurs Livres,plusieurs
années auparavant que leR.P.
Cherubind'Orléans
,
grand Adioptricien,
eut donné au Public ses
ParfaitesVisions des années 1677.
678. & 1681. iQue la premiere
Invention des Binocles, celoit deuë
à Daniel CHORES, qui les presensa
au Roy, & en publia la facile
construction en l'année i6iy.
Nous avons aussi demoncré que
tous les véritables Sçavans reconnoissoient
devoir l'invention
des Binocles, dont les verres
oculaires font convexes , au R.
P. Anthoine Maria de Rheita,
ce-doc'te &Religieux Capucin
Allemand, qui après avoir fait
admirer à tous les Sçavans Curiéux
le prodigieux effet de ses
Binocles, en donna en l'année
1645. la construction dans le premier
Volume de son Livre in fo-
-
lio ; intitulé Oculus ErucS & Elia.
Je veux - encores démontrer
l'Anciennetédes Binocles, par le témoignage
d'un tres sçavant Autheur
Italien, c'est le P. F. LANA
de la Compagnie de Jesus.
Voicy ses termes que j'ay tirez
de la 209 page de fou Livre infolio
, qui a pour Titre PRODROMO,
ALL' ARTE MAESTRA
imprimé in Brescia en
l'année M. DC. LXX.
Resta, dit cét Autheur
,
di dire
alcunacofa, délit Cannoebiali,*con>
i qualisityirano gl* oggetti con tutti
e due gl' Occhi che per cio adimafJd(
iamo BINOCULI. EjJendo dunque certa che quando mi miriam,
alcttn' o-ggetto con embi gl1 occhi l,
vediamo piu chiaro, Particolarmente.
in molta diflanza
,
Stquitacbeft--\
cendo noi un Cannochiale conilqua~\
le Jt pojfa rapprcfentarel'oggetto avb
tutti due gl' oahi
, non solo ci com-x
farira pia chiaro
, ma faremo men"
fatica.
Si fara dunque in questa
, o altrav
jimilforma, &c.Iverniobjcctivi^x
devono ejjere di una medefima L#fJ"-
&bez,za di diametro
, ç l'lino totale
mentesimile aU'Illtrl) ncllafia figurai
COllveffi ; fmi/mente coUocheraivicino
à gl' occhi due vettri concavité
overo due lenti, o anche fei, cerne tiew
T411nochiafj di quattro vettri
,
si chc&
Jîano DUO CANNOCHIALI INTC
UNO;ma quefit vicini a gl' êccbûù
devonoessereccllocatic&n taldijîaza^h
cbeIL CENTRO LORO CORRIS-2
FONDA"ESATTAMENTEAL CEN-fr
r&0 DELLA PUPILLA DE GL"
JCCHij ail' incontro li due vettri
b.ec-tivi devono tffire ira dise al
ju&ntopiuvicini, 0 meno,conforma
d lontananza dell' oggetto ,
che vorliamo
quardarei puiche in maggiore
Vietnam,A delT oggetto ,
ancb* tJfi:
icvono tjflre piu vicini tra di sa
lecio in tal modo i raggi vifuali
d'amhidue gl'occhi
,
paffando per li.
vettri objettivi,vadano à terminare:
nel medefieioogeetto. onde, &c..
Voila pour me servir des mefmes
termes du P. Cherubin daus-i
la 54 page de la Vision Parfairede
1678. LA veritable & unique
Cênftruttion de CoculaireBinocle.t' tous les Verres ysoient, il a oublié
de dire dans chacune des deux:
Lunettes, centralementtoujours partiellesentreux.
2. £)uilsyfoien#
centrdementptrpendicuUires 4fti
Axes.3. elis,déllX-Axes/eNI
soientréciproquement toujours centralement
perpendiculaires,à que.diftanct quepuijpseflre tl.ohje
D'où est évidentque lesVerrts immea
diatsjX veut dire les oculaires plus
proches desyeu%^eftantcentrdemet
ajustez, aux papilles- des yeux. C.
que leP. Lana dit par ces morsj
che il cento loro corn/fonda effimente
d centro délit pupille de gÊ
occhi. Reprenonstes termes
du
P. Chérubin, les Axes pénétre*
ntcejfaircment, enfnite perptndiem
Idirement,&très, direffemtnt toutk
U profondeurdes yeux , jujquesm
tomber sur lemilieu des deux letinés
sansseromprei ce qui efi t'tfill-.
ciel de la VisionpArfaite, &pdrtutM
ftquem AIIJfl delàconjkrufîh»l"r:
faite de l'oculaireBinocle. Ce que
Daniel Choyes, & leP. de Rhei_-
ta, ce sçavant & Religieux Capucin
Allemand, & Je P. Lan*
en 1670. & le P. de chales em
1674. avoient enseigné & pratiqué
en 1645. dansla construction
de leurs anciens Binocles. C'est
pourquoy M. le Marquis deSeignelay
Secretaire d'Etat, dit au
R.P; Chérubin, ce que luy mesme
a publié en Tannée16-jy*.
dans la 412 page de sa Contiquité
des Corps. Ilfaut avouer que,--
le Binocle est une belle invention;
mais franchement elle nejîpas nouuelle
; néanmoins nostre Autheur
Adioptricienajoute ,
qu'il repliqua,
qu'ilyavoit plus de vingt tms;,
qu'il avoit inventé & construit le?
Binoclt. Et n'ayant point de
preuve par témoin ny par écrit,
d'avoir inventé ou construit
quelque Binocle,il gagneroit (a.
cause s'iltrouvoit un Juge qui le
voulut croire, dajudicem qui me,
credat, & ego convincam. Maispar
malheur, il a luy mesme démenty
en l'année 1681. par termes
formels &tres décisifs le témoignage
avantageux qu'il s'étoit
donné,d'avoir inventé &
construit le Binocle vingt ans auparavant
l'année 1679. Voicy
ses termes couchez au commencement
de la 191 page de ses parfaites
Visions imprimées en 1681.
ny'ayant, dic-il,jamais paru aucun
Binoclejusques a l'impreon du LivredelaVision
Parfaite de1677. dat
lequelj'en ay donnél'invention. Ce
noj/j.m Inventeur delà vieille
invention des Binocles, fit ailleurs
une réponse autanr juste
que la précedenre. Quelqu'un
luy ayantditque M. Da/encé Secrétaire
du Roy, estant à Vifbourg
en l'année 1668. eut pendant
trois semaines
,
l'excellent
Binocle de quatorze pieds de M.
l'Electeur de Mayence, & luy
ayant de plus faitvoir sur son
Agenda, ce qu'il avoit tire du 2.
Livre Chap. 11. page 241, de M.
F.R.A.B. J^ueMejjîeursdesCoptes
neconvenoientpas dans sa Sommationdes
Tlu(tesd'Allemand> dont on
avoitbâti les Lunettes des Princes nouvellemetimpriméesàAnvers.
Il protesta
que c'estoitluyquiavoit
donné ces Binocles à des Princes
d'Allemagne, & qu'il estoit vray
qu'on luy avoit fourny de Flustes
d'Allemagne pour luy servir de
tuyaux pour chacune Lunette
du Binocle. Quelque Rieur ajouta,
qu'asseurémêt ces grandsBinoclesàFlustes
d'Allemagne,avoiée
enfanté le perit Binocle de deux
pieds de longueur, du P. Dechales-
Savoyard, & comme aussi celuy
de decemcirciterpalmorum de longueur,
dont il parle dans la 673
page du fecond Tome de son
Mundus Matkemntieut, imprimé à
Lyon en l'année 1674. Ainsices
deux Binocles étrangers sont ail
moins de vingt ans plus anciens
que la Vision Parfaite de 1677:
du P. Chérubin. C'est pourquoy
comme il est facile d'estre Prophere
des choses payées, &. Inventeur
des vieilles choses, il a eu
raison en l'année 1678. de donner
vers la fin de la 27 page de
tes Visions latinisées, cét Avis si
important au Public,Certe, ditil,
hujus Geniisumfatcor qui in pr.e.
dilyiis ac pulchris adinveniendis
simmedelcetor. En effet, y a.t.il
truUrim ? Que la transformation
en Ange de lumiere dans les Vi-
,
gnetes de ses Visions de 1677. &
de 1681. Y a-t il rien pulchriu?
que Ía Meremsicosation en teste
d'Apollon
,
dans les Culs de lampedesesVisionsde1677.
Quid
froecUriué ac pulcbrius ? que cette
belle Anagramme ou renversement
de nom autour de cette
teste creuse
,
mais Apollonifiée;
CHERV&BINWS AVRELIANENSIS.
UNA IN VERIS
HABERIS LUCENS.
Mais toute cette force d'espritn'est
rien en comparaisondes
ce qu'en l'année 1671. dans lu]
296 p. de sa Dioprrique oculaire,
il asseure avoir vû dans laLune
mais par un moyen tout particulier
jusques ici inconnu; que je firaJ
voir, aj oute-t'il, ensonlieu : ce sera
pour lors qu'il prendra ouvertement
laqualité d'Ambanadeurti
de l'Empereur dela Lune.Ce sera
pour lors que donnant laRelationn
au Public de son Voyage dans Ia,
Lune, il confirmera ce qu'il al)
dit en 1679. dans la ni page des
la Contiquité des Corps: j'ayv
trouvé, dlr-]I,_fenf,;blcmcnt, quel'a¡r,,'\
agit naturellementsportivement e.
montant, dr seulementnegativement
en descendant, ce font ses propres v.
termes, qui par leur cadences
payent leur manque de raison,
bienn
bien qu'il en ait prononcé un arrest
solemnel contre tous les veritables
Philosophes, qui ayant
la teste trop dure & bien timbrés,
ne peuvent ressentirles influences
de ce Soleil nocturne,
mysimpathiser à la legereté de
Jair. Voicy les termes de son rell: tirez du fecond Article de troisiéme page de la Préface
Eê Ces Parfaites ViJiensàQ l'année 681. Pour desabuser dit-il, le
ondepréoccupé d'une êpinion éga- nent nouvelle
,
je. maiségaUment ; de laprétenduepefauteurde
£air,quequelques Philosophesrecens
croyoient avoir tres solidement Iflfblie
parmy les Sç&vans,
La. Nature luy a de tres grandiûimes
obligations, puis qu'il
estoitleseuldansluniverscapable,
commeil diten1679. dans
la septiéme page desa Contiquité
des Corps pour démontrerlaveritécontraire.
J'avoue,dit-il, que
ce n'est pas sans un travail
,
& qui
demande mefîtoe des connoissances tres
étendues
,
& une très vivepénétration
d'esprit. Voila enpeude mots
le Panégyrique que luy mesme
fait de sonesprit,il le faut croire
sans hésiter aussi fermement que
lors que dans la399 pagedumesme
Livre, il prononce que l'oculaire
pourservir aux objets de terre, -
nedoit point excederla longueur de
dix pieds environ : Et par confequirttattjji
le Binocle ; mais pour les.
tû9jits du*font, ajoûtet'il,
édtlinz., par eux mt/mes, c'estàdire,
ajoute-t'il encores, qui sont lumineux
: le Binoclepeut estre tant l()ng
que Con voudra. Philosophes &
A stronomes que je vousplains!
d'avoir creu que les objets du
Ciel, ces Planettes que vous observez
avec tant de vigilance &
de précaution avec vos simples
Telescopes
,
& non pas avec des
Binocles, n'avoient qu'une lumiere
empruntéedu Soleil, apprenez
enfin que cét Autheur
ayant faitenfin son vôyage d<ins
la Lune, à reconnu en observant
les objets du Ciel avec des Binocles,
que laLune, Mercure, Jupiter
&. ses quatre Satellites
, Saturne
son Anneau, &' ses sept Lunes,
font commeil asseure
,
éclai-
TrZo par eux mesmes,c'est à dire qu'ils
sont lumineux.
Voila le fruit & les découvertesque
l'Aucheur des Visions a
fait avec les Binocles de quoy il
doit se contenter, car pouravoir
continué à crier pour l'invention
des Binocles, comme les Fauxperdeurs
de cognées à Jupiter, il
luyest arrivé lamesme cho[e,&.
ses Amis luy ont conseillé de de-.
mander plutost à Jupiter comme;
les AberReids;la reftitutio* de son
premierbony£/?.f,commeadit M.F..
R. au Prologue de son quatrièmes
Livre page239.« Du Paraleliijhte de l'Axe des
deux Lunettes du Binocle
TekJèopique.,
,
pique.,
Nous avons dit dans le derniers
Mercure, que laconstruction diuj
Binocle pour voir les objets cloi—
gnez ;
estoit fort facile, puis qu'il
lutEr de mettre paralellement sunt
un mesme plan deux LunetCe
en tout semblables
,
& d'égale
forcé & longueur, & que leurs
Axes estent paralelles ne soient
éloignez l'un de l'autre, que de
la distance qu'il y a entre les centresde
deux prunelles
,
laquelle
n'est ordinairement que de deux
pouces & demy au plus, lors
mesmeque les
-
yeux font dans la
situation pour voir les objets
Rlffi éloignez que les Astres de
l'immobile Firmament, il s'agit
doncdedemontrerle paralellismePhysique
des Axes (lesdeux,
Lunettes du Binocle,mesme
JOur les objets terrestres fort
:loignez,-
Tous les Sçavans reçoivent
Axiome qui est en l'Article
IVÏI page 21 ,de la Dioptrique
le Keppeler de l'impression de
( - 7 ]61I.Áx-es fer centra, Pupilloe^C2"
humomm-oculorum tranfeuntes natu
rali motuvel poiitu quiete ,paraieUt
funt, volanttrie vero conterqneturad)
propinquacomemplanda.
Vopiscus Fortunatus Plein,
pius Medecin d'Amfteldam
, a,
parlé comme Keppler. Voicy
ces irermes tirez de la.97,Page du -
Lib. 3. càf.^.vde fcm
grdpbiti de l'année 16yy. car aise--
moto oculedurfimid*deamdcmpar-\
tcm '"zoveatur répond. ZJt,
direéta in unum idemquc pun-Bum
dmborumLuminumacie
,
idemobjeffum
utrumquc oculum uno rempote
ftmiléraJiorum infltxioneingrediatur,
quo unaelhitur diflinBa.vJJto
aïque acuratn dignotio, & au Livre
4 Problème LV. page 176 il
ajoute,Vtfn4 ad multumpropinqm
dgrius id efilaboriofius& molejiius
dr dolcntiusrefpicit quant ad rcmctiora
, parce que, in vifione rtrum
fropinquarum contorqutri
,
feu adJe
invicim mnuèreoculos
,
értantomagis
contorqueri quanto res visa provins
vifîtm confifiit: In vifione -dutem
objeciorum longinquorum eculos
Uneri paralellos; at situs hic oculorum
paraieIIus naturalis 11
, quetn
Jpontesuarepetuntoculi vi mufculorum
aliorsum non difiracii. Vndè
in meditabundis eo quodhimufiulos
oculorum rimittant,qito minusad res
proximas contorqucantur ,
recurrunt
ipsiad istum paraitHum : qua nota,
voicy qui est digne de remarque,
exflatici isis facile dignofeuntur ab
omnibus, &sianon cmnibm, not*
ratio intelligatur. Contorfio nonnisi
rnufçulorum ope Uboriose pfrficitur:
quare flquituream fatigatioj &quo 4
major fucritilla contortio
,
eo major i
fatigatio ac lalor. Deprchendimw t
autem non camdem omnibu* incjfc ;
eculos contrahendi facultatem
,
fid
quibusdam longilrem
,
aliii breviorem
terminnm à natura pojïtumesse,
quo propimadducercoculosnequeunt
prout feiliect Ad TlJdgisvtlmin#s
propinqua vifionemfe affue fecerint.
C'est - pourquoy il y a plus de
trente années que j'ay déclaré le
Binocle miscroscopique, sinon
inutile du moins d'un usage tres
penible & fatigant à bien des
gens, qui ne peuvent qu'avec
grande violence contourner sussisamment
les yeux pourvoir un
objet fort proche; mais le P Chérubin
par certaine Antipatie qui
estentre iuyôc lebon sens, a dit
;-n iéSi. dans la 1 page de les Vivions
, JVuc tout les mouvcwènsdes
:dcux yeux conjointementr se fai-
Soient avec une Ji douce activité*
toujours accompagnée de sa délectation
& duplaisir
,
quilsparoissent
infatigables en leurs actions.
Reuenons au paralellis--me de
l'Axedes deux Lunettes du Binocle
Telescopique, pour voir en
mesme temps des deux yeux les
objets qui sont cres éloignez.
Pousledct-nontrerje poiede faits
rnconteftables.
1. Le P. de Chales, après Alazen,
Vtellion 5c plusieurs
autres Autheurstant anciens que
Modernes, avoit démontré en
l'année 1674. depuisla 381 page
de son Mundm Maïkmaticu*<^uc
Axes optici concurrunt inunumidem
punctum
,
le P. Cherubin ayann
étudié, cét Autheur en a voulu!
en 1677. & 1681. regalerles ignoo
rans, ce qu'il a fait par un excella
lent verbiage &ennuyanre Mac
rologiedans ses Visions pdrfai.i;
tes, où le concours des deux À.f"
xes de la Vision en un seul poinin
de l'obj et.
20. Le R. P. Chérubindanin
ses Visions Latinisées 5c augmentéesen
l'aimée 1678. parle en cerj
ternies dans la 66 p ig Totalem Si.\i
vmuli fieflri cxhrfarcmînbum trirtms
dintaxat icd/un, qtiotf.1licet
ccoumlihmuidjuiosrtiistbmejp v(Jl/Ji, qui ufk&\
,
& nibil hominùs a&x
ttrrcftriaJingulanscjfeffu-4forets
r^rro,ajoute-t'll,Binoculumhnn&\
très,tantum peds longum,etiam dj-\
Jiificiu'm adfexleucarum inîcYVùl2\\
lun; objaftlm prxbcrc, curisus 'l'Û-:
[";etartyre poterit experiri.
Supposons que nostre Au-
Ihcur ait la veuë aussi force, que
l'ay euë autrefois, qui voyois
,lif1:iLlél:emnt les objets colorez
wC bien éclairez, à la distance de
deux cens cinquante pas Geonetriques
qui valentdeux stades
iilc 615 pieds chacune. Voyez.
wlineffifi. Nat. lib.2. cap. 234 Supposons encores quenostre
grand Autheur Adioptricienparf.;
juste
,
lors qu'il asseure qu'arec
son Binocle de trois pieds de
Sftngueur,il voyoitdistinctement
ses objets qui font éloignez de six
euës. Voila un Binocle excelsentissime
poursa petite taillé,&c.
dont la gloire en reviendra toû-
M)-.îrs toute, entiere au Maistre
lunetier-, puis que le R.: P. Cherubinn'ajamais
fait dtEtiJY
, ny
travaille aucun des Verres, 1
vray que par sa Lettre écrite du
Convent de Saint Honoré à Pa
ris cUttée du 2. Décembre 1676
&-adressee à M. gmrrchu M.:i:,:
treMiroëtier& Lunetier,aux
deux Croissans d'argent sur le
Quay de l'Horloge, qu'il a miau
nombre des minutes de M. le
Franc le jeune Notaire Royall
par Acte dedépostdu 17. Janvier
1*678. Je P. Cherubin parleau
SieurQuerrreau en ces termes
Lundy Sa Majejfe me commanda 4
luy faire un.Binocle ,jt me feron
trouvétnpeintdeflttisfaire au corm
mandement- de saMajeÏÏe,.J-IlJ-""
plus de vingt ans quefay defefté tl1
travailler, au Verre*'Mais je me ftù
fouiâgé fefprit aufîtjet de ce travail
fer Pefttme queje fais du vofrr,,
ysipourquoyje vous prie de me faim t grace de mefairedesVerrespour
monter lesoculaires que le Roy desire
tueje luy fissi
,
qui font un oculaire
Winocle, dr un Autre pour Mffigner,
Semblable à celuy que je vousfis faire
fl.le Nonce Bargellini
, pour mettre
r la Machine à dejfmerdeloin,je
mus prie de voussouvenir que c'est
Jour le Boy, t? en cette consideration -- Hy apportertout lefoin&exactitude
wjjikle, vous en aurez de l'honneur,
vutre que, drc.
Cette Machine à dessiner de
de loin est mon Telesgraphe, qu'il
déguisa pour s'en dire l'inventeur
,
mais ille rendit irregulier
g&c sesopérations fausses
, par la
taillie qu'il donna à l'index,&
n'en ayant pû reconnoiflre la
fausseté
,
il en sir en l'année1677.
dans la 144 page de les Vision
parfaites
, un grand prelcnÇ.Ali,
Personnes que leurs Chargesexpi
sentperilleusiment dans les Armée.
Et deplus, a-t'il ajoute dans f.
187 page de ses Visions de 1681
Aux Ingénieurs dans les Armées,
centretirer &" dessiner les dehor
des Places, mefmcr ajjiegée
hors de la portée du Canon. Cette
invention est autant admirable
& utile que celle dont M.F
RAB. fait mention, dans sou
quatriéme Livre ChapitreLXIII
Comment Gajhrmvehivit art ck
moyen denon estreblissénytouchépaq
Coups de Canon.
- Il ne reste plusqu'àconsideres:
dans l'excellent effet de ce BiJ
nocle, duquel a parlé leR. P.'
Cherubin, que lajufte proporion
des Verres, & leurjufte arcengementdanschacune
Lunet- te.NostreCommissionnairedes
Binocles n'en doit encore tirer
aucune vaine gloire, puis qu'il
appris le tout de moy , en voicy
ses preuves incontestables.
Dans mon Livre de la nouvelle
ience de la Nature & Presage des
demettes ,
imprimé à Lyon en
année 1665. est mon Traité sucint,
de la PFon de faireles grands
dunettes a, trois.¿&.. à quatre Verres
convexes, je me fuis servy des ternnes
suivans dans la 486 page
Articlevu. Ftlú qu'unVerreecusaire
tant pins il est d'un moindre
wjcr, tantplusil agrandit lu objets
un les rendant en échangeplustrou-
Mes ; ilfaut gardercertaine proportion
entre les longueurs des foyersdes
Verres, laquelleproportion neconjiflh
icy enrigueur &précifionMathemax*
tique
,
puis quelle commence d'iftnv
bonnedepuM unjusquesà ;f.& 40, A
Foctu du Verreoculaireétaïd'unpou«
ce y
le foyerdu Verreobsessifdoiteflrrï
depuis36jufques.kquarantepouces.
Le P. Chérubin dans les Vi-i"
fions parfaites de 1677. Page140A
a parlé en ces termes. Pourmon-*
ter L'oculaire de quatre Verres con-u
vexes, qui redresse excellemment
l'espece très augmentée & tres diftimK
ÏÏe,pourfervir aux objets de la, terrey
il faut remarquer que les trou der.
niers Verres doivent estre de petit."
SSppbhecre,ccoommparez, au Verre objc£lif\\
aufquclsils doiventservir: ils peu-*
vent bien eflre tous trois égaux,db
fifre en proportion avec leur objctlif\:
emme 1. à sf. 38. ou 40. au ïluam
il ajoute du si-rn ,ces mots, au
plia, ce qui est tres faux; car, par
exple,un Verre objectif de mille
pieds de longueur de foyer, &.
qui a 21 pouce de diamettre en sa
surface, que nostre bon Amy M.
Hotsoker a travailléil luy faudroit
un Oculaire de 27
pieds &
neuf pouces, pour estre avec son
àobjectif en meim* raison comme 36
, ou du moins illuy faudroitun
Oculaire de 15 pieds, pour
il
estreà son objectifcomme 1 à 40,
ainsi cette prodigieuse Lunette
n'augmenteroit que quarante'
fois l'apparition naturelledel'ob- jet, & n'auroic par dessus ma
Lunette de poche
,
dont l'objectifàun
pouce d'ouverture,augtreavantage
quede me Lirevoirun
objet 411 foisplusclair, c cil:
à dire, autantdefois que la furfa^;
ce del'onverturedwt'objjéHfd«t
ma petite Lunette, est contenuë
dus la surface de 21 pouce d'ouverture
de ce grand objectif.
Il reste à examiner si le P. Che-3
ruban a trouvé ou donné quelque
chose du sien
, concernant l'arrengement
desVerres convexe
dans les Lunettes.
En l'année 1665. dans la 497
page de mon Livre de la nouvcUo\
Sc'tnce de la Nature d* Fnfige dù&
Cnna/es" je donnay l'arrangement
des quatre Verres en cea^
termes ,
Toute la perfection de nosv*
grandes Lunettes, consisteen quatre
Verres,&c. Ayant vos quatre Ver—*\
res, fin objectif, trois oculaires
-qu,,-ts oculaires peuventeflretoustroislw
cPunmcjme Ftlçm, pour les logent
dans un Tube en
deue distance,puis
qui'ls ne font que deux Lunettes a
partquircnvirfcut les objets
, T<?M
mettrez lapetite Lunette
,
qui efteomposée
de deux derniers Foresoculaires
, au bout de l'autre Lunette ,
qui
est plus longue
, pour estre composée
dungrandohjecîtf& a'unoculaire,
0 & él()inez.en ^euapeu la petiteLunette,
jusques
atant
que njout voyez,
lesebtetstrèsdiftinciefhent.
En l'année 1678. le P. Cherubin
dans ses Visions latinisées, &
augmentées dans la 141dit, Jd•
construendum quatuor vitris conve- xisocularedioptricum,animadvertendumesttria
postrema vitrasuoobjeefivoxemparata
;pari/queinterfefacuitutissimulcum
-ejfiEfti ejje
posse,suo videlicet objectivo,utfsnt5
comme j'avois dit en l'année
iGGyJtcat i.ad36.vel 37.38.&c.r
ufcjucJummum40cjfvdendo.Voiiala
me(me erreur, ufyucfummum
40 que nous avons remarquéjçydessus.
Il pourfuic pour l'arrengement
certèpofuivefacilitts cornsoussi
can/îi ejfirie¡¡dUl/J. est
, M fecuïidum
viirum convexum cum pri.
mo objectum, il oublie de dire bien
éclairé 6ctres éloigné) difltnftif-
Jime invetftmreddatr, demum hoc
idemtertium, cumpreccdente secundo
; cfu&rtttm dénique cumprecedente
tertio
, tôt quasi jingNlis horum vu
trorum combinationibus pArticulàrÏA
nimirum ocu/dritl objcffttmnitidijjlmeinverjum
proejiantia comportendoy
.f<!!£ tandem simulconjttnÏÏÂ Prd-
Jlantijjiwum constituentOculare Dioptricum
dUabuseverjïonibus oculo
eiettum prabens objcéfum. Ildevoit
ajouter que les trois oculaires ne
doivent plus changer entr'eux, &
que pour cela on les peut mettre
dans un seul tuyau. Mais il faut
que la Lunette des deuxderniers
oculaires, ait esté faite en regardantun
objet tres eloigné ,c'eil:"
pourquoy le plus ~sur est de les
mettre à la c\ifiarJce de leurs foyers
- solaires. -
Enfin le P. Cherubin n'a rien
contribué aux Binocles. Leur invention
& leur usage est d'une
ancienneté au de là du jour de sa
Baiuance. Il n'a jamais construit
lestuyaux
, ny travaillé les Verres
, & leur proportion & leur arrangement
n'est pas de luy
, en
ayant presquedemotà rpot emprunté
ce que j'en avois dit en
1665.
DïtnonftrationduPuralcllifme
*
des Axes des deux Lunettes du -
BinocleTcLcfeofique.. sUpposons quele Binocle qui
n'a quetroispieds delongueur
,
fasse voir distinctement
un objetéloignéde six: lieuës,
comme le R; P. Cherubin Tailèuredansla
66 page deses Visions
augmentées& latinisées en l'année1678.
jedémontre queladistance
qui est entre les centres
des deux Verres objeél.i.fs de ce
Binocle, estphisiquementég.alçr
à la distance qui est entre les centres
des deux Verres oculaires
immediats, c'est à dire plus proches
des yeiix ,
puis que la distance
d'entre les centres de ces.
erres n'est pas plus grande que
distance d'entre les centres des
rerres objectifs, d'une partie
es 1730.d'uneligne. Voyez 14 igl#re premiere.
1°. La distance A B d'entre les
centres des deux prunel les, A &
~se des J cux du P. Chérubinn'est
auplus que de30 puisque
luy mesmedans la 136 pagede ses
Visionsde1681. dit, ladistancedes
centradespupilles de mes yeux est de
eux pouces cinq'lignes environ
,
&
u'il ajoûte dans la deuxiéme des
pagecottées 2t7.e lA distance
Misi trouve plus ordinairement entre
les centres des ouvertures desyeux,
comme £expérience me l'a fait connoistre
dansles meilleures veuës, DId'environ
deux pouces & demy.
2°. La distance d'entre les centres
des deux prunelles,efl: tOU1
jours plus grande que ladistance
d'entre les centres des Verres
oculaires, mesme des immédiats;
mais puis que nostre Adioptrieien
& Ageomerre
,
les a proponcées
égales dans la zos page
de ses Visions de 1681. Suppôt
sonslà égale, 6c disonspour luy
complaire , que la distance des
Verres immediats estde trente lu-i
gnes.
3:\ Il faut détermine-renlig-nes
la distance ou longueur deliaKi
lieuës. Bienquedansla195 page
du XXVII. Tome du Mercure
Extraordinaire, Quartier de Juillet
1684. au sujet du NivelâncnQt
pour la conduite des eaux , j'ayyj
donné 57100Toises du Châtelet
à chacun degré d'uir^randGer-o
~elol
pie de la terre où elleest moyenpement
élevée,puis que par tout
superficie n'est pas également
éloignée de son centre,ce que le
cpohuisrisqudeems eRntivieres demontrent
; neanmoins dans
rerre rencontre, je veux bien ne
donner au x environs de Paris que
~7060 toises à chacun degré, lui.
vant le calcul de Messieurs de
VAcademie Royale des Sciences,
?0 puis qu'un degré terrestre con-
:riet suivant ces Me ssieurs25lieuës
xommunes de France, chaque
îllieuë ne contient que 2282 toises
h pieds 4 pouces, 9 lignes & trois
cinquiémes d'une ligner C'est
Ipourq uoy chaque lieuë commume
de France, ne contient en
llongueur que 1971993 lignes &
dtrois cinquiémes de ligne, lefquelles
estantmultipliées parsixx
le nombre des lieuës, à la distan
ce desquelles le P. Cherubinau
lieu fus cotté de sa Visiõ latiniséo
en1678. dit que sonBinocle longr
feulement de trois pieds ou 43:^
lignes,faisoitvoir l'objet distincte
ment: vous aurez dans la Fig. J.\
N~11831961 lignes & trois cinquiémes
pourladistance dumilieu
d'entre ces deux yeuxàl'objet.
Et AB la distance d'entre Jeso
centres des prunelles des yeuxdu
P. Cherubin,n'est pas de 30 lignes
, comme il dit luy mesme
dansla136 pagedeses Visionsde
1681. Sippofons là néanmoins»]
estre de trente lignes, qui eM
deuxpouces ÔC demy
,
puis que
dans la page 117 ,
il la dit relief
dans les meilleures veuës
, 6e~
'ayans point égard que le conournement
des yeux vers cét
objet diminüe cette distance, i:nfm pour donner tout l'avantage
ossibleau P. Cherubin, fuppoons
A B 30 lignes.
Donc A B est la baze d'un
riangle Isocelle A + B : & ne
orenant pour N que 11831961
iignes,pour femidiamettre d'un
Cercle la circonference fera
74341410, & comme A B est un
les 2478080 costez du Poligone
gulier inscriptible l'âgle A B
JIU sommet du triangle isoscelle,
quiestauCentredu Cercle n'est
quela 6883 partied'un degré, & ar côsequét insensible. Donc les xes des deux lunettes de ce Binocle,
qui font les deux costez du
riangleisoscelle A tjfB sont paralelles.
Ce calcul desabuser
ceux qui ont creu pouvoir cond
noistre ladistance des objets ~pq
la difference de l'inclinaison dob
Axes des deux Lunettes du B
nocle.
Je veux icy rendre encores l
démonstration plus évidente db
paralellisme phisique
,
des Axo
des deux Lunettesdu Binocle db
trois pieds de longueur du Fl
Cherubin,disposé pour voir dib
stinctement comme il dit un ob
jetéloigné de sixlieuës, suppo
sâtmesme seslunettesdu Binoclb
tant soit peu plus longues que db
trois pieds, en sorte que la ligne
jyF foit precisément de 3 pied
ou 431lignes.
Donc NIoIl831961lignes
NF 432=F~ H&3T529lignes.,?:
I Donc par la 4. prop. du VI. Euchdei'
N.NA:: t F.FC
Lf. lignes plus 11825481 parties
l'une ligne partagée en 11831961
arties égales.
Mais FC =FD,tlkFC
FD =CD. Donc CDdu
allce descentres des Verres objectifs
est 19 lignes plus 11819001
parties d'une ligne divisëe en
^831961 parties égales; mais la
iftèrence des termes de cette
fraction qui font nombres premiers
entr'eux, est 12960, & cette
différenceestcontenue 912
fois -t 11441de11960. dans le
eénominatlur. Tellement qu'il
De s'en manque pasla913partie
d'une ligne, que ladisdtancedes
centres C & D des Verres objectifs,
ne foit égale à la distance
A B des centres des prunelMl
par le/quels passent les des!
rayons principaux, Axes de 3
Vision du point de l'objet t a£
quel concourent les Axes db
deux Lunettes du Binocle. LJ
Machinesdonneront-elles cetr
precision ? Bien plus elleest inn
possibleaux Binocles du P. Chor
rubin, puis que luy mesme en
marge de sa 206 page de ses VI'
fions de 1681. dit, !f!.!!,e les deit*
tuyaux des deux oculaires du Binées
doivent estreun peu vagues les im
sur lesautres.S'ilsfontvagues of
est la precision qu'il a voulu cltrt
sinecessaire ? La nature ne laiss
pas de faire ses fondions sans le'
precisionsMathématiques, par.
ce que ses organes font phifi
ques,jeveuxdire matériels
,
rayque dans l'usage des Lunetés
estant allongées, suivant qu'il
strequis pour bien voir un ob t, on peut l'alonger ou racourir
unpeu ,
sans que l'on recoii.-
loilTede la differenceà la visîon,
i raison en est, que les rayons se
eiiniflanf pour formerles piaeaux
optiques, ils se croisent si
orten biaisant, que leur interfe-
Uon a de l'ccenduëphiuque.
Je veux encores établir icyla.
qantitédel'angle, que les Axes
esdeux Lunettes de ce Binocle
e trois pieds, forment, par leur
oncours à un point de l'objet
loi-gnédesixlieues.Voicyl'A- alogie.
Comme N 11831961.
Està N A 15.
Ainsi~*Nfiiius total10000000
Fft à N A Tangente n—H-
-801^-4^8 fraction à negliger
11831961
6c dautant que la Tangente d'une
minute eil 2909. & qu'une minute
= 3600 minutes tierces, fautes
cette Analogie.
Donc 1agleN«2?Aetf14m.tierces
plus la fraction.
Maisl'angleNA =l'angle N
B'.
Donc l'angle AtD n'estque de
29 tierces & une fraction
,
dont
l'Angle A i' B que les Axes
des deux Lunettes font au point
duconcours,c stinsensible. Donc
les Axes des deux Lunettes de ce
Bmociefont phisiquement para.
selles,cfhnc ajustées pour voir
un objet qui n'est éloigné que de
fn lieuës, combien à plus sorte
raison feront encore phisiquement
plus paralelles les Lunettes
d'un Binocle poutvoir les Astres,
tel qu'estoit celuy du P. Rheira.
Que P. Cherubin sans penser à la
consequence
, a avoüé estre
Inventeur &. Publicateur depuis.
1-année1645.Binocles à lunettes
composées de Verres convexes,
mais enmefme temps il a
vouJu ternir lareputationde l'excellencedes
anciens Binocles de
ce P. Rheita^&voicicomment,/!?
P.-Rbeita
,
dit-il dans la 47 page'
daf--sVisions de l'année 1.677.se
contentoitdefairevoiravec son Bi--
nocle tellementquemlment des deux
yeux quelques objets du Ciel,comme
la Lune parunefeuleinversiond'Ef
pe.
Pour épuisercette matiere du
paralellifme des Axes des deux
lunettes des Binocles Telescopiques,
je remarque.
Primo que Daniel Chores qui en
l'année1615. presenta aa Roy
Loüis XIII. ses Binocles, & en
publia la construction
, a esté
grand Ingenieur, Geometre,Ma.
chiniste & le plus estimé des
Ouvriers pour le travail des Verres
de lunettes, qu'il faisoit de
toute longueur. Néanmoins le
P. Chérubin, dans la 196 page de
ses Visions de l'année 1681. dit
hardiment,JZuechores faisoit des
Lunettes
,
qui n'ont jamais excedé
deux ou troispouces de longueur comme
elles sont dépeintes en si figure,
quand on luy permetrroit de con.
clurre que les lunettes de Chores
-
Õnt: il composoit ces Binocles
n'eussent que la longueur des Figures
qu'il en a donné, il auroit
toujours-parlé contre la vcriré)
puis qu'une des Figures de Chores
a beaucoup plus de trois pouces
de longueurle Binocle
qu'il monta en argent pour Mr
de Monmaur Maistre des Reguestes,
que j'ay montré & fait experimenrer
leur excellent effet
par plusieurs Sçavans, ont plus
de neuf pouces delongeur.
Secundo, Je fais remarquer que,
cbms dans son imprimé concernant
lafacileconftru&ion de son
Binocle Telescopique pour voir
les objets éloignez, que vous
trouverez au long avec ses Fig.
dans le XXIX. Tome du Mercure
Extraordinaire, parloit en
ces termes. Ces deux Lunettes d()t'
vent eflre fardeliesentreelles, PO(
un$bjet éloigné de plus de centP(
tantloinpuiffe-tilefire.• [
Le P. Chérubin a voulu faim.
acroiré à ces Lecteurs, que le/ai
Binocles de choresn'excedoienn
pas la longueur de trois pouceszo
bLà ce faux allégué ,il en ajoûteii
unautredans le cinquième Arti-iî
de de la Letrre A, dans les Ta..£'
bles des Matieres de ses Visioonn
de l'année 1681. & l'experience,
dit h,faitvoir qu'ellesfonttoujours:
un anglefcnfible peur en voiries ofc\
jets les plus éloignez: que l'on en ptlA
si voir. Il m'est facile de démen-r
tir par le calcul l'exp,::r-jenco'
qu'il a controuvé, pour tâchera
d'avilir la bonté des Binocles deo
Ghorez. 4
SUPPofOL.par complaisance
Pour le P. Chérubin, que les Binocles
de Chorez n'eussent que
[.pouces ou 36 lignes de longueur
,
& que les deux lunettes
manrajufiées
pour bien voir un Sbjet feulemét éloigné de cet pas
-E=500 piedszz6 000 pouces ta-
71000 lignes, & pour mettretout
l'avantage dans le parry du Pere
Chérubin,'supposonsencor que
nonobstant le contournement
des yeux, necessaire pour faire.
concourir les deux Axes de la
Vilion àunmême point de l'objet
éloigné de 72,000 fig. la diflance
des centres des prunelles foit en- orde deux pouces & demy ':=,
30 lignes.
-
Vous aurez dans la Figure
II. le triangle ifofcelle Atys
faites cette Analogie.
Cemme rS? N 72000 -EfiaN A -. iy.
AinîlfbV-ftnMtotal 10000000
Ejia1YATangentc 2083
plus un tiers,
&dautantquela Tangent d'une
minuteest2909, & qu'une pre-,^
miere minute =60 secondes,~faites
cette Analogie.
2909. 60. m.s. :: 2083 H- un
tiers. 42. m. s. & une fraction;
mais l'angle N+ A = iV«î»2?..?
Donc tout l'angle A i' B n'est
pas une minute &26 secondes..
Par quelinstrument, &par quelle
experience nostre Adioptricien rj
& grand A geometre a-t'il veu
qu'un angle d'une minute 8c 26
secondes soit sensible?
Pour connoistregeometriquement
la distance C D d'entre les x
entres des Verres objectifs, des
~eux Lunettes de ce mesme Bi-
~ncle de trois pouces de longueur
,
disposé pour bien voir
~objet téloigné de cent pas ou
"1000 lignes,supposant mesme
que nonobstant le contourne-
~ment des yeux, les centres des
orunelles fussent éloignez de
lieux pouces&demy :;= 30 Ii.;ncs
~aites cette Analogie.
N. 72000 lignes. NA 15::
mais N -NF36 ::::l' F.
71964. FC 14 lignes 397quatre
centièmes.
MaisFD ==Fc. DoncCD
..9lig.—H 394 quatre centièmes,
mais la différence des termes de
cette fraction est 6, que le dénominateur
contient 66 fois 8t deux
hwierSjii ne s'en faut donc pas la 66
partied'une ligne, que la distanceCDdescetresdes
Verres obectifs,
ne foit aussi grande que I)
distance AJJ des centres des Pru-u
nelles. Donc les deux IlJnc[[e:
de ce Binocle feront phisique.
ment parelelles.Voustrouverez
le mesme paralellisme des deux
lunettes des Binocles les plulongs,
lors qu'ils feront en états
defaire voir un obj et tres éloigné
à proportion de leur longueur
,& enfin ce paralellisme
phisique seroit encore plus ap-q
prochant du geometrique dama
les BinoclesAstropiques.
Enfin il faut conclurre que lôlj
P. Cherubin en écrivant tant dôl]
Volumes de Visions qu'il a reill-q
ply de tantd'articlesatrabilieres
qu'on peut dire comme Senemehb.
i. de Clementia 5. Muliebre
furere in iras. Quecet Aueur
si Religieux avoirignoré ce
~uedit Saint Jerôme, sur le pre-
~ierChapitre du PropheteDa-
Siéjuûadnj'erfw Mathematis.
vclitfcriltrt imfttrhw Mathe-
Atts, Rijuifatcbit, ce quiestmes- erapporté dans le Canon
, Qui li. dict. dïft. XXXVII. ç'e£l::
~ourquoy pourmeservirdes téres
de M. de Balzac dans sa 26
ttre à Hidafpe, Je -pietofine
~u'on permette de violer impuncrtiint*
=rj Veritez*mathzmaiiques-,dontkvulgairene,
se devroit non plus aï--
%YO.,bcr
, lite du gouvernement des
Mats&dzstifyfteres de la Religicnr>
estimebicnflm,ajoute-t3rlJeef~<
desChartreux que les Vificns de;'
T.tAu(bmrAdioptricien-.
DeCInutilité& dangereuxZJ/age^
des Binocles. pEndant les deux ou trois
nées que jem'amusayà tras*
vailler au Journal des Sçavant
je dis dans le XXXIII. Journ~
du Lundy 20 Décembre 1677.
la page 249. Que le P. Cher
bin donnoitunnouveau jourauBinocle
oculaire, ou double tJncttc, a(lÍÍ\1)
le P. Rheitha avoit parléamplemens
en l'année1645. dans son Livre 00 culusENOCH ELIÆ, 63
j'ajoûtay, dans la page 250.
toutes ces difficultés en avoient faàtl
négliger l'usage
, ce que l'experience
moderne prouve encoreîo
puis que le Sçavans n'ont jann,,ii
regardé le Binocle comme un
hose utile. C'est pourquoy ,
le
çavant A stronome M. Heve-
ILtS de Danzic
,
dans la 25page
le la Selenographie imprimée en
1647. dit minimeproestantissimum
d, Cttjll u/ùs adifficultatibus mamis
dependet
,
& ajoûte dans la
page 53 en parlant des Binocles.
Voh estquidoculo Enochiano,tantum
ribuat, & M. l'EvesqueCaramuel
Lobkouvitzius dans la p. 1603 de
on Mathesis Nova imprimé Cam-
~anioe en l'année 1670. parlant de
ces lunettes, ditlongaexperientia
didici, in omni genere, non esseproetantissima,
quorum usus à difficultaibusmagnis
dependent. Ceux qui
Dnc des Binocles le reconnossent
par leur propreexperience.
J'ajoûte, Que l'usage des Binocles
suppose deux yeux également
bons bien conformés, Mali
le nombre de tels yeux est très
petit, & mesmetresrare, un ch.J
cun pourra examiner les siens
en la maniere suivante, que je tire
du Giornale Romano de LettcrAI).
di 29. Gennarioenl'Article
ob/crvariene del Sig. Gio. Alfonsi
BoriUiNeapelitano,intorne 484 vir
tuinequalc d'egliocchi. Si sambu
co rotondo,riclia fi/st(Irad'macamera
chinfa daper tuito ,
o si pone Nlt.'
pallay baie, nerapcndtntc net mlZ..
d'unafneliraaperta ,
la qudie passi
l'occhio dero ,
Jiriquardi ber coll'occhto dejlro hA
h"
colJîiriflroy-e parangonatej compas
rez, insieme que/te vedate si trovt ejftrnetabilmcnndiversa.fïmagin*
perche Cocchiê sinistro vtde le cosipià
grande, e plu diBinfe, -che il defin
the rapprefcrttaunimagine cm c-ert.
hltdtura atmnp. Cette inégalidevision
en la grandeur, bL
~n la distinction de l'apparence
~el'objet
,
vient de la disparité
esyeux, puisqu'unmesme objet
~tant veu conjointement de
eux yeux , l'apparence n'est pas
~distincte, & qu'estant regardé
~successivement d'un oeilseul, &
ouis de l'autre
,
l'apparence du - mesme objet fera inégale,ce qui
arriveou par la differente ouverture
desprunelles, ou par les differentes
convexitez de ses humeurs
cristallines, ou par leur dif-
&r£ntcioignement de la Retine.
C'est pourquov^Egnatiopanùen
J:s Commetaires sur le Due Regole
Wfelta Prospettivepratica di M. Jacomo
Barrozzi da vignola imprimé
~n folioà Romeen l'année 15S5/
dit dansla page54 Chevolendo
mirareuna cosasquisitamente, la miriamo
con un fil, occhio
, per che cio
lo facciamo per eslcuere ogn* altro
objetto ~& vederesolamente quella co- sa
,
che mi intendiamo di mirare ; il
che molto meglio opéra cm una foU
piramidevifuale che con due. Voila
un Arrest solemnel prononcé à
Rome depuis plus de cent ans
contre les Binocles.
M. Gassendi Prevost de l'Egli
se Collégiale de Digne, & Professeurdes
Mathématiques à Paris
, avoit experimenré cette différente
force des deux yeux.
Voicy comme il en parle dans son
Livre de Apparente Magnitadine
Solishorizontalis en sa 2. Lettre
ad Ferumatum Licetum N. 7. Possum
ipîe dit-il, cette de me ,
oculisque
uàtefiari, qui dcxtro oculo res video
onnibil quidcm obfcuraiiores,fed
majores tamen , qitamsinistro, quinlâ
prexime magnitudinis parte. ./od casu d(?num adverti, cùm in
mrttm wtuens,sacroque oeuliJiniflri
v.onfrtffu, dcxtro legens ebaracieres
ideprebendi jcnjihilttermajores,
fjuàm visi moxfuijftnt,&il ajoute,
\(îniftro(ego oculo quo charafferesminiores
quiaem, fcdelariùJ ramen intfucor
i dextro otulo neque magnitudi-
,nt.(, uique obfeuriiatà
,
1) quicquam ad- cùm "f.)/o atiiwt opéra data
Mcxtro oculo legire
,
tumwutari iliiuo
fîtnmjubfuhuquodam(entio>aetum
mequepayviiatem , neque titi; itatem
ttff!ia confuete, ccq ue l'sfïîdu travail
&àobserver lesasiresd'un ieul roiJ,
Uuy avoir causé,ajnG cette gran-
)d<: difficulté du contoumement
des Axes de ses yeux, ne pouvoit,
l'attribuer qu'à la très grande diih
parité de la conformation de fo)
yeux, c'est pourquoy il ajoûto
Nonpoterlsforte, vir eximie, tat..:
tlemlegendfJ experiri
,
& mixité
quidem si exiquafitoculorum difpAv.
rÙtU. C'est pourquoy en suppo.o
fant que cous les hommes ont ges;
neralement les yeux differement
ment conformés, y ayant uneno.o
table disparicéd'un oeilà l'aurre
il a mal tiré cette conclusion ges
nerale,Rationem duco, ex paralel.
lifin? motusocuterum
,
à tuimfachy
ut demirer, ajoûte-t'il
,
cfiitOptiez"
non advtrimntimpojjlbilem cjfèsquam
depredicant Axium (oÏti(jnem\
Il en dit autant au N. 15. desa38
Lettre Ad Bnllialdnm.
Bien des Sçavans ont crû qUrJf
nonobftam»-
onobsrant que les deux yeux
fussent ouverts l'on ne voyoit en
nême tems un objecque d'un oeil,
l'a esté l'opinion de Ioa.Bap. Porta,
ib; vr. deRefract. de Sennert lib.I.
nsfit. cap.12.
„
Bien que le P. Dechales dans
on lrJlIlJdlU Malhematicus
,
imprimé
en 1674. ait demontré dans
Prop. 49 page 382, qu'Axesepet
concurrunt in unum idemque obvftum
y
bien loin de douter de
experience de M. Gassendi
iIlÍnjmmo eam aliis
,
dit il, expeientiisconfirmo.
Habemus hic fra-
-rem aliquem janitorem
, qui lin,
:Cf!() est myops ,
alio vero Presbyta,
ta ut distintissimè objecta diJJit-s
ercipiat uno oculo, qu* aliovix dis'inguit
, & vicissim cum legendum
$altero utatur oculo.idem mea,
ajoure-t'il, conjirmo experiemidx
quam quilibct facere pOferit. Stln
Myops, oculos tamen habtosatis Pt")
fccteJîmiles
,
quotiefcumquc
alterutiv
ocitlorum lenttm concavam adhibet\
nonclaufoaitHa>objecta lus vidcùi
dijlincic per lentem concavàm j 0
confuse alto oculo
,
quo cîiam wajom
mihiapparent,fedopus cfi alïqua îljb
tentione. Negosa experientiapr$k\ b.iriAxiumopîtictrumulriujtf®^ oculiparaleilifmum,
ia &e. tamin non puffint flm!6
Axes optici quomodolibet concurrent
quando nempe oljetfum efi valde VI'':
rinum oeillo1nonpotesi ut /IdÁ
invicem inctinentur oculi, 6" dirix
gant utrumqi Axemopticum adideto
objeffum,indefit ut myàpihtal
ilccidat, unum tantum oculum ad oA
jeefum dirigi ; & eo tantum legem
seso quident cculo qua-siferidnte
,
si
t benenon vident
,
hoc efisi tanta
difpruportio interejaJvifiontm,
oculi bene affeffivifionem,utunium
non. afficiat. Jhtod si oequales
rtQCNli ,
orieturmultiplicatif objeornm
lufizpe experier & ofiendam
fra. Trop. LVII. pag. 415. si Axes
niciin nullo propofitoobjeffo, conciliant
omnia gemimri videntur,
fc qu'il dit- arriver plus facile-
Itent Miopes
1)
ment aux ,qui ut difiinôte
yegant tbjefôa multum oculis admovientytuneenim
ut fere qaotidieex-
"'erior, objetta geminantur.
Le Pere Chérubin luy niesme
dans la 44 page de les Visions de
677. reconnoit dans les deux
dernieres lignes,Qu'ilfaut avoir
tes deuxyeuxsains,&mesme,ajoure-
t'il,médiocrementbien conformez
pour éprouver par experience (]A"
l'objet eji veu des deux yeux pl,,\c
grand, plus fortement, e--plui ab
ttinttementqued'unseul
, si les dei/n:
yeux fontfiins & bienconformez
Mais peu de Personnes ont loi
fdeuox yeurx émgalemenet biezn co.nc Le Pere zlIcehim dans la 100
pige de la seconde Partie de 4 :
Philosiophia Optica imprimée e3
1656. remarque que ,
Si alter oeltA)
lorumfitfiujfuifonetantifper ObfteJè.
tus, tuneferapparentiam exhibitaxs;
per apprehenfionem in oculo jùffujio
ne vitiate, inficitur alia
,
correspond
dens apprehensions exerciteià
ro , qut statim ac toUitur apprehenfiy*
per vitiatum co clausio
,
adsuum nim
toremrestituitur.;Ilrestreàdémontre
trer.
lemauvaisEffet, & le dangereux
Vsigt du Binocle.
pErfonne n'ignore qu'on ne
peut voir distinctement en
mesme remps un grand objet,
'!!,indi procédé, comme dit Danti
lia 54 page de ses Annotations
la Perspective pratique de Vipole
impriméeà Rome en l'an-
Ic 1583. che volendo noi vedere
al sivoglidcofa minuta mente,
diamo girando glhi eccbi, &mundo
la Bdza délia piramide
, per
scorrere con l'Assesopra tutta la covifibile,
&c. & che nella prospetva
fia un punèfô solo designando
la quel che si vede in un occbiata;
uza moverfipunffo. Puis que
Binocle arreste fixement les
deux Axes de laVision en nu
mesme point de l'objet, il s'enM
fuit que les autres objets qui nid
font pos dans 1'Horëftere_rfoniri
veus doubles, & paroissent en
deux différents endroits. Biem:
que le Pere Cherubin ait fait umi
perpetuel divorce, avec le borne
fcns & la raison ,"il convient
néanmoins de cette experience fil
defavantagetife à l'usage des Bi-1
noclesrVoiey sestermes tirez de-il
ses Visions de1677. depuis la 15Zi
-
ligne de la 42 page.c'est. 'lIr.
quoy,dity.-il avec raison,laforce de 14 t.
meue&l'attention de l'effrit, efiant ,-
alors arrejlez,&fixez* à voirunK\
à* specialementsonpoint auquelcon—j
courent les deux Axesy ils verrtnt,y
par exemple,lesommet d'un bktm *
double , mis entre les Axes de la ji
mon ou dehors, 6C enfin de tous
jers qui ne feront pas dans le
an de l'Horoptere
,
à caufey
.n1me il dit, que les rayons qui leur
portent 'pece,ysont receus des
rtics des deux yeux qui ne font pas
monyrnes & les deux peintudu
sommet du btÎtorJsi trouvent
fertmment situées dans les deux
tines\&pourqueyl'on voit nccef
t,ement cet objet double.
Pour vous convaincre facileent
de ce doublement d'objet,
evez vostre doigt index,vis à
le milieu de vos deux yeux, à
distance d'environ huit pous
,
& vis à vis d'un objet plus
Digne
,
regardez fixement vô-
; oigt, pour lors les deux Axes
la vision y concourror, & l'au-
: objet qui eftplus éloigné que
ledoigt, vous paroiftra en deuxi
differens lieux, & par consequent
double, & si peu à peLD
vous détournez vos yeux pount
porter la réunion des deux Axeas
sur.l'objer plus éloigné, ces deuxx
apparences s'approcheront aufluF
peu à peu, & enfin il vous femblera
que deux semblables bjetn
se penetrenc pour n'en faires
qu'un seul. C'est pourquoy re---
gardant fixement cét objet éloi
gné, vostre doigt vous paroiftraè
double, & en contournant peu à J;
peu les yeux pour apporter la«
réiinion des deux Axes de la Vi- - lion sur le doigt, vous verrez 3
aussi que ses apparences s'appro- cberont - peu à peu, & enfin s'é- '.- tant comme penetrées
,
n'en fe- -
rontvoir qu'un seul.
L'expérience qui est la seule
riaiftrefle des ignorans
,
qui ne
1 euvent rien comprendre nier, ny
rvoiïer fins son secours 8c hors de
n presence,leur montre,que nous
rapportons tout ce que nous
t'oyons bien dlftlndcmentàl'Ho-
Koptere, qui efluneligne tirée par le
wintdu concours des Axes optiques,
",arA/eUrment A la ligne qui conjoin-
11roit les centres desyeux, telle est la
iigne G H 1 de la Figure III.
Un objet K mis entre les deux
Axesfera veu en deux
différents
endroits,en L&en M.
Pi Deux objets comme AT. o.mis uflîhorsderHoroptere, & hors
Hutriangledes Axes de lavifion,
::haque objet paroiftra en deux
HirFjrencsendroics, car l'objet IV
eparoiftra en P 6c j ,
6c l'objet
otpraroaifti-iareneK 8.t s,ô£ au co
.-
SisurchacunAxedelaViflO"
vous mettez un objet T. v ,
lei
deux objets ayant leurs apparat
ces peintes chacune sur le fonç
de la Retine d'un oeil, ils ne p
roiftront que comme un seul si
le point de H de l'Hoptere 0'
reiinion des Axesde la visîon.
Le P. Dechales danslefeconc
Livre deTon Optiqueen larPro
48. Problème wJÎYuwcntumconfia
re quo quæcumque de Horoptere cLÂ
cuntnrexperiri pojjimm
, mettez
plom les deux planches A B B
chacune â0 deux pieds de lônÉ
güeur, & d'un pied de largeurtn
faites plusieurs trous en différenciai
endroits, pour y planter le fiiloJ,
CM qui servira d'objet en diffe»:>
entes polirions; car il ne parle
que d'un sèul objet veu à la fois
dans le mesme temps, que les
deux Axes des deux yeux1Kcon.
courent au point F de laligne
horizontale GFH & l'Horoptcrey
& la planche BD de l'Horoptee,
donr la Planche B D estle Plan
aioli le point M fera veu es points
J & H" & paroistra double.
Le bon homme Alhazen Araoe,
dans son TheftiurmCpticoe lib.
N. 12. page- 81 de l'imprenion
lie 1572. dit.vifibile aliks unum:
dicis geminum videri, organo ojîen*
Mirur. Je l'explique & le rends inelligible
en moins de paroles.
Soit dans la Figure V. la planche
ADIS d'une coudée de longueur
, & de quatre pouces de
margeur, tracez les Diagonales
ADIS,que vous remplirez d'une
mesme couleur à huile, tracez
aussilestraverses BOCM, que
vousremplirezde différente couleur
à huile, faites l'entaile FR
pour recevoir l'élninence du nez,
fin qu'en regardant sur la planche
, les centres des prunelles
soient en FR) faites trois petites
colomnes comme dans les Figu
res 1.1. 3. de 3 lignes dediamettre
, & de deux pouces environ
de hauteur
,
peignez-en une en
bleu, l'autre en rouge, & l'autre
en jaune, faitesen la planche es
points C. O. M.T.N.F..!¿L.x.des:
trous qui fervent à y planter les
trois petites colomnes.
Plantez premièrement vos
trois colomnes dans les trous C.,
Q. M. appliquez ensuite les yeux
proches des pointsFR. Fixez la
veuë,c'est à dire, regardez attentivement
la colomne en -o. 8c
regardez ensuite tout ce qui est
sur la planche, rien ne vous paraîtra
double, parce que les trois
objets ou colomnes font sur la ligne
Horoptere c. 0. M. Regardez
ensuite fixement l'objet ou
colomne en c. ou en M. les colomnes
ne paroiftront pas dou.
bles,parce qu'elles sont toujours
sur l'Horoptere, mais la ligne N B.
l&les deuxdiametres AS. DI paroiftront
doubles.
Laissez toûjours une colomne
sur l'Horoptere en0, &plantez
leeux autres dans les trous N,
L. & regardez fixement la colomne
o. pour lors chaque co
lomne N. L. paroiftra double,
ainfïdeux en feront voir qllatreu
deux de chaque couleur, & poc
fées obliquement deux à costés
droit, & deux à cofté gauche des
la veritable ligne B. o. N. laquêl-l
le aussi paroiftra double.
Que si ayant planré vos deuxx
colonines sur une mesme Diagonale,
par exemple sur A.s.dans lese*
trousp.j^_vousregardésfixemenm
la colomne 0, les deux autres P&
vous paroiftronr doubles,canj
Ja Diagonale paroiftra en deuxx
lieux dirrerens.
Il en arrivera de mesme si vouszi
plantez vos deux colomnes danszi
les trousT.des deux-Diagonales,
elles doublerontaussi, puisai
que les Diagonales paroistront
doubles.
Que si vous mettez une des
colomnes dans le trou X,fait sur le
nord de la planche, & bien au de
:à de l'Horoptere CO M en regar.
dant fixement la colomne O ,
la
colomneX doublera,&au contraire
en regardant fixement la.
colomne plantée dans le trou X,
les deux colomnes c. O0. paroî-
::ront doubles, & la ligne C. O.
Wl. aussi
,
n'estant plus l'Horotere.
Ayant démontré que les
Lieux Axes de la vision concouranten
unmesme point d'un obet,
les objets qui ne font pas sur t'Horopfere, paroissent en deux
differents endroits, & par consequent
font veus doubles, il
s'enfuit que le Binocle faisant
concourir les deux Axes de la
vision à un mesme point de l'objet)
envoyant distinctement un
Vaisseau sur la Mer, tous les au-ru
tres Vaisséaux qui ne se trouveront
pas sur l'Horoptere paroi
stront doubles,&peu de Vain
seaux paroistrontune Armée Na-sl
vale ; jugez de la consequence
sisonusagen'est pas dangereux.
L'experience que le Binoclo
fait voir le double des Vaisseaux
sur la Mer est tres confiante. Parmy
les Sçavans quis'assembloient
les apresdisnées chez M.Justel Se-3<
cretaireduroy.M.ChibertdeMontigny,
Frere de M.l'Auditeurde
Comptes, y raconta le Samedy 30
Aoust 1681. queM.de Sauvage.y^
tres sçavant Mathématicien ôoô
Ingenieur du Roy,l'avoit .af-l*
seure que les Binocles ne POUU4
voient estre d'aucun usage sur lai
Mer, puis que M. le Maréchal
Estréevoyoit huit Navires des
ennemis avec son excellent Bi-
Iode, bien qu'à la verite,il n'yen
ont que 4. comme tous ceuxqui
voient de simples Lunettes 1'cd:'
auroient,ilajouta quele P. Chemin
demandoit400 livres vun
~nocle; mais pourquoy acheter
cherement une chose, tres ditcileàajuster
,
inutileà laplus
grande partie du monde qui ont
lesyeuxd'inégale bonté & consommation
,
& enfin qui noust'ompe
dans son usage
,
dans les
Affaires de la derniere importande
,
lors qu'il s'agit de reconnoîre
le nombre des Vaisseaux des
ennemis,
Enfin, voila tout ce que j'ay à
tire concernant les Binocles,
vec lesquels le R. P. Cherubin
voit toujours son image devant
luy, commeAïitiphcfôtt o~~w~
par la raison dont Aristote fait
mentionau Chap. 1.DeMemori
& R miniscentià. ; 6c Galien lib.1
delocis tiss,ctis Ctlf. 6. Illuy eil ar-u
rivé la mesme chose qu'au Mila-js]
nois dont parle Cardan Lib.1. aU
Subtilitatepag.34. Galeasde Rabeam,
civis nostercum jam olim inventa
Cochleam Archimedis ad elevandums
aquam, ipse QUAIFprimu*AUÎOYvellei^
existimarireperiisse, prx loetitia illl.\-
&c. C'est pourquoy il voir cou.tj'
teschoses d'une autre maniero
que les Sçavans, demesmequ'un
celebre Medecin à Dresde, donne
parle Senert lib. 1. Prax. p.
sect.2.cap. 45 lequelestantmont
sur une échelle pour prendre unu
Livre
,
çculefqtte fortiùs fursumJ*
r¡j)wneret) il vit depuis pendant
,Wois mois toutes choses en ifruation
renversée
,
&homines, ini>U- ,â in capite ambulare:aussi le R.
Cherubin asseure dans sa Diototrique
Oculaire de 1671. page
-34 ligne 2. voir les chiens courans
Surledos.Jelaisseàunautreàrépondreauxfaits
particuliers qui le
raegardçc,&quelePv.P.Cheriabia
cotte depuis la 7.lignedela 392
age,desonLivdela Contiqukêdes
X:orJH impriméen 1679. Et dans
Er Art.de la lettre H. dela Table
des Matieres des Visionsde iéSu
Nom donnerons dans le ¡r(Jchai,,-
Mercure Extraordinaire, la confira*
tlion des Lunettes polemoflopes) &-
Je toutes les Lunettes au/quelles w
employélesmiroirs*C<oMIÊkSi
DUTRAITE'
DES LUNETTES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M* CoMIERS d'Ambrun,
PrevotsdeTernant) profeffiur
es Mathématiques 4 Paris. NOusavons démontré dans
les deux derniers Mercures
Extraordinaires, par le temou
gnageancien Ic irréprochable
de plusieurs doctes Autheurs
François & Latins, qui ont fait
imprimer leurs Livres,plusieurs
années auparavant que leR.P.
Cherubind'Orléans
,
grand Adioptricien,
eut donné au Public ses
ParfaitesVisions des années 1677.
678. & 1681. iQue la premiere
Invention des Binocles, celoit deuë
à Daniel CHORES, qui les presensa
au Roy, & en publia la facile
construction en l'année i6iy.
Nous avons aussi demoncré que
tous les véritables Sçavans reconnoissoient
devoir l'invention
des Binocles, dont les verres
oculaires font convexes , au R.
P. Anthoine Maria de Rheita,
ce-doc'te &Religieux Capucin
Allemand, qui après avoir fait
admirer à tous les Sçavans Curiéux
le prodigieux effet de ses
Binocles, en donna en l'année
1645. la construction dans le premier
Volume de son Livre in fo-
-
lio ; intitulé Oculus ErucS & Elia.
Je veux - encores démontrer
l'Anciennetédes Binocles, par le témoignage
d'un tres sçavant Autheur
Italien, c'est le P. F. LANA
de la Compagnie de Jesus.
Voicy ses termes que j'ay tirez
de la 209 page de fou Livre infolio
, qui a pour Titre PRODROMO,
ALL' ARTE MAESTRA
imprimé in Brescia en
l'année M. DC. LXX.
Resta, dit cét Autheur
,
di dire
alcunacofa, délit Cannoebiali,*con>
i qualisityirano gl* oggetti con tutti
e due gl' Occhi che per cio adimafJd(
iamo BINOCULI. EjJendo dunque certa che quando mi miriam,
alcttn' o-ggetto con embi gl1 occhi l,
vediamo piu chiaro, Particolarmente.
in molta diflanza
,
Stquitacbeft--\
cendo noi un Cannochiale conilqua~\
le Jt pojfa rapprcfentarel'oggetto avb
tutti due gl' oahi
, non solo ci com-x
farira pia chiaro
, ma faremo men"
fatica.
Si fara dunque in questa
, o altrav
jimilforma, &c.Iverniobjcctivi^x
devono ejjere di una medefima L#fJ"-
&bez,za di diametro
, ç l'lino totale
mentesimile aU'Illtrl) ncllafia figurai
COllveffi ; fmi/mente coUocheraivicino
à gl' occhi due vettri concavité
overo due lenti, o anche fei, cerne tiew
T411nochiafj di quattro vettri
,
si chc&
Jîano DUO CANNOCHIALI INTC
UNO;ma quefit vicini a gl' êccbûù
devonoessereccllocatic&n taldijîaza^h
cbeIL CENTRO LORO CORRIS-2
FONDA"ESATTAMENTEAL CEN-fr
r&0 DELLA PUPILLA DE GL"
JCCHij ail' incontro li due vettri
b.ec-tivi devono tffire ira dise al
ju&ntopiuvicini, 0 meno,conforma
d lontananza dell' oggetto ,
che vorliamo
quardarei puiche in maggiore
Vietnam,A delT oggetto ,
ancb* tJfi:
icvono tjflre piu vicini tra di sa
lecio in tal modo i raggi vifuali
d'amhidue gl'occhi
,
paffando per li.
vettri objettivi,vadano à terminare:
nel medefieioogeetto. onde, &c..
Voila pour me servir des mefmes
termes du P. Cherubin daus-i
la 54 page de la Vision Parfairede
1678. LA veritable & unique
Cênftruttion de CoculaireBinocle.t' tous les Verres ysoient, il a oublié
de dire dans chacune des deux:
Lunettes, centralementtoujours partiellesentreux.
2. £)uilsyfoien#
centrdementptrpendicuUires 4fti
Axes.3. elis,déllX-Axes/eNI
soientréciproquement toujours centralement
perpendiculaires,à que.diftanct quepuijpseflre tl.ohje
D'où est évidentque lesVerrts immea
diatsjX veut dire les oculaires plus
proches desyeu%^eftantcentrdemet
ajustez, aux papilles- des yeux. C.
que leP. Lana dit par ces morsj
che il cento loro corn/fonda effimente
d centro délit pupille de gÊ
occhi. Reprenonstes termes
du
P. Chérubin, les Axes pénétre*
ntcejfaircment, enfnite perptndiem
Idirement,&très, direffemtnt toutk
U profondeurdes yeux , jujquesm
tomber sur lemilieu des deux letinés
sansseromprei ce qui efi t'tfill-.
ciel de la VisionpArfaite, &pdrtutM
ftquem AIIJfl delàconjkrufîh»l"r:
faite de l'oculaireBinocle. Ce que
Daniel Choyes, & leP. de Rhei_-
ta, ce sçavant & Religieux Capucin
Allemand, & Je P. Lan*
en 1670. & le P. de chales em
1674. avoient enseigné & pratiqué
en 1645. dansla construction
de leurs anciens Binocles. C'est
pourquoy M. le Marquis deSeignelay
Secretaire d'Etat, dit au
R.P; Chérubin, ce que luy mesme
a publié en Tannée16-jy*.
dans la 412 page de sa Contiquité
des Corps. Ilfaut avouer que,--
le Binocle est une belle invention;
mais franchement elle nejîpas nouuelle
; néanmoins nostre Autheur
Adioptricienajoute ,
qu'il repliqua,
qu'ilyavoit plus de vingt tms;,
qu'il avoit inventé & construit le?
Binoclt. Et n'ayant point de
preuve par témoin ny par écrit,
d'avoir inventé ou construit
quelque Binocle,il gagneroit (a.
cause s'iltrouvoit un Juge qui le
voulut croire, dajudicem qui me,
credat, & ego convincam. Maispar
malheur, il a luy mesme démenty
en l'année 1681. par termes
formels &tres décisifs le témoignage
avantageux qu'il s'étoit
donné,d'avoir inventé &
construit le Binocle vingt ans auparavant
l'année 1679. Voicy
ses termes couchez au commencement
de la 191 page de ses parfaites
Visions imprimées en 1681.
ny'ayant, dic-il,jamais paru aucun
Binoclejusques a l'impreon du LivredelaVision
Parfaite de1677. dat
lequelj'en ay donnél'invention. Ce
noj/j.m Inventeur delà vieille
invention des Binocles, fit ailleurs
une réponse autanr juste
que la précedenre. Quelqu'un
luy ayantditque M. Da/encé Secrétaire
du Roy, estant à Vifbourg
en l'année 1668. eut pendant
trois semaines
,
l'excellent
Binocle de quatorze pieds de M.
l'Electeur de Mayence, & luy
ayant de plus faitvoir sur son
Agenda, ce qu'il avoit tire du 2.
Livre Chap. 11. page 241, de M.
F.R.A.B. J^ueMejjîeursdesCoptes
neconvenoientpas dans sa Sommationdes
Tlu(tesd'Allemand> dont on
avoitbâti les Lunettes des Princes nouvellemetimpriméesàAnvers.
Il protesta
que c'estoitluyquiavoit
donné ces Binocles à des Princes
d'Allemagne, & qu'il estoit vray
qu'on luy avoit fourny de Flustes
d'Allemagne pour luy servir de
tuyaux pour chacune Lunette
du Binocle. Quelque Rieur ajouta,
qu'asseurémêt ces grandsBinoclesàFlustes
d'Allemagne,avoiée
enfanté le perit Binocle de deux
pieds de longueur, du P. Dechales-
Savoyard, & comme aussi celuy
de decemcirciterpalmorum de longueur,
dont il parle dans la 673
page du fecond Tome de son
Mundus Matkemntieut, imprimé à
Lyon en l'année 1674. Ainsices
deux Binocles étrangers sont ail
moins de vingt ans plus anciens
que la Vision Parfaite de 1677:
du P. Chérubin. C'est pourquoy
comme il est facile d'estre Prophere
des choses payées, &. Inventeur
des vieilles choses, il a eu
raison en l'année 1678. de donner
vers la fin de la 27 page de
tes Visions latinisées, cét Avis si
important au Public,Certe, ditil,
hujus Geniisumfatcor qui in pr.e.
dilyiis ac pulchris adinveniendis
simmedelcetor. En effet, y a.t.il
truUrim ? Que la transformation
en Ange de lumiere dans les Vi-
,
gnetes de ses Visions de 1677. &
de 1681. Y a-t il rien pulchriu?
que Ía Meremsicosation en teste
d'Apollon
,
dans les Culs de lampedesesVisionsde1677.
Quid
froecUriué ac pulcbrius ? que cette
belle Anagramme ou renversement
de nom autour de cette
teste creuse
,
mais Apollonifiée;
CHERV&BINWS AVRELIANENSIS.
UNA IN VERIS
HABERIS LUCENS.
Mais toute cette force d'espritn'est
rien en comparaisondes
ce qu'en l'année 1671. dans lu]
296 p. de sa Dioprrique oculaire,
il asseure avoir vû dans laLune
mais par un moyen tout particulier
jusques ici inconnu; que je firaJ
voir, aj oute-t'il, ensonlieu : ce sera
pour lors qu'il prendra ouvertement
laqualité d'Ambanadeurti
de l'Empereur dela Lune.Ce sera
pour lors que donnant laRelationn
au Public de son Voyage dans Ia,
Lune, il confirmera ce qu'il al)
dit en 1679. dans la ni page des
la Contiquité des Corps: j'ayv
trouvé, dlr-]I,_fenf,;blcmcnt, quel'a¡r,,'\
agit naturellementsportivement e.
montant, dr seulementnegativement
en descendant, ce font ses propres v.
termes, qui par leur cadences
payent leur manque de raison,
bienn
bien qu'il en ait prononcé un arrest
solemnel contre tous les veritables
Philosophes, qui ayant
la teste trop dure & bien timbrés,
ne peuvent ressentirles influences
de ce Soleil nocturne,
mysimpathiser à la legereté de
Jair. Voicy les termes de son rell: tirez du fecond Article de troisiéme page de la Préface
Eê Ces Parfaites ViJiensàQ l'année 681. Pour desabuser dit-il, le
ondepréoccupé d'une êpinion éga- nent nouvelle
,
je. maiségaUment ; de laprétenduepefauteurde
£air,quequelques Philosophesrecens
croyoient avoir tres solidement Iflfblie
parmy les Sç&vans,
La. Nature luy a de tres grandiûimes
obligations, puis qu'il
estoitleseuldansluniverscapable,
commeil diten1679. dans
la septiéme page desa Contiquité
des Corps pour démontrerlaveritécontraire.
J'avoue,dit-il, que
ce n'est pas sans un travail
,
& qui
demande mefîtoe des connoissances tres
étendues
,
& une très vivepénétration
d'esprit. Voila enpeude mots
le Panégyrique que luy mesme
fait de sonesprit,il le faut croire
sans hésiter aussi fermement que
lors que dans la399 pagedumesme
Livre, il prononce que l'oculaire
pourservir aux objets de terre, -
nedoit point excederla longueur de
dix pieds environ : Et par confequirttattjji
le Binocle ; mais pour les.
tû9jits du*font, ajoûtet'il,
édtlinz., par eux mt/mes, c'estàdire,
ajoute-t'il encores, qui sont lumineux
: le Binoclepeut estre tant l()ng
que Con voudra. Philosophes &
A stronomes que je vousplains!
d'avoir creu que les objets du
Ciel, ces Planettes que vous observez
avec tant de vigilance &
de précaution avec vos simples
Telescopes
,
& non pas avec des
Binocles, n'avoient qu'une lumiere
empruntéedu Soleil, apprenez
enfin que cét Autheur
ayant faitenfin son vôyage d<ins
la Lune, à reconnu en observant
les objets du Ciel avec des Binocles,
que laLune, Mercure, Jupiter
&. ses quatre Satellites
, Saturne
son Anneau, &' ses sept Lunes,
font commeil asseure
,
éclai-
TrZo par eux mesmes,c'est à dire qu'ils
sont lumineux.
Voila le fruit & les découvertesque
l'Aucheur des Visions a
fait avec les Binocles de quoy il
doit se contenter, car pouravoir
continué à crier pour l'invention
des Binocles, comme les Fauxperdeurs
de cognées à Jupiter, il
luyest arrivé lamesme cho[e,&.
ses Amis luy ont conseillé de de-.
mander plutost à Jupiter comme;
les AberReids;la reftitutio* de son
premierbony£/?.f,commeadit M.F..
R. au Prologue de son quatrièmes
Livre page239.« Du Paraleliijhte de l'Axe des
deux Lunettes du Binocle
TekJèopique.,
,
pique.,
Nous avons dit dans le derniers
Mercure, que laconstruction diuj
Binocle pour voir les objets cloi—
gnez ;
estoit fort facile, puis qu'il
lutEr de mettre paralellement sunt
un mesme plan deux LunetCe
en tout semblables
,
& d'égale
forcé & longueur, & que leurs
Axes estent paralelles ne soient
éloignez l'un de l'autre, que de
la distance qu'il y a entre les centresde
deux prunelles
,
laquelle
n'est ordinairement que de deux
pouces & demy au plus, lors
mesmeque les
-
yeux font dans la
situation pour voir les objets
Rlffi éloignez que les Astres de
l'immobile Firmament, il s'agit
doncdedemontrerle paralellismePhysique
des Axes (lesdeux,
Lunettes du Binocle,mesme
JOur les objets terrestres fort
:loignez,-
Tous les Sçavans reçoivent
Axiome qui est en l'Article
IVÏI page 21 ,de la Dioptrique
le Keppeler de l'impression de
( - 7 ]61I.Áx-es fer centra, Pupilloe^C2"
humomm-oculorum tranfeuntes natu
rali motuvel poiitu quiete ,paraieUt
funt, volanttrie vero conterqneturad)
propinquacomemplanda.
Vopiscus Fortunatus Plein,
pius Medecin d'Amfteldam
, a,
parlé comme Keppler. Voicy
ces irermes tirez de la.97,Page du -
Lib. 3. càf.^.vde fcm
grdpbiti de l'année 16yy. car aise--
moto oculedurfimid*deamdcmpar-\
tcm '"zoveatur répond. ZJt,
direéta in unum idemquc pun-Bum
dmborumLuminumacie
,
idemobjeffum
utrumquc oculum uno rempote
ftmiléraJiorum infltxioneingrediatur,
quo unaelhitur diflinBa.vJJto
aïque acuratn dignotio, & au Livre
4 Problème LV. page 176 il
ajoute,Vtfn4 ad multumpropinqm
dgrius id efilaboriofius& molejiius
dr dolcntiusrefpicit quant ad rcmctiora
, parce que, in vifione rtrum
fropinquarum contorqutri
,
feu adJe
invicim mnuèreoculos
,
értantomagis
contorqueri quanto res visa provins
vifîtm confifiit: In vifione -dutem
objeciorum longinquorum eculos
Uneri paralellos; at situs hic oculorum
paraieIIus naturalis 11
, quetn
Jpontesuarepetuntoculi vi mufculorum
aliorsum non difiracii. Vndè
in meditabundis eo quodhimufiulos
oculorum rimittant,qito minusad res
proximas contorqucantur ,
recurrunt
ipsiad istum paraitHum : qua nota,
voicy qui est digne de remarque,
exflatici isis facile dignofeuntur ab
omnibus, &sianon cmnibm, not*
ratio intelligatur. Contorfio nonnisi
rnufçulorum ope Uboriose pfrficitur:
quare flquituream fatigatioj &quo 4
major fucritilla contortio
,
eo major i
fatigatio ac lalor. Deprchendimw t
autem non camdem omnibu* incjfc ;
eculos contrahendi facultatem
,
fid
quibusdam longilrem
,
aliii breviorem
terminnm à natura pojïtumesse,
quo propimadducercoculosnequeunt
prout feiliect Ad TlJdgisvtlmin#s
propinqua vifionemfe affue fecerint.
C'est - pourquoy il y a plus de
trente années que j'ay déclaré le
Binocle miscroscopique, sinon
inutile du moins d'un usage tres
penible & fatigant à bien des
gens, qui ne peuvent qu'avec
grande violence contourner sussisamment
les yeux pourvoir un
objet fort proche; mais le P Chérubin
par certaine Antipatie qui
estentre iuyôc lebon sens, a dit
;-n iéSi. dans la 1 page de les Vivions
, JVuc tout les mouvcwènsdes
:dcux yeux conjointementr se fai-
Soient avec une Ji douce activité*
toujours accompagnée de sa délectation
& duplaisir
,
quilsparoissent
infatigables en leurs actions.
Reuenons au paralellis--me de
l'Axedes deux Lunettes du Binocle
Telescopique, pour voir en
mesme temps des deux yeux les
objets qui sont cres éloignez.
Pousledct-nontrerje poiede faits
rnconteftables.
1. Le P. de Chales, après Alazen,
Vtellion 5c plusieurs
autres Autheurstant anciens que
Modernes, avoit démontré en
l'année 1674. depuisla 381 page
de son Mundm Maïkmaticu*<^uc
Axes optici concurrunt inunumidem
punctum
,
le P. Cherubin ayann
étudié, cét Autheur en a voulu!
en 1677. & 1681. regalerles ignoo
rans, ce qu'il a fait par un excella
lent verbiage &ennuyanre Mac
rologiedans ses Visions pdrfai.i;
tes, où le concours des deux À.f"
xes de la Vision en un seul poinin
de l'obj et.
20. Le R. P. Chérubindanin
ses Visions Latinisées 5c augmentéesen
l'aimée 1678. parle en cerj
ternies dans la 66 p ig Totalem Si.\i
vmuli fieflri cxhrfarcmînbum trirtms
dintaxat icd/un, qtiotf.1licet
ccoumlihmuidjuiosrtiistbmejp v(Jl/Ji, qui ufk&\
,
& nibil hominùs a&x
ttrrcftriaJingulanscjfeffu-4forets
r^rro,ajoute-t'll,Binoculumhnn&\
très,tantum peds longum,etiam dj-\
Jiificiu'm adfexleucarum inîcYVùl2\\
lun; objaftlm prxbcrc, curisus 'l'Û-:
[";etartyre poterit experiri.
Supposons que nostre Au-
Ihcur ait la veuë aussi force, que
l'ay euë autrefois, qui voyois
,lif1:iLlél:emnt les objets colorez
wC bien éclairez, à la distance de
deux cens cinquante pas Geonetriques
qui valentdeux stades
iilc 615 pieds chacune. Voyez.
wlineffifi. Nat. lib.2. cap. 234 Supposons encores quenostre
grand Autheur Adioptricienparf.;
juste
,
lors qu'il asseure qu'arec
son Binocle de trois pieds de
Sftngueur,il voyoitdistinctement
ses objets qui font éloignez de six
euës. Voila un Binocle excelsentissime
poursa petite taillé,&c.
dont la gloire en reviendra toû-
M)-.îrs toute, entiere au Maistre
lunetier-, puis que le R.: P. Cherubinn'ajamais
fait dtEtiJY
, ny
travaille aucun des Verres, 1
vray que par sa Lettre écrite du
Convent de Saint Honoré à Pa
ris cUttée du 2. Décembre 1676
&-adressee à M. gmrrchu M.:i:,:
treMiroëtier& Lunetier,aux
deux Croissans d'argent sur le
Quay de l'Horloge, qu'il a miau
nombre des minutes de M. le
Franc le jeune Notaire Royall
par Acte dedépostdu 17. Janvier
1*678. Je P. Cherubin parleau
SieurQuerrreau en ces termes
Lundy Sa Majejfe me commanda 4
luy faire un.Binocle ,jt me feron
trouvétnpeintdeflttisfaire au corm
mandement- de saMajeÏÏe,.J-IlJ-""
plus de vingt ans quefay defefté tl1
travailler, au Verre*'Mais je me ftù
fouiâgé fefprit aufîtjet de ce travail
fer Pefttme queje fais du vofrr,,
ysipourquoyje vous prie de me faim t grace de mefairedesVerrespour
monter lesoculaires que le Roy desire
tueje luy fissi
,
qui font un oculaire
Winocle, dr un Autre pour Mffigner,
Semblable à celuy que je vousfis faire
fl.le Nonce Bargellini
, pour mettre
r la Machine à dejfmerdeloin,je
mus prie de voussouvenir que c'est
Jour le Boy, t? en cette consideration -- Hy apportertout lefoin&exactitude
wjjikle, vous en aurez de l'honneur,
vutre que, drc.
Cette Machine à dessiner de
de loin est mon Telesgraphe, qu'il
déguisa pour s'en dire l'inventeur
,
mais ille rendit irregulier
g&c sesopérations fausses
, par la
taillie qu'il donna à l'index,&
n'en ayant pû reconnoiflre la
fausseté
,
il en sir en l'année1677.
dans la 144 page de les Vision
parfaites
, un grand prelcnÇ.Ali,
Personnes que leurs Chargesexpi
sentperilleusiment dans les Armée.
Et deplus, a-t'il ajoute dans f.
187 page de ses Visions de 1681
Aux Ingénieurs dans les Armées,
centretirer &" dessiner les dehor
des Places, mefmcr ajjiegée
hors de la portée du Canon. Cette
invention est autant admirable
& utile que celle dont M.F
RAB. fait mention, dans sou
quatriéme Livre ChapitreLXIII
Comment Gajhrmvehivit art ck
moyen denon estreblissénytouchépaq
Coups de Canon.
- Il ne reste plusqu'àconsideres:
dans l'excellent effet de ce BiJ
nocle, duquel a parlé leR. P.'
Cherubin, que lajufte proporion
des Verres, & leurjufte arcengementdanschacune
Lunet- te.NostreCommissionnairedes
Binocles n'en doit encore tirer
aucune vaine gloire, puis qu'il
appris le tout de moy , en voicy
ses preuves incontestables.
Dans mon Livre de la nouvelle
ience de la Nature & Presage des
demettes ,
imprimé à Lyon en
année 1665. est mon Traité sucint,
de la PFon de faireles grands
dunettes a, trois.¿&.. à quatre Verres
convexes, je me fuis servy des ternnes
suivans dans la 486 page
Articlevu. Ftlú qu'unVerreecusaire
tant pins il est d'un moindre
wjcr, tantplusil agrandit lu objets
un les rendant en échangeplustrou-
Mes ; ilfaut gardercertaine proportion
entre les longueurs des foyersdes
Verres, laquelleproportion neconjiflh
icy enrigueur &précifionMathemax*
tique
,
puis quelle commence d'iftnv
bonnedepuM unjusquesà ;f.& 40, A
Foctu du Verreoculaireétaïd'unpou«
ce y
le foyerdu Verreobsessifdoiteflrrï
depuis36jufques.kquarantepouces.
Le P. Chérubin dans les Vi-i"
fions parfaites de 1677. Page140A
a parlé en ces termes. Pourmon-*
ter L'oculaire de quatre Verres con-u
vexes, qui redresse excellemment
l'espece très augmentée & tres diftimK
ÏÏe,pourfervir aux objets de la, terrey
il faut remarquer que les trou der.
niers Verres doivent estre de petit."
SSppbhecre,ccoommparez, au Verre objc£lif\\
aufquclsils doiventservir: ils peu-*
vent bien eflre tous trois égaux,db
fifre en proportion avec leur objctlif\:
emme 1. à sf. 38. ou 40. au ïluam
il ajoute du si-rn ,ces mots, au
plia, ce qui est tres faux; car, par
exple,un Verre objectif de mille
pieds de longueur de foyer, &.
qui a 21 pouce de diamettre en sa
surface, que nostre bon Amy M.
Hotsoker a travailléil luy faudroit
un Oculaire de 27
pieds &
neuf pouces, pour estre avec son
àobjectif en meim* raison comme 36
, ou du moins illuy faudroitun
Oculaire de 15 pieds, pour
il
estreà son objectifcomme 1 à 40,
ainsi cette prodigieuse Lunette
n'augmenteroit que quarante'
fois l'apparition naturelledel'ob- jet, & n'auroic par dessus ma
Lunette de poche
,
dont l'objectifàun
pouce d'ouverture,augtreavantage
quede me Lirevoirun
objet 411 foisplusclair, c cil:
à dire, autantdefois que la furfa^;
ce del'onverturedwt'objjéHfd«t
ma petite Lunette, est contenuë
dus la surface de 21 pouce d'ouverture
de ce grand objectif.
Il reste à examiner si le P. Che-3
ruban a trouvé ou donné quelque
chose du sien
, concernant l'arrengement
desVerres convexe
dans les Lunettes.
En l'année 1665. dans la 497
page de mon Livre de la nouvcUo\
Sc'tnce de la Nature d* Fnfige dù&
Cnna/es" je donnay l'arrangement
des quatre Verres en cea^
termes ,
Toute la perfection de nosv*
grandes Lunettes, consisteen quatre
Verres,&c. Ayant vos quatre Ver—*\
res, fin objectif, trois oculaires
-qu,,-ts oculaires peuventeflretoustroislw
cPunmcjme Ftlçm, pour les logent
dans un Tube en
deue distance,puis
qui'ls ne font que deux Lunettes a
partquircnvirfcut les objets
, T<?M
mettrez lapetite Lunette
,
qui efteomposée
de deux derniers Foresoculaires
, au bout de l'autre Lunette ,
qui
est plus longue
, pour estre composée
dungrandohjecîtf& a'unoculaire,
0 & él()inez.en ^euapeu la petiteLunette,
jusques
atant
que njout voyez,
lesebtetstrèsdiftinciefhent.
En l'année 1678. le P. Cherubin
dans ses Visions latinisées, &
augmentées dans la 141dit, Jd•
construendum quatuor vitris conve- xisocularedioptricum,animadvertendumesttria
postrema vitrasuoobjeefivoxemparata
;pari/queinterfefacuitutissimulcum
-ejfiEfti ejje
posse,suo videlicet objectivo,utfsnt5
comme j'avois dit en l'année
iGGyJtcat i.ad36.vel 37.38.&c.r
ufcjucJummum40cjfvdendo.Voiiala
me(me erreur, ufyucfummum
40 que nous avons remarquéjçydessus.
Il pourfuic pour l'arrengement
certèpofuivefacilitts cornsoussi
can/îi ejfirie¡¡dUl/J. est
, M fecuïidum
viirum convexum cum pri.
mo objectum, il oublie de dire bien
éclairé 6ctres éloigné) difltnftif-
Jime invetftmreddatr, demum hoc
idemtertium, cumpreccdente secundo
; cfu&rtttm dénique cumprecedente
tertio
, tôt quasi jingNlis horum vu
trorum combinationibus pArticulàrÏA
nimirum ocu/dritl objcffttmnitidijjlmeinverjum
proejiantia comportendoy
.f<!!£ tandem simulconjttnÏÏÂ Prd-
Jlantijjiwum constituentOculare Dioptricum
dUabuseverjïonibus oculo
eiettum prabens objcéfum. Ildevoit
ajouter que les trois oculaires ne
doivent plus changer entr'eux, &
que pour cela on les peut mettre
dans un seul tuyau. Mais il faut
que la Lunette des deuxderniers
oculaires, ait esté faite en regardantun
objet tres eloigné ,c'eil:"
pourquoy le plus ~sur est de les
mettre à la c\ifiarJce de leurs foyers
- solaires. -
Enfin le P. Cherubin n'a rien
contribué aux Binocles. Leur invention
& leur usage est d'une
ancienneté au de là du jour de sa
Baiuance. Il n'a jamais construit
lestuyaux
, ny travaillé les Verres
, & leur proportion & leur arrangement
n'est pas de luy
, en
ayant presquedemotà rpot emprunté
ce que j'en avois dit en
1665.
DïtnonftrationduPuralcllifme
*
des Axes des deux Lunettes du -
BinocleTcLcfeofique.. sUpposons quele Binocle qui
n'a quetroispieds delongueur
,
fasse voir distinctement
un objetéloignéde six: lieuës,
comme le R; P. Cherubin Tailèuredansla
66 page deses Visions
augmentées& latinisées en l'année1678.
jedémontre queladistance
qui est entre les centres
des deux Verres objeél.i.fs de ce
Binocle, estphisiquementég.alçr
à la distance qui est entre les centres
des deux Verres oculaires
immediats, c'est à dire plus proches
des yeiix ,
puis que la distance
d'entre les centres de ces.
erres n'est pas plus grande que
distance d'entre les centres des
rerres objectifs, d'une partie
es 1730.d'uneligne. Voyez 14 igl#re premiere.
1°. La distance A B d'entre les
centres des deux prunel les, A &
~se des J cux du P. Chérubinn'est
auplus que de30 puisque
luy mesmedans la 136 pagede ses
Visionsde1681. dit, ladistancedes
centradespupilles de mes yeux est de
eux pouces cinq'lignes environ
,
&
u'il ajoûte dans la deuxiéme des
pagecottées 2t7.e lA distance
Misi trouve plus ordinairement entre
les centres des ouvertures desyeux,
comme £expérience me l'a fait connoistre
dansles meilleures veuës, DId'environ
deux pouces & demy.
2°. La distance d'entre les centres
des deux prunelles,efl: tOU1
jours plus grande que ladistance
d'entre les centres des Verres
oculaires, mesme des immédiats;
mais puis que nostre Adioptrieien
& Ageomerre
,
les a proponcées
égales dans la zos page
de ses Visions de 1681. Suppôt
sonslà égale, 6c disonspour luy
complaire , que la distance des
Verres immediats estde trente lu-i
gnes.
3:\ Il faut détermine-renlig-nes
la distance ou longueur deliaKi
lieuës. Bienquedansla195 page
du XXVII. Tome du Mercure
Extraordinaire, Quartier de Juillet
1684. au sujet du NivelâncnQt
pour la conduite des eaux , j'ayyj
donné 57100Toises du Châtelet
à chacun degré d'uir^randGer-o
~elol
pie de la terre où elleest moyenpement
élevée,puis que par tout
superficie n'est pas également
éloignée de son centre,ce que le
cpohuisrisqudeems eRntivieres demontrent
; neanmoins dans
rerre rencontre, je veux bien ne
donner au x environs de Paris que
~7060 toises à chacun degré, lui.
vant le calcul de Messieurs de
VAcademie Royale des Sciences,
?0 puis qu'un degré terrestre con-
:riet suivant ces Me ssieurs25lieuës
xommunes de France, chaque
îllieuë ne contient que 2282 toises
h pieds 4 pouces, 9 lignes & trois
cinquiémes d'une ligner C'est
Ipourq uoy chaque lieuë commume
de France, ne contient en
llongueur que 1971993 lignes &
dtrois cinquiémes de ligne, lefquelles
estantmultipliées parsixx
le nombre des lieuës, à la distan
ce desquelles le P. Cherubinau
lieu fus cotté de sa Visiõ latiniséo
en1678. dit que sonBinocle longr
feulement de trois pieds ou 43:^
lignes,faisoitvoir l'objet distincte
ment: vous aurez dans la Fig. J.\
N~11831961 lignes & trois cinquiémes
pourladistance dumilieu
d'entre ces deux yeuxàl'objet.
Et AB la distance d'entre Jeso
centres des prunelles des yeuxdu
P. Cherubin,n'est pas de 30 lignes
, comme il dit luy mesme
dansla136 pagedeses Visionsde
1681. Sippofons là néanmoins»]
estre de trente lignes, qui eM
deuxpouces ÔC demy
,
puis que
dans la page 117 ,
il la dit relief
dans les meilleures veuës
, 6e~
'ayans point égard que le conournement
des yeux vers cét
objet diminüe cette distance, i:nfm pour donner tout l'avantage
ossibleau P. Cherubin, fuppoons
A B 30 lignes.
Donc A B est la baze d'un
riangle Isocelle A + B : & ne
orenant pour N que 11831961
iignes,pour femidiamettre d'un
Cercle la circonference fera
74341410, & comme A B est un
les 2478080 costez du Poligone
gulier inscriptible l'âgle A B
JIU sommet du triangle isoscelle,
quiestauCentredu Cercle n'est
quela 6883 partied'un degré, & ar côsequét insensible. Donc les xes des deux lunettes de ce Binocle,
qui font les deux costez du
riangleisoscelle A tjfB sont paralelles.
Ce calcul desabuser
ceux qui ont creu pouvoir cond
noistre ladistance des objets ~pq
la difference de l'inclinaison dob
Axes des deux Lunettes du B
nocle.
Je veux icy rendre encores l
démonstration plus évidente db
paralellisme phisique
,
des Axo
des deux Lunettesdu Binocle db
trois pieds de longueur du Fl
Cherubin,disposé pour voir dib
stinctement comme il dit un ob
jetéloigné de sixlieuës, suppo
sâtmesme seslunettesdu Binoclb
tant soit peu plus longues que db
trois pieds, en sorte que la ligne
jyF foit precisément de 3 pied
ou 431lignes.
Donc NIoIl831961lignes
NF 432=F~ H&3T529lignes.,?:
I Donc par la 4. prop. du VI. Euchdei'
N.NA:: t F.FC
Lf. lignes plus 11825481 parties
l'une ligne partagée en 11831961
arties égales.
Mais FC =FD,tlkFC
FD =CD. Donc CDdu
allce descentres des Verres objectifs
est 19 lignes plus 11819001
parties d'une ligne divisëe en
^831961 parties égales; mais la
iftèrence des termes de cette
fraction qui font nombres premiers
entr'eux, est 12960, & cette
différenceestcontenue 912
fois -t 11441de11960. dans le
eénominatlur. Tellement qu'il
De s'en manque pasla913partie
d'une ligne, que ladisdtancedes
centres C & D des Verres objectifs,
ne foit égale à la distance
A B des centres des prunelMl
par le/quels passent les des!
rayons principaux, Axes de 3
Vision du point de l'objet t a£
quel concourent les Axes db
deux Lunettes du Binocle. LJ
Machinesdonneront-elles cetr
precision ? Bien plus elleest inn
possibleaux Binocles du P. Chor
rubin, puis que luy mesme en
marge de sa 206 page de ses VI'
fions de 1681. dit, !f!.!!,e les deit*
tuyaux des deux oculaires du Binées
doivent estreun peu vagues les im
sur lesautres.S'ilsfontvagues of
est la precision qu'il a voulu cltrt
sinecessaire ? La nature ne laiss
pas de faire ses fondions sans le'
precisionsMathématiques, par.
ce que ses organes font phifi
ques,jeveuxdire matériels
,
rayque dans l'usage des Lunetés
estant allongées, suivant qu'il
strequis pour bien voir un ob t, on peut l'alonger ou racourir
unpeu ,
sans que l'on recoii.-
loilTede la differenceà la visîon,
i raison en est, que les rayons se
eiiniflanf pour formerles piaeaux
optiques, ils se croisent si
orten biaisant, que leur interfe-
Uon a de l'ccenduëphiuque.
Je veux encores établir icyla.
qantitédel'angle, que les Axes
esdeux Lunettes de ce Binocle
e trois pieds, forment, par leur
oncours à un point de l'objet
loi-gnédesixlieues.Voicyl'A- alogie.
Comme N 11831961.
Està N A 15.
Ainsi~*Nfiiius total10000000
Fft à N A Tangente n—H-
-801^-4^8 fraction à negliger
11831961
6c dautant que la Tangente d'une
minute eil 2909. & qu'une minute
= 3600 minutes tierces, fautes
cette Analogie.
Donc 1agleN«2?Aetf14m.tierces
plus la fraction.
Maisl'angleNA =l'angle N
B'.
Donc l'angle AtD n'estque de
29 tierces & une fraction
,
dont
l'Angle A i' B que les Axes
des deux Lunettes font au point
duconcours,c stinsensible. Donc
les Axes des deux Lunettes de ce
Bmociefont phisiquement para.
selles,cfhnc ajustées pour voir
un objet qui n'est éloigné que de
fn lieuës, combien à plus sorte
raison feront encore phisiquement
plus paralelles les Lunettes
d'un Binocle poutvoir les Astres,
tel qu'estoit celuy du P. Rheira.
Que P. Cherubin sans penser à la
consequence
, a avoüé estre
Inventeur &. Publicateur depuis.
1-année1645.Binocles à lunettes
composées de Verres convexes,
mais enmefme temps il a
vouJu ternir lareputationde l'excellencedes
anciens Binocles de
ce P. Rheita^&voicicomment,/!?
P.-Rbeita
,
dit-il dans la 47 page'
daf--sVisions de l'année 1.677.se
contentoitdefairevoiravec son Bi--
nocle tellementquemlment des deux
yeux quelques objets du Ciel,comme
la Lune parunefeuleinversiond'Ef
pe.
Pour épuisercette matiere du
paralellifme des Axes des deux
lunettes des Binocles Telescopiques,
je remarque.
Primo que Daniel Chores qui en
l'année1615. presenta aa Roy
Loüis XIII. ses Binocles, & en
publia la construction
, a esté
grand Ingenieur, Geometre,Ma.
chiniste & le plus estimé des
Ouvriers pour le travail des Verres
de lunettes, qu'il faisoit de
toute longueur. Néanmoins le
P. Chérubin, dans la 196 page de
ses Visions de l'année 1681. dit
hardiment,JZuechores faisoit des
Lunettes
,
qui n'ont jamais excedé
deux ou troispouces de longueur comme
elles sont dépeintes en si figure,
quand on luy permetrroit de con.
clurre que les lunettes de Chores
-
Õnt: il composoit ces Binocles
n'eussent que la longueur des Figures
qu'il en a donné, il auroit
toujours-parlé contre la vcriré)
puis qu'une des Figures de Chores
a beaucoup plus de trois pouces
de longueurle Binocle
qu'il monta en argent pour Mr
de Monmaur Maistre des Reguestes,
que j'ay montré & fait experimenrer
leur excellent effet
par plusieurs Sçavans, ont plus
de neuf pouces delongeur.
Secundo, Je fais remarquer que,
cbms dans son imprimé concernant
lafacileconftru&ion de son
Binocle Telescopique pour voir
les objets éloignez, que vous
trouverez au long avec ses Fig.
dans le XXIX. Tome du Mercure
Extraordinaire, parloit en
ces termes. Ces deux Lunettes d()t'
vent eflre fardeliesentreelles, PO(
un$bjet éloigné de plus de centP(
tantloinpuiffe-tilefire.• [
Le P. Chérubin a voulu faim.
acroiré à ces Lecteurs, que le/ai
Binocles de choresn'excedoienn
pas la longueur de trois pouceszo
bLà ce faux allégué ,il en ajoûteii
unautredans le cinquième Arti-iî
de de la Letrre A, dans les Ta..£'
bles des Matieres de ses Visioonn
de l'année 1681. & l'experience,
dit h,faitvoir qu'ellesfonttoujours:
un anglefcnfible peur en voiries ofc\
jets les plus éloignez: que l'on en ptlA
si voir. Il m'est facile de démen-r
tir par le calcul l'exp,::r-jenco'
qu'il a controuvé, pour tâchera
d'avilir la bonté des Binocles deo
Ghorez. 4
SUPPofOL.par complaisance
Pour le P. Chérubin, que les Binocles
de Chorez n'eussent que
[.pouces ou 36 lignes de longueur
,
& que les deux lunettes
manrajufiées
pour bien voir un Sbjet feulemét éloigné de cet pas
-E=500 piedszz6 000 pouces ta-
71000 lignes, & pour mettretout
l'avantage dans le parry du Pere
Chérubin,'supposonsencor que
nonobstant le contournement
des yeux, necessaire pour faire.
concourir les deux Axes de la
Vilion àunmême point de l'objet
éloigné de 72,000 fig. la diflance
des centres des prunelles foit en- orde deux pouces & demy ':=,
30 lignes.
-
Vous aurez dans la Figure
II. le triangle ifofcelle Atys
faites cette Analogie.
Cemme rS? N 72000 -EfiaN A -. iy.
AinîlfbV-ftnMtotal 10000000
Ejia1YATangentc 2083
plus un tiers,
&dautantquela Tangent d'une
minuteest2909, & qu'une pre-,^
miere minute =60 secondes,~faites
cette Analogie.
2909. 60. m.s. :: 2083 H- un
tiers. 42. m. s. & une fraction;
mais l'angle N+ A = iV«î»2?..?
Donc tout l'angle A i' B n'est
pas une minute &26 secondes..
Par quelinstrument, &par quelle
experience nostre Adioptricien rj
& grand A geometre a-t'il veu
qu'un angle d'une minute 8c 26
secondes soit sensible?
Pour connoistregeometriquement
la distance C D d'entre les x
entres des Verres objectifs, des
~eux Lunettes de ce mesme Bi-
~ncle de trois pouces de longueur
,
disposé pour bien voir
~objet téloigné de cent pas ou
"1000 lignes,supposant mesme
que nonobstant le contourne-
~ment des yeux, les centres des
orunelles fussent éloignez de
lieux pouces&demy :;= 30 Ii.;ncs
~aites cette Analogie.
N. 72000 lignes. NA 15::
mais N -NF36 ::::l' F.
71964. FC 14 lignes 397quatre
centièmes.
MaisFD ==Fc. DoncCD
..9lig.—H 394 quatre centièmes,
mais la différence des termes de
cette fraction est 6, que le dénominateur
contient 66 fois 8t deux
hwierSjii ne s'en faut donc pas la 66
partied'une ligne, que la distanceCDdescetresdes
Verres obectifs,
ne foit aussi grande que I)
distance AJJ des centres des Pru-u
nelles. Donc les deux IlJnc[[e:
de ce Binocle feront phisique.
ment parelelles.Voustrouverez
le mesme paralellisme des deux
lunettes des Binocles les plulongs,
lors qu'ils feront en états
defaire voir un obj et tres éloigné
à proportion de leur longueur
,& enfin ce paralellisme
phisique seroit encore plus ap-q
prochant du geometrique dama
les BinoclesAstropiques.
Enfin il faut conclurre que lôlj
P. Cherubin en écrivant tant dôl]
Volumes de Visions qu'il a reill-q
ply de tantd'articlesatrabilieres
qu'on peut dire comme Senemehb.
i. de Clementia 5. Muliebre
furere in iras. Quecet Aueur
si Religieux avoirignoré ce
~uedit Saint Jerôme, sur le pre-
~ierChapitre du PropheteDa-
Siéjuûadnj'erfw Mathematis.
vclitfcriltrt imfttrhw Mathe-
Atts, Rijuifatcbit, ce quiestmes- erapporté dans le Canon
, Qui li. dict. dïft. XXXVII. ç'e£l::
~ourquoy pourmeservirdes téres
de M. de Balzac dans sa 26
ttre à Hidafpe, Je -pietofine
~u'on permette de violer impuncrtiint*
=rj Veritez*mathzmaiiques-,dontkvulgairene,
se devroit non plus aï--
%YO.,bcr
, lite du gouvernement des
Mats&dzstifyfteres de la Religicnr>
estimebicnflm,ajoute-t3rlJeef~<
desChartreux que les Vificns de;'
T.tAu(bmrAdioptricien-.
DeCInutilité& dangereuxZJ/age^
des Binocles. pEndant les deux ou trois
nées que jem'amusayà tras*
vailler au Journal des Sçavant
je dis dans le XXXIII. Journ~
du Lundy 20 Décembre 1677.
la page 249. Que le P. Cher
bin donnoitunnouveau jourauBinocle
oculaire, ou double tJncttc, a(lÍÍ\1)
le P. Rheitha avoit parléamplemens
en l'année1645. dans son Livre 00 culusENOCH ELIÆ, 63
j'ajoûtay, dans la page 250.
toutes ces difficultés en avoient faàtl
négliger l'usage
, ce que l'experience
moderne prouve encoreîo
puis que le Sçavans n'ont jann,,ii
regardé le Binocle comme un
hose utile. C'est pourquoy ,
le
çavant A stronome M. Heve-
ILtS de Danzic
,
dans la 25page
le la Selenographie imprimée en
1647. dit minimeproestantissimum
d, Cttjll u/ùs adifficultatibus mamis
dependet
,
& ajoûte dans la
page 53 en parlant des Binocles.
Voh estquidoculo Enochiano,tantum
ribuat, & M. l'EvesqueCaramuel
Lobkouvitzius dans la p. 1603 de
on Mathesis Nova imprimé Cam-
~anioe en l'année 1670. parlant de
ces lunettes, ditlongaexperientia
didici, in omni genere, non esseproetantissima,
quorum usus à difficultaibusmagnis
dependent. Ceux qui
Dnc des Binocles le reconnossent
par leur propreexperience.
J'ajoûte, Que l'usage des Binocles
suppose deux yeux également
bons bien conformés, Mali
le nombre de tels yeux est très
petit, & mesmetresrare, un ch.J
cun pourra examiner les siens
en la maniere suivante, que je tire
du Giornale Romano de LettcrAI).
di 29. Gennarioenl'Article
ob/crvariene del Sig. Gio. Alfonsi
BoriUiNeapelitano,intorne 484 vir
tuinequalc d'egliocchi. Si sambu
co rotondo,riclia fi/st(Irad'macamera
chinfa daper tuito ,
o si pone Nlt.'
pallay baie, nerapcndtntc net mlZ..
d'unafneliraaperta ,
la qudie passi
l'occhio dero ,
Jiriquardi ber coll'occhto dejlro hA
h"
colJîiriflroy-e parangonatej compas
rez, insieme que/te vedate si trovt ejftrnetabilmcnndiversa.fïmagin*
perche Cocchiê sinistro vtde le cosipià
grande, e plu diBinfe, -che il defin
the rapprefcrttaunimagine cm c-ert.
hltdtura atmnp. Cette inégalidevision
en la grandeur, bL
~n la distinction de l'apparence
~el'objet
,
vient de la disparité
esyeux, puisqu'unmesme objet
~tant veu conjointement de
eux yeux , l'apparence n'est pas
~distincte, & qu'estant regardé
~successivement d'un oeilseul, &
ouis de l'autre
,
l'apparence du - mesme objet fera inégale,ce qui
arriveou par la differente ouverture
desprunelles, ou par les differentes
convexitez de ses humeurs
cristallines, ou par leur dif-
&r£ntcioignement de la Retine.
C'est pourquov^Egnatiopanùen
J:s Commetaires sur le Due Regole
Wfelta Prospettivepratica di M. Jacomo
Barrozzi da vignola imprimé
~n folioà Romeen l'année 15S5/
dit dansla page54 Chevolendo
mirareuna cosasquisitamente, la miriamo
con un fil, occhio
, per che cio
lo facciamo per eslcuere ogn* altro
objetto ~& vederesolamente quella co- sa
,
che mi intendiamo di mirare ; il
che molto meglio opéra cm una foU
piramidevifuale che con due. Voila
un Arrest solemnel prononcé à
Rome depuis plus de cent ans
contre les Binocles.
M. Gassendi Prevost de l'Egli
se Collégiale de Digne, & Professeurdes
Mathématiques à Paris
, avoit experimenré cette différente
force des deux yeux.
Voicy comme il en parle dans son
Livre de Apparente Magnitadine
Solishorizontalis en sa 2. Lettre
ad Ferumatum Licetum N. 7. Possum
ipîe dit-il, cette de me ,
oculisque
uàtefiari, qui dcxtro oculo res video
onnibil quidcm obfcuraiiores,fed
majores tamen , qitamsinistro, quinlâ
prexime magnitudinis parte. ./od casu d(?num adverti, cùm in
mrttm wtuens,sacroque oeuliJiniflri
v.onfrtffu, dcxtro legens ebaracieres
ideprebendi jcnjihilttermajores,
fjuàm visi moxfuijftnt,&il ajoute,
\(îniftro(ego oculo quo charafferesminiores
quiaem, fcdelariùJ ramen intfucor
i dextro otulo neque magnitudi-
,nt.(, uique obfeuriiatà
,
1) quicquam ad- cùm "f.)/o atiiwt opéra data
Mcxtro oculo legire
,
tumwutari iliiuo
fîtnmjubfuhuquodam(entio>aetum
mequepayviiatem , neque titi; itatem
ttff!ia confuete, ccq ue l'sfïîdu travail
&àobserver lesasiresd'un ieul roiJ,
Uuy avoir causé,ajnG cette gran-
)d<: difficulté du contoumement
des Axes de ses yeux, ne pouvoit,
l'attribuer qu'à la très grande diih
parité de la conformation de fo)
yeux, c'est pourquoy il ajoûto
Nonpoterlsforte, vir eximie, tat..:
tlemlegendfJ experiri
,
& mixité
quidem si exiquafitoculorum difpAv.
rÙtU. C'est pourquoy en suppo.o
fant que cous les hommes ont ges;
neralement les yeux differement
ment conformés, y ayant uneno.o
table disparicéd'un oeilà l'aurre
il a mal tiré cette conclusion ges
nerale,Rationem duco, ex paralel.
lifin? motusocuterum
,
à tuimfachy
ut demirer, ajoûte-t'il
,
cfiitOptiez"
non advtrimntimpojjlbilem cjfèsquam
depredicant Axium (oÏti(jnem\
Il en dit autant au N. 15. desa38
Lettre Ad Bnllialdnm.
Bien des Sçavans ont crû qUrJf
nonobftam»-
onobsrant que les deux yeux
fussent ouverts l'on ne voyoit en
nême tems un objecque d'un oeil,
l'a esté l'opinion de Ioa.Bap. Porta,
ib; vr. deRefract. de Sennert lib.I.
nsfit. cap.12.
„
Bien que le P. Dechales dans
on lrJlIlJdlU Malhematicus
,
imprimé
en 1674. ait demontré dans
Prop. 49 page 382, qu'Axesepet
concurrunt in unum idemque obvftum
y
bien loin de douter de
experience de M. Gassendi
iIlÍnjmmo eam aliis
,
dit il, expeientiisconfirmo.
Habemus hic fra-
-rem aliquem janitorem
, qui lin,
:Cf!() est myops ,
alio vero Presbyta,
ta ut distintissimè objecta diJJit-s
ercipiat uno oculo, qu* aliovix dis'inguit
, & vicissim cum legendum
$altero utatur oculo.idem mea,
ajoure-t'il, conjirmo experiemidx
quam quilibct facere pOferit. Stln
Myops, oculos tamen habtosatis Pt")
fccteJîmiles
,
quotiefcumquc
alterutiv
ocitlorum lenttm concavam adhibet\
nonclaufoaitHa>objecta lus vidcùi
dijlincic per lentem concavàm j 0
confuse alto oculo
,
quo cîiam wajom
mihiapparent,fedopus cfi alïqua îljb
tentione. Negosa experientiapr$k\ b.iriAxiumopîtictrumulriujtf®^ oculiparaleilifmum,
ia &e. tamin non puffint flm!6
Axes optici quomodolibet concurrent
quando nempe oljetfum efi valde VI'':
rinum oeillo1nonpotesi ut /IdÁ
invicem inctinentur oculi, 6" dirix
gant utrumqi Axemopticum adideto
objeffum,indefit ut myàpihtal
ilccidat, unum tantum oculum ad oA
jeefum dirigi ; & eo tantum legem
seso quident cculo qua-siferidnte
,
si
t benenon vident
,
hoc efisi tanta
difpruportio interejaJvifiontm,
oculi bene affeffivifionem,utunium
non. afficiat. Jhtod si oequales
rtQCNli ,
orieturmultiplicatif objeornm
lufizpe experier & ofiendam
fra. Trop. LVII. pag. 415. si Axes
niciin nullo propofitoobjeffo, conciliant
omnia gemimri videntur,
fc qu'il dit- arriver plus facile-
Itent Miopes
1)
ment aux ,qui ut difiinôte
yegant tbjefôa multum oculis admovientytuneenim
ut fere qaotidieex-
"'erior, objetta geminantur.
Le Pere Chérubin luy niesme
dans la 44 page de les Visions de
677. reconnoit dans les deux
dernieres lignes,Qu'ilfaut avoir
tes deuxyeuxsains,&mesme,ajoure-
t'il,médiocrementbien conformez
pour éprouver par experience (]A"
l'objet eji veu des deux yeux pl,,\c
grand, plus fortement, e--plui ab
ttinttementqued'unseul
, si les dei/n:
yeux fontfiins & bienconformez
Mais peu de Personnes ont loi
fdeuox yeurx émgalemenet biezn co.nc Le Pere zlIcehim dans la 100
pige de la seconde Partie de 4 :
Philosiophia Optica imprimée e3
1656. remarque que ,
Si alter oeltA)
lorumfitfiujfuifonetantifper ObfteJè.
tus, tuneferapparentiam exhibitaxs;
per apprehenfionem in oculo jùffujio
ne vitiate, inficitur alia
,
correspond
dens apprehensions exerciteià
ro , qut statim ac toUitur apprehenfiy*
per vitiatum co clausio
,
adsuum nim
toremrestituitur.;Ilrestreàdémontre
trer.
lemauvaisEffet, & le dangereux
Vsigt du Binocle.
pErfonne n'ignore qu'on ne
peut voir distinctement en
mesme remps un grand objet,
'!!,indi procédé, comme dit Danti
lia 54 page de ses Annotations
la Perspective pratique de Vipole
impriméeà Rome en l'an-
Ic 1583. che volendo noi vedere
al sivoglidcofa minuta mente,
diamo girando glhi eccbi, &mundo
la Bdza délia piramide
, per
scorrere con l'Assesopra tutta la covifibile,
&c. & che nella prospetva
fia un punèfô solo designando
la quel che si vede in un occbiata;
uza moverfipunffo. Puis que
Binocle arreste fixement les
deux Axes de laVision en nu
mesme point de l'objet, il s'enM
fuit que les autres objets qui nid
font pos dans 1'Horëftere_rfoniri
veus doubles, & paroissent en
deux différents endroits. Biem:
que le Pere Cherubin ait fait umi
perpetuel divorce, avec le borne
fcns & la raison ,"il convient
néanmoins de cette experience fil
defavantagetife à l'usage des Bi-1
noclesrVoiey sestermes tirez de-il
ses Visions de1677. depuis la 15Zi
-
ligne de la 42 page.c'est. 'lIr.
quoy,dity.-il avec raison,laforce de 14 t.
meue&l'attention de l'effrit, efiant ,-
alors arrejlez,&fixez* à voirunK\
à* specialementsonpoint auquelcon—j
courent les deux Axesy ils verrtnt,y
par exemple,lesommet d'un bktm *
double , mis entre les Axes de la ji
mon ou dehors, 6C enfin de tous
jers qui ne feront pas dans le
an de l'Horoptere
,
à caufey
.n1me il dit, que les rayons qui leur
portent 'pece,ysont receus des
rtics des deux yeux qui ne font pas
monyrnes & les deux peintudu
sommet du btÎtorJsi trouvent
fertmment situées dans les deux
tines\&pourqueyl'on voit nccef
t,ement cet objet double.
Pour vous convaincre facileent
de ce doublement d'objet,
evez vostre doigt index,vis à
le milieu de vos deux yeux, à
distance d'environ huit pous
,
& vis à vis d'un objet plus
Digne
,
regardez fixement vô-
; oigt, pour lors les deux Axes
la vision y concourror, & l'au-
: objet qui eftplus éloigné que
ledoigt, vous paroiftra en deuxi
differens lieux, & par consequent
double, & si peu à peLD
vous détournez vos yeux pount
porter la réunion des deux Axeas
sur.l'objer plus éloigné, ces deuxx
apparences s'approcheront aufluF
peu à peu, & enfin il vous femblera
que deux semblables bjetn
se penetrenc pour n'en faires
qu'un seul. C'est pourquoy re---
gardant fixement cét objet éloi
gné, vostre doigt vous paroiftraè
double, & en contournant peu à J;
peu les yeux pour apporter la«
réiinion des deux Axes de la Vi- - lion sur le doigt, vous verrez 3
aussi que ses apparences s'appro- cberont - peu à peu, & enfin s'é- '.- tant comme penetrées
,
n'en fe- -
rontvoir qu'un seul.
L'expérience qui est la seule
riaiftrefle des ignorans
,
qui ne
1 euvent rien comprendre nier, ny
rvoiïer fins son secours 8c hors de
n presence,leur montre,que nous
rapportons tout ce que nous
t'oyons bien dlftlndcmentàl'Ho-
Koptere, qui efluneligne tirée par le
wintdu concours des Axes optiques,
",arA/eUrment A la ligne qui conjoin-
11roit les centres desyeux, telle est la
iigne G H 1 de la Figure III.
Un objet K mis entre les deux
Axesfera veu en deux
différents
endroits,en L&en M.
Pi Deux objets comme AT. o.mis uflîhorsderHoroptere, & hors
Hutriangledes Axes de lavifion,
::haque objet paroiftra en deux
HirFjrencsendroics, car l'objet IV
eparoiftra en P 6c j ,
6c l'objet
otpraroaifti-iareneK 8.t s,ô£ au co
.-
SisurchacunAxedelaViflO"
vous mettez un objet T. v ,
lei
deux objets ayant leurs apparat
ces peintes chacune sur le fonç
de la Retine d'un oeil, ils ne p
roiftront que comme un seul si
le point de H de l'Hoptere 0'
reiinion des Axesde la visîon.
Le P. Dechales danslefeconc
Livre deTon Optiqueen larPro
48. Problème wJÎYuwcntumconfia
re quo quæcumque de Horoptere cLÂ
cuntnrexperiri pojjimm
, mettez
plom les deux planches A B B
chacune â0 deux pieds de lônÉ
güeur, & d'un pied de largeurtn
faites plusieurs trous en différenciai
endroits, pour y planter le fiiloJ,
CM qui servira d'objet en diffe»:>
entes polirions; car il ne parle
que d'un sèul objet veu à la fois
dans le mesme temps, que les
deux Axes des deux yeux1Kcon.
courent au point F de laligne
horizontale GFH & l'Horoptcrey
& la planche BD de l'Horoptee,
donr la Planche B D estle Plan
aioli le point M fera veu es points
J & H" & paroistra double.
Le bon homme Alhazen Araoe,
dans son TheftiurmCpticoe lib.
N. 12. page- 81 de l'imprenion
lie 1572. dit.vifibile aliks unum:
dicis geminum videri, organo ojîen*
Mirur. Je l'explique & le rends inelligible
en moins de paroles.
Soit dans la Figure V. la planche
ADIS d'une coudée de longueur
, & de quatre pouces de
margeur, tracez les Diagonales
ADIS,que vous remplirez d'une
mesme couleur à huile, tracez
aussilestraverses BOCM, que
vousremplirezde différente couleur
à huile, faites l'entaile FR
pour recevoir l'élninence du nez,
fin qu'en regardant sur la planche
, les centres des prunelles
soient en FR) faites trois petites
colomnes comme dans les Figu
res 1.1. 3. de 3 lignes dediamettre
, & de deux pouces environ
de hauteur
,
peignez-en une en
bleu, l'autre en rouge, & l'autre
en jaune, faitesen la planche es
points C. O. M.T.N.F..!¿L.x.des:
trous qui fervent à y planter les
trois petites colomnes.
Plantez premièrement vos
trois colomnes dans les trous C.,
Q. M. appliquez ensuite les yeux
proches des pointsFR. Fixez la
veuë,c'est à dire, regardez attentivement
la colomne en -o. 8c
regardez ensuite tout ce qui est
sur la planche, rien ne vous paraîtra
double, parce que les trois
objets ou colomnes font sur la ligne
Horoptere c. 0. M. Regardez
ensuite fixement l'objet ou
colomne en c. ou en M. les colomnes
ne paroiftront pas dou.
bles,parce qu'elles sont toujours
sur l'Horoptere, mais la ligne N B.
l&les deuxdiametres AS. DI paroiftront
doubles.
Laissez toûjours une colomne
sur l'Horoptere en0, &plantez
leeux autres dans les trous N,
L. & regardez fixement la colomne
o. pour lors chaque co
lomne N. L. paroiftra double,
ainfïdeux en feront voir qllatreu
deux de chaque couleur, & poc
fées obliquement deux à costés
droit, & deux à cofté gauche des
la veritable ligne B. o. N. laquêl-l
le aussi paroiftra double.
Que si ayant planré vos deuxx
colonines sur une mesme Diagonale,
par exemple sur A.s.dans lese*
trousp.j^_vousregardésfixemenm
la colomne 0, les deux autres P&
vous paroiftronr doubles,canj
Ja Diagonale paroiftra en deuxx
lieux dirrerens.
Il en arrivera de mesme si vouszi
plantez vos deux colomnes danszi
les trousT.des deux-Diagonales,
elles doublerontaussi, puisai
que les Diagonales paroistront
doubles.
Que si vous mettez une des
colomnes dans le trou X,fait sur le
nord de la planche, & bien au de
:à de l'Horoptere CO M en regar.
dant fixement la colomne O ,
la
colomneX doublera,&au contraire
en regardant fixement la.
colomne plantée dans le trou X,
les deux colomnes c. O0. paroî-
::ront doubles, & la ligne C. O.
Wl. aussi
,
n'estant plus l'Horotere.
Ayant démontré que les
Lieux Axes de la vision concouranten
unmesme point d'un obet,
les objets qui ne font pas sur t'Horopfere, paroissent en deux
differents endroits, & par consequent
font veus doubles, il
s'enfuit que le Binocle faisant
concourir les deux Axes de la
vision à un mesme point de l'objet)
envoyant distinctement un
Vaisseau sur la Mer, tous les au-ru
tres Vaisséaux qui ne se trouveront
pas sur l'Horoptere paroi
stront doubles,&peu de Vain
seaux paroistrontune Armée Na-sl
vale ; jugez de la consequence
sisonusagen'est pas dangereux.
L'experience que le Binoclo
fait voir le double des Vaisseaux
sur la Mer est tres confiante. Parmy
les Sçavans quis'assembloient
les apresdisnées chez M.Justel Se-3<
cretaireduroy.M.ChibertdeMontigny,
Frere de M.l'Auditeurde
Comptes, y raconta le Samedy 30
Aoust 1681. queM.de Sauvage.y^
tres sçavant Mathématicien ôoô
Ingenieur du Roy,l'avoit .af-l*
seure que les Binocles ne POUU4
voient estre d'aucun usage sur lai
Mer, puis que M. le Maréchal
Estréevoyoit huit Navires des
ennemis avec son excellent Bi-
Iode, bien qu'à la verite,il n'yen
ont que 4. comme tous ceuxqui
voient de simples Lunettes 1'cd:'
auroient,ilajouta quele P. Chemin
demandoit400 livres vun
~nocle; mais pourquoy acheter
cherement une chose, tres ditcileàajuster
,
inutileà laplus
grande partie du monde qui ont
lesyeuxd'inégale bonté & consommation
,
& enfin qui noust'ompe
dans son usage
,
dans les
Affaires de la derniere importande
,
lors qu'il s'agit de reconnoîre
le nombre des Vaisseaux des
ennemis,
Enfin, voila tout ce que j'ay à
tire concernant les Binocles,
vec lesquels le R. P. Cherubin
voit toujours son image devant
luy, commeAïitiphcfôtt o~~w~
par la raison dont Aristote fait
mentionau Chap. 1.DeMemori
& R miniscentià. ; 6c Galien lib.1
delocis tiss,ctis Ctlf. 6. Illuy eil ar-u
rivé la mesme chose qu'au Mila-js]
nois dont parle Cardan Lib.1. aU
Subtilitatepag.34. Galeasde Rabeam,
civis nostercum jam olim inventa
Cochleam Archimedis ad elevandums
aquam, ipse QUAIFprimu*AUÎOYvellei^
existimarireperiisse, prx loetitia illl.\-
&c. C'est pourquoy il voir cou.tj'
teschoses d'une autre maniero
que les Sçavans, demesmequ'un
celebre Medecin à Dresde, donne
parle Senert lib. 1. Prax. p.
sect.2.cap. 45 lequelestantmont
sur une échelle pour prendre unu
Livre
,
çculefqtte fortiùs fursumJ*
r¡j)wneret) il vit depuis pendant
,Wois mois toutes choses en ifruation
renversée
,
&homines, ini>U- ,â in capite ambulare:aussi le R.
Cherubin asseure dans sa Diototrique
Oculaire de 1671. page
-34 ligne 2. voir les chiens courans
Surledos.Jelaisseàunautreàrépondreauxfaits
particuliers qui le
raegardçc,&quelePv.P.Cheriabia
cotte depuis la 7.lignedela 392
age,desonLivdela Contiqukêdes
X:orJH impriméen 1679. Et dans
Er Art.de la lettre H. dela Table
des Matieres des Visionsde iéSu
Nom donnerons dans le ¡r(Jchai,,-
Mercure Extraordinaire, la confira*
tlion des Lunettes polemoflopes) &-
Je toutes les Lunettes au/quelles w
employélesmiroirs*C<oMIÊkSi
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Résumé : ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
Le texte explore l'histoire et l'invention des lunettes et des binocles, en mettant en avant plusieurs figures clés et dates importantes. Daniel Choys est crédité de l'invention des binocles en 1619. En 1645, le Père Antoine Maria de Rheita, un religieux capucin allemand, a inventé les binocles à verres convexes. Le Père Francesco Lana, un jésuite italien, a également traité des binocles dans son ouvrage de 1670. Le Père Cherubin d'Orléans a publié des ouvrages sur les binocles en 1677, 1678 et 1681, mais ses affirmations sur la nouveauté de son invention sont contestées. Des controverses entourent la paternité des binocles, avec des mentions de modèles plus anciens, comme ceux du Père Dechales et décrits dans le 'Mundus Mathematicus' de 1674. Le Père Cherubin est critiqué pour ses affirmations non fondées et son arrogance. Certains savants, comme le Père Rheita et M. Hevelius, jugeaient les binocles inutiles et dangereux. Le texte discute des différences de perception visuelle entre les deux yeux, soulignant que chaque œil perçoit les objets différemment en termes de grandeur et de clarté. Plusieurs savants, dont M. Gassendi, le Père Dechales et le Père Cherubin, ont documenté ces disparités. Il explique les effets optiques des binocles, comme la vision double des objets, et introduit le concept de l'horoptère pour expliquer ce phénomène. Des expériences sont décrites pour illustrer ces observations, confirmées par des opticiens comme Alhazen. Le texte aborde également des observations visuelles spécifiques liées à des colonnes et des lignes sur une planche en rapport avec l'horoptère, ainsi que des cas particuliers de perception visuelle, comme celui d'un médecin à Dresde voyant des objets inversés pendant plusieurs mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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259
p. 297-300
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Iris, Âme, Laideur, Joie, Amant, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
JUELTOUTES LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
O'aùvient que plusieurs Maris,
quiontde très-bellesFemmes,
en aiment fouvent, non seulement
de beaucoup moins belles,
maismesmedetres-laides. Edemeure d'accord avec vous, belle
W ,IrIS
Qu'on voit tous les jours des Maris
Posseder de tres-belles Femmes,
xlEt cependant aimer avec beaucoup dar"
deur
Des objets die qui la laideur
\1Êien'loin'de les charmer, & d'enflamer
lettrs ames,
Devroient a leurs jeuxsafre peur.
(De ce gÓujl dépravé dans- tampnr eux
empire, 1
Vom demandez,la catife ? Ht bien, fm
vais la dir.
Quoy que le défautfoit en mus,
'.AH beausexetoûioursilfautrendreiisflicc,
* C'efique ces Hommes-lafont foux,
Et n'aiment rien que parcaprice,
Je rrien rapporte a tous.
Maissi vous voulez, un Epoux |
Qui fo:t toujours fidelle & tendrer
Le Ciel masa;t ainsîpour vouss
Irie, vous riavez, qu-' a< meprendre. a<
Lequel donne plus de joye de féal
faire aimer d'une Belle fiere
qui sèmblen'avoiraucun pan--c
chant pour l'amour, ou de re..-
gagner le coeur d'une MaîtreC-3
fè justement irritée, & dontla
haine nous paroist invincible.. DEpais que je me fuis Attiré voflrew
haine.
Et que/'aymérité vos plus cruels mêpris&x
l'ay voulu, trop aimable Iris
Formerailleurs , une autre chaine.
Vhilis est mon objet
,
ses Attraits mont
charmé.
Elle efloitfiere
,
înltcæ/fible,
Et cependant aysceu la rendrefifenjîhle,
Quejefuis pres cTen eflre aimé.
Cependant, aimable Bevgeret Dans le temps que iedesespere
?epouvoir de mes jours regagner vofire
coeur,
rrite contre moydune jufie colere;
lelasp!lsai jie rpoeuv.ois recommencer de
Avogreoeil mon premier vainqueur,
J.eflimeroisplus selsimerotspluscceebboonnhheeuurr
Que toute autre conquefieàfaire*.
Si un Amant peut voir conti--1
nud lement la Maîtrelf fan¡'<il
s'ennuyer.
LOrs quun Amant
Aime bien tendrement,
uluprès de sa Silvie
Parlant deses amours, Ilpeut eflre toujours
Sansqu'il s'ennuye.
Dans un doux Entretien
De l'amoureux mdrtire,
Le temps ne dure rien,
On a tropa se Jill.
Tourmoy lors que je fuis auprès de m* t
Beauté,
Je plljJè sans ennuy les plus longs jours v riEsté
A luy témoigner que je faimei
Charmé de vivre fous sa loy,
Mêlas! s'il netenoit qu'a moy
J'y passerois les nuits de mefrne.
DlEREYIIL{.
JUELTOUTES LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
O'aùvient que plusieurs Maris,
quiontde très-bellesFemmes,
en aiment fouvent, non seulement
de beaucoup moins belles,
maismesmedetres-laides. Edemeure d'accord avec vous, belle
W ,IrIS
Qu'on voit tous les jours des Maris
Posseder de tres-belles Femmes,
xlEt cependant aimer avec beaucoup dar"
deur
Des objets die qui la laideur
\1Êien'loin'de les charmer, & d'enflamer
lettrs ames,
Devroient a leurs jeuxsafre peur.
(De ce gÓujl dépravé dans- tampnr eux
empire, 1
Vom demandez,la catife ? Ht bien, fm
vais la dir.
Quoy que le défautfoit en mus,
'.AH beausexetoûioursilfautrendreiisflicc,
* C'efique ces Hommes-lafont foux,
Et n'aiment rien que parcaprice,
Je rrien rapporte a tous.
Maissi vous voulez, un Epoux |
Qui fo:t toujours fidelle & tendrer
Le Ciel masa;t ainsîpour vouss
Irie, vous riavez, qu-' a< meprendre. a<
Lequel donne plus de joye de féal
faire aimer d'une Belle fiere
qui sèmblen'avoiraucun pan--c
chant pour l'amour, ou de re..-
gagner le coeur d'une MaîtreC-3
fè justement irritée, & dontla
haine nous paroist invincible.. DEpais que je me fuis Attiré voflrew
haine.
Et que/'aymérité vos plus cruels mêpris&x
l'ay voulu, trop aimable Iris
Formerailleurs , une autre chaine.
Vhilis est mon objet
,
ses Attraits mont
charmé.
Elle efloitfiere
,
înltcæ/fible,
Et cependant aysceu la rendrefifenjîhle,
Quejefuis pres cTen eflre aimé.
Cependant, aimable Bevgeret Dans le temps que iedesespere
?epouvoir de mes jours regagner vofire
coeur,
rrite contre moydune jufie colere;
lelasp!lsai jie rpoeuv.ois recommencer de
Avogreoeil mon premier vainqueur,
J.eflimeroisplus selsimerotspluscceebboonnhheeuurr
Que toute autre conquefieàfaire*.
Si un Amant peut voir conti--1
nud lement la Maîtrelf fan¡'<il
s'ennuyer.
LOrs quun Amant
Aime bien tendrement,
uluprès de sa Silvie
Parlant deses amours, Ilpeut eflre toujours
Sansqu'il s'ennuye.
Dans un doux Entretien
De l'amoureux mdrtire,
Le temps ne dure rien,
On a tropa se Jill.
Tourmoy lors que je fuis auprès de m* t
Beauté,
Je plljJè sans ennuy les plus longs jours v riEsté
A luy témoigner que je faimei
Charmé de vivre fous sa loy,
Mêlas! s'il netenoit qu'a moy
J'y passerois les nuits de mefrne.
DlEREYIIL{.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS du dernier EXTRAORDINAIRE.
Le texte aborde les paradoxes de l'amour conjugal, soulignant que certains hommes préfèrent des femmes moins attrayantes à leurs épouses belles. Il explore les motivations derrière l'attirance pour une femme laide plutôt qu'une belle. Le narrateur suggère que l'amour véritable et la fidélité peuvent émerger dans des situations inattendues, comme gagner l'affection d'une femme fière ou irritée. Il exprime son admiration pour une femme nommée Iris, malgré ses cruels mépris, et avoue avoir réussi à la rendre sensible à son amour. Le narrateur compare également la joie de reconquérir un amour perdu à celle de conquérir une nouvelle personne. Enfin, il met en avant que l'amour véritable permet de passer du temps sans s'ennuyer, même dans les moments les plus longs, contrairement à la monotonie ressentie par un amant indifférent.
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260
p. 330-331
« Ceux qui ont expliqué les mesmes Enigmes dans leur vray sens, [...] »
Début :
Ceux qui ont expliqué les mesmes Enigmes dans leur vray sens, [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceux qui ont expliqué les mesmes Enigmes dans leur vray sens, [...] »
Ceux qui ont expliquélesme/mev
Enigives dans leur vray fins, font
Mrs Charpentier Receveur des Tailles
de RomorantiniHutuge d'orledfJS;
P. Carrier, & F. Marie de Rouen5
Confiant) Cervdis de S.Simon ; de
Lallde, Directeur dfsPoJles de:
ivence> la Loy de Lyon; chajle-
9 de la Cosse
,
Alflcil de la rue
nt Denys;N. lude&I. Malhcux
Rouen; le Tourangeau, Amant
fiant de l'Inftnfible Champion;
pinay Buret de Vitrysl'Ouvrier
(imparabledes Gobelinsy MefdeifellesdeNcubourg
de Rieuxi de
emand ;de Tondjecq;M. Trouais,
pouss mal contente ,
& lajeune
Emblée de la rué de CEcti de Ro.
rantin.
Enigives dans leur vray fins, font
Mrs Charpentier Receveur des Tailles
de RomorantiniHutuge d'orledfJS;
P. Carrier, & F. Marie de Rouen5
Confiant) Cervdis de S.Simon ; de
Lallde, Directeur dfsPoJles de:
ivence> la Loy de Lyon; chajle-
9 de la Cosse
,
Alflcil de la rue
nt Denys;N. lude&I. Malhcux
Rouen; le Tourangeau, Amant
fiant de l'Inftnfible Champion;
pinay Buret de Vitrysl'Ouvrier
(imparabledes Gobelinsy MefdeifellesdeNcubourg
de Rieuxi de
emand ;de Tondjecq;M. Trouais,
pouss mal contente ,
& lajeune
Emblée de la rué de CEcti de Ro.
rantin.
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Résumé : « Ceux qui ont expliqué les mesmes Enigmes dans leur vray sens, [...] »
Le document énumère diverses personnes avec leurs rôles ou affiliations : Mme Charpentier, Receveur des Tailles de Romorantin ; P. Carrier et F. Marie de Rouen ; Simon de Lallde, Directeur des Postes de Lyon ; le Chevalier de la Cosse ; l'Abbé de la rue Denys ; N. Jude et I. Malhcux de Rouen ; le Tourangeau, amant de l'Infanticide Champion ; Pinay Buret de Vitry, Ouvrier des Gobelins ; Mesdemoiselles de Neubourg, de Rieux, de Tondique ; M. Trouais ; la jeune Emblée de la rue de Ro-rantin.
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261
p. 7-21
Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay appris la mort de Monsieur l'Electeur Palatin. [...]
Mots clefs :
Décès, Électeur palatin, Cérémonies, Officiers de la Cour, Pompe funèbre, Gardes du corps, Valets, Gentilshommes, Capitaine, Chambre, Procession, Ambassadeur, Ministre, Ecclésiastiques, Seigneurs, Église, Bourgeoisie, Grands vassaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Je vous ay appris la mort
A
iiij
8 MERCURE
de Monfieur l'Electeur Palatin.
Voicy ce que j'ay tiré
d'une Relation tres exacte ,
touchant les Ceremonies
qui ont efté faites à la Pompe
Funebre de ce Prince . Tous
les Officiers de la Cour , qui
devoient y affifter , s'eſtant
rendus le 10. du mois paffé
fur les dix heures & demie
du foir dans la grande Salle
des Gardes , avec de grands
Manteaux trainans , le Corps
de S. A.E. fut tiré de la Chambre
des
Empereurs, par vingt
quatre Seigneurs du Pays ,
Vaffaux de cet Electeur. Ils
GALANT. 9
le porterent fur leurs épaules
jnfqu'au Char lugubre fur
lequel il devoit eftre , & qui
eftoit attelé au pied de l'Efcalier
de la Salle . Ce Char
eftoit couvert de drap noir,
trainant jufqu'à terre . Si toſt
qu'on eut mis le Corps deffus
, on le couvrit auffi d'un
grand drap de velours noir,
bordé d'hermine aux extré
mitez , & pendant à terre
comme le premier. La marche
fut commencée par fix
Gardes du Corps , qui faifoient
retirer la foule , afin de
rendre le paffage libre. Deux
10 MERCURE
Seigneurs Vaffaux fuivoient,
chacun avec un Bafton de
Commandement
. On voyoit
enfuite deux à deux les vingt
quatreSeigneurs,qui avoient
porté le Corps fur le Char
funebre. Six Valets de pied
venoient apres eux. Ils tenoient
chacun deux Flambeaux
de cire blanche , &
marchoient devant M. de
Richt , Ordonnateur des ordres
du Palais, & grand Chabellan
de feu Mofieur l'Ele-
&teur, & M. Dorigny de Cormont,
Maistre d'Hoftel de ce
mefme Prince , qui avoient
GALANT. II
chacun un Bafton de Commandement
à la main. Quelques
pas apres fuivoit leChar
attelé de huit chevaux caparaçonnez
de noir . Quatre
Seigneurs Vaffaux menoient
les quatre premiers . M. de
Purcius , & M. de Geyder,
Gentilshommes de la Cour,
en menoient deux autres ; &
les deux derniers , qui eftoient
les plus proches de ce
Char, eftoient menez par M.
de Chevrieres Montauban ,
& par M" Colembahe
tous deux Gentilshommes.
de la Chambre du feu Prin12
MERCURE
:
ce, & Capitaines dás fes Gardes
. Le grand Drap qui couvroit
le Char, eftoit foûtenu
aux extrémitez de chaque
coin parM.de Barſchs, grand
Maître d'Hoftel de Madame
l'Electrice Mere ; par M. de
Flove , grand Maiſtre d'Hoftel
de Madame l'Electrice
;
par M. de Berneſtein , grand
Bailly d'Heidelberg
; & par
M. Dedelfein
, grand Bailly
de Mofbahc , & Ecuyer de
feu Monfieur l'Electeur.Il
avoit par deffus le Char un
Dais , que foûtenoient fix
Gentilshommes de la Chamy
GALANT. 13
bre de l'Electeur Charles
Loüis , Pere du Defunt , &
fix Seigneurs du Pays. Ce
Dais eftoit de velours noir,
bordé d'hermines. De chaque
cofté du Char , marchoient
feize Gardes du
Corps, & quatorze Trabans,
ayant à leur tefte M. de Feningen,
Lieutenant Colonel
des Gardes, & grand Veneur,
& M. de Vaкerbac
, Capitaine
Lieutenant des Gardes du
Corps. Vingt - quatre Pages
de la Chambre, chacun avec
deux Flambeaux de cire bláche
, marchoient à coſté des
14 MERCURE
Gardes. Apres le Char , venoit
M. le Baron de Stein-
Kandsfelds grand Maréchal
de l'Electorat, & grand Bailly
du Duché de Simmeren,
precedé par fix autres Pages
avec des Flambeaux. Le
Grand Maistre de l'Ordre
Teutonique , Fils de Monfieur
le Duc de Neubourg,
à preſent Electeur, marchoit
enfuite , precedé auſſi par
huit Pages avec des Flambeaux.
Douze Gardes du
Corps eftoient à coſté de fa
Perfonne , & la queuë de
fon Manteau eftoit portée
GALANT
15
par M. de Krelfem , Gentilhomme
de la Chambre du
Defunt , & par M' de Kreit
ges
& d'Altemberg , deux de fes
Gentilshommes
. Quatre Pafuivoient
encore la perfonne
de Monfieur le Grand
Maiſtre, avec douze Gardes
Suiffes armez de leurs Pertuifanes
; apres quoy venoit
M. le Comte de Statemberg
,
Frere du fameuxGouverneur
de Vienne , qui eft Lieutenant
General de l'Artillerie
Imperiale, & Gouverneur de
Philifbourg. Deux Pages le
precedoient avec des Flain16
MERCURE
beaux , & la queuë de fon
Manteau eftoit portée par
un autre Page. M. le Comte
de Caſtel , premier Miniſtre
de feu S. A. E. Grand Maître
de fa Maiſon , & Comte de
l'Empire , paroiffoit enfuite,
& precedoit trois Raugraves.
Les Ambaffadeurs &
Miniftres Etrangers marchoient
aprés eux , avec un
grand nombre de Gentilshommes
& de Pages . Ils eftoient
accompagnez des Envoyez
des Princes ou des
Comtes Souverains Vaffaux
du Prince defunt, & de ceux
GALANT. 17
des Villes Imperiales ou Vaffales
.Apres toute cette Troupe
venoit M. le Comte de
Vikeſtein, Grand Ecuyer de
S. A. E. accompagné de tous
les Officiers de la Cour , des
Gouverneurs des Places du
Pays , des Baillis , & autres
Commandans.Quatre Pages
le precedoient avec des Flabeaux
. Il eftoit fuivy du Con
feil d'Etat en Corps , du Confeil
Ecclefiaftique auffi en´
Corps , des deux Chambres .
de Juftice, & des deux Chambres
des Comptes , menées
parM.le Baron Deſtein, Pre-
Aoust 1685.
B
18 MERCURE
fident de la premiere, & Surintendant
des Finances . Le
Corps de l'Univerfité avec
fon Sceptre de Juſtice parti -
culiere , fuivoit tous ces
Corps , & precedoit celuy
des Ecclefiaftiques d'Heidelberg,
& Meffieurs du Magiftrat
, qui estoient accompagnez
du Corps des Doyens
de chaque Meîtier de la Ville
. Cette Troupe eftoit fuivie
des cent Dragons du
Corps,menez par M.de Marcheville
, qui en eſt le Capitaine
Lieutenant . Deux cens
perfonnes, portant des Flam-
1
GALANT.
19
beaux & de grands Manteaux
, marchoient deux à
deux , & finiffoient le Convoy
funebre . On partit de la
baffe -Court du Chafteau Electoral
, à l'heure que j'ay
marquée au commencemet
de cet article . Tous les Va
lets de pied de feu Monſieur
l'Electeur , des deux Electri--
ces , & des Officiers de la
Cour , marchoient en deux
files fur les ailes de tout ce
Convoy. Ils avoient de grads
Manteaux , & tenoient tous
des Flambeaux pour éclairer
la Ceremonie . On marcha
Bij
20 MERCURE
le
a
dans cet ordre- là , depuis le
Palais Electoral jufques à l'Eglife
du S. Efprit , en paſſant
long des remparts pour
venir à l'entrée de la Ville
par la porte du Fauxbourg,
où l'on avoit commencé à
mettre en haye les Soldats
du Regiment des Gardes,
jufques à la porte de l'Eglife.
Les vingt - quatre Seigneurs
Vaffaux qui avoient
mis le Corps fur le Char, l'en
ayant tiré , le porterent au
Maufolée qu'on luy avoit
prepare. Ils l'y placerent au
bruit de toute la Moufque-
1
GALANT. 21
terie des Soldats , jointe à
celle de la Bourgeoisie en
armes , & à l'Artillerie du
Chafteau & de la Ville , qui
frent dans ce moment une
décharge de tout leur Canon.
Cela eftant fait , M' le
Grand Maiſtre fortit de l'Eglife
, accompagné de toute
la Cour , & monta en Carroffe
, ce que firent la plûpart
de ceux qui s'eftoient
trouvez à cette lugubre Ceremonie,
à caufe du mauvais
temps qui furvint ,
A
iiij
8 MERCURE
de Monfieur l'Electeur Palatin.
Voicy ce que j'ay tiré
d'une Relation tres exacte ,
touchant les Ceremonies
qui ont efté faites à la Pompe
Funebre de ce Prince . Tous
les Officiers de la Cour , qui
devoient y affifter , s'eſtant
rendus le 10. du mois paffé
fur les dix heures & demie
du foir dans la grande Salle
des Gardes , avec de grands
Manteaux trainans , le Corps
de S. A.E. fut tiré de la Chambre
des
Empereurs, par vingt
quatre Seigneurs du Pays ,
Vaffaux de cet Electeur. Ils
GALANT. 9
le porterent fur leurs épaules
jnfqu'au Char lugubre fur
lequel il devoit eftre , & qui
eftoit attelé au pied de l'Efcalier
de la Salle . Ce Char
eftoit couvert de drap noir,
trainant jufqu'à terre . Si toſt
qu'on eut mis le Corps deffus
, on le couvrit auffi d'un
grand drap de velours noir,
bordé d'hermine aux extré
mitez , & pendant à terre
comme le premier. La marche
fut commencée par fix
Gardes du Corps , qui faifoient
retirer la foule , afin de
rendre le paffage libre. Deux
10 MERCURE
Seigneurs Vaffaux fuivoient,
chacun avec un Bafton de
Commandement
. On voyoit
enfuite deux à deux les vingt
quatreSeigneurs,qui avoient
porté le Corps fur le Char
funebre. Six Valets de pied
venoient apres eux. Ils tenoient
chacun deux Flambeaux
de cire blanche , &
marchoient devant M. de
Richt , Ordonnateur des ordres
du Palais, & grand Chabellan
de feu Mofieur l'Ele-
&teur, & M. Dorigny de Cormont,
Maistre d'Hoftel de ce
mefme Prince , qui avoient
GALANT. II
chacun un Bafton de Commandement
à la main. Quelques
pas apres fuivoit leChar
attelé de huit chevaux caparaçonnez
de noir . Quatre
Seigneurs Vaffaux menoient
les quatre premiers . M. de
Purcius , & M. de Geyder,
Gentilshommes de la Cour,
en menoient deux autres ; &
les deux derniers , qui eftoient
les plus proches de ce
Char, eftoient menez par M.
de Chevrieres Montauban ,
& par M" Colembahe
tous deux Gentilshommes.
de la Chambre du feu Prin12
MERCURE
:
ce, & Capitaines dás fes Gardes
. Le grand Drap qui couvroit
le Char, eftoit foûtenu
aux extrémitez de chaque
coin parM.de Barſchs, grand
Maître d'Hoftel de Madame
l'Electrice Mere ; par M. de
Flove , grand Maiſtre d'Hoftel
de Madame l'Electrice
;
par M. de Berneſtein , grand
Bailly d'Heidelberg
; & par
M. Dedelfein
, grand Bailly
de Mofbahc , & Ecuyer de
feu Monfieur l'Electeur.Il
avoit par deffus le Char un
Dais , que foûtenoient fix
Gentilshommes de la Chamy
GALANT. 13
bre de l'Electeur Charles
Loüis , Pere du Defunt , &
fix Seigneurs du Pays. Ce
Dais eftoit de velours noir,
bordé d'hermines. De chaque
cofté du Char , marchoient
feize Gardes du
Corps, & quatorze Trabans,
ayant à leur tefte M. de Feningen,
Lieutenant Colonel
des Gardes, & grand Veneur,
& M. de Vaкerbac
, Capitaine
Lieutenant des Gardes du
Corps. Vingt - quatre Pages
de la Chambre, chacun avec
deux Flambeaux de cire bláche
, marchoient à coſté des
14 MERCURE
Gardes. Apres le Char , venoit
M. le Baron de Stein-
Kandsfelds grand Maréchal
de l'Electorat, & grand Bailly
du Duché de Simmeren,
precedé par fix autres Pages
avec des Flambeaux. Le
Grand Maistre de l'Ordre
Teutonique , Fils de Monfieur
le Duc de Neubourg,
à preſent Electeur, marchoit
enfuite , precedé auſſi par
huit Pages avec des Flambeaux.
Douze Gardes du
Corps eftoient à coſté de fa
Perfonne , & la queuë de
fon Manteau eftoit portée
GALANT
15
par M. de Krelfem , Gentilhomme
de la Chambre du
Defunt , & par M' de Kreit
ges
& d'Altemberg , deux de fes
Gentilshommes
. Quatre Pafuivoient
encore la perfonne
de Monfieur le Grand
Maiſtre, avec douze Gardes
Suiffes armez de leurs Pertuifanes
; apres quoy venoit
M. le Comte de Statemberg
,
Frere du fameuxGouverneur
de Vienne , qui eft Lieutenant
General de l'Artillerie
Imperiale, & Gouverneur de
Philifbourg. Deux Pages le
precedoient avec des Flain16
MERCURE
beaux , & la queuë de fon
Manteau eftoit portée par
un autre Page. M. le Comte
de Caſtel , premier Miniſtre
de feu S. A. E. Grand Maître
de fa Maiſon , & Comte de
l'Empire , paroiffoit enfuite,
& precedoit trois Raugraves.
Les Ambaffadeurs &
Miniftres Etrangers marchoient
aprés eux , avec un
grand nombre de Gentilshommes
& de Pages . Ils eftoient
accompagnez des Envoyez
des Princes ou des
Comtes Souverains Vaffaux
du Prince defunt, & de ceux
GALANT. 17
des Villes Imperiales ou Vaffales
.Apres toute cette Troupe
venoit M. le Comte de
Vikeſtein, Grand Ecuyer de
S. A. E. accompagné de tous
les Officiers de la Cour , des
Gouverneurs des Places du
Pays , des Baillis , & autres
Commandans.Quatre Pages
le precedoient avec des Flabeaux
. Il eftoit fuivy du Con
feil d'Etat en Corps , du Confeil
Ecclefiaftique auffi en´
Corps , des deux Chambres .
de Juftice, & des deux Chambres
des Comptes , menées
parM.le Baron Deſtein, Pre-
Aoust 1685.
B
18 MERCURE
fident de la premiere, & Surintendant
des Finances . Le
Corps de l'Univerfité avec
fon Sceptre de Juſtice parti -
culiere , fuivoit tous ces
Corps , & precedoit celuy
des Ecclefiaftiques d'Heidelberg,
& Meffieurs du Magiftrat
, qui estoient accompagnez
du Corps des Doyens
de chaque Meîtier de la Ville
. Cette Troupe eftoit fuivie
des cent Dragons du
Corps,menez par M.de Marcheville
, qui en eſt le Capitaine
Lieutenant . Deux cens
perfonnes, portant des Flam-
1
GALANT.
19
beaux & de grands Manteaux
, marchoient deux à
deux , & finiffoient le Convoy
funebre . On partit de la
baffe -Court du Chafteau Electoral
, à l'heure que j'ay
marquée au commencemet
de cet article . Tous les Va
lets de pied de feu Monſieur
l'Electeur , des deux Electri--
ces , & des Officiers de la
Cour , marchoient en deux
files fur les ailes de tout ce
Convoy. Ils avoient de grads
Manteaux , & tenoient tous
des Flambeaux pour éclairer
la Ceremonie . On marcha
Bij
20 MERCURE
le
a
dans cet ordre- là , depuis le
Palais Electoral jufques à l'Eglife
du S. Efprit , en paſſant
long des remparts pour
venir à l'entrée de la Ville
par la porte du Fauxbourg,
où l'on avoit commencé à
mettre en haye les Soldats
du Regiment des Gardes,
jufques à la porte de l'Eglife.
Les vingt - quatre Seigneurs
Vaffaux qui avoient
mis le Corps fur le Char, l'en
ayant tiré , le porterent au
Maufolée qu'on luy avoit
prepare. Ils l'y placerent au
bruit de toute la Moufque-
1
GALANT. 21
terie des Soldats , jointe à
celle de la Bourgeoisie en
armes , & à l'Artillerie du
Chafteau & de la Ville , qui
frent dans ce moment une
décharge de tout leur Canon.
Cela eftant fait , M' le
Grand Maiſtre fortit de l'Eglife
, accompagné de toute
la Cour , & monta en Carroffe
, ce que firent la plûpart
de ceux qui s'eftoient
trouvez à cette lugubre Ceremonie,
à caufe du mauvais
temps qui furvint ,
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Résumé : Ceremonies faites à la Pompe funebre de Monsieur l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Le texte décrit les cérémonies funéraires de l'Électeur Palatin. Le 10 du mois précédent, à dix heures et demie du soir, les officiers de la cour se rassemblèrent dans la grande salle des Gardes, vêtus de grands manteaux traînants. Le corps de l'Électeur fut transporté par vingt-quatre seigneurs jusqu'à un char funèbre situé au pied de l'escalier. Ce char, recouvert de drap noir et de velours noir bordé d'hermine, était tiré par huit chevaux caparaçonnés de noir. La procession débuta avec six gardes du corps, suivis par les seigneurs, six valets de pied portant des flambeaux, et divers dignitaires, dont M. de Richt et M. Dorigny de Cormont. Le cortège comprenait également des membres du conseil d'État, du conseil ecclésiastique, des chambres de justice et des chambres des comptes, ainsi que des ambassadeurs étrangers. Il se dirigea de la basse-cour du château électoral à l'église du Saint-Esprit, longeant les remparts. À l'arrivée à l'église, des soldats du régiment des Gardes étaient alignés. Les seigneurs transportèrent le corps jusqu'à un mausolée, accompagnés par une salve d'artillerie provenant des soldats, de la bourgeoisie en armes, ainsi que des canons du château et de la ville. Après la mise en place du corps, Monsieur le Grand Maître sortit de l'église, suivi par la cour, et tous montèrent en carrosse en raison du mauvais temps.
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262
p. 47-50
A MADAME DE M .....
Début :
Plusieurs Ouvrages galans que vous avez veus de M. Vignier, / J'Ay, Madame, une extréme passion de vous aller [...]
Mots clefs :
Passion, Constellations, Parlement, Chagrin, Magistrat, Cavaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE M .....
Plufieurs
Ouvrages galans
que vous avez veus de M.
Vignier,vous ont affez divertie
, pour me donner lieu de
croire , que vous lirez la Lettre
fuivante avec plaifir. Il
l'a écrite au commencement
de ce mois à une Dame
de fes Amies.
A MADAME DE M .....
IA
Ay, Madame , une extréme
paffion de vous aller
voir dans votre belle Mai48
MERCURE
fon de campagne ; mais les
pluyes continuelles qu'il fait
s'y oppofent , & me retiennent
icy ,
Où beaucoup de monde m'aſſure
Qu'ilfait plus beau centfois ,
Quand le mauvais temps dure,
Que dans vos Prez & dans vos Bois.-
Ce dernier mois a efté fi
gens
déreglé , que des
aufli
fuperftitieux que vous en
connoiffez , fe laifferoient
facilement perfuader , que
quelques Conftellations
favorables
à Noffeigneurs du
Parlement en font la caufe,
& diroient Peut
GALANT. 49
Peut- eftre que l'Efié pretend,
De ne faire fes diligences ,
Pour donner à chacun le plaifir qu'il
attend ,
Que quand on aura les Vacances.
Mais , Madame , cela ne
m'accommoderoit
pas ; je
ne pourrois joüir de ce beau
temps fans chagrin . Tous
ces Meffieurs partiront en
foule de Paris pour n'en perdre
aucun moment . Vous en
aurez plufieurs dans voſtre
Voifinage qui voudront en
profiter ; & fi je fortois d'icy
dans le mefme temps ,je vous
trouverois affiegée d'une
Aouft 1685.
E
50 MERCURE
partie de ces graves Magiftrats
, qui fçavent fi bien fe
défaire de leurs habits longs ,
& paroiſtre avec des Cravates
auffi Cavaliers que nous.
Ainfifoit aux Champs ,ſoit en ville,
Le foin que je prendrois ſeroit fort
inutile.
C'eſt pourquoy, Madame,
Ie croy qu'il vaut mieux quej'attede,
Que l'apre Saifon des frimas
Que tous ees Meffieurs n'aimēt pas,
Les rameine oùje les demande.
Le mauvais temps que tout le monde
craint,
Ne peut faire la guerre
Aux fleurs de voftre teint
Comme aux fleurs de vôtre Parè
terre.
Ouvrages galans
que vous avez veus de M.
Vignier,vous ont affez divertie
, pour me donner lieu de
croire , que vous lirez la Lettre
fuivante avec plaifir. Il
l'a écrite au commencement
de ce mois à une Dame
de fes Amies.
A MADAME DE M .....
IA
Ay, Madame , une extréme
paffion de vous aller
voir dans votre belle Mai48
MERCURE
fon de campagne ; mais les
pluyes continuelles qu'il fait
s'y oppofent , & me retiennent
icy ,
Où beaucoup de monde m'aſſure
Qu'ilfait plus beau centfois ,
Quand le mauvais temps dure,
Que dans vos Prez & dans vos Bois.-
Ce dernier mois a efté fi
gens
déreglé , que des
aufli
fuperftitieux que vous en
connoiffez , fe laifferoient
facilement perfuader , que
quelques Conftellations
favorables
à Noffeigneurs du
Parlement en font la caufe,
& diroient Peut
GALANT. 49
Peut- eftre que l'Efié pretend,
De ne faire fes diligences ,
Pour donner à chacun le plaifir qu'il
attend ,
Que quand on aura les Vacances.
Mais , Madame , cela ne
m'accommoderoit
pas ; je
ne pourrois joüir de ce beau
temps fans chagrin . Tous
ces Meffieurs partiront en
foule de Paris pour n'en perdre
aucun moment . Vous en
aurez plufieurs dans voſtre
Voifinage qui voudront en
profiter ; & fi je fortois d'icy
dans le mefme temps ,je vous
trouverois affiegée d'une
Aouft 1685.
E
50 MERCURE
partie de ces graves Magiftrats
, qui fçavent fi bien fe
défaire de leurs habits longs ,
& paroiſtre avec des Cravates
auffi Cavaliers que nous.
Ainfifoit aux Champs ,ſoit en ville,
Le foin que je prendrois ſeroit fort
inutile.
C'eſt pourquoy, Madame,
Ie croy qu'il vaut mieux quej'attede,
Que l'apre Saifon des frimas
Que tous ees Meffieurs n'aimēt pas,
Les rameine oùje les demande.
Le mauvais temps que tout le monde
craint,
Ne peut faire la guerre
Aux fleurs de voftre teint
Comme aux fleurs de vôtre Parè
terre.
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Résumé : A MADAME DE M .....
L'auteur souhaite rendre visite à Madame de M., mais les pluies incessantes l'en empêchent. Il préfère rester à Paris plutôt que de se rendre à la campagne, où il y aurait trop de monde profitant des vacances du Parlement. Il redoute également la présence de magistrats chez elle, ce qui rendrait sa visite inutile. Il décide donc d'attendre la fin de l'été pour lui rendre visite, lorsque les magistrats seront retournés à Paris. Il souligne que le mauvais temps n'altère pas la beauté de Madame de M., contrairement aux fleurs de son jardin.
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263
p. 181-195
Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. du dernier mois, Dame Elisabeth Gabrielle Françoise Rouxel [...]
Mots clefs :
Dame de Médavy, Serment, Parlement, Dignité, Abbaye de Remiremont, Assemblée, Fille, Baron, Princesse, Abbesse, Audiences, Érudition, Chapitre, Esprit, Vertu, Archevêque, Comte, Chanoinesses, Établissement, Doyenne, Habillement, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23. du dernier mois , Dame
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
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Résumé : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23 août 1685, Élisabeth Gabrielle Françoise Rouxel de Médavy a prêté serment au Parlement de Metz pour devenir Secrétaire ou Sacristine de l'Illustre Collège, Chapitre et Abbaye de Remiremont. Elle avait été élue lors de l'assemblée du 16 juillet précédent, suite à un arrêt du Parlement. Cette élection faisait suite au décès de Dame Anne de Malin de Luz, dernière Secrétaire, survenu en avril 1684 après 48 ans de service. La succession a été marquée par des conflits, notamment entre Madame la Princesse de Salm, abbesse de Remiremont, qui soutenait Madame Christine de Salm, sa nièce, et le Chapitre de Remiremont, qui avait élu Madame de Médavy. Après plusieurs audiences et plaidoiries, le procureur général Corberon a conclu en faveur de Madame de Médavy. Une nouvelle élection a été ordonnée le 15 septembre 1685, confirmant son élection. Madame de Médavy est issue d'une famille illustre, fille de Guillaume de Rouxel de Médavy, Comte de Marey, et de Marie d'Achey. L'Abbaye de Remiremont, fondée par Romaric au début du septième siècle, compte plus de cinquante dames de haute qualité. Le texte décrit également les vêtements et pratiques des dignitaires féminines, comme l'Abbesse, la Doyenne et la Secrétaire, qui portent des manteaux et des couvre-chefs spécifiques. Lors de la fête de l'Invention de Saint Étienne, les dames d'église participent à une procession vers la cathédrale Saint-Étienne de Metz, chantant un motet et suivant un ordre précis. Lors de la dernière procession, une grosse cloche est tombée, endommageant deux planchers et une voûte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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264
p. 196-205
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Vostre aimable Amie, dont vous me demandez des nouvelles, a [...]
Mots clefs :
Voyage, Couvent, Province, Péril, Épouser, Affaire de coeur, Fuite , Travestissement, Enrôlement, Bravoure, Malheur, Amour lesbien, Passions, Désespoir, Libertinage, Innocence, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Voftre aimable Amie, dont
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
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Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Une jeune femme a échappé à un mariage forcé avec un homme âgé en se déguisant en homme pour rejoindre un régiment d'infanterie. Elle y a servi pendant cinq ans avant que sa véritable identité ne soit suspectée. Par la suite, elle a intégré le régiment de Tournai, où elle s'est illustrée par sa bravoure. Sa couverture a été compromise lorsque une jeune fille, chez qui elle logeait, s'est éprise d'elle et a révélé son secret. Forcée d'avouer son sexe, elle a été publiquement dévoilée. Son innocence ayant été confirmée, elle a exprimé le souhait de se retirer dans un couvent, où elle réside désormais. Cette histoire a été rapportée par une amie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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265
p. 296-301
Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé que M. le Duc de Saint Aignan / MONSEIGNEUR, L'honneur que vostre Grandeur veut bien faire [...]
Mots clefs :
Honneur, Académie, Amis, Qualités, Empire, Duc, Louis le Grand, Lauriers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Je vous ay mandé que M.
le Duc de Saint Aignan
avoit efté aggregé à l'Académie
de Padouë , avec de
fort grands honneurs Voi
GALANT. 297
cy ce que M. Patin luy a
écrit là deffus de la part de
ceux qui compofent cette il
luftre Académie .
MONSEIGNEUR,
L'honneur que voftre Grandeur
veut bien faire à l'Academie
des Ricovrati , a fait le
mefme effet dans toutes fes parties
, queje l'avois d'abord reffenty
, lors que mes Amis me l'ont
fait fçavoir. On y eftoit pleine
ment informé de vos héroïques
qualitez. On y fçavoit qu'elles
Dous font aller de pair avec ce
298 MERCURE
ne reconnoit
Jules Cefar , qu'on
pas moins dans la Republique des
Lettres , que dans l'Empire du
monde;mais on n'y avoit ofe efperer
qu'un Duc & Pair de France,
un Protecteur de l'Academie
d'Arles , & un Homme confideré
de LourS LE GRAND ,
euft voulu mefler fon Nom avec
le noftre , & fe venir délaffer
fous les Lauriers de noftre petit
Parnaffe , aprés en avoir tant recueillyfur
l'Olimpe. Augufte ne
dédaigna pas autrefois d'eftre
Conful d'une petite Ville en Sicile
, & je ne çay que cét exemple
de genereufe modeftie , qui ait
quel
GALANT. 299
quelque rapport à la voſtre. Notre
Academie l'a admirée ,
m'a donné charge en mefme temps
de remercier V. G. de l'honneur
qu'elle luy fait de vouloir bien
accepter le titre d'Academico
Ricovrato , dont elle luy envoye
le témoignage. Elle prend
cette occafion de la prier d'eftre
fortement perfuadée que l'Acade
mie Fronçoife ny celle d'Arles
n'auront jamais pour V. G. ny
plus d'eftime ny plus de respect
qu'elle en a pour vous ,
celles là ne l'emporteront fur la
noftre , que par de plus grandes
& de plus frequentes occafions de
Aoust1685.
世
Bb
que
300 MERCURE
reconnoiffance. Je fuis , Mon-
Seigneur,
D. V. G.
Le tres-humble & tresobeïffant
ferviteur
PATIN.
Les louanges que l'on
donne icy à M. de Saint Aignan
, ne doivent pas vous
furprendre. On a raiſon de
louer ce Duc , & on le peut
faire par tant d'endroits,
que fi l'on parloit de luy
auffi fouvent que ce qu'il
fait de louable donne fujet
d'en parler , on ne finiroit
jamais fur ce qu'il en fauGALANT.
301
droit dire. Il a fait depuis
un mois diverſes Chanſons,
& d'autres Ouvrages galants
In promptu , pour les
plus Auguftes Perfonnes de
la terre . On les a écoutez
avec beaucoup de plaifir,
mais comme ils ont efté faits
pour des divertiſſemens de
Cabinet, & que ce qu'on fait
pour ces lieux là en fort rarement
, ils ne font pas venus
jufqu'à moy.
le Duc de Saint Aignan
avoit efté aggregé à l'Académie
de Padouë , avec de
fort grands honneurs Voi
GALANT. 297
cy ce que M. Patin luy a
écrit là deffus de la part de
ceux qui compofent cette il
luftre Académie .
MONSEIGNEUR,
L'honneur que voftre Grandeur
veut bien faire à l'Academie
des Ricovrati , a fait le
mefme effet dans toutes fes parties
, queje l'avois d'abord reffenty
, lors que mes Amis me l'ont
fait fçavoir. On y eftoit pleine
ment informé de vos héroïques
qualitez. On y fçavoit qu'elles
Dous font aller de pair avec ce
298 MERCURE
ne reconnoit
Jules Cefar , qu'on
pas moins dans la Republique des
Lettres , que dans l'Empire du
monde;mais on n'y avoit ofe efperer
qu'un Duc & Pair de France,
un Protecteur de l'Academie
d'Arles , & un Homme confideré
de LourS LE GRAND ,
euft voulu mefler fon Nom avec
le noftre , & fe venir délaffer
fous les Lauriers de noftre petit
Parnaffe , aprés en avoir tant recueillyfur
l'Olimpe. Augufte ne
dédaigna pas autrefois d'eftre
Conful d'une petite Ville en Sicile
, & je ne çay que cét exemple
de genereufe modeftie , qui ait
quel
GALANT. 299
quelque rapport à la voſtre. Notre
Academie l'a admirée ,
m'a donné charge en mefme temps
de remercier V. G. de l'honneur
qu'elle luy fait de vouloir bien
accepter le titre d'Academico
Ricovrato , dont elle luy envoye
le témoignage. Elle prend
cette occafion de la prier d'eftre
fortement perfuadée que l'Acade
mie Fronçoife ny celle d'Arles
n'auront jamais pour V. G. ny
plus d'eftime ny plus de respect
qu'elle en a pour vous ,
celles là ne l'emporteront fur la
noftre , que par de plus grandes
& de plus frequentes occafions de
Aoust1685.
世
Bb
que
300 MERCURE
reconnoiffance. Je fuis , Mon-
Seigneur,
D. V. G.
Le tres-humble & tresobeïffant
ferviteur
PATIN.
Les louanges que l'on
donne icy à M. de Saint Aignan
, ne doivent pas vous
furprendre. On a raiſon de
louer ce Duc , & on le peut
faire par tant d'endroits,
que fi l'on parloit de luy
auffi fouvent que ce qu'il
fait de louable donne fujet
d'en parler , on ne finiroit
jamais fur ce qu'il en fauGALANT.
301
droit dire. Il a fait depuis
un mois diverſes Chanſons,
& d'autres Ouvrages galants
In promptu , pour les
plus Auguftes Perfonnes de
la terre . On les a écoutez
avec beaucoup de plaifir,
mais comme ils ont efté faits
pour des divertiſſemens de
Cabinet, & que ce qu'on fait
pour ces lieux là en fort rarement
, ils ne font pas venus
jufqu'à moy.
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Résumé : Lettre d'un Academ. de Ricovrati. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'intégration du Duc de Saint Aignan à l'Académie des Ricovrati de Padoue, un événement honorifique. Monsieur Patin, dans une lettre au Duc, exprime la gratitude de l'Académie pour cet honneur et loue les qualités héroïques et les contributions littéraires du Duc. Patin souligne que l'Académie connaissait déjà les mérites du Duc et admire sa modestie, la comparant à celle d'Auguste. L'Académie décerne au Duc le titre d'Académicien Ricovrato et affirme lui porter un grand respect. Patin conclut en soulignant que les éloges adressés au Duc sont justifiés par ses nombreuses réalisations, notamment la création récente de chansons et d'autres œuvres littéraires appréciées par des personnes de haut rang. Ces œuvres, destinées à des divertissements privés, n'ont pas été largement diffusées.
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266
p. 301-303
Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
Début :
M. du Four, Professeur en Rhétorique au College d'Harcourt, fit [...]
Mots clefs :
Professeur, Rhétorique, Collège d'Harcourt, Thèses, Gentilhomme, Tragédie, Géographie, Écriture, Nonce
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texteReconnaissance textuelle : Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
M. du Four, Profeffeur en
Rhétorique au College
d'Harcourt , fit foûtenir le
io. de ce mois des Théfes
Bb ij
202 MERCURE
vence ,
fort fingulieres. M. Ricard
fut le foûtenant. C'eſt un
jeune Gentilhomme de Proâgé
feulement de
quatorze ans. Il répondit
fur toute la Rhétorique , fur
la Tragédie,fur le Blafon, fur
la Sphere,fur la Geographie,
fur l'Hiftoire Sainte & Prophane,
fur lesContradictions
de l'Ecriture touchant la
Chronologie , & fur d'autres
matieres égalemét curieuſes
& utiles. Il fatisfit avec tant
de feu & de netteté d'eſprit à
toutes les objections qui luy
furent faites , qu'on ne fut
GALANT. 303
pas étonné de luy voir faire
à l'arrivée de M. le Nonce,
une courte , mais fort exa-
&te récapitulation de tout
ce qu'il avoit répondu aux
difficultez qu'on luy avoit
oppofées .L'Affemblée eftoit
compofée de plufieurs Prélats
, & de quantité d'autres
Perfonnes confiderables, qui
avoüerent qu'on ne pouvoit
poffeder plus folidement
toutes ces matieres .
Rhétorique au College
d'Harcourt , fit foûtenir le
io. de ce mois des Théfes
Bb ij
202 MERCURE
vence ,
fort fingulieres. M. Ricard
fut le foûtenant. C'eſt un
jeune Gentilhomme de Proâgé
feulement de
quatorze ans. Il répondit
fur toute la Rhétorique , fur
la Tragédie,fur le Blafon, fur
la Sphere,fur la Geographie,
fur l'Hiftoire Sainte & Prophane,
fur lesContradictions
de l'Ecriture touchant la
Chronologie , & fur d'autres
matieres égalemét curieuſes
& utiles. Il fatisfit avec tant
de feu & de netteté d'eſprit à
toutes les objections qui luy
furent faites , qu'on ne fut
GALANT. 303
pas étonné de luy voir faire
à l'arrivée de M. le Nonce,
une courte , mais fort exa-
&te récapitulation de tout
ce qu'il avoit répondu aux
difficultez qu'on luy avoit
oppofées .L'Affemblée eftoit
compofée de plufieurs Prélats
, & de quantité d'autres
Perfonnes confiderables, qui
avoüerent qu'on ne pouvoit
poffeder plus folidement
toutes ces matieres .
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Résumé : Theses d'une invention singuliere. [titre d'après la table]
Le 20 mars, M. du Four a supervisé la soutenance de thèses au Collège d'Harcourt. Le principal candidat, M. Ricard, 14 ans, a répondu à des questions sur la rhétorique, la tragédie, le blason, la géographie, l'histoire et la chronologie biblique. Il a impressionné l'assemblée par sa maîtrise et sa clarté. L'assemblée, incluant plusieurs prélats, a reconnu la solidité de ses connaissances.
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267
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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268
p. 310-311
Noms de ceux qui l'ont devinée. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui l'ont expliquée sur Genes soumise, sont Mrs Vignier, Giraut de [...]
Mots clefs :
Réponses, Explications, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui l'ont devinée. [titre d'après la table]
Ceux qui l'ont expliquée
fur Genes foumife , font M'S
Vignier , Giraut de Sainville,
de la Tronche de Rouen,
GALANT. 311
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets , ces quatre en
Vers , P. Carrier de Rouen,
l'Epinay Buret , de Vitré ; la
Beauté de Chalons fur Saol'Infenfible
de Monne
;
talte , & la Fidelle Solitaire
defolée.
On a expliqué cette mefme
Hiſtoire énigmatique fur
la Montre.
fur Genes foumife , font M'S
Vignier , Giraut de Sainville,
de la Tronche de Rouen,
GALANT. 311
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets , ces quatre en
Vers , P. Carrier de Rouen,
l'Epinay Buret , de Vitré ; la
Beauté de Chalons fur Saol'Infenfible
de Monne
;
talte , & la Fidelle Solitaire
defolée.
On a expliqué cette mefme
Hiſtoire énigmatique fur
la Montre.
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269
p. 322-3[2]6
« L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
Début :
L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...]
Mots clefs :
Provinces, Remèdes, Apothicaire, Assemblée, Antidote, Palpitations, Accidents, Poudre de vipère, Sueurs, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
L'avantage que Paris a de
donner
GALANT. 3T3
donner aux Provinces le modele
de toutes chofes , s'étend
jufque fur les Remedes,
puis qu'à l'exemple de cette
grande Ville, on prépara publiquement
à Rouen la Theriaque
le 15. de Juillet. Mais
ce qu'il y eut de fingulier
fut que le fieur Quillebeuf
Apotiquaire , s'eftant attiré
l'approbation generale d'une
fçavante Aſſemblée , par
la démonftraction exacte
qu'il fit des Remedes qui en
trent dans cette compofition
, tous dans leur pureté,
il, fut obligé le lendemain
Aouſt 1685.
Dd
>
314 MERCURE
d'en faire l'épreuve fur luymême,
& il la fit tres -heureufement
; car comme il travailloit
à la preparation des
Viperes, qui entrent en tresgrand
nombre dans cet Antidote
, il y en eut une qui
luy mordit le doigt , & luy
enfonça fi avant les dents,
qu'on nomme Canines, qu'il
fortit de chaque playe plufieurs
goutes de fang. Peu de
momens aprés , le doigt luy
enfla prodigieufement, & devint
tout livide.L'enflure ac
compagnée d'une grande
douleur, s'étendit fort promGALANT.
315
ptement vers le bras , l'épau
le & le fein! Il eut des palpitations
de coeur frequentes,
fon poux fut bien - toft intermittent
, il fut faifi de fincopes,
& fe fentit tres-affou
py. Tous ces accidens ne le
déconcerterent point , il fit
promptement écrafer la Vipere
qui l'avoit mordu , & ſe
la fit appliquer fur le doigt ,
mais fans foulagement . Il
prit en moins de vingt- quatre
heures demie once de
Theriaque en plufieurs dofes
, autant de poudre de Vipere
, une dragme de leur
Dd ij
316 MERCURE
fel volatil , & de fel de chardon
benit ', par l'avis de M.
du Perray , un des premiers
Medecins de Roüen ; ce qui
ayant caufé au fieur Quillebeuf
des fueurs tres -abondantes
, diffipa l'enflure , la
douleur, & tous les accidens
facheux dont il eftoit attaque.
Rien affuremét ne peut
mieux faire voir & l'activité
du venin de la Vipere , & la
force de la Theriaque .
donner
GALANT. 3T3
donner aux Provinces le modele
de toutes chofes , s'étend
jufque fur les Remedes,
puis qu'à l'exemple de cette
grande Ville, on prépara publiquement
à Rouen la Theriaque
le 15. de Juillet. Mais
ce qu'il y eut de fingulier
fut que le fieur Quillebeuf
Apotiquaire , s'eftant attiré
l'approbation generale d'une
fçavante Aſſemblée , par
la démonftraction exacte
qu'il fit des Remedes qui en
trent dans cette compofition
, tous dans leur pureté,
il, fut obligé le lendemain
Aouſt 1685.
Dd
>
314 MERCURE
d'en faire l'épreuve fur luymême,
& il la fit tres -heureufement
; car comme il travailloit
à la preparation des
Viperes, qui entrent en tresgrand
nombre dans cet Antidote
, il y en eut une qui
luy mordit le doigt , & luy
enfonça fi avant les dents,
qu'on nomme Canines, qu'il
fortit de chaque playe plufieurs
goutes de fang. Peu de
momens aprés , le doigt luy
enfla prodigieufement, & devint
tout livide.L'enflure ac
compagnée d'une grande
douleur, s'étendit fort promGALANT.
315
ptement vers le bras , l'épau
le & le fein! Il eut des palpitations
de coeur frequentes,
fon poux fut bien - toft intermittent
, il fut faifi de fincopes,
& fe fentit tres-affou
py. Tous ces accidens ne le
déconcerterent point , il fit
promptement écrafer la Vipere
qui l'avoit mordu , & ſe
la fit appliquer fur le doigt ,
mais fans foulagement . Il
prit en moins de vingt- quatre
heures demie once de
Theriaque en plufieurs dofes
, autant de poudre de Vipere
, une dragme de leur
Dd ij
316 MERCURE
fel volatil , & de fel de chardon
benit ', par l'avis de M.
du Perray , un des premiers
Medecins de Roüen ; ce qui
ayant caufé au fieur Quillebeuf
des fueurs tres -abondantes
, diffipa l'enflure , la
douleur, & tous les accidens
facheux dont il eftoit attaque.
Rien affuremét ne peut
mieux faire voir & l'activité
du venin de la Vipere , & la
force de la Theriaque .
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Résumé : « L'avantage que Paris a de donner aux Provinces le modele [...] »
En juillet 1685 à Rouen, l'apothicaire Quillebeuf a préparé publiquement la thériaque, un remède médicinal, devant une assemblée savante. Le 1er août 1685, lors de la manipulation de vipères pour ce remède, Quillebeuf a été mordu par une vipère, entraînant une enflure rapide et une lividité de son doigt, qui se sont étendues à son bras, son épaule et son sein. Il a également ressenti des palpitations cardiaques, une respiration intermittente, des syncopes et une grande faiblesse. Malgré ses efforts pour traiter la morsure en écrasant la vipère et en appliquant son corps sur la plaie, les symptômes ont persisté. Sur les conseils du médecin Du Perray, Quillebeuf a ingéré une dose de thériaque, de poudre de vipère, de fiel volatil et de fiel de chardon bénit. Ce traitement a provoqué des sueurs abondantes, dissipant ainsi l'enflure, la douleur et les autres symptômes. Cet incident a démontré l'efficacité de la thériaque contre le venin de vipère.
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270
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
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Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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271
p. 47-51
Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
Début :
La passion que le Roy a pour les beaux Arts, le soin [...]
Mots clefs :
Passion, Roi, Dépenses, Arts, Peintres, Chef-d'oeuvres, M. le Brun, M. Mignard, Ouvrages, Talents
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texteReconnaissance textuelle : Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
La paffion que le Roy a
pour les beaux Arts , le foin
qu'il a pris pour les faire fleu,
rir, les dépenfes qu'il a faites
pour tout ce qui les regarde,
& les récompenfes qu'il a
données à ceux qui ont ex
cellé par deffus les autres
jointes aux marques de diftinction
dont il les a hono
rez , ont efté canfe que depuis
fon Regne les Arts ont
efté portez en France , au
5
48 MERCURE
plus haut point où ils puiſ
fentaller , eftant certain que
dans toute l'Europe , fans en
excepter l'Italie , on ne fçau
roit trouver aujourd'huy
d'auffi grands Peintres &
d'auffi fameux Sculpteurs
qu'il y en a prefentement
dans le Royaume. Leurs Ou
vrages font de ce bon gouft
antique , qui a receu l'ap.
plaudiffement de tous les Sie
cles ; & l'on peut dire qu'il
ne leur manque que le nom
bre des années pour les faire
peut-eftre plus eftimer que
quantité de Chef- d'oeuvres
que
GALANT. 49
que la Grece & l'ancien
a
ne Rome ont tant vantez.
Tels font ceux de M. le Brun
& de M. Mignard , qui pour
meriter l'eftime du Roy , &
répondre à l'amour que ce
Monarque a pour les beaux
Arts , ont travaillé avec tant
de foin , d'application & de
fuccés , qu'ils ont remply
toute la Terre de leur reputation
. Ainfi c'est au Roy
feul que la pofterité devra
leurs Ouvrages , puis que le
defir de plaire à Sa Majeſté
leur a , pour ainfi dire , infpiré
les talens neceffaires
Septembre 1685.
E
50 MERCURE
pour les faire` auffi beaux
qu'ils font. M. Mignard ,
ayant fait , il y a quelque
temps , pour M. le Marquis
de Seignelay , un Tableau
dont je vous ay déja parlé ,
& qui reprefente noftre Seigneur
qui porte fa Croix , au
lieu defigné pour fon Supplice
, il fut trouvé fi beau ,
que ce Marquis en fit prefent
à Sa Majefté
; qui voulant
en avoir un autre de la
mefme grandeur pour l'accompagner
; ce que les Peintres
& les Curieux appellent
Pendant d'oreille , fit l'hon-
番
GALANT. FI
·
neur de commander à M.
le Brun de luy faire le Cru
cifiement. Il s'en eſt acquitté
fi heureusement , &
en a receu de fi grands applaudiffemens
de tout ce que
l'Europe a de plus illuftre &
de plus habile , qu'il me feroit
malaifé de vous les décrire.
Voilà l'hiftoire de ces
deux Tableaux , dont on a
tant parlé , & fi avantageufement
pour la gloire de la
France , & pour leurs Autheurs
.
pour les beaux Arts , le foin
qu'il a pris pour les faire fleu,
rir, les dépenfes qu'il a faites
pour tout ce qui les regarde,
& les récompenfes qu'il a
données à ceux qui ont ex
cellé par deffus les autres
jointes aux marques de diftinction
dont il les a hono
rez , ont efté canfe que depuis
fon Regne les Arts ont
efté portez en France , au
5
48 MERCURE
plus haut point où ils puiſ
fentaller , eftant certain que
dans toute l'Europe , fans en
excepter l'Italie , on ne fçau
roit trouver aujourd'huy
d'auffi grands Peintres &
d'auffi fameux Sculpteurs
qu'il y en a prefentement
dans le Royaume. Leurs Ou
vrages font de ce bon gouft
antique , qui a receu l'ap.
plaudiffement de tous les Sie
cles ; & l'on peut dire qu'il
ne leur manque que le nom
bre des années pour les faire
peut-eftre plus eftimer que
quantité de Chef- d'oeuvres
que
GALANT. 49
que la Grece & l'ancien
a
ne Rome ont tant vantez.
Tels font ceux de M. le Brun
& de M. Mignard , qui pour
meriter l'eftime du Roy , &
répondre à l'amour que ce
Monarque a pour les beaux
Arts , ont travaillé avec tant
de foin , d'application & de
fuccés , qu'ils ont remply
toute la Terre de leur reputation
. Ainfi c'est au Roy
feul que la pofterité devra
leurs Ouvrages , puis que le
defir de plaire à Sa Majeſté
leur a , pour ainfi dire , infpiré
les talens neceffaires
Septembre 1685.
E
50 MERCURE
pour les faire` auffi beaux
qu'ils font. M. Mignard ,
ayant fait , il y a quelque
temps , pour M. le Marquis
de Seignelay , un Tableau
dont je vous ay déja parlé ,
& qui reprefente noftre Seigneur
qui porte fa Croix , au
lieu defigné pour fon Supplice
, il fut trouvé fi beau ,
que ce Marquis en fit prefent
à Sa Majefté
; qui voulant
en avoir un autre de la
mefme grandeur pour l'accompagner
; ce que les Peintres
& les Curieux appellent
Pendant d'oreille , fit l'hon-
番
GALANT. FI
·
neur de commander à M.
le Brun de luy faire le Cru
cifiement. Il s'en eſt acquitté
fi heureusement , &
en a receu de fi grands applaudiffemens
de tout ce que
l'Europe a de plus illuftre &
de plus habile , qu'il me feroit
malaifé de vous les décrire.
Voilà l'hiftoire de ces
deux Tableaux , dont on a
tant parlé , & fi avantageufement
pour la gloire de la
France , & pour leurs Autheurs
.
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Résumé : Tableaux faits pour le Roy, par Mr Mignard & par Mr le Brun. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'engagement du roi pour les arts en France, soulignant son soutien financier et ses récompenses aux artistes. Cette passion royale a permis aux arts français d'atteindre un niveau exceptionnel, rivalisant avec ceux de l'Italie. Les œuvres des peintres français, tels que Charles Le Brun et Pierre Mignard, sont particulièrement remarquées pour leur qualité et leur renommée internationale. Le roi a commandé à Le Brun un tableau représentant la crucifixion, destiné à compléter une œuvre de Mignard montrant Jésus portant sa croix, laquelle était destinée au marquis de Seignelay. Ces tableaux ont été acclamés par les experts européens. Le texte se conclut en septembre 1685.
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272
p. 51-91
LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre touchant le / MONSIEUR, Pour continuer nostre commerce de Lettres, je vay vous [...]
Mots clefs :
Croix, Tableau, Sauveur, M. le Brun, M. Mignard, Expression du visage, Soldats, Enfants, Dieu, Douleur, Mouvements, Spectacles, Corps, Ville de Jérusalem
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Il m'eft tombé entre les
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
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Résumé : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Le texte décrit le dernier tableau de Charles Le Brun pour le roi, représentant la Crucifixion du Christ. Au centre de la scène, le Christ est attaché à une croix légèrement inclinée, affichant une expression de majesté et de bonté malgré ses souffrances. Les détails anatomiques sont précis, et plusieurs figures entourent le Christ, notamment la Vierge Marie, saint Jean, et des femmes pieuses, toutes exprimant une profonde affliction. La Vierge Marie est particulièrement mise en avant pour sa douleur mêlée de confiance divine. Le tableau respecte les traditions théologiques et artistiques, utilisant quatre clous pour fixer les pieds du Christ à la croix. Saint Jean apparaît troublé, tandis que la Madeleine est en proie à une douleur intense. La croix, de forme particulière ressemblant à la lettre grecque Tau, est en cours d'érection sur le Calvaire par six hommes, dont un soldat romain. La croix de Jésus mesure cinquante coudées, permettant à la Vierge Marie de baiser les pieds de son fils. La disposition des quatre faces de la croix a servi de modèle aux premiers architectes chrétiens pour structurer les églises. Le tableau inclut également des femmes de Galilée en état de ravissement céleste, des soldats jetant des dés pour la tunique de Jésus, et les deux larrons crucifiés de part et d'autre de Jésus. Des soldats romains, dirigés par un centurion, assurent l'exécution de la sentence. Le paysage comprend une vue partielle de Jérusalem, avec des spectateurs sur les murailles et dans les arbres. L'horizon est varié par des collines et des plaines, et l'air au-dessus du Calvaire est agité par des nuages annonçant des prodiges. Le roi a reçu le tableau avec satisfaction et l'a montré aux personnes de haut rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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273
p. 106-107
« Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Début :
Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église, Service funèbre, Oraison funèbre, Prince, Éloquence, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
Vous fçavez que tous les
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
tc
111
fic
ac
fu
W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
ans il fe fait dans l'Eglife de
la Maifon Profeffe des Jefuites
de la rue Saint Antoine,
un Service pour feu Monfieur
le Prince , & qu'il eſt
accompagné d'une Òraifon
funebre . Elle a efté faite au
commencement de ce mois
GALANT
. 107
par le Pere de la Ruë qui pofquen
где
106 MERCURE
Baron d'Afpremont en Lorrain
Phil
a
k
tc
111
fic
ac
fu
W
GALANT. 107
par le Pere de la Ruë , qui poffede
parfaitement l'éloquence
de la Chaire , & qui n'y
fait pas moins Briller l'efprit
& la profonde érudition ,
que dans fesautres Ouvrages .
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Résumé : « Vous sçavez que tous les ans il se fait dans l'Eglise [...] »
L'Église de la Maison Professe des Jésuites organise chaque année un service religieux en mémoire de Monsieur le Prince, accompagné d'une oraison funèbre. Cette année, le Père de la Rue a prononcé l'oraison funèbre au début du mois. Il est réputé pour son éloquence, son esprit et son érudition, tant dans ses discours que dans ses autres œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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274
p. 119-209
Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja donné plusieurs Relations de M. Chassebras [...]
Mots clefs :
Chapelle, Église, Chemin, Bologne, Mer, Vierge, Dame, Rome, Pèlerin, Venise, Biens, Montagne, Reliques, Dévotion, Villages, Anges, Pape, Peuple, Messe, Architecture, Tibre, Récit de voyage, Chrétienté, Cérémonies religieuses, Saint François d'Assise, Lorette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Je vous ay déja donné plufieurs
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
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Résumé : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
En novembre 1684, un gentilhomme français et son ami entreprennent un voyage de Venise à Rome, traversant le fleuve Pô et continuant en chaise roulante jusqu'à Bologne. Bologne est réputée pour ses portiques, palais, églises et cloîtres, notamment celui des Cordeliers. La ville est également connue pour ses innovations telles que les moulins à soie hydrauliques et les savonnettes durables. L'université de Bologne est célèbre pour ses contributions scientifiques. Les Juifs ne peuvent y séjourner qu'une seule nuit. Le voyage se poursuit à travers plusieurs villes italiennes, chacune ayant des particularités culturelles et architecturales. À Pefaro et Ancone, on trouve des synagogues. À Ancone, le narrateur visite un rabbin et observe les préparatifs du sabbat. Le périple se termine à Lorette, célèbre pour son église et son marché abondant. Lorette abrite également une apothicairerie et des caves distribuant du vin aux pèlerins. Lorette est particulièrement célèbre pour la Sainte Chapelle de la Vierge, où la Vierge Marie a été élevée et où l'Ange lui a annoncé la naissance du Christ. Sainte Hélène et Sainte Paule, accompagnée de Saint Jérôme, ont visité cette chapelle. Le roi Saint Louis a manifesté une grande dévotion envers ce lieu. En 1291, la chapelle a été transportée par des anges de Nazareth à son emplacement actuel, devenant ainsi Notre-Dame de Lorette. La chapelle contient des objets sacrés tels qu'une image de la Vierge attribuée à Saint Luc et un crucifix. Elle est ornée de bas-reliefs en marbre blanc et de nombreux ornements précieux offerts par divers papes, empereurs, rois et princes. Un trésor comprenant des bijoux, des vases et des couronnes est exposé dans la grande église entourant la chapelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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274
275
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
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276
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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277
p. 323-326
Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Début :
On me mande de Roüen un petit Prodige dont je dois [...]
Mots clefs :
Prodige, Comédiens, Troupe, Monseigneur le Dauphin, Représentations, Théâtre, Rôles, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
On me mande de Rouen
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
un petit Prodige dont je dois
vous faire part. Mademoifelle
de Villiers , Femme d'un
des Comediens de Sa Majeſté
, à l'exemple de Mademoifelle
Raifin fa Mere,qui
avoit formé une Troupe de
petits Comediens , appellez
la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy
a permis de joindre le titre
de Comediens de Monfei
324 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne.
Elle a choify pour la compofer,
huit Enfans avec un Garçon
& une Fille qu'elle a ; &
les a fi bien concertez ens
femble , qu'ils ont furpris &
charmé toute la Ville , dans
deux Reprefentations que
cette petite Troupe a déja
données d'Ariine ; fur le .
Theatre des Comediens de
Monfeigneur le Dauphin ,
qui font toûjours à Rouen.
La Fille de Mademoiſelle de
Villiers , qui eft la plus vieil
le de la Troupe, quoy qu'el
le n'ait encore que dix ans ,,
GALANT 325
a fait des merveilles dans le
Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere
qui n'en a que huit, s'eft fait
admirer en jouant Theſée,
Et la petite Phedre, âgée de
fept ans, a efté extremément
applaudie. On peut dire que
cet établiffement eft avantageux
au Public , puifque
ce font des Eleves. que l'on
forme pour fon plaifir, comme
il s'en fait dans toutes les
autres Profeffions . La pluf
part des bons Comediens ,
tant Serieux que Comiques,
comme Mrs Baron , Raiſin ,
326 MERCURE
& autres qui font dans la
Troupe de Sa Majefté ont
efté élevez de cette forte &
on les a tirez de celle de
Monfeigneur le Dauphing
pour les faire venir à Paris
où vous fçavez qu'ils fe font
rendus parfaits..
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Résumé : Comedies representées à Roüen. [titre d'après la table]
Mademoiselle de Villiers, épouse d'un comédien du roi, a fondé une troupe de jeunes comédiens à Rouen, similaire à celle de Madame Raffin. Autorisée par le roi, cette troupe porte le titre de 'Comédiens de Monseigneur le Duc de Bourgogne' et comprend huit enfants, dont son fils et sa fille. Lors de représentations de la pièce 'Ariane' au théâtre des Comédiens de Monseigneur le Dauphin, la troupe a séduit le public. La fille de Mademoiselle de Villiers, âgée de dix ans, a excellé dans le rôle d'Ariane, tandis que son frère de huit ans a été acclamé pour son interprétation de Thésée. Une jeune fille de sept ans a également été applaudie pour son rôle de Phèdre. Cet établissement contribue à former des élèves pour le plaisir du public, comme dans d'autres métiers. Plusieurs comédiens célèbres, tels que Messieurs Baron et Raisin, ont été élevés ainsi avant de rejoindre la troupe royale à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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278
p. 328
Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Mercredy dernier 26. de ce mois, il y eut aux [...]
Mots clefs :
Musique, Prières
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texteReconnaissance textuelle : Musique aux Theatins. [titre d'après la table]
Mercredy dernier 26. de ce
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
mois , il y eut aux Theatins
un Salut en Mufique , avec
des Prieres pour les Morts.
La mefme chofe fe doit faire
tous les Mercredis dans la
même Eglife.LaMufique eft
du fameux M* Lorenzani ,
Maiſtre de la Mufique de la
Reine.L'habileté qu'il a dans
' cet Art , eft connuë de tout
le monde .
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279
p. 83-128
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Début :
Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par [...]
Mots clefs :
Songes, Mort, Interprétation, Histoire, Dieu, Superstitions, Philosophes, Auteurs, Connaissances, Imagination, Sentiments, Cicéron, Épicure, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Le texte présente un dialogue entre Philonte et Belorond sur les superstitions et la crédibilité des songes. Lors d'un festin, un maître d'hôtel a renversé la salière, provoquant une perturbation due à la superstition associée au sel, considéré comme sacré par les anciens païens. La discussion se poursuit sur les interprétations des songes, Philonte estimant que certains peuvent être divins et utiles, tandis que Belorond met en garde contre une interprétation trop littérale. Le texte critique l'art de l'interprétation des songes, soulignant l'absence de règles précises et la diversité des méthodes. Des exemples de songes vérifiés, comme ceux de Sylla et du roi Gontran, sont mentionnés, mais Belorond conteste leur validité, les qualifiant souvent de rumeurs. Le dialogue aborde ensuite la vie et les enseignements d'Épicure, un philosophe grec. Épicure prônait une volupté tranquille et liée à la vertu, valorisant la prudence, l'honnêteté et la justice. Sa doctrine, souvent mal comprise, est critiquée par Cicéron mais défendue par Sénèque. Épicure est décédé à l'âge de 72 ans après une longue maladie, démontrant une grande sérénité. Sa mauvaise réputation provient de ses critiques envers Platon et Aristote, ainsi que des comportements de ses disciples. Ses erreurs en physique et en morale, ainsi que ses vues sur les dieux, ont également contribué à sa controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
280
p. 128-135
Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Début :
Comme il n'y a rien dans la vie de si pretieux [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Apothicaire, Antidote, Doyen, Remède, Médecins, Attestations, Méthodes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
vie de si pretieux que la
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
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Résumé : Article concernant la Theriaque. [titre d'après la table]
Le texte présente la thériaque, un remède préparé par Monsieur de Rouviere, apothicaire du roi et major des hôpitaux. Après six mois de fermentation, cette thériaque est prête et reconnue pour sa qualité exceptionnelle. Son efficacité est confirmée par le doyen et les professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, ainsi que par les médecins et apothicaires de province et de Paris. Initialement produite à plus de six cents livres, la demande est telle qu'une seconde production est envisagée. La thériaque est considérée comme un remède universel contre diverses maladies et est accessible même dans les régions éloignées. Monsieur de Rouviere fournit des instructions sur son utilisation. De nombreux membres de la cour possèdent déjà des boîtes de ce remède. Une attestation en latin des médecins de Paris, traduite en français, confirme la qualité et l'efficacité de la thériaque préparée par Monsieur de Rouviere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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281
p. 251-252
Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Début :
A propos d'Armes, comme vous avez des Amis curieux de tout [...]
Mots clefs :
Armes, Blason, Graveur, Ouvrage, Livres, Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
A propos d'Armes, comme
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
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Résumé : Livre d'Armes. [titre d'après la table]
Le sieur Mavelot, graveur de Mademoiselle d'Orléans, annonce la vente d'un livre contenant des éléments héraldiques variés. Il met en avant la qualité exceptionnelle des gravures. Mavelot propose également deux autres livres de chiffres, avec traits doubles ou simples, incluant tout l'alphabet. Il exerce au Palais, aux Armes de Madame la Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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282
p. 252
« Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Début :
Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...]
Mots clefs :
Médaille, Roi d'Angleterre, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une Medaille du Roy d'Angleterre, que l'on [...] »
Je vous envoye une Medaillé
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
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283
p. 252-266
Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Début :
Vous aurez sans doute entendu parler d'un Miroir ardent [...]
Mots clefs :
Miroir, Ouvrage, Réflexion, Rayons, Éclat, Louanges, Académie des sciences, Observatoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Vous aurez sans doute
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
,.
entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
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Résumé : Miroüer ardant d'une grandeur extraordinaire, & ses effets. [titre d'après la table]
Le texte décrit un miroir ardent exceptionnel, mesurant cinq pieds et un pouce de diamètre, considéré comme le plus grand jamais fabriqué. Commandé par l'Académie pour examiner les effets de la réflexion des rayons solaires, sa réalisation paraissait impossible jusqu'à ce que Monsieur de la Garouste, un gentilhomme du Quercy, parvienne à le créer sans expérience préalable. Ce miroir se distingua par sa clarté et sa perfection, suscitant des éloges. Malgré les difficultés liées au transport, il fut acheminé à Paris grâce à une machine ingénieuse. À l'Académie des Sciences, il permit de fondre divers matériaux et de produire des effets optiques variés. Par la suite, il fut installé à l'Observatoire, un édifice prestigieux dédié à l'astronomie et symbolisant l'affection royale pour les sciences. L'astronome Cassini exprima sa satisfaction et affirma que la France possédait désormais le plus beau miroir astronomique au monde, soulignant ainsi la grandeur de cette réalisation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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284
p. 272-274
Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Les Theatins continuent tous les Mercredis leurs Prieres pour [...]
Mots clefs :
Théatins, Prières, Psaumes, Prédicateurs, Bénédiction, Indulgences, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
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Résumé : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Théatins organisent des prières pour les morts chaque mercredi selon la tradition italienne. Ces prières commencent par un De profundis chanté par les pères, suivi d'un psaume ou d'un motet. Un prédicateur prononce ensuite une brève exhortation d'environ un quart d'heure, suivie d'un autre motet. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le Saint-Siège accorde des indulgences significatives aux participants. Les prédicateurs sont soigneusement choisis et la musique est dirigée par Monsieur Laurenzani, ancien maître de musique de la reine. Laurenzani, originaire de Rome, est réputé pour ses compétences et a travaillé dans les chapelles les plus prestigieuses d'Italie. Son attachement à la France et au roi l'a empêché d'accepter un poste à Rome. La qualité musicale attire une audience distinguée, reflétant la satisfaction générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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285
p. 345-347
Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
La premiere des deux dernieres Enigmes, dont la Feüille de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Explications, Feuille de papier, Main de papier, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
La premiere des deux dernieres
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
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Résumé : Noms de ceux qui ont trouvé les veritables mots des Enigmes du mois dernier. [titre d'après la table]
Le texte présente deux énigmes récemment résolues. La première énigme, dont la solution était 'la feuille de papier', a été expliquée par plusieurs individus, parmi lesquels Monsieur de la Huproyes de Troye, Diereville, et le Pelerin d'Iquebu. D'autres participants incluent le vieux Tircis, les deux sœurs de Clermont en Picardie, l'Hermophile d'Antiser, ainsi que des personnes associées à des lieux spécifiques comme la grand' Rue de Chasteaubriand en Bretagne et Le Havre. La deuxième énigme, dont la solution était 'la vainde papier', a été résolue par Monsieur Carrier de Rouen et Monsieur Cato du Boquet de Chartres. De nombreux individus ont expliqué ces énigmes dans leur véritable sens, incluant l'abbé L'Encour de la Vesvrier, Louis Boucher, ancien curé de Nogent-le-Roi, Avice de Caen, Lepinay Buret de Vitre en Bretagne, Lourder de la Place Maubert, Alcidor, Gigés, les Bergers de Tempe du Havre, le petit Colin et son rival de Pithiviers, Mademoiselle Launay Burt, la Ixhere de Lorme, la Clairebrune de la Porte de Vitré en Bretagne, Sylvie, et la petite Assemblée A. du Havre, ainsi que la plus aimable Brunette du petit Colin de Pithiviers.
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286
p. 352-353
Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
La Cour est toûjours a Fontainebleau, où elle doit passer une [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Chasse, Promenade, Bals, Jeux, Musique, Roi de France, Ballet, Représentation
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texteReconnaissance textuelle : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
La Courest toûjours à Fontainebleau
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
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Résumé : Divertissemens de Fontainebleau. [titre d'après la table]
En novembre, la cour réside à Fontainebleau. Les activités incluent la chasse, des promenades, des jeux, des bals, de la musique et des comédies. Le roi se consacre aux affaires de l'État. Le ballet 'Le Temple de la Paix', avec des vers de Quinault et la musique de Lully, est acclamé et représenté plusieurs fois.
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287
p. 353-356
Comédies. [titre d'après la table]
Début :
Quant aux Amours de Venus & d'Adonis, qu'on a [...]
Mots clefs :
Tragédies, Langage, Succès, Spectacles, Musique, Comédiens, Rôles, Représentations, Théâtre, Public
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texteReconnaissance textuelle : Comédies. [titre d'après la table]
Quant aux Amours de Venus à*
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public.
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Résumé : Comédies. [titre d'après la table]
Le texte présente deux tragédies de l'auteur : 'Les Amours de Vénus et d'Adonis' et 'Le Mariage de Bacchus'. La première pièce, écrite avant les lettres mensuelles de l'auteur, a rencontré un grand succès sans machines, danses ou chants. Des intermèdes musicaux de Monsieur Charpentier ont été ajoutés, notamment une plainte très appréciée. La pièce a été jouée six fois en une semaine avant que les acteurs ne partent pour Fontainebleau. Encouragés par ce succès, les comédiens ont représenté 'Le Mariage de Bacchus' deux ans plus tard. Cette œuvre combine comique et sérieux, comme dans 'Amphitryon'. Bacchus y est dépeint comme un conquérant invincible. La production inclut des machines spectaculaires, telles que le débarquement des soldats à Naxos, et divers agréments tirés du sujet. Initialement, la musique était de Molière, mais elle a été remplacée par des airs de Monsieur Laloüette, élève de Monsieur de Lully, pour mieux répondre aux goûts du public.
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288
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
Fermer
Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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289
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Dans une lettre datée du 20 novembre 1685, l'auteur exprime sa surprise face à l'absence de réponses à son énigme publiée dans le *Mercure Galant*, qui traitait des chiffres arabes ou indiens comme caractères universels. Cette idée avait déjà été explorée par plusieurs auteurs, notamment Sorel en 1640. Deux amis parisiens apportent des informations complémentaires : l'abbé Br... mentionne un livre de 1664 du jésuite Schott qui évoque trois auteurs ayant travaillé sur l'écriture universelle, tandis que Monsieur No. parle des travaux de George Dalgarno et John Wilkins en 1680. L'auteur reconnaît la diversité des dispositions possibles pour une écriture universelle. Il fait également référence au Père Besnier, qui étudie l'arménien vulgaire, mais avec un objectif différent. L'auteur décrit ensuite deux langues basées sur les chiffres, détaillant leurs règles grammaticales et orthographiques, ainsi que l'utilisation des accents et des chiffres auxiliaires. La première langue utilise trois expressions distinctes pour les accents aigus, tandis que la seconde traite différemment la voyelle 'é' et les diphtongues 'eû' et 'oy'. L'auteur cite une phrase biblique et fournit les caractères numéraux correspondants dans la seconde langue, soulignant ainsi son potentiel universel. Il prévoit de clarifier certains passages et de compléter son ouvrage dans un prochain numéro du *Mercure Galant*.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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290
p. 163-170
NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
De tout temps les Physiciens ont cherché la Pierre Philosophale ; [...]
Mots clefs :
Centre de gravité, Demi-cercle, Polygones, Triangle, Cercle inscrit, Cercle circonscrit, Géométrie, Rectangle, Isocèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
NOUVELLE
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
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Résumé : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte expose une découverte mathématique relative à la quadrature du cercle, un problème anciennement exploré par les géomètres. M. Tarragon, professeur de mathématiques à Paris, propose une solution innovante fondée sur le centre de gravité du demi-cercle. Il introduit plusieurs concepts essentiels : le centre de gravité du demi-cercle, la ligne de direction, ainsi que les polygones réguliers inscrits et circonscrits au demi-cercle. Le problème central est de déterminer géométriquement le centre de gravité d'un demi-cercle donné. La méthode de construction implique la division du demi-cercle et le tracé de lignes spécifiques pour identifier les centres de gravité de triangles particuliers. La démonstration prouve que les centres de gravité de tous les polygones infinis inscrits et circonscrits au demi-cercle se situent respectivement au-dessus et en dessous de certains points précis. Cette observation confirme que le point commun des barres de gravité est effectivement le centre de gravité du demi-cercle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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291
p. 230-237
A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Début :
Je me souviens de vous avoir envoyé les Statuts / J'aurois bien de la joye, Madame, si j'avois un jour [...]
Mots clefs :
Dames, Académie, Marquise , Étude, Héroïne, Nature, Philosophe, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Ie me fouviens de vous avoir envoyé
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
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Résumé : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Dans une lettre adressée à Madame de Saliez, Viguière d'Alby, Clarice exprime son souhait de rejoindre une nouvelle secte de philosophes fondée par cette dernière. Clarice admire particulièrement les lois de cette secte qui favorisent les dames et correspondent à son tempérament. Elle loue l'initiative de la Marquise et reconnaît la nécessité d'inclure des hommes illustres pour compléter l'Académie. Clarice se décrit comme ayant un esprit docile et prêt à recevoir des instructions, espérant améliorer ses qualités par l'étude et l'expérience. Elle conclut en sollicitant la protection de Madame de Saliez auprès de la Marquise, assurant sa reconnaissance et son respect.
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292
p. 318-322
« Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Début :
Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...]
Mots clefs :
Liste de noms, Explications, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Mademoiselle de Rivarennes de la
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
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Résumé : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Le document énumère les personnes ayant résolu deux énigmes. La première énigme a été expliquée par Mademoiselle de Rivarennes de la Chaftre en Berry, le Baron de l'Eftang, du Buiffon, Leger de la Verbiffonne, et d'autres. La seconde énigme a été résolue par l'Abbé Pernuit, Prevost, Darnetal, et plusieurs autres. Parmi ceux ayant trouvé les vraies solutions aux deux énigmes figurent P. Carrier de Rouën, M. Loron d'Ingré d'Orléans, René Haubin, ainsi que divers abbés, chevaliers, avocats, et habitants de différentes régions françaises. Le texte mentionne également des appellations telles que 'Le Brave de Saint Brice', 'L'Habitant de la Virginie', et 'La Belle Cleron d'Amiens'. Enfin, il liste des participants supplémentaires comme 'La petite Compagnie de Neufville proche Orléans' et 'La plus spirituelle du Temps'.
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293
p. 77-85
A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Début :
Depuis nostre commerce de Lettres, je vous ay fait part / Trouvez bon, Monsieur, que je vous fasse part de mes pensées, [...]
Mots clefs :
Malade, Fontaine, Rayons du soleil, Vitriol, Fer, Reins, Maladie chronique, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Depuis noftre commerce
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
de Lettres,je vous ayfait part
de toutes les Découvertes qui
fe font en France . C'eft ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce qui a esté écrit depuis peu
par un Religieux de la Charité,
à un fort habile Medecin.
Il vaut mieux que je parle par
fa bouche , fur une matiere
qui ayant fes termes particu
liers , doit eftre expliquée par
ceux qui en ont une entiere
connoiffance. G iij
78 MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monfieur,
que je vous faffe part de
mes pensées , fur une Fontaine
nouvellement découverte au Moneftier
de Clermont,à quatre lieuës
de Grenoble. Fespere que ce que
je vous en écriray , fera utile à
plufieurs perfonnes ; parce qu'en
faifant connoiftre les effets de fes
Eaux , les Malades pourront y
avoir recours dans leurs befoins.
Cette Fontaine eft placée au milieu
d'une grande Prairie fort
GALANT. 79
fpacieufe . C'est un Parterre naturel
, au bas duquel est un Boccage
remply de plufieurs chemins
où les Beuveurs peu- couverts
grofvent
prendre le plaifir de la promenade
fans eftre exposez aux
rayons du Soleil , & rendre leurs
eaux fans eftre veus de perfonne .
Sa fourcefort de deffous une
fe Roche , qui depuis long - temps.
eftoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baffin , on voit
fortir quantité de petits bouil
lons , qui font autant de tentatives
que font ces prifonniers
innocens dans le fein de leur mere
, afin de fe communiquer avec
G iiij
80 MERCURE
plus d'abondance pour la santé
des Malades. Ce n'est toutefois
que depuis deux années
que cette
Fontaine a efte de quelque usage.
Onfe contentoit de boire les Eaux
d'une fource qui eft éloignée de
cinq cens pas de celle dont je vous
parle , & beaucoup plus cruë
plus pefante , plus chargée de fer,
moins vitriolée . La derniere
qui a esté découverte, eſtant beaucoup
plus chargée de vitriol &
moins ferrugineuse que
il s'en faut beaucoup qu'elle
ne foit fi ingrate ny fi pefante ,
parce que l'esprit de vitriol ayant
ne
>
attenue & fubtilizé le
l'anciencorps
dr
GALANT. 81
marc, le diffoudplus parfaitement,
foit dans la matrice interieure de
ces eaux , foit dans le chemin qu'-
elles font ensemble dans le gravier,
fe filtrant l'une & l'autres
ce qui luy donne une grande legereté,
& une facilité àfe distribuerpar
les urines & par les felles,
estant par confequentfort propre
, comme l'experience me l'a
fait connoiftre , pour les affections
nephretiques, causées par unphlegme
, fable , ou gravier , que quelques
Beuveurs ont fait d'une groffeur
proportionnée aux vreteres ,
tres favorable aux maladies
chroniques inveterées du bass
By
82 MERCURE
voyes
ventre , pouffant par lesfelles &
par les urines ,fuivant les difpofitions
particulieres du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffe
bors les de l'urine les corps
mols & non encore petrifiez d'u
groffeur confiderable. Elle purge
l'humeur tartareufe & mélancolique
retenue dans la rate &
aux parties voisines , & par là
elle convient aux affections Scorbutiques
, aux fchirres naiffans
leve les obftructions des vaiffeaux
dubas ventre , & en mefme temps
délivre les Malades de toutes les
funeftes fuites de ces embarras , ¿
de toutes fortes defuppreffions . Elle
GALANT. 8382
éteint pareillement l'intemperie du
foye des reins ; elle tuë les
vers comme on l'a veu en la per-
Lonne deFacques Aglot du mefme
lieu , âge de vingt ans , qui aprés
avoir beu trois jours des Eaux de
cette nouvelle découverte , jetta
fesfelles un ver de fept pieds
de long , qui avoit la tefte faite
par
comme un bec de canne. Mr Dabert
Procureur au Parlement de
Grenoble , en jetta un le fecond
jour de la longueur d'un pied
demy , plufieurs autres Beuveurs
en ont jetté de la longue
ordinaire , & entre autres M'de
Bouvets Confeiller Garde de
84 MERCURE
Sceau au mefme Parlement.
Les Animaux y accourent.de
toutes parts. Les Vaches , les Moutons
fentant ces atomes spiriteux,
acides & appetiffans qui leurfrapent
l'odorat , enfuite le gouft,
viennent avec empreffement pour
boire , & en boivent une quantité
Surprenante. En un mot, ceux qui
ont eu l'usage des Eaux des Fontaines
de la Marie de Vals , de
Saint Meon d'Auvergne, de celle
des Celeftins de Vichy , ne font
point de difficulté de les mettre les
unes & les autres presque en paralelle
. On en afait évaporer quatre
livres de medecine , & la reGALANT.
85
fidence non calcinée a efté de couleur
tannée tendant augris blanc,
de la pesanteur d'une dragme. Aprés
avoir diffous la refidence dans
l'eau commune , enfuite filtré &
évaporé jusqu'àficcité, le felfepa
ré de fa terre aparu fort blanc de
la pefanteur de demie dragme , de
gouft acide. L'on voitfur l'eau du
ruiffeau qui s'écoule de la fource ,
une grande quantité de fel de couleur
blanche de gouft moins acide,
comme estant unfel fixe dont la
volatilité eftfeparée par l'ardeur
du Soleil. Jefuis de tout mon coeur,
voftre , &c.
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
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Résumé : A MONSIEUR DONY, Doyen des Medecins du College de Grenoble.
Un religieux de la Charité de Grenoble adresse une lettre à Monsieur Dony, doyen des médecins du Collège de Grenoble, pour annoncer la découverte d'une nouvelle fontaine au monastère de Clermont, situé à quatre lieues de Grenoble. Cette fontaine se trouve dans une vaste prairie agréable, idéale pour des promenades ombragées. La source émerge sous une roche récemment dégagée et présente des bouillons naturels, signe d'une pression interne. Cette fontaine est privilégiée par rapport à une autre, plus distante, car ses eaux contiennent moins de fer et plus de vitriol, les rendant plus légères et faciles à éliminer par les voies naturelles. Elles sont particulièrement efficaces pour soigner les affections rénales, les maladies chroniques du bas-ventre, les troubles scorbutiques et les obstructions vasculaires. Plusieurs témoignages attestent que ces eaux ont également permis d'expulser des vers chez certaines personnes. Les animaux, tels que les vaches et les moutons, sont attirés par les eaux en raison de leur odeur et de leur goût. Les propriétés de cette fontaine sont comparées à celles de sources renommées comme celles de la Marie de Vals, de Saint Meon d'Auvergne et de Vichy. Une analyse chimique des eaux a révélé un résidu sec de couleur tannée et un sel blanc acide après évaporation.
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294
p. 86-89
Theme celeste. [titre d'après la table]
Début :
Un celebre Mathematicien Anglois, ayant remarqué que trois heures [...]
Mots clefs :
Thème astral, Latin, Londres, Soleil, Jupiter, Saturne, Mars, Vénus, Signes astrologiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
Anglois , ayant remarqué
que trois heures fonnerent
au moment qu'on pofa
la Couronne fur la tefte de
Jacques II . Roy d'Angleterre
, à eu la curiofité de fuputer
les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Théme
celeſte pour cet inſtant . Il l'a
communiqué en Latin à un
François de fes Amis , qui en
a fait la traduction qui fuit
en noftre Langue.
L'an
1685. le
23.
d'Avril ,
Stile Julien , à trois heures
GALANT. 87
aprés midy temps égal , ou
à 2. heures 56. minutes 48. fecondes
aprés midy , temps
apparent à Londres. Latitude
51. degrez 32. minutes .
Sept. & longit. 17. degrez 57 .
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
I. 12. 6. 22. Moy.Long.du Soleil.
3. 7. 10. 43 .
813. 46. 29 .
1. 13. o . 28 .
2. 0. 22.
4 .
2. 29.
32. 46 .
Apogée .
Vray lieu du Soleil .
Moy . Long, de la Lune.
Apogée .
Tefte du Dragon.
la Lune en l'Ecliptique .
3. 31. 18 .. Latit. M.A. de la I une .
14. 42. 12 .
5. 9. 55. 58. Moy . Lieu de Saturne.
8. 27.43 . 55. Aphelie .
3.22. 40. 22 .
my 10. 43. 41 .
2. 4. 19 .
Naud Boreal .
Vray lieu de Saturne , Oc . R.
Lat . S.A. de Saturne.
88 MERCURE
Sig. Deg. Mi, Sec.
6.20 . 33. 53. Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 58. 18. Aphelie .
3. S. 30. 53. Noeud Boreal .
•
14. 10. 13 Vray lieu de Jupiter.
I. 31. 31. Lat.S. D.deJupiter. Oc . Ret.
8. 5. I. 37. Moy . Lieu de Mars .
Aphelie . 5. 0. 33. 58 .
I. 17. 40. 24. Noud Boreal .
✈ 13 , 41. 8 .
O.. 34. 41 .
8.
Vray lieu de Mars, Ori . R.
Lat . M.D. de Mars .
22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3. 4. 1. Aphelie
.
2. 14. 6. 47. Noeud Boreal .
V 28. 47. 11 .
• I. 21. 22 .
2. 24. 16. II .
8. 14. 17. 5.
I. 14. 25. 6 .
8 23. 58. 57 .
·
Vray lieu de Vénus , Or. Dir.
Lat . M. A. de Vénus.
Moy. Lieu de Mercure ,
Aphelie .
Noeud Boreal.
VraylieudeMercure , Oc . Dir.
I. 13. o . Lat . S.A. de Mercure.
my 27. 45. 18. Vray lieu de la Fortune.
GALANT. 89
POINTES DES XII . MAISONS .
Deg. Min. Sec. Signes .
Lal.ou l'Afced.26.49 . 35. de Virgo .
La II. a
Là III. a
La IV . a
La V.
La VI.
a
La VII .
La VIII . a
La IX .
La X.
a •
C
19. 17. 32. de Libra .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius .
14. 12. 55. d'Aquarius .
4. 40. de Pifces. 4 .
26. 49. 35. de Pifces . a
19. 17 . 32. d'Aries.
a 8. 27 . 18. de Taurus .
à
25. 52 . 17.de Gemini .
1255: de Leo.
a 4 . 4. 40. de Virgo .
La XI .
La XII.
.
J'ay fait graver ce Theme
celefte , & je vous l'envoye .
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Résumé : Theme celeste. [titre d'après la table]
Un mathématicien anglais a noté que trois heures sonnèrent lors du couronnement de Jacques II, roi d'Angleterre, le 23 avril 1685 à 15h03min48s temps apparent à Londres, à une latitude de 51°32' et une longitude de 17°57'. Intrigué, il calcula les positions des planètes et établit un thème céleste pour cet instant. Le texte détaille les positions astronomiques du Soleil, de la Lune, de Saturne, de Jupiter, de Mars, de Vénus et de Mercure, incluant leurs longitudes moyennes, apogées, nœuds boréaux et latitudes. Les maisons astrologiques et leurs signes zodiacaux respectifs sont également mentionnées. Ce thème céleste a ensuite été gravé et envoyé à un ami français pour traduction en langue française.
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295
p. 89-99
A CALISTE.
Début :
Voicy une Lettre meslée de Prose & de Vers, / Vous avez eu raison de ne me point écrire, [...]
Mots clefs :
Mourir, Éloignement, Âme, Destinée , Adorateur, Muse, Chagrin, Gloire, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CALISTE.
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
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Résumé : A CALISTE.
La lettre datée de novembre 1685 est une correspondance poétique entre Mercure et Caliste. Mercure y révèle à Caliste qu'il avait cru être mort et avait souffert d'une existence sans elle. Il décrit son expérience post-mortem, durant laquelle il a été condamné à séjourner dans une chambre obscure pendant deux mille ans pour expier son amour excessif. Cependant, un ange lui a apporté du réconfort, et il a été ressuscité grâce aux prières de Caliste. Mercure exprime sa gratitude envers elle et son désir de vivre pour elle. La lettre est signée par M. Petit de Rouen, auteur reconnu pour ses écrits galants et ses satires morales. Ses œuvres, disponibles chez la Veuve Blageart, ont pour but de révéler les défauts humains et de détromper ceux qui sont égarés par leurs passions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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296
p. 238-242
Remede surprenant. [titre d'après la table]
Début :
S'il n'y a point de remede qui puisse nous empescher [...]
Mots clefs :
Remède, Mourir, Incurable, Soulagement, Goutte, Secret, Douleur, Membres, Aumônier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remede surprenant. [titre d'après la table]
S'il n'y a point de remede
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
GALANT 239
qui puiffe nous empeſcher
de mourir , il n'eft point de
mal , quelque grand & incurable
qu'il foit , auquel on
ne puiffe aporter du foulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute ,
qui de tous les maux qui ne
fe peuvent guerir , eſt eſtimé
le plus incurable . L'Aumonier
de M' le Marefchal
de Lorges , a trouvé le ſecret
, non feulement d'en apaiſer
la douleur , mais auffi
de l'arrefter , je n'ofe pas dire
pour quelques années , parce
que cela approcheroit
240 MERCURE
trop de la pleine guerifon.
Cependant il eft certain que
le Sieur Royer Serurrier, demeurant
rue Sainte Anne du
cofté de la rue S.Honoré, Paroiffe
S. Roch , qui avoit la
goute aux pieds & aux
mains, les doigts tout roides,
& qui depuis fort long- temps
avoit prefque efté toûjours
contraint de garder le lit ,
n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que
cét Aumonier le traite . II
marche aifément , & il fe
fert de fes mains pour le travail
de fa Profeffion . Je
parle
GALANT. 241
parle fur le raport de mes
yeux . J'ay veu ce Serrurier
qui a encore les mains toutes
contrefaites de la rigueur
de fon mal. Mr l'Abbé de la
Rocque l'a vû auffi , & en a
fait un article dans l'un de
Les Journaux des Sçavans .
Ce Gouteux qui a fouffert fi
long-temps , nous a confirmé
à l'un & à l'autre ce que -
nous avions appris du foulagement
qu'il avoit receu. Il
a dit la mefme choſe à plufieurs
Perfonnes de qualité
qui l'ont voulu voir , fur ce
qu'avoit dit cét Aumônier ,
Novembre 1685.
a
X
242 MERCURE
qui inftruira luy - mefme de
fes Remedes , & nommera
ceux qu'il a foulagez . Quand
on a recours à luy , il ne
s'engage qu'à faire ceffer la
douleur pour un an , s'il ne
guerit pas tout à fait. Son
attachement
ne luy permettant
pas de s'éloigner , il
ne fort point de Paris , ou
des lieux où eft la Cour.
Fermer
Résumé : Remede surprenant. [titre d'après la table]
Le texte traite d'un remède contre la goutte, une maladie alors jugée incurable. L'aumônier du maréchal de Lorges aurait trouvé un traitement apaisant et stoppant la douleur de la goutte, mais son effet est limité à une année. Un certain Sieur Royer, serrurier résidant rue Sainte-Anne, souffrait de goutte aux pieds et aux mains, le contraignant à rester alité. Après avoir été soigné par cet aumônier, Royer n'a plus ressenti de symptômes depuis trois ans, retrouvant ainsi la capacité de marcher et d'utiliser ses mains pour son travail. Plusieurs personnes, dont l'abbé de La Roque et le narrateur, ont attesté de cette guérison. Cependant, l'aumônier, en raison de ses engagements, ne peut se déplacer en dehors de Paris ou des lieux où se trouve la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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297
p. 265-295
Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'avez paru si satisfaite de ce que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Religion prétendue réformée, Abjurations, Arrêts du conseil, Procès, Nouveaux convertis, Roi, Tuteurs, Déclaration, Erreurs, Calvin, Famille, Religion catholique, Paris, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
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Résumé : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
En novembre 1685, la France a connu de nombreuses conversions sincères au catholicisme, impliquant des personnalités influentes dont les décisions ont encouragé d'autres conversions, y compris celles de villes entières. Le roi de France a pris plusieurs mesures pour consolider ces conversions. Trois arrêts du Conseil d'État ont été publiés : le premier permet aux gentilshommes convertis de reprendre leurs places dans les églises ; le second interdit aux avocats protestants d'exercer ; le troisième clarifie une surseance accordée aux marchands convertis. Deux déclarations royales ont également été enregistrées au Parlement : l'une concerne la nomination de tuteurs catholiques pour les enfants de protestants décédés, et l'autre offre des récompenses pour la dénonciation des protestants quittant le royaume sans autorisation. Parmi les conversions notables, on compte Monsieur Chardon, avocat célèbre, Monsieur Foreftier, ancien ministre, Monsieur Frizes, receveur général, Madame Suzanne Durand, veuve de Frédéric Henry de Gassion, Monsieur et Madame la Marquise de Lostange, et Mademoiselle d'Arbaut. Ces conversions sont présentées comme des exemples édifiants. Le texte relate aussi l'histoire d'un père et de sa fille, tous deux impliqués dans des événements religieux significatifs. Le père, après avoir abjuré ses erreurs, vit sa fille, Mademoiselle d'Arbaut, se convertir au catholicisme après des discussions avec des ecclésiastiques. À Paris, plusieurs conversions ont également eu lieu, dont celle de Monsieur Amproux, conseiller au Parlement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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298
p. 295-311
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Début :
Comme les Lettres de Mr Allard, Ancien President en / Je vous ay instruit, Monsieur, par ma Lettre du 6. d'Octobre dernier, [...]
Mots clefs :
Conversions, Dauphiné, Calvinistes, Religion prétendue réformée, Conseillers, Catholiques, Arrêt du conseil, Présidents, Abjurations
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Comme les Lettres de M
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
En novembre 1685, la province du Dauphiné en France a connu des conversions massives de protestants au catholicisme. Grenoble, dernière ville protestante de la région, a été le théâtre de cette transition, avec la conversion de nombreux habitants, y compris des notables tels que Laurent de Perissol, Isaac de Chabrières et Alexandre Pascal. Les autorités locales, dont l'intendant et le lieutenant général, ont soutenu et facilité ces conversions. Le temple de Grenoble, initialement destiné aux protestants, a été transformé en église paroissiale. Cette vague de conversions marque la fin d'une période de protestantisme qui avait débuté sous le règne d'Henri II et avait été soutenue par des figures influentes comme François de Beaumont et François de Bonne. La Chambre de l'Édit, créée en 1577 pour protéger les droits des protestants, avait déjà été supprimée en 1679. Le texte mentionne également plusieurs personnalités et leurs familles ayant effectué des conversions, parmi lesquelles Alexandre de Perrinel, Charles Thonard, Pierre Armand, Pierre Ducroz, et Alexandre Pascal du Roure. Des conversions similaires ont eu lieu dans d'autres villes françaises, notamment Rouen, Caen, Sedan et dans le Pays de la Marche. L'auteur indique qu'il fournira plus de détails sur ces progrès religieux dans une prochaine lettre, soulignant le zèle du roi en matière de conversions religieuses. Le texte se conclut par un rondeau de Monsieur de Benferade.
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299
p. 315-316
Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Comme les desordres qui sont arrivez dans la Hongrie sont [...]
Mots clefs :
Hongrie, Désordres, Ouvrages, Révolte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Comme les defordres qui font
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
arrivez dans la Hongrie font
Ddij
316 MERCURE
grand bruit depuis long - temps ,
je croy vous donner à vous &
vos Amis une nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vont débiter un Livre nouveau
intitulé Hiftoire des Troubles de
Hongrie. Elle eft diviſée en trois
Volumes , & contient tout ce qui
s'eft paffé à l'égard des Mécon.
tens depuis l'année 1653. On y
voit la naiffance de leur revolte
& les progrez qu'elle a eu jufques
à preſent. Cette, Hiftoire nous
manquoit , & on eft obligé à
l'Auteur , du foin qu'il a pris de
ramaffer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez .
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Résumé : Histoire de Hongrie. [titre d'après la table]
Le livre 'Histoire des Troubles de Hongrie' du Sieur de Luynes et de la Veuve Blageart, en trois volumes, relate les événements des Mécontents depuis 1653. Il décrit l'origine et l'évolution de leur révolte jusqu'à nos jours, rassemblant divers mémoires dispersés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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300
p. 317-320
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
La premiere Enigme du dernier mois, a esté faite sur le mot de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Liste de noms, Ombre, Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
La premiere Enigme du dernier
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
mois a efté faite fur le mot de
Dd iij
318 MERCURE
l'ombre , & il a efté trouvé par
Ms N. de Leftang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin , Rault de Rouen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expliquée
en Vers.
Le mot de la feconde Enigme
eftoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans fon vray fens, font
Mrs d'Eftouteville de Toury ; de
Bardouille le Fils , de Roüen ;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Pondevaux de la Bournat de
j
Clermont , l'Habitant de Saumur
; la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu ; & la Spiri
ruelle de Lorme de Vitré. En Vers.
•
Mrs Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
GALANT. 319
-
Buret de Vitré ; Avice de Caen ,
ruë de la Harpe , le Roux , Medecin
à Vitré de Souveras ; C.
;
F. Lourdet , du quartier de la Place
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la ruë Garanciere ; l'Homme
à plus d'une affaire , la Brunette
Favorite du petit Colin ; & la plus
aimable Brunette du petit Bapti
fte de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , font
Mrs de Sorbiere , Banquier , rue
des cinq Diamans , le petit Vaffan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs , de la rue des Pa
ftoureaux d'Orleans , l'Affemblée
de la Croix , de Saint Etienne de
' Ifle en Flandre . En Vers , L.Bouchet
, ancien Curé de Nogent le
Roy, Hordé de Senlis , Larcange
Dd iiij
320 MERCURE
de Bourbon l'Archambaut, le petit
Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers
; Gyges ; Alcidor ; la Belle
Nourriture , Silvie , l'Hermophi
le du Hoc , la petite Affemblée
A. & la petite Aſſemblée G. ces
fix du Havre .
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Résumé : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte expose les résultats de deux énigmes publiées dans le Mercure. La première énigme, portant sur le mot 'ombre', a été résolue par plusieurs personnes, dont Ms N. de Leftang, Fredino, Dom Radigues de la rue Saint-Severin, Rault de Rouen et l'Amant du bon Tabac de Bresil. Trois d'entre eux ont expliqué l'énigme en vers. La seconde énigme concernait l''épi de blé'. Les personnes ayant correctement interprété cette énigme incluent Mrs d'Estouteville de Toury, de Bardouille le Fils de Rouen, Henry Bachelet, tapissier, P. Carrier de Rouen, de Cour de Pondevaux de la Bournat de Clermont, l'Habitant de Saumur, la belle Tranquille de la Porte de Richelieu et la Spirituelle de Lorme de Vitré. Ils ont également expliqué l'énigme en vers. D'autres individus ont trouvé les mots des deux énigmes, tels que Mrs de Sorbiere, banquier, le petit Vassan de la petite Fan, l'Amant des bons Hottets de la rue des Pastoureaux d'Orléans, l'Assemblée de la Croix de Saint-Étienne de Lille en Flandre, L. Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roi, Horde de Senlis, Larcange, le petit Colin, le petit Baptiste frère du petit Colin de Pithiviers, Gyges, Alcidor, la Belle Nourriture, Sylvie, l'Hermophile du Hoc, la petite Assemblée A. et la petite Assemblée G. du Havre. Certains d'entre eux ont également expliqué leurs solutions en vers.
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