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Détail
Liste
1751
p. 102-114
ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
Début :
L'Academie donne tous les deux ans un prix d'Eloquence / Du Roy des Rois la voix puissante [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix, Dieu, Roi, Louis XIV, Louis XIII, Choeur, Choeur de Notre-Dame
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texteReconnaissance textuelle : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Academie donne tous
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
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Résumé : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Académie décerne un prix d'Éloquence et de Poésie tous les deux ans pour honorer un individu. Le dernier sujet du poème primé concernait la louange du roi à l'occasion du nouveau chœur de Notre-Dame, construit par Louis XIV et promis par Louis XIII. Le prix se compose d'un groupe de bronze représentant la Renommée, la Religion et la Piété appuyée sur un Génie. L'ode présentée, bien qu'elle n'ait pas remporté le prix, a été très appréciée. Elle commence par célébrer la voix puissante du 'Roy des Rois' et décrit la magnificence des lieux ornés d'or, de toile et de marbre. L'ode évoque ensuite les prêtresses de la Paix, de la Piété sincère et de la Foi souveraine des Rois, qui rassemblent les arts animés par leurs voix. L'ode mentionne deux héros prosternés, dépoitraillés de leurs bandeaux augustes, symbolisant les statues de Louis XIII et Louis XIV. Elle loue Louis XIV pour ses projets héroïques et ses victoires, comparant ses actions à celles des grands rois du passé. L'ode se conclut par une prière pour que Louis XIV continue de régner avec sagesse et justice, apportant prospérité et paix à son peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1752
p. 165-166
Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
Début :
Quel cortege brillant ! quelle foule nombreuse ! [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Roi, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
Quel cortege brillant ! quelle
foule nombreuſe !!
Grand Roy , jamais la Cour ne
parut plus pompeuſe ,
Et jamais nul concert flotant
au gré de l'eau
N'offrit à nos regards de ſpectacle
fi beau.
L'ardeur qu'on a de voir tant
de magnificence ,
De Princes étrangers attire
une affluence;
Et ces Heros ſuivant leur inclination
,
1
166 MERCURE
Joignent à nos reſpects leur
admiration.
Charmez que ta douceur aft
terminé la guerre ,
Ils ont volé vers toy pour foüir
:
de la paix.
GrandRoy , qu'elle dure àjamais,
Et que le reſte de la terre
Ne parle plusque des bienfaits
Dont tu vas combler tes ſujets.
PRIERE.
Ciel ! maître des deſtinées ,
Prête à Lours ton ſecours ,
Et pour prolonger ſes jours ,
Retranche de nos années.
Je fuis,Mademoiselle
vôtre, &c.
Rendons maintenant , s'il
vous plaît , Meſſieurs , la converſation
generale.
foule nombreuſe !!
Grand Roy , jamais la Cour ne
parut plus pompeuſe ,
Et jamais nul concert flotant
au gré de l'eau
N'offrit à nos regards de ſpectacle
fi beau.
L'ardeur qu'on a de voir tant
de magnificence ,
De Princes étrangers attire
une affluence;
Et ces Heros ſuivant leur inclination
,
1
166 MERCURE
Joignent à nos reſpects leur
admiration.
Charmez que ta douceur aft
terminé la guerre ,
Ils ont volé vers toy pour foüir
:
de la paix.
GrandRoy , qu'elle dure àjamais,
Et que le reſte de la terre
Ne parle plusque des bienfaits
Dont tu vas combler tes ſujets.
PRIERE.
Ciel ! maître des deſtinées ,
Prête à Lours ton ſecours ,
Et pour prolonger ſes jours ,
Retranche de nos années.
Je fuis,Mademoiselle
vôtre, &c.
Rendons maintenant , s'il
vous plaît , Meſſieurs , la converſation
generale.
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Résumé : Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
À la cour d'un grand roi, une scène grandiose et festive attire des princes étrangers. La foule admire la pompe et loue le roi pour avoir mis fin à la guerre et apporté la paix. Les sujets espèrent des bienfaits durables et prient pour la longue vie du roi. La conversation générale reprend ensuite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1753
p. 177-182
ODE.
Début :
Amour étant sur le sein de Venus [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Épouse, Enfant, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE.
Amour étant ſur leſein de
Venus
D'Agesilas vit l'Epouse
n'a quere ,
Et luy trouvant des graces
tant &plus
Vola vers elle , en disant
c'estmamere.
Piquée au vif, la Reine de
Cithere
178 MERCURE
Voulut d'abord frapper le
deferteur ,
Luy prompt ſe ſauve aux
cheveux de la belle,
Lafetapit , Venus entre en
fureur ,
Et nepouvant ſouffrir qis
unemortelle
Ofe luy faire un ſiſanglant
affront ,
Luy faute aux yeux dans
l'excés de farage,
Et luy portant les ongles
au visage ,
Luy defigure&la jouë&
lefront ,
)
GALANT. 179
Nyplus ny moins qu'aprés
un grand orage ,
Dans un parterre on voit
- roses&lys
En maint endroitspar la
grelle meurtris.
Lepauvre amour caufe de
cet outrage ,
Menoit grand deüil , perçoit
l'air deſes cris ;
Mais quand Venus aprés
ce bel ouvrage
S'enfut partie , &qu'il vit
le ravage
Qu'elle avoit fait , ce fut
encore pis.
180 MERCURE
Saifi d'horreur de l'affreuſe
vengeance ,
Il en fremit , bien avisé
pourtant ,
Pas ne s'en tint à longue
doleance,
Mù de pitié , l'officieux
enfant
Prés de la Dame uſe de
doux langage ,
La rafraîchit du vent de
Son plumage ,
D'un doigt leger en quiſe
depinceau
Ilapplanit les fillons de la
peau
GALANT. 181
Puis appellantpar un dira
nier remede
Lespetits Dieux ſesfreres
àfon aide ,
Artiſtement les niche dans
les trous
Qu'avoitcreuſez,la Déeſſe
en courroux.
Quile croiroit ! o curefans
pareille ?
Laimable Epouse aux
yeux defon Epoux
Plus que jamais parut
fraîche &vermeille ,
Et pour furcroît de bon
beur mit au jour
182 MERCURE .
Un bel enfant tout femblable
à l' Amour.
Amour étant ſur leſein de
Venus
D'Agesilas vit l'Epouse
n'a quere ,
Et luy trouvant des graces
tant &plus
Vola vers elle , en disant
c'estmamere.
Piquée au vif, la Reine de
Cithere
178 MERCURE
Voulut d'abord frapper le
deferteur ,
Luy prompt ſe ſauve aux
cheveux de la belle,
Lafetapit , Venus entre en
fureur ,
Et nepouvant ſouffrir qis
unemortelle
Ofe luy faire un ſiſanglant
affront ,
Luy faute aux yeux dans
l'excés de farage,
Et luy portant les ongles
au visage ,
Luy defigure&la jouë&
lefront ,
)
GALANT. 179
Nyplus ny moins qu'aprés
un grand orage ,
Dans un parterre on voit
- roses&lys
En maint endroitspar la
grelle meurtris.
Lepauvre amour caufe de
cet outrage ,
Menoit grand deüil , perçoit
l'air deſes cris ;
Mais quand Venus aprés
ce bel ouvrage
S'enfut partie , &qu'il vit
le ravage
Qu'elle avoit fait , ce fut
encore pis.
180 MERCURE
Saifi d'horreur de l'affreuſe
vengeance ,
Il en fremit , bien avisé
pourtant ,
Pas ne s'en tint à longue
doleance,
Mù de pitié , l'officieux
enfant
Prés de la Dame uſe de
doux langage ,
La rafraîchit du vent de
Son plumage ,
D'un doigt leger en quiſe
depinceau
Ilapplanit les fillons de la
peau
GALANT. 181
Puis appellantpar un dira
nier remede
Lespetits Dieux ſesfreres
àfon aide ,
Artiſtement les niche dans
les trous
Qu'avoitcreuſez,la Déeſſe
en courroux.
Quile croiroit ! o curefans
pareille ?
Laimable Epouse aux
yeux defon Epoux
Plus que jamais parut
fraîche &vermeille ,
Et pour furcroît de bon
beur mit au jour
182 MERCURE .
Un bel enfant tout femblable
à l' Amour.
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Résumé : ODE.
Le poème relate une dispute entre Vénus et Amour. Attiré par la beauté de l'épouse d'Agesilas, Amour se présente à elle en se prétendant son fils. Vénus, offensée, décide de punir Amour, qui se réfugie auprès de la femme. Dans un accès de rage, Vénus aveugle Amour et lui lacère le visage. Horrifié, Amour est ensuite consolé par Mercure. Ce dernier apaise la douleur de l'épouse d'Agesilas en utilisant le vent de son plumage et lisse sa peau avec ses doigts. Il convoque également ses frères, les petits dieux, pour réparer les dommages causés par Vénus. Grâce à ces soins, l'épouse d'Agesilas retrouve une apparence fraîche et vermeille et donne naissance à un enfant beau comme Amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1754
p. 272-275
CHANSON.
Début :
Colin dormant sur le bord d'un ruisseau [...]
Mots clefs :
Amour, Bergères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Colin dormant fur le bord
d'un ruiſſeau
Fit unfonge agreable :
Des Bergeres de ſon Ha
meau
Catin la plus aimable
Leſerroit dansses bras :
Et pleine de l'amour dont
il brûloit pour elle ,
Ah ! Colin , luy disoit la
belle,
Ne te réveille pas.
ATREGUE
DEL
BIBL
LYON E
*1893
*
GALANT. 273
L'Auteur de cette Chanfon
a fait une demic douzaine de
couplets ſur le même air ; il
m'a promis qu'il me les donneroit
quand il ſeroit las de
les garder ; mais c'eſt pure malice
, & bien dommage qu'il
nous laiſſe au milieu du fonge
de Colin. Si cependant quelqu'un
veut prendre ſa place ,
il ſera toûjours bien receu ,
lorſqu'il m'apportera quelques
Chanſons à la louange
de la Catin de Mathanafius ,
ou de celle qui luy plaira.
Colin dormant fur le bord
d'un ruiſſeau
Fit unfonge agreable :
Des Bergeres de ſon Ha
meau
Catin la plus aimable
Leſerroit dansses bras :
Et pleine de l'amour dont
il brûloit pour elle ,
Ah ! Colin , luy disoit la
belle,
Ne te réveille pas.
ATREGUE
DEL
BIBL
LYON E
*1893
*
GALANT. 273
L'Auteur de cette Chanfon
a fait une demic douzaine de
couplets ſur le même air ; il
m'a promis qu'il me les donneroit
quand il ſeroit las de
les garder ; mais c'eſt pure malice
, & bien dommage qu'il
nous laiſſe au milieu du fonge
de Colin. Si cependant quelqu'un
veut prendre ſa place ,
il ſera toûjours bien receu ,
lorſqu'il m'apportera quelques
Chanſons à la louange
de la Catin de Mathanafius ,
ou de celle qui luy plaira.
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Résumé : CHANSON.
La chanson 'Colin dormant' décrit le rêve de Colin, amoureux d'une bergère de son hameau. Dans ce rêve, elle lui demande de ne pas se réveiller. L'auteur a écrit plusieurs couplets sur ce thème mais n'a pas partagé la suite. Il regrette cette absence et invite à composer de nouvelles chansons à la louange de la bergère ou d'une autre personne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1755
p. 276-277
ENIGME.
Début :
Je regne également sur la terre & sur l'onde, [...]
Mots clefs :
Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
FEregne également fur la
terre &ſur l'onde,
Etjeſuis neceſſaire en tout
temps en tous lieux :
Tout agitpar moy fous les
Creux
د
Etj'emplis tout le Monde.
Il n'estrien icy bas qui ne
Soitſous ma loy ,
Rien ne peut vivreſans la
prendre ,
GALANT. 277
Sije differois de la rendre
On auroit peu de temps à
Jeplaindre demoy.
*
Jenesuis point une Divinité
7
Mon Empire est pourtans
fenfible :
Enfin jefuis ,&j'ay tou
jours esté
De couleur invisible.
FEregne également fur la
terre &ſur l'onde,
Etjeſuis neceſſaire en tout
temps en tous lieux :
Tout agitpar moy fous les
Creux
د
Etj'emplis tout le Monde.
Il n'estrien icy bas qui ne
Soitſous ma loy ,
Rien ne peut vivreſans la
prendre ,
GALANT. 277
Sije differois de la rendre
On auroit peu de temps à
Jeplaindre demoy.
*
Jenesuis point une Divinité
7
Mon Empire est pourtans
fenfible :
Enfin jefuis ,&j'ay tou
jours esté
De couleur invisible.
Fermer
1756
p. 278-280
AUTRE.
Début :
Je donne matiere à chercher [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
FEdonne matiere à chera
1.
cher
A tous les efprits que j'oca
сире
Bienſouvent ils enfont la
dupe ,
Et jeſuis ſouvent loin ,
quand on croit me
toucher.
L'embarras feul est mon
partage,
GALANT . 279.
Je me maſque communement
,
Et c'est dans un obscur
langage
Quejeprend mon déguiſen
ment.
Toûjours d'un accès difficile
,
Je ne me montre qu'à l'ha
bile ,
Unignorant n'estpas mon
fait;
Mais quand de m'attraperunesprit
a l'adreſſe ,
280 MERCURE
Fôte le voile , l'erreurceffe ,
Etje me montre traitpour
trait.
FEdonne matiere à chera
1.
cher
A tous les efprits que j'oca
сире
Bienſouvent ils enfont la
dupe ,
Et jeſuis ſouvent loin ,
quand on croit me
toucher.
L'embarras feul est mon
partage,
GALANT . 279.
Je me maſque communement
,
Et c'est dans un obscur
langage
Quejeprend mon déguiſen
ment.
Toûjours d'un accès difficile
,
Je ne me montre qu'à l'ha
bile ,
Unignorant n'estpas mon
fait;
Mais quand de m'attraperunesprit
a l'adreſſe ,
280 MERCURE
Fôte le voile , l'erreurceffe ,
Etje me montre traitpour
trait.
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1757
p. 3-10
Prelude magnifique [titre d'après la table]
Début :
Volages Filles du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Divinités, Muses, Historien, Bacchus, Vers
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texteReconnaissance textuelle : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Olages Filles du
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
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Résumé : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée aux Muses, l'auteur exprime son souhait de se libérer de leur influence. Il évoque les lieux mythologiques associés aux Muses, tels que les cavernes et les rochers, mais choisit de se tourner vers des divinités plus puissantes comme Bacchus et l'Amour. L'auteur reproche aux Muses leur ingratitude et leur incapacité à inspirer réellement les poètes. Il souligne que nombreux sont ceux qui, attirés par la promesse d'immortalité des Muses, ont fini par être méprisés et isolés, souvent qualifiés de fous ou de parasites. En conséquence, l'auteur décide de ne plus leur rendre hommage et de se consacrer à d'autres sources d'inspiration. Il se contentera de relater objectivement les œuvres littéraires sans y participer activement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1758
p. 10-16
AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Début :
Par exemple, je vais donner indiffereemment au / [...]
Mots clefs :
Paix, Muses, Louis XIV, Héros
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texteReconnaissance textuelle : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Par exemple , je vais don- ..
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
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Résumé : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Un homme écrit à une correspondante pour expliquer qu'il ne publiera pas les vers de Mademoiselle Deshoulières sur la paix, bien qu'ils soient méritants, afin d'éviter l'incohérence après avoir récemment critiqué cette dernière. Il souligne qu'il est homme de parole et ne veut pas prêter à rire. Le poème de Mademoiselle Deshoulières, 'Aux Muses, Sur la Paix', invite les Muses à la transporter dans un lieu enchanté où Louis XIV repose sous les lauriers, entouré de divinités. Elle demande leur aide pour enrichir son esprit et chanter la paix instaurée par Louis XIV grâce à ses actions glorieuses. Le poème décrit la Victoire revenant à Louis malgré les rivaux jaloux, rétablissant ainsi la paix en Europe. Cette paix mettra fin aux malheurs, fera renaître les plaisirs et les arts, et permettra à la terre de produire de nouvelles richesses. Enfin, elle souhaite longévité et bonheur à Louis XIV et à son héritier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1759
p. 105-109
Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On lui a donné le nom qu'il porte, parce qu'il étoit [...]
Mots clefs :
Mois de novembre, Déesse, Diane, Vacuna, Repos, Fête
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texteReconnaissance textuelle : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On lui a donné le nom
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
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Résumé : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois de septembre tire son nom de sa position initiale en tant que neuvième mois du calendrier romain. Il était consacré à Diane et inaugurait un grand festin en l'honneur de Jupiter. Les fêtes vacunales, dédiées à la déesse Vacuna, avaient lieu en septembre. Ces célébrations impliquaient les laboureurs et les vignerons, qui offraient des sacrifices après les moissons et les vendanges. Ovide et Horace mentionnent ces fêtes dans leurs œuvres respectives. La déesse Vacuna était particulièrement révérée chez les Sabins. Selon Porphyre, elle pouvait être appelée Minerve, Diane ou Cérès. Varron, dans 'Des choses divines', l'associe à la déesse Victoire, soulignant que ceux qui maîtrisent leurs passions par la sagesse savourent le mieux le repos.
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1760
p. 337-338
BOUQUET.
Début :
Je le voy bien ; il faut devancer vostre feste, [...]
Mots clefs :
Muse
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
BOUQUET.
Jele voy bien ; ilfaut devancer
2 vostre feste ,
f
Le tribut queje rends à voſtre ai-
L
mable foeur ,
De vos tranquiles jours troubleroit
La douceur ,
Et vous mettroit Martel en teste.
Je n'ofe condamner ce mouvement
jaloux ,
Puisque c'est moy qui lefais naître;
Mais est-ce par mes vers que vous
devez connoistre
Lesfentimens que j'ay pour vous.
Novembre 1714. Ff
338 MERCURE
Souffrez que je vous deſabuse ,
Parunsimple regardje m'explique
bien mieux ,
Etle langage dema Muse
Nevautpas celuy de mesyeux.
Jele voy bien ; ilfaut devancer
2 vostre feste ,
f
Le tribut queje rends à voſtre ai-
L
mable foeur ,
De vos tranquiles jours troubleroit
La douceur ,
Et vous mettroit Martel en teste.
Je n'ofe condamner ce mouvement
jaloux ,
Puisque c'est moy qui lefais naître;
Mais est-ce par mes vers que vous
devez connoistre
Lesfentimens que j'ay pour vous.
Novembre 1714. Ff
338 MERCURE
Souffrez que je vous deſabuse ,
Parunsimple regardje m'explique
bien mieux ,
Etle langage dema Muse
Nevautpas celuy de mesyeux.
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Résumé : BOUQUET.
En novembre 1714, l'auteur du poème 'Bouquet' souhaite préserver la tranquillité de son destinataire. Il craint que ses vers ne suscitent des soupçons injustifiés. Il préfère exprimer ses sentiments par un regard plutôt que par l'écriture, estimant que ses yeux transmettent mieux ses émotions que ses poèmes.
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1761
p. 346
CHANSON.
Début :
Oüy, je suis inconstant, adorable Climene, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Oüy ,jesuis inconstant ,adorable
Climene,
Mais quoyque cet aveu dût me
rendre odieux ,
N'en foyez pas plus inhumaine ,
Jen'avoispas vů vos beaux jeux.
C'est trop vous laiſſer en balance,
Je crains trop d'être malheureux s
Ah ! sçavez-vous quelle est mon
inconstance ,
Festois indifferent , & je suis
amoureux .
Oüy ,jesuis inconstant ,adorable
Climene,
Mais quoyque cet aveu dût me
rendre odieux ,
N'en foyez pas plus inhumaine ,
Jen'avoispas vů vos beaux jeux.
C'est trop vous laiſſer en balance,
Je crains trop d'être malheureux s
Ah ! sçavez-vous quelle est mon
inconstance ,
Festois indifferent , & je suis
amoureux .
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1762
p. 346-349
« J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Début :
J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...]
Mots clefs :
Énigmes, Auteurs, Air
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Jay beau feüilleter tous les
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
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Résumé : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
L'auteur exprime sa déception concernant la qualité des énigmes récemment reçues, excepté une qu'il trouve bonne. Il révèle les solutions des énigmes du mois précédent et les noms des personnes ayant réussi à les résoudre, notamment 'la Belle des belles', 'la Fée Caraboche' et 'le Solitaire Quemine'. Auparavant, M. Dumoulin avait confié deux énigmes secrètement à l'auteur. M. Anceau, mécontent de ces énigmes, a envoyé un madrigal critique à leur auteur, pointant leurs défauts. L'auteur prévoit une possible querelle entre les parties impliquées, mais affirme que cela ne le concerne pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1763
p. 349-350
ENIGME.
Début :
en attendant passons aux nouvelles Enigmes. Voicy d'abord / Je marche avec grand bruit, & comme à pas comptez, [...]
Mots clefs :
Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
en
attendant
paſſons
aux nou-
velles
Enigmes
.
Voicy
d'abord
celle
que
je
n'ay
pas
faite
.
ENIGME .
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
attendant
paſſons
aux nou-
velles
Enigmes
.
Voicy
d'abord
celle
que
je
n'ay
pas
faite
.
ENIGME .
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
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1764
p. 350-351
ENIGME.
Début :
Voicy la mienne. Je suis seur sans vanité, que les plus belles / Je suis d'une ovale structure, [...]
Mots clefs :
Poire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy la mienne. Je ſuis ſeur
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
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1765
p. 7-9
EPIGRAMME.
Début :
J'ai enfin été à la Comedie, & je n'ai / Sous ce tombeau gissent Plaute & Terence, [...]
Mots clefs :
Molière, Plaute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
J'ai enfin
A iiij
8 MERCURE
1
été à la Comedie , & je n'ai
pû voir ces farces , ſans me
ſouvenir de cette Epigram.
me de Godart ſur le tombeau
de Moliere .
EPIGRAMME .
Sous ce tombeau giſſent Plaute
Terence ,
Et cependant le feul Mo'sere
ygit ,
Dont le bel art réjouiſſoit la
France.
Ilsfont partis, &j'ai peu d'ef
perance
De les revoir, malgré tous nos
efforts.
GALANT. 9
Ah ! pour long- temps , ſelon
toute apparence ,
Terence , Plaute , & Moliere
font morts.
A iiij
8 MERCURE
1
été à la Comedie , & je n'ai
pû voir ces farces , ſans me
ſouvenir de cette Epigram.
me de Godart ſur le tombeau
de Moliere .
EPIGRAMME .
Sous ce tombeau giſſent Plaute
Terence ,
Et cependant le feul Mo'sere
ygit ,
Dont le bel art réjouiſſoit la
France.
Ilsfont partis, &j'ai peu d'ef
perance
De les revoir, malgré tous nos
efforts.
GALANT. 9
Ah ! pour long- temps , ſelon
toute apparence ,
Terence , Plaute , & Moliere
font morts.
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1766
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
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Résumé : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Le texte présente un abrégé historique d'une dissertation de M. de Menage sur l'origine des sonnets dédiés à la belle Matineuse. Les poètes grecs n'ont jamais comparé l'Aurore ou le Soleil à une belle personne rencontrée au lever du jour. Cette comparaison apparaît d'abord chez Quintus Catulus, poète romain de la fin de la République, dont les vers sont conservés par Cicéron. Un autre poète latin anonyme a également utilisé cette comparaison. En Italie, Pétrarque et Annibal Caro ont traduit l'épigramme de Catulus. Caro est particulièrement connu pour son sonnet sur ce thème. Antonio Francesco Rainério et Marcello Giovanetti ont également écrit des œuvres inspirées de Catulus, bien que jugées inférieures à celles de Caro et Rainério. En France, Olivier de Magny et M. de Meziriac ont traduit l'épigramme de Catulus en sonnets. De Magny vivait sous les règnes d'Henri II et Charles IX, tandis que M. de Meziriac, savant et académicien, a imité soit l'épigramme de Catulus, soit le sonnet de Caro, ou les deux. Plusieurs sonnets français s'inspirent de l'épigramme de Catulus ou du sonnet de Caro, centrés sur la beauté féminine comparée à celle du soleil ou de l'aurore. Monsieur de Balzac demanda à Monsieur de Voiture de traduire un sonnet, ce qu'il fit malgré ses réticences initiales. Desportes, Monsieur de Malleville, Monsieur Tristan et l'Abbé Testu ont également écrit des sonnets sur ce thème. Le texte mentionne aussi des œuvres littéraires et des descriptions poétiques de scènes mythologiques, comme celles impliquant Bacchus, Pomone, Diane et Endymion. Il conclut en comparant les œuvres modernes à celles des auteurs classiques, notant que les premières n'ont pas atteint le même niveau de gloire.
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1766
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
1767
p. 221-224
RONDEAU.
Début :
Son Altesse Sérénissime Madame la Duchesse de Vendôme, / Que de Gibiers & que de volatilles [...]
Mots clefs :
Gibiers, Duchesse de Vendôme, Gibier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Son A'teffe Séréniffime Madam:
la Ducheffe de Vendôme
L
Tinj
222 MERCURE
envoya il y a quelques jours à
M. de Palapra , du Gibier de
Sa maison d' Anet. M. de Palapra
reconnoiſſant des bontez
de cette Princeſſe , juzea à propos
de luy rendre preſent pour
preſent ; & aprés avoir longtemps
cherché dans sa tefte
quelque chose qui convintàfon
Alteſſe , il crût que rien ne luy
feroit plus agréable que le Rondeau
que voicy.
RONDEAU.
Que de Gibiers & que
de volatilles
GALANT. 225
Ont vû perir l'eſpoir de
leurs familles::
Mon croc chargé des
dépoüilles d'Anet
Va parfumer ma table
d'un fumet
Plus odorant que Truffes
& Morilles .
Ce Gibier vaut trente
cochons de lait ,
Je n'ay le gout de l'aîné
fait Cadet ,
Qui mieux aima ſe gorger
de lentilles ,
Que de Gibiers.
Tiiij
224 MERCURE
Vos dons pour moy font
plus doux que paſtilles ,
Par tout j'en parle en let
tres apoſtilles ,
Et j'ay l'Eſprit fi plein de
ce bien fait ,
Qu'à l'Opera de mon amy
Danchet ,
Je mécriay , voyant toutes
ces filles
Que de Gibiers.
la Ducheffe de Vendôme
L
Tinj
222 MERCURE
envoya il y a quelques jours à
M. de Palapra , du Gibier de
Sa maison d' Anet. M. de Palapra
reconnoiſſant des bontez
de cette Princeſſe , juzea à propos
de luy rendre preſent pour
preſent ; & aprés avoir longtemps
cherché dans sa tefte
quelque chose qui convintàfon
Alteſſe , il crût que rien ne luy
feroit plus agréable que le Rondeau
que voicy.
RONDEAU.
Que de Gibiers & que
de volatilles
GALANT. 225
Ont vû perir l'eſpoir de
leurs familles::
Mon croc chargé des
dépoüilles d'Anet
Va parfumer ma table
d'un fumet
Plus odorant que Truffes
& Morilles .
Ce Gibier vaut trente
cochons de lait ,
Je n'ay le gout de l'aîné
fait Cadet ,
Qui mieux aima ſe gorger
de lentilles ,
Que de Gibiers.
Tiiij
224 MERCURE
Vos dons pour moy font
plus doux que paſtilles ,
Par tout j'en parle en let
tres apoſtilles ,
Et j'ay l'Eſprit fi plein de
ce bien fait ,
Qu'à l'Opera de mon amy
Danchet ,
Je mécriay , voyant toutes
ces filles
Que de Gibiers.
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Résumé : RONDEAU.
M. de Palapra adresse une lettre à la Duchesse de Vendôme pour la remercier du gibier qu'elle lui a envoyé depuis sa maison d'Anet. En guise de reconnaissance, il lui offre un rondeau. Dans ce poème, il loue la qualité exceptionnelle du gibier, le comparant favorablement aux truffes, aux morilles et même à trente cochons de lait. Il exprime également sa préférence pour ce gibier plutôt que pour les lentilles. M. de Palapra souligne que les dons de la Duchesse sont plus agréables que des pastilles et qu'il en parle dans toutes ses correspondances. Il conclut en affirmant que, même lors de l'opéra de son ami Danchet, il ne peut s'empêcher de penser au gibier reçu.
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1768
p. 248-255
EPITHALAME.
Début :
Hymen que ton triomphe est beau, [...]
Mots clefs :
Hymen, Triomphe, Amour, Flambeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME.
EPITHALAME.
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau
Vole,fends la celesteplaine
GALANT. 249
Suivy d'une riante Cour
Qui foit digne de ce grand
jour.
Daphne s'unit à Celimene,
Et l'hymen s'unit à l'a
mour.
DoctesNymphes de l'Hypocrene
Uniſſez-vous à votre tour,
Pour chanter cette double
chaîne.
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau.
250 MERCURE
Tu defcends ; je vois ſur
tes traces
Les plaisirs , les ris &les
graces ;
Au tour de toy, parmy les
airs ,
Je n'entends que chants
d'allegreffe.
Du fond des bois l'écho
sempreffe
Arepetercesdoux concerts;
Dans ta gloire tout s'intereffe
,
Tout s'unit , tout chante
GALANT. 251
Jans ceße ;
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau.
Mais quelcry frappe mon
oreille !
C'est la difcorde au coeur
jaloux ,
Qui dans son antrefe reveille,
Au bruit d'un triomphe fi
:
doux :
Quoy !furieuse, échevelée ,
252 MERCURE
Elle vient fans estre appellée.
Hymen bannis - là de tes
yeux;
Préviensfes projetsodieux,
Tu sçais qu'aux noces de
Pelée,
Ellediviſa tous les Dieux;
Crains le noir poisonqu'elle
exhale;
Mais tu réponds à mes
Souhaits ,
EtlaDiſcordepourjamais
Rentre dans la nuit infernale.
GALANT..253
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume ton flambeau.
C'en estfait, je vois qu'il
s'allume
En faveur d'un couple
charmant ;
Celimene dans un moment
Mais où va s'égarer ma
plume ?
Arrêtons , c'eſt aller trop
loin ,
254 MERCURE
1
Ne penetronspas un mystere
Dont l'aimable Dieu de
Cythere
Prétend être leſeul témoin.
Heureux Ероих, сouplefidelle,
Goûtezfes douceurs àloifir
,
Unis d'une chaîne éternelle
Quifit votre plus cher defir
:
Puiffiez - vous avoir le
plaisir
De la trouver toûjours
nouvelle.
GALANT. 255
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume ton flambeau.
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau
Vole,fends la celesteplaine
GALANT. 249
Suivy d'une riante Cour
Qui foit digne de ce grand
jour.
Daphne s'unit à Celimene,
Et l'hymen s'unit à l'a
mour.
DoctesNymphes de l'Hypocrene
Uniſſez-vous à votre tour,
Pour chanter cette double
chaîne.
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau.
250 MERCURE
Tu defcends ; je vois ſur
tes traces
Les plaisirs , les ris &les
graces ;
Au tour de toy, parmy les
airs ,
Je n'entends que chants
d'allegreffe.
Du fond des bois l'écho
sempreffe
Arepetercesdoux concerts;
Dans ta gloire tout s'intereffe
,
Tout s'unit , tout chante
GALANT. 251
Jans ceße ;
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume tonflambeau.
Mais quelcry frappe mon
oreille !
C'est la difcorde au coeur
jaloux ,
Qui dans son antrefe reveille,
Au bruit d'un triomphe fi
:
doux :
Quoy !furieuse, échevelée ,
252 MERCURE
Elle vient fans estre appellée.
Hymen bannis - là de tes
yeux;
Préviensfes projetsodieux,
Tu sçais qu'aux noces de
Pelée,
Ellediviſa tous les Dieux;
Crains le noir poisonqu'elle
exhale;
Mais tu réponds à mes
Souhaits ,
EtlaDiſcordepourjamais
Rentre dans la nuit infernale.
GALANT..253
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume ton flambeau.
C'en estfait, je vois qu'il
s'allume
En faveur d'un couple
charmant ;
Celimene dans un moment
Mais où va s'égarer ma
plume ?
Arrêtons , c'eſt aller trop
loin ,
254 MERCURE
1
Ne penetronspas un mystere
Dont l'aimable Dieu de
Cythere
Prétend être leſeul témoin.
Heureux Ероих, сouplefidelle,
Goûtezfes douceurs àloifir
,
Unis d'une chaîne éternelle
Quifit votre plus cher defir
:
Puiffiez - vous avoir le
plaisir
De la trouver toûjours
nouvelle.
GALANT. 255
Hymen que ton triomphe
est beau ,
L'amour allume ton flambeau.
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Résumé : EPITHALAME.
L'épithalame célèbre le mariage de Daphne et Célimène, louant la beauté du triomphe d'Hyménée et l'amour illuminant leur chemin. Une cour joyeuse et harmonieuse entoure les mariés, et les nymphes de l'Hypocrène sont invitées à chanter cette union. Mercure observe les plaisirs et les grâces accompagnant la cérémonie, tandis que l'écho des bois répète les chants joyeux. Cependant, la déesse Discord, jalouse du bonheur des mariés, introduit une discorde. Mercure met en garde contre ce danger, rappelant son intervention lors des noces de Pélée, et espère que la discorde soit bannie pour toujours. Le poème se conclut par des vœux de bonheur éternel pour le couple, souhaitant qu'ils goûtent toujours aux douceurs de leur amour.
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1769
p. 269-272
ODE ANACREONTIQUE.
Début :
En attendant qu'on en fasse sur ce sujet, nous / Maudit soit le mortel avare [...]
Mots clefs :
Coeurs, Amour, Jour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE.
En attendant qu'on
en faſſe ſur ce ſujet
chanterons ſi vous voulez la
Chanſon ſuivante.
,
nous
ODE ANACREONTIQUE.
Maudit foitle mortel
avare
Qui de la terre tira l'ors
Etlejour où lefort barbare
Luy montra ce fatal
trésor.
Z iij
270 MERCURE
Avant ce jour la plus
fevere
Cedoit à de tendres langueurs
,
Ilnefalloit qu'aimer pour
plaire ,
Les coeurs estoient le prix
des coeurs. 1
Soupirs , transports , ardeursfidelles
,
C'en estfait n'esperez plus
rien ,
L'or est le feul maiſtre des
belles,
i
GALANT. 271
Il vous a voilé voſtre bien.
Avant ce jour , &c.
Depuis un an près de
Glycere,
Je perds te plus ardent
amour ,
Ce qu'un an d'amour n'a
pů faire,
L'or le vient de faire en
un jour ,
Avant ce jour , &c.
ॐ
Fatalité trop importune
Faut- il donc pour me
Zinj
272 MERCURE
faire aimer ,
Me refoudre à faire fortune.
Faime autant ne plus
m'erflamer.
Avant ce jour , &c.
en faſſe ſur ce ſujet
chanterons ſi vous voulez la
Chanſon ſuivante.
,
nous
ODE ANACREONTIQUE.
Maudit foitle mortel
avare
Qui de la terre tira l'ors
Etlejour où lefort barbare
Luy montra ce fatal
trésor.
Z iij
270 MERCURE
Avant ce jour la plus
fevere
Cedoit à de tendres langueurs
,
Ilnefalloit qu'aimer pour
plaire ,
Les coeurs estoient le prix
des coeurs. 1
Soupirs , transports , ardeursfidelles
,
C'en estfait n'esperez plus
rien ,
L'or est le feul maiſtre des
belles,
i
GALANT. 271
Il vous a voilé voſtre bien.
Avant ce jour , &c.
Depuis un an près de
Glycere,
Je perds te plus ardent
amour ,
Ce qu'un an d'amour n'a
pů faire,
L'or le vient de faire en
un jour ,
Avant ce jour , &c.
ॐ
Fatalité trop importune
Faut- il donc pour me
Zinj
272 MERCURE
faire aimer ,
Me refoudre à faire fortune.
Faime autant ne plus
m'erflamer.
Avant ce jour , &c.
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Résumé : ODE ANACREONTIQUE.
L'Ode Anacréontique déplore l'impact négatif de l'or sur les relations humaines. Avant sa découverte, les gens vivaient dans une société régie par l'amour et les sentiments authentiques. Depuis, l'or a remplacé ces valeurs, poussant les individus à rechercher la richesse. Le narrateur regrette cette transformation et relate avoir perdu l'amour de Glycère à cause de l'or.
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1770
p. 272-274
Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Des Chansons aux Enigmes, je croy qu'il n'y a qu'un [...]
Mots clefs :
Guerre, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Des Chanſons aux Enigmes
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
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Résumé : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte relate une rivalité littéraire entre M. Anceau et M. Dumoulin. L'auteur reste indifférent mais propose de médier si nécessaire. Il réfléchit sur les différences de capacités et l'aide nécessaire pour pallier l'ignorance. Il précise que ses énigmes sont conçues pour être résolues par Anceau.
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1771
p. 278-279
ENIGME.
Début :
Quoyque je sois un mets dont personne ne taste, [...]
Mots clefs :
Fève du gâteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Quoyquejefois un mets
dont perfonne ne taste ,
On a besoin de moy dans
de certains repas :
Tous les ans on mysert en
paste ,
On fçait bien que j'ysuis ,
mais je n'y parois pas.
On me cherche , on me
trouve , & souvent
avec peine:
Un feul alors de tous ,
GALANT. 279
rend la recherche vaine ,
Prend un titre poтрeих ,
maisfi fragile , helas !
Qu'a peine a-t- il le temps
d'en gouster les appas.
Quoyquejefois un mets
dont perfonne ne taste ,
On a besoin de moy dans
de certains repas :
Tous les ans on mysert en
paste ,
On fçait bien que j'ysuis ,
mais je n'y parois pas.
On me cherche , on me
trouve , & souvent
avec peine:
Un feul alors de tous ,
GALANT. 279
rend la recherche vaine ,
Prend un titre poтрeих ,
maisfi fragile , helas !
Qu'a peine a-t- il le temps
d'en gouster les appas.
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1772
p. 279-280
AUTRE.
Début :
Un de mes amis m'a donné cette autre Enigme qu'il a dérobé [sic] / La guerre a pour moy des appas, [...]
Mots clefs :
Peau du tambour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
Unde mes amis m'a donné
cette autreEnigme qu'ila dérobé
à un des ſiens. Celuyquien
eſt l'Auteur eſt de Villeneuve
d'Avignon ; c'eſt un homme
de Lettre , connu non ſeulement
par un Journal qu'il a
fait des nouvelles de l'ordre
de laboiſſon ; mais encore par
pluſieurs autres ouvrages d'efprit.
280 MERCURE
AUTRE.
La guerre a pour moy
des appas ,
Elle fait ma plus chere
envie ,
Aufort des plus rudes combats,
Sous les coups jamais je
neplie,
Et je fais aprés mon
trepas ,
Plus de bruit que pendant
ma vie.
cette autreEnigme qu'ila dérobé
à un des ſiens. Celuyquien
eſt l'Auteur eſt de Villeneuve
d'Avignon ; c'eſt un homme
de Lettre , connu non ſeulement
par un Journal qu'il a
fait des nouvelles de l'ordre
de laboiſſon ; mais encore par
pluſieurs autres ouvrages d'efprit.
280 MERCURE
AUTRE.
La guerre a pour moy
des appas ,
Elle fait ma plus chere
envie ,
Aufort des plus rudes combats,
Sous les coups jamais je
neplie,
Et je fais aprés mon
trepas ,
Plus de bruit que pendant
ma vie.
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1773
p. 313-315
Vers Latins sur la Démolition du Port de Dunkerque, dont l'Auteur donnera peut-estre la traduction en Vers François. [titre d'après la table]
Début :
Classibus armatis celebris Dunkerka per orbem [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Port de Dunkerque, Démolition du port de Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers Latins sur la Démolition du Port de Dunkerque, dont l'Auteur donnera peut-estre la traduction en Vers François. [titre d'après la table]
Claflibus armatis celebris
Dunkerka per orbem
Urbs invicta Mari , non ruitura
cadit.
7
Triſtem jure doles portus
Dunkerka ruinam ,
Sed Gemis incaffum , numina
** Decembre 1714. Dd
314 MERCURE
læva ſinunt
Portum Neptunus pofuit bo,
realibus oris,
Ut Dunkerka maris fola manerer
hera
Abnuit Imperium Domina
ſeptentrio totus ,
Jacturam portus Jupiter ipſe
ljuber, OVS
Fit Carthago potens armis
hinc æmula Romæ ,
Bello rivalem perdere Roma
cupit. ved U
Dunkerka nequeunt hoftes
ſpectare Trophas ,
Funditus ut perear , cuncta
movere volunt ,
GALANT 315
$
Vincere conantur pugnis na
valibus Angli ,
At fruftra quærunt ſternere
}
pacis ope ,
Omnibus illuſtrem populis te
gloria fecit ,
Perniciemque tuam Gloria
ſumma paric .
Quid tibi nobilius , quam tali
occumbere fato.
SiDunkerka-labes,Gallia pace
Beat.
Dunkerka per orbem
Urbs invicta Mari , non ruitura
cadit.
7
Triſtem jure doles portus
Dunkerka ruinam ,
Sed Gemis incaffum , numina
** Decembre 1714. Dd
314 MERCURE
læva ſinunt
Portum Neptunus pofuit bo,
realibus oris,
Ut Dunkerka maris fola manerer
hera
Abnuit Imperium Domina
ſeptentrio totus ,
Jacturam portus Jupiter ipſe
ljuber, OVS
Fit Carthago potens armis
hinc æmula Romæ ,
Bello rivalem perdere Roma
cupit. ved U
Dunkerka nequeunt hoftes
ſpectare Trophas ,
Funditus ut perear , cuncta
movere volunt ,
GALANT 315
$
Vincere conantur pugnis na
valibus Angli ,
At fruftra quærunt ſternere
}
pacis ope ,
Omnibus illuſtrem populis te
gloria fecit ,
Perniciemque tuam Gloria
ſumma paric .
Quid tibi nobilius , quam tali
occumbere fato.
SiDunkerka-labes,Gallia pace
Beat.
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Résumé : Vers Latins sur la Démolition du Port de Dunkerque, dont l'Auteur donnera peut-estre la traduction en Vers François. [titre d'après la table]
En décembre 1714, Dunkerque, célèbre pour son port, est détruite mais reste invaincue par la mer. Neptune avait fondé ce port pour dominer les côtes, mais l'Empire du Nord s'y oppose. Jupiter approuve sa destruction, permettant à Carthage de rivaliser avec Rome. Les Anglais échouent à vaincre Dunkerque. Sa chute conduit à la paix en Gaule.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1774
p. 139-150
ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
Début :
Toy qui fis retentir le monde [...]
Mots clefs :
Paix, Roi, Monarque, Héros, Louis, Prince, Grand monarque, Bruit, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
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Résumé : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
L'ode célèbre les exploits du roi et la reconnaissance de la France pour la paix rétablie. Le poète invoque les muses pour louer le roi, soulignant que ses mérites dépassent ses victoires militaires. Il compare favorablement le roi à Alexandre le Grand, car il utilise sa puissance pour le bien-être de son peuple plutôt que pour la guerre. Le texte critique les princes cherchant uniquement la gloire militaire au détriment de leur peuple, les qualifiant de tyrans. Il loue les vertus du roi, sa sagesse et sa justice, ainsi que sa force militaire. La paix est présentée comme le couronnement de ses exploits, apportant joie et réunification des familles. Le poème se conclut par un vœu pour une longue vie au roi, entourée de paix et de bienfaits pour son peuple.
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1775
p. 151-163
IDYLLE SUR LA PAIX.
Début :
Helas ! quand finiront mes maux ? [...]
Mots clefs :
Paix, Peuples, Climats, Louis, Victoire, Triomphe, Sujets, Roi, Maux, Eaux , Seine
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texteReconnaissance textuelle : IDYLLE SUR LA PAIX.
IDYLLE
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
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Résumé : IDYLLE SUR LA PAIX.
Le poème 'Idylle sur la paix' relate la douleur d'une personne exilée loin de la Seine, aspirant à la fin des souffrances causées par la guerre. La narratrice déplore la violence des combats et les alertes constantes, se demandant si Louis, le conquérant, restera implacable. Elle observe les ravages et la mort apportés par la guerre, mais espère vaincre Bellone, la déesse de la guerre, grâce à Louis. La narratrice reconnaît soudain Louis parmi les mortels et est émerveillée par sa présence. Louis annonce qu'elle est rappelée dans les régions heureuses arrosées par la Seine et qu'elle triomphera de Mars, le dieu de la guerre. Il souhaite la rendre à ses sujets et mettre fin aux conflits. La narratrice appelle alors à célébrer la gloire de Louis et le triomphe de la paix. Elle invite également l'abondance à revenir en France pour chasser la tristesse et apporter des bienfaits. Enfin, elle prie les dieux de protéger Louis, souhaitant qu'il gouverne longtemps ses provinces en paix et vive longtemps.
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1776
p. 329-332
Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
O vous, Messieurs, qui n'étes peut-être pas plus graves [...]
Mots clefs :
Chevalier d'Aceilly, Mercure, Fortune
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texteReconnaissance textuelle : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
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Résumé : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
L'auteur s'adresse à ses lecteurs, qu'il appelle 'Meilleurs', en présentant ses écrits comme un mélange de caprices de son imagination, de sentences et de plaisanteries, formant un tissu ridicule ou ornemental. Un personnage sage et éminent de France a complimenté l'auteur sur sa richesse, en référence au périodique 'Mercure'. L'auteur reconnaît la qualité du 'Mercure' tout en suggérant qu'il pourrait être encore amélioré. En réponse à ce compliment, l'auteur cite quatre vers du Chevalier d'Aceilly pour exprimer sa préférence personnelle. Le personnage trouve cette modestie difficile à croire, mais l'auteur reste convaincu de la valeur de ses propos. Malgré l'indifférence du personnage, l'auteur continue de partager ses réflexions et de proposer ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1777
p. 332-333
CHANSON.
Début :
L'Hyver a glacé nos Fontaines, [...]
Mots clefs :
Hiver, Printemps, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
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1778
p. 333-339
REPLIQUE.
Début :
Nous touchons maintenant, Messieurs, au plus joly / D'un jeu d'esprit à l'invective [...]
Mots clefs :
Réplique, Guerre, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE.
Nous touchons - maintenant,
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mail
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
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Résumé : REPLIQUE.
La correspondance traite d'un chapitre intitulé 'Les Enigmes'. L'auteur exprime son enthousiasme à fournir un contenu de qualité et mentionne une dispute entre M. Anceau et M. Desmoulins, anticipant que Mercure en parlera. L'auteur espère que M. Anceau ne répliquera plus après sa réponse. M. Anceau réagit en affirmant qu'il ne souhaite pas répondre avec aigreur et refuse de rendre 'trait pour trait'. Il critique les énigmes proposées, les jugeant faciles et mal conçues, et cite Horace pour justifier son mépris envers la critique malveillante. Il conclut en déclarant qu'il ne répondra plus aux attaques pour éviter une 'guerre éternelle'.
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1779
p. 341-342
ENIGME.
Début :
En voicy d'autres, dont la premiere est de la façon du / J'occupe le sommet d'une belle Machine, [...]
Mots clefs :
Cerveau
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
En voicy d'autres, dont la
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
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1780
p. 342-344
SONNET.
Début :
Celle-cy est de main de Maistre. / Qui ne me cherche pas me rencontre souvent. [...]
Mots clefs :
Arête
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texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Maistre,
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
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1781
p. 346
PLAINTE Sur la disette du bois.
Début :
On a mille fois oüi dire [...]
Mots clefs :
Disette, Disette du bois, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE Sur la disette du bois.
PLAINTE
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
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1782
p. 348
Remerciement du même à Mr l'Abbé de Trianon, qui luy avoit envoyé une belle & bonne voye de bois. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois mon honneur perdu, [...]
Mots clefs :
Bois
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texteReconnaissance textuelle : Remerciement du même à Mr l'Abbé de Trianon, qui luy avoit envoyé une belle & bonne voye de bois. [titre d'après la table]
Je croyois mon honneurperdu,
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
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1783
p. 3-12
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Bienheureux le mortel dont la fertile plume [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Ordre du Mercure, Invention , Château en Espagne
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texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
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Résumé : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1784
p. 13-22
EPISTRE AUX MUSES.
Début :
Non, je ne sçaurois plus douter de ma disgrace, [...]
Mots clefs :
Muses, Parnasse, Rime, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AUX MUSES.
EP1STKE
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
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Résumé : EPISTRE AUX MUSES.
Dans sa plainte aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la perte de son inspiration poétique. Il regrette l'absence des Muses, qui autrefois lui inspiraient des vers élégants et sublimes. Désormais, ses écrits lui semblent forcés ou pesants, et il craint de produire des œuvres médiocres. Il souligne la difficulté de créer des vers ni contraints par la métrique ni dénués de sens. L'auteur se remémore les moments où les Muses lui permettaient de surmonter ses maux par la beauté de ses poèmes. Il accuse les Muses de cruauté, se demandant pourquoi elles l'ont habitué à des plaisirs doux avant de le priver de cette joie. Il affirme n'abuser jamais de la poésie pour des fins immorales. Le texte met en lumière l'importance de la poésie dans divers aspects de la vie, comme les communications divines, les déclarations amoureuses et les éloges célèbres. Enfin, l'auteur apprend que les Muses ont accordé leur faveur à une princesse illustre, ce qui le ravit et l'inspire à nouveau, notamment par l'esprit de Sceaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1785
p. 26
Bouts rimez en qui l'Auteur espere. [titre d'après la table]
Début :
herce. bain, sein. traverse. commerce. Vulcain. lointain. Perse. razibus. Venus. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bouts rimez en qui l'Auteur espere. [titre d'après la table]
herce.
bain.
sein.
traverse.
commerce.
Vulcain.
lointain.
Perse.
razibus.
Venus.
Origene.
Laïs.
Pâris
Helene.
bain.
sein.
traverse.
commerce.
Vulcain.
lointain.
Perse.
razibus.
Venus.
Origene.
Laïs.
Pâris
Helene.
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1786
p. 56-57
Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois, le Sieur Crin, natif de Compiegne, [...]
Mots clefs :
Roi, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le I2. de ce mois,le Sieur
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
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Résumé : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le 12 du mois, le Sieur Crin, natif de Compiègne, obtint l'agrément du Duc de Noailles pour offrir au roi une histoire de son règne et une louange pour la paix. Cette histoire était résumée en deux vers latins traduits en quatre vers français. Les vers furent placés sur une estampe du portrait du roi, qui fut bien accueillie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1787
p. 244-245
CHANSON.
Début :
Et en attendant tranquillement tout ce qui pourra m'en / Mardy gras, Mardy gras, Mardy gras, [...]
Mots clefs :
Mardi gras
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
Et en attendant tranquille
ment tout ce qui pourra m'en
arriver, je cbanteray à bon
compte, ou plus tost nous
chanterons ensemble, Mes
lieurs, Mesdames & Mesemoifelles
(si vous estes modernes
) laChanson suivante.
CHANSON.
MARDYgras,Mardygas, MATdygras,
QniL1.1.' h d' a ce nom chacun 5armed'un
verre,
Festons
-
feflonscet heureux
jour.
Amis il n'en eflpoint depareil en
amour,
Et Bacchus dans ce temps regne
seulsur la terre ;
Mais que je crains ton maigre
é
lendemain,
Ah tu ferois ma foy mes dejirs
les plus tendres,
Si tu n'ejlois pas si voisîn
Du trisse Mercredy des Cendres.-
ment tout ce qui pourra m'en
arriver, je cbanteray à bon
compte, ou plus tost nous
chanterons ensemble, Mes
lieurs, Mesdames & Mesemoifelles
(si vous estes modernes
) laChanson suivante.
CHANSON.
MARDYgras,Mardygas, MATdygras,
QniL1.1.' h d' a ce nom chacun 5armed'un
verre,
Festons
-
feflonscet heureux
jour.
Amis il n'en eflpoint depareil en
amour,
Et Bacchus dans ce temps regne
seulsur la terre ;
Mais que je crains ton maigre
é
lendemain,
Ah tu ferois ma foy mes dejirs
les plus tendres,
Si tu n'ejlois pas si voisîn
Du trisse Mercredy des Cendres.-
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1788
p. 285-287
ENIGME.
Début :
La matiere dont on me forme [...]
Mots clefs :
Écriture
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
EN I G M E.
La matiere dont on me
forme
EJlchangeante
, débile
3 jnforme,
MAis. mon corps, plus
dtjlinéï n'efiantplus
renfirml,
Comme on letient toujours
dans un lieu creux (7
jombre,
Tout aaiu,jji-toj'i est formé qu'il e,~
A des proprieteZ sans
nombre,
Quoy qu'il ne foit pas
anIme.
Jerode par toute la Terres
On m*employéàla Paix,
à la Guerre,
Je marchesansfeinte avec lisvrzys amis,
Quelquefoisonmhabdle
-
enmafqm,
D'une maniéré assez., ftn
tafqne,
LorJque ton craintles
ennemts;
Mais quoyque nettement
jeparle C7je m'explique
Tel ria pas l'esprit des
plus lourds,
A des ye-tx bien voyansr
tela
-
fort bonne oreille,
Entend & conçoit à
merveille,
Qui comprend bien moins
mes discours,
Que le plus sourd de tons ksfmnds*
La matiere dont on me
forme
EJlchangeante
, débile
3 jnforme,
MAis. mon corps, plus
dtjlinéï n'efiantplus
renfirml,
Comme on letient toujours
dans un lieu creux (7
jombre,
Tout aaiu,jji-toj'i est formé qu'il e,~
A des proprieteZ sans
nombre,
Quoy qu'il ne foit pas
anIme.
Jerode par toute la Terres
On m*employéàla Paix,
à la Guerre,
Je marchesansfeinte avec lisvrzys amis,
Quelquefoisonmhabdle
-
enmafqm,
D'une maniéré assez., ftn
tafqne,
LorJque ton craintles
ennemts;
Mais quoyque nettement
jeparle C7je m'explique
Tel ria pas l'esprit des
plus lourds,
A des ye-tx bien voyansr
tela
-
fort bonne oreille,
Entend & conçoit à
merveille,
Qui comprend bien moins
mes discours,
Que le plus sourd de tons ksfmnds*
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1789
p. 288-289
AUTRE.
Début :
Nous faisons dans le monde assez belle figure, [...]
Mots clefs :
Cartes à jouer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A".UT RE.
Nous faisons dans le
monde a1JebellefigureJ
Quelquefois en triomphe,
on nous Doit parmi vous:
Nousnavons jamais eû
quunesimple parure>
Quoyque l'or & l'agent
brtllent Jouventsur nous: Et lom lten valoir davantage,
Nous navons plus le mêmeprixs
Mais
.Mais nous avons cet acvan
tage,
D'avoirporréles Fleurs-de*
Lys„
On nous juge dignes de
- plaIre
Et tel nohs aime à hi
fureur,
Qm nous maltraite avec
colere,
Sans avoir contre nous
aucunfijet d'aigreur.
Nous faisons dans le
monde a1JebellefigureJ
Quelquefois en triomphe,
on nous Doit parmi vous:
Nousnavons jamais eû
quunesimple parure>
Quoyque l'or & l'agent
brtllent Jouventsur nous: Et lom lten valoir davantage,
Nous navons plus le mêmeprixs
Mais
.Mais nous avons cet acvan
tage,
D'avoirporréles Fleurs-de*
Lys„
On nous juge dignes de
- plaIre
Et tel nohs aime à hi
fureur,
Qm nous maltraite avec
colere,
Sans avoir contre nous
aucunfijet d'aigreur.
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1790
p. 60-127
PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Début :
Je vous promis le mois passé un examen de la Tragedie / Vous vous plaignez, Mylord, fort vivement, que M. [...]
Mots clefs :
Tragédie, César, Amour, Rome, Théâtre, Vertu, Coeur, Troupes, Liberté, Auteur, Scènes, Paix, Pompée, Poème, Poètes, Romains, Dieux, Sentiments, Public, Corneille, Reine, Parallèle, Mépris, Homme, Ambition, Hymen, Aristote, Père, Frère, Princesse, Théâtre anglais, Théâtre français, Parthes, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Je vous promis le mois paffé
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
Fermer
1791
p. 127-133
Discours sur l'origine du mois, pièce curieuse, mais precedée d'un assez mauvais prélude. [titre d'après la table]
Début :
Même beauté, tant soit exquise, [...]
Mots clefs :
Mois de mars, Fêtes, Romains, Diversité
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois, pièce curieuse, mais precedée d'un assez mauvais prélude. [titre d'après la table]
Même beauté ,tantfoit exquiſe,
Raffafie & foule à la fin.
Il me faut d'un d'autre pain .
Diverſité c'eſt ma deviſe.
Dans les Livres qui netraitent
que d'un même ſujet ,les
Auteurs ontraiſon d'allonger
la courroye'autant qu'ils peu
vent ,pour remplir leut Volume.
Il n'en est pas demême du
mien, les ſujets les plus oppolez
s'y aſſemblent en foule ,
&maintenant chacun à l'envi
Liiij
128 MERCURE
y veut avoir ſa place , il n'y a
pasjuſqu'à la Lune qui y a rétenu
la fienne ,& qui prétend
que Mercure luy rende au
moins douze fois hommage ,
en confideration des douze
viſites que tous les ans elle
rendà noſtre Hemisphere.J'y
confens , Madame la Lune ,&
c'eſt pour l'amour de vous
que je vais à mon ordinaire
conter l'Histoire de ce mois.
S'il faut s'en rapporter à
l'autorité de Fulvius&de Junius,
ces deux Auteurs pretendent
que Romulus impoſa le
nom aux dix premiers mois de
1
GALANT. 129
l'année, dont le premier commençoit
par Mars & finiſſoit
par Decembre. Il l'appella
Martius en memoire de Mars
fon Pere , comme Avril en
l'honneur de Venus Aphrodite,
à laquelle il attribuoit
l'origine de ſes Aycux.
Varroncependant acruque
ce premier mois del'annéeRomaine
n'a reçu le nom de
Martius qu'à cauſe que Mars
étant le Dieu de la guerre ,ils
luydonnoient la premiereplace
par inclination. Ovide en
rend même la raiſon dans les
deux vers ſuivants.
130 / MERCURE
Mars Latio venerandus erat ,
quia prafidet armis ,
Armafera genti, remque, decusque
dabant.
Le premier jour de ce mois
les Dames Romaines fervoient
à table leurs Domeſtiques,
imitant en cela leursMaris,
qui , en Decembre , en
uforene ainſi envers leurs Efclaves
,pendans les Feſtes Sa
turnales.
Elles celebroient cette Fefte
fort religieusement , parceque
felon Feftus, ce fut en ce jour
qu'elles rendirent leur premier
culte dans un Temple dedié à
GALANT. 131
Junon Lucine , Divinité qui
preſidoit à l'accouchementdes
femmes. Selon Servius ce fut
à cauſe de la Paix jurée entre
les Romains & les Sabins ,
par la mediation des Sabines
qui avoient été enlevéespar les
premiers. Les Romains fetoient
également ce jour en
memoirede cettePaix 1
Ce jour & les ſuivans font
encore connus par la feſte dos
Anciles ou Boucliers facrez
que l'on croyoit être tombez
duCiel,du RegnedeNuma,&
que l'on regardoircomme un
gage tutelaire de la Ville de
132 MERCURE
Rome : comme l'on danſoit
beaucoup en cejour , on l'ap
pelloit auffi la feſte des Saliens.
Ces peuples avoient la fuperstition
dene ſe point marier
en ce mois , ou s'ils le
faifoient , ils n'en auguroient
pas favorablement, par la raiſon
que Mars n'avoit pu
feduire Minerve , qui pour
avoir conſervé ſa virginité ,
fut nommée Nerine.
Le 17. de Mars arrivoient les
feſtes des Bacchanales quine le
cedoient point en folies à celles
de noſtre Carnaval.
GALANT. 133
Ceux qui voudront paſſer
pourErudits ,apprendront ici
que ce mois ſe nommoit chez
les Grecs, Munichion.
Raffafie & foule à la fin.
Il me faut d'un d'autre pain .
Diverſité c'eſt ma deviſe.
Dans les Livres qui netraitent
que d'un même ſujet ,les
Auteurs ontraiſon d'allonger
la courroye'autant qu'ils peu
vent ,pour remplir leut Volume.
Il n'en est pas demême du
mien, les ſujets les plus oppolez
s'y aſſemblent en foule ,
&maintenant chacun à l'envi
Liiij
128 MERCURE
y veut avoir ſa place , il n'y a
pasjuſqu'à la Lune qui y a rétenu
la fienne ,& qui prétend
que Mercure luy rende au
moins douze fois hommage ,
en confideration des douze
viſites que tous les ans elle
rendà noſtre Hemisphere.J'y
confens , Madame la Lune ,&
c'eſt pour l'amour de vous
que je vais à mon ordinaire
conter l'Histoire de ce mois.
S'il faut s'en rapporter à
l'autorité de Fulvius&de Junius,
ces deux Auteurs pretendent
que Romulus impoſa le
nom aux dix premiers mois de
1
GALANT. 129
l'année, dont le premier commençoit
par Mars & finiſſoit
par Decembre. Il l'appella
Martius en memoire de Mars
fon Pere , comme Avril en
l'honneur de Venus Aphrodite,
à laquelle il attribuoit
l'origine de ſes Aycux.
Varroncependant acruque
ce premier mois del'annéeRomaine
n'a reçu le nom de
Martius qu'à cauſe que Mars
étant le Dieu de la guerre ,ils
luydonnoient la premiereplace
par inclination. Ovide en
rend même la raiſon dans les
deux vers ſuivants.
130 / MERCURE
Mars Latio venerandus erat ,
quia prafidet armis ,
Armafera genti, remque, decusque
dabant.
Le premier jour de ce mois
les Dames Romaines fervoient
à table leurs Domeſtiques,
imitant en cela leursMaris,
qui , en Decembre , en
uforene ainſi envers leurs Efclaves
,pendans les Feſtes Sa
turnales.
Elles celebroient cette Fefte
fort religieusement , parceque
felon Feftus, ce fut en ce jour
qu'elles rendirent leur premier
culte dans un Temple dedié à
GALANT. 131
Junon Lucine , Divinité qui
preſidoit à l'accouchementdes
femmes. Selon Servius ce fut
à cauſe de la Paix jurée entre
les Romains & les Sabins ,
par la mediation des Sabines
qui avoient été enlevéespar les
premiers. Les Romains fetoient
également ce jour en
memoirede cettePaix 1
Ce jour & les ſuivans font
encore connus par la feſte dos
Anciles ou Boucliers facrez
que l'on croyoit être tombez
duCiel,du RegnedeNuma,&
que l'on regardoircomme un
gage tutelaire de la Ville de
132 MERCURE
Rome : comme l'on danſoit
beaucoup en cejour , on l'ap
pelloit auffi la feſte des Saliens.
Ces peuples avoient la fuperstition
dene ſe point marier
en ce mois , ou s'ils le
faifoient , ils n'en auguroient
pas favorablement, par la raiſon
que Mars n'avoit pu
feduire Minerve , qui pour
avoir conſervé ſa virginité ,
fut nommée Nerine.
Le 17. de Mars arrivoient les
feſtes des Bacchanales quine le
cedoient point en folies à celles
de noſtre Carnaval.
GALANT. 133
Ceux qui voudront paſſer
pourErudits ,apprendront ici
que ce mois ſe nommoit chez
les Grecs, Munichion.
Fermer
1792
p. 133-154
L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
Début :
Il est des filoux qu'on ne peut haïr ; on doit même sçavoir [...]
Mots clefs :
Interprète, Excellence, Lettre, Ambassadeur, Plaisir, Héros, Honneur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Dames, Orient, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
L'INTERPRETE GALANT ,
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Fermer
1793
p. 253-257
A MADEMOISELLE Maximilienne Emmanuelle Marie-Anne de Tavannes. Sur l'Air : Tout cela m'est indifferent, ou vostre jeu fait icy grand bruit.
Début :
Que de regrets va remporter [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Tavannes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE Maximilienne Emmanuelle Marie-Anne de Tavannes. Sur l'Air : Tout cela m'est indifferent, ou vostre jeu fait icy grand bruit.
A MADEMOISELLE
Maxinulienne Emmanuelle
Marie-Anne de Tavannes .
Sur l'Air : Tout cela m'eſt indifferent ,
ou voſtre jen fait icy grand brait.
Que de regrets waremporter
LePrince preſt à nous quitter !
Pour confoler un peu la France
Il veut bienylaiſſerſon nom ,
Tavannes a cette preference :
Quel nouveau lustre enfa Mai-
4 fon!
ॐ
Digne filleulle d'un Cefar
Aquels honneur n'as tu point
part ?
254 MERCURE
De Vendofme le coeur confpire
A te faire un fort plein d'attraits?
Puiſſe-tujuſques dans l'Empire
Publier un jour ſes bien-faits.
Si tu peux du moins l'imiter
Je te prédis fans beziter ,
Autant de vertu , de fazeſſe
De bonté, de charmes divers
Que le nomde cette Princeffe
Ade gloire en tout l'Univers.
Baviere aime trop lesHeros
Pournepas cherirceux de Saulx,
Ilſcait qu'ils brillent dans l'Hif
toire :
GALANT. 255
h
1
Déja ton afrerefou fesyeux ,
Promet de voler à la gloire
Deſes plus triomphants ayeux.
Dans ton Parrain quel protecteur
Qu'unſimagnanime Electeur !
Pourfuivrefon Auguste trace
Tonfangse retrouve igermain :
b Le jeume Marquis de Tavannes,
frere de la nouvelle Baptifée ſçait l'Aflemand
quoy qu'il n'ait pas encore 9.
ans ; & il eût l'honneur de parler fibiencette
Langue à S. A. E. au furet de
ce Baptefme , qu'elle en a témoigné
beaucoup de fatisfaction .
iCe fût la mere du Maréchal de
Tavannes,duquel font iffus tous lesMrs
de Tavannes d'aujourd'huy ; laquelle
eſtant Allemande , & ſe nommant
256 MERCURE
Iln'est de cadet dans ta race
Qui n'ait l'ame d'un vieuxRomain.
J'ay appris que ces Couplets
que ces Couplets
font de M.de Solleyne , Subdelegué
de M. l'Intendant de
Bourgogne au département
Marguerite de Tavannes , vint époufer
en Bourgogue Jean de Saulx ,& commença
à faire prendre , il y a plus de
deux Siecles , le far-nom de Tavannes
àſesdeſcendans,qui l'ont toûjours porté
depuis qu'Elle & fon frere Jean de
Tavannes , Chevalier Seigneur de
Dello , natif du Comté de Ferrette
en Allemagne , qui en amena pour
lors les bandes noires au ſervice de la
France , & duquel elle fût heritiere ,
eurent apporté d'Allemagne le ſurnom
de Tavannes en la Maiſon de
Saulx.
d'Auxerre ,
GALANT. 257
d'Auxerre , & fils de M. Mar- .
tineau , cy-devant Seigneurde
Marnay , quatriéme Préſident
de pere en fils en cette Ville.
Maxinulienne Emmanuelle
Marie-Anne de Tavannes .
Sur l'Air : Tout cela m'eſt indifferent ,
ou voſtre jen fait icy grand brait.
Que de regrets waremporter
LePrince preſt à nous quitter !
Pour confoler un peu la France
Il veut bienylaiſſerſon nom ,
Tavannes a cette preference :
Quel nouveau lustre enfa Mai-
4 fon!
ॐ
Digne filleulle d'un Cefar
Aquels honneur n'as tu point
part ?
254 MERCURE
De Vendofme le coeur confpire
A te faire un fort plein d'attraits?
Puiſſe-tujuſques dans l'Empire
Publier un jour ſes bien-faits.
Si tu peux du moins l'imiter
Je te prédis fans beziter ,
Autant de vertu , de fazeſſe
De bonté, de charmes divers
Que le nomde cette Princeffe
Ade gloire en tout l'Univers.
Baviere aime trop lesHeros
Pournepas cherirceux de Saulx,
Ilſcait qu'ils brillent dans l'Hif
toire :
GALANT. 255
h
1
Déja ton afrerefou fesyeux ,
Promet de voler à la gloire
Deſes plus triomphants ayeux.
Dans ton Parrain quel protecteur
Qu'unſimagnanime Electeur !
Pourfuivrefon Auguste trace
Tonfangse retrouve igermain :
b Le jeume Marquis de Tavannes,
frere de la nouvelle Baptifée ſçait l'Aflemand
quoy qu'il n'ait pas encore 9.
ans ; & il eût l'honneur de parler fibiencette
Langue à S. A. E. au furet de
ce Baptefme , qu'elle en a témoigné
beaucoup de fatisfaction .
iCe fût la mere du Maréchal de
Tavannes,duquel font iffus tous lesMrs
de Tavannes d'aujourd'huy ; laquelle
eſtant Allemande , & ſe nommant
256 MERCURE
Iln'est de cadet dans ta race
Qui n'ait l'ame d'un vieuxRomain.
J'ay appris que ces Couplets
que ces Couplets
font de M.de Solleyne , Subdelegué
de M. l'Intendant de
Bourgogne au département
Marguerite de Tavannes , vint époufer
en Bourgogue Jean de Saulx ,& commença
à faire prendre , il y a plus de
deux Siecles , le far-nom de Tavannes
àſesdeſcendans,qui l'ont toûjours porté
depuis qu'Elle & fon frere Jean de
Tavannes , Chevalier Seigneur de
Dello , natif du Comté de Ferrette
en Allemagne , qui en amena pour
lors les bandes noires au ſervice de la
France , & duquel elle fût heritiere ,
eurent apporté d'Allemagne le ſurnom
de Tavannes en la Maiſon de
Saulx.
d'Auxerre ,
GALANT. 257
d'Auxerre , & fils de M. Mar- .
tineau , cy-devant Seigneurde
Marnay , quatriéme Préſident
de pere en fils en cette Ville.
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1794
p. 258-261
SONNET en bouts-rimez.
Début :
mais en verité d'une vingtaine de Sonnets que j'ay / Le Villageois formé pour le sec & en la ... herse [...]
Mots clefs :
Époux, Femme, Passions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en bouts-rimez.
mais
en verité d'une vingtaine de
Sonnets que j'ay receus , il ne
s'en eſt trouvé que les cinq
que jevous donne, où la Rime
deRazibus ait été franchied'une
maniere qui ne pût pas m'épouvanter
, quoyque je ne me
pique pas d'eſtre fort timide.
Ce diable de mot étoit orné
dans tous les autres , de Poëfies
figaillardes , que j'ay jugé
à propos de les fupprimer tous
àl'exception ( comme je vous
▼
GALANT. 259
difois fortbientout àl'heure )
des cinq que voicy. Le premier
de ces Sonnets eſt de la
compoſition d'un jeunehomme
de douze on treize ans ,&
qui m'abien la mine d'en avoir
quinze , ou peu s'en faut. Qu'
importe ? il eſt plein de bonne
volonté,& promet beaucoup."
2
SONNET
enbouts-rimez.
Le Villageois formé pour lefoc 1
ba herfe
2
Aujourd'huy trouve accés chezla
5
Bourgeoisean bain
Et l'époux mal-heureux dont il
Yij
260 MERCURE
percele
tour le
fein
D'un trait aussi cuisant, àson
traverſe
Aux puiſſans Souverains comme
aux gensde commerce . *
Le chef se voit paré du bonnet
de Vulcain
Et le Mary par tout même a
climat lointain
Se reconnoist Souvent dans les
tableaux de Perfe
Ainsi donc pour avoir lefront
à rafibus
Alcipeneprendpoint pour femme
une Venus
Contraint tes passions comme fit
Origene
Ou bien dansce lien fi fertile en
Laïs
GALANT. 261
Tu te verras bien-tôt par quelque
beau Paris
Ainsi que Menelas privé de ton
Helene
en verité d'une vingtaine de
Sonnets que j'ay receus , il ne
s'en eſt trouvé que les cinq
que jevous donne, où la Rime
deRazibus ait été franchied'une
maniere qui ne pût pas m'épouvanter
, quoyque je ne me
pique pas d'eſtre fort timide.
Ce diable de mot étoit orné
dans tous les autres , de Poëfies
figaillardes , que j'ay jugé
à propos de les fupprimer tous
àl'exception ( comme je vous
▼
GALANT. 259
difois fortbientout àl'heure )
des cinq que voicy. Le premier
de ces Sonnets eſt de la
compoſition d'un jeunehomme
de douze on treize ans ,&
qui m'abien la mine d'en avoir
quinze , ou peu s'en faut. Qu'
importe ? il eſt plein de bonne
volonté,& promet beaucoup."
2
SONNET
enbouts-rimez.
Le Villageois formé pour lefoc 1
ba herfe
2
Aujourd'huy trouve accés chezla
5
Bourgeoisean bain
Et l'époux mal-heureux dont il
Yij
260 MERCURE
percele
tour le
fein
D'un trait aussi cuisant, àson
traverſe
Aux puiſſans Souverains comme
aux gensde commerce . *
Le chef se voit paré du bonnet
de Vulcain
Et le Mary par tout même a
climat lointain
Se reconnoist Souvent dans les
tableaux de Perfe
Ainsi donc pour avoir lefront
à rafibus
Alcipeneprendpoint pour femme
une Venus
Contraint tes passions comme fit
Origene
Ou bien dansce lien fi fertile en
Laïs
GALANT. 261
Tu te verras bien-tôt par quelque
beau Paris
Ainsi que Menelas privé de ton
Helene
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1795
p. 261-263
SONNET en bouts-rimez à Mademoiselle de S.
Début :
L'Auteur de celuy-cy est un jeune homme de vingt-deux / Sur la fin d'un beau jour Licas quittant la .. herse [...]
Mots clefs :
Amant, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en bouts-rimez à Mademoiselle de S.
L'Auteurde celuy cy eſt un
jeune homme de vingt- deux
ans, Auteur auffi d'ailleurs . Auteur
primo , de l'Histoire & des
Avantures galantesdu fameux
Maréchal de Boucicault , &depuis
peu de l'Histoire tragique
& veritable du Czar Demetrius
, qu'on aſſure être fort
intereſſante & fort curieuſe ;
j'en diray mon ſentiment ,ou
plutôt celuy de ceux qui l'auront
lûë , quand je l'auray lue
262 MERCURE
moy-même , en attendant
voicy leSonnet dont ilm'a fait
preſent. C'est un Sonnet.
SONNET
en bouts-rimez à Mademoifelle
de S.
t
Sur lafin d'un beau jour Licas
quittant la herfe
Rencontra fon Iris qui revenoit
du bain
Une tendre rougeur qui parut fur
fein fon
Promit à ce berger un bonheur
Sans traverſe
Ils étoient faits tout deux pour
L'amoureux commerce
GALANT. 4 263
Licas estoit de taille à desoler
Vulcain
Son Irisſembloit née en ce climat
lointain
QQuuiippeenuple les Serails de Turquie
de Perfe
Sur un gazon naiſſant & tondu
rafibus
Croyez vous qu'au mépris des
plaisirs de Venus
Ils pratiquoient alors les leçons
d'Origene
Pourquoy les Suivre seule
adorable Laïs
Vostre amant est plus beau que
Licas,que Paris
Serez vous plus cruelle &
qu' Iris . qu'Helene
jeune homme de vingt- deux
ans, Auteur auffi d'ailleurs . Auteur
primo , de l'Histoire & des
Avantures galantesdu fameux
Maréchal de Boucicault , &depuis
peu de l'Histoire tragique
& veritable du Czar Demetrius
, qu'on aſſure être fort
intereſſante & fort curieuſe ;
j'en diray mon ſentiment ,ou
plutôt celuy de ceux qui l'auront
lûë , quand je l'auray lue
262 MERCURE
moy-même , en attendant
voicy leSonnet dont ilm'a fait
preſent. C'est un Sonnet.
SONNET
en bouts-rimez à Mademoifelle
de S.
t
Sur lafin d'un beau jour Licas
quittant la herfe
Rencontra fon Iris qui revenoit
du bain
Une tendre rougeur qui parut fur
fein fon
Promit à ce berger un bonheur
Sans traverſe
Ils étoient faits tout deux pour
L'amoureux commerce
GALANT. 4 263
Licas estoit de taille à desoler
Vulcain
Son Irisſembloit née en ce climat
lointain
QQuuiippeenuple les Serails de Turquie
de Perfe
Sur un gazon naiſſant & tondu
rafibus
Croyez vous qu'au mépris des
plaisirs de Venus
Ils pratiquoient alors les leçons
d'Origene
Pourquoy les Suivre seule
adorable Laïs
Vostre amant est plus beau que
Licas,que Paris
Serez vous plus cruelle &
qu' Iris . qu'Helene
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1796
p. 264-266
SONNET en bouts-rimez.
Début :
J'aimerois volontiers celuy qui suit autant que le second, / Quand de mon Pont-levis j'ay fait lever . herse [...]
Mots clefs :
Époux, Dames, Persans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en bouts-rimez.
J'aimerois volontiers celuy
qui fuit autantque le ſecond ,
&mieux que le premier , il eſt
de la façon d'uneDame pleine
de merite & d'eſprit , &qui Fa
fait en un tourde main ; mais
dites-vous, le tempsnefait rien
àla chose ; elle ſçait cela comme
nous , Meſſieurs , & fair
bien de ne s'en mettre guere
en peine, Voicy à telle fin de
raiſon le Sonnet pour qui je
parie.
SONNET,.
GALANT . 265
SONNET
en bouts- rimez.
Quand de mon Pont-levis j'ay
• fait lever la herfe
Seule avec mon époux ,jeris , je
prens le bain
Jeluy montrefans art ce que j'ay
dansle fein
Sans craindre des jaloux la plus
Simple traverſe
Là nous ne parlons point de ce
maudit commerce
Qui trouble le repos du malhenreux
Vulcain
Nous voyons ces horreurs comme
dans un lointain
Et croyonsque ce gout ne reſide
qu'en Perfe
Mars 1715 . Z
266 MERCURE
Si ce n'est dans ce lieu , c'est du
moins rafibus
Car nombrede Perfans quifont ici
venus
Conviennentque chez eux il estpeu
t
d'Origene
Que les Dames y sont presque
toutes Laïs
Et qu'on fait sans façon tout ce
quefit Paris
Quand il cut triomphe de la
beauté d'Helene
qui fuit autantque le ſecond ,
&mieux que le premier , il eſt
de la façon d'uneDame pleine
de merite & d'eſprit , &qui Fa
fait en un tourde main ; mais
dites-vous, le tempsnefait rien
àla chose ; elle ſçait cela comme
nous , Meſſieurs , & fair
bien de ne s'en mettre guere
en peine, Voicy à telle fin de
raiſon le Sonnet pour qui je
parie.
SONNET,.
GALANT . 265
SONNET
en bouts- rimez.
Quand de mon Pont-levis j'ay
• fait lever la herfe
Seule avec mon époux ,jeris , je
prens le bain
Jeluy montrefans art ce que j'ay
dansle fein
Sans craindre des jaloux la plus
Simple traverſe
Là nous ne parlons point de ce
maudit commerce
Qui trouble le repos du malhenreux
Vulcain
Nous voyons ces horreurs comme
dans un lointain
Et croyonsque ce gout ne reſide
qu'en Perfe
Mars 1715 . Z
266 MERCURE
Si ce n'est dans ce lieu , c'est du
moins rafibus
Car nombrede Perfans quifont ici
venus
Conviennentque chez eux il estpeu
t
d'Origene
Que les Dames y sont presque
toutes Laïs
Et qu'on fait sans façon tout ce
quefit Paris
Quand il cut triomphe de la
beauté d'Helene
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1797
p. 266-268
SONNET.
Début :
Pour celuy cy il me paroît assez bien raisonné jusqu'au / Entreprendre un Sonnet c'est tirer à la .. herse [...]
Mots clefs :
Apollon, Sonnet, Grand Louis, Ambassadeur de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Pour celuy cy il me paroît
affez bien raiſonné juſqu'au
premier Tiercet , où il commence
à s'embroüiller : les Rimes
difficiles l'embarraſſent :
mais il finitbien.
GALANT . 167
SONNET.
Entreprendre un Sonnet c'eft tirer
àla herfe
De l'eau de mes fueurs onrempliroit
un bain
Effet de l'incendie allumé dans
mon fein
O de l'art d'Apollon la penible
traverſet
Pourpayer ceux quifont exceller
ce commerce
Cent fois plus fatiguant que l'employde
• Vulcain ,
Seroit peu des tresors que d'unpays
lointain
Apporte au Grand Louis , l'Am
baffadeur de Perfe
Zij
268 MERCURE
Maisdanscefiecle ingrat ilsvivent
Razibus
Ils n'ont que peu depart aux plaifirs
de Venus.
On les verra bientoft Disciples
d' Origene.
C'est en vain qu'un Rimeurfoupire
pour Laïs ,
que Paris ,
Quand ilferoit encor plus galant
Sans argent il n'est point de Laïs
ni d. Helene.
affez bien raiſonné juſqu'au
premier Tiercet , où il commence
à s'embroüiller : les Rimes
difficiles l'embarraſſent :
mais il finitbien.
GALANT . 167
SONNET.
Entreprendre un Sonnet c'eft tirer
àla herfe
De l'eau de mes fueurs onrempliroit
un bain
Effet de l'incendie allumé dans
mon fein
O de l'art d'Apollon la penible
traverſet
Pourpayer ceux quifont exceller
ce commerce
Cent fois plus fatiguant que l'employde
• Vulcain ,
Seroit peu des tresors que d'unpays
lointain
Apporte au Grand Louis , l'Am
baffadeur de Perfe
Zij
268 MERCURE
Maisdanscefiecle ingrat ilsvivent
Razibus
Ils n'ont que peu depart aux plaifirs
de Venus.
On les verra bientoft Disciples
d' Origene.
C'est en vain qu'un Rimeurfoupire
pour Laïs ,
que Paris ,
Quand ilferoit encor plus galant
Sans argent il n'est point de Laïs
ni d. Helene.
Fermer
1798
p. 268-271
L'AMANT IMPATIENT. SONNET.
Début :
Celuy-cy est d'un de mes amis, que je ne connois pas, / Vos rigueurs, belles Iris, pour moi sont une . herse, [...]
Mots clefs :
Amant, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMANT IMPATIENT. SONNET.
Celuy- cy eſt d'un de mes
amis , que je ne connois pas ,
le titre en fait l'éloge , & je répondrois
à ſa Lettre , s'il m'avoit
écrit plutôt ; mais je le
GALANT. 269
prie , comme tout le monde ,
de m'adreſſer ce qu'on m'enverra
d'orénavant , chez D.
Jollet ,& J. Lamefle , au Livre
Royal , au bout du Pont S.
Michel , du cofté du Marché-
Neuf.
L'AMANT IMPATIENT.
SONNET.
Vosrigueurs,belleIris,pourmož
Sont une herſe,
Vouspensezquemespleursmefourniront
un bain,
Que je vais m'enfoncer un poignard
dans le fein
Zij
270 MERCURE
Non:j'en veux arracherle trait
qui le traverſe.
Je cherchois prés de vous un aimable
• commerce
Mais vosfers trop pesans , même
pour un
Vulcain
M'ontfait appercevoir un martire
en lointain
Plus cruelàfouffrir qu'un esclavageen
Perfe
Vos coups contre mon coeurpafferont
Razibus
Qui voit dans les tourmens des
charmes en Venus,
Peut prendre fans effroyle party
d Origene.
Suivezdedouces loix ,Sans imiter
Lais ,
GALANT 278
t
Voulez-vous un amant plus tendre
que
Paris
Montrez-luy de l'amour ,fans le
foibled' Helene.
amis , que je ne connois pas ,
le titre en fait l'éloge , & je répondrois
à ſa Lettre , s'il m'avoit
écrit plutôt ; mais je le
GALANT. 269
prie , comme tout le monde ,
de m'adreſſer ce qu'on m'enverra
d'orénavant , chez D.
Jollet ,& J. Lamefle , au Livre
Royal , au bout du Pont S.
Michel , du cofté du Marché-
Neuf.
L'AMANT IMPATIENT.
SONNET.
Vosrigueurs,belleIris,pourmož
Sont une herſe,
Vouspensezquemespleursmefourniront
un bain,
Que je vais m'enfoncer un poignard
dans le fein
Zij
270 MERCURE
Non:j'en veux arracherle trait
qui le traverſe.
Je cherchois prés de vous un aimable
• commerce
Mais vosfers trop pesans , même
pour un
Vulcain
M'ontfait appercevoir un martire
en lointain
Plus cruelàfouffrir qu'un esclavageen
Perfe
Vos coups contre mon coeurpafferont
Razibus
Qui voit dans les tourmens des
charmes en Venus,
Peut prendre fans effroyle party
d Origene.
Suivezdedouces loix ,Sans imiter
Lais ,
GALANT 278
t
Voulez-vous un amant plus tendre
que
Paris
Montrez-luy de l'amour ,fans le
foibled' Helene.
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1799
p. 271-272
« Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...] »
Début :
Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...] »
Aprés vous avoir dit naturellement,&
en peu de mots ,
ce que jepenſe de ces Sonnets,
trouvez bon que j'en prie les
Auteurs de ne pas me ſçavoir
mauvais gré , ſi , en ſuivant
toûjours le texte de la Scenedu
Sonnet du Myſantrope , je
{
leur avoue que les quatre petits
vers qu'on valire ,meplaiſent
autant que tous les Sonnets
du monde. Ils font de la
façon d'une belle& fpirituelle
Ziiij
272 MERCURE
Dame qui les a faits par impromptu
à la loüange de Son
AlteſſeMademoiselle de Clermont
, Princeſſe de l'auguſte
Maiſon de Bourbon , & fe
chantent ſur l'air : Vivons comme
le Voisin vit.
L'Amour dit qu'il n'a plus
befoin
De carquois ni d'adreſſe
Il prendra ſeulement lefoin
Demontrer la Princeffe.
en peu de mots ,
ce que jepenſe de ces Sonnets,
trouvez bon que j'en prie les
Auteurs de ne pas me ſçavoir
mauvais gré , ſi , en ſuivant
toûjours le texte de la Scenedu
Sonnet du Myſantrope , je
{
leur avoue que les quatre petits
vers qu'on valire ,meplaiſent
autant que tous les Sonnets
du monde. Ils font de la
façon d'une belle& fpirituelle
Ziiij
272 MERCURE
Dame qui les a faits par impromptu
à la loüange de Son
AlteſſeMademoiselle de Clermont
, Princeſſe de l'auguſte
Maiſon de Bourbon , & fe
chantent ſur l'air : Vivons comme
le Voisin vit.
L'Amour dit qu'il n'a plus
befoin
De carquois ni d'adreſſe
Il prendra ſeulement lefoin
Demontrer la Princeffe.
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1800
p. 272-276
RONDEAU sur un baiser.
Début :
MONSIEUR, je vous assure que je suis tres-sensible à la Lettre obligeante que / Ce doux baiser que je vous ay surpris, [...]
Mots clefs :
Baiser, Amant, Sonnet, Rondeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU sur un baiser.
MONSIEUR ,
Je vous affure que jefuis tresſenſibleà
laLettre obligeante que
GALANT. 273
vous me faites l'honneur dem'écrire
;permettez moy neanmoins
de vous direqueje ne donne quere
dans l'écüeildes loüanges : com.
meje n'ensuis pointprodiguepour
les autres ,j'en diſpenſe tout le
monde à mon égard. Je me contente
de paſſer doucement mon
chemin , &des routes naturelles
quejjee!fuis,poureffayerde metirer
d'affaire au bout de chaque mois.
Les bellesparoles nyles promeſſes
n: me tententpas ,&rien ne peut
m'engager àfacrifier la réputation
que m'a acquiſe ma modeſtic
, au plaisir d'écrire un équi.
voque quelque fpirituel qu'il
r
274 MERCURE
puiße estre. Vostre Sonnet eftplein
d'art de genie , mais vous
avezdonnécomme les autres dans
la Rime de Razibus. Cela me
determine à prononcer contre luy ,
il y a abus. Pour vostre Rondeau
, vous l'allez voir traiter
avec moins de rigueur. Jefuis ,
Monfieur ,&c.
RONDEAU
fur un baifer.
Cedoux baifer queje vous ay
Surpris ,
Devoit- il tant vous faſchers
belle Iris,
GALANT. 275
Vostre veriu fans doute est trop
auftere:
Helas !d'étoit le moins que pouvoit
faire ,
De vos appas l'Amant le plus
épris.
C'eſt , dites-vous , la marque
d'un mépris ,
Mais ce n'estpas comme je l'ay
compris,
Fay crú pouvoir volerfans vous
déplaire ,
Ce doux baifer.
Si je ne peux appaiſer vos
efprits .
276 MERCURE
Contre mes feux injustement
aigris ,
Je vousdiraydu crime le mystere,
N'en accusez que l'enfant de
Cythere,
Sansfon confeil je n'aurois jamais
pris
: Ce doux baifer.
Je vous affure que jefuis tresſenſibleà
laLettre obligeante que
GALANT. 273
vous me faites l'honneur dem'écrire
;permettez moy neanmoins
de vous direqueje ne donne quere
dans l'écüeildes loüanges : com.
meje n'ensuis pointprodiguepour
les autres ,j'en diſpenſe tout le
monde à mon égard. Je me contente
de paſſer doucement mon
chemin , &des routes naturelles
quejjee!fuis,poureffayerde metirer
d'affaire au bout de chaque mois.
Les bellesparoles nyles promeſſes
n: me tententpas ,&rien ne peut
m'engager àfacrifier la réputation
que m'a acquiſe ma modeſtic
, au plaisir d'écrire un équi.
voque quelque fpirituel qu'il
r
274 MERCURE
puiße estre. Vostre Sonnet eftplein
d'art de genie , mais vous
avezdonnécomme les autres dans
la Rime de Razibus. Cela me
determine à prononcer contre luy ,
il y a abus. Pour vostre Rondeau
, vous l'allez voir traiter
avec moins de rigueur. Jefuis ,
Monfieur ,&c.
RONDEAU
fur un baifer.
Cedoux baifer queje vous ay
Surpris ,
Devoit- il tant vous faſchers
belle Iris,
GALANT. 275
Vostre veriu fans doute est trop
auftere:
Helas !d'étoit le moins que pouvoit
faire ,
De vos appas l'Amant le plus
épris.
C'eſt , dites-vous , la marque
d'un mépris ,
Mais ce n'estpas comme je l'ay
compris,
Fay crú pouvoir volerfans vous
déplaire ,
Ce doux baifer.
Si je ne peux appaiſer vos
efprits .
276 MERCURE
Contre mes feux injustement
aigris ,
Je vousdiraydu crime le mystere,
N'en accusez que l'enfant de
Cythere,
Sansfon confeil je n'aurois jamais
pris
: Ce doux baifer.
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