Résultats : 4090 texte(s)
Accéder à la liste des types de textes ou des types de paratextes.
Détail
Liste
1701
p. 93-95
A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
Début :
M. Vous aurez sans doute apris, que le Capitan Bacha Janum [...]
Mots clefs :
Capitaine, Place, Vaisseau de guerre, Marchands, Navire, Corsaire, Servitude, Ennemi, Flotte ottomane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
M le 1r.Avril1717.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
Fermer
1702
p. 95-100
DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
Début :
Contre l'Empereur. Cavalerie. Janissaires ..... Tartares .... 30000 Valaches .... 3000 [...]
Mots clefs :
Compte, Soldats, Cavalerie, Infanterie, Troupes ottomanes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DENOMBREMENT Des Troupes Ottomanes, qui doivent servir contre S. M. I. en Hongrie, & contre les Vénitiens ; consistans en Cavalerie & Infanterie, tant de l'Orient, de l'Occident, du Midi, que du Septentrion.
DENOMBREMENT
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
Des Troupes Ottomanes , qui
doiventservir contre S. M. I.
en Hongrie
, & contre les Vénitiens
; consistans en Cavalerie
& Infanterie, tant de l'Orient,
de l'Occident,duMidi,que
du Septentrion.
Contre L'E MPEREUR.
CAVALERIE. 1 IN. IFANt
Janiflaires t 60000
Tartares Valaches. 30000 3000 3000 3000 Bolvakes 5000 4000 Amantes. 4000 » 11000 Arméniens. 1000 1 6000
Mufulmar.icns 1000 6000
Thraciens 1000 6000
CAVALERIE. 1 INFZ
Affricains. 10000 Ixoooj
Perfiens 900014°
Brefiliçns- 4000 11S0
Morlakeso .j Egyptiens 10000
401
d'Holenland •••*o.1
Borgariens 5000 200C
Moriens *0 1 c
Kynvvindicns4000 1600c
Macédoniens. 4000 J
1600c
Etyopiens 4000 1600c
Altyriens 2.000 1800c
Sabaniens 2000 1400C
Mefoporam. 6000 t 1600c
Grecs, 10500o0. 100c
zjiooc
CONTRE LES VENITIENS.
CAVALERIE. 1 INF
Jani~ires o I 4000c Tartareso .,.c Valakeso 1 c
Bosvake
ÏoAfVvaAkLeEs RIE.yNFàt.
40001 looc
V Amantes.., zooo. 11000
l Athéniens o] -0 f Mufulmariiens o! o Thraciens .,'., o 1 o
l
Affricains 6000 ¡ 1000
[ Perfiens 3000 4100 Bresiliens ., 6000 1000
Morlakes .1000! 2000 Egyptiens.7000 ! 18000
d'Holenland 3000 ! 4000
iMîorgoarriieensnso6000 10000 | 10000
Kynvvi. diens 3000 2.000
EMtvacoédponiieenns s 4000 3000 JVflyriens 5000 1000 2.000 2000
* Sabaniens 2000 lj 1000
Méfoporaniiens 40001 1000
Grecs 4000 1000 162>000. 116103»
Total de la Ca- Total don
valerie, contre l'InfanterieK
l'Empereur & les
-
contre I'F,
Venitiens. pereur &J
Venitiens. l
16700i0.1i<>7ïoo 1
M.-"--0------
- i Total du Tout.,|
534100.
Fermer
1703
p. 100-10[6]
NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
Début :
Le Roy d'Angleterre n'arriva icy que le Mercredy, sur les six heures du soir [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Cardinal, Prince, Présents, Procession, Ambassadeurs, Pape, Vatican, Chambre, Visites officielles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
NOUVELLES DE ROME:
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
Fermer
1704
p. 165-170
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le Portrait du Roy, que le Sieur Rigaud avoit commencé [...]
Mots clefs :
Portrait du roi, Peintre, Argentier, Gentilhommes, Charge, Arrêts, Parlement, Actes, Roi, Duc d'Orléans, Conseil, Diamant, Mousquetaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DU JOURNAL de Paris. LE Portrait du Roy, que le
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
Fermer
1705
p. 176-177
DONS DU ROY.
Début :
Monsieur l'Evêque de Cahors a obtenu l'agrément du Roy, [...]
Mots clefs :
Agréments, Abbaye, Ordre, Capitaine, Comte, Chevalier, Diocèse, Nominations, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DUROY.
MOnsieurl'Evêque de Cahors
a obtenul'agrément duRoy,
pour ceder à M. l'Abbe de la Luzerne
son neveu, l'Abbaye de la
Garde de Dieu, Ordre de Cireaux,
de 3. à 4000. livres de revenu.Cet
Abbé, dont l'Aîné est Colonel du
Regiment de Perigor, & le Cadet
Chevalier de Malte, est fils de
M. le Marquis de la Luzerne, cydevantSons-
Lieutenant de la premiere
Compaq ie des Mousquetaires,
& de N de la Chaize
Soeur de M. leComtede la Chaize
Capitaine des Gardes de la,
Porte, Neveu de M.l'Evèque de
Cahors, &de M. le Comre de la
Luzerne Chef d'Escadre. Cette
Famille est une des plus anciennes
de Normandie, du Nom de Bricqueville.
L'Abbaye de Candeil, Diocése
Î'Alby, Ordre de Cireaux, a été onnée à Don leGrand Religieux
Mu même Ordre.
-
,
Le Roy a nommé à l'Abbaye
>de Bucyhi, le Pere François Hum-
Ibert Vicaire General des Refori
mez,del'Ordre des Premontrez..
MOnsieurl'Evêque de Cahors
a obtenul'agrément duRoy,
pour ceder à M. l'Abbe de la Luzerne
son neveu, l'Abbaye de la
Garde de Dieu, Ordre de Cireaux,
de 3. à 4000. livres de revenu.Cet
Abbé, dont l'Aîné est Colonel du
Regiment de Perigor, & le Cadet
Chevalier de Malte, est fils de
M. le Marquis de la Luzerne, cydevantSons-
Lieutenant de la premiere
Compaq ie des Mousquetaires,
& de N de la Chaize
Soeur de M. leComtede la Chaize
Capitaine des Gardes de la,
Porte, Neveu de M.l'Evèque de
Cahors, &de M. le Comre de la
Luzerne Chef d'Escadre. Cette
Famille est une des plus anciennes
de Normandie, du Nom de Bricqueville.
L'Abbaye de Candeil, Diocése
Î'Alby, Ordre de Cireaux, a été onnée à Don leGrand Religieux
Mu même Ordre.
-
,
Le Roy a nommé à l'Abbaye
>de Bucyhi, le Pere François Hum-
Ibert Vicaire General des Refori
mez,del'Ordre des Premontrez..
Fermer
1706
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
Fermer
1707
p. 212
DE LONDRES le premier Juin.
Début :
Il vient d'arriver deux Bâtimens de Gottembourg : L'un d'eux a [...]
Mots clefs :
Bâtiments, Hollande, Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES le premier Juin.
DE LONDRES
le premier Juin.. -
Il vient d'arriver deux Biiimens
de Gottembourg : L'un d'eux
a été chargé par ordre du Roy de
Suéde, de raporter la male du 19
Mars, dont un Capre Suédois se.
fiifit en prenant le Paquebodqui
venoit de Hollande. S. M. S. na
pas voulu qu'on ouvritrien. Une
grande Boëte remplie de Bijoux,
d'un prixtrèsconsiderable, setrouve
au même état qu'elleétoit en
partant deHollande, Les Cachets
sont en leur entier; mais ce qui
étonne tout le monde, c'est que
le Roy n'a pas permis qu'on ouvrit
la moindre ~re. Les PartiCiiw
dela Suéde surtout,exaltent fort
la bonté & les égards que S. M. S.
a pour nôtre Nation. Le Roy dfe"
SuèdeauneArmée de 4000 mille
- hommes effectifs & de grands
amas de vivres en Scanie.
le premier Juin.. -
Il vient d'arriver deux Biiimens
de Gottembourg : L'un d'eux
a été chargé par ordre du Roy de
Suéde, de raporter la male du 19
Mars, dont un Capre Suédois se.
fiifit en prenant le Paquebodqui
venoit de Hollande. S. M. S. na
pas voulu qu'on ouvritrien. Une
grande Boëte remplie de Bijoux,
d'un prixtrèsconsiderable, setrouve
au même état qu'elleétoit en
partant deHollande, Les Cachets
sont en leur entier; mais ce qui
étonne tout le monde, c'est que
le Roy n'a pas permis qu'on ouvrit
la moindre ~re. Les PartiCiiw
dela Suéde surtout,exaltent fort
la bonté & les égards que S. M. S.
a pour nôtre Nation. Le Roy dfe"
SuèdeauneArmée de 4000 mille
- hommes effectifs & de grands
amas de vivres en Scanie.
Fermer
1708
p. 213
DE VENISE.
Début :
Un Bâtiment arrivé de Corfou, a apporté la confirmation, que la [...]
Mots clefs :
Bâtiments, Vaisseaux, Provisions, Galères, Sultan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VENISE.
MEFEN1SE.
UnBâtimentarrivé de Corfou,
à apporté la confirmation,quela
Elote composée de 27Vmfleairx - deligne, de trois Brulots,de cinq
grosses Galiotes
, -
seaux de fit Vaisde
Provisions,
- & de tiore
Corvettes, sous les ordres du
sieur Flangini
,
avoir fait voile
, pour s'approcher ensuite des
Dardanelles, &tâcher d'attirer la
Flote Turque à une àdionrlés
quatre Galeres du Papeont joint
l'ArméelegereàCorfou.
On écrit de Peterbourg que l'on
y avoit appris de Tartarie , que
les Tartares Moscovites & Calmaques
avoient défait entierement
les Cabanes, Peuples qui ont été
jusqu'àprêsent, sous la Protection
du Sultan, & qu'ilsavoient été
contraints de se rendre chez ICI
Victorieux, avec leurs FamWes.aIJ
nombre deplus de 100000 hom-
UnBâtimentarrivé de Corfou,
à apporté la confirmation,quela
Elote composée de 27Vmfleairx - deligne, de trois Brulots,de cinq
grosses Galiotes
, -
seaux de fit Vaisde
Provisions,
- & de tiore
Corvettes, sous les ordres du
sieur Flangini
,
avoir fait voile
, pour s'approcher ensuite des
Dardanelles, &tâcher d'attirer la
Flote Turque à une àdionrlés
quatre Galeres du Papeont joint
l'ArméelegereàCorfou.
On écrit de Peterbourg que l'on
y avoit appris de Tartarie , que
les Tartares Moscovites & Calmaques
avoient défait entierement
les Cabanes, Peuples qui ont été
jusqu'àprêsent, sous la Protection
du Sultan, & qu'ilsavoient été
contraints de se rendre chez ICI
Victorieux, avec leurs FamWes.aIJ
nombre deplus de 100000 hom-
Fermer
1709
p. 214-215
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp, on l'a déjà envoyée [...]
Mots clefs :
Artillerie, Armée, Dragons, Régiment, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DUJOURNAL
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
Fermer
1710
p. 51-65
JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
Début :
Sa Majesté Imperiale, aprés les succez de la Compagne passée, [...]
Mots clefs :
Comte, Armée, Prince, Camp, Régiment, Cavalerie, Vaisseaux, Ennemis, Guerre, Grenadiers, Artillerie, Danube, Commandement, Bataille, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
JOURNAL DE HONGRIE ,
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
Fermer
1711
p. 65-69
ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
Début :
Cuirassiers. Noms des Regimens. Carafta 1000. Newbourg 950. Hanover 1000. [...]
Mots clefs :
Régiments, Armée, Comptes, Dragons, Cuirassiers, Hussards, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
ETATDES TROUPES
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
Fermer
1712
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
Fermer
1713
p. 91-116
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 26 Juin, Madame de Vantadour accompagnée de Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Commissaires, Procès, Conseillers, Régent, Assemblées, Parlement, Délibération, Roi, Audience, Édits, Révocation, Déclaration, Ordre de succession, Cérémonies, Requêtes, Comtes, Duc, Grands officiers de la couronne, Nominations, Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
Fermer
1714
p. 186-195
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Le 21 on continuoit à travailler aux gnes de Circonvalation & de Contrevallation. [...]
Mots clefs :
Ordres, Artillerie, Incendie, Travaux, Pont, Compagnies, Ennemis, Combat, Comte, Prince, Tranchées, Mouvements des troupes, Vaisseaux, Postes, Assiéger, Camp, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DU JOURNAL
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
Fermer
1715
p. 195-200
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. S. A. Royale a donné le Château de Chasville, auprès [...]
Mots clefs :
Château, Prince, Abbé, Gentilhommes, Régent, Seigneur, Duc d'Orléans, Tragédie, Pape, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DUJOURNAL
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
Fermer
1716
p. 208-209
SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
Début :
Son A. S. Mgr le Comte de Charolois, n'a point encore [...]
Mots clefs :
Comte, Equipage, Prince, Esprit, Mérite, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
SUPPLEMENT .
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Fermer
1717
p. 210-215
Extrait d'une Lettre de la Rochelle du 5. Juillet 1717.
Début :
La petite Révolution qui vient d'arriver à la Martinique, est [...]
Mots clefs :
Révolution, Conseil, Marine, Négociants, Commerce, Échange, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de la Rochelle du 5. Juillet 1717.
Extrait d'une Lettre de la Rochelle
du s. Juillet 1717 .
La petite Révolution qui vient
d'arriver à la Martinique , eſt une:
Nouvelle qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez:
Pour mieux vous mettre au
fait , ileſt à propos de ſçavoir que:
Dans. I E bliſſement du Confeil
de Marine , les Negotians de
Nantes,de la Rochelle& de Bourdeaux
, avoient repréſenté que M.
Duquêne, Gouvr. General,&M.de
VaucieſlonIntendantayant accordé
aux Anglois d'apporterdes Farinnos
à la Martinique en échange de:
Sucre; leCommerce de France en
avoit beaucoup fouffert , parce que
les Bâtimens François étant obligez'de
donner leurs Marchandises
à bas prix , & étant contraints de
recevoir en troque du Suce , quelesAnglois
avoient fait réhauffer
ils en recevoient un préjudice con
iderable. Sur cette repreſentation,
on rapella M. Duquêne & M. de
Vaucreflon. Le Conſeil ſubſtitua
DE JUILLET 211
au premier M. de la Varenne , &
au ſecond M. de Ricouart : Ces
Mrs firent à leur arrivée dans l'iſſe
des recherches exactes de ceux qui
avoient commercé avec les Etrangers,&
impoférent unnouveauDroit
de; o.f.par quintaldeSucre.CenouvelEtabliſſement,
dans un Païs où
le Peuple ſe croit preſque indepen
dant , ayant aigri les Eſprits , les
Sieurs Dubuth Lieutenant Colonel
de Milice , & Hauterive , Procureur
General du Confeil Supe-
Neur , formérent le deſſein de tirer
P'ifle de la Servitude , où ils prétendoient
qu'elle étoittombée; ils
envoyérent des Billets à tous les
Habitans de la Colonie , aves ordrede
ſe trouver un certain jour à
pluſieurs Rendez-vous , & d'y ve-
Air armez , ſous peine de la vie , &
de voir leurs Habitations brûlées.
Quoique M. de la Varenne fût
averti , qu'il ſe trâmoit quelque
choſe, il négligea cet avis , perfua
dé que ces Infulaires ne pren
droient pasla refolutiondes'aſſem
bler ; il partit même deux jours
212 LE MERCURE
aprés , accompagné de M. l'Intendant
&de tous les Conſeillers
duConſeil Superieur,pour aller faire
laViſite duQuartier duDiamant,
où s'étoit fait le principal Commerce
avecles Anglois,&faire condamner
les Coupables. Aprés plu
fieurs Recherches& Informations ,
il revint dîner à l'Habitation de
Me Papin fur la Riviere duLamentin;
lesMécontens avec leurs Chefs
en étant informez , entourérent la
Maiſon , où le General étoit à Tableavec
l'Intendant; & quelque
uns étant entrez dans la Cour , ils
•cafférent les Vitres de la Salle , où
ces Meſſieurs étoient affemblez . Le
General ſe leva , & ménaça de
faire pendre les Infolens qui perdoient
le reſpect dû à ſon Caractere
.Là-deflus,le St Dubuth s'avança
, & le ſaiſiſſant , lui dit , de ne
plus parler ſur ce ton , parce que
ſa viedépendoitpréſentementde la
volonté esHabitans,il le fit monter
avec l'Intendant dans une Chambrehaute,&
mit un Corps deGardes
à laPorte; le lendemain lesMé
• DE JUILLET. 213
contens les conduifirent au Bourg
du Fort Saint Pierre , & les ayant
renfermez dans la Maiſon d'un
Particulier, ilspropoférent 4. par .
tis differens , au ſujet de leurs Prifonniers
. Ils ſe déterminérent enfin,
à lesrenvoyer. LesSrs Dubuth &
Hauterive , ayant fait venir le Capitaine
d'un petit Bâtiment de la
Rochelle , appelléle Gedeon qui
alloit partir , le firent jurer de remettre
les deux Priſonniers en
France , de porter à la Pofte de la
Rochelle les Paquets qu'ils adreffoient
au Roy , pour justifier leur
conduite; ilstirérent le General&
l'Intendant de la Priſon où ila
étoient , les firent conduire àBord
du Gedeon , & leur défendirent
deleur Autorité privée , de remettre
lespieds dans l'Iſle. Pour mieux
s'aflürer de la Route du Vaiſſeau ,
ils les firent accompagner pardeux
Pirogues bien armées , juſqu'à 12 .
lieuës au large. LeGeneral & l'Intendant
arrivérent , enfinicy le 3 .
de cemoisau ſoir,trésfatiguez de la
214 LE MERCURE
traverſe, ayant été fort tourmentez
de laMer , à cauſe de la petiteſſe
de leurs Bâtimens. Le Capitaine a
même été obligé de leur prêter du
Linge, pour changer. Ils n'avoient
Plus que pour deux jours de vi-
Vres, quand ils ont abordé à la Rochelle.
Nous apprenons cependant,
que tout eit calme dans l'ifle , &
queleshabitans ſe ſoûmettront toujours
aux ordres de la Cour.
Il n'eſt que trop ordinaire sau
Gazetier d'Amſterdam , d'avancer
dans l'Article de Paris ,quantiré
de Faits faux , fur la foy des
Mémoires qu'on lui envoye ; tel
eſt leſuivant , dans le Supplément
des Nouvelles d'Amſterdam du
16. Juillet 1717.0n y lit ces paroles .
Les Peres Tenier , l'Allemant &
Tournemine ont été voir M. l'Archevêque
de Reims à S. Thierry ,
prés de Reims , où ildemeure. Il eſt
certain que le Pere Tournemine
n'a point été abſent du College ;
ſionavoit beſoin de Témoins pour
arreſter cette vérité , on produiroit
plus de 700. perſonnes qui deDE
JUILLET.
215
meurent dans cette Maiſon , &
qui pour la plûpart , l'ont vû tous
les jours , fans compter beaucoup
d'autres. De plus il me paroît
qu'on lui donnedes Compagnons
de Voyage , auſquels ſes amis ſçavent
qu'il ne feroit pas aiſéde le
joindre. Je pourrois rapporter pluſieurs
autres Erreurs ſemblables ,
qu'il ſeroit cependant utile de relever
, pour rendre témoignage à la
Verité.
du s. Juillet 1717 .
La petite Révolution qui vient
d'arriver à la Martinique , eſt une:
Nouvelle qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez:
Pour mieux vous mettre au
fait , ileſt à propos de ſçavoir que:
Dans. I E bliſſement du Confeil
de Marine , les Negotians de
Nantes,de la Rochelle& de Bourdeaux
, avoient repréſenté que M.
Duquêne, Gouvr. General,&M.de
VaucieſlonIntendantayant accordé
aux Anglois d'apporterdes Farinnos
à la Martinique en échange de:
Sucre; leCommerce de France en
avoit beaucoup fouffert , parce que
les Bâtimens François étant obligez'de
donner leurs Marchandises
à bas prix , & étant contraints de
recevoir en troque du Suce , quelesAnglois
avoient fait réhauffer
ils en recevoient un préjudice con
iderable. Sur cette repreſentation,
on rapella M. Duquêne & M. de
Vaucreflon. Le Conſeil ſubſtitua
DE JUILLET 211
au premier M. de la Varenne , &
au ſecond M. de Ricouart : Ces
Mrs firent à leur arrivée dans l'iſſe
des recherches exactes de ceux qui
avoient commercé avec les Etrangers,&
impoférent unnouveauDroit
de; o.f.par quintaldeSucre.CenouvelEtabliſſement,
dans un Païs où
le Peuple ſe croit preſque indepen
dant , ayant aigri les Eſprits , les
Sieurs Dubuth Lieutenant Colonel
de Milice , & Hauterive , Procureur
General du Confeil Supe-
Neur , formérent le deſſein de tirer
P'ifle de la Servitude , où ils prétendoient
qu'elle étoittombée; ils
envoyérent des Billets à tous les
Habitans de la Colonie , aves ordrede
ſe trouver un certain jour à
pluſieurs Rendez-vous , & d'y ve-
Air armez , ſous peine de la vie , &
de voir leurs Habitations brûlées.
Quoique M. de la Varenne fût
averti , qu'il ſe trâmoit quelque
choſe, il négligea cet avis , perfua
dé que ces Infulaires ne pren
droient pasla refolutiondes'aſſem
bler ; il partit même deux jours
212 LE MERCURE
aprés , accompagné de M. l'Intendant
&de tous les Conſeillers
duConſeil Superieur,pour aller faire
laViſite duQuartier duDiamant,
où s'étoit fait le principal Commerce
avecles Anglois,&faire condamner
les Coupables. Aprés plu
fieurs Recherches& Informations ,
il revint dîner à l'Habitation de
Me Papin fur la Riviere duLamentin;
lesMécontens avec leurs Chefs
en étant informez , entourérent la
Maiſon , où le General étoit à Tableavec
l'Intendant; & quelque
uns étant entrez dans la Cour , ils
•cafférent les Vitres de la Salle , où
ces Meſſieurs étoient affemblez . Le
General ſe leva , & ménaça de
faire pendre les Infolens qui perdoient
le reſpect dû à ſon Caractere
.Là-deflus,le St Dubuth s'avança
, & le ſaiſiſſant , lui dit , de ne
plus parler ſur ce ton , parce que
ſa viedépendoitpréſentementde la
volonté esHabitans,il le fit monter
avec l'Intendant dans une Chambrehaute,&
mit un Corps deGardes
à laPorte; le lendemain lesMé
• DE JUILLET. 213
contens les conduifirent au Bourg
du Fort Saint Pierre , & les ayant
renfermez dans la Maiſon d'un
Particulier, ilspropoférent 4. par .
tis differens , au ſujet de leurs Prifonniers
. Ils ſe déterminérent enfin,
à lesrenvoyer. LesSrs Dubuth &
Hauterive , ayant fait venir le Capitaine
d'un petit Bâtiment de la
Rochelle , appelléle Gedeon qui
alloit partir , le firent jurer de remettre
les deux Priſonniers en
France , de porter à la Pofte de la
Rochelle les Paquets qu'ils adreffoient
au Roy , pour justifier leur
conduite; ilstirérent le General&
l'Intendant de la Priſon où ila
étoient , les firent conduire àBord
du Gedeon , & leur défendirent
deleur Autorité privée , de remettre
lespieds dans l'Iſle. Pour mieux
s'aflürer de la Route du Vaiſſeau ,
ils les firent accompagner pardeux
Pirogues bien armées , juſqu'à 12 .
lieuës au large. LeGeneral & l'Intendant
arrivérent , enfinicy le 3 .
de cemoisau ſoir,trésfatiguez de la
214 LE MERCURE
traverſe, ayant été fort tourmentez
de laMer , à cauſe de la petiteſſe
de leurs Bâtimens. Le Capitaine a
même été obligé de leur prêter du
Linge, pour changer. Ils n'avoient
Plus que pour deux jours de vi-
Vres, quand ils ont abordé à la Rochelle.
Nous apprenons cependant,
que tout eit calme dans l'ifle , &
queleshabitans ſe ſoûmettront toujours
aux ordres de la Cour.
Il n'eſt que trop ordinaire sau
Gazetier d'Amſterdam , d'avancer
dans l'Article de Paris ,quantiré
de Faits faux , fur la foy des
Mémoires qu'on lui envoye ; tel
eſt leſuivant , dans le Supplément
des Nouvelles d'Amſterdam du
16. Juillet 1717.0n y lit ces paroles .
Les Peres Tenier , l'Allemant &
Tournemine ont été voir M. l'Archevêque
de Reims à S. Thierry ,
prés de Reims , où ildemeure. Il eſt
certain que le Pere Tournemine
n'a point été abſent du College ;
ſionavoit beſoin de Témoins pour
arreſter cette vérité , on produiroit
plus de 700. perſonnes qui deDE
JUILLET.
215
meurent dans cette Maiſon , &
qui pour la plûpart , l'ont vû tous
les jours , fans compter beaucoup
d'autres. De plus il me paroît
qu'on lui donnedes Compagnons
de Voyage , auſquels ſes amis ſçavent
qu'il ne feroit pas aiſéde le
joindre. Je pourrois rapporter pluſieurs
autres Erreurs ſemblables ,
qu'il ſeroit cependant utile de relever
, pour rendre témoignage à la
Verité.
Fermer
1718
p. 5-45
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Début :
Le Pape Innoncent (X) qui étoit un grand Homme, avoit û une [...]
Mots clefs :
Pape, Innocent X, Cardinaux, Couronne, Princesse, Nonce extraordinaire, Ambassadeur, Déclaration, Conclave, Reconnaissance, Négociation, Vérité, Théâtre, Ennemis, Maximes, Pontificat, Escadron, Abbé, Espagne, Marquis, Duchesse, Morale, Créatures, Conscience, Nomination, Alexandre VII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
E Pape Innocent ( X) qui
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
t
C
C
0
S
C
t
C
H
F
T
n
D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
t
C
C
0
S
C
t
C
H
F
T
n
D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
Fermer
1719
p. 56-73
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Dans le Mercure précédent, j'ai donné une Rélation de / Dans l'Action du 5. près de Semlim, à deux heures [...]
Mots clefs :
Prince, Ennemis, Canons, Troupes, Pont, Belgrade, Comte, Infanterie, Grenadier, Bataille, Retranchement , Empereur, Lieutenant, Compagnies, Charges, Accidents, Armes, Bataillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
DAns le Mercureprécédent,j'aidonné
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
Fermer
1720
p. 74-87
RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
Début :
Le Seigneur André Pisani, Capitaine Général de la République de Venise, [...]
Mots clefs :
Bataille navale, Vaisseaux, République de Venise, Turcs, Armée, Guerre, Navigation, Ennemis, Flotte, Attaques, Capitaine, Combat, Archipel, Liste, Seigneur, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
RELATION .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
Fermer
1721
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
1722
p. 140-152
Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Début :
Batteries; l'une de 4 piéces de Canon & l'autre de deux ; la [...]
Mots clefs :
Canon, Camp, Armée ottomane, Ennemis, Turcs, Troupes, Grand vizir, Attaques, Mouvements des troupes, Prince, Capitaine, Soldats, Cavalerie, Garnison, Cadavres, Assiégés, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Batteries ; l'une de 4 piéces de Ca
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
Fermer
1723
p. 157-165
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. Mrs les Aumoniers du Roy ont fait leur plainte, pour [...]
Mots clefs :
Aumônier du roi, Plainte, Cérémonies, Procession, Nominations, Abbé, Marquis, Ambassadrice, Députés, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUÍTE
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
Fermer
1724
p. 168-172
SUPPLEMENT.
Début :
L'Armée Navalle que le Roi d'Espagne a fait assembler à [...]
Mots clefs :
Armée navale, Escadre, Marquis, Barcelone, Ambassadeur d'Espagne, Suède, Flotte anglaise, Duc, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT.
SUPPLEMENT.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
Fermer
1725
p. 171-175
A Venise, le 14 Aoust 1717.
Début :
Le Capitaine Général Pisani a joint avec 7 Galeres & [...]
Mots clefs :
Capitaine, Galères, Combat, Vaisseaux, Duc de Parme, Bataillon, Turcs, Bâtiments, Vénitiens, Sénat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise, le 14 Aoust 1717.
A Veniſe , le 14. Aoust 1717.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
Fermer
1726
p. 175-176
A Toulon, ce ... Aoust 1717.
Début :
L'Ambassadeur de la Porte qui faisoit quarantaine dans la [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Ville, Duc régent, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Toulon, ce ... Aoust 1717.
A Toulon , ce ... Aouſt 1717.
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
Fermer
1727
p. 176-178
A Rome, le 11 Aoust 1717.
Début :
Le Compliment du Marquis del Bafalo au Comte Galas, fait ici [...]
Mots clefs :
Compliment italien, Marquis, Comte, Rome, Noblesse, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Aoust 1717.
A Rome , le 11. Aouſt 1717.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Fermer
1728
p. 178-180
RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
Début :
Sig. Marchese Ricero le discolpe chella mi fa, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Noblesse, Assemblée, Pardon, Vénération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
RISPOSTA .
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
Fermer
1729
p. 180-183
Bataille de Belgrade. [titre d'après la table]
Début :
Le 27, à la pointe du jour, un Courier dépêché par [...]
Mots clefs :
Duchesse, Courrier, Victoire, Belgrade, Électeur, Combat, Camp, Vainqueurs, Cavalerie, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bataille de Belgrade. [titre d'après la table]
Le 27 , à la pointe du jour ,
Courier dépêché par S. A. E. Me de
Bavière, à Madame la Ducheſſe , est
Jarrivé à Paris avec l'importante
Nouvelle de la Victoire remportée
par le Prince Eugéne de Savoye , fur
'Armée des Infidéles , devant Belgrade,
le 16 Aouſt 1717. Cer Electeur
mande à cette Princeffe , que le 21 au
foit, il avoit reçu un Exprés du Prince
Electoral fon fils qui lui marquoit
que le 15 , le Prince Eugene profitant
d'un
D'AOUS r. 181
d'un Broüillard fort épais , avoit fait
fortir de fon Camp 58 Bataillons & 76
Edrons ; les ayant fait accompagnerde
toutes lesTrompettes de l'Armée
, Timbales &Tambours : Que
M. de Mercy commandoit 38 Eſcadrons
de la droite & M. de Palfi 38
autres de la gauche ; que ce fut ce der-
• nier qui commença ſur les heures du
matin ,pendant le Broüillard , à atraquer
lesTurcs dans leur premiere Parallele
ou Retranchement qui n'avoit
passété long - teins diſpure : Que
la ſeconde Paralelle fut mieux deffenduë
, mais , que la troiſiéme fur
franchie affez promtement ; que pour
la quatrième , le Combat avoit été
fort opiniatre ; le Canon des Ennemis
ayant été pris & repris trois fois pendant
ce tems - là. Le Prince Eugéne
voyant que l'Infanterie & la Cavale.
rie de la droite differoient d'attaquer ,
en envoya demander la raiſon: LesGénéraux
lui répondirent qu'il n'étoir
preſque pas poſſible à cauſe de l'obfcurité.
Ils donnérent néanmoins dans
ce moment avec furie. Sur les 8 heures
, le Soleil ayant percé ces ténébres ,
ce Prince ramaſſa tout ce qu'il avoit
A18ft 1717.
182 LE MERCURE
-
deTroupes', fortit de ſes Retranchemens
, après avoir laiflé M. le Duc
d'Aremberg à la Garde des Lignes ,
& fondit pour lors ſi vivement ſur les
Turcs,déja effrayés de la vigeur de nos
Troupes , qu'ils ne fongerent plus qu'à
fuir ; ayant abandonné au pouvoir
des Vairgueurs 80 Piéces de Canons
ou environ & vingt Mortiers , avec
leur Camp , Tentes &c. La Cavalerie
ſe contenta de traverſer leur Camp &
d'aller un peu au delà. On ne
voulut pas , ou plûtôt on ne pût
pas aller plus loin , parce que nos
Chevaux étant fort haraffés , à caufe
de la difette précédente du Fourage ,
manquoient de force pour poursuivie
les Ennemis.. On envoya viſiter exa-
Etement l'état du Camp des Infidéles;
après quoi , on s'en miten poffeffion &
on laifla butiner nos Troupes. A la premiere
vûë , on croit qu'il y a environ
huit à dix mille hommes de tuez de
part & d'autre. S. A. E. ajoute que
Mgr le Comte de Charolois & les
Princes de Baviére font en bonne fanté.
Ils ont accompagné le Prince Eugéne
pendant toute l'Action. On a
trouvé dans le Camp des Turcs affez
D'AOUST. 183
P
de Munitions , de Vivres, de Chameaux
& de Chevaux, pour pouſſer juſqu'à
Semendria & à Niſſa. On ne doute
pas que ce ne ſoit le deſſein du Prince
Eugene , auſſi- tôt qu'il aura pris Belgrade
; ayant préſentement la facilité
de faire rafraichir ſa Cavalerie & de
bien nourir ſon Infanterie . De tous les
François de nom , il n'y a û que le
Marquis de Villette qui ait été bleſfé
d'un coup de fufil, à travers le corps . Il
paroît que les Turcs ſe ſont retirez en
très bonordre;puiſque nos Coureursont
pouffé en avant juſqu'à 4 ou 3 lieuës ,
fans avoir preſque trouvé de Traineurs ,
parce que ces Troupes étoient fraiches
& qu'elles n'avoient point fatigué.
Le 28 , un Page de M. le Prince de
Dombes qui a toûjours été auprès de
ce Prince pendant l'Action & qui y a
même reçu une contufion , a confirmé
tout ce que l'on avoit appris par le
Courier de l'Electeur de Baviére.
Ce Page eſt filsde M. Solar ,Ecuyer de
Madame laDucheſſe du Maine. Il fût
renverſé dans laCanonade du 5, avec le
Pre fon Mrre,d'un boulet de Canon qui
donna à leurspieds. Toute la Cour lui a
fait des préfens, pour les bonnes nouvel- .
les qu'il a apportées .
Courier dépêché par S. A. E. Me de
Bavière, à Madame la Ducheſſe , est
Jarrivé à Paris avec l'importante
Nouvelle de la Victoire remportée
par le Prince Eugéne de Savoye , fur
'Armée des Infidéles , devant Belgrade,
le 16 Aouſt 1717. Cer Electeur
mande à cette Princeffe , que le 21 au
foit, il avoit reçu un Exprés du Prince
Electoral fon fils qui lui marquoit
que le 15 , le Prince Eugene profitant
d'un
D'AOUS r. 181
d'un Broüillard fort épais , avoit fait
fortir de fon Camp 58 Bataillons & 76
Edrons ; les ayant fait accompagnerde
toutes lesTrompettes de l'Armée
, Timbales &Tambours : Que
M. de Mercy commandoit 38 Eſcadrons
de la droite & M. de Palfi 38
autres de la gauche ; que ce fut ce der-
• nier qui commença ſur les heures du
matin ,pendant le Broüillard , à atraquer
lesTurcs dans leur premiere Parallele
ou Retranchement qui n'avoit
passété long - teins diſpure : Que
la ſeconde Paralelle fut mieux deffenduë
, mais , que la troiſiéme fur
franchie affez promtement ; que pour
la quatrième , le Combat avoit été
fort opiniatre ; le Canon des Ennemis
ayant été pris & repris trois fois pendant
ce tems - là. Le Prince Eugéne
voyant que l'Infanterie & la Cavale.
rie de la droite differoient d'attaquer ,
en envoya demander la raiſon: LesGénéraux
lui répondirent qu'il n'étoir
preſque pas poſſible à cauſe de l'obfcurité.
Ils donnérent néanmoins dans
ce moment avec furie. Sur les 8 heures
, le Soleil ayant percé ces ténébres ,
ce Prince ramaſſa tout ce qu'il avoit
A18ft 1717.
182 LE MERCURE
-
deTroupes', fortit de ſes Retranchemens
, après avoir laiflé M. le Duc
d'Aremberg à la Garde des Lignes ,
& fondit pour lors ſi vivement ſur les
Turcs,déja effrayés de la vigeur de nos
Troupes , qu'ils ne fongerent plus qu'à
fuir ; ayant abandonné au pouvoir
des Vairgueurs 80 Piéces de Canons
ou environ & vingt Mortiers , avec
leur Camp , Tentes &c. La Cavalerie
ſe contenta de traverſer leur Camp &
d'aller un peu au delà. On ne
voulut pas , ou plûtôt on ne pût
pas aller plus loin , parce que nos
Chevaux étant fort haraffés , à caufe
de la difette précédente du Fourage ,
manquoient de force pour poursuivie
les Ennemis.. On envoya viſiter exa-
Etement l'état du Camp des Infidéles;
après quoi , on s'en miten poffeffion &
on laifla butiner nos Troupes. A la premiere
vûë , on croit qu'il y a environ
huit à dix mille hommes de tuez de
part & d'autre. S. A. E. ajoute que
Mgr le Comte de Charolois & les
Princes de Baviére font en bonne fanté.
Ils ont accompagné le Prince Eugéne
pendant toute l'Action. On a
trouvé dans le Camp des Turcs affez
D'AOUST. 183
P
de Munitions , de Vivres, de Chameaux
& de Chevaux, pour pouſſer juſqu'à
Semendria & à Niſſa. On ne doute
pas que ce ne ſoit le deſſein du Prince
Eugene , auſſi- tôt qu'il aura pris Belgrade
; ayant préſentement la facilité
de faire rafraichir ſa Cavalerie & de
bien nourir ſon Infanterie . De tous les
François de nom , il n'y a û que le
Marquis de Villette qui ait été bleſfé
d'un coup de fufil, à travers le corps . Il
paroît que les Turcs ſe ſont retirez en
très bonordre;puiſque nos Coureursont
pouffé en avant juſqu'à 4 ou 3 lieuës ,
fans avoir preſque trouvé de Traineurs ,
parce que ces Troupes étoient fraiches
& qu'elles n'avoient point fatigué.
Le 28 , un Page de M. le Prince de
Dombes qui a toûjours été auprès de
ce Prince pendant l'Action & qui y a
même reçu une contufion , a confirmé
tout ce que l'on avoit appris par le
Courier de l'Electeur de Baviére.
Ce Page eſt filsde M. Solar ,Ecuyer de
Madame laDucheſſe du Maine. Il fût
renverſé dans laCanonade du 5, avec le
Pre fon Mrre,d'un boulet de Canon qui
donna à leurspieds. Toute la Cour lui a
fait des préfens, pour les bonnes nouvel- .
les qu'il a apportées .
Fermer
1730
p. 184-187
DEUXIEME RELATION Ecrite le 16 à 5 heures du soir, sur le Champ de Bataille devant Belgrade.
Début :
La Bataille qui vient de se donner a commencé à 5 heures du matin [...]
Mots clefs :
Bataille, Ennemis, Prince, Armées, Turcs, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIEME RELATION Ecrite le 16 à 5 heures du soir, sur le Champ de Bataille devant Belgrade.
DEUXIEME RELATION
Ecrite le 15às heures du soir ,ſur le
Champ de Bataille devant Belgrade.
L
ABataille qui vient de ſe donner
a commencé á s heuresdu matin,
àla faveur d'un grand broüillard , &
afini entre 8 & 9. Les Ennemis avoient
pouffé des paralleles & des eſpeces
de tranchées ſi prés de nous ,qu'il n'y
avoit plus moyen de douter qu'ils
n'euffent envie de nous attaquer ; ce
qui fit prendre hier à midi , à M. le
Prince Eugene , le parti de les prévenir
: Il fit fa diſpoſition avec les Officiers
Généraux de fon Armée &parut
enſuite en public , avec autant de
tranquillité que s'il avoit eſté bien fût
de l'événement de la plus grande affaire
qu'il ût jamais entrepriſe. La Cavalerie
commandée par les Généraux
Merci , Palfy & Montécuculli eſt ſortie
par ladroite le long de la Save,excepté
quelques Régimens que l'on avoit
laillé pour couvrir le Danube. L'Infanterie
a debouché par le Centre,
fous les ordres du Maréchal Virtemberg
& s'eſt trouvée en prefence des
C
11
じ
E
i
E
t
D'AOUS T.
185
Ennemis , beaucoup plutoſt qu'on ne
croyoit ; parce que dans letemps que
nous nous diſpotions à les attaquer , ils
ſe préparoient de leur côté , à enlever
une fléche qui est au centre de nos
Travaux. Comme le broüillard étoit
épouvantable , l'on s'eſt trouvé mêlé
auffitôt que reconnu , ce qui a engagé
un combat trés particulier , que les'
Turcs ont foûtenu avec vigueur ;
mais nôtre Cavalerie les prenant par
leur flanc qui n'étoit pas foûtenu ,
il a fallu qu'ils rentrallent dans la
tranchée qu'ils ont deffenduë juſqu'à
trois fois contre le Général Merci . A la
quatrième , ils ont été culbuté. La Cavalerie
y a fait des prodiges devaleur , &
l'Infanterie s'eſt trés- bien acquitée de
ſon devoir : mais l'obſcurité empêchoit
les Corps de ſe ſoûtenir l'un l'autre.
Enfin le Soleil a paru & nous a fait voir
nôtre avantage. Pour lors, M. le Prince
Eugene a marché lui-même à une battesie
qui nous incommodoit beaucoup &
qui par ſa priſe à achevé de déterminer
le gain de la Bataille. LesTurcs n'ont
plus ſongé qu'à ſe retirer ; nous abandonnant
80 piéces de Canon & vingt
mortiers , leur Camp rout ten-
Qiij
186. LE MERCURE
4
du& le Champ de Bataille. Le pillage
du Camp fait actuellement grand plaifit
à nos Troupes. M. le Prince de
Dombes n'a pas quitté M. le Prince
Eugéned'un ſeul pas : Il n'a perdu perſonnede
ſa ſuite. Le Marquis de Villette
a été bleſſé prés de lui ; ſon coup
lui prend à l'Omoplatte & lui perce
pardevant. Les Chirurgiens en eſperent
beaucoup. Le Prince Eugéne a eu fa
manche percée à l'attaque de la batterie.
Le Géneral Hauben , le Prince
Taxis, le fils du Maréchal Palfi , lesP.P.
de Virtemberg , de Hefle & un Cadee
Lobkauvifz ont été dangereuſement
bleffé. A vous dire le vrai, on ne
ſçait point encore nôtre perre ni celle
des Ennnemis : Elle eſt affez confidérable
, puiſqu'il eſt rare de trouver de
la Cavallerie capable de forcer 4Retranchemens
ſoûtenus par de l'Infantexie
. M. M. les P. P. de Portugal , de
Bavière , de Charolois de Lorraine &
le Marquis d'Alincour , ont toûjours
accompagné le P. Eugene. C'eſt dommage
que le Grand Viſir ne nous ait
pas fait l'honneur de nous attendre :
On lui en ſçait mauvais gré. Il fuit à
tire d'aîle . Nous allons prendre BelD'AOUST
187
grade en Pantoufles , puis nous repren
drons le chemin de Paris. M. le Comte
d'Eftrade n'eſt pas trop bien ; tous
ces mouvemens lui aïant cauſe la fiévre,
à cauſede ſa bleſſurequi eſt grande .
On lui coupa la jambe,le6 de ce mois.
Ecrite le 15às heures du soir ,ſur le
Champ de Bataille devant Belgrade.
L
ABataille qui vient de ſe donner
a commencé á s heuresdu matin,
àla faveur d'un grand broüillard , &
afini entre 8 & 9. Les Ennemis avoient
pouffé des paralleles & des eſpeces
de tranchées ſi prés de nous ,qu'il n'y
avoit plus moyen de douter qu'ils
n'euffent envie de nous attaquer ; ce
qui fit prendre hier à midi , à M. le
Prince Eugene , le parti de les prévenir
: Il fit fa diſpoſition avec les Officiers
Généraux de fon Armée &parut
enſuite en public , avec autant de
tranquillité que s'il avoit eſté bien fût
de l'événement de la plus grande affaire
qu'il ût jamais entrepriſe. La Cavalerie
commandée par les Généraux
Merci , Palfy & Montécuculli eſt ſortie
par ladroite le long de la Save,excepté
quelques Régimens que l'on avoit
laillé pour couvrir le Danube. L'Infanterie
a debouché par le Centre,
fous les ordres du Maréchal Virtemberg
& s'eſt trouvée en prefence des
C
11
じ
E
i
E
t
D'AOUS T.
185
Ennemis , beaucoup plutoſt qu'on ne
croyoit ; parce que dans letemps que
nous nous diſpotions à les attaquer , ils
ſe préparoient de leur côté , à enlever
une fléche qui est au centre de nos
Travaux. Comme le broüillard étoit
épouvantable , l'on s'eſt trouvé mêlé
auffitôt que reconnu , ce qui a engagé
un combat trés particulier , que les'
Turcs ont foûtenu avec vigueur ;
mais nôtre Cavalerie les prenant par
leur flanc qui n'étoit pas foûtenu ,
il a fallu qu'ils rentrallent dans la
tranchée qu'ils ont deffenduë juſqu'à
trois fois contre le Général Merci . A la
quatrième , ils ont été culbuté. La Cavalerie
y a fait des prodiges devaleur , &
l'Infanterie s'eſt trés- bien acquitée de
ſon devoir : mais l'obſcurité empêchoit
les Corps de ſe ſoûtenir l'un l'autre.
Enfin le Soleil a paru & nous a fait voir
nôtre avantage. Pour lors, M. le Prince
Eugene a marché lui-même à une battesie
qui nous incommodoit beaucoup &
qui par ſa priſe à achevé de déterminer
le gain de la Bataille. LesTurcs n'ont
plus ſongé qu'à ſe retirer ; nous abandonnant
80 piéces de Canon & vingt
mortiers , leur Camp rout ten-
Qiij
186. LE MERCURE
4
du& le Champ de Bataille. Le pillage
du Camp fait actuellement grand plaifit
à nos Troupes. M. le Prince de
Dombes n'a pas quitté M. le Prince
Eugéned'un ſeul pas : Il n'a perdu perſonnede
ſa ſuite. Le Marquis de Villette
a été bleſſé prés de lui ; ſon coup
lui prend à l'Omoplatte & lui perce
pardevant. Les Chirurgiens en eſperent
beaucoup. Le Prince Eugéne a eu fa
manche percée à l'attaque de la batterie.
Le Géneral Hauben , le Prince
Taxis, le fils du Maréchal Palfi , lesP.P.
de Virtemberg , de Hefle & un Cadee
Lobkauvifz ont été dangereuſement
bleffé. A vous dire le vrai, on ne
ſçait point encore nôtre perre ni celle
des Ennnemis : Elle eſt affez confidérable
, puiſqu'il eſt rare de trouver de
la Cavallerie capable de forcer 4Retranchemens
ſoûtenus par de l'Infantexie
. M. M. les P. P. de Portugal , de
Bavière , de Charolois de Lorraine &
le Marquis d'Alincour , ont toûjours
accompagné le P. Eugene. C'eſt dommage
que le Grand Viſir ne nous ait
pas fait l'honneur de nous attendre :
On lui en ſçait mauvais gré. Il fuit à
tire d'aîle . Nous allons prendre BelD'AOUST
187
grade en Pantoufles , puis nous repren
drons le chemin de Paris. M. le Comte
d'Eftrade n'eſt pas trop bien ; tous
ces mouvemens lui aïant cauſe la fiévre,
à cauſede ſa bleſſurequi eſt grande .
On lui coupa la jambe,le6 de ce mois.
Fermer
1731
p. 187-189
SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
Début :
Il n'est pas vrai, comme je l'ai marqué à la page 112 [...]
Mots clefs :
Prince, Seigneur, Survivance, Province, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
SUPPLEMENT
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
Fermer
1732
p. 49-56
ABREGÉ HISTORIQUE DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE.
Début :
Belgrade ou Albe-grecque, Ville de Servie, Capitale de la [...]
Mots clefs :
Belgrade, Capitale, Siège, Danube, Despotes, Défaite, Capitaine, Avantages, Alexandre VIII, Pape, Combats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABREGÉ HISTORIQUE DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE.
ABREGE' HISTORIQUE
DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE .
B
ELGRADE ou Albe-grecque ,
Ville de Servie , Capitale de la Ra
cie& non de la Hongrie , eſt bâtie ſur
le ſommet d'une Coline , au confluant
de la Save avec le Danube : Elle eſt la
réſidence d'un Sangiac . Cette Place
importante appartenoit aux Despottes
deServie , qui craignans de ne pouvoir
la conſerver contre la puiſſance formidable
des Ottomans , la vendirent à
l'infotuné Sigifmond Empereur & Roy
de Hongrie , qui n'oublia rien pour
la bien fortifier . Amurath II. Taf
fiegea inutilement en 1442 ; & quoique
avec des pieces de 100 livres de balles
il ûr fait une large brêche ,il fut obligé
de lever honteuſement le Siege avec
une perte trés conſidérable. Mahomet
II. fon fils s'en tira encore plus malheureuſement
; car, ayant affiegé cette Pla-
Septembre 1717.
E
:
So. LE MERCURE
<
ce en 1455 & couvert le Danube de
plus de 200 Voiles , le fameux Jean
Corvin Huniades , Vaivode de Tranfilvanie
& Gouverneur de la Hongrie ,
contraignit cette nombreuſe Flotte à fe
retirer , à laquelle Mahomet fit mettre
le feu ,craignant que les Chrêtiens en
la pourſuivant ne s'en faififfent. Malgré
cet Echec , ce Sultan battoit la Ville en
brêche & l'élargit fi fort, que les Troupes
qu'il envoya à l'affaut , entrerent
Lans preſque aucune réſiſtance dans la
Place où Huniades,s'eſtoit jetté. Lorfqu'il
parut à ce Grand Capitaine qu'il
eſtoit àpropos de lescharger ,le Gouverneur&
Jean de Capiſtran Cordelier'
àla tête d'une partie de laGarnifon.fon .
dirent fi bruſquement ſur les .Infidéles ,
qu'ils les taillérent en pieces. D'un au,
tre côté Huniades ayant couru à la Biêche,
repoulla & renverfa les Ennemis
qui s'efforçoient d'entier. Jean de Capiſtran
non content du premier avanta
ge , étant forti par une porte avec tous
les Soldats de la Garniſon & tous les
Habitans, maffacra tout ce qui ofa s'oppofer
à fon courage , s'empara de l'artil'erne
du Turc ,la fit tourner contre
les Musulmans & ſoutint avec une inDE
SEPTEMBRE 1
de
20
iile
;
ار
répidité qui tenoit du prodigem Monde
d'Ennemis qui vinrent fondre fur
luy. Il auroit cependant ſuccombé,malgré
le miracle, fi Huniades n'avoit fait
avancer la plus grande partie de l'Armée
Hongroiſe , qui par bonheur voloit
au ſecours de Belgrade & avoit déja
paſſé le Danube. Mahomet perdit
50000 Hommes dans cette journée &
leva le Siége la nuit ſuivante , aprés
y avoir û un oeil crevé d'un coup de
Heche:Le brave Huniades mourut deux
jours aprés de ſes bleſſures.
Comme la défenſe& la conſervation
de cette Place fut attribuée à la valeur
& aux prières de Capiſtran envoyé par
le Pape en Hongrie , pour animet les
Peuples à prendre les armes contre les
Ennemis du Nom Chretien , les Penples
l'ûrent du depuis dans uneextré
me vénération ,le regardant comme
P'Ange exterminateur des Infidéles :
Auffi fut-ilbeatifié dans le 16º Siéele ,
par Leon X. & canoniſé par le Pape
Alexandre VII I. en 1690. Je dirai en
paſſant , que ce nouveau Saint eſt tellement
honoré à Vienne , que le 24 Juillet
de cette année , l'Imperatrice ſe
rendit avec les Archiduchefles à l'Es..
:
Eij
92 LE MERCURE
gliſe de Saint Jerôme des Peres Cordeliers
, où elle aſſiſta à la Neuvaine qui
s'y eſt faite en l'honneur de ce Bienheureux
Protecteur , pour demander
par ſon interceffion , la Bénédiction de
Dieu ſur les Armes Imperiales & un
heureux ſuccés du Siége de Belgrade .
Leurs Voeux onteſté exaucé.
Soliman I I. l'ayant affiegé en 1521,
durant les troubles dont la Hongrie
eſtoit agitée , l'emporta par la meſintelligence
des Chrêtiens : Les Turcs en
reſterent les Maîtres juſqu'en 1688 , que .
les Imperiaux le prirent ſous la conduite
de Maximilien Marie Electeur de
Baviere , qui commandoit pour lors
l'Armée de l'Empereur Leopold.
La Tranchée fut ouverte la nuit du
12 au 13 d'Aouſt. Le ſix du mois fuivant
, S. A. E. fit donner l'aſſlaut à neuf
heures du matin: Le combat dura jufqu'à
une heure après midi , avant que
les Chrêtiens puſſent ſe loger ſur la
hauteur de la bréche , ayant été repouffé
trois fois par les Infideles .
Après s'en être emparé au quatriéme
afſfaut , ils trouvérent encore un foffé
trés profond & revêtu. Cependant ,
ils furent tellement encouragé par
DE SEPTEMBRE. 53
of
en
de
de
15
1
l'exemple de l'Electeur qui y defcendit
des premiers, l'épée à la main, qu'ils
contraignirent les Ottomansà ſe ſauver
en confution dans le Château &
dans la Ville haute où ils les poursuivisen:
& entrérent pêle mêle avec eux.
Toute la Garniſon & tous les Habitans
furent paffe'au fil de l'épée, fans épargnerles
femmes ni lesenfans Lecarnage
dura juſqu à 5 heures da foir. Onne
fit quartier qu'à 1300 Turcs retirés far
le Donjon du Château , qui avoient
faitranger devant eux fur trois lignes,
tous les Chrêtiens Efclaves & les Prifonniers
qu'ils avoient fait durant le
Siége ; afinde ſe mettre à couvert de
la fureur des Vainqueurs & d'obtenir
quartier par leur moyen. Ils ſe jettérent
d'abord à terre en criant
miféricorde. L'Electeur leur donna ge
néreuſement la vie, l'ayant accordée
auparavant au Bachata l'Aga des
Janiflaires qu'il fit lui même Prifonniers.
Ce Prince fut bleſſé légérement
d'une pierre à ta joie & d'une fléche
à la main , pendant qu'il animoit les
Sodais à la Breche où il monta le
premier. Il y avoit dans la Place 7 à 8
-mille corps morts ; de forte que les En-
E iij
54 LE MERCURE
:
voyez de la Porte y étant arrivé ,
avant qu'on ût jetté ces Cadavres dans
leDanube, ils demeurerent conſternés
à ce ſpectacle affreux. Les Chrétiens
perdirent à cet Aflaut plus de 1500
hommes , avec pluſieurs braves Officiers&
un grand nombre de Volontaires
de Diſtinction. On trouva quantité
de Munitions , 70 Piéces de Canon &
pluſieurs Mortiers. Les Soldats s'y enrichirent
preſque tous , ayant découvert
en divers endroits les meilleurs effets
des Turcs & furtout,un Tréſor confidérable
qui appartenoit aux Juifs. Le
Comte Guy de Staremberg fut mis
dans la Place pour y commander.
En 1690 , Belgrade fut repris par
l'Armée du Grand Seigneur, commandéepar
leGrand Viſir qui inveſtit cette
Place le premier Octobre. La Garnifon
nombreuſe & compoſée de vieilles
Troupes Impériales , paroiſſoit diſpoſée
à une vigoureuſe deffenſe. Elle
étoit commandée en Chef par le Duc
Charles Eugéne de Croy Général de
Réputation , lequel nonobitant fon
grand âge , avoit û ordre de s'y jetter :
C'eſt ce qu'il exécuta le 8 Octobre .
Le même jour de ſon arrivée à quatre
DE SEPTEMBRE.
SS
SG
The
el
ont
100
ere
30
es
t
heures du foir , une Bombe des Turcs
étant tombée fortuitement ſur la
grande Tour , elle mit le feu aux poudres&
fit fauter cette Tour en l'air avec
une partie de la Courtine & les Canons
qui étoient deſſus ; ce qui fit une
bréche ſi ſpacieuſe que les Infidéles
pouvoienty entrer en Eſcadrons. Les
Troupes qui étoient au Corps de
Garde voiſin& celles qui les relevoient,
furent la plupart enfevelies ſous les
ruines.Plus de mille Soldats qui étoient
dans la Place d'Armes , furent tué ou
bleffé. Le Duc de Croy & le Comte
-d'Apremont ſe ſauvérent avec beaucoup
de riſque par les fenêtres dans
la ruë. Enſuite, quelque ſoin qu'on apportât
pour empêcher que lefeu nele
communiquất aux autres Magaſins de
poudre, ils furent embraze , & laurérent
de même que le premier .
L'Incendie eſtant devenue bientôt
générale & épouventable, le déſordre
augmenta encore ,parceque la fuméeestoit
fi épaiſſe que l'on ne pouvoit
plus ſe reconnoiſtre pour donner les
ordres néceſſaires , afin de s'oppofer
aux Ennemis : Ainfi, lesTurcs profitans
de la confuſion extréme dans laquelle
56
LE MERCURE
:
les Généraux , les Soldats &les Habitans
ſe trouvoient , entrerent fans aucune
oppofition, Toute la Garniſon
compoſée de plus de 6000 Hommes,
fut taillée enpiéces , excepté trois ou
400qui ſe ſauvérent dans des bateaux
ou à la nage avec le Duc de Croy , le
Comte d'Apremont , le Comte Archinto&
quelques autres Officiers qui ſe
retirerent àEffeck.
Cene Ville fut raſſiegée trois ans
aprés par l'Armée Impériale , ſous
le Commandement du mêine Duc de
Croy: On ouvrit la tranchée la nuit
dus; au 14d'Aouft ;& le 10 Septerabre
ſuivant , les Allemans , aprés
avoir à 8 ou 10000 Hommes de tués
ou de bleffés ,furent obligé de lever
Je Siège àl'approche de l'Armée Orto
mane forte de plus de 100000 Hommes.
Enfin, le Prince Eugene vient de vengerle
Sang Chrêtien par iine Victoire
complette qu'il a remportée le16 Aouſt
dernier& qui fut ſuivie le lendemain
de 14 Capitulation de cerempart des
Infideles.
DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE .
B
ELGRADE ou Albe-grecque ,
Ville de Servie , Capitale de la Ra
cie& non de la Hongrie , eſt bâtie ſur
le ſommet d'une Coline , au confluant
de la Save avec le Danube : Elle eſt la
réſidence d'un Sangiac . Cette Place
importante appartenoit aux Despottes
deServie , qui craignans de ne pouvoir
la conſerver contre la puiſſance formidable
des Ottomans , la vendirent à
l'infotuné Sigifmond Empereur & Roy
de Hongrie , qui n'oublia rien pour
la bien fortifier . Amurath II. Taf
fiegea inutilement en 1442 ; & quoique
avec des pieces de 100 livres de balles
il ûr fait une large brêche ,il fut obligé
de lever honteuſement le Siege avec
une perte trés conſidérable. Mahomet
II. fon fils s'en tira encore plus malheureuſement
; car, ayant affiegé cette Pla-
Septembre 1717.
E
:
So. LE MERCURE
<
ce en 1455 & couvert le Danube de
plus de 200 Voiles , le fameux Jean
Corvin Huniades , Vaivode de Tranfilvanie
& Gouverneur de la Hongrie ,
contraignit cette nombreuſe Flotte à fe
retirer , à laquelle Mahomet fit mettre
le feu ,craignant que les Chrêtiens en
la pourſuivant ne s'en faififfent. Malgré
cet Echec , ce Sultan battoit la Ville en
brêche & l'élargit fi fort, que les Troupes
qu'il envoya à l'affaut , entrerent
Lans preſque aucune réſiſtance dans la
Place où Huniades,s'eſtoit jetté. Lorfqu'il
parut à ce Grand Capitaine qu'il
eſtoit àpropos de lescharger ,le Gouverneur&
Jean de Capiſtran Cordelier'
àla tête d'une partie de laGarnifon.fon .
dirent fi bruſquement ſur les .Infidéles ,
qu'ils les taillérent en pieces. D'un au,
tre côté Huniades ayant couru à la Biêche,
repoulla & renverfa les Ennemis
qui s'efforçoient d'entier. Jean de Capiſtran
non content du premier avanta
ge , étant forti par une porte avec tous
les Soldats de la Garniſon & tous les
Habitans, maffacra tout ce qui ofa s'oppofer
à fon courage , s'empara de l'artil'erne
du Turc ,la fit tourner contre
les Musulmans & ſoutint avec une inDE
SEPTEMBRE 1
de
20
iile
;
ار
répidité qui tenoit du prodigem Monde
d'Ennemis qui vinrent fondre fur
luy. Il auroit cependant ſuccombé,malgré
le miracle, fi Huniades n'avoit fait
avancer la plus grande partie de l'Armée
Hongroiſe , qui par bonheur voloit
au ſecours de Belgrade & avoit déja
paſſé le Danube. Mahomet perdit
50000 Hommes dans cette journée &
leva le Siége la nuit ſuivante , aprés
y avoir û un oeil crevé d'un coup de
Heche:Le brave Huniades mourut deux
jours aprés de ſes bleſſures.
Comme la défenſe& la conſervation
de cette Place fut attribuée à la valeur
& aux prières de Capiſtran envoyé par
le Pape en Hongrie , pour animet les
Peuples à prendre les armes contre les
Ennemis du Nom Chretien , les Penples
l'ûrent du depuis dans uneextré
me vénération ,le regardant comme
P'Ange exterminateur des Infidéles :
Auffi fut-ilbeatifié dans le 16º Siéele ,
par Leon X. & canoniſé par le Pape
Alexandre VII I. en 1690. Je dirai en
paſſant , que ce nouveau Saint eſt tellement
honoré à Vienne , que le 24 Juillet
de cette année , l'Imperatrice ſe
rendit avec les Archiduchefles à l'Es..
:
Eij
92 LE MERCURE
gliſe de Saint Jerôme des Peres Cordeliers
, où elle aſſiſta à la Neuvaine qui
s'y eſt faite en l'honneur de ce Bienheureux
Protecteur , pour demander
par ſon interceffion , la Bénédiction de
Dieu ſur les Armes Imperiales & un
heureux ſuccés du Siége de Belgrade .
Leurs Voeux onteſté exaucé.
Soliman I I. l'ayant affiegé en 1521,
durant les troubles dont la Hongrie
eſtoit agitée , l'emporta par la meſintelligence
des Chrêtiens : Les Turcs en
reſterent les Maîtres juſqu'en 1688 , que .
les Imperiaux le prirent ſous la conduite
de Maximilien Marie Electeur de
Baviere , qui commandoit pour lors
l'Armée de l'Empereur Leopold.
La Tranchée fut ouverte la nuit du
12 au 13 d'Aouſt. Le ſix du mois fuivant
, S. A. E. fit donner l'aſſlaut à neuf
heures du matin: Le combat dura jufqu'à
une heure après midi , avant que
les Chrêtiens puſſent ſe loger ſur la
hauteur de la bréche , ayant été repouffé
trois fois par les Infideles .
Après s'en être emparé au quatriéme
afſfaut , ils trouvérent encore un foffé
trés profond & revêtu. Cependant ,
ils furent tellement encouragé par
DE SEPTEMBRE. 53
of
en
de
de
15
1
l'exemple de l'Electeur qui y defcendit
des premiers, l'épée à la main, qu'ils
contraignirent les Ottomansà ſe ſauver
en confution dans le Château &
dans la Ville haute où ils les poursuivisen:
& entrérent pêle mêle avec eux.
Toute la Garniſon & tous les Habitans
furent paffe'au fil de l'épée, fans épargnerles
femmes ni lesenfans Lecarnage
dura juſqu à 5 heures da foir. Onne
fit quartier qu'à 1300 Turcs retirés far
le Donjon du Château , qui avoient
faitranger devant eux fur trois lignes,
tous les Chrêtiens Efclaves & les Prifonniers
qu'ils avoient fait durant le
Siége ; afinde ſe mettre à couvert de
la fureur des Vainqueurs & d'obtenir
quartier par leur moyen. Ils ſe jettérent
d'abord à terre en criant
miféricorde. L'Electeur leur donna ge
néreuſement la vie, l'ayant accordée
auparavant au Bachata l'Aga des
Janiflaires qu'il fit lui même Prifonniers.
Ce Prince fut bleſſé légérement
d'une pierre à ta joie & d'une fléche
à la main , pendant qu'il animoit les
Sodais à la Breche où il monta le
premier. Il y avoit dans la Place 7 à 8
-mille corps morts ; de forte que les En-
E iij
54 LE MERCURE
:
voyez de la Porte y étant arrivé ,
avant qu'on ût jetté ces Cadavres dans
leDanube, ils demeurerent conſternés
à ce ſpectacle affreux. Les Chrétiens
perdirent à cet Aflaut plus de 1500
hommes , avec pluſieurs braves Officiers&
un grand nombre de Volontaires
de Diſtinction. On trouva quantité
de Munitions , 70 Piéces de Canon &
pluſieurs Mortiers. Les Soldats s'y enrichirent
preſque tous , ayant découvert
en divers endroits les meilleurs effets
des Turcs & furtout,un Tréſor confidérable
qui appartenoit aux Juifs. Le
Comte Guy de Staremberg fut mis
dans la Place pour y commander.
En 1690 , Belgrade fut repris par
l'Armée du Grand Seigneur, commandéepar
leGrand Viſir qui inveſtit cette
Place le premier Octobre. La Garnifon
nombreuſe & compoſée de vieilles
Troupes Impériales , paroiſſoit diſpoſée
à une vigoureuſe deffenſe. Elle
étoit commandée en Chef par le Duc
Charles Eugéne de Croy Général de
Réputation , lequel nonobitant fon
grand âge , avoit û ordre de s'y jetter :
C'eſt ce qu'il exécuta le 8 Octobre .
Le même jour de ſon arrivée à quatre
DE SEPTEMBRE.
SS
SG
The
el
ont
100
ere
30
es
t
heures du foir , une Bombe des Turcs
étant tombée fortuitement ſur la
grande Tour , elle mit le feu aux poudres&
fit fauter cette Tour en l'air avec
une partie de la Courtine & les Canons
qui étoient deſſus ; ce qui fit une
bréche ſi ſpacieuſe que les Infidéles
pouvoienty entrer en Eſcadrons. Les
Troupes qui étoient au Corps de
Garde voiſin& celles qui les relevoient,
furent la plupart enfevelies ſous les
ruines.Plus de mille Soldats qui étoient
dans la Place d'Armes , furent tué ou
bleffé. Le Duc de Croy & le Comte
-d'Apremont ſe ſauvérent avec beaucoup
de riſque par les fenêtres dans
la ruë. Enſuite, quelque ſoin qu'on apportât
pour empêcher que lefeu nele
communiquất aux autres Magaſins de
poudre, ils furent embraze , & laurérent
de même que le premier .
L'Incendie eſtant devenue bientôt
générale & épouventable, le déſordre
augmenta encore ,parceque la fuméeestoit
fi épaiſſe que l'on ne pouvoit
plus ſe reconnoiſtre pour donner les
ordres néceſſaires , afin de s'oppofer
aux Ennemis : Ainfi, lesTurcs profitans
de la confuſion extréme dans laquelle
56
LE MERCURE
:
les Généraux , les Soldats &les Habitans
ſe trouvoient , entrerent fans aucune
oppofition, Toute la Garniſon
compoſée de plus de 6000 Hommes,
fut taillée enpiéces , excepté trois ou
400qui ſe ſauvérent dans des bateaux
ou à la nage avec le Duc de Croy , le
Comte d'Apremont , le Comte Archinto&
quelques autres Officiers qui ſe
retirerent àEffeck.
Cene Ville fut raſſiegée trois ans
aprés par l'Armée Impériale , ſous
le Commandement du mêine Duc de
Croy: On ouvrit la tranchée la nuit
dus; au 14d'Aouft ;& le 10 Septerabre
ſuivant , les Allemans , aprés
avoir à 8 ou 10000 Hommes de tués
ou de bleffés ,furent obligé de lever
Je Siège àl'approche de l'Armée Orto
mane forte de plus de 100000 Hommes.
Enfin, le Prince Eugene vient de vengerle
Sang Chrêtien par iine Victoire
complette qu'il a remportée le16 Aouſt
dernier& qui fut ſuivie le lendemain
de 14 Capitulation de cerempart des
Infideles.
Fermer
1733
p. 57-62
Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Aprés ce préliminaire Historique, il est de nôtre devoir de reprendre / Dans la Palanque qui fut enlevée le 4. du même mois, [...]
Mots clefs :
Canons, Déserteurs, Cavalier, Turcs, Prince, Ennemis, Conseil, Grand vizir, Bataillons, Attaques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Aprés ce préliminaire Historique ,
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
Fermer
1734
p. 62-65
A Venise le 25 Aoust 1717.
Début :
Les Lettres que l'on a reçûës ici cette semaine du Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine Pisani, Flotte, Victoire, Turcs, Canons, Barbares, Armée, Combats, Galère, Blessés et morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 25 Aoust 1717.
A Venise le 25 Aoust 1717.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
Fermer
1735
p. 65-71
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 28 Aoust M. le Duc de Noailles Président du Conseil [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Conseil, Régence, Duc, Abbesse, Palais royal, Décès, Missions, Louis XIV, Charges, Serment de fidélité, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
Fermer
1736
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
Fermer
1737
p. 96-110
JUGEMENT.
Début :
Cela posé, nous donnons d'abord l'exclusion à l'homme [...]
Mots clefs :
Jugement, Cour, Vertus, Fortune, Testament, Courtisan, Ecclésiastique, Richesses, Vainqueur, Réputation, Auditoire, Avocats, Juges, Gratification, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT.
JUGEMENT.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Fermer
1738
p. 110-117
« Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Début :
Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...]
Mots clefs :
Parlement, Députés, Articles, Affaires d'État, Audience, Édits, Administration des finances, Conseil, Déclaration, Pensions, Exemption, Révocation, Bénéfice, Remboursement, Rente viagère, Domaine de la couronne, Intérêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Le 8 , le Parlement fut prorogé par
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
Fermer
1739
p. 117-119
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Début :
Il est ordonné par cet Arrest à tous les Officiers Comptables, Trésoriers, [...]
Mots clefs :
Arrêts, Officiers, Trésoriers, Caissiers, Déclaration, Conseil, Recettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717,
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
Fermer
1740
p. 128-143
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Début :
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis, [...]
Mots clefs :
Mississippi, Vaisseaux, Amérique, Sauvages, Chasse, Climat, Pierres précieuses, Fort, Vers à soie, Gouverneur, Île, Vaisseaux, La Havane, Or et argent, Familles, Nation, Marchandises, Indigo, Laine, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
Fermer
1741
p. 157-170
RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Début :
Comme la Relation suivante venuë en droiture de Belgrade, / Sur les nouvelles que le Prince Eugéne recevoit chaque jour, [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Grand vizir, Tranchée, Bataille, Armée ottomane, Canons, Soldats, Travaux, Conseil de guerre, Bataillons, Infanterie, Ennemis, Pistolet, Belgrade, Artillerie, Armée navale, Camp impérial, Provisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Comme la Rélation fuivante venue
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
Fermer
1742
p. 170-172
« Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...] »
Début :
Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...]
Mots clefs :
Venise, Flotte espagnole, Noblesse, Maison d'Autriche, Vaisseaux, Prince, Gouvernement, Troupes, Victoire, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...] »
L
de ce Es Lettres de Veniſe du 1
mois portent, qu'on commençoit à
paroître fort intrigué ſur les Projets
de la Flote d'Eſpagne. La Nobleffe
publie hautement que la République
étoit prête d'exécuter le dernier Traité
Alliance conclu avec la Maiſon d'Autriche
, en vertu duquel le Sénat s'eſt
cugagé de fournir 4000 hommes & un
certain nombre de Vaiſſeaux à l'Empereur,
files Etats que ce Prince pofféde
en Italie , étoient attaqués par quelque
autre Puiſſance pendant la Caerre
DE SEPTEMBRE. 171
Ge
10
%
t
i
$
du Turc. Ce ſecours doit être même
plus oumoins conſidérable ſelon le lieu
l'Emper. ſera attaqué. LesChefs du
gouvernement ont interrogé le Capello
qui eſt revenu depuis peu de la Reſidence
de Naples ,touchant les ſentimens
des Peuples de ce Royaume
il leur a répondu qu'il croyoit que ſi
les Eſpagnols s'en approchoient , il y
auroit dans ce Pays-là un ſoulevement
preſque générale en leur faveur : Que
deux jours auparavant , on avoit reçû
un Courier de Corfou , avec des Lertres
du Capitaine Général,datrées du
27Aouft, qui portoient que les Turcs
aſſembloient un Corps de Troupes &
qu'ayant avec eux du Canon , il érot
craindre qu'ils n'euffent formé le
deſſeinde faire le Siége de cette Place .
Que ceſoupçon étoit confirmé par le
voiſinagede leurFlote qui s'approchoit
du Zante au nombre de 48 voiles carées,
dont 8 Galéres & 14 demie Galé
res ou Galiotes s'étoient même avancées
juſqu'aux Ifles de Sapienza. Difficilement
lesVénitiens pourront- ils s'oppoſer
à cette entrepriſe.
א
Le peuple a fait ici de grands Feus
de joye , à l'occafion de la Victoire
Pij
172 LE MERCURE
remportée par l'Armée du Prince Eugéne
fur celle des Turcs : Ily a lieu de
préſumer que le Prince Eugene profitant
de la terreur où ils sont , s'avancera
vers Nilla & au delà : Que par des
détachemens , il s'emparera de la Boſnie,&
en fera couler juſque ſur la Côte
du Golphe Adriatique , pour ſerendre
maître de Santary ,deDulcigno & autres
lieux ; afin d'établir par ce Golphe
une communication avec le Royaume
de Naples & l'Italie : Cette grande
Victoire a fait changer la réſolution
priſe de faire paffer 3000 hommes de
Dalmatie au Levant .
de ce Es Lettres de Veniſe du 1
mois portent, qu'on commençoit à
paroître fort intrigué ſur les Projets
de la Flote d'Eſpagne. La Nobleffe
publie hautement que la République
étoit prête d'exécuter le dernier Traité
Alliance conclu avec la Maiſon d'Autriche
, en vertu duquel le Sénat s'eſt
cugagé de fournir 4000 hommes & un
certain nombre de Vaiſſeaux à l'Empereur,
files Etats que ce Prince pofféde
en Italie , étoient attaqués par quelque
autre Puiſſance pendant la Caerre
DE SEPTEMBRE. 171
Ge
10
%
t
i
$
du Turc. Ce ſecours doit être même
plus oumoins conſidérable ſelon le lieu
l'Emper. ſera attaqué. LesChefs du
gouvernement ont interrogé le Capello
qui eſt revenu depuis peu de la Reſidence
de Naples ,touchant les ſentimens
des Peuples de ce Royaume
il leur a répondu qu'il croyoit que ſi
les Eſpagnols s'en approchoient , il y
auroit dans ce Pays-là un ſoulevement
preſque générale en leur faveur : Que
deux jours auparavant , on avoit reçû
un Courier de Corfou , avec des Lertres
du Capitaine Général,datrées du
27Aouft, qui portoient que les Turcs
aſſembloient un Corps de Troupes &
qu'ayant avec eux du Canon , il érot
craindre qu'ils n'euffent formé le
deſſeinde faire le Siége de cette Place .
Que ceſoupçon étoit confirmé par le
voiſinagede leurFlote qui s'approchoit
du Zante au nombre de 48 voiles carées,
dont 8 Galéres & 14 demie Galé
res ou Galiotes s'étoient même avancées
juſqu'aux Ifles de Sapienza. Difficilement
lesVénitiens pourront- ils s'oppoſer
à cette entrepriſe.
א
Le peuple a fait ici de grands Feus
de joye , à l'occafion de la Victoire
Pij
172 LE MERCURE
remportée par l'Armée du Prince Eugéne
fur celle des Turcs : Ily a lieu de
préſumer que le Prince Eugene profitant
de la terreur où ils sont , s'avancera
vers Nilla & au delà : Que par des
détachemens , il s'emparera de la Boſnie,&
en fera couler juſque ſur la Côte
du Golphe Adriatique , pour ſerendre
maître de Santary ,deDulcigno & autres
lieux ; afin d'établir par ce Golphe
une communication avec le Royaume
de Naples & l'Italie : Cette grande
Victoire a fait changer la réſolution
priſe de faire paffer 3000 hommes de
Dalmatie au Levant .
Fermer
1743
p. 172-173
A Rome le 7 Septembre 1717.
Début :
Le Comte de Galas Ambassadeur de l'Empereur, eut le 25 du [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Empereur, Comte, Troupes, Conquête, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 7 Septembre 1717.
ARome le 7 Septembre 1717
Le Comte de Galas Ambaſſadeur
de l'Empereur , eut le 25 du paſſe, Audiance
du Pape , à qui il ſignifia qu'il
eût à trouver bon que l'Empereur fit
couler des Troupes dans le Royaunie
de Naples par l'Etat Ecclefiaftique ,
n'ayant pas d'autre route à leur faire
renir: Cette propoſition a dû embaraffer
le S. Pere. S. M. I. a donné
ordre à ce qu'on affûre , de faire paffer
25000 hommes dans le Milanois , dont
une partie confifte en Troupes SaxoDE
SEPTEMBRE 173
nes. Selon toutes les apparences,leRoy
deſpagne bornera ſa Conquête à la
Sardaigne ;& nous n'avons pas avis
qu'il faſſe aucune tentative pour ſe
rendre maître de Naples. On prépare
au Château S.Ange une Girandole ,
en réjouiſſance de la Victoire remportée
ſur les Turcs :Elle ſe tirera le jour
qu on chantera leTe Deum.
Le Comte de Galas Ambaſſadeur
de l'Empereur , eut le 25 du paſſe, Audiance
du Pape , à qui il ſignifia qu'il
eût à trouver bon que l'Empereur fit
couler des Troupes dans le Royaunie
de Naples par l'Etat Ecclefiaftique ,
n'ayant pas d'autre route à leur faire
renir: Cette propoſition a dû embaraffer
le S. Pere. S. M. I. a donné
ordre à ce qu'on affûre , de faire paffer
25000 hommes dans le Milanois , dont
une partie confifte en Troupes SaxoDE
SEPTEMBRE 173
nes. Selon toutes les apparences,leRoy
deſpagne bornera ſa Conquête à la
Sardaigne ;& nous n'avons pas avis
qu'il faſſe aucune tentative pour ſe
rendre maître de Naples. On prépare
au Château S.Ange une Girandole ,
en réjouiſſance de la Victoire remportée
ſur les Turcs :Elle ſe tirera le jour
qu on chantera leTe Deum.
Fermer
1744
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
Fermer
1745
p. 100-112
NOUVELLES DE HONGRIE.
Début :
Le Prince Eugéne se tient toûjours dans son nouveau Camp [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Armée impériale, Cavalerie, Frontières, Comte, Grand vizir, Forteresse, Cour ottomane, Grand seigneur, Officiers, Janissaires, Empereur, Vaisseaux de guerre, Armes, Ennemis, Siège, Comte, Vienne, Rebelles, Milices, Sultan, Garnison, Puissances étrangères, Hambourg, Roi de Prusse, Régiment, Venise, Ambassadeur, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE HONGRIE.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
Fermer
1746
p. 112-123
JOURNAL DE CAGLIARI.
Début :
Cagliari Ville Capitalle de l'Isle de Sardaigne, est située sur [...]
Mots clefs :
Cagliari, Sardaigne, Siège, Sénateur, Conseillers, Charges, Privilèges, Escadre, Débarquement, Troupes, Armée, Amnistie, Flotte, Châteaux, Canon, Port, Chevalier, Artillerie, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE CAGLIARI.
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Fermer
1747
p. 129-133
A Rome le 5 Octobre 1717.
Début :
La Princesse Scavolino, autrement la Princesse Carpeigne a quitté Rome, [...]
Mots clefs :
Princesse, Justice, Assemblée, Comte, Gentilhomme, Chevalier, Seigneur, Pape, Abbé, Cardinal, Victoire, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 5 Octobre 1717.
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
Fermer
1748
p. 134-138
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
Début :
On fit hier en cette Ville l'Inauguration de l'Empereur, comme [...]
Mots clefs :
Inauguration, Empereur, Seigneurs, Marquis, Députés, Officiers, Carosse, Messe, Maréchal, Serments, Cérémonie, Obéissance, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
Fermer
1749
p. 138-141
De Londres le 14 Octobre.
Début :
L'Emprisonement du Comte de Peterborough fait ici l'attention publique & [...]
Mots clefs :
Emprisonnement, Comte, Jacobites, Milord, Parlement, Assemblée, Trône, Couronnement, Rebelles, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 14 Octobre.
De Londres le 14 Octobre.
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
Fermer
1750
p. 151-174
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 29 du passé, le Roy donna à M. le Comte d'Assy [...]
Mots clefs :
Régent, Duc, Comte, Royaume, Régent, Abbaye, Disputes, Déclarations, Marquis, Évêque, Oncle, Réflexions, Chevalier, Cardinal, Gouvernement, Monseigneur, Sentiments, Mémoires, Honneur, Contestations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Fermer