Résultats : 11889 texte(s)
Détail
Liste
3151
p. 273-275
Chapitre des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Je me trouve si pressé par le temps, & par la matiere, [...]
Mots clefs :
Mouchoir, Pierre à fusil
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texteReconnaissance textuelle : Chapitre des Enigmes. [titre d'après la table]
de celle qui luy plaira.
Je me trouve ſi preſfé par
le temps , & par la matiere ,
1
274 MERCURE
que je me vois malheureuſement
obligé de donner prefque
fans préambule , le reſte
des pieces qui doivent me
fervir à remplir le Journal de
ce mois. Quoyque je fois affez
babillard de mon naturel , je
dois préferer à cette demangeaiſon
de parler , ceux qui
veulent avoir leur tour.
Le mot des Enigmes du
mois paflé eſtoit le Mouchoir
&la Pierre à fufil , les noms
de ceux qui les ont deviné ,
font ,Chere mere, Blanc Blanc ,
la Maîtreſſe à Follette , la belle
Clio , le Buveur éternel 2
GALANT. 275
l'Invincible à table , le Poltron
à la guerre , Madame de
la Haye ,l'aimable Comteffe ,
la Beauté de la rue Saint Ho.
noré, la charmante petite veuve
, & des Moulins le cader
quim'a envoyé ſous le ſceau
du ſecret les deux Enigmes fuivantes
: je n'ay pas eû de peine
à le faire convenir qu'elles ne
valoient pas grande choſe
il a répondu à cela qu'il ne s'en
foucioit guere ,je croy volontiers
que tout lemonde luy
reffemble.
Je me trouve ſi preſfé par
le temps , & par la matiere ,
1
274 MERCURE
que je me vois malheureuſement
obligé de donner prefque
fans préambule , le reſte
des pieces qui doivent me
fervir à remplir le Journal de
ce mois. Quoyque je fois affez
babillard de mon naturel , je
dois préferer à cette demangeaiſon
de parler , ceux qui
veulent avoir leur tour.
Le mot des Enigmes du
mois paflé eſtoit le Mouchoir
&la Pierre à fufil , les noms
de ceux qui les ont deviné ,
font ,Chere mere, Blanc Blanc ,
la Maîtreſſe à Follette , la belle
Clio , le Buveur éternel 2
GALANT. 275
l'Invincible à table , le Poltron
à la guerre , Madame de
la Haye ,l'aimable Comteffe ,
la Beauté de la rue Saint Ho.
noré, la charmante petite veuve
, & des Moulins le cader
quim'a envoyé ſous le ſceau
du ſecret les deux Enigmes fuivantes
: je n'ay pas eû de peine
à le faire convenir qu'elles ne
valoient pas grande choſe
il a répondu à cela qu'il ne s'en
foucioit guere ,je croy volontiers
que tout lemonde luy
reffemble.
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Résumé : Chapitre des Enigmes. [titre d'après la table]
L'auteur se trouve contraint de publier rapidement les pièces restantes pour compléter le journal du mois, malgré son désir de discuter davantage. Il laisse donc la parole à d'autres. Les solutions des énigmes du mois précédent étaient 'Mouchoir' et 'Pierre à fusil'. Les personnes ayant correctement résolu ces énigmes sont : Chère mère, Blanc Blanc, la Maîtresse à Follette, la belle Clio, le Buveur éternel, le Galant invincible à table, le Poltron à la guerre, Madame de la Haye, l'aimable Comtesse, la Beauté de la rue Saint Honoré, la charmante petite veuve, et des Moulins le cadet. Ce dernier a proposé deux nouvelles énigmes, mais l'auteur les estime de faible qualité. Le cadet a exprimé son indifférence quant à cette évaluation, et l'auteur suppose que beaucoup partageront cet avis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3152
p. 280-281
« L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
Début :
L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...]
Mots clefs :
Mercure, Énigmes
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texteReconnaissance textuelle : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'eſprit trouve naturellement
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
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Résumé : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'esprit humain aime résoudre des énigmes pour se reposer. Il passe aisément d'une énigme à une autre. L'auteur mentionne un article déplaisant du Mercure et souligne la nécessité de parler des morts par devoir de mémoire. Il est temps d'aborder ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3153
p. 281-301
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Magdelaine-Catherine de Villemontée veuve de M. Jean-Baptiste [...]
Mots clefs :
Seigneur, Marquis, Parlement, Roi, Veuve, Famille, Armée du roi, Parlement de Paris, Mariage, Parlement, Maréchal, Fils, Conseiller, Comte, Maître des requêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Dame Magdelaine-Catherine
de Villemontée veuve
de M. Jean- Baptifte de Machault
Seigneur d'Arnouville,
Conſeiller au Parlement,&
Doyendes Requeſtes du Palais
mourut le 25. Septembre.
Elle estoit fille de François de
Villemontée , Conſeiller au
Parlement de Paris , & de Catherine
de Thumery deBouffi-
Octobre 1714. Aa
282 MERCURE
y
ze , & de ſon mariage avec feu
M. de Machaut , elle laiffe
pour fils unique Charles de
Machaut Seigneur d'Arnouville
, Maiſtre des Requeſtes ,
qui de fon mariage avec Françoiſe
Milon fille unique de M.
Milon Maiſtre des Requeſtes
a pluſieurs enfans : feuë Madame
de Machaut avoit pour
foeur puiſnée Dame Loüife-
Geneviève de Villemontée
mariée en premieres nôces avec
Adam - Pierre - Barthelemy
Seigneur de Biffy , Conſeiller
au Parlement , & en ſecondes
avec François de Brichanteau
>
GALANT . 283
Seigneur de Guerſy , cadet des
Marquis de Nangis , deſquels
elle a laiſſée des enfans . La famille
de Villemontée eſt originaire
d'Auvergne où elle eſt
connuë depuis long- temps
ſous le nom d'Authier , & elle
s'eſt alliée à Paris avec celles
de Texier , de Hautefoüille
de Sevin , de Maupcou , de
Grieu , &c. pour celle de
Machaut originaire du Rhetelois
, & elle eft connuë depuis
Simon de Machaut Seigneur
de l'Arbre-au-Vivier en Rhetelois
, pourveu d'un Office
d'Auditeur des Comptes à
1
ر
A a ij
284 MERCURE
:
Paris parLettres du 4.Septem
bre 1523. elle a donné pluſieurs
Maistres des Requeſtes ,
pluſieurs Conſeillers au Parlement
, au Grand Conſeil , des
Commandeurs de l'Ordre de
Malthe , & elle s'eſt alliée aux
familles de le Cocq , de Flexelles
, d'Aymeret , le Févre
de Caumartin , de Boucherat ,
de Colbert , d'Aligre ,de Feydeau
, & à la Maiſon de Rochechoüart.
Dame Marie Valence l'E-
1
cuyer veuve de M. Jacques
Amelot Seigneur deChaillou,
Doyen des Maiſtres des Re
GALANT. 285
queſtes de l'Hôtel du Roy ,
mourut le 26. Septembre.
Elle estoit fille unique de Pierrel'Eſcuyer
Seigneur de Chaumontel
, Secretaire du Roy ,
& de Loüife Godefroy ; &
elle a laiſſée pour fils Jean Denis
Amelot Seigneur deChaillou
, &de Chatillon fur In
de , Maiſtre des Requeſtes ,
qui de Philiberte Batillon fa
femme a pluſieurs enfans. La
famille d'Amelot eſt originaire
d'Orleans , & deſcend de
Jacques Amelot celebre Avocat
au Parlement , inhumé à
Saint Martin des Champs à
286 MERCURE
Paris , qui de ſon mariage
avec Jeanne de Vialart , fille
de Jean Maiſtre des Requeſtes
& Lieutenant Civil à Paris ,
puis Prefident au Parlement
de Roüen , laiſſa Jean Amelot
Seigneur de Carnetin , de
Beaulieu , & de Chaillou
Maiſtre des Requeſtes en
1573. puis Preſident des Enqueſtes
du Parlementde Paris,
duquel eſt iſſue toute la famille
dont l'aîné eſt M. MichelAmelot
, Marquis de Gournai ,
Conſeiller d'Etat , cy devant
Ambaſſadeur Extraordinaire
en Eſpagne , pere de M. MiGALANT
. 287
chel Charles Amelot de Gournai
, à preſent Preſident à
Mortier à Paris : elle a donné
pluſieurs Maiſtres des Requettes
, pluſieurs Preſidents
au Grand Confeil , & aux Enqueſtes
du Parlement de Paris,
& elle s'eſt alliée aux familles
de le Maître , de Briffonnet ,
de Nicolať , de Maignart , de
Bernieres , de Brulart , de Tonnelier
& aux Maiſons de Nettancourt
,
l'Hôpital , Vitry , d'Aumont ,
Vaubecourt , de
& de Beon du Maffez .
Dame Marie- Anne Roüillé
épouſe de M. Charles Denis
1
288 MERCURE
1
de Bullion ,Marquis de Gallardon
, Seigneur de Bonnelles ,
Eſclimont,&c.Prevôt deParis ,
& Gouverneur du Maine
Perche , & Comté de Laval ,
mourut le 29. Septembre
ayant eu de fon mariage pour
enfans , Jean Claude de Bullion
, Marquis de Bonnelles ,
Brigadier General des Armées
du Roy , tué à l'âge de 27.
ans pendant le Siege de Turin
le s. Septembre 1706. regretté
de tous les Officiers Generaux
; Anne Jacques de Bullion
, Marquis de Fervaques ,
Colonel du Regiment dePiémont
,
GALANT 289
+
mont ,& Brigadier des Camps
& Armées du Roy , lequel
aprés s'eſtre diftingué à la tête
de ſon Regiment dans toutes
les occafions où il s'étoit trou
vé , quitra le ſervice ſur la fin
de l'année 1710. Il a épousé
Dime Marie - Magdelaine
Hortenfe Gigault de Bellefonds
, fille de feu M. le Marquis
de Bellefonds , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine
,Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de Vincennes
,& de Dame Marie Olympe
Emanuelle de la Porte Mazariny
, & petite fille de Bet-
Octobre 1714. Bb
290 MERCURE
nardin Gigault Marquis de
Bellefonds , Maréchal de France
, & Chevalier des Ordres
du Roy; Auguſte - Leon de
Bullion Chevalier de Malthe
Colonel du Regiment de Dragons
de Bonnelles ; Gabriel-
Jerôme deBullion auffi Chevalier
de Malthe ; Anne Maric
Marguerite de Bullion
mariée le 13. Mars 1706 .
avec Jean-Charles de Crufſolles
Duc d'Uzés , premier Pair
de France , Gouverneur des
Provinces de Xaintonge , &
d'Angoumois ; & Elifabeth
Antoinette de Bullion , ma
GALANT. 291
riée le premier Decembre
1707. à Frederic - Guillaume
de la Tremoille , Prince de
Talmont , Lieutenant Gene
ral des Armées du Roy. M.
le Marquis de Bullion eſt fils
de Noël de Bullion Marquis
de Gallardon , Preſident à
Mortier au Parlement de
Paris ,Commandeur & Secretaire
des Ordres du Roy , &
de Dame Charlotte de Prié
Dame de Fervaques ,& petit
fils de Claude de Bullion Baron
de Gallardon , Sur Intendant
des Finances , Miniſtre
d'Etat , Commandeur &Gar-
Bbij
292 MERCURE
dedes Sceaux des Ordres du
Roy , & Preſident à Mortier
au Parlement de Paris . La famille
de Bullion , eſt originaire
deMâcon , où elle eſt connuë
depuis long temps : elle s'eſt
alliée aux familles de Bellievre,
d'Anjorran , de Bailly , de le
Maiſtre , & aux Maiſons de
Rochechoüart , de S. Nectain
la Ferté,de Beauvau , de Rouhaut
S. Valery , &c . Madame
de Bullion , qui vient de
mourir avoit pour frere M.
Jean-Baptifte Roüillé Comte
de Melay le Vidame , ancien
Confeiller au Parlement de
GALANT. 293
Paris , qui de feue Dame Anne
dela Briffe ſa femme n'a qu'un
fils , & pour foeur Dame Marguerite-
Thereſe Rouillé , mariée
en premieres nôces avec
Jean - Baptifte - François de
NoaillesMarquis de Noailles ,
&deMontelar, Maréchal, des
Camps & Armées du Roy ,
Lieutenant General au Gouvernement
de la Haute Auvergne
, frere de feu M. le
Maréchal Duc de Noailles ,
&de M. le Cardinal , & duquel
elle a eu Madamela Duceffe
de Fronſacq d'aujourd'huy
; & en ſecondes noces
1
Bb iij
294 MERCURE
avec Jean- Armand du Pleſſis
deWignerod , Ducde Richelieu
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy. , &
DameElifabeth Roüillé , femme
de Meffire Etienne- Jean
Geach Bouche Marquis de Leffart ,
bou Conſeiller d'Etat , duquel elle
cheva Marie Elifabeth Claude Pe-
Goustier
tronille Boucher, mariée en
1706 avecRenéMans deFroulay
, Comte de Teffé , Grand
d'Eſpagne , fils aîné de M. le
Maréchal de Teffé. Madame
de Bullion étoit fille de Jean
Roüillé , Comte de Melay la
Vidame, Conſeiller d'Etat or
GALANT. 295
dinaire mort en 1698. & de
Marie Comans d'Altrie. La
famille de Roüillé l'une des
plus anciennes , des plus érenduës
& des mieux alliées de
Paris , eſt originaire de Bretagne,&
LoüisRouillé Seigneut
de la Grandcour , aujourdbuy
vivant , en eſt l'aîné......
Dame Magdelaine Colbert
veuve de Meffire Louis de
Bautru , Marquis de Nogent ,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Sommieres , & auparavant
veuve de M. Loüis
Joffier,Seigneur de la Jonchere,
Treſorier General del Ex
Bb iiij
296 MERCURE
८
traordinaire desGuerres,mou
rut le 3. Octobre. Elle eſtoir
fille de Nicolas Colbert , Seigneur
de Turgis , Maiſtre des
Comptes , & de Magdelaine
Graſteau , & M. de Nogent
fon dernier mary eſtoit pére
de feu M. leMarquis de Vaubrun
, Lieutenant Generaldes
Armées du Roy , tué au combat
d'Altenheim en Allema
gne l'an 1675. pere de Madame
la Ducheſſe d'Eſtrées
d'aujourd'huy, &fils du Comte
de Nogent , Capitaine des
Gardes de la Porte. La famille
de Bautru eſt originaire d'AnGALANT.
297
gers ,& la Genealogie en eft
déduite tout au long dans la
vie de Guillaume Ayraut par
Mefnage.
(
M. Jacques Pollart , Seigneur
de Villequoy , Conſeiller
honoraire au Parlement ,
mourut le 7. Octobre. Il étoit
fils de Jacques Pollart , Fermier
General , & Secretaire du
Roy , & avoit épousé Marie-
Anne l'Archer morte en
1689. fille de Pierre l'Archer,
Préſident des Comptes ; il en
avoit eu pour enfans Marie-
Françoiſe Pollart , femme de
1
298 MERCURE
د
Pierre Doublet , Seigneur de
Crouy& de Bandeville,Conſeiller
au Parlement , morte
en 1707. & Pierre. Pollart ,
Seigneur de Villequoy , Confeiller
au Parlement mort
autli en 1707. ne laiſſant que
des filles de ſon mariage avec
Marie Guillaume de la Vieuville,
fille de feu M. de la Vieu.
ville , Maistre des Requeſtes.
Dame Catherine Brayer ,
EpouſedeM.Auguſte Henry
de Montigny , Chevalier
Marquis de Congis , mourut
le 10. Octobre. M. le Marquis
de Congis eft fils de feu
,
LA
FILLE
DION GALANT
M. le Marquis de Congts /993
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine &
Gouverneur duPalais desTuil.
leries , & d'une des plus anciennes
familles de Paris , defcenduë
de Jean le Boulanger ,
Seigneur deMontigny enBrie,
Premier Préfident au Parlement
de Paris en 1471. qui
eût pour petit fils Jean leBoulanger,
Seigneur deMontigny,
Confeiller & Chambellan de
François de France , Duc d'Alençon
, lequel avec Charles
& Gabriël le Boulanger ſes
freres obtint Lettres Patentes
300 MERCURE
• au mois d'Octobre 1573. par
leſquelles il leurs fut permis
&à leur poſterité de changer
le nom de Boulanger en celuy
deMontigny.
• Dame Marie de Pigray ,
veuve de M. Charles de Feffare
, Marquis de Beaucourt ,
Armancourt , &c. mourut le
17. Octobre âgée de 84. ans ,
laiſſant pour fille unique Dame
Marie Anne Feſſart , veuve
de M. EtienneClaude de l'Aubeſpine
, Marquis de Verderonne
, dont la fille a épousée
le .... M. le Comte dePontchartrain
, Secretaire d Etat & 1
GALANT. 301
Chevalier des Ordres duRoy.
de Villemontée veuve
de M. Jean- Baptifte de Machault
Seigneur d'Arnouville,
Conſeiller au Parlement,&
Doyendes Requeſtes du Palais
mourut le 25. Septembre.
Elle estoit fille de François de
Villemontée , Conſeiller au
Parlement de Paris , & de Catherine
de Thumery deBouffi-
Octobre 1714. Aa
282 MERCURE
y
ze , & de ſon mariage avec feu
M. de Machaut , elle laiffe
pour fils unique Charles de
Machaut Seigneur d'Arnouville
, Maiſtre des Requeſtes ,
qui de fon mariage avec Françoiſe
Milon fille unique de M.
Milon Maiſtre des Requeſtes
a pluſieurs enfans : feuë Madame
de Machaut avoit pour
foeur puiſnée Dame Loüife-
Geneviève de Villemontée
mariée en premieres nôces avec
Adam - Pierre - Barthelemy
Seigneur de Biffy , Conſeiller
au Parlement , & en ſecondes
avec François de Brichanteau
>
GALANT . 283
Seigneur de Guerſy , cadet des
Marquis de Nangis , deſquels
elle a laiſſée des enfans . La famille
de Villemontée eſt originaire
d'Auvergne où elle eſt
connuë depuis long- temps
ſous le nom d'Authier , & elle
s'eſt alliée à Paris avec celles
de Texier , de Hautefoüille
de Sevin , de Maupcou , de
Grieu , &c. pour celle de
Machaut originaire du Rhetelois
, & elle eft connuë depuis
Simon de Machaut Seigneur
de l'Arbre-au-Vivier en Rhetelois
, pourveu d'un Office
d'Auditeur des Comptes à
1
ر
A a ij
284 MERCURE
:
Paris parLettres du 4.Septem
bre 1523. elle a donné pluſieurs
Maistres des Requeſtes ,
pluſieurs Conſeillers au Parlement
, au Grand Conſeil , des
Commandeurs de l'Ordre de
Malthe , & elle s'eſt alliée aux
familles de le Cocq , de Flexelles
, d'Aymeret , le Févre
de Caumartin , de Boucherat ,
de Colbert , d'Aligre ,de Feydeau
, & à la Maiſon de Rochechoüart.
Dame Marie Valence l'E-
1
cuyer veuve de M. Jacques
Amelot Seigneur deChaillou,
Doyen des Maiſtres des Re
GALANT. 285
queſtes de l'Hôtel du Roy ,
mourut le 26. Septembre.
Elle estoit fille unique de Pierrel'Eſcuyer
Seigneur de Chaumontel
, Secretaire du Roy ,
& de Loüife Godefroy ; &
elle a laiſſée pour fils Jean Denis
Amelot Seigneur deChaillou
, &de Chatillon fur In
de , Maiſtre des Requeſtes ,
qui de Philiberte Batillon fa
femme a pluſieurs enfans. La
famille d'Amelot eſt originaire
d'Orleans , & deſcend de
Jacques Amelot celebre Avocat
au Parlement , inhumé à
Saint Martin des Champs à
286 MERCURE
Paris , qui de ſon mariage
avec Jeanne de Vialart , fille
de Jean Maiſtre des Requeſtes
& Lieutenant Civil à Paris ,
puis Prefident au Parlement
de Roüen , laiſſa Jean Amelot
Seigneur de Carnetin , de
Beaulieu , & de Chaillou
Maiſtre des Requeſtes en
1573. puis Preſident des Enqueſtes
du Parlementde Paris,
duquel eſt iſſue toute la famille
dont l'aîné eſt M. MichelAmelot
, Marquis de Gournai ,
Conſeiller d'Etat , cy devant
Ambaſſadeur Extraordinaire
en Eſpagne , pere de M. MiGALANT
. 287
chel Charles Amelot de Gournai
, à preſent Preſident à
Mortier à Paris : elle a donné
pluſieurs Maiſtres des Requettes
, pluſieurs Preſidents
au Grand Confeil , & aux Enqueſtes
du Parlement de Paris,
& elle s'eſt alliée aux familles
de le Maître , de Briffonnet ,
de Nicolať , de Maignart , de
Bernieres , de Brulart , de Tonnelier
& aux Maiſons de Nettancourt
,
l'Hôpital , Vitry , d'Aumont ,
Vaubecourt , de
& de Beon du Maffez .
Dame Marie- Anne Roüillé
épouſe de M. Charles Denis
1
288 MERCURE
1
de Bullion ,Marquis de Gallardon
, Seigneur de Bonnelles ,
Eſclimont,&c.Prevôt deParis ,
& Gouverneur du Maine
Perche , & Comté de Laval ,
mourut le 29. Septembre
ayant eu de fon mariage pour
enfans , Jean Claude de Bullion
, Marquis de Bonnelles ,
Brigadier General des Armées
du Roy , tué à l'âge de 27.
ans pendant le Siege de Turin
le s. Septembre 1706. regretté
de tous les Officiers Generaux
; Anne Jacques de Bullion
, Marquis de Fervaques ,
Colonel du Regiment dePiémont
,
GALANT 289
+
mont ,& Brigadier des Camps
& Armées du Roy , lequel
aprés s'eſtre diftingué à la tête
de ſon Regiment dans toutes
les occafions où il s'étoit trou
vé , quitra le ſervice ſur la fin
de l'année 1710. Il a épousé
Dime Marie - Magdelaine
Hortenfe Gigault de Bellefonds
, fille de feu M. le Marquis
de Bellefonds , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine
,Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de Vincennes
,& de Dame Marie Olympe
Emanuelle de la Porte Mazariny
, & petite fille de Bet-
Octobre 1714. Bb
290 MERCURE
nardin Gigault Marquis de
Bellefonds , Maréchal de France
, & Chevalier des Ordres
du Roy; Auguſte - Leon de
Bullion Chevalier de Malthe
Colonel du Regiment de Dragons
de Bonnelles ; Gabriel-
Jerôme deBullion auffi Chevalier
de Malthe ; Anne Maric
Marguerite de Bullion
mariée le 13. Mars 1706 .
avec Jean-Charles de Crufſolles
Duc d'Uzés , premier Pair
de France , Gouverneur des
Provinces de Xaintonge , &
d'Angoumois ; & Elifabeth
Antoinette de Bullion , ma
GALANT. 291
riée le premier Decembre
1707. à Frederic - Guillaume
de la Tremoille , Prince de
Talmont , Lieutenant Gene
ral des Armées du Roy. M.
le Marquis de Bullion eſt fils
de Noël de Bullion Marquis
de Gallardon , Preſident à
Mortier au Parlement de
Paris ,Commandeur & Secretaire
des Ordres du Roy , &
de Dame Charlotte de Prié
Dame de Fervaques ,& petit
fils de Claude de Bullion Baron
de Gallardon , Sur Intendant
des Finances , Miniſtre
d'Etat , Commandeur &Gar-
Bbij
292 MERCURE
dedes Sceaux des Ordres du
Roy , & Preſident à Mortier
au Parlement de Paris . La famille
de Bullion , eſt originaire
deMâcon , où elle eſt connuë
depuis long temps : elle s'eſt
alliée aux familles de Bellievre,
d'Anjorran , de Bailly , de le
Maiſtre , & aux Maiſons de
Rochechoüart , de S. Nectain
la Ferté,de Beauvau , de Rouhaut
S. Valery , &c . Madame
de Bullion , qui vient de
mourir avoit pour frere M.
Jean-Baptifte Roüillé Comte
de Melay le Vidame , ancien
Confeiller au Parlement de
GALANT. 293
Paris , qui de feue Dame Anne
dela Briffe ſa femme n'a qu'un
fils , & pour foeur Dame Marguerite-
Thereſe Rouillé , mariée
en premieres nôces avec
Jean - Baptifte - François de
NoaillesMarquis de Noailles ,
&deMontelar, Maréchal, des
Camps & Armées du Roy ,
Lieutenant General au Gouvernement
de la Haute Auvergne
, frere de feu M. le
Maréchal Duc de Noailles ,
&de M. le Cardinal , & duquel
elle a eu Madamela Duceffe
de Fronſacq d'aujourd'huy
; & en ſecondes noces
1
Bb iij
294 MERCURE
avec Jean- Armand du Pleſſis
deWignerod , Ducde Richelieu
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy. , &
DameElifabeth Roüillé , femme
de Meffire Etienne- Jean
Geach Bouche Marquis de Leffart ,
bou Conſeiller d'Etat , duquel elle
cheva Marie Elifabeth Claude Pe-
Goustier
tronille Boucher, mariée en
1706 avecRenéMans deFroulay
, Comte de Teffé , Grand
d'Eſpagne , fils aîné de M. le
Maréchal de Teffé. Madame
de Bullion étoit fille de Jean
Roüillé , Comte de Melay la
Vidame, Conſeiller d'Etat or
GALANT. 295
dinaire mort en 1698. & de
Marie Comans d'Altrie. La
famille de Roüillé l'une des
plus anciennes , des plus érenduës
& des mieux alliées de
Paris , eſt originaire de Bretagne,&
LoüisRouillé Seigneut
de la Grandcour , aujourdbuy
vivant , en eſt l'aîné......
Dame Magdelaine Colbert
veuve de Meffire Louis de
Bautru , Marquis de Nogent ,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Sommieres , & auparavant
veuve de M. Loüis
Joffier,Seigneur de la Jonchere,
Treſorier General del Ex
Bb iiij
296 MERCURE
८
traordinaire desGuerres,mou
rut le 3. Octobre. Elle eſtoir
fille de Nicolas Colbert , Seigneur
de Turgis , Maiſtre des
Comptes , & de Magdelaine
Graſteau , & M. de Nogent
fon dernier mary eſtoit pére
de feu M. leMarquis de Vaubrun
, Lieutenant Generaldes
Armées du Roy , tué au combat
d'Altenheim en Allema
gne l'an 1675. pere de Madame
la Ducheſſe d'Eſtrées
d'aujourd'huy, &fils du Comte
de Nogent , Capitaine des
Gardes de la Porte. La famille
de Bautru eſt originaire d'AnGALANT.
297
gers ,& la Genealogie en eft
déduite tout au long dans la
vie de Guillaume Ayraut par
Mefnage.
(
M. Jacques Pollart , Seigneur
de Villequoy , Conſeiller
honoraire au Parlement ,
mourut le 7. Octobre. Il étoit
fils de Jacques Pollart , Fermier
General , & Secretaire du
Roy , & avoit épousé Marie-
Anne l'Archer morte en
1689. fille de Pierre l'Archer,
Préſident des Comptes ; il en
avoit eu pour enfans Marie-
Françoiſe Pollart , femme de
1
298 MERCURE
د
Pierre Doublet , Seigneur de
Crouy& de Bandeville,Conſeiller
au Parlement , morte
en 1707. & Pierre. Pollart ,
Seigneur de Villequoy , Confeiller
au Parlement mort
autli en 1707. ne laiſſant que
des filles de ſon mariage avec
Marie Guillaume de la Vieuville,
fille de feu M. de la Vieu.
ville , Maistre des Requeſtes.
Dame Catherine Brayer ,
EpouſedeM.Auguſte Henry
de Montigny , Chevalier
Marquis de Congis , mourut
le 10. Octobre. M. le Marquis
de Congis eft fils de feu
,
LA
FILLE
DION GALANT
M. le Marquis de Congts /993
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine &
Gouverneur duPalais desTuil.
leries , & d'une des plus anciennes
familles de Paris , defcenduë
de Jean le Boulanger ,
Seigneur deMontigny enBrie,
Premier Préfident au Parlement
de Paris en 1471. qui
eût pour petit fils Jean leBoulanger,
Seigneur deMontigny,
Confeiller & Chambellan de
François de France , Duc d'Alençon
, lequel avec Charles
& Gabriël le Boulanger ſes
freres obtint Lettres Patentes
300 MERCURE
• au mois d'Octobre 1573. par
leſquelles il leurs fut permis
&à leur poſterité de changer
le nom de Boulanger en celuy
deMontigny.
• Dame Marie de Pigray ,
veuve de M. Charles de Feffare
, Marquis de Beaucourt ,
Armancourt , &c. mourut le
17. Octobre âgée de 84. ans ,
laiſſant pour fille unique Dame
Marie Anne Feſſart , veuve
de M. EtienneClaude de l'Aubeſpine
, Marquis de Verderonne
, dont la fille a épousée
le .... M. le Comte dePontchartrain
, Secretaire d Etat & 1
GALANT. 301
Chevalier des Ordres duRoy.
Fermer
Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte rapporte le décès de plusieurs dames et fournit des informations sur leurs familles respectives. Dame Magdelaine-Catherine de Villemontée, veuve de Jean-Baptiste de Machault, seigneur d'Arnouville et conseiller au Parlement, est décédée le 25 septembre. Elle était la fille de François de Villemontée et de Catherine de Thumery de Bouffy et a laissé un fils, Charles de Machault, seigneur d'Arnouville et maître des Requestes. Les familles de Villemontée et de Machault sont respectivement originaires d'Auvergne et du Rhettelois. Dame Marie Valence l'Ecuyer, veuve de Jacques Amelot, seigneur de Chaillou et doyen des maîtres des Requestes de l'Hôtel du Roy, est décédée le 26 septembre. Elle était la fille unique de Pierre l'Ecuyer, seigneur de Chaumontel, secrétaire du Roi, et de Louise Godefroy, et a laissé un fils, Jean-Denis Amelot, seigneur de Chaillou et de Chatillon-sur-Indre, maître des Requestes. La famille d'Amelot est originaire d'Orléans. Dame Marie-Anne Rouillé, épouse de Charles Denis de Bullion, marquis de Gallardon, prévôt de Paris et gouverneur du Maine, du Perche et du comté de Laval, est décédée le 29 septembre. Elle a eu plusieurs enfants, dont Jean-Claude de Bullion, marquis de Bonnelles, brigadier général des armées du Roi, tué lors du siège de Turin en 1706, et Anne-Jacques de Bullion, marquis de Fervaques, colonel du régiment de Piémont et brigadier des camps. Le texte mentionne également Marguerite-Thérèse Rouillé, fille d'un conseiller au Parlement de Paris, mariée deux fois et mère de Madame la Duchesse de Fronsac. Madame de Bullion appartenait à une famille ancienne et influente de Bretagne. Jacques Pollart, seigneur de Villequoy, conseiller honoraire au Parlement, est décédé le 7 octobre, laissant deux enfants. Dame Catherine Brayer, épouse de Auguste Henry de Montigny, marquis de Congis, est décédée le 10 octobre. Enfin, dame Marie de Pigray, veuve de Charles de Fessart, marquis de Beaucourt, est décédée à l'âge de 84 ans, laissant une fille unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3154
p. 301-302
« La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
Début :
La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...]
Mots clefs :
Généalogiste, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
La curioſité qui mene le
Lecteur à l'article des morts
eft bientoft fatisfaite. M Devizé
avoit le talent d'animer
ce Chapitre par un grand
nombre d'oraiſons funebres .
Il diſoit ordinairement les
plus belles choſes du monde
pour confoler , ou pour dedommager
ceux qui reſtoient
de la perte de ceux qui n'étoient
plus . Pour moy je n'ay
pas ce don : D'ailleurs le ſage
Epicure deffend les Panegyrisques
à fon Philofophe : sinfi
de la maniere dont je parle
302 MERCURE
des morts , je ne doute point ,
quelque bon & loyal que foit
mon Genealogiſte, que ceChapitre
n'ennuye. Celuy qui le
ſuit eſt d'une eſpece biendifferente.
C'eſt le Chapitre favori
de ce Livre ; c'eſt en un
mot celuy où la Cour , la Ville
&la Province jettent pluſtoſt
les yeux.
Lecteur à l'article des morts
eft bientoft fatisfaite. M Devizé
avoit le talent d'animer
ce Chapitre par un grand
nombre d'oraiſons funebres .
Il diſoit ordinairement les
plus belles choſes du monde
pour confoler , ou pour dedommager
ceux qui reſtoient
de la perte de ceux qui n'étoient
plus . Pour moy je n'ay
pas ce don : D'ailleurs le ſage
Epicure deffend les Panegyrisques
à fon Philofophe : sinfi
de la maniere dont je parle
302 MERCURE
des morts , je ne doute point ,
quelque bon & loyal que foit
mon Genealogiſte, que ceChapitre
n'ennuye. Celuy qui le
ſuit eſt d'une eſpece biendifferente.
C'eſt le Chapitre favori
de ce Livre ; c'eſt en un
mot celuy où la Cour , la Ville
&la Province jettent pluſtoſt
les yeux.
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Résumé : « La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
L'auteur évoque la difficulté de rédiger des oraisons funèbres, reconnaissant l'excellence de M. Devizé dans cet art. Il exprime ses doutes sur la qualité de son propre chapitre dédié aux morts, tout en annonçant un chapitre suivant plus attrayant et populaire, apprécié par la cour, la ville et la province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3155
p. 302-342
SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Début :
Le Jeudy 20. Septembre on chanta un Motet de la [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Princes, Seigneurs, Dames, Princesses, Duchesse, Électeur, Promenade, Cerf, Calèche, Chasse, Calèches, Conseil, Comte, Sanglier, Promenade royale, Trompettes, Cour, Roi, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
SUITE DU JOURNAL
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
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Résumé : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Du 20 au 27 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à la cour de Fontainebleau. Le 20 septembre, un motet de M. Lalouëtte fut interprété, suivi d'un conseil d'État et d'une chasse au cerf. Le Duc de Mortemar annonça l'attaque de Barcelone et la prise de deux bastions. Le 21 septembre, un autre motet de M. de Lalande fut chanté et acclamé lors de la messe royale. Le 23 septembre, le Marquis de Broglio rapporta la reddition de Barcelone. Le 25 septembre, un Te Deum fut célébré pour commémorer cette victoire, accompagné de feux d'artifice et d'illuminations. Du 28 septembre au 7 octobre, le Comte de Luface, fils du roi de Pologne, fut accueilli à la cour. Des chasses au cerf et des promenades royales furent organisées, notamment le 30 septembre pour fêter la prise de Barcelone. Le 7 octobre, le roi se rendit au canal dans une calèche somptueuse, entouré de nombreux seigneurs et dames. Du 8 au 19 octobre, des conseils et des chasses au cerf se poursuivirent, avec des moments marquants comme l'annonce du mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne le 9 octobre. Le 19 octobre, l'ambassadeur de Hollande, M. Buis, participa à un conseil de conscience. Le 24 octobre, le roi quitta Fontainebleau pour passer la nuit à Petit-Bourg, et le 25 octobre, la cour se déplaça à Versailles.
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3156
p. 342-343
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
M. de Breteüil Marquis de Fontenay Tresigny, Seigneur [...]
Mots clefs :
Mariage, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
M. de Breteüil Marquis de
Fontenay Treſigny , Seigneur
des Chapelles , Vilbert & autres
lieux , Maître des Requêtes
, épouſa le 23. du mois
d'Octobre dernier , la fille de
M. Charpentier Secretaire du
Roy, avec de gros biens .La nô
ces'eft faite auChâteau d'Emery
, Terre qui appartient àM.
Charpentier.M deBreteüileſt
iſſu de la famille de leTonne
GALANT. 343
lier , l'une des plus anciennes.
&des plus illuſtrées de Paris ,
&ceux de ce nom ont depuis
long temps occupé les places
les plus éminentes dans laMagiftrature
,&dans lesConſeils
de nos Rois & ne ſe ſont pas
moins diftinguez dans l'Eglife
que dans l'Epée.
M. de Puy Segur Lieutenant
General des Armées du
Roy à épousé le de ce
mois Mademoisellede Fourcy
: deCheffy Jereprendrai cet article
dans le Journal prochain.
Fontenay Treſigny , Seigneur
des Chapelles , Vilbert & autres
lieux , Maître des Requêtes
, épouſa le 23. du mois
d'Octobre dernier , la fille de
M. Charpentier Secretaire du
Roy, avec de gros biens .La nô
ces'eft faite auChâteau d'Emery
, Terre qui appartient àM.
Charpentier.M deBreteüileſt
iſſu de la famille de leTonne
GALANT. 343
lier , l'une des plus anciennes.
&des plus illuſtrées de Paris ,
&ceux de ce nom ont depuis
long temps occupé les places
les plus éminentes dans laMagiftrature
,&dans lesConſeils
de nos Rois & ne ſe ſont pas
moins diftinguez dans l'Eglife
que dans l'Epée.
M. de Puy Segur Lieutenant
General des Armées du
Roy à épousé le de ce
mois Mademoisellede Fourcy
: deCheffy Jereprendrai cet article
dans le Journal prochain.
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Résumé : Mariages. [titre d'après la table]
Le 23 octobre, M. de Breteuil, Marquis de Fontenay-Tresigny, a épousé la fille de M. Charpentier au Château d'Émery. M. de Breteuil appartient à une famille parisienne illustre. Par ailleurs, M. de Puy-Ségur, Lieutenant Général des Armées du Roi, a épousé Mademoiselle de Fourcy de Cheffy.
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3157
p. 343-346
Avis tres utile.
Début :
Tous les maux de la vie, même ceux qui paroissent les / Je certifie si mon certificat peut servir de quelque [...]
Mots clefs :
Rhumatismes, Rhumatismes goutteux, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis tres utile.
Tous les maux de la vie ,
même ceux qui paroiſſent les
Ff iij
344 MERCURE
, plus legers
ment des maux difficiles à ſupporter
, il n'en eſt pas de plus
vifs que ceux que nous lentons
Ce n'eſt point un axiome de
Philoſophie que je pretend
débiter icy , en mettant ſur le
le tapy une maxime dont tout
le monde connoiſt la verité
&jen'en parle que parce que
je ſuis étonné de la délicateſſe
de M. Devizé , qui à ce qu'on
m'a dit depuis peu , ſe failoit
un ſcrupule d'inſtruire le publicdes
noms,&des talens des
gens que leur art utile ,& falutaire
aux hommes ſembloit
font eff CtiveGALANT.
345
confacter plus particulierement
à leur ſervice. J'en ay
trouvé d'une demie douzaine
d'eſpeces , qui ſe ſont offerts à
moyce mois.cy , pour les
mois.cy ,
annoncer au public. Le détail
* du merite de ces Meffieurs ,
n'a rien d'ennuyeux , puiſque
lesunsou les autres y peuvent
trouver leur compte..
Avistres utile.
Je certifie , fi mon certifie
cat peut ſervir de quelque
choſe , que le fieur Varrin demeurant
ruëTictonne chezleſieur -
Lambert Perruquier,guerit gou
tes ,rhumatistes gouteux ,fciati-
!
346 MERCURE
paraliſies , bieffures de
coups de feu , &c.
même ceux qui paroiſſent les
Ff iij
344 MERCURE
, plus legers
ment des maux difficiles à ſupporter
, il n'en eſt pas de plus
vifs que ceux que nous lentons
Ce n'eſt point un axiome de
Philoſophie que je pretend
débiter icy , en mettant ſur le
le tapy une maxime dont tout
le monde connoiſt la verité
&jen'en parle que parce que
je ſuis étonné de la délicateſſe
de M. Devizé , qui à ce qu'on
m'a dit depuis peu , ſe failoit
un ſcrupule d'inſtruire le publicdes
noms,&des talens des
gens que leur art utile ,& falutaire
aux hommes ſembloit
font eff CtiveGALANT.
345
confacter plus particulierement
à leur ſervice. J'en ay
trouvé d'une demie douzaine
d'eſpeces , qui ſe ſont offerts à
moyce mois.cy , pour les
mois.cy ,
annoncer au public. Le détail
* du merite de ces Meffieurs ,
n'a rien d'ennuyeux , puiſque
lesunsou les autres y peuvent
trouver leur compte..
Avistres utile.
Je certifie , fi mon certifie
cat peut ſervir de quelque
choſe , que le fieur Varrin demeurant
ruëTictonne chezleſieur -
Lambert Perruquier,guerit gou
tes ,rhumatistes gouteux ,fciati-
!
346 MERCURE
paraliſies , bieffures de
coups de feu , &c.
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Résumé : Avis tres utile.
Le texte aborde la difficulté de supporter les maux de la vie, même les plus légers. L'auteur ne propose pas une nouvelle philosophie mais observe la prudence de M. Devizé, qui évite de révéler les noms et talents des artistes utiles à la société. L'auteur a rencontré plusieurs personnes souhaitant se faire connaître. Il atteste des compétences du sieur Varrin, domicilié rue Tictonne chez le sieur Lambert Perruquier, qui soigne divers maux tels que la goutte, les rhumatismes, les paralysies et les blessures par armes à feu.
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3158
p. 346-347
Autre Avis essentiel.
Début :
M. de Woolhouse Gentilhomme & Oculiste Anglais qui demeure presentement [...]
Mots clefs :
Oculiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis essentiel.
Autre Avis eſſentiel.
M. de WoolhouseGentilhom.
me e Oculiste Anglois qui demeure
presentement au College
de l'Ave Maria , vis à vis le
petit portail de S. Estienne du
Mont prés Sainte Genevieve ,
pratique trente-trois differentes
operations manuelles furlesyeux,
& il remedie par des medicaments
doux , promts ,&furs ,
àtous les autres maux querißables
de la veuë , entre les cent
foixante&treize maladies differentes
qui peuvent attaquer l'oeil.
GALANT. 347
Il donnera a tous ceux qui le
ſouhaiteront une liste des perfonnes
qu'il a gueri à Paris. Il est
àremarquer qu'il auroit efté entierement
impoffible audit fieurde
Woolhouſe de ſçavoir à fonds ,
ces differentes operations ,fi elles
ne luy avoient pas efté démontrées
parfeu M son pere ,fameux
Oculiste : puisqu'il est le
feulenEurope , qui les pratique
toutes. Il a actuellement de fameux
Medecins pour éleves.
M. de WoolhouseGentilhom.
me e Oculiste Anglois qui demeure
presentement au College
de l'Ave Maria , vis à vis le
petit portail de S. Estienne du
Mont prés Sainte Genevieve ,
pratique trente-trois differentes
operations manuelles furlesyeux,
& il remedie par des medicaments
doux , promts ,&furs ,
àtous les autres maux querißables
de la veuë , entre les cent
foixante&treize maladies differentes
qui peuvent attaquer l'oeil.
GALANT. 347
Il donnera a tous ceux qui le
ſouhaiteront une liste des perfonnes
qu'il a gueri à Paris. Il est
àremarquer qu'il auroit efté entierement
impoffible audit fieurde
Woolhouſe de ſçavoir à fonds ,
ces differentes operations ,fi elles
ne luy avoient pas efté démontrées
parfeu M son pere ,fameux
Oculiste : puisqu'il est le
feulenEurope , qui les pratique
toutes. Il a actuellement de fameux
Medecins pour éleves.
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Résumé : Autre Avis essentiel.
M. de Woolhouse, gentilhomme et oculiste anglais, réside au Collège de l'Ave Maria. Il pratique trente-trois opérations oculaires et traite soixante-treize maladies oculaires. Ses traitements sont doux, prompts et efficaces. Il forme des médecins renommés et peut fournir une liste de ses patients guéris à Paris. Ses compétences proviennent de son père, un célèbre oculiste.
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3159
p. 347-348
Autre
Début :
Mademoiselle de Rezé demeurant ruë de la Comédie chez un [...]
Mots clefs :
Docteurs en médecine de la faculté de Paris, Goutte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre
Autre
Mademoiselle deRezé demeurant
ruë de laComedie chez un
Perruquier au ſecond , approuvéedes
Docteurs en Medecinela
348 MERCURE
.
Faculté de Paris donne un remede
composé de Simples ,qui
guerit &prſerve de la goute
d'une maniere fort aisée Sans
aucun danger Elle guerit auffi
avec un Beaume ſpecifique tous
les maux de dents pour toujours,
quelques gateés qu'elles forent ,
les conſerve , affermit celles qui
branlent , les blanchit. Elle
ades Boutons composez pour les
fluxions, maux de teste , migraine
&qui prefervent du mauvais air.
Mademoiselle deRezé demeurant
ruë de laComedie chez un
Perruquier au ſecond , approuvéedes
Docteurs en Medecinela
348 MERCURE
.
Faculté de Paris donne un remede
composé de Simples ,qui
guerit &prſerve de la goute
d'une maniere fort aisée Sans
aucun danger Elle guerit auffi
avec un Beaume ſpecifique tous
les maux de dents pour toujours,
quelques gateés qu'elles forent ,
les conſerve , affermit celles qui
branlent , les blanchit. Elle
ades Boutons composez pour les
fluxions, maux de teste , migraine
&qui prefervent du mauvais air.
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Résumé : Autre
Mademoiselle de Rezé, résidant rue de la Comédie, propose un remède approuvé par des docteurs pour guérir et prévenir la goutte. Elle offre aussi un baume pour traiter les maux de dents, renforcer et blanchir les dents. Elle vend des boutons composés contre les fluxions, maux de tête, migraines et les effets du mauvais air.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3160
p. 350-351
Avis tres-rare.
Début :
M. l'Abbé Fremy a démontré à plusieurs Sçavans par voie de Theorie [...]
Mots clefs :
Latin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis tres-rare.
Avis tres - rare .
M. l'Abbé Fremy a démontré à
plusieurs Sçavansparvoye de Theorie
, & d'experience , qu'un medi.
tationde quinze années , l'avoit
enfin conduit à trouver le fecret
d'apprendre le Latin plus facilement
qu'on n'apprend aujourd'huy
la langue Italienne.
ToutfonSistêmene roulequefur
deux regles tres courtes , &d'une
execution tres aisee qui convient à
toutsexe ,& à tout âge,ſitostqu'on
Sçait lire &un peu écrire.
La premiere suffit pour résoudre
par maniere de demonstration les
difficultez les plus épineuses ,tant
à l'égardde la composition Latine ,
que de l'explication des Auteurs.
Laseconde qui neconsiste qu'en
unseul mot ,sans exception , est
utilepoursçavoir heureusement la
GALANT. 351
quantité des Syllabes longues , ou
breves , par nature.
Les perſonnesqui s'interrejſeront
à luy donner quelques avis pourront
s'adreſſer à M. Ribon Marchand
Libraire à l'Image S. Loüis
Quay desGrandsAugustins àParis.
M. l'Abbé Fremy a démontré à
plusieurs Sçavansparvoye de Theorie
, & d'experience , qu'un medi.
tationde quinze années , l'avoit
enfin conduit à trouver le fecret
d'apprendre le Latin plus facilement
qu'on n'apprend aujourd'huy
la langue Italienne.
ToutfonSistêmene roulequefur
deux regles tres courtes , &d'une
execution tres aisee qui convient à
toutsexe ,& à tout âge,ſitostqu'on
Sçait lire &un peu écrire.
La premiere suffit pour résoudre
par maniere de demonstration les
difficultez les plus épineuses ,tant
à l'égardde la composition Latine ,
que de l'explication des Auteurs.
Laseconde qui neconsiste qu'en
unseul mot ,sans exception , est
utilepoursçavoir heureusement la
GALANT. 351
quantité des Syllabes longues , ou
breves , par nature.
Les perſonnesqui s'interrejſeront
à luy donner quelques avis pourront
s'adreſſer à M. Ribon Marchand
Libraire à l'Image S. Loüis
Quay desGrandsAugustins àParis.
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Résumé : Avis tres-rare.
L'Abbé Fremy a développé une méthode innovante pour apprendre le latin après quinze ans de recherche. Validée par plusieurs savants, elle permet d'apprendre le latin plus facilement que l'italien actuel. Elle repose sur deux règles simples, accessibles à tous sachant lire et écrire. La première règle aide à résoudre les difficultés de composition latine et d'explication des auteurs. La seconde règle détermine la quantité des syllabes longues ou brèves. Pour plus d'informations, contacter M. Ribon, libraire à Paris.
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3161
p. 351-352
Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Début :
Le Sr Godeheult le fils Marchand Tailleur demeurant ruë Tirechappe, [...]
Mots clefs :
Marchand tailleur, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Avis engros& en détail que tout
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
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Résumé : Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Le texte annonce que le tailleur Godeheult, fils Marchand, résidant rue Tirechappe au coin de la rue Betizy, sous l'enseigne 'Le Point du jour', offre de fournir des habits neufs à l'année à des prix avantageux, avec une quantité variable selon l'accord avec le client. Parallèlement, l'auteur critique la comédie 'Le Vert galant' de Monsieur Dancourt, qualifiée de 'mal taillée et mal cousue' par le public. Malgré son manque de succès, l'auteur se sent obligé d'en parler. Il révèle que Dancourt avait présenté cette pièce aux comédiens environ un an plus tôt, mais elle avait été refusée. Pour la promouvoir, Dancourt aurait diffusé une histoire fictive, 'Le Conte de l'Abbé vert'. Malgré les refus initiaux, la pièce a finalement été jouée, démontrant comment les préjugés du public peuvent influencer la réception d'une œuvre théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3162
p. 353-355
Avertissement qui ne sert à rien.
Début :
Ceux qui jugeront à propos d'envoyer quelques Pieces au [...]
Mots clefs :
Émulation, Mercure, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement qui ne sert à rien.
Avertiſſement qui nefert à rien.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
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Résumé : Avertissement qui ne sert à rien.
Le texte est un avertissement destiné aux contributeurs du périodique 'Mercure'. Il les incite à soumettre des mémoires lisibles, en évitant la prolixité, les attaques personnelles et un style négligé. L'auteur, occupé par diverses activités comme rencontrer des amis, écrire des lettres et composer des livres, a peu de temps pour traiter les contributions. Il reconnaît que la plupart de ses écrits sont des raisonnements sans conséquence ou des chansons, mais affirme connaître sa propre valeur. Il souhaite recevoir des contributions de qualité. L'auteur conclut en précisant qu'il suivra l'inspiration de la muse, qu'elle soit tragique ou comique, et mettra en pratique les conseils de la nymphe qui l'inspirera dans le prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3163
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude. 3 Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PRélude... 3
Description de la Ceremonie du
Bapte Baptême de l'Infant de Portugal
Fofeph.
6
Reflexions , plaintes &verbiage
de l'Auteur. 12
Relationfinguliere d'une Festede
Тличeaux.. 22
Discours que M. de Réal fit à
C
à l'Assemblée du Clergé, de
la Nobleſſe , er de laFustice,
le jour qu'il fut installé dans
-Sa Charge de Sénéchal deForcalquier.
Morale d'Epicure.
69
77
TABLE
Obstacles levez pourfon impreffion,
82
Reflexionfur legenie d'Epicure ,
&fur ce qu'ildeffend lesPa
negyriques au Sage. 94
Fantaisie 97
Odeſur le ſujet du Poëme qui a
remporté le Prix de l'Académie.
103
Réprefailles. IIS
Discours sur l'origine du moisa
118
Nouvelles. 123
Hiftoire. 138
Lettre Galante...
د ر و
Vers prefentez auRoy. 165
Extrait d'un Discours prononcé
parle R.P. Feüilleteau Supe-
)
TABLE.
rieur des Barnabites àlaPro.
feffion de DonMarc-Renédu
Buiffon de la Bruneliere , parent
de M. d' Argenſon. 167
Copie d'une Lettre deM. leProcureurGeneral
du Parlement
de Paris à l'occaſion du Teftament
duRoy. 169
OdeAnacreontique de M. de la
Monnoye. 177
Relation d'une Fofte que laReine
Douairiere d'Espagne a donnée
àBayonne. 182
Relation de laCeremoniedu mariage
de la Reine d'Espagre
qui fut celebréà Parme le 16.
Septembre. 199
Autre Relation de Genesfur le
TABLE.
mesmesujet. 21F
Relation de l'attaque generale de
Barcelone.
227
Relation de l'entrée deM. leMaréchal
de Berwick dans Barcelone.
241
Quart de critique. 251
Mariage. 259
Abon entendeur demi mot. 263
Courte reflexion fur les remarques
de Mathanafius fur le
chef- d'oeuvre d'un inconnu.
268
Chanson. 272
Chapitre des Enigmes. 274
Morts. 280
Suite du Journal de Fontainebleau.
301
TABLE .
Mariages. 342
Avis très-utile. 345
Autre avis eßintiel. 346
Remede Specifique. 348
Avis tres rare. 350
Avis en gros & en détail que
tout Lecteur doit lire pour
raifon. 351
Avertissement qui nefert arien.
353
PRélude... 3
Description de la Ceremonie du
Bapte Baptême de l'Infant de Portugal
Fofeph.
6
Reflexions , plaintes &verbiage
de l'Auteur. 12
Relationfinguliere d'une Festede
Тличeaux.. 22
Discours que M. de Réal fit à
C
à l'Assemblée du Clergé, de
la Nobleſſe , er de laFustice,
le jour qu'il fut installé dans
-Sa Charge de Sénéchal deForcalquier.
Morale d'Epicure.
69
77
TABLE
Obstacles levez pourfon impreffion,
82
Reflexionfur legenie d'Epicure ,
&fur ce qu'ildeffend lesPa
negyriques au Sage. 94
Fantaisie 97
Odeſur le ſujet du Poëme qui a
remporté le Prix de l'Académie.
103
Réprefailles. IIS
Discours sur l'origine du moisa
118
Nouvelles. 123
Hiftoire. 138
Lettre Galante...
د ر و
Vers prefentez auRoy. 165
Extrait d'un Discours prononcé
parle R.P. Feüilleteau Supe-
)
TABLE.
rieur des Barnabites àlaPro.
feffion de DonMarc-Renédu
Buiffon de la Bruneliere , parent
de M. d' Argenſon. 167
Copie d'une Lettre deM. leProcureurGeneral
du Parlement
de Paris à l'occaſion du Teftament
duRoy. 169
OdeAnacreontique de M. de la
Monnoye. 177
Relation d'une Fofte que laReine
Douairiere d'Espagne a donnée
àBayonne. 182
Relation de laCeremoniedu mariage
de la Reine d'Espagre
qui fut celebréà Parme le 16.
Septembre. 199
Autre Relation de Genesfur le
TABLE.
mesmesujet. 21F
Relation de l'attaque generale de
Barcelone.
227
Relation de l'entrée deM. leMaréchal
de Berwick dans Barcelone.
241
Quart de critique. 251
Mariage. 259
Abon entendeur demi mot. 263
Courte reflexion fur les remarques
de Mathanafius fur le
chef- d'oeuvre d'un inconnu.
268
Chanson. 272
Chapitre des Enigmes. 274
Morts. 280
Suite du Journal de Fontainebleau.
301
TABLE .
Mariages. 342
Avis très-utile. 345
Autre avis eßintiel. 346
Remede Specifique. 348
Avis tres rare. 350
Avis en gros & en détail que
tout Lecteur doit lire pour
raifon. 351
Avertissement qui nefert arien.
353
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'un ouvrage comprenant divers textes et discours. Il débute par la description de la cérémonie du baptême de l'infant de Portugal, suivie des réflexions et plaintes de l'auteur. Le texte inclut plusieurs récits d'événements festifs et cérémoniels, tels qu'une fête aux Tuileries et le discours de M. de Réal lors de son installation comme sénéchal de Forcalquier. Il mentionne également diverses célébrations de mariages royaux, notamment ceux de la reine d'Espagne à Bayonne et à Parme. L'ouvrage contient des poèmes, des lettres et des extraits de discours, comme celui du Père Feuilletau lors de la profession de Don Marc-René du Buisson de la Brunelière. Des sections abordent des sujets variés, incluant la morale d'Épicure, des critiques littéraires, des nouvelles, des histoires et des avis utiles. La table des matières se conclut par des notices nécrologiques et des suites de journaux, notamment celui de Fontainebleau.
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3164
s. p.
Avis pour placer la Figure.
Début :
L'air doit regarder la page 272 [...]
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texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 272
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3165
p. 17-19
« Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Début :
Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...]
Mots clefs :
Vin, Muses
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texteReconnaissance textuelle : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Applaudiſſez- vous maintenant
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
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Résumé : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
L'auteur commence par invoquer les Muses et célèbre les hommages rendus par Sappho. Il exprime sa joie pour la paix, tout en précisant que cette gloire ne lui appartient pas. Il évoque ensuite des préoccupations liées à des affaires complexes et à la difficulté de concilier des intérêts divergents sans susciter de jalousie. Pour résoudre ce dilemme, il se remémore une ancienne chanson qui met en avant l'harmonie entre le vin et l'amour. Cette chanson souligne que ni le vin sans l'amour, ni l'amour sans le vin ne sont entièrement satisfaisants, mais que leur union procure une douce félicité. L'auteur décide alors de raconter une histoire illustrant les charmes de cette union.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3166
p. 19-65
HISTOIRE.
Début :
Quelque temps aprés la memorable bataille de Fredelingue, M. le [...]
Mots clefs :
Chevalier, Comtesse, Honneur, Jardin, Dame, Femme, Dame, Veuve, Yeux, Vérité, Amour, Humeur, Rivaux, Homme, Conquête, Courage, Hommes, Réflexions, Repas, Coeur, Mariages, Bourgmestre, Réflexions
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE
Quelque temps aprés la
memorable bataille de Fre-
..
Bij
20 MERCURE
1
delingue , M. le Maréchal
deVillars mit ſes troupes en
differens quartiers , aprés
avoir joint à la tête de fon
armée victorieuſe le Heros
qu'il alloit chercher dans
le ſein de l'Empire. N...
vieux regiment , compoſé
de trois bataillons favoris
du Dieu des combats , fut
envoyé à Auſbourg, àUlm,
&àDonavvert. Le bataillon
qui fut mis en garniſon
àAuſbourg eſt celui où fervoit
alors,& où ſert peutêtre
encore à preſent l'admira
ble,ou plûtôt l'étourdiChe
!
GALANT. 21
valier dont je vais décrire
une partie des vaillans exploits.
La jeune & brillanteMadame
Spith , qu'on appelloit
par excellence la belle
d'Auſbourg , d'une famille
illuftre , riche de fon patrimoine
, veuve à vingt trois
ans ,& prête à ſe remarier ,
faifoit alors autant de conquêtes,
qu'ily avoit de mortels
qui s'offroient à ſes
yeux : auTemple , aux promenades
, aux aſſemblées ,
chez elle , tout retentiſſoit
du bruit de ſes charmes,
22 MERCURE
Mais ſa beauté étoit une
vraie pomme de diſcorde ,
qui rendoit les meilleurs
amis rivaux, de rivaux mortels
ennemis : de là alloient
&venoient cartels comme
billets doux, on ſe portoit
fur le pré , & tous les jours
on aprenoit que quelqu'un
ſe bleſſoit , ſe tuoit , ou ſe
faifoit tuer pour elle.
La Comteſſe de Manfeld
, precieuſe, veuve auffi,
&bellepartout ailleurs qu'à
côté de Madame Spith , de
qui elle ſe diſoit la meilleure
amic , enragcoit de ce
GALANT . 23
que de tant de victimes qui
s'egorgeoient pour cette
veuve , perſonne n'étoit
dans le goût de s'égorger
pour ſes appas. Mais qu'at-
elle donc de fi rare , di
foit elle àgens qui me l'ont
redit ? N'a- t -on pas des
yeux , une bouche , de la
blancheur , de l'éclat , des
traits reguliers , de la gor.
ge , de la taille , & des gra
ces?En verité il y a de quoy
en mourir.
Le Cheualier de ** étoit
alors de bonne foy amoureux
de cette belle Com24
MERCURE
=
teſſe , & l'auroit été aſſuré.
ment au moins fix mois ,
fi par malheur il n'avoit
pas vû Madame Spith dans
un jardin, une heure aprés
avoir fait en homme éperdu
ſa premiere declaration
à l'infortunée Comteſſe ,
qui avoit eu d'abord lacomplaiſance
de croire que ce
nouveau venu,homme trésaimable
, & redoutable de
taille & d'eftoc, alloit la vanger
de tous les larcins que
lui avoient faits les impitoyables
yeux de la Spith :
mais le traître n'étoit pas
né
GALANTE
45
né pour leur donner un démenti
qu'ils n'avoient jamais
reçû. Souffrez , dit- ilà
cette veure adorable , &
plein encore des tranſports
qu'il venoit d'étaler aux
pieds de la Comtefle , ſouffrez
, Madame, que je continue
avec vous la converſation
que je viens d'avoir
avec une des plus aimables
Dames de cette ville . L'avantage
que vous avez ſur
elle,me ſuffira pour vous la
rendre plus vive &plus ſincere.
De quelle Dame me
parlez-vous , Monfieur ? &&
Νου. 1714. C
26 MERCURE 1-
vous ,
quel diſcours me tenez
lui répondit fiere
ment Madame Spith? Ne
vous épouvantez point,Ma
dame , reprit- il, de ce que
vous venez d'entendre. II
n'y a pas encore une heure
que j'ai quitté la Comteſſe
de Manfeld ,je viens de lui
avoüer que je l'aime : mais s
il y a ſi peu d'intervale entre
cetre declaration & cellc
que je dois vous faire , que
je croy ne l'avoir entrere
nuë que de l'amour dont je
brûle pour vous. Je ſuis forti
de chez elle rempli de ma
GALANT.M
27
dire
paffion , je ſuis venu dansp
ce jardin, oùle hazard vous
offre ſeule à mes yeux , jen
ne ſçai encore qui vous êtes,
ni qui vous n'êtes pas : mais
je ſens qu'il ne m'eſt pas
poſſible de ne vous pas
ce qu'on ne peut pas , apres
vous avoir vue , dire à une
autre qu'à vous , & de ne
me pas dédire , en vous
voyant, de tout ce que j'ai
dit à d'autres. Bon , dit Ma
dame Spith,en elle même
voila encore une conquête que
je peux dérober à la Comteffe.
Courage , mes yeux , étalez
Cij
28 MERCURE
e
tous vos charmes ; ce Cavalier
fent fon bien , affurez- vous da e
fa défaite. Aprés ces courtes
justes reflexions ,qui ne reffemblent
pas mal à celles que
font toutes les Dames en pareil
cas : Je m'étonne ,Monfieur
, lui dit- elle , de vôtre
procede ; il eſt injufte , &
vous pouviez vous difpenferde
me rendre confidente
de l'outrage que vous faites
à Madame la Comteffe.
Elle est mon amie , & je
reçois comme une inſulte
un aveu qui l'offenfe. De
quelque façon , reprit le
GALANT. 39
Chevalier , que vous rece
viez cet aveu , vôtre amitié
pour la Comteffe , & vôtre
froideur pour moy n'en di
minuent ni l'ardeur , ni la
verité ; &à la premiere occafion
je ſoûtiendrai devant
vous , en prefence de la
Comteſſe elle-même , tout
ce que vous venez de voir
& d'entendre. A juger de
vôtre caractere par ce difcours
, répondit la belle
Spith , je ne vous croirois
pas auprés d'une Dame d'un
merite à vous faire regretter
long temps, & ces bruf
Ciij
30 MERCURE
queries &ces emportemens
conviennent fort mal avec
un ſexe qui ne doit au vôtre
que les bontez dont vous
vous rendez dignes à force
ade foûmiſſions & de foins.
Pour moy , Monfieur , ne
vous imaginez pas que l'offre
que vous venez de me
faire foit unhommage dont
je daigne me ſouvenir ja .
mais. C'eſt un honneur auquel
je ne m'attendois pas.
Mais j'apperçois fort à propos
Madame la Comteſſe
&ſa compagnie , avec qui
je vais vous laiſſer la liberté
GALANT. 031
de vous expliquer comme
sil vous plaira. Au nom de
Dieu , Madame , reprit le
ar Chevalier , ne nous abandonnez
pas , & foyez au
moins témoin des termes
de notre explication.Sur ces
Pentrefaites la tremblante
Comteſſe les joignit , fort
analarmée de trouver ſon
Chevalier avec une rivale
- aufli redoutable que la
Spith. Oferoit- on , lui ditcelle
,Madame , fans craindre
de troubler la douceur
inde ce tête à tête , ſe mêler
dans votre converſation ?
Ciiij
32. MERCURE
Oui , Madame , reprit la
belle veuve , il n'y a nul
danger pour vous à vous en
mêler ; &Monfieur , que je
n'ai point l'honneur de connoître
, me parloit de vous
dans de fi bons termes ,
que je n'ai eu l'indulgence
d'entendretout ce qu'ilm'a
* dit qu'à votre confideration.
S'il juge à propos de
vous repeter les difcours
qu'il m'a tenus , c'eſt ſon
affaire , & la mienne eſt de
vous laiſſer enſemble.s
Alors le Chevalier la retenant
par le bras , lui dic
GALANT. $33
fans ceremonic : Vous ſe-
Irez, Madame, la maîtreffe
de nous quitter lorſque je
vous aurai tenu parole. La
Spith qui apprehendoit fagement
les ſuites que pouvoit
avoir un éclat de cette
confequence , lui répondit
fur le champ : Je vous en
difpenfe, Monfieur ,& vous
m'obligerez infiniment de
an'en rien faire. Elle accom-
2pagna cette priere d'un regard
tendre & fouverain ;
elle fit une belle reverence
&s'en alla. De quoyl'entreteniez-
vous dóc,Monfieur,
4
34
MERCURE
lui dit la Comteffe , & d'où
vient le defordre où je vous
vois?Le temps,lui réponditil,&
mes foins vous apprendront
, Madame , ce que
vous en devez juger. En
attendant , permettez-moy
de vous demander ce que
vous faites d'une fi belle
femme dans cette ville,Ils
alloient fans doute com- :
mencer àſe chicaner endétail
fur ce ſujer , lors qu'on
-entendit un bruit épouvantable
dans la maiſon , par
où l'on entroit au jardin où
ils étoient. Deux hommes
GALANT.
$35
Lauffitôt parurent l'épée à la
main,courant comme des
forcenez dans les allées du
jardin , & demandantMadame
Spith à tout le monde.
Le Chevalier , que ce
nom repeté rant de fois fit
trembler , de peur qu'il ne
lui fût arrivé quelquetriſte
avanture , quitta bruſque--
ment la Comtefle , & courut
à la porte de la maiſon,
ar dont le paſſage lui fut dif
puté par deux autres hommes
maſquez , & armez
jusqu'aux dents mais fon
amour & fon courage fur36
MERCURE
monterent cet obſtacle. Il
ſe fit jour à travers ſes en
nemis avec une valeur digne
de tenir unrang éclatant
dans l'hiſtoire. Il tra
verſa comme un torrent
cour , veſtibule , falle , antichambre
& chambre ; &
enfin il entra l'épée à la
main dans un grand cabinet
, où il trouva un buffet
plein de vin ,unetable couverte
de viandes ,tout l'appareil
d'un grand repas , &
la belle Spith affiſe nonchalamment
dans un fauteüil,&
dans l'attitude d'une
GALANT.
37
1
perſonne bien affligée.
Sommes-nous ici en pays
ennemi , Madame, lui ditil
? & d'où vient donc , s'il
vous plaît , cette alarme ?
Mais de quelle nature eſt
cette guerre ? Tout ce que
je voy dans cette chambre
m'annonce la paix ; ſi l'on
n'exerce jamais contrenous
d'autres actes d'hoſtilité , il
n'y aura que de la gloire &
duprofitàbattre enbreche
une place ſi bien garnie.
Mettons nous à table à
bon compte. Attendez
vousquelqu'un ?Maispour38
MERCURE
quoy ne me répondez-vous
rien ? Tout ceci est-il un
enchantemente est- ce und
piege qu'on nous dreſſe ?
Ma foy n'importe , je vais
donner dans l'embuſcade.
Auſſitôt s'armant ſagement
d'un vitrecom *plein de vin,
il but une raſade à la ſanté
deſon incomparable veuve, P
que ſes tendres prieres de.
terminerent enfinà ſe met
tre à table à côté de lui. Ne
prenez pas s'il vous plaît ceci ,
Meſſieurs , pour le méchant
foupé du Vert-Galant
Grand were d'Allemagne , init Has
GALANT 393
Les bonnes gens alloient
commencer à ſe mettre en
belle humeur , lorſque la
compagnie à qui ce repas
étoit deſtiné , entra par une
autre porte que celle par où
ils étoient entrez. L'hôte de
la maison , qu'on avoit
averti depuis plus d'un
quart d'heure que l'on
avoit ſervi , avoit mieux
aimé laiſſer refroidir les
viandes , que ſe reſoudre à
ſe mettre à table ſans unc
honorable convive qu'il
attendoit . Cette convive
étoit juſtement la Comteffe
40 MERCURE
de Manfeld , qui n'eut pas
plûtôt apperçu la Spith &
ſon Chevalier , qu'elle fit
un cri àfendre le coeur de
toute l'aſſemblée , & s'évaLi
nouit.Chacun auffitôts'em
preffa à la ſecourir. Elle re
vint enfin , & aprés quel
ques injures mal articulées,
& entrecoupées de fan
glots , elle ſe mit à tableAb
Madame Spith pendant
la rumeur de cet évanoüif
ſement avoit eſſayé de s'éclypfer
: mais leChevaliery
qui s'embaraſſoit dela
Comteffe auſſi peu que du
refte
!
GALANT.
refte de la compagnie ,
l'avoit fi conftamment af
ſiegée , qu'il ne lui avoitpas
éré poffible de s'échaper..
D'ailleurs,quandelle auroit
pû s'enfuir , le maître de la
maiſon , qui avoit pour elle
beaucoupde confideration,
&qui la regardoit comme
la plus aimable femme
d'Auſbourg , n'auroit pas
manqué de courir aprés
elle ; le Chevalier en eût
fait autant , tous les Meffieurs
du feſtin les auroient
ſuivis , & les autres Dames
ſeroient reſtées ſans un mi-
• Νου. 1714. D
+ MERCURE
ferable chapeau : ce qui
"auroit été fort malhonnête .
Ainfi tout le monde conviendra
que le Chevalier
51 avoit fort bien fait de la
auqetenir woord ollad
remis ,
Voyons maintenant , dit
leBourguemeſtre , dés que
tous les efprits de l'affemblée
furent un peu ren
fi nous ſouperons, & faiſons
en forte que les plaiſirs &
2 la paix foient de la partie.
Parbleu , dit le Chevalier
nôtre hôte a raiſon, & nous
** ſommes de grands fots de
nous alambiquer la cervelle
1
1
1
GALANT. 43
1
in pour des vetilles. Vous ne
Içauriez vous imaginer ,
- Monfieur , lui répondit le
Bourguemestre , combien
si je ſuis charmé & de vôtre
belle humeur , & de vous
Jivoir des nôtres : mais je
rvoudrois bien ſçavoir par
quel hazard j'ai l'avantage
de vous avoir ici. Madame,
alui dit - il en montrant la
✔Spith , peut vous le conter
mieux que moy , & je vous
jure ſur mon honneur que
zuje n'en ſçai preſque rien.
Tout ce que je peux vous
lapprendre , c'eſt que me
Dij
44 MERCURE
promenant avec Madame
la Comteſſe dans le jardín
qu'on voit de ces fenêtres ,
un defordre extraordinaire,
des épées nuës , des mafques,&
lenom de Madame
Spith , que j'ai entendu
plufieurs fois dans cette
alarme , m'ont fait apprehender
qu'elle ne fût expoſée
à quelque grand peril .
J'ai couru ſur ſes pas,j'ai
tout ce qui s'eſt oppole
à mon paſſage ; j'ai
traverſé par une route que
je ne connois point une
enfilade de chambres, d'où
forcé
GALANT.MS
۱
jefuis enfin arrivé dans
ncelle- ci , où j'ai trouvé cette
belleveuve,le buffet dreſſé,
&la table ſervie. Cette ap-
- parition m'a réjoüi , j'y ſuis
reſté, j'y reſte , & j'y reſtepai
autant qu'il vous plaira.
Chacun applaudit à ce
touchant recit , hors la
Comteſſe , qui n'avoit pas
envie de rire , & qui , pendant
que les verres brilloient
,& que les fantez ſe
portoient à droite, à gauche
&de front , ſe tenoit à ellemême
le douloureux langage
que voici.
46 MERCURE
Que fais- tu , malheureuſe ,
quel est ton deffein ?
Mais non , elle le prit fur
-un ton plus bas , & ſe parla
en ces termes. Je jouë en
verité ici un fort joli rôle ,
& il convient bien à une
femme de ma condition de
ſe compromettre de la forte
avec des je ne ſçai qui. Affurément
j'ai bonne grace
àvoir l'air de complaiſance
& de langueur de cette
pimbêche. Elle s'applaudit ,
la petite fotte , des impertinences
&des grimaces du
Chevalier ; & Monfieur le
GALANT.
Bourguemestre eft , ne lu
en déplaiſe , un impoli , ut
frane butor , de les avoi
Stretenus à ſouper enmapre
fence. Si je me croyois, je
lui dirois ce qu'il merite ,
je chanterois mille injures
à la compagnie , au Chevalier
, à la Spith ; je lùi
jetterois le verre au nez , je
renverſcrois table , buffe
& chaifes , & je m'en irois
pour apprendre à ces belles
gens à traiter comme il
- convient une femme comme
moy.
Ce fut justement à cet
48 MERCURE
endroit de ſes reflexions
que le Chevalier lui dit ces
propres mots :J'ai l'honneur
de boire à vôtre ſanté , divine
Comteffe. Allez , Monſieur,
lui répondit elle avec
beaucoup de politeſſe, vous
êtes un impertinent , je n'ai
que faire ni de vous , ni de
vôtre fanté. Je réponds de la
verité de cette repartie ; car
une belle Dame me fit unjour
l'honneur de me dire la même
chofe.
Le Chevalier ne laiſſa pas
d'aller ſon train , & de rire
de l'obligeante replique.Je
ne
GALANT.
49
-nesçaifivous qui me lifez,vous
n'en riez pas auffi. Mais pendant
que nos gens font à ta
ble , permettez- moy , s'il vous
plaît, quatre ou cinq lignes de
digreffion. Je croy voir déja,
Meffieurs,quelque douzaine de
precieuxlecteurs faireſemblant
de s'ennuyer des reflexionsjudicieuses
que font les perſonnages
de cette histoire. Je leur ré
ponds à cela , que ces articles,
qu'ils traitent d'inutilitez ,
font des preuves de mon exactitude;&
fiMonsieur de Varillas
, de prolixe memoire ,
n'avoit pas prêté àſes Heros
Νου. 1714.
SO MERCURE
des rafinemens politiques , des
fentimens étudiez, des rai
fonnemens trés - recherchez ,
auroit-il jamais fait defi brillans
ouvrages ? Voyez encore
leJournal de Verdun ; il eſt
plein de maximes de jurisprudence
, de reflexions inutiles.
Voila mes modeles.
Cependant les oeillades ,
les bons mots , & la mauvaiſe
humeur font du foupé
du Bourguemestre.
Un Gentilhomme Franconien
touchédu déplaifir
de l'aimable Comteſſe,dont
il entendoit le coeur foû
GALANT.
SE
pirer à côté du ſien,à mefure
qu'il ſe dépêchoit de
s'enyvrer à ſa gloire , lui dit
enfin d'un air terrible : Qu'-
avez- vous , Madame ? qui
vous chagrine ? qui vous
importune ici ? Par monfoy,
moy l'y mettre dhors toutal'hire.
La belle Dame fe
rengorgeant auffitôt ſur la
parole de ſon défenſeur ,
lui montra obligeamment
Monfieur le Chevalier , à
qui l'Alleman fit un ſigne ,
qu'il ne jugea pas à propos
d'entendre. Il recommença
pluſieurs fois cette ceremo
Eij
52
MERCURE
1
nie , & l'autre y répondit
toûjours de même , juſqua
ce que la Comteſſe, ſe méfiant
apparemment de la
vertu de ſon heros , dit en
fin qu'elle ne vouloit point
qu'une ſi agreable fête fût
troublée mal à propos à fon
occafion. Elle impoſa fi
lence à l'Alleman , & tendit
la main au Chevalier , qui
la reçut en homme qui
connoiſſoit tout le prix de
cerre faveur. La Comteſſor
ajoûta à cette marque de
bonté, qu'elle n'étoit point
du nombre de ces bales
GALANT.
53
dont tant de rivaux ſe dif
putpient la conquête aux
dépens de leur ſang , & que
les combats,les enlevemens
&les violences n'étoient
pointdes épiſodes de ſa vie.
Il faut avoüer , Madame ,
lui dit la modeſte Spith ,
que celles qui ne font pas
maîtreſſes comme vous de
prévenir ces inconveniens ,
ſont bien malheureuſes ; &
ſi j'avois eu l'avantage d'ê
tre Madame la Comteffe
de Manfeld , je ne devrois
pas à la frayeur que j'ai euë
d'être enlevée , l'honneur
E iij
54
MERCURE
que j'ai d'être en ſi bonne
compagnie. Ah Madame !
lui dit le Bourguemeſtre, de
grace contez - nous cette
hiſtoire. Que puis - je vous
conter , Monfieur , répondit-
elle , fi ce n'eſt qu'en
fortant du jardin , deux
hommes maſquez m'ont
emportée dans une chambre
, dont ils ont fermé la
porte ſur eux ; qu'une fille
a
que je ne connois pas en a
ouvert une autre ; qu'elle
m'a dit : Madame', fi vous
voulez vous ſauver du peril
*
qui vous menace,, hatez
GALANT .
55
vous de fortir d'ici , montez
cet eſcalier , & retirez vous
dans la chambrela plus reculée
de cette autre maifon
; vous y trouverez un
azile qu'on ne violera pas ,
& des gens prompts à vous
vanger de l'inſulte que vous
font ceux qui vous ont
amenée ici . J'ai entendu
leur complot , & je me ſuis
ſervie de la clef de cette
porte pour vous tirer d'affaire.
Vous vous fouviendrez
de ce ſervice , ſi vous
le jugez à propos. Auflitôt
elle a diſparu. Je me fuis
Eiiij
56 MERCURE
ত
ſauvée toute tremblante
dans cet appartement , M.
le Chevalier y eſt venu un
moment apres moy, la compagnie
n'a pas tardé à y
entrer aprés lui. Voilamon
hiſtoire.Cela eſt admirable,
dit le Bourguemeſtre : mais
eft- il poffible que perſonne
ne connoiſſe ici les auteurs
de cette avanture ? Quoy
qu'il en ſoit , il n'y a juſqu'à
preſent point de mal à tout
cela ; & en attendant que
3 nous puiſſions en apprendre
la verité , ſongeons à nous
réjoüir. Depuis quelques
९
e
!
GALANT. 37
momens il m'eſt venu dans
la tête un deſlein , dont je
ferois fort aiſe de voir l'execution
avant la fin de ce
repas : mais pour en venir à
bout , il faut commencer
parraccommoder enſem-
Die Madame laComteffe&
Madame Spith. Un mal-
21entendu vous a broüillées ,
Meſdames , continua til,
$ que ma propoſition vous
reüniffe . Monfieur le Chevalier
eſt un Gentilhomme
fait pour l'amour ; vous me
paroiſſez vous difputer ſa
conquête , ou peu s'en faut :
58 MERCURE
vous êtes toutes deux belles ,
riches & veuves ; s'il n'eſt
marié , il eſt en âge de l'ê
tre , nous nous en rappor
terons à lui. Un de mes
grands plaiſirs eft de faire
des mariages , & furtout
des mariages extraordinai
res. De mon côté je m'ennuye
de n'avoir pas de femme.
Confultez vous ; fivous
m'en croyez , il ne tiendra
qu'à vous que Monfieur le
Chevalier & moy ayons
aujourd'hui chacun la nô
tre. Comment l'entendez
vous , Monfieur le BourGALANT
59
!
A
guemeſtre , lui dit la Com.
teffe , & à qui pretendeza
vous me donner ? Ecoutez,
Madame, reprit- il , écoutez
juſqu'au bout. Si l'humeur
de Monfieur le Chevalier
ne ſympathiſe pas avec la
vôtre , tâchez de vous ac
commoder de la mienne ,
ou ſi je ne vous conviens
pas , demandez- lui s'il vous
convient. Pourmoy , je re
cevrai de bonne grace des
mains de l'amour ou de la
fortune celle de vous deux
que le fort me laiſſera. Vous
nous faites ici une propoſi
60 MERCURE
tion aſſez bizarre , dit Ma
dame Spith ;& pour la con
cluſion de ces mariages ,
j'aimerois autant vous conſeiller
de vous en rapporter
àla pluralité des voix de la
compagnie. Pourquoy you
lez - vous que nous decidions
, Madame & moy ,
pour ou contre quelqu'un ?
Cependant ſi Madame la
Comteſſe juge à propos de
s'expliquer poſitivement
là-deſſus , je ne ſçai pas fi
pour n'avoir plus le chagrin
de voir tous les jours de
nouvelles avantures, nous
t
GALANT. 61
!
2
brouiller enſemble , je ne
ſouſerirai pas à la propofi
tion en faveur de la nouveauté.
Cela eſt fort bien
imaginé , reprit le Chevalier
, & voila ce qu'on appelle
traiter galamment de
grandes paffions. Hé bien
Monfieur , lui dit la Comteſſe
, voulez - vous vous
ſoûmettre à nôtre deciſion ?
Je ne ſçai , répondit - il :
mais puiſque chacun a opiné
ici comme il lui a plû ,
je croy qu'il eſt bien juste
que j'opine à mon tour.
Vous pouvez , dit le Bour
62 MERCURE
guemeſtre , donner vôtre
avis en toute liberté. Ainfi
foit , reprit le Chevalier ;
commeje ſuis plus heureux
aux cartes que je ne ſuis
habile aux Dames , j'opine
qu'il feroit à propos , pour
ne point cauſer de jaloufic
entre ces deux belles veuves
, que le fort fit nos partages.
Monfieur nôtre hôte
ſera le Roy de pique , Madame
la Comteſſe , Pallas ,
autrement dit la Dame de
pique ; Madame Spith ,
Judith, dunom de laDame
de coeur,& moy le Royde
GALANT
63
treffle. Ces deux Dames
tireront lequel de ces Rois
elles auront , & nous nous
tirerons ſur ces Dames.
Courage , Monfieur , lui
dit la Comteffe , foûtenez
vos extravagances juſqu'à
la fin. Madame Spith en
rit , toute l'affemblée ſe
prit à rire comme * un tas de
mouches. Cependant les af
fiftans commençoient à
s'impatienter de ne pas voir
la conclufion de cette
grande affaire , & faifoient
un bruit de diable avec les
DARabelais
MERCURE
verres& les bouteilles,pour
inviter les acteurs & les
actrices au dénoûment de
cette piece. LaComteſſe vit
bien ce que la compagnie
exigeoit d'elle,& en femme
reſoluë elle preſenta ſa
blanche main au Bourguemeſtre
, qui ſe traîna le
mieux qu'il put juſqu'à ſes
genoux , pour lui rendre
graces de l'honneur qu'elle
Jui faiſoit Le Chevalier en
même temps reçut celle de
Madame Spith , & la noce
commença. On ne fit point
un myſtere de ces maria-
,
1
GALANT.
ges , ils furent le lende
main publics dans la ville
d'Auſbourg. Les gens qui
avoient refolu d'enlever
Madame Spith furent fi
difcrets , qu'on ne les a jamais
connus.
Quelque temps aprés la
memorable bataille de Fre-
..
Bij
20 MERCURE
1
delingue , M. le Maréchal
deVillars mit ſes troupes en
differens quartiers , aprés
avoir joint à la tête de fon
armée victorieuſe le Heros
qu'il alloit chercher dans
le ſein de l'Empire. N...
vieux regiment , compoſé
de trois bataillons favoris
du Dieu des combats , fut
envoyé à Auſbourg, àUlm,
&àDonavvert. Le bataillon
qui fut mis en garniſon
àAuſbourg eſt celui où fervoit
alors,& où ſert peutêtre
encore à preſent l'admira
ble,ou plûtôt l'étourdiChe
!
GALANT. 21
valier dont je vais décrire
une partie des vaillans exploits.
La jeune & brillanteMadame
Spith , qu'on appelloit
par excellence la belle
d'Auſbourg , d'une famille
illuftre , riche de fon patrimoine
, veuve à vingt trois
ans ,& prête à ſe remarier ,
faifoit alors autant de conquêtes,
qu'ily avoit de mortels
qui s'offroient à ſes
yeux : auTemple , aux promenades
, aux aſſemblées ,
chez elle , tout retentiſſoit
du bruit de ſes charmes,
22 MERCURE
Mais ſa beauté étoit une
vraie pomme de diſcorde ,
qui rendoit les meilleurs
amis rivaux, de rivaux mortels
ennemis : de là alloient
&venoient cartels comme
billets doux, on ſe portoit
fur le pré , & tous les jours
on aprenoit que quelqu'un
ſe bleſſoit , ſe tuoit , ou ſe
faifoit tuer pour elle.
La Comteſſe de Manfeld
, precieuſe, veuve auffi,
&bellepartout ailleurs qu'à
côté de Madame Spith , de
qui elle ſe diſoit la meilleure
amic , enragcoit de ce
GALANT . 23
que de tant de victimes qui
s'egorgeoient pour cette
veuve , perſonne n'étoit
dans le goût de s'égorger
pour ſes appas. Mais qu'at-
elle donc de fi rare , di
foit elle àgens qui me l'ont
redit ? N'a- t -on pas des
yeux , une bouche , de la
blancheur , de l'éclat , des
traits reguliers , de la gor.
ge , de la taille , & des gra
ces?En verité il y a de quoy
en mourir.
Le Cheualier de ** étoit
alors de bonne foy amoureux
de cette belle Com24
MERCURE
=
teſſe , & l'auroit été aſſuré.
ment au moins fix mois ,
fi par malheur il n'avoit
pas vû Madame Spith dans
un jardin, une heure aprés
avoir fait en homme éperdu
ſa premiere declaration
à l'infortunée Comteſſe ,
qui avoit eu d'abord lacomplaiſance
de croire que ce
nouveau venu,homme trésaimable
, & redoutable de
taille & d'eftoc, alloit la vanger
de tous les larcins que
lui avoient faits les impitoyables
yeux de la Spith :
mais le traître n'étoit pas
né
GALANTE
45
né pour leur donner un démenti
qu'ils n'avoient jamais
reçû. Souffrez , dit- ilà
cette veure adorable , &
plein encore des tranſports
qu'il venoit d'étaler aux
pieds de la Comtefle , ſouffrez
, Madame, que je continue
avec vous la converſation
que je viens d'avoir
avec une des plus aimables
Dames de cette ville . L'avantage
que vous avez ſur
elle,me ſuffira pour vous la
rendre plus vive &plus ſincere.
De quelle Dame me
parlez-vous , Monfieur ? &&
Νου. 1714. C
26 MERCURE 1-
vous ,
quel diſcours me tenez
lui répondit fiere
ment Madame Spith? Ne
vous épouvantez point,Ma
dame , reprit- il, de ce que
vous venez d'entendre. II
n'y a pas encore une heure
que j'ai quitté la Comteſſe
de Manfeld ,je viens de lui
avoüer que je l'aime : mais s
il y a ſi peu d'intervale entre
cetre declaration & cellc
que je dois vous faire , que
je croy ne l'avoir entrere
nuë que de l'amour dont je
brûle pour vous. Je ſuis forti
de chez elle rempli de ma
GALANT.M
27
dire
paffion , je ſuis venu dansp
ce jardin, oùle hazard vous
offre ſeule à mes yeux , jen
ne ſçai encore qui vous êtes,
ni qui vous n'êtes pas : mais
je ſens qu'il ne m'eſt pas
poſſible de ne vous pas
ce qu'on ne peut pas , apres
vous avoir vue , dire à une
autre qu'à vous , & de ne
me pas dédire , en vous
voyant, de tout ce que j'ai
dit à d'autres. Bon , dit Ma
dame Spith,en elle même
voila encore une conquête que
je peux dérober à la Comteffe.
Courage , mes yeux , étalez
Cij
28 MERCURE
e
tous vos charmes ; ce Cavalier
fent fon bien , affurez- vous da e
fa défaite. Aprés ces courtes
justes reflexions ,qui ne reffemblent
pas mal à celles que
font toutes les Dames en pareil
cas : Je m'étonne ,Monfieur
, lui dit- elle , de vôtre
procede ; il eſt injufte , &
vous pouviez vous difpenferde
me rendre confidente
de l'outrage que vous faites
à Madame la Comteffe.
Elle est mon amie , & je
reçois comme une inſulte
un aveu qui l'offenfe. De
quelque façon , reprit le
GALANT. 39
Chevalier , que vous rece
viez cet aveu , vôtre amitié
pour la Comteffe , & vôtre
froideur pour moy n'en di
minuent ni l'ardeur , ni la
verité ; &à la premiere occafion
je ſoûtiendrai devant
vous , en prefence de la
Comteſſe elle-même , tout
ce que vous venez de voir
& d'entendre. A juger de
vôtre caractere par ce difcours
, répondit la belle
Spith , je ne vous croirois
pas auprés d'une Dame d'un
merite à vous faire regretter
long temps, & ces bruf
Ciij
30 MERCURE
queries &ces emportemens
conviennent fort mal avec
un ſexe qui ne doit au vôtre
que les bontez dont vous
vous rendez dignes à force
ade foûmiſſions & de foins.
Pour moy , Monfieur , ne
vous imaginez pas que l'offre
que vous venez de me
faire foit unhommage dont
je daigne me ſouvenir ja .
mais. C'eſt un honneur auquel
je ne m'attendois pas.
Mais j'apperçois fort à propos
Madame la Comteſſe
&ſa compagnie , avec qui
je vais vous laiſſer la liberté
GALANT. 031
de vous expliquer comme
sil vous plaira. Au nom de
Dieu , Madame , reprit le
ar Chevalier , ne nous abandonnez
pas , & foyez au
moins témoin des termes
de notre explication.Sur ces
Pentrefaites la tremblante
Comteſſe les joignit , fort
analarmée de trouver ſon
Chevalier avec une rivale
- aufli redoutable que la
Spith. Oferoit- on , lui ditcelle
,Madame , fans craindre
de troubler la douceur
inde ce tête à tête , ſe mêler
dans votre converſation ?
Ciiij
32. MERCURE
Oui , Madame , reprit la
belle veuve , il n'y a nul
danger pour vous à vous en
mêler ; &Monfieur , que je
n'ai point l'honneur de connoître
, me parloit de vous
dans de fi bons termes ,
que je n'ai eu l'indulgence
d'entendretout ce qu'ilm'a
* dit qu'à votre confideration.
S'il juge à propos de
vous repeter les difcours
qu'il m'a tenus , c'eſt ſon
affaire , & la mienne eſt de
vous laiſſer enſemble.s
Alors le Chevalier la retenant
par le bras , lui dic
GALANT. $33
fans ceremonic : Vous ſe-
Irez, Madame, la maîtreffe
de nous quitter lorſque je
vous aurai tenu parole. La
Spith qui apprehendoit fagement
les ſuites que pouvoit
avoir un éclat de cette
confequence , lui répondit
fur le champ : Je vous en
difpenfe, Monfieur ,& vous
m'obligerez infiniment de
an'en rien faire. Elle accom-
2pagna cette priere d'un regard
tendre & fouverain ;
elle fit une belle reverence
&s'en alla. De quoyl'entreteniez-
vous dóc,Monfieur,
4
34
MERCURE
lui dit la Comteffe , & d'où
vient le defordre où je vous
vois?Le temps,lui réponditil,&
mes foins vous apprendront
, Madame , ce que
vous en devez juger. En
attendant , permettez-moy
de vous demander ce que
vous faites d'une fi belle
femme dans cette ville,Ils
alloient fans doute com- :
mencer àſe chicaner endétail
fur ce ſujer , lors qu'on
-entendit un bruit épouvantable
dans la maiſon , par
où l'on entroit au jardin où
ils étoient. Deux hommes
GALANT.
$35
Lauffitôt parurent l'épée à la
main,courant comme des
forcenez dans les allées du
jardin , & demandantMadame
Spith à tout le monde.
Le Chevalier , que ce
nom repeté rant de fois fit
trembler , de peur qu'il ne
lui fût arrivé quelquetriſte
avanture , quitta bruſque--
ment la Comtefle , & courut
à la porte de la maiſon,
ar dont le paſſage lui fut dif
puté par deux autres hommes
maſquez , & armez
jusqu'aux dents mais fon
amour & fon courage fur36
MERCURE
monterent cet obſtacle. Il
ſe fit jour à travers ſes en
nemis avec une valeur digne
de tenir unrang éclatant
dans l'hiſtoire. Il tra
verſa comme un torrent
cour , veſtibule , falle , antichambre
& chambre ; &
enfin il entra l'épée à la
main dans un grand cabinet
, où il trouva un buffet
plein de vin ,unetable couverte
de viandes ,tout l'appareil
d'un grand repas , &
la belle Spith affiſe nonchalamment
dans un fauteüil,&
dans l'attitude d'une
GALANT.
37
1
perſonne bien affligée.
Sommes-nous ici en pays
ennemi , Madame, lui ditil
? & d'où vient donc , s'il
vous plaît , cette alarme ?
Mais de quelle nature eſt
cette guerre ? Tout ce que
je voy dans cette chambre
m'annonce la paix ; ſi l'on
n'exerce jamais contrenous
d'autres actes d'hoſtilité , il
n'y aura que de la gloire &
duprofitàbattre enbreche
une place ſi bien garnie.
Mettons nous à table à
bon compte. Attendez
vousquelqu'un ?Maispour38
MERCURE
quoy ne me répondez-vous
rien ? Tout ceci est-il un
enchantemente est- ce und
piege qu'on nous dreſſe ?
Ma foy n'importe , je vais
donner dans l'embuſcade.
Auſſitôt s'armant ſagement
d'un vitrecom *plein de vin,
il but une raſade à la ſanté
deſon incomparable veuve, P
que ſes tendres prieres de.
terminerent enfinà ſe met
tre à table à côté de lui. Ne
prenez pas s'il vous plaît ceci ,
Meſſieurs , pour le méchant
foupé du Vert-Galant
Grand were d'Allemagne , init Has
GALANT 393
Les bonnes gens alloient
commencer à ſe mettre en
belle humeur , lorſque la
compagnie à qui ce repas
étoit deſtiné , entra par une
autre porte que celle par où
ils étoient entrez. L'hôte de
la maison , qu'on avoit
averti depuis plus d'un
quart d'heure que l'on
avoit ſervi , avoit mieux
aimé laiſſer refroidir les
viandes , que ſe reſoudre à
ſe mettre à table ſans unc
honorable convive qu'il
attendoit . Cette convive
étoit juſtement la Comteffe
40 MERCURE
de Manfeld , qui n'eut pas
plûtôt apperçu la Spith &
ſon Chevalier , qu'elle fit
un cri àfendre le coeur de
toute l'aſſemblée , & s'évaLi
nouit.Chacun auffitôts'em
preffa à la ſecourir. Elle re
vint enfin , & aprés quel
ques injures mal articulées,
& entrecoupées de fan
glots , elle ſe mit à tableAb
Madame Spith pendant
la rumeur de cet évanoüif
ſement avoit eſſayé de s'éclypfer
: mais leChevaliery
qui s'embaraſſoit dela
Comteffe auſſi peu que du
refte
!
GALANT.
refte de la compagnie ,
l'avoit fi conftamment af
ſiegée , qu'il ne lui avoitpas
éré poffible de s'échaper..
D'ailleurs,quandelle auroit
pû s'enfuir , le maître de la
maiſon , qui avoit pour elle
beaucoupde confideration,
&qui la regardoit comme
la plus aimable femme
d'Auſbourg , n'auroit pas
manqué de courir aprés
elle ; le Chevalier en eût
fait autant , tous les Meffieurs
du feſtin les auroient
ſuivis , & les autres Dames
ſeroient reſtées ſans un mi-
• Νου. 1714. D
+ MERCURE
ferable chapeau : ce qui
"auroit été fort malhonnête .
Ainfi tout le monde conviendra
que le Chevalier
51 avoit fort bien fait de la
auqetenir woord ollad
remis ,
Voyons maintenant , dit
leBourguemeſtre , dés que
tous les efprits de l'affemblée
furent un peu ren
fi nous ſouperons, & faiſons
en forte que les plaiſirs &
2 la paix foient de la partie.
Parbleu , dit le Chevalier
nôtre hôte a raiſon, & nous
** ſommes de grands fots de
nous alambiquer la cervelle
1
1
1
GALANT. 43
1
in pour des vetilles. Vous ne
Içauriez vous imaginer ,
- Monfieur , lui répondit le
Bourguemestre , combien
si je ſuis charmé & de vôtre
belle humeur , & de vous
Jivoir des nôtres : mais je
rvoudrois bien ſçavoir par
quel hazard j'ai l'avantage
de vous avoir ici. Madame,
alui dit - il en montrant la
✔Spith , peut vous le conter
mieux que moy , & je vous
jure ſur mon honneur que
zuje n'en ſçai preſque rien.
Tout ce que je peux vous
lapprendre , c'eſt que me
Dij
44 MERCURE
promenant avec Madame
la Comteſſe dans le jardín
qu'on voit de ces fenêtres ,
un defordre extraordinaire,
des épées nuës , des mafques,&
lenom de Madame
Spith , que j'ai entendu
plufieurs fois dans cette
alarme , m'ont fait apprehender
qu'elle ne fût expoſée
à quelque grand peril .
J'ai couru ſur ſes pas,j'ai
tout ce qui s'eſt oppole
à mon paſſage ; j'ai
traverſé par une route que
je ne connois point une
enfilade de chambres, d'où
forcé
GALANT.MS
۱
jefuis enfin arrivé dans
ncelle- ci , où j'ai trouvé cette
belleveuve,le buffet dreſſé,
&la table ſervie. Cette ap-
- parition m'a réjoüi , j'y ſuis
reſté, j'y reſte , & j'y reſtepai
autant qu'il vous plaira.
Chacun applaudit à ce
touchant recit , hors la
Comteſſe , qui n'avoit pas
envie de rire , & qui , pendant
que les verres brilloient
,& que les fantez ſe
portoient à droite, à gauche
&de front , ſe tenoit à ellemême
le douloureux langage
que voici.
46 MERCURE
Que fais- tu , malheureuſe ,
quel est ton deffein ?
Mais non , elle le prit fur
-un ton plus bas , & ſe parla
en ces termes. Je jouë en
verité ici un fort joli rôle ,
& il convient bien à une
femme de ma condition de
ſe compromettre de la forte
avec des je ne ſçai qui. Affurément
j'ai bonne grace
àvoir l'air de complaiſance
& de langueur de cette
pimbêche. Elle s'applaudit ,
la petite fotte , des impertinences
&des grimaces du
Chevalier ; & Monfieur le
GALANT.
Bourguemestre eft , ne lu
en déplaiſe , un impoli , ut
frane butor , de les avoi
Stretenus à ſouper enmapre
fence. Si je me croyois, je
lui dirois ce qu'il merite ,
je chanterois mille injures
à la compagnie , au Chevalier
, à la Spith ; je lùi
jetterois le verre au nez , je
renverſcrois table , buffe
& chaifes , & je m'en irois
pour apprendre à ces belles
gens à traiter comme il
- convient une femme comme
moy.
Ce fut justement à cet
48 MERCURE
endroit de ſes reflexions
que le Chevalier lui dit ces
propres mots :J'ai l'honneur
de boire à vôtre ſanté , divine
Comteffe. Allez , Monſieur,
lui répondit elle avec
beaucoup de politeſſe, vous
êtes un impertinent , je n'ai
que faire ni de vous , ni de
vôtre fanté. Je réponds de la
verité de cette repartie ; car
une belle Dame me fit unjour
l'honneur de me dire la même
chofe.
Le Chevalier ne laiſſa pas
d'aller ſon train , & de rire
de l'obligeante replique.Je
ne
GALANT.
49
-nesçaifivous qui me lifez,vous
n'en riez pas auffi. Mais pendant
que nos gens font à ta
ble , permettez- moy , s'il vous
plaît, quatre ou cinq lignes de
digreffion. Je croy voir déja,
Meffieurs,quelque douzaine de
precieuxlecteurs faireſemblant
de s'ennuyer des reflexionsjudicieuses
que font les perſonnages
de cette histoire. Je leur ré
ponds à cela , que ces articles,
qu'ils traitent d'inutilitez ,
font des preuves de mon exactitude;&
fiMonsieur de Varillas
, de prolixe memoire ,
n'avoit pas prêté àſes Heros
Νου. 1714.
SO MERCURE
des rafinemens politiques , des
fentimens étudiez, des rai
fonnemens trés - recherchez ,
auroit-il jamais fait defi brillans
ouvrages ? Voyez encore
leJournal de Verdun ; il eſt
plein de maximes de jurisprudence
, de reflexions inutiles.
Voila mes modeles.
Cependant les oeillades ,
les bons mots , & la mauvaiſe
humeur font du foupé
du Bourguemestre.
Un Gentilhomme Franconien
touchédu déplaifir
de l'aimable Comteſſe,dont
il entendoit le coeur foû
GALANT.
SE
pirer à côté du ſien,à mefure
qu'il ſe dépêchoit de
s'enyvrer à ſa gloire , lui dit
enfin d'un air terrible : Qu'-
avez- vous , Madame ? qui
vous chagrine ? qui vous
importune ici ? Par monfoy,
moy l'y mettre dhors toutal'hire.
La belle Dame fe
rengorgeant auffitôt ſur la
parole de ſon défenſeur ,
lui montra obligeamment
Monfieur le Chevalier , à
qui l'Alleman fit un ſigne ,
qu'il ne jugea pas à propos
d'entendre. Il recommença
pluſieurs fois cette ceremo
Eij
52
MERCURE
1
nie , & l'autre y répondit
toûjours de même , juſqua
ce que la Comteſſe, ſe méfiant
apparemment de la
vertu de ſon heros , dit en
fin qu'elle ne vouloit point
qu'une ſi agreable fête fût
troublée mal à propos à fon
occafion. Elle impoſa fi
lence à l'Alleman , & tendit
la main au Chevalier , qui
la reçut en homme qui
connoiſſoit tout le prix de
cerre faveur. La Comteſſor
ajoûta à cette marque de
bonté, qu'elle n'étoit point
du nombre de ces bales
GALANT.
53
dont tant de rivaux ſe dif
putpient la conquête aux
dépens de leur ſang , & que
les combats,les enlevemens
&les violences n'étoient
pointdes épiſodes de ſa vie.
Il faut avoüer , Madame ,
lui dit la modeſte Spith ,
que celles qui ne font pas
maîtreſſes comme vous de
prévenir ces inconveniens ,
ſont bien malheureuſes ; &
ſi j'avois eu l'avantage d'ê
tre Madame la Comteffe
de Manfeld , je ne devrois
pas à la frayeur que j'ai euë
d'être enlevée , l'honneur
E iij
54
MERCURE
que j'ai d'être en ſi bonne
compagnie. Ah Madame !
lui dit le Bourguemeſtre, de
grace contez - nous cette
hiſtoire. Que puis - je vous
conter , Monfieur , répondit-
elle , fi ce n'eſt qu'en
fortant du jardin , deux
hommes maſquez m'ont
emportée dans une chambre
, dont ils ont fermé la
porte ſur eux ; qu'une fille
a
que je ne connois pas en a
ouvert une autre ; qu'elle
m'a dit : Madame', fi vous
voulez vous ſauver du peril
*
qui vous menace,, hatez
GALANT .
55
vous de fortir d'ici , montez
cet eſcalier , & retirez vous
dans la chambrela plus reculée
de cette autre maifon
; vous y trouverez un
azile qu'on ne violera pas ,
& des gens prompts à vous
vanger de l'inſulte que vous
font ceux qui vous ont
amenée ici . J'ai entendu
leur complot , & je me ſuis
ſervie de la clef de cette
porte pour vous tirer d'affaire.
Vous vous fouviendrez
de ce ſervice , ſi vous
le jugez à propos. Auflitôt
elle a diſparu. Je me fuis
Eiiij
56 MERCURE
ত
ſauvée toute tremblante
dans cet appartement , M.
le Chevalier y eſt venu un
moment apres moy, la compagnie
n'a pas tardé à y
entrer aprés lui. Voilamon
hiſtoire.Cela eſt admirable,
dit le Bourguemeſtre : mais
eft- il poffible que perſonne
ne connoiſſe ici les auteurs
de cette avanture ? Quoy
qu'il en ſoit , il n'y a juſqu'à
preſent point de mal à tout
cela ; & en attendant que
3 nous puiſſions en apprendre
la verité , ſongeons à nous
réjoüir. Depuis quelques
९
e
!
GALANT. 37
momens il m'eſt venu dans
la tête un deſlein , dont je
ferois fort aiſe de voir l'execution
avant la fin de ce
repas : mais pour en venir à
bout , il faut commencer
parraccommoder enſem-
Die Madame laComteffe&
Madame Spith. Un mal-
21entendu vous a broüillées ,
Meſdames , continua til,
$ que ma propoſition vous
reüniffe . Monfieur le Chevalier
eſt un Gentilhomme
fait pour l'amour ; vous me
paroiſſez vous difputer ſa
conquête , ou peu s'en faut :
58 MERCURE
vous êtes toutes deux belles ,
riches & veuves ; s'il n'eſt
marié , il eſt en âge de l'ê
tre , nous nous en rappor
terons à lui. Un de mes
grands plaiſirs eft de faire
des mariages , & furtout
des mariages extraordinai
res. De mon côté je m'ennuye
de n'avoir pas de femme.
Confultez vous ; fivous
m'en croyez , il ne tiendra
qu'à vous que Monfieur le
Chevalier & moy ayons
aujourd'hui chacun la nô
tre. Comment l'entendez
vous , Monfieur le BourGALANT
59
!
A
guemeſtre , lui dit la Com.
teffe , & à qui pretendeza
vous me donner ? Ecoutez,
Madame, reprit- il , écoutez
juſqu'au bout. Si l'humeur
de Monfieur le Chevalier
ne ſympathiſe pas avec la
vôtre , tâchez de vous ac
commoder de la mienne ,
ou ſi je ne vous conviens
pas , demandez- lui s'il vous
convient. Pourmoy , je re
cevrai de bonne grace des
mains de l'amour ou de la
fortune celle de vous deux
que le fort me laiſſera. Vous
nous faites ici une propoſi
60 MERCURE
tion aſſez bizarre , dit Ma
dame Spith ;& pour la con
cluſion de ces mariages ,
j'aimerois autant vous conſeiller
de vous en rapporter
àla pluralité des voix de la
compagnie. Pourquoy you
lez - vous que nous decidions
, Madame & moy ,
pour ou contre quelqu'un ?
Cependant ſi Madame la
Comteſſe juge à propos de
s'expliquer poſitivement
là-deſſus , je ne ſçai pas fi
pour n'avoir plus le chagrin
de voir tous les jours de
nouvelles avantures, nous
t
GALANT. 61
!
2
brouiller enſemble , je ne
ſouſerirai pas à la propofi
tion en faveur de la nouveauté.
Cela eſt fort bien
imaginé , reprit le Chevalier
, & voila ce qu'on appelle
traiter galamment de
grandes paffions. Hé bien
Monfieur , lui dit la Comteſſe
, voulez - vous vous
ſoûmettre à nôtre deciſion ?
Je ne ſçai , répondit - il :
mais puiſque chacun a opiné
ici comme il lui a plû ,
je croy qu'il eſt bien juste
que j'opine à mon tour.
Vous pouvez , dit le Bour
62 MERCURE
guemeſtre , donner vôtre
avis en toute liberté. Ainfi
foit , reprit le Chevalier ;
commeje ſuis plus heureux
aux cartes que je ne ſuis
habile aux Dames , j'opine
qu'il feroit à propos , pour
ne point cauſer de jaloufic
entre ces deux belles veuves
, que le fort fit nos partages.
Monfieur nôtre hôte
ſera le Roy de pique , Madame
la Comteſſe , Pallas ,
autrement dit la Dame de
pique ; Madame Spith ,
Judith, dunom de laDame
de coeur,& moy le Royde
GALANT
63
treffle. Ces deux Dames
tireront lequel de ces Rois
elles auront , & nous nous
tirerons ſur ces Dames.
Courage , Monfieur , lui
dit la Comteffe , foûtenez
vos extravagances juſqu'à
la fin. Madame Spith en
rit , toute l'affemblée ſe
prit à rire comme * un tas de
mouches. Cependant les af
fiftans commençoient à
s'impatienter de ne pas voir
la conclufion de cette
grande affaire , & faifoient
un bruit de diable avec les
DARabelais
MERCURE
verres& les bouteilles,pour
inviter les acteurs & les
actrices au dénoûment de
cette piece. LaComteſſe vit
bien ce que la compagnie
exigeoit d'elle,& en femme
reſoluë elle preſenta ſa
blanche main au Bourguemeſtre
, qui ſe traîna le
mieux qu'il put juſqu'à ſes
genoux , pour lui rendre
graces de l'honneur qu'elle
Jui faiſoit Le Chevalier en
même temps reçut celle de
Madame Spith , & la noce
commença. On ne fit point
un myſtere de ces maria-
,
1
GALANT.
ges , ils furent le lende
main publics dans la ville
d'Auſbourg. Les gens qui
avoient refolu d'enlever
Madame Spith furent fi
difcrets , qu'on ne les a jamais
connus.
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Résumé : HISTOIRE.
Après la bataille de Fre..., le maréchal de Villars déploya ses troupes, incluant un héros de l'Empire. Un régiment fut envoyé à Augsbourg, Ulm et Donauwörth. À Augsbourg, un bataillon comptait un Chevalier admiré et galant. Madame Spith, une veuve riche et belle de vingt-trois ans, attirait de nombreuses convoitises et rivalités. La comtesse de Manfeld, également veuve, était jalouse de l'attention portée à Madame Spith. Le Chevalier, initialement amoureux de la comtesse de Manfeld, changea d'avis après avoir rencontré Madame Spith. Lors d'une rencontre dans un jardin, il avoua son amour récent pour la comtesse mais déclara également sa passion soudaine pour Madame Spith, qui accepta ses avances. La comtesse de Manfeld, témoin de la scène, fut alarmée. Une situation complexe se déroula ensuite. Le Chevalier et Madame Spith furent interrompus par des hommes armés cherchant cette dernière. Le Chevalier la retrouva dans un cabinet où un repas était préparé. Leur tranquillité fut perturbée par l'arrivée de la comtesse de Manfeld, qui s'évanouit en les voyant. Après son rétablissement, elle se joignit au repas. La veuve tenta de s'échapper, mais fut retenue. La comtesse de Manfeld, enlevée puis sauvée, raconta brièvement son aventure. Plus tard, un homme nommé Galant suggéra de marier les deux veuves, Madame la Comtesse et Madame Spith, à deux hommes présents, dont lui-même et le Chevalier. Après un vote informel, les mariages furent célébrés publiquement le lendemain à Augsbourg. Les auteurs de l'enlèvement de Madame Spith restèrent inconnus malgré les investigations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3167
p. 65-68
« Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Début :
Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...]
Mots clefs :
Histoire, Amour, Censeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Les cenſeurs me reprocheront
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
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Résumé : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Le texte défend la vraisemblance de l'histoire narrée face à des critiques potentielles, en justifiant les raisonnements personnels par l'absence d'événements suffisants. L'auteur se base sur les récits de Madame Spith, actuellement à Paris, qui lui a relaté les circonstances de son mariage. Il met en avant le rôle crucial du dieu Bacchus, dont l'intervention a empêché l'Amour de prolonger les unions, ce qui aurait nui au chevalier mentionné et alourdi le récit. Une prolongation aurait également ajouté de nombreux incidents, rendant le récit ennuyeux et limitant l'espace pour d'autres sujets prévus dans le volume mensuel. L'auteur conclut en mentionnant qu'il a une autre histoire à raconter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3168
p. 68-80
Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Début :
Le Parterre va sans doute dire de moy ce qu'il dit aux [...]
Mots clefs :
Fables, Homme, Nature, Oiseau, Enfant, Tailleur, Nature, Grenier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Le Parterre va ſans doute
dire demoycequ'il dit aux
premieres repreſentations
de la Comedie des Fables
d'Eſope de M. Bourfault :
Quoy toûjours des Fables !
Quoy toûjours des Hiſtoires
!Cependant , malgré la
cabale , ces Fables furent
applaudies ,
applaudies , cette hiſtoire
le ſera auſſi , ſi elle le me.
rite.
Y
GALANTA 9
sije croy qu'il n'y a pers
ſonne au monde qui ne ſe
foitimaginé quelquefois en
ſa vie ce que pourroit être
un homme élevéjuſqu'àun
certain âge ſans avoir ja
mais vû d'hommes comme
lui, quels feroient ſes defirs,
fon regard,ſon gefte& fon
langage ; ce que pourroit
enun mot produire la pure
nature. Je ne ſçai ſi ſur cet
article la curiofité a jamais
été bien fatisfaite : mais je
fçai du moins que ce que
j'en vais dire peut contri.
buer à détruire bien des
701
MERCURE
préjugez.J'ai vû des ſçavans
difputer ſur cette matiere,
&foûtenir par conjecture ,
aux dépens de cent mauvaiſes
raiſons , qu'un hom
me qui aurapafſéles quinze
premieres années de fa vie
dans un defert , nourri du
lait des animaux , & enfuite
d'herbes , ou des fruits fautvages
qu'on trouve dans
les bois ; ou dés le berceau
enfermé entre quatre murailles
,&recevant par un
trou des alimens que l'inſtinct
lui fait prendre , ſans
voirjamais aucune creature
GALANTM σε
vivante , parlera naturellement
ſa langue maternelle,
ou tout du moins Hebreux,
parce que c'eſt le premier
idiome du monde av
ATrente , vill,e celebre
par ce fameux Concile qui
y fut tenu l'an 1545. on me
montra , il y a quelques
années , un homme de
cette eſpece. J'étois dans la
compagnie d'un noble Venitien
, d'un Docteur de
l'Univerſité de Padouë , &
d'un Cavalier François.
Nous mîmes tout en uſage
pour lui faire deſſerrer les
72 MERCURE
dents ; nous lui preſentâmes
des viandes cuites & crues';
nous lui donnâmes enfin
des legumes & des fruits ,
qu'il emporta , & qu'il fút
manger dans un coin de la
chambre où on le tenoit
enfermé. En un mot nous
ne pûmes arracher de lui
que des cris , dont les ſons
ne reſſembloient à rien. Cependant
il nous parut ſenfible
à la douleur & aux careffes,
comme les animaux :
mais nous ne découvrîmes
en lui aucun inſtinct ni de
pudeur , ni de raifon.
Je
GALANT . 73.
Je ne fais point ici le naturaliſte
, Meſſieurs ; je
n'invente pas , à l'exemple
dePline, des monſtres dans
la nature ,&je ſçai auſſi peu
faire des prodiges que des
panegyriques : mais j'avouë
quejecroiraidebonne foy,
juſqu'à ce qu'on me dé.
trompe , qu'un homme
comme celui dont je viens
de parler n'eſt ni plus , ni
moins ( l'eſpece à part )
qu'un cheval , ou qu'un
chien, ſauvages. En voici
la preuve.
Ondécouvrit il y a quel
Νου. 1714. G
74 MERCURE
ques mois , aux environsde
Senlis , un enfant de neuf
ans au moins , à qui depuis
qu'il eſt au monde on avoit
donné la même éducation
qu'à mon Trentin.
Celui - là eſt le fils d'un
Tailleur de Senlis , ou des
environs. On dit que dés
qu'il eut vû le jour , la mere
balança à le lui ôter : mais
la nature , plus forte encore
en elle, que ledefir de commettre
un fi grand crime ,
la determina à lui laiſſer la
vie.Cependant la haine qu'-
elle avoit conçûë pour cet
१५
GALANT. 75
)
enfant capitula avec ſon
indulgence, elle le ſevra de
fon lait dés ſa naiſſance , &
ne lui donna que du lait de
vaches ou de chevres , jufqu'à
ce qu'il fût en âge de
prendre d'autres nourritures.
L'été elle le tenoit dans
un grenier , où toutes les
pieces & les decoupures des
étofes qui paſſoienr par les
mainsde fon mari ſervoient
de lit à ce malheureux enfant
, auprés de qui tous les
foirs elle avoit la bonté de
mettre du pain & de l'eau.
L'hyver , pour le garantir
Gij
76 MERCURE 77
de la rigueur de la ſaiſon,
elle le portoit à la cave , &
deux fois l'année regulierement
elle le faiſoit ainſi
changer d'air.
Vers la fin du mois de
Septembre dernier , les
jours étant encore affez
beaux pour ne le pas tranf
porter fitôt du grenier à la
cave ,une voiſine de cette
femme , qui , par je ne ſçai
quel endroit , s'étoit mife
en tête contr'elle quelque
choſe d'extraordinaire , &
qui lavoit même ſouvent
entendu fortir de la maiſon
CO GALANT. 77
C
du Tailleur des cris qui
n'étoient pas communs,
voulut en ſçavoir davantage.
Après avoir longtemps
cherché des expediens
pour venir à bout du
deſſein qu'elle avoit formé
de viſiter toute la maiſon
de ſa voiſine , elle feignit
enfin d'avoir laiſſé envoler
de ſa cage un oiſeau , quelleavoit
ſur ſa fenêtre. Elle
courut chez la Tailleu
ſe , ſuivie de deux ou
trois perſonnes , qu'elle venoit
de prier de l'aider à
rattraper ſon oiſeau, qu'elle
Giij
78 MERCURE
foûtenoit avoir vû entrer
par la lucarne du grenier ,
où elle afſuroit qu'il étoit.
La Tailleuſe eut beau lui
dire que cela ne pouvoit
pas être , ou que , fi cela
étoit , elle alloit le chercher
elle- même , la voiſfine
lui répondit toûjours affirmativement
qu'elle vouloit
y aller avec elle. L'autren'y
voulut conſentir; on en vint
aux injures , aux menaces ,
aux coups même. Tout le
quartier s'aſſembla, & enfin
il fut arrêté qu'on iroit , en
dépit du Tailleur & de ſa
GALANT. 79
femme , chercher l'oiſeau
dans le grenier. On y fut
en effet : mais au lieu de
l'animal qui avoit excité
tant de rumeur, on en trouva
un autre qui , dés qu'il
eut entendu ouvrir la porte
de ſa taniere , ſe traîna à
quatre pattes juſques dans
un tas de chifons , où il
s'efforça de ſe cacher com .
me un lapin dans ſon trou.
Les affiſtans étonnez de ce
ſpectacle , tirerent ce monſtre
de ce miferable azile ;
ils l'examinerent , & trouverent
un petit garçon , qui
Giiij
80 MERCURE
د
n'avoit rien d'humain que
la figure : il marchoit com
me un chien , il bûvoit &
mangeoit de même, il n'articuloit
pas une ſeule parole
, n'entendoit aucun
figne , & ne sçavoit qu'a
boyer. On ſaiſit auffitôt ſon
pere & fa mere , & on les
mena à Senlis , où ils font
en prifon , en attendant les
concluſions de leur procés.
dire demoycequ'il dit aux
premieres repreſentations
de la Comedie des Fables
d'Eſope de M. Bourfault :
Quoy toûjours des Fables !
Quoy toûjours des Hiſtoires
!Cependant , malgré la
cabale , ces Fables furent
applaudies ,
applaudies , cette hiſtoire
le ſera auſſi , ſi elle le me.
rite.
Y
GALANTA 9
sije croy qu'il n'y a pers
ſonne au monde qui ne ſe
foitimaginé quelquefois en
ſa vie ce que pourroit être
un homme élevéjuſqu'àun
certain âge ſans avoir ja
mais vû d'hommes comme
lui, quels feroient ſes defirs,
fon regard,ſon gefte& fon
langage ; ce que pourroit
enun mot produire la pure
nature. Je ne ſçai ſi ſur cet
article la curiofité a jamais
été bien fatisfaite : mais je
fçai du moins que ce que
j'en vais dire peut contri.
buer à détruire bien des
701
MERCURE
préjugez.J'ai vû des ſçavans
difputer ſur cette matiere,
&foûtenir par conjecture ,
aux dépens de cent mauvaiſes
raiſons , qu'un hom
me qui aurapafſéles quinze
premieres années de fa vie
dans un defert , nourri du
lait des animaux , & enfuite
d'herbes , ou des fruits fautvages
qu'on trouve dans
les bois ; ou dés le berceau
enfermé entre quatre murailles
,&recevant par un
trou des alimens que l'inſtinct
lui fait prendre , ſans
voirjamais aucune creature
GALANTM σε
vivante , parlera naturellement
ſa langue maternelle,
ou tout du moins Hebreux,
parce que c'eſt le premier
idiome du monde av
ATrente , vill,e celebre
par ce fameux Concile qui
y fut tenu l'an 1545. on me
montra , il y a quelques
années , un homme de
cette eſpece. J'étois dans la
compagnie d'un noble Venitien
, d'un Docteur de
l'Univerſité de Padouë , &
d'un Cavalier François.
Nous mîmes tout en uſage
pour lui faire deſſerrer les
72 MERCURE
dents ; nous lui preſentâmes
des viandes cuites & crues';
nous lui donnâmes enfin
des legumes & des fruits ,
qu'il emporta , & qu'il fút
manger dans un coin de la
chambre où on le tenoit
enfermé. En un mot nous
ne pûmes arracher de lui
que des cris , dont les ſons
ne reſſembloient à rien. Cependant
il nous parut ſenfible
à la douleur & aux careffes,
comme les animaux :
mais nous ne découvrîmes
en lui aucun inſtinct ni de
pudeur , ni de raifon.
Je
GALANT . 73.
Je ne fais point ici le naturaliſte
, Meſſieurs ; je
n'invente pas , à l'exemple
dePline, des monſtres dans
la nature ,&je ſçai auſſi peu
faire des prodiges que des
panegyriques : mais j'avouë
quejecroiraidebonne foy,
juſqu'à ce qu'on me dé.
trompe , qu'un homme
comme celui dont je viens
de parler n'eſt ni plus , ni
moins ( l'eſpece à part )
qu'un cheval , ou qu'un
chien, ſauvages. En voici
la preuve.
Ondécouvrit il y a quel
Νου. 1714. G
74 MERCURE
ques mois , aux environsde
Senlis , un enfant de neuf
ans au moins , à qui depuis
qu'il eſt au monde on avoit
donné la même éducation
qu'à mon Trentin.
Celui - là eſt le fils d'un
Tailleur de Senlis , ou des
environs. On dit que dés
qu'il eut vû le jour , la mere
balança à le lui ôter : mais
la nature , plus forte encore
en elle, que ledefir de commettre
un fi grand crime ,
la determina à lui laiſſer la
vie.Cependant la haine qu'-
elle avoit conçûë pour cet
१५
GALANT. 75
)
enfant capitula avec ſon
indulgence, elle le ſevra de
fon lait dés ſa naiſſance , &
ne lui donna que du lait de
vaches ou de chevres , jufqu'à
ce qu'il fût en âge de
prendre d'autres nourritures.
L'été elle le tenoit dans
un grenier , où toutes les
pieces & les decoupures des
étofes qui paſſoienr par les
mainsde fon mari ſervoient
de lit à ce malheureux enfant
, auprés de qui tous les
foirs elle avoit la bonté de
mettre du pain & de l'eau.
L'hyver , pour le garantir
Gij
76 MERCURE 77
de la rigueur de la ſaiſon,
elle le portoit à la cave , &
deux fois l'année regulierement
elle le faiſoit ainſi
changer d'air.
Vers la fin du mois de
Septembre dernier , les
jours étant encore affez
beaux pour ne le pas tranf
porter fitôt du grenier à la
cave ,une voiſine de cette
femme , qui , par je ne ſçai
quel endroit , s'étoit mife
en tête contr'elle quelque
choſe d'extraordinaire , &
qui lavoit même ſouvent
entendu fortir de la maiſon
CO GALANT. 77
C
du Tailleur des cris qui
n'étoient pas communs,
voulut en ſçavoir davantage.
Après avoir longtemps
cherché des expediens
pour venir à bout du
deſſein qu'elle avoit formé
de viſiter toute la maiſon
de ſa voiſine , elle feignit
enfin d'avoir laiſſé envoler
de ſa cage un oiſeau , quelleavoit
ſur ſa fenêtre. Elle
courut chez la Tailleu
ſe , ſuivie de deux ou
trois perſonnes , qu'elle venoit
de prier de l'aider à
rattraper ſon oiſeau, qu'elle
Giij
78 MERCURE
foûtenoit avoir vû entrer
par la lucarne du grenier ,
où elle afſuroit qu'il étoit.
La Tailleuſe eut beau lui
dire que cela ne pouvoit
pas être , ou que , fi cela
étoit , elle alloit le chercher
elle- même , la voiſfine
lui répondit toûjours affirmativement
qu'elle vouloit
y aller avec elle. L'autren'y
voulut conſentir; on en vint
aux injures , aux menaces ,
aux coups même. Tout le
quartier s'aſſembla, & enfin
il fut arrêté qu'on iroit , en
dépit du Tailleur & de ſa
GALANT. 79
femme , chercher l'oiſeau
dans le grenier. On y fut
en effet : mais au lieu de
l'animal qui avoit excité
tant de rumeur, on en trouva
un autre qui , dés qu'il
eut entendu ouvrir la porte
de ſa taniere , ſe traîna à
quatre pattes juſques dans
un tas de chifons , où il
s'efforça de ſe cacher com .
me un lapin dans ſon trou.
Les affiſtans étonnez de ce
ſpectacle , tirerent ce monſtre
de ce miferable azile ;
ils l'examinerent , & trouverent
un petit garçon , qui
Giiij
80 MERCURE
د
n'avoit rien d'humain que
la figure : il marchoit com
me un chien , il bûvoit &
mangeoit de même, il n'articuloit
pas une ſeule parole
, n'entendoit aucun
figne , & ne sçavoit qu'a
boyer. On ſaiſit auffitôt ſon
pere & fa mere , & on les
mena à Senlis , où ils font
en prifon , en attendant les
concluſions de leur procés.
Fermer
Résumé : Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Le texte traite de la représentation de la pièce 'La Comédie des Fables d'Ésope' par M. Bourfault, qui a rencontré un certain succès malgré des critiques. L'auteur explore ensuite la question de l'impact de l'isolement sur le développement humain en évoquant le cas d'un individu, probablement élevé sans contact humain, qui ne manifestait ni langage ni raison. Un autre exemple est celui d'un enfant de neuf ans découvert à Senlis, élevé dans des conditions similaires. Cet enfant, fils d'un tailleur, avait été confiné dans un grenier ou une cave et se nourrissait de lait animal et de pain. À sa découverte, il était vivant mais dépourvu de capacités humaines développées. Ses parents ont été arrêtés et attendent leur procès en prison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3169
p. 80-81
« Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
Début :
Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...]
Mots clefs :
Nouvelles universelles, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
Je raiſonnerois volontiers
là- deſſus , fi je n'aimois pas
mieux laiffer ce foin à de
plus habiles gens que moy.
D'ailleurs , je craindrois
GALANT. SE
1
qu'on ne s'avisât de dire
que je cherche à me dé
dommager, par une foule
de raiſonnemens de ma
façon , de la difette des
nouvelles univerfelles ,&
que je remplis mon livre
de mes reflexions.Quoique
je ne m'apperçoive pas qu'-
elles ayent juſqu'à preſent
ennuyé mes lecteurs , prévenons
en neanmoins l'inconvenient
, & paſſons à
d'autres articles .
là- deſſus , fi je n'aimois pas
mieux laiffer ce foin à de
plus habiles gens que moy.
D'ailleurs , je craindrois
GALANT. SE
1
qu'on ne s'avisât de dire
que je cherche à me dé
dommager, par une foule
de raiſonnemens de ma
façon , de la difette des
nouvelles univerfelles ,&
que je remplis mon livre
de mes reflexions.Quoique
je ne m'apperçoive pas qu'-
elles ayent juſqu'à preſent
ennuyé mes lecteurs , prévenons
en neanmoins l'inconvenient
, & paſſons à
d'autres articles .
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Résumé : « Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
L'auteur préfère déléguer les sujets complexes à des experts, craignant que ses réflexions personnelles ne soient vues comme une compensation au manque de nouvelles universelles. Il assure n'avoir pas ennuyé ses lecteurs mais change de sujet pour éviter tout désagrément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3170
p. 81-85
Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'assurez, Mademoiselle, que vous n'avez point de [...]
Mots clefs :
Lettre, Lettres galantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Vous m'aſſurez , Mademoiselle
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
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Résumé : Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Un éditeur reçoit une réponse élégante à une lettre précédente et décide de la publier malgré les réticences de son autrice. Il affirme publier toutes les pièces dignes d'intérêt, même celles défavorables. L'interlocuteur, 'Monfieur', admet s'être trompé sur l'art d'écrire des lettres galantes. Il apprécie une lettre récente de 'Monfieur' qui montre qu'il est possible d'exprimer des sentiments tendres sans formules artificielles. Il critique les lettres galantes, les trouvant fades et ridicules, et préfère la simplicité et la naturel. Il promet d'utiliser des termes simples et sincères pour exprimer ses sentiments amoureux. Il exprime sa gratitude envers 'Monfieur' pour cette prise de conscience et assure une reconnaissance éternelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3171
p. 85-104
Autre Histoire bien vraye, & d'un stile propre à faire honneur au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçai plus comment m'y prendre pour annoncer [...]
Mots clefs :
Femme, Ami, Homme, Mari, Preuves, Dieu, Souper, Bal, Transitions
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texteReconnaissance textuelle : Autre Histoire bien vraye, & d'un stile propre à faire honneur au Mercure. [titre d'après la table]
Je ne ſçai plus comment
m'yprendrepour annoncer
:
86 MERCURE
la piece ſuivante: c'eſt encore
une histoire , Mefſieurs.
Pour deux, les tranfi .
tions n'étoient pas introuvables
: mais pour une troifiéme
, c'eſt de bonne foy
abuſer de vôtre patience ,
& épuiſer la matiere. Celleci
a cependant quelque
choſe de ſi joli , de ſi nouveau
, & de fi reſſemblant
au ſujet du troifiéme Acte
des Fêtes de Thalie , que
tout m'a prévenu pour elle,
& qu'à tout hazard je me
determine à la donner.
Il y a quelque temps que
GALANT. 87.
Monfieur de Ronve , qui
exerce avec honneur une
Charge qu'il a dans la Robe
, devint amoureux de la
belle Mademoiselle Tenot,
charmante fille de l'Opera
de Rouën. Il en devint ,
dis - je , amoureux preſque
autant que mille honnêtes
gens le font de ces Demoifelles
, & c'eſt tout dire. Son
épouse , femme bien faite ,
aimable , jeune & jaloute ,
s'apperçut , je ne ſçai comment,
des intentions de fon
mari. Elle ne fit point ce
que la plupart des femmes
88 MERCURE
fait en pareil cas ; elle ne
lui lava point la tête , elle ne
lui dit point d'injures , elle
ne lui reprocha point fon
R
51
infidelité : mais elle alla
trouver un certain Monſieurde
Montire, Directeur
de l'Opera , & grand ami
de ſon époux; elle lui conta
ſes inquietudes, elle le conjura
d'entrer dans ſes chagrins
, & de l'aider enfin à
ſe vanger de la perfidie de
Monfieur de Ronve. Monſieur
de Montire , touché
des larmes & de la douleur
d'une ſi aimable femme ,
con-
1
1
GALANT. 89
1
conſentit à tout ce qu'elle
voulut exiger de lui. Voici
mon deſſein , Monfieur, lui
dit- elle. Je n'ai que trop de
preuves de la trahiſon de
mon mari , & de la paſſion
• qu'ila pour la Tenot. Je ſuis
à peu prés de la taille de
cette fille ; & quoique je
fois plus blanche qu'elle ,je
m'y prendrai de façon , que
ſa couleur biſe ou brune ne
gâtera point mon projet.
Propoſez à Monfieur de
Ronve une partie de ſoupé
&de bal , & dites - lui que
la Tenot en ſera ; il n'en
Νου. 1714.
H
✓
90 MERCURE
faudra pas davantage pour
le faire toper à la propofition.
Dés que vous aurez
ſa parole , avertiſſez-moy ,
& faites apporter ici tout
un habillement de theatre
de cette fille ; je m'y rendrai
auffitôt , je me déguiſerai
fous ces habits , & j'execu
terai comme il faut le deffein
que je medite. Je le
veux , Madame , lui dit
Monfieur de Montire , &
il ne tiendra qu'à vous de
vous fatisfaire dés demain .
Il y aura bal chez Madame
la Preſidente de** je pro-
1
GALANT. 9r
poſerai ce ſoir à Monfieur
de Ronve le bal & le ſoupé
avec la Tenot ; il acceptera
l'un & l'autre avec joye : je
vous mettrai enfin aux priſes
avec lui , & vous acheverez
la piece comme il
vous plaira.
Ces meſures priſes , Madame
de Ronve retourne
chez elle , charmée de la
complaiſance de Monfieur
de Montire , qui , environ
une heure aprés l'avoir quittée
, vient faire ſa propoſition
à ſon ami , qui lui rend
en homme tranſporté mille
Hij
92 MERCURE
graces d'un ſi bon office.b
Le lendemain , vers les
fix heures du foir , Monfieur
de Ronve dit à ſa femme
qu'il eſt obligé , pour
certaine affaire importante,
d'aller ſouper chez un de
ſes cliens . A labonne heure
, lui dit- elle , mon ami ,
j'irai de mon côté ſouper
chez ma ſoeur. Mais pen
dant que ſon mari va pre
parer dans ſon cabinet let
galant équipage de fa
ne fortune ,elle fort du logis
, & vole chez Monfieur
de Montire , qui la conduit
bonmig
GALANT . 93
!
dans une garderobe , où
elle ſe harnache des nipes
de ſa rivale , dont , ſous ce
lefte ajustement, elle eſſaye
dans un miroir d'imiter les
graces ou les grimaces. Elle
paſſe enſuitedans une autre
chambre , où l'on ne laiſſe
pour lumiere que la foible
lueur de deux tiſons mal allumez.
Elle ſe campe dans
un faureüil , & le maſque
fur le nez,elle étudie le com
pliment qu'elle deſtine au
heros qu'elle attend. Il arrive
enfin ce bienheureux
mortel , & plein de l'eſpoir
ریز
94 MERCURE
de ſon triomphe , il entre
dans l'appartement où ſoûpire
en l'attendant la beauté
qui l'enchante. Le ſage &
genereux M. de Montire
ne l'a pas plûtôt introduit
dans cette chambre noire ,
qu'il en ferme la porte , &
va oùbon lui ſemble. Tout
flate maintenant l'ardeur de
Monfieur de Ronve : l'obſcurité
, ou plûtôt les tenebres
où il eſt enſeveli , avec
l'objet de ſes voeux , font à
ſes yeux de nouvelles preuves
de l'attention de ſon
ami. Il ſe place enfin à côté
GALANT . 95
de ſa Reine , à qui il dit les
plus belles douceurs du
monde. Bon Dieu , continue-
t- il, que vous êtes charmante
! que vous êtes bien
faite ! que je ſuis ravi de me
voir fi prés de vos beautez !
Mais ce qu'on m'a dit feroit
- il poffible ? & feriezvous
capable de vous attacher
à un fot comme Damis
? Il eſt indigne de vos
affections.Medora été quel
ques mois ſur vôtre compre
: mais vous avez bien
faitde vous en défaire, c'eſt
un inſolent qui vous auroit
96 MERCURE
perduë dans lemonde. Pour
moy , je ferai le plus heu
reux des hommes , fi vous
acceptez les ſervices & les
ſoins que je veux vous rendre
, fi vous répondez de
bonne foy à mon amour ,
&fi vous me ſacrifiez enfin
l'impertinent Damis , dont
la concurrence me choque.
Mais de grace , ma chere ,
ôtez ce maſque , qui vous
étouffe.
Dans cet endroit de l'hiſtoire
le feu ſe trouva fi bien
éteint , qu'elle ne lui refuſa
pas davantage cette faveur
qu'il
GALANT. 97
:
qu'il exigeoit d'elle. Elle fe
demaſqua donc. Nouvelles
eexxccllaarmations : Que d'attraits
! que d'appas , diſoit
toûjours cet amant éperdu!
La belle répondoit à merveille
à tout cela. Que d'efprit
au ſurplus , ſe recrioitil
encore ! Dans la chaleur
de la converſation il promene
ſa main fur le col de
ſonamante : mais ſes doigts
ſe rencontrent malheureuſement
ſur .. ſur une piece
de dentelle qui leur paroît
trop groſſe. Comment, ditil
, grand Dieu ! une belle
Νου. 1714. I
98 MERCURE
perſonnecommevous peutelle
porter de pareille dentelle
?cela n'eſt- il pas honteux?
Voyez entre les mains
de qui vous êtes ; recevez ,
Mademoiselle , en tirant
une bourſe où il avoit mis
galamment trente beaux
louis d'or neufs , recevez ,
ajoûra-t- il , cepetit preſent ;
c'eſt le moindre de ceux
que mon amour vous deftine!
Je vous donnerai de
belles plumes , de beau
linge&de beaux habits. La
belle reçoit d'un air enfantin
fon petit prefent & fes
GALANT.
وو
९
promeſſes. Le galant en re-
-vanche veut entreprendre
des choſes étonnantes. Ses
** foûpirs & ſa reſiſtance la
fauverentpourun moment,
18 &...Mais on ouvre bruſquement
laporte;M.deMontire
✔entre dans la chambre, precedé
d'un laquais qui tenoit
deux bougies bien allumées
; & d'un air tranquile
il annonce à ces amans que
l'on a fervi. M. de Ronve
regarde à l'inſtant ſa femme
, en homme épouvanté
d'une fi effrayante vifion.
Ses yeux ſe fixent à terre ,
I ij
100 MERCURE
ſa langue s'attache à fon pa
lais ; interdit & confus , il
reſte à ſa place comme un
homme qui a perdu l'uſage
de tous ſes ſens. Cependant
Madame ſon épouſe ſe leve
nonchalamment , lui pre
fenteune indulgente main,
& lui dit avec douceur :
Venez,mon cher petit mari
, venez ſouper. En verité
vous êtes le plus tendre &
le plus galant de tous les
hommes. Ami perfide,femme
cruelle , je n'oublirai de
ma vie, dit-il à ſon tour , le
mortel affront qu'on me
e
GALANT. 101
fait aujourd'hui. De quoy ,
lui dit ſon aimable épouſe,
pouvez vous vous plaindre?
Je n'ai point de reſſentiment
contre vous , ni contre
la Tcnot. Cett avanture
qui vous deconcerte ,
doit ſeulement vous ſervir
de leçon qui contribue à
vous rendre plus ſage. Je
fuis mediocrement payée
dutourquevousavez voulu
me joüer : mais je n'en veux
point d'autre fatisfaction ,
& je ſerai trop contente du
ſuccés de mon ſtratagême ,
s'il fert à vous apprendre
I iij
102 MERCURE
que ces belles entrepriſes
font des preuves de la fotaq
tife &de la foibleſſe de l'i .
magination de celui qui les
fait. Mais à Dieu ne plaife
que je m'avile ici de vous
prêcher; vous êtes trop fage
pour ne vous pas direvousmême
tout ce qui vous convient
là deſſus ; &&mon intention
eſt feulement de
vous racommoder avec M.
de Montire , & de vous en.
gager par toutes fortesd'endroits
à rétablir avec moy
la parfaite union qui doit
être entre nous
!
GALANT. 103.
Monfieur de Ronve cut
pendant ce fermon le loiſir
de ſe remettre en homme
d'eſprit ; il embraſſa ſa femme
, il fit ſa paix avec ſon
ami. On alla ſe mettre à table
,où tout ſe paſſa à merveille
;& maintenant il affure
qu'il eſt gueri pour le
reſte de ſa vie de ſa paffion
pour la Tenor ,&du doux
penchant qu'il avoit à faire
de frequentes infidelitez à
ſa chere moitié...
Tout Paris , tout Rouen,
veux-je dire ,' eſt inſtruitde
cette avanture , & je cons
1
I iiij
104 MERCURE
nois un nombre infini
d'honnêtes gens qui font
garans de la verité de cette
prodigieuse histoire.
m'yprendrepour annoncer
:
86 MERCURE
la piece ſuivante: c'eſt encore
une histoire , Mefſieurs.
Pour deux, les tranfi .
tions n'étoient pas introuvables
: mais pour une troifiéme
, c'eſt de bonne foy
abuſer de vôtre patience ,
& épuiſer la matiere. Celleci
a cependant quelque
choſe de ſi joli , de ſi nouveau
, & de fi reſſemblant
au ſujet du troifiéme Acte
des Fêtes de Thalie , que
tout m'a prévenu pour elle,
& qu'à tout hazard je me
determine à la donner.
Il y a quelque temps que
GALANT. 87.
Monfieur de Ronve , qui
exerce avec honneur une
Charge qu'il a dans la Robe
, devint amoureux de la
belle Mademoiselle Tenot,
charmante fille de l'Opera
de Rouën. Il en devint ,
dis - je , amoureux preſque
autant que mille honnêtes
gens le font de ces Demoifelles
, & c'eſt tout dire. Son
épouse , femme bien faite ,
aimable , jeune & jaloute ,
s'apperçut , je ne ſçai comment,
des intentions de fon
mari. Elle ne fit point ce
que la plupart des femmes
88 MERCURE
fait en pareil cas ; elle ne
lui lava point la tête , elle ne
lui dit point d'injures , elle
ne lui reprocha point fon
R
51
infidelité : mais elle alla
trouver un certain Monſieurde
Montire, Directeur
de l'Opera , & grand ami
de ſon époux; elle lui conta
ſes inquietudes, elle le conjura
d'entrer dans ſes chagrins
, & de l'aider enfin à
ſe vanger de la perfidie de
Monfieur de Ronve. Monſieur
de Montire , touché
des larmes & de la douleur
d'une ſi aimable femme ,
con-
1
1
GALANT. 89
1
conſentit à tout ce qu'elle
voulut exiger de lui. Voici
mon deſſein , Monfieur, lui
dit- elle. Je n'ai que trop de
preuves de la trahiſon de
mon mari , & de la paſſion
• qu'ila pour la Tenot. Je ſuis
à peu prés de la taille de
cette fille ; & quoique je
fois plus blanche qu'elle ,je
m'y prendrai de façon , que
ſa couleur biſe ou brune ne
gâtera point mon projet.
Propoſez à Monfieur de
Ronve une partie de ſoupé
&de bal , & dites - lui que
la Tenot en ſera ; il n'en
Νου. 1714.
H
✓
90 MERCURE
faudra pas davantage pour
le faire toper à la propofition.
Dés que vous aurez
ſa parole , avertiſſez-moy ,
& faites apporter ici tout
un habillement de theatre
de cette fille ; je m'y rendrai
auffitôt , je me déguiſerai
fous ces habits , & j'execu
terai comme il faut le deffein
que je medite. Je le
veux , Madame , lui dit
Monfieur de Montire , &
il ne tiendra qu'à vous de
vous fatisfaire dés demain .
Il y aura bal chez Madame
la Preſidente de** je pro-
1
GALANT. 9r
poſerai ce ſoir à Monfieur
de Ronve le bal & le ſoupé
avec la Tenot ; il acceptera
l'un & l'autre avec joye : je
vous mettrai enfin aux priſes
avec lui , & vous acheverez
la piece comme il
vous plaira.
Ces meſures priſes , Madame
de Ronve retourne
chez elle , charmée de la
complaiſance de Monfieur
de Montire , qui , environ
une heure aprés l'avoir quittée
, vient faire ſa propoſition
à ſon ami , qui lui rend
en homme tranſporté mille
Hij
92 MERCURE
graces d'un ſi bon office.b
Le lendemain , vers les
fix heures du foir , Monfieur
de Ronve dit à ſa femme
qu'il eſt obligé , pour
certaine affaire importante,
d'aller ſouper chez un de
ſes cliens . A labonne heure
, lui dit- elle , mon ami ,
j'irai de mon côté ſouper
chez ma ſoeur. Mais pen
dant que ſon mari va pre
parer dans ſon cabinet let
galant équipage de fa
ne fortune ,elle fort du logis
, & vole chez Monfieur
de Montire , qui la conduit
bonmig
GALANT . 93
!
dans une garderobe , où
elle ſe harnache des nipes
de ſa rivale , dont , ſous ce
lefte ajustement, elle eſſaye
dans un miroir d'imiter les
graces ou les grimaces. Elle
paſſe enſuitedans une autre
chambre , où l'on ne laiſſe
pour lumiere que la foible
lueur de deux tiſons mal allumez.
Elle ſe campe dans
un faureüil , & le maſque
fur le nez,elle étudie le com
pliment qu'elle deſtine au
heros qu'elle attend. Il arrive
enfin ce bienheureux
mortel , & plein de l'eſpoir
ریز
94 MERCURE
de ſon triomphe , il entre
dans l'appartement où ſoûpire
en l'attendant la beauté
qui l'enchante. Le ſage &
genereux M. de Montire
ne l'a pas plûtôt introduit
dans cette chambre noire ,
qu'il en ferme la porte , &
va oùbon lui ſemble. Tout
flate maintenant l'ardeur de
Monfieur de Ronve : l'obſcurité
, ou plûtôt les tenebres
où il eſt enſeveli , avec
l'objet de ſes voeux , font à
ſes yeux de nouvelles preuves
de l'attention de ſon
ami. Il ſe place enfin à côté
GALANT . 95
de ſa Reine , à qui il dit les
plus belles douceurs du
monde. Bon Dieu , continue-
t- il, que vous êtes charmante
! que vous êtes bien
faite ! que je ſuis ravi de me
voir fi prés de vos beautez !
Mais ce qu'on m'a dit feroit
- il poffible ? & feriezvous
capable de vous attacher
à un fot comme Damis
? Il eſt indigne de vos
affections.Medora été quel
ques mois ſur vôtre compre
: mais vous avez bien
faitde vous en défaire, c'eſt
un inſolent qui vous auroit
96 MERCURE
perduë dans lemonde. Pour
moy , je ferai le plus heu
reux des hommes , fi vous
acceptez les ſervices & les
ſoins que je veux vous rendre
, fi vous répondez de
bonne foy à mon amour ,
&fi vous me ſacrifiez enfin
l'impertinent Damis , dont
la concurrence me choque.
Mais de grace , ma chere ,
ôtez ce maſque , qui vous
étouffe.
Dans cet endroit de l'hiſtoire
le feu ſe trouva fi bien
éteint , qu'elle ne lui refuſa
pas davantage cette faveur
qu'il
GALANT. 97
:
qu'il exigeoit d'elle. Elle fe
demaſqua donc. Nouvelles
eexxccllaarmations : Que d'attraits
! que d'appas , diſoit
toûjours cet amant éperdu!
La belle répondoit à merveille
à tout cela. Que d'efprit
au ſurplus , ſe recrioitil
encore ! Dans la chaleur
de la converſation il promene
ſa main fur le col de
ſonamante : mais ſes doigts
ſe rencontrent malheureuſement
ſur .. ſur une piece
de dentelle qui leur paroît
trop groſſe. Comment, ditil
, grand Dieu ! une belle
Νου. 1714. I
98 MERCURE
perſonnecommevous peutelle
porter de pareille dentelle
?cela n'eſt- il pas honteux?
Voyez entre les mains
de qui vous êtes ; recevez ,
Mademoiselle , en tirant
une bourſe où il avoit mis
galamment trente beaux
louis d'or neufs , recevez ,
ajoûra-t- il , cepetit preſent ;
c'eſt le moindre de ceux
que mon amour vous deftine!
Je vous donnerai de
belles plumes , de beau
linge&de beaux habits. La
belle reçoit d'un air enfantin
fon petit prefent & fes
GALANT.
وو
९
promeſſes. Le galant en re-
-vanche veut entreprendre
des choſes étonnantes. Ses
** foûpirs & ſa reſiſtance la
fauverentpourun moment,
18 &...Mais on ouvre bruſquement
laporte;M.deMontire
✔entre dans la chambre, precedé
d'un laquais qui tenoit
deux bougies bien allumées
; & d'un air tranquile
il annonce à ces amans que
l'on a fervi. M. de Ronve
regarde à l'inſtant ſa femme
, en homme épouvanté
d'une fi effrayante vifion.
Ses yeux ſe fixent à terre ,
I ij
100 MERCURE
ſa langue s'attache à fon pa
lais ; interdit & confus , il
reſte à ſa place comme un
homme qui a perdu l'uſage
de tous ſes ſens. Cependant
Madame ſon épouſe ſe leve
nonchalamment , lui pre
fenteune indulgente main,
& lui dit avec douceur :
Venez,mon cher petit mari
, venez ſouper. En verité
vous êtes le plus tendre &
le plus galant de tous les
hommes. Ami perfide,femme
cruelle , je n'oublirai de
ma vie, dit-il à ſon tour , le
mortel affront qu'on me
e
GALANT. 101
fait aujourd'hui. De quoy ,
lui dit ſon aimable épouſe,
pouvez vous vous plaindre?
Je n'ai point de reſſentiment
contre vous , ni contre
la Tcnot. Cett avanture
qui vous deconcerte ,
doit ſeulement vous ſervir
de leçon qui contribue à
vous rendre plus ſage. Je
fuis mediocrement payée
dutourquevousavez voulu
me joüer : mais je n'en veux
point d'autre fatisfaction ,
& je ſerai trop contente du
ſuccés de mon ſtratagême ,
s'il fert à vous apprendre
I iij
102 MERCURE
que ces belles entrepriſes
font des preuves de la fotaq
tife &de la foibleſſe de l'i .
magination de celui qui les
fait. Mais à Dieu ne plaife
que je m'avile ici de vous
prêcher; vous êtes trop fage
pour ne vous pas direvousmême
tout ce qui vous convient
là deſſus ; &&mon intention
eſt feulement de
vous racommoder avec M.
de Montire , & de vous en.
gager par toutes fortesd'endroits
à rétablir avec moy
la parfaite union qui doit
être entre nous
!
GALANT. 103.
Monfieur de Ronve cut
pendant ce fermon le loiſir
de ſe remettre en homme
d'eſprit ; il embraſſa ſa femme
, il fit ſa paix avec ſon
ami. On alla ſe mettre à table
,où tout ſe paſſa à merveille
;& maintenant il affure
qu'il eſt gueri pour le
reſte de ſa vie de ſa paffion
pour la Tenor ,&du doux
penchant qu'il avoit à faire
de frequentes infidelitez à
ſa chere moitié...
Tout Paris , tout Rouen,
veux-je dire ,' eſt inſtruitde
cette avanture , & je cons
1
I iiij
104 MERCURE
nois un nombre infini
d'honnêtes gens qui font
garans de la verité de cette
prodigieuse histoire.
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Résumé : Autre Histoire bien vraye, & d'un stile propre à faire honneur au Mercure. [titre d'après la table]
Madame de Ronve découvre les intentions infidèles de son mari, Monsieur de Ronve, envers Mademoiselle Tenot, une danseuse de l'Opéra de Rouen. Pour confondre son mari, elle demande l'aide de Monsieur de Montire, directeur de l'Opéra et ami de Monsieur de Ronve. Madame de Ronve se déguise en Mademoiselle Tenot et organise un rendez-vous avec son mari dans une pièce sombre. Monsieur de Montire prépare un souper et un bal auquel Monsieur de Ronve assiste, croyant y rencontrer Mademoiselle Tenot. Lors du rendez-vous, Madame de Ronve, déguisée, attend dans une chambre faiblement éclairée. Monsieur de Ronve, trompé par l'obscurité et les compliments échangés, pense être avec Mademoiselle Tenot. Cependant, en touchant la dentelle de son col, il remarque que celle-ci est trop grossière. Madame de Ronve se dévoile alors, révélant la supercherie. Dans une autre scène, Madame de Montire surprend Monsieur de Ronve en train de séduire une jeune femme. Terrifié, Monsieur de Ronve est incapable de réagir. Madame de Montire, avec douceur, invite son mari à souper et lui offre son pardon, expliquant que cette aventure doit lui servir de leçon. Monsieur de Ronve embrasse son épouse et se réconcilie avec elle, guérissant ainsi de sa passion pour la jeune femme et de son penchant pour l'infidélité. Cet événement est attesté par de nombreuses personnes honnêtes à Paris et à Rouen.
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3172
p. 104-105
« En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
Début :
En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...]
Mots clefs :
Mois de novembre, Ouvrage, Hasard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
En voila déja trois , Mefſieurs
, en est- ce trop ?n'en
eft- ce pas affez ? Mais je ſuis
encore plaifant de vous
confulter là- deſſus , comme
ſi vous pouviez prévoir mes
caprices , ou mes deſſeins ,
ou plûtôt comme s'il ne tenoit
qu'àmoyde me regler
fur vos avis . C'eſt une erreur
, tous vos conſeils ne
peuvent me ſervir de rien ,
&mon ouvrage ( quoy qu'
GALANT.
105
infortuné ) eſt abſolument
un enfant du hazard on de
la fortune. J'attens tranquilement
que les jours &
les nuits ſe multiplient ,
pour vous raconter leurs
avantures. Le mois de Novembre
m'a fait plus de
confidences que les autres ;
tant pis,ou tant mieux pour
vous. Voici à bon compte ,
&par reconoiſſance , l'hiftoire
de fon origine.
, en est- ce trop ?n'en
eft- ce pas affez ? Mais je ſuis
encore plaifant de vous
confulter là- deſſus , comme
ſi vous pouviez prévoir mes
caprices , ou mes deſſeins ,
ou plûtôt comme s'il ne tenoit
qu'àmoyde me regler
fur vos avis . C'eſt une erreur
, tous vos conſeils ne
peuvent me ſervir de rien ,
&mon ouvrage ( quoy qu'
GALANT.
105
infortuné ) eſt abſolument
un enfant du hazard on de
la fortune. J'attens tranquilement
que les jours &
les nuits ſe multiplient ,
pour vous raconter leurs
avantures. Le mois de Novembre
m'a fait plus de
confidences que les autres ;
tant pis,ou tant mieux pour
vous. Voici à bon compte ,
&par reconoiſſance , l'hiftoire
de fon origine.
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Résumé : « En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
Un narrateur discute de la création de son œuvre, affirmant son indépendance vis-à-vis des conseils extérieurs. Il attribue son travail au hasard ou à la fortune et attend patiemment pour partager ses aventures. Novembre lui a révélé plus de secrets que les autres mois. En reconnaissance, il offre l'histoire de l'origine de novembre.
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3173
p. 109
« Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...] »
Début :
Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...]
Mots clefs :
Dissertation mythologique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...] »
Voyons maintenant à
quoy nous menera cette
Differtationmithologique ,
àvous faire part, Meſſieurs,
de l'hiſtoire nouvelle de ce
mois , aprés vous en avoir
donné l'ancienne.
quoy nous menera cette
Differtationmithologique ,
àvous faire part, Meſſieurs,
de l'hiſtoire nouvelle de ce
mois , aprés vous en avoir
donné l'ancienne.
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3174
p. 109-117
Nouvelles de Vienne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Vienne du 5. de ce mois [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Château, Empereur, Impératrice, Vienne, Cardinal, Cardinal de Saxe, Seigneurs
3175
p. 117-118
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Madrid du 7. de ce mois, que quatre [...]
Mots clefs :
Madrid, Académie espagnole
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texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
On écrit de Madrid du
7. de ce mois , que quatre
Deputez de l'Academie
Eſpagnole, établie encette
ville pour fixer & perfectionner
la Langue Caftillanne
, allerent baifer la
.د
118 MERCURE
main au Roy , pour le re
mercier de l'avoir approuvée,&
de lui avoir accordé
fſaa protection. Ils allerente
enſuite ſaluer le Prince
pour lui demander aufſi ſa
protection auprés de Sab
Majeſté. On ajoûte que le
28. d'Octobre M. leMaré.
chal de Bervvik y arriva
qu'il a été reçû du Roy
avec tous les témoignages
d'eſtime & d'affection que
A
meritent ſes importans fer-2
vices.
7. de ce mois , que quatre
Deputez de l'Academie
Eſpagnole, établie encette
ville pour fixer & perfectionner
la Langue Caftillanne
, allerent baifer la
.د
118 MERCURE
main au Roy , pour le re
mercier de l'avoir approuvée,&
de lui avoir accordé
fſaa protection. Ils allerente
enſuite ſaluer le Prince
pour lui demander aufſi ſa
protection auprés de Sab
Majeſté. On ajoûte que le
28. d'Octobre M. leMaré.
chal de Bervvik y arriva
qu'il a été reçû du Roy
avec tous les témoignages
d'eſtime & d'affection que
A
meritent ſes importans fer-2
vices.
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Résumé : De Madrid. [titre d'après la table]
Le 7 octobre, quatre députés de l'Académie Espagnole de Madrid ont remercié le roi pour son soutien. Ils ont aussi sollicité la protection du prince. Le 28 octobre, le maréchal de Berwick est arrivé à Madrid et a été accueilli par le roi, qui a reconnu ses services.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3176
p. 118-124
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Début :
Les avis de Catalogne portent que les nouveaux Gouverneurs pour [...]
Mots clefs :
Infanterie, Catalogne, Généraux, Officiers, Maréchal de Berwick
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texteReconnaissance textuelle : De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Les avis de Catalogne
portent que les nouveaux.
GALANT. 119
Gouverneurs pour
& le Militaire commencent
le Civil
à exercer leurs fonctions
avec une entiere fatisfactiondes
peuples.
Voici une liste exacte
des Generaux & Officiers
des Barcelonnois , arrêtez
& embarquez le 22. Sep
tembre 1714. par ordre de
M. le Maréchal de Beryvik
, en vertu du pleinpouvoir
qu'il avoit reçû de
Sa Majesté Catholique , &
conduits en differentes priſons
d'Eſpagne.
Le General Baffet , qui
120 MERCURE
commandoit l'artillerie.
Don Sebastien Dalmanau,
Colonel du regiment
de la cavaleric.
Don Simon Sanchez,premier
Capitaine de ce regiment.
Don Gaëtan Antillon ,
Major du même regiment.
Don 'Joſeph Belvez &
Balaguer ( dit Joſepet)General
de bataille , Colonel
du regiment du Roſaire infanterie.
fils.
Don Felix de Belvez , fon
Don François Vilaz,Major
GALANTA 121
\
jor du même regiment.
Don Franciſco Sanz, Coloneldu
regiment de laDeputation
, infanterie.
DonRaymond Sanz, fon
fils , Capitaine des grenadiers
du même regiment.
Don Nicolas Axendri ,
Lieutenant-Colonel de ce
regiment.
Don Jean Vinas , Colonel
du regiment de ſaint
Narciffe , infanterie.
Don Joſeph de Torres ,
Colonel du regiment de
Valence , infanterie.
Don François Maijans ,
Νου. 1714.
L
}
7
122 MERCURE
fon Lieutenant-Colonel.
Bordes , Capitaine de la
compagnie des aſſaſſins .
Ily en avoit trois autres
ſur la liſte : mais ils s'étoient
évadez dés le matin ,& ils
ont vuidé le pays.
Le Marquis de Villaroël
, leur Generaliſſime ,
étant bleſſe dangereusement
& allité , on ſe contenta
de lui donner ſa maifon
pour prifon, prenant
ſa parole qu'il n'en fortiroit
pas ſans un nouvel ordre.
L'Evêque d'Albarrazzin
C
GALANT.
123
en 'Arragon , de la nomination
de Philippe V. &
qui étoit Religieux de la
Mercy , nommé Jean Navarro
, ayant été trouvé
dans Barcelonne , où il s'étoit
jetté depuis la bataille
de Sarragoffſe , a été embarqué
ſur une galere , &
conduit en Italie. D'autres
diſent qu'on l'a laiſſé prifonnier
aux les de ſainte
Marguerite.
Le Pere Torrento Dominiquain
, fameux predicateur
d'obſtination , fut
mis d'abord en priſon dans
1
Lij
124 MERCURE
fon Convent , avec charge
aux trois principaux d'en
répondre. Ilfut enſuite embarqué
avec trois autres
Religieux de ſon Ordre ,
& conduit pour être enfermé
dans des priſons d'Ef.
pagne.
Le Marquis de Pinos auroit
eu le même ſort : mais
il étoit trés - malade, & depuis
il eſt mort.
portent que les nouveaux.
GALANT. 119
Gouverneurs pour
& le Militaire commencent
le Civil
à exercer leurs fonctions
avec une entiere fatisfactiondes
peuples.
Voici une liste exacte
des Generaux & Officiers
des Barcelonnois , arrêtez
& embarquez le 22. Sep
tembre 1714. par ordre de
M. le Maréchal de Beryvik
, en vertu du pleinpouvoir
qu'il avoit reçû de
Sa Majesté Catholique , &
conduits en differentes priſons
d'Eſpagne.
Le General Baffet , qui
120 MERCURE
commandoit l'artillerie.
Don Sebastien Dalmanau,
Colonel du regiment
de la cavaleric.
Don Simon Sanchez,premier
Capitaine de ce regiment.
Don Gaëtan Antillon ,
Major du même regiment.
Don 'Joſeph Belvez &
Balaguer ( dit Joſepet)General
de bataille , Colonel
du regiment du Roſaire infanterie.
fils.
Don Felix de Belvez , fon
Don François Vilaz,Major
GALANTA 121
\
jor du même regiment.
Don Franciſco Sanz, Coloneldu
regiment de laDeputation
, infanterie.
DonRaymond Sanz, fon
fils , Capitaine des grenadiers
du même regiment.
Don Nicolas Axendri ,
Lieutenant-Colonel de ce
regiment.
Don Jean Vinas , Colonel
du regiment de ſaint
Narciffe , infanterie.
Don Joſeph de Torres ,
Colonel du regiment de
Valence , infanterie.
Don François Maijans ,
Νου. 1714.
L
}
7
122 MERCURE
fon Lieutenant-Colonel.
Bordes , Capitaine de la
compagnie des aſſaſſins .
Ily en avoit trois autres
ſur la liſte : mais ils s'étoient
évadez dés le matin ,& ils
ont vuidé le pays.
Le Marquis de Villaroël
, leur Generaliſſime ,
étant bleſſe dangereusement
& allité , on ſe contenta
de lui donner ſa maifon
pour prifon, prenant
ſa parole qu'il n'en fortiroit
pas ſans un nouvel ordre.
L'Evêque d'Albarrazzin
C
GALANT.
123
en 'Arragon , de la nomination
de Philippe V. &
qui étoit Religieux de la
Mercy , nommé Jean Navarro
, ayant été trouvé
dans Barcelonne , où il s'étoit
jetté depuis la bataille
de Sarragoffſe , a été embarqué
ſur une galere , &
conduit en Italie. D'autres
diſent qu'on l'a laiſſé prifonnier
aux les de ſainte
Marguerite.
Le Pere Torrento Dominiquain
, fameux predicateur
d'obſtination , fut
mis d'abord en priſon dans
1
Lij
124 MERCURE
fon Convent , avec charge
aux trois principaux d'en
répondre. Ilfut enſuite embarqué
avec trois autres
Religieux de ſon Ordre ,
& conduit pour être enfermé
dans des priſons d'Ef.
pagne.
Le Marquis de Pinos auroit
eu le même ſort : mais
il étoit trés - malade, & depuis
il eſt mort.
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Résumé : De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Après la bataille de Sarragosse en 1714, les nouveaux gouverneurs civils et militaires en Catalogne exercent leurs fonctions avec la satisfaction des populations. Le maréchal de Berwick, représentant Philippe V, a ordonné l'arrestation de plusieurs généraux et officiers barcelonais le 22 septembre 1714. Parmi les arrêtés figurent le général Baffet, commandant l'artillerie, et Don Sébastien Dalmanau, colonel du régiment de cavalerie. Divers autres officiers de régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été incarcérés. Le marquis de Villaroël, blessé, a été assigné à résidence. L'évêque d'Albarracín, Jean Navarro, nommé par Philippe V, a été arrêté et conduit soit en Italie, soit aux îles de Sainte-Marguerite. Le père Torrento, prédicateur dominicain, a été emprisonné puis transféré en Espagne. Le marquis de Pinos, gravement malade, est décédé peu après. Trois autres officiers mentionnés sur la liste ont réussi à s'évader avant leur arrestation.
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3177
p. 125-138
Liste des Ecclesiastiques, & des Religieux bannis à perpetuité de Barcelonne & de Catalogne, avec défense d'entrer jamais dans aucuns des Estats de la domination de Sa Majesté Catholique, par ordre de Monsieur le Maréchal de Bervvik du deux Septembre 1714.
Début :
De la Cathedrale de Barcelonne. Le Docteur Thomas Elorens, soy-disant [...]
Mots clefs :
Ecclésiastiques, Barcelone, Catalogne, Maréchal de Berwick, Religieux, Chanoine, Chanoine, Église, Paroisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liste des Ecclesiastiques, & des Religieux bannis à perpetuité de Barcelonne & de Catalogne, avec défense d'entrer jamais dans aucuns des Estats de la domination de Sa Majesté Catholique, par ordre de Monsieur le Maréchal de Bervvik du deux Septembre 1714.
Liste des Eccleſiaſtiques ,
des Religieux bannis à perpetuité
de Barcelonne &
de Catalogne , avec défense
d'entrer jamais dans
aucuns des Estats de la domination
de Sa Majesté
Catholique , par ordre de
Monsieur le Maréchal de
Bervvik du deux Septembre
1714.
De la Cathedrale de Barcelonne.
Le Docteur Thomas
Elorens , ſoy-diſant Chancelier
de Catalogne.
Liij
126 MERCURE
Le Docteur Joſeph Rifos
, Chanoine , & Grand
Vicaire du Dioceſe.
André Fox , Chanoine ,
& fon Coadjuteur.
N. Barata , Chanoine &
Docteur .
Le Docteur N. Figaro ,
Beneficier de la Cathedrale
, Prieur de l'Hôpital de
la Mifericorde.
Le Docteur Maurice Andreu
, Beneficier de la Cathedrale.
Vincent Carcazez , idem .
GALANT. 127
De l'Eglise Paroiffe dite
de Pine
Michel Busquets , Vicaire.
Le Docteur François
Galvanii , Beneficier.
Raymond Roffell , idem.
De l'Eglise Paroiſſe de
Sainte Marie.
:
Le Docteur Estienne Maſcaro
, Vicaire perpetuel ,
( ou Curé ) de cette Eglife.
L iiij
128 MERCURE
Le Docteur Raymond
Padrall.στου 2019
Le Docteur François
Serrat.
Le Docteur Varis.
Le Docteur Antoine
Roig.
Le Docteur Magin Sinio.
Le Docteur François
Goli.
Joſeph Compte.
N. Moleni .
Le Docteur Raymond
Torruella , Vicaire.
Jofeph Canfera , Prê
tre.
Tous Beneficiers de cette Eglife.
GALANT.
129
Joſeph Roig , Prêtre , &
Procureur general de l'Hôpital
general dit de ſainte
Croix.
Le Docteur Don Antoine
Sola.
Le Docteur Joſeph d'Efpreu
, Archidiacre & Chanoine
d'Urgal.
Le Docteur Paul Vinas ,
Chanoine de la même Eglife.
Le Docteur Thomas
Borras, Hofpitalier de Tortofa
Le Docteur André Arbell
, Chanoine de Vich.
130 MERCURE
Ces quatre derniers trouvez
dans Barcelonne ayant
abandonné leurs Eglifes.
Religieux ou vivans en Communauté,
Le Docteur Joſeph Campasi
, Camerier du Monastere
de Gerry , Ordre
de faint Benoît.
De la Miffion.
Le Docteur Joſeph Jofrea
, Superieur du Seminaire
de la Miffion.
GALANT.
131
400 Le P. Jerome Dieran.
Minimes .
Le P. Paul Andrau , Provincial.
Jacobins .
Le P. Maître Thomas
Sabater , l'un des Inquifiteurs.
Grands Carmes.
Le P. Maître François
Battaller.
132
MERCURE
Le P. Jean Alau .
Carmes Déchauffez
François Joſeph deChriſt.
Cordeliers.
Le P. Jacques Boldas.
Le P. N. Coll. ىلع
Grands Augustins.
Le P. Maître Diegue Florenza.
Le P. Maître Antoine Recorda.
(
GALANT.
133
Le P. Maître Laurent
Dalmau.
Trinitaires Déchauſſez
Le P. André de ſaint
Pierre.
Le P. Joſeph de la Mere
de Dieu.
De la Mercy.
Le P. Sauveur Folia.
Le P. Jean Vilar .
Le P. Pinille.
Le P. Cuenta.
A
Le P. Arnault, Arragon
nois.
134 MERCURE
Le P. Raphael N. Valencien.
lan.
Le P. N. Caſtro , Caſtil-
Jefuites.
Le P. Gerard Marzille ,
ci - devant Vice - Provinc
cial.
Le P. Dominique Naveſque,
Receveur du grand
College dit de Betlheem.
Le P. Philippe Elanes.
Le P. Jacques Corxet.
Le P. Gregoire Auharri ,
Arragonnois.
GALANT.
135
Le Frere Sall , Majorquin.
Ils eurent tous ordre de
fortir de Barcelonne dans
vingt-quatre heures , & de
tous les Eftats d'Eſpagne
dans huit jours.
Quelques-uns prirent par
mer la route d'Italie ; plu-
✓ ſieurs paſſerent par le Rouffillon.
On leur permit d'abord
trois jours de ſéjour
dans Perpignan , ou M. l'Evêque
défendit qu'on leur
laiſsât dire la Meffe. En-
4
ſuite M. l'Intendant fit publier
une défenſe d'en re-
?
136 MERCURE "
cevoir aucun fans avertir ,
& de le garder plus de
vingt quatre heures. Il permit
pourtant deux fois
vingt - quatre heures pour
les Religieux.
Quelques uns débarquerent
à Collioure : mais on
les obligea de ſe rembarquer
auflitôt en des barques
Genoiſes qui les por
toient , avec leſquelles on
leur a fait prendre la route
d'Italie.
Don N. Sola & Comes ,
Comte de Koque Marti ,
Chanoine de Tolede , ( on
ne
i
GALANT.A
137
ne ſçait pas fi c'eſt le mê
me que l'on trouve dans
la liſte ſous le nom deDon
Antoine Sola) arriva àVillefranche,
Capitale duConflans
en Rouffillon , avec
fes paſſeports du Marquis
de Lede , Gouverneur de
Barcelonne , qui lui permettoit
d'aller à Villefranche
: mais comme ce pafſeport
portoit qu'il étoit
banni de la Monarchie
d'Eſpagne , le Gouverneur
de la place envoya vîte ce
paffeport à Monfieur l'Intendant
, qui ordonna de
Νου. 1714. M
138 MERCURE
le faire fortir inceſſamment
de toute l'étenduë de fon
Intendance. api iwego
On dit que ce n'eſt là
qu'une premiere purgation
faite de la Catalogne ,
&qu'on en fera encoreune
plus forte.
On deſarme tout le pays.
Majorque ne dit encore
rien ; Monfieur le Maré
chal y a envoyé Monfieur
d'Adoncourt , Aide - Major
deſon armée , pour s'aboucher
avec le Gouverneur
& les principaux de cette
Mе.
des Religieux bannis à perpetuité
de Barcelonne &
de Catalogne , avec défense
d'entrer jamais dans
aucuns des Estats de la domination
de Sa Majesté
Catholique , par ordre de
Monsieur le Maréchal de
Bervvik du deux Septembre
1714.
De la Cathedrale de Barcelonne.
Le Docteur Thomas
Elorens , ſoy-diſant Chancelier
de Catalogne.
Liij
126 MERCURE
Le Docteur Joſeph Rifos
, Chanoine , & Grand
Vicaire du Dioceſe.
André Fox , Chanoine ,
& fon Coadjuteur.
N. Barata , Chanoine &
Docteur .
Le Docteur N. Figaro ,
Beneficier de la Cathedrale
, Prieur de l'Hôpital de
la Mifericorde.
Le Docteur Maurice Andreu
, Beneficier de la Cathedrale.
Vincent Carcazez , idem .
GALANT. 127
De l'Eglise Paroiffe dite
de Pine
Michel Busquets , Vicaire.
Le Docteur François
Galvanii , Beneficier.
Raymond Roffell , idem.
De l'Eglise Paroiſſe de
Sainte Marie.
:
Le Docteur Estienne Maſcaro
, Vicaire perpetuel ,
( ou Curé ) de cette Eglife.
L iiij
128 MERCURE
Le Docteur Raymond
Padrall.στου 2019
Le Docteur François
Serrat.
Le Docteur Varis.
Le Docteur Antoine
Roig.
Le Docteur Magin Sinio.
Le Docteur François
Goli.
Joſeph Compte.
N. Moleni .
Le Docteur Raymond
Torruella , Vicaire.
Jofeph Canfera , Prê
tre.
Tous Beneficiers de cette Eglife.
GALANT.
129
Joſeph Roig , Prêtre , &
Procureur general de l'Hôpital
general dit de ſainte
Croix.
Le Docteur Don Antoine
Sola.
Le Docteur Joſeph d'Efpreu
, Archidiacre & Chanoine
d'Urgal.
Le Docteur Paul Vinas ,
Chanoine de la même Eglife.
Le Docteur Thomas
Borras, Hofpitalier de Tortofa
Le Docteur André Arbell
, Chanoine de Vich.
130 MERCURE
Ces quatre derniers trouvez
dans Barcelonne ayant
abandonné leurs Eglifes.
Religieux ou vivans en Communauté,
Le Docteur Joſeph Campasi
, Camerier du Monastere
de Gerry , Ordre
de faint Benoît.
De la Miffion.
Le Docteur Joſeph Jofrea
, Superieur du Seminaire
de la Miffion.
GALANT.
131
400 Le P. Jerome Dieran.
Minimes .
Le P. Paul Andrau , Provincial.
Jacobins .
Le P. Maître Thomas
Sabater , l'un des Inquifiteurs.
Grands Carmes.
Le P. Maître François
Battaller.
132
MERCURE
Le P. Jean Alau .
Carmes Déchauffez
François Joſeph deChriſt.
Cordeliers.
Le P. Jacques Boldas.
Le P. N. Coll. ىلع
Grands Augustins.
Le P. Maître Diegue Florenza.
Le P. Maître Antoine Recorda.
(
GALANT.
133
Le P. Maître Laurent
Dalmau.
Trinitaires Déchauſſez
Le P. André de ſaint
Pierre.
Le P. Joſeph de la Mere
de Dieu.
De la Mercy.
Le P. Sauveur Folia.
Le P. Jean Vilar .
Le P. Pinille.
Le P. Cuenta.
A
Le P. Arnault, Arragon
nois.
134 MERCURE
Le P. Raphael N. Valencien.
lan.
Le P. N. Caſtro , Caſtil-
Jefuites.
Le P. Gerard Marzille ,
ci - devant Vice - Provinc
cial.
Le P. Dominique Naveſque,
Receveur du grand
College dit de Betlheem.
Le P. Philippe Elanes.
Le P. Jacques Corxet.
Le P. Gregoire Auharri ,
Arragonnois.
GALANT.
135
Le Frere Sall , Majorquin.
Ils eurent tous ordre de
fortir de Barcelonne dans
vingt-quatre heures , & de
tous les Eftats d'Eſpagne
dans huit jours.
Quelques-uns prirent par
mer la route d'Italie ; plu-
✓ ſieurs paſſerent par le Rouffillon.
On leur permit d'abord
trois jours de ſéjour
dans Perpignan , ou M. l'Evêque
défendit qu'on leur
laiſsât dire la Meffe. En-
4
ſuite M. l'Intendant fit publier
une défenſe d'en re-
?
136 MERCURE "
cevoir aucun fans avertir ,
& de le garder plus de
vingt quatre heures. Il permit
pourtant deux fois
vingt - quatre heures pour
les Religieux.
Quelques uns débarquerent
à Collioure : mais on
les obligea de ſe rembarquer
auflitôt en des barques
Genoiſes qui les por
toient , avec leſquelles on
leur a fait prendre la route
d'Italie.
Don N. Sola & Comes ,
Comte de Koque Marti ,
Chanoine de Tolede , ( on
ne
i
GALANT.A
137
ne ſçait pas fi c'eſt le mê
me que l'on trouve dans
la liſte ſous le nom deDon
Antoine Sola) arriva àVillefranche,
Capitale duConflans
en Rouffillon , avec
fes paſſeports du Marquis
de Lede , Gouverneur de
Barcelonne , qui lui permettoit
d'aller à Villefranche
: mais comme ce pafſeport
portoit qu'il étoit
banni de la Monarchie
d'Eſpagne , le Gouverneur
de la place envoya vîte ce
paffeport à Monfieur l'Intendant
, qui ordonna de
Νου. 1714. M
138 MERCURE
le faire fortir inceſſamment
de toute l'étenduë de fon
Intendance. api iwego
On dit que ce n'eſt là
qu'une premiere purgation
faite de la Catalogne ,
&qu'on en fera encoreune
plus forte.
On deſarme tout le pays.
Majorque ne dit encore
rien ; Monfieur le Maré
chal y a envoyé Monfieur
d'Adoncourt , Aide - Major
deſon armée , pour s'aboucher
avec le Gouverneur
& les principaux de cette
Mе.
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Résumé : Liste des Ecclesiastiques, & des Religieux bannis à perpetuité de Barcelonne & de Catalogne, avec défense d'entrer jamais dans aucuns des Estats de la domination de Sa Majesté Catholique, par ordre de Monsieur le Maréchal de Bervvik du deux Septembre 1714.
Le 2 septembre 1714, le Maréchal de Berwick ordonna l'exil perpétuel de plusieurs ecclésiastiques et religieux de Barcelone et de Catalogne, leur interdisant d'entrer dans les États du roi d'Espagne. Cette mesure concernait des membres de la cathédrale de Barcelone, des églises paroissiales, ainsi que divers ordres religieux tels que les Minimes, Jacobins, Grands Carmes, Cordeliers, Grands Augustins, Trinitaires et Jésuites. Les personnes concernées devaient quitter Barcelone dans les vingt-quatre heures et l'Espagne dans les huit jours. Certains ont pris la mer vers l'Italie ou ont traversé le Roussillon. Ils ont été autorisés à séjourner trois jours à Perpignan, mais l'évêque leur interdit de célébrer la messe. L'intendant publia ensuite une défense d'accueillir ces exilés plus de vingt-quatre heures, avec quelques exceptions pour les religieux. Plusieurs furent contraints de se rembarquer à Collioure vers l'Italie. Le document mentionne également l'arrivée de Don N. Sola & Comes à Villefranche, expulsé en raison de son bannissement de la monarchie espagnole. Cette purge est présentée comme une première étape, avec des actions similaires prévues pour Majorque. Par ailleurs, le pays était en cours de désarmement.
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3178
p. 139-140
De Rome. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Rome du 23. Octobre que le Pape [...]
Mots clefs :
Rome, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome. [titre d'après la table]
On mande de Rome du
23. Octobre que le Pape
continue ſon ſejour à Caftel
Gandolfe , où il joüit
d'une parfaite ſanté. Quoy
qu'il eût témoigné qu'il
vouloit être en particulier
ſans recevoir des viſites , il
en a neanmoins reçû pluſieurs
des Cardinaux , &
des principales perſonnes
de qualité qui ſe trouvent
dans des maiſons de campagne
du voisinage. L'Abbé
Nazari Bergamaſque ,
Profeſſeur à la Sapience ,
qui avoit autrefois travaillé
Mij
140 MERCURE
"
avec ſuccés à un Journaldes
Sçavans en Italien,eſt mort
âgé de quatre-vingt-un an.
23. Octobre que le Pape
continue ſon ſejour à Caftel
Gandolfe , où il joüit
d'une parfaite ſanté. Quoy
qu'il eût témoigné qu'il
vouloit être en particulier
ſans recevoir des viſites , il
en a neanmoins reçû pluſieurs
des Cardinaux , &
des principales perſonnes
de qualité qui ſe trouvent
dans des maiſons de campagne
du voisinage. L'Abbé
Nazari Bergamaſque ,
Profeſſeur à la Sapience ,
qui avoit autrefois travaillé
Mij
140 MERCURE
"
avec ſuccés à un Journaldes
Sçavans en Italien,eſt mort
âgé de quatre-vingt-un an.
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Résumé : De Rome. [titre d'après la table]
Le 23 octobre, le Pape réside à Castel Gandolfo en bonne santé. Il a reçu des cardinaux et des personnalités locales malgré son souhait de rester discret. L'abbé Nazari Bergamasque, professeur à la Sapienza et ancien directeur d'un journal savant, est décédé à 81 ans.
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3179
p. 140-143
De Venise. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Venise du 29. Octobre portent que quelques [...]
Mots clefs :
Troupes, Capitaines, Munitions
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texteReconnaissance textuelle : De Venise. [titre d'après la table]
Les lettres de Veniſe du
29. Octobre portent que
quelques bâtimens qui entrerent
dans le port le 21.
de ce mois , ont rapporté
qu'un vaiſſeau Marchand
Venitien,nommé le Triomphe
, avoit été pris par un
Corfaire de Tunis , reve
nant de Trapani chargé de
fel:mais que tout l'équipage
s'étoit ſauvé , à l'exception
du Capitaine , qui n'ayant
pas voulu abandonner fon
あき
GALANTM 14
vaiſſcau , avoit été pris &
fait eſclave. Il y a pluſieurs
bâtimens prêts à faire voile
au premier bon vent , pour
aller au Levant ; entr'autres
trois pinques , & quelques
Marfilianes chargées
de biſcuit , de munitions ,
d'armes , & d'autres chofes
neceſſairespour la flote. On
y envoye en même temps
quelques Officiers , & des
recruës pour les troupes
qui ſont dans la Moréc.
Une partie des munitions
& des provifions doit être
débarquée à Corfou pour
142 MERCURE
-les magaſinsde la fortereſſe
& de quelques autres. Les
avis de Dalmatie portent
que le Sieur Emo , General
de Dalmatic , étoit parde
Spalatro , avec les galeres
de fon commandement,
& qu'il s'étoit avancé
aux bouches de Cattaro,
doù il avoit été joint par le
Capitaine du Golfe , avec
deux autres , & par deux
vaiſſeaux de guerre commandez
par l'Amiral , pour
obſerver les mouvemens
des Turcs contre les peuples
de Montenegro. Les
IGALANT . 143
Bachas avoient avoient partagé
leurs troupes en deux
3corps de vingt mille hommes
chacun , avec dix pieces
de canon , pour atraquer
les Montenegrins par
deux endroits , ou pour
les bloquer. Le bruit s'eſt
- répandu , mais fans aucune
certitude , que ces peuples
épouvantez par des troupes
ſi nombreuſes , avoient
offert de ſe ſoûmettre à
1certaines conditions : mais
cet avis paroît encore dou-
C
teux.
29. Octobre portent que
quelques bâtimens qui entrerent
dans le port le 21.
de ce mois , ont rapporté
qu'un vaiſſeau Marchand
Venitien,nommé le Triomphe
, avoit été pris par un
Corfaire de Tunis , reve
nant de Trapani chargé de
fel:mais que tout l'équipage
s'étoit ſauvé , à l'exception
du Capitaine , qui n'ayant
pas voulu abandonner fon
あき
GALANTM 14
vaiſſcau , avoit été pris &
fait eſclave. Il y a pluſieurs
bâtimens prêts à faire voile
au premier bon vent , pour
aller au Levant ; entr'autres
trois pinques , & quelques
Marfilianes chargées
de biſcuit , de munitions ,
d'armes , & d'autres chofes
neceſſairespour la flote. On
y envoye en même temps
quelques Officiers , & des
recruës pour les troupes
qui ſont dans la Moréc.
Une partie des munitions
& des provifions doit être
débarquée à Corfou pour
142 MERCURE
-les magaſinsde la fortereſſe
& de quelques autres. Les
avis de Dalmatie portent
que le Sieur Emo , General
de Dalmatic , étoit parde
Spalatro , avec les galeres
de fon commandement,
& qu'il s'étoit avancé
aux bouches de Cattaro,
doù il avoit été joint par le
Capitaine du Golfe , avec
deux autres , & par deux
vaiſſeaux de guerre commandez
par l'Amiral , pour
obſerver les mouvemens
des Turcs contre les peuples
de Montenegro. Les
IGALANT . 143
Bachas avoient avoient partagé
leurs troupes en deux
3corps de vingt mille hommes
chacun , avec dix pieces
de canon , pour atraquer
les Montenegrins par
deux endroits , ou pour
les bloquer. Le bruit s'eſt
- répandu , mais fans aucune
certitude , que ces peuples
épouvantez par des troupes
ſi nombreuſes , avoient
offert de ſe ſoûmettre à
1certaines conditions : mais
cet avis paroît encore dou-
C
teux.
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Résumé : De Venise. [titre d'après la table]
Le 29 octobre, des navires à Venise ont rapporté la capture du vaisseau vénitien 'le Triomphe' par un corsaire tunisien près de Trapani. L'équipage s'est enfui, sauf le capitaine, capturé. Plusieurs navires, incluant trois pinques et des marfilanes, chargés de vivres, munitions et armes, se préparent à partir pour le Levant. Des renforts sont envoyés en Morée. Une partie des munitions sera débarquée à Corfou. En Dalmatie, le général Emo surveille les mouvements turcs avec ses galères. Les Turcs ont divisé leurs troupes en deux corps de vingt mille hommes chacun, armés de dix canons, pour attaquer ou bloquer les Monténégrins. Des rumeurs évoquent une possible soumission des Monténégrins, mais cela reste incertain.
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3180
p. 143-152
De Londres. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Londres du 14. de ce mois, que le 26. [...]
Mots clefs :
Londres, Baron, Couronne, Comte d'Halifax, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres. [titre d'après la table]
On écrit de Londres du
144 MERCURE
14. de ce mois , que le 26.
du mois dernier le Roy
créa pluſieurs Pairs de la
Grande Bretagne. Milord
Chandon a été fait Comte
de Caernarven ; Milord
Rockingam , Comte de
Rockingam ; Milord Of
fulton , Comte d'Offulton;
Milord Hallifax , Comte
de Hallifax ; Milord Gernſez
, Comte d'Aylesford ;
Milord Harvey , Comte
de Bristol ; & Milord Pelham
, Comte de Clare. Il
fit encore Pairs de la Grande
Bretagne le Comte de
ThoGALANT.
145
Thomond Irlandois , Vicomte
de Tadcaſter ; le
Vicomte de Caſtleton , Ba .
ron Sanderſon de Saxby ;
Milord Sherad , Baron de
Harbouroug ; Milord Pierrepont
, Baron de Pierrepont
de Hauſlip. Ces trois
derniers ſont auſſi Irlandois.
Le ſieur Henry Boyle
a été créé Baron de Carleton
; le Chevalier Richard
Temple , Baron Temple ;
&le Chevalier Michel Vvaſton
, Baron de Vvaſton :
mais il s'eſt excuſé d'accepter
cette dignité. Le
Νου. 1714. N
146 MERCURE
ende
27. le Roy tint au Palais de
faint James , pour la prémiere
fois , Chapitre de
l'Ordre de la Jarretiere ,
dans lequel il fit quatre
Ghevaliers , qui font le
Duc de Rutland , le Duc
de Bolton , le Comte de
Dorfet , & le Comte de
Hallifax. Le Comte d'Ay
lesford a été fait Chance
lier du Duché de Lancafi
tre , à la place de Milord
Burkley de Strerlon , & le
Colonel Killegrevv Gentilhomme
de la Garderobe
du Prince de Galles. Le 25
GALANT 147
Je Marquis de Monteleon ,
Ambaſſadeur d'Eſpagne ,
arriva de Hollande en cette
ville par la voye de Calais
&le 26. au matin il alla vi
fiter les Secretaires d'Eftat ,
qui le même jour allerent
àfon Hôtel lui rendre ſa
viſitean Le même jour le
Maire nomma fix Aldermans
, & douze Membres
du commun Conſeil de la
ville, pour faire la fonc
tion de Maîtres d'Hôtel
&faire fervir le Roy, le
Prince & la Princeſſe au
feftin qu'il donnera le 9.
Nij
148 MERCURE
de ce mois , auquel les Seigneurs
& les Miniftres font
auſſi invitez. Le General
Cadogan ayant reçû fes
inſtructions , partit le 27 .
pour aller en Hollande , à
la place du Comte de Strafford.
Le 31. au matin le
Roy fut couronné dans l'Egliſe
de l'Abbaye de Vveſtminſter
, avec toute la ſo .
Lemnité poſſible , ſuivant le
ceremonial ordinaire , La
marche commença de la
falle de Vveſtminster , Sa
Majefté étant precedée par
les Officiers qui ont accou
GALANT . 149
tume de porter les marques
& de la Dignité Royale
accompagnée des Pairs
leurs couronnes à la main .
La ceremonie du couronnement
fut faite par l'Archevêque
de Cantorbery ,
qui , aprés le ſervice , & le
fermon prononcé par l'Evêque
d'Oxford , mit la
couronne fur la tête du
Roy. Enfuite on chanta le
TeDeum, & quelques hymnes
en muſique au bruit
des trompettes , auquel les
canons de la Tour & du
Parc répondirent. On re-
Niij
150 MERCURE
tourna dans le mémetors
dre à la falle de Viveſtmin
ſter , où un magnifique
feſtin avoit été proparé. Le
Roy & le Prince s'affirent
à une table élevée au bout
de la falle , & les Pairs , la
couronne en tête , à deux
longues tables dreſſées des
deux côtez de la falle vAh
premier ſervice un Heraut
d'armes fit la proclamation
7
en Anglois & en François;
& le champion étant entré
àcheval , armé de toutes
pieces , jetta ſon ganteler ,
comme gage de bataille ,
GALANTM
pour défier aub combat
ceux qui contefteroient le
droit à la couronne pour
de nouveau Roy. A cinq
heures le Roy ſe retira au
Palais de ſaint James ; &
de foir il y eut des feux de
joye , des réjoüiffances , &
des illuminations par toute
la ville. Avant qu'on ſe mît
en marche pour la ceremonie,
deux ou trois écha
fauts à triple étage , dref
fez dans la cour de Vveftminster
& autour du cimetiere
de l'Eglife , chargez
de ſpectateurs , fondi-
Niiij
7
152 MERCURE
rent , en forte qu'il y cut
pluſieurs perſonnes tuées ,
9115.D
& un tres - grand nombre
de bleſſées.
144 MERCURE
14. de ce mois , que le 26.
du mois dernier le Roy
créa pluſieurs Pairs de la
Grande Bretagne. Milord
Chandon a été fait Comte
de Caernarven ; Milord
Rockingam , Comte de
Rockingam ; Milord Of
fulton , Comte d'Offulton;
Milord Hallifax , Comte
de Hallifax ; Milord Gernſez
, Comte d'Aylesford ;
Milord Harvey , Comte
de Bristol ; & Milord Pelham
, Comte de Clare. Il
fit encore Pairs de la Grande
Bretagne le Comte de
ThoGALANT.
145
Thomond Irlandois , Vicomte
de Tadcaſter ; le
Vicomte de Caſtleton , Ba .
ron Sanderſon de Saxby ;
Milord Sherad , Baron de
Harbouroug ; Milord Pierrepont
, Baron de Pierrepont
de Hauſlip. Ces trois
derniers ſont auſſi Irlandois.
Le ſieur Henry Boyle
a été créé Baron de Carleton
; le Chevalier Richard
Temple , Baron Temple ;
&le Chevalier Michel Vvaſton
, Baron de Vvaſton :
mais il s'eſt excuſé d'accepter
cette dignité. Le
Νου. 1714. N
146 MERCURE
ende
27. le Roy tint au Palais de
faint James , pour la prémiere
fois , Chapitre de
l'Ordre de la Jarretiere ,
dans lequel il fit quatre
Ghevaliers , qui font le
Duc de Rutland , le Duc
de Bolton , le Comte de
Dorfet , & le Comte de
Hallifax. Le Comte d'Ay
lesford a été fait Chance
lier du Duché de Lancafi
tre , à la place de Milord
Burkley de Strerlon , & le
Colonel Killegrevv Gentilhomme
de la Garderobe
du Prince de Galles. Le 25
GALANT 147
Je Marquis de Monteleon ,
Ambaſſadeur d'Eſpagne ,
arriva de Hollande en cette
ville par la voye de Calais
&le 26. au matin il alla vi
fiter les Secretaires d'Eftat ,
qui le même jour allerent
àfon Hôtel lui rendre ſa
viſitean Le même jour le
Maire nomma fix Aldermans
, & douze Membres
du commun Conſeil de la
ville, pour faire la fonc
tion de Maîtres d'Hôtel
&faire fervir le Roy, le
Prince & la Princeſſe au
feftin qu'il donnera le 9.
Nij
148 MERCURE
de ce mois , auquel les Seigneurs
& les Miniftres font
auſſi invitez. Le General
Cadogan ayant reçû fes
inſtructions , partit le 27 .
pour aller en Hollande , à
la place du Comte de Strafford.
Le 31. au matin le
Roy fut couronné dans l'Egliſe
de l'Abbaye de Vveſtminſter
, avec toute la ſo .
Lemnité poſſible , ſuivant le
ceremonial ordinaire , La
marche commença de la
falle de Vveſtminster , Sa
Majefté étant precedée par
les Officiers qui ont accou
GALANT . 149
tume de porter les marques
& de la Dignité Royale
accompagnée des Pairs
leurs couronnes à la main .
La ceremonie du couronnement
fut faite par l'Archevêque
de Cantorbery ,
qui , aprés le ſervice , & le
fermon prononcé par l'Evêque
d'Oxford , mit la
couronne fur la tête du
Roy. Enfuite on chanta le
TeDeum, & quelques hymnes
en muſique au bruit
des trompettes , auquel les
canons de la Tour & du
Parc répondirent. On re-
Niij
150 MERCURE
tourna dans le mémetors
dre à la falle de Viveſtmin
ſter , où un magnifique
feſtin avoit été proparé. Le
Roy & le Prince s'affirent
à une table élevée au bout
de la falle , & les Pairs , la
couronne en tête , à deux
longues tables dreſſées des
deux côtez de la falle vAh
premier ſervice un Heraut
d'armes fit la proclamation
7
en Anglois & en François;
& le champion étant entré
àcheval , armé de toutes
pieces , jetta ſon ganteler ,
comme gage de bataille ,
GALANTM
pour défier aub combat
ceux qui contefteroient le
droit à la couronne pour
de nouveau Roy. A cinq
heures le Roy ſe retira au
Palais de ſaint James ; &
de foir il y eut des feux de
joye , des réjoüiffances , &
des illuminations par toute
la ville. Avant qu'on ſe mît
en marche pour la ceremonie,
deux ou trois écha
fauts à triple étage , dref
fez dans la cour de Vveftminster
& autour du cimetiere
de l'Eglife , chargez
de ſpectateurs , fondi-
Niiij
7
152 MERCURE
rent , en forte qu'il y cut
pluſieurs perſonnes tuées ,
9115.D
& un tres - grand nombre
de bleſſées.
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Résumé : De Londres. [titre d'après la table]
En 1714 à Londres, plusieurs événements politiques et cérémoniels marquants ont eu lieu. Le 26 du mois précédent, le roi a créé plusieurs pairs de la Grande-Bretagne, dont Lord Chandon, Lord Rockingham, Lord Offulton, Lord Halifax, Lord Gernsey, Lord Harvey, Lord Pelham, et le comte de Thogalant. Des titres de vicomtes et de barons ont été attribués à des personnalités irlandaises et anglaises, tandis que le chevalier Michel Wvaston a refusé la dignité de baron. Le 27, le roi a tenu le premier chapitre de l'Ordre de la Jarretière au Palais de Saint James, nommant quatre chevaliers : le duc de Rutland, le duc de Bolton, le comte de Dorset, et le comte de Halifax. Le comte d'Aylesford a été nommé chancelier du duché de Lancastre et le colonel Killegrev gentilhomme de la garde-robe du prince de Galles. Le marquis de Monteleon, ambassadeur d'Espagne, est arrivé de Hollande et a été reçu par les secrétaires d'État. Le maire de Londres a nommé des aldermen et des membres du conseil communal pour le festin royal du 9 du mois. Le général Cadogan est parti pour la Hollande, remplaçant le comte de Strafford. Le 31, le roi a été couronné à l'abbaye de Westminster selon le cérémonial traditionnel, dirigé par l'archevêque de Cantorbéry. La cérémonie incluait la mise de la couronne, un sermon par l'évêque d'Oxford, et des chants accompagnés de trompettes et de canons. Un festin a suivi à la salle de Westminster, accompagné de réjouissances et d'illuminations dans la ville.
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3181
p. 152-156
De Paris le 17. Novembre 1714.
Début :
Le 8 de ce mois la paix fut publiée avec les ceremonies [...]
Mots clefs :
Paix, Reine d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris le 17. Novembre 1714.
De Paris le 17. Novembre
al q
1714, 2006
Le 8 de ce mois la paix
fut publiée avec les ceremonies
ordinaires. Le 15.
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe Metropolitaine , en
action de graces à Dieu
pour la conclufion de la
paix generale avec l'Empereur
& les Princes de
308
3GALANT. 153
e
FEmpire , qui vient d'être
ratifiée Le Cardinal de
Noailles officia pontificalement
à cette ceremonie ,
qui avoit été annoncée à
Ja pointe du jour par le
canon de la bastille & de
la ville. M. le Chancelier
xy aſſiſta à la tête du Con-
-feil , ainſi que les Compagnies
fuperieures , & les
* autres qui y avoient été invitées.
Le foir il y eut un
grand feu d'artifice devant
P'Hôtel de Ville , où il y
eur un repas magnifique ,
& on fit des feux de joye
154 MERCURE
dans toutes les rats, Hoved
23 Lenudouverture du Par
lement ſe fit par une Meſſe,
celebrée dans la Chapelle
dela grande Salle duPalais,
àlaquelle le Premier Prefi
dent, les Preſidens àMor,
tier , & les Chambres aff
fifterentem
On a reçû avis de Prol
yence , que la Reine d'El
pagne partit de Nice le 20.
du mois dernier , & paffa
le Var à gué, pour entrer
le même jour en Provence,
LeComte de Grignan qui
y commande , alla la re
GALANT
cevoir avec un magnifique
équipage &u donna lles
ordres neceſſaires pour la
commodité du voyage de
cette Princeffet, & pour
faire ſervir ſa table & cel
les de ſa ſuire. Il pria Sa
Majestéde vouloir faire des
entrées folemnelles dans
les villes : mais elle voulue
paffer incognito , & on fic
ſeulement des ſalves Royal
les à ſon arrivée. Elle arriva
en huit jours à Marſeille
, où elle fejourna trois
jours , ayant paffé par Anz
tibes , Frejus , Brignolles &
156 MERCURE
Auriol. Elle allasens trois
autres journées à Arles,ou
elle ſejourna deux jours ,
ayant paſſe à Aixy à Lam
befe & à faint Remy ; &
les. de ce mois elle pafla
le Rhône , & elle entra en
Languedoc. On verrà dans
la fuite de ce Journal un
detail de l'entrée & du fei
jour de cette Princeffe à
Marseille.
al q
1714, 2006
Le 8 de ce mois la paix
fut publiée avec les ceremonies
ordinaires. Le 15.
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe Metropolitaine , en
action de graces à Dieu
pour la conclufion de la
paix generale avec l'Empereur
& les Princes de
308
3GALANT. 153
e
FEmpire , qui vient d'être
ratifiée Le Cardinal de
Noailles officia pontificalement
à cette ceremonie ,
qui avoit été annoncée à
Ja pointe du jour par le
canon de la bastille & de
la ville. M. le Chancelier
xy aſſiſta à la tête du Con-
-feil , ainſi que les Compagnies
fuperieures , & les
* autres qui y avoient été invitées.
Le foir il y eut un
grand feu d'artifice devant
P'Hôtel de Ville , où il y
eur un repas magnifique ,
& on fit des feux de joye
154 MERCURE
dans toutes les rats, Hoved
23 Lenudouverture du Par
lement ſe fit par une Meſſe,
celebrée dans la Chapelle
dela grande Salle duPalais,
àlaquelle le Premier Prefi
dent, les Preſidens àMor,
tier , & les Chambres aff
fifterentem
On a reçû avis de Prol
yence , que la Reine d'El
pagne partit de Nice le 20.
du mois dernier , & paffa
le Var à gué, pour entrer
le même jour en Provence,
LeComte de Grignan qui
y commande , alla la re
GALANT
cevoir avec un magnifique
équipage &u donna lles
ordres neceſſaires pour la
commodité du voyage de
cette Princeffet, & pour
faire ſervir ſa table & cel
les de ſa ſuire. Il pria Sa
Majestéde vouloir faire des
entrées folemnelles dans
les villes : mais elle voulue
paffer incognito , & on fic
ſeulement des ſalves Royal
les à ſon arrivée. Elle arriva
en huit jours à Marſeille
, où elle fejourna trois
jours , ayant paffé par Anz
tibes , Frejus , Brignolles &
156 MERCURE
Auriol. Elle allasens trois
autres journées à Arles,ou
elle ſejourna deux jours ,
ayant paſſe à Aixy à Lam
befe & à faint Remy ; &
les. de ce mois elle pafla
le Rhône , & elle entra en
Languedoc. On verrà dans
la fuite de ce Journal un
detail de l'entrée & du fei
jour de cette Princeffe à
Marseille.
Fermer
Résumé : De Paris le 17. Novembre 1714.
Le 8 novembre 1714, la paix fut proclamée à Paris par des cérémonies officielles. Le 15 novembre, un Te Deum fut chanté dans l'église métropolitaine pour célébrer la paix générale avec l'Empereur et les Princes de l'Empire. Cette cérémonie, présidée par le Cardinal de Noailles, fut annoncée par le canon de la Bastille et de la ville. Le Chancelier et les compagnies supérieures y assistèrent. Le soir, un feu d'artifice et des feux de joie eurent lieu à Paris. L'ouverture du Parlement se fit par une messe dans la chapelle du Palais. Par ailleurs, la Reine d'Espagne quitta Nice le 20 octobre, traversant le Var pour entrer en Provence. Accueillie par le Comte de Grignan, elle passa incognito malgré les salves royales. Elle atteignit Marseille en huit jours, y séjourna trois jours, puis continua vers Arles avant de traverser le Rhône pour entrer en Languedoc. Des détails sur son entrée à Marseille seront publiés ultérieurement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3182
p. 156-168
Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Début :
Je serois fort embarrassé du choix de mes termes / La misericorde de Dieu, justement irritée des crimes [...]
Mots clefs :
Royaume de Naples, Pape, Miracle avéré, Miracle, Église, Clergé, Évêque, Peuple, Isernia, Larmes, Vierge, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
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Résumé : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
En octobre 1714, à Icernia, une ville du Royaume de Naples, un miracle s'est produit dans un monastère de religieuses suivant la règle de sainte Claire. Une petite image de cire de la Vierge Marie, conservée dans une châsse, a pleuré abondamment pendant que les religieuses priaient pour mettre fin aux pluies continues et aux maladies contagieuses qui affligeaient la région. Ce phénomène a suscité frayeur et émerveillement parmi les religieuses, qui ont intensifié leurs prières et dévotions. Le lundi suivant, l'image était mouillée de sueur, et les religieuses ont continué leurs prières avec ferveur. Le mardi, l'évêque et le clergé, informés du miracle, se sont rendus à l'église et ont constaté les larmes et la sueur de l'image. L'évêque a appelé la population à la pénitence et a organisé des processions solennelles. Cependant, le jour suivant, un violent tremblement de terre a frappé la ville. En réponse, l'évêque a déplacé l'image sacrée dans une châsse de cristal ornée de pierres précieuses et a mené une procession à travers la ville, après quoi les tremblements ont cessé. L'image reste exposée pour permettre aux fidèles de manifester leur piété. Par ailleurs, le texte mentionne brièvement une action militaire où le Chevalier de Langon a affronté et vaincu un vaisseau algérien près des îles de Sainte-Marguerite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3183
p. 169-170
« Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Début :
Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...]
Mots clefs :
Transition, Lecteurs, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Il importe peu à l'Auteur
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
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Résumé : « Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Une pièce anonyme, datée de novembre 1714, est publiée dans un journal. L'éditeur assure qu'elle est autonome et peut être lue indépendamment des précédentes. L'auteur, nommé 'Mademoiselle', n'a pas refusé sa publication. Le rédacteur du Mercure Galant exprime qu'il publierait son nom s'il en était l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3184
p. 170-207
LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
Début :
Vous deviez, Madame, vous contenter du silence que je garday [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Opéra, Comédie, Racine, Théâtre, Corneille, Musique, Théâtre italien, Théâtre français, Tragédie, Auteurs, Spectacles, Molière, Poème, Mauvais goût, Spectateurs, Poésie, Anciens, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
LETTRE
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
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Résumé : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
La lettre traite de la dégradation du bon goût dans le théâtre et la musique contemporains. L'autrice regrette la perte du bon goût, qu'elle définit comme une harmonie entre l'esprit et la raison, et critique les spectacles modernes pour leur manque de sens commun. Elle attribue le succès de ces œuvres à la nouveauté et à la nostalgie de la comédie italienne, notant que le public privilégie des productions médiocres aux classiques de Corneille, Molière et Racine. Les femmes sont décrites comme les principales juges des pièces de théâtre, influençant ainsi les choix des auteurs. Le texte met également en lumière les difficultés rencontrées par les auteurs classiques pour obtenir le succès de leur vivant. Corneille, Molière et Racine ont tous été initialement critiqués ou mal reçus. Cependant, Monsieur de la Fosse est cité comme un auteur moderne ayant réussi à approcher la qualité des classiques avec des œuvres comme 'Polixène' et 'Thésée'. L'évolution du goût théâtral et musical est également abordée. Le public moderne préfère désormais des œuvres sophistiquées et artificielles, influencé par le mauvais goût italien. Lully et Quinault sont loués, bien que peu de leurs œuvres aient résisté à l'épreuve du temps. Les compositeurs modernes sont critiqués pour leur manque de goût et de sentiment, rendant leur musique forcée et barbare. Dans le domaine musical, les musiciens contemporains peinent à exprimer les émotions et simplifient les scènes, déformant ainsi les œuvres classiques. L'autrice prédit que les opéras modernes finiront par surpasser les anciens grâce à l'ajout de cantates et d'airs chantés par des voix distinguées, attirant un public qui préfère le joli et le comique au beau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3185
p. 208
« Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Début :
Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...]
Mots clefs :
Fête, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Vous approuverez ſans
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
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3186
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
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Résumé : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Le 29 octobre 1714, M. Arnoul, Intendant des Galères et du Commerce à Marseille, organisa une fête en l'honneur de la Reine d'Espagne lors de sa visite à la Salle d'Armes de l'Arsenal des Galères. Informé de cette visite le 21 octobre, M. Arnoul choisit le mot latin 'Parma' pour la décoration, en référence au nom de la Reine de Parme. La Salle d'Armes fut ornée de trophées d'armes, d'écus et d'inscriptions latines célébrant la Reine. Un trophée d'armes avec l'écu des armes de Parme était placé au-dessus de la porte principale, accompagné de l'inscription 'Parma triumphans'. Divers écus des armes de Parme étaient dispersés dans la salle, accompagnés de devises et d'emblèmes. Une inscription latine soulignait que le bouclier de la Reine devait triompher sur les autres armes. La tête de Méduse sur le bouclier de Minerve fut remplacée par les armes de la Reine, symbolisant sa douceur et sa bonté. Des représentations symboliques et allégoriques liées à la Reine d'Espagne et à la Maison de Parme furent également présentées. L'Amour, représenté par Cupidon, utilisait divers symboles pour conquérir le cœur de la Reine. Il remplaça le bouclier de Minerve par ses propres armes, symbolisant la victoire de l'amour sur la raison. L'Amour chassa le hibou de Minerve et vola un oiseau sacré à sa mère Vénus pour l'associer à son bouclier, symbolisant la conquête des cœurs. Ces éléments étaient représentés par un bouclier avec un pigeon et un vers latin. La Reine d'Espagne, en combinant les armes de l'amour avec la pureté des lys, conquit un cœur digne d'elle. Cette scène était illustrée par une targe de Parme, répandant une odeur agréable et ornée des armes de l'Amour, placée dans un grand cœur porté par deux lions et appuyée contre deux tours, avec une colombe tenant une couronne de laurier. Apollon annonça des destins heureux par des oracles, prédisant l'union des lys florissants par la targe de Parme, symbolisant l'héritage probable du Duché de Florence par la Maison de Parme. Un second oracle promit que la Reine aurait sous son ombre le Prince des Asturies et les deux Infants, et qu'elle donnerait au Roi d'autres enfants. Un troisième oracle prédit que les lys de Parme, joints à ceux de France, produiraient. Lors de sa visite à Marseille, la Reine d'Espagne fut accueillie dans la Salle d'Armes par plusieurs dignitaires, dont M. le Chevalier de Rancé et M.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3186
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
3187
p. 277-278
« On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
Début :
On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Perse, Marseille, Sérail de Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
On vient d'apprendre dans
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
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3188
p. 278-315
TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Début :
Dans le Harem où sont renfermées les femmes du Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Eunuques, Prince, Appartement, Vizir, Dames, Reine, Harem, Sultane, Sérail, Appartement, Reine, Princesse, Cheval, Esclaves, Cuisine, Grand vizir, Fourrure, Affaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
TRADUCTION
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
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Résumé : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Le harem ottoman est organisé autour de trois principaux appartements : celui de la Sultane Validé, celui de la Sultane Haffki et celui de la Kiaya Kadin. La Kiaya Kadin supervise les filles esclaves et les Boula, des femmes âgées au service du sultan. Ces dernières peuvent accéder à des rôles plus élevés, tels que Hazinedar Oufta ou Kiaya Kadin. La Sultane Haffki, reconnaissable à sa couronne d'or, ainsi que les quatre premières dames ayant des enfants mâles ou des filles, possèdent leurs propres appartements et eunuques. Elles ont également le privilège de voir le sultan sans intermédiaire. La Sultane Validé, après l'accession de son fils au trône, dispose d'une maison particulière et d'appanages. En cas de décès du sultan, la mère du nouveau sultan devient la principale figure féminine, suivie par la Sultane Validé, puis par la Kiaya Kadin. En l'absence d'héritier mâle, un frère ou un prince succède au sultan, et la mère du nouveau sultan devient Sultane Validé. La mère d'un prince décédé est envoyée au vieux serrail. Les odalisques sans enfants mâles peuvent être mariées, tandis que celles ayant des fils restent au serrail. La Sultane Validé est servie par de nombreux esclaves et eunuques, dirigés par le Kizlar Aga, qui contrôle l'accès au sultan et supervise les communications et les présents. L'organisation du palais comprend divers corps, tels que les Bostangis, supervisés par le Bostangis-Bachi, et les Baltagis, dirigés par le Baltagilar Kiayaffi. Ces derniers servent les femmes du harem et effectuent des tâches extérieures. Les cérémonies d'arrivée d'une princesse incluent des distributions de cadeaux et des visites protocolaires au Grand-Visir et à la Reine Mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3189
p. 315-316
« Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Début :
Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...]
Mots clefs :
Voyage, Dardanelles, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Revenons , s'il vous plaiſt ,
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
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3190
p. 316-331
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis François de Harcourt, Comte de Cessanne, Chevalier de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Mort, Dame, Seigneur, Marquis, Lieutenant, Armées, Conseiller au Parlement, Armées du roi, Grands officiers, Chevalier de la Toison d'or, Roi, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Loüis François de
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
En octobre et novembre 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Louis François de Harcourt, Comte de Cefan, Chevalier de la Toison d'Or et Lieutenant Général des Armées du Roi, est mort à Rouen le 20 octobre 1714 à l'âge de 36 ans. Il avait servi en Espagne, en Piémont et en Allemagne et était frère du Maréchal Duc de Harcourt. Dame Marie le Roy de Chomberville, veuve de Claude de Nocey, est décédée le 21 octobre à 75 ans. Son mari appartenait à une noblesse distinguée de Normandie. Parmi les autres décès notables, on compte Dame Jeanne Moniquet, épouse de Humbert Piarrot de Chamoulet, Maître des Comptes, et M. Simon Tubeuf, Seigneur de Ver et de Blanzat, Conseiller du Roi, tous deux décédés le 23 octobre. M. Joseph de Beaufort, Prêtre et Docteur en Théologie, et Jean de la Vicuville, Bailly de l'Ordre de Malte et Ambassadeur de sa Religion en France, sont morts le 26 octobre. Sébastien Le Clerc, Chevalier Romain et Graveur ordinaire du Cabinet du Roi, est décédé le 25 octobre. Denis-Michel de Verthamont, fils unique du Premier Président au Grand Conseil, est mort sans alliance le 27 octobre à 26 ans. Isabelle-Claire Eugénie de Montault de la Serre, veuve de Jean François Desiré de Siegen, est également décédée. Le texte mentionne également la famille d'une dame de Reims, établie à Paris, distinguée dans la robe et l'épée, ayant produit un chancelier de France. Dame Marie Robuste, issue d'une noble famille de Normandie, est morte en Poitou à environ 100 ans le 31 octobre. Elle avait contracté deux mariages sans avoir d'enfants et était connue pour sa beauté et son esprit vif.
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3191
p. 331
« Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Début :
Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Songeons maintenant ,
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
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3192
p. 331-333
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
M. Fabien Albert du Quesnel, Chevalier Marquis de Coupigny, fils [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
M. FabienAlbert du Quefnel
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
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Résumé : Mariage. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre Fabien-Albert du Quefnel, Chevalier Marquis de Coupigny, et Jeanne-Louise de Bethune. Fabien-Albert est le fils d'Albert Marquis du Quesnel et de Louise Perreau. Jeanne-Louise est la fille de François-Annibal Ecij, Comte de Bethune, et de Dame Renée le Borgne de l'Esquifiou. La famille de Coupigny est une ancienne noblesse normande alliée à la Maison de Bethune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3193
p. 333-337
« Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Début :
Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...]
Mots clefs :
Généalogies, Poésie, Mercure galant, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Ilya , je croy , déja filongtemps
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
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Résumé : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, probablement du Mercure Galant, l'auteur exprime son inquiétude de les ennuyer avec des descriptions longues et des généalogies. Il anticipe leur impatience pour des contenus spécifiques tels qu'une critique de la tragédie 'Mahomet', des énigmes et une chanson promise. L'auteur reconnaît que certaines vérités mentionnées dans des passages sur les auteurs du 'Vert Galant' et du 'Journal de Verdun' ne suffisent pas à satisfaire l'attente des lecteurs pour des contenus plus divertissants. Il demande une pause dans les reproches et promet de fournir plus que ce que les lecteurs demandent. Il avoue ne pas être un poète accompli et se voit empêché d'accéder au Parnasse par des obstacles imaginaires. Cependant, il assure offrir avant le jour des Rois des poèmes agréables et la critique de 'Mahomet', dont la première représentation n'a pas été favorable à son auteur. En attendant, il partage un petit bouquet, volé à une jolie personne, destiné à l'objet de ses vœux et offert à la considération des demoiselles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3194
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
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Résumé : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Dans un extrait du 'Mercure Galant', l'auteur s'adresse à ses lectrices en exprimant son regret de ne pas pouvoir offrir davantage de contenu galant. Il précise que sa méthode diffère de celle de ses prédécesseurs, privilégiant la légèreté et la simplicité dans son écriture. Il se présente comme le véritable auteur du 'Mercure Galant', reconnaissable par la simplicité et la franchise de ses expressions. L'auteur aborde ensuite une affaire concernant M. Dufreny, un dramaturge reconnu pour ses œuvres sérieuses et comiques. Dufreny a présenté sa nouvelle comédie 'Les deux Veuves, ou le faux Damis' aux comédiens, qui l'ont refusée malgré les éloges reçus précédemment. Les comédiens ont justifié leur décision par des raisons subjectives et une aversion pour le style de Dufreny. L'auteur critique cette attitude, soulignant que les comédiens usurpent le goût du public et imposent leurs décisions arbitraires. Il appelle les lectrices à s'opposer à cette situation et à soutenir les bonnes pièces, refusant ainsi de cautionner les mauvaises. Enfin, l'auteur affirme qu'il continuera à exprimer librement ses opinions, malgré les éventuelles pressions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3195
p. 345-346
« Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Début :
Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...]
Mots clefs :
Chanson, Déclamation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Au reſte pardonnez - moy ce
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
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3196
p. 351-352
« Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Début :
Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Je ne vous croy pas fort curieuſes
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
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3197
p. 352-353
OMISSION.
Début :
J'ay oublié, & je ne sçay comme cela s'est fait, à parler [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OMISSION.
COMISSION.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
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Résumé : OMISSION.
Le 31 du mois précédent, Sa Majesté a fait plusieurs dons d'abbayes : Saint Taurin à l'Évêque d'Évreux, Saint Savin à l'Abbé de Cardaillac, Doué au Père Robert de Villers, Canigou à Dom Elamby, et Saint Julien de Dijon à la Dame de Bussy-Rabutin. La Coadjutorerie de Blangis a été attribuée à Dom Doye. Le baptême de Mademoiselle la Marquise de Tavannes a eu lieu le 17 du mois passé, avec le Duc de Bavière comme parrain et la Duchesse de Vendôme comme marraine.
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3198
p. 353-355
AVIS.
Début :
Le sieur de Ricours qui depuis 20. années s'est attaché à la connoissance [...]
Mots clefs :
Mathématiques, Monnaies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
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Résumé : AVIS.
L'annonce présente un maître spécialisé dans les arts libéraux et les mathématiques, exerçant depuis vingt ans. Il offre ses services pour enseigner le toisé de divers corps solides ou superficiels, réguliers ou irréguliers, ainsi que la logistique universelle avec des applications pratiques. Il maîtrise également les changes monétaires entre différentes places commerciales en Europe, les évaluations des monnaies, poids, mesures, et les opérations bancaires telles que les arbitrages, négociations, virements et commissions. Il enseigne aussi la tenue de livres de comptes et d'écritures, simples ou doubles. Actuellement, il prépare un livre en trois parties couvrant ces sujets, avec une approche théorique et pratique distincte des ouvrages existants. Ce livre inclura un tarif des monnaies, poids et mesures des royaumes orientaux et méridionaux, utile pour les négociants. Le maître réside au coin du quai Pelletier, dans la maison où loge le sieur Allais, maître écrivain juré expert.
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3199
p. 356-357
Avis aux incredules.
Début :
J'ay déja dit, & je le repete encore que j'ay cru devoir informer [...]
Mots clefs :
Latin, Méditation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis aux incredules.
Avis aux incredules ...
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
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Résumé : Avis aux incredules.
L'annonce présente une méthode innovante pour apprendre le latin, élaborée par l'Abbé Fremy après quinze années de réflexion. Cette méthode repose sur deux règles simples et accessibles à tous, à condition de savoir lire et écrire. La première règle facilite la composition latine et l'explication des auteurs. La seconde règle, un seul mot sans exception, permet de déterminer la quantité des syllabes longues ou brèves par nature. Les personnes intéressées peuvent contacter M. Ribou, libraire à l'Image Saint-Louis, Quai des Grands Augustins, pour plus d'informations.
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3200
p. 357-358
Autre Avis.
Début :
Le sieur Pelletier, Maître Tailleur d'habits, s'est avisé d'un expedient [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis.
Autre Avis ..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
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