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1
p. 290-293
Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Début :
Le 10. de ce mois, Monseigneur le Dauphin partit de Versailles, pour [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Versailles, Anet, Chasse, Couverts, Cheval, Chien, Cerf, Château, Table, Loup, Honneurs, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10. de ce mois , Monfeigneur
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
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Résumé : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10 août 1685, le Dauphin se rendit à Anet pour une partie de chasse. À son arrivée, il fut accueilli par un dîner somptueux. Après le repas, il chassa un cerf avec les chiens du Grand Prieur, qui fut capturé près de la rivière. En soirée, il assista à un concert et participa à un souper magnifique. Le lendemain, il chassa le loup avec ses propres chiens et ceux du Duc de Vendôme, et le loup fut pris dans la cour du château. L'après-midi, il tira du gibier dans le parc. Les activités de chasse continuèrent les jours suivants, avec une chasse au loup le 13 août et une chasse au cerf le 14 août. Le Dauphin retourna à Versailles le 14 août en fin d'après-midi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 304-331
JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Début :
Le Roy partit le 29. Aoust de Versailles pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Roi, Fontainebleau, Cour, Seigneurs, Cardinal, Duchesse, Dames, Abbé, Électeurs, Chevaux, Duc d'Orléans, Conseil d'État, Cheval, Duchesse de Berry, Cardinal de Rohan, Seigneurs de la Cour, Chasse du cerf, Chasse, Cerf
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
Fermer
Résumé : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Du 29 août au 21 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à Fontainebleau. Le roi quitta Versailles le 29 août, accompagné de la Duchesse de Berry, de la Duchesse de Conti et de la Princesse de Conti. À Fontainebleau, le roi s'adonna à diverses activités, notamment des chasses au cerf et des promenades royales le long du canal. Le 1er septembre, le duc de Beauvillier décéda. Le lendemain, le roi nomma le maréchal de Villeroy président du Conseil des Finances. Le 3 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de l'ambassadeur de Sicile, du nonce et du cardinal de Rohan. Le 4 septembre, le roi augmenta les Gardes du Corps de la Duchesse de Berry et reçut les neveux du duc d'Hamilton. Une autre promenade royale eut lieu le 5 septembre. Le 6 septembre, une nouvelle chasse au cerf se tint avec plusieurs membres de la cour. Le 16 septembre, le Duc d'Enguien chassa le sanglier et captura deux bêtes. Le 17 septembre, un conseil des finances se tint, et le Duc d'Enguien ainsi que le Comte de Toulouse allèrent chasser le cerf. Le 18 septembre, plusieurs personnalités assistèrent à la toilette de Madame la Duchesse de Berry. Le 19 septembre, le Duc d'Enguien chassa à nouveau le sanglier. Le 20 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de nombreux princes, princesses, l'Électeur et les ambassadeurs. Le 21 septembre, un motet fut chanté lors de la messe du roi, et le Maréchal de Villeroy fit sa première entrée en tant que ministre. Le Maréchal de Villars arriva de Bade, annonçant la signature de la paix générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 302-342
SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Début :
Le Jeudy 20. Septembre on chanta un Motet de la [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Princes, Seigneurs, Dames, Princesses, Duchesse, Électeur, Promenade, Cerf, Calèche, Chasse, Calèches, Conseil, Comte, Sanglier, Promenade royale, Trompettes, Cour, Roi, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
SUITE DU JOURNAL
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
de ce qui s'est paffé à Fontainebleau.
Le Jeudy 20. Septembre
on chanta un Motet de la
GALANT. 303
compoſition de M. Lalouëtte ;
ily cut Confeil d'Etat , l'aprefdinée
chaſſe du Cerf, où tous
les Princes , Princeſſes , Scigneurs
,& Dames de la Cour
allerent de même que l'Electeur
,& le Prince Ragotzi ;
au retour de la chaſſe M. le
Ducde Mortemar arriva de
Barcelone qui porta la nouvelle
qu'on avoit attaqué la Place
par ſept endroits , que le
combat avoit commencé à
quatre heures & demie , &
qu'àmidi nous eſtions maiſtres
des deux Baſtions & de la premiere
enceinte ; queles Barce304
MERCURE
i
lenois avoient arboré l'éten
dart blanc , & qu'ils avoient
promis d'envoyer des Orages
à fix heures du ſoir ; qu'il étoit
parti à cette heure là , mais
qu'il ne doutoit pas que la
Place n'eût capitulé , que M.
le Maréchal de Berwickl'avoit
aſſuré qu'il envoyeroit M le
Marquis de Broglio pour porter
les articles de la Capitulation
& le détail de ce qui
s'étoit paflé dans l'ction.
Le Vendredy 21. on chanta
à la Meffe du Roy , un
Moter de la compoſition de
M. de Lalande que El Eteur
entendit ,
:
GALANT. 305
entendit , & qui fut tres- applaudi
; il y eut Conſeil de
Conſcience , le Roy pendant
ſon dîné , fir pluſieurs queftions
à M. le Duc de Mortemar
ſur le Siege de Barcelone ;
Sa Majefte alla enſuite tirer.
Le Samedy 22. il ycutConſeil
des Finances : on courut
le Cerf avec l'équipage de M.
le Duc , & l'apreſdinée il y
eut promenade Royale le
long du Canal . On ne vit
jamais tant de Caroffes., &de
Caléches. Il y en avoit une
ttes-brillante à huit places ,
touredécouverte , où estoient
Octobre 1714. Cc
306 MERCURE
Madamela Duchefle , Madame
la Princeſſe de Conty
Mademoiselle de Charollois ,
& cinq autres Dames ; ily eut
auſſi pêche des Cormorans
avec un concours infini de
monde tant de la Cour que
des Etrangers.
Le Dimanche 23. M. le
Marquis de Broglio arriva de
Catalogne avec_la nouvelle
que Barcelone s'étoit rendu
àdiſcretion avec le Montjouy;
qu'on avoit conſervé la vie
&les biens aux habitans ; il y
cut ce foir-làConſeil d'Etat :
le Roy cut une longue confeGALANT
. 307
rence avec M. Voiſin & M. le
Marquis de Broglio.
Le Lundy 24. ily eut Confeil
des Dépêches le matin ,&
l'apreſdinée Conſeil des Parties
; il y cut auffi chaffe du
Cerf: on vit paſſer devant le
départ du Roy , plus de 300.
chevaux de maindu Roy , fans
compter ceux des Princes :
il yavoit plus de 150. caroffes ,
yavoitplus
caléches , ou brelines . L'Electeur
s'ytrouva de même que
tous les Princes , Princeffes
Seigneurs , & Dames de la
Cour. Ilyavoit pour le moins
1.000. Cavaliers , on courut
د
Ccij
308 MERCURE
deux Cerfs qu'on prit.
Le Mardy 25 on chanta le
Te Deum , en Muſique pendant
la Mefle du Roy , pour
la priſe de Barcelone ; il y cut
Confeil des Finances : on vit
ce jour là quantité de Seigneurs
, & de Dames à la
Toilette de Madame la DOLD
cheſſe de Berry. Il y eut au
diné du Roy une tres belle
Symphonie. M le Duc ,& les
autres Princes allerent à la
chatle du Sangher , on en prit
deux , & S. M. alla tirer; il y
cut le ſoir des feux & des
illuminations au Gouverne.
GALANT. 309.
ment ,l'on tira le Canon , &
quantité de Boëtes; l'aprefdinée
M. le Maréchal de Villars
preſenta au Roy M. le Duc
Daremberg.
: Le Mercredy 26. on chanta
unMotet de la compofition
de M. de Lalande à la
Meſſe du Roy , où l'Electeur
aſſiſta ; il y eut Conſeil d'Etat
&à quatre heuresdu ſoir promenade
Royale le long du
Canal . S. M. y vint dans une
caléche tres - magnifique accompagnée
de tous les Princes
&Seigneurs de la Cour à
cheval. L'Electeur étoit dans
310 MERCURE
une autre caléche découverte
àhuit places avec Madame la
Ducheffe , & fix autresDames.
Madame la Princeſſe deConty
& Mademoiselle de Charollois
, eſtoient auſſi dans une
autre caléche , de même que
1 pluſieurs autres Dames qui
avoient quitté ledeüil ,& qui
menoient elles -mêmes leurs
caléches. On fit pluſieurs fois
le tour duCanal. L'Electeur
Madame la Ducheffe ,& les
autres Dames aprés lepremier
tour defcendirent ,& entrerent
dans une Gondole toute
ſculptée& tapiffée,&couverGALANT.
311
1
te d'un gros damas avec des
franges d'or ; cette Gondole
eſtoit precedée de trois autres
de la même magnificence
fur leſquelles eſtoient les Muficiens
de S. M. avec des vio
lons , baflons , trompettes ,
timballes , & autres inſtrumens
; quand le Choeur de la
Muſique ceffoit de chanter
la Symphonie ſe faifoit entendre
,& quand celle-cy finiſſoit
les trompettes , & timballes
commençoient ; & à meſure
que le Roy , avec ſa Cour ,
montoit & defcendoit , les
Gondoles ſuivoient la caléche
312 MERCURE
du Roy , qui eltoit eſcortée :
de plus de 2 50. caroffes à huit
& à fix chevaux , fans compter
les caléches qui y estoient en
tres grand nombre. Unnombre
infini de peuple qui bordoit
tout le Canal , quoique
tres long , preſentoit à la veuë
du haut de la Caſcade , le
plus beau ſpectacle qu'on y
ait encore veu. Il eſt conſtant
que lesperſonnes qui habitent
la Cour depuis tres- longtemps
, ſoutiennent qu'onn'a
jamais rien veu de ſi magnifique
, auſſi les Etrangers qui y
eſtoient , & qui ont voyagé
dans
GALANT. 315
dans toutes les Cours de
l'Europe , conviennent qu'il
n'ya que la Cour de France
qui puiffe fournir un ſpectacle quip
de cette magnificence. M. lo
*Prince Royal & Electoral de
Saxe arriva ce foir-là.
Le Jeudy 27. ily cut-Confeil
d'Etat , & l'apreſdinée
chaffe du Cerf , l'Electeur y
alla de même que tous les
Princes , Seigneurs , & Dames
de la Cour , il y avoit
plus de 300. chevaux de main
du Roy avec des caparaffons
brodez d'or , on courut deux
Cerfs, le Roy n'en revint qu'à
Octobre 1714. Dd
814 MERCURE
prés de ſept heures. Pendant
le ſoupé M. le Prince Royal
& Electoral de Saxe fils du
Roy dePologne , ſous lenom
deM le Comte de Luface ſe
rendit dans la Chambre du
Roy avec Male Palatin de
Livonie , & pluſieurs autres
Seigneurs Polonois , & Allemans
, il fit fon compliment
à S. M. qui luy répondit tresgracieuſement
; enſuite le
Prince preſenta au Roy tous
des Seigneurs qui l'accompagnoient
, ce fut Madame qui
preſenta au Roy M. leComte
de Luface. C'eſt un Prince
GALANT. 315
dont l'air noble & grand& la
magnificence ſoutiennent parfaitement
l'éclatdu ſang dont
il eſt ſorti.
Vendredy 28. l'Electeur
prit congé du Roy , il y eut
ce ſoir làConſeildeConfcience
, & à midy & demi M. le
Comte de Luſace , accompagné
de M. le Marquis de Torcy,
rendit viſite à Madame la
Ducheſſe de Berry , qu'il complimenta
, il alla auffi chez
Madame , chez M. le Duc
d'Orleans , chez Madame la
Ducheſſe d'Orleans , chez Madame
la Ducheffe , chez tous
L
Ddij
316 MERCURE
Hes Princes , & Princeffes , &
PElecteur de Baviere qui le
retint à diné. Meffieurs les
Princes allerent à la chaffe du
Sanglier ,& le Roy alla tirer.
L'Electeur partieà cinqheures
du foir pour aller coucher à
S.Cloud. ८
"Le Samedy 29. il y eut
Conſeil des Finances , l'aprefdinée
le Roy alla coure le Cerf
avec l'équipage de M. le Duc.
M. leComtede Luface y alla
de même que tous les Princes,
&Princefles , le nombre des
caroffes , caléches , & deschevauxde
mainne futpas moins
ว
GALANT 317
grand que le 28. on courut
deux Cerfs qu'on prit..
Le Dimanche 30. il y cut
Conſeil d'Etat , le Roy alla
tirer l'apreſdinée , & on chanta
aprés les Veſpres le Te
Deum , à la Paroiſſe de Fontainebleau
, au fon des trompettes
, timbales , violons,flutes
douces , & autres inftrumens
, on tira pendant qu'on
le chantoit quantité de Boëtes
pour la priſe de Barcelone,
Le Lundy premier Octobre
il y eut Conſeil des Par
ties , & apreſdinée chaſſe du
Cerf , le Royy alla avec tous
2
*
Dd iij
318 MERCURE
les Princes & Princeſſes ; M. le
Comte de Luface , &M. le
Prince Ragotzi eſtant de la
partie, fanscompter un grand
nombre d'Etrangers de toutes
les Nations , on courut
deux Cerfs qu'on prit.
cuc Le Mardy deux , il y
Conſeil des Finances , M. le
Comte de Luſace ſe trouva
au lever du Roy avec M. le
Palatin de Livonie , & pluſieurs
autres Etrangers , Melfieurs
les Princes allerent à la
chaffe du Cerf, & le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
LeMardy 3. il y eut Con
GALANT. 319
ſeil d'Etat , & l'apreſdinéo
promenade Royale , & pêche
des Cormorans , cette promenade
fut tres- magnifique tant
par le nombre des caroffes ,
carioles , caléches , que par
une affluence prodigieuſe de
perſonnes qui estoient venuës
tant de Paris que de la Campagne;
parce qu'on avoit crû
qu'il y auroit Symphonie , & ya
Muſique ſur le Canal en faveur
de M. le Comtede Luface
qui s'y trouva , de même
que M. le Duc Daremberg ,
tous les Princes ,& Princeſſes ,
Meſſieurs les Cardinaux de
Dd iiij
320 MERCURE
Rohan , & de Polignac , M.
le Nonce , tous les Ambaſſadeurs
, & Envoyez des Cours
Etrangeres.
Le Jeudy 4 il y cut Conſeil
d'Etat , & chaſſe duCerf
apreſdinée , Madame la Du
cheſſe qui n'en manque pas.
une , y alla auffi , elle avoit
dans ſa caléche Madame la.
Maréchale de Villars qui va.
preſque toûjours avec cette
Princeffe.
Le Vendredy s.il y eutConſeil
de Conſcience , chaſſe du
Cerf avec l'équipage de M.
le Duc du Maine. Tous les
GALANT. 3210
Princes & Princeſſes , de même
que tous les Seigneurs& Dames
de la Cour y allerent,il y
avoit plus de 1000 perſonnes,
à cheval , tant de la Cour
qu'Etrangers.
Le Samedy 6. il yeutCon
feil de Finances . On fit dans
la Salle des Suiſſes la repetition
pour la feſte du lende..
main ,tant des voix que de la.
ſymphonie pour tout cc.
qu'on devoir chanter. Cette.
Salle , quoyque tres-grande
étoit ſi remplie de monde ود
qu'on n'y pouvoit tenir. Le
Roy alla tirer l'apreſdinée.
322 MERCURE
!
Le Dimanche 7. il y cut
Conſeild'Etat , &à 4 heures
du ſoir S. M. ſe rendit au Ca
nal dans une caléche magnifique
eſcortée de plus de 200.
Seigneurs à cheval , ſuivie de
plus de 200. carofles à 8. ou
à 6. chevaux , de pluſieurs caléches
découvertes remplies
des Dames , parmi leſquelles
on en voyoit une à 8. places **
dans laquelle estoient Madame
la Princeſſe deConty, Ma--
demoiselle deCharollois,Mef
dames les Marquiſes de Rupelmonde
, de Maillebois , de
S. Germain , de Montforeau ,
GALANT. 323
deChampinelle, de Saucourt.
Madame la Ducheffe , & Madame
la Princeffe de Conty
fille du Roy , eſtoient chacune
dans leurs caroſſes avec plu--
fieurs autres Dames. M. le
Comte de Luface étoit arrivé
un peu auparavant , accompagné
de M. le Duc de Noailles
, de M.le Duc d'Aumont ,
de M. le Maréchal d'Eſtrées ,
& de pluſieurs autres Scigneurs.
Toute cette illuftre
Troupe entra dans uneGondole
ſculptée & dorée , couverte
& tapiffée d'un grosdamas
cramoiſi avecdes franges
324 MERCURE
&du galon d'or tout au tour ;
elle eſtoit fuivie d'une autre
de même , mais couverte &
tapiſſée d'un damas cramoifi
à fleurs d'or , les Marelots
étant vêtus d'un gros damas
bleu ,couverts de galons &
brandebourgs àfranges d'or :
àcoſté de ces deux Gondoles
on en voïoit deux autres plus
grandes de la même magnificence
, dans lefquelles étoient
les Muſiciens ; & entre ces
deux là on en avoit attaché
deux autres ſur lesquelles on
avoit dreffe un Amphitheatre
pour les trompettes , hautGALANT.
1325
1
bois , timballes , & autres
inſtruments : à meſure que le
Roy avec ſa Cour montoit &
deſcendoit , les Gondoles en
faifoient de même ſur le Canal
, qui , quoyqu'il ait 600.
toiſes de longueur , étoitbordé
tout au tour d'un nombre
prodigieux de pouple ; les
Equipages y eltoient tres-ma.
gniques , ceux de tous lesPrinces
, Princeſſes , Cardinaux ,
Ambaſſadeurs & Envoïcz y
eſtoient precedez de leurs Pages
à cheval. Celui de Madame
la Maréchale d'Eſtrées y
eſtoit precedé de 4. de ſes Pa326
MERCURE
ges bien montez , de même
que preſque tous ceuxdes autres
Seigneurs & Dames . On
n'avoit encore rien veu de
plus grand à Fontainebleau :
ceux qui eſtoient audeſſus de
la caſcade ne pouvoient ſe
laffer d'admirer ce ſpectacle.
Le Lundy 8. il y cut Conſeil
des Depêches , & aprefdinée
Conſeil des Parties . Le
Royalla l'apreſdinée courre le
Cerf accompagné de tous les
Princes ,Princeffes , Seigneurs
&Dames de la Cour. La chafſe
ne fut pasmoins nombreu
ſe , nimoins belle que les pre
:
GALANT. 327
cedentes . M. le Comte de Luface
en estoit : cette chaffe
donna beaucoup de plaiſir à
tous ceux qui en étoient , le
Cerf s'étant fait lancer jufqu'à
10. ou 12. fois : le Roy
n'en revint qu'à ſept heures.
M. & Madame la Maréchale
d'Eltrées donnerent un ſoupé
magnifique à M. le Comte de
Luſace , à M. le Palatin de Li-
-vonic,& à pluſieurs Seigneurs
&Dames de la Cour; il y eut
pendant tout le ſoupé muſique&
ſymphonie.
Le Mardy 9. il y eut Confeil
des Finances. M. I Envoyé
328 MERCURE
de Parme fit part au Roy da
Mariage de la Princeſſe de
Parme avec le Roy d'Eſpagne,
il alla à midy & demi , chez
Madame la Ducheffe deBerry
qui eſtoit à ſa Toilette , il étoit
conduit par le ſieurde Saintor,
le Cercle estoit tres-nombreux
, & tres- brillant chez
cette Princeſſe , Meſdames les
Princeffes de Lambefc , de
Rohan , de Monaco , Mefdames
les Ducheſſes de S. Simon
, de la Ferté , d'Eſtrées ,
en eſtoient,de même que plufieurs
autres Dames , cer Envoyé
alla enſuite chez Madame
GALANT. 329
د
me Madame la Ducheffe
d'Orleans , &c . Ce jour-là
pendant le diné du Roy le
Trompette Anglois qui s'étoit
fait admirer le jour de la
promenade , ſonna dans l'Antichambre
de S. M. tous les
Muſiciens avouent que c'eſt
le premier homme du monde
pour fonner de laTrompette.
Le Roy alla tirer l'apreſdinée.
Le Mercredy 10. il y cut
Conſeil d'Etat. M. le Duc du
Maine alla àla chafle du Cerf,
il n'y eut pas de promenade
Royale à caule du mauvais
temps.
Octobre 1714. Ec
را
330 MERCURE
1
Le Jeudy It. il y eutConſeil
d'Etat , &l'apreſdinée le Roy
alla à la chaſſe du Cerf , accompagné
de tous les Princes,
& Princeffes , M. le Comte
de Luface y allaavec pluſieurs
Seigneurs Etrangers , on prit
deux Cerfs , ce foir là M. le
Duc d'Orleans donna un retour
de chaſſe tres exquis , où
il pria M. le Comte de Luſace,
&les Seigneurs de ſa ſuite ,
Meſſieurs les Ducs de Lauzun,
d'Aumont , de Fronſacq , M.
le Maréchal d'Eftrées , M. le
Marquis de Torcy , & plu
ſieurs autres Seigneurs.
GALANT. 331
Le Vendredy 12. il y eut
Conſeil de Conſcience
Papreſdinéele Roy alla tirer.
Le foir à onze heures leChevalier
Caiſſan , dont je ne
vous ay pas encore parlé
quoiqu'il ait toûjours eſté le
premier àtoutes les chaffes &
promenades Royales avec ſon
inſtrument fans pareil, monté
fur un trapon , parut dans la
court ovale , couvert de papier
marbré monté ſur une bouri.
que couverte auffi de papier
marbré , qui avoit ſur ſa tête
deux bois de Cerfs bien attachez&
le Chevalier avoit fur
Ecij
332 MERCURE
la fienne un artifice qui joüa ,
ſcoſt que le Roy , & les Princes
parurent aux feneftres du
Cabinet de Sa Majeſté; mais
la bourique au bruit des fuſées
s'enfuit , ce qui fit rire
tout le monde quiy eſtoit venu
en foule pour le voir. M. le
Chevalier Caiſſan ayant pris
grand ſoin d'en inſtruire le
public , l'Histoire de ſa vie
eſt imprimée depuis cette année
à Verſailles ou à Paris.
Le Samedy 13. il y eutConſeil
des Finances. M. le Duc ,
M. le Duc du Maine , & M.
GALANT.333
*
le Comte de Toulouſe allerent
à la chaſſe du Cerf. Le ſoir
aprés le ſoupé , pendant que .
S. M. eſtoit dans ſon Cabinet
avectous les: Princes , &i
Princeſſes , le Trompette Anglois
ſonna dans l'Antichambre
les plus beaux airs du
monde , il y avoit un autre
Trompette au- deſſus de la
Salledes Suiſſes quiluy répondoit
; mais qui ne l'égaloit
pas.
Le Dimanche 14. il y cut
Conſeild'Etat , le même jour
àcinqheures& demie Madame
la Ducheffe de Berry le
334 MERCURE
rendit àla Tribune de la Chapelle
pour y entendre le Salut ,
accompagnée de M. l'Abbé
de Rouget fon Aumônier.
Madame s'y rendit auſſi à la
même heure accompagnéede
M. l'Abbé de Magnas fon
premier Aumônier , & le Roy
vint à prés de 6. heures accompagné
de M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier ,
& de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier auffi Sitoft
que S. M. fut arrivée , on
commença le Salut qui ne finit
qu'à 7 heures.
Le Lundy 15. le Roy prit
GALANT. 335 $
medecine. Il y eut Conſeil des..
Parties . M.leDuc &Meffieurs
les Princes allerent à la chaffe
du Sanglier , Male Comte de
Toulouſe en tua un Madame
la Ducheſſe d'Orleans partic
ce jour-là dans la Litiere du
Roy portée par 4 Mulets
pour aller coucher à Bretigny
&de- là à Paris. On avoitdref
ſéun lit dans cette Litiere , où
elle estoit couchée à cauſe de
fa groffeffe.
LeMardy 16. ily eutConfeil
des Finances , chaffe du
Cert aprefdinée où tous les
Princes & Princeſſes allerent ,
1
336 MERCURE
les Equipages n'eſtoient past
moins brillants qu'aux chaffes
precedentes: M. le Duc
menoit fa caléche , de même
que M. le Prince de Soubize
la fienne,
LeMercredy 17. M. l'Arvêque
de Vienne prêta fera
ment de fidelité pendant la
Meſſe du Roy, entre lesmains
de S. M. l'apreſdinée on tint
leConſeildes Dépêches qu'on
n'avoit pas pû tenir-le Lundy,
parce que leRoy prit Medecine
ce jour- là , Meffieurs les
Princes allerent à la chaſſe du
Sanglier , Male Dúc du Mai
де
GALANT. 337
ne alla court le Cerf.
Le Jeudy 18. il y eut Confeil
d'Erat , & l'apreſdinée
chaſſe du Cerf Tous les Princes
& Princeſſes y accompapagnerent
le Roy , de même
que M. le Comte de Luface ,
tous les Seigneurs & Dames
de la Cour , on en prit deux ,
le Roy revint de bonne heure
, ſuivi de pluſieurs caléches
& des Princeffes , & Dames
vêtuës en Amazones ,& a cheval.
Le Vendredy 19 il y eut
Confeil de Conſcience. M.
Buis Ambaſſadeurd'Hollande
Octobre 1714 . Ff
1
338 MERCURE
alla à la Toilettede Madame
la Ducheſſe deBerry qui fut
tres nombreuſe , le Roy qui
devoit aller tirer l'apreſdinée
n'y alla pas àcauſe du mauvais
temps.
Le Samedy 20. il y eut
Conſeil des Finances , M. le
Duc ,&M. le Comte de Toulouze
, allerent à la chaſſe du
Sanglier ,M. le Duc du Maine
alla courir le Cerf. Il y eut une
tres-belle Symphonie au diné
du Roy aprés lequel S. M. alla
tirer , le même jour le Roy
declara Meſſieurs les Princes
de Soubize , & d'Epinoy 2
GALANT. 339
Ducs & Pairs .
Le Dimanche 21. il y eut
Confeil d'Etat , M. le Maréchal
de Teſſé , le Prince d'Epinoy
, M. le Duc de la Feüillade
, Madame l'Ambaſſadrice
d'Hollande , & pluſieurs autres
Seigneurs &Dames , allerent
à la Toilette de Madame
la Ducheſſe de Berry , le Roy
ne fortit pas ce jour- là
LeLundy 22. il y eutConſeil
d'Etat , l'apreſdinée le
Roy alla à la chaſſe du Cerf ,
accompagné de tous les Princes
,& Princeſſes , M. le Com.
te de Luface y alla de même
Ffij
340 MERCURE
accompagné de plusieurs Seigneurs
Etrangers , les Dames
estoient auffi à cheval vêtuës
en Amazones , on courut
trois Cerfs qu'on prit , M. le
Comte de Ribeira Ambaſſadeur
de Portugal arriva ce
même jour.
Le Mardy 2 3. M le Comte
deRibeira fut preſenté à S. M.
M.leComte de Luface partit
de Fontainebleau pour Paris ,
ily eut Conſeil des Finances ,
&l'apreſdinée le Roy alla ſe
promener dans les Jardins accompagné
de tous les Seigneurs
de la Cour , M. le
ALANT 341
Duc& M. le Duc du Maine
allerent à la chaſſe du Cerf ,
on en a pris pendant que la
Cour a reſtée icy plus de 60.
LeMecredy 24. leRoy partic
de Fontainebleau , ayant dans
Con carofle Madame la Ducheſſe
de Berry , Madame ,
Madame la Ducheffe , & Mademoifelle
de Charollois. S.
M. eſtoit eſcortée par lesGardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux Legers , & les
deux Compagnies de Moufquetaires
pour aller coucher
à Petit-Bourg , où toute la
Courfut traitée magnifique-
Ffiiy
342 MERCURE
ment , on partic le 25. pour
aller coucher à Verſailles , où
l'on arriva de bonne heure.
Fête fur feſte , la Scene de
celle-cy eſt au Château d'Emery.
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Résumé : SUITE DU JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau.
Du 20 au 27 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à la cour de Fontainebleau. Le 20 septembre, un motet de M. Lalouëtte fut interprété, suivi d'un conseil d'État et d'une chasse au cerf. Le Duc de Mortemar annonça l'attaque de Barcelone et la prise de deux bastions. Le 21 septembre, un autre motet de M. de Lalande fut chanté et acclamé lors de la messe royale. Le 23 septembre, le Marquis de Broglio rapporta la reddition de Barcelone. Le 25 septembre, un Te Deum fut célébré pour commémorer cette victoire, accompagné de feux d'artifice et d'illuminations. Du 28 septembre au 7 octobre, le Comte de Luface, fils du roi de Pologne, fut accueilli à la cour. Des chasses au cerf et des promenades royales furent organisées, notamment le 30 septembre pour fêter la prise de Barcelone. Le 7 octobre, le roi se rendit au canal dans une calèche somptueuse, entouré de nombreux seigneurs et dames. Du 8 au 19 octobre, des conseils et des chasses au cerf se poursuivirent, avec des moments marquants comme l'annonce du mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne le 9 octobre. Le 19 octobre, l'ambassadeur de Hollande, M. Buis, participa à un conseil de conscience. Le 24 octobre, le roi quitta Fontainebleau pour passer la nuit à Petit-Bourg, et le 25 octobre, la cour se déplaça à Versailles.
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4
p. 2005-2006
« On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
Début :
On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...]
Mots clefs :
Hyène, Rennes, Laponie, Daim, Cerf, Joseph de la Fontaine de la Boissière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de
Breslaw un Officier Suedois , avec une Hyene ,
et plusieurs Rennes de Laponie , dont le Ray de
Suede fait present à l'Empereur , pour sa Ménagerie, Peu de gens ignorent que la Hyene est un F ani-
1006 MERCURE DE FRANCE
animal dont le corps est aussi grand que celui
d'un Loup , excepté que les jambes ne sont pas si
hautes ; son poil est plus rude , et sa peau mouchetée de diverses couleurs.
La Renne , que quelques- uns appellent Ranne,
et Rangier , est une bête de somme qui ne se trouve et ne peut vivre que dans les Pais froids.
Elle ressemble au Cerf , plus grande toutefois ,
mais moindre que l'Elan , qui est ordinairement
de la taille d'un Cheval. Elle a 3 rangs de Cor
nes,deux sur le devant , et un sur le derriere de la
tête.Chaque rang a deux Perches chevillées sur le
devant, comme celles du Cerf, et quelquefois chacune est de 25 Cors ; et sur le derriere elle porte la figure d'une tête de Daim, avec Cornichons
et Perches plattes et larges . Elle se rend domestique et traitable, et sert aux Lapons à tirer leurs
Traineaux sur la glace , avec une grande vitesse,
jusqu'à faire 30 lieues par jour. Elle leur sert
aussi de nourriture , et c'est leur principale richesse ; mais elle est de courte vie , et ne passe
pas quinze ans.
Le R. P. Joseph de la Fontaine de la Boissiere,
Prêtre de l'Oratoire , mourut le 18 Aoust , dans
la Maison de la rue S. Honoré , âgé d'environ
84 ans. Il s'étoit acquis la réputation d'un celebre Prédicateur. Ses Sermons et ses Panégyriques ont été imprimez en 6 vol. in 12. et se
trouvent chez Henri , rue S. Jacques , vis- à- vis
' S. Yves
Breslaw un Officier Suedois , avec une Hyene ,
et plusieurs Rennes de Laponie , dont le Ray de
Suede fait present à l'Empereur , pour sa Ménagerie, Peu de gens ignorent que la Hyene est un F ani-
1006 MERCURE DE FRANCE
animal dont le corps est aussi grand que celui
d'un Loup , excepté que les jambes ne sont pas si
hautes ; son poil est plus rude , et sa peau mouchetée de diverses couleurs.
La Renne , que quelques- uns appellent Ranne,
et Rangier , est une bête de somme qui ne se trouve et ne peut vivre que dans les Pais froids.
Elle ressemble au Cerf , plus grande toutefois ,
mais moindre que l'Elan , qui est ordinairement
de la taille d'un Cheval. Elle a 3 rangs de Cor
nes,deux sur le devant , et un sur le derriere de la
tête.Chaque rang a deux Perches chevillées sur le
devant, comme celles du Cerf, et quelquefois chacune est de 25 Cors ; et sur le derriere elle porte la figure d'une tête de Daim, avec Cornichons
et Perches plattes et larges . Elle se rend domestique et traitable, et sert aux Lapons à tirer leurs
Traineaux sur la glace , avec une grande vitesse,
jusqu'à faire 30 lieues par jour. Elle leur sert
aussi de nourriture , et c'est leur principale richesse ; mais elle est de courte vie , et ne passe
pas quinze ans.
Le R. P. Joseph de la Fontaine de la Boissiere,
Prêtre de l'Oratoire , mourut le 18 Aoust , dans
la Maison de la rue S. Honoré , âgé d'environ
84 ans. Il s'étoit acquis la réputation d'un celebre Prédicateur. Ses Sermons et ses Panégyriques ont été imprimez en 6 vol. in 12. et se
trouvent chez Henri , rue S. Jacques , vis- à- vis
' S. Yves
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Résumé : « On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
Un officier suédois est arrivé à Vienne avec une hyène et des rennes de Laponie, offerts par le roi de Suède à l'empereur pour sa ménagerie. La hyène est décrite comme un animal de la taille d'un loup, avec un poil rude et une peau mouchetée. Le renne, ou rangifer, est une bête de somme adaptée aux climats froids, ressemblant au cerf mais plus grand, avec trois rangs de cornes. Les Lapons domestiquent les rennes pour tirer leurs traîneaux sur la glace et comme source de nourriture. Leur espérance de vie ne dépasse pas quinze ans. Par ailleurs, le Père Joseph de la Fontaine de la Boissière, célèbre prédicateur de l'Oratoire, est décédé le 18 août à l'âge d'environ 84 ans. Ses sermons et panégyriques ont été publiés en six volumes.
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5
p. 2266
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On écrit de Londres, que sur la fin du mois dernier, un Cerf que Leurs Majestez chassoient, [...]
Mots clefs :
Cerf, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
N écrit de Londres , que sur la fin du mois -
dernier , un Cerf que Leurs Majestez chassoient
, étant entré dans un Champ, auquel on ne
pouvoit arriver que par un passage fort étroit,
le Proprietaire ferma ce passage avec une chaîne,
et: déclara qu'il ne souffriroit point que les
Chasseurs suivissent le Cerf , à moins qu'on ne
le dédommageât du dégât qu'ils feroient sur sa
terre ; quelques jeunes Seigneurs , qui étoient à
la suite du Roy , voulurent passer malgré l'oppofition
du Paysan , mais le Roy le leur déf
fendit , et fit donner plusieurs guinées à cet hommes
qui moyennant ce présent , consentit qu'on
ôtât cette chaîne..
Le Chevalier Ossorio , Envoyé extraordinaire
du Roy de Sardaigne , a ed depuis peu une Audience
particuliere du Roy , à qui il donna part
2
du Traité d'alliance conclu entre le Roy de Franca
et le Roy son Maître.
N écrit de Londres , que sur la fin du mois -
dernier , un Cerf que Leurs Majestez chassoient
, étant entré dans un Champ, auquel on ne
pouvoit arriver que par un passage fort étroit,
le Proprietaire ferma ce passage avec une chaîne,
et: déclara qu'il ne souffriroit point que les
Chasseurs suivissent le Cerf , à moins qu'on ne
le dédommageât du dégât qu'ils feroient sur sa
terre ; quelques jeunes Seigneurs , qui étoient à
la suite du Roy , voulurent passer malgré l'oppofition
du Paysan , mais le Roy le leur déf
fendit , et fit donner plusieurs guinées à cet hommes
qui moyennant ce présent , consentit qu'on
ôtât cette chaîne..
Le Chevalier Ossorio , Envoyé extraordinaire
du Roy de Sardaigne , a ed depuis peu une Audience
particuliere du Roy , à qui il donna part
2
du Traité d'alliance conclu entre le Roy de Franca
et le Roy son Maître.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, un cerf chassé par le roi s'est réfugié dans un champ privé. Le propriétaire a bloqué l'accès et exigé une compensation. Le roi a offert plusieurs guinées pour retirer la chaîne. Par ailleurs, le Chevalier Ossorio a informé le roi de Grande-Bretagne d'un traité d'alliance entre la France et la Sardaigne.
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6
p. 644-657
LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
Début :
Je ne connois point personnellement, Monsieur, l'Auteur des Dons des Enfans [...]
Mots clefs :
Chasse, Cerf, Chiens, Temps, Ouvrage, Chasseurs, Chasse du cerf, Savary, Veneurs, Principes, Auteur, Poème, Connaissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
LETTRE écrite à M. D. L. R.
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
>
652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
656 MERCURE DE FRANCE
deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
657
Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
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652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
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deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
657
Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
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Résumé : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
La correspondance entre deux individus traite d'un poème sur la chasse au cerf. Le premier auteur, inconnu de l'auteur des 'Dons des Enfants de Latone', envoie une lettre contenant ses réflexions sur le poème 'La Chasse du Cerf' à un destinataire pour qu'il l'insère dans le Mercure. Le second auteur, un chasseur de profession, félicite l'auteur du poème pour sa traduction libre du poème latin de Savary sur la chasse au cerf. Il souligne la difficulté de l'ouvrage et la qualité de la traduction en vers, ainsi que les poèmes sur la musique qui précèdent le poème principal. Le chasseur de profession exprime son admiration pour la chasse au cerf, qu'il considère comme un amusement noble et parfait pour les rois, princes et seigneurs, mais aussi comme un art difficile nécessitant une grande application et des connaissances approfondies. Il critique les jeunes chasseurs qui manquent de principes et de réflexions, se contentant souvent de suivre des piqueurs sans comprendre les secrets de la chasse. Il loue Savary, dont la traduction est considérée comme la meilleure dans ce genre, pour l'ordre, la précision et la clarté de ses explications. Il compare favorablement la traduction de l'auteur à celles de Fouilloux et Salnouë, jugées confuses ou mal organisées. Le poème est structuré en plusieurs chants qui couvrent divers aspects de la chasse : l'origine de la chasse dans les Gaules, la description des cerfs, les différentes parties des têtes de cerf, la connaissance des fumées, les lieux et les saisons pour chasser, la description des combats entre cerfs, le dressage des limiers, la disposition des relais, les ruses des cerfs, et enfin la curée représentée comme un sacrifice à Diane. Le chasseur de profession termine en soulignant que l'ouvrage n'est pas seulement destiné aux piqueurs, mais à tous les chasseurs, et qu'il est suffisamment clair pour être compris par tous, même en prose. Le texte, daté d'avril 1734, discute de l'œuvre de Savary sur la chasse au cerf. L'auteur imagine que Savary a voulu instruire la noblesse en adaptant son langage à leur éducation. Il loue la traduction en vers de l'ouvrage, soulignant que les vers se retiennent mieux que la prose. Il considère l'ouvrage de Savary comme admirable, bien structuré et complet, offrant une instruction éternelle pour ceux qui souhaitent acquérir des connaissances sur la chasse au cerf. L'auteur apprécie également la traduction, qui a embelli l'œuvre par des ajouts et des suppressions judicieuses, et loue la poésie pour sa noblesse et sa naturalité. Il mentionne ensuite le dictionnaire de chasse et le recueil des tons de chasse et fanfares, qualifiés de présents précieux pour le public. Le dictionnaire est salué pour son exactitude et son étendue, couvrant tous les termes anciens et nouveaux. Les fanfares, attribuées à M. de Dampierre, sont décrites comme charmantes et innovantes, servant de signaux pour informer les veneurs des mouvements et des ruses du cerf. Les parodies des fanfares ajoutent une touche divertissante.
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7
p. 2439-2440
LOGOGRYPHE.
Début :
De quatre pieds formé, je suis par ma Nature [...]
Mots clefs :
Cerf