Résultats : 8715 texte(s)
Détail
Liste
1601
p. 226-227
XXXV.
Début :
PEriander, Sage de Grece, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXXV.
X X XV.
Prin
Eriander , Sage de Grece ,
Un jour allant aux Champs avec
Son Roy nouveau ,
Luy donna cet avis tout remply de fa
geffe,
Qu'il luy dit bardiment , fans craindre
pour sa pean.
du Mercure Galant. 227
Si tu veux bien regner , fans trouble ny
tempefte ,
Coupe comme je fais ces grands Epics
de Bled,
Ces à dire ces gens qui levent trop la
tefte ,
Si tu n'en veux eftre accablé ;
De ces Chefs de Party contraire ,
Tu te dois promptement défaire ;
Ils ufurpent toûjours un pouvoir ſouverain
Pour piller fans remords , ou ton Peuple
ou toy-mefme ;
Evite ainfi donc le chagrin ,
De te voir réduit à l'extréme.
Le mefme.
Prin
Eriander , Sage de Grece ,
Un jour allant aux Champs avec
Son Roy nouveau ,
Luy donna cet avis tout remply de fa
geffe,
Qu'il luy dit bardiment , fans craindre
pour sa pean.
du Mercure Galant. 227
Si tu veux bien regner , fans trouble ny
tempefte ,
Coupe comme je fais ces grands Epics
de Bled,
Ces à dire ces gens qui levent trop la
tefte ,
Si tu n'en veux eftre accablé ;
De ces Chefs de Party contraire ,
Tu te dois promptement défaire ;
Ils ufurpent toûjours un pouvoir ſouverain
Pour piller fans remords , ou ton Peuple
ou toy-mefme ;
Evite ainfi donc le chagrin ,
De te voir réduit à l'extréme.
Le mefme.
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Résumé : XXXV.
Eriander, sage grec, conseille à un roi nouvellement couronné de supprimer les individus arrogants, appelés 'grands Epics de Bled', pour prévenir les troubles. Il recommande aussi d'éliminer rapidement les chefs de partis opposés, qui usurpent le pouvoir pour piller le peuple ou le roi. Ainsi, le roi évitera le chagrin de se voir réduit à l'extrême.
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1602
p. 227-228
XXXVI.
Début :
L'Epy de Bled, dont la teste dorée [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : XXXVI.
XXXVI.
'Epy
de Bled , dont la tefte dorée
de
Cede à la main du vaillant Moif
Sonneur,
Fait le plaifir du pauvre
Laboureur ,
Et luy rend la vie affeurée.
Battu , berné , moulu , dans lefour on le
cuit ,
228 Extraordinaire
Mais plus on le maltraite , & mieux il
nous uourit.
'Epy
de Bled , dont la tefte dorée
de
Cede à la main du vaillant Moif
Sonneur,
Fait le plaifir du pauvre
Laboureur ,
Et luy rend la vie affeurée.
Battu , berné , moulu , dans lefour on le
cuit ,
228 Extraordinaire
Mais plus on le maltraite , & mieux il
nous uourit.
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1603
p. 228
XXXVII.
Début :
EN vain, Divinité vineuse [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : XXXVII.
XXXVII .
N vain , Divinité vinenſe
Vous nous étalez vos attraits ;
Apprenez , orgueilleuse ,
Qu'on en doit à Cerés
Pour les biens qu'elle a faits.
Sans elle le repas
N'auroit rien qui puft plaire ,
Et la meilleure chere
Paroiftroit fans appas .
De fes Bleds qu'on moiffonne
On couvre les Hameaux ,
On danfe dans l'Automne
Au fon des Chalumeaux.
L'Homme à plus d'une affaire
N vain , Divinité vinenſe
Vous nous étalez vos attraits ;
Apprenez , orgueilleuse ,
Qu'on en doit à Cerés
Pour les biens qu'elle a faits.
Sans elle le repas
N'auroit rien qui puft plaire ,
Et la meilleure chere
Paroiftroit fans appas .
De fes Bleds qu'on moiffonne
On couvre les Hameaux ,
On danfe dans l'Automne
Au fon des Chalumeaux.
L'Homme à plus d'une affaire
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1604
p. 228-229
XXXVIII.
Début :
PEndant qu'au mois d'Octobre en serre la vendange, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : XXXVIII.
XXXVIII.
on
Pendant qu'au mois d'Octobre en
ferre la vendange ,
Et qu'aux champs pour cela chacun eft
appellé,
du Mercure Galant.
229
L'on voit à Paris qu'en échange
'Mercure prend le foin de nous donner
du Blé.
E
La plus aimable Brunette dupetit
Baptifte de la rue S. Germain .
on
Pendant qu'au mois d'Octobre en
ferre la vendange ,
Et qu'aux champs pour cela chacun eft
appellé,
du Mercure Galant.
229
L'on voit à Paris qu'en échange
'Mercure prend le foin de nous donner
du Blé.
E
La plus aimable Brunette dupetit
Baptifte de la rue S. Germain .
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1605
p. 229-230
XXXIX.
Début :
En ce mois le Mercure est habillé de noir, [...]
Mots clefs :
Épi de blé, Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXXIX.
XXXIX.
N ce mois le Mercure eft habillé de
noir ,
Il a pris la couleur des Parques ,
Avec un Manteau d'Ombre il est venu
nous voir,
Cependant il s'eft fait reconnoiftre à ces
marques,
Après avoir bien contemplé
Qu'il portoit un Epy de Bled
Sorty de noftre Capitale,
Dont le fameux Rault nous regale ,
Et qu'il envoye à ce Galant ,
Pour nous montrer fon beau talent,
C'est ce qui nous l'a fait connoiftre ;
Quoy que le prefent foit champestre ,
Il a donc beau fe déguiſer ,
230
Extraordinaire
Qu'il y faffe tout fon poffible ,
Il ne peut pas nous impoſer ,
Nous le connoiftrons bien pourven qu'il
foit visible.
La petite Affemblée du Havre.
N ce mois le Mercure eft habillé de
noir ,
Il a pris la couleur des Parques ,
Avec un Manteau d'Ombre il est venu
nous voir,
Cependant il s'eft fait reconnoiftre à ces
marques,
Après avoir bien contemplé
Qu'il portoit un Epy de Bled
Sorty de noftre Capitale,
Dont le fameux Rault nous regale ,
Et qu'il envoye à ce Galant ,
Pour nous montrer fon beau talent,
C'est ce qui nous l'a fait connoiftre ;
Quoy que le prefent foit champestre ,
Il a donc beau fe déguiſer ,
230
Extraordinaire
Qu'il y faffe tout fon poffible ,
Il ne peut pas nous impoſer ,
Nous le connoiftrons bien pourven qu'il
foit visible.
La petite Affemblée du Havre.
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Résumé : XXXIX.
En février, Mercure, déguisé en noir et portant une couronne de blé de Paris, est reconnu au Havre malgré ses efforts pour se dissimuler. Il est identifié grâce à ce détail, bien que vêtu de manière champêtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1606
p. 230
XL.
Début :
DAns l'heureuse saison où le Pere du jour [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : XL.
X L.
Ans l'heureufe faifon où le Pere
Se fait mefme fentir dans la nuit la
•
plus fombre.
Quel plaifir , Licidas , pour conter fon
amour
Au fond d'une Foreft de trouver un
peu d'Ombre
!
L'Amant du bon Tabac de
Brefil.
Ans l'heureufe faifon où le Pere
Se fait mefme fentir dans la nuit la
•
plus fombre.
Quel plaifir , Licidas , pour conter fon
amour
Au fond d'une Foreft de trouver un
peu d'Ombre
!
L'Amant du bon Tabac de
Brefil.
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1607
p. 230-237
A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Début :
Je me souviens de vous avoir envoyé les Statuts / J'aurois bien de la joye, Madame, si j'avois un jour [...]
Mots clefs :
Dames, Académie, Marquise , Étude, Héroïne, Nature, Philosophe, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Ie me fouviens de vous avoir envoyé
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
les Statuts d'une nouvelle Secte
de Philofophes , que propoſoit Madame
la Viguiere d'Alby. C'eft fur ce
Sujet que la Lettre qui fuit luy a cfté
adrefee.
du Mercure Galant.
231
S$25 $25 SS SSSS2SS
A
MADAME DE SALIEZ
Viguiere d'Alby , fur fon
galant projet de la nouvelle
Secte de
Philofophes en faveur
des Dames.
J
' Aurois bien de la joye , Madame
, fi j'avois un jour l'avan.
tage d'eftre au nombre de vos
Philofophes. Les Loix de voftre
nouvelle Secte en faveur des Dames
s'accordent avec le bon fens,
& fi fort avec mon humeur , queje
vous demande avec empreffemet
l'honneur d'eftre receuë parmy
vous , dans l'extrême envie que
j'ay de goûter une vie douce &
232 Extraordinaire
tranquille, & de la paſſer avec des
perfonnes choifies , dont le meri
te , & l'efprit font univerfellement
reconnus. Oüy , Madame,
je mets toute ma gloire à eftre de
cette agreable & noble Academie
, & quoy que je n'aye pas
toutes les qualitez neceffaires ,
j'oſe dire neanmoins fans flatterie
que j'ay cette docilité naturelle
, & propre à recevoir vos
inftructions avec une foûmiſſion
parfaite , & avec toute l'exactitude
poffible. Je loüe , & j'admire
comme vous voftre Incomparable
Marquife , qui doit avoir un
grand plaisir de vous avoir fair
naiftre un fi glorieux deffein , &
mefme il me femble jufte , puif
que le bel efprit eft de tous les
Sexes. Vous en trouverez fans
du Mercure Galant.
213
doute affez dans le noftre , pour
faire une Academie ; mais comme
les Graces ne vont jamais fans
l'Amour, & que les Mufes ne font
jamais fans Apollon , vous avez
raifon , Madame , de ne pas defvoir
les Sexes , & de ne pas exclurre
par une Loy rigoureuſe &
injufte , ces Hommes Illuftres
dont la conduite reguliere , l'humeur
honnefte , les manieres galantes
& aifées , le nom fameux ,
& le profond fçavoir répondent
à voftre intention & à voftre fin.
Par cét union fi raiſonnable & fi
parfaite , qui fera toûjours audeffus
de la médifance , vous ferez
l'accord de l'Art avec la Nature.
L'Etude , l'experience &
Pautorité des grands Hommes
foutiendront le beau genie , & le
2. d'Octobre. 1685. V
234
Extraordinaire
brillant des Femmes. Ne croyezpas
, s'il vous plaift , Madame ;
qu'en faifant voftre éloge , & celuy
de vos Heroines auffi-bien que
de vos Heros , je veüille adroitement
faire le mien ; je ne fuis ny
affez fine , ny affez prefomptueufe.
Je vous eftime trop , & je
me connois parfaitement ; je fou
haite beaucoup de perfections
que je n'ay pas mais du moins
pour me confoler dans l'attente
du bien que vous pouvez me
procurer , j'ay fans me flatter un
efprit doux & facile , à recevoir
toutes les bonnes impreffions que
vous luy voudrez donner , & mon
coeur n'a rien à, ſe reprocher :
car enfin fans vanité je penſe
mieux que je n'écrits , & l'on me .
dit fouvent que j'agis mieux que
du Mercure Galant . 235
je ne penfe. J'efpere de l'Art ce
que la Nature m'a refufé , & que
la raifon veut que j'aille chercher
dans voftre Academie. Je le trouveray
ce tréfor admirable , fi vous
m'y accordez une place , & ma
fortune fera faite fi je fuis de vos
Academiciennes mais comme
heureuſement voftre Compagnie
eft également eftablie & pour
l'efprit & pour le coeur, j'ofe efperer
, Madame , qu'en fuivant vos
confeils , je perfectionneray l'un
& que je contenteray l'autre , en
trouvant . ce repos que je defire
depuis fi long- temps & qui
joint à la connoiffance de la verité
& à l'amour de la vertu , fait
le bon heur de la vie , & le but
de toutes les belles Ames. Bien
que ma temerité foit grande , elle
,
V ij
216 Extraordinaire
eft digne de loüange , & toute
imparfaite que ie fois , vous au
rez de l'honneur à me rendre
parfaite. On peut imiter dans une
Secte de Philofophes , dans une
Academie de beaux Efprits , l'induftrie
des Peintres , qui mettent
à propos dans leurs Tableaux les
plus achevez des ombres pour
relever les couleurs. Dailleurs ,
Madame , commne vous fçavez ,
les perfonnes ont leur point de
perfpective , de forte qu'on les
doit regarder de differentes manieres.
Ne me confiderez donc
pas de prés , mais de loin , c'eſt
à dire , ne jugez pas de moy par
mais par les le commencement ,
fuites. Enfin , Madame , c'eft fous
les aufpices du Protecteur de
noftre Sexe , le Favory des Mus
du Mercure Galant. 217.
3
fes , & mon Amy , que je vous
demande voſtre protection au
prés de voſtre aimable Marqui
fe. Ayant une recommandation
auffi forte que la voftre , je ne
doute pas que je ne puiffe efperer
un jour d'obtenir par droit
ce que vous m'accorderez par
grace. J'auray autant de reconnoiffance
, que vous aurez de
gloire d'avoir fait une heureuſe ,
& je m'affeure que vous ne rou
girez jamais de m'avoir receuë.
Dans ces fentimens que je vous
prie de croire finceres , Je fuis ,
Madame , avec tout le respect
imaginable , Voftre tres. humble
& tres, obeïffante Servante ,
CLARICE .
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Résumé : A MADAME DE SALIEZ Viguiere d'Alby, sur son galant projet de la nouvelle Secte de Philosophes en faveur des Dames.
Dans une lettre adressée à Madame de Saliez, Viguière d'Alby, Clarice exprime son souhait de rejoindre une nouvelle secte de philosophes fondée par cette dernière. Clarice admire particulièrement les lois de cette secte qui favorisent les dames et correspondent à son tempérament. Elle loue l'initiative de la Marquise et reconnaît la nécessité d'inclure des hommes illustres pour compléter l'Académie. Clarice se décrit comme ayant un esprit docile et prêt à recevoir des instructions, espérant améliorer ses qualités par l'étude et l'expérience. Elle conclut en sollicitant la protection de Madame de Saliez auprès de la Marquise, assurant sa reconnaissance et son respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1608
p. 238-244
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXXI. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Lequel de deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite [...]
Mots clefs :
Amants, Petite vérole, Laideur, Maîtresse, Amour, Décès, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXXI. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXXI,
EXTRAORDINAIRE .
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petite
Verole à fa Maistreffe , pour
luy faire voir que fa laideur feroit
incapable de le faire changer
; ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour
que de luy voir arriver une pa
reille difgrace
.
P Eut-on dire
Eut-on dire que c'eft aimer ;
Que fouhaiter du mal à la perfonne aimée
?
du Mercure Galant .
239
Il feroit à ce prix dangereux de charmer,
Et d'eftre des Amans dans ce temps eftimée
,
Du moins de tels efprits que celuy de
Damon ,
Qui croit avoir bonne raison
De marquerfon amour pour la belle Sylvie
,
Par mille effroyables fouhaits.
Qui devroient luy donner envie
De lefaire éloigner de fes yeux pour jamais.
Pour vous marquer , dit- il , à quel point
je vous aime ,
Ie voudrois que voftre beau teint
Perdift cette blancheur extréme ,
Et que ce beau vifage auffife vift atteint
Des accidens fâcheux de petite Verole,
Quand avec fa malignité
Elle caufe aux mortels tant de difformité,
Que la moindre partie affez souvent defole,
Enfin qu'elle vous fiſt un objet de pitiés,
220 Extraordinaire
que
de monamitié Ah! ceferoit pour lors
le voudrois vous donner une preuve fiforte
Qu'on en verroit peu de la forte.
le vous aimerois conftamment ,
Et fans changer unſeul moment,
Je vous ferois voir que mon ame ,
Conferveroittoujoursfon amoureuseflame:
Lifidor eft bien oppoſe
A des fentimens fi funeftes ;
Il croiroit meriter tous les carreaux cele
ftes,
S'il eftoit fi malavise
De croire qu'il fuft neceffaire
De faire ces foubaits pour paroître fincere.
I'aime mieux
mour,
que
Philis doute de mon a
A-t-il marqué cent fois , que de faire
ma cour,
En demandant au Ciel de détruire fes
charmes ,
Pour luy prouver quefa laideur
Ne pourroit me caufer d'alarmes,
Ny porter dans monfein changement ny
froideur Oйy,
du Mercure Galant.
241
Oйy , j'aime mieux cent fois paſſer pour
infidelle ,
Pour volage & pour inconftant ,
Que d'avoir le defir qu'ellefuft un inftant,
Et moins agreable , & moins belle .
Ne font- ce pas en verité ,
Ces derniers fentimens qu'il faut que l'on
eftime?
Ils partent d'un efprit plein de folidité ,
Et d'un coeur prévenu d'un amour legitime,
Au lieu qu'on voit les précedens
Parir d'une tefte per fage ,
Quefans doute on verroit aux moindres
accidens
Paroiftre inconftante & volage.
Enfin , s'ilm'eft permis de dire mon avis,
le tins que Lifidor fçait aimer davantage
,
Que fon raiſonnement eft fort jufte &
fort fage,
Et que fesfentimens doivent eftre fuivis.
Q.. d'Octobre 1685. X
242 Extraordinaire
Si l'on peut mourir d'amour.
S'
l'on mouroit d'amour
› mort cent fois
le n'en veux , belle Iris ,
que vous-mefme ,
&
j'en ferots
pour témoin
Depuis que je visfous vos loix
Mon amour n'eft- il pas extréme ?
Aime-t-on avec plus d'ardeur
Que vous en a fait voir mon coeur?
Quoy que fouvent , belle inhumaine,
l'aye eu lieu de douter que vostre cruauté
Ne rendift ma paffion vaine ,
Entendant vos difcours toujours pleins
de fierté.
Ils m'ont fait éprouver un rigoureux martire
,
Souffrir mille fâcheux ennuis ,
Fair perdre le repos , & les jours & les
nuits ,
Raifon qui m'authoriſe à dire ,
Quefi l'amour fait bien fouffrir,
Il ne fçauroit faire mourir,
du Mercure Galant.
243
Si l'on
peut aimer fans jalouſie .
Ermettez ce defaut à mon ardante
PErmeamour ,
Je ne faurois , Iris , aimerfans jalousie;
Mais elle ne tient point de cette phrenefie
Qui ne veut jamais de retour ;
Aifement je me racommode
Pour peu que vos beaux yeux me mar- {
quent de douceur,
3
Vi
Et
I'en ay mesme de la douleur ,
Tant je fuis un jaloux commode.
Comment fouffrir qu'un autre Amant
Vienne vous conter son tourment ,
Dire que pour vous il foûpire ,
Que vos beaux yeux l'ont fceu charmer,
que fi voftre coeur ne fe veut defarmer
,
- Il faudra been- toft qu'il expire ?!
Que vous, par des regards tendres &
languiffans ,
Que je ne peux croire innocens ,
x ij
244
Extraordinaire
Vous témoigniez luy vouloir dire,
Que vostre coeur plaint fon martire 2
Comment , dis-je, fouffrir ces chofes fans
couroux
Ou quelques fentimens jaloux ?
Qui peut les regarder avec indifference,
Ne peut aimer qu'en apparence,
Ce n'est qu'un faible amour , & nom
plein de vigueur ,
Comme l'eft celuy de mon coeur.
ALCIDOR , du Havre.
SUR LES QUESTIONS
DU XXXI,
EXTRAORDINAIRE .
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petite
Verole à fa Maistreffe , pour
luy faire voir que fa laideur feroit
incapable de le faire changer
; ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour
que de luy voir arriver une pa
reille difgrace
.
P Eut-on dire
Eut-on dire que c'eft aimer ;
Que fouhaiter du mal à la perfonne aimée
?
du Mercure Galant .
239
Il feroit à ce prix dangereux de charmer,
Et d'eftre des Amans dans ce temps eftimée
,
Du moins de tels efprits que celuy de
Damon ,
Qui croit avoir bonne raison
De marquerfon amour pour la belle Sylvie
,
Par mille effroyables fouhaits.
Qui devroient luy donner envie
De lefaire éloigner de fes yeux pour jamais.
Pour vous marquer , dit- il , à quel point
je vous aime ,
Ie voudrois que voftre beau teint
Perdift cette blancheur extréme ,
Et que ce beau vifage auffife vift atteint
Des accidens fâcheux de petite Verole,
Quand avec fa malignité
Elle caufe aux mortels tant de difformité,
Que la moindre partie affez souvent defole,
Enfin qu'elle vous fiſt un objet de pitiés,
220 Extraordinaire
que
de monamitié Ah! ceferoit pour lors
le voudrois vous donner une preuve fiforte
Qu'on en verroit peu de la forte.
le vous aimerois conftamment ,
Et fans changer unſeul moment,
Je vous ferois voir que mon ame ,
Conferveroittoujoursfon amoureuseflame:
Lifidor eft bien oppoſe
A des fentimens fi funeftes ;
Il croiroit meriter tous les carreaux cele
ftes,
S'il eftoit fi malavise
De croire qu'il fuft neceffaire
De faire ces foubaits pour paroître fincere.
I'aime mieux
mour,
que
Philis doute de mon a
A-t-il marqué cent fois , que de faire
ma cour,
En demandant au Ciel de détruire fes
charmes ,
Pour luy prouver quefa laideur
Ne pourroit me caufer d'alarmes,
Ny porter dans monfein changement ny
froideur Oйy,
du Mercure Galant.
241
Oйy , j'aime mieux cent fois paſſer pour
infidelle ,
Pour volage & pour inconftant ,
Que d'avoir le defir qu'ellefuft un inftant,
Et moins agreable , & moins belle .
Ne font- ce pas en verité ,
Ces derniers fentimens qu'il faut que l'on
eftime?
Ils partent d'un efprit plein de folidité ,
Et d'un coeur prévenu d'un amour legitime,
Au lieu qu'on voit les précedens
Parir d'une tefte per fage ,
Quefans doute on verroit aux moindres
accidens
Paroiftre inconftante & volage.
Enfin , s'ilm'eft permis de dire mon avis,
le tins que Lifidor fçait aimer davantage
,
Que fon raiſonnement eft fort jufte &
fort fage,
Et que fesfentimens doivent eftre fuivis.
Q.. d'Octobre 1685. X
242 Extraordinaire
Si l'on peut mourir d'amour.
S'
l'on mouroit d'amour
› mort cent fois
le n'en veux , belle Iris ,
que vous-mefme ,
&
j'en ferots
pour témoin
Depuis que je visfous vos loix
Mon amour n'eft- il pas extréme ?
Aime-t-on avec plus d'ardeur
Que vous en a fait voir mon coeur?
Quoy que fouvent , belle inhumaine,
l'aye eu lieu de douter que vostre cruauté
Ne rendift ma paffion vaine ,
Entendant vos difcours toujours pleins
de fierté.
Ils m'ont fait éprouver un rigoureux martire
,
Souffrir mille fâcheux ennuis ,
Fair perdre le repos , & les jours & les
nuits ,
Raifon qui m'authoriſe à dire ,
Quefi l'amour fait bien fouffrir,
Il ne fçauroit faire mourir,
du Mercure Galant.
243
Si l'on
peut aimer fans jalouſie .
Ermettez ce defaut à mon ardante
PErmeamour ,
Je ne faurois , Iris , aimerfans jalousie;
Mais elle ne tient point de cette phrenefie
Qui ne veut jamais de retour ;
Aifement je me racommode
Pour peu que vos beaux yeux me mar- {
quent de douceur,
3
Vi
Et
I'en ay mesme de la douleur ,
Tant je fuis un jaloux commode.
Comment fouffrir qu'un autre Amant
Vienne vous conter son tourment ,
Dire que pour vous il foûpire ,
Que vos beaux yeux l'ont fceu charmer,
que fi voftre coeur ne fe veut defarmer
,
- Il faudra been- toft qu'il expire ?!
Que vous, par des regards tendres &
languiffans ,
Que je ne peux croire innocens ,
x ij
244
Extraordinaire
Vous témoigniez luy vouloir dire,
Que vostre coeur plaint fon martire 2
Comment , dis-je, fouffrir ces chofes fans
couroux
Ou quelques fentimens jaloux ?
Qui peut les regarder avec indifference,
Ne peut aimer qu'en apparence,
Ce n'est qu'un faible amour , & nom
plein de vigueur ,
Comme l'eft celuy de mon coeur.
ALCIDOR , du Havre.
Fermer
Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXXI. EXTRAORDINAIRE.
Le texte aborde divers aspects de l'amour à travers les sentiments exprimés par plusieurs personnages. Damon manifeste son amour pour Sylvie en souhaitant qu'elle contracte la petite vérole pour démontrer sa constance. Il voit dans ce sacrifice une preuve de la force de son amour. À l'inverse, Lifidor préfère que Philis doute de son amour plutôt que de lui souhaiter un tel malheur, jugeant que cela révélerait sa fidélité et sa solidité. Le narrateur conclut que les sentiments de Lifidor sont plus sages et légitimes. Un autre passage examine la possibilité de mourir d'amour. Le narrateur, épris d'Iris, affirme que, bien que l'amour provoque de grandes souffrances, il ne peut pas être mortel. Alcidor, quant à lui, avoue à Iris qu'il est incapable d'aimer sans éprouver de la jalousie. Cependant, il précise que sa jalousie n'est pas excessive et qu'il est prêt à pardonner facilement si elle fait preuve de douceur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1609
p. 244-277
DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Début :
VOus sçavez qu'Emilie est une personne toute charmante, [...]
Mots clefs :
Humeur, Emilie, Beauté, Inconstance, Amour, Passion, Marquis, Constance, Admirable, Sentiments, Imperfection
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texteReconnaissance textuelle : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
DEFENSE
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
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Résumé : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Le texte décrit une scène sociale chez Emilie, une femme charmante et spirituelle, en présence de Clitandre, un marquis franc, et Mélite, une précieuse. Clitandre se montre trop familier avec Emilie, ce qui surprend l'assemblée. Mélite réagit en soulignant l'inconvenance de son comportement. Emilie, tout en gardant son sérieux, répond qu'elle aurait pu succomber aux avances du marquis si elle n'était pas attachée à Mélite. La conversation porte sur la constance et l'inconstance en amour. Mélite affirme qu'elle sera indulgente envers Emilie malgré son inconstance présumée. Emilie chante ensuite une chanson sur l'amour et la fidélité. Après sa performance, le marquis mentionne une pièce qu'il n'a pas lue mais qu'il juge admirable. Emilie lit une lettre critiquant l'inconstance en amour, affirmant que ceux qui en sont atteints cherchent à la cacher. L'auteur exprime son désir de fidélité et de constance. Emilie remarque que l'auteur semble partager des similitudes avec Mélite et Clitandre. Le texte explore la notion d'inconstance en amour, distinguant entre l'amant inconstant et l'homme dont l'humeur est changeante. Emilie affirme que l'inconstance peut être excusée si elle mène à un bonheur plus grand. Elle raconte l'histoire d'une femme jalouse et violente, contrastant avec ses propres méthodes douces pour reconquérir un amant. La conversation se poursuit sur la langueur en amour, un état de mollesse ou de faiblesse souvent associé à l'amour. Lycidas défend la langueur, tandis qu'Arélise préfère la modérer. Emilie chante une chanson sur la langueur en amour, exprimant des sentiments amoureux complexes. Mélite critique ces sentiments, trouvant qu'ils manquent de bon sens. Arélise répond que ces sentiments sont à la mode en France. Emilie conclut en souhaitant que l'auteur de la pièce connaisse lui-même l'amour constant et fidèle. La compagnie rit de la conclusion d'Emilie, sauf le marquis et Mélite, qui quittent la réunion admirant l'esprit d'Emilie.
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1610
p. 278-280
PARAPHRASE sur le mot joüissez.
Début :
FEüilletez & refeüilletez [...]
Mots clefs :
Parque, Héros, Belle, Sage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE sur le mot joüissez.
PARAPHRASE
fur le motjoüiffez .
F
Euilletez refeuilletez
Tous ceux dont les moralitez ,
Ont voulu nous donner des Preceptes àfuivre
,
Vous ne trouverez rien dans leurs doctes
Traitez
Qui nous montrefi bien à vivre ,
Que ce beau mot que
Vous vantez.
FA
En effet dans ce court voyage
Que fait icy le Genre humain ,
Un pauvre mortel eft -ilfage
S'ilremet jufqu'au lendemain,
Lefeur & le prefent uſage ,
Des plaifirs que le Souverain
Luy fait trouverfur fon paffage
Et dont l'heureux retour eft auffi-peu
certain
du
Mercure
Galant.
279
Que le nombre des jours qu'il a pour fon
partage?
Tu vis
aujourd'huy fous la loy
D'une Maiftreffe , & jeune & belle ,
Mais tu crains que demain ſafoy
Ne puiffe refifter aux voeux qu'on fait
pour elle.
Sur depareils foupçons pour prendre tant
defroy ,
Es-tufeur, infenfé , que la Parque cruelle
Filera ce demain pour ta Belle & pour
toy?
L'avenir fort fouvent en vain ſe fait attendre
,
Tous les momens paſſez ſout pour jamais
finis :
Et ces deux temps enfin, quoy qu'on puiſſe
pretendre
Ne font ny bien ny mal à l'inftant où tu
wis ,
Et fi tu voulois croire aux Heros de jadis
L'Hiftoire te pourroit apprendre
Que le bon-heur du beau Paris ,
280 Extraordinaire
Du jour qu'entre fes bras Helene fe vint
rendre ,
lamais àfon égard neperdit defon prix
Par le dur fouvenir , ou lesjaloux foucis
Des plaifirs qu'avant luy l'Infidelle avoit
pris,
Et de ceux qu'aprés luy la Belle devoit
prendre .
Jouis donc du prefent en Sage poffeffeur,
Et pleinement content du bien qu'il te
peut faire ,
Ne fouffre jamais que ton coeur
Faffe fa peine ou fon bon heur,
De ce qu'il craint ou qu'il efpere.
fur le motjoüiffez .
F
Euilletez refeuilletez
Tous ceux dont les moralitez ,
Ont voulu nous donner des Preceptes àfuivre
,
Vous ne trouverez rien dans leurs doctes
Traitez
Qui nous montrefi bien à vivre ,
Que ce beau mot que
Vous vantez.
FA
En effet dans ce court voyage
Que fait icy le Genre humain ,
Un pauvre mortel eft -ilfage
S'ilremet jufqu'au lendemain,
Lefeur & le prefent uſage ,
Des plaifirs que le Souverain
Luy fait trouverfur fon paffage
Et dont l'heureux retour eft auffi-peu
certain
du
Mercure
Galant.
279
Que le nombre des jours qu'il a pour fon
partage?
Tu vis
aujourd'huy fous la loy
D'une Maiftreffe , & jeune & belle ,
Mais tu crains que demain ſafoy
Ne puiffe refifter aux voeux qu'on fait
pour elle.
Sur depareils foupçons pour prendre tant
defroy ,
Es-tufeur, infenfé , que la Parque cruelle
Filera ce demain pour ta Belle & pour
toy?
L'avenir fort fouvent en vain ſe fait attendre
,
Tous les momens paſſez ſout pour jamais
finis :
Et ces deux temps enfin, quoy qu'on puiſſe
pretendre
Ne font ny bien ny mal à l'inftant où tu
wis ,
Et fi tu voulois croire aux Heros de jadis
L'Hiftoire te pourroit apprendre
Que le bon-heur du beau Paris ,
280 Extraordinaire
Du jour qu'entre fes bras Helene fe vint
rendre ,
lamais àfon égard neperdit defon prix
Par le dur fouvenir , ou lesjaloux foucis
Des plaifirs qu'avant luy l'Infidelle avoit
pris,
Et de ceux qu'aprés luy la Belle devoit
prendre .
Jouis donc du prefent en Sage poffeffeur,
Et pleinement content du bien qu'il te
peut faire ,
Ne fouffre jamais que ton coeur
Faffe fa peine ou fon bon heur,
De ce qu'il craint ou qu'il efpere.
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Résumé : PARAPHRASE sur le mot joüissez.
L'auteur réfléchit sur l'importance de profiter du moment présent. Il critique les moralistes qui se contentent de prêcher cette idée sans offrir davantage. La vie humaine est brève et incertaine, rendant vain le report des plaisirs. Chaque instant perdu ne revient pas. Les soucis futurs sont inutiles, car ils empêchent de jouir du présent. L'exemple d'Hélène et de Pâris illustre que le bonheur du moment présent ne doit pas être gâché par les souvenirs du passé ou les attentes futures. L'auteur recommande de savourer pleinement l'instant présent sans être troublé par les craintes ou les espoirs.
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1611
p. 280-285
« Voicy une Plainte du Berger de Flore, à son Amy / Diane helas ! s'en est allée ; [...] »
Début :
Voicy une Plainte du Berger de Flore, à son Amy / Diane helas ! s'en est allée ; [...]
Mots clefs :
Plainte, Douleur, Amour, Douceur, Liberté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy une Plainte du Berger de Flore, à son Amy / Diane helas ! s'en est allée ; [...] »
Voicy une Plainte du Berger de
Flore , à fon Amy Damon , fur l'éloignement
de cette Belle enjouée , qui
Luy fournit les pensées des Enigmes
du dernier mois .
du Mercure Galant. 281
Diane helas ! s'en est allées
Ab la cruelle piece ? ab le malheureux
jour ?
Belles Eaux , belles Fleurs , & vous ,
charmante Allée ,
Agrémens de mon doux Sejour ,
Vous ne me touchez plus ; mon ame eft
défolée
Parla douleur , & par l'amour.
..
Troisjours d'une prefence aimable
Font fur un tendre coeur un étrange fra
cas.
l'ay veu pendant trois mois cette Nim
phe adorable,
Luge , Amy, de mon embaras ,
le le trouve fi grand , il eft fi déplorable,
Que je ne me reconnois pas .;
Ne dispoint qu'elle eftoit malade, (loir,
Et qu'alors la beaute ne fe fait pas va-
Vne belle , en tout temps enchante &
perfuade,
Q. d'Octobre 1685.
Aat
282 Extraordinaire
Quand on prend plaifir à la voir,
Il nefaut , cher Damon , qu'une amonreufe
oeillade
Pour en établir le pouvoir.
En
Le fien , parfa taille divine ,
Commença dans mon coeur àfe faire fentir,
Puis par fon teint vermeil il prit tant
de racine ,
Queje ne pus m'en garantir ;
Enfinfon enjoument propre à battre en
ruine
Acheva de m'affujetir.
25
Ie l'aimay donc , je l'aime encore ,
Et laime infiniment jufqu'à fes moindres
traits ;
Mais quepeut me fervir , ô Dieux ! que
je l'adore ,
Et que je pense à fes attraits?
Cette belle a quitté la demeure de Flore
Elle n'y reviendra jamais.
du Mercure Galant. 283
N'importe , la douceur eft grande ,
Defonger à l'objet qui nous àfcen charmer;
C'est un tribut d'efprit , que l'amour nous
demande
Que la raison ne peut blamer:
Et ce qu'on trouve aimable exige qu'on
fe rende,
Au panchant qu'on a de l'aimer.
Qu
Malgré l'abfence , &ſon martire ,
Diane toujours donc me fçaurafous fa
loy ,
On ne me verra point pafferfous d'autre
Empire,
Deuft-on m'y recevoir en Roy.
Refte à me confoler ; j'ay ce queje defire ,
Elle fe fouviendra de moy.
Du moins faparote engagée
M'a flatte mille fois de ce biendes abfens;
Mais helas! les Marins la tiendront af
fiegée
A a ij
284
Extraordinaire
Et par l'efprit , & par les fens .
Ab ! c'est fait du Berger cette Belle
éloignée
Ne va plus penfer qu'aux prefens.
S2
Denué de toute esperance!
Il faut quitter le jour , la vie eftfans appas;
Si pourtant je mourois , les Marins par
vangeance
Pourroient rire de mon trépas.
T'aime mieux efperer , contre toute appa
rence ,
Que l'oubly n'arrivera pas.
22
Mais quoy ? je fuis tenté de prendre
Vn parti different de celuy que je tiens s
C'est d'éteindre le feu qui me reduit en
cendre,
Et de rompre tous mes liens.
La liberté vaut mieux , qu'un coeur vainement
tendre ,
C'eft le plus grand de tous les biens.
du Mercure Galant. 285
Liberté , reprens donc ta place ,
Mon humeur te rappelle , & c'est avec
raifon
Dans l'abfence , l'amour n'a que mauvaiſe
grace,
C'est un transport bors de faifon.
Belle Diane adieu , Voftre image s'efface
Et mon coeur a par là trouvéfa gueriſon
Flore , à fon Amy Damon , fur l'éloignement
de cette Belle enjouée , qui
Luy fournit les pensées des Enigmes
du dernier mois .
du Mercure Galant. 281
Diane helas ! s'en est allées
Ab la cruelle piece ? ab le malheureux
jour ?
Belles Eaux , belles Fleurs , & vous ,
charmante Allée ,
Agrémens de mon doux Sejour ,
Vous ne me touchez plus ; mon ame eft
défolée
Parla douleur , & par l'amour.
..
Troisjours d'une prefence aimable
Font fur un tendre coeur un étrange fra
cas.
l'ay veu pendant trois mois cette Nim
phe adorable,
Luge , Amy, de mon embaras ,
le le trouve fi grand , il eft fi déplorable,
Que je ne me reconnois pas .;
Ne dispoint qu'elle eftoit malade, (loir,
Et qu'alors la beaute ne fe fait pas va-
Vne belle , en tout temps enchante &
perfuade,
Q. d'Octobre 1685.
Aat
282 Extraordinaire
Quand on prend plaifir à la voir,
Il nefaut , cher Damon , qu'une amonreufe
oeillade
Pour en établir le pouvoir.
En
Le fien , parfa taille divine ,
Commença dans mon coeur àfe faire fentir,
Puis par fon teint vermeil il prit tant
de racine ,
Queje ne pus m'en garantir ;
Enfinfon enjoument propre à battre en
ruine
Acheva de m'affujetir.
25
Ie l'aimay donc , je l'aime encore ,
Et laime infiniment jufqu'à fes moindres
traits ;
Mais quepeut me fervir , ô Dieux ! que
je l'adore ,
Et que je pense à fes attraits?
Cette belle a quitté la demeure de Flore
Elle n'y reviendra jamais.
du Mercure Galant. 283
N'importe , la douceur eft grande ,
Defonger à l'objet qui nous àfcen charmer;
C'est un tribut d'efprit , que l'amour nous
demande
Que la raison ne peut blamer:
Et ce qu'on trouve aimable exige qu'on
fe rende,
Au panchant qu'on a de l'aimer.
Qu
Malgré l'abfence , &ſon martire ,
Diane toujours donc me fçaurafous fa
loy ,
On ne me verra point pafferfous d'autre
Empire,
Deuft-on m'y recevoir en Roy.
Refte à me confoler ; j'ay ce queje defire ,
Elle fe fouviendra de moy.
Du moins faparote engagée
M'a flatte mille fois de ce biendes abfens;
Mais helas! les Marins la tiendront af
fiegée
A a ij
284
Extraordinaire
Et par l'efprit , & par les fens .
Ab ! c'est fait du Berger cette Belle
éloignée
Ne va plus penfer qu'aux prefens.
S2
Denué de toute esperance!
Il faut quitter le jour , la vie eftfans appas;
Si pourtant je mourois , les Marins par
vangeance
Pourroient rire de mon trépas.
T'aime mieux efperer , contre toute appa
rence ,
Que l'oubly n'arrivera pas.
22
Mais quoy ? je fuis tenté de prendre
Vn parti different de celuy que je tiens s
C'est d'éteindre le feu qui me reduit en
cendre,
Et de rompre tous mes liens.
La liberté vaut mieux , qu'un coeur vainement
tendre ,
C'eft le plus grand de tous les biens.
du Mercure Galant. 285
Liberté , reprens donc ta place ,
Mon humeur te rappelle , & c'est avec
raifon
Dans l'abfence , l'amour n'a que mauvaiſe
grace,
C'est un transport bors de faifon.
Belle Diane adieu , Voftre image s'efface
Et mon coeur a par là trouvéfa gueriſon
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Résumé : « Voicy une Plainte du Berger de Flore, à son Amy / Diane helas ! s'en est allée ; [...] »
Dans une plainte poétique, Flore, un berger, exprime sa douleur et son désarroi à son ami Damon suite à l'éloignement de Diane, la femme qu'il aime. La présence de Diane avait enchanté son cœur, mais son absence le tourmente profondément. Flore reconnaît la douceur de l'amour et l'attrait irrésistible de Diane, tout en étant conscient des obstacles qui les séparent, notamment les marins qui la retiennent loin de lui. Il oscille entre espoir et désespoir, envisageant même de renoncer à son amour pour retrouver sa liberté. Cependant, il décide finalement de chasser l'image de Diane de son cœur afin de guérir de sa passion.
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1612
p. 285-289
Les Pierides changées en Pies. FABLE.
Début :
Voicy deux Fables qui renferment les vrais mots / Si pour faire des vers je n'estois pas un Cancre, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Pierides changées en Pies. FABLE.
Voicy deux Fables qui renferment
les vrais mots des Enigmes de Novembre
, dont l'uu estoit la Pie , &
l'autre l'Afne, L'Autheur de ces Fa
bles eft M. Lourdet , du quartier de
la Place Maubert.
Les Pierides changées en Pies. ~
FABLE.
S'
pourfaire des Vers je n'eftois pas un
Cancre ,
Fécrirois , mais de la bonne ancre
286 Extraordinaire
( F'emprunte cecy de Poiffon )
L'Hiftoire de Pierus & de chaque Pies
ride ,
Mais ne pouvant fur le beau ton
Entonner fi haute chanson ,
Je vous renvoiray chez Ovide ,
Ovide furuommé Nazon .
Cet Autheur vous dira dans fes Metamorphofes
Sur cela de tres- belles chofes ;
Ily rapporte tout au long,
Comme jadis en Macedoine ,
Avant qu'on connuft aucun Moine,
Regnoit un Roy defort grands revenus
le vous l'ay nommé , c'eft Pierus .
Ce Roy de fa Femme eut neuf Filles,
Toutes neuffort gentilles ,
Et comme Ovide nous le dit ,
Croiffantes en beauté , croiffantes en efprit
;
Et de l'efprit tant elles eurent ,
Qu'à la fin elles creurent ,
Sans contredit ,
Pouvoir bien deffier les Muſes.
du Mercure Galant. 287
6
Comme en effet ces pauvres buses
Par des complimens du Pont- neuf,
Dirent : Allons , neufcontre neuf,
Vous ne pouvez nous refufer, Mesdames,
Voyons qui chantera le mieux ;
Preparez vos plus belles games ,
Il arrivera l'un des deux ;
Où vous nous cederez l'une & l'autre
Fontaine ,
Aganippe, Hyppocrene ,
Si nous gagnons dans ce Combats
Où moy , comme auſſi mes compagnes
Nous vous cederons les campagnes
De Macedoine , dont l'éclat
Pourroit charmer maint Potentat ,
Si nous perdons dans ce debat.
Au reste , vous pouvez aller voir choz.
Ovide
Comment ce different ſe vuide
le ne fçaurois tout rapporter
Dans fa jufteſſe ;
le diray feulement qu'une feule Déeſſe
Fut choifie afin de chanter ;
Calliope ( c'eftoit le nom de cette Muse)
288
Extraordinaire
Par fes belles Chansons bien- toft vain
quit la bufe
Que l'on luy venoit d'oppofer.
L'autre par fes impertinences
Venoit contre les Dieux cent chofes avan
cer ,
C'est à dire autant d'infolences ;
Parquoy fut par ces mefmes Dieux
La belle Mie
Changée en Pie
Avant que fortir de ces lieux
Et fes bonnes Soeurs fes complices
Non moins qu'elle pleines de vices ,
Encoururent le mefme fort
Pour elles pire que la mort.
Se voyant en telles poftures ,
Ces miferables Creatures
Effayerent à qui mieux mieux ,
D'injurier encor les Dieux.
Et tous les jours ces beftes folles
Chez les Laquais font leurs Ecoles
Afin d'apprendre d'eux
Ce qu'au monde l'on dit de plus pernicienx
;
Elles
du Mercure Galant . 289
"
Elles le repetent fans ceffe
.
A Baron , Marquis & Princeffe,
Croyant entre eux
Rencontrer quelqu'un de ces Dieux
Elles pillent par tout , les pauvres & les
riches,
Croyant aux Dieux faire ces niches .
les vrais mots des Enigmes de Novembre
, dont l'uu estoit la Pie , &
l'autre l'Afne, L'Autheur de ces Fa
bles eft M. Lourdet , du quartier de
la Place Maubert.
Les Pierides changées en Pies. ~
FABLE.
S'
pourfaire des Vers je n'eftois pas un
Cancre ,
Fécrirois , mais de la bonne ancre
286 Extraordinaire
( F'emprunte cecy de Poiffon )
L'Hiftoire de Pierus & de chaque Pies
ride ,
Mais ne pouvant fur le beau ton
Entonner fi haute chanson ,
Je vous renvoiray chez Ovide ,
Ovide furuommé Nazon .
Cet Autheur vous dira dans fes Metamorphofes
Sur cela de tres- belles chofes ;
Ily rapporte tout au long,
Comme jadis en Macedoine ,
Avant qu'on connuft aucun Moine,
Regnoit un Roy defort grands revenus
le vous l'ay nommé , c'eft Pierus .
Ce Roy de fa Femme eut neuf Filles,
Toutes neuffort gentilles ,
Et comme Ovide nous le dit ,
Croiffantes en beauté , croiffantes en efprit
;
Et de l'efprit tant elles eurent ,
Qu'à la fin elles creurent ,
Sans contredit ,
Pouvoir bien deffier les Muſes.
du Mercure Galant. 287
6
Comme en effet ces pauvres buses
Par des complimens du Pont- neuf,
Dirent : Allons , neufcontre neuf,
Vous ne pouvez nous refufer, Mesdames,
Voyons qui chantera le mieux ;
Preparez vos plus belles games ,
Il arrivera l'un des deux ;
Où vous nous cederez l'une & l'autre
Fontaine ,
Aganippe, Hyppocrene ,
Si nous gagnons dans ce Combats
Où moy , comme auſſi mes compagnes
Nous vous cederons les campagnes
De Macedoine , dont l'éclat
Pourroit charmer maint Potentat ,
Si nous perdons dans ce debat.
Au reste , vous pouvez aller voir choz.
Ovide
Comment ce different ſe vuide
le ne fçaurois tout rapporter
Dans fa jufteſſe ;
le diray feulement qu'une feule Déeſſe
Fut choifie afin de chanter ;
Calliope ( c'eftoit le nom de cette Muse)
288
Extraordinaire
Par fes belles Chansons bien- toft vain
quit la bufe
Que l'on luy venoit d'oppofer.
L'autre par fes impertinences
Venoit contre les Dieux cent chofes avan
cer ,
C'est à dire autant d'infolences ;
Parquoy fut par ces mefmes Dieux
La belle Mie
Changée en Pie
Avant que fortir de ces lieux
Et fes bonnes Soeurs fes complices
Non moins qu'elle pleines de vices ,
Encoururent le mefme fort
Pour elles pire que la mort.
Se voyant en telles poftures ,
Ces miferables Creatures
Effayerent à qui mieux mieux ,
D'injurier encor les Dieux.
Et tous les jours ces beftes folles
Chez les Laquais font leurs Ecoles
Afin d'apprendre d'eux
Ce qu'au monde l'on dit de plus pernicienx
;
Elles
du Mercure Galant . 289
"
Elles le repetent fans ceffe
.
A Baron , Marquis & Princeffe,
Croyant entre eux
Rencontrer quelqu'un de ces Dieux
Elles pillent par tout , les pauvres & les
riches,
Croyant aux Dieux faire ces niches .
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Résumé : Les Pierides changées en Pies. FABLE.
Le texte présente deux fables écrites par M. Lourdet, résidant dans le quartier de la Place Maubert. La première fable, 'Les Pierides changées en Pies', relate l'histoire de Pierus, roi de Macédoine, dont les neuf filles, douées de beauté et d'esprit, défièrent les Muses dans un concours de chant. Les Muses acceptèrent, et seule Calliope, une déesse, chanta. En punition de leur insolence et de leurs impertinences envers les dieux, les filles de Pierus, appelées les Pierides, furent transformées en pies. Malgré leur transformation, elles continuèrent à injurier les dieux et à répéter des propos malveillants, apprenant cela des laquais. Elles pillent indifféremment les pauvres et les riches, croyant nuire aux dieux.
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1613
p. 289-293
Le Divorce de la Lune & du Soleil. FABLE.
Début :
PAr un jour que le blond Phebus, [...]
Mots clefs :
Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Divorce de la Lune & du Soleil. FABLE.
Le Divorce de la Lune & du
Soleil.
PAY
FABLE .
Ar un jour que le blond Phebus ,
A caufe d'un grand heritage,
Venoit de toucher du quibus :
le n'en voulois pas davantage ,
Dit- il , pour me mettre en ménage.
Il avoit bien deux mille écus
Enfin tant du moins que du plus ;
Ilfut trouver Dame Diane ,
Et luy dit : ma Soeur , Dieu me damne ,
Q. d'Octobre 1685.
Bb
290 Extraordinaire
Nous fommes tous deux immortels ,
Chacun nous dreffe des Autels ,
Mais à prefent la Deftinée
Pretend que de nous l'Hymenée
En reçoive à fon tour auffi ;
le fçay toute voſtre menée ,
Vous vous plaifez ailleurs qu'icy
(Vous voyez que dans l' Empirée ,
Maifon magnifique & dorée ,
Parloit noftre amoureux tranfi )
C'est ce qui me met enfoucy.
Mais cela pourra ſe refaire :
Pouvez- vous pas vous fatisfaire
Sans abandonner ce lieu.cy ?
Chere Soeur , devriez - vous vous plaire
Autre part qu'avec voftre Frere ?
Faut- il qu'un vilain Poliffon ,
Un Gueux , un Paftre , Endimion ,
Soit vifité d'une Déeffe ,
·Tandis que remply "de trifteffe
Loin de vous le pauvre Apollon
Demeurera ? Non , ma Soeur , non ;
Vous fied-il bien d'eftre fevere
Au plus beau des Dieux , voftre Frere ?
du Mercure Galant. 291
Si je faifois tout ton Soucy .
Je t'aimerois , quoy ? ... Signor - fi ,
Mais de te voir vingt- cinq Maiftreffes,
Qui toutes nefont pas Déeffes ,
Cela me donne mille ennuis.
Thetis vous a toutes les nuits ,
La jeune Hebé vous femble belle :
N'eft ce pas encore pour elle ,
En faveur defes beaux
yeux doux
Qu 'Hercule vous promet cent coups ?
Sans parler de la tendre Aurore ,
De Daphné , Coronis & Flore ;
De plus , vous fçavez bien l'horreur
Qu'Hymen du Frere avec la Soeur,
Doit jetter dans tout homme fage :
Comment donc avez - vous le coeur
De me parler de mariage ?
le ne ris point , c'est tout de bon ;
Ie n'aime rien qu'Endimion.
Vous , vous pouvez voir vos Maitreffes
Leur faire de tendres careffes ;
Encore un coup , Sire Apollon ,
le ne cheris que mon mignon.
Quoy donc , pour l'amour d'un Prophane
, Bb ij
292
Extraordinaire
Ie fuis méprisé de Diane ?
Non , fur le champ employant l'x ,
Ie jure par le Fleuve Styx ,
Que ce témeraire maroufle ,
( Ou bien j'y perdray ma pantoufle )
Par moyfera privé du jour
Pour ofer nuire à mon amour.
Regarde dans cette vallée ,
Ma Soeur , auprés de cette allée ;
Le vois- tu bien , ton cher Amant.
*Pour tout autre que moy charmant ?
Si tu tardes à te résoudre ,
Ie m'envais le réduire en poudre ;
Je m'envais détacher exprés .
Le plus aigu de tous mes traits.
Tu ferois un veritable Alne ,
Luy répond Madame Diane ,
Eftant Dieu, fi contre un Mortel
Tu pouvois prendre le Martel?
Non , non quoy que Diane die ,
le feray cette Tragedie:
La farce aprés fera de voir
La trifte Amante au deſeſpoir.
Diane demeure teftuë ;
2
du Mercure Galant.
293
J
Tout auffi toft Phoebus fe ruë
Proche Lathmos dans un Fallon ,
Perce d'un trait Endimion .
Diane s'en depite & crie ,
Et fait ferment que de fa vie
Elle ne veut voir Apollon ,
Qu'elle veut fuivre Endimion.
Auffi - toft la belle Pucelle ,
Dans l'ardeur de voir fon Amant ,
Veut que fes chevaux on attelle.
Préparez qu'ils font promptement ,
Elle fe couvre de fes voiles
Peur du Rhume , & prend ſes étoiles ;
Ainfi bien- toft defcend en bas
Où l'Amanticide n'eft pas ,
•Sans vouloir que de fa lumiere
Deformais le traitre l'éclaire.
Ainfi toûjours il la pourfuit ,
Ainfi toûjours elle le fuit.
C. F. LOURDET,
du quartier de la PlaceMaubert.
Soleil.
PAY
FABLE .
Ar un jour que le blond Phebus ,
A caufe d'un grand heritage,
Venoit de toucher du quibus :
le n'en voulois pas davantage ,
Dit- il , pour me mettre en ménage.
Il avoit bien deux mille écus
Enfin tant du moins que du plus ;
Ilfut trouver Dame Diane ,
Et luy dit : ma Soeur , Dieu me damne ,
Q. d'Octobre 1685.
Bb
290 Extraordinaire
Nous fommes tous deux immortels ,
Chacun nous dreffe des Autels ,
Mais à prefent la Deftinée
Pretend que de nous l'Hymenée
En reçoive à fon tour auffi ;
le fçay toute voſtre menée ,
Vous vous plaifez ailleurs qu'icy
(Vous voyez que dans l' Empirée ,
Maifon magnifique & dorée ,
Parloit noftre amoureux tranfi )
C'est ce qui me met enfoucy.
Mais cela pourra ſe refaire :
Pouvez- vous pas vous fatisfaire
Sans abandonner ce lieu.cy ?
Chere Soeur , devriez - vous vous plaire
Autre part qu'avec voftre Frere ?
Faut- il qu'un vilain Poliffon ,
Un Gueux , un Paftre , Endimion ,
Soit vifité d'une Déeffe ,
·Tandis que remply "de trifteffe
Loin de vous le pauvre Apollon
Demeurera ? Non , ma Soeur , non ;
Vous fied-il bien d'eftre fevere
Au plus beau des Dieux , voftre Frere ?
du Mercure Galant. 291
Si je faifois tout ton Soucy .
Je t'aimerois , quoy ? ... Signor - fi ,
Mais de te voir vingt- cinq Maiftreffes,
Qui toutes nefont pas Déeffes ,
Cela me donne mille ennuis.
Thetis vous a toutes les nuits ,
La jeune Hebé vous femble belle :
N'eft ce pas encore pour elle ,
En faveur defes beaux
yeux doux
Qu 'Hercule vous promet cent coups ?
Sans parler de la tendre Aurore ,
De Daphné , Coronis & Flore ;
De plus , vous fçavez bien l'horreur
Qu'Hymen du Frere avec la Soeur,
Doit jetter dans tout homme fage :
Comment donc avez - vous le coeur
De me parler de mariage ?
le ne ris point , c'est tout de bon ;
Ie n'aime rien qu'Endimion.
Vous , vous pouvez voir vos Maitreffes
Leur faire de tendres careffes ;
Encore un coup , Sire Apollon ,
le ne cheris que mon mignon.
Quoy donc , pour l'amour d'un Prophane
, Bb ij
292
Extraordinaire
Ie fuis méprisé de Diane ?
Non , fur le champ employant l'x ,
Ie jure par le Fleuve Styx ,
Que ce témeraire maroufle ,
( Ou bien j'y perdray ma pantoufle )
Par moyfera privé du jour
Pour ofer nuire à mon amour.
Regarde dans cette vallée ,
Ma Soeur , auprés de cette allée ;
Le vois- tu bien , ton cher Amant.
*Pour tout autre que moy charmant ?
Si tu tardes à te résoudre ,
Ie m'envais le réduire en poudre ;
Je m'envais détacher exprés .
Le plus aigu de tous mes traits.
Tu ferois un veritable Alne ,
Luy répond Madame Diane ,
Eftant Dieu, fi contre un Mortel
Tu pouvois prendre le Martel?
Non , non quoy que Diane die ,
le feray cette Tragedie:
La farce aprés fera de voir
La trifte Amante au deſeſpoir.
Diane demeure teftuë ;
2
du Mercure Galant.
293
J
Tout auffi toft Phoebus fe ruë
Proche Lathmos dans un Fallon ,
Perce d'un trait Endimion .
Diane s'en depite & crie ,
Et fait ferment que de fa vie
Elle ne veut voir Apollon ,
Qu'elle veut fuivre Endimion.
Auffi - toft la belle Pucelle ,
Dans l'ardeur de voir fon Amant ,
Veut que fes chevaux on attelle.
Préparez qu'ils font promptement ,
Elle fe couvre de fes voiles
Peur du Rhume , & prend ſes étoiles ;
Ainfi bien- toft defcend en bas
Où l'Amanticide n'eft pas ,
•Sans vouloir que de fa lumiere
Deformais le traitre l'éclaire.
Ainfi toûjours il la pourfuit ,
Ainfi toûjours elle le fuit.
C. F. LOURDET,
du quartier de la PlaceMaubert.
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Résumé : Le Divorce de la Lune & du Soleil. FABLE.
La fable 'Le Divorce de la Lune & du Soleil', publiée en octobre 1685, raconte la décision de Phébus, le dieu Soleil, de se marier après avoir reçu un héritage. Il propose à Diane, la déesse Lune et sa sœur, de l'épouser, mais elle refuse, préférant son amant mortel Endymion. Diane reproche à Phébus ses nombreuses maîtresses et son infidélité. Offensé, Phébus menace de tuer Endymion. Diane reste ferme dans son refus et choisit de suivre Endymion. Elle descend sur Terre pour le rejoindre, tandis que Phébus la poursuit sans cesse. Cette situation conduit à une séparation éternelle, Diane fuyant constamment Phébus.
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1614
p. 293-294
I.
Début :
Ces mesme Enigmes ont donné lieu à quantité d'autres Explications / LEs Borgnes sur la foy d'un ancien Adage, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Ces mefmes Enigmes ont donné
Bb iij
294
Extraordinaire
lieu à quantité d'autres Explications
queje vous envoye.
L
I.
Es Borgnes fur la foy d'un ancien
Adage ,
Ont un panchant au Verbiage ,
Qui les rend importuns , & marque leur
orgueil.
Une Femme au Cercle accroupie
Jaze , dit-on, comme une Pie
Qui n'a qu'un oeil.
L. BOUCHET , ancien Curé
de Nogent le Roy.
Bb iij
294
Extraordinaire
lieu à quantité d'autres Explications
queje vous envoye.
L
I.
Es Borgnes fur la foy d'un ancien
Adage ,
Ont un panchant au Verbiage ,
Qui les rend importuns , & marque leur
orgueil.
Une Femme au Cercle accroupie
Jaze , dit-on, comme une Pie
Qui n'a qu'un oeil.
L. BOUCHET , ancien Curé
de Nogent le Roy.
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1615
p. 294-295
II.
Début :
PAuvre Asne, je te plains, tes charges sont trop dures, [...]
Mots clefs :
Âne
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texteReconnaissance textuelle : II.
II.
Auvre Afne, je te plains, tes charges
font trop dures ,
On ne ménage point ta fanté , ny ton
corps ,
Mal noury , mal veſtu , mal logé , tu ne
fors
du Mercure Galant. 295
Que pour eftre accablé de mépris &
d'injures.
མ
Le travail affidu , les coups les baf
tonnades ,
Les difcours offençans , les marques de
rebut ,
Accompagnent par tout tes lentes promenades
,
Quoy que brille fur toy l'étendard du
Salut.
S
Mais ce qui juftifie une implacable haine,
C'eft que depuis ton dernier jour ,
Comme fi l'on vouloit éternifer ta peine,
De ta peau l'on fait un Tambour.
Le meſme
Auvre Afne, je te plains, tes charges
font trop dures ,
On ne ménage point ta fanté , ny ton
corps ,
Mal noury , mal veſtu , mal logé , tu ne
fors
du Mercure Galant. 295
Que pour eftre accablé de mépris &
d'injures.
མ
Le travail affidu , les coups les baf
tonnades ,
Les difcours offençans , les marques de
rebut ,
Accompagnent par tout tes lentes promenades
,
Quoy que brille fur toy l'étendard du
Salut.
S
Mais ce qui juftifie une implacable haine,
C'eft que depuis ton dernier jour ,
Comme fi l'on vouloit éternifer ta peine,
De ta peau l'on fait un Tambour.
Le meſme
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Résumé : II.
Le soldat Auvre Afne endure des conditions de vie très dures : mauvaise nourriture, vêtements insuffisants et logement précaire. Il subit des violences physiques et verbales, ainsi que des rejets. Après sa mort, sa peau est transformée en tambour, prolongeant ainsi ses souffrances. Malgré tout, il continue à servir sous l'étendard du salut.
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1616
p. 295-296
III. TRIOLET.
Début :
VOus jasez comme une Pie, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III. TRIOLET.
III.
TRIOLET.
Vous
Baudet.
Ous jafez comme une Pie ,
Et vous n'eftes qu'un
Eftes - vous en compagnie ?
Bb iiij
296 Extraordinaire
Vous jafez comme une Pie.
Je vous le dis franc & net ,
Vous déplaifez à Sylvie.
Vous jafez comme une Pie ,
Et vous n'eftes qu'un Baudet.
DE SOUVERAS.
TRIOLET.
Vous
Baudet.
Ous jafez comme une Pie ,
Et vous n'eftes qu'un
Eftes - vous en compagnie ?
Bb iiij
296 Extraordinaire
Vous jafez comme une Pie.
Je vous le dis franc & net ,
Vous déplaifez à Sylvie.
Vous jafez comme une Pie ,
Et vous n'eftes qu'un Baudet.
DE SOUVERAS.
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1617
p. 296-297
IV. SONNET.
Début :
TEl que Pegaze ce gaillard, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV. SONNET.
IV .
DE SOUVERAS.
SONNET.
TEL que Pegaze ce gaillard ,
Que les Portes mes Confreres ,
Comme un des Maîtres de leur Art,
Invoquent de toutes manieres .
Tel qu'eftoit l'alaigre Bayard ,
Lors que jadis les quatre Freres,
Montez fur ce rude Soudar ,
Galopoient comme des Comperes.
BA
Tel que l'Oiseau Silenien ,
Oifeau qui fentoit tant ſon bien ,
Et dont on admire la vie.
du Mercure Galant. 297
Tel, & plus parfait mille fois ,
Eft ce bel Qifeau d'Arcadie,
Que Margot a depuis deux mois.
M
Le mefme.
DE SOUVERAS.
SONNET.
TEL que Pegaze ce gaillard ,
Que les Portes mes Confreres ,
Comme un des Maîtres de leur Art,
Invoquent de toutes manieres .
Tel qu'eftoit l'alaigre Bayard ,
Lors que jadis les quatre Freres,
Montez fur ce rude Soudar ,
Galopoient comme des Comperes.
BA
Tel que l'Oiseau Silenien ,
Oifeau qui fentoit tant ſon bien ,
Et dont on admire la vie.
du Mercure Galant. 297
Tel, & plus parfait mille fois ,
Eft ce bel Qifeau d'Arcadie,
Que Margot a depuis deux mois.
M
Le mefme.
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Résumé : IV. SONNET.
Le sonnet 'De Souveras' compare Pégase, Bayard et un oiseau silénien à un 'bel Oifeau d'Arcadie'. Il met en avant la loyauté, le courage et la sagesse. Ce dernier oiseau symbolise la perfection et est récemment admiré par Margot.
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1618
p. 297
V.
Début :
MErcure, vostre Pie est bien digne d'envie, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V.
Ercure , voftre Pie est bien digne
d'envie ,
Son fort me paroift glorienx ,
Je l'aimeray toute ma vie ,
Elle fait comme vous le langage des
Dieux.
De la Tronche , de Rouen.
Ercure , voftre Pie est bien digne
d'envie ,
Son fort me paroift glorienx ,
Je l'aimeray toute ma vie ,
Elle fait comme vous le langage des
Dieux.
De la Tronche , de Rouen.
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1619
p. 297
VI.
Début :
VOstre Pie est trop incommode, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VI.
V I.
Voffre Pie eft trop incommode Ţ
Elle me rompt la tefte avec tout fon caquet
,
J'aimerais mieux un Sanſonnet ,
Qui parlaft comme vous le langage à la
mode.
Le mefme.
Voffre Pie eft trop incommode Ţ
Elle me rompt la tefte avec tout fon caquet
,
J'aimerais mieux un Sanſonnet ,
Qui parlaft comme vous le langage à la
mode.
Le mefme.
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1620
p. 298
VII.
Début :
Qui diroit mal de vostre Pie [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
Vi diroit mal de vostre Pie
Chez nous , pafferoit pour impie
Car en venant de voftre main ,
Elle a cet unique avantage
Parmy fon chant & Son ramage ,
D'avoir un parler tout divin.
Vi diroit mal de vostre Pie
Chez nous , pafferoit pour impie
Car en venant de voftre main ,
Elle a cet unique avantage
Parmy fon chant & Son ramage ,
D'avoir un parler tout divin.
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1621
p. 298
VIII.
Début :
MErcure, vous deviez nous donner une cage [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII.
Ercure , vous deviez nous donner
une cage
Pour mettre voftre Pie accoûtumée an
vol ,
Déja chez mon Voifin elle a pris un
fromage,
Si jamais elle y va je luy tordray le
col.
Le mefme.
Ercure , vous deviez nous donner
une cage
Pour mettre voftre Pie accoûtumée an
vol ,
Déja chez mon Voifin elle a pris un
fromage,
Si jamais elle y va je luy tordray le
col.
Le mefme.
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1622
p. 298-299
IX.
Début :
VOus qui cherchez la Pie, elle est dans une cage [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IX.
IX .
Ous qui cherchez la Pie , ella
Vouseft dans une cage .
du Mercure Galant. 99 ,
Avec fon noir & blanc plumag
Qui fiffle des Chansons fort agreablement
;
On auroit icy peine à trouver fa pareille;
Car on nous dit encor qu'elle jaze à merveille
;
C'est qu'elle eft Borgne affurément.
M. de Villebant, R. B.
de C. à Moulins .
Ous qui cherchez la Pie , ella
Vouseft dans une cage .
du Mercure Galant. 99 ,
Avec fon noir & blanc plumag
Qui fiffle des Chansons fort agreablement
;
On auroit icy peine à trouver fa pareille;
Car on nous dit encor qu'elle jaze à merveille
;
C'est qu'elle eft Borgne affurément.
M. de Villebant, R. B.
de C. à Moulins .
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1623
p. 299
X.
Début :
UN certain m'apportant l'Enigme du Mercure, [...]
Mots clefs :
Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : X.
X.
N certain m'apportant l'Enigme
UN'du
Mercure ,
M'en demanda le mot , & ce que j'en
penfois :
Aprés en avoirfait fimplement la lecture,
Fe luy dis que c'eftoit un Afne en bon
François.
Le mefme..
N certain m'apportant l'Enigme
UN'du
Mercure ,
M'en demanda le mot , & ce que j'en
penfois :
Aprés en avoirfait fimplement la lecture,
Fe luy dis que c'eftoit un Afne en bon
François.
Le mefme..
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1624
p. 299-300
XI.
Début :
GAlant Mercure, dite moy, [...]
Mots clefs :
Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XI.
XI.
Alant Mercare , dites moy ,
Gfar qui vostre Pie eſt inſtruite ,
1Par
C'est un Maistre de grand merite,
300 Extraordinaire
> Ce n'eft pas un Afne , mafoy
Je croy qu'il ne faut pas eftre dans une
cage
Pour apprendre un fi beau langage.
La belle Nouriture du Havre.
Alant Mercare , dites moy ,
Gfar qui vostre Pie eſt inſtruite ,
1Par
C'est un Maistre de grand merite,
300 Extraordinaire
> Ce n'eft pas un Afne , mafoy
Je croy qu'il ne faut pas eftre dans une
cage
Pour apprendre un fi beau langage.
La belle Nouriture du Havre.
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1625
p. 300
XII.
Début :
On dit que ce sont des Oiseaux, [...]
Mots clefs :
Pie, Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XII.
XII.
N dit que ce font des Oiseaux,
Que vous nous envoyez , Mercure,
Je croy que c'est une imposture ,
Je n'en vois qu'un , & l'autre eft faux ;
Car je ne trouve qu'une Pie ,
Si ce n'est qu'on veuille appeller
L'Afne un Roffignol d' Arcadie,
Dont vous nous voulez regaler.
La mefme .
N dit que ce font des Oiseaux,
Que vous nous envoyez , Mercure,
Je croy que c'est une imposture ,
Je n'en vois qu'un , & l'autre eft faux ;
Car je ne trouve qu'une Pie ,
Si ce n'est qu'on veuille appeller
L'Afne un Roffignol d' Arcadie,
Dont vous nous voulez regaler.
La mefme .
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1626
p. 300-301
XIII.
Début :
C'Est nous mettre, Galant Mercure, [...]
Mots clefs :
Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XIII.
'XIII.
Eft nous mettre, Galant Mercure,
Ce mois l'efprit à la torture.
Le moyen de trouver le fens
En la feconde Enigme ? On l'aura bien
cherchée
du Mercure Galant.
301
Qu'ellefera toûjours cachée
Pour une infinité de gens,
Ne connoiffant pas leur nature ;
Le nombre en eft trop grand , & mafoy
je vous jure "
Que peu s'en eft fallu que je n'en aye
efté ,
Me trouvant fi fort hebeté ,
Comme n'ayant aucun organe ,
Que je ne sçavois pas ce que j'eftois ,
un Afne.
Hermophile du Floc .
Eft nous mettre, Galant Mercure,
Ce mois l'efprit à la torture.
Le moyen de trouver le fens
En la feconde Enigme ? On l'aura bien
cherchée
du Mercure Galant.
301
Qu'ellefera toûjours cachée
Pour une infinité de gens,
Ne connoiffant pas leur nature ;
Le nombre en eft trop grand , & mafoy
je vous jure "
Que peu s'en eft fallu que je n'en aye
efté ,
Me trouvant fi fort hebeté ,
Comme n'ayant aucun organe ,
Que je ne sçavois pas ce que j'eftois ,
un Afne.
Hermophile du Floc .
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1627
p. 301
XIV.
Début :
Je me delcare Asne bien-fait, [...]
Mots clefs :
Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XIV.
XIV.
E me declare Afne bien-fait ,
Autant de renom que de lait ,
Si je ne déniche une Pie
Dant le Mercure de ce mois ;
Que fi je me trompe en mon choix ,
Je veux bien que l'on m'eftropie.
E me declare Afne bien-fait ,
Autant de renom que de lait ,
Si je ne déniche une Pie
Dant le Mercure de ce mois ;
Que fi je me trompe en mon choix ,
Je veux bien que l'on m'eftropie.
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1628
p. 301-302
XV.
Début :
DAns une Forest verte & sombre, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XV.
XV.
Ans une Forest verte & fom-
Dansbre,
Diane & n Berger affis tous deux
à l'ombre,
1.
302
Extraordinaire
Avoient entrepris le deffein ,
De faire en faveur de Mercure,
Une Enigme gaillarde , & toutefois
obfcure ,
Pour exercer l'esprit humain.
Entre un nombre d'Oiseaux de differente
forte ,
A choisir l'un l'autre s'exhorte,
Pour en bien déguifer le mot .
On met fur le tapis , le Coucou , la
Chouette ,
Le Roffignol , le Geay , le Hibou , la
Fauvette,
Le Moyneau , le Pinfon , la Grive , le
Linot
Et la Corneille , & l'Alouette.
Lors qu'au Berger Diane dit ,
Ceffons d'y refver davantage ;
Mais , fans penfer à leur plumage ,
Dites moy , qui pourroit prendre la Pie
au nid?
RAULT , de Roüen .
Ans une Forest verte & fom-
Dansbre,
Diane & n Berger affis tous deux
à l'ombre,
1.
302
Extraordinaire
Avoient entrepris le deffein ,
De faire en faveur de Mercure,
Une Enigme gaillarde , & toutefois
obfcure ,
Pour exercer l'esprit humain.
Entre un nombre d'Oiseaux de differente
forte ,
A choisir l'un l'autre s'exhorte,
Pour en bien déguifer le mot .
On met fur le tapis , le Coucou , la
Chouette ,
Le Roffignol , le Geay , le Hibou , la
Fauvette,
Le Moyneau , le Pinfon , la Grive , le
Linot
Et la Corneille , & l'Alouette.
Lors qu'au Berger Diane dit ,
Ceffons d'y refver davantage ;
Mais , fans penfer à leur plumage ,
Dites moy , qui pourroit prendre la Pie
au nid?
RAULT , de Roüen .
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Résumé : XV.
Diane et un berger se reposent sous une forêt et proposent une énigme en l'honneur de Mercure. L'énigme consiste à identifier un oiseau parmi plusieurs espèces, dont le Coucou, la Chouette, le Rossignol, le Geai, le Hibou, la Fauvette, le Moineau, le Pinson, la Grive, le Linot, la Corneille et l'Alouette. Diane demande ensuite quel oiseau pourrait prendre la Pie au nid, indépendamment de ses plumes. Texte de RAULT, de Rouen.
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1629
p. 303-305
XVI.
Début :
PEre Blaise d'un grand renom, [...]
Mots clefs :
Âne
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texteReconnaissance textuelle : XVI.
X V1.
Ere Blaife d'un grand renom ,
Se haftant d'aller à Vernon ,
Faifoit trotter fa pauvre Befte ;
Mais par malheur c'eftoit l'Hyver ,
Quand voila foudain ſur ſa tefte,
Que de loin il voit arriver ,
Frimat , bife , grefil , nege , grefle &
tempefte,
Qui l'empefchoient de ſe trouver ,
Au Feftin d'une grande Fefte.
Son ventre en grondoit mefme , & pouvoit
en crever ,
Car l'heure eftoit marquée , & la table
eftoit prefte.
C'eftoit trop pour en endefver ,
Quand plus d'un obftacle l'arreſte.
3
Dans cette fatale faifon ,
L'ardeur qui porte le faint Homme,
L'euft pour un bon Repas fait courir
jufqu'à Rome,
304
Extraordinaire
Mais ilfe voit furpris , & plusfot qu'un
Oifon.
Q
Son pauvre animal qui va l'amble ,
A chaque pas friſſonne & tremble ,
Chopant contre plus d'un glaçon
Il eut mieux valu , ce luy femble,
N'eftre qu'à la Cuiſine , & garder la
maiſon ,
Que de tromber tous deux , mefme peuteftre
ensemble ,
S'il le pouffoit plus fort , ou d'une autre
façon.
ལ
Mais un Gaillard n'aimant qu'à rire,
Vit le bon Pere , & luy vint dire,
Pater , la Befte tremble. Elle en a bien
raifon ,
Répondit le Pater ; jugez- en par vousmesme
:
Et ,fans faire comparaison ,
Nefentiriez- vous pas en vous un froid
extréme ,
Si nud comme elle vous eftiez ,
du Mercure Galant. 305
Ayant la corde au col , avec les fers aux
pieds,
Un Pere prés de vous , ou quelque Hom
me à Soutane ?.
V
Je gage que vous trembleriez ,
Cent fois plus que ne fait mon Afne.
Le mefme
Ere Blaife d'un grand renom ,
Se haftant d'aller à Vernon ,
Faifoit trotter fa pauvre Befte ;
Mais par malheur c'eftoit l'Hyver ,
Quand voila foudain ſur ſa tefte,
Que de loin il voit arriver ,
Frimat , bife , grefil , nege , grefle &
tempefte,
Qui l'empefchoient de ſe trouver ,
Au Feftin d'une grande Fefte.
Son ventre en grondoit mefme , & pouvoit
en crever ,
Car l'heure eftoit marquée , & la table
eftoit prefte.
C'eftoit trop pour en endefver ,
Quand plus d'un obftacle l'arreſte.
3
Dans cette fatale faifon ,
L'ardeur qui porte le faint Homme,
L'euft pour un bon Repas fait courir
jufqu'à Rome,
304
Extraordinaire
Mais ilfe voit furpris , & plusfot qu'un
Oifon.
Q
Son pauvre animal qui va l'amble ,
A chaque pas friſſonne & tremble ,
Chopant contre plus d'un glaçon
Il eut mieux valu , ce luy femble,
N'eftre qu'à la Cuiſine , & garder la
maiſon ,
Que de tromber tous deux , mefme peuteftre
ensemble ,
S'il le pouffoit plus fort , ou d'une autre
façon.
ལ
Mais un Gaillard n'aimant qu'à rire,
Vit le bon Pere , & luy vint dire,
Pater , la Befte tremble. Elle en a bien
raifon ,
Répondit le Pater ; jugez- en par vousmesme
:
Et ,fans faire comparaison ,
Nefentiriez- vous pas en vous un froid
extréme ,
Si nud comme elle vous eftiez ,
du Mercure Galant. 305
Ayant la corde au col , avec les fers aux
pieds,
Un Pere prés de vous , ou quelque Hom
me à Soutane ?.
V
Je gage que vous trembleriez ,
Cent fois plus que ne fait mon Afne.
Le mefme
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Résumé : XVI.
Un homme nommé Blaife se rend à Vernon malgré des conditions hivernales sévères, incluant une tempête de neige, du vent et un froid intense. Son âne, effrayé par les éléments et les obstacles, tremble à chaque pas. Blaife envisage de faire demi-tour, mais son désir de rejoindre un festin le pousse à persévérer. Un passant observe la scène et commente que même lui serait terrifié s'il était nu et attaché comme l'âne, surtout en présence d'un prêtre ou d'un homme en soutane. Le texte conclut en soulignant la peur et le froid extrême que ressentirait toute personne dans une telle situation.
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1630
p. 305
XVII.
Début :
SI-tost que nous avons entendu vostre Pie, [...]
Mots clefs :
Pie
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texteReconnaissance textuelle : XVII.
XVII.
S1-toft que nous avons entendu voſtre
Pie ,
Nous avons bien jugé que c'eftoit fon
vray nom :
Mais pour l'autre animal fi fujet aw
bafton ,
Et qui traine par tout une fi pauvre vie,
Qui ne diroit pas à fon ton
Que c'eft un Oifeau d'Arcadie.
O
Les deux Amis de Moulins,
S1-toft que nous avons entendu voſtre
Pie ,
Nous avons bien jugé que c'eftoit fon
vray nom :
Mais pour l'autre animal fi fujet aw
bafton ,
Et qui traine par tout une fi pauvre vie,
Qui ne diroit pas à fon ton
Que c'eft un Oifeau d'Arcadie.
O
Les deux Amis de Moulins,
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1631
p. 305-306
XVIII.
Début :
Que commander de mettre en rime [...]
Mots clefs :
Pie, Âne
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texteReconnaissance textuelle : XVIII.
XVIII.
་
Ve commander de mettre en rime
Le mot de l'une & l'autre Enigma,
C'est pour moy , charmante Nanon,
Q.. d'Octobre 1685.
Cc
306
Extraordinaire
Chofe bien difficile à faire.
Cependant, Belle , pour vous plaire ,
Il faut que j'en trouve le nom ,
Duft- il me coûter quelque veille ,
Je veux enfin vousfaire voir
Que jamais l'efprit ne ſommeille ,
Quand le coeur amoureux veut remplir
fon devoir,
La Pie eft le vray mot de l'Enigme premiere
,
L'Afne eft celuy de la derniere.
L'Amy fidelle de Reims .
་
Ve commander de mettre en rime
Le mot de l'une & l'autre Enigma,
C'est pour moy , charmante Nanon,
Q.. d'Octobre 1685.
Cc
306
Extraordinaire
Chofe bien difficile à faire.
Cependant, Belle , pour vous plaire ,
Il faut que j'en trouve le nom ,
Duft- il me coûter quelque veille ,
Je veux enfin vousfaire voir
Que jamais l'efprit ne ſommeille ,
Quand le coeur amoureux veut remplir
fon devoir,
La Pie eft le vray mot de l'Enigme premiere
,
L'Afne eft celuy de la derniere.
L'Amy fidelle de Reims .
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Résumé : XVIII.
Le 30 octobre 1685, l'auteur écrit à Nanon pour résoudre deux énigmes en rimes. Il accepte la tâche malgré sa difficulté et mentionne qu'il pourrait veiller pour y parvenir. Les réponses sont 'La Pie' et 'L'Ane'. La lettre se conclut par la signature 'L'Ami fidèle de Reims'.
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1632
p. 306-307
XIX.
Début :
Pour se cacher, quoy que l'on puisse faire, [...]
Mots clefs :
Âne
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texteReconnaissance textuelle : XIX.
XIX.
Our fe cacher , quoy que l'on puiffe
Pour
faire,
Le bon fang ne sçauroit mentir
Je touche de trop prés aux Enigmes dernieres
,
Pour ne m'y pas fentir.
En efprit jefuis Afne , en jargon jeſuis
Pie,
du Mercure Calant.
307
Car je parle toujours , & ne dis jamais
rien ,
Le fus toûjours maudit en chaque compagnie
,
Par ma feule prefence ou par mon en-
Si
tretien.
Il Poveretto Infelice Sorino ..
Our fe cacher , quoy que l'on puiffe
Pour
faire,
Le bon fang ne sçauroit mentir
Je touche de trop prés aux Enigmes dernieres
,
Pour ne m'y pas fentir.
En efprit jefuis Afne , en jargon jeſuis
Pie,
du Mercure Calant.
307
Car je parle toujours , & ne dis jamais
rien ,
Le fus toûjours maudit en chaque compagnie
,
Par ma feule prefence ou par mon en-
Si
tretien.
Il Poveretto Infelice Sorino ..
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1633
p. 307-309
XX.
Début :
SI je n'eusse point lou l'Ouvrage d'un Impie, [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XX.
XX.
je n'euffe point lou l'Ouvrage d'un
Ou d'un Heretique entefte ,
le n'euffe pas fi toft , Mercure , inter
preté
La belle Enigme de la Pie ,
Il donne ce nom par mépris ,.
En badinant dans fes écrits ,
Aux plus pieux de nos faints Peres,
Et cet Afne presomptueux
Qui ne veut point ouvrir les yeux,
Croit avoir bien plus de lumieres
Que tous nos grands Docteurs , vou
lant eftre trompé ,
Ccij
308
Extraordinaire
1
Puifqu'il veut toujours eftre autant
préoccupé.
Endurcy Proteftant , aveugle volon
taire,
Vous ne ferez jamais , comme il faut,
Méclaircy ,
Ne voulant point de luminaire ,
Vous ferez toûjours obfcurcy .
Cependant vous criez , Ecriture , Ecriture
,
Et vous ne croyez point qu'elle eft
fouvent obfcure ,
Ecoutez cette verité ;
Chez trois Docteurs fçavans de differente
Secte ,
Differemment on interprete
Un Paffage qui femble avoir de la
clarté ,
Mefme ponr un Article à falut neceffaire
,
Par là ne voit- on pas qu'elle n'eft pas
fi claire,
Il la faut donc interpreter.
Mais fera ce Calvin , on l'Apoftat
Luther?
du Mercure Galant.
309
Preferer leur intelligence
A celle de nos plus grands Saints,
Seroit la plus haute imprudence
Que puiffent avoir les humains.
GIGES , du Havre.
je n'euffe point lou l'Ouvrage d'un
Ou d'un Heretique entefte ,
le n'euffe pas fi toft , Mercure , inter
preté
La belle Enigme de la Pie ,
Il donne ce nom par mépris ,.
En badinant dans fes écrits ,
Aux plus pieux de nos faints Peres,
Et cet Afne presomptueux
Qui ne veut point ouvrir les yeux,
Croit avoir bien plus de lumieres
Que tous nos grands Docteurs , vou
lant eftre trompé ,
Ccij
308
Extraordinaire
1
Puifqu'il veut toujours eftre autant
préoccupé.
Endurcy Proteftant , aveugle volon
taire,
Vous ne ferez jamais , comme il faut,
Méclaircy ,
Ne voulant point de luminaire ,
Vous ferez toûjours obfcurcy .
Cependant vous criez , Ecriture , Ecriture
,
Et vous ne croyez point qu'elle eft
fouvent obfcure ,
Ecoutez cette verité ;
Chez trois Docteurs fçavans de differente
Secte ,
Differemment on interprete
Un Paffage qui femble avoir de la
clarté ,
Mefme ponr un Article à falut neceffaire
,
Par là ne voit- on pas qu'elle n'eft pas
fi claire,
Il la faut donc interpreter.
Mais fera ce Calvin , on l'Apoftat
Luther?
du Mercure Galant.
309
Preferer leur intelligence
A celle de nos plus grands Saints,
Seroit la plus haute imprudence
Que puiffent avoir les humains.
GIGES , du Havre.
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Résumé : XX.
Le texte critique une personne qui se considère supérieure aux saints et aux grands docteurs, préférant rester dans l'obscurité et refusant toute lumière extérieure. Cette personne, décrite comme un protestant obstiné et volontairement aveugle, se fie uniquement à l'Écriture, tout en niant son propre obscurantisme. Le texte souligne que même les passages clairs de l'Écriture sont interprétés différemment par divers docteurs, soulignant ainsi la nécessité d'une interprétation. Il met en garde contre la prétention de figures comme Calvin ou Luther, dont l'intelligence ne devrait pas être privilégiée au détriment de celle des saints. Préférer ces figures serait une grande imprudence.
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1634
p. 309
XXI.
Début :
LA seconde Enigme du mois [...]
Mots clefs :
Âne
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texteReconnaissance textuelle : XXI.
XXI.
A feconde Enigme du mois
M'a fait refver, Mercure , & je l'ay
bien cherchée ,
Ma foy j'en ay mis bas mon Surtout
bien des fois ,
Pnifque vous avez dit qu'elle s'y voit
cachée ,
Mais aprés m'eftre dépouillé ,
Et m'avoir tellement fouillé
Que j'en perdois la tramontane ,
Contre moy-mefme enfin je me suis emporté
,
Le fuis ce que je cherche , ay-je dit, c'eft
un Afne ,
Et n'est- ce pas la verité ?
Le mefme
A feconde Enigme du mois
M'a fait refver, Mercure , & je l'ay
bien cherchée ,
Ma foy j'en ay mis bas mon Surtout
bien des fois ,
Pnifque vous avez dit qu'elle s'y voit
cachée ,
Mais aprés m'eftre dépouillé ,
Et m'avoir tellement fouillé
Que j'en perdois la tramontane ,
Contre moy-mefme enfin je me suis emporté
,
Le fuis ce que je cherche , ay-je dit, c'eft
un Afne ,
Et n'est- ce pas la verité ?
Le mefme
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1635
p. 310
XXI[I].
Début :
SI Margot faisoit moins de bruit [...]
Mots clefs :
Pie
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texteReconnaissance textuelle : XXI[I].
XXI.
St. Margotfaifoit moins de bruit
Et que fa langue plus difcrette
Imitaft du moins la Chouette
Qu'on n'entend que durant la nuit..
Peut- eftre bien que noftre peine
A chercherfon nomferoit vaine ,
Mais tant qu'ellefe cachera
Enfaisant unfi beaux ramage ;
Chacun en l'écoutant dira ,
Margot jafe dans cette Cage.
Mademoiſelle Quia de l'Ifle .
St. Margotfaifoit moins de bruit
Et que fa langue plus difcrette
Imitaft du moins la Chouette
Qu'on n'entend que durant la nuit..
Peut- eftre bien que noftre peine
A chercherfon nomferoit vaine ,
Mais tant qu'ellefe cachera
Enfaisant unfi beaux ramage ;
Chacun en l'écoutant dira ,
Margot jafe dans cette Cage.
Mademoiſelle Quia de l'Ifle .
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1636
p. 310-311
XXII[I].
Début :
AH Dieu ! la plaisante avanture, [...]
Mots clefs :
Âne
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texteReconnaissance textuelle : XXII[I].
XXII.
H Dieu ! la plaiſante avanture,
Qu'un Rouffinfoit dans le Mercure
!
Ilfaut affeurement que de tous les Rouffins
Et les plus beaux & les plusfins ,
Celuy-cy foit le plus infigne ,
Et qu'il defcende en droite ligne
du Mercure Galant.
De l' Aneffe du Teſtament ,
Qui baranguoit fi do &tement ;
Ou de l'Afne que nous propoſe
Afpule en fa Metamphycofe ;
Ou de quelqu'autre fait , fur un moule
nouveau >
Car enfin quoique l'on nous die
Un Afne qui fe trouve en un Pays fi
beau .
Et
Ne peut pas venir d'Arcadie.
M
L'Abbé Car , du Pont de Bois
H Dieu ! la plaiſante avanture,
Qu'un Rouffinfoit dans le Mercure
!
Ilfaut affeurement que de tous les Rouffins
Et les plus beaux & les plusfins ,
Celuy-cy foit le plus infigne ,
Et qu'il defcende en droite ligne
du Mercure Galant.
De l' Aneffe du Teſtament ,
Qui baranguoit fi do &tement ;
Ou de l'Afne que nous propoſe
Afpule en fa Metamphycofe ;
Ou de quelqu'autre fait , fur un moule
nouveau >
Car enfin quoique l'on nous die
Un Afne qui fe trouve en un Pays fi
beau .
Et
Ne peut pas venir d'Arcadie.
M
L'Abbé Car , du Pont de Bois
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Résumé : XXII[I].
Le texte relate une aventure amusante impliquant un individu rusé, qualifié de rouf, descendant du Mercure Galant. Comparé à des personnages littéraires comme l'âne du Testament ou celui d'Apulée, cet individu est décrit comme ingénieux. L'auteur affirme qu'un âne trouvé dans un beau pays ne peut provenir d'Arcadie. Le texte mentionne également l'Abbé Car, du Pont de Bois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1637
p. 311
XXI[V].
Début :
MErcure, je le dis tout net, [...]
Mots clefs :
Pie
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texteReconnaissance textuelle : XXI[V].
XXIII.
Ercure , je le dis tout net ,
Je n'approuve point ton caquet 3-
Cela paffe la raillerie ,
t pour un Dieu , c'eſt eftre peu difcret ,
Que de jazer comme une Pie.
C. Hutuge d'Orleans , demeurant à
Mets.
Ercure , je le dis tout net ,
Je n'approuve point ton caquet 3-
Cela paffe la raillerie ,
t pour un Dieu , c'eſt eftre peu difcret ,
Que de jazer comme une Pie.
C. Hutuge d'Orleans , demeurant à
Mets.
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1638
p. 312-314
XX[V].
Début :
Certaine Pie en nos quartiers [...]
Mots clefs :
Pie, Âne
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texteReconnaissance textuelle : XX[V].
XXIV .
Ertaine Pie en nos quartiers
Logeoit dans une Braſſerie , CE
Elle voulut chanter un jour par raillerie
Que la Biere eftoit aigre , & quatre jours
entiers
Elle eut le mefme chant › encore que fa
Maistreffe
Luy deffendit fans ceffe ,
Et priftfoin de la menacer
Afin de la faire ceffer ;
Jusqu'à ce qu'eftant irritée ,
Elle prit Dame Pie & luy dit , effrontée
Je vous entendray donc en tout temps
biller ,
Et pour faire tort à ma Biere
Vous ferez la journée entiere ,
ba
A dire qu'elle eft aigre, & hant le piail
ier ,
Ab ma foy vous ferez baignée
Et tout du long de l'échignée
Afin de chaftier voftre obftination ,
Av
du Mercure Galant.
313
promptement , fucceda l'action,
Si bien donc que la Dame Pie
Au dire
Se voit tellement étourdie
Lors qu'on la retira de l'eau
Qu'eftant prefque defefperée ,
Elle s'alla cacher derriere un Efcabean
Sans courir à la picorée ;
Plus de deux jours après elle ne difoit rien
Fufqu'à ce qu'elle vift un Chien
Entrer dans la Maiſon mouillé jusqu'à
la tefte ;
Elle s'approcha lors de cette pauvre Befte
Et luy dit à l'oreille , as- tu dis comme
moy,
Que la Biere eftoit aigre ? & dis , eft ce
pourquoy
L'on te voit mouillé de la forte ?
Le Chien qui ne pouvoit parler
Voulutfur le champ s'en aller ,
Gagnant le cofté de la porte ,
Ou Dame Pie ayant efté ,
Elle appercent de ce cofte ,
Un Afne venant de Campagne ,
Maispluscrotté qu'un Chat d'Espagne :
Q. d'Octobre 1685.
Dd
314
Extraordinaire
Elle luy fit alors la mefme question ;
Il ne luy répondit que par une mufique
Qui porta dans fon coeur une terreur panique
,
Tant elle en eut d'émotion ;
Si bien que retournant dans fa pauvre
Cabane
Aprés avoir quitté le Chien & l'Af
ne ,
De peur d'eftre baignée encore une autre
fois
Elle n'employa plus fa voix
A fe divertir fur la Biere ,
Mais
par de petites Chansons
Qu'elle mettoit fur divers tons ,
Elle paffoit fon temps & ſe donnoit carriere.
La petite Aflemblée A, du Havre.
Ertaine Pie en nos quartiers
Logeoit dans une Braſſerie , CE
Elle voulut chanter un jour par raillerie
Que la Biere eftoit aigre , & quatre jours
entiers
Elle eut le mefme chant › encore que fa
Maistreffe
Luy deffendit fans ceffe ,
Et priftfoin de la menacer
Afin de la faire ceffer ;
Jusqu'à ce qu'eftant irritée ,
Elle prit Dame Pie & luy dit , effrontée
Je vous entendray donc en tout temps
biller ,
Et pour faire tort à ma Biere
Vous ferez la journée entiere ,
ba
A dire qu'elle eft aigre, & hant le piail
ier ,
Ab ma foy vous ferez baignée
Et tout du long de l'échignée
Afin de chaftier voftre obftination ,
Av
du Mercure Galant.
313
promptement , fucceda l'action,
Si bien donc que la Dame Pie
Au dire
Se voit tellement étourdie
Lors qu'on la retira de l'eau
Qu'eftant prefque defefperée ,
Elle s'alla cacher derriere un Efcabean
Sans courir à la picorée ;
Plus de deux jours après elle ne difoit rien
Fufqu'à ce qu'elle vift un Chien
Entrer dans la Maiſon mouillé jusqu'à
la tefte ;
Elle s'approcha lors de cette pauvre Befte
Et luy dit à l'oreille , as- tu dis comme
moy,
Que la Biere eftoit aigre ? & dis , eft ce
pourquoy
L'on te voit mouillé de la forte ?
Le Chien qui ne pouvoit parler
Voulutfur le champ s'en aller ,
Gagnant le cofté de la porte ,
Ou Dame Pie ayant efté ,
Elle appercent de ce cofte ,
Un Afne venant de Campagne ,
Maispluscrotté qu'un Chat d'Espagne :
Q. d'Octobre 1685.
Dd
314
Extraordinaire
Elle luy fit alors la mefme question ;
Il ne luy répondit que par une mufique
Qui porta dans fon coeur une terreur panique
,
Tant elle en eut d'émotion ;
Si bien que retournant dans fa pauvre
Cabane
Aprés avoir quitté le Chien & l'Af
ne ,
De peur d'eftre baignée encore une autre
fois
Elle n'employa plus fa voix
A fe divertir fur la Biere ,
Mais
par de petites Chansons
Qu'elle mettoit fur divers tons ,
Elle paffoit fon temps & ſe donnoit carriere.
La petite Aflemblée A, du Havre.
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Résumé : XX[V].
Une pie logeant dans une brasserie se moqua de la bière en la qualifiant d'aigre. Sa maîtresse tenta de la faire taire, mais la pie insista. La maîtresse menaça alors de la baigner dans l'eau pour la punir. La pie, étourdie et désespérée après le bain, se cacha et refusa de manger pendant deux jours. Plus tard, elle demanda à un chien mouillé s'il avait critiqué la bière, mais le chien s'enfuit. Ensuite, elle interrogea un âne crotté, qui réagit par une musique effrayante. Craignant un nouveau châtiment, la pie cessa de critiquer la bière et se mit à chanter diverses chansons pour passer le temps.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1639
p. 314-315
XXV[I].
Début :
Trouver le sens de l'une & l'autre Enigme [...]
Mots clefs :
Pie, Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXV[I].
X X V.
TRouverlefens de l'une & l'autre
Enigme
Que le Mercure en Novembrefournit?
du
Mercure Galant. 315
Ce n'est pas tout à fait trouver la Pie an
nid ,
Pour pretendre eftre habile , intelligent ,
fublime.
ni
Car pour en parler franchement
( Sans que pourtant perſonne je condamne.
)
pour les deviner befite un seul moment
Doit à bon droit paffer pour Afne.
T
Le Petit Baptifte Frere
du Petit Colin .
TRouverlefens de l'une & l'autre
Enigme
Que le Mercure en Novembrefournit?
du
Mercure Galant. 315
Ce n'est pas tout à fait trouver la Pie an
nid ,
Pour pretendre eftre habile , intelligent ,
fublime.
ni
Car pour en parler franchement
( Sans que pourtant perſonne je condamne.
)
pour les deviner befite un seul moment
Doit à bon droit paffer pour Afne.
T
Le Petit Baptifte Frere
du Petit Colin .
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1640
p. 315-316
XXVI[I].
Début :
Toy qui cause comme une Pie [...]
Mots clefs :
Pie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXVI[I].
XXVI.
Oy qui caufe comme une Pie
Qui m'as par ton caquet fifouvent divertie
,
N'en rougis point , Colin , & parle nous
François ,
Les Enigmes du dernier mois
Rendirent ta Mufe étourdie ,
Tu tefrotas le front , tu te rongeas les
doigts,
Dd ij
316
Extraordinaire
Etta vivacité nous parut aux abois.
Oh!fi tu nous pouvois encore à cette fois
D'un pareil embarras donner la Comedie
,
Nous te ferions paffer tout d'une voix
Pour un Rofignol d'Arcadie.
V
La Favorite du petit Colin.
Oy qui caufe comme une Pie
Qui m'as par ton caquet fifouvent divertie
,
N'en rougis point , Colin , & parle nous
François ,
Les Enigmes du dernier mois
Rendirent ta Mufe étourdie ,
Tu tefrotas le front , tu te rongeas les
doigts,
Dd ij
316
Extraordinaire
Etta vivacité nous parut aux abois.
Oh!fi tu nous pouvois encore à cette fois
D'un pareil embarras donner la Comedie
,
Nous te ferions paffer tout d'une voix
Pour un Rofignol d'Arcadie.
V
La Favorite du petit Colin.
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1641
p. 316-318
XXVII[I].
Début :
VOus qui nous faites part des Trésors du Parnasse, [...]
Mots clefs :
Pie, Âne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XXVII[I].
XXVII.
Ous qui nous faites part des Tréſors
du Parnaffe ,
Qui des Auteurs naiſſans , rendez les
noms fameux ,
Mercure , avez- vous bonne grace,
De confondre aujourd'huy pefle-meſle an
vec eux
Des plus vils Animaux l'excrement &
la craffe?
Pour une Pie encore paſſe ;
Son blanc de laict , fon noir de Iéez ,
De l'enere & dupapier s'emblent les vrais
modelles ,
Avec les plumes de fes aifles :
du Mercure Galant. 317
Voila , pour mettre au jour mille pieces
nouvelles ,
Un affortiment fait exprés.
De plus elle a l'humeur hagarde ,
L'air éventé , la langue babillarde.
Elle repete fi fouvent
Ce qu'elle fçait qu'elle en est ennuyeuse.
Ón void regner en maint Sçavant
Cette demangeaifon facheufe.
Ie vous pardonne donc la Pie encore un
coup :
Mais pour l'Afne , on ne s'en peut
taire ,
Ce vilain mot vous fait une terrible affaire
,
Et , fans compter Colin , j'en vois icy
beaucoup ,
Qui ne le fçauroient croire expofe fans
myftere.
De fa maligne intention
Tous les Compofeurs font en tranfe
Le plus prefomptueux repaffe en la ba
lance
Tout ce qu'il a produit de mauvais ou
de bon.
318 Extraordinaire
Bref, il en eft fi peu que ce terme n'offenfe
,
Que du plus haut huppé jufqu'au moindre
avorton ,
Nul n'eft fi feur de fon bafton,
Qu'il ne fonge à fa conscience.
Le Rival du petit Colin .
Ous qui nous faites part des Tréſors
du Parnaffe ,
Qui des Auteurs naiſſans , rendez les
noms fameux ,
Mercure , avez- vous bonne grace,
De confondre aujourd'huy pefle-meſle an
vec eux
Des plus vils Animaux l'excrement &
la craffe?
Pour une Pie encore paſſe ;
Son blanc de laict , fon noir de Iéez ,
De l'enere & dupapier s'emblent les vrais
modelles ,
Avec les plumes de fes aifles :
du Mercure Galant. 317
Voila , pour mettre au jour mille pieces
nouvelles ,
Un affortiment fait exprés.
De plus elle a l'humeur hagarde ,
L'air éventé , la langue babillarde.
Elle repete fi fouvent
Ce qu'elle fçait qu'elle en est ennuyeuse.
Ón void regner en maint Sçavant
Cette demangeaifon facheufe.
Ie vous pardonne donc la Pie encore un
coup :
Mais pour l'Afne , on ne s'en peut
taire ,
Ce vilain mot vous fait une terrible affaire
,
Et , fans compter Colin , j'en vois icy
beaucoup ,
Qui ne le fçauroient croire expofe fans
myftere.
De fa maligne intention
Tous les Compofeurs font en tranfe
Le plus prefomptueux repaffe en la ba
lance
Tout ce qu'il a produit de mauvais ou
de bon.
318 Extraordinaire
Bref, il en eft fi peu que ce terme n'offenfe
,
Que du plus haut huppé jufqu'au moindre
avorton ,
Nul n'eft fi feur de fon bafton,
Qu'il ne fonge à fa conscience.
Le Rival du petit Colin .
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Résumé : XXVII[I].
Le texte critique la publication de pièces littéraires de faible qualité dans le 'Mercure Galant'. L'auteur, s'adressant à Mercure, le dieu des communications, déplore la présence d'œuvres médiocres parmi celles des auteurs émergents. Il compare cette situation à une pie qui imite maladroitement les modèles littéraires en utilisant des éléments disparates comme le lait, l'encre et le papier. La pie est décrite comme ayant un comportement agaçant et répétitif, symbolisant la démangeaison insatiable de certains savants pour publier. L'auteur pardonne la pie mais condamne l'âne, symbole de stupidité, dont le nom est utilisé de manière péjorative. Il note que beaucoup de gens seraient choqués par ce terme s'il était exposé publiquement. Tous les compositeurs, même les plus arrogants, sont conscients de la qualité de leurs œuvres, bonnes ou mauvaises. Le terme 'âne' offense si peu que, du plus prestigieux au plus modeste, personne n'est sûr de son jugement littéraire sans se sentir coupable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1642
p. 318-322
« Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Début :
Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...]
Mots clefs :
Liste de noms, Explications, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Mademoiselle de Rivarennes de la
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
Chaftre en Berry a expliqué la premiere.
Enigme dans fon vray fens ,
ainfi que Mrs le Baron de l'Eftang;
du Buiffon , Leger de la Verbiffonne
, d'Orgeval de Chartres , Momen,
d'Ax ; du Fey le Sage de Falaife ;
Toupet de la Rue des vicilles Eftuves;
le Chantre endurant ; le Perfeverant
Houdanois ; les petits Fils Paffez
l'ancien Maistre des Philiftins ; la
Belle brune de Noiret d'Amiens ; la
fidelle Epoufe d'Orleans , & l'obligeante
Manette du mefme lieu.
La feconde a esté expliquée par
du Mercure Galant.
319
Mrs l'Abbé Pernuit, premier Chantre
de Saint Etienne ; Prevost ; Darnetal
; de la Haye le jeune de Falaiſe ;
Bugnet de la Rue Saint Severin ;
Feanfon Sr de Berné , Promoteur à
Troye ; l'Abbé de Belay ; Talon de
Nevers Longault de la Rue des
Cordiers ; Manfais de Ville- Tuifvess
De Villemont de Paris ; L'Abbé Car
du Pont de Bois ; Le Senechal de
Morlaix ; L'Infenfible de Traverfais;
Le Brave de Saint Brice ; Le fa
meux Quingault ; L'Habitant de la
Virginie ; L'adorateur d'une beauté
cruelle Le Mercure Galant des Re
fultats du Confeil de la Compagnie
det Quatorze d'Orleans ; Le Politi
que mal heureux Les deux Frere s
Unis du Faux- bourg Saint Lacques ;
C. A. Romain ; L'ortholan de la Rug
du Séjour ; & par Mademoiſelle F
Q. d'Octobre 1685. Ee
j
320 Extraordinaire.
i
Y. Veuve de Mr de la M. Bellenger
de Falaife , & la Bien-faifante bru
nette de la Croix rouge d'Orleans.
Ceux qui ont trouvé le vrayfens
de toutes les deux Enigmes font Mrs
P. Carrier de Rouën ; M. Loron
d'Ingré d'Orleans ; René Haubin de
la Rue Trouffevache ; L'Abbé d'Acon
d'Amiens ; De la Lande Controlleur
des Poftes de Provence ; Le Prefident
Estienne de Senlis ; Le Chevalier
Girault de Tours ; Brillon
Le Chevalier Baret ; Le Praticien de
la Ruë de la Harpe ; Boiftel de Saint
Romain ; Dumefnil ; Radigues ; Pen
tel le Fils , de la Ruë Saint Denis ; La
petite Affemblée de Senlis ; De Bazon
gers de Grazay Avocaten Parlement;
De Boiffec ; Deffablons d'Aumont de
Senlis ; Mefdemoiffelles de Bourneuf
de Rennes ; De la Chuprois de Troyes
du Mercure Galant. 32
Catin Hodeau ; Toinon de la Rouës
Elifabeth Angelique Ferret de
Vallencourt ; Ponyer Tuteur des enfans
trouvez de la Rue Saint Denis ;
Le Berger Nicaife de verfailles ;
Hyacinthe Ravechet ; Gillotin Bachelier
; L'Amant fidelle de l'aymable
Indifpofée du Quay de la Megif
ferie ; Le Neveu de l'aymable Madelon
du Palais ; Le jeune Ecclefiafti
que de Rouen ; L'ajmé du coin de la
Rue des trois Mores ; Le Voifin de
Image Saint Louis ; Les Thiangeaux
& les Baclos ; L'Indifferent
de la Rue Saint Severin ; Le bon Pi
card ; L'amant de la fimpleffe ; La
Belle Cleron dAmiens ; La charmante
Manon de Paix proche les Andetis
Sapho de Saint Landry ; La
grande Anachorettes La Belle Angelique
La Princeffe Pati Pata de
322
Extraordinaire
Diane de la Foreft d'Alcleon ; La
petite Compagnie de Neufville proche
Orleans ; La plus fpirituelle du
Temps ; & la petite Femme du bel
Ange d'Arnouville , du Marais dis
Temple.
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Résumé : « Mademoiselle de Rivarennes de la Chastre en Berry a expliqué [...] »
Le document énumère les personnes ayant résolu deux énigmes. La première énigme a été expliquée par Mademoiselle de Rivarennes de la Chaftre en Berry, le Baron de l'Eftang, du Buiffon, Leger de la Verbiffonne, et d'autres. La seconde énigme a été résolue par l'Abbé Pernuit, Prevost, Darnetal, et plusieurs autres. Parmi ceux ayant trouvé les vraies solutions aux deux énigmes figurent P. Carrier de Rouën, M. Loron d'Ingré d'Orléans, René Haubin, ainsi que divers abbés, chevaliers, avocats, et habitants de différentes régions françaises. Le texte mentionne également des appellations telles que 'Le Brave de Saint Brice', 'L'Habitant de la Virginie', et 'La Belle Cleron d'Amiens'. Enfin, il liste des participants supplémentaires comme 'La petite Compagnie de Neufville proche Orléans' et 'La plus spirituelle du Temps'.
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1643
p. 322
QUESTIONS A DECIDER.
Début :
I. SI un Amant doit plûtost souhaiter de mourir éloigné, [...]
Mots clefs :
Amant, Maîtresse, Laideur, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS A DECIDER.
QUESTIONS A DECIDER.
Souha
I.
I un Amant doit plûtoft
fouhaiter de mourir éloigné
, qu'en prefence de fa Maîtreffe.
I I.
la
D'où vient qu'on voit que
plufpart des laides Femmes ont
plus'd'efprit que les Belles.
III.
Pourquoy on rend plus d'honpeur
aux Gens Mariez qu'à
ceux qui ne le font pas.
Souha
I.
I un Amant doit plûtoft
fouhaiter de mourir éloigné
, qu'en prefence de fa Maîtreffe.
I I.
la
D'où vient qu'on voit que
plufpart des laides Femmes ont
plus'd'efprit que les Belles.
III.
Pourquoy on rend plus d'honpeur
aux Gens Mariez qu'à
ceux qui ne le font pas.
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1644
p. 322
« Je suis, Madame, Vostre, &c. A Paris ce 15. janvier 1686. [...] »
Début :
Je suis, Madame, Vostre, &c. A Paris ce 15. janvier 1686. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je suis, Madame, Vostre, &c. A Paris ce 15. janvier 1686. [...] »
Je fuis , Madame , Voſtre , &c.
A Paris ce 15. Janvier 1686.
A Paris ce 15. Janvier 1686.
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1645
s. p.
« ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
Début :
ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant [...] »
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
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1646
s. p.
TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Début :
Prelude. Panegyrique du Roy. Dialogue de l'Eloquence & de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Panegyrique du Roy. 4
Dialogue de l'Eloquence & du Louis d'or.
253
Benediction de l'Abbeffe de Betancourt
en Picardie.
69
Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye.
Lettre touchant une nouvelle découverte.
Theme celefte.
Lettre en Profe & en Vers.
Tranflations.
Ode.
72
77
86
89
9.9
108
Emplois, fervices , & mort de Mr le
Chancelier.
• 127'
Choix que le Royfait de Mr de Bouche.
rat , pour remplir la place de Chance….….
Lier de France , avec tout ce qui re
a.ij
TABLE.
garde cet article , & ce qui a fuivy ce
choix, 161
Mort de Mr le Prince de Conty. 189
200 Madrigaux... !
Préférence de la Charge de Chancelier de
Monfieur , donnée à Mr de Boisfrant.
206
Gouvernement de Brouage , donné à Mar
du
Sanjay.
Hiftoire.
Morts.
208
200
221
239
Remede furprenant.
242
Evefques decedez , avec les noms & les
fervices qu'ont rendu à l'Eglife ceuxqui
ont remply leur place.
Service faitpour Mr le Duc du Lude. 264
Mrd Argouges eft nommé Confeiller d'Etat
ordinaire, à la place de Mr Bouche-
Tat. 264
Article concernant tout ce qui s'eft paßétouchant
les affaires de la Religion , &
les Converfions depuis le mois dernier.
268
Prife du Comte de Tekeli , avec les avanTABLE.
tages remportez par les Polonois .
Hiftoire de Hongrie .
311
315
Noms de ceux qui ont deviné les Enig-
* mes.
Enigmes.
317
320
Mr de Bonrepans eft pourveu de la Charde
Lecteur ordinaire de la Chambre
ge
du Roy.
Conclufion
.
3324
326
Fin de la Table.
contenues dans ce Volume.
Panegyrique du Roy. 4
Dialogue de l'Eloquence & du Louis d'or.
253
Benediction de l'Abbeffe de Betancourt
en Picardie.
69
Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye.
Lettre touchant une nouvelle découverte.
Theme celefte.
Lettre en Profe & en Vers.
Tranflations.
Ode.
72
77
86
89
9.9
108
Emplois, fervices , & mort de Mr le
Chancelier.
• 127'
Choix que le Royfait de Mr de Bouche.
rat , pour remplir la place de Chance….….
Lier de France , avec tout ce qui re
a.ij
TABLE.
garde cet article , & ce qui a fuivy ce
choix, 161
Mort de Mr le Prince de Conty. 189
200 Madrigaux... !
Préférence de la Charge de Chancelier de
Monfieur , donnée à Mr de Boisfrant.
206
Gouvernement de Brouage , donné à Mar
du
Sanjay.
Hiftoire.
Morts.
208
200
221
239
Remede furprenant.
242
Evefques decedez , avec les noms & les
fervices qu'ont rendu à l'Eglife ceuxqui
ont remply leur place.
Service faitpour Mr le Duc du Lude. 264
Mrd Argouges eft nommé Confeiller d'Etat
ordinaire, à la place de Mr Bouche-
Tat. 264
Article concernant tout ce qui s'eft paßétouchant
les affaires de la Religion , &
les Converfions depuis le mois dernier.
268
Prife du Comte de Tekeli , avec les avanTABLE.
tages remportez par les Polonois .
Hiftoire de Hongrie .
311
315
Noms de ceux qui ont deviné les Enig-
* mes.
Enigmes.
317
320
Mr de Bonrepans eft pourveu de la Charde
Lecteur ordinaire de la Chambre
ge
du Roy.
Conclufion
.
3324
326
Fin de la Table.
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Résumé : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Le document est une table des matières d'un volume regroupant divers écrits et événements historiques. Il comprend des panégyriques, des dialogues, des bénédictions, des lettres, des traductions, des odes et des récits historiques. Les points notables incluent un panégyrique du roi, une lettre sur une nouvelle découverte, et des événements liés à des figures politiques et religieuses. Le texte mentionne des nominations importantes, telles que Monsieur de Bouchet nommé chancelier et Monsieur Argouges conseiller d'État. Des événements marquants sont relatés, comme la mort du prince de Conti et la préférence accordée à Monsieur de Boisfrand pour la charge de chancelier. Le volume traite également des affaires religieuses, des conversions récentes, et des victoires militaires, notamment la prise du comte de Tekeli et les succès des Polonais en Hongrie. Enfin, le document se conclut par des énigmes et leurs solutions, ainsi que la nomination de Monsieur de Bonrepans comme lecteur ordinaire de la Chambre du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1647
s. p.
Avis pour placer les Figures.
Début :
Le Theme celeste, doit regarder la page 89. L'Air qui commence par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer les Figures.
Avis pour placerles Figures.
E Theme celefte , doit regarder la
LE
L'Air qui commence par l'Amour }
Le feul amour eft caufe , doit regarder la
page 205.
L'Air qui commence par l'Amourfut
il jamais, & c. doit regarder la page 3174
E Theme celefte , doit regarder la
LE
L'Air qui commence par l'Amour }
Le feul amour eft caufe , doit regarder la
page 205.
L'Air qui commence par l'Amourfut
il jamais, & c. doit regarder la page 3174
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1648
p. 1-2
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que tous ceux qui ont entrepris [...]
Mots clefs :
Miracles, Éloges, Roi, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
'Eft avec raifon,Madame,
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
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Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre évoque l'éloge du roi, décrit par certains comme une suite de miracles. Les événements de novembre 1685 illustrent cette vision. Bien qu'il puisse trouver des sujets de louange, il préfère laisser la parole à d'autres, manquant de temps et d'éloquence pour les présenter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1649
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
Fermer
Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1650
p. 52-68
DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Début :
Je vous envoye un Dialogue qui a receu icy de grands / A vous voir & à vous entendre, les Hommes [...]
Mots clefs :
Divinité, Éloquence, Louis d'or, Temple, Fils de la Terre, Soleil, Astres, Gloire, Fortune, Mérite, République, Palais, Privilèges, Coeur, Orateurs, Scélérats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
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Résumé : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Le texte décrit un dialogue entre 'L'Éloquence' et 'Le Louis d'Or'. L'Éloquence soutient qu'elle mérite un temple car elle émane de l'entendement et du cœur humain. Le Louis d'Or, fils du Soleil et des astres, possède déjà un temple et préfère être honoré dans le cœur des hommes. Il souligne que les trahisons et les crimes peuvent également naître de l'entendement et du cœur. L'Éloquence rétorque que le Louis d'Or plaît par des agréments superficiels. Le Louis d'Or insiste sur son pouvoir de séduire et d'imposer, affirmant que sa solidité et son éclat embellissent la vérité. L'Éloquence revendique son rôle de rassembleuse des peuples et fondatrice des républiques. Le Louis d'Or se présente comme le nerf des États et les délices des jeunes et des vieillards. Ils discutent de leur influence respective dans les palais royaux et sur le cœur des hommes. Le Louis d'Or souligne son efficacité à consoler les malheureux et à transformer les individus. Le dialogue se termine par une réflexion sur leur destin respectif. Le Louis d'Or compare sa situation à celle des écrits cachés dans les boutiques des libraires. L'Éloquence déplore le sort du Louis d'Or, souvent à la merci de faux monnayeurs ou dévoré par des souris. Le Louis d'Or répond qu'il est bien accueilli à la cour et porte la santé avec lui. L'Éloquence mentionne aussi que le Louis d'Or peut être volé par des scélérats mais reste agréable entre les mains des innocents. Certains philosophes le condamnent en public mais l'approuvent en privé lorsqu'il est dans leur bourse.
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