Le Divorce de la Lune & du
Soleil.
PAY
FABLE .
Ar un jour que le blond Phebus ,
A caufe d'un grand heritage,
Venoit de toucher du quibus :
le n'en voulois pas davantage ,
Dit- il , pour me mettre en ménage.
Il avoit bien deux mille écus
Enfin tant du moins que du plus ;
Ilfut trouver Dame Diane ,
Et luy dit : ma Soeur , Dieu me damne ,
Q. d'Octobre 1685.
Bb
290 Extraordinaire
Nous fommes tous deux immortels ,
Chacun nous dreffe des Autels ,
Mais à prefent la Deftinée
Pretend que de nous l'Hymenée
En reçoive à fon tour auffi ;
le fçay toute voſtre menée ,
Vous vous plaifez ailleurs qu'icy
(Vous voyez que dans l' Empirée ,
Maifon magnifique & dorée ,
Parloit noftre amoureux tranfi )
C'est ce qui me met enfoucy.
Mais cela pourra ſe refaire :
Pouvez- vous pas vous fatisfaire
Sans abandonner ce lieu.cy ?
Chere Soeur , devriez - vous vous plaire
Autre part qu'avec voftre Frere ?
Faut- il qu'un vilain Poliffon ,
Un Gueux , un Paftre , Endimion ,
Soit vifité d'une Déeffe ,
·Tandis que remply "de trifteffe
Loin de vous le pauvre Apollon
Demeurera ? Non , ma Soeur , non ;
Vous fied-il bien d'eftre fevere
Au plus beau des Dieux , voftre Frere ?
du Mercure Galant. 291
Si je faifois tout ton Soucy .
Je t'aimerois , quoy ? ... Signor - fi ,
Mais de te voir vingt- cinq Maiftreffes,
Qui toutes nefont pas Déeffes ,
Cela me donne mille ennuis.
Thetis vous a toutes les nuits ,
La jeune Hebé vous femble belle :
N'eft ce pas encore pour elle ,
En faveur defes beaux
yeux doux
Qu 'Hercule vous promet cent coups ?
Sans parler de la tendre Aurore ,
De Daphné , Coronis & Flore ;
De plus , vous fçavez bien l'horreur
Qu'Hymen du Frere avec la Soeur,
Doit jetter dans tout homme fage :
Comment donc avez - vous le coeur
De me parler de mariage ?
le ne ris point , c'est tout de bon ;
Ie n'aime rien qu'Endimion.
Vous , vous pouvez voir vos Maitreffes
Leur faire de tendres careffes ;
Encore un coup , Sire Apollon ,
le ne cheris que mon mignon.
Quoy donc , pour l'amour d'un Prophane
, Bb ij
292
Extraordinaire
Ie fuis méprisé de Diane ?
Non , fur le champ employant l'x ,
Ie jure par le Fleuve Styx ,
Que ce témeraire maroufle ,
( Ou bien j'y perdray ma pantoufle )
Par moyfera privé du jour
Pour ofer nuire à mon amour.
Regarde dans cette vallée ,
Ma Soeur , auprés de cette allée ;
Le vois- tu bien , ton cher Amant.
*Pour tout autre que moy charmant ?
Si tu tardes à te résoudre ,
Ie m'envais le réduire en poudre ;
Je m'envais détacher exprés .
Le plus aigu de tous mes traits.
Tu ferois un veritable Alne ,
Luy répond Madame Diane ,
Eftant Dieu, fi contre un Mortel
Tu pouvois prendre le Martel?
Non , non quoy que Diane die ,
le feray cette Tragedie:
La farce aprés fera de voir
La trifte Amante au deſeſpoir.
Diane demeure teftuë ;
2
du Mercure Galant.
293
J
Tout auffi toft Phoebus fe ruë
Proche Lathmos dans un Fallon ,
Perce d'un trait Endimion .
Diane s'en depite & crie ,
Et fait ferment que de fa vie
Elle ne veut voir Apollon ,
Qu'elle veut fuivre Endimion.
Auffi - toft la belle Pucelle ,
Dans l'ardeur de voir fon Amant ,
Veut que fes chevaux on attelle.
Préparez qu'ils font promptement ,
Elle fe couvre de fes voiles
Peur du Rhume , & prend ſes étoiles ;
Ainfi bien- toft defcend en bas
Où l'Amanticide n'eft pas ,
•Sans vouloir que de fa lumiere
Deformais le traitre l'éclaire.
Ainfi toûjours il la pourfuit ,
Ainfi toûjours elle le fuit.
C. F. LOURDET,
du quartier de la PlaceMaubert.